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À quelles conditions peut-on parler de « matière » dans le Timée de Platon ? Author(s):, pp . 5-21 Published b y : Presses Universitaires de France Stable URL: http://www.jstor.org/stable/40903911 . Accessed: 28/09/2012 23:02 Your use of the JSTOR archive indicates y our acce p tance of the Terms & Conditions of Use, available at . http://www.jstor.org/page/info/about/policies/terms.jsp . JSTOR is a not-for-profit service that helps scholars, researchers, and students discover, use, and build upon a wide range of content in a trusted digital archive. We use information technology and tools to increase productivity and facilitate new forms of scholarship. For more information about JSTOR, please contact support@jstor.org. . Presses Universitaires de France is collaborating with JSTOR to digitize, preserve and extend access to Revue de Métaphysique et de Morale. http://www.jstor.org " id="pdf-obj-0-2" src="pdf-obj-0-2.jpg">

À quelles conditions peut-on parler de « matière » dans le Timée de Platon ? Author(s): Luc Brisson Reviewed work(s):

Source: Revue de Métaphysique et de Morale, No. 1, Matière et devenir dans les philosophies anciennes (JANVIER-MARS 2003), pp. 5-21 Published by: Presses Universitaires de France

Accessed: 28/09/2012 23:02

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À quelles conditions peut-on parler de « matière » dans le Timée de Platon ? Author(s):, pp . 5-21 Published b y : Presses Universitaires de France Stable URL: http://www.jstor.org/stable/40903911 . Accessed: 28/09/2012 23:02 Your use of the JSTOR archive indicates y our acce p tance of the Terms & Conditions of Use, available at . http://www.jstor.org/page/info/about/policies/terms.jsp . JSTOR is a not-for-profit service that helps scholars, researchers, and students discover, use, and build upon a wide range of content in a trusted digital archive. We use information technology and tools to increase productivity and facilitate new forms of scholarship. For more information about JSTOR, please contact support@jstor.org. . Presses Universitaires de France is collaborating with JSTOR to digitize, preserve and extend access to Revue de Métaphysique et de Morale. http://www.jstor.org " id="pdf-obj-0-40" src="pdf-obj-0-40.jpg">

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À quelles conditions peut-onparler de « matière» dans le Timéede Platon?

Résumé. - Dans le Timée, V hypothèse de la khóra, qu'il faut se

garderd'identifier

avec la húle aristotélicienne,

permet de rendre compte du fait que les chosessensibles

sontradicalement différentes

de

leurmodèle intelligible.Or,

la constitutionmathémati-

que des élémentsà partir de la khóramène à la contradictionsuivante : dans Γ univers

platonicien, il faut

tenir compte à la fois du continu qui doit caractériserla khóra, et

polyèdresréguliers auxquels sontasso-

du discontinu qu 'instaurentinéluctablement

les

ciés les éléments.La physiqueplatonicienne η 'est donc ni un atomisme, commecelui

proposépar Leucippe et Démocrite, ni une physique du continu,comme celle admise

par Parménideet Zenon.

Abstract. - In the Timaeus, the hypothesisof khóra,which we must refrainfrom

identifying

withAristotelian húle, enablesus to account for the fact thatsensible things

from their intelligible model.Yet the mathematical constitution of

are radicallydifferent

theelements from khóraleads to the following contradiction: in thePlatonic universe,

we musttake intoaccount both the continuity thatmust characterize khóra and the

discontinuityinevitably introduced by the regularpolyhedra withwhich the elements are

associated.Platonic physics is thusneither an atomism, likethat proposedby Leucippus

and Democritus, nor a physicsof continuity, likethat held by Parmenidesand Zeno.

Vouloir parler de « matière» dansle Timéede Platon, c'est se heurterà deux

difficultés majeures : le terme« matière» est un

dontla

terme d'origine latine matéria,

racineest différentedu terme grec húle ] qu'il est censé traduire ; de

plus, le terme grechúle, qui

désigne en son sens propre le bois de construction

et, par extension, le matériaudont se sert l'artisan, ne se trouvedoté de son

sens philosophiqueque par

Aristote.Chez Platon, où húlen'est utilisé que dans

désigner la

notion qui, dans le Timée (le

son sens propre, c'est khóra qui sertà

seul dialogue où elle apparaît en un sens philosophique), tientun rôle similaire,

maisnon identique, à

celui que tiendrala

notion désignéepar

húlechez Aristote.

solutionau

Pour Aristote, la notion désignéepar húle permetd'apporter une

oméga

= o ; dzêta =

 

ζ ; thêta = th ;

1. J'ai utiliséle système de translitérationsuivant : êta = e ; =

kh

; psi

=

ps. L'iota souscritest

xi = χ ; phi = ph ; khi

d'un

alpha,

cet

adscrit (parexemple ei)

; et

alpha est long (= ai).

L'esprit rudeest noté h, et l'esprit doux n'est

les accentssont notés.

lorsqu'ils'agit pas noté.Tous

6

faites.

distinctesdes

5

appartenir à

Même

Par

l'hommeet

est

cruciale, car elle

On ne

Luc Brisson

khóra

problème du mouvement, alors que chez Platon, la notion désignéepar

la

répond au problèmeque pose

participation du sensibleà l'intelligible. À ces

deux premières difficultésvient s'en ajouter une autre: la khóraest à la fois

« ce en quoi » apparaissent les choses sensibleset « ce de quoi » elles sont

L'HYPOTHÈSE DES FORMES INTELLIGIBLES

Dans l'histoirede la philosophie, Platonest connu comme celui qui a proposé

l'hypothèse de l'existencede réalités intelligibles, à la foisdistinctes des choses

sensibleset en rapport avecelles. Cette hypothèse, Platonl'a faite pourexpliquer

changer,présente pourtant assez de

commentce monde, où toutne cesse de

permanence et de stabilité pourque l'homme puisse le connaître,y agir et en

pouvaient dériver

parler. Convaincu que cettestabilité et cette permanence ne

du sensible, Platon posa donc qu'il devaitexister une réalitéd'une autresorte

qui réponde à ces exigences, et qui expliquepourquoi, danstout ce changement,

il est quelque chose qui ne changepas.

Il ne faitaucun doute en effet que l'hypothèse de l'existencede Formes

choses sensiblesest bien admisedans le Timée.Elle faitmême

l'objet d'une preuvequi s'appuie sur la distinction intellect/opinion(Timée

Id3-e6). Si on estforcé de reconnaîtreen l'êtrehumain deux facultés cognitives

distinctes, il fautbien admettre l'existence de leurs objetsrespectifs qui doivent

le sensibleet l'intelligible.

des niveauxde réalitésdistincts :

séparé de lui,l'intelligible joue unrôle essentiel en ce mondesensible.

rectitudedes noms, la validitédes propositions, la

justesse de la conduite, etun mode de vie acceptable.

En l'homme, il assurela

justification du discours, la

suite,l'hypothèse de l'existencedes formes intelligibles orientel'action de

l'organisation de la cité, commeon le constatedans la République,

et se situe même, selonle Timée, au principe de l'univers.Mais alors, de quelle

façon les formes intelligibles interviennent-elles dans le sensible? La question

revientà s'interroger surles types de causalitéexercés par

l'intelligible surle sensible.

peut aborderla question de la participation des choses sensiblesaux

prémisses suivantes,que l'on peut

formes intelligibles sans admettreles cinq

discernerdans un

passage

bienconnu du Phédon (100c9-d9) : 1) formesintel-

ligibles et chosessensibles ne se situent pas au même plan de réalité, elles sont

séparées; 2) les choses sensiblesdoivent pourtant entretenirune relationavec

les formes intelligibles;

sensibleentretient avec

3) cetterelation est assimiléeà une imitation, car le

l'intelligible le rapport de copie à modèle ; 4) dans le

À quelles conditions peut-onparler de « matière»

...

7

cadrede la

pas

une

sa

niveau

que

représentation

métaphore de l'imitation,l'intelligible tientle rôle de cause et le

5) par

suite, la relationentre sensible et intelligible n'est

sensible dépendantpour son existenceet pour

sensiblecelui d'effet ;

relation symétrique, le

structurede l'intelligiblequi, lui, est en soi. C'est la premièreprémisse qui

donnetout son sens aux autres.En effet, si le sensiblese trouvaitau même

problème de ce type : la

l'intelligible, on seraitconfronté à un

d'une mainserait elle-même une main, ce qui est absurde.

L'HYPOTHÈSE DE LA « KHÓRA »

C'est en vertude leurstatut de modèles que les formes intelligibles rendent

compte de la

ressemblance que présentent les

choses sensibles par rapport à

elles. Mais la notionde ressemblanceest à doubleface ; elle implique à la fois

identitéet différence.Aussi faut-il expliquer commentles choses sensibles

diffèrentdes

formes intelligibles, et donc pourquoi

en définitiveelles sont

multiples, et distinctesles unesdes autres.D'où la nécessitéde faire l'hypothèse

d'un

« milieu spatial » qui ait rang de principe commeles formes intelligibles

etoù elles apparaissent comme multiples et distinctes, etd'où elles disparaissent.

Une image, en effet, du moment que ne lui

appartient

pas

cela mêmedont elle est

l'image, et qu'elle estle fantôme toujoursfugitif de quelque chose d'autre, ne peut

pour ces

raisons que venirà l'êtreen quelque chosed'autre et acquérir ainsiune

qui

existeréellement

existence quelconque, sous peine de n'êtrerien du tout. Pour ce

en revanche, nousavons le secoursde ce raisonnement

en

que l'exactituderend vrai :

peutjamais

effet,tant que de deuxchoses l'une est ceci et l'autre cela,l'une ne

venirà l'êtreen

[Timée52c2-dl.]

l'autre,puisqu'une chosene peut êtreen même temps deuxchoses.

Même si tous deux sontdes principes, les

formes intelligibles et la khóra

diffèrentradicalement. Les formes intelligiblesqui onten elles-mêmesleur être

ne peuvent,pour cetteraison même, se trouverdans la khóra qui ne peut

leur

apporter. À

rien

l'inverse, c'est cettesituation dans la khóra qui donne aux

chosessensibles le peu de réalité qu'elles ont ; elles y existenten tant qu'images

distincteset donc multiples tantet aussi

longtempsqu'elles

se trouvent quelque

part dans la khóra.La khóradonne donc son mode d'existenceà la chose

sensible, en lui fournissantun lieu où elle apparaît et d'où elle

disparaît;

ainsi

situéeen un lieu, une chose sensibleest toujours distinctede toutesles autres,

y compris de celles qui participent à

la même forme, et ressortitau domainede

la pluralité. Ne se trouveren aucun lieu à aucun momentreviendrait en fait,

8

Luc Brisson

pour une chose sensible, à ne pas être, commeon peut le constaterdans les

hypothèsesnégatives de la seconde partie du Parménide.

On comprend dès lors que ce ne sont pas

les formes intelligibles, mais les

choses sensibles qui entrentdans la khóraet qui en sortent (Timée50c4-6). Il

fautse méfierde la métaphore du miroir qui, dans le Timée, ne se trouve pas

associée à la khóra.Dans la khóra, il

n'y a que des

polyèdres(tétraèdres,

octaèdres, icosaèdreset cubes) qui s'assemblentet se séparent. Les choses

sensibles,qui toutesne sontconstituées que des quatre éléments (feu,air, eau

et terre) associésà ces quatrepolyèdres, sont, en dernière analyse, des conglo-

mératsde

polyèdresréguliers qui dansce fluxincessant présentent une certaine

durée pour êtreidentifiés et nommés.D'où cette

pas

en parler commede réalités

qui

se

retrouve toujours

permanence d'assez longue

formulede Timée: « Eh bien, il vautmieux ne

particulières, et qualifier ainsile "ce qui

est tel ou tel"

semblabledans absolumenttous les cas et dans chacund'eux en particulier ;

d'appeler feu ce qui restetel à travers tout, et ainsi de suiteavec toutce qui

devient» {Timée49e). Les choses sensiblesne sontdonc que des images dont

la structurese laisse décrireen termesstrictement mathématiques et qui n'ont

en soi aucuneconsistance.

Dans

le Timée, Platon distingue donc non plus deux, mais trois genres,car,

des choses sensibles, il évoque

l'existence

en plus des formes intelligibles et

de la khóra, en quoi se

trouventles choses sensibleset à partir de quoi elles

sontconstituées.

Puisqu'il en est ainsi, il fautconvenir qu'il y a une premièreespèce : la forme

intelligiblequi

restela

même,qui

est

inengendrée et

indestructible,

qui

ne

reçoitpas

en elle-mêmeautre chose venantd'ailleurs et qui elle-mêmen'entre en aucuneautre

chose où

soit,qui

est invisibleet ne peut

être perçuepar

les sens ; voilà ce

que

ce

qui a été attribuécomme objet de contemplation à

Γ intellection. Il y a une seconde

est

perceptible

vientà l'êtreen

espècequi porte le mêmenom que la première et qui lui ressemble,qui

par les sens,qui est engendrée,qui

est

toujours en

mouvement,qui

un lieu quelconquepour en disparaître ensuite, et qu'appréhendel'opinion jointe à la

sensation.Par ailleurs, il

celui de la khóra

qui

emplacement à

y

a unetroisième espèce, celle du genre[

...

] qui est toujours,

fournitun

termed'un

est éternel,qui n'admet pas la destruction,qui

naît, une réalité qu'on ne peut saisir

qu'au

s'appuie par surla sensation ;

toutce qui

raisonnementbâtard qui ne

c'est à peine si on peuty

croire.Dès là que verslui nous dirigeons notreattention, nousrêvons les yeux ouverts

et nous déclarons,je suppose,qu'il

fautbien que toutce qui est se trouveen un lieu

et occupe une place, et qu'il n'y a rien qui

ne se trouveou sur terre, ou quelque part

dansle ciel. Toutesces choses-làet d'autres qui sontleurs sœurs et qui touchentaussi

à ce qui appartient non pas

dans

laquelle

au

mondedu rêve, mais à celui de la réalité, l'illusion

nous maintientle rêvene nous permetpas d'en parler, commesi nous

étions éveillés, en faisantles distinctions qu'imposent la vérité. [Timée 51e 6-52cl.]

À quelles conditions peut-onparler de « matière»

...

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De là, il ressort que la khóra,qui diffèreradicalement des formes intelligibles,

a pour fonctionde recevoirces images des formes intelligiblesque sontles

choses sensibles, en leurdonnant une certaineréalité par son antérioritéet par

sa stabilité.Cette façon de voir expliqueque Timée

puisse direde la khóra,qui

est un principe et qui possède donc l'existenceen soi, qu'« il participe de

l'intelligible d'une façonparticulière déconcertante» ; unetelle phrasesignifie,

me semble-t-il, non pas qu'il y a une forme intelligible de la khóra, mais que

la khóra présenteplusieurs traits qui

caractérisent l'intelligible : c'est un prin-

cipe, il est immuable, il n'est pas perceptiblepar les sens, etc.

Commentse caractérisece troisième genre ? Voilà la question à laquelle

s'emploient à répondre les passages suivantsdu Timée.

CE EN QUOI SE TROUVENT LES CHOSES SENSIBLES

Ce troisième genre est d'abord présenté commele réceptacle du devenir:

Pourle moment donc, il fautse mettredans la tête qu'il y a trois genres de choses:

ce quidevient, ce en quoi devientce quidevient, etce à la ressemblance

ce

qui

devient. Et tout naturellement

ii

convient de

de

quoi naît

comparer le réceptacle à une mère,

rejeton, et de

à l'œiltous les aspects

le modèleau père et la nature qui tientle milieuentre les deuxau

comprendre

que si

une empreinte

doitêtre diverse et présenter

de cette diversité, cela mêmeen quoi vientse

sauraitêtre convenablement

déposerl'empreinte

en question ne

disposéque si elleest absolument

dépourvue de la confi-

guration de toutesles espèces de choses qu'elle est susceptible de recevoir. Si eneffet

le

réceptacleprésentait une ressemblanceavec n'importelaquelle des choses qui

entrenten lui,chaque fois que deschoses dotées d'une nature contraire ou radicale-

ment hétérogène

blance.Voilà

à

celle-làse

présenteraient,

le

réceptacle en

prendrait

malla ressem-

pourquoi il

faut que restedistinct de toutesles

espèces de choses

sensiblesce qui doitrecevoir en lui tous les genres de chosessensibles. [Timée 50c -e.]

Le passage qui vientd'être cité évoque les trois genres d'entités déjà men-

tionnés: les chosessensibles qui deviennentet qui sontdes

imagessusceptibles

de génération et de corruption, les modèlesdont les choses sensiblessont les

images, et ce en quoi se trouventces chosessensibles. Dans un premiertemps,

ces troisentités sont associées aux trois comparants :

mère,père, et rejeton. Le

rejeton,qui correspond à

la chose sensible, se trouveen outreassimilé à une

empreinte en reliefrestant ainsi dans le registre de l'image. Par ailleurs, la

comparaison du troisième genre avec une mèreintroduit une idée nouvelle, car

elle faitintervenir les deux idées suivantes: celle de réceptacle, ou d'emplace-

10

Luc Brisson

mentd'une part,puisque le ventrede la mère abritele fœtus, celle de substance

constitutived'autre part,puisque la mère nourritle fœtus.

CE DE QUOI SONT CONSTITUÉES

LES CHOSES

SENSIBLES

Le passage qui vient d'être cité et commenté se poursuit en cet autre qui

évoque les comparaisons suivantes:

Par exemple,pour fabriquer tous les onguentsparfumés artificiellement,

on com-

mence, une fois qu'on a cettematière première,par rendrele plus inodores possible

les liquidesqui doiventrecevoir les parfums. De mêmetous ceux qui, en quelque

substance molle,s'appliquent à modelerdes

figures, ne laissentsubsister la trace

d'absolumentaucune figure, et s'arrangentpar aplanir cettesubstance molle et par

la

rendrela plus lisse possible. Cela dit, il en va de même pour l'entité qui doit, sur

touteson étendue, recevoirmaintes fois et dans de bonnesconditions les représenta-

tionsde tousles êtreséternels ; il convient qu'elle reste par naturedistincte de toute

forme.Voilà bien pourquoi nous disons que la mèreet le réceptacle de toutce

qui

est venuà l'être, de ce qui est visibleou du moins perceptiblepar un sens, n'est ni

terre, ni air, ni feu, ni eau, ni riende toutce qui

vientde ces élémentset de toutce

dontils dérivent.Mais si nous disons qu'il s'agit d'une espèce dépourvue de forme,

qui ne peut être perçuepar la vue, reçoittout, participe de l'intelligible d'une façon

particulièrement

problématique et se laisse difficilement saisir, nous ne mentirons

toutce qui vientd'être dit permetd'approcher sa nature,

point. Et dansla mesureoù

voici de quelle manièreon pourrait en parler correctement. 'Timée50e-51a.]

Le troisième genre que Platon tenteainsi de définirne représentepas seule-

ment l'emplacement dans lequel apparaissent les choses sensibles et dont elles

disparaissent ; elle joue aussi à leur égard le rôle de support, de « matière

première », au sens où on utilise aujourd'hui ce terme dans l'artisanat, dans

l'industrie, c'est-à-dire cette substance brutedont est fait tout objet.

L'axiome sur lequel se fonde tout ce développement est que l'être équivaut

à la permanence et à la stabilité ; et il a pour corollaire que le devenir,qui

récuse toute permanence, toute stabilité, ne peut « être» au sens strictdu terme.

De cet axiome découlent les conséquences suivantes. 1) Les formes intelligibles

qui ne changentpas « sont » et trouventen elles-mêmesleur être ; voilà pourquoi

elles ne peuvent se trouveren riend'autre. 2) Les choses sensibles qui ne cessent

de changer tiennentleur êtrenon des formes intelligibles dont elles ne sont que

les images, mais de l'entité où elles apparaissent et dont elles disparaissent et

qui, elle, présente stabilitéet permanence.3) Cette entité peut être dite « être »

À quelles conditions peut-onparler de « matière»

...

11

en raisonde sa stabilitéet de sa permanence, mêmesi à la différencedes formes

intelligibles elle se trouve dépourvue de toute caractéristique.

Qu'elle soitconsidérée sous son aspectspatial ou sous son aspectconstitutif,

cettetroisième entité doit être absolument dépourvue de toute caractéristique,

dès qu'elle doitadmettre en elle-mêmeabsolument toutes les caractéristiques.

Plus

généralement, la khora,qui,

on l'a vu, doit être

distinguée des formes

espèces

de choses

intelligibles, doit aussi et avanttout l'être de toutesles

sensibles qui y apparaissent et qui en disparaissent. De ce fait, cetteentité n'est

pas sensible, sans pour autantêtre intelligible. Par suite, on ne peut ni s'y

rapporter en pensée ni en parler, à toutle moinsdirectement. On comprendque

Platonétablisse la nécessitéde l'hypothèse de son existence par le

moyen d'un

raisonnement« bâtard » et

qu'il

use à son

égard de plusieursimages et plusieurs

métaphores. Cela dit, l'indéterminationabsolue de cettetroisième entité ne laisse

pas de poser

problème; si en effetla khóradont se compose l'universest

totalement indéterminée, il

doit êtreabsolument docile ; et, de ce fait, on ne

comprendpas pourquoi l'actiondu

démiurge se trouve limitée, et ne peut être

réalisée que « dans la mesuredu possible ».

En conclusion, le troisième genre est ce en quoi se trouventles choses

sensibleset ce de quoi elles sontfaites. Il est différentdes

formes intelligibles

et totalementdistinct des chosessensibles. Par suite, il ne peut être appréhendé

ni par la pensée commele seraitune

forme intelligible, ni par les sens comme

le seraitune chose sensible.En faireun objet de pensée ou en avoir une

représentation sensiblese révèlent impossibles. Ce troisième genreéchappe

même à toute désignationunique et univoque;

on est forcéd'en

parler en

démiurge

utilisantdes images et des métaphores. Telle est donc l'entité que le

va façonner en lui donnant quatre formes géométriques, les quatrepolyèdres

réguliersauxquels sontassociés les quatre éléments.

L'HYPOTHÈSE DU DÉMIURGE

Expliquer commentet pourquoi les chosessensibles sont à la foissemblables

et différentesdes

formes intelligibles dontelles sontles images ne suffit pas.

changementqui

affecteces choses sensibles présente un

Encorefaut-il que le

certainordre qui, puisqu'on se trouvedans un contexte mathématique, ne peut

s'exprimerqu'en termesde

mesure. Or,pour introduiredans l'universun ordre

qui corresponde à une mesure,l'hypothèse d'un démiurges'impose :

Avantl'établissement

de

cet ordre,tous ces éléments (le feu,l'air, l'eau et la terre)

se trouvaient

sans proportion

ni mesure ;

et lorsque fut entrepris Γ arrangement

de

12

Luc Brisson

l'univers, même si le feu d'abord,puis

tracesde

l'eau et la

terre possédaient bien quelques

leurs propriétés, ils se trouvaientnéanmoins tout à faitdans l'état dans lequel

on peut s'attendreà trouverabsolument toutes choses quand le dieu en est absent.

Voilà bien quelle étaitleur condition naturelle au momentoù ils commencèrentde

recevoirleur

possibleque

partant d'un

configuration

à l'aide des

figures et des nombres.Mais commentest-il

que possible en

le dieu ait faitd'eux un universaussi beau et aussi bon

étatde ces éléments qui n'offrait pas ces qualités, telsera comme toujours

notre propos.[Timée 53a6-b7.]

Ce passage laisse entendre,semble-t-il, que la participation ne peut être

réaliséesi n'interviennent

que les formes intelligibles et la khóra.Traduite en

termes aristotéliciens, cette proposition revientà direceci : si elle ne prend en

compteque

la cause exemplaire et la cause matérielle, une explication de

l'universne peut aboutir qu'au chaos. Il ne suffitdonc pas que les instances

sensibles présentent une certaine figure et soientdistinctes les unes des autres

pour formerune totalitéordonnée.

Si on ne fait pas intervenirun démiurge, l'universne

peut faire l'objet que

d'une explication mécaniste.Des corpusculesy apparaissentqui sontdes traces

des éléments ; ils se déplacent et se transforment

les uns dans les autres, mais

sans ordreni mesure ; c'est ce à quoi aboutissent, selon Platon, les représenta-

tionsdu monde présentées en Grèce jusqu'à lui. On en revientdonc à la

critique

faite par Socrateà Anaxagore dans le Phédon ; si on ne donne pas à l'intellect

(nous) la premièreplace, aucune explicationphysique n'esttenable ;

on aboutit

toujours au chaos. Pour parvenir à

notre monde, où la participation est jusqu'à

un certain pointordonnée, il faudrafaire intervenir trois nouveaux termes ;

le

démiurge commecause efficiente, l'âme du mondecomme cause motriceet les

mathématiques(figures et nombres) comme principe d'ordre.

LES QUATRE ÉLÉMENTS

Se conformantà une opinion traditionnelle qui remonte probablement à

Empédocle et qui

acquis que

allait se

perpétuerjusqu'au xvnr siècle, Platon prendpour

le corps de l'universa été fabriqué exclusivementà partir de quatre

éléments: le feu,l'air, l'eau et la terre (Timée56b-c). Mais il va beaucoupplus

loin.D'une part, il avanceun argumentmathématique pour justifier le fait qu'il

doit y avoir quatre éléments.Et surtout, il est conscientde

faire preuve d'une

très grandeoriginalité (Timée 53e) en établissantune correspondance entreles

quatre élémentset les

quatrepolyèdres réguliers, c'est-à-direen transposant en

termes mathématiques l'ensemblede la réalité physique et les changementsqui

À quelles conditions peut-onparler de « matière»

...

13

l'affectent.On notera par ailleurs que la constructiondes premierspolyèdres

réguliers est rapportée au nomde Théétète (415-369 av. J.-C), un contemporain

de Socrate,que

Platonmet en scène dans le prologue d'un dialoguequi porte

son nom {Théétète); le philosopheportait une grande attentionau développe-

mentdes mathématiques à son époque.

LE NOMBRE DES ÉLÉMENTS

En Timée 31b-32b, Platon envisage d'abordle cas où le mondene

terait que deux dimensions.Entre deux nombres carrés, il

compor-

n'existe qu'un seul

moyenterme, en vertude la formulea/x = x/b, ou x2 = ab ou encoreχ = Vãb.

Dans un tel monde plat, troiséléments suffiraient.

Mais notremonde est un mondeà troisdimensions. Or, entredeux nombres

« cubiques», par exemple 8 (23) et 27 (33), on trouvedeux moyenstermes,

12 (22 χ 3) et 18 (2 x 32), ce qu'on peutexprimer ainsia3/a2b =

a2b/ab2 = ab2/b3.

Si telest le cas, puisque l'universdans lequel nousvivons présente troisdimen-

sions, il doitcontenir quatre éléments. Mais, pour arriverà découvrirces deux

moyenstermes, l'usage

le problème de la

à cette époque, on

de la racinecarrée (et

cubique)s'imposait. Et, comme

construction géométrique de telles quantités n'était pas résolu

comprend toutde suite pourquoi,quelques lignesplus bas,

...

]

autant qu'il était possible

Platonécrit : « le démiurge a disposé ces éléments [

dans le

même rapport » {Timée32b).

Les quatre élémentsdont est fait notre univers sont la terre,l'eau, l'airet le feu.

Ce postulatqui remonte jusqu'à

Empédocle au moins, Platon l'admet, maisil fait

preuve de la plus grandeoriginalité, originalité dontil est conscient, en l'inter-

prétantmathématiquement.

èdre,

l'eau à l'icosaèdreet

En

effet, il associe le feuau tétraèdre, l'air à l'octa-

la terreau cube. La référenceà ces quatrepolyèdres

réguliersprésente unintérêt historiqueévident, puisqu'il semble que ce futThéé-

tète, un membrede l'entourage de Platon,qui le premier les construisit.

LA STRUCTURE GÉOMÉTRIQUE DES ÉLÉMENTS

Ces quatrepolyèdres sonteux-mêmes construits à partir de deux types de

surfaces,qui elles-mêmesrésultent de deux types de

Les deux types de trianglesrectangles qui

trianglerectangle isocèle, qui

trianglesrectangles.

à

interviennent

l'origine sontle

est la moitiéd'un

carré (Annexe,figure lb), et

le

trianglerectangle scalène qui est la moitiéd'un triangleequilateral de côté x

(Annexe,figure la).

14

Luc B risson

Ces deux trianglesrectangles élémentairesentrent dans la constructionde

deux autres types de surface: le carré et le triangleequilateral. Un carré résulte

de la réunion de quatre triangles rectangles isocèles (Timée 55b) (Annexe,

figure 2b). Et un triangle equilateral résulte de la réunion de six triangles

rectangles scalènes (Timée 54d-e) (Annexe, figure2a). Pour constituerun carré,

deux trianglesrectangles isocèles eussent suffi, de même que

pour constituer

un triangleequilateral, deux trianglesrectangles scalènes. On

peut cependant

penser que, dans le cas du carré et dans celui du triangleequilateral, Platon

veut trouverun centre de symétrie axiale (voir Euclide, Éléments XIII 18,

scholie) qui fasse qu'aucun des triangles constitutifsdu carré ou du triangle

equilateral ne puisse avoir une prééminence sur les autres. Il s'agit peut-être là

d'une critiqueimplicite du pythagorisme où la gauche et la droiteétaient dotées

de valeurs opposées.

Les triangleséquilatéraux serventà construireces trois polyèdres réguliers

que sont le tétraèdre (Timée 54e-55a, quatre triangles équilatéraux, Annexe,

figure3a), l'octaèdre (Timée 55a, huit triangleséquilatéraux, Annexe, figure3b)

et l'icosaèdre (Timée 55a-b, vingt

associés respectivement au feu,

triangles équilatéraux, Annexe, figure 3c)

l'eau. Par ailleurs, les carrés servent

à l'air et à

à constituerle cube (Timée 55b-c, six carrés, Annexe, figure3d) associé à la

terre. Enfin, se trouve fugitivementévoqué le dodécaèdre, le polyèdre régulier

qui s'apparente le plus à la sphère (Timée 55c), figuregéométrique à laquelle

est associé le corps du monde (voir LettreXIII [apocryphe] 363d).

Toutes les propriétés des polyèdresauxquels sont associés les quatre éléments

peuvent être réunies en un tableau facile à lire (Annexe, tableau 1). Deux

observations résultentd'un examen

attentifde ce tableau. 1) Les polyèdres

réguliersqui correspondent aux différentséléments sont décritsexclusivement

en fonctiondu nombre des faces qui composent leur enveloppe. 2) Les arêtes

de ces faces sont définies à partir d'une valeur originelle qui correspond à la

longueur de l'hypoténuse des trianglesrectangles élémentaires qui les compo-

sent. Or, cettevaleur reste indéterminée (Timée 57c-d). Une telle indétermination

présente une importance considérable, et cela pour deux raisons : d'un côté, elle

réduit le pouvoir explicatif du modèle géométrique proposé par Platon en

s'opposant à sa simplicité ; mais, d'un autre, elle permet de mieux rendre compte

des variétésd'un même élément.

Platon veut en effetmontrer comment le modèle cosmologique qu'il pro-

pose, et qui se réduit à quatre éléments assimilés à des polyèdres réguliers

constitués de triangles équilatéraux et de carrés eux-mêmes constitués de

trianglesrectangles

scalènes et isocèles, permet de décrireles objets du monde

sensible dans son ensemble, qui ne sont que des variétés des quatre éléments

ou leur combinaison, et même de décrire leurs propriétés. En Timée 58c-61c,

À quelles conditions peut-onparler de « matière»

...

15

on trouve quelquesexemples qui illustrerontce point(réunis dans le tableau 3,

voir Annexe). Les substancesles plus complexesque

l'on trouvedans l'uni-

versne sonten définitive que des variétésde quatre éléments{Timée 58c-61c),

et de quatre éléments seulement, associés par ailleurs à quatre polyèdres

réguliers, eux-mêmesconstitués de deux sortes de

triangleséquilatéraux,

auxquels en dernièreinstance se ramènetoute la structurematérielle de l'uni-

vers.

  • A. Variétésde feu

 

2)

3) autres

  • B. Variétésd'air

 

1)

2) le brouillard

3) l'obscurité

4) autres

  • C. Variétésd'eau

 

1.

Fusible

 

1) or

4) autres

 

2.

Liquide

a)

 

2) glace,

b)

c)

non condensée

1.

2.

surterre

condenséeà moitié

1) la flamme qui fournitla lumièreaux yeux

ce qui subsistedans les corpsqui rougeoient

l'éther, le plus clair

2) adamant, le nœudde l'or

3) cuivre (vert-de-gris,

condenséetotalement

la terre qui sortdu cuivre)

1) grêle, au-dessusde la terre

1) neige, au-dessusde la terre

2) givre, à la surfacede la terre

eau (proprementdite)

les sucs (en rapport avec les plantes)

1) vin

2) huile

3) miel

4) ferment

16

D. Variétésde terre

  • a) filtréesà traversl'eau

1) pierre

2) diamant

  • b) eau arrachée par l'activitédu feu

    • 1. Non solubledans l'eau

1) brique

2) lave

  • 2. Soluble dans l'eau

1) nitre

2) sel

Luc Brisson

  • c) mélanges de terreet d'eau, fusiblesous l'actiondu feu

1) verre

2) cire

3) encens

L'intérêtde cet inventaireréside non

pas

dans son

pouvoirexplicatif, mais

dansl'illustration qu'il donnedu principe suivant lequel, dansle monde sensible,

toutesles réalités peuvent êtreconsidérées comme des variétés.

TRANSFORMATION MUTUELLE

DE TROIS DE CES ÉLÉMENTS

Pourrendre compte de la transmutationmutuelle de ces

polyèdresque

sont

le tétraèdre (associé au feu), l'octaèdre (associé à l'air) et l'icosaèdre (associé

à l'eau), Platonne tient compteque du nombredes surfaces qui en constituent

l'enveloppe. Ce sonten effetles correspondances, établiesentre le nombredes

triangleséquilatéraux qui composent la surfacede ces polyèdres,qui permettent

de formulerles

équivalencesmathématiques expliquant commentles éléments

les uns dans les autres, et

commentse produisent les phéno-

se transforment

mènesde génération et de corruptionqui

Une telle

se manifestentdans le mondesensible.

explication se fondesur le présupposé suivant: les deux types de

êtrecréés ni êtredétruits. Par

triangles de chaqueespèce

trianglesrectangles élémentairesne peuvent ni

conséquent, danstoute transformation,

impliquée se

les autres que les éléments qui

le nombrede

trouveconservé. De plus, ne peuvent se transformerles uns dans

correspondent à des polyèdres dontles faces

l'air et le feu

sont forméesde triangleséquilatéraux. Il s'ensuit que l'eau,

peuvent se

transformerles uns dans les autres, mais non pas la terre qui cor-

respond au cubedont les facessont des carrés,que seulsaffectent des processus

À quelles conditions peut-onparler de « matière»

...

17

de décomposition et de recomposition. Bref, la transformationdes élémentsest

considéréeen fonctiondes surfaces qui composent les polyèdresréguliers et

non,

commeil serait naturel, en fonctiondes volumes.Les règles de transfor-

mationsmutuelles du feu, de l'air et de Γ eau peuvent êtreréunies dans un

tableaurelativement simple(Annexe, tableau 2). Ce genre de solution surprend,

car elle ne prend en compteque des surfaces qui entourentles polyèdres, alors

même que ces polyèdres sontdes volumes.

Comment expliquer la chose ? On peut faire valoir trois

explications.

1) Commeon le constateencore chez Euclide, ce qui définitun polyèdre, c'est

sa forme, c'est-à-diresa limite

qui correspond à

l'ensemblede ses faces.

2) L'indéterminationde la longueur de l'hypoténuse des trianglesrectangles

élémentaires qui composent les triangleséquilatéraux renddifficile une expli-

cationde la transformationmutuelle de polyèdres dontles faces ne sont

des triangleséquilatéraux de mêmesurface ;

pas

en d'autres termes, seuls des élé-

mentsde variétés correspondantes

(dont les facessont des triangleséquilatéraux

de même dimension)peuvent se transformerles uns dans les autres. 3) Les

mathématiques connuesà l'époque

ficultés lorsqu'ils'agissait

de Platonrencontraient

de nombreusesdif-

d'extraireles racinescarrées et se trouvaientdans

l'impossibilité d'extrairedes racines cubiques.

Parvoie de conséquence, il fautbien admettre que les limitesde la cosmologie

de Platon correspondent aux limitesdes mathématiques de son époque ; ce qui

restevrai pour notre époque, mutatismutandis. Cet aveu

apparaîtplus

d'impuissance relative

clairementencore si l'on chercheà établirentre les polyèdres

réguliers des rapports en fonctionde leur volume (V) et de leur surface (S)

(Annexe, tableau 3). Un tel tableaunous est très utile, mais il convientde

rappelerque ni Platonni aucun de ses contemporains n'auraient pu en com-

prendre uneseule ligne, caron ne savait pas extrairela racine cubique, et qu'une

telle opération, très laborieuse, ne pouvait êtreeffectuée que surdes nombres

peu importants. En outre, les résultats exprimés dans ce tableau3 (Annexe)

contredisentceux exprimés dans le tableau2 (Annexe),pour ce qui est de la

colonnerelative aux volumes, car la colonnerelative aux surfaces présente des

similitudes frappantes avec les résultatsdu tableau2.

du

a fabriqué l'universà

et les quatrepolyèdres réguliers ;

Les limites qui viennentd'être énumérées sont réelles et réduisentl'intérêt

modèle cosmologiqueplatonicien. Il n'en reste pas moins que le démiurge

partir des corpsgéométriques les plus parfaits, la sphère

que les mouvementset les interactionsde ces

polyèdresréguliers sont gouvernéspar des lois mathématiques seulement,

bien entendu, où Yanàgke a été persuadée de se soumettreà cet ordre ;

et donc

que le corps de l'universest le plus parfaitpossible, en l'étatactuel des choses.

18

Luc Brisson

LE PROBLÈME DU MOUVEMENT

L'hypothèse de l'âme du monde permet à Platon d'expliquer non seulement

pourquoi et commentle mouvementdes corps célestesest ordonné, mais aussi

pourquoi et commentle mouvementdes corps sublunairesest soumis, lui aussi,

à des lois

mathématiques,

d'où l'on comprendqu'il

présente une certaine régu-

laritéet une certaine permanence. Mieux l'âme du mondesera régiepar des

lois mathématiquesrigoureuses, plus

les mouvements qui affectentle monde

sensiblesublunaire auront de chanced'être ordonnés.

Les explicationsproposées jusqu'ici