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JEAN GIONO

L'homme
qui plantait des
arbres

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L'homme
qui plantait des arbres

La nouvelle de Jean Giono qui suit


a été écrite vers 1953 et n'est que peu
connue en France. Par contre, traduite en
treize langues, elle a été largement
diffusée dans le monde entier et si
appréciée que de nombreuses questions
ont été posées sur la personnalité
d'Elzéard Bouffier et sur la forêt de
Vergons, ce qui a permis de retrouver le
texte. Si l'homme qui plantait des chênes
est le produit de l'imagination de l'auteur,
il y a eu effectivement dans cette région un
énorme effort de reboisement surtout
depuis 1880. Cent mille hectares ont été
reboisés avant la première guerre
mondiale, surtout en pin noir d'Autriche et
en mélèze d'Europe, ce sont aujourd'hui de
belles forêts qui ont effectivement
transformé le paysage et le régime des
eaux.

Voici d'ailleurs le texte de la lettre


que Giono écrivit au Conservateur des
Eaux et Forêts de Digne, Monsieur
Valdeyron, en 1957, au sujet de cette
nouvelle :

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Cher Monsieur,

Navré de vous décevoir, mais Elzéard Bouffier est un


personnage inventé. Le but était de faire aimer l'arbre ou plus
exactement faire aimer à planter des arbres (ce qui est depuis toujours
une de mes idées les plus chères). Or si j'en juge par le résultat, le but
a été atteint par ce personnage imaginaire. Le texte que vous avez lu
dans Trees and Life a été traduit en Danois, Finlandais, Suédois,
Norvégien, Anglais, Allemand, Russe, Tchécoslovaque, Hongrois,
Espagnol, Italien, Yddisch, Polonais. J'ai donné mes droits
gratuitement pour toutes les reproductions. Un américain est venu me
voir dernièrement pour me demander l'autorisation de faire tirer ce
texte à 100 000 exemplaires pour les répandre gratuitement en
Amérique (ce que j'ai bien entendu accepté). L'Université de Zagreb
en fait une traduction en yougoslave. C'est un de mes textes dont je
suis le plus fier. Il ne me rapporte pas un centime et c'est pourquoi il
accomplit ce pour quoi il a été écrit.

J'aimerais vous rencontrer, s'il vous est possible, pour parler


précisément de l'utilisation pratique de ce texte. Je crois qu'il est temps
qu'on fasse une « politique de l'arbre » bien que le mot politique
semble bien mal adapté.

Très cordialement

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Jean Giono

JEAN GIONO

L'homme qui plantait des arbres

Pour que le caractére d'un être humain dévoile des qualités


vraiment exceptionnelles, il faut avoir la bonne fortune de pouvoir
observer son action pendant de longues années. Si cette action est
dépouillée de tout égoïsme, si l'idée qui la dirige est d'une générosité
sans exemple, s'il est absolument certain qu'elle n'a cherché de
récompense nulle part et qu'au surplus elle ait laissé sur le monde des
marques visibles, on est alors, sans risque d'erreurs, devant un
caractère inoubliable.

Il y a environ une quarantaine d'années, je faisais une longue


course à pied, sur des hauteurs absolument inconnues des touristes,
dans cette très vieille région des Alpes qui pénètre en Provence. Cette
région est délimitée au sud-est et au sud par le cours moyen de la
Durance, entre Sisteron et Mirabeau; au nord par le cours supérieur de
la Drôme, depuis sa source jusqu'à Die; à l'ouest par les plaines du
Comtat Venaissin et les contreforts du Mont-Ventoux. Elle comprend
toute la partie nord du département des Basses-Alpes, le sud de la
Drôme et une petite enclave du Vaucluse.

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C'était, au moment où j'entrepris ma longue promenade dans ces
déserts, des landes nues et monotones, vers 1200 à 1300 mètres
d'altitude. Il n'y poussait que des lavandes sauvages. Je traversais ce
pays dans sa plus grande largeur et, après trois jours de marche, je me
trouvais dans une désolation sans exemple. Je campais à cîté d'un
squelette de village abandonné. Je n'avais plus d'eau depuis la veille et
il me fallait en trouver. Ces maisons agglomérées, quoique en ruine,
comme un vieux nid de guêpes, me firent penser qu'il avait d'y avoir
là, dans le temps, une fontaine ou un puits. Il y avait bien une fontaine,
mais sèche. Les cinq à six maisons, sans toiture, rongées de vent et de
pluie, la petite chapelle au clocher écroulé, étaient rangées comme le
sont les maisons et les chapelles dans les villages vivants, mais toute
vie avait disparu.

C'était un beau jour de juin avec grand soleil, mais, sur ces terres
sans abri et hautes dans le ciel, le vent soufflait avec une brutalité
insupportable. Ses grondements dans les carcasses des maisons étaient
ceux d'un fauve dérangé dans son repas. Il me fallut lever le camp. A
cinq heures de marche de là, je n'avais toujours pas trouvé d'eau et rien
ne pouvait me donner l'espoir d'en trouver. C'était partout la même
sécheresse, les mêmes herbes ligneuses. Il me sembla apercevoir dans
le lointain une petite silhouette noire, debout. Je la pris pour le tronc
d'un arbre solitaire. A tout hasard, je me dirigeai vers elle. C'était un
berger. Une trentaine de moutons couchés sur la terre br'lante se
reposaient près de lui.

Il me fit boire à sa gourde et, un peu plus tard, il me conduisit à


sa bergerie, dans une ondulation du plateau. Il tirait son eau,
excellente, d'un trou naturel, très profond, au-dessus duquel il avait
installé un treuil rudimentaire.

………………………………..

Cet homme parlait peu. C'est le fait des solitaires, mais on le


sentait sûr de lui et confiant dans cette assurance. C'était insolite dans
ce pays dépouillé de tout. Il n'habitait pas une cabane mais une vraie
maison en pierre où l'on voyait très bien comment son travail
personnel avait rapiécé la ruine qu'il avait trouvé là à son arrivée. Son

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toit était solide et étanche. Le vent qui le frappait faisait sur les tuiles
le bruit de la mer sur les plages. Son ménage était en ordre, sa vaiselle
lavée, son parquet balayé, son fusil graissé; sa soupe bouillait sur le
feu. Je remarquai alors qu'il était aussi rasé de frais, que tous ses
boutons étaient solidement cousus, que ses vêtements étaient reprisés
avec le soin minutieux qui rend les reprises invisibles.

Il me fit partager sa soupe et, comme après je lui offrais ma


blague à tabac, il me dit qu'il ne fumait pas. Son chien, silencieux
comme lui, était bienveillant sans bassesse.
Il avait été entendu tout de suite que je passerais la nuit là; le
village le plus proche était encore à plus d'une une journée et demie de
marche. Et, au surplus, je connaissais parfaitement le caractère des
rares villages de cette région. Il y en a quatre ou cinq dispersés loin les
uns des autres sur les flans de ces hauteurs, dans les taillis de chênes
blancs à la toute extrémité des routes carrossables. Ils sont habités par
des bûcherons qui font du charbon de bois. Ce sont des endroits où
l'on vit mal. Les familles serrées les unes contre les autres dans ce
climat qui est d'une rudesse excessive, aussi bien l'été que l'hiver,
exaspèrent leur égoîsme en vase clos. L'ambition irraisonnée s'y
démesure, dans le désir continu de s'échapper de cet endroit.

Les hommes vont porter leur charbon à la ville avec leurs


camions puis retournent. Les plus solides qualités craquent sous cette
perpétuelle douche écossaise. Les femmes mijotent des rancoeurs. Il y
a concurrence sur tout, aussi bien pour la vente du charbon que pour le
banc à l'église, pour les vertus qui se combattent entre elles, pour les
vices qui se combattent entre eux et pour la mêlée générale des vices
et des vertus, sans repos. Par là-dessus, le vent également sans repos
irrite les nerfs. Il y a des épidémies de suicides et de nombreux cas de
folies, presque toujours meurtrières.

………………………………..

Le berger qui ne fumait pas alla chercher un petit sac et déversa


sur la table un tas de glands. Il se mit à les examiner l'un après l'autre
avec beaucoup d'attention, séparant les bons des mauvais. Je fumais
ma pipe. Je me proposai pour l'aider. Il me dit que c'était son affaire.

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En effet: voyant le soin qu'il mettait à ce travail, je n'insistai pas. Ce
fut toute notre conversation. Quand il eut du cîté des bons un tas de
glands assez gros, il les compta par paquets de dix. Ce faisant, il
éliminait encore les petits fruits ou ceux qui étaient légèrement
fendillés, car il les examinait de fort près. Quand il eut ainsi devant lui
cent glands parfaits, il s'arrêta et nous all‚mes nous coucher.

La société de cet homme donnait la paix. Je lui demandai le


lendemain la permission de me reposer tout le jour chez lui. Il le
trouva tout naturel, ou, plus exactement, il me donna l'impression que
rien ne pouvait le déranger. Ce repos ne m'était pas absolument
obligatoire, mais j'étais intrigué et je voulais en savoir plus. Il fit sortir
son troupeau et il le mena à la p‚ture. Avant de partir, il trempa dans
un seau d'eau le petit sac où il avait mis les glands soigneusement
choisis et comptés.

………………………………..

Je remarquai qu'en guise de b‚ton, il emportait une tringle de fer


grosse comme le pouce et longue d'environ un mètre cinquante. Je fis
celui qui se promène en se reposant et je suivis une route parallèle à la
sienne. La p‚ture de ses bêtes était dans un fond de combe. Il laissa le
petit troupeau à la garde du chien et il monta vers l'endroit où je me
tenais. J'eus peur qu'il vînt pour me reprocher mon indiscrétion mais
pas du tout, c'était sa route et il m'invita à l'accompagner si je n'avais
rien de mieux à faire. Il allait à deux cents mètres de là, sur la hauteur.

Arrivé à l'endroit où il désirait aller, il se mit à planter sa tringle


de fer dans la terre. Il faisait ainsi un trou dans lequel il mettait un
gland, puis il rebouchait le trou. Il plantait des chênes. Je lui
demandait si la terre lui appartenait. Il me repondit que non. Savait-il à
qui elle était ? Il ne savait pas. Il supposait que c'était une terre
communale, ou peut-être, était-elle propriété de gens qui ne s'en
souciaient pas ? Lui ne se souciait pas de connaître les propriétaires. Il
planta ainsi cent glands avec un soin extrême.

Après le repas de midi, il recommença à trier sa semence. Je mis,


je crois, assez d'insistance dans mes questions puisqu'il y répondit.

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Depuis trois ans il plantait des arbres dans cette solitude. Il en avait
planté cent mille. Sur les cent mille, vingt mille était sortis. Sur ces
vingt mille, il comptait encore en perdre la moitié, du fait des rongeurs
ou de tout ce qu'il y a d'impossible à prévoir dans les desseins de la
Providence. Restaient dix mille chênes qui allaient pousser dans cet
endroit où il n'y avait rien auparavant.

C'est à ce moment là que je me souciai de l'‚ge de cet homme. Il


avait visiblement plus de cinquante ans. Cinquante-cinq, me dit-il. Il
s'appelait Elzéard Bouffier. Il avait possédé une ferme dans les
plaines. Il y avait réalisé sa vie.

Il avait perdu son fils unique, puis sa femme. Il s'était retiré dans
la solitude où il prenait plaisir à vivre lentement, avec ses brebis et son
chien. Il avait jugé que ce pays mourait par manque d'arbres. Il ajouta
que, n'ayant pas d'occupations très importantes, il avait résolu de
remédier à cet état de choses.

Menant moi-même à ce momet-là, malgré mon jeune ‚ge, une


vie solitaire, je savais toucher avec délicatesse aux ‚mes des solitaires.
Cependant, je commis une faute. Mon jeune ‚ge, précisément, me
forçait à imaginer l'avenir en fonction de moi-même et d'une certaine
recherche du bonheur. Je lui dis que, dans trente ans, ces dix mille
chênes seraient magnifiques. Il me répondit très simplement que, si
Dieu lui prêtait vie, dans trente ans, il en aurait planté tellement
d'autres que ces dix mille seraient comme une goutte d'eau dans la
mer.

Il étudiait déjà, d'ailleurs, la reproduction des hêtres et il avait


près de sa maison une pépinière issue des faînes. Les sujets qu'il avait
protégés de ses moutons par une barrière en grillage, étaient de toute
beauté. Il pensait également à des bouleaux pour les fonds où, me dit-
il, une certaine humidité dormait à quelques mètres de la surface du
sol. Nous nous sépar‚mes le lendemain.

………………………………..

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L'année d'après, il y eu la guerre de 14 dans laquelle je fus
engagé pendant cinq ans. Un soldat d'infanterie ne pouvait guère y
réfléchir à des arbres. A dire le vrai, la chose même n'avait pas marqué
en moi; je l'avais considérée comme un dada, une collection de
timbres, et oubliée.

Sorti de la guerre, je me trouvais à la tête d'une prime de


démobilisation ridicule mais avec le grand désir de respirer un peu
d'air pur. C'est sans idée préconçue, sauf celle-là, que je repris le
chemin de ces contrées désertes.
Le pays n'avait pas changé. Toutefois, au-delà du village mort,
j'aperçus dans le lointain une sorte de brouillard gris qui recouvrait les
hauteurs comme un tapis. Depuis la veille, je m'étais remis à penser à
ce berger planteur d'arbres. ´Dix mille chênes, me disais-je, occupent
vraiment un très large espaceª.

J'avais vu mourir trop de monde pendant cinq ans pour ne pas


imaginer facilement la mort d'Elzéar Bouffier, d'autant que, lorsqu'on
en a vingt, on considère les hommes de cinquante comme des
vieillards à qui il ne reste plus qu'à mourir. Il n'était pas mort. Il était
même fort vert. Il avait changé de métier. Il ne possédait pls que
quatre brebis mais, par contre, une centaine de ruches. Il s'était
débarrassé des moutons qui mettaient en péril ses plantations d'arbres.
Car, me dit-il (et je le constatais), il ne s'était pas du tout soucié de la
guerre. Il avait imperturbablement continué à planter.

Les chênes de 1910 avaient alors dix ans et étaient plus hauts
que moi et que lui. Le spectacle était impressionnant. J'étais
littéralement privé de parole et, comme lui ne parlait pas, nous
pass‚mes tout le jour en silence à nous promener dans sa forêt. Elle
avait, en trois tronçons, onze kilomètres dans sa plus grande largeur.
Quand on se souvenait que tout était sorti des mains et de l'‚me de cet
homme, sans moyens techniques, on comprenait que les hommes
pourraient être aussi efficaces que Dieu dans d'autres domaines que la
destruction. Il avait suivi son idée, et les hêtres qui m'arrivaient aux
épaules, répandus à perte de vue, en témoignaient. Les chênes étaient
drus et avaient dépassé l'‚ge où ils étaient à la merci des rongeurs;
quant aux desseins de la Providence elle-même pour détruire l'oeuvre

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créée, il lui faudrait avoir désormais recours aux cyclones. Il me
montra d'admirables bosquets de bouleuax qui dataient de cinq ans,
c'est-à-dire de 1915, de l'époque où je combattais à Verdun. Il leur
avais fait occuper tous les fonds où il soupçonnait, avec juste raison,
qu'il y avait de l'humidité presque à fleur de terre. Ils étaient tendres
comme des adolescents et très décidés.

La création avait l'air, d'ailleurs, de s'opérer en chaînes. Il ne s'en


souciait pas; il poursuivait obstinément sa t‚che, très simple. Mais en
redescendant par le village, je vis couler de l'eau dans des ruisseaux
qui, de mémoire d'homme, avaient toujours été à sec. C'était la plus
formidable opération de réaction qu'il m'ait été donné de voir. Ces
ruisseaux secs avaient jadis porté de l'eau, dans des temps très anciens.

Certains de ce villages tristes dont j'ai parlé au début de mon


récit s'étaient construits sur les emplacements d'anciens villages gallo-
romains dont il restait encore des traces, dans lesquelles les
archéologues avaient fouillé et ils avaient trouvé des hameçons à des
endroits où au vingtième siècle, on était obligé d'avoir recours à des
citernes pour avoir un peu d'eau. Le vent aussi dispersit certianes
graines. En même temps que l'eau réapparut réapparaissaient les
saules, les osiers, les prés, les jardins, les fleurs et une certaine raison
de vivre. Mais la transformation s'opérait si lentement qu'elle entrait
dans l'habitude sans provoquer d'étonnement. Les chasseurs qui
montaient dans les solitudes à la poursuite des lièvres ou des sangliers
avaient bien constaté le foisonnement des petits arbres mais ils
l'avaient mis sur le compte des malices naturelles de la terre. C'est
pourquoi personne ne touchait à l'oeuvre de cet homme. Si on l'avait
soupçonné, on l'aurait contrarié. Il était insoupçonnable. Qui aurait pu
imaginer, dans les villages et dans les administrations, une telle
obstination dans la générosité la plus magnifique ?

………………………………..

A partir de 1920, je ne suis jamais resté plus d'un an sans rendre


visite à Elzéard Bouffier. Je ne l'ai jamais vu fléchir ni douter. Et
pourtant, Dieu sait si Dieu même y pousse ! Je n'ai pas fait le compte

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de ses déboires. On imagine bien cependant que, pour une réussite
semblable, il a fallu vaincre l'adversité; que, pour assurer la victoire
d'une telle passion, il a fallu lutter avec le désespoir. Il avait, pendant
un an, planté plus de dix mille érables. Ils moururent tous. L'an
d'après, il abandonna les érables pour reprendre les hêtres qui
réussirent encore mieux que les chênes. Pour avoir une idée à peu prés
exacte de ce caractère exceptionnel, il ne faut pas oublier qu'il
s'exerçait dans une solitude totale; si totale que, vers la fin de sa vie, il
avait perdu l'habitude de parler. Ou, peut-être, n'en voyait-il pas la
nécessité ?

En 1933, il reçut la visite d'un garde forestier éberlué. Ce


fonctionnaire lui intima l'ordre de ne pas faire de feu dehors, de peur
de mettre en danger la croissance de cette forêt naturelle. C'était la
première fois, lui dit cet homme naîf, qu'on voyait une forêt pousser
toute seule. A cette époque, il allait planter des hêtres à douze
kilomètres de sa maison. Pour s'éviter le trajet d'aller-retour, car il
avait alors soixante-quinze ans, il envisageait de construire une cabane
de pierre sur les lieux mêmes de ses plantations. Ce qu'il fit l'année
d'après.

En 1935, une véritable délégation administrative vint examiner


la ´forêt naturelle ª. Il y avait un gran personnage des Eaus et Forêts,
un député, des techniciens. On prononça beaucoup de paroles inutiles.
On décida de faire quelque chose et, heureusement, on ne fit rien,
sinon la seule chose utile: mettre la forêt sous la sauvegarde de l'Etat
et interdire qu'on vienne y charbonner. Car il était impossible de n'être
pas subjugué par la beauté de ces jeunes arbres en pleine santé. Et elle
exerça son pouvoir de séduction sur le député lui-même. J'avais un
ami parmi les capitaines forestiers qui était de la délégation. Je lui
expliquai le mystère. Un jour de la semaine d'après, nous all‚mes tous
les deux à la recherche d'Elzéard Bouffier. Nous le trouvâmes en plein
travail, à vingt kilomètres de l'endroit où avait eu lieu l'inspection.

Ce capitaine forstier n'était pas mon ami pour rien. Il connaissait


la valeur des choses. Il sut rester silencieux. J'offris les quelques oeufs
que j'avais apportés en présent. Nous partage‚mes notre casse-cro'te en

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trois et quelques heures passèrent dans la contemplation muette du
paysage.

Le cîté d'où nous venions était couvert d'arbres de six à sept


mètres de haut. Je me souvenais de l'aspect du pays en 1913, le
désert... Le travail paisible et régulier, l'air vif des hauteurs, la
frugalité et surtout la sérénité de l'‚me avaient donné à ce vieillard une
santé presque solennelle. C'était un athlète de Dieu. Je me demandais
combien d'hectares il allait encore couvrir d'arbres ?

Avant de partir, mon ami fit simplement une brève suggestion à


propos de certaines essences auxquelles le terrain d'ici paraissait
devoir convenir. Il n'insista pas. ´Pour la bonne raison, me dit-il après,
que ce bonhomme en sait plus que moi.ª Au bout d'une heure de
marche, l'idée ayant fait son chemin en lui, il ajouta: ´Il en sait
beaucoup plus que tout le monde. Il a trouvé un fameux moyen d'être
heureux!

C'est gr‚ce à ce capitaine que, non seulement la forêt, mais le


bonheur de cet homme furent protégés. Il fit nommer trois gardes
forestiers pour cette protection et il les terrorisa de telle façon qu'ils
restèrent insensibles à tous les pots-de-vin que les b'cherons pouvaient
proposer.

L'oeuvre ne courut un risque grave qu e pendant la guerre de


1939. Les automobiles marchant alors au gazogène, on n'avait jamais
assez de bois. On commença à faire fes coupes dans les chênes de
1910, mais ces quartiers sont si loin de tous réseaux routiers que
l'entreprise se révéla très mauvaise au point de vue financier. On
l'abandonna. Le berger n'avait rien vu. Il était à trente kilomètres de là,
continuant paisiblement sa besogne, ignorant la guerre de 39 comme il
avait ignoré la guerre de 14.

………………………………..

J'ai vu Elzéard Bouffier pour la dernière fois en juin 1945. Il


avait alors quatre-vingt-sept ans. J'avais donc repris la route du désert,
mais maintenant, malgré le délabrement dans lequel la guerre avait

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laissé le pays, il y avait un car qui faisait le service entre la vallée de la
Durance et la montagne. Je mis sur le compte de ce moyen de
trnasport relativement rapide le fait que je ne reconnaissais plus les
lieux de mes dernières promenades. Il me semblait aussi que
l'itinéraire me faisait passer par des endroits nouveaux. J'eus besoin
d'un nom de village pour conclure que j'étais bien cependant dans
cette région jadis en ruine et désolée. Le car me débarqua à Vergons.

En 1913, ce hameau de dix à douze maisons avait trois habitants.


Ils étaient suavages, se détestaient, vivaient de chasse au piège; à peu
près dans l'état physique et moral des hommes de la préhistoire. Les
orties dévoraient autour d'eux les maisons abandonnées. Leur
condition était sans espoir. Il ne s'agissait pour eux que d'attendre la
mort: situation qui ne prédispose guère aux vertus.
Tout était changé. L'air lui-même. Au lieu des bourrasques
sèches et brutales qui m'accueillaient jadis, soufflait une brise souple
chargée d'odeurs. Un bruit semblable à celui de l'eau venait des
hauteurs: c'était celui du vent dans les forêts. Enfin, chose étonnante,
j'entendis le vrai bruit de l'eau coulant dans un bassin. Je vis qu'on
avait fait une fontaine, qu'elle était abondante et, ce qui me toucha le
plus, on avait planté près d'elle un tilleul qui pouvait déjà avoir dans
les quatre ans, déjà gras, symbole incontestable d'une résurrection.

………………………………..

Par ailleurs, Vergons portait les traces d'un travail pour


l'entreprise duquel l'espoir était nécessaire. L'espoir était donc revenu.
On avait déblayé les ruines, abattu les pans de murs délabrés et
reconstruit cinq maisons. Le hameau comptait désormais vingt-huit
habitants dont quatre jeunes ménages. Les maisons neuves, crépies de
frais, étaient entourées de jardins potagers où poussaient, mélangés
mais alignés, les légumes et les fleurs, les choux et les rosiers, les
poireaux et les gueules-de-loup, les céleris et les anémones. C'était
désormais un endroit où l'on avait envie d'habiter.

A partir de là, je fis mon chemin à pied. La guerre dont nous


sortions à peine n'avait pas permis l'épanouissement complet de la vie,

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mais Lazare était hors du tombeau. Sur les flans abaissés de la
montagne, je voyais de petits champs d'orge et de seigle en herbe; au
fond des étroites vallées, quelques prairies verdissaient.

Il n'a fallu que les huit ans qui nous séparent de cette époque
pour que tout le pays resplendisse de santé et d'aisance. Sur
l'emplacement des ruines que j'avais vues en 1913, s'élèvent
maintenant des fermes propres, bien crépies, qui dénotent une vie
heureuse et confortable. Les vieilles sources, alimentées par les pluies
et les neiges que retiennent les forêts, ses sont remises à couler. On en
a canalisé les eaux. A cîté de chaque ferme, dans des bosquets
d'érables, les bassins des fontaines débordent sur des tapis de menthes
fraîches. Les villages se sont reconstruits peu à peu. Une population
venue des plaines où la terre se vend cher s'est fixée dans le pays, y
apportant de la jeunesse, du mouvement, de l'esprit d'aventure. On
rencontre dans les chemins des hommes et des femmes bien nourris,
des garçons et des filles qui savent rire et ont repris goût aux fêtes
campagnardes. Si on compte l'ancienne population, méconnaissable
depuis qu'elle vit avec douceur et les nouveaux venus, plus de dix
mille personnes doivent leur bonheur à Elzéard Bouffier. Quand je
réfléchis qu'un homme seul, réduit à ses simples ressources physiques
et morales, a suffi pour faire surgir du désert ce pays de Canaan, je
trouve que, malgré tout, la condition humaine est admirable. Mais,
quand je fais le compte de tout ce qu'il a fallu de constance dans la
grandeur d'âme et d'acharnement dans la générosité pour obtenir ce
résultat, je suis pris d'un immense respect pour ce vieux paysan sans
culture qui a su mener à bien cette oeuvre digne de Dieu.

Elzéard Bouffier est mort paisiblement en 1947 à l'hospice de


Banon.

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ANNEXE

L'Homme qui plantait des arbres est une nouvelle écrite en 1953 par l'écrivain
français Jean Giono pour « faire aimer à planter des arbres », selon ses termes. Il s'agit de
l'histoire, présentée comme authentique, du berger Elzéard Bouffier, personnage pourtant de
fiction, qui fait revivre sa région, localisée en Haute Provence, entre 1913 et 1947, en plantant
des arbres.

Écrite à la suite d'une commande du magazine américain Reader's Digest, la nouvelle


a eu un retentissement mondial. Elle est aujourd'hui considérée comme un manifeste à part
entière de la cause écologiste. Beaucoup de personnes ont cru que le personnage d'Elzéard
Bouffier avait vraiment existé, croyance sur laquelle Giono n'a pas manqué de jouer.

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La nouvelle véhicule de nombreux messages : écologiques, humanistes et même
politiques. L'histoire d'Elzéard Bouffier est en effet considérée dans la littérature écologiste
comme une parabole de l'action positive de l'homme sur son milieu et de l'harmonie qui peut
s'ensuivre.

Le récit de Giono a donné lieu à un film d'animation du même nom, réalisé par
l'illustrateur Frédéric Back et lu par Philippe Noiret, et qui a obtenu plus de 40 prix à travers
le monde.

L'Homme qui plantait des arbres est aujourd'hui reconnu comme une œuvre majeure
de la littérature de jeunesse et elle est, à ce titre, et pour son message écologique de
développement durable, étudiée en classe.

Sommaire
• 1 L'intrigue
• 2 Le manuscrit
• 3 Genèse de la nouvelle
o 3.1 Une commande
o 3.2 Succès et traductions
• 4 Place de la nouvelle dans l'œuvre de Giono
o 4.1 Le thème de la plantation d'arbres
o 4.2 Décodage de la nouvelle
o 4.3 Un récit à part dans l'univers de Giono
• 5 Réception et interprétations
o 5.1 Le « mythe Elzéard Bouffier »
o 5.2 Une parabole humaniste
o 5.3 Un message écologique
• 6 Adaptations
o 6.1 Le film d'animation
o 6.2 Autres adaptations notables
• 7 L'exploitation pédagogique de la nouvelle et du film

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• 8 Notes et références
o 8.1 Sources utilisées
o 8.2 Autres références
o 8.3 Notes et variantes
• 9 Annexes
o 9.1 Articles connexes
o 9.2 Liens externes
o 9.3 Bibliographie
 9.3.1 Éditions de L'Homme qui plantait des arbres
 9.3.2 Ouvrages et articles de critique

1. L'intrigue

Paysage de Provence.

Le narrateur, personnage anonyme, effectue une randonnée dans une contrée située
entre les Alpes et la Provence, « délimitée au sud-est et au sud par le cours moyen de la
Durance, entre Sisteron et Mirabeau ; au nord par le cours supérieur de la Drôme, depuis sa

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source jusqu'à Die ; à l'ouest par les plaines du Comtat Venaissin et les contreforts du Mont-
Ventoux »A 1, région désertique où plus rien ne pousse excepté la lavande. Il campe alors
auprès d'un « squelette de village abandonné »A 2, au milieu d'une « désolation » sans pareille,
où pourtant la vie a jadis existé. Après une nuit de repos, il reprend son chemin mais manque
bientôt d'eau. Il fait par chance la rencontre d'un berger silencieux nommé Elzéard Bouffier,
qu'il prend, au début, « pour le tronc d'un arbre solitaire »A 3. Celui-ci lui prodigue à boire, puis
lui propose de passer la nuit chez lui, dans sa maison de pierres. Le narrateur est impressionné
par la bonne tenue de la demeure et par la vie placide et sereine du berger qui vit seul en
compagnie de son chien et de son troupeau de moutons.

Alors que la nuit s'avance, le narrateur observe le berger en train d'examiner, de


classer, de nettoyer puis de sélectionner, « un tas de glands »A 4. Il en choisit finalement dix,
qu'il met de côté, puis va se coucher. Le lendemain, le narrateur reprend sa route mais,
intrigué, demande au berger s'il lui est possible de demeurer chez lui encore un jour. Le berger
accepte puis prend la route avec son troupeau et son seau de glands. Le narrateur décide de
suivre un chemin parallèle à celui du berger afin d'observer ce qu'il compte faire de ses
glands. Ce dernier s'arrête enfin sur une petite clairière désertique et, à l'aide d'une « tringle de
fer », fait un trou dans lequel il met un gland, puis rebouche le trou. Le narrateur comprend
qu'Elzéard Bouffier plante des chênes et, ce jour-là, il en plante cent, « avec un soin
extrême ». Engageant de nouveau la conversation, le narrateur apprend qu'Elzéard plante
depuis trois ans des arbres : « Il en avait planté cent mille. Sur les cent mille, vingt mille était
sortis. Sur ces vingt mille, il comptait encore en perdre la moitié, du fait des rongeurs ou de
tout ce qu'il y a d'impossible à prévoir dans les desseins de la Providence. Restaient dix mille
chênes qui allaient pousser dans cet endroit où il n'y avait rien auparavant »A 5.

La passion de cet homme consiste donc à planter des arbres, dans une parfaite
solitudevariantes 1. Le narrateur ne parvient cependant pas à lui donner un âge. Le berger
entreprend de planter d'autres essences, parmi lesquelles des bouleaux, des hêtres et des
frênes. Il entend métamorphoser la région en plantant des milliers d'hectares de surface
sylvicole. Le lendemain, le narrateur quitte la compagnie du berger et l'année d'après il est
engagé sur le front de la Première Guerre mondiale. Il oublie alors Elzéard Bouffier et sa
passion incroyable. Mais, lorsqu'il décide d'effectuer à nouveau une randonnée dans la région,
le souvenir du berger silencieux lui revient.

Retrouvant le planteur, qui a changé de métier et qui est maintenant apiculteur (ses
moutons étant en effet une trop grande menace pour ses plantations), celui-ci lui fait visiter sa
nouvelle forêt dont les chênes datent de 1910. La création d'Elzéard fait alors « onze
kilomètres de long et trois kilomètres dans sa plus grande largeur »A 6 et impressionne le
narrateur qui a le sentiment d'avoir sous ses yeux une œuvre de création divine : « Quand on
se souvenait que tout était sorti des mains et de l'âme de cet homme - sans moyens techniques
- on comprenait que les hommes pourraient être aussi efficaces que Dieu dans d'autres
domaines que la destruction »A 7. Le milieu a littéralement changé et, même, la reproduction
des arbres se fait dorénavant toute seule, le vent aidant à disperser les graines. La
transformation de la contrée s'opère si lentement que personne ne s'en aperçoit.

Dès 1920, le narrateur rend régulièrement visite au berger solitaire. Il constate ainsi la
propagation de ses arbres, en dépit de quelques infortunes. Elzéard plante même d'autres
essences, comme des érables. En 1933, le berger reçoit la visite d'un garde forestier, ce qui
témoigne de l'importance de la forêt ainsi constituée au fil des années. Pour accélérer son
projet, Elzéard Bouffier décide de fabriquer une maison afin de vivre au milieu des arbres. En

21
1935, le narrateur rend visite au berger en compagnie d'un ami garde forestier, à qui il dévoile
le mystère de cette « forêt naturelle ». Ce dernier jure conserver le secret et voit en Elzéard
Bouffier un homme qui a trouvé par cette activité « un fameux moyen d'être heureux »A 8.

En 1939, il est décidé de commercialiser le bois de la forêt, notamment pour


compenser le manque de combustible suite à l'introduction des voitures. Le projet avorte
toutefois car la région est trop éloignée de tout circuit logistique. Le narrateur revoit une
dernière fois le berger, en juin 1945. Ce dernier a alors 97 ansvariantes 2 et il continue sa tâche de
reforestation. Autour de lui, la région est revenue à la vie, notamment le village de Vergons
où les habitants sont de nouveau présents et heureux. Ainsi, « plus de dix mille personnes
doivent leur bonheur à Elzéard Bouffier »A 9. Le narrateur a une dernière pensée pour le
berger, sa générosité et son abnégation, qui font de sa réalisation « une œuvre de Dieu ».
Enfin, « Elzéard Bouffier est mort paisiblement en 1947 à l'hospice de Banon »A 10,variantes 3.

2. Le manuscrit
L'étude génétique textuelle du manuscrit renseigne sur les choix esthétiques de Giono.
Le texte a été rédigé dans la nuit du 24 au 25 février 1953, comme l'atteste le manuscrit
originel. Ce dernier ne porte cependant aucun titre. C'est uniquement dans une copie
dactylographiée (certainement elle-même une copie) qu'apparaît le titre « Le caractère le plus
exceptionnel que j'aie rencontré », traduction du libellé anglais pour l'appel de textes du
Reader's DigestC 1. Le récit occupe cinq feuillets et l'écriture est serrée, comme à l'accoutumée
chez Giono. Le texte a été remanié par la suite et quelques variations sont notables.

La première version met en scène un vieux berger provençal qui, en enfonçant des
glands dans le sol, a fait pousser des forêts sur une contrée déserte et stérileD 1. Giono décide
toutefois de ne pas reprendre quelques éléments du premier synopsis, à savoir que ce berger
intéresse les habitants en leur parlant de la beauté des arbres et de la « chanson du vent », ou
qu'il ait « lutté contre le désir d'abattre les arbres, souvent par des actions très dramatiques ».
Il renonce aussi à lui faire planter des fleurs ou à élever cinq cents paons. Enfin, la mention de
la ferme du berger, nommée « Silence », puis « Le Paon », est biffée sur le manuscritD 2. Dans
cette première version, seul le prénom d'« Elzéard »variantes 4 apparaît, dans les dernières lignes.

22
Toutes les précisions géographiques, demandées par le magazine américain, ont été
ajoutées dans une seconde version. Giono donne donc le nom de « Bouffier » au personnage,
nom par ailleurs très courant dans la région, et il explique qu'il est décédé à Banon. Il s'agit de
la seule indication toponymique réelle du texte, le village de Vergons existant mais il est trop
éloigné de la contrée décrite dans le récitC 2. Dans cette seconde version, la fin a été
intégralement réécrite. À l'origine, le narrateur-voyageur rendait visite une dernière fois au
berger en 1945 puis il apprenait sa mort en 1952, celle-ci étant survenue un an auparavant.
Giono a ajouté une description bucolique de la contrée, revenue à la vie grâce à l'action
d'Elzéard Bouffier. Alors que dans la première version le berger agit pour lui-même puisqu'il
finit par contempler depuis sa fenêtre de l'hospice de Banon ses forêts, dans la seconde, son
action vise le bonheur de tous et la régénération de la contréeC 3.

Le manuscrit montre par conséquent une volonté de simplification et de renoncement


au style lyriqueD 3. Par rapport à son expérience enfantine, Giono a amplifié la réalité. D'abord,
il a agrandi la Haute Provencevariantes 5 et a multiplié les arbres plantés. Elzéard Bouffier
mentionne en effet cent mille arbres plantés en trois ansvariantes 6, alors que la plantation ne peut
avoir lieu que deux mois par an environC 4.

3.Genèse de la nouvelle
3.1.Une commande[modifier]

C'est suite à une commande du magazine américain Reader's Digest, en février 1953, sur le
thème « Le personnage le plus extraordinaire que j'ai rencontré » (« The Most Unforgettable
Character I've Met »), que la nouvelle naîtC 5,1. Giono communique avec le magazine par
l'intermédiaire de l'agence littéraire Chambrun, de New York. Il écrit un premier synopsis
d'une page et attend la réponse. Il reçoit le 2 février 1953 une lettre du Reader's Digest qui lui
annonce que son texte a été présélectionné. Il doit ensuite leur faire parvenir le récit en entier,
avant la fin du mois.

La première version complète est écrite par Giono dans la nuit du 24 et 25 février. Le 15 avril,
Jacques Chambrun transmet à Giono les remarques du magazine américain, qui ignore la
notoriété de l'écrivain manosquin. Le comité de sélection exige que Giono identifie davantage
le lieu de l'action et le personnage du berger, afin de convenir aux exigences du concours. Le
magazine souhaite aussi que l'épilogue du récit soit optimiste et qu'il conclue sur la
renaissance des villages de la contrée. Giono prend donc en compte ces directives et, le 29
mai, fait parvenir son texte modifié. Il donne le nom d'« Elzéard Bouffier » au berger et

23
localise la bourgade par le toponyme réel de Vergons. Il y ajoute une autre précision
géographique : le berger meurt à l'hospice de Banon, à cent kilomètres du Vergons réel, près
de Saint-André-les-Alpes.

La nouvelle traite du thème de la reforestation d'une région désertique.

Le magazine ayant des doutes sur la véracité des faits rapportés par Giono dépêche un
représentant français, John D. Panitza, qui enquête dans la région décrite. Ne trouvant aucune
information sur Elzéard Bouffier, il rencontre Giono en juin C 6. Ce dernier nie l'invention et
donne des éléments probants à Panitza qui finit par enquêter, en vain, dans les registres de
l'hôpital de Banon2. Giono reçoit ensuite une lettre, le 1e décembre 1953, dans laquelle le
magazine refuse son texte en raison du doute sur l'existence du personnage d'Elzéard
BouffierD 4,3. Giono étant délivré de tout contrat avec le Reader's Digest, une autre revue
américaine, Vogue demande à publier le texte, ce que Giono accepte, sans demander de droits
d'auteur. Le 15 mars 1954, L'Homme qui plantait des arbres est publié, en anglais donc, sous
le titre The Man Who Planted Hope and Grew Happiness (L'Homme qui plantait l'espoir et
faisait pousser le bonheurC 7), dans VogueC 8. Après avoir été publiée dans Vogue, la nouvelle
est éditée gratuitement à hauteur de 100 000 exemplaires aux États-UnisC 9.

3.2. Succès et traductions

La nouvelle est ensuite publiée dans d'autres revues, et en particulier dans des revues
écologiques de langue anglaise d'abord. Selon Giono, ce succès aux États-Unis peut
s'expliquer par le fait que son personnage de berger rappelle aux Américains leur propre héros
national, John Chapman surnommé John Appleseed, « l'homme aux pommiers »4. Le texte est
publié dans Trees and Life de l'été 1956, à LondresC 10, puis dans Forest, The Trout et
ResurgenceC 11. Des revues de langue allemande, Vendepunkt (Zurich) et Oekjournal Garten
und Landschaft, la font ensuite paraîtreC 12. Une édition italienne paraît en 1958, sous le titre
L'Uomo che piantò la speranza e crebbe la felicità. L'association américaine Friends of
Nature en réalise une brochure en 1966, préfacée par le sénateur Gaylord Nelson. Le
magazine Vogue publie de nouveau le texte dans son volume anthologique The World in
Vogue de 1963C 13.

Le texte apparaît ensuite dans des revues françaisesD 5. Sa première publication en


langue française, sous le titre L'Homme qui plantait des arbres a lieu dans la Revue Forestière
Française, en 1973 (no 6). C'est Aline Giono, la fille de l'écrivain, qui lui a donné ce titre, sur
les indications verbales de son pèreC 14. Le texte est publié par la suite dans Le Sauvage
(no 15/16) de juillet 1974, mais aussi dans Centre Midi Magazine (décembre 1974). Le

24
Bulletin de l'Association des amis de Jean Giono de Manosque publie le texte dans son no 5
de printemps-été 1975, accompagné de deux chroniques de Giono consacrées aux arbres, et de
l'article de sa fille quant à la genèse de la nouvelleC 15. C'est cet article qui va révéler le
caractère fictif du texte, mettant ainsi au jour les manipulations de Giono pour laisser persister
le mystère.

En dépit de la volonté de Giono de mettre le texte dans le domaine public, de


nombreux éditeurs étrangers l'ont traduit et commercialisé dans le monde entier. La nouvelle a
ainsi été traduite en treize langues, notamment en danois, finlandais, suédois, norvégien,
anglais, allemand, russe, tchécoslovaque, hongrois, espagnol, italien, yiddish, polonais,
yougoslaveC 9. En 1977, note Pierre Citron, la nouvelle a été plagiée, sous copyright, en
anglais, par Jesse Free. De même, des mouvements sectaires s'en sont emparés. En France, le
texte apparaît dans la brochure intitulée « Changer le monde » éditée par « Les Enfants de
Dieu »C 16. Jacques Chabot parle d'un « succès quantitatif », car c'est l'ouvrage de Giono le plus
traduit et le plus médiatiséB 1. Il s'agit de l'un des rares textes de Giono à avoir paru d'abord en
traduction (en anglais d'abord)C 17. Cependant, rien ne prouve que les langues citées par Giono
dans sa lettre au Conservateur des Eaux et Forêts de Digne, Monsieur Valdeyron, en 1957,
sont exactesC 18. Alors que Giono ne la destinait pas en ce sens, la nouvelle a été rapidement
considérée comme appartenant à la littérature de jeunesseE 1.

4. Place de la nouvelle dans l'œuvre de Giono[modifier]


Article détaillé : Bibliographie de Jean Giono.

4.1. Le thème de la plantation d'arbres[modifier]

Jean Giono, écrivain et cinéaste, a grandi en Provence, à Manosque, qu'il ne quitte


qu'épisodiquement. Il décrit dans ses nouvelles et ses romans la population, les paysages et la
vie provençaux. Son rapport avec l'environnement, son passé, sa participation en tant
qu'appelé durant la Première Guerre mondiale, ainsi que l'exode rural dont il a été témoin dans
l'arrière-pays provençal, l'ont conduit à cette œuvre humaniste et écologiste. Le berger Elzéard
Bouffier est certainement un mélange entre la figure parentale de Giono et celle, typique, du
« berger du Contadour »5. Selon Pierre Citron, avec L'Homme qui plantait des arbres, Giono a
écrit « un de ses rares récits qui soit intégralement optimiste et moral d'un bout à l'autre »D 6.

Cette nouvelle correspond pourtant à un amour réel des plantations d'arbres. Le thème
existe en effet depuis longtemps dans l'œuvre de Giono. Ainsi, il apparaît dans Sur un galet
de mer (dès 1923), puis dans Manosque-des-plateaux (1930), dans Que ma joie demeure
(1935) et dans Les Vraies Richesses (1942)6. Le motif se retrouve également dans Que ma

25
joie demeure, lorsque le personnage de Bobi suggère de planter des amandiers rouges et des
haies d'aubépines. Il fait ensuite une allusion à Jourdan concernant la plantation de chênes.
Dans Les Vraies Richesses, Giono évoque les « gestes premiers » de la civilisation, au nombre
de trois, dont la plantation d'arbres. Enfin dans Le Hussard sur le toit Angelo se demande si
son action est plus patriote que celle du berger solitaire qui plante des glands, seul, en
compagnie de ses bêtesC 19.

L'écrivain évoque également cette passion dans deux chroniques de 1962, publiées
dans le Dauphiné libéré (la publication est posthume et est le fait d'Aline Giono)C 20. Giono y
répond à un correspondant non identifié, qui lui signale que, selon lui, planter des arbres est
« une activité de riches ». L'écrivain manosquin répond qu'étant enfant, et malgré la pauvreté
du ménage parental, il accompagnait son père dans les collines et plantait des glandsC 21.

Enfin, il existe une nouvelle du recueil Solitude de la pitié (1932) intitulée « Jofroi de
la Maussan » qui narre une intrigue inverse à celle de L'Homme qui plantait des arbres. Le
personnage, un berger de Maussa, est attaché à ses arbres qu'il doit vendre. Cependant, il ne se
résout pas à ce que l'acheteur les déracine. Il s'y oppose mais finit par décéder7.

4.2. Décodage de la nouvelle[modifier]

Avec L'Homme qui plantait des arbres, Giono acquiert une posture résolument
optimiste. Fable naïve pour certains, la nouvelle présente une conception écologiste assumée,
qui contraste avec ses œuvres antérieures, dominées par la figure du dieu Pan. Il retrouve
l'unité du cosmos, à travers les thèmes de la régénération naturelle et de la créativité humaine
bienveillante. Les thèmes de la patience devant la nature (« Mais la transformation s'opérait si
lentement qu'elle entrait dans l'habitude sans provoquer d'étonnement. »A 11), des cycles des
saisons (« Le vent aussi dispersait certaines graines. En même temps que l'eau réapparut
réapparaissaient les saules, les osiers, les prés, les jardins, les fleurs et une certaine raison de
vivre. »A 12), du regard (« Il avait suivi son idée, et les hêtres qui m'arrivaient aux épaules,
répandus à perte de vue, en témoignaient. »A 13) et du silence (« J'étais littéralement privé de
parole et, comme lui ne parlait pas, nous passâmes tout le jour en silence à nous promener
dans sa forêt. »A 14) sont des thèmes écologiques. La nouvelle présente donc une conception de
l'unité du cosmos, et la contrée revivifiée par l'action d'Elzéard Bouffier ressemble à un vaste
locus amoenus, c'est-à-dire à un lieu idyllique traditionnel de la littérature.

La symbolique de l'arbre, récurrente chez Giono, est liée à celle de l'ascension céleste,
spirituelle, comme le rappelle Christian Morzewski8. Selon Jean-Pierre Jossua, la nouvelle

26
témoigne du « second Giono », celui d'après 1929. En effet les nouvelles et romans du « cycle
de Pan » dépeignent une nature mythologisée et qui fait face à l'homme de manière violente.
Dans L'Homme qui plantait des arbres, au contraire, Giono décrit une communion avec la
nature qui s'apparente à une « symbiose » au moyen de laquelle se forme un « homme
exemplaire par sa voyance et sa pureté », comme le représente Elzéard Bouffier. Cette
communion avec la nature est alors « démythologisée » et « n'est plus qu'immanente, sans
perception sacrale, et elle reçoit la réponse d'une soumission constante, à la fois confiance et
obéissance »9. L'arbre chez Giono est surtout, pour Anne Machu-Antoine, « le lien entre les
différents étages de la création, entre la terre et l'air, le dessous et le dessus, le clos et l'ouvert,
la vie ample et l'existence sourde »10.

4.3. Un récit à part dans l'univers de Giono[modifier]

Selon Jacques Chabot, les divergences thématiques et esthétiques ne permettent pas de


faire de la nouvelle un texte écrit dans la continuité des autres. Giono l'a en effet écrit sur
commande, sans le rattacher à son univers, dominé par l'apocalypse et la révolte de la nature.
Contrairement au personnage de Langlois, Elzéard Bouffier n'est pas assimilé à un arbre en
train de pousser ; il se contente de planter, ce qui montre un changement dans la
représentation de Giono selon ChabotB 2. De même, en comparaison des personnages habituels
de Giono, Elzéard n'est qu'une sorte de garde champêtre banal, qui ne crée pas de légendes.
Enfin, il plante des arbres (au pluriel précise Jacques Chabot) alors que, d'habitude, ses
personnages sont dépeints comme des hommes-arbreB 3.

Chabot considère que les lecteurs qui voient en Elzéard, en le détachant du contexte de
l'univers gionien, un héros écologiqueB 4, commettent une erreur de lecture. Selon lui, le
personnage a échappé à son créateur, comme Don Juan échappa à Tirso de Molina. Cette
nouvelle témoigne de ce qu'est Giono lorsqu'il n'est pas lui-même, mais bien-pensant et
L'Homme qui plantait des arbres est un parfait « digest » de la morale et de la pensée de
Giono « quand il n'est pas Giono le songeur d'apocalypses mais un produit de l'idéologie de
son temps » ; « il pense alors contre sa nature profonde »B 5. Elzéard n'est donc pas un héros
mais un « monsieur tout le monde », et son succès médiatique est révélateur d'une époque qui

27
manque de figures mythiques et qui s'en crée une de toutes pièces ; en conséquence, cette
nouvelle est « un exemplaire de la dégradation du mythe » littéraireB 6. Il remarque que la
seconde partie du roman Regain (qui pourrait s'appeler d'ailleurs « l'homme qui plantait du
blé ») a connu un destin similaireB 7.

En comparaison à d'autres écrits, l'univers représenté dans la nouvelle est unique au


sein de la production de Giono. Ainsi, dans Colline, la forêt est terrible, c'est la « selva
oscura », alors que dans L'Homme qui plantait des arbres elle est bucoliqueB 8. De même, dans
Le Chant du monde, l'intrigue est très sexualisée, alors que dans cette nouvelle aucune
mention sexuelle n'est faiteB 9. Enfin, la nouvelle est à rapprocher d'un autre récit de
commande de Giono, publié en 1949, cette fois directement destiné aux enfants : Le Petit
garçon qui avait envie d'espaceE 2,11 et de nouvelles regroupées dans les recueils Les Trois
arbres de Palzem, Les Récits de la demi-brigade et La chasse au bonheur.

5. Réception et interprétations[modifier]
5.1. Le « mythe Elzéard Bouffier »[modifier]

Le village de Vergons est cité dans la nouvelle.

Giono a consciemment entretenu le mythe quant à l'existence d'Elzéard Bouffier et de


son œuvre sylvicole. Ainsi, lorsque le service des Eaux et Forêts français vient l'interroger en
1968, il dément avoir créé un personnage de fiction. La même année, il fait parvenir à un

28
éditeur allemand, Urachhaus (de Stuttgart) un prétendu cliché photographique, de sa
collection personnelle de portraits provençaux, du bergerD 7,C 22. L'éditeur voulait en effet
publier une biographie d'Elzéard Bouffier accompagnée d'une photographie pour un volume
anthologique intitulé Im Zeichen der Menschlichkeit (« Sous le signe de l'humanité »). Le
cliché est ensuite transmis à Friends of Nature qui en illustre sa brochure.

En décembre 1982 le magazine Harrowsmith Country Life publie le texte intégral.


Beaucoup de lecteurs nord-américains en ont été touchés et ont même planté des arbres. Une
Québécoise, Madame Beverley von Baeyer, a enquêté à Banon, à la recherche de la tombe
d'Elzéard Bouffier puisque, selon Giono, il y a été enterré en 1947. Le magazine Harrowsmith
publie également le récit de Beverley von Baeyer en conclusion duquel elle explique avoir
appris que Giono est un romancier, et que, donc, le personnage d'Elzéard est fictif12. Une
université sud-américaine a sollicité Pierre Citron quant à la véracité d'Elzéard Bouffier en
1977, preuve selon ce dernier que le mythe continueC 23.

Marcel Neveux parle ainsi du « mythe d'Elzéar Bouffier»13 alors que Jacques Chabot
évoque lui un « phénomène Elzéar Bouffier »B 10 car il s'agit avant tout d'un succès
commercial, loin du monde littéraire de Giono. Le thème n'est pourtant pas de son invention
puisqu'un projet de reboisement existe dès 1880 en Provence. Suite à cette fabulation, il existe
une rue « Elzéard Bouffier » à BanonB 11.

Ce n'est que le 27 mai 1957, dans une lettre, que Giono dévoile sa mystification et
explique son choix d'écriture, mais celle-ci ne sera rendue publique par l'Association des
Amis de Jean Giono qu'en 1975 :

« Cher Monsieur,

Navré de vous décevoir, mais Elzéard Bouffier est un personnage inventé. Le but était
de faire aimer l'arbre ou plus exactement faire aimer à planter des arbres (ce qui est depuis
toujours une de mes idées les plus chères). Or, si j'en juge par le résultat, le but a été atteint
par ce personnage imaginaire. Le texte que vous avez lu dans Trees and Life a été traduit en
Danois, Finlandais, Suédois, Norvégien, Anglais, Allemand, Russe, Tchécoslovaque,
Hongrois, Espagnol, Italien, Yddisch, polonais. J'ai donné mes droits gratuitement pour toutes
les reproductions. Un Américain est venu me voir dernièrement pour me demander
l'autorisation de faire tirer ce texte à 100 000 exemplaires pour les répandre gratuitement en
Amérique (ce que j'ai bien entendu accepté). L'Université de Zagreb en fait une traduction en
Yougoslave. C'est un de mes textes dont je suis le plus fier. Il ne me rapporte pas un centime
et c'est pourquoi il accomplit ce pour quoi il a été écrit.

J'aimerais vous rencontrer, s'il vous est possible, pour parler précisément de
l'utilisation pratique de ce texte. Je crois qu'il est temps qu'on fasse une « politique de l'arbre »
bien que le mot politique semble bien mal adapté. »
— Lettre au Conservateur des Eaux et Forêts de Digne, Monsieur ValdeyronC 9

29
5.2.Une parabole humaniste[modifier]

La nouvelle de Jean Giono véhicule plusieurs significations. Le lecteur peut d'abord y


voir un sens humaniste. Sa dimension parabolique et allégorique a d'ailleurs été mentionnée
par Pierre Citron et Robert Ricatte, deux spécialistes de Giono. Pour le premier, la morale
serait que « l'altruisme est atteint à travers l'individualisme » et de ce point de vue Elzéard
serait la figure de l'artisteC 24. Le récit ressemble d'ailleurs à une fable de La FontaineB 12,E 3, avec
une moralité.

Le personnage d'Elzéard représenterait par ailleurs plusieurs traits éthiques, comme la


vertu du silence et l'abnégation dans le travail solitaire, seules conditions de succès C 25, mais
aussi l'amour et la communion avec la nature, jusqu'à la mort 14. En revanche, pour Jacques
Chabot, L'Homme qui plantait des arbres est « une parabole esthétique » et Elzéard est le
poète qui répand la culture (à travers la symbolique du semeur de glands, qui précède celle du
semeur de blé dans l'histoire paléolithique précise-t-il) ; c'est en somme un « anti-
Oppenheimer »B 13.

30
Plaque commémorative de Jean Giono à Manosque.

Le texte peut aussi avoir un sens biblique15, que rappelle le prénom d'« Elzéard »,
provenant d'« Eléazard » qui signifie « secours de Dieu ». Le texte insiste beaucoup sur la
dimension prophétique, à travers l'évocation de Dieu lui-même et du pays de CanaanE 4. Cette
dimension passe également par la symbolique des chiffres, liée aux plantations d'arbresE 5.

On peut aussi voir dans ce texte, selon Jacques Chabot, l'« apologie de l'entrepreneur
privé, capitaliste et individualiste, contre l'État »B 14. La délégation administrative qui visite la
forêt est en effet montrée comme incapable de saisir la portée d'une telle action individuelle
entreprise par ElzéardE 6. Toutefois, Jacques Chabot dénonce la récupération de ce récit, qui a
« transformé en porte-drapeau idéologique » son personnage et qui « risque fort de galvauder
la vaste mythologie gionienne réduite à la dimension d'un clip publicitaire »B 15. Ainsi,
l'optimisme de ce récit masque la réalité des œuvres de Giono qui « n'est pas un brave homme
qui aimait la nature, et moins encore un porte-parole actuel des écologistes mais il est le poète
de Pan. Il n'est pas vert comme les pâturages et sa couleur est celle du chaos »B 16. Selon lui,
résumer la nouvelle a un message écologiste est un contre-sens.

5.3.Un message écologique[modifier]

La nouvelle met surtout l'accent sur l'aspect écologique de l'œuvre de Giono selon
Pierre Citron3. En dépit d'une critique portant sur l'incapacité des administrations à régenter
les espaces naturels16, la nouvelle est un appel à la sauvegarde du patrimoine écologique.
L'action d'Elzéard Bouffier annonce ainsi, point par point, les fondamentaux du
développement durable, qui sont cependant décrits bien après la publication de la nouvelle17.

Les mouvements environnementaux en ont fait un modèle de conscience écologique


alors que Giono ne revendique à aucun moment dans son œuvre une telle sensibilité
politique18. Ainsi, plusieurs opérations de reforestation, notamment en Provence et au Canada,
y font référence.

D'autres opérations de plantation à grande échelle, sans s'inspirer de la nouvelle de


Giono, y font écho19. Ainsi, Abdul Kareem a créé en Inde une forêt « sortie de nulle part »
selon ses termes, sur une période de 19 ans, en utilisant la même méthode qu'Elzéard
Bouffier20. Une organisation nommée Trees for the Future a aidé plus de 170 000 familles,

31
dans 6 800 villages d'Asie, d'Afrique et d'Amérique à planter des arbres, estimés à plus de 35
millions21. Wangari Maathai, prix Nobel de 2004, a fondé le Green Belt Movement qui a pour
objectif de planter plus de 30 millions d'arbres pour restaurer l'environnement du Kenya22.
Marthinus Daneel, professeur d'études africaines de l'université de Boston, a fondé le
« Zimbabwean Institute of Religious Research and Ecological Conservation », qui travaille en
coopération avec les églises locales pour replanter des arbres au Zimbabwe. Bhausaheb
Thorat a planté 45 millions de graines à la suite de la lecture du récit de Giono. Il a créé le
« Dandakaranya Abhiyaan » en juin 2006 à Sangamner (Maharashtra, Inde) afin de
démocratiser cette pratique.

Enfin, le Programme des Nations unies pour l'environnement (« UNEP ») s'en est
inspiré dans sa campagne intitulée « A Billion Tree Campaign » qui a annoncé avoir planté 45
millions de graines à travers le monde23. Enfin, l'action de Donald Leigh Chapple, qui a
consacré les douze dernières années de sa vie à la reforestation de la colline côtière de la baie
de Matiatia sur l'île Waiheke (océan Pacifique) semble s'inspirer de celle d'Elzéard Bouffier24.

6. Adaptations[modifier]
6.1.Le film d'animation[modifier]

Article détaillé : L'Homme qui plantait des arbres (film).

La nouvelle de Giono a donné lieu à un film d'animation de 34 m intitulé également L'Homme


qui plantait des arbres, réalisé par l'illustrateur canadien Frédéric Back en 1987 pour Radio-
Canada. Le texte de Giono est narré par Philippe Noiret. Frédéric Back a procuré aux
animations une intensité qui a ensuite fait la renommée du film, notamment pour l'impression
de mouvement continu sur toute la durée de l'histoire 12. Le graphisme pourrait être inspiré de
Claude Monet, Marc Chagall et Léonard de Vinci (en ce qui concerne les gros plans sur le
visage d'Elzéard Bouffier)12.

Sa portée écologiste est souvent citée. L'Homme qui plantait des arbres a en effet suscité
partout sur la planète des mouvements spontanés pour planter des arbres. Frédéric Back

32
participe personnellement à la défense des animaux et de la nature25. Membre fondateur de la
Société pour Vaincre la Pollution et de la Société Québécoise pour la Défense des Animaux, il
utilise ses films d'animation, notamment la renommée internationale de L'Homme qui plantait
des arbres, pour promouvoir l'action écologiste. Inspiré par la nouvelle, il a lui-même replanté
une petite forêt au Canada, à Huberdeau, qu'il a dédié à Jean Giono25. Il participe, à ce titre,
régulièrement au projet « Forêt-Québec » destiné à replanter les forêts boréales.

La figure du berger solitaire est une parabole qui permet à Giono de célébrer les qualités de
patience et de force de travail.

Le film a reçu près de quarante prix26 parmi lesquels l'Oscar du « meilleur film
d'animation » et le Grand Prix du Festival international du film d'animation d'Annecy, dès
l'année de sa sortie, en 1987. Un livre illustré par Frédéric Back, où l'on retrouve les peintures
de son film, a également été édité par Gallimard Lacombe pour Les Entreprises Radio-
Canada. Il existe également un double DVD contenant des entretiens avec Jean Giono et
Frédéric Back. Dernièrement, en 2003 trois films de Frédéric Back sont sélectionnés au Best
150 World and Japanese animation films produced in the 20th century, à Tokyo, au Japon,
dont L'Homme qui plantait des arbres, qui obtient le 4e rang25.

6.2.Autres adaptations notables[modifier]

En 2006, le texte de Giono est adapté au théâtre par Richard Medrington, dramaturge du
Puppet State Theatre Company d'Edinburgh. La pièce met en scène des marionnettes 27. La
réalisation a également obtenu des prix pour le travail d'adaptation.

En 1985 le Paul Winter Consort a enregistré un album avec le texte de Giono lu par Robert J.
Lurtsema. Une version a été commercialisée en 1990 par Earth Music Productions28.

33
7. L'exploitation pédagogique de la nouvelle et du
film[modifier]
L'œuvre de Giono est inscrite dans la liste recommandée par le ministère de
l'Éducation nationale français, pour le cycle 3 (8 ans), depuis 2002. À ce titre, une édition a
été élaborée, chez Gallimard jeunesse. Sur le plan littéraire, l'étude de la nouvelle présente des
difficultés de compréhension dues à un vocabulaire riche et à une syntaxe éloignée de celle
rencontrée plus fréquemment par les élèves. Cependant, elle permet de réinvestir les notions
de citoyenneté, d'écologie et de développement durable. Il est également envisageable de faire
produire des écrits aux élèves sur la base de la question à l'origine de la nouvelle (« quel est le
personnage le plus extraordinaire que vous avez rencontré ? »)29. Enfin, des prolongements en
biologie (comme étudier les différentes espèces d'arbres évoquées), ou en géographie, sont
possibles.

34
8. Notes et références[modifier]
8.1. Sources utilisées[modifier]

• (fr) Jean Giono, Œuvres romanesques complètes : L'Homme qui plantait des
arbres, vol. V, Gallimard, Paris, 1980, p. 754-767

1. ↑ p. 757.
2. ↑ p. 757.
3. ↑ p. 758.
4. ↑ p. 759.
5. ↑ p. 760.
6. ↑ p. 762.
7. ↑ p. 762.
8. ↑ p. 764.
9. ↑ p. 766.
10. ↑ p. 767.

35
11. ↑ p. 763.
12. ↑ p. 763.
13. ↑ p. 762.
14. ↑ p. 762.

• (fr) Jacques Chabot, « L'Homme qui hantait les arbres », dans Giono beau fixe,
Presses universitaires de Provence, 1992, p. 17-62

1. ↑ p. 23.
2. ↑ p. 21.
3. ↑ p. 22.
4. ↑ p. 22.
5. ↑ p. 25.
6. ↑ p. 23.
7. ↑ Le mythe d'Elzéard est une « régression » par rapport au roman Regain, p. 23.
8. ↑ p. 29-30.
9. ↑ p. 47.
10. ↑ p. 18.
11. ↑ p. 28.
12. ↑ p. 24.
13. ↑ p. 25.
14. ↑ p. 26.
15. ↑ p. 19.
16. ↑ p. 17.

• (fr) Jean Giono, « Notice de L'Homme qui plantait des arbres par Pierre Citron »,
dans Œuvres romanesques complètes, Gallimard, Paris, vol. V, 1980, p. 1402-1412

1. ↑ p. 1405.
2. ↑ p. 1406.
3. ↑ p. 1406.
4. ↑ p. 1405.
5. ↑ p. 1402.
6. ↑ p. 1407.
7. ↑ Rien ne permet d'affirmer que Giono ait pu accepter ce titre, choisi par la rédaction de Vogue, p. 1407.
8. ↑ p. 1407.
9. ↑ a, b et c Lettre au Conservateur des Eaux et Forêts de Digne, Monsieur Valdeyron, 25 ou 26 mai 1957,
p. 1408. Reproduction de la lettre en fac-similé [archive], sur le site de la librairie ancienne Norbert
Darreau ; également reproduite dans le bulletin de l'association des amis de Jean Giono (ISSN 1164-
o
6632 [archive]), n 5, printemps-été 1975, et dans L'Homme qui plantait des arbres, portfolio de trois eaux-
fortes et aquatintes de Jean-Michel Folon, Éditions François Bénichou, 1982.
10. ↑ p. 1408.
11. ↑ p. 1409.
12. ↑ p. 1409.
13. ↑ p. 1408.
14. ↑ p. 1409.
15. ↑ p. 1409.
16. ↑ Pierre Citron note que la fin de la nouvelle a été, dans cette version de propagande religieuse,
modifiée. Le berger se voit ainsi attribué une pension de retraite par le gouvernement pour son action
positive, p. 1409.
17. ↑ p. 1403.

36
18. ↑ p. 1408-1409.
19. ↑ p. 1404-1405.
20. ↑ p. 1403.
21. ↑ Giono insiste sur la gratuité de ces glands et des « cannes à bout ferré » utilisées pour les planter,
p. 1403.
22. ↑ p. 1409.
23. ↑ « On n'arrête pas un mythe en marche », p. 1409.
24. ↑ p. 1406.
25. ↑ p. 1403.

• (fr) Pierre Citron, « L'affaire Bouffier », dans Obliques, Presses des Baronnies,
1992, p. 8-9

extrait de Pierre Citron, Giono (1895-1970), éd. Le Seuil, 1997

1. ↑ p. 8.
2. ↑ Néanmoins, note Pierre Citron, les motifs des fleurs et des paons, de la ferme aussi, se retrouvent dans
d'autres récits de Giono, dans Que ma joie demeure, Triomphe de la vie et Deux cavaliers de l'orage,
p. 8
3. ↑ p. 9.
4. ↑ p. 9.
5. ↑ p. 9.
6. ↑ « Elle prouve à nouveau que Giono émerge de son pessimisme des années 1946 à 1950 » poursuit
Pierre Citron, p. 9.
7. ↑ p. 9.

• (fr) Danièle Henky, Recherches en littérature et spiritualité, vol. 5, Peter Lang,


2004 (ISBN 3-03910-236-2), p. 5

1. ↑ p. 5.
2. ↑ p. 79.
3. ↑ p. 66.
4. ↑ p. 67-69.
5. ↑ p. 74-75.
6. ↑ p. 72.

8.2. Autres références[modifier]

1. ↑ « C'est le plus grand magazine américain du monde (...) qui m'a demandé de parler de lui. En me
posant la question, comme à plusieurs : « Quel est l'homme le plus extraordinaire que vous ayez
connu ? » » (Propos de Jean Giono à Maximilien Vox).
2. ↑ « Sans réponse du journal, au bout de six mois, survient à Manosque un envoyé spécial accompagné
de reporters, de caméras, de micros... comme pour un roi. (...) Sans rien vouloir entendre, le délégué
s'est plongé dans les anciens registres de l'hôpital de Banon. Enfin, ô joie, un Bouffier ! C'est un nom du
pays ; hélas, il se prénommait Paul. » (Propos de Jean Giono à Maximilien Vox).

37
3. ↑ a et b Pierre Citron, Giono, Seuil, coll. « Écrivains de toujours », Paris, 1995, p. 152.
4. ↑ Propos de Jean Giono à Maximilien Vox.
5. ↑ « C'est un berger du Contadour : un berger qui a une idée. Toute sa vie, il a ses poches pleines de
glands ; il marche sans cesse et, partout où il s'arrête, il plante sa canne ferrée dans le sol — pic ! il se
baisse et il enfouit un gland. Plac ! Il donne dessus un coup de talon, et hop ! il continue plus loin. Toute
sa vie. Elzéar. » (Propos de Jean Giono à Maximilien Vox).
6. ↑ Pierre Citron, Giono, Éditions du Seuil, 1990, p. 487-488.
7. ↑ Jean Giono, Prélude de Pan, Gallimard, coll. « Folio », Paris, 2005, chap. 330, p. 67-86.
8. ↑ Christian Morzewski, La lampe et la plaie: le mythe du guérisseur dans Jean le bleu de Giono,
Presses Universitaires du Septentrion, coll. « Textes et perspectives », 1995 (ISBN 9782859394837), p. 174-
175.
9. ↑ Jean-Pierre Jossua, Pour une histoire religieuse de l'expérience littéraire, vol. 3 : Dieu aux XIXe et
XXe siècles, Éditions Beauchesne, Paris, 1994, 306 p., chap. X-III (« Cette terre panique. Le premier
Giono »), p. 240. Jean-Pierre Jossua précise que cette nouvelle conception s'exprime dès Jean le Bleu
en 1932 puis dans Le Chant du monde.
10. ↑ Anne Machu-Antoine, « Fonction et signification de l'arbre dans Un roi sans divertissement », dans
L'Information littéraire, janvier-février 1978, p. 17.
11. ↑ Le Petit garçon qui avait envie d'espace, Gallimard, coll. Folio cadet rouge no 317, 1995.
12. ↑ a, b et c Jacques Dufresne, « L'Homme qui plantait des arbres. Dossier Frédéric Back [archive] » sur
L'Encyclopédie de L'Agora, 2006. Consulté le 8 août 2010.
13. ↑ Marcel Neveux, « Le mythe d'Elzéar Bouffier », dans revue Jean Giono, no 37, juin 1992.
14. ↑ « À l'hospice de Banon, enfin, il meurt du cœur. Cercueil en cœur de chêne. » (Propos de Jean Giono
à Maximilien Vox).
15. ↑ La lecture biblique est récurrente chez Giono, à travers les références littéraires, les syntaxes de
phrases, les cadences musicales ou les figures d'analogie, in Sylvie Vignes, Giono et le travail des
sensations : un barrage contre le vide, Librairie Nizet, Saint-Genouph, 1998, 299 p., p. 21.
16. ↑ Andrée Corvol, Paul Arnould, Micheline Hotyat, La forêt: perceptions et représentations,
L'Harmattan, coll. « Collection Alternatives rurales », 1997 (ISBN 9782738453525), p. 87.
17. ↑ (en) Sonia Jayne Stephen, « The Man Who Planted Trees – Sustainable Development? », dans
Institute of Environmental Management and Assessment, 16 septembre 2008 [ [pdf]Essays 2005/Sonia Jayne
Stephen.pdf texte intégral [archive] ].
18. ↑ Colette Trout et Derk Visser, Jean Giono, vol. 44, Rodopi, coll. « Collection monographique Rodopi
en littérature française contemporaine », 2006 (ISBN 9789042020290), p. 40.
19. ↑ (en) Roxanne O’Connell, « Jean Giono. The man who planted trees, 20th anniversary edition »,
dans Reason and Respect, Chelsea Green Publishing Company, vol. 3, no 1, 2007 [ [pdf]texte
intégral [archive] ].
20. ↑ (en) Abdul Kareem: a seed sent from heaven [archive] sur goodnewsindia.com, octobre 2002.
Consulté le 23 août 2010.
21. ↑ (en) Site officiel de l'association Trees for the Future [archive]. Consulté le 23 août 2010.
22. ↑ (en) The Greenbelt Movement [archive] sur Site officiel de la Fondation. Consulté le 23 août 2010.
23. ↑ (en) UNEP Billion Tree Campaign [archive] sur Site officiel du Programme des Nations unies pour
l'environnement. Consulté le 23 août 2010.
24. ↑ Andrée Mathieu, « Don Chapple, l'homme qui plantait des arbres... sur l'île de Waiheke (Dossier:
Développement durable) [archive] » sur L'Encyclopédie de L'Agora, 20 mai 2006.
25. ↑ a, b et c Parcours de Frédéric Back [archive] sur Parole citoyenne. Consulté le 23 août 2010.
26. ↑ L'Homme qui plantait des arbres [archive] sur Arte.tv, 9 juin 2006. Consulté le 23 août 2010.
27. ↑ (en) Site officiel du Puppet State Theatre Company [archive]. Consulté le 23 août 2010.
28. ↑ (en) Milestone : biographie rapide de Paul Winter [archive]. Consulté le 24 août 2010.
29. ↑ Fiche pédagogique de L'Homme qui plantait des arbres [archive] sur Cercle Gallimard de
l'enseignement. Consulté le 23 août 2010.

8.3. Notes et variantes[modifier]

38
Les variantes mentionnées proviennent de la notice de L'Homme qui plantait des arbres établie par Pierre Citron
(op. cit., p. 1410-1412).

1. ↑ Dans une variante, Giono explique que le berger n'est jamais fatigué par son action passionnée,
p. 1411.
2. ↑ 92 ans dans la première version, p. 1412.
3. ↑ Dans une variante, Giono fait en sorte que le berger puisse contempler son travail depuis sa fenêtre de
l'hospice. Le narrateur, qui ne connait que son prénom, apprend sa mort par une bonne sœur. Banon
n'est d'ailleurs pas mentionné, Giono n'évoque qu'un « bourg pauvre », p. 1412.
4. ↑ Le prénom d'« Elzéard », ou « Elzéar », est relativement courant en Provence, en raison de l'existence
d'un Saint local, saint Elzéar de Sabran, p. 1410.
5. ↑ Aucune ferme de Haute Provence ne se situe à une journée et demie de marche. Il s'agit d'un exemple
typique de « la dilatation de l'espace gionien », p. 1410.
6. ↑ Le berger comptait planter plus de deux millions d'arbres et dont il comptait qu'au moins 300 000
subsistent, p. 1411.

9. Annexes[modifier]

39
9.1. Articles connexes[modifier]

• Jean Giono
• Elzéard Bouffier
• Frédéric Back
• L'Homme qui plantait des arbres (film)
• Banon
• Alpes-de-Haute-Provence
• Littérature de jeunesse
• Reforestation
• Prosper Demontzey
• Arbre dans la culture

9.2. Liens externes[modifier]

• (fr/en) L'Homme qui plantait des arbres sur l’Internet Movie Database - Version
plus complète en anglais
• (fr) Visualisation du film d'animation sur Sub.com
• (fr) Deux exemples d'exploitations pédagogiques : à Dunkerque et à Marseille
• (fr) Images de la lettre de Giono au Conservateur des Eaux et Forêts des Basses-
Alpes, en 1957

9.3. Bibliographie[modifier]

9.3.1.Éditions de L'Homme qui plantait des arbres[modifier]

• (fr) Jean Giono (ill. Willi Glasauer), L'Homme qui plantait des arbres, Gallimard
Jeunesse, coll. « Folio cadet », 2002, 64 p. (ISBN 9782070538805), chap. 180.

8 à 10 ans (du CE2 au CM1)

• (fr) Jean Giono, Œuvres romanesques complètes, vol. V, Gallimard, Paris, 1980
(ISBN 978-2070109777)
• (fr) Jean Giono, L'homme qui plantait des arbres : Écrire la nature (anthologie),
Gallimard, coll. « Folioplus classiques », Paris, 1983, 292 p. (ISBN 978-2-07-035638-6).

Dossier par Christine Lhomeau

• (fr) Jean Giono, L'homme qui plantait des arbres, Gallimard, coll. « Blanche »,
Paris, 1996, 33 p. (ISBN 978-2070744619)

9.3.2. Ouvrages et articles de critique[modifier]

• (fr) Pierre Citron, Giono, Seuil, coll. « Écrivains de toujours », Paris, 1995, 188 p.
(ISBN 2-02-019785-5)
• (fr) Jean-Pierre Jossua, Pour une histoire religieuse de l'expérience littéraire,
vol. 3 : Dieu aux XIXe et XXe siècles, Éditions Beauchesne, coll. « Beauchesne
religions », Paris, 1994, 306 p. (ISBN 2-7010-1307-0), chap. X-III (« Cette terre panique.
Le premier Giono »), p. 240-250

40
• (fr) Anne Machu-Antoine, « Fonction et signification de l'arbre dans Un roi sans
divertissement », dans L'Information littéraire, janvier-février 1978, p. 16-20
• (fr) Maximilien Vox, Regain : Méditations sur la Provence de Jean Giono, Club
des Amis du Livre, 1962 [lire en ligne], p. 1-7

Madagascar, Gilles, l'homme qui plantait des


arbres
2010/ 01/01

Réalisé par : Laurent Cadoret

Après avoir posé ses valises au pied des plus belles


montagnes de l'île de Madagascar,Gilles a décidé de
reboiser la vallée du Tsaranoro.

41
Jean giono

42

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