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L'Arabie déserte durant l'antiquité

Lecture Classique

Les premières civilisations:

Vers - 15 000, au moment le plus fort de la dernière glaciation, le


Golfe Persique est vide d'eau et la péninsule est rattachée au plateau
iranien. De la même façon il n'y a pas d'eau entre le Yémen et
l'Afrique. Les mouvements de population peuvent donc venir du
Nord, de la Palestine au détroit d'Ormuz et aussi du Sud par le détroit
de Bab el Mandeb, en provenance de la Corne de l'Afrique. A cette
époque, l'Arabie semble connaître un climat légèrement plus humide
qu'aujourd'hui et des chasseurs aux outils en pierre taillée parcourent
des savanes et des pâturages. La chasse aux ânes sauvages fournit
l'essentiel de l'alimentation carnée. Mais dès le VIIe millénaire
l'élevage de bovidés apparaît auprès des oueds plus fournis
qu'aujourd'hui. Le petit bétail, chèvres et mouton apparaît ensuite et
profite des herbages du désert en hiver et au printemps. Cette
pluviosité plus abondante qu'aujourd'hui dure 2500 ans (entre - 8000
et - 5500). Dans le sud-est de la péninsule, le dromadaire est chassé
au Ve millénaire. C'est à cette époque que de nouveaux immigrants
apportent l'agriculture depuis la Palestine. Dans le Golfe, une variété
de palmier dattier est sélectionnée à la fin du IVeme millénaire.

Une des premières civilisations de la région est le Pays de Dilmoun,


situé dans l'actuel état de Bahreïn, au milieu du IIIeme millénaire. Cet
endroit possède des réserves d'eau douce depuis environ - 100 000,
qui peuvent être captées par des puits artésiens. Dilmoun est le nom
que les Sumériens ont donné à ce carrefour commercial qui relie la
Mésopotamie, la civilisation de l'Indus, le pays de Magan
(probablement l'Oman) et l'Elam. C'est pour les Sumériens le domaine
de l'Enki, leur dieu fondateur. Qal'at al-Bahrain semble l'ancienne
capitale au nord de l'île, elle est bâtie selon un plan géométrique et
suit les règles d'urbanisme des cités de l'Indus. Le roi assyrien Sargon
II, dans ses annales, cite le roi de Dilmoun, Uperi, vers - 710, qui lui
envoie le tribut.

Naram-Sin, roi d'Akkad

La localisation du pays de Magan ne fait pas l'unanimité mais d'après


Naram-Sin, le butin de Magan conquis au XXIIIe siècle, provient du
nord de la Péninsule d'Oman. Il capture le roi de Magan, Mannudannu

L'abondance des mines de cuivre de Magan et la production de diorite


le place tout naturellement dans ce courant d'échanges vers le XXIIIe
siècle. Dans les textes akkadiens, on peut lire que, vers - 2270,
Manishtusu, le deuxième fils de Sargon, conquiert 32 cités au pays de
Magan, en pille les mines d'argent et en rapporte des blocs de diorite.
Vers - 2000, l'agriculture se développe sur le plaine côtière et dans les
vallées abritées.

Le Qatar profite également mais dans une moindre mesure de ces


échanges et devient aussi un centre de commerce. Il est impliqué dans
le commerce des perles. La prospérité de toute la région décline en
même temps que la Mésopotamie et la civilisation de l'Indus vers -
1750.

Le Koweït participe également à ce commerce, en particulier par l'île


Failaka qui semble un comptoir du Pays de Dilmoun. Sur le continent,
tout près, existe un ancien carrefour caravanier. L'île Failaka est
colonisée par les Macédoniens qui la nomment Ikaros et y installent
une garnison. Elle devient un centre de pêche (perles et poissons).

Le pays de Magan connaît des formes domestiques du dromadaire


depuis environ - 3000, sous l'influence de la culture iranienne, mais il
faut attendre la fin du 2eme millénaire pour que la domestication du
dromadaire soit bien avancée et permettent l'utilisation de cet animal
pour la guerre. Et, en - 853, la bataille de Qarqar, en Haute Syrie,
contre l'armée assyrienne, est probablement la première de cette
ampleur où des méharistes de la tribu de Qedar (ou Kedar), demeurant
près de l'oasis de Duma, participent, commandés par leur roi Gindigu
ou Gindibu. Un "roi de Qedar" nommé Hazael et une "reine des
arabes" appelée Te elhunu, sont cités par Sennacherib dans ses
campagnes contre les nomades. Hazael doit payer le tribut tandis que
Te elhunu est déportée.
Archer arabe monté avec méhariste
(British Museum)

En Arabie, la population est répartie entre les éleveurs, les cultivateurs


des oasis et les marchands. Les cités forment des centres
commerciaux et doivent se défendre contre les attaques des Bédouins
du désert. Ces cités sont principalement des étapes sur les pistes
caravanières et l'une des plus célèbres est La Mecque, qui est en
même temps un lieu de pèlerinage fréquenté. La principale piste
caravanière vient du Yémen et longe la mer Rouge jusqu'en Palestine.
D'autres raids sont effectués vers l'Arabia Felix ( Saba, Qataban et
Hadramaout) et vers la Mésopotamie. Le dromadaire comme le
chameau est rarement utilisé pour combattre à cette époque. En effet,
il n'est guère facile de conduire cet animal dans un espace restreint et
en outre le soldat juché à telle hauteur devient une cible facile ! Ces
montures sont utilisées pour transporter rapidement les militaires,
souvent par deux, le méhariste et un archer.

Enfin, une véritable république de marchands, dominée par les


négociants de la tribu de Qoraysh, va maîtriser peu à peu le commerce
caravanier entre l'Arabie du sud et les rivages méditerranéens, ainsi
que la gestion de leur cité (La Mecque).

Au VIIIème siècle, les Assyriens cherchent à contrôler le fructueux


commerce caravanier qui traverse l'Aribi (Arabie) et mènent des
campagnes dans la région de Madian, (actuelle province de Tabuk),
ainsi le roi Tiglath-Phalasar (Toukoulti-apil-Esherra) III écrit vers -
732 :

"Pour Shamsi, la reine des Arabes, au mont Saqurri, j'ai battu 9 400
hommes de son peuple. Son camp au complet; 1 000 personnes, 30
000 chameaux, 20 000 bêtes ... 5 000 sacs d’épices... les piédestals de
ses dieux, les armes et serviteurs de sa déesse et ses biens, je m'en suis
emparé. Et elle, pour sauver sa vie, elle s'est enfuie comme une
ânesse, dans le désert, dans un endroit aride. Le reste de ses biens et
de ses tentes, ce qui faisait le salut de son peuple, je l'ai brûlé. Et elle,
saisie par mes armes puissantes, elle m'a apporté ses chameaux, ses
chamelles et leurs petits, jusqu'en Assyrie en ma présence. J'ai nommé
un gouverneur et 10 000 hommes auprès d'elle."

Forteresse de Qasr-Marid dans la province d'Al Jawf (antérieure aux


Nabatéens)
source : http://www.saudigazette.com.sa

Shamsi, cette reine guerrière succède à une autre reine, nommée


Zabibi, vassale des rois assyriens. Lui succède une autre reine, Yatie.
Sa capitale est Adumattu. Les villes sont des centres caravaniers. Ce
sont des Arabes scénites (vivant sous la tente), nommés en
grec Sarakênoi et en latin Saraceni, d'où vient le mot français
Sarrasin.
Pendant la guerre entre Assurbanipal et son frère Shamash-shum-ukin,
roi de Babylone, des Qédarites, conduits par Abyatha et son frère,
soutiennent les Babyloniens révoltés contre la tutelle assyrienne mais
ils sont vaincus ils se réfugient dans Babylone. Assurbanipal gracie
Abyatha et le nomme roi de Qadar. Vers 640, une nouvelle révolte
éclate parmi les tribus qédarites unies dans la confédération de
Atarsamain qui lancent un raid contre les territoires syriens sous
tutelle assyrienne. Les Assyriens stoppent cette révolte.

Puis les Perses organisent vers - 539, la satrapie Arabaya.

Les Nabatéens:

Après la tribu de Qedar, la maîtrise des caravanes qui traversent


l'Arabie, revient aux Nabatéens. Les Nabayati, dont parlent les
annales assyriennes, se révoltent contre Assurbanipal et leur roi
Natnu, est vaincu au cours d'une campagne qui dure trois mois, entre
Palmyre et Damas, au VIIème siècle. Puis ils deviennent sujets de
l'Empire Perse. Ce peuple, originaire d'Arabie centre-méridionale, est
présent dans le pays d'Edom vers la fin du IVeme siècle. Il n'est pas
sûr qu'une conquête ait eu lieu, les Edomites profitant de la victoire
des Babyloniens contre le royaume de Juda et l'exil à Babylone d'un
grand nombre d'Hébreux pour occuper le sud de ce royaume. Il s'agit
probablement d'une infiltration dans la région. Ils deviennent
rapidement maîtres du golfe d'Aqaba et de son port Elath. Leur
"capitale" est Reqem plus connue sous le nom grec de Petra. C'est un
lieu d'échange, de commerce, un entrepôt pour l'encens, la myrrhe, les
épices, les aromates (en particulier la cannelle), l'or, l'argent, les bois
précieux, bien plus qu'une cité.
Les routes commerciales terrestres des Nabatéens. (Wikipedia)

Ce commerce d'or, d'encens et de myrrhe attire des convoitises et en -


312, Antigonos Monophtalmos (Antigone le Borgne) , maître de la
Syrie et de la Palestine, tente de conquérir le territoire des Nabatéens,
sans doute en prévision d'une invasion de l'Egypte. Il organise deux
campagnes dans ce but. La première est confiée à Athenaios qui doit
attaquer le roi par surprise et confisquer tous ses troupeaux. Il s'agit de
profiter d'une fête annuelle des Nabatéens qui sont réunis en laissant à
Pétra, les anciens, les femmes et les enfants ainsi que leurs biens.
Athenaios avec 4 000 fantassins et six cents cavaliers réussit à
capturer des prisonniers et un butin composé d'encens, de myrrhe et
de cinq cents talents d'argent. Les Nabatéens dirigés par Rabilos
poursuivent les Grecs et les détruisent. Diodore de Sicile les décrit, à
cette époque comme une tribu puissante d'environ 10 000 guerriers,
prééminente parmi les tribus nomades d'Arabie.
Antigonos envoie son fils Démétrios le Poliorcète, pour venger cet
échec. Les Nabatéens sont sur leurs gardes, ont dissimulé leurs
troupeaux et sont avertis de l'avance ennemie par les signaux de
fumée des sentinelles. L'attaque n'aboutit pas et des négociations
s'engagent au terme desquelles, Démétrios bat en retraite tout en
obtenant des otages et des "dons". Les Nabatéens détiennent un
véritable monopole du commerce de l'asphalte de la mer Morte ce qui
attire la cupidité de Démétrios. Il tente de s'en emparer, mais il est
attaqué par 6 000 guerriers et doit abandonner.

Au IIIeme siècle, les Nabatéens sont cités dans le Hauran (région de


Bostra, dans le sud de la Syrie), par deux papyrus de Zenon, sous le
règne de Ptolémée II Philadelphe, vers - 259. Ils profitent du déclin
des Séleucides au début du IIème siècle, pour s'étendre en Syrie. Ils
reçoivent bien Judas et Jonathan Macchabée, une alliance contre le
général séleucide Bacchides est même attestée. La cité d'Hégra,
actuelle Madâ'i Sâlih, au Nord Ouest de l'Arabie, est contrôlée
jusqu'en 76 de notre ère. Le Hijâz est sous influence nabatéenne.

Les Nabatéens sont présents sur les côtes de la mer Rouge, comme
éleveurs, à la fin du IIeme siècle. Quand les souverains Lagides
ouvrent une route maritime qui menace le monopole terrestre, du
commerce des parfums et des épices en ralliant directement le Yémen
à l'Egypte, les Nabatéens se livrent avec succès à la piraterie, sur des
radeaux comme le confirme Strabon. Mais une flotte égyptienne
composée de quadrirèmes intervient plus tard et ravage leur territoire.
La commerce transitant par Petra semble diminuer au milieu du 1er
siècle.

Aretas (Harithath) II règne vers - 100. C'est le premier roi en conflit


avec le royaume Hébreu en pleine expansion. Il ne peut empêcher
Alexandre Jeannée de prendre la cité de Gaza dont les habitants ont
demandé son aide. Mais son règne est florissant et les premières
monnaies nabatéennes sont frappées. Son successeur, Obodas
(Ubaidah) 1er est aussi en guerre contre Alexandre Jeannée. Vers - 93,
il lui tend une embuscade et le vainc dans le Golan, près du site de
Gadara, alors qu'il veut s'étendre vers le Sud. Toutefois, en - 90,
Jeannée lui rend les terres conquises. Moab et Galaad sont sous
contrôle nabatéen.

C'est alors que les Séleucides réagissent à cette expansion. Antiochos


XII mène deux campagnes contre les Nabatéens, la première en - 88 -
87 qui reste sans effet. Au cours de la seconde, Alexandre Jeannée
combat aussi les Séleucides. Antiochos est soudain attaqué près de
Jaffa, par 10 000 cavaliers nabatéens qui auparavant se repliaient vers
le Neguev. Les Syriens fuient vers Kana et ils meurent à peu près tous
de faim, c'est la fin pour Antiochos XII Dionysos mais Obodas ne
survit pas à cette victoire.
Son fils Aretas III le Philhellène, est le dernier roi indépendant des
Nabatéens. Son royaume va connaître sa plus grande extension. Il
s'empare de Damas de façon pacifique, appelé à l'aide par ses citoyens
menacés par les Ituréens, commandés par le Tétrarque de Chalcis, il
domine cette cité et la Coelé-Syrie jusqu'en - 72, quand Tigrane le
Grand, le roi d'Arménie, en fait la conquête. En - 82, depuis Damas,
Aretas attaque Alexandre Jeannée, et le bat à Adida, près de Lydda.
Ce dernier réplique, attaque à l'est du Jourdain et conquiert 12 villages
en pays Moabite et en Idumée ainsi que les ports de Gaza, Raphia et
Rhinocolure.

Dans le royaume hébreu, Aristobule et Hyrcan se disputent le pouvoir


après la mort d'Alexandre. Hyrcan, battu, se réfugie chez Aretas qui
pense à récupérer les territoires perdus et une alliance s'ébauche.
Aretas attaque Aristobule avec l'appui des Philistins, le bat et le force
à se réfugier dans Jérusalem. Il met le siège devant la cité en - 65 mais
Rome intervient. Emilius Scaurus, un légat de Pompée, se précipite
d'Arménie en Judée et aussitôt arrivé, il est sollicité par les factions.
Aristobule trouve des arguments pour convaincre Scaurus qui exige
du roi Aretas III, la levée du siège de Jérusalem. C'est chose faite en -
64 et Aristobule peut écraser les partisans de Hyrcan dans la vallée du
Jourdain, au Papyron, pendant qu'Aretas s'est retiré.

En - 55, le proconsul de Syrie, Gabinius "marche contre les Nabatéens


et les bat au combat". Cette intervention romaine a pour but de
sécuriser la frontière sud de l'empire et maintenir le passage vers
l'Egypte, mais il s'agit aussi d'obtenir des tributs. La présence romaine
devient incontournable. Ainsi, Pompée oblige les Nabatéens à entrer
dans la clientèle de Rome et laisse la province de Syrie entre les mains
de Scaurus. Ce dernier se montre menaçant et obtient un tribut de 300
talents d'argent sans combattre. Le roi Malichos entretient de bonnes
relations avec Rome et en - 47, il aide Jules César dans sa guerre
d'Alexandrie en lui envoyant ses cavaliers au moment où il en a
vraiment besoin. Mais il soutient les Parthes en - 40 quand ceux-ci
font la conquête de la Palestine, reprise rapidement par Rome et il fait
à nouveau le mauvais choix en soutenant Marc Antoine face à
Octavien (futur Auguste) dans la guerre civile qui suit. Antoine oblige
les Nabatéens à payer un tribut à Cléopâtre à partir de - 31. Ceux ci
refusent, Cléopâtre charge Hérode le Grand d'attaquer Malichos.
Hérode est vainqueur et pille la Nabatène. Mais quand Cléopâtre voit
l'armée d'Octavien en -30, elle tente de faire passer sa flotte en mer
Rouge, à travers le désert, les Nabatéens attaquent et incendient les
navires.
C'est en - 25, sous le règne d'Obodas III que le préfet d'Egypte Gaius
Aelius Gallus, dirige une expédition militaire vers l'Arabia Felix, sur
l'ordre de l'empereur Auguste. Le but est de reconnaître l'origine de
l'encens et des autres marchandises précieuses que les Nabatéens
vendent et pouvoir commercer directement avec l'Arabie du Sud.
Gallus part avec 10 000 soldats romains et égyptiens et prend pour
guide un gouverneur nabatéen, Saleh (Syllaios, Sylleus) que lui
fournit le roi. Ce guide persuade Gallus que la route par la terre est
impraticable, lui fournit 1 000 hommes et lui recommande d'équiper
une flotte dans le port de Cleopatris (au sud de l'actuel canal de Suez).
Les Romains construisent des navires peu adaptés à la mer Rouge. Ils
recommencent et après quinze jours de navigation difficile, nous dit
Tacite, et des navires perdus, atteignent le port nabatéen de Leukè
Kômè (Port Blanc), malades du scorbut et d'autres maladies. L'armée
passe l'hiver au port.
Au printemps, l'expédition reprend la route, marchant vers l'intérieur,
passe près de Yathrib et subit la marche dans le désert, rallongée par
le guide et enfin aboutit en six mois dans les royaumes sud-arabiques.
Une armée veut leur interdire le passage et bien que moins nombreux,
les Romains remportent une nette victoire et continuent vers le Sud.
Strabon, l'ami de Gallus, écrit que le Préfet ne perdit que sept hommes
au combat et que des dizaines de milliers d'ennemis furent tués! Ils
prennent la ville d'Asca, celle d'Athrula et assiègent celle de Marsiaba
(aujourd'hui Ma'rib), mais manquant d'eau doivent abandonner.
Epuisé, Gallus donne l'ordre de rentrer, à deux jours de marche des
régions productrices d'aromates, trouve des guides efficaces et revient
en deux mois en Egypte, avec une armée fort diminuée.
Les pertes sont considérables pour l'armée romaine mais les lieux
utiles sont repérés et en peu de temps, le commerce nabatéen est fort
concurrencé par voie maritime, depuis l'Egypte. Saleh est mis à mort à
Rome, pour trahison, après avoir accusé Aretas IV, le nouveau roi,
d'être responsable de la mort d'Obodas en - 8. Ce règne est l'apogée du
royaume nabatéen. Ce roi est un grand bâtisseur et Petra en conserve
la trace aujourd'hui. Pour ménager son voisin Hérode Antipas, il lui
donne Phasaelis, une de ses filles en mariage. Le commerce des
aromates et des parfums est détourné de Pétra vers l'Egypte romaine.
Hérode Antipas répudie Phasaelis et se remarie avec Hérodiade, la
femme de son frère Hérode Philippe 1er. Phasaelis retourne vers son
père. Aretas ulcéré, lui fait la guerre et le bat en 36. Tibère refuse
d'aider Hérode, le gouverneur de Syrie, Vitellius, est peu enclin à le
soutenir. Aretas envahit la Judée et annexe les territoires sur la rive
occidentale du Jourdain. En 39, il est destitué par l'empereur Caligula
et exilé dans le sud de la Gaule.

Le nouveau roi, Malichos II, pratique une politique en faveur de


Rome et en 70, il fournit à Titus un contingent de 5000 cavaliers et un
millier d'archers pendant le siège de Jérusalem en 70. Pendant ce
règne, le contrôle de Damas est perdu. Le dernier roi, Marâ’nâ
Rabbêll II, monte sur le trône le 20 Octobre 70. Bostra devient la
deuxième capitale. A sa mort, en 106, par ordre de Trajan, Cornelius
Palma, le gouverneur de la Syrie, annexe la Nabatène en s'emparant
de Petra et de Bostra. C'est la nouvelle province d'Arabie Pétrée qui a
pour capitale Bostra. En 114 Petra devient "métropole" de province et
en 220, une colonie romaine dont les revenus sont agricoles. En 269,
la nord de la province est envahi par les troupes palmyréniennes, des
destructions sont subies à Bostra. C'est la période d'expansion de la
reine Zénobie (Septimia Bathzabbai Zenobia). L'occupation de Petra
comme centre urbain, malgré le séisme de mai 363, persiste jusqu'au
régime des Omeyyades (7ème - 8ème siècle).

La reine Zénobie
Palmyre:
Un autre peuple caravanier de l'Arabie du Nord a formé un état dans
l'Est de la Syrie actuelle, la Palmyrène. Palmyre, à la différence de
Petra, est une oasis bien arrosée, riche en palmiers et en oliviers. Au
IIIeme millénaire, Tadmor, l'ancien nom de Palmyre, est sous
l'influence des Amorrhéens. A la fin du IIème millénaire, ce sont les
Araméens qui contrôlent cet oasis. Ensuite les Assyriens, puis les
Babyloniens et les Perses dominent cette région. D'abord simple halte
pour les caravaniers entre l'Euphrate et l'Oronte, cette cité devient peu
à peu un lieu d'échange de marchandises. Palmyre va profiter de
l'effondrement de la dynastie Séleucide et de la stabilité due à
l'autorité romaine pour devenir un grand centre commercial. Comme
les Nabatéens, les Palmyréniens assurent la protection des caravanes
avec leurs célèbres archers à cheval. La Palmyrène est dominée par
des familles de marchands.
Soumise et protégée par Rome depuis Trajan, Palmyre bénéficie de la
politique défensive de l'empereur Hadrien qui lui octroie le statut de
ville libre intégrée à l'empire. Le Sénat local prend les décisions "Par
décret du Sénat Romain" qui lui laisse une véritable autonomie
financière. Depuis 106, Palmyre assure le monopole du commerce
caravanier entre l'Inde, la Mésopotamie et la Méditerranée et permet
de contourner le monopole perse de la soie. En 116, Trajan crée les
premières unités palmyréniennes qui vont protéger le limes de
l'Empire. En 212, Septime Sévère accorde à Palmyre, le statut de
colonie romaine avec exemption fiscale (jus italicum). Mais c'est
véritablement, l'anarchie militaire romaine du milieu du IIème siècle
qui donne à Palmyre la possibilité de devenir une puissance. La Perse
sassanide de Sapor 1er est victorieuse des armées romaines de 244 à
260 et cette année, l'empereur Valérien est prisonnier de Sapor. Deux
ans avant Odénat, le Resh (prince) de Palmyre est fait vir-consularis
(gouverneur) par Valérien.

Dans la débâcle romaine en Syrie, avec ses méharistes et les débris


des légions romaines qu'il a rallié, Odénat repousse les troupes
sassanides et les chasse de Syrie. Puis il franchit l'Euphrate, délivre la
cité d'Edesse qui a résisté efficacement et en 262, reprend aux Perses,
les cités de Carrhae, de Doura Europos et de Nisibis. Il marche sur
Ctésiphon, ravage la région, et dans une deuxième expédition, bat les
Perses devant les murs de la cité. Il réussit à chasser les Sassanides
d'Arménie et de Mésopotamie. En reconnaissance, l'empereur Gallien
le fait dux romanorum (général en chef des armées d'Orient). Il a
probablement signé un traité avec Sapor pour permettre aux caravanes
venant du golfe Persique de rejoindre Palmyre. Odénat est assassiné
avec son fils Herodianos, en 267, à Emèse (Homs) par un membre de
sa famille. Sa jeune femme, Zénobie (Septimia Bathzabbai Zénobia),
le remplace, exerçant la régence au nom de son fils Wahballat. Elle
s'oppose à Rome, repousse les troupes qu'envoie contre elle,
l'empereur Gallien puis envoie ses armées en Egypte en 268,
conduites par le général (Septimus) Zabdas. soutenue par une faction
politique pro-palmyréenne dirigée par Timagenes, l'Egypte est
conquise en 270 et vers l'Est, la Syrie et l'Asie Mineure. Cet "empire
palmyrénien" est plutôt favorable aux Perses dans leur conflit
séculaire avec Rome. En 271, Antioche est prise et Probus repousse
Zénobie en Egypte, puis il est battu près de Memphis. En 272,
Zénobie et Wahballat se proclament Sebaste et Sebastos (équivalents
grecs d'Augusta et Augustus).

En 270, Aurélien est proclamé empereur pour rétablir l'ordre sur le


territoire de l'Empire romain. Après avoir purgé l'Italie et la Pannonie
des barbares, il part en campagne en Asie, au printemps 272, depuis
Byzance. Zabdas le laisse avancer jusqu'à Antioche pour allonger les
lignes de communications romaines. Mais à Antioche, l'armée
palmyréniennes accepte le combat. Sa grande force réside dans ses
cavaliers cuirassés, les clibanarii supérieurs aux cavaliers romains.
Aurélien éloigne son infanterie et ordonne à ses cavaliers Maures de
simuler la fuite devant la lourde cavalerie palmyrénienne. Puis quand
les clibanarii sont épuisés dans leurs lourdes cuirasses, les
légionnaires chargent et remportent la victoire. Aurélien entre dans
Antioche tandis que l'armée palmyrénienne, battue mais non détruite
se replie vers Emese (Homs). Aurélien reconquiert facilement les cités
d'Apamée, Larissa, Aréthuse. Un autre combat a lieu près d'Emese.
Comme précédemment, la cavalerie cuirassée surclasse la cavalerie
romaine mais se disperse dans la poursuite et est massacrée par les
légionnaires. Zénobie se replie sur Palmyre. Aurélien traverse le
désert et met le siège devant Palmyre. Les Sassanides laissent faire
Aurélien. Palmyre se rend rapidement. Zénobie à déjà fui vers Sapor
mais les Romains l'arrêtent à Doura Europos, avant qu'elle ne
franchisse l'Euphrate. Aurélien épargne Palmyre, y laisse une garnison
de 600 archers commandée par Sandarion et rentre en Europe avec
Zénobie. La population de Palmyre se révolte sous la conduite
d'Apsaeus et élimine la garnison romaine. Apsaeus tente d'acheter le
commandant militaire de la province d'Orient, Marcellinus et le
pousse à se proclamer empereur. Ce dernier gagne du temps, prévient
Aurélien qui revient très vite en Asie. Palmyre se donne un nouveau
roi, Antiochus, parent d'Odeinat pendant qu'une révolte éclate en
Egypte redevenue romaine. Mais Aurélien agit si rapidement qu'il
traverse le désert et surprend Palmyre avant qu'elle soit en état de
défense, début 273. Les légionnaires massacrent une partie de la
population pour venger la garnison et le reste des habitants est réduit
en esclavage. La ville est pillée et systématiquement saccagée.
Aurélien ne peut calmer ses soldats

"L'une des plus prospères cités de l'Orient vient d’être détruite et j'ai
été impuissant à retenir mes légions. Mes soldats, si valeureux sur tant
de champs de bataille, viennent de se couvrir de honte." écrit il.

Zénobie participe, chargée de chaînes d'or, au triomphe d'Aurélien qui


lui donne une somptueuse villa à Tibur et une pension pour y vivre
honorablement. Mais elle ne termine pas sa vie d'une manière aussi
tranquille, et participe à un complot contre l'empereur. Aurélien,
averti à temps fait mettre à mort tous les conspirateurs y compris
Zénobie.

Le royaume Lakhmide :

Le royaume Lakhmide a pour capitale al-Hira (non loin de Babylone)


mais le prince An-Numan I campe près de Damas. les Lakhmides sont
alliés et vassaux des Sassanides depuis Sapor II (Shapur) au IVeme
siècle. Vers 420, le prince Lakhmide Al Mondir, soutient Bahram V
Ghûr dans sa conquête du pouvoir sassanide. En 531, Alamundaros
(Al Mundhir IV), un chef Lakhmide contribue à la victoire de Kosroe
1er contre le général byzantin Bélisaire. En 578, la guerre contre les
Ghassanides alliés à l'empire byzantin, connaît une défaite
significative, Hira est prise et incendiée. Plus stable que l'état
Ghassanide, le royaume lakhmide se révolte contre le roi sassanide
Kosroe II. Vers 602, le "roi" An-Nu'man III est éliminé par le
souverain perse qui annexe ses territoires malgré la victoire à la
bataille de Dhi Qar remportée par Hany bin Masud contre les troupes
sassanides. Les Lakhmides redeviennent indépendants sous le règne
d'Hormiz IV, à la fin du 6eme siècle. En 633, Al-Hira se rend
rapidement aux troupes commandées par le chef musulman Khaled.

Territoires des Ghassanides et des Lakhmides vers 600 (source


wikipedia)

La confédération Ghassanide :

Les Ghassanides proviennent du sud de l'Arabie, habitent la vallée de


Ma'rib et font partie de la tribu Azd. Au IIIeme siècle de notre ère, ils
se mettent en mouvement et s'installent dans le territoire de la
Jordanie actuelle, dans la région Al-Balqa. Vers 420, le chef arabe
Aspebetos se convertit au christianisme et s'allie à l'empire Romain. Il
devient phylarque des Saracènes. Les Ghassanides s'opposent aux
Lakhmides alliés à l'empire sassanide. Les tribus ont le titre de
foederati (alliés des Romains) et assurent la défense des frontières du
Sinaï à la Mésopotamie. Elles peuvent donc s'installer en territoire
romain. Tha'laba ibn ‘Amr, le chef de la confédération, signe une
alliance, en 502 avec l'empereur byzantin Anastase. Les Ghassanides
doivent protéger la province d'Arabia puis la Palestine sous la
conduite du phylarque d'Arabie. Le roi de Kinda qui dirige une autre
tribu arabe, devient phylarque de Palestine.

Le chef de la confédération est phylarque (le chef militaire des unités


auxiliaires de l'armée byzantine), en même temps qu'une autorité
territoriale. Son successeur est Jalaba (ou Galaba), qui lutte et meurt
aux côtés du général Bélisaire, face aux Lakhmides vers 528. Son fils
Hârith ibn Jabala (Aretas), reçoit le titre de Patrice et le rang de roi
des Arabes pour faire contrepoids au chef Lakhmide Alamundaros. En
fait il est devenu le chef de tous les Arabes fédérés par les Byzantins.
Ce royaume, vassal de l'Empire byzantin, en défend les frontières,
aussi bien sur l'Euphrate qu'aux frontières méridionales de l'Arabia. Il
s'étend vers le sud et atteint à son maximum, Yathrib. En 569, Aretas
meurt et son fils Al-Mundhir lui succède. Il remporte des victoires
contre les Lakhmides commandés par Kaboz. Quand Al-Mundhir
demande à Justinien de l'or pour payer ses troupes, ce dernier refuse et
donne l'ordre de le mettre à mort. Al-Mundhir avisé se retire dans le
désert avec ses troupes. Les Perses et les Lakhmides en profitent pour
piller la Syrie et détruire Eraclée et Hama en 573.

Une réconciliation s'effectue avec l'empereur Tibère II en 580. Mais


sa défense de la foi monophysite le font arrêter pour trahison. Son fils
Nu'man part à l'assaut de la Syrie et de l'Arabie et le gouverneur de
Bostra est tué dans l'assaut. Puis Nu'man est capturé en 581 et la
confédération est dissoute. Le sassanide Khosroes II peut envahir la
Syrie et la Palestine en 614. Les rapports avec l'Empire se dégradent
en raison de leur foi monophysite, violemment réprimée par Byzance.
A Yarmouk, en 636, les 12 000 guerriers Ghassanides basculent en
pleine bataille, du côté arabe, alors que l'empereur a refusé de les
payer. Cette défection bouleverse le rapport de force et c'est une grave
défaite pour l'Empire. En conséquence la route est ouverte vers le
Tigre et l'Euphrate.

Le centre de l'Arabie déserte :

Plus au Sud, à environ 650 kilomètres à l'est de Jeddah, dans la


direction des îles Kuria Muria, sur une importante voie caravanière
reliant le royaume de Saba au Golfe Persique, la cité d'al Faw est
connue dans les royaumes sudarabiques sous le nom de Dhât Kahal.
Cette cité, capable de frapper monnaie, est située sur une plaine
arrosée de façon discontinue par l'eau provenant des montagnes ce qui
lui permet d'être autosuffisante pour les productions agricoles. C'est
surtout un lieu d'échange pour de nombreuses marchandises (thé,
parfums, pierres précieuses, tissus, or, argent, cuivre, et fer). C'est la
capitale du royaume de Kinda, important au Vème siècle et dont l'un
des souverains est le poète Imru' al-Qays qui fait graver sur sa tombe
en 328, "roi de tous les arabes".

Au IVe siècle, l'Himyar qui domine l'Arabie du sud et a repoussé les


Ethiopiens cherche à dominer les routes commerciales qu'empruntent
les caravanes, comme les Nabatéens avant eux et poussent vers le
Hidjaz. Les tentatives sont vouées à l'échec y compris celle d'Abraha,
qui approche de la Mecque au VIe siècle. Cette "victoire" assure aux
Quraichites et au sanctuaire de la Mecque un grand prestige. Les
Axoumites vont revenir au Yémen et les Perses appelés par l'Himyar
les remplacent.

A cette époque, l'abondance des échanges commerciaux a peu à peu


rapproché les diverses langues parlées dans l'Arabie déserte et la
conscience d'appartenir à un même ensemble émerge dans toutes ces
tribus

la cité d'al Faw dernière expédition


Le Yémen antique
Les Origines

Au Sud Ouest de la péninsule arabique, bordant la mer Rouge et la


mer d'Oman, une région fertile voit naître une civilisation placée sur
le chemin de l'Egypte à l'Inde. Dans la région de l'Hadramaout en
particulier, des installations relevant d'une culture mégalithique datent
du 3ème millénaire. Le relief accidenté, la mousson qui tombe deux
fois par an sur les massifs montagneux a facilité l'agriculture
sédentaire. A partir du XVème siècle, les Sabéens venant du Nord,
forment un état dirigé par des prêtres rois à l'Ouest, sur la mer Rouge,
avec pour capitale Sirwah, puis Ma'rib, tandis qu'au Sud Est, sur la
mer d' Oman, le royaume minéen (Ma'în), fondé plus tôt par les
Crétois, selon Pline, couvre une grande partie du Yémen.
Écriture sud-arabique
L'écriture sudarabique est utilisée depuis le XIIème siècle, elle sera
utilisée par les différents royaumes sudarabiques. Au Xème siècle,
d'après la légende, la reine ou la princesse de Saba, Bilquis pour les
Arabes, Makeda pour les Éthiopiens,rend visite au roi hébreu
Salomon. Pendant que le royaume de Ma'ïn décline, celui de Saba
atteint son apogée au VIIIème siècle et il fonde des colonies sur la
route commerciale vers la Palestine et vers la côte africaine. Des
inscriptions assyro-babyloniennes contemporaines attestent les
relations entre les Sabéens et le Moyen Orient. Vers -750, le roi de
Saba fait construire le barrage de Ma'rib si essentiel à l'agriculture du
royaume et qui assurera la richesse de cette région jusqu'à l'an 542 de
notre ère, date de sa destruction. Au VIIème siècle, c'est le règne de
Karib'il Watâr le Grand, qui réussit à unifier tout le Yémen occidental
et contrôler les royaumes du Qatabân et du Hadramaout. Ce
"mukarrib" (mot qui signifie fédérateur), va procéder par conquêtes
militaires comme dans le Jawf ou dans le wâdî Markha, ou par des
alliances dans le cas des royaumes de Hadramaout, Qatabân, Haram,
et de Kaminahû qui lui permettent d'anéantir le royaume d'Awsân.
Cette politique a pour but de contrôler les voies de commerce et en
particulier celle des aromates, aussi les Sabéens bâtissent deux villes
fortifiées sur le wâdî Raghwân : Kutal et Arârat. Mais le souverain
sabéen ne réussit pas à occuper le royaume de Nashshân dans le Jawf
même si son palais royal est saccagé.
ruines de Mar'ib
Les Sabéens vont entrer en contact avec les populations de
l'Erythrée ou des comptoirs sont installés dès le IXème siècle. Ils
fondent la cité d'Axoum dans le Tigré. Cette hégémonie sabéenne
s'estompe vers le VIème siècle. C'est le royaume du Qatabân dont la
capitale est Tamna, qui le premier recouvre ses prérogatives sur les
territoires du Sud Ouest et leurs souverains prennent à leur tour le titre
de "mukarrib". Au Nord, les cités du Jawf s'intègrent dans le royaume
de Ma'in qui domine le commerce des aromates et fonde des
comptoirs en Arabie centrale et septentrionale. On a retrouvé les
traces de ces marchands jusqu'en Egypte et à Délos. Ce royaume
acquiert une grande prospérité, néglige la puissance militaire et se
contente dans ce domaine de construire de redoutables murailles
autour des grandes cités. Il a repris sous son autorité des cités
précédemment sabéennes comme Yathill et Nashshän.

Le royaume de Qatabân s'étend vers l'Ouest et s'impose par des


campagnes victorieuses contre Saba et Hadramaout dont la capitale
est Shabwa. Cette suprématie dure jusqu'au IIème siècle et l'apparition
d'une nouvelle puissance l'Himyar. Ce royaume est établi vers - 110 et
son économie est basée sur l'agriculture, l'exportation de l'encens et de
la myrrhe et avec sa flotte nombreuse, il se livre au commerce de
l'ivoire africain vers l'empire romain. Il tente d'empêcher les Grecs
naviguant pour le compte des Lagides de naviguer vers les Indes. Le
royaume minéen n'est plus aussi prospère en raison de l'arrivée
massive de populations nomades venant des déserts arabiques. Il a
disparu quand le préfet d'Egypte, Aelius Gallus, traverse la mer Rouge
avec 10 000 soldats en - 25, descend la côte vers le sud et met le siège
devant les murs de Ma'rib. Mais vaincu par le climat, il doit se retirer.
Vers l'an 69, une union politique semble réalisée entre Saba et le
Himyar. Mais peu de temps après une guerre va opposer ces deux
puissances pendant deux siècles. Les Axoumites profitent de cette
rivalité pour occuper le littoral de la mer Rouge au IIè siècle.

L'unification du pays
Les royaumes situés dans les wadis qui bénéficiaient du commerce
des aromates sont fort affaiblis. Le commerce caravanier vers la
Mésopotamie est supplanté par le commerce maritime dominé par les
Romains. Seul le Hadramaout d'où proviennent l'encens et la myrrhe
et qui dispose du port de Qana, garde sa prospérité. C'est alors que ses
rois deviennent à leur tour mukarrib et fondent une colonie dans le
Zafâr (actuel sultanat d'Oman). Cette puissance s'appuie sur une
cavalerie efficace, elle s'étend vers l'Ouest dans les deux premiers
siècles, monte des expéditions dans le Jawf et, au sud, conquiert et
anéantit le royaume de Qatabân, puis s'avance vers le Himyar. Ce
dernier conquiert le royaume de Saba vers la fin du IIIème siècle
malgré l'intervention du royaume d'Axoum et l'Hadramaout vers 300.
A partir du IVème siècle, le royaume Himyarite domine tous les
royaumes sudarabiques et les Ethiopiens sont repoussés vers 378. Le
commerce est prospère avec Rome et le royaume d'Axoum par le port
d'Adoulis. Mais l'entretien des installations d'irrigation de l'arrière
pays n'est plus assuré.

Carte des royaumes caravaniers sudarabiques avec l'extension maximale du


Qatabân

Au Vème siècle le monothéisme apparaît dans la région et le


christianisme se répand tandis que le prince himyarite Dhou Nouwas
craignant de subir l'influence de l'empire byzantin choisit le judaïsme.
Mais le prosélytisme du royaume d'Axoum provoque un conflit
violent et Dhou Nouwas ne tarde pas à attaquer Najran au nord, une
cité où les chrétiens sont nombreux. Le massacre qui suit la prise de la
ville et celui de Zafar provoquent une première invasion du roi
d'Axoum Caleb en 523 qui se heurte à une défense efficace.
Encouragé par l'empereur Justinien qui lui fournit une flotte aux
environs de 525, une deuxième invasion est décidée. Les Africains
traversent le détroit avec environ soixante-dix navires et sont arrêtés
par une chaîne devant la rade de Sa'îd. Une tempête se lève et disperse
une partie de la flotte vers le Nord et les Axoumites débarquent à al-
Makha ou Mukha. Là se déroule un combat où Caleb est victorieux, la
ville de Zafâr est prise et le roi himyarite est éliminé. Le Yémen est
conquis et le christianisme devient religion officielle. Un himyarite
chrétien est placé sur le trône par le Négus, il se nomme Abraha et
vers 540, il lance une offensive contre La Mecque qui n'aboutit pas.
Une fois la paix conclue avec Byzance, le roi sassanide Khosroes Ier,
sollicité par le royaume d'Himyar, attaque les Axoumites et les chasse
vers 575. L'usage de l'écriture sud-arabique disparaît au milieu du VIè
siècle. La guerre entre la Perse Sassanide et Byzance reprend en 622.
et le nouvel empereur Heraclius chasse les Perses de tous les
territoires qu'ils ont conquis et en 629 la paix est signée. Mais
l'anarchie règne en Perse, une dizaine de souverains se succèdent sur
le trône.

En 628, Baydhan, le satrape perse du Yémen se rallie à l'islam, peut


être pour arbitrer les luttes incessantes entre juifs et chrétiens et peu à
peu des soldats perses suivent cet exemple. C'est pendant le califat
d'Abou Bakr vers 633, que le Yémen est gagné à la nouvelle foi, les
tribus bédouines fournissant les soldats de cette conquête nommée
bataille de la Ridda (Apostasie). Al-Mohâdjir Ibn abou-Omayya mène
un des corps expéditionnaires vers l'Hadramaout, Sowaïd Ibn Mogrin,
un autre corps contre Tihama, sur la côte de la mer Rouge et Mân Ibn
Hadjiz un troisième corps contre la tribu de Bani-Solaïm. Les
Yéménites participent ensuite aux campagnes de la conquête à
commencer par celle de la Syrie, commandée par Khaled Ibn al-
Walid en 634. Le Yémen est rapidement divisé en 3 mikhlaf
(province) : Sanaa, Janad et Hadramaout.
Représentation par Ptolémée de l'Arabia Felix.

L'Ethiopie antique,
le royaume des premiers Negus
Les Origines

Des premiers contacts avec des marchands égyptiens semblent attester


une civilisation, près des côtes au nord de l'actuelle Éthiopie, au début
du 3ème millénaire. La région est appelée Pays de Pount et la célèbre
expédition, envoyée par la reine d'Egypte Hatchepsout, de la
XVIIIème dynastie, dans la première moitié du XVème siècle, permet
aux Egyptiens de nouer des relations commerciales avec le pays des
Habachan (qui donne le nom d'Abyssinie). Ces relations
commerciales directes durent jusqu'au règne de Ramsès III, début du
XIIème siècle. Les Egyptiens emportent de l'encens et de la myrrhe,
de l'or, de l'ivoire, de l'ébène et d'autre bois rares et des peaux.

Maison de village représentée sur le temple de Deir-el-Bahari


(origine wikipedia)

Du point de vue archéologique, c'est Yeha, la plus ancienne ville


qu'on a trouvée à une cinquantaine de kilomètres d'Axoum, ou
Aksoum, datant du début du 1er millénaire. Il s'agit probablement de
la plus ancienne capitale. Elle se situe dans la région du Tigré.

Vers - 600, les relations sont importantes avec l'actuel Yémen ainsi
qu'avec la Vallée du Rift. Dans le sud, une grande variété de
mégalithes témoigne d'une ancienne civilisation dans le Harar, le
Shoa, le Sidamo, le Soddo, le pays de Tiya et la région de Butagira.
Au Vème siècle, le royaume de Méroé développe un commerce actif
avec le Tigré par voie fluviale et son influence est grande au siècle
suivant. La prospérité vient avec le développement du commerce dans
la Mer rouge, par l'Égypte Lagide, en particulier sous Ptolémée II. Un
port, Ptolémaïs des Chasses est fondé sur la côte érythréenne vers -
265. Un autre port, Adoulis, aura un grand avenir. La volonté de se
procurer ces éléphants de combat indiens si redoutables que les
Macédoniens ont rencontrés à la bataille de l'Hydaspe, remonte au
règne de Ptolémée 1er. Et plus tard, Ptolémée III demande et obtient
l'accord du roi d'Axoum pour stimuler le port d'Adoulis. Malgré le
déclin des Lagides, le commerce se poursuit par l'intermédiaire des
marchands grecs, qui réussissent à contourner leurs concurrents
séleucides.

Adoulis est un emporium important qui profite aux territoires


alentour. Ainsi Axoum va s'imposer aux peuples voisins. La politique
matrimoniale de la famille royale va rassembler davantage ces peuples
du nord de l'Éthiopie actuelle. Une autre raison est avancée pour
expliquer cette brillante évolution mais elle ne fait pas l'unanimité :

Sur l'autre rive de la Mer rouge, des royaumes profitent de leur


situation dans les échanges avec l'Est, et sont plus développés. Il s'agit
en particulier des Sabéens et des Minéens qui au Sud de l'Arabie
composent ce qu'on appelle "l'Arabie heureuse". Ces peuples ont
connu une émigration vers le Nord de l'Éthiopie depuis le début du
1er millénaire et ont "importé" leur culture et leurs institutions. Ces
nouveaux venus remplacent le "matriarcat" traditionnel par le
patriarcat qu'ils pratiquent. Ils apportent l'irrigation, la métallurgie,
l'usage du cheval et celui du chameau. Les Sabéens apportent une
langue écrite. La toponymie montre des similitudes dans les noms de
villes de part et d'autre de la Mer Rouge.

La nouvelle puissance

Axoum qui domine ses voisins et commerce avec l'Inde, Rome et


l'Arabie, intervient au Yémen sur demande du royaume de Saba en
guerre contre celui d'Himyar. Au IIème siècle, ce royaume africain est
bien établi dans le Sud Ouest de l'Arabie et suzerain de nombreux
seigneurs locaux. Un seul royaume résiste c'est celui d'Himyar. Ce
royaume a rassemblé Qataban et Hadramaut et après la prise de
Jérusalem par les Romains, une immigration juive importante se
développe vers lui.

Les Romains commercent dans la Mer Rouge jusqu'au port d'Adoulis.


Axoum, à partir de ce port, développe le trafic maritime dans cette
mer. Les relations restent conflictuelles avec le royaume d'Himyar. En
272, Rome fait alliance avec le roi d'Axoum. Mais le Negusat Nagast
(le roi des rois) est occupé sur le continent avec le royaume de Méroé.
C'est le roi Ezanas vers 325 qui réduit ce royaume à peu de choses.
Restant maîtres des routes chamelières et du port d'Adoulis, les
souverains d'Axoum commercent avec l'Arabie, l'Egypte et Byzance,
échangeant l'encens, les épices, la corne de rhinocéros et les carapaces
de tortue contre des tissus, des amphores, du verre, de l'étain, du
cuivre et de l'argent. L'empire est prospère et à son apogée. Devenu
chrétien il supporte mal les exactions subies par leurs coreligionnaires
au royaume d'Himyar. Sous son règne, Axoum domine Himyar,
Raydân, Habashât et Saba. Mais cette domination sur le royaume
d'Himyar cesse vers 378.

La défense des chrétiens persécutés au royaume d'Himyar est le motif


d'une nouvelle invasion au début du VIème siècle. C'est le roi Caleb
qui s'attaque à Dhou Nouwas. Il remet à l'honneur la tutelle axoumite
et installe des gouverneurs. L'empereur de Byzance, Justinien lui
envoie une ambassade pour à la fois lui proposer une alliance contre
les Perses et organiser le commerce de la soie vers l'Inde. Sous le
règne de son fils, Gabra Masqal, un gouverneur, Abraha se rend
indépendant et lance une attaque appelée "expédition de l'éléphant"
contre la Mecque. C'est un échec et les pertes sont nombreuses en
raison des maladies. Les Himyarites font appel aux Perses Sassanides
au milieu du VIème siècle, leur venue va précipiter le déclin
d'Axoum. Vers 575, les garnisons axoumites quittent le Yemen. Mais
le déclin commence avec la perte du trafic entre les deux rives de la
Mer Rouge. A partir de 615, 3 groupes de musulmans en difficulté
avec leur tribu, se réfugient dans le royaume d'Axoum, c'est Othman,
le gendre de Mahomet qui emmène la première vague, puis quelques
années plus tard, la persécution des Qoreichites provoque la deuxième
vague et enfin au moment de l'Hégire, un troisième groupe fait le
voyage. ils sont bien accueillis par le souverain Ella-Tsaham. Au
VIIIème siècle, le Yemen et la côte érythréenne sont tenus par les
Musulmans qui n'attaquent pas le royaume axoumite en souvenir de
l'accueil des compagnons du Prophète au temps où ils étaient
proscrits. Axoum entretient des rapports au sud avec le royaume de
Zendj qui se situe sur la côte entre le Bénadir (actuelle Somalie) et
Kilwa (actuelle Tanzanie).
Selon la traduction nous apprenons notamment que « Sab’ fille de
Sakir’ (…) a offert à dât-Sanat les prémices de son pâturage et elle a
confié à dât-Sanat sa personne, ses facultés et ses enfants (…) et tous
leurs enfants, leurs possessions ». Cette offrande faite à la divinité
était un moyen d’attirer la protection de celle-ci sur sa famille et ses
biens.

Deux statues de lions en bronze acquises par le musée de Sanaa auprès d’un collectionneur
La première pièce était une offrande faite par une femme à une divinité locale au Ier siècle
avant notre ère, la seconde a été découverte en 1996 par des archéologues dans un sanctuaire
fortifié probablement détruit par un incendie au IIIe siècle après JC
Antique mareb, au royaume de saba.
Shabwa - ancienne capitale du Yemen
Wadi Hadhramout