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Les trésors

de la Toscane
Vodka / Tequila au menu Robert Wolfe,
provocant à souhait estival une rétrospective
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L’UQAM
Le journal de Volume XXXII
l’Université du Québec Numéro 13
à Montréal 20 mars 2006

Roch Denis sollicite un deuxième mandat


d’accomplir ses missions. Ce sont Denis, qu’on attire des étudiants de
Marie-Claude Bourdon
sensiblement les mêmes arguments qualité soutenus par un personnel de
La semaine de consultation des qu’il reprend dans l’entrevue qu’il qualité.» Pour lui, l’Université est un
membres de la communauté universi- nous a accordée à l’occasion du scru- service public au sens le plus noble du
taire en vue du renouvellement du tin de cette semaine. terme, un véritable bien collectif. «En
mandat du recteur Roch Denis com- «J’avais fait campagne pour la re- maintenant cette vision, nous ramons
mence aujourd’hui. Jusqu’au 27 mars, lance de l’Université et, cinq ans plus à contre-courant et j’en suis fier», af-
les professeurs, les cadres, les membres tard, je pense qu’on peut dire “mission firme le recteur. Cette volonté d’offrir
du Conseil, les représentants des char- accomplie”, dit le recteur. C’est ce un service public se traduit aussi dans
gés de cours, des syndicats, des asso- qui me fait le plus plaisir.» Au moment les engagements de recherche de
ciations d’employés et d’étudiants de où Roch Denis arrivait en poste, en l’UQAM. «Dans tous les domaines,
l’UQAM et de la Téluq, des diplômés et août 2001, l’UQAM sortait d’une vague souligne M. Denis, que ce soit en
de la Fondation sont appelés à se pro- de compressions à laquelle s’était sciences, en santé, en éducation, en
noncer pour dire si «oui» ou «non» ils ajoutée une grave crise de direction. gestion ou en arts, nous mettons l’ac-
favorisent le renouvellement du man- L’Université vivait une période de cent sur l’innovation sociale et la re-
dat du recteur. Contrairement à ce qui repli, de malaise et de scepticisme gé- cherche d’intérêt public.»
se passe dans d’autres universités, néralisé. «Parmi les conditions que Si la réputation de l’UQAM n’est
c’est sur les résultats de ce vote que j’ai réunies pour cette relance, il y a eu plus à faire dans le domaine social,
s’appuie le comité de sélection pour la constitution d’une équipe d’une elle se confirme dans le domaine
faire ses recommandations au Conseil exceptionnelle qualité, marquée par la scientifique. Parmi les éléments de son
d’administration, qui doit ensuite faire cohérence de sa vision à l’égard des bilan dont il est le plus heureux, le
entériner sa décision par le gouverne- missions fondamentales de l’Univer- recteur mentionne le déblocage du
ment. sité, soit l’accessibilité et la qualité de dossier du pavillon des Sciences bio-
M. Denis a expliqué dans un docu- l’enseignement», souligne le recteur. logiques et du Complexe des sciences
ment disponible sur le site Web de Pierre-Dansereau. «Ce n’est pas seu-
l’Université pourquoi il a décidé de sol- Un bien public lement le parachèvement du com-
liciter un second terme. Le recteur y Le nombre d’étudiants aux cycles su- plexe qui me réjouit, dit Roch Denis, Photo : Denis Chalifour
souligne les succès de son premier périeurs a augmenté de 1000 en quatre mais aussi, et peut-être surtout, Parvenu à la fin de son premier mandat, le recteur Roch Denis demande à la com-
mandat, principalement en ce qui a ans et l’UQAM est cette année la pre- d’avoir posé un geste consacrant munauté universitaire de lui renouveler sa confiance pour un second terme de cinq
trait à la relance de l’Université, et in- mière université au Québec pour le l’UQAM comme une grande universi- ans.
dique les voies qu’il compte privilégier nombre d’étudiants boursiers du té des sciences.» loppement, un autre bon coup de son devra se résoudre cette année, le rec-
pour donner à l’UQAM les moyens CRSH. «C’est la preuve, dit Roch La Campagne majeure de déve- administration, a permis de dépasser teur considère que la situation finan-
l’objectif de 50 millions de dollars cière de l’UQAM compte parmi les

Les Citadins sont champions!


fixé au départ. Un succès révélateur de belles réalisations de son administra-
la nouvelle renommée de l’UQAM: tion. En effet, le déficit accumulé de
«Les gens ne donnent pas à un canard l’Université a été entièrement résorbé
boiteux, souligne le recteur. Or, l’ima- au début de son mandat et la situation
Avec huit recrues, la tâche s’an- ge de l’UQAM est maintenant celle financière de l’UQAM, qui avait depuis
nonçait difficile en début de saison d’une université forte et dynamique, maintenu l’équilibre budgétaire, figu-
pour les Citadins. «Les joueurs ont su très présente dans son milieu.» re aujourd’hui parmi les meilleures du
se regrouper et ils ont démontré une Parmi les aspects plus sombres de réseau universitaire québécois.
belle force de caractère, particulière- son mandat, Roch Denis mentionne le
ment en deuxième moitié de saison», manque de ressources qui afflige Du côté de l’Îlot Voyageur
explique Mme Hrycak. Ils ont récolté l’UQAM comme les autres établisse- En ce qui a trait à l’Îlot Voyageur, le
une fiche de six victoires et dix dé- ments d’enseignement supérieur. «Je recteur rappelle que «le projet a suscité
faites, terminant au quatrième rang du me désole du manque de moyens ac- un concert d’éloges lors de son an-
classement. cordés à des gens qui font tant d’ef- nonce, au printemps dernier.» Selon
Au premier tour éliminatoire, ils af- forts pour accomplir leur travail, dit le lui, le projet, incluant l’édifice à bu-
frontaient les puissants (et favoris) recteur. Mais ce problème, je ne peux reaux, est entièrement justifié dans la
Stingers de Concordia, qu’ils ont vain- pas le régler seul. C’est pourquoi je me mesure où il constitue la meilleure
cu 102-90. «Cette victoire nous a mo- suis battu au cours des dernières an- façon de donner à l’Université une ca-
tivé et nous a permis de croire en nos nées et que je continue aujourd’hui, pacité d’expansion future. «Il faut pla-
chances», analyse l’entraîneuse. En fi- comme président de la CREPUQ nifier notre développement à long
Photo : Andrew Dobrowolskyj nale à Québec, devant une foule sur- (Conférence des recteurs et princi- terme, dit Roch Denis. Trente ans,
Bruno Visotzky-Bernier a été le meilleur compteur de l’UQAM lors de la victoi- voltée, les Citadins ont arraché la vic- paux des universités du Québec), à dans la vie d’une personne, c’est long,
re contre le Rouge et Or, avec 28 points, dont six trois points et six rebonds. toire au Rouge et Or, une équipe qu’ils mettre toutes mes énergies dans la ba- mais dans la vie d’une université,
Les Citadins ont vaincu le Rouge et taire. «C’est une réussite remarquable, avaient réussi à battre de justesse taille pour obtenir un réinvestisse- c’est un échéancier normal. Si nous
Or de l’Université Laval par la marque qui survient beaucoup plus tôt que (62-60) pour la première fois de leur ment dans l’enseignement universi- n’avions pas élaboré de projet pour ce
de 95-88 en prolongation, le 9 mars prévu», affirme l’entraîneuse Olga histoire lors de leur dernier duel en taire et nous sortir de cette impasse.» site, on y aurait retrouvé des condos
dernier, récoltant ainsi le titre de cham- Hrycak, qui est à la barre de l’équipe Malgré le déficit de quelque 15
pions québécois en basketball universi- depuis sa création il y a trois ans. Suite en page 2 millions de dollars auquel l’Université Suite en page 2
Vodka / Tequila au Centre de Design
Angèle Dufresne
Ces deux mots évoquent immédia-
tement fête et bombance, Russie givrée,
Mexique et mariachis. Le catalogue de
l’exposition Vodka / Tequila, œuvre du
commissaire Alain Le Quernec, lui-
même affichiste majeur des 30 der-
nières années en France, montre en
page couverture une pomme de terre
(dont on extrait la vodka) transpercée
de clous – tel un Saint-Sébastien végé-
tal! – et ainsi métamorphosée en cactus
(dont on extrait la tequila)… Le ton est
donné.
La centaine d’affiches politiques,
sociales ou culturelles présentées au
Centre de design surprend la plupart du
temps, provoque, dérange, trouble.
C’est voulu. L’affiche non publicitaire
n’est pas faite pour lénifier et endormir,
a précisé le commissaire Le Quernec,
lors d’une conférence très courue à
l’École de design, précédant le vernis-
sage du 8 mars dernier.
Les jeunes affichistes mexicain (1)
et russes (3) que présentent le Centre
de design sont des grands crus, jeunes,
audacieux, critiques, qui utilisent tous
les procédés artistiques et techniques
pour créer des images à l’impact très
fort, et ce, malgré des moyens mo-
destes. Ces héritiers des grandes tradi-
tions picturales de leur pays ont appris
de leurs prédécesseurs. Ils jouent avec
les formes, la typo, la couleur, les sym-
boles, les mots. Dans l’affiche sociale
ou politique, le message passe beau-
coup par les mots. C’est pourquoi,
malheureusement, les affiches russes
Festival britannique, affiche de Anna Naumova pour le Centre DOM, 2000. Disputes des diables, affiche de Alejandro Magallanes, 2001.
demeurent plus hermétiques que les
mexicaines dont on devine plus aisé- Gurovich, Anna Naumova et Eric se posent aujourd’hui ses fils et fille diants de 68 où l’affiche était reine, par conde que celle de ses émules russes
ment les mots; sans l’aide des vignettes Belooussov se comprend aisément spirituels. Sa conférence était à cet tous les grands événements qui mar- et mexicain.
et du catalogue, le visiteur n’en perçoit quand on a pris connaissance de sa égard très éclairante. quent des ruptures (marées noires en D’abord présentée en France à Échi-
que le contenu esthétique ou provoca- propre production de trois décennies. Influencé par les affichistes polo- Bretagne, apartheid en Afrique du Sud, rolles (Isère, Rhône-Alpes), l’exposition
teur, mais pas forcément le sens. Les questionnements qu’il a soulevés nais des années 60 et 70 – étonnam- guerre en Bosnie, élection de Bush, Vodka / Tequila est au Centre de
Le projet du commissaire Le au cours de sa carrière en France par ment libres dans un régime qui prati- etc.), il a également pratiqué le dessin design jusqu’au 16 avril. Entrée libre
Quernec de présenter les quatre affi- rapport à l’environnement social, po- quait pourtant une censure politique de presse pendant de nombreuses an- du mercredi au dimanche, de midi à
chistes Alejandro Magallanes, Igor litique et culturel sont les mêmes que sévère –, par la «révolution» des étu- nées. Sa créativité semble aussi fé- 18h, 1440 rue Sanguinet, 987-3395 •

MANDAT – Suite de la page 1

de luxe dans quelques mois. Au lieu contrat dans lequel nous nous portons aux études ici et à l’international, dit entre la recherche et l’enseignement. L’UQAM
de cela, on en fera un lieu de culture, garants d’un emprunt de 260 millions Roch Denis avec enthousiasme. De ce Ainsi, il souhaite que la sphère de la Le journal L’UQAM est publié par le Service
recherche pénètre davantage celle de des communications, Division de l’information.
de savoir et d’éducation, juste en de dollars, mais au bout duquel nous côté, les perspectives sont extrême-
Directeur des communications
face de la Grande Bibliothèque.» devenons propriétaires des lieux. ment favorables.» l’enseignement, dès le premier cycle. Daniel Hébert
Quant aux critiques relatives à la Autrement dit, un lieu privé deviendra D’ici la fin de son mandat, il comp- «Partout dans le monde, l’université est Directrice du journal
Angèle Dufresne
hauteur de l’édifice et à l’aménage- public!» te faire adopter la nouvelle Politique tiraillée entre ses missions de recherche Rédaction
ment des lieux, Roch Denis affirme Il est normal qu’un projet de cette facultaire, qui a fait l’objet d’énormé- et d’enseignement, observe le recteur. Marie-Claude Bourdon, Anne-Marie Brunet,
Pierre-Etienne Caza, Dominique Forget,
qu’on y a répondu, notamment en envergure suscite le débat, affirme le ment de consultations et d’un travail Il ne faut pas que ces univers évoluent Claude Gauvreau
modifiant les plans, en réduisant le recteur, et il partage l’opinion de ceux minutieux de la Commission des en parallèle, mais qu’ils puissent s’im- Photos
Nathalie St-Pierre
nombre de places de stationnement qui prétendent que les consultations études. «On ne peut pas être constam- briquer pour assurer la qualité de la
Conception de la grille graphique
pour les voitures et en créant une gare publiques à son sujet n’auraient pas dû ment à l’étape de projet, remarque le formation que nous offrons à nos étu- Jean Gladu, designer
diants tout en permettant à l’universi- Infographie
de vélos intérieure dotée de services, avoir lieu en plein mois de juillet. recteur. Il faut maintenant mettre la
Service des communications
«une première au Canada». «Mais le choix des dates de consulta- Politique à l’épreuve de la réalité.» té de jouer pleinement son rôle de mo- Division de la promotion institutionnelle
L’Université devrait-elle s’impli- tion ne relevait pas de l’UQAM, dit-il. Au cours de son premier mandat, teur de développement pour la Publicité
Catherine Levasseur
quer dans un partenariat public privé Cette question, il faut la poser aux au- l’ex-président du syndicat des profes- société.» • Communications Publi-Services Inc.
(PPP), en assumant tous les risques fi- torités municipales.» seurs s’est assuré d’un climat de tra- (450) 227-8414, poste 303
Impression
nanciers liés au projet? «Ce qu’on vail favorable en négociant avant leur Payette & Simms (Saint-Lambert)
critique dans les PPP, souvent à juste Un processus permanent échéance toutes les conventions col- Adresse du journal
CITADIN – Suite de la page 1 Pavillon WB-5300
titre, c’est que des infrastructures pu- «L’histoire d’une institution, c’est un lectives. Il veut continuer dans cette Téléphone : 987-6177 • Télécopieur : 987-0306
bliques passent sous le contrôle du processus permanent, dit Roch Denis. voie, en commençant par améliorer les saison régulière, le 17 février dernier. Adresse courriel
journal.uqam@uqam.ca
secteur privé, répond le recteur. Or, Il reste encore beaucoup à accom- conditions de vie au travail des em- Au moment d’aller sous presse, les
Version Web du journal
c’est exactement le contraire de ce plir.» Au sujet du rattachement de la ployés, notamment en favorisant la Citadins prenaient part au Cham- www.journal.uqam.ca/
qu’on veut faire. En ce moment, Téluq à l’UQAM, il souligne que les conciliation travail-famille-études et en pionnat interuniversitaire canadien à Dépôt légal
Bibliothèque nationale du Québec
l’UQAM loue à coup de millions de conditions ont été mises en place pour oeuvrant à la revalorisation de l’en- Halifax en Nouvelle-Écosse. Gagne ou Bibliothèque nationale du Canada
dollars les espaces qui lui manquent que les choses se fassent, «sans rien seignement. «Je veux qu’on soit fier perd, la coach Hrycak est particuliè- ISSN 0831-7216
Les textes de L’UQAM peuvent être reproduits, sans
chaque année quand vient le temps brusquer et sans forcer personne.» d’enseigner dans cette maison», dit-il. rement fière de ses «petits» gars : autorisation, avec mention obligatoire de la source.
d’accueillir ses étudiants. Ce sont des Selon lui, il faut se tourner vers l’ave- Le recteur mentionne qu’une gran- «Nous faisons maintenant partie des
fonds publics qui sont dépensés sans nir pour comprendre l’ampleur de ce de consultation est en cours visant à meilleurs au pays et nous souhaitons
Université du Québec à Montréal
aucune possibilité d’appropriation. projet. «Le rattachement de nos deux déterminer les actions à entreprendre poursuivre dans la même foulée l’an Case postale 8888, succ. Centre-ville, Montréal
Avec Busac, nous établissons un universités va favoriser l’accessibilité en vue d’une meilleure harmonisation prochain.» Québec H3C 3P8

2 / L’UQAM / le 20 mars 2006


Un vaste projet d’efficacité énergétique
débutera cet été sur le Campus central
C’est le Service des immeubles et tique de Ressources naturelles Canada Toute panne majeure occasionnerait d’eau (système de climatisation) est
Angèle Dufresne
de l’équipement (SIE) et son directeur qui a accordé une subvention cumu- de graves répercussions sur le fonc- également nécessaire pour respecter la
L’annonce récente de la hausse des ta- M. Gabriel Roux qui sont les maîtres lative de 275 000 $ pour la mise en tionnement des pavillons et sur la sé- réglementation sur les halocarbures
rifs d’électricité au Québec ne rend que d’œuvre du projet. L’Agence d’effica- place d’un programme d’amélioration curité et le confort des usagers du dommageables à l’environnement et
plus urgente la mise en marche du cité énergétique du Québec a déjà d’efficacité énergétique et la réalisation Campus central, estime le directeur permettra de réduire la consommation
vaste projet d’efficacité énergétique consenti une aide financière de du projet. Jusqu’à présent, 303 000 $ des SIE, Gabriel Roux. d’énergie de 1,6 million de kWh.
approuvé par le Conseil d’administra- 28 000 $ au projet par le prêt de ser- ont été accordés par les différents
tion de l’UQAM à la fin de l’automne. vice d’un de ses conseillers, l’ingé- partenaires. La contribution d’Hydro- Éclairage modifié partout Chaque geste compte
Le budget d’exécution de ces travaux nieur Michal Zaczkiewicz, pour amor- Québec atteindra plus de 1 million de Les travaux commenceront dès l’été Le Service des immeubles et de l’équi-
qui commencent dès cet été est de cer le programme d’amélioration de la dollars. 2006, se poursuivront à l’automne et pement, appuyé par le Comité insti-
l’ordre de 7,9 millions $. consommation d’énergie des installa- Outre l’efficacité énergétique, plu- l’hiver prochains et devront être ter- tutionnel d’application de la Politique
La modernisation de l’éclairage et tions électromécaniques. L’exécution sieurs autres objectifs sont aussi visés minés en septembre 2007. L’éclairage environnementale, compte sur les dif-
l’amélioration du rendement des sys- des plans et devis a été confiée à par cet immense projet, notamment la fluorescent et au mercure de tous les férents services de l’UQAM, notam-
tèmes de chauffage, de ventilation, de deux firmes d’ingénierie : BPR et BPA. modernisation des systèmes existants locaux des pavillons du campus prin- ment le Service des communications,
conditionnement d’air et de production de façon à mieux répondre aux cipal (les pavillons A, J, R, D, F, U, DE, pour l’aider à sensibiliser les employés
d’eau chaude, ainsi que le remplace- Subventions importantes normes; l’implantation de technologies N et W) sera modifié, ce qui permet- et les étudiants à l’importance d’utili-
ment de six refroidisseurs et tours Au terme des études d’impact, modernes et efficaces assurant plus de tra de faire des économies de l’ordre ser l’énergie plus efficacement pour
d’eau des pavillons du campus central l’UQAM a pu négocier des subventions confort; une meilleure qualité de l’air; de 6, 5 millions de kWh. Le rempla- prévenir la sur-utilisation et le gas-
permettront de faire des économies an- importantes auprès d’organismes tels et la diminution des coûts d’entretien cement du système de contrôle cen- pillage. Il est convaincu de pouvoir
nuelles d’au moins 770 000 $, grâce à Hydro-Québec et Gaz Métropolitain. et de réparations. Certains équipe- tralisé qui est aujourd’hui tellement promouvoir l’idée auprès de la com-
des réductions de consommation Le projet bénéficie également de l’ap- ments en place depuis plus de 30 ans désuet qu’il n’est plus supporté par le munauté universitaire que des me-
d’énergie de 17 %. pui de l’Office de l’efficacité énergé- manquent de plus en plus de fiabilité. manufacturier, redonnera fiabilité et sures prises individuellement peuvent

John Saul à l’UQAM


sécurité à l’UQAM, diminuera les coûts changer les choses («chaque petit
d’entretien et apportera des économies geste compte») et que de nouveaux
de 1,9 million de kWh. Le remplace- comportements peuvent réduire les
ment de six refroidisseurs et tours coûts d’énergie •

Claude Gauvreau

En affirmant que la globalisation


est une «idéologie en train de mourir»,
le romancier et essayiste canadien
John Saul n’hésite pas à prendre le
contre-pied de tous les discours sur
l’inévitabilité et les bienfaits de la
mondialisation. «J’ai bâti ma carrière
d’écrivain en allant à contre-courant
des idées reçues. Sinon, ça ne vaut pas
la peine d’écrire», déclare-t-il.
À l’occasion de la parution chez
Payot de son dernier essai, Mort de la
globalisation, l’Institut d’études inter-
nationales de Montréal a invité John
Saul à donner une conférence pu-
blique à l’UQAM, le 23 mars à 19 h, à
la salle Marie-Gérin-Lajoie.
Depuis son apparition dans les an-
nées 70, rappelle M. Saul, les pro-
phètes de la globalisation n’ont pas
cessé de proclamer les deux «vérités»
du néo-libéralisme : on ne peut arrê-
ter ce mouvement et toutes les socié-
tés sont organisées autour d’un seul
élément, l’économie. «On nous a de-
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mandé d’y croire et nous y avons
cru», dit-il.
Selon l’écrivain, tout montre que la
globalisation s’estompe. «Ceux qui na-
guère déclaraient que les États-nations
devaient se soumettre aux forces éco-
L’essayiste et romancier John Saul.
nomiques clament aujourd’hui qu’on
doit les renforcer pour faire face au diocre, ou moyenne dans le meilleur meilleure.»
désordre militaire global. Les écono- des cas. En fait, la pauvreté s’est ac- Rappelons que John Saul, né à
mistes sont même divisés pour savoir crue un peu partout. Il y a 30 ans, on Ottawa en 1947, a obtenu un doctorat
s’il faut alléger ou renforcer les ne voyait pas de sans-abris dans les en économie et en science politique
contrôles sur les marchés de capitaux. rues des grandes villes comme du King’s College de l’Université de
Enfin, des États-nations de plus en plus Montréal ou Toronto.» Londres. Auteur de plusieurs ou-
forts, comme le Brésil et l’Inde, mettent Face aux dangers que représen- vrages, dont Les bâtards de Voltaire :
au défi les idées reçues sur l’économie tent le retour du populisme et des dis- la dictature de la raison en Occident et
globale.» cours racistes, ainsi que la propagation La civilisation inconsciente (Prix lit-
La globalisation a permis une forte du cynisme au sein de la population, téraire du gouverneur général et Prix
croissance du commerce internatio- John Saul parie sur notre aptitude à Gordon Montador), il est aussi
nal, mais elle n’a pas rempli ses pro- choisir et aussi sur le monde vers le- Compagnon de l’Ordre du Canada et
messes de prospérité, de bien-être et quel ces choix pourraient nous mener. Chevalier des Arts et des Lettres de
d’équilibre, souligne John Saul. «Selon «Cela signifie que nous avons le pou- France. L’UQAM et six autres univer-
les chiffres de l’OCDE, la croissance voir de choisir la direction à prendre sités canadiennes lui ont décerné un
lors des dernières décennies a été mé- dans l’espoir de rendre la société doctorat honorifique •
L’UQAM / le 20 mars 2006 / 3
Les diams du Québec
Dominique Forget
«F aux comme diamants du
Canada.» Le proverbe est né à l’époque
de Jacques Cartier, alors que les ex-
plorateurs avaient confondu le quartz
du cap Diamant avec le plus précieux
des minéraux. Il y a 10 ans encore, l’ex-
pression tenait encore la route, mais
aujourd’hui il faut la reléguer aux ou-
bliettes. Depuis le début de l’exploita-
tion des gîtes diamantaires dans les
Territoires du Nord-Ouest, en 1998, le
Canada s’est approprié 30 % du mar-
ché mondial. La qualité des diamants
trouvés dans le nord du pays est telle
que les trois plus grands joueurs in- Photo : Michel Giroux
ternationaux – De Beers, Ashton et Normand Goulet, professeur au Dépar-
BHP – scrutent tous les profondeurs du tement des sciences de la Terre et de
bouclier canadien en pensant que d’ici l’atmosphère.
10 ans, le pays aura surclassé la Russie vieilles mines de fer de Shefferville
et l’Afrique du Sud pour devenir le pre- pourraient à nouveau devenir ren-
mier exportateur mondial de diamants. tables et rouvrir leurs portes. On vit
Au Québec, une première mine ex- une période d’effervescence extraor-
ploitée par Ashton et SOQUEM (une fi- dinaire et les chercheurs tout comme
liale de la Société générale de finance- les compagnies privées sondent le ter-
ment) devrait ouvrir d’ici quelques rain un peu partout.»
années, près des monts Otish, à 250 ki- Pour sa part, le professeur Goulet
lomètres au nord de Chibougamau. part à la conquête de nouveaux terri-
«Il y a 20 ans, les géologues n’au- toires chaque été. Il pilote son propre
raient jamais pensé chercher des dia- Piper, qu’il a construit à partir des
mants à cet endroit», note Normand pièces d’un avion accidenté, pour se
Goulet, professeur au Département rendre aux quatre soins du Québec. Il
des sciences de la Terre et de l’atmo- cherche de l’or, du nickel, du cuivre,
sphère de l’UQAM et spécialiste en du zinc ou d’autres diamants qui pour-
géologie structurale au sein d’un réseau raient se cacher dans les failles de la
interuniversitaire de recherche intitulé croûte terrestre. «Évidemment, mes
Diversification de l’exploration miné- budgets de recherche ne me permet-

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rale au Québec (DIVEX). tent pas de faire des forages, mais je
Le professeur Goulet est le premier lance des idées et tente de convaincre
à avoir trouvé un diamant sur le terri- les compagnies d’embarquer lorsque la
toire du Québec. «C’était au début des piste est prometteuse.»
années 1990, raconte-t-il, dans les
monts Torngat, à l’est de la baie Faire prospérer les ressources
d’Ungava. La découverte s’est produi- À ses étudiants qui s’opposent à l’ex-
te par hasard. En regardant des échan- ploitation de nouveaux gisements pour
tillons de roches au microscope élec- des raisons environnementales, le pro-
tronique, mon étudiant et moi avons fesseur répond avec passion et convic-
trouvé des carbones ultra-purs. Nous tion. «Pour construire une auto hybri-
étions sidérés.» L’exploitation de ce de, il faut 50 kilogrammes de cuivre de
gisement, très isolé, ne serait peut- plus que pour une auto normale. Où
être pas rentable. Cependant, la trou- va-t-on le prendre? Devrait-on envoyer
vaille du professeur a incité les pros- les usines de fusion en Afrique pour ne
pecteurs à sonder le sol de la belle pas polluer chez nous? Le syndrome
province, d’où la découverte du gise- pas dans ma cour, je ne marche pas là-
ment dans les monts Otish. dedans.» Il argue aussi que les procé-
dés d’exploitation sont beaucoup
Une effervescence moins polluants qu’ils ne l’étaient au-
extraordinaire paravant.
Les nouvelles méthodes d’échan- En fait, le professeur croit ferme-
tillonnage et de cartographie, beau- ment à l’importance de l’industrie mi-
coup plus raffinées depuis quelques an- nière pour assurer la prospérité éco-
nées, facilitent le travail des nomique du Québec. «Il faut attirer les
prospecteurs. On se sert notamment investisseurs étrangers pour générer de
d’avions qui volent à moins de 100 l’emploi pour nos jeunes, soutient-il.
mètres de la Terre et qui envoient des C’est pratiquement essentiel si on veut
ondes puissantes dans le sol. Les scien- garder les régions ouvertes.»
tifiques évaluent comment ces ondes se Au milieu des années 1990, le géo-
propagent dans les profondeurs de la logue a lui-même mis sur pied des co-
Terre, ce qui leur donne de bonnes in- lonies de vacances scientifiques pour
dications de la composition du sous- les Inuits dans les monts Torngat. «J’ai
sol. fait venir des amis biologistes, physi-
Ce genre d’outil dont tire profit le ciens, archéologues qui amenaient les
réseau DIVEX ne sert pas qu’à repérer jeunes faire des expériences sur le ter-
des diamants, mais toute structure ou rain. Moi, je leur enseignais les bases
formation minéralogique hors de l’or- du pilotage et de la prospection miné-
dinaire. «Au Québec, en ce moment, ça ralogique. Aujourd’hui, je retrouve
explose dans tous les sens, indique plusieurs anciens élèves dans les
Normand Goulet. La demande qui pro- équipes du ministère des Ressources
vient d’Asie et tout particulièrement de naturelles. Les jeunes, tout comme
la Chine a complètement bouleversé le notre environnement, abritent un po-
marché des métaux. Le prix de l’acier tentiel fantastique. Dans les deux cas,
a triplé en cinq ans, à tel point que les il faut le faire prospérer.» •
4 / L’UQAM / le 20 mars 2006
Le CIRST fête ses 20 ans cette année
Claude Gauvreau
Un lieu de formation stimulant
Ses chercheurs ont obtenu plusieurs
prix et distinctions et ses nombreuses • Le CIRST joue également un rôle important en matière de formation en of-
recherches, tant fondamentales qu’ap- frant aux étudiants un milieu de recherche stimulant. Ces derniers sont
pliquées, lui ont valu une renommée nombreux à s’impliquer dans ses activités en tant qu’assistant de recherche
qui dépasse les frontières du Québec. ou dans le cadre de la rédaction de leur mémoire de maîtrise et de leur thèse
Il s’agit, bien sûr, du Centre interuni- de doctorat, sans compter qu’ils peuvent participer aux différents séminaires
versitaire de recherche sur la science et colloques organisés sur une base régulière par le Centre;
et la technologie (CIRST), le plus im- • Avec la Faculté des sciences humaines, le CIRST a été associé à la création
portant regroupement de chercheurs et à la gestion de programmes d’études uniques en leur genre au Québec :
dans ce domaine au Canada, qui cé- le baccalauréat, le certificat, la majeure et la mineure en sciences, tech-
lèbre cette année son vingtième anni- nologies et société;
versaire. • Depuis quelque temps, le Centre travaille à la mise sur pied d’une maîtrise
«Les travaux des chercheurs du et d’un doctorat en Sciences, technologies et société, deux projets qui de-
CIRST ont contribué à éclairer les dé- vraient voir le jour prochainement.
bats et à informer les décideurs poli-
tiques sur les grands enjeux sociaux, cherche de l’UQAM, créés grâce au nomiques et la sociologie», ajoute-t-il.
économiques, politiques et culturels de Programme des actions structurantes Outre la reconnaissance du CIRST
la science et de la technologie», affir- du ministère de l’Éducation du comme regroupement stratégique par
me Pierre Doray, directeur du Centre et Québec, raconte Pierre Doray. «L’idée, les organismes subventionnaires de la
professeur au Département de socio- au départ, était de constituer un noyau recherche au Québec, le fait que cinq
logie. Actuellement, ses recherches de chercheurs qui s’intéressaient aux de ses membres aient obtenu une
s’ordonnent autour de trois grands aspects sociaux des sciences et des Chaire de recherche du Canada té-
axes : l’analyse du développement technologies et qui étaient plus ou moigne de l’importance et de l’excel-
scientifique et technologique, l’analy- moins éparpillés dans différentes ins- lence de ses travaux.
se socioéconomique et la gestion des titutions.» Enfin, la création, en 1997, de
technologies et l’analyse sociopoli- Si deux thèmes de recherche orien- l’Observatoire des sciences et des
tique des usages et des incidences taient les travaux du CIRST à ses dé- technologies fut une autre étape im-
des technologies. buts, les perspectives se sont élargies portante dans l’histoire du CIRST,
au fil des ans, poursuit M. Doray. souligne Pierre Doray. «Cela a favori-
Confronter le discours Aujourd’hui, les activités des cher- sé le développement d’un axe de re-
à la réalité cheurs se concentrent autour des ques- cherches appliquées et le transfert de
Photo : Nathalie St-Pierre
Créé à l’UQAM, le CIRST rassemble tions de la production et de la diffusion connaissances vers les acteurs du mi-
Pierre Doray, directeur du Centre interuniversitaire de recherche sur la science
une quarantaine de chercheurs et plus des savoirs, d’analyse et d’évaluation lieu.» L’Observatoire a construit, en
et la technologie (CIRST).
de 60 étudiants des cycles supérieurs des cadres institutionnels de la re- effet, plusieurs banques de données
provenant d’une douzaine d’institu- gouvernementales s’appuient sur eux d’appropriation des connaissances cherche, d’innovation, de technolo- permettant de mettre au point des in-
tions et de plusieurs disciplines : his- pour prescrire une ligne de conduite.» n’ont pas radicalement changé de- gie et entreprises et d’articulation dicateurs de l’évolution de la recherche
toire, sociologie, sciences écono- «On peut se demander, poursuit-il, puis plusieurs années.» entre science, technologie, éducation et scientifique (publications, brevets,
miques, philosophie, science politique, où est la nouvelle société du savoir formation. «Au cours des prochaines subventions, contrats) et de faire des
management et communications. quand on sait que les inégalités d’ac- Une excellence reconnue années, nous envisageons également études quantitatives sur la dynamique
Soutenu par l’UQAM, l’Université de cès à l’enseignement supérieur de- Le CIRST, rappelons-le, est né en 1986 de développer l’histoire des sciences du système de recherche, tant cana-
Montréal, l’Institut national de la re- meurent fortes et que les processus de la fusion de deux centres de re- sociales, telles que les sciences éco- dien que québécois •
cherche scientifique et l’Université de

Les jeux vidéo bientôt dans les salles de classe?


Sherbrooke, le CIRST est aussi devenu,
depuis 1997, un regroupement straté-
gique du Fonds québécois de la re-
cherche sur la société et la culture
(FQRSC).
L’originalité du CIRST, explique Dominique Forget
son directeur, tient d’abord à son ca-
ractère multidisciplinaire qui facilite la Pour plusieurs parents, enseignants
confrontation et l’apport de différents ou direction d’école, les jeux vidéo sont
points de vue. «Nous sommes aussi une plaie qui ne demande qu’à être
des chercheurs qui, tout en ayant des cautérisée. Pendant que les enfants
prétentions théoriques, appuyons engloutissent des heures à se battre
constamment nos travaux sur des ma- contre des ennemis imaginaires, rivés
tériaux empiriques, qu’il s’agisse du devant l’écran, les adultes lèvent les
développement des entreprises de bio- yeux au ciel et subissent le vacarme
technologies, des politiques scienti- abrutissant qui s’échappe du téléviseur
fiques, de la philosophie des sciences ou de l’ordinateur. Un réseau de cher-
ou des théories économiques.» cheurs pancanadien, mené par Louise
Ce qui caractérise également les Sauvé de la Téluq et David Kaufman de
membres du CIRST, c’est leur volonté l’université Simon Fraser, veut renver-
de confronter les discours à la réalité ser la vapeur. Le groupe ne cherche pas
des pratiques sociales. En 1996, par à sabrer la popularité des jeux vidéo.
exemple, l’OCDE soutenait que les Au contraire, les chercheurs comptent
sociétés occidentales s’étaient trans- tabler sur l’engouement actuel pour
formées en sociétés du savoir et des mettre au point des jeux qui profiteront
économistes et autres think tanks ont autant aux jeunes qu’aux éducateurs.
affirmé que le capital immatériel était Le réseau baptisé «Simulation and
devenu de plus en plus important Advanced Gaming Environments
dans la production des biens et ser- (SAGE) for Learning», traduit en fran- Photo : SAVIE

vices, rappelle M. Doray. «Il ne s’agit çais par «ApprentisSAGE par les jeux et Des enfants ont testé le jeu Concentration sur la nutrition, mis au point par SAVIE/SAGE.
pas de nier la place prise par le savoir les simulations», regroupe 26 cher- maine de la santé. des TIC comme outil d’enseignement tables pour les garçons, que l’école a
dans l’économie et la société en gé- cheurs universitaires affiliés à 14 ins- «Le marché des jeux vidéo repré- et d’apprentissage. «Pour l’instant, on du mal à intéresser.
néral, mais les tendances sociales doi- titutions, spécialisés dans des domaines sente des milliards de dollars et ne estime que seulement 2 % des jeux
vent être observées sur une longue pé- aussi variés que l’éducation, la psy- cesse de croître», note Louise Sauvé, vidéo ont des visées éducatives. Mais Un jeu en moins d’une heure
riode. Il faut prendre une distance chologie cognitive, l’informatique, la co-chercheuse principale du réseau le potentiel est énorme et les cher- Parmi les prototypes développés jus-
critique, interroger les présupposés communication ou les technologies et directrice du Centre de recherche cheurs du réseau SAGE comptent bien qu’à maintenant se trouve le jeu
de ces procédés rhétoriques, com- multimédias. Leur objectif commun : sur l’apprentissage à vie (SAVIE), une l’exploiter.» Les chercheurs croient Contagion, destiné aux enfants de 9 à
prendre comment ils sont socialement se servir des jeux vidéo pour enseigner corporation sans but lucratif fondée en que les jeux vidéo éducatifs pour-
produits et comment les politiques diverses connaissances dans le do- 1995 afin de développer le potentiel raient s’avérer particulièrement profi- Suite en page 9

L’UQAM / le 20 mars 2006 / 5


Première école d’été en Toscane

Au cœur de la Renaissance italienne


Claude Gauvreau créer éventuellement d’autres écoles Florence, notamment, est un véri-
où des professeurs provenant de divers table musée en soi et l’une des villes
Après Berlin et la Grèce, une ving- horizons disciplinaires – histoire, phi- les plus appréciées d’Europe pour la
taine d’étudiants de l’UQAM auront la losophie, histoire de l’art, sciences de valeur de son patrimoine artistique et
chance extraordinaire de participer, la gestion – pourront donner des cours la beauté de ses monuments.»
en mai et juin prochains, à une nou- en rotation.» Pour les trois premières semaines,
velle école internationale située dans l’école sera installée dans une villa du
l’une des plus passionnantes régions Un musée en soi XVIe siècle où se donneront les cours
d’Europe : la Toscane. Si le texte demeure l’outil de base pour magistraux, la Villa Finaly, située sur
Centrée sur Florence, chef-lieu de la appréhender l’histoire, les apprentis- une colline qui domine Florence.
Toscane, et sur le village de San sages sur le terrain, qui sollicitent Ayant été transformée en centre de
Gimignano, l’école offrira deux cours tous les sens, demeurent irrempla- congrès, la villa abrite un matériel
crédités d’histoire de la Renaissance çables, affirme la professeure Lyse technologique des plus modernes
italienne, au cours d’une période de Roy du Département d’histoire, qui a (prises Internet, vidéo projecteur avec
huit semaines. Elle fournira égale- été choisie pour enseigner à la nou- tableau interactif, console d’enregis-
ment aux étudiants un accès à d’autres velle école. trement, etc.), souligne Pierrick
villes, comme Pise, Sienne ou Ferrare, «Suivre des cours d’histoire de la Malissard. Elle dispose également de
qui possèdent des églises et des mo- Renaissance dans la région même qui 18 chambres individuelles ou doubles
numents d’une grande valeur archi- a vu naître l’humanisme et certains avec de grandes fenêtres donnant sur
tecturale et artistique. des plus grands artistes et penseurs oc- des jardins.
«Cette école n’aurait jamais existé cidentaux, représente une expérience Après Florence, l’école déména-
sans les contacts déjà établis dans la unique pour les étudiants, dit-elle. gera ses pénates à San Gimignano,
région par différents professeurs de L’architecture civile et religieuse de la petit ilôt au milieu de la campagne,
l’UQAM, explique Pierrick Malissard, Toscane, les collections de ses musées dans la province de Sienne. Cette cité,
agent de recherche au Service des re- et de ses bibliothèques, et son paysa- où se concentrent toutes les structures
lations internationales. Nous souhai- ge urbain, sont d’une richesse inesti- de la vie urbaine naissante, offre un té-
tons nous implanter en Toscane et mable pour l’étude cette période. moignage exceptionnel de la civilisa-
tion médiévale et des débuts de la
Renaissance. La municipalité de San
Des écoles pas comme les autres Gimignano reçoit chaque année plus Photo : Anne-Marie Brunet
Les écoles internationales existent depuis les années 1920 aux États-Unis et de 3 millions de touristes pressés, Vue typique du village de San Gimignano.
connaissent actuellement une croissance en Europe et en Australie. Au rappelle M. Malissard. Elle est da-
Canada, certaines universités, comme l’Université de Toronto, possèdent plu- vantage intéressée par le tourisme esthétiques, philosophiques et reli- ments d’identification et d’unifica-
sieurs décennies d’expérience dans le domaine. Depuis 2002, plus de 200 académique qui favorise la tenue de gieuses, que scientifiques et politiques, tion.
Uqamiens ont suivi des cours dans les écoles internationales de Berlin et de colloques et, surtout, des séjours pro- précise Lyse Roy. «L’objectif est de fa- Lyse Roy est consciente du défi pé-
Molyvos. L’UQAM entend poursuivre le développement de ce secteur d’ac- longés d’étudiants et de professeurs. miliariser les étudiants avec les prin- dagogique que représente une telle ex-
tivités en ouvrant les cours aux étudiants d’autres universités et aux étudiants cipaux événements, courants de pen- périence. «Mon public ne sera pas
libres de tous âges. Les écoles internationales présentent les caractéristiques Les grandes figures sée, mouvements sociaux et composé uniquement d’étudiants rom-
suivantes : de la Renaissance personnages majeurs, de Pétrarque à pus aux rudiments de l’histoire et il y
• Meilleur contrôle sur la qualité et la pertinence des cours suivis par les étu- Les cours et expéditions sur le terrain Galilée, qui ont forgé l’histoire de aura beaucoup de matière à absorber
diants, et un type de formation favorisant la constitution de classes in- permettront aux étudiants d’acquérir l’Italie à cette époque et permis à sa ci- en peu de temps, raconte-t-elle. Je
terdisciplinaires et multifacultaires; des connaissances générales sur l’his- vilisation de rayonner sur l’ensemble suis enthousiaste, pleine d’énergie et,
• Nombre d’heures d’activités d’enseignement (cours et visites guidées) sou- toire de la Renaissance en Italie et de l’Europe.» chose certaine, je n’aurai pas besoin
vent supérieures à la norme habituelle sur le campus; d’autres plus spécifiques sur l’émer- Le deuxième cours permettra de d’apporter mes acétates sur les mo-
• Ouverture vers des destinations non «traditionnelles», comme l’intégration gence d’un monde urbain. Le premier comprendre la société italienne de la numents et les œuvres d’art de la
dans des pays non francophones; cours examinera les fondements mé- Renaissance à partir de ses formes Toscane. Nous n’aurons qu’à mar-
• Établissement de ponts avec des institutions étrangères en matière d’en- diévaux de la Renaissance et l’huma- spatiales urbaines et de percevoir ses cher dans les rues et à regarder par les
seignement, de recherche et d’implication dans des communautés locales. nisme triomphant des XVe et XVIe murs, ses rues, ses places publiques et fenêtres de la classe pour les contem-
siècles, dans ses manifestations tant ses bâtiments comme autant d’élé- pler.» •

Retour de Molyvos…
des connaissances. L’école d’été à
Claude Gauvreau
Molyvos lui a donné tout ça.
Native de Jonquière, elle a fait l’été
dernier son premier voyage en Des découvertes
Europe… une expérience qui l’a trans- intellectuelles…
formée. Étudiante à la maîtrise en Difficile d’étudier et de travailler quand
communication, Sarah Déraps faisait la mer est à nos pieds et que la chaleur
partie de la vingtaine d’étudiants de est intense, confie Sarah. «Mais nous
l’UQAM qui ont participé à la premiè- étions là pour apprendre et découvrir.
re université d’été à Molyvos, petit Le cours de Gina Stoiciu sur les com-
village situé sur l’île de Lesbos en munications interculturelles nous a
Grèce. permis d’aborder les différences de
«Depuis mon retour, je n’ai pas culture dans la manière d’établir un
cessé de lire sur la Grèce et d’écouter rapport à l’espace et au temps et dans
de la musique grecque. Et aujourd’hui, la façon de percevoir l’autre, avec nos
je connais tous les cafés et restaurants préjugés et nos stéréotypes.»
grecs du centre-ville de Montréal», dit- Dans le cours sur les grandes fi-
Les étudiants de l’UQAM à Molyvos, sur l’île de Lesbos en Grèce.
elle en riant. gures intellectuelles du monde an-
Sarah, qui n’apprécie pas particu- tique, dispensé par Georges Leroux, té qu’ils ont à exprimer leurs émotions l’influence exercée par la civilisation les étudiants en droit devraient étudier,
lièrement les voyages à caractère trop Sarah a découvert toute la richesse de et leurs sentiments, leur caractère ex- grecque sur notre culture. «Le thème m’a conduit à me questionner sur les
touristique, cherchait une façon de la tragédie et de la mythologie grecques traverti, sont lié aux cris d’Antigone et de la mort, très présent dans la tragé- fondements de la justice.
voyager lui permettant d’avoir des à travers leurs héros. «J’ai compris à aux pleurs d’Œdipe», explique-t-elle. die grecque, a déclenché chez moi une
contacts avec la population locale, de quel point le mode de vie des Grecs est C’est aussi au cours de ce voyage réflexion sur le sens de la vie. La lec-
s’enrichir culturellement et d’acquérir tributaire de cette histoire. La capaci- qu’elle a saisi combien était importante ture d’Antigone de Sophocle, que tous Suite en page 9
6 / L’UQAM / le 20 mars 2006
À quand la fin de l’impunité?
pris à gérer les crimes financiers.» Et de fonds de placement pour une ges-
Marie-Claude Bourdon
un sentiment d’impunité s’est installé. tion plus respectueuse des droits so-
Lors du dépôt des 51 chefs d’accu- «La bonne nouvelle, ajoute le profes- ciaux et de l’environnement, il faut
sation contre Vincent Lacroix, p.-d.g. seur, c’est que les choses commencent maintenant augmenter les exigences
de Norbourg, le p.-d.g. de l’Autorité des à changer.» en matière de gestion des risques
marchés financiers, Jean Saint-Gelais, éthiques. «Même si cela a un coût, il
a insisté sur l’importance d’obtenir Manque de ressources faut que ce coût devienne une valeur
une sanction exemplaire pour celui Le problème, souligne Andrée De pour l’entreprise ou le gestionnaire de
qu’on soupçonne d’avoir détourné 130 Serres, «c’est qu’il faut des gens ex- fonds», explique la professeure. Quant
millions de dollars des fonds placés trêmement qualifiés pour enquêter aux administrateurs pris à manipuler
sous sa responsabilité. Aux États-Unis, sur les crimes économiques. Des gens des chiffres, «il faut les voir sortir du
l’ancien p.-d.g. de Tyco, Dennis avec des maîtrises, qui comprennent à Palais de justice les menottes aux
Kozlowski a été condamné à une peine la fois les rouages de la comptabilité et poings et savoir qu’ils en ont pour une
de 25 ans de prison pour avoir dé- du droit corporatif.» Or, même si la bonne partie de leur vie en prison».
tourné quelque 600 millions de dollars Gendarmerie Royale du Canada a créé Pour mettre fin aux scandales, «il
Photos : Denis Bernier
des caisses de l’entreprise. De même, une division spéciale pour enquêter faut que la fraude devienne tellement
Ahmed Naciri Andrée De Serres
Bernard Ebbers, l’ex-p.-d.g. de sur les crimes économiques, les res- risquée que les gens aient peur», ren-
Worldcom, a reçu une sentence de 25 cela s’avère beaucoup plus difficile. minelles pourraient également être sources manquent. chérit Ahmed Naciri. Il faut égale-
ans de prison pour conspiration et «Pour les gestionnaires de fonds de déposées contre lui par le procureur Un autre problème, ajoute la pro- ment, selon lui, qu’on soit très sérieux
fausses déclarations financières. Au placement, soumis d’abord et avant général. Dans ce dernier cas de figu- fesseure, c’est que ces crimes impli- dans la récupération des sommes dé-
Canada, une peine d’une telle sévérité tout à l’exigence du rendement, il n’y re, toutefois, il est extrêmement diffi- quent rarement une seule personne. tournées et qu’on retire aux admi-
serait une première. a aucun incitatif financier à engager cile d’obtenir des condamnations, C’est tout un système qui est en cause. nistrateurs trouvés coupables toutes
«Quand les scandales ont éclaté des dépenses dans un tel recours, note Andrée De Serres. «En droit cri- Les vérificateurs, les agences de cota- les richesses frauduleusement amas-
aux États-Unis, on disait de ce côté-ci précise Andrée De Serres. Plutôt, ils minel, rappelle-t-elle, la preuve doit tion, les analystes financiers dans les sées. Enfin, lui aussi pointe le système.
de la frontière qu’il n’y avait pas de préfèrent vendre les parts qu’ils dé- être établie hors de tout doute rai- banques, les courtiers en valeurs mo- «Tous ceux qui veulent s’enrichir trop
problèmes de cette ampleur au tiennent dans la compagnie visée et at- sonnable.» bilières et même les firmes de relations vite, y compris les actionnaires, sont
Canada», dit Ahmed Naciri, profes- tendre que quelqu’un d’autre entame C’est ce qui explique la lenteur de publiques ont tous un intérêt à proje- un peu complices, dit-il. Les marchés
seur au Département des sciences un recours. De toute façon, si celui-ci l’enquête menée par la police dans ter une image positive de l’entreprise poussent les entreprises à la corruption
comptables et spécialiste des ques- produit des bénéfices, tous les l’affaire Norbourg et c’est pourquoi qui les enrichit. N’est-ce pas ce qui ex- en leur imposant de croître indéfini-
tions de gouvernance. Depuis, le dis- actionnaires seront dédommagés éga- aucune accusation n’a été portée plique, quand les choses tournent ment, ce qui est impossible. Le vrai dé-
cours a changé. Les nouvelles me- lement.» contre les ex-dirigeants de Nortel, qui mal, que personne ne voit rien? veloppement se construit sur des bases
sures américaines adoptées en 2002 Contrairement aux recours au civil, auraient gonflé leurs résultats pour Andrée De Serres croit qu’il faut solides, il crée de la valeur et de la ri-
dans le cadre de la loi Sarbanes-Oxley les recours en droit pénal sont entre- empocher des primes faramineuses établir une philosophie de rigueur en chesse. Je crois que les universités ont
et qui obligent notamment les hauts di- pris par l’Autorité des marchés finan- alors que la compagnie se dirigeait gestion des risques éthiques. De la un rôle à jouer en amenant les futurs
rigeants à signer des attestations de ciers, comme dans le cas des accusa- tout droit vers le gouffre. «On vole un même façon que le public et les ac- gestionnaires à réfléchir sur les finali-
leurs états financiers, ont d’ailleurs tions récemment portées contre pain et on est un criminel, dit Ahmed tionnaires commencent à faire pression tés de la croissance.» •
été en grande partie copiées dans les Vincent Lacroix. Des accusations cri- Naciri. Mais la législation n’a pas ap- sur les entreprises et les gestionnaires
lois canadiennes, affirme le profes-

Déceler les indices de la fraude financière


seur de l’ESG. Mais, jusqu’à mainte-
nant, cela n’a pas suffi à renverser la
perception selon laquelle les lois ca-
nadiennes sont inefficaces pour arrêter
les malversations financières. «En ma-
tière de crimes économiques, la fai- tables, et les réponses obtenues ont
Pierre-Etienne Caza
blesse de notre système de justice est permis de conclure que les nouvelles
notoire : le Canada a la réputation Un éminent professeur de finance normes permettent de mieux détecter
d’une véritable passoire», écrivait ré- de l’Université de Chicago, Eugene les cas de fraude.»
cemment dans La Presse l’éditorialiste Fama, débarque à l’aéroport en ce 19 Les impacts des stratégies de com-
Michèle Boisvert. octobre 1987. Des journalistes l’atten- munication des entreprises intéres-
La plupart des grandes entreprises dent pour recueillir ses commentaires sent également les chercheurs de la
canadiennes, cotées à la bourse de concernant le krach boursier qui vient chaire. «Imaginez deux entreprises
New York, sont soumises à la loi amé- de se produire. «Qu’est-ce que vous qui entrent en bourse, illustre M.
ricaine. Ainsi, la compagnie Nortel, ac- allez faire?», lui demande l’un d’eux. Cormier. L’une présente à ses futurs ac-
cusée de manipulations comptables, «Je vais rentrer chez moi et je vous tionnaires des prévisions de bénéfices
vient de conclure aux États-Unis une dirai ce que j’en pense dans cinq ans», pour les cinq prochaines années, tan-
entente visant à régler les deux im- répond-il. La morale de cette anecdo- dis que l’autre joue de prudence et
portants recours collectifs intentés te? «Il faut du recul pour analyser les s’en abstient. Au moment du pro-
contre elle par ses actionnaires. Ce phénomènes financiers. La cueillette de chain rapport annuel, il est fort pro-
qui fait dire à certains qu’il est plus fa- données et l’analyse de celles-ci sont bable que la première sera tentée de
cile d’engager une poursuite contre au cœur de notre démarche», explique Photo : Michel Giroux jouer sur sa marge de manœuvre
une entreprise canadienne aux États- le professeur du Département des Le professeur Denis Cormier du Département des sciences comptables, titulaire comptable afin de réduire l’écart entre
Unis qu’au Canada. sciences comptables, Denis Cormier, ti- de la nouvelle Chaire d’information financière et organisationnelle de l’ESG. ses prévisions et la réalité.» Il s’agit là
tulaire de la nouvelle Chaire d’infor- re de M. Cormier a amorcé une étude soumises. Denis Cormier explique d’un indicateur révélé par l’étude de
Une opération fastidieuse mation financière et organisationnelle portant sur une soixantaine d’entre- que jusqu’à ce qu’éclate le scandale M. Cormier et de son collègue Michel
«Il y a aux États-Unis une culture du de l’UQAM, qui regroupe une dizaine prises qui ont dû retirer leurs actions Enron, la responsabilité des vérifica- Magnan, de l’Université Concordia
recours beaucoup plus poussée qu’au de chercheurs canadiens et européens. du marché au cours des quatre der- teurs était limitée. Le règlement sti- (publiée dans le Journal of Financial
Canada», nuance la juriste Andrée De «Il ne s’agit pas uniquement de nières années pour cause de fraude, pulait qu’en cas de soupçon de frau- Statement Analysis, aux États-Unis).
Serres, professeure au Département comptabilité, précise M. Cormier. Nous l’un des thèmes de recherche privilé- de, ceux-ci devaient essayer de M. Cormier travaille présentement sur
de stratégie des affaires de l’ESG et éga- effectuons également des recherches gié par la chaire. En consultant et en dissiper leurs doutes en investiguant une étude semblable avec une collègue
lement spécialiste des questions de sur la qualité et la pertinence de l’in- analysant toute les données publiques davantage. «Ils n’avaient qu’à ne pas française.
gouvernance et d’éthique. Entreprendre formation non financière des entre- accessibles sur ces cas (états finan- soupçonner!», s’exclame M. Cormier.
un recours collectif contre une com- prises, telles que leurs pratiques de ciers, stratégies de communications et Maintenant, la procédure a été res- Des retombées profitables
pagnie soupçonnée de malversations gouvernance et leurs stratégies de com- pratiques de gouvernance), les cher- serrée et s’il y a fraude, les vérifica- L’Autorité de marchés financiers, l’or-
est une opération extrêmement fasti- munication, qui peuvent avoir un im- cheurs tentent de déceler des signes teurs doivent démontrer au juge qu’ils ganisme de réglementation mis sur
dieuse et coûteuse. Aux États-Unis, pact sur la crédibilité de l’information avant-coureurs. Ils appliqueront en- ont pris toutes les mesures néces- pied en février 2004 pour chapeauter
explique-t-elle, un bureau d’avocats divulguée.» suite ces indicateurs à des entreprises saires, sans quoi ils peuvent être ac- le régime québécois d’encadrement
se saisira d’une cause et prendra existantes pour vérifier s’il est possible cusés de complicité. «Pour cette étude, du secteur financier, soutient les acti-
contact avec différents fonds de pla- Peut-on prévenir la fraude ? de prévenir les cas de fraude. nous avons envoyé un questionnaire vités de recherche de la chaire par le
cement pour tenter d’en convaincre un Dans la foulée de certaines études Une autre étude, achevée celle-là, à plus de 600 comptables dans près de biais de son Fonds réservé à l’éducation
d’être le leader du recours. Au Canada, américaines qui établissent un lien porte sur les nouvelles normes de vé- 200 cabinets au Québec, explique M. des investisseurs et à la promotion de
où le marché est beaucoup plus petit et entre la fraude dans les états financiers rification plus strictes auxquelles les Cormier. Nous avons réussi à obtenir
tout le monde connaît tout le monde, et une mauvaise gouvernance, la chai- firmes comptables sont dorénavant un échantillon d’environ 120 comp- Suite en page 9
L’UQAM / le 20 mars 2006 / 7
La Nuit de la philo

Un happening philosophique de 24 heures!


Claude Gauvreau
Un nouveau volet international
Jean-Paul Sartre, l’un des plus cé-
lèbres philosophes du XXe siècle, disait • L’édition 2006 de La Nuit de la philosophie comporte un nouveau volet in-
que la philosophie était une manière ternational. Sous le thème «Philosophie et dialogue des cultures», une série
de vivre et qu’il fallait l’enseigner le de védéoconférences en provenance d’Europe et d’Afrique seront en effet
plus tôt possible. Cette idée est au présentées le 25 mars de 10h 30 à 14h;
cœur de la deuxième édition de La • Des professeurs de philosophie de Paris, Bordeaux, Dakar, Ouagadougou,
Nuit de la philosophie qui se déroule- Yaoundé et Port-au-Prince seront en communication avec Montréal grâce
ra au pavillon Judith-Jasmin de au réseau des campus numériques de l’Agence universitaire de la
l’UQAM, à compter de 10h le samedi Francophonie (AUF) qui appuie l’événement;
25 mars, jusqu’au lendemain matin. • Les professeurs et étudiants de ces capitales suivront en direct les confé-
Plus de 3 000 personnes, le double rences dans leur campus numérique respectif, tandis que le public de
de l’an dernier, sont attendus à ce hap- l’UQAM pourra interagir avec les intervenants. «Ce sera l’occasion de dé-
pening philosophique qui comprendra couvrir que la philosophie existe aussi en dehors des frontières de
une centaine d’activités libres et gra- l’Occident», souligne Frédéric Legris.
tuites : ateliers de discussion, lecture
théâtrale, films, expositions, spectacle questions, non seulement sur le sens l’époque de l’Antiquité, l’activité phi-
musical, jeux interactifs et vidéocon- de la vie, sur le bonheur, mais aussi sur losophique a toujours impliqué un
férences. la démocratie, notre système de gou- échange. C’était le cas quand Socrate
«La Nuit de la philosophie s’adres- vernement et la notion d’autorité. Ce et Platon ont inventé l’art de la dia-
se tant aux connaisseurs qu’aux no- sont là des interrogations de nature lectique en pratiquant le dialogue phi-
vices, lance Frédéric Legris, étudiant à philosophique ! Questionner les idées losophique. Chose certaine, les gens
la maîtrise en philosophie et l’un des reçues, ébranler les certitudes, voilà à qui viendront à La Nuit de la philoso-
organisateurs de l’événement. Nous quoi peut servir une philosophie ac- phie n’assisteront pas passivement à
voulons rendre la philosophie acces- tuelle et vivante», dit-il. des cours magistraux. Ils seront
sible au plus grand nombre en la fai- conviés à participer aux discussions, à
sant sortir de son cadre institutionnel. Élargir la place de la philo poser des questions et à livrer leurs ré-
Il ne s’agit pas de faire de la pop-phi- La philosophie occupe une place trop flexions sur toutes sortes de sujets.»
losophie en proposant des recettes ou étroite dans la société. On devrait com- «Un jour, au cégep où j’enseigne,
des réponses toutes faites, mais de sou- mencer à l’enseigner dès le secondai- raconte Frédéric, un étudiant a dit à la
lever des questions et de stimuler la re et cesser de remettre périodiquement blague à son prof de philo qu’il n’ai-
discussion et la réflexion autour d’en- en question sa pertinence au collégial, mait pas son cours. Pourquoi donc? lui
jeux sociaux, culturels et politiques ac- rappelle Frédéric. «Aujourd’hui, les demande le prof. Parce qu’avant d’as-
tuels.» Photo : Denis Bernier
cours obligatoires de philo au cégep sister à votre cours, j’étais toujours sûr
Les organisateurs ont effectué une ont été réduits de quatre à trois, alors de moi et tout allait bien dans ma vie.
Sindy Brodeur, étudiante au bac en sexologie, et Frédéric Legris, étudiant à la maî-
tournée dans les cégeps et les univer- trise en philosophie, deux des organisateurs de La Nuit de la philosophie. qu’il en faudrait davantage.» Maintenant, je n’arrête pas de me
sités pour inviter les étudiants à sou- À la radio et à la télévision, les questionner, lui a-t-il répondu en riant.»
mettre des projets d’activités qui soient texte de Platon, Le banquet. Les co- d’être à cause des progrès de la scien- émissions de débats se multiplient Pour connaître le programme com-
porteurs d’une réflexion philosophique médiens, costumés, évolueront parmi ce, contrairement à ce que certains mais les philosophes y sont rarement plet des activités de La Nuit de la phi-
et critique. Et la réponse fut enthou- le public auquel sera offert un vrai prétendent. «La philo peut être d’une invités, renchérit Sindy. «Il est vrai losophie et joindre les membres de
siaste. «Dans les régions de Montréal, banquet en guise de déjeûner», ex- grande utilité, que ce soit dans les re- aussi que certains font peu d’efforts l’organisation, on peut visiter le site
Québec, Trois-Rivières et Sherbrooke, plique Sindy. cherches en neurosciences et en psy- pour intervenir dans l’espace public, se Internet www.nuitdelaphilo.com ou
les étudiants ont déjà réservé des au- Frédéric pour sa part soutient que chologie ou pour décrypter le dis- contentant d’enseigner, d’écrire des composer le 987-3000, poste 0868
tobus pour participer à notre marathon la philosophie n’est pas une discipli- cours des politiciens. Dans le cégep où livres savants et de donner des confé- (local W-5295) •
philosophique», souligne Frédéric. ne abstraite et hermétique appartenant j’effectue un stage en enseignement de rences pour un public restreint de
au passé ou ayant perdu sa raison la philo, les ados se posent plein de spécialistes, dit-elle. Pourtant, depuis
Une discipline vivante
Le projet d’organiser chaque année
une nuit de la philosophie a germé
dans la tête d’une dizaine d’étudiants
de la maîtrise en philosophie, auxquels
se sont joints des étudiants d’autres
disciplines. «L’objectif au départ était
de faire découvrir la philosophie à un
public non philosophe et d’en faire la
promotion sous toutes ses dimensions,
explique Frédéric. Grâce aux confé-
rences et ateliers de discussion, les
gens pourront s’initier aux rudiments
de la philosophie politique, de la phi-
losophie de l’histoire, de l’esthétique
ou de l’éthique.»
De nombreuses autres activités, à
caractère ludique et interactif, sont
aussi prévues au programme, poursuit
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Sindy Brodeur, membre du comité or-
ganisateur de l’événement, qui termi-
ne son bac en sexologie. «Le samedi,
de 11h à 23h, des équipes formées
d’étudiants de cégeps et d’universités
mesureront leurs connaissances dans
le cadre d’un quizz philosophique qui
se tiendra à l’Agora du pavillon Judith-
Jasmin. Puis, dans la nuit de samedi à
dimanche, le public pourra assister à
un spectacle de musique engagée met-
tant en vedette le groupe Masse poésie.
Le lendemain matin, des étudiants
présenteront une lecture théâtrale d’un

8 / L’UQAM / le 20 mars 2006


Lancement de la Chaire C.-A. Poissant Îlot Voyageur

Un projet responsable
C’est le recteur Roch Denis, en Étaient invités à cette présentation
compagnie de l’un des architectes du les membres du Comité institutionnel
projet de l’Îlot Voyageur Michel chargé du suivi du projet de l’Îlot
Languedoc, du vice-recteur aux Res- Voyageur, le personnel des unités qui
sources humaines et aux affaires ad- logeront dans le futur pavillon uni-
ministratives Mauro Malservisi et du di- versitaire, les directions académiques
recteur des investissements Nicolas et administratives de l’Université et de
Buono, qui a fait une présentation de la TÉLUQ, des représentants de la
ce vaste projet immobilier, le 17 mars Fondation de l’UQAM, des représen-
dernier, à quelque 200 personnes de la tants étudiants ainsi que des repré-
communauté universitaire. sentants des syndicats et associations
Rappelons que ce projet contribue- de travail.
ra à réduire de façon significative le dé- Cette séance d’information a été
ficit chronique d’espace que vit suivie d’une période d’échanges au
l’UQAM et à revitaliser le patrimoine cours de laquelle le recteur tenait à en-
bâti du Quartier latin. Les principaux tendre les points de vue et réflexions
aspects du projet aux plans immobilier, des membres de la communauté. M.
environnemental et financier ont été Denis s’est dit heureux de pouvoir
abordés avec images électroniques à partager avec le groupe les objectifs
l’appui, montrant de très belles ma- poursuivis par cet important projet
quettes architecturales des différentes d’avenir pour l’UQAM.
composantes.
Photo : Nathalie St-Pierre
C’ est la professeure Bonnie loppement international. lais». Dans sa prochaine édition, le
Campbell du Département de science Homme d’affaires aux préoccupa- journal publiera une entrevue avec
politique qui dirigera la Chaire de re- tions humanitaires, M. Poissant siège Mme Bonnie Campbell, titulaire de la
cherche C.-A. Poissant sur la gouver- notamment aux conseils d’adminis- Chaire.
nance et l’aide au développement, tration des fondations de l’Hôpital du On aperçoit sur la photo, de gauche
créée grâce à un don individuel de Sacré-Cœur et de l’Hôpital du Saint- à droite, Mme Diane Veilleux, directrice
500 000 $ de M. Charles-Albert Poissant Sacrement. Durant les années 80, il fut générale de la Fondation de l’UQAM,
à la Fondation de l’UQAM. L’objectif parmi les premières personnes à ap- M. Pierre Parent, vice-recteur aux
premier de cette chaire sera d’étudier la puyer la Fondation de l’Université Affaires publiques et au dévelop-
transparence des flux d’aide et d’in- dont il est un des membres d’honneur. pement et secrétaire général, M.
vestissement en direction des pays du Signalons que la Chaire C.-A. Charles-Albert Poissant, Mme Bonnie
Sud et l’adéquation des stratégies de Poissant organisera sa première confé- Campbell, titulaire de la Chaire C.-A.
développement, apportant ainsi une rence internationale, les 30 et 31 mars Poissant, et M. Pierre Roy, président du Photo : Aedifica + TPL Architecture
contribution novatrice dans les do- prochains, sous le thème «Gouver- conseil d’administration de la Fonda- Vue du futur pavillon institutionnel et de l’édifice à bureaux à partir de la rue
maines de la coopération et du déve- nance et secteur minier : le défi congo- tion de l’UQAM. Sainte-Catherine.

JEUX VIDÉO – Suite de la page 5

12 ans. Mis au point par Jennifer ou les serpents et les échelles pour teignant les objectifs pédagogiques», chacun un rôle différent. l’autre du Canada, dans les deux
Jenson, professeure de pédagogie et de bâtir des plates-formes électroniques. précise Louise Sauvé. langues officielles. Toutes nos réunions
technologie à la Faculté d’éducation de Les enseignants, même s’ils ne Mis à part les jeunes, les cher- Changer les mentalités se déroulent en français et en anglais,
l’université York, en collaboration avec connaissent à peu près rien à l’infor- cheurs du réseau SAGE ont dans leur Financé jusqu’en 2007 par le Conseil avec traduction simultanée lorsque
Suzanne de Castell, de la Faculté matique, n’auront qu’à insérer leurs mire les étudiants en médecine ou de recherches en sciences humaines nécessaire.»
d’éducation de l’université Simon questions ou encore des images ou des autres futurs professionnels de la dans le cadre du programme Initiative Hormis les défis technologiques et
Fraser, ce jeu porte sur les maladies in- clips vidéo.» santé, les travailleurs du milieu com- de la nouvelle économie, le réseau pédagogiques qu’ils devront surmon-
fectieuses comme le sida, le virus du Ainsi, l’enseignant pourra monter munautaire ainsi que le public en gé- SAGE mise sur les technologies de l’in- ter, Louise Sauvé pense que les spé-
Nil et la grippe aviaire. Tout en s’amu- un jeu en une heure environ, avec un néral. Pour les étudiants en sciences formation et des communications non cialistes qui forment le réseau SAGE
sant, les jeunes peuvent acquérir des minimum d’efforts. Jusqu’à mainte- infirmières par exemple, les cher- seulement pour mettre au point des auront du travail à faire pour changer
notions de base sur la transmission et nant, cinq coquilles ont été dévelop- cheurs ont mis au point une plate- jeux vidéo, mais aussi pour maximiser les mentalités à l’égard des jeux vidéo.
la prévention de ces maladies. pées. Elles pourront servir non pas ex- forme de jeu qui permet de simuler le travail de ses propres chercheurs. «Les jeux sont très souvent interdits
Plusieurs autres jeux devraient clusivement à l’enseignement de des patients virtuels à partir de cas cli- «Nous avons développé des plates- dans les écoles parce qu’ils sont jugés
suivre dans le sillage de Contagion. «À connaissances dans le secteur de la niques réels. Grâce à cette plate-forme formes électroniques pour notre usage dérangeants, généralement avec raison.
SAVIE, nous travaillons à mettre au santé, mais aussi en mathématiques, électronique et à Internet, les appre- où sont versés les travaux de chacun, Il faudra faire la preuve que certains
point des coquilles de jeux vidéo, ex- en français, en anglais, bref, dans nants, même s’ils sont éloignés géo- de façon à faciliter les échanges, ex- peuvent être utiles et même souhai-
plique Louise Sauvé. On se base sur les toutes les matières. «Le défi, c’est de graphiquement, peuvent travailler en- plique Louise Sauvé. Les chercheurs tables.» •
grands classiques comme le tic-tac-toe miser sur l’aspect ludique tout en at- semble pour résoudre le cas en jouant collaborent très bien d’un bout à

MOLYVOS – Suite de la page 6 FRAUDE – Suite de la page 7

…et quelques chocs culturels modes de communication par signes et vies, sont compartimentées. Là-bas, la gouvernance. Selon M. Cormier, le En plus de procurer du finance-
Molyvos, c’est deux villages en un, dit par gestes, notamment avec les jeunes tout est au ralenti. Le temps s’étire et souhait de l’Autorité, principal parte- ment aux étudiants par le biais de
Sarah. Celui du haut où les habitants Grecs. Et l’un d’eux est même venu vi- il n’y a pas de murs étanches entre les naire de la chaire, est que les résultats contrats d’assistanat de recherche, la
ne parlent ni français, ni anglais et pré- siter Sarah à Montréal l’automne der- sphères du travail, de la famille et des des recherches puissent servir à édic- chaire souhaite accueillir des confé-
fèrent demeurer dans leurs foyers. Et nier. «Nous étions très attendus par les amis. Les Grecs aiment aussi beaucoup ter de nouvelles normes. renciers de renommée internationale et
celui du bas, zone commerciale peu- villageois habitués à recevoir des tou- fêter et danser. Pour eux, le corps et La chaire compte également sur organiser un colloque bi-annuel. «Toute
plée surtout d’hommes qui occupent ristes allemands et hollandais qui, pour l’esprit forment un tout indissociable.» l’appui financier de trois firmes comp- cette infrastructure incitera peut-être
les cafés, terrasses et restaurants. la plupart, sont de passage une semai- Il est clair qu’elle retournera dans ce tables (KPMG; PricewaterhouseCoo- des étudiants à choisir des sujets de
«Bizarrement, je ne me suis jamais ne ou deux. Quant à nous, nous avons pays qui l’a conquis, probablement en pers; Samson Bélair/Deloitte & mémoire et de thèse liés à nos activités
sentie aussi femme qu’à Molyvos. Les eu le temps en deux mois de dévelop- 2007. «J’ai aussi l’intention de faire des Touche) et de l’Institut des Vérifica- de recherche», espère M. Cormier. Un
hommes étaient charmants, galants et per des liens, avec eux et entre nous. études de doctorat et le sujet de ma teurs Internes de Montréal. Ce dernier lancement officialisera la création de la
respectueux. Le contact fut plus difficile Depuis notre retour au Québec, nous thèse aura sûrement un lien avec la s’est engagé à offrir deux bourses Chaire d’information financière et or-
avec les résidantes de l’île, peut-être nous sommes revus dans le cadre de Grèce», lance-t-elle avec conviction • d’études de 5 000 $ durant une pério- ganisationnelle au début du mois
parce qu’elles percevaient la présence soupers et même d’un Noël grec!» de de cinq ans. Elles sont offertes à des d’avril et un site Internet devrait voir le
d’autres femmes comme une menace», Des chocs culturels, Sarah en a étudiants de maîtrise ou de doctorat en jour sous peu •
raconte-t-elle. vécu quelques-uns au cours de son sé- sciences humaines, en science poli-
Malgré la barrière de la langue, les jour. «Au Québec, le rythme de vie est tique et droit ou en sciences de la ges-
étudiants ont réussi à développer des trépidant et nos journées, comme nos tion.
L’UQAM / le 20 mars 2006 / 9
TITRES D’ICI
L’asymétrie en morphologie cherche sociologique est consacré au des analyses configurationnelles des à l’interrogation posée en début d’ou- pour centrer son propos sur le consom-
Dans son dernier ouvrage, Asymmetry «nouveau» malaise dans la civilisation, propriétés d’interfaces des descrip- vrage : «Les principales formes d’ex- mateur et ses responsabilités à l’égard
in Morphology, Anna Maria Di Sciullo, caractérisé dit-on par l’expansion du tifs, des regroupements de clitiques, pression de notre temps, tels que le de la consommation.
professeure au Département de lin- domaine de la santé mentale, la dif- des impératifs, des constructions roman, le film ou la bande dessinée, «Consommer est une habitude dont
guistique, propose que l’asymétrie, fusion tous azimuts de la souffrance conditionnelles, des constructions dé- sont-elles capables de rendre compte on peut difficilement se défaire parce
c’est-à-dire l’irréversibilité d’une paire psychique, la montée du phénomène placées, ainsi que des asymétries dans de nos expériences quotidiennes de la qu'elle est étroitement liée à l'image
d’éléments dans un ensemble ordon- de la psychologisation des rapports so- la structure des syllabes et des pieds. ville?» qu'on a de soi. Pour certains, elle de-
né, est une propriété intrinsèque des ciaux, ou l’augmentation de la La section Brain aborde des ques- vient même compensatoire, une façon
relations morphologiques. Suivant son consommation de médicaments psy- tions liées à l’acquisition et à la com- de rehausser l'estime de soi, de proje-
argumentation, selon laquelle l’asy- chotropes. préhension du langage par les hu- ter une image plus favorable», écrit-il.
métrie est la caractéristique centrale mains : l’acquisition des composés, Pourquoi consomme-t-on? Comment
des relations morphologiques, les ob- l’acquisition de l’article défini, l’asy- cela fonctionne-t-il? Quelles sont les
jets morphologiques seraient des ob- métrie sujet/objet dans la compré- motivations qui déclenchent l'achat?
jets réguliers de la grammaire, tout hension des questions liées au dis- Que recherche l'acheteur dans un pro-
comme les objets syntaxiques et pho- cours comparativement aux questions duit? Pourquoi certaines personnes
nologiques. Ceci contraste avec l’hy- qui ne le sont pas, l’évidence de semblent-elles consommer de maniè-
pothèse traditionnelle selon laquelle la l’existence des asymétries syntaxiques re compulsive? L’auteur propose des ré-
morphologie est irrégulière, donc non dans la langue des signes américaine ponses à toutes ses questions en écor-
soumise à des régularités intrinsèques (ASL), l’acquisition des types de chant au passage les théoriciens du
de forme et d’interprétation. voyelles et le rôle du changement marketing qui tentent de nous faire
d’accent dans la détermination de la croire que les besoins de consomma-
fin d’une phrase. tion sont innés. Plutôt que de parler de
«besoins», il propose le concept plus
approprié d’«attentes».

La première partie, intitulée «Villes-


textes», propose des lectures de la
ville en tant qu’espace sémiotique,
Publié sous la direction du profes- tandis que «Ville en images», la se-
seur Marcelo Otero (sociologie), le conde partie, s’intéresse aux repré-
numéro 41-42 réunit les contributions sentations visuelles, musicales ou ar-
de divers auteurs qui présentent trois chitecturales de la ville. On y aborde
traits communs : 1) la volonté de re- notamment l’œuvre de David Lynch,
placer ces phénomènes dans un les films noirs, le cinéma irlandais, la
contexte sociologique plus large; 2) le bande dessinée et les textes liés au
rejet de toute tentation nostalgique (le concours d’architecture organisé pour
bon vieux temps de la psychanalyse); la reconstruction du World Trade
3) l’absence de leçons morales à don- Center.
Di Sciullo propose que la proprié- ner aux lecteurs (comment se délivrer Ce recueil est issu des travaux de
té asymétrique des relations morpho- de telle ou telle aliénation, transformer Figura, le Centre de recherche sur le
logiques fait partie de la faculté du son problème de santé mentale en Les articles dans la section Compu- texte et l’imaginaire, qui réunit des
langage. Elle propose une théorie de la lutte politique, etc.). tation présentent différentes perspec- chercheurs du domaine des études
grammaire, soit la théorie de l’asy- Selon Marcelo Otero, l’univers des tives sur la manière d’implémenter les littéraires et cinématographiques qui
métrie, selon laquelle les opérations discours et des pratiques d’interven- propriétés de la Grammaire Univer- travaillent à la croisée des théories Benoît Duguay est également cher-
génériques ont des instanciations spé- tion dans le domaine de plus en plus selle dans un parseur : l’implémenta- contemporaines et de l’analyse de cheur associé à la Chaire de recherche
cifiques dans des dérivations parallèles large de la santé mentale constitue un tion des différentes théories incluant textes, de la création littéraire et des du Canada en patrimoine urbain.
de l’espace computationnel. Elle pos- lieu d’observation privilégié de diffé- la sélection configurationnelle, l’in- expérimentations hypermédiatiques.
tule que les relations morphologiques rentes transformations dans les so- corporation et le minimalisme, et le
et syntaxiques partagent une proprié- ciétés contemporaines. Les Cahiers rôle des approches statistiques et Pour un consommateur
té, soit l’asymétrie, mais diffèrent de recherche sociologique sont publiés quantitatives dans le traitement des réfléchi
quant aux autres propriétés de leurs par le Département de sociologie. langues naturelles. «Nous consommons trop et nous
primitives, de leurs opérations et de consommons mal», écrit Benoit
leurs représentations d’interfaces. Pour Les dessous du langage Ville et fictions Duguay, professeur au Département
appuyer sa théorie, Di Sciullo offre des Préparé sous la coordination d’Anna «Bien plus qu’un simple décor, la d’études urbaines et touristiques, en
preuves empiriques provenant d’une Maria Di Sciullo, professeure au ville est un personnage à part entière amorce de son nouvel ouvrage intitu-
variété de langues, dont l’anglais, le Département de linguistique, UG and dans la littérature et l’art contempo- lé Consommation et image de soi –
grec moderne, les langues africaines, External Systems : Language, Brain rains.» Sous la direction de Christina Dis-moi ce que tu achètes… publié
les langues romanes, les langues and Computation explore l’interac- Horvath et Bertrand Gervais, profes- aux éditions Liber. Dans la foulée des
slaves et le turc. Publié par MIT Press. tion de la grammaire avec les systèmes seur au Département d’études litté- mouvements contemporains tels que
d’interfaces, soit le conceptuel inten- raires, les textes de la douzaine de la simplicité volontaire et les casseurs
Regards sur la santé mentale tionnel et le sensori-moteur. Les ar- chercheurs du recueil Écrire la ville de pub, l’auteur évite l’écueil de s’en
Le dernier numéro des Cahiers de re- ticles de la section Language incluent («Figura»/UQAM) tentent de répondre prendre à la société de consommation

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10 / L’UQAM / le 20 mars 2006


SUR LE CAMPUS
LUNDI 20 MARS Pavillon Thérèse-Casgrain, titulaire de la Chaire Hector-Fabre IEIM (Institut d'études de 9h à 17h30.
Département de psychologie salle W-R520. d'histoire du Québec. internationales de Montréal) Nombreux participants.
Conférence : «La passion envers son Renseignements : Pavillon Maisonneuve, salle B-R200. Table ronde : «La diversité Pavillon Judith-Jasmin, salle J-2805.
travail : les deux côtés de la Gaëtane Lemay Renseignements : culturelle : effet de mode ou Renseignements :
médaille», de 12h30 à 14h. 987-3000, poste 6637 Chantal Lebeau mouvement de fond?», de 18h30 à Aurélie Arnaud
Conférencière : Nathalie Houlfort, lemay.gaetane@uqam.ca 987-3000, poste 7784 20h30. 987-3000, poste 7933
titulaire d'un doctorat en lebeau.chantal@uqam.ca Conférenciers : Pierre Bosset, cedim@uqam.ca
psychologie, Université McGill et Département de psychologie www.generations.uqam.ca directeur de la recherche et de la www.cedim.uqam.ca
professeure à l'École nationale Conférence : «Le sudoku vu de planification à la Commission des
d'administration publique (ENAP). l'intérieur : périple d'un VENDREDI 24 MARS droits de la personne et des droits de CEPES (Centre d'études des
Pavillon J.-A.-DeSève, salle DS-1950. explorateur», de 12h30 à 14h. GRAVE-ARDEC (Groupe de la jeunesse; Micheline Labelle, politiques étrangères et de
Renseignements : Conférencier : Fabien Savary, recherche et d’action sur la directrice du CRIEC. sécurité)
Carole Desrochers titulaire d'un doctorat en victimisation des enfants et Pavillon Sherbrooke, salle SH-2800. Conférence : «Analyse des élections
987-3000, poste1454 psychologie du développement Alliance de recherche sur le Renseignements : législatives en Ukraine : que reste-t-il
desrochers.carole@uqam.ca cognitif, UQAM et d'un post-doctorat développement des enfants dans Domynyck Therrien de la révolution orange?», de 12h30 à
en psychologie cognitive, Université leur communauté) 987-3000, poste 3667 14h.
MARDI 21 MARS de Princeton, États-Unis. Conférence : «L'impact des therrien.dominique@uqam.ca Conférenciers : Dominique Arel,
CELAT-UQAM (Centre Pavillon J.-A.-DeSève, salle DS-2901. traumatismes émotionnels et www.ieim.uqam.ca titulaire de la Chaire en études
interuniversitaire sur les lettres, Renseignements : physiques chez les enfants», de 9h30 ukrainiennes; Yann Breault,
les arts et les traditions) Carole Desrochers à 12h. MERCREDI 29 MARS doctorant, science politique, UQAM.
Conférence : «Une variante sur la 987-3000, poste1454 Conférenciers : Louise Éthier et RESEAU ESG-UQAM Pavillon Hubert-Aquin, salle A-1715.
même toune : Gérald Leblanc, desrochers.carole@uqam.ca Pierre Nolin, professeurs en Conférence DUO: «Le futur imparfait Renseignements :
Moncton Mantra et le Québec», de psychologie, UQTR. des fonds de retraite à prestation Mélanie Pouliot
12h30 à 14h. IREF (Institut de recherches et Pavillon J.-A.-DeSève, salle DS-R510. déterminée», à 17h30. 987-3000, poste 8929
Conférencière : Catherine Leclerc, d'études féministes) Renseignements : Conférenciers : Scott K. Hayman, cepes@uqam.ca
professeure, Département de langue Conférence : «Sortir du placard au Catherine Adam vice-président, Investissements et www.er.uqam.ca/nobel/cepes/
et littérature françaises, Université boulot – Pourquoi dire son 987-3000, poste 4748 arbitrage, Kruger inc. et Miville
McGill. homosexualité au travail», de 12h30 adam.catherine@uqam.ca Tremblay, directeur, Marchés VENDREDI 31 MARS
279 Ste-Catherine Est, salle DC-2300. à 14h. financiers Bureau de Montréal, Association des étudiants-es de
Renseignements : Conférencier : Mathieu Latour, CRISES (Centre de recherche sur Banque du Canada. maîtrise et de doctorat en
Caroline Désy assistant de recherche, Équipe de les innovations sociales) Pavillon de design, salle DE-R200. communication
987-3000, poste 1664 recherche Homosexualité et Conférence : «Public Policy and the Renseignements : Colloque interuniversitaire des
desy.caroline@uqam.ca environnement de travail; Social Economy in the United Claire Joly chercheurs en communication du
animatrice : Line Chamberland, Kingdom», de 10h à 12h. 987-3010 Québec : «Culture et image : Crise
Faculté des arts professeure associée, IREF. Conférencier : Gill Seyfang, Senior joly.claire@uqam.ca identitaire?», jusqu'au 1er avril.
Conférence : «Quasar : la danse Pavillon J.-A.-DeSève, salle DS-1950. Researcher, University of East Anglia, reseau.esg.uqam.ca/ Pavillon Judith-Jasmin, salle J-3805.
contemporaine au Brésil», de 12h30 Renseignements : United Kingdom. Renseignements :
à 14h. Céline O'Dowd Pavillon Saint-Denis, salle AB-2210. Association des étudiants des Patrick Ducharme
Conférencière : Suzane Weber. 987-3000, poste 6587 Renseignements : cycles supérieurs en droit 987-3000, poste 6747
Pavillon Judith-Jasmin, salle J-1916. iref@uqam.ca Hélène Gélinas Colloque : «Carrières aemdc@uqam.ca
Renseignements : www.iref.uqam.ca 987-3000, poste 4458 internationales», de 10h à 16h. www.colloquecommunication.
Anne-Louise Fortin crises@uqam.ca Nombreux participants. blogspot.com
987-3000, poste 8207 Service de formation continue www.crises.uqam.ca Pavillon Judith-Jasmin, Foyer de la
brasil@uqam.ca Conférence : «Les aliments contre le salle Marie-Gérin-Lajoie (J-M400). Réseau socioprofessionnel en
www.unites.uqam.ca/bresil cancer», 19h à 20h30. Renseignements : stratégies de production
Conférencier : Richard Béliveau, pro- LUNDI 27 MARS Faiza Kadri «Journée carrière», de 11h30 à
GEIRSO (Groupe d'étude sur fesseur, Département de chimie, Faculté des sciences 369-2233, poste 24 18h15.
l'Interdisciplinarité et les titulaire de la Chaire de prévention «Collecte de sang d'Héma-Québec au aecsd_uqam@yahoo.ca Pavillon Hubert-Aquin, salle A-2030.
Représentations sociales) et traitement du cancer. Coeur des sciences de l'UQAM». Renseignements :
Conférence : «Représentations du Collège Champlain, 900, Riverside, Pavillon Sherbrooke, salle SH-4800, JEUDI 30 MARS Catherine Lussier
médicament et conduites Longueuil, salle G156. jusqu'au 31 mars de 11h à 17h. CEDIM (Centre d'étude sur le 987-3000, poste 1446
thérapeutiques : l’ancrage subjectif Renseignements : Renseignements : droit international et la assistant_strategiesprod@yahoo.ca
et social de la chronicité», de 14h à Isabelle M'Bengue Jenny Desrochers mondialisation) reseauxsocioprofessionnels.uqam.ca/
15h30. 987-3000, poste 1558 987-3000, poste 7730 Colloque : «L'enseignement clinique
Conférencière : Christine Loignon, m'bengue.isabelle@uqam.ca desrochers.jennifer@uqam.ca pour consolider la protection des CIRST (Centre interuniversitaire
agente de recherche, Faculté de www. hema-quebec.qc.ca droits humains», jusqu'au 31 mars, de recherche sur la science et la
médecine, Université de Montréal. JEUDI 23 MARS technologie)
Pavillon Hubert-Aquin, salle A-1340. Chaire de recherche du Canada en Conférence : «Le projet de la
Renseignements : mondialisation, citoyenneté et Première édition de l’Annuelle cybernétique a-t-il réussi?», de 12h30
Christine Thoër-Fabre démocratie à 14h.
987-3000, poste 4566 Conférence : «À la suite de de l’École des médias de l’UQAM Conférencier : Serge Proulx,
thoer.christine@uqam.ca l'adoption par l'UNESCO de la L’École des médias de l’UQAM ronde ayant pour titre «Connaître le professeur, École des médias, UQAM.
convention sur la protection et la lancera, les 21 et 22 mars prochain, français pour travailler dans les Pavillon Thérèse-Casgrain,
IEIM et CRIEC promotion de la diversité des la première édition de son médias : un peu, beaucoup, salle W-3235.
Conférence : «Diversité, racisme et expressions culturelles, quels sont Annuelle, en présentant au public parfaitement?». Renseignements :
droits des peuples autochtones», de les nouveaux enjeux?», de 12h30 à les réalisations de ses étudiants et Sept invités, au cœur de l’action et Marie-Andrée Desgagnés
18h30 à 20h30. 14h. de ses professeurs en cinéma, de la question, débattront du sujet : 987-3000, poste 4018
Conférencier : Rodolpho Conférencière : Louise Beaudoin, journalisme, médias interactifs, Catherine Perrin, Radio-Canada, cirst@uqam.ca
Stavenhagen, professeur, professeure associée, Département stratégies de production culturelle Carole Beaulieu, L’Actualité, www.cirst.uqam.ca
Département de sociologie, El d'histoire et chercheure associée à la et médiatique, et télévision. La Candide Proulx, CISM-FM et Radio-
Colegio de Mexico, Studio théâtre Chaire MCD. programmation détaillée se trouve Canada, Mathieu Dugal, Télé-
Alfred-Laliberté (J-M400). Pavillon Hubert-Aquin, salle A-5020. à l'adresse suivante : Québec et Radio-Canada, Alain
Renseignements : Renseignements : www.faccom.uqam.ca Bourgeois, Agence Marketel, Renel
Ann-Marie Field Pierre-Paul St-Onge Bouchard, Le Canada français et
21 mars et 22 mars.
987-3000, poste 3318 987-3000, poste 4897 Antoine Char, professeur en Formulaire Web
Salle Marie-Gérin-Lajoie,
criec@uqam.ca st-onge.pierre-paul@uqam.ca journalisme à l’UQAM. Le débat Pour nous communiquer les
salle J-M400.
www.criec.uqam.ca www.chaire-mcd.ca sera animé par la journaliste coordonnées de vos événements,
•••
Françoise Guénette. veuillez utiliser le formulaire à
Table ronde sur la qualité du fran-
MERCREDI 22 MARS UQAM Générations l’adresse suivante :
çais écrit et parlé au Québec
SEUQAM Conférence : «L’enseignement de 22 mars, de 16h à 17h30. www.unites.uqam.ca/evenements/
Toujours dans le cadre de
Conférence : «La place des femmes l’histoire au Québec», de 13h30 à Studio Alfred-Laliberté. inscription_activites.htm
l'Annuelle de l'École des médias, le
dans le mouvement syndical au 15h30. Pavillon Judith-Jasmin, 10 jours avant la parution.
Secrétariat à la politique
Québec», de 12h à 14h. Conférencier : Robert Comeau, salle J-M400. Prochaines parutions :
linguistique organise une table
Nombreuses conférencières. professeur, Département d'histoire et 3 et 18 avril 2006.

L’UQAM / le 20 mars 2006 / 11


Robert Wolfe à la Grande Bibliothèque

Hommage à un maître de la couleur


Claude Gauvreau

Pour plusieurs personnes, l’artiste


québécois Robert Wolfe (1935-2003)
demeure encore largement méconnu.
Pourtant, ce peintre, graveur et ensei-
gnant des arts a été, au cours des 40
dernières années, une figure impor-
tante de la scène artistique au Québec.
Afin de permettre au grand public
de le (re)découvrir, la Grande Biblio-
thèque du Québec présente, du 28
mars au 17 septembre, la première ré-
trospective de ses œuvres qui ras-
semble plus de 90 estampes, tableaux
et dessins. «Robert Wolfe a beaucoup
exposé pendant sa carrière. Pour la
première fois, il sera possible de saisir
son travail dans son ensemble et de
l’évaluer en regard du développement
de l’art au Québec, depuis le début des
années 60 jusqu’à la fin des années
90», souligne Laurier Lacroix, com-
missaire de l’exposition et professeur
au Département d’histoire de l’art.
La personnalité peu flamboyante de
Robert Wolfe ne l’incitait guère à se
placer à l’avant-plan. «Mais pour ceux
qui ont suivi la scène artistique dans
les années 70, son souvenir évoque ces
jeunes créateurs qui ont transformé le
paysage de l’estampe à Montréal, ex-
plique M. Lacroix. Et pour les per-
Pastilles brunes, 1974.
sonnes qui ont été attentives au déve-
loppement de la peinture pendant les nants de ces mouvements», précise À la fin de la décennie 70, à la suite
Taureau déguisé, 1965.
années 80, les expositions régulières de l’historien. d’un périple en Asie et en Afrique,
ses œuvres à la Galerie Graff servent artiste dont l’œuvre occuperait des es- gie créatrice et a défini son œuvre.» Graveur novateur, Wolfe a redonné Wolfe présente à la galerie de l’UQAM
de points de repère.» paces alors en construction.» Wolfe s’intéressait aussi aux qua- ses lettres de noblesse à la linogravu- l’exposition Noir est l’espace blanc,
L’idée de cette rétrospective est lités formelles du tableau et aimait ex- re et à la sérigraphie à une époque – étape marquante dans sa carrière qui
née en 2000, peu avant le décès de Fasciné par la lumière plorer les bordures, les échelles de les années 60 – où ces procédés étaient lui fait redécouvrir la couleur, ex-
l’artiste, dont la majeure partie des es- Artiste protéiforme, Robert Wolfe a profondeur et les plans. «Il a déve- mal vus parce que considérés comme plique M. Lacroix.
tampes faisait partie des collections de touché avec bonheur à la peinture, au loppé une production à l’abri des trop commerciaux. Au tournant des
la Bibliothèque Nationale du Québec. dessin, à la gravure et à la sculpture- tendances dominantes. Si l’on recon- années 70, il participe à l’aventure de Un enseignement libre
«Robert Wolfe savait que l’inauguration céramique. Il disait que la lumière le naît que son travail s’élabore dans la la création de la Galerie Graff, centre Parallèlement à son travail de création,
de l’exposition aurait lieu sans lui, écrit fascinait, rappelle Laurier Lacroix. foulée du postautomatisme et de l’ap- de conception et de diffusion gra- Robert Wolfe a consacré beaucoup
la directrice de la Grande Bibliothèque, «C’est avant tout la recherche sur la port des Plasticiens, son art intègre le phique, et s’engage dans des coopé- de temps et d’énergie à la pratique de
Lise Bissonnette, dans le catalogue couleur, et le travail qu’elle permet sur geste et la ligne, la matière et la cou- ratives et collectifs d’artistes dont les l’enseignement. En 1961, il obtient
accompagnant l’événement. Il se disait les formes, les volumes et le mouve- leur, d’une manière différente de interventions publiques agitent alors le un poste de professeur à l’École des
simplement heureux d’être le premier ment de l’image, qui guidait son éner- celles que l’on remarque chez les te- milieu de l’art montréalais. beaux-arts de Montréal où il donne
des cours de dessin, de composition,
de gravure et de techniques mixtes en
peinture. Puis, à partir de 1969, il en-
seigne à l’UQAM jusqu’en 1994, année
de sa retraite.
Son enseignement était très libre,
observe Laurier Lacroix. «Ce n’était
pas quelqu’un qui faisait faire du
Wolfe à ses étudiants. Plutôt que de
transmettre des recettes ou des for-
mules, il préférait créer un environ-
nement permettant à chacun d’aller au
bout de soi.»
Robert Wolfe occupe une place
particulière dans l’histoire de la pein-
ture au Québec, affirme le professeur.
«Peu d’artistes sont restés fidèles,
comme lui, à la peinture, dans une pé-
riode marquée par l’essor des arts
technologiques et médiatiques. Il aura
travaillé jusqu’au bout la matière, la
forme et l’énergie de la couleur.»
«L’art vise en grande partie à dé-
couvrir les peurs qui nous boulever-
sent et à s’exprimer à partir d’elles, di-
sait Robert Wolfe. Le travail que l’on
fait c’est pour se retrouver une journée
sur un lit, à quelques minutes de la
mort pour se dire : j’ai fait ce que je
Fend le vent, 1988. Hériz, 2003. devais faire.» •
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