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Catherine Depretto La question du formalisme moscovite In: Revue des études slaves, Tome 79, fascicule

La question du formalisme moscovite

In: Revue des études slaves, Tome 79, fascicule 1-2, 2008. pp. 87-101.

Abstract About the Russian School of Russian Formalism

Usually Russian Formalism is symbolized by the so called Opojaz of Petrograd (1915-1930) and by the works of its chief members, Šklovskij, Èjxenbaum, Tynjanov, Tomaševskij. However in Moscow there was also a Formalist group, whose central personalities were at the beginning Roman Jakobson, later G. O. Vinokur and B. I. Jarxo. Their activity is linked with the Moscow Linguistic Circle (1915-1924) and with the GAXN (1921-1929). According to some scholars, mainly M. I. Šapir (1962-2006), the legacy of the Moscow group is much more signifîcant that the Petrograd' s one. The paper gives an account of the activity of the Moscow formaliste, of its less known members such as M. M. Kenigsberg, A. I. Romm and B. V. Gornung, and underlines the main points of differences between Moscow and Petrograd. Finally the author tries to answer the question: is it relevant to speak of a Moscow school of Russian Formalism?

резюме Вопрос о Московской школе русского формализма

До сих пор символом русского формализма являются петроградское Общество изучения поэтического языка (ОПОЯЗ, 1915-1930) и работы его главных представителей, В. Б. Шкловского, Б. М. Эйхенбаума, Ю. Н. Тынянова, Б. В. Томашевского. Между тем была и другая школа, московская, сначала вокруг Р. Якобсона, а потом Г. О. Винокура и Б. И. Ярхо. Ее деятельность связана с историей Московского лингвистического кружка (МЛК 1915-1924), а также с Государственной академией художественных наук (ГАХН 1921-1929). По мнению некоторых ученых, и в первую очередь ныне покойного М. И. Шапира (1962-2006), вклад москвичей в русскую и даже мировую науку не сравним с каким бы то ни был другим. Цель статьи – дать краткий очерк деятельности московских «формалистов», в том числе мало известных М. М. Кенигсберга, А. И. Ромма, Б. В. Горнунга и показать, в чем они отличаются от петроградкого ОПОЯЗа. В итоге автор пытается ответить на вопрос: в каком смысле можно говорить о московской школе русского формализма?

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Catherine Depretto. La question du formalisme moscovite. In: Revue des études slaves, Tome 79, fascicule 1-2, 2008. pp. 87-

101.

doi : 10.3406/slave.2008.7127 http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/slave_0080-2557_2008_num_79_1_7127

LA QUESTION DU FORMALISME MOSCOVITE

PAR

Catherine DEPRETTO

Université Paris-Sorbonne (Paris IV)

INTRODUCTION

Dans la majorité des cas, l'étude du formalisme russe continue aujourd'hui

à se confondre avec l'histoire de l'Opojaz (Obščestvo izučenija poèticeskogo jazyka) de Petrograd et de ses principaux membres, Èjxenbaum, Šklovskij,

Tomaševskij, Tynjanov

olisé par le MLK (Moskovskij lingvističeskij kružok), est bien mentionnée, mais toujours de façon annexe et principalement pour la présence en son sein de Roman Jakobson. Une fois le savant parti en 1920, le MLK aurait cessé d'exister1. Or, le cercle a poursuivi son activité au moins jusqu'en 1924 et ses orientations ne se limitaient pas à celles de son premier président. Le MLK comptait dans ses rangs d'autres personnalités importantes qui ont largement contribué au renouveau de la philologie russe2, au premier chef G. O. Vinokur (1896-1947)3 et B. I. Jarxo (1889-1942). Malgré plusieurs études et rééditions,

aucun d'entre

dues en particulier à M. L. Gašparov, S. I. Gindin, M. I. Šapir4

eux n'occupe vraiment la place qui lui revient ni dans l'histoire de la discipline,

ni dans

Or, « le formalisme russe comptait deux écoles, une

L'existence d'un courant similaire à Moscou, symb

,

celle du MLK.

1. Voir, par exemple, Victor Erlich, Russian Formalism : history, doctrine, The Hague - Paris, Mouton, 3e éd., 1969.

Par commodité, nous continuerons d'appeler « philologie » le domaine réunissant traditionnellement les études linguistiques et littéraires.

2.

3 .

Vinokur fut président du MLK en 1 922- 1 923 .

4.

M. L. Gašparov, « Работы Б. И. Ярхо по теории литературы », Труды по зна

ковым

вания: лингвистика и поэтика, Moskva, Nauka, 1990, éd. et comm. M. I. Šapir ; S. I. Gindin, N. N. Rozanova, éd., Язык, культура, гуманитарное знание : научное насле диеГ. О. Винокура и современность, Moskva, Naučnyj mir, 1999; В. I. Jarxo, Метод

системам, t. IV, Tartu, 1969, р. 504-514 ; G. O. Vinokur, Филологические исследо

точного литературоведения : избранные труды по теории литературы, dir. M. I. Šapir, Moskva, Jazyki slavjanskix kuľtur, 2006.

ология

Revue des études slaves, Paris, LXXIX/1-2, 2008, p. 87-101 .

88

CATHERINE DEPRETTO

moscovitel'Opojaz5 ». autour de R. Jakobson,

puis

de B. Jarxo,

et

une

à Petrograd,

La sous-estimation du formalisme moscovite peut sembler paradoxale. Des

deux groupes, c'est le MLK dont le fonctionnement a été le plus régulier et le plus institutionnalisé. Il a réuni le plus grand nombre de participants et a compté jusqu'à trente-cinq membres. Il laisse des archives importantes, contenant les procès-verbaux détaillés des séances du groupe et de nombreux autres matér

iaux6.

ments restent peu exploités. Plusieurs facteurs expliqueraient cette situation :

Pourtant, mises à part quelques publications significatives, ces docu

L'activité et l'héritage de l'Opojaz sont étudiés avec beaucoup de soin, alors qu'on n'a pas accordé jusqu'à présent suffisamment d'attention au rôle et à l'importance du mlk. Pourtant, l'apport réel du cercle moscov iteà la linguistique et à la poétique du XX^ siècle, russe et mondiale, n'est comparable à aucun autre. L'absence d'éditions propres ainsi qu'une moins grande efficacité dans l'organisation de la vie scientifique des Moscovites ont fait que le symbole du formalisme russe est devenu l'Opojaz alors que l'essentiel du travail pour la constitution d'une nouvelle science philo logique s'est déroulé au sein du mlk7.

a Si le MLK attend toujours son biographe , la question de savoir lequel des groupes a le plus apporté à la philologie du XXe siècle ne saurait être

deux

tranchée de manière aussi catégorique. Posée en ces termes, la question a-t-elle un sens : de quel apport parle-t-on? Et à quelle science9 ? Dans l'état actuel de la recherche, il convient peut-être de déplacer légèrement le débat et de commenc erpar essayer de mieux définir l'héritage du MLK et du formalisme moscovite.

5. M. L. Gašparov, « Научность и художественность в творчестве Тынянова »,

Четвертые Тыняновские чтения, Riga, Zinatne, 1990, p. 14. Est-il besoin de préciser que les Moscovites ne se faisaient pas appeler « formalistes » et l'emploi du mot à leur sujet est largement conventionnel.

6. Description du fonds, déposé à l'Institut de la langue russe, cf. G. S. Barankova,

« К истории московского лингвистического кружка : материалы из рукописного отдела

Института русского языка », in Язык, культура, гуманитарное знание, р. 359-381. Des documents concernant le cercle se trouvent également dans les fonds personnels de différents membres.

7. M. I. Šapir, « Материалы по истории лингвистической поэтики в России

(конец 1910-х - начало 20-х гг.) », Известия Академии наук СССР, Серия литературы

и языка,

t 50,

1991, fasc. l, p. 43. Contestation de ce point de vue, A. Bljumbaum, Кон

струкция

мнимости : к поэтике Восковой персоны Юрия Тынянова, Sankt-Peterburg,

Giperion, 2002, р. 16-18.

8. Présentation la plus récente du MLK, A. V. Krusanov, « MJIK », in Русский аван

гард, 1 907-1 932 : исторический обзор, t. 2 : Футуристическая революция, J91 7-1 921, fasc. 1, Moskva, NLO, 2003, p. 452-495.

9. Faut-il rappeler que la quasi-totalité des exposés et débats qui se sont déroulés au

MLK n'ont pas été publiés à l'époque et n'ont pas pu avoir de retombée dans la science. De la

même façon, une partie importante des travaux de Vinokur et surtout de Jarxo n'a été connue que très tardivement. À notre connaissance, la seule tentative pour examiner de manière conceptuelle et globale la question du formalisme moscovite revient pour l'instant à Aleksandr Dmitriev, que nous remercions ici chaleureusement pour nous avoir communiqué le manuscrit de son article à paraître, « Как сделана формально-философская школа (или почему не состоялся московский формализм?) ».

LA QUESTION DU FORMALISME MOSCOVITE

89

Peut-on, dans son cas, isoler un groupe de chercheurs, unis par un certain nombre de principes communs et dégager un ensemble de textes de référence10 ?

UNE IDENTIFICATION DIFFICILE

Conséquence directe de l'absence d'éditions propres au mouvement (exception faite des deux volumes Ars poetica parus en 1927 et 192811), l'identification du formalisme moscovite constitue une difficulté majeure. Si on essaie d'analyser l'activité du MLK (1915-1924), on est frappé par la diversité

des sujets abordés et par l'hétérogénéité de ses membres. À l'origine, groupe de jeunes linguistes de l'université de Moscou, P. G. Bogatyrev, A. A. Buslaev,

le cercle a accueilli, après la Révolution, la

quasi-totalité

B. A. Kušner, E. D. Polivanov12

de jeunes philologues de Moscou, M. M. Kenigsberg, A. I. Romm, B. V. Gor-

, 1920. Étaient également membres du MLK des personnalités aussi diverses que

proches du philosophe G. G. Špet (1879-1937), admis quant à lui en

Il a aussi été rejoint par un nouveau groupe

R.

, O. M. Brik, V. B. Šklovskij, B. V. Tomaševskij,

O. Jakobson, N. F. Jakovlev

de

l'Opojaz,

nung

V.

K. Poržezinskij, D. N. Ušakov, N. N. Durnovo, G. O. Vinokur, B. I. Jarxo,

V.

M. Žirmunskij et plus tard D. D. Blagoj

Enfin, des écrivains participaient à

ses réunions, dont les poètes V. V. Majakovskij, A. Kručenyx, S. P. Bobrov,

N. Aseev, B. Pasternak, O. Mandeľštam. Le diapason des sujets abordés était

extrêmement large13 : à côté d'interventions qui évoquent des questions de poétique, bien dans l'esprit de l'Opojaz, figurent des communications sur des questions strictement linguistiques, sur la dialectologie et la politique des langues. On cherche les points communs entre des exposés aussi différents que celui de S. Ja. Maze sur « Certaines étymologies du langage professionnel des

musiciens juifs », celui de B. I. Jarxo sur « Les tétramètres trochaïques » ou celui de M. M. Kenigsberg sur « La composition de Princesse Brambilla de Hoffmann »14. D'autre part, le nombre d'exposés par intervenant est assez faible, un-deux

en moyenne sur un total de

qu'on ne voit pas se détacher de figure centrale, ni de thématique de prédi lection. Mais surtout, le MLK a évolué au cours de ses dix ans d'existence. De 1915 à 1919, le cercle, essentiellement linguistique, se réunit peu. Les années les plus actives (1919-1922) sont caractérisées par des liens étroits avec l'Opojaz. La dernière période (1922-1924) se distingue par une baisse d'activité et par une situation de crise, due à l'existence de courants opposés, dont un noyau hostile à

128 pour les cinq années les plus actives, si bien

10. Le présent article ne prétend pas trancher de manière définitive la question du

formalisme moscovite, mais vise simplement à apporter quelques éléments de réflexion.

11. Seul titre d'un Moscovite, paru sous la griffe Opojaz, A. A. Reformatskij, Опыт

анализа новеллистической композиции, Moskva, Opojaz, 1922.

12. Même Tynjanov figure parmi ses membres bien qu'il ne soit jamais intervenu au

cercle.

matique

13. Or, cet héritage impressionnant n'a pas toujours pas été traité de façon systé : pour les années 1919-1924, on dénombre pas moins de 128 exposés, sans compter

les discussions et les séances organisationnelles, cf. Barankova, op. cit., p. 362.

90

CATHERINE DEPRETTO

l'Opojaz15. L'histoire du MLK est donc d'une certaine façon plus hétérogène que celle de son équivalent petrogradois et l'on peine à isoler en son sein un socle de positions communes, susceptibles d'incarner un formalisme spécifique. D'autre part, le formalisme moscovite ne se limitait pas au MLK, mais se manifestait également dans l'activité de structures du GAXN (Gosudarstvennaja akademija xudožestvennyx nauk, 192 1-1 929і 6), en particulier dans la sous-section de poé tique théorique de la section de littérature, et de cercles informels privés. Enfin, les deux figures principales qui sembleraient devoir tout naturellement incarner ce courant, Vinokur ou Jarxo, n'étaient pas liées ni sur un plan intellectuel, ni sur un plan affectif. À Moscou, on ne trouve rien de semblable au trio Šklovskij- Èjxenbaum-Tynjanov de Petrograd.

DES RECHERCHES SOLITAIRES

Les philologues de Moscou donnent plutôt l'impression de personnalités séparées, suivant chacune leur voie, même lorsqu'ils participent à une entreprise commune17. « Le socle du mot nous », l'esprit collectif n'étaient sans doute pas ce qui était le mieux partagé au MLK, nonobstant des réunions régulières. Sans doute manquait-il une personnalité forte, capable d'aplanir les différends et de fédérer les énergies autour de projets collectifs. Bien qu'installé à Moscou, Šklovskij a continué à jouer ce rôle auprès de ses collègues de Petrograd, y compris auprès de la jeune génération. Il lui suffisait de réapparaître dans l'ancienne capitale pour que les bonnes vieilles traditions de l'Opojaz refassent surface et que des séances soient organisées de façon impromptue 8. Les tenta tives de relance du formalisme à la fin des années vingt émanent précisément de l'Opojaz, de Šklovskij au premier chef et sont étroitement liées à l'éventualité d'un retour de Jakobson19. Aussi, est-il essentiel d'insister sur une première différence fondamentale entre Petrograd et Moscou, malgré une situation en apparence similaire. Dans l'un et l'autre cas, un cercle (kružok) de jeunes chercheurs est doublé d'une

15. Vinokur soulignait déjà cette évolution dans sa recension de Славянская фило

логия в России за годы войны и революции, Berlin, 1923, parue dans ЛЕФ, 1923, n° 2,

p. 173. 16. Sur cet établissement tout à fait spécifique, dont G. G. Špet était vice-président et

dirigeait le département de philosophie, cf. « К 75-летию ГАХН : Государственная акаде мияхудожественных наук, 1921-1929 », Декоративное искусство, 1996, п° 2-4, р. 12-46.

17. La déclaration liminaire du recueil Ars poetka insiste bien sur l'autonomie de

chaque participant.

18. L. Ginzburg, Человек за письменным столом, Leningrad, 1989, p. 14. 19. À ce sujet, voir Jurij Tynjanov, Поэтика; История литературы; Kino,

Moskva, Nauka, 1977, comm. A. P. Čudákov, M. O. Čudakova, E. A. Toddes, p. 530-535 (désigné plus loin par ПИЛК) ; G. Frejdin, « О поколении сохранившем своих ученых :

В.

Шкловского и Р. Якобсона в 1928-1930 гг. », Stanford Slavic studies, t. 4, fasc. 2, 1992,

p.n°

177-189;107, oct. 1997,C. Deprettop. 75-87,«Jakobsonet A. Galuškin,et la relance« "И так,de ставшиl'Opojaz,на1928-1930»,костях, будемLittérature,трубить

сбор

: к истории несостоявшегося возрождения Опояза », Новое литератуное обо

зрение

"

(plus loin НЛО), п° 44, 2000, р. 136-158.

LA QUESTION DU

FORMALISME MOSCOVITE

91

assise institutionnelle, Opojaz/GIII20 d'une part, MLK/GAXN de l'autre, mais le caractère même de ces structures était différent. À Moscou, il est difficile de parler d'un véritable groupe de membres partageant une communauté étroite de points de vue et unis par des liens affectifs forts. Si pour Šklovskij, Èjxenbaum, Tynjanov, la volonté de rester amis et de travailler ensemble pèse lourd, même quand éclatent des divergences de fond21, à Moscou, en revanche, les questions de principe bloquent toute avancée, comme lors de la tentative avortée du MLK pour mettre sur pied ses éditions en 1922. De façon tout à fait significative, le procès-verbal de cette réunion ne reconnaît au cercle un semblant d'unité que pour la période où il était quasiment animé par l'Opojaz :

le MLK a pratiquement cessé d'être une organisation, rassemblant des individus unis par un même credo linguistique et poétique, ce qu'il était dans les années 1918-1919 quand le cercle était dirigé par R. O. Jakobson et que jouaient un rôle de premier plan O. M. Brik, B. A. Kušner, V. V. Maja- kovskij et V. B. Šklovskij : aujourd'hui, ces derniers ne participent presque plus aux travaux du cercle et l'écrasante majorité des membres actuels du

cercle ne partagent pas leurs idées en matière de

,22

Pour des raisons qu'il reste à élucider complètement, les membres les plus critiques à l'égard de l'Opojaz, Kenigsberg, Romm, Gornung, Vinokur ou

Jarxo

communs23. Et cette incapacité à trouver une nouvelle base commune a sans doute pesé lourd dans le déclin progressif du MLK. Un an plus tard, A. Romm constate avec amertume :

n'arrivent pas à relancer l'activité du cercle, ni à susciter des travaux

Il a cessé d'être un lieu où

chaque information nouvelle, chaque exposé étaient l'occasion d'exprimer

une position scientifique à la fois personnelle et générale [

perdu le sens du travail en commun et depuis un an et demi, nous faisons le

Les exposés de

S. Ja. Maze et de M. M. Kenigsberg n'ont donné lieu à aucun examen

critique, à aucune discussion de fond, parce que nous sommes incapables de

Si nous ne pouvons travailler scientifiquement

travailler ensemble [

ensemble, mieux vaut supprimer une forme d'organisation vide, qui n'a

le cercle est en train de se défaire [

].

]. Nous avons

dos rond, en évitant de poser les questions essentielles [

].

].

aucun contenu scientifique [

voici l'automne et nous n'avons rien à nous dire, il n'y a pas d'exposés à

l'ordre du jour et aucune raison de

].

Pour dire les choses de façon pratique,

nous réunir

.]24.

20. Gosudarstvennyj Institut istorii iskusstv, ancien institut du comte V. P. Zubov, qui

a continué à fonctionner après la Révolution et a accueilli dans son département d'étude de la

littérature plusieurs formalistes, dont Tynjanov, Èjxenbaum, Tomaševskij.

21.

Comme au moment où Èjxenbaum se passionne pour l'étude du milieu littéraire,

cf. M. O. Čudakova, « Pratique sociale, réflexion philologique et littérature dans la biographie

scientifique de Èjxenbaum et Tynjanov », Revue des études slaves, t. LVII, 1985, fasc. 1, p. 27-43, repris dans Тыняновский сборник, t. 2, Riga -Moskva, 1986, p. 103-131.

22. Krusanov, op. cit., p. 480.

23. Parmi ces facteurs, il faut sans doute mentionner la mort prématurée de Kenigs

berg; les membres du MLK ne réussissent même pas à publier un volume d'hommage à sa

mémoire.

24. Déclaration adressée au praesidium du MLK, août 1923, Krusanov, op. cit., p. 494-

495.

92

CATHERINE DEPRETTO

DES MILIEUX QUI S'IGNORENT

Est-ce la conséquence de l'évolution du MLK, mais il est frappant de constater que, malgré une histoire quasiment commune entre 1919 et 192225, les formalistes de Moscou et de Petrograd s'ignorent ensuite superbement, sans perdre pourtant une occasion de se lancer des banderilles. La présence de Brik et de Šklovskij à Moscou, leur participation à LEF aux côtés de Vinokur ne contri buent pas à des rapprochements, loin s'en faut. Dans leurs ouvrages, les Moscov itesne croient pas nécessaire de faire référence aux travaux de l'Opojaz, ce qui provoque l'irritation d'Èjxenbaum :

II

n'y a

aucune

référence à nos travaux, alors qu'on reprend nos

termes et tout le reste, on ne renvoie qu'aux Allemands26.

Quant à la recension du premier recueil Ars poetica (1927), écrite par Nikolaj Štěpánov et reflétant certainement les positions de Tynjanov, elle est sans appel :

Ars poetica démontre une fois de plus la stérilité des théorisations générales qui ne sont pas liées à l'étude d'un matériau historico-littéraire concret et qui opèrent à partir de l'esthétique et de la psychologie et pas de la spécificité des phénomènes littéraires27.

Au moment des tentatives de relance de l'Opojaz, Šklovskij s'adresse bien à B. I. Jarxo (tout en ignorant son prénom et son patronyme) pour l'associer à leur projet, mais sa réponse suscite son ironie :

Jarxo m'a envoyé une lettre très aimable, dans laquelle il affirme néanmoins que la méthode correcte est la méthode statistique, d'où il ressort que la signification du mot méthode n'est pas tout à fait claire pour

lui28.

Cette cécité réciproque mérite d'être interrogée et pourrait constituer une première approche de la question. Le formalisme moscovite s'est, en effet, affirmé comme différent, voire comme radicalement opposé à l'Opojaz de Petrograd. Cet élément ne constitue pas une révélation. Jakobson a toujours fait état du débat opposant le MLK et l'Opojaz à propos de la conception de la poétique, discipline strictement linguistique ou non :

Alors que le MLK part du postulat selon lequel la poésie est la langue dans sa fonction esthétique, les Pétrogradois affirment qu'un motif poétique n'est pas toujours le développement d'un matériau verbal29.

25. La fin de cette collaboration est peut-être due à des raisons matérielles : à partir de

1922 le MLK ne peut plus rémunérer ses intervenants, Krusanov, op.cit., p. 473.

26. Lettre à Šklovskij du 22 mars

1927 ; note dans son journal,

]

и немцев. » (ПИЛК, р. 515-516).

à la même date :

« Ссылки почти исключительно на немецкую науку - московские теоретики признают

только Шпета [

27. Звезда, 1929, п° 7, р. 160.

28. ПИЛК, р. 533-534.

29. R. Jakobson, P. Bogatyrev, Славянская филология в России за годы войны и

революции, Berlin, 1923, р. 31. Sur cette question, cf. M. I. Šapir, « Грамматика поэзии и его создатели : теория поэтического языка у Г. О. Винокура и Р. О. Якобсона », Извес тияАкадемии наук СССР, Серия литературы и языка, t. 46, 1987, fasc. 3, p. 221-236, et

LA QUESTION DU FORMALISME MOSCOVITE

93

Néanmoins, on pouvait croire qu'il s'agissait d'un désaccord qui ne remett aitpas en cause la proximité des deux groupes et qui s'expliquait assez bien par la différence de profil des deux cercles, l'un linguistique, l'autre littéraire30. Or, plusieurs éléments montrent que la fracture est plus profonde et passe ailleurs. En 1928, Jakobson, le linguiste, trouve d'emblée un langage commun avec le spécialiste de littérature, représentant l'Opojaz de Petrograd, Tynjanov, qu'il rencontre pour la première fois et avec lequel il cosigne les Problèmes des études littéraires et linguistiques (Problemy izučenija literatury i jazyka/1 , mais il se sent totalement étranger à son ancien ami, le linguiste du MLK, Vinokur qui lui rend visite à Prague au même moment32.

ESTHÉTIQUE ET POÉTIQUE

Dès 1981, M. O. Čudakova et E. A. Toddes avaient révélé la présence au sein du MLK d'un mini-groupe hostile à l'Opojaz, au futurisme et au formalisme de son premier président33. Ce « flanc droit », rassemblant des figures peu connues, M. M. Kenigsberg (1900-1924), B. Gornung (1899-1976) et son frère Lev (1902-1993), A. I. Romm (1898-1943) et d'autres se fit connaître par des publications artisanales, semi-clandestines, la revue dactylographiée Hermès (1922-1924, 4 numéros), reproduite à une douzaine d'exemplaires, les recueils dactylographiés Mnémosyne (1924) et Hyperborée (1926)34, le recueil édité par

F. M. Vermel et G. 0. Vinokur, Pair et impair ( Čet i nečet, 1925). L'histoire de

cette mouvance est complexe et devrait faire l'objet d'une étude séparée35. Ses

G.

р. 13-14.

0. Vinokur, « Чем должна быть научная поэтика », in Филологические исследования,

30. « Москва шла из лингвистики к поэтике, а Петроградцы - от теории лите

ратуры », propos de В. Gornung, cité par Šapir, « Материалы по истории лингвистической поэтики в России (конец 1910-х - начало 20-х) », р. 43.

31. « С Романом мы хорошо сошлись, разногласий существенных никаких нет »,

lettre de Tynjanov à Šklovskij (ПИЛК, р. 533). Quant à Jakobson, il a écrit à propos de leur déclaration commune : « Как в подходе к языку, так и применительно к литературе он был до такой степени плодом коллективного творчества, что просто нет возможности ответить на неоднократно задававшийся мне вопрос, где кончаются мысли одного соав тора, уступая место другому. » (ПИЛК р. 533).

32.

Et qu'il qualifie de « trois fois centenaire », reprenant un mot de Šklovskij (la

Troisième Fabrique, 1926). Par la suite, Jakobson qui a fait des articles sur O. Brik et même sur B. Èjxenbaum, n'a jamais rien écrit sur Vinokur et n'a jamais parlé de son activité au

MLK. 33. M. O. Čudakova, Е. A. Toddes, « Первый русский перевод Курса общей

лингвистики Ф. де Соссюга и деятельность МЛК », Федоровские чтения 1978, Moskva, 1981, р. 229-249.

« Hyperborée » reprend le titre d'éditions acméistes des années 1912-1913,

34.

35.

« Mnémosyne » - celui de ľ almanach édité en 1824 par Kiichelbecker et Odoevskij ; quant au

titre Hermès, il fut plusieurs fois utilisé dans les années 1906-1916 ; en 1919, parut à Kiev un recueil de ce nom, auquel avaient participé B. Livšic et N. F. Berner.

« Мемуарные заметки Б. Горнунга » (publ. M. O. Čudakova), « Указатель

содержания журнала Гермес » et l'article « К истории машинописных изданий 1920-х годов Г. Левинтона и А. Б. Устинова », in Пятые Тыняновские чтения : тезисы докла дови материалы для обсуждения, Riga, Zinatne, 1990, p. 167-210 ; voir aussi K. M. Poli-

94

CATHERINE DEPRETTO

représentants ne partageaient pas tout à fait les mêmes positions et les configu

rations ont varié 6 ; néanmoins il est possible de dégager un ensemble

qui les rapproche dans leur opposition au premier formalisme. Deux éléments principaux se conjuguent : d'une part, ils dénoncent la faiblesse théorique de l'Opojaz et affirment la nécessité de donner une assise sérieuse à la poétique, en prenant appui sur la « forme intérieure » du mot (ou « interne », comme l'usage semble d'être fixé37), dans la conception de G. G. Špet : tous ou presque étaient ses élèves et ses admirateurs38. Le philosophe a fait au cercle le 14 mars 1920 un exposé sur le thème « Aspects esthétiques de la structure du mot » (Èsteticeskie momenty v strukture slova) et c'est lui qui est proposé pour diriger une des collections des éditions du MLK. D'autre part, ils s'opposent au futurisme (tout en réservant un traitement à part au groupe de la Centrifugeuse, à Pasternak et à Aseev) et se prononcent pour un « nouveau classicisme », rejoignant là encore Špet. Leurs modèles (cer tains d'entre eux, B. Gornung et A. Romm, écrivent des vers) sont les acméistes, Gumilev, Axmatova, mais aussi Kuzmin ou le Livšic de Bolotnaja meduza et Patmos :

de traits

Le programme esthétique de « Hermès » popularisait et développait l'idée de G. G. Špet sur la nécessité d'un « classicisme » littéraire, compris comme « nouveau », « spirituel », « verbal » : face au nominalisme, était affirmé le réalisme du signe, et toute la complexité consciente de sa struc ture. Dans la pratique, on pourrait considérer [les membres de Hermès] comme des « néo-acméistes » : leur « néoclassicisme » et leur « néoréa lisme» se traduisaient par une orientation vers la poétique et le style de Kuzmin, Axmatova, Mandeľštam et surtout Gumilev39.

On comprend, sur cette base, leur attitude relativement bienveillante à l'égard de V. M. Žirmunskij auquel ils remettent un exemplaire de leur revue40. Ils anticipent aussi, en quelque sorte, sur l'évolution de Vinokur, qui, séduit par

vanov, « Машинописные альманахи Гиперборей и Мнемозина », De visu, n° 6 (7), 1993,

p. 46-49, et les souvenirs de B. Gornung, Поход времени, t. 2, Moskva, RGGU, 2001.

36.

Voir, entre autres, G. Levinton et A. B. Ustinov, op. cit., p. 203-204, et lettre de

ainsi que

ses

lettres à

G. G. Špet, Поход

B. Gornung à M. Kuzmin, ibid, p. 208-210,

времени, t. 2, p. 392-397.

37. Cf. en particulier S. Zenkin, « Forme interne, forme externe : les transformations

d'une catégorie dans la théorie russe du XIXe siècle », in l'Allemagne des linguistes russes, éd.

С Trautmann-Waller = Revue germanique internationale, Paris, CNRS Éditions, t. 3, 2006,

p. 63 et 76.

38. Ils tiennent ainsi à sa collaboration ; le livre de Špet, publié par le GAXN en 1927,

Внутренняя форма слова : этюды и вариации на тему Гумбольдта, dédié à la mémoire de Kenigsberg (comme le livre de Vinokur de 1927, Биография и культура) est le dévelop pement d'un article prévu initialement pour leurs publications.

M. Šapir, « M. M. Кенигсберг и его феноменология стиха », Russian lin-

guistics, t. 18, 1994, fasc. 1, p. 78 ; voir également les lettres de B. Gornung, Поход времени,

p. 383-391.

40. Thèses de l'intervention de B. Gornung du 6 février 1925, à la sous-section de

poétique théorique du GAXN, « К вопросу о предмете и задачах поэтики », in Отчет деятельности 1921-1925, Moskva, 1926, р. 28. Texte : RGAU, f. 941, op. 6, éd. xr. 25, 1. 64.

39.

LA QUESTION DU FORMALISME MOSCOVITE

95

les Fragments esthétiques (Èsteticeskie fragmenty) de Špet41, se déclare pour la prise en compte de la « forme intérieure » (autrement dit l'image) dans l'analyse poétique et adopte une position de plus en plus circonspecte à l'égard de

l'Opojaz et du futurisme . Dès 1924, Vinokur se retire de

1ЕЃ1 ; l'année sui

vante,

tions, Poésie et science (Poezija i nauka). Ses recensions des travaux de l'Opojaz, jadis assez favorables malgré des critiques, se font de plus en plus négatives4 . La correspondance avec Jakobson montre un éloignement de plus en plus grand45. Un premier clivage entre les deux groupes se situerait dans une attitude

dans Pair et impair, il publie un article qui expose ses nouvelles posi

diamétralement opposée à l'égard de tout ce qui est réflexion esthétique et philo

et c'est autour du nom de Špet que se cristallisent les tensions46 : voilà

pourquoi (formai' l'école de Moscou est parfois appelée « formalo-philosophique »

a). Ce refus de tout préliminaire esthétique de la part de

sophique,

по-filosofskaj

l'Opojaz fait que, pour les Moscovites, ses membres ont une perception sim pliste du mot et de la forme, qui se traduit, entre autres, dans leur idée de

système. À Moscou, au contraire, la réflexion sur la nature profonde du mot, la prise en compte de toutes ses composantes et au premier chef de sa « forme inté

rieure

Cependant, tous les membres du MLK ne souhaitaient pas une collaboration trop étroite avec des philosophes : l'entrée de Špet au comité éditorial de leurs

»47 orientent les chercheurs vers la notion plus complexe de structure48.

41. Vinokur, Филологические исследования, p. 87-88. Pour M. Šapir, Vinokur est le

от автора, который был бы счастлив, если б имел право назы

philologue russe le plus influencé par Špet, cf. la dédicace de son livre Биография и куль

тура, 10 déc.1926 : «

ваться его учеником.» {Филологические исследования, р. 315). C'est bien ainsi que

Jakobson le perçoit, cf. sa lettre à Troubetzkoy du 27 octobre 1928 : «

Винокур полон

проблем шпетовского, или как его питерцы называют, шпетиального направления. »

{N.

S. Trubetzkoy's letters to R. O. Jakobson, The Hague - Paris, 1975, p. 118).

42. Sur cette question, cf. les commentaires de Šapir dans Филологические исследо

ванияet Gindin, « Друзья в жизни-оппоненты в науке », НЛО, t. 21, 1996, р. 59-70.

43. Lettre à О. Brik du 21 février 1924, M. Sapir, « "Теперь для меня невозможен

44. La première recension vraiment critique est celle du livre d'Èjxenbaum, Сквозь

даже компромисс" : из истории отношений Г. О. Винокура с Лефом », Известия Акаде

миинаук СССР, Серия литературы и языка, t. 59, 2000, fasc. 1, р. 62-63.

литературу, parue dans Русский современник, 1924, fasc. 2, p. 293-294, cf. Филоло

гические

« Пушкин », Slavische Rundschau, 1. 1, 1929, fasc. 9, p. 750-751. Les deux hommes avaient pourtant collaboré en 1922 (à propos de l'article de Tynjanov, Мнимый Пушкин) et la recen sionde Проблема стихотворного языка par Vinokur (1924) avait été globalement favo rable, cf. Филологические исследования, р. 83-86.

« Переписка Г. О. Винокура и Р. О. Якоб

сона », НЛО,

исследования, р. 81-82. Voir ensuite son exécution de l'article de Tynjanov,

45. S. I. Gindin,

46.

E. A.

Ivanova, éd.,

t. 21, 1996, р. 72-1 1 1.

En ce qui concerne Jakobson, sa lettre à Špet du 24 septembre 1929, publiée par

K. Polivanov, De visu, t. 1, 1993, p. 10, doit nous engager à nuancer cette affirmation.

47. Série d'exposés faits au GAXN en 1923-1924, cf. Отчет деятельности 1921-

1925, p. 21.

48. « Формализм понимает содержание как форму и ищет оформленности

содержания; структурализм понимает форму как содержание и ищет содержательности

формы. » (Šapir, « Грамматика поэзии и его создатели

», р. 230).

96

CATHERINE DEPRETTO

séries a constitué la pierre ď achoppement, qui les a empêchés de mettre sur pied leurs éditions49. En pointant l'insuffisance philosophique de l'Opojaz, les philologues de Moscou mettaient néanmoins le doigt sur un sujet sensible, puisque l'absence d'une conception d'ensemble est considérée aujourd'hui comme la faiblesse principale du groupe et comme responsable de la crise de la fin des années vingt. Pour la jeune génération des formalistes de Leningrad, Boris Buxštab et Lidija Ginzburg, cette question est, en effet, centrale. Les positions des aînés ne les satisfont pas. Ils sont lassés du positivisme de Tynjanov, de son nihilisme termi nologique, et ne suivent pas davantage Èjxenbaum dans son tournant socio logique (« litbyt »)50. Ils souhaitent engager une véritable réflexion sur les bases esthétiques du formalisme et se tournent vers différents auteurs dont Boris Engel'gardt51 et Gustav Špet 52. Les aînés maintiennent eux fermement leur rejet de tout préliminaire philosophique, présenté comme une volonté d'indépendance vis-à-vis de la science allemande53 :

Je ne crois pas à Špet : c'est de l'éloquence creuse. [Èjxenbaum54]

ou encore :

Nous nous sommes débrouillés sans le « Geist » des Allemands et, visiblement, avons compris de quoi il retourne. Nous sommes mûrs pour écrire notre histoire de la littérature qui ne ressemblera guère à celle d'Ovsjaniko-Kulikovskij et de Gruzinskij. [Tynjanov55]

Le débat sur la nécessité ou non de préliminaires philosophiques, d'une réflexion esthétique et du recours à des définitions rejoint une autre question centrale, celle de la rigueur conceptuelle et de la scientificité.

49. Krusanov, op. cit., p. 479-487.

50. Denis Ustinov, « Формализм и младоформалисты : статья 1 », НЛО, t. 50,

2001, fasc. 4, p. 296-321, et Stanislav Savickij, « Спор с учителем : начало литератур

ного/исследовательского

проекта Л.Гинзбург», НЛО, t. 82, 2006, fasc. 6, p. 129-154.

»,

НЛО, t. 21, 1996, р. 91.

Comparer avec ce qu'écrit Vinokur à Jakobson, 18 août 1925 : « Неужели ты далее не

видишь, что от Эйхенбаума до марксизма один шаг

51. Voir à ce sujet l'édition récente : B. Engel'gardt, Феноменология и теория сло

Moskva, NLO, 2005, qui contient des inédits importants. 52. B. Ja. Buxštab « Филологические записи 1927-1931 гг. », in Фет и другие, éd.

весности,

M. D. Èl'zon, Sankt-Peterburg, 2000, p. 463-53 ; Denis Ustinov, éd., « Письма Л. Я. Гинз

бург к Б. Я. Бухштабу », НЛО, t. 49, 2001, fasc. 3, p. 325-386 ; L. Ginzburg, « Записи 20- 30-х годов », Новый мир, 1992, п° 6, р. 172.

53. Alors même que cette science allemande nourrit leurs travaux. Sur cette question,

voir en priorité : A. Dmitriev, « Le contexte européen (français et allemand) du formalisme

russe », Cahiers du monde russe, t. 43, 2002, fasc. 2-3, p. 423-440 ; Sergueï Tchougounnikov, Du « proto-phénomène » au phonème : le substrat morphologique allemand du formalisme

russe, Kaliningrad, Université d'État de Kaliningrad, l'Allemagne des linguistes russes.

2002 ; Trautmann-Waller éd.,

54. Lettre à Vinokur du 30 juin 1924, citée par M. Šapir, Филологические исследо

вания,p. 258. Cf. également sur cette question, ПИЛК, p. 454.

55. Lettre à Sklovskij de février-mars 1928, ПИЛК, p. 536. Le « Geist » (l'esprit) des

Allemands est peut-être une allusion à la Phénoménologie de l 'esprit de Hegel et à la tradition esthétique et philosophique allemande. Elle vise aussi sans doute celui qui dans l'enviro nnementscientifique immédiat incarne cette « science allemande », V. Žirmunskij.

LA QUESTION DU FORMALISME MOSCOVITE

97

LA QUESTION DE LA SCIENTIFICITÉ

Pragmatisme, refus des classifications, des typologies etc. font que les travaux de l'Opojaz fonctionnent plus sur la persuasion que sur la démonstration (M. Gašparov). Bien que ses membres aient revendiqué pour les études litt éraires le statut de science, force est de constater que leurs écrits souffrent d'un manque de rigueur. Même chez Tynjanov qui passe pour le plus exigeant du groupe, nombreux sont les termes, dont la signification n'est pas toujours parfa itement établie. Ainsi, sa notion d'archaïste, d'abord précise et renvoyant aux adversaires des karamzinistes, perd petit à petit tout ancrage historique et finit par désigner un des pôles qui rythmerait, selon lui, l'évolution de la poésie russe. Le même processus touche les termes d'ode et d'élégie, qui cessent d'être des genres précis. Les formules dont se sert Tynjanov pour caractériser vers et prose dans leur opposition fonctionnelle sont, elles aussi, assez floues. Dans

Problème de la langue du vers (Problema stixotvornogo jazyka), que signifient exactement « l'unité et la cohésion (le resserrement) de la série vers » (edinstvo i těsnota stixovogo rjada), de même que « la dynamisation du matériau verbal » (dinamizacija rečevogo materialaf ? Et l'on pourrait multiplier les exemples. À l'inverse, dans sa volonté d'exprimer à travers des résultats quantifiés, mathématiques, tout ce qui relève de l'esthétique d'une œuvre, d'un auteur, d'un

, établit-il, chiffres à l'appui, un certain nombre de remarques que l'on faisait jus qu'à présent de manière empirique et impressionniste, et qui pouvaient concer nertoutes sortes d'éléments littéraires. Il vérifie, par exemple, le caractère plus vivant, plus ordinaire de la comédie classique face à la tragédie ; il suit l'évo lution de la tragédie en cinq actes depuis le XVIIe jusqu'au XIXe et l'apparition du drame romantique. Il établit les traits spécifiques du théâtre de Corneille en comparant l'ensemble de son œuvre, comédies et tragédies, mais aussi en confrontant ses pièces à celles de ses contemporains etc. Comment procède-t-il ? Il commence par définir un trait, considéré comme pertinent pour mettre en évi dence telle ou telle particularité, qu'il s'agisse du caractère imagé du langage, de la place de la césure ou du type de personnage. Ce trait est ensuite systémat iquementrelevé dans le corpus choisi et les résultats sont exprimés sous forme de pourcentages, présentés dans des tableaux comparatifs57. À la différence de

genre

Boris Jarxo offrirait l'exemple d'une exactitude maximale. Ainsi

56 Cette imprécision avait déjà été soulignée par les recenseurs de l'époque, dont Tomaševskij. Sur la dette de Tynjanov à l'égard de la psychologie, cf. Ilona Světlíková, Истоки русского формализма : традиция психологизма и формальная школа, Moskva, NLO, 2005. Voir aussi ce que confiait Zirmunskij à Šklovskij dans une lettre du 6 septembre 1970 : « До сих пор не могу понять, в чем значение его книги о стихе, хотя я настоял на ее опубликовании и положил на это много личных усилий, встретив сопротивление в издательстве. Роль "архаистов" в развитии русской поэзии времен Пушкина и в поэзии самого Пушкина, Тютчева, Грибоедова представляется мне сильно преувеличенной, и я до сих пор не знаю, существовали ли вообще "архаисты" (кроме Кюхельбекера и Кате нина). » (Тыняновский сборник, t. 3, Riga, Zinatne, 1988, p. 321).

57. M. L. Gašparov, « Работы Б. И. Ярхо по теории литературы », Труды по зна

ковым

littéraire et sciences exactes, les positions de Jarxo et de Špet divergeaient, comparer :

B. I. Jarxo, « Границы научного литературоведения », et G. Špet, « О границах научпого литературоведения », Philologica, 1/2 , 1994, р. 200, п. 19.

системам, t. IV, Tartu, 1969, p. 504-514. Sur la question des rapports entre critique

98

CATHERINE DEPRETTO

Tynjanov, Jarxo commence par les définitions, les plus rigoureuses possibles ; ce qu'il fait doit pouvoir être vérifié et réutilisé. Aussi se montre-t-il très critique à l'égard de Problème de la langue du vers5*. Cette opposition entre Tynjanov et Jarxo nous permet peut-être d'appro cherune des lignes de faille qui expliqueraient l'opposition entre Moscou et Petrograd. En Tynjanov cohabitaient un savant et un artiste. Jusqu'à présent on s'est surtout intéressé à l'influence de ses conceptions historico-littéraires sur ses romans, mais on n'a pratiquement pas posé la question du poids de sa nature artistique dans son travail de chercheur, en particulier dans son invention termi nologique (terminotvorčestvo). Or, selon l'analyse très fine de M. Šapir, celle-ci fonctionne par « attraction paronymique », un procédé très répandu dans la poésie russe du début du siècle. La formule « těsnota stixovogo rjada » (cohé sion,resserrement de la série vers) pourrrait bien avoir pour substrat la formule paronymique allemande, die Dichte der Gedichtreihe (mot à mot l'épaisseur, Dichte, de la série du poème, Gedicht)59. Cette conjonction de l'art et de la science caractérisait d'autres membres de l'Opojaz, en premier lieu Šklovskij, mais aussi Èjxenbaum ; seul Tomaševskij, adepte de l'utilisation des méthodes mathématiques dans l'étude du vers et proche de Jarxo par certains aspects, n'aurait jamais été tenté par l'écriture. Dans leur pratique scientifique, il n'est pas rare de voir les membres de l'Opojaz se servir d'analogies entre la situation actuelle et le passé : on connaît leurs rapprochements Majakovskij-Deržavin, Xlebnikov-Lomonosov etc. De fait, ils interprètent le passé littéraire à partir de la façon dont ils perçoivent la littérature contemporaine, et en particulier la poésie. En conséquence, la critique (dont l'objet est la littérature contemporaine) et la science (qui s'occupe de la littérature du passé) se rapprochent et s'inter pénétrent. La critique devient objective comme la science et refuse les juge ments de valeur, mais la science a tendance à fonctionner exclusivement à l'intuition. Ce rapprochement des deux pratiques constitue, pour Vinokur, un des aspects les plus critiquables de l'Opojaz (Poezija i nauka) ; il est encore plus étranger à Jarxo. Formé à l'étude des littératures anciennes et médiévales, Jarxo savait qu'on ne pouvait se fier à l'intuition pour comprendre des textes anciens et appliquait les méthodes éprouvées de la philologie classique à l'étude de la littérature contemporaine. Comme l'a parfaitement bien dit M. L. Gašparov :

Jarxo s'appuyait sur les méthodes, établies par le positivisme, à partir de l'étude du folklore, des textes de l'Antiquité et du Moyen Âge : la mise en évidence de traits caractéristiques, l'étude statistique, la systématisation avec pour résultat d'abord une description statistique de textes séparés et ensuite la reconstitution d'un processus général. Les membres de l'Opojaz, à l'inverse, partaient de la perception vivante du processus littéraire contemporain : par analogie avec lui, ils se représentaient la dynamique du processus littéraire des XVIIlVXIX* siècles et ensuite reconstituaient la façon dont un texte, aujourd'hui fossilisé, avait pu être engendré par ce

58. M. V. Akimova, « Дискуссия о стихе и прозе в Государственной академии

художественных наук : тезисы доклада Б. И. Ярхо "Стих и проза" (вопросы к обсужде

ниюи протокол прений) », Philologica, t. 7, 2001/2002, 17/18, p. 227-235.

59.

M. Šapir, « Анкета к 100-летию со дня рождения Тынянова», Тыняновский

сборник, t. 9, Riga- Moskva, 1995-1996, p. 68-69.

LA QUESTION DU FORMALISME MOSCOVITE

99

processus vivant. Jarxo appliquait les méthodes d'étude des textes anciens à la littérature moderne ; l'Opojaz transposait l'approche de la littérature contemporaine à l'étude de la littérature classique. L'une et l'autre démar chesdonnaient des résultats intéressants60.

Néanmoins, il ne faudrait pas croire que le milieu philologique moscovite était imperméable à la création. Les formalistes de Moscou, et pas seulement R. Jakobson, étaient très liés à la littérature contemporaine : plusieurs poètes et non des moindres étaient membres du MLK ; certains membres du cercle, philo logues de formation, écrivaient des vers et entretenaient avec leurs contemp orains poètes une collaboration soutenue. Parmi ses projets éditoriaux, le MLK avait programmé une série consacrée à la poésie contemporaine61 et une des dernières tentatives pour le réanimer avait consisté en l'organisation de séances avec les poètes, Mandeľštam et Pasternak. Cependant, jamais on ne trouve chez eux ce rapprochement systématique, si caractéristique de l'Opojaz, entre pratique littéraire vivante et recherche universitaire. Tout en œuvrant au renouveau de leur discipline, ils souhaitent rester dans un cadre universitaire, académique, traditionnel. Le fonctionnement du MLK avec ses procès- verbaux détaillés, ses ordres du jour précis, ses comptes rendus d'activité en est un bon exemple. Ce n'est donc pas seulement une impli cation moindre dans la littérature contemporaine qui distingue les deux groupes, mais aussi une façon différente de concevoir l'activité scientifique. L'Opojaz se voulait un groupe de la rupture, novateur en tous les domaines et recherchant sa légitimité ailleurs que dans la sphère strictement universitaire (académique). Ce caractère de rupture se manifestait, entre autres, dans la reven dication d'une recherche collective aux antipodes du travail philologique tradi tionnel, par essence solitaire62. L'Opojaz valorisait l'innovation en tant que telle, la découverte scientifique en soi, sans se soucier de la rigueur de son exposé. À Moscou, en revanche, dominait une conception selon laquelle le caractère scien tifique ne tient pas prioritairement au contenu, mais à la rigueur de la démonst ration:

de par leur nature même, les énoncés scientifiques doivent être précis,

clairs ; ils ne doivent pas comporter de contradiction logique et doivent pouvoir être soumis à vérification, c'est-à-dire qu'en principe, on doit

.]. Jarxo pensait que « le caractère

pouvoir ou les démontrer ou les rejeter

scientifique ne caractérise pas ce qu'on expose, mais la façon dont on le fait »".

Cet élément explique une des caractéristiques principales des études de B. I. Jarxo : elles ne « découvrent » pas, elles confirment ou infirment des pro-

1993,

p. 45-46.

61. Comprenait quatre fascicules : « Петербургский классицизм », « Центрифуга »,

« Футуризм », « Имажинисты », cf. Čudakova, Toddes, art. cit., p. 241 ; Šapir 1996, p. 362. Cf. également Philologica, 1996, t. 5-7, p. 371, n. 16.

60. Gašparov, art. cit., p. 14 ; cf.

également, « Взгляд из угла », НЛО,

t. 3,

62. Aleksandr Dmitriev, Jan Levčenko, « Наука как прием : еще раз о методоло

гическом наследии русского формализма », НЛО, t. 50, 2001, р. 195-246.

63.

Šapir, Philologica, 2001/2002, p. 240 ; cf. aussi du même auteur : « Язык быта /

языки духовной культуры », Russian linguistics, t. 14, 1990, fasa 2, p. 129-146.

100

CATHERINE DEPRETTO

positions qu'il a lui-même énoncées. Il ne pense absolument pas son activité comme révolutionnaire, mais comme se situant dans le strict prolongement de la tradition philologique du XIXe siècle. On comprend alors pourquoi les Moscov ites,réservant un traitement spécifique à Žirmunskij64, ne semblent pas remar querles travaux de l'Opojaz : pour eux, ils n'ont aucune des caractéristiques d'une recherche savante et érudite.

OPOJAZ VERSUS MLK : LE SENS D'UNE OPPOSITION

Est-ce à dire qu'il faille absolument donner raison à un groupe ? La voix de la sagesse consiste sans doute, à la suite de M. Gašparov, à trouver des mérites aux uns et aux autres, même si lui-même se sentait davantage l'héritier de Jarxo65. Vinokur ne déclarait-il pas dans une lettre à Jakobson du 18 août 1925 :

II serait comique bien entendu de supposer que je me désolidarise totalement de l'Opojaz. Je ne serais pas un philologue si je ne comprenais pas le rôle positif colossal joué par l'Opojaz .

Tout d'abord, les deux groupes ont une histoire commune, la période 1919- 1921, et il est bien difficile sur certains sujets d'en parler séparément, ainsi que le souligne Lazar Fleishman dans sa présentation d'interventions de Tomaševkij au MLK:

Les documents publiés montrent combien les découvertes scientif iquesde Tomaševskij des années 1910 - du début des années 1920 sont liées aux travaux des membres du MLK dont il était le plus proche et combien l'apport théorique de l'Opojaz est indissociable des débats scientifiques dans le domaine de la poétique qui se déroulaient au MLK67.

Ensuite, les Moscovites ignorent l'évolution de l'Opojaz, de certains de ses membres en tout cas, et sont un peu rapides à confondre formalisme de Petro- grad et positions productivistes du LEF (proizvodstvennoe iskusstvo). D'autre part, malgré des différences de méthode, des convergences sont réparables entre les deux groupes, par exemple entre Kenigsberg et Tynjanov dans leur approche du vers68 et, même dans le débat Tynjanov-Jarxo, des éléments seraient à retenir chez l'un et chez l'autre :

Jarxo avait presque toujours raison dans les détails, mais se trompait sur l'essentiel. Tynjanov au contraire s'approchait de la vérité dans l'essent iel,mais se trompait souvent dans les détails69.

64. Sur la question centrale du rapport de Žirmunskij aux formalistes de Moscou, cf.

Dmitriev, « Как сделана формально-философская

65.

».

« Считаете ли кого-нибудь своим учителем? - Загробно: Б. И. Ярхо »

(M. L. Gašparov, Записи и выписки, Moskva, NLO, 2001, p. 338).

66. S. I. Gindin,

E. A. Ivanova, éd., « Переписка

сона », НЛО, t. 21, 1996, р.

91.

Г. О. Винокура и

Р. О. Якоб

67. « Томашевский и МЛК », Труды по знаковым системам, t. IX, Tartu, 1977,

р. 115.

68. Šapir, Philologica 1/2, 1994, p. 149.
69.

M. Šapir, « "

Домашний, старый спор

нова », Philologica, t. 7, 2001/2002, 17/18, p. 240.

"

: Б. И.

Ярхо против Ю. Н. Тыня

LA QUESTION DU FORMALISME MOSCOVITE

101

Certes, les membres de l'Opojaz manquent de rigueur et se refusent, de manière un peu ostentatoire, à indiquer leurs sources et à donner une forme universitaire à leurs études, mais ils « ont vu » des choses et nous ont appris à voir70. Ils laissent des travaux incontournables, qui ont donné une impulsion décisive à des pans entiers de la critique, comme le secteur des études pouchki- niennes, Tołstoj, la question du héros, la sémantique poétique, l'évolution litté raire. À l'inverse, même si d'un point de vue scientifique, le formalisme moscov iteest incontestablement plus rigoureux, il n'a pas donné les travaux qui auraient été à la mesure de ses ambitions71. Pour toutes ces raisons, il est sans doute plus productif de considérer les deux groupes comme deux tendances d'un même mouvement, sans chercher à les opposer de manière systématique, alors que les points de convergence sont nombreux. Dressant un panorama des acquis de la science de la littérature russe en 1924 (Russkaja poetika i ее dostiženija), Vinokur arrivait déjà à la conclusion que ses divergences avec l'Opojaz « n'effaçaient pas une proximité intellec tuelleévidente », ni le sentiment d'appartenir à une même génération « qui s'était donné pour but le renouvellement de la philologie russe72 ».

CONCLUSION

Est-il légitime de parler d'un « formalisme moscovite » ? Sans doute, si l'on continue à donner à ce terme un sens conventionnel. Mais, pour l'instant, il importe surtout d'engager des travaux de fond sur la philologie moscovite : on ne dispose toujours pas d'une histoire détaillée du MLK, ni du GAXN, pas plus que du mini-groupe « Hermès », ni d'autres groupes informels de la capitale. L'héritage de B. Jarxo et de G. Vinokur est encore trop mal intégré à l'histoire de la discipline, sans compter l'apport original de G. G. Špet qui attend son commentateur. À terme, c'est toute l'histoire des recherches théoriques en litt érature et linguistique dans le premier tiers du XXe siècle en Russie qui devrait apparaître sous un jour nouveau et les appellations historiquement datées de formalisme devront peut-être céder la place à d'autres qualificatifs.

70. Il me semble tout à fait significatif qu'un des derniers numéros de la revue NLO

revienne sur le formalisme (Opojaz) et sur Tynjanov, « Философские траектории русского

формализма », НЛО, t. 80, 2006, fasc. 4, p. 7-90.

71. G. Levinton, A. Ustinov, «"Гермес", таким образом, представляет собой

небезынтересное звено в истории русской поэзии, и, в частности, "московских форма

листов" (хотя по существу это течение не реализовалось и не имело продолжения) (Пятые Тыняновские чтения : тезисы докладов и материалы для обсуждения, Riga, Zinatne, 1990, p. 201).

»

72.

Vinokur, Филологические исследования, р. 305.