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De la vraie et de la fausse action en ce monde

1. Cyrénius dit : « Oui, Seigneur et Maître éternel ; mais je me pose encore cette
question : si les hommes doivent être aussi actifs et travailleurs dans tous les domaines d'une
existence qui comporte mille besoins, il est à prévoir que cela les éloignera de la vie
spirituelle, en soi toute contemplative, pour en faire de purs matérialistes de ce monde, et
alors, il ne pourra plus guère être question de régénération spirituelle !
2. Par ailleurs, Tu m'as Toi-même enseigné qu'il ne fallait pas se soucier de la
prospérité de la vie terrestre, comme le font les païens, mais chercher avant tout le royaume
de Dieu et sa justice - et que tout le reste serait donné par surcroît.
3. Comment relier cela à ce nouvel enseignement selon lequel il faudrait être toujours
surchargé de travail ? Seigneur, j'ai quelque peine à concilier tout cela, et il serait bon que Tu
me l'expliques davantage, si Tu y consens. »
4. Je dis : « Il nous reste encore une heure et demie, aussi puis-Je bien répondre à ta
question. Mais écoute bien ce que Je vais te dire, car c'est une parabole.
5. Deux hommes, A et B, vinrent chez un maître d'un art particulièrement beau et utile.
A était venu apprendre cet art parce qu'il espérait, à la longue, en faire son gagne-pain. Il
étudia cet art avec zèle, en acquit patiemment tous les tours de main, et sa joie fut sans bornes
lorsqu'il reçut enfin de son maître le document certifiant qu'il avait terminé son apprentissage
de cet art et en était désormais lui-même un maître. Certes, bien des secrets de cet art lui
demeuraient inconnus. Mais cela ne le préoccupait plus guère, car il possédait désormais le
certificat grâce auquel il gagnerait bien sa vie sans trop de peine.
6. Quant à B, c'est un motif bien différent qui l'avait conduit près du maître, et qui ne
pouvait manquer d'avoir sur celui-ci un tout autre effet. B ne songeait nullement à gagner son
pain ; son unique intérêt était l'art pour lui-même, et il n'était mû que par le désir de connaître
intimement tous les secrets de cet art qu'il voulait apprendre.
7. Voyant que, pour cet élève, seule comptait la connaissance de cet art divin et non
l'argent qu'il en tirerait, le maître en conçut une grande joie. Il consacra tous ses efforts à cet
élève et l'instruisit soigneusement de tous les secrets de son art. La conséquence en fut que B,
devenu un maître accompli, exécuta par la suite une œuvre si incomparable que la renommée
en parvint jusqu'aux oreilles d'un roi, qui le pria de venir la lui montrer. L'artiste s'exécuta,
non dans l'espoir d'un quelconque profit, mais avec la certitude de procurer au roi une très
grande joie.
8. Quand le roi put enfin voir cette grande œuvre d'art et qu'il se fut convaincu de sa
très grande utilité*, il dit : "Que puis-je faire pour toi, grand maître ? Nomme ta récompense,
et elle te sera accordée : de plus, tu seras désormais un favori de ma cour et pourras y exercer
ton art !
9. L'artiste, profondément ému de la bienveillance du roi, lui répondit : "Très noble
seigneur, très sage monarque et souverain, ta faveur et le plaisir que te donne mon œuvre sont
déjà pour moi la plus haute des récompenses ! Car ce n'est pas par amour du gain, ni même
pour assurer mon pain quotidien, mais uniquement pour l'amour de cet art que j'ai consacré
toutes mes forces à l'apprendre et à en pénétrer mon âme, et c'est pourquoi son insigne
reconnaissance par le plus sage des rois est à elle seule ma plus grande joie et la plus haute
des récompenses."
10. Que crois-tu que le roi, de plus en plus content, fit après cela ? Il dit à l'artiste : "Je
reconnais à présent que tu es dans ta partie un artiste accompli ! Car si tu n'avais étudié cet art
glorieux que pour gagner ton pain, tu ne l'eusses jamais amené à une telle perfection. Car
celui qui étudie une chose afin de faire son chemin grâce à elle ne pense qu'à la réussite et se
satisfait donc bien vite d'une petite connaissance superficielle, et, au-delà, ne se soucie que de
calculer la meilleure manière de cacher son peu de savoir sous une apparence trompeuse, afin
que les hommes ne remarquent point sa faiblesse et le tiennent malgré tout pour un grand
maître. Pourtant, à la longue, cela ne le servira guère, car il sera trahi par l'insuffisance et la
médiocrité même de ses œuvres.
11. Mais toi qui as appris cet art pour lui-même, tu n'as calculé que la manière dont tu
pourrais pénétrer ses secrets les plus grands et les plus intimes. Seule t'importait la vérité de
l'art, et c'est pourquoi tu es devenu cette chose rare, et pour moi précieuse, qu'est un véritable
artiste. Et c'est parce que, jusqu'à cette heure, tu ne t'es jamais soucié de ton gain ni de ta
subsistance que tu dois véritablement les trouver l'un et l'autre auprès de moi, et cela
durablement et en abondance ! Car le roi que je suis a toujours une place, avec le mérite et le
gain qui s'y attachent, pour les vrais artistes, les savants et les sages." - Voici donc, Cyrénius,
ton objection élucidée d'une manière palpable. »

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De ceux qui aspirent égoïstement à la régénération spirituelle

1. (Le Seigneur :) « L'aspiration exclusive au royaume de Dieu suppose les plus grands
efforts. Lorsqu'un vrai disciple a pleinement compris cela, il se trouve bientôt un roi pour
offrir sa vraie récompense au véritable mérite, et c'est ainsi que, chaque fois que, dans un
quelconque domaine positif de l'existence humaine, un homme fait le bien en toute vérité pour
le seul amour du bien et du vrai et qu'il cherche à atteindre en cela une vraie perfection, la
juste reconnaissance et la rétribution lui viendront toujours d'elles-mêmes.
2. Imaginons par exemple un homme à qui il importerait avant tout d'accéder à cette
renaissance de l'esprit dont parle Ma doctrine, et qui, en vérité, est promise à tous ceux qui s'y
seront efforcés avec zèle et un véritable amour. L'homme de notre exemple sait que le seul
chemin pour y parvenir est l'amour de Dieu et du prochain. Il observe donc strictement tous
les commandements de Dieu, aime Dieu autant qu'il est possible à son cœur, ne fait que du
bien à tous selon ses forces et donne beaucoup aux pauvres, et, chaque fois qu'il entend parler
d'un homme qui connaît vraiment Dieu, il lui rend visite, lui donne tout ce qu'il peut et en fait
son ami.
3. Ainsi fait-il des années durant pourtant, la régénération spirituelle promise, et qu'il
espère et demande chaque jour un peu plus, ne vient pas. Il remarque bien qu'il a parfois des
moments de clarté, mais ce ne sont que des éclairs dont la lumière ne dure pas. C'est alors que
le zélé aspirant à la régénération spirituelle se dit : "Je commence à croire que toute cette
affaire de renaissance en esprit n'est qu'une fable ! Cela fait vingt années maintenant que je
n'ai cessé de faire tout ce que demandait la doctrine, et j'en suis au même point que lorsque j'ai
commencé à vivre et à chercher selon ses principes ! Ce que j'ai appris, en vérité, c'est qu'il
n'y a rien à attendre d'elle : aussi serai-je plus avisé de me remettre à vivre comme un homme
de ce monde et de me retirer de tout cet illusoire commerce de l'esprit
4. Voici donc la question essentielle pourquoi cet homme, malgré ses efforts si
honnêtes, n'a-t-il pu parvenir à la renaissance de son esprit ? Précisément parce qu'il ne faisait
tout ce bien que dans le but d'y parvenir !
5. Celui qui aime Dieu et son prochain pour un autre motif que l'amour de Dieu et du
prochain ne peut accéder à la renaissance complète, parce que celle-ci relie l'homme à Dieu
d'une manière tout à fait immédiate.
6. Toute autre motivation met entre l'homme et Dieu une barrière qui, si mince soit-
elle, ne peut laisser passer la lumière spirituelle, et qui empêche l'homme de s'unir pleinement
à l'esprit de Dieu. Et, tant que cette union n'a pas lieu, il ne saurait être question d'une
renaissance complète.
7. Je te le dis, c'est seulement quand, l'âme ayant renoncé à tout intérêt personnel,
l'homme est parfaitement libre, qu'il peut accéder au plus haut ! - Dis moi maintenant si cela
est clair pour toi ! »
8. Cyrénius dit : « Oui, j'y vois parfaitement clair à présent ! Ah, il y a vraiment un
monde entre deux manières de faire une seule et même chose ! Mais une fois qu'on le sait, il
est assurément possible de bien faire, pour peu que l'on en ait la ferme volonté, et elle ne
saurait manquer à un homme qui connaît la seule vraie raison très claire de tout cela et qui sait
quel chemin il doit suivre ! Bien sûr, c'est justement cela qui demande le plus de temps et de
travail car, alors même qu'on croit avoir tout compris, on s'aperçoit bientôt que maintes
choses, souvent même essentielles, vous échappent. Pourtant, Je crois bien qu'il ne me
manque plus grand-chose à présent ! Mais si cela devait être le cas, j'espère que Ton amour, ô
Seigneur, me le donnera en temps utile.
9. Mais je vois que nos Pharisiens sont de retour, et leur principal meneur est en
grande discussion avec Marc. Quant à moi, je suis fort curieux de savoir quel effet cela a
produit sur eux de voir d'un peu plus près Tes œuvres miraculeuses ! »