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Madame Geneviève Bührer- Thierry Jack Goody, L'évolution de la famille et du mariage en Europe

Jack Goody, L'évolution de la famille et du mariage en Europe

In: Médiévales, N°10, 1986. pp. 127-129.

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Bührer-Thierry Geneviève. Jack Goody, L'évolution de la famille et du mariage en Europe. In: Médiévales, N°10, 1986. pp. 127-

129.

N°10, 1986. pp. 127- 129. http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/medi_0751-2708_1986_num_5_10_1028

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Jack Goody, L'évolution de la famille et du mariage en Europe, préface de Georges Duby, Armand Colin, Paris 1985, 303 p.

C'est en comparant les sociétés d'Afrique noire occidentale dont il est familier avec les sociétés à peuplement sédentaire d'Afrique du Nord, d'Asie et du Moyen-Orient que Jack Goody remarque qu'on ne peut intégrer l'Europe dans aucun des termes de cette comparaison : il est ainsi amené à se demander pourquoi, à partir du IV* siècle de notre ère, le modèle européen de parenté et de mariage diffère si profondé mentdes modèles méditerranéens.

Reprenant l'analyse de Pierre Guichard (1) qui distingue deux types de structures sociales, « orientales » et « occidentales », dans l'Anda lousie médiévale, Jack Goody insiste au contraire sur les traits per

mettant

divergente » des biens (c'est-à-dire la transmission des biens familiaux aux héritiers des deux sexes même si la part de la fille est moindre), la prise en compte de la parenté tant maternelle que paternelle même si cette dernière reste la plus importante, le très faible taux réel de polygynie en Afrique du Nord et au Moyen-Orient (au contraire de l'Afrique noire occidentale), un code de l'honneur féminin à peu près similaire sur les deux rives de la Méditerranée (mais différent en Europe du Nord).

de

rapprocher les deux types de structure : la

« dévolution

Reste le critère le plus déterminant pour opposer ces deux sociétés :

la tendance au mariage en-groupe dans l'une et l'opposition faite au mariage entre proches dans l'autre. Or le mariage en-groupe n'est pas seulement caractéristique de l'Islam, il l'est aussi des civilisations méditerranéennes antiques : alors pourquoi et quand la cassure s'est-elle produite ? C'est l'Eglise chrétienne par la bouche de son pape Grégoire qui condamne le mariage entre proches dès le VIe siècle, alors que rien n'y fait allusion ni dans les coutumes des convertis celtes ou germains, ni dans le droit romain, ni dans les textes sacrés : mais c'est un moyen

de briser l'ancienne religion « païenne » en

s'immisçant dans la vie

familiale et c'est aussi modifier le système de dévolution des biens familiaux : si on ne peut plus s'assurer du maintien des biens remis aux filles à l'intérieur de la famille, la part prélevée pour elles sur le patrimoine tendra à diminuer. En effet, la pratique du mariage en- groupe répond souvent au souci de maintenir les biens des femmes dans la famille, mais si cette pratique empêche les héritières de

1. Pierre Guichard, Structures sociales dans l'Espagne musulmane, Paris, 1977.

« orientales » et

« occidentales •

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transférer des biens au-dehors, elle n'élimine pas le problème du manque d'héritiers mâles, puisque dans l'humanité 20 % des couples restent stériles tandis que 20 % encore ne procréent que des filles.

J. Goody rapproche alors l'interdiction du mariage entre proches

et l'opposition de l'Eglise à toute pratique visant à pallier la difficulté d'obtenir un héritier : la polygynie, le concubinage, le divorce, l'adop tion(si fréquente à Rome), et le mariage entre affins (comme le lévirat traditionnel chez les Juifs). En contrariant ainsi la possibilité de garder les biens dans la famille, l'Eglise en favorise l'aliénation à son profit : c'est ainsi que les biens ecclésiastiques connurent une vigou reuse expansion à partir du Ve siècle, et on a pu estimer qu'en France

à la fin du VII6 siècle, l'Eglise possédait environ le tiers des terres arables.

Ces nouvelles formes d'action sur la société sont le fruit de la

transformation de la secte des premiers chrétiens en Eglise universelle et institutionnalisée : celle-ci n'a plus à lutter pour arracher des adeptes aux religions ances traies et à leurs familles, mais elle s'efforce de pré

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même famille. Elle doit également assurer sa subsistance en attirant

aumônes et legs pieux, bien souvent aux dépens des héritiers familiaux :

selon Augustin et Salvien, le père doit laisser la même part d'héritage

à Dieu et à ses enfants, mais s'il n'en a pas, il ne doit pas se créer

d'héritier sur cette terre, mais laisser la totalité de ses biens à l'Eglise.

la foi de ceux dont la religion a

été nourrie au

sein de cette

Cette politique de l'Eglise n'alla certes pas sans résistances et J. Goody, dans la seconde partie de son livre, les regroupe selon trois directions :

— Il voit d'une part, la persistance des intérêts laïques dans certaines formes de donations, notamment le monastère privé qui permet de

transférer des biens à l'Eglise sans les aliéner, mais aussi dans la détention des charges ecclésiastiques par l'aristocratie, voire la sécula

risation

la réforme du XIe siècle. Celle-ci élargit la juridiction de l'Eglise sur

le mariage et ramène au premier plan l'obligation du consentement mutuel et le problème des degrés de parenté prohibés entre époux;

mais parallèlement, elle ne fait pas une condition sine

l'autorisation parentale, alors que la société laïque considère ce consen tement comme un élément essentiel : le débat sur ce point, reste permanent jusqu'à la Réforme, les protestants rétablissant fermement l'autorité parentale, tandis qu'en France, l'édit royal de 1556 déshérite les enfants qui contracteraient mariage sans l'accord de leurs parents.

pure et simple des biens ecclésiastiques si fréquente jusqu'à

qua non

de

— Il constate, d'autre part, l'existence de divers mouvements « héré

tiques

croire à la possibilité du salut dans le mariage comme les Cathares,

»

qui

tous

s'intéressent au mariage, soit qu'ils refusent de

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soit qu'ils ne reconnaissent pas les interdictions matrimoniales édictées par l'Eglise, comme les hérétiques d'Arras ou d'Orléans.

Toutefois, la résistance au mariage officiel selon l'Eglise a une base beaucoup plus large que les mouvements hérétiques, et elle se cris

tallise

nismeentre les intérêts et les règles ecclésiastiques d'une part, les intérêts et les usages laïcs de l'autre.

— Car enfin, la résistance des populations au mariage selon l'Eglise existe et se manifeste à tous les niveaux de la société : le nombre des dispenses accordées pour mariage irrégulier révèle en effet que

les règles écrites prônées par l'Eglise

qu'il ne

modèle prescrit par l'Eglise. C'est ainsi que continuent à se pratiquer le mariage en-groupe, le remariage très rapide des veuves (souvent

au moment de la Réforme qui projette au grand jour l'antago

ne sont

pas

intériorisées, et

s'agit pas

de

« déviances » mais

de variantes admises au

dans les six mois), la régulation des naissances,

jeunes en-dehors de la famille conjugale chez des « parents nourri

ciers», et que le consentement parental est toujours exigé : ce sont

tous ces aspects, sur lesquels

le placement des

les

sources sont assez maigres, que

J. Goody appelle

Mais à l'inverse de beaucoup de réformes voulues par l'Eglise, il en est une qui fut embrassée avec ardeur par les populations : c'est le développement de la parenté spirituelle associée à la parenté natur elle, dans laquelle J. Goody croit voir le trait le plus significatif du modèle européen de parenté et de mariage. Le « parrainage en Dieu » qui s'étend au IVe siècle, remplace l'adoption romaine sans ouvrir aucun droit sur l'héritage, et il prend une telle place qu'on lui trans

fèreles normes s 'appliquant à la consanguinité et à l'affinité en jetant l'interdit sur l'union des personnes liées par un parrainage. La proli

fération

ainsi une réaction au relâchement des liens élargis de consanguinité :

la famille naturelle se rétrécit autour de la descendance directe, tandis que la famille spirituelle se dilate à l'infini.

qui présente en

concentré les traits propres au modèle européen de la famille et du mariage, et elle dénote le pouvoir qu'a eu l'Eglise d'introduire des institutions nouvelles dans le domaine domestique. Même si on n'adhère pas pleinement aux thèses de J. Goody, la qualité et l'étendue de la documentation qu'il avance ne peuvent que fournir un excellent point de départ à un fructueux débat ; il faut donc se féliciter de « l'intrusion » d'un anthropologue dans le champ historique, car les perspectives originales qu'il développe sont à même, bien qu'elles dérangent un peu, de faire réfléchir plus d'un historien.

« l'économie occulte de la parenté ».

des parrains et marraines aux XIVe

et

XVe

siècles serait

Selon J. Goody, c'est cette parenté spirituelle

Geneviève Buhrer-Thierry