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6 PHILOSOPHIE DE LA BIODIVERSITE donné. Mais bien qu'l pusse & premitre vue sembler facile cde compter des expatces, encore faxt-il savoir ce quielles sont. Or ls notion desi, pourtant si fumilibe, pose de déticats problemes conceptuels qui méritent que Yon sy attarde un peu. Une premitre dificité se rapporte& la diéfinition de ce concept tel qu'il est utilisé par les biclo- gistes. Deux autres problémes intéressent davantage les philosophes, ete rapportent pour Tun ala nécessité ou nnon d’obtenir une et une seule definition du concept espace, et pour eutreau statut ontologique de 'espice, Cest-a-dire a Yobjet du monde réel qui est désigné par ce concept. Les différents concepts Wspice (On dénombre plus d'une vingtaine de définitions diffé- rentes du concept d'espéce, Celles-ci peuvent étreregrou- pées en trois grandes catégories, lespice biologique, Vespéce évolutive et Vespice écologique : = Lespite biologique est cetinie comme étant un groupe tidividus interféconds isolés reproductivement des autres groupes. Une espace est donc composée cc tous les organismes qui peuvent potentiellement se repro- duire entre eux tinterfécondite) et qui ne peuvent pas se reproduire aver des onganismes appartenant a d'autres groupes isolement reproducti). Or nombreux sont les organismes qu'il n'est pas possible de classifier selon ces critéres, En effet, une immense partie des étres vivants ne se reproduit pas sexucllement, mais par clo nage, parthénogentse ou encore autofécondation, C'est te cas de toutes les bactéries et de tous les champignans, de nombreux végctaux, mais aussi de certains insectes, batraciens et reptiles. De plus, des individus apparte~ nant des esptces différentes peuvent donnernaissance des organismes hiybrides, interféconds, mais également DECRIRE LA BIODIVERSITE a féconds avec chacune des espéces d'origine. C'est un de figure relativement fréquent chez les vegétaux, mais on trouve des exemples semblables méme chez les ‘mammiféres, notamment avee des hybrides de loups et de coyotes. Selon le concept d’espece biologique, on ne peut décider si ces hybrides appartiennent simulrané- ment eux deux espéces (interfécondité) ou a aucune entre elles, sans étre pour autant membres d'une troi- sieme espéce distincte. constituée des seuls hybrides isolement reproductit), La notion d'espéce biologique, si elle est propice a la classification des organismes sexués non hybrides, devient done caduque pour des ans entiers du regne vivant. = Leapice covlutiv: (ou phylogénétique) est définie comme étant une séquence de populations ancétres- descendants évolnant sSparément des autres et possé- dant son propre role et ses propres tendances évolutives, Cette definition met surtout accent sur ke caractére évolutif des lignécs, Ce eritére pose également plusieurs problémes. Par exemple, 2’importe quel niveau taxino- mique peut y répondre aussi bien que celui cespece. n'y adone pas de définition stable de l'espece ear celle ci dépend directement du niveau érolutif choisi. Ainsi, tous les individus appartenant un méme genre (niveau supéricur) ou & une méme sous-espéce (niveau infé- ricur) répondent 6galementace eritere. De plus, il eat fort ‘mal adapt6 A tous les groupes dont lévclution est inti= ‘mement liée a celle d'autres groupes, que ce soit par transfert horizontal de géncs, par coévolution, dans des cas de symbioses ov d'autres. ~ Lespee éningique est définie comme étant une lignée (curunensemble de tignées proches) qui oceupe unezone adapiative différente de celle des autres lignées dans son aire de réparttion et qui évolue séparément de toutes les 6 PHILOSOPHIE DE LA BIODIVERSITE lignées extéricures a cette aire. Cette définition renvoie la notion de niche éeotogique, considérant espe avant ‘toutparrapport son role Ecologique dansle milieu quelle ‘cecupe. La encore, ce concept despece semble difficilement recouper ce que l'on envisage communément comme ant une espece. La niche tant ensemble des conditions ppermettant lasurvie des individus, est en effet difficile de caractériser exactement niched! une espéce. Par exemple, le rouge-queucnoir (Pheeniaaras ochrars) est un oiseaui qui riche ats bien dans descavités rocheuses qu'ltrouvedans ‘des écosysttmes montagnards ts sauvages, que dans les fagades des maisons en pierre en milieu périurbain. Inversernent, il est possible que des individus appartenant Ades espéces jugées diferentes orcupent des niches sem- lables, par exemple, parce quelles développent des formes de spécialisation similaires par convergence évolutive. On. trouve ainsi des colibris spécialisés exactement sur les mémes fleurs que certains insectes. Le bec démesuré des uns eta longue trompe des autres conferent d’ailleurs ‘une certaine ressemblance morphologiquea ces groupes pourtant fort éloignés. Parce que chacune de ces definitions enée certains pro- blemes et qu’aticuine d’entre elles ne semble seule en rmesuite de saisir intuition de ce qu'est ou n'est pas tne espace la question sest poste de savoir sl éaitnécessaite Sobtenir une caractérisation unifiée du concept espace ou si Fon pouvat, ou devait, se conteater dane éfnition pluraliste. Denison moriste ou pluraiste Pour certains autetrs la plurlité des concepts d’cspéces est lun obstacie a surmonter. ’une des tiches de la taxinomie etait alors de fournir un concept unifi, soit en montrant que Tun des concepts généralement proposés comprend tus DECRIRE LA BIODIVERSITE ° Jesautres comme lesuggtre Emst Mayra propos duiconcept biologique’ soit en cherchant un nouveau concept d’espece quigchappe aux éoueils de ceux déj utilisés Ce projetren- voie i une forme de monisme, dans la mesure cd ilstuppose ‘quill existe un ec un seul concept d’espbce permettant de recouvri tous les onganismes vivants Le principal obstacle cette entreprise réside dans la divesité des étres vivants, ‘qui ne peuvent peut-eire pes exre tous classfiés selon les memes crises, Le mode d existence, la reproduction et es fonctions des bactéries,par exemple, peuvent tre Ace point oignés de ceutx des manmiferes qu'il serait impossible de classer les uns et les autres selon des criteres semblables Face & cette difficulé, certains auteurs ont suggéné ‘quiune telle unification ne soit ni possible ni souhai- table. Pour Alexander Rosenberg, est avant toutune limite de notre capacité & connaitrele monde naturel qui pros crit la formulation d'un concept unique de ce qu’est une ‘espace’. Il y aurait bien dans le monde quelque chose ‘comme des especes, et chaque étre vivant appartiendrait a une espéce et une sete, mais nous serions incapables enousen faire une idée claire et distincte. I faudrait done se contenter d'approximations out d'une diversité de cri~ ‘tres pour rendre compte de intuition selon laquelle les organismes vivants apparticnnent & des « familles > qui ont uneréalité propre et possédent une certaine homogé- neite a travers Yensemble du vivant. Une autre défense du pluralisme des concepts d’esptces se fonde sur une pluralité de fits, une pluralité ontolo- sique. C'est ce que propose Philip Kitcher qui qualifie sa position de« pluralisme réaliste">. Pour lu les diférents 3, Maye 1988. 2, Rovenberg, 1994. 5. Kiteher, 1984, 0 PHILOSOPEIS DE LA BIODIVERSITE ‘concepts dl'especes clésignent différents objets réeis, qui ccomespondent & différents types d’explications scienti- fiques. Leur acceptation ou leur rejet ne doivent repocer ‘que sur leur adéquation avec les besoins pratiques et le ‘contexte théorique de 'enquéte scientifique. Par exemple, le concept d’espéce biologique est pertinent pour éxudier des organismes vivantsserués n'est par contre d’aucune utlite pour considérerdes organismesasexuels comme les bactéties ou les espices éteintes aunquelles s'attache la Faléontologie, pour lesquels le concept ésolutionniste serait alors bien plus satisfaisant. Si cette proposition semble inspirée par le bon sens elle ‘Pose ecpendant un problime de taille: sur quelles bases Lnconcept d’espace peut-ilétreaccepté ou rejeté? Doit- ‘on, par exemple,estimer que les qualités gastronomiques des organisms constituent un crite acceptable de cles sification? Kitcher répondrait que les vertus culinaires niont rien 2 voir avec Fenquéte scientifique, et que, du point de vue de la biologie, le concept gastronomique espe ne représente pas un concept acceptable. Considétons un autre exemple en imaginant un bio astrologue convainctr que la position des astres au moment de la naissance d'un individu est un élément étecminant pour Vexistence de cet organisime. I pour- rait alors proposer un arttred'espéc astrologique et fonder sa classification sur le signe zodiacal des organismes. ‘Alots que les vertus culinaires ne représentent évidem- ment pes tne propriété biologique des orgenismes ct reit- vent avant tout de la subjectivité du gastronome, la position des astres 2 leur naissance. parce qu'elle fait par- ‘ic de leur histoire de vie et ne depend pas c’une forc- tion ou d'une valorisation extérieure A eux-mémes, peut etre envisagée comme tin caractére proprement biolo- sique. On pourrait objecter qu’une tlle classification ne ECRIRE LA BIODIVERSITE st sappitie sur aucune relation biolegiquement interesante et quelle nest, ce faisant, pas acceptable. CofE 727." py Mais alors cette nécessité dans laquelle on se trouve de fonder I'acceptabilité ou non de différents concepts sespeces met mal a pretention réaliste de Kitcher. En. effet, qu'une relation soit ou non considérée comme biologiquement intécessante dpend beaucoup plusdu cadre théorique et du contested’ nude dans lequel se place celul qui évalue la pertinence d'un crittre particulier que de 'objera caractériser Sila classification proposée doit mettre en évidence des relations pertinentes pour expliquer le monde naturel out pour en amétiorer notre connaissance, alors il faut done admeure que ls théo- ries scientifiques dont on dispose aujourd’ hui détermi- ‘nent, aut moins en partie, nes besoins conceptvels. Le fait quiun concept d’espece soit estime pertinent du point de ‘ue biologique est lie Yétat des connaissances au moment de sa formulation ct pas seulement au monde réel. En 1800, Cuvier proposait tine classification mor= phologique qui, dans le contexte scientifique de som temps semblait révéler une relation intéressante.IIs'agis sait done d'une bonne classification pour lui et ses contemporains, Aujourd’hui cependant, la théorie de évolution contredit des presupposes essentiels a cette vision di monde, et rend le concept de Cuvier désuet. Liobjet auquel réfere Vespece dépend done de esprit hhumain, et pas seulement d'un etatdu monde indepen- dant. Cervains tenants d'une approche anciréaliste du concept d' espace, comme P, Kyle Stanford’, considérent que-cet argument sufft A dénier toute réalité ontologique au concept d’espece, qui serait un artifice de clasifica~ tion sans aucune réalité a exséricur de V’esprit de coux 1. Stanford , 1998. 2 PHILOSOPHIE DE LA BIODIVERSITE qui 'utiliseat, Mais cette conclusion est peut-etre hative Le simple fait que notre conception d'un objet puisse varier dans le temps n'implique pas nécesssirement que cet objet n’existe pas, ou qu'il ne soit pas un objet réel Ladéfinition du concept « Tere» a beaucoup évolué dans Vhistoire de la pensée, mais Vobjetlui-méme est demeuré Teméme. En ce sens, l'antiréalisme de Stanford ne prend pas racine dans le pluralisme lui-méme, puisqu'll pourrait foumir une critique semblable propos d'un concept d’es- ‘pece moniste. La critique de Stanford pointe cependant dans use direction qu'il est nécesseire dlexplorer plus avant. Si les e=péces peuvent, ou doivent, Gre définies selon plusieurs concepts, et que lextension de ces ‘concepts varie de un a Vautre (certains organismes apparticnnenten méme temps a plusieurs espéces,selon le concept d’esp2ce choisi), la question ce pose de savoir Aquelobjet duu monde réel le concent d’« espace » rere. En des termes plus philosophiques, la pluralité des ‘concepts ¢’espéce invite a s'interroger sur le statut ontologique de Vespece. ‘Start ontolegigue des expbes Demandons-nous par exemple si le coneept« Gorilla grrilla> (gorille de 'Ouest) se rapporte a quelqe chose dans le monde réel, et, le cas échéant, a quoi Dans les débats actuels, au moins ois theses s‘af+ frontent sur le statut ontologique des espices : elles [peuvent étve considérées comme des genres naturels (nateral kinds), des individus ou des ensembles 4'in- dividus. Une quatri¢me thése, antiréaliste, consiste affirmer comme le fait Stanford qu'un tel concept est vide, qu'il ne référe a rien et ne correspond qu’a un artifice des systématiciens. DECRIRE LA BIODIVERSITE 2 Les genres naturels sont des classes d‘objets possédant lune esenie commune t’appartenant qu’a cuxseuls Cette essence confére & tous les membres d’un méme genre certains texits commis et doit permettre d’expliquer cu de prédire certaines de leurs propriétes. Par exemple, le concept « mercure» référe 2 un genre naturel. Tous les, métaux exclusivement composés datomes Hg, et seu- lement eux, sont dui mercure. Ils ont en commun tne structure atomique (leurnoyau posséte quatre-vingts pro- tons) et pactagent certaines propriétés, comme leur couleur argentée et le fait d'etre liquides 2 température ambiante. On a longtemps considéré que les especes Gtaientdes genres naturels auuméme titre queles ééraents| chimiques. En cffet, si les espaces étaient jugtes éter- nelles et immuables, etait justement en raison de leur ‘essence propre, elle-méme éternelle et immuable. Mais ‘comme nous V'avons vu au chapitre précédent, cette forme d'essentialisme est dificlement compatible avee lee thdses évalutonnistes, les esp2ces érant des entitésévo~ lutives, qui se transforment dans le temps. Certzins amé- nagements de la théorie des genres naturels ont été formulés afin de rendre compte de cette Gvolution, notam- ‘ment en considérant fespéce 3 un moment donne et non ‘dans son histoire. Cependant, une critique de cetee thse cemeure insurmontable :iLest en général impossible de éterminer un tait, une propriéeé, ov. un ensemble de traits on de propriétés, appartenant a Yensemble des membres d'une méme espece et 2 eux sculs. D’abord, parce qu'il régne'une forte hétérogéneité entre les, membres d'une méme espéce ; ensuite, parce que bien souvent les traits des membres d'une espéce sont par~ tages par d'autres espéces, qu’elles soient phylogénéti- quement proches ou qu’elles aient réponda de fagon similaire A des pressions évolutives semblables. Du coup, ek sicx parks de “motif “% 54 PHILOSOPHIE DS LA BIODIVERSITE que ce soit au niveau morphologique, comportemental, onetionnel ou méme génétique. les traits qui pourraient ee jugés essentiels pour 'appartenance a une espece sont soit trop restrictfs, et excluent certains membres de espéce, soit trop larges, et peuvent étre également possédés par des organismes étrangers 8 Iespece. ‘Une seconde these defend Vidée que les espéces sont des individus. ensemble Gorilla gorilla ne serait pas la simple collection de tous les gorilles de ! Quest mais il constituerait Iui-méme un individu. Cette suggestion peut parattre contre-intuitive. Lorsque Yon patie din dividu, on a plutst a lesprit des modes comme Forga- ‘nisme,avec tn milieu intérieur et un milieu extérieur bien delimités, par l'epiderme par exemple. D’un point de vyue philosophique, la notion d'individu peut étre plus large et différentes définitions en ont été propesées, qui permettent plus ou moins bien dinclure les espéees dars la catégorie des individus. Avant d’aller plus loin dans revaluation de cette these, nous pouvons ores et deja signaler quien dépit de Vaspect contre-intuitf de cette proposition, on fat souvent référence susxespeces comme lls agissait 'individus. D'abord parcequ‘on leur éonne un nom propre, Gorilla gorilla par exemple ; ensuite, parce que dans Ie conteate de Férosion de la biodiver- sité, on parle bien souvent des espdces comme s'il s'agis- saitd‘entités individuelles. On dit quelles sont menacées ou qu’elles disparaissent, gu’elles se portent plus ou moins bien, ete Et siles demiers spécimens de gorilles de YOuest venaient & disparate, il ne agirait pas seu- lement de la mort de quelques grands-singes, mais bien de celle dune espeve dans son ensemble, qui nese réduit pasa la somme des individus quila compesent. Pout les partisans de lndividualité des expéces, de la ‘méme fagon qu'un organisme persiste, dans son unité et DECRIRE LA BIODIVERSIT# 3 dens son identité, a travers le renouvellement perma nent de ses cellules, une espéce persiste dans son unite cet dans son identite a travers la disparition et Vappari- tion de nouveaux organismes, Cette these s’appuie sur trois arguments : le fait que les espéces sont des enti- 16s spatio-temporelles, des entités dyamiques présen- tant une forte cohesion interne et les unites de base de revolution. Le premier argument en faveur de Vindividualité des espces repose sur leur continuité spatio-temporelle, ‘Comme le dit David Hull, « pour étre un cheval, i faut aire né cheval», autrement dit, il ne peut y avoir de ‘saut» entre les dfiérents membres d’ane méme espeve. Mais cette seule continuité semble bien faible pour fon- der Vindividuallté. Il existe en effet des classes dont tous Iesmembres sont liésde la sorte, mais quine sont mani- festement pas des individus. Si le fait qu'un organisme (ew un couple d’organismes) donne naissance & un autre organisme constitue un lien spatio-temporel sutfisant pour cstimer que la lignée ainsi constituée estelle-méme tun individu, alors n'importe quelle portion d'une lignée ascendant-descendant peut étre considérée comme un individu. Un pere et son fils, tous les mammiferes, voire ‘méme le vivant dans son ensemble, scraient des candi= dats acceptables. La notion d’individu ainsi congue est beaucoup trop large et implique une inflation aberrante deVensemble des individus. On peut donc admetire que la continuité spatio-temporelleest une condition néces- saire & Vindividualité sans pour autant qu'elle n’en constitue une condition suffisante. Lesecond argument repose sur le fait que les especes sont des entités dynamiques présentant un fort niveatt d'intégretion, ow une certaine organisation interme. Diaprés le concept d’espéce biologique, espéce est Se PHILOSOPHIE DE LA BIODIVERSITE ccaractérisée par un fluc de genes entre les individus de méme espéce, Cet échange dynamique de genes, done informations. délimiterait et définirait Vindividualité de lespéce ainsi caractérisée. Lespéce serait done une entité dynamique dont les éléments sont liés entre cux parle fluxcde genes qui circulent en son sein. La encore, cet argument ne semble pas stiffire a justifier une thése aussi forte quc celle de 'individualité, notamment parce que la notion de cohésion est une nosion qui proctde Par degrés alors que calle dindividualité est discréte, on st un individu ou on ne lest pas. On peut au eontraine considérer que la cohesion se manifeste selon un conti- ‘num quiva dela stricte indépencance des parties a leur interdépendance radicale. Le niveau de cohésion entre Jes onganismes d'une méme espece est, par exemple, bien moins fort que celui qui existe entre ies cellules d'un méme organe out les organes d'un méme organisme. Faudrait-il envisager qu'une entité peut étre plus ou ‘moins un individu selon que ses parties sont plus au moins intégrécs ? Une telle acception de la notion din dividu s’éloigne beaucoup trop de ce que l'on entend ‘généralement par ee terme. Reste le woisitme argument, certainement le plus robuste, qui affirme que kes especes sont des individus parce qu’elles sont des unités de base dans la théotie de Fevolution. Pour évaluer cet argument, il ext diabord ‘ngeessaire d’explicter la notion d tniés de bal faut pour cela cistinguer différentes entités, jouant des roles dis- tincts dansle processus de sélection naturelle et pouvant toutes etre considérées comme difirentes unités debase dela théorie de revolution. ~ Leriplicacur est une entité qui produit des copies dielle-méme. Cette unité ne conceme pas le débat surl'in- dividualité des espéces qui ne se répliquent évidemment DECRIRE LA BIODIVERSITE a pas elles-mémes: Les discussions sur Fidentité des tépli- cateurs portent davantage sur Ia portion de génome devant re sinsi considérée (genes, séquences d’ADN ot sgériome dans son integrate) = Linteracteur est une enti qui assure au réplicateut sa survie ou la survie de ses copies parla production de traits phénotypiques C'est entité qui interagit avec son, ‘environnement d'une facon qui peut étre plus oumoins favorable a la réplication, et c'est sur elle que la séle tion agit directement. La seule contrainte est que Ts teracteur exprime des traits associés ati réplicateur auquel illcorrespond, et que ces traits influencent la facon dont il interagit avec son environnement. Linteracteur est done Vunité de sélection. Pour Darwin, c'est exciusive- ment a échelle des organismes que s‘opére la sélection naturelle, eur descendance, et donc la transmission de leurs traits et de leurs génes, pouvant dite plus ou moins grande selon que ces organismes sont pls ou moins bien adaptés 3 leur environnement. Le manifisteur est une entité qui manifeste adapta tion. C'est lemtité quiévolue ou encore qui bénéficie de adaptation. On dira que le manifesteur est 'tnité e’évo- lution, alors que 'interacteut, en tant qu’ unité de sélec- tion, fournit seulement lesupportsur lequel{'adaptation se manifeste. Le darwinisme classique considére que Vévolution opére 3 I'échelle des esptoes, mais d'autres propositions ont éré défendues, désignant comme mani- festeurs certains groupes infraspécifiques (lignées fami- liales, populations, métapopulations) ou supraspéciiques (communautés, voire la biosphére dans son eniserble) La défense de Vindividualité des especes en vertu de leur role d’unités dans la théorie de l'évolution peut alors prendre deux formes : soit on affirme que les spaces sont des unités d’évolution (des manifesteurs), 8 PHILOSOPHIE DE LA BIODIVERSITE soit on affirme qu'elles sontdes units de sélection (des interacteurs).. Envisager les espéces comme unites d’évolution ne pose pas de probleme du point de vue de la théorie de Vévolution elle-méme, et on peut penser qu'il agit la d'une proposition consensuelle, Mais les unités d’évo- lution coivent-elles nécessairement étre des individus ? S'il est vrai que les unités de base de V’évolution doivent etre des entités suffisamment stableset cchérentes pour vehiculer les variations sélectionnées, ren n’implique que seuls des individus puissent manifester une telle stabilité et une telle cohérence, On peut considérer un, ‘ensemble dont les éléments varient légtrement et pro- _gressivement dans le temps. Petit A petit, a composition de cet ensemble change et, ce faisant, l'ensemble se transforme, il €volue, sans pour autant constituer lul- méme un individu, Le fait que les espéces soient des unités d’évolution ne sufiit done pas & en déduire leur individuatite. Liargument serait plus convaincant s'il s'appuyait sure fait que les espéces ne sont pas, ou pas seulement, ce qui évolue mais également ce qui est sélectionné, Cest-t-dire si Fespece agit dans le processus d'évolu- tion comme interacteur. Une telle hypothése, beau- coup moins orthodoxe, est défendue parles tenants de la macroévolution. Crest notamment le eas de Niles Eldredge et de Stephen J. Gould qui soutiennent, dans cur théorie des équilibres ponctués', que I’évolution ‘optre par un mécanisme de sélection hiérerchique, s‘appliquant non seulement au niveau des organismes comme le pensait Darwin, mais également a des niveaurx organisation supérieurs tels que espe. Pour Gould, 1, Bldredge & Gould. 1972, DEGRIRE LA BODIVERSITE co lorsque l'on considére I'évolution de la vie & Véchelle des temps géologiques, on n'observe pas une évolution et une differenciation graduelies, mais des ¢pisodes de spéciation relativerent brefs,suivis de longues périodes au cours desquelles les espéces restent stables. Gould en conclut que Ia sélection nagit pas seulement ait niveau des organismes qui composersient, petit a peti, de nouvelles espéces en fonction des traits favorables qui seraient sélectionnés, meis également au niveau des espaces elles-mémes. Celles-ci présenteraient cet- taines propriétés émergentes leur conférant un plus ow moins fort potentiel de spéciation, elles auraient une vvie propre, avee une naissance, une période stable, puis tun déclin et Ia mort (extinction). Ainsi concues, les especes pourraient done frre considérées comme des individus, dont les propriétés ne sont pas réductibles & celles des éléments qui les composent, et constituersient des unités de sélection. Cette hypothese est certaine- ment le plus solide argument en faveur de 'individus lité des especes, mais elle est fort peu consensuclle, Si Vobjet du présent ouvrage nest pas de trancher des débats dont la complexité dpasse largement son pro- pos, ilest important d’avoir esprit le fait que le sta~ tut ontologique de lespece est loin ¢’étre évident, qu'il fait Pobjet de vite débats qui s‘ancrent simultanément dans l'ontologie elle-méme et dans la théorie de Yévo- lution. Contentons-nous done, a instar du grand bio- logiste Theodosius Dobzhansky', d’une these modeste, qui envisage les esptces comme une étape, un moment dans le processus évolutif de diversification, et non ‘comme l'unité de base ou la finalité de ce processus lui-méme. 1, Dobahansky. 1985, o PHILOSOPHIE DE LA BIODIVERSITEE Farailleurs, dans état actuel des connaissances scien tifiques, la classification par espéces offre un bon outil our comprencre et déctire certains phénomenes, notam- ‘ment celui de évolution par sélection naturelle 'espéce, peut alors etre envisagée comme une fagon subjective de

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