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OROZCO Alejandro La critique derridienne du concept de langage d’Edmund Husserl. Université de Paris 8 Vincennes-Saint Dennis Séminaire de formation doctorale : Husserl, Derrida, Cavell : les voix de la philosophie au XXème siècle. Professeur :Charles Ramond

Dans le dernier chapitre de La voix et le phénomène intitulé « Le supplément d’origine »

Jacques Derrida fait une critique de la pensée husserlienne et de son concept de langage en

suggérant que Husserl d’un seul mouvement « décrit et efface l’émancipation du discours

comme non-savoir ». 1 D’après Derrida les prémisses de la grammaire pure logique, établi

par l’auteur des Recherches Logiques, nous autorisent à affirmer que l’absence du sujet et

de l’objet dans toute expression est une condition structurelle du langage, qui permet

qu’une expression puisse avoir le statu de discours.

Dans ce dernier chapitre le philosophe français avoue aussi les avantages de la formalité du

concept husserlien du langage, en affirmant que, contre toute la tradition philosophique,

Husserl propose un concept original du langage. Ce concept étant formel, permet de penser

à un discours émancipé du fondement de la connaissance intuitive, car il s’agit d’un

concept dans lequel on peut distinguer l’intention (la visée du vouloir-dire) de l’intuition (la

perception de l’objet). À partir de cette distinction on tire la conclusion suivante :

« l’absence de l’objet visé ne compromet pas le vouloir-dire ». 2

Néanmoins ce concept montre un gros engagement métaphysique, car il est au moins à

distance encore commandé par un impératif intuitionniste et un projet de connaissance, 3

qui fonde l’objectivité du discours sur le critère épistémologique de la vérité et de la

connaissance.

L’originalité de ce concept est que son assujettissement à l’intuitionnisme ne lui empêche

pas d’affirmer qu’ « un discours peut être un discours même s’il est faux et contradictoire »

1 Jacques Derrida, La voix et le phénomène, Paris, Presses Universitaires de France, 2009, p. 109.

2 Ibid., p. 101.

3 Ibid., p. 109.

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et même s’il « ne rend possible aucune connaissance ». 4 À partir de ce concept on peut penser le langage comme non fondé sus la valeur de vérité, c’est-à-dire un discours comme non-savoir.

D’après Derrida il y a une distance entre la pensée husserlienne et les théories classiques du langage qui ont comme fondement l’intuitionnisme. Cependant il y a une détermination en profondeur du concept husserlien du langage par rapport à la vérité et, en dernière instance, à la connaissance et au savoir. Il y a une détermination de l’eidos par le telos : une détermination de l’idéalité de la Bedeutung par une rationalité connaissante qui s’anticipe comme finalité, au sein d’une structure métaphysique qui a comme fondement du sens de l’expression l’intentionnalité connaissante du rapport à l’objet. 5

En effet, selon « le geste philosophique le plus traditionnel », 6 l’intuition et la présence commandent dans la grammaire pure husserlienne le sens de toute expression, quand l’objectivité est définie préalablement comme vérité. Ce critère épistémologique se trouve derrière les rapports entre les concepts impliqués « de sens, d’idéalité, d’objectivité, de vérité, d’intuition, de perception, d’expression » comme le fondement métaphysique qui établi un rapport phantasmatique avec la présence, avec le présent vivant de la conscience.

Du point de vue derridien, Husserl se contredit quand il suggère que la Bedeutung du mot Je « ne peut être tiré que du discours vivant et des données intuitives qui en font partie ». 7 Husserl se contredit puisque, en parlant des énoncés de perception, il avait établi qu’il n’y a pas besoin de l’intuition perceptive pour les comprendre, ou, en langage derridien, celui-ci proposerait qu’il n’ya pas besoin du présent vivant pour que la Bedeutung d’un discours ait lieu. L’histoire ordinaire du langage, remarque Derrida, c’est la possibilité de comprendre un discours – n’import quel discours même quand celui qui parle n’existe plus ou d’ailleurs s’il n’a jamais existé. Même si le vécu d’autrui, c’est-à-dire, le sens visé par celui qui parle, ne m’est pas présent en personne et ne pourra jamais l’être.

4 Ibid., p. 100.

5 Ibid., p. 110.

6 Ibid., p. 111.

7 Cité par Derrida, Ibid., p. 107.

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À ce propos, Derrida se posse la question dans ces termes : « Est-ce que, lorsque je dis Je, fût-ce dans le discours solitaire, je peux donner sens à mon énoncé autrement qu’en y impliquant, comme toujours, l’absence possible de l’objet du discours, ici de moi- même ? ». 8 L’affirmation husserlienne sur la dépendance de la Bedeutung du mot Je par rapport aux données intuitives, implique la nécessité d’une intuition de l’objet dans un discours – c’est-à-dire de la « présence intuitive » pour que la Bedeutung ait lieu. Mais l’analyse effectué par Derrida amène à ce philosophe à conclure que loin d’impliquer l’intuition de l’objet, le vouloir-dire « l’exclut essentiellement ». 9

La Bedeutung est toujours le résultat de l’acte du vouloir-dire, acte qui est animé par l’intention d’un rapport à l’objet. Mais la lecture derridienne de la grammaire pure logique husserlienne s’occupe de remarquer que l’intuition n’est pas indispensable, il est juste nécessaire qu’il y ait une intention pour que le discours commence, il suffit le vouloir-dire comme prétexte pour que la parole se déroule.

D’après Derrida le travail husserlien montre son originalité quand il fait la distinction entre l’intention et l’intuition et quand il démontre la non-coïncidence entre l’expression, le vouloir-dire et l’objet de l’expression. Sans cette mutuelle indépendance des composantes du discours, celui-ci ne serait jamais compréhensible, aucun énoncé de perception ne serait transmissible au-delà de l’instant précis auquel il est énoncé. Il n’y aurait jamais que le présent du discours car il n’aurait pas la possibilité de dépasser le champ de la communication orale ou gestuelle.

Ce que Derrida fait c’est tirer les conclusions strictement dérivées de cette distinction entre l’intention et l’intuition pour réfuter la notion d’ « unité d’intime confusion » entre ces deux composantes du discours.

Donc cette non-coïncidence de l’expression, le vouloir-dire et l’objet est structurellement fondamentale pour que le langage puisse fonctionner tout seul en absence de l’intuition. Si la présence de l’intuition était absolument nécessaire aucune télécommunication ne serait possible, aucune communication à distance ni dans le temps ni dans l’espace n’aurait

8 Ibid., p. 106. 9 Ibid., p.102.

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jamais lieu. C’est dans cette valeur de l’absence requise que Derrida trouve la possibilité d’émancipation du discours par rapport au critère épistémologique de lintentionnalité connaissante.

Toujours est-il que toute communication implique une distance dans le temps et dans l’espace, même la communication locutoire entre deux personnes implique toujours déjà une distance et un délai minimaux. On pourrait donc conclure à partir de l’analyse derridien que si la présence intuitive était structurellement nécessaire aucune communication ne serait possible, car la plénitude de la présence est toujours éventuelle. 10

L’idéalité de la Bedeutung n’est juste un élément du langage parmi d’autres mais sa possibilité structurelle ; l’absence de l’objet de l’expression, c’est-à-dire l’absence de l’intuition, et également l’absence du sujet de l’intuition, l’absence en général est une condition nécessaire pour qu’un discours puisse être un discours. C’est pour cela qu’une Bedeutung ne peut pas s’orienter chaque fois dépendent l’occasion ou la situation actuelle du discours, au contraire, elle reste toujours la même car la nature idéale de toute Bedeutung dicte qu’elle ne peut pas être différent selon les circonstances.

L’idéalisation du signifiant, dit Derrida, c’est l’opération du différer, une opération qui fissure et retarde la présence, un mouvement qui augmente la possibilité de répétition de la présence manquante. En conséquence l’absence de l’intuition n’est une possibilité toléré par la structure du discours mais la condition essentielle du discours pour que la Bedeutung puisse avoir lieu chaque fois que l’expression est répétée. La possibilité de la non- perception, la possibilité de l’absence totale du sujet et de l’objet impliqués dans le langage, constitue la structure, la condition même du vouloir-dire, et donc la condition même du discours et de la communication.

Le concept d’écriture donné par Derrida comme « nom courant des signes qui fonctionnent malgré l’absence totale du sujet, par (delà) sa mort » 11 nous permet de comprendre la relation entre l’idéalisation et l’absence. Et c’est Husserl lui-même qui introduit l’élément de l’écriture et ouvre la possibilité de penser la relation entre la Bedeutung et l’absence

10 Cf. Ibid., p.101. 11 Ibid., p. 104.

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lorsqu’il écrit : « Quand nous lissons ce mot [Je] sans savoir qui l’a écrit, nous avons un mot, sinon dépourvu de Bedeutung, du moins étranger à sa Bedeutung normale ». 12

Quand ce concept d’écriture implique l’idée d’absence, il met en évidence la possibilité du langage au-delà de la présence immédiate et du présent vivant du discours. Avec cette ouverture ce concept montre la possibilité de fonctionnement du langage dans l’absence totale de l’auteur, ce que signifie la possibilité de la télécommunication.

La valeur d’absence impliquée par ce concept d’écriture introduit « une certaine rupture dans l’homogénéité du système » 13 de la communication. C’est la raison pour laquelle Derrida affirme que l’opération du différer qui fissure et retarde la présence est impensable « comme la simple complication homogène d’un diagramme ou d’une ligne du temps, comme « succession » complexe ». 14 En réalité, à l’inverse de la voix, l’écriture constitue le medium dans lequel la présence intuitive n’est pas préservée et la phénoménalité prend la forme de la mondanité.

Le concept d’écriture tel qu’il est défini par Derrida illustre le fait que le mot Je est clairement compréhensible sans avoir l’intuition de l’objet Je. La différence entre l’expression, la Bedeutung et l’objet montre son importance fondamentale par rapport au mot Je car cette différence nous montre qu’on peut comprendre ce mot quand il a été écrit par quelqu’un qui est déjà mort, par un inconnu ou par un personnage de roman absolument fictif.

Alors ce concept d’écriture, évoquant la condition requise de l’absence totale de l’intuition dans la structure du langage, nous apprend que le vouloir-dire peu avoir lieu grâce a cette possibilité d’anonymat du sujet d’un énoncé (l’écrivain, l’auteur, le parlant, etc.) et grâce à la possibilité d’absence (de disparition) des objets décrits. En conséquence s’il y a une liberté du langage, s’il y a du discours autonome par rapport à la connaissance intuitive c’est grâce au rapport à la mort de l’écriture et au fait que ce rapport constitue une

12 Cité par Derrida, Ibid., p. 107.

13 Cf. Jacques Derrida, « Signature, événement, contexte » dans Limited Inc., Paris, Galilée, 1990.

14 Jacques Derrida, La voix et le phénomène, op. cit., p. 98.

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condition structurelle du langage : « L’énoncé « je suis vivant » s’accompagne de mon être mort et sa possibilité requiert la possibilité que je sois mort ; et inversement ». 15

C’est grâce à l’implication de l’absence totale, de la disparition totale du sujet autant que de l’objet de l’expression, que les signes fonctionnent dans le temps et la distance, et c’est l’écriture qui introduit une telle rupture dans l’homogénéité du système de la communication. Cette rupture est à la fois la possibilité d’inauguration et achèvement de l’idéalisation et la signification et pas au contraire, comme Husserl semble s’en être convaincu avec la tradition philosophique qui le précède. La Bedeutung naît à partir de l’implication de cette absence et pas au contraire. Cela autorise Derrida à dire que la mort du sujet d’un énoncé est toujours structurellement impliquée dans l’identité idéale propre à toute Bedeutung.

En somme ce que Derrida fait c’est tirer les conclussions logiques des prémisses husserliennes et d’appliquer les mêmes règles à toute expression et à toute forme du discours : « Lorsque je me dis a moi-même « je suis », cette expression, comme toute expression selon Husserl, n’a le statu de discours que si elle est intelligible en l’absence de l’objet, de la présence intuitive, donc ici de moi-même ». 16 Le caractère impersonnel de l’expression Je, son anonymat c’est la situation normale de sa Bedeutung, et c’est pour cela qu’elle peut rester la même, qu’elle peut garder son sens, même si la situation empirique et actuelle de celui qui l’énonce ou l’écrit se modifie radicalement.

Ainsi la Bedeutung du pronom Je reste la même chaque fois qu’elle est prononcé par une personne différente dans un contexte tout à fait différent : « La possibilité de cette non- intuition constitue la Bedeutung comme telle, la Bedeutung normale en tant que telle ». 17 La différence radicale dans ce cas du mot Je, plus précisément entre sa Bedeutung et son objet, explique le fait que lors qu’on écrit ce mot celui-ci fonctionne comme signifiant complètement idéal, et on peut dès lors avoir le sentiment de le lire comme si il était écrit par un inconnu. Cela n’est que l’effet bizarre de la valeur structurellement testamentaire de l’idéalité de la Bedutung du mot Je, étant donné que son vouloir-dire ne peut avoir un

15 Ibid., p. 108.

16 Ibid., p. 106, je souligne.

17 Ibid., p. 107.

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fonctionnement correct que s’il implique l’absence totale, c’est-à-dire, la possibilité de la mort de celui que l’énonce et de la disparition de l’objet.

En tant qu’expression obéissant certaines règles, celle-ci se constitue comme discours. Ainsi, l’expression Je, comme toute autre expression, n’échappe pas à cette circonstance. Si cela n’était pas le cas – nous rappelle Derrida en disant «d’ailleurs »comme si cela était un fait secondaire et sans importance – il n’y aurait même pas la possibilité de comprendre l’expression Je pense et par conséquent le concept d’ego transcendantal dans l’histoire de la philosophie. C’est-à-dire, il n’y aurait pas de philosophie moderne. Mais nous pouvons comprendre cette expression, même s’il y a plus de trois siècles quelle a été écrite par la première fois et que son auteur est mort, même si on la lit dans une autre langue et de l’autre coté du monde. Cela n’empêche pas ce discours d’être écrit, lit et compris.

Derrida parle des implications de l’absence comme la condition du langage et son rapport à l’histoire de la philosophie comme si cela était un fait secondaire. Mais avec cette remarque il suggère l’idée de que la philosophie moderne entière est fondée sur la condition structurelle du langage, c’est-à-dire sur les rapports entre l’écriture et la mort, la signification, et la répétition. Celle-ci est une remarque fondamentale qui réfute les principes de la philosophie, ce qui est évident si on pense que l’idée de la subjectivité et la conscience sont à la base de toute la philosophie moderne.

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