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La délégation Par Delphine Vaillant – Master Pratiques Juridiques et Judiciaires Promotion 2006-2007 – Montpellier

La délégation

Par Delphine Vaillant – Master Pratiques Juridiques et Judiciaires Promotion 2006-2007 – Montpellier

La délégation est une opération juridique par laquelle un débiteur, nommé délégant, obtient d’un tiers appelé délégué (le nouveau débiteur), qu’il s’engage envers un créancier, le délégataire.

Le délégant (le débiteur initial)

Le délégant (le débiteur initial) Cause de Le délégué (le nouveau débiteur) Dette l’engagement Obligation

Cause de

Le délégué (le nouveau débiteur)

Dette
Dette

l’engagement

de Le délégué (le nouveau débiteur) Dette l’engagement Obligation nouvelle Le délégataire (le créancier) LE

Obligation nouvelle

Le délégataire

(le créancier)

LE SCHEMA DE LA DELEGATION

Le délégué s’engage ainsi personnellement à payer la dette

d’autrui pour plusieurs raisons. La cause de l’obligation du délégué peut donc être :

- le délégué est un débiteur du délégant.

- le délégué, grâce à la délégation, fait une donation 1 .

- le délégué fournit un crédit ou une garantie au délégant en s’engageant à payer pour lui.

En pratique, la délégation permet de régler deux dettes par un seul mouvement de fonds. Le délégué va payer directement au délégataire, au lieu de payer le délégant qui payera à son tour le délégataire. Par exemple, la délégation peut accompagner la vente d’un bien

si

dont

le

prix

n’était

pas

encore

entièrement

payé.

Ainsi,

1 Le délégué n’a pas besoin d’être un débiteur du délégant : Cass. Com., 21 juin 1994, Bull. civ., IV, n° 225.

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l’immeuble a été acheté en viager, le nouvel acquéreur va s’engager à payer désormais la rente viagère.

Dans le code civil, la délégation est traitée à trois articles :

Art 1274 du code civil : « La novation par la substitution d’un nouveau débiteur peut s’opérer sans le concours du premier débiteur ».

Art 1275 du code civil : « La délégation par laquelle un débiteur donne au créancier un autre débiteur qui s’oblige envers le créancier, n’opère point de novation, si le créancier n’a expressément déclaré qu’il entendait décharger son débiteur qui a fait la délégation ».

Art 1276 du code civil : « Le créancier qui a déchargé le débiteur par qui a été faite la délégation, n’a point de recours contre ce débiteur, si le délégué devient insolvable, à moins que l’acte n’en contienne une réserve expresse, ou que le délégué ne fût déjà en faillite ouverte, ou tombé en déconfiture au moment de la délégation ».

Le plus souvent, les trois personnes seront parties à l’acte : le délégué, le délégant et le délégataire. Mais seuls le délégué et le délégataire ont un rôle juridique, alors que le délégant n’a qu’un rôle passif, il peut donc ne pas être présent : Art 1274 du code civil. Par exemple : une assurance s’engage envers un prêteur à payer à la place de l’emprunteur en cas d’accident. 1

Il conviendra d’envisager la notion même, ensuite le principe de l’inopposabilité des exceptions, puis les effets de la délégation et enfin la distinction entre la délégation et des institutions voisines.

1 Cass. Civ. 1 ère , 14 novembre 1995, Bull. civ., I, n° 404.

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I. La notion de délégation :

On distingue deux types de délégation selon que le délégataire accepte ou non de décharger le délégant de son engagement. Ce sont les parties qui décident d’organiser soit une délégation parfaite (A), soit une délégation imparfaite (B).

A. La délégation parfaite ou novatoire :

La délégation est parfaite lorsqu’en contrepartie de l’engagement du nouveau débiteur (le délégué), le débiteur originaire (le délégant) est libéré. Il y a donc un changement de débiteur par substitution du délégué au déléguant. La délégation parfaite éteint ainsi la dette du délégant et en même temps crée une obligation nouvelle mais strictement identique à la précédente.

Cependant, pour que le délégant soit libéré, il faut que le délégataire donne son consentement à cette opération : article 1275 du code civil. La jurisprudence exige une manifestation expresse 1 du délégataire. Ainsi, une simple signature du créancier au regard d’une mention du contrat de prêt indiquant le changement de débiteur est insuffisante pour décharger le débiteur initial. 2

B. La délégation imparfaite ou simple:

La délégation est imparfaite lorsque le créancier (le délégataire), ne déclare pas expressément libérer le débiteur originaire (le délégant). Le délégant reste donc tenu de la dette : article 1275 du code civil.

La délégation imparfaite crée donc une obligation nouvelle entre le délégué et le délégataire tout en laissant intacte l’obligation primitive entre le délégant et le délégataire. Dans ce cas, il y a adjonction de débiteurs. Le délégataire a ainsi deux débiteurs principaux, il peut ainsi poursuivre au choix le délégué ou le délégant. Cette nouvelle obligation constitue une garantie intéressante pour le délégataire qui peut se faire payer par l’un ou l’autre tout en étant titulaire d’une créance unique. Les deux obligations coexistent mais sont indépendantes l’une de l’autre.

Par exemple : en cas de reprise de bail, le créancier n’a aucun intérêt à décharger son débiteur initial.

Dans la pratique, la délégation imparfaite constitue le droit commun : à défaut de convention, la délégation est présumée imparfaite.

1 Cass. Com, 7 avril 1987, Bull. civ., IV, n°294. 2 Cass. Civ. 1 ère , 4 novembre 1982, Bull. civ. I, n°317.

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Par exemple : la carte bancaire avec un montant garanti par le banquier est une délégation imparfaite. Le banquier s’engage, jusqu’à un certain seuil, dans le contrat conclu avec les commerçants adhérents au système à honorer la facture, même s’il n’y a pas de provision. Le commerçant est le délégataire avec deux débiteurs principaux, le client est le délégant et le banquier le délégué.

A cette distinction issue du code civil, la doctrine en ajoute une autre. La délégation est qualifiée de certaine lorsque l’engagement du délégué est autonome par rapport à une obligation antérieure. Elle est qualifiée d’incertaine lorsque l’obligation du délégué est calquée sur la dette du délégant envers le délégataire.

II. Le principe de l’inopposabilité des exceptions :

La délégation est dominée par le principe de l’inopposabilité des exceptions : le délégué ne peut échapper à l’exécution de son obligation envers le délégataire en invoquant une exception tirée de ses rapports avec le délégant ou des rapports du délégant avec le délégataire. En effet, le délégué prend un engagement qui a pour cause ses relations avec le délégant, mais ces relations sont étrangères au délégataire, elles lui sont donc inopposables.

A. la portée du principe :

La Cour de Cassation affirme, dans un arrêt en Chambre civile du 24 janvier 1872, l’indépendance du droit de créance du délégataire contre le délégué par rapport au contrat passé entre le délégué et le délégant. Le délégué ne peut opposer au délégataire les exceptions qu’il est en droit d’invoquer contre le délégant. C’est la règle de l’inopposabilité des exceptions.

« Le créancier qui, de bonne foi, a accepté au lieu et place de son débiteur qu’il a libéré, une autre personne capable de s’obliger, laquelle s’est engagée envers lui sans condition, a désormais action contre le nouveau débiteur ainsi substitué au premier quelle que soit la nature des rapports juridiques ayant existé entre l’ancien et le nouveau débiteur. « Par suite, le délégué ne peut s’affranchir de son engagement envers le délégataire sous le seul prétexte que, par erreur, il se serait cru obligé lui-même envers le délégant, ou que son obligation envers ce dernier aurait été déclaré nulle par une décision passée en force de chose jugée »

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Cette règle a été posée pour la première fois au milieu du XIXème siècle 1 et a été ensuite réaffirmée a plusieurs reprises. 2

La règle de l’inopposabilité est appliquée lorsque, comme en l’espèce, le contrat passé entre le délégué et le délégant était entaché de nullité. Elle s’applique avant et après le paiement. Le délégué ne peut donc pas se soustraire de son obligation envers le délégataire 3 , il ne peut pas également engager une action en répétition de l’indu contre le délégataire.

B.

Les tempéraments au principe :

L’arrêt

de la Cour de Cassation en Chambre civile du 24 janvier

1872 précise également les atténuations à ce principe :

Dans un premier temps, la Cour de Cassation reproche à la Cour d’Appel d’avoir débouté le délégataire de son action contre le délégué sans avoir recherché si l’obligation était subordonnée à la validité du contrat conclu entre le délégant et le délégué : le principe de l’inopposabilité des exceptions peut donc être écarté par la volonté des parties.

Par exemple : le délégué peut s’engager dans la limite de sa dette envers le délégant, il ne sera engagé envers le délégataire que s’il existe effectivement une dette.

Dans un second temps, la Cour de Cassation se réfère à la bonne foi du délégataire. La jurisprudence appliquera par la suite ce tempérament. 4 Le principe de l’inopposabilité des exceptions ne s’applique donc pas en cas de mauvaise foi du délégataire.

III. Les effets de la délégation :

Le consentement des trois personnes suffit pour que la délégation imparfaite produise ses effets. La délégation engendre un lien de droit entre le délégué (A) et le délégataire et influe sur la situation du délégant (B).

A.

Création d’un lien de droit entre le délégué et le

délégataire :

Le délégué s’engage envers le délégataire indépendamment du délégant. Il est tenu envers le délégataire par un engagement

1 Cass. Civ. 31 mars 1852, DP52. 1, n°162.

2 Cass. Civ. 4 mars 1910, S. 1913. 1. n°241 ; Cass. Civ.1 ère , 26 janvier 1960, Bull civ. I, n°55…

3 Cass. Civ.1 ère , 26 janvier 1960, Bull civ. I, n°55.

4 Cass. Civ. 1 ère , 2 avril 1968, Bull. civ. I, n°115.

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personnel et nouveau. Il ne peut donc opposer au délégataire les exceptions et moyens de défense qu’il peut invoquer contre le délégant. On applique le principe d’inopposabilité des exceptions. (voir II ). De plus, le délégué n’est tenu que dans la limite de la dette initiale

du délégant envers le délégataire. Aussi, dans le cas où le délégué ne s’est engagé que parce qu’il était débiteur du délégant, il ne peut opposer délégataire les vices de cette dette qui est la cause de son engagement 1 , sauf s’il a précisé dans cet engagement qu’il ne s’oblige que dans la limite de ce qu’il doit au délégant. 2

.

Le principe d’inopposabilité des exceptions peut être écarté par la volonté des parties. Par exemple : lorsque le délégué ne s’engage qu’à hauteur de sa dette envers le délégant. Ce principe peut également être écarté lorsque le délégataire est de

mauvaise foi : lorsqu’il a connaissance des vices affectant la cause de l’engagement du délégué à son égard. Par exemple : lorsque le délégataire participe à un concert frauduleux. 3

Enfin, il ne peut invoquer les exceptions que le délégant aurait pu opposer au délégataire.

En outre, si le délégué veut se retourner contre le délégant, la jurisprudence a décidé que le délégué doit d’abord exécuter son obligation envers le délégataire, et seulement après il pourra exercer un recours contre le délégant. 4 (Parce que le délégataire dispose d’un droit de créance propre, distinct du rapport pouvant exister entre le délégué et le délégant.)

B. La situation du délégant suite à la délégation :

Lors d’une délégation parfaite, le délégant est immédiatement libéré et remplacé par le délégué. La délégation parfaite a pour effet d’éteindre la dette du délégant. Ainsi le délégué est le seul débiteur, le créancier n’a plus de recours 5 contre le délégant sauf clause expresse contraire ou si on lui a dissimulé que le délégué était insolvable lors de la conclusion du contrat : article 1276 du code civil.

Lors d’une délégation imparfaite, le délégant reste tenu envers le délégataire. Il sera libéré par le paiement du délégué mais dans le cas contraire, le délégataire pourra agir contre lui. Pour le délégataire, cette formule est plus intéressante puisqu’il a deux débiteurs et donc une sûreté supplémentaire.

1 Cass. Com., 21 juin 1994, Bull. civ., IV, n°225.

2 Cass. Civ 1 ère , 9 décembre 1981, Bull. civ., I, n°374.

3 Cass. Com., 22 avril 1997, Bull. Civ. IV, n° 98.

4 Cass. Com., 22 avril 1997, Bull. Civ. IV, n° 98.

5 Cass. Civ. 1 ère , 17 février 1998, Bull. civ., I, n°64 .

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De plus, s’il existe une dette entre le délégant et le délégué, elle s’éteint par l’exécution effective de la délégation et non par l’acceptation par le délégataire de cet engagement. 1

IV.

Comparaison de la délégation avec les institutions

voisines :

A.

La novation par changement de débiteur :

La novation est une opération par laquelle une obligation nouvelle est substituée à l’obligation ancienne.

Le code civil traite de la délégation dans des dispositions relatives à la novation. La délégation peut réaliser une novation mais seulement lorsque le délégataire a expressément déchargé le délégant. Cette délégation est dite parfaite ou novatoire. Dans cette hypothèse, il existe une obligation entre le délégant et le délégataire, ce qui n’est pas toujours le cas. En l’absence de lien de droit antérieur, il ne peut y avoir de novation, faute d’obligation à éteindre. Par exemple : une donation ou un prêt.

Par contre, la délégation imparfaite se distingue nettement de la novation par changement de débiteur puisque le délégataire a deux débiteurs.

B. La cession de créance :

La délégation entraîne la création d’une obligation nouvelle entre le délégué et le délégataire alors que la cession de créance entraîne quant à elle une simple transmission.

Le délégué s’engage au profit du délégataire. Son consentement est indispensable, contrairement à la cession de créance ou le consentement du cédé n’est pas nécessaire.

Le délégant garantit la solvabilité du délégué au jour de la délégation envers le délégataire. Dans la cession de créance, ce n’est pas la solvabilité du cédé qui est garantie, mais l’existence de la créance.

C. Le cautionnement :

La garantie fournie par la délégation est supérieure à celle d’un cautionnement. La caution peut toujours opposer au créancier les

1 Cass. 3ème Civ., 12 décembre 2001, Bull. civ. III, n°153.

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moyens de défense du débiteur principal en raison du caractère accessoire de l’engagement alors que dans une délégation, le délégué s’engage personnellement, c’est un débiteur principal.

D. La stipulation pour autrui :

Dans la délégation imparfaite et la stipulation pour autrui, le délégataire et le tiers bénéficiaire disposent de deux actions :

contre le premier débiteur et contre le nouveau débiteur.

Cependant, ces deux opérations sont nettement différentes :

- La validité du contrat nécessite l’accord des trois intéressés dans la délégation alors que seuls l’accord du stipulant et du promettant sont nécessaires dans la stipulation pour autrui.

- L’engagement du délégué envers le délégataire est

indépendant de ses rapports avec le délégant, le délégué ne peut donc pas opposer au délégataire les exceptions opposables au délégant, sauf par la volonté des parties. En revanche, l’engagement du promettant envers le tiers dépend de ses rapports avec le stipulant.

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