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IJ I STOI RE DE LILLE.
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LtLtE. tf,pltlEBlB I,. Dll'tpr,.


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H ISTOI RE
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LIL ILILLE
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de 6zo à tïo4. .
D

A\IF]C Atr\NO'TATIONS ET T,AI3LES

PAR
i
Ec[. VAN HENIJE.
lratriæ facht refer.re
Ovln.

"t' rnorsrÈv s Éorrrox.

LILLB
L. Qriarcd, I*leu,
Grend'Place. Rue du Curé-Saint-Étienne. .
1877.
I
I

t
a'
4
.i
PREFACE.
tt+

fl'est en l?30 quc palut I'Histoire de Lille par Tir,oux.


llalgré la longue suite d'années qui nous sépare tlc ceil.n
époque, les encouragernents accoldés par lrr lUagistrat ii
ce premier essai de notre histoire locale, senrblaient être
un augure favorable à la publication d'un ouvrage dégagé
do lnngueut's et pouvant êtr.e mig entre les nrains de la
jcrtnesse. Lrr succès de la tcntative a justitié r;ette attentc.
Grâce à la bicnveillance de lldministration Municipale,
ce livre, qui retrace I'origine et le
développemenl des
franchises de Ia Cité, est donné en lecture aux élèves de
nos écoles. L'antique énergie de la population attachée au
pqrfectionnement de I'industrie, comme à la difensede ses
d roits el, de ses remparts, esl, offer[e en exenple à la généra-
tion pr'ésenle. Cette eourte histoire montre eomrnenl nos
ancôtles se sont formés à la vie publique et à I'activittl
commereiale qui a fail, de notro contrée, rlepuis le Mol.en-
Age Jusqu'aujourd'hui , I'une des région.r les plus inrlns
l,rielles, lts plus riches et les plrrs libr.es rlu rnonde.
--UF'-- Y.ï.rl?j,.QF:+ rir'.
.-.,.\

fl
I
I
CÏ{RONÔLOGIE DES COMTES bE FTANDRË
ET DES pRrNcES QUI ONT GOUVERNÉ LILLE.

MAISON DE FL.{NDRE. Charles IY..,4322.


Bauduin lor, dit Bras do-Fer. A62. Philippe VI, dit de Valois. ,1328.
Bauduin-le-Chauve. 879. Jean-le-Bon. 4 350.
Arnoul-le-Yieux. 919. Charles Y, dit le Sage. ,1364.
Bauduin lll. 9S8.
RETOUR A LA IIAISON DD FLANDNE.
Arnoul-le-Jeune. 964. .
Bauduin Iy, dit Belle-Barbc. gg9. Louis-de-Mâle. ,1369.
Bauduin Y, dit dc lille. d086.
Bauduin YI.4067. IIAISON DE EOIBGOGN'N.
Arnoul III. 1074.
Philippe-le-Eardi. 4 384.
Robert-le-Frison.,l 0T{ .
Jean-sans.Peur. 4 405 .
Robert-de-Jérusalem. | 093 . Philippe-le-Bon. 4&4 9.
Bauduin YII, dit à la Hache ,t d,t,t .
Charles-le-Téméraire . 4 L67 .
Charles-le-Bon. 4,t,1 g.
Marie-de-Bourgogne.,l À??.
Guillaume-Cliton . 4il? .
Thierry-d Alsace. ,l ,l28. uÀIsoN D'ÀurRtcng.
Philippe-d'Alsace.,t{ 6g.
Marguerite - d'Alsace et Bau - Philippe-le-Beau. | 182.
duin .ligt.
YII Charles-Quint. 4Ë06.
Bauduin IX, dit de Constanti-
nople. ,1,196. UTTSON D'ESPAGNE.
Régence de Philippe-de- Namur. Philippe II. ,l$t6.
4203.
Jeanne et Fernand . lLll. Albert et Isabelle. ,1598.
Jeanne-de-Lille. Philippe IV. ,1622.
42t & .
lllargue_ri te-de-Con s fan ti nople . Charles Il. ,160b.
424.1.
MÀTSON DE FRANCE,
Guy-de-Dampluro, 4 28d.
Louis XIY. 1667.
DOITTNATTON FnANçArôt.
Occupation hollandaise.,l T0B.
Philippe IV, dit le Bel . 4 30[. Rel,our à la France . t7ll.
touis X. 43,t&. Louis XY. ,17,15.
Philippo V. ,13,16. louis XYI . 111l..
"*:".fr$F'r.s

ENCEINTBS SUCCESSIVES DE tlttË


DE L'Âil 1000 e I'en 1610.

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1*
r,.r:.GENDE.

I Cbâl€au-du-Buc. pOn|IEg.
2 Ponl dr Caslel. 18 septentrionale ou dcs Rues'
3 Pont dcFitrs. 19 de c0urtrai'
d château-de-Gourtrai. 20 ds Weppes.
2l desReig'eaux'
"..,uns. 22 do fiyes.
5 lsembart. 23 Saint-Sauveur.
6 do Courlrai. 24 des Malades,
7 des Creux orl des lusensés. 25 du Molinel.
8 Saiul-Pierre. 26 de la Bare.
g des Clercs. 27 de la Barro (Nouvelle).
l0 Duissart. 28 doBérhune.
| | des Frères-Mineurs. 29 dc Roubaix.
12 Darid. gll de Gand.
13 du liecquerel. 3l Saitrt-André.
f4 Noble-Tour. a Pol€rne.
15 Brelaffe on de Dourgogne. Ô Entréc de la Dcùle.
fB des Fouans, c Sortle de la Dcûlc.
ll Langèle. d Porte-d'Eau.

I
IIA'gIIONtr.
À. du Colvaire.
B. do lû Piquerie. +
C. des Canonniers.
D. alc la Noble-Îour.
E. Saitrl-lTlaurice.
F. des Riohes-Claires.
G. des Carmélites (du Mcunior).
[, dos Cûlmes. .
I. Retranchement Sarnt-Ànilré.
J. [édui t-$ainl-Saureur.

plus près dc la Portc des Rues, à


Nore.
- Le ohiffre ? du plaû rletait être In
Tour Jumells de la Tour Saint'Picrre,
,l

I
HISTOIRE DE LILLF].

I.
qbns FoREsTIERs.

Origine de Lille. Le Châtoau-du-Buc érigé dans un tlot. -


- Naissance et
La Fontainedel-Saulx.
éducation de lydéric.
- -
Le Bois-sans-Merci.
Combat singulier entre Lydéric et
-
nommé forestier par le roi Clotaire II.
Plrinaert.
-Lydério
Yicloire de Bauduin llras-de-Fer sur les Normands.
-

Le Ch,ûteau,-ilu-Buc. actuelle ile Lille


- L'enceinte
renferme un territoire fort anciennement habité eu plu-
sieurs endroits. D'es armes et des bijoux antiques, do
riches sépultures, des traces
romaines et
$ constructious gallo-
d'industrie frangue disséminées dans
f
'Wazemmes Esquermes et l'ives, prouvent la longue
,
existence des localitfu annexées en 1859. Do récentes
découvertes permettent même.dtaffirmer que les deux
premières étaient habitées à I'âge de Ia pierre polie,
épogue où lthomme se contentait, pour tous ses travaux,
d'outils faits du silex qu'on trouve dans la craie à peu
de profondeur. Mais l'origiue do la ville proprement dite
-t{"-
doit être attribuée au Château-du-Buc, fôrteresse érigée
dans un îlot formé par les deux bras de la Derïle(,t), sur
I'ernplacement de l'église de Notre-Dame-de-la-Treille et
de Saint-Pierre. Bâti, selon la tradition, lors de la con-
quête des Gaules par Jules-César (58 à 4g avant Jésus-
Christ )r ou, suivant une chronique anonJme r sous Ie
règne d'Alexandre-Sévère (222à225), ce château aurait
été la demeure do gouverneurs subalternes que les Ro-
mains eurent dans le pays jusqu'à I'invasiond.esFrancs.
Un officier des rois mérovingiens y aurait ensuite établi
son siége, ainsi gue plusieurs per&nryges de Ig même
famille, remplacés à leur tour par Phiiaert, {ui exerçâ
sur les environs les violences d'un pouvoir tyrannique.

La Fontaine-del-Saulu.- Non loin du Château-du_


Buc s'étendait la lisière du Bois-sans-Merci, théûtre
fréquent de meurtres et de rapiues. Dtaprès une ancienne
chronique , Salvaert de Dijon, qui se rendait en Angle_
terre avec sa femme, voulut le traverser. Il y p,foit Jans
une embuscade dressée par Phinaert, le maître du
château. Hermengarde, échappée momentanément aux
poursuites deg meurtriers de son mari, d.onna le jour à
un fils auprès de laFontaine-del-saulx. La re[raitÀ de Ia
malheureuse princessb-fut découverte, et pendant que
les ravisseurs I'emmenfiient au château où elle fut reten-ue
captive , uu ermite recueillit le pauvre enfant, puis
l'éleva lui-même sous le nom do'tydéric.

Les Forestiers. Vers l,an G20, Lydéric, instruit du


-
secret de sa naissance, appela phinaert en combat sin-

(,1) Canaux du Cirque et de la l[onnaie.


V :,16-
gulier, en présence de Clotaire II. Le héros légendaire
,r

Ie Lilie, vengeur de ses parents , tua 'on ad'versaire I


il reçut du roi le titre de Fonestier de Flandre et fixa sa
résidence au. Château-du-Buc, autour duquel les popu-
lations voisines, trouvant toute sécurité, auraient groupé
leurs habitatious et ainsi donné naissance à la ville de
lille, dont le nom r en langue romane , fiiL Isla t con-
traction de Insula (ile). Après diverses transformations,
le nom Lille a prévalu dtrs le treizième siècle dans les
document3.,locaux. Quant {rux successeurs de Lydéric t
luoru oq.s ont à peine échappé à l'oulli' Mais le der-
nier, Bauduin Bras-de-Fer, attaqué par les Normands ,
les battit vers 860 et fit attacher les cadavres des vaincus
aur créneaux du château-du-Buc, appelé aussichâteau-
deJ'Isle.
.lffflPT'tF''s""'*

T
IT
ll.

;'

MAISON DE FLANDRE.

r'ile vilre ouverte,de Baurruin ler à Bauduin Iv (g02


' à roao;.:
Importance que prend la boursade.t
e..riiàn oà-,,ju,,roiiitr_
Etienne.
- Marché, Halle ponUqoo el â,telieruon?mi.r.

862. Place-,u-ilfarché, Bauduin Bras-de_$er


-
devenu gendre d.u roi charlesJe-chauve, r

beau-pèro la seconcle Belgigue comme


iitirt-à, .r"
bénéfice dotal,
aveo__charge de défendre L pays contre Ies invasions
-iu,
des l\Tormauds. Il prit alors lË tit* de marqui*
Flamands r gue ses successeurs changèrent
contre celui
de comte de Flandre, même avant
de prendre rang,
parmi les_six grands vassaux de France,
âésignés
sous
I.1.oo* de pairs du roi. Le Château_du_Buc
continua
d'être une de leurs résidences ordinaires,
au *ori, lor,
sous.la puissante protection et les
encouragements des
comtes, la population augmenta rapidement
nn, t.oo_
vait dans Ia oulture d'unJcontrce fÀtile
des éréme'ts de
prospérité durabre, et re marché de
Lile livrait à ra cir-
culation les divers produits mis en
@uvre par l,industrie

II
.!ryi.Wæi:{:i, i'

- t? -
des habitants. Dès I'an mille, I'agglomération concentrée
vers le milieu du territoire de Saint-Étienne, compre-
nant alors tou[ le temain dont on a formé successivement
Ies paroisses de la Madeleine, Sainte-Catherine et Saint-
André, dépassait le château vers le nord e[ s'étendait
jirsqu'à la place des Ponts-de-Comines I elle avait pour
artères principales la rue de la Grande-Chaussée, la rue
Eskelmoise et Ia ruo Basse ; l'église paroissiale de
Saint-Étienne fut 6ûgée sur la plaù-tlu-March6.

Ealte et Mannafs,- Les environs de cette place for-


mèrent alors un ceutre importantd'activit6 commerciale.
Pendant que Ie comte Bauduin IV instituait dans la
Flandre des foires ou plutôt des marchés-francs , pour
favoriser et faire fleurir ltiudustrie, on comprit la oê".r-
sité d'établir des entrepôts où les étrangers pussent s'ap-
provisionner en tout temps. Lille avait, en 1.080, une
halle publique où s'opéraient des transactions qui, en
proourant la richesse à ses habitants, favorisaient son
I essor et portaient au.,loin les produits du travail et de
I'industrie. Un autre élément de prospérité consistait
l
dans un atelier mon6baire signalé à la même époque et
dont I'activité est attestée par uno clause de la charte de
fondation de la colldgiale Saint-Pierre (1066). Leshono-
raires affectés à la célébration journalière de la messe
pour les morts, devaient se prélever sur les profits que
lo comte de Flandre retirait'de la fabrication des mon-
naies.
'+
'{t
" IIl.
Lille, place forte, de Baurluin Y à Bauduin YIII (,1036 à ,149:i).-
Bauduin IY et son ffls construisent I'enceinte primitive.
Étendue de la cbâtellenie.
-
Résidence et office du châtelain.
-
Le palais de la Salle siége de I'autorité suzeraine tlu comte
-
de ltlandre La collégiale Saint-Pierre inaugurée en pré-
sence du roi.
- lirection des paroisses Saint-Pierre et Saint-
-
Illaurice.
- Querello de Richilde avec Robert-le-Frison et
bataille de Cabsel. Les Nominaux et et les Réalistes.
- -
Origine des aides accordées aux comtes de Flandre.- Assas-
sinat de Challes-le-Bon. Anatchie. Guillaume-Cliton,
- -
imposé cÆmme comte aux Flamands par le roi Louis YI, est
chassé de lille. Siége de la ville. Thierry-d'Àlsace
- -
excommunié r.puis reconnu comte de Flandre. Sagesse de
-
cc prince.- Erection du prieuré de Fives et de l'église Saint-
Sauveur. Premier agrandissement de la ville. Àbbaye
- -
de loos.- Saint-Bernard et Saint-Thomas de Cantorbéry.-
Philippe-d'Àlsace gouverne ayec son père - La ûlairie féodalc
est remplacéc par I'tichevinage. Lc bailli de la Salle ef lo
prévôt de t ille.
-
Testament, de Philippe'd'Àlsace exécuté.
-
lllargucli te-d'Alsacc et Na th i ld e-de-Pot' tugal .
-
Bruourn V, ort ns LrLLs. 1036-1067; Le
Le comte Bauduin IV, dit Belle-Barbe,
-
Castrum.
-
avait commencé les murailles du bourg de Lille; son
fils, Bauduin V, en guerre avec I'empereur d'Allemagne,
les acheva.
Cette enceinte, Castrum islanse, contenant une super-
ficie de dix hectares, e[ distincte de la paroisse Saint-
Étieonr,longeait I'ïle du Buc et s'avançait vers Ie nord.
Y|{\;:{-;r'"%;lçilZ

,19
- -
Elle avai[ deux portes : I'une dite Strentrionale et
I'autre, du Castel, La tour d'Ysembart livrgit un pas-
sage vers le pont de Roubaix. Bientôt la"sécurité que
donnait cetto nouvelle défense attira daus lTntérieur du
Castrum nombre dthabitants du voisinage, et les terrains
vagues encore répandus çà et là dans I'enceinte se oou-
vrirent de maisons. "'{

La Chdtelleni,e. La contrée que dominait et proté-


-
geait le Château-du-Buc s'appelait déjà la Châtellenie
de Lille. C'était la circonscription administrée par un
aicai.re ou lieutenant du comte , désigné sous le nom de
Châtelain. Le plus ancien titulaire connu de cet offrce
fut Saswalon, fondateur de I'abbaye de Phalempin (I039)t
et la Châtellenie dont les limites étaient, à peu de chose
près , colles de ltarrondissement actuel, comprenait les
quartiers de Mélantois, de Carembaut, de Pévèle, de
Weppes et do I'errain.
I,,e Châte rudu-Buo était le siége de I'office du châ-
telain, chef civil et militaire de tous les vassaux du
somte dans la Châtellenie I mais, par suite de la créatiou
d'honneurs et de dignités qui distiayaient les titulaires
et leurs vassaux de son oommandement, le châtelain vit
de bonne heure son ressort militaire circonsqit dans
Lille et Seclin, dans son domaine particulier et dans les
possessious allodiales des abbayes dont il était I'avoué
ou protecteur. Il prenait aussi les armes au nom de la
ville dont il commandait les troupes comme chovalier
banneret ou porte-bannière : Cétait Ia première obli-
gation de sa charge, et il ne la tléclinait que dans les
cas d'empêchement sérieur et en se faisant remplacer par
un chevalier.
lirilFP'T.i{l}?rF

-20-
À titre de représentant d.e I'autorité suzeraine du comte
de Flaudre , le chûtelain exerçait toute sa
juridictt_oo,
non directement par lui-même, mais par les pairs de Ia
Châtellenie et par les magistrats du bourg, qui ren-
daient la justicà sous sa direotion. Mais l'émancipation
de la com-mune,la création du bailliage de Lille et
l'éta-
blissement d'un gouverneur chef du souverain bailliaget
judi-
vinrent *o.c*s*io.ment restreindre ses attributions
ciaires et admiuistratives.

1054. Palais ile la Salte' Lorsque Bauduin V


-
murailles qu'avait commencées soupbre,
eut terrrinéles
et qui firent de notre ville uue place forte, il la tlota
de

rleux institutions importantes. La première fut le Palais


de la salle , manoir seigneuriul où iI établit
le siége de
son autorité suzerainu ror toute la châtellenie.
c'était
des grand,s fiefs domiuants de son comté, I'un
des
l'uu
ressorts ù stoxerçaient tous ses droits de suzerain.
Cettecourféodaleétaitprésidéeparlechâtelainquien
tonait lui-même son fief en hommage t comme les autres
vassaux de la Chàtellenie'
En dehors des deux siéges d'e ses offices' Château-
du.BucetPalaisitelasalle,lechâtelainavaituufief
le chef-lieu était Phalempin d'omaine
p*fitofrut dont
'
hommages ou ar-
considérable , composé de nombreux
de charges'
,iUru-nuf*, de droits, de prérogatives et

1066. Collégiatasa'int-Pi'effe' La second'e insti-


-
tution fut la,Collégiale , établie Pour- qua-
Saint-Pierre
V'
rante chanoines uî richement dotée par Bauduin
I'in-
Cette fondation ,' 'à laquelle ne fut pas
étrangère.
Àdult de France fille du sainb roi
fluence de sa feÂme , ,
\irfr{1ç-1p
"-

-2t-
Robert, répondait à un besoiu du temps tout aussi
bien
que l'établissement de I'autorité dans là parais
féodal. au
Moyen-Age lo bréviaire, à la récitation àuquel
sont
tenus tous les ecclésrastiques, se chantait
et se psalmo-
diait publiquement dans les moriastères et les cathé-
drales; c'était ce qu'on appelait l,office divin.
Le gott
des ûdèles pour cette cérébration de Poffice aouit'rn-
trainé la création d'un grand nombre de collég.iales,
et Bauduin fut g-uidé par une semblable dispisition
d'esprit quand il accomplit cet acte de piét? et de
mag'nificence.
La Collégiale fut inaugurée en 1066, au milieu
des
pompes de Ia religion et de l'éclat d'une
courprincière.
I-,es évêques d'amiens, de Noyon et de
Téro-uanne en
::o*:.:r.:nt l'église, et Ie roi de France , philippe Io.,
élevé à Lille chez le comte son tuteur (l
) , ,igoà'du *oo
sceau la charte fon-clation qui étabrissait" quarante
.de
canonicats répartis également entre prêtres,
diacres ,
sous-diacres et acolytes, ayant à leur tête un Ir
prévôt,
chef extérieur et représentant civil du Chapit*r.
Afre,
lui venaient: le
doyea , président de I'asJemblée des
chanoines ; le chantre directeur d.e la musique,
, du chant
{
des offices et de la maitrise où étaient instruits les
enfants de chæur ; le trésorier, gardien des richesses de {
la sacris[ie et des ornements sacerdotaux, et l'écorÀtre I
1
gui avait pour mission de diriger les études et surveiiler
les écoles. En vertu d'un acco-rd avec re
saint-siàg, ru , rI

(4) Avant de mourir, Hcnri ler avait recommandé


son firs âgé
de huit ans et le royaume dont ir ailait bériler,
à s'n beau-frère,
le comte de Flandre' c'mme au prince te ptus
rue; .îir'pr,,,
capable qu'il conntt (4(160).
I
-2?-
prévôt avait Ia collation des prébendes vacantes pen-
àant les mois de mars r juin, septembre et décembre I
durant le 'reste de I'année, c'est au souverain pontife
.
qu,appartenait le droit de nomination des chanoines.
Le comte fit confier à l,église le dépôt des reliques de
saint-Eubert, successeur présumé de saint-Piat et
premier apôtre de Lille. Elles se composaient du càef
-conservé
dans un reliquaire particulier , et du corps ren-
fermé d.ans une granità châsse d'argent qui se portait
en

procession le jour de la Chandeleur


(l)' Dans la crypte
de I'autel principal, où reposèrent les cendres du fon-
dateur , se trouvait un luminaire perpétuel dout Ia to3-
tesse Adèle assura I'entretien en y faisant consacrer
les

revenus d'un manoir donné par eIIe à I'église'

Paroisses. Le castrum renfermait une population


-
composée en grande partie d'artisans qui tiraient de
la
Coilàgiale leuÀ principaux moyens d'existence. Il servait
, ia
t
de liÀite à la paroisse, Saint-Pie*e Ia plus petite. d.e
ville , mais la première par le rang de son curé qui était
doy"r, et avait place au Chapitre. L'église qui devait voir
s'agenouiller sôos ses voû.tes tant d,e puissauts princes ,
tan-t d'illustres guerriers, tant de sages et saints prélats,
devait aussi abriter I'image vénérée d,e I'auguste pa-
tronne de la villg, et servir aux plus imposantes so-
I lennités dont I'histoire locale a conservé le souvenir.
Elle fut détruite en partie Par un incendie en L354 , et
t I'éclifice, restauré au quatorzième siècle et richement
décoré au guinzième, subsista encore jusqu'en 1nl93' La

(a) On ignore ce que sont devenues, à la Révolution, les reli-


ques de Saint-Bubert,; mais une phalangc do la main, conservée
à
dans Ie trésor de la cathédrale de Bruges , vient d'ôtre offorte
la basitique de Notre-Dams-de-la-Troille et de saint-Pierre.
-23-
Collégiale et I'ég'lise, frâppées alors de"confiscation comme
biens ecclésiastiques , furent sequestrées mis'es en ad-
judication et entièrement abattues.
,
Quant à Bauduin, comblé d'honneurs et de béuédic-
tions, il mourut an après avoir inauguré cette insti-
'n vivifiantconsolidait
tution dont le principe res premières
assises de la cité. L'action bienfaisâute et civilisatrice -de
la. Collégiale favorisa l'émancipation des classes popu-
laires, l'érection de la comm'ne de Lille et le dél:elop-
pement des intelligences au sein d'une population active
et industrieuse.
Parmi les domaines que lui avait donnés son fon-
dateur r po*r assurer les ressourceg nécessaires ùr son
existence, trouvaient, au-delà du pont-de-Fins, quel-
se
gûes manseset bonniers de terre (,1) et l,autel de Saint-
Maurice. La protection du chapitre et Ie voisinage de la
ville attirèrent dans ces domaines une population nom-
breuse, et l'on érigea Saint-Maurice en paroisse.
;W
1071. Rrcnrr,on nr Ronpnr-r,r-FnrsoN. Bauduin
fils, Bauduin VI ou- de Mons ,
de Lille avait laissé deux
marié à Richilde , comtesse de Ilainaut, et Robert-le-
Frison (?). Avant tle succéder à son père, Itaîné avait
tranquillement régné quinze ans sur les états de Richilde ;
il mourut après avoir gouverné avec sagesse pend.anf I
guatre années les deux comtés réunis. Sou testament (
confiait son fils aîné Arnoul et la régence de la Flandre
ri
('l) La mânse valait 45,000 mètres;
elle se confondit souvent {
avec lc bonnier, mesure dc scizc ccnts vergcs, équivalant à i!
4 hectare 44 ares 28 centiares I

(2) Àinsi nommé dece qu'après son mariagc avec Gertrude,


veuve de Florent de Hollande , il avait été chargé dc la régence et
de la tutelle des fils du comte défunt.
I

I
I
I
-21 -
auf, soins de Robert-le-Frison, et laissait Ie Hainaut et
le jeune Bauduiu, son deuxième fils, à Ia tutelle de
Richilde. Mais la comtesse fit annuler ce testament par
les seigneurs des provinces méridionales e[ les Lillois se
prononcèrent en sa fuveur. Elle se croyait en état, de
résister à son compétiteur,lorsqueàl'arrivée de Robert,
la plupart de ses partisans l'abandonnèrent par suite de
Itaversion inspirée par ses cruautés. Réduite à s'enfuir,
tlle alla solliciter
et obtint le secours de Philippe Iu'. Les
armées se rencontrèrent à Cassel, où Robert-le-Frison et
Richilde tombèrent I'un of I'autro au pouvoir de leurs
eunemis, et le jeune comte Arnoul fut tué sur le champ
de bàtaille.
Aprèsl'échange des prisonniers, Richilde, abandonnée
du roi , renonça à ses prétentions sur la l'landre, et
Robert-le{rison, quoigue bien acoueilli des Flamands,
eut encore à lutter contre soû neyeu Bauduin, qui récla-
mait I'hérituge d'Arnoul. Les troubles durèrent près de
quinze ans, et quand ils furent apaisés ,. Robert reçut
en grâce, au Palais-dela-Salle, les seigneurs du parti
de Bauduin, qui vinrent lui jurer obéissance et reconnaître
la suzeraineté de la branche cadette.

Influence de la Collégiate. ûvons vu la Col-


- Nous
légiale se constituer sous la triple protection du roi do
France, du comte de Flandre et des évêques. Elle reçut
du pape Alexandro II la confirmation de ses priviléges ,
et, pour joindre la puissance ecclésiastique a la posses-
sion des domaines qu'elle tenait de son fondateur , elle
obtint de I'évêque de Tournai la concession des autels
d'un certain nombre de paroisses. Le Chapitre qui revêr
tait du sceau reproduit ci-dessous, d'après une empreinte
de cire , les actes émanés de son autorité , avait le patronat
._25_
do ces autels, coest-à-dire Ia nomination des
titulaires &vec
les droits et bénéfices qui en dérivaient. Ce privilége
,
lPpele personnat, était ererc6 parle prévôt au nom-du
Chapitre qui s'en montrait digne par lô mérite, la science
et les vertus do ses membres. Lorsque le cliocèse d'Arras
fut ddtachd de celui de Cambrai, Lambert de Guines,
chantre de Saiut-Pierre, fut choisi par le ohapitre
d'Arraspour oocuperle nouveau siége épiscopal (10S5).
il

Dès cet[e époque, I'enseignement philosophique donnf:


à la Collégiale était déjà en grande réputation, et l'éco-
lâtre Raimbert enseig'nait à Lille avec érudition et talent
la dootrine des l{omiuaux (1090), en oppositiou ouverte
avec l'école des Réalistes, dont la chaire la plus voisine était
occupée à Tournai par un savaut professeur nommé Odon.
{*
-26-
1102. Origine iles ai,iles.
- La
mort de Robert-le-
Frison appela au gouvernement de la Flandre son fils
Robert-de-Jérusalem, qui se couvrit de gloire à la pre-
mière croisade dont il fut I'un des principaux chefs. Lille
se trouva sous son règne en butte aux déprédations d.es
partisans de I'empereur d'Allemagne Henri IV qui élevait
des prétentions sur les états du comte. Pour résister à de
tels ennemis, Robert avait besoin d'argent. Mais il s'était
ruiné à la croisade; il se créa de nouvelles ressources par
la levée des premiers impôts ou aides accordés pur les
Lillois à leur seigueur.

1126. Enécution ù Lille.-Ces aides, perçues dans


des circonstances exceptionnelles, étaient toutes volon-
taires etne portaient point préjudice à la prospérité de
la ville, {ui avait joui
de la paix pendant une période
de vingt-cinq ans, lorsque survint une famine. En ces
pûribles circonstances, Charles-le-Bon se distingua par
son ardente chari[é envers ses sujets et par sa sévérité
contre les accapareurs de blé. Ceux-ci le firent assas-
siner ù Bruges, dans l'église Saint-Donat , au momenf
où il distribuait ses aumônes. L'assassin principal ,
Borsiard., arrêté à Roubaix, fut livré à Roger , châtelain
de Lille , et expia son crime sur la roue devunt le Palais
de la Salle.
.
1L27. Gurr,r,euus{LttoN. La fin tragique de
Charles-le4on livra la Flandre à I'anarchie et à la riva-
lité de quatre prétendants. Sous prétexte de les mettre
d'accord , le roi Louisle-Gros les fit convoquer à Arras,
où se réunissaient ordinairement les magistrats et les
délégués des villes du pays de Flandre; là sans tenir
-2i -
compte des droits ni des prétentions des concurrents,
ir
adjugea le comté au moiûs légitime d'entre eux,
Guil-
laume-Cliton (,t) qu,il désiraii poorvoir d'une proviocr.
Arras , Lille, Gand , Bruges , yprrr, Saint_Omer et
Douai protestèrent contre cet enrpiètement sur leurs
prérogatives, attendu que rien n'appartenait au roi dans
l'élection du comte de Flandru. -À cette époque, elle
était réservée et garantie aux pairs du pays et aux doré-
gués des citoyens qui formaient les Étatr du coruté et
présidaient à la levée et à I'emproi des impôts. cette
liberté locale , véritable décentrallsation, asstuait I'indé-
pendance des habitants et, la stabilité des institutions.
Loin de reconnaître Guillaume-clicon, les Flamands
se préparaient à lui faire la guerre. Louis VI,
venu en
aide à son protégé avec une escorte nombreuse et des
forces imposantes, le conduisit à Lille où furent échan-
gés les serments. Pendant que les autres viles résis-
taient, Guillaume, peu soucieux de gagner I'affection
de ses sujets, se montrait avide, .roàl àt contempteur
des franchises du paJs. Un jour, en pleine foire de iilu,
' l_t*pr où les arrestations pour dettes étaient défendues ,
*.*.jl voulut stemparer dtun d.e ses serfs et ordonna de le
lrendre. Les citoyens de la ville coururent aux armes et
tlassèrent hors du faubourg le comte et les siens.
l*..r^
_ËrUU. 'l'mnnny-n'Alsacp. - Siége de Litta. _ Guil_
lfft assiégea Lille et força les habitants de lui donner
quatre cents marcs d'argent. D'autres places ne
T.IltF
furoht pas mieux traitées; bieniOt Gand Brog* et Lille
,

({) Fils rle Robert de Normandie, dépouiilé de son duché


Jrar
llenri Icr d'Angleterre.
-28-
formèrent une ligue contre ce tyran et ofrrirent le gou-
vernement à un descend.ant des comtes de tr'landre,
Thierry-d'Alsace , prince estimé Poru ses vertus et sa
modéràtion.
Cluillaume s'étant présenté pour rentrer à Lille, le
pont-levis se dressa et les portes se fermèrent. À ses
*touttt et à ses imprécations r on répondit du haut des
murs que les Lillois avaient besoin d'un prince qui leur
servït de père et non d'un homme gorgé de vols et de ra-
pines; que Thierry d'Alsace était proclamé comte de
Flaudre et serait seul reconnu comme tel. Guillaumo,
incapable de forcer la ville , se retira plein de rage et alla
implorer le secours de Louis-le-Gros. Pendant ce temps,
Thierry-d'Alsace était accueilli dans nos murs avec ses
troupes, et, fort de I'appui des habitants, iI refusa de
comparaltre devant le roi. Thiemy et tous ses partisans
furent excommuniés ; mais les Liliois tinrent bon. Le roi
viut les assiéger avec toutes sorbes de machines de
guerre I la valeur et le dévouement résistèrent à la force
comme à la corruption. Enûn le roi, informé des griefs
qui avaient soulevé tant de haine contre Guillaume
Cliton , leva le siége et retourna en France, laissant à
Thierry le pouvoir que lui avaient déféré des populations
vaillantes et généreuses.

1L44. itrgtise Saint-Sauaeur. sagesso du gou-


- La
vernement de ce bonprince ne tarda pas à porter fruit. La
ville et la châtellenie en ressentirent de plusieurs manières
I'heureuse influence. Un chanoine de Saint-Pierre avait
attribué à une fondation pieuse (1104) un bâtiment ei un'
jardin situés sur le temitoire de Fives. Thierry-d'Alsacer
y ajouta des biens et en fit uu prieuré (1135). Le monas-
-29*
tère fut desservi par deux bénédictins, dont ltun était
euré de la paroisse et I'autre, vicaire. Près de I'enclos du'
prieuré se trouvaient les sources du Becquerel ou chaude-
rivière, qui se rendait dans les fossés de la ville en tra-
versant la paroisse Saint-Maurice. Le bienfait de ces
eaux y était d'autant plus utile que la paroisse avait pris
un accroissement rapide I les constructions s'étendaient
vers la campag'ne et la population devint si considérable
que I'on érigea une nouvelle église, celle de Saint-
Sauveur.

Premî,er agranililllernent. Sur Saint-Étienne, la


population augmentait
-
également etse massait jusqu'aux
fossés du Castrum. On procéda au démantèlement de la
partie Sud-Est de l'enceinte pour repor[er les for[ifi-
cations aux limites de cette paroisse. Elled atteignirent
les canaux des Ponts-de-Comines et des Sæurs-Noiresl
on creusa un fossé (canal des Poissonceaux) entre la
Detle et la rivière Del-Saulx, et la superfrcie de la ville
se trouva triplée.
Trois nouvelles portes furent ouvertes : I'une au Pont-
de-Weppes, I'autre au Pont-de-Fins et la troisième au
Pont-Saint-Jacques. Le nom de rue des Foulàns (fullo-
rwm aia, actuellement rue des Arts) , donné à la priuci-
pale artère ouverte lors d.e cet agrandissement, indique
i'importance acquise au douzibme siècle parla ftrbrication
des àraps, qui devinrent I'objet d'un négoce considé-
rable (a). r

(l ) tes laincs se tiraient tlc I'anglcterro dont les marohands


jouissaien[ en Flandre de garanties protectricesque, par réoipro-
ritO, t. roi Jean-Sans-Tsrre accorda plus tard ('t?08) aux mar-
chanrls de Lille et dc Douai appelés dans son royaums par leurs
affaires
-30-
LlN. Abbaye ile Loos. Mais la nature s'était mon_
- Des tempêtes et des inon-
trée inclémente pour la contrée.
dations avaient désolé les quartiers de 'weppes et de
Mélantois, surtout dans le voisinage de-ia Deûle.
Thierry-d'alsace, plein de compassion pources marheurs,
pensa que les relig'ieux de I'ordre de cîteaux pourraient
seuls dessécher et cultiver les te*ainr
-u.érugeux de
Loos , dtEsquermes e[ de 'Wazemmes. Il s'adressi donc à
saint Bernard (,t), {ui vint à Lille et , après avoir ré-
chaufié de sa parole les esp'its des habitants désig.na
,
quelques-uns de ses moines laboureurs poo, prrod.,
possession de terres sans rapport, abandonnées volon-
tairement par les sires de Iioremort, dânnekin et de
Prémesques. Thie*y, après y avoir fait construire
Itabbaye de Loos dont Sybille d,Anjou, sa femme avait
,
tracé I'enceinte (1140), en consacra Ia fondation par un
acte solennel (llafl.
1165. Saint Thomas de Cantorbéry. Vingt_cing
-
ans après la visite de saint Bernard la collégialàsaint-
,
Pierre attirait un personnage que l,Éghse a plicé au rang
des martyrs. Le savant Thomas Becket, plus connusous
le nom de saint Thomas de Cautorbéry, persécuté par
Ilenri II , roi d'Angleterre, vint séjourner quelque temps
à Lille. Il occupa, dans la rue appelée depuiJ lors rue
d'angleterre, une maison où son souveuir est conserv6
par une inscription latine placée sur la façade et le res-
,
pect rendu à sa mémoire lui fit ériger un autel dans

(4 ) Saint-Bernard , abbé de Clairvaux


, donna une nouvclle
règlc aux nroines de,clteaux (Btinédictins) et fonda cent soixante
abbaycs de I'ordrc rles Bernardins.
*3,1 _
l'église où , souffrant et fugitif , il avait prié et offert le
saint sacriff.ce.

1168. Pnn rppr n'Alsecp.


- Vers la finconûa
qui dura quarante ans, Thierry-d'Alsace
de son règne,
Ie pou-
voir à son fi.ls Philippe. Le jeuue prince gornurou uoæ
une sagesse qui présageait le bonheur du peuple. Après
la mort de son père, il vit son d,omaine s'aôcroître du
comté de Vermandois , échu à sa femme parvoie de suc-
cession. Le comte de Flandre devint alors le plus grand
et Ie plus redoutable des vassaux de la ruoroorc de
Frauce. Avant de partirpour la Terre-Sainte , où. il porta
avec honneur les armoiries de sa famille, écu d'ôr au
lion de sable (noir), comme Robert-de-Jérusalem y avait
i]lugtre l'écu gironné des premiers comtes de Flandre,
Philippe d'Alsace tint au Palais de la Salle une assem-
blée de ses barons. N'ayant pas d'enfants
, il voulut,
par suite de la mor[ de ses deux frères, fixer devant ses
vassaux l'ordre de succession à la couronae oomtale, et
iustitua pour ses héritiers Bauduin de Hainaut et sa
femme Marguerite d.'Alsace. Revenu de la palestine, il
assista au saæe de Philippe-Auguste, son filleul et son
pupille, et conclut la même année (1180) avec I'empe-
reur d'Allemagne un lraité de commerce dont une des
clauses, assurant aux sujets du comté de Flandre et à
leurs marchandises la libre navigation du Rhin, fut très-
favorable aux manufactures de draps de Lille et de
Douai.

1185. L'ilcheainûge.- Le commerce ne fut pas seul


à se louer du gouvernenient éclairé et libéral de ce grand
prince. Quoique la ville erît pris depuis deux siècles uû
*32-
tel essor iqu'elle laissait loin derrière elle les plus an*
ciennes cités de la Flandre wallorne , la bourgeoisie était
encore tenue éloignée de la gestion des affaires munici-
pales. Son chef était , sous I'autorité du châtelain, un
maire dont I'office , converti en fief , se transmettait par
voie de succession. Phitippe-d'Alsace, sympathique sans
dou[e aux aspirations communales des bourgeois r rû-
cheta cet office , et la mairie héréditaire prit fin en 1185.
Quoique simple en apparence, co fut un fait consid.é-
rable par ses conséquences, que cebte abolition de la
mairie féodale. Aux anciens échevins seigneuriaux, per-
manents et sans responsabilité envers la ville, on put
substituer des échevins communaux, temporaires et
comptables , et, la commune, ainsi constituée sur de
nouvelles bases, acquit à la fois une existence politique
et civile. Le titre le plus aucien relatif à l'Échevinage
est daté de 1199 (vieux style). Il porte Ie sceau de la
commune et débute par ces mots : ffos scabini et jurati
et uniuarsi burgcnses de Insula... Par le même fait, la
prédominance du châtelain s'effaça r €t, sauf quelques
droits et prérogatives qui rappelèrent sa première puis-
sance dans la ville, il n'y eut bientôt plus entre lui et
la commune que des devoirs réciproques et réglés.

Le bai,ili et le préuôt. abolition de la mairie


- Cette
héréditaire ne constituait pas la seule atteinte portée à
I'autorité du châtelain. On lui avait substitué dans le
palais du comte, un fonctionnaire qui, sous le titre de
bailli de la Salle, présidait les hommes de fief dans
toutes les causes qui intéressaient les vassaux de la
Châtellenie. Quant à la part qui avait pu rester au châ-
telain dans l'administration de la justice, après I'insti-
_33_
tubion de ce bailli, elle'fut dévolue au prévôt de la ville ,
chargé de l'exécution des sentences criminelles. Les
prévôts de Lille étaient antérieurs à la uéation des baillis
et même à I'abolition de la mairie, mais leur autorité
reçut de l'émancipation communule une certaine €r-
tension au préjudice du pouvoir des châtelains dans
la ville.

1191. Douar)re de Mathi,lde testament de Phi-


- Le A sa mort, les
fui fidèlement exécuté.
lippe-d'Alsace
principaux seigneurs du comté se rassemblèrent à Lille
et promirent foi et hommage à sa sæur Marguerite-d'41-
sace , mari6e , comme on le sait, à Bauduin , comte de
Hainaut, issu de la branche aînée des combes de Flandre,
dépossédée par Robert-le-Frison. C'est ainsi que
Bauduin YIII recouvra, du chef de sa femme ,les états
perdus par sa famille depuis plus d'un siècle. Cepen-
dant Mathilde-de-Portugal, veuve de Philippe, réclama
un douaire. On lui accorda Lille, Cysoing, I)ouai et
une partie de la Flandre maritime,

Personnages célèbres. Sous I'heureux gouvernement


-
des princes de la maison d'Alsace, Lille continuait à
prendre part au mouvement intellectuel que nous avons
signalé au siècle précédent. Il peut revendiquer l'hon-
neur d'avoir vu naïtre Ph. Gauthier, dib de Lille ou de
Châtillon, célèbre par une épopée en dix chants inti-
tulée l'Alenandréide. La fin du XIIo siècle vit égale-
ment briller à Paris un autre Lillois, le professeur
Alain de Lille , sutnommé Ie docteur universel r llue
ses écrits ont illustré comme poète , orateur, philosophe
et théologien.
rv.
Lutte contre la royauté, de Bauduin lX à Guy-de-Dampierre (4'l95
force I'hilippe-Auguste à
- à 430Â'). - Bauduin lX vainqueur,départ pour la croisade et
signer le traité de Péronne' - Son
son couronnement à Constantinople- - Rdgence de Philippe-
de-Namur. -- Les deux filles de Bauduin livrées au roi. -
llariage dc Jeanne avec Fernand de Portugal. - Prise de lille
et construc[ion du fort des Reigneaux. - Retour de Fernand
e[ sac de lille. - Bataille de Bouvines. - Gouvernemenù de
Jeanne-dc-Lille.
- l'hôpital Comtesse, - Bertrand de Rains
se fait passer pour Bauduin IX. - Sa fourberie est décou-
vertc. - Délivranco de Fernanrl. - Tournoi de l'Épinette. -
Halle éehcvinale. - La bonne maison des ladres. - Ctéation
et renour'ollement de la Loi de title. - Courposition du siége
échevinal et du Magistrat. - Jeanne meurt à I'abbaye de Mar-
les Dampierre et les d'Avesnes.
quette.
- Dissentiment entre Lcs
Saint louis médiateur. Frères Mineurs installés en
- -
institue la procession de Lille et la foire
ville.
- Marguerite
auxchevaux. dc nouveau et agrandie. -
-Lavillefortiûéc
Guy-de-Dampicrre entre en luttc avec le roi. - lille investl.
de Guy le privilége du serment
- Les habitants regoivent IIs
préalable du souverain. traitent aves le roi etouvrent
-
ies portes de la ville. - [a bourgeoisio. - Réception et,
escassement des bourgeois. [e château de lille et Ia motte
-
du clrâtelain. Jean-de-Namur reprend Lille. -Bataille de
- Exigences du roi et remise de la ville.
Mons-en-Pévèle.
- -
[a'Dctle, les canaux et les fontaines. legs de Jacques
-
Louchanl. des hôpit,aux Saint-Nicaise et Saint-
-Fondation
Julien.

Traité de Péronna, L,e ffls de Marguerite-d'Alsace,


-
Bauduin IX , eut à soutenir contro la royauté une lutte

$,.
-3b-
qui ne devait se terminer qu'au llV'siècle'
A Ia suite
-
d'une campagne heureuse, il força Philippe-Àuguste
U rigout lË tiaito de Péronne (1199)
et- conclut.lo^tt
un accord favorable aux intérêts
Riih"ard-Cæur-tle-Lion
du commerce fl.amand. Baud'uin IX prenait par[ à un
quand FluJ{ues'
i**oi qu'on célébrait en Champagne t
un Saint par
cur6 de Neuilly-sur-Marne, regardé comme
le peuple qui te pressait autour de lui , vint
exposer t
et la captivité- deJé-
uoLiûro âe la fête , les malheurs
de Flandre'
rusalem reprise so, ûs chrétiens' Les comtes
de Champagne et de Blois entreprirent la quatrième
Alexis'
coisade où , par suite cle la trahisou de I'empereur
Bauduin fXiut proclamé empereur latin (1204) à Con-
-soumettre
les Bulgares qui
stantinopte (a). Âyant voulu
refusaient de le relonnaître , il périt en combattant
vail-
lainment. Mais si I'expétlition guerrière fut détournée
une source de
Ju *oobot, Ie iommurà flu*untl y trouva
ricTesses; il n'y eut bientôt plus un seul port de mer
de ses pro-
en Orient, qui ne firt ouvert à I'exportation
duits industriels.

1211. Menrecr or JeeNN Àvant son départ


'
Bauduin avait nommé régent de Flandret son frèrq Phi-
Je.anne
lippe-de-Namur qui deviut tuteur des princesses
et^ ivlargoerite à l^a mort de leur
mère, Marie-de Cham-
la l'occasion dtintervenir
pugor." Cu fut pour royauté
àuT, tæ affaires d'une province donu la prospérité sans
Philippe-auguste, en qua-
rivale exoitait sa convoitise.
Saint-
(,1)Gautier de Courtrai, son cbancelier, chanoine-d9
obtint e[ rapporta rl'orient p0ur ta Collé^giale'
fiàrie de Lille, '
unereliquedelavraieoroix,'ono'o.aujourcl'huiàl'égliscSaint.
Étienne.
_

_36_
lité suzerain de la Flandre, prétendit avoir Ia garde-
de
noble des filles de Bauduin. Infidèle à son devoir, le
régent se laissa gagner par le roi et lui livra ses deux
pupilles qui furent renfermées ,ru Louvre, où eiles res-
tèreut pendant six ans. Les habitants de la Flandre eb du
Hainaut, irrités sontre Philippe de Namur, réclanrèrent
les jeunes princesses avec tan[ cl'insistance que le roi dut
serésoudre à les renvoJrer. La reineMathildevoulutalors
marier Jeanne avec Feruand , son neveu, fils du roi de
Portugal. Pour adhérer au projet d'union, Philippe-
Aug'uste exigea de la princesse douairière une forte
somme d'argent et se fit promettre à l'avance par tr'er-
nand, la cession des villes d'Aire et de Saint-Omer ren-
dues jadis au comte Bauduin en vertu du traité de Pé-
ronne. Aussitôt après le mariage, célébré à Paris avec
une rnagnificence extraordinaire, ilux frais des bon4es
villes de. Flandre et de Hainaut ,les deux époux avaient
pris le chemin de leurs états , lorsque le fils du roi, les
ayant devancés , les fi,t arrêter à Péronne et enfermer au
châ[eau jusqu'à ce qu'il se ffrt emparé des deux villes
promises par Fernand.

Fort Reîgneauæ.- Les conséquences d'un siodieux


des
procédé ilevaient être funestes pourLille. Fernand, irrité
contre le roi, refuse de lui prêber son concours dansl'ex-
pédition qu'il prépare pour détrôner Jean-sans-Terre (4).
Prompt à se venger, Philippe-Auguste fond sur la Flandre,

(,t) Jean-Sans-Terre, usurpateur du trône d'Angleterre et


assassin d'Arthur de Bretagne, condamné comnlc félon par les
pails de France, s'était vu enlever par Philippe-Augusto la Nor-
mandie, l'Ànjou, le Maino et le Poitou, of une armée franoaise
gr)t débarqué en Àngleterre s'il ne sttait rdconcilié avec lc Pape.
.-3i_
s'empare de plusieurs places importantes, revient parlille,
qu'il prend après trois jours de siége, et fait construire
le forl, des Reigneaux, où il laisse une garnison sous les
ordres du prince Louis, son fils. Celui-ci, apprenant
I'anivée de tr ernand à la tête dtune armée , abandonne le
fort à une garde de deux cents hommes. Les Lillois re-
sistent aux Flamands, et le roi , pour leur montrer son
contentement, retire Ia garnison. Mais peu de temps
après par sympathie pour Fernand, ou d.ans la crainte
d'attirer sur leur ville le sort de Tournai, récemment
livré par ses troupes au pillage , ils ouvrent leurs portes
à l'époux de Jeanne.

1213. Sac ile Lilte . Philippe-Aug'uste , exaspéré ,


-
reviont en Flandre, pénètre daus Lille par le fort des
Reigneaux, et fait mettre le feu aux maisons dont la plu-
partétaient construites en bois. Le vent étendI'incendie,
qui se propage rapidement, et la ville n'est bientôt plus
qu'un monceau de ruines. Le fort des Reigneaux, bâti
en pieux et en palissades , est lui-même la proie des
fl.ammes. Un grand nombre d'habitants périssent par le
fer ouparlefeu, ou sontfaitsprisonniers pour être mar-
qués dusigne de la servitude et vonduscommeesclaves.
Le reste n'est protégé dans la fuite que par un brouillard
épais et la fumée d,e I'incendie. Le sol tourbeux de la Basse-
Rue et de Ia Grande-Chaussée s'embrasa et resta plu-
sieurs jours en combustion. Si le,chroniqueur(iuillaume-
le-Breton , témoin et chantre des hauts-faits du roi, est
digne de oéance, Philippe-Auguste fit renverser à coups
de machines les édifioes épargnés par les flammes et crut
avoir détruit Lille à jamais.

q*

'-{f
-38-
ila Bauai'n€s. n'aspirait
12L4. Bataiile - Fernand
qu'à se venger : il se rendit en Angleterre et forma avec
iuun-rurr*-Terre et l'empereur Othon IV une ligue dont
le but était le partage de la France r'l). Pendant que les
Anglais soulovaient les provinces de I'Ouest, Othon et
Feùand, soutenus par les seigneurs de la Lorraine et du
Brabant, venaient attaquer le Nord. Philippe eut le
bonheur inespéré de sauver la monarclrie : stéLant avancÉ
à la rencontre de ses ennemis , il les arrêta et les battit
rlans les plaines de Bouvines , près de Lille, et emmena
Fernand captif à Paris.

- Le
GouvsnNeMENr os JseNNp. 1214.1244. sacde
1213 semblait avoir anéanti la ville ; Pour assouvir la
fureur du roi, le fer et la {lamme avaient promené, du
Pont-de-Tins au Château, la ruine, la désolation et la
mor[. Mais ce désastre ntavait pu altérer, dans le oæur
des Liîlois survivants, ni I'attachement au sol natal , ni
l'énergie qui soutient les hommes industrieux et persé-
vérants. I)e retour en ville, chacun se mit à l'æuvre I
on trouva dans le travail et le négoce les ressources
nécessaires à la réédification dechaque demeure, etJ'an-
cienne prospérité ne tarda pas à reparaître. D'ailleurs les
habitants furent priucipalement soutenus et encouragés
dans leurs efforts par la présence et l'exemple de la jeune
comtesse. Jeanne-de-Constantinople, ou, plus justement,
Jeanne-de-Lille, restée étrangère aux intrigues de son
époux, dut, à partir de la captivité du comte, pourvoir
aux soins du gouvernement. Elle ût de Lille son séjour
ordinaire et y incorpola la paroisse de Saint-Sauveur.

Jeanne-de-Litte, On peut regarder eomme la se-


-
(,t) Othon amena une armée de cent'vingt mille hommes.
-., .. "lffii|,,r,,r

-39-
qui, en releYant
cond.e fondatrice cte Lille cette princesse
la ville de ses ruines, la dota de plusieurs institutions
jusqu'à
charitables dont Ies bienfaits se sont perpétués
nos jours. L'incendig de 1213 avait détruit I'hôpital
Suini-J"an-Baptiste, situé rue des Foulons : c'est Jeanne
qui, pourle remplacer, se hâta de fonder, rlans le faubourg
du irio., l,hôpiial Saint-Jean I'évangéliste., aujourd'hui'
Saint-Sauu'o'it21e);ooluidoitlafondationduBégui-
nage,{uiasubsis[éjusqu'en184t'l,installationdes
Fr[rr*-ùineurs (de Saint-tr'rançois d'Assise ) dans un
des faubourgs, et l'établissement, dans son palais, d'un
hôpital placé sous I'invocation de la Yierge (1236J, mais
designO par le peuple reconnaissant sousle nom
d'hôpital
comtesse. son exemple eL ses bienfaits eurent pour
résultat d'exciter l'émulation des habitants et apportèrent
un adoucissement aux malheurs de la guerre et aux souf-
frances des indigeuts.

Hôpi,tatComtesse.-Potrrperpétuerlesressources
de l'établissement hospitalier débaché de sa demeure
féodale, Jeanne lui donna en propriété le manoir uppelé
la cense du Metz, les moulins à eau de Wazemmes t
situés sur I'Arbonnoise i't), le droit de pêche dans la
Deûte etcelui de mannée (mouture) dans un rtyon d'une
lieue autour de la ville (2). Elle lui accorda plusieurs

Yattban et de la rivière des Stations.


(,1) Vers I'angle de la rue
(2) L'hôpital comtesse concédaii directement les baux relatifs
àlà pêche, en ville et dans la banlieue, et, 0nvertu de son droit
demannéeoudevent'onnepouvait,danslepérirnètreindiqué'
construire sans son consentemeni iltucun moulin à vent, à eau
ou
à
à liras. ll irnposait aux concessionnaires des rentcs analogues
celles qui se payaient ailleurs au domaine'
.!-3 '.iû),rù{ nrF

_40_
exemptions d'impôts, et les comtes de Flandre r comme
aussi les princes souyerains jusqu'au XVIIIT siècle,
déclarèrent à maintes reprises le prendre sous leur pro-
[ection. Le droit de mannée finit par entrainer une obli-
gation éfroite, cello d'approvisionner la ville on certains
cas. Au X.VIo siècle, l'hôpital possédait sept moulins
entre la porte de Fives et I'hôpital Saint-Sauveur; il dut
traiter avec d.es laboureurs de la location éventuelle de
vingt-quatre chevaux ou plus, pour procurer en temps
de nécessibé les farines indispensables à la consom-
mation.

L224. Bertranil ile Rai'ns. Cependant lo malheur


-
s'appesantissait sur Jeauoe : l'inanité de ses efforts pour
obtenir la liberté de Fernand, des accusations odieuses et
injustes et Ia révolte dtune partie de ses sujets, vinrent
coup sur coup éprouver son âme sensible et généreuse.
Quoique vingt, ans so fussent écoulés depuis le décès de
son père, tué dans uno lutte inégale contre les Bulgares,
la nouvelle de son trépas avait laissé des incrédules dans
le peuple, qui ne se persuade pas facilement de la mort
des héros. A I'instigation de quelques seigneurs, un
aventurier nornmé Bertrand, natif de Rains, près de
Vitry-sur-Marne, abusant de sa ressemblance avec Bau-
duin IX, fit passer pour ce prince. Sa longue barbe
se
blanche lui donnait un air vénérable. Il trouva de nom-
breux partisans et, acoompagné d'un cortége immense ,
il fut reçu avec acclamation à Tournai, à Valenciennes
et à Lilte. Son entrée à Gand et à Bruges se fit avec uûe
véritable magnificence. Jeanne , se trouvant bientôt
presque abandonnée, avait dû quitter Lille pour échapper
auxsévices despartisans du faux Bauduin. L'identité de
_44_
celui-ci n'était cependant pas encore prouvée: il dut se
rendre à Péronne où I'avait mandé Louis VIII , et fut
aussitôt convaincu d'imposture. Interrogé en présence
d.u roi et des seigneurs de sa suite, il ne put seulement
pas dire par qui il avait été armé chevalier, ni nommer le
lieu et I'époque de sou mariage avec Marie-de-Cham-
pagne. Se sentant d.écouvert, le fourbe prit la fuite la
nuitsuivante. Arrêté en Bourg'og'ne et livré à la comtesse,
il avoua son crime. Il fut condamné à mort, traîné sur
une claie dans les rues de Lille , puis étranglé devant la
SalleJe-Comte. Jeanne pardonna aux Lillois I'ac,cueil
fait par eux à cet imposteur.
1226. Déli,arance de Fernanil et Tournoi ile t'ilpi-
natte (t).
- Pourobtenirlaliberté deFernand, toujours
retenu au Louvre , sa femme avait, à diverses reprises ,
fait des instances pressantes , accompagnées d'offres
considérables , auprès de Philippe-Auguste et de Louis
VIII. Chaque fois que se dilatait son cceur à I'espoir
d'une transaction prochaine r les Flamands refusaient de
ratifier les conditions onéreuses imposées par la royauté.
Enfin la reine Blanche, mère et tutrice de Louis IX
pressée par les barons consentit à rendre la liberté ari
,
comte moyennant une rançon de vingt-cinq mille livres,
dont le versement fut garanti par la remise de la ville de
Lille au roi de France, en vertu du traité de Melun.
Immédiatement après le retour de Fernand, Jeanne, pour
faire oublier le souvenir du faux Bauduin et surtout
pour honorer la mémoire du vaillant empereur , son
père, institua les Tournois de l'Épinette, joutes spéciales
à la ville de Lille , e[ qui eurent également pour effet

(,f ) Ce nom paralt provcnil de cc qu'on présentait une branehe

S'auhépine au nouvgau roi de la fétc,


-12-
de réveiller les instincts bolliqueux du peuple et de la
noblesse. Le vieur levain gaulois se révélait
dans ces
fêtes, et entretenait le goût des armes au sein des popu-
lations actives et laborieuses de Ia contrée'

1233.Halteécheuinale.I-éproser,i.es._Fernandne
survécut que oinq ans à sa mise en liberté. Jeanne était
veuve q"ùa eut iieu la construction de la Halle échevi-
oulu qoi fut, d.urant quatre siècles et demi , le siége de
notre magistrature populaire et le théâtre de notre vie
municipale. La oomtesse donna dans le même temps à
I'Echevinage le droit de créer certains impôts dont elle
se réserva la moitié. Le nouvel édiûce, situé sur la Place-
du-Marché, s'étendait jusqu'au pont saint-Jean (Ponts-
de-comines) et comprenait l'emplacement de I'ancien
Marché-au-boi**ott , sur le trajet actuel de la rue de la
Gare. En cette même anné., I'Échevinage d.onna le rè-
glement de la léproserie ou maladrerie fondée antérieu-
iement horsde Ia ville (,t). La comtesse affecta unerente
de cinq livres à cet hôpital administré par les échevins e[
réservé- aux bourgeois de Litle. On I'appelait la Bonne
I\{aison des ladres, parce que les lépreux s'é[aient
mis
sous la protection de saint-Ladre (Lazare). un étranger
o, pooouit être admis que stil n'y avait aucun malade
dans la maison et en payaut vingt marcs d''argent' Plu-
sieurs Liltois enrichirent cette léproserie dont les comptes
se rendaieut devant l'Échevinage. Il y avait à Marcq-
en-Baræul une autre maladrerie otr I'admission était
plus facile.
1235. La Loi, rle Litte.- Ce fut encore vers le même

(,1) Faubourg rles tlalades' sur I'emplacement de la gare


Saint-Sauveur.
-&3-
temps que l'Échevinage reçut de la comtossê rtrè r0û-
velle organisation. Des vues larges et g6néreuses, main-
tenues dans les limites d'une politique habile et pré-
voyante, l'engagèrent, sur la demande des échevins et
des bc,urgeois, à rég'ler, de concert avec eux , l'élection
ot la composition du Magistrat.
Le Couseil échevinal fut composé de vingt-cinq mem-
bres répartis de la manière suivante:
I. Membres élus par le seigneur de la terre ou ses
-
délégués (4) , sur la présentation des pasteurs d.es quatre
paroisses de la ville: Douze échevins présidés par le
mayeur clont la voix était prépondérante (2) et, en son
absence, par le cottereau, premier échevin.
il. Membres élus par les échevins :
-
Le rewart chargé de I'exécution des ordonnances
10
de l'Échevinage , dont toute l'autorité lui él,ait dévolue
en dehors du Conseil. C'était toujours le mayeur sor-
tant Il prêtait serment au nom de la ville entro les
(3).
mains du prince ou du gouyerneur;
20 Quatre voirs-jur6s ou conseillers légistes , gardiens
spéciaur et permanents de la loi et des franchises de la
cité, et de plus échevins suppléants ;
30ÏIuit, jurés choisis parmi les bourgeois lesplus ho-
norables de la ville.

(,1) Commissaires au renouvellement de.la Loi.


(2) tc maycur convoquait et congédiait I'assemblée. Chef de
la justice ét des {inanccs, il avait I'autoritrJ souveraine dans la
Illaisonde-Yille.
(A) te rcwart, nommé en tête des ordonnanoes, mùrchait l0
premier dans les cérémonies publiqucs.
_LL_
Complément ilu Magistrat - En dehors du Conseil
échevinal , mais faisant partie du Magistrat, il y avait
encore:
I. A la désignation des quatre pasteurs reçus au
-
Conolave le jour des âmes , pou faire connaitre leurs
choix :

10 Les huit honmes , magistrats chargés d'établir,


avec huit échevins désignés par le sort, la quotité des
impôts, d'assister I'audition des comptes et de-leiller
à
à la conservabion des biens de la ville. Leur uttribution
spéciale étaib de recevoir les nouveaux bourgeois. Ils
furent plus tard appelés prud'hommes I
2o Cinq paiseurs ouappaiseurs, prud'hommes charg6s
de mettre fin aux contestations e[ aux querelles sur-
venues entre les particuliers.
II. A la nomination des échevins :
-
Quatre trésoriers dont I'office était connu sous le nom
de comptes de la hanse.
Tous les membres élus prêtaient le serment de remplir
scrupuleusement les devoirs de leurs charges, dont le
Livre Roisin donne toutes les formules, et le Nlagistrat,
ainsi composé, siégeait en Halle échevinale.
_
Renomallement de Ia Lai. qu'on apPe-
- L'élection,
lait le renouvellement de la Loi, avait lieu chaque année
le jour de la Toussaint, Le Conseil échevinal se rendait,
après déjeuner, à la GouYernanco oùr l'attendaient leg
commissaires uommés en vertu d'une commission sp6-
ciale du souverain. Les membres sortant de charge fai-
saient le serment de signaler les cas d'inoapacité qu'ils
découvriraient parmi les personnes dont la liste allait
qtF

_,tû_
leur être soumiso. Ia ir6r@ué du prince râ présentait au
nom des commissaires et.on se retirait dans
ine saile voi-
sine pour la discuter. La délibération tcrminée,
iu pro_
cureur-syndio donnait lecture du mand,at des'commis_
saires, et le g'ouverneur remerciait et déliait de leur
ssrment les magistrats dont les fonctions
r expiraient. Lo
I Procureurr reprenant la parole, spéciûait les iominations
aux diverses charges, et re Magistrat retournaitenHalre
'] où leg noms étaient procram6s une secotrde fois
en pré-
sence des nouveaux élus.
alors avait lieu la prestation du serment. Le mayeur
étendaitla main sur un missel; il sufûsait
aur autres de
la lever. Puis chacun baisait, une croi*
apportée par le
coutre (l)_ ou g'rand clerc de Saint-Étie"or.
noho le
mayeur donnait les places en commençant
par les au-
ciens membres du_Magistrat, selon tro, ,uog-r*lrir*
et Ie nombrs de leurs années drexercice, upiè, ceux_ci
venaient les membres nés à Lille, puis ,r"* q; ,ouiunt
acquis la bourgeoisien les uns et les autres
pur ruog d,âge.
Brctèque.
:- Les principaux enployes de la
chambre écheviuale étaieni trois crercs ou scribes
: Ie
Procur€ur-syndic, gardien des archives ayec le cottereau,
le greffier civil et le greffier criminel. II y avait
uorri ro
Ealle.dee sergents ou valets de la ville ihargés
, J; p"-
blier à haute voix les bans ou ordonnances, par
res carre-
fours et à la bretègue, tribune eu saillie
sur la façade
de la maison échevinale. L'un de ces
valets s'appelait re
roi des ribauds ou de I'amoureuse vie. .cro*"p^rlorit,
il
le bon vendredi, les ladres autorisés à solriciter
une fois
par an la charité- publique, et recevait des
gages sup_
plémentaires prélevés ,u, ces qumônes. :l

(l) Coutre, du lailn cusros, gardlen doe reliquee, dos ome-


ments et du nobiUer de l'églisa
3
-ô6-
I:er gusilio|hèneu-, nn6 de nos plus belles institu-
tions ômmonales était alors la magistrature des garil'-
orphènes qu'aucune autre n'a remplacée de nos jours'
;
Leur chargoconsistait à veillel sur les biens des orphe-
lins et à ùrifrer, chaque année, les comptes aussi bien
.des pauvres que des riches. C'.est à eux que
les tuteurs
oom*é. d'offrce ou désignés par les familles, rendaieut
comptedeleurgestion.llétaitinterditauxgard,orphènes
de piendre U interêt I'argent des pupilles ' sols
peino

d'êire déclarés parjures et rejetés clelabourgeoisie. Dans


I'origine, la tuleilL se prolongeait jusqu'à fâge. de vingt'-
et-un ans I mais Philippe-le-Hardi crut devoir déclarer
les gatçons majeurs à quinze ans et les filles,
à douze'
firent revenir sur cotte,déci-
l_,rriU"r qui en résultèrent
siou. Une ordonuanco de Jean-sans-Peur (f406) fixa à
dix-huit ans la majorité d.es garçons et à quinze celle des
frlles. L'émancipation et la décharge de tutelle devaient
être prononcées pur-devant 6chevins'
La Coutu*re. -L'Échevinage, ainsi constitué par la
bonne comtesso, jouissait de droits importants
consacrés

par I'usage et ile priviléges accordés depuis far la lib6-


ialit6 deslrinces. La coutume, droit municipal, netarda
pas à p.uoât force de loi , et le Magistrat,
jaloux de ses
irérogatives droits de ses administrés, les défen-
eù des
àit rùu, ût confirmer par l'autorit6 souveraine. Nous le
yerrons pendant quatre siècles lutter avec succès, contre
cette même autorii6, jusqu'à ce que le pouvoir du grand
roi et ds ses successeurs, ld disputant le fond, arrive
par divers ompiètemonts à ne lui en laisser que la forme
of I'apparenco.
Monnoia.-!'inscription quo poilent les petites mon-
n&ier flamandes, audouzième et au troizièmo siècler poul-
_[?L
enùore â. un privilége des ailmiristrations
rait faire croire
locales. Cependant l'Échevinage ne prenai[ aucune part
à leur fabrication réservée , comme nous l'avons Yû r
aux comtes de Flandre. A cette époque, on ne forgea
qu'une seule espèce de monnaie : le clenier tle style
artésien , pièce d'argeat de petit diamètre, aux flancs
épais , et presque toujours semi-muette , c'est-à-dire
n'ind.iquant que le lieu d'émission , mais différant de
type selon les ateliers. Les deniers de Lille présentent
pour signe distinctif la fleur delis, soitplacée devant les
côtés d'un triangle , soit:seule dans Ie champ, dans un
écu ou dans un losange. Comme accessoires on y re-
matque des étoiles , des croissants, des annelets et des
globules, avec les légendes LI , LILE, LILA, entre les
bras de la croix. On les fit longtemps du poids moyen
de 35 centigramrnes , et ils furent portés à 42 sous le
gouvernement de Marguerite qui , vers l'an 1260 , fit
forger des monnaies dont le poids correspond aux deux
tiers du gros tournois de Saint-Louis.

Scel écheoinol. Le type priacipal des monnaies


-
frappées à Lille était donc Ia fleur de lis qui, sous une
forme élégante et dégagée, est la seule fig:ure introduite
dans l'écu aux armes de la oommune. Elle est accostée
du liou de Flandre sru le 'scel 6chovinal, €ane doute
_lg_.
€omnre ténoigna$e de la euzeraineté du comte qui aoa-
servait unepartdans Ie choix des magistrats de la cit6 (tL

({) Uno flour de lis d'argent sur champ de gueules , depuis le


sac do {2{3.
_Lg*
Abbaya ilc trIarqa6gj6. ayant pendu sa Êlle
unique , épousa en LZST -deannsl
Thomas aà Savoie , prince
éolairé qui favorisa surtout les progrès de lagrlr,irtrru.
on trouve dans les ornemônts àeslenêtre, ai Phôpitar
Comtesse, où. son chiffre ffgure etrcore trtr indice
r
la part gutil prit, arec Jeanne , dans les travaux en
de

erécution à Lille , pendant Ia courte durée de Ieur


commune eristeuce. rres dernières anaées de la
bonne
comtesse furent spécialemont consacrées à
compléter les
libertés-publigues do la Flandre. Lorsgu'e[e 'seutit sa
fin^prochaine, elle se retira, du consentement deThomas,
ù l'abbaye de Marguette qu'elle avait fondée surles
rives
de la..Margue (lZgB)
, y pur.u quelques mois dans le
recueillement et les pratiquôs religieuses de ra
maison,
et, s'endormit dans le seigneur (5
décembre 1244).

Mancusnrrr-os-CowsraNTrNoplg. lZ/14 ù, lgg0. _


Lorsque Marguerite succéda à sa sæur, elle était veuve
pour la secondo fois et avsit sept enfants. Les deux
ainés étaieut fi.ls de Bouchard drÀvesnes, son premier
mari; trois fils et deux ûlles lui venaient de Goillarrme
de Dampierre. Mais I'antipathio que moutraitla eomtesso
pour les enfants de Bouchard, fii éclater un vif disseu-
timent entre les demi-frères, au sujet de reurs droits do
succession aux comtés de Flandre et do f{ainaut.
Les
deux parùis avaient pris les armes, lorsque saint-Louis,
choiei pour arbitre , vint à Lille et termina re différend
par I'attribution du Hainaut aux d'Àvesnes et de la
Flartdre aux Dampierre. Marg'uerito
, irritéo de voir le
Eainaut échapper à ses enfanls de prédilection déchar-
,
gea sa colère sur les habitants de cette provinco qui la
enrrnommèrcut Marguerite-la-Noire.
-b0-
au contraire et à
Ees Frères Mùnaurs.
- En Flandre ,
en particulier, elle marcha sur los traces de sa
Lille
sæur et se signala par des bienfaits. L',hôpital saint-
Nicolas, que l-'incendie de 1213 avait épargné d'u -moins
en partief fut I'objet de ses libéralités. Celui de Saint-
Jean-Baptiste, rue des'Foulons, n'avait pas été-recons-
truit. Ala sollicitation des Frères-Mineurs qui, installés
hors de la ville 1 ûvaient eu à souffrir de la guerro r le
Magistrat donna I'emplacement de I'hôpital à ces reli-
gieux, avec I'assentiment de la comtesse (1249)' Comme
iette résiilence était sous le patronat du prévôt de Saint-
Fierre, le couvent dut passer, avant do construire une
église, un concordat aves la Collégiale. Le Chapitre y
rér.rou touslesdroits de sépulture de la paroisse'

l2î0. Pracession ile l.ille.- Après avoir fondé l'hô-


pital de Seclin et enrichi le monastère de Flines, Mar-
guerite, voulant favoriser ltachèvement d,'une nouvelle
àhapelle de la Vierge à l'église Saint-Pierre, institua,
uo tZ?O (l) , la procession annuelle, dite procession de
Lille, en I'honneur de Notre-Dame-de-la-Treille (2)' La
statue de la Yierge r regardée commo la proteotrice sp6-
ciale de Ia cité, était retipée en grande pompe de l'6-
glise, le dimanche après la Trinité, et portée à travers

(,tNouveau style. D'après le vieux style, c:est-à-dire avant la


)
reformation du calendrier par Grégoire XIII, en '1582 ee fut en
'
février {209 avant Pâques.
(2) te gorit du peuple pour les plncessions remonte à une
groupes
époque fort ancienne. Yers I'an 4'l&7, cinquante-quatre
tittois se rendaient ohaque annéc â Seclin , avec la croix et les
O-e

bannières, le jour de la Pentecôte; trente groupes venaient de


Seclin â lille, à la Trinité
-ô4 -
la ville et dans les faubourgs. La marche s'ouvrait par
les corps de métiers dont les maTtres portaient des flam-
beaux, et les ouvriers, les statues ou bustes de leurs
patrons I après eux venaient les archers et les arbalé-
triers, les religieux de Saint-Dominique, les Frères-
Mineurs et le clergé de la Collégiale et cles paroisles,
alternant avec un . grand nombie de châsses I puis le
corps entier de l'Échevinage qui réglait lui-mème le
jour, I'heure , Ititinéraire et I'ordre de la procession.
Avant le départ,le Chapitre remettait la fisrte ou châsse
de Notre-Dame entre les mains de deux échevins qui
I'escor[aient, en portant le dais, jusqu'À la chapello de la
Trinité. Le bailli en prenait la garde hors do la ville,
puis la rendait aux Échevins qui I'accompugnaient de
nouveûu jusqu'à la Collégiale. La foulo formant Ia haie,
Ie chant des hymneset l'harmonio des instruments com-
plétaient le caractère de grandeur et d'unanimitd de
cette pieuse manifestation annuelle. Imposante et s6-
vère aux siècles de foi, plus tard mêlée de scènes bouÊ
fonnes, la procession de Lille out lieu sans intenuption
jusqu'en 1793.

Les f'oires.
- Il existè même encore de uos jours
d'autres instituiions de cette époque, à peine modifiées
par la législation moderne. Après avoir donné le règle-
ment du Béguiuage et cédé au Magistrat les.reverius du
Longuet, droit de navigation sur la Detle, Marguerite
institua une frauche-fête de cinq jours ou foire aux
chevaux (1271), commençant Ie londemain de la pro-
cession. On donnait aux marchand.s un sauf-conduit de
huit jours, de sorte qu'ils pouvaient y venir et s'en
retourner en toute sécurité. La franche fête ou foire du
-tiz- i
mois rl'aott, d6jà établie, ilurait également cinq jours.
Philippe-le-Bel , une fois maitro de la ville, donna uù
sauf-conduit ile huit jours avant et huit jours après è
ceux qui la fréquentaient. Quqiqu'elle ftt de courto
durée r oû J faisait des affaires importantes, et I'indus-
trie y trouvait un de ses principaux 6léments de pros-
périté .Les droits de mesurage etd'aunage surélevéspeu-
dant la fête, étaient une source de revenusmunicipaux,
et les taverniers, autorisés à augmenter leurs prix en
temps de foiro, payaient au souYerain un hanap ou go-
belet dtor.
L273. Moftastère ile I'Abietta (t).- Avqnt de mou-
rir, Murguerite voulut, comme sa sæurr doter Lille d'un
monastère. Elle avait acheté à la Collégiale un pré et
une graûge situés le long de la Deûle, au-ilelà de la
porte Saint-Pierro, dans un lieu appelé Notre-Dame de
Lille. Elle en fit don aur religieuses de Sainte-Ilfarie,
dites de I'Abbiette, qui construisirent , dès 1274 r un
monustère de Dominicaines où elles vécurent selon la
règle de Saint-Augustin et les constitutions dos Frères-
Prêcheurs.
.Deuæiëme agrandissament. Vers la fiu du gouver-
nement de Marguerite, les
-
Lillois fortifièrent la vills
domeurée ouverte depuis 1213. On construisit un mnr
épais, flanqud de tours et fortiû6 avec art à chacune des
huit portes (2). Cette enceinte reut'ermait quatre pa-
(t) Abbictte, pour abbayette : ll n'y a ni abbés ni abbesses dana
I'ordre des Dominicains.
(2' I.es portes étaient cellos de Saint-Pierre, de Courtral , der
Reigneaux , de $ives , de Saint-Sâuveur, des llalades, du iloliuel
(coin de la rue de l'Â B C), et de Weppes. Lë pourtourdo la villo
englobait une superfloie ds quatre-vingts hectares.
-ss-
roiases, dont los curés désignaient les huit hommes , au
reuouvellement de la loi. C'étaient Saiut-Pierro, Saint-
Stiroor, Saint-Maurice et Saint-Sauveur.
Maisle roi, prétendant que l'Échevinage avait enfreint
Ie traité de Melun en construisant les murailles, lui im-
posa une ameude de rtingt-quatre mille livres. Puis,
pour se concilier les bonnes grâces des habitants, il
céda au Magistrat ses droits de propriété sur les forti-
fications, en aocordant la faculté de les augmenter ou
de les réparer à I'avenir, selon les besoins de la défense
(1284).

Goy-us-DaMprERRÊ. 1280-1304. f,s lutte de la


- depuis pràs de
royauté contre les grauds vassaux durait
trois siècles, et , des sir grandes pairieB françaises éta-
blies par Hugues Capet; la Flandre seule était restéo
intacte. Les autres avaient été démembrées ou absor-
hées dans le domaine royal. PhilippeJe-Bel, coutinuaut
cette politique envahissante, employa tour-à-tour ay€c
Çuy la ruse et la force. La guerre 6clata et Lille fut
'investi par I'arnrée frangaise (1297). Les habitants ré-
sistèrent. Ce fut alors que Goy, sans doute pour récom-
peuser leur fid6lité et eucourager la défense, cousacra
solennellemeut uue de leurs anciennes coutumes, {ui
consistait à ue prêter serment au souverain qu'aprês
avoir reçu do lui la promesse formelle de naintenir les
priviléges, franchisos et libertés de Ia commune. Ce
privilége erceptionnel du serment préalable du souve-
rain, respecté jusqu'au déclin de la monarchie, assura
la stabilitd, de l?antique iudépendance locale. Sous les
différentos dominations qui se su0c6dèreut, Lille a tou-
-b&-
jours porté son propre blason,. et conserv6 ses lois
Lo**"tts coutumes. Ce fut toujours en son nom quêla
i'Écheoioug. promulgua les ordonnances et rendit
justice ciniÏ, ei criminelle. Jamais il n'a été soumis à
îo.oo* redevance féodale, jamais il n'a payé les aides
imposées ailleurs au mariage du prince ou à Ia naissanoe
de ses enfants.

1297. Si,ége.- Cepenilant le siége soutenu par Robertt


fils du comte, se prolongoait grûce à I'intrépidité du
chevalier le Roux àe Fauquemont. Aussi remarguable
par sa force que par son courager ce guerrier reproduisit
iesexploits des hlros fabuleux chantésdans lesballades.
AprèJ onze semaines de résistance, la disette força ce-
pendant'lejeune prince à capituler. Le roi accorda aut
Loo*geois un traité parbiculier, et Guy de Dampierre,
*oodé à Paris, fut accusé de félonie pour avoir em-
brassé les intérêts de son peuple, et retonu prisonnier
avecses enfants st sa uoblesse.

howrga,oi,si,e.; Les bourgeois avec qui le roi traitait


ainsi àu sort de 1a ville, étaient la partie la plus impor-
tante de la population. Ils fbrmaient une classe jouissant
de priviléges toujours respectés paf les comtes et par les
sooueruin*. .Leurs femmes et leurs enfauts ntétaient,
comme eux, justiciables en toute chose que des éohevins.
si un bourgeois venait à être arrêté dans Ia châtellenie
par quelquioo qoi fût étranger à l'Échevinage, le cha-
telain oule bailli étaient requis de le délivrer. En oas d.e
péril pour sa Petsonne ou pour ses biens, le rewart fai-
sait déployer les bannières et sonner la cloohe du bef'
+FF',Ë*;

-66-
froi (l), puis conduisait toute la commuDe en armes pour
faire respecter ses franchises
Quand un bourgeois criait : bourgeoisie!.,. tous ceux
gui ltenlendtrieut étaient teuus r par leur serment, de
venir à son secours, et la commune indemnisait qui-
eÆnque avait éprouvé du dommage en prenant sa défense.
Mais il ne sufÊsait pas de demeurer en ville et de
paJrer impôt pour y jouir du droit de bourgeoisie : il
fallait de plus obtenir le consentement des dchevins, Le
titre de bourgeois était conféré en Halle par les huit-
hommes assemblés au son de Ia banclocbe, le prernier
vendredi de chaque mois. Les nouveaux bourgeois
payaieut pour leur réception un droit de 60 sols d'Àr-
tois, port6 plus tord à 15 livres, e[ remettaient au
rewart un cautionuement d.'au moins cinq marcs d'ar-
gent fin ou l'équivalent en biens fonds. Ils devaien[
aussi peyer l5 livres parisis aux comptes de Ia Hause.
Les registr'es o,uÆ bourgoois reposeut aux archives com-
munales.

Escnssement.
- Les autres habitants de ta ville qui
payaient la taille, se désignaient sous le nom de uia-
nants, et celui de bourgeois forains s'appliquait aur
propriétaires de Ia campagûe (châtellenie), munid du
droit de bourgeoisie. Le jugement qui prononçait I'ex-
clusion de tout droit à ta protection de I'Eohevinage,
s'appelait esoasseuleut. Il était aggravé de la taxe du

(t) te beffroi, symbole des libertés communales, étalt la tour


de l'flôtel-de-Yitfe, au sommet de laquelle reillait un gueûteur
chargé, en cas d'inoendie ou d'invasion n de donner i'alarme, en
soiurantla banolocbe ori otoelro deÈ bans.
-s6*
droit d'escas, évaluée au dixième et imposée, selon les
cas, sur la totalité ou sur une partie des biens du son-
damné.

Personnaget célèbres. Mais intranas ou foroins,


-
tous les bourgeois n'étaient poiut absorbés dans les soins
de leur négoce et la défense de leurs murailles. A la
voguo dont avait joui Ia dialectique nagnère si floris-
sante à la Collégiale, avait succédé le goût de la poésie.
Le treizième siècle vit briller trois poètes lillois : Pierre
le Borgne, appelé aussi le trésorier de Lille, vivait sous
le roi Saint-Louis; Marie Dregneau, feutme auteut, a
célébré I'hiver et ses frimas, eb Jacquemars Gi6lée a
écrit .Rena ril-le-Nouoet , roman satirique dont la répu!
tation s'est perpétuée jusqu'à nos jours. De plus, à la
suite des noms vénérés des princes de la maison de
Flandre qui ont consacré leg franchises municipales, la
reoonnaissance publique doit rappeler celui de Jean Roi-
sin n deurième clerc de la ville. Transcripteur soigheur
des franchises, lois et coutumes de Lille, il ea a fait,
vers 1297, immédiatement après la conquête r un recueil
dpvenu en quelque sorte le palladium de la cité.

1301. Le Chdteau de Lille et la. Illotta ilw Chdte'


ldin. la royauté eut établi sa suzeraiueté di-
- Lorsque
recte surla ville, I'orgauisation militoirey fut remaniée.
Sous les comtes de Flandre, le châtelain héréditaire était
resté le dét'enseur né de la cité I mais PhilippeJe-Bel y
établit des commaudants militaires. Le rôle du châtelain,
devenu secondaire, fut borné au commandement de la
milice communalo dans certains oas déterminés. Jacques
de Châtillon r ù qui le roi avait laissé lo gouvernement
-67*
de la Flandre, fit bâtir la nouvello forteressc çi fut ap-
pelée Château de Lille, et le titre de cbâtelaiu, donn6
dans les actes aux officiers qui en avaient la garde, a
causé quelque confusion chez les historiens. Les fortifi-
cations du château, situ6 près de la porte de Courtrai ,
se rattachaient par le Garil aux défenses de la porte
Saint-Pierre.
Quant ù I'antique Château-du-Buc, d6mantelé en
l2lg, il n'en restait guère gue des ruines. < Ce qu'on
> trouve de plus certain sur ce château, dit un manus-
r> crit de labibliothèque delille. c'estque, n'étantplus
)r en état de servir do forhres{re en 1301, lorsque Phi-
> lippeJe-Bol fit la conquête de Lille, on I'avait dé-
> moli. t Le monticule sur lequel le vieux chûteau avait
6té assis fut dès lors appelé la Motte duChâtelain(l)"

1304. Litla et la Chdteltenia rwnù ûru roi,


- Les
eractions auxquelles ss livra Jacques de Châtillon ame-
nèrent un soulèvement, et les Flamands vainqueurs à la
journée des éperons ou bataille de Courtrai (1302), re-
poussèrent les Français. Jean de Numur, fils de Guy,
nomm6 rewart de Flandre , reprit Lille, que le roi ne
put soooruir et autorisa à capituler. Deux ans après, la

(f ) Non loin de là le chôtelain possédait une maisonnommde


los Prisons Pigon. Il yfalsaitinoarc6rer les prisonniers arrêtés
dans la châtellenie et coux qui étaient condamnés à mort sur la
poursuite du prévôlde la ville. f,es sentenoes judiciaires rappor-
taient au chôtelain une part déterminée dans lee amendes pm-
noncées en Salle rle lille et au Conclaye ; par contre , il devait,
pour les exéoutions, fournir, sglon I'occurrenc€, les cordesr l'é$e,
la ohaudière, le boiù et los érhelles, en un mot les instruments.
du supplice-
I
-ri8-
bataille de Mons-en-P6vèle ramena le roi devant cetto
place forte.sans déoourager les Flamands. Lorsque les
fils du comte se présentèrent sur les rives de la Detle à
la tête d'une nouvelle armée, le roi, stupéfait , s'dcria :
<< En vérité, je crois qu'il pleut des .Flamands ! D etpro-

posa la paix. Guy-de-Dampierre mourut penrlant la


trève. Avant de relâcher son fils Robert et les seigneurs
prisonniere , Philippe-le-Bel, qui avait usé de ruse avec
les .['lamands, exigeâ une rente perpé[uelle de ving[
mille livres, le versement dtune somme de quatro-vingt
mille livres, la mise à sa disposition pour un an, de six
cents hommes armés et équipés, et la destructiou des
forteresses de Gand, Bruges., Ypres, Lille et Douai. Do
plus, il se Êt remettre Lille, Douai et Orchies en ga-
rantio de I'exécution du traité. Uue convention assura
uux Lillois le respect de leurs priviléges et ils ouvrirent
leurs portes aux Français.

De,ûte et canawn ces troubles politigues et


- Malgré
ces désastres, I'industrie et le commerce de la ville
'avaient prospéré; et la mémoire de Guy-de-Dampierro
y est restée en honneur. Il intervint avec le pape dans
une contestation violente survenue entre le Magistrat et
le Chapitre de Saint-Pierre, au sujet de la juridiction
de la teme de Fins (Saint-Maurice), devenue partie inté-
grante de la ville. Pour terminer ls difrérend, iI rachetr
cette terre et en fit don à la commune. Sa mère avait
assigné, à titre de restitution, un prélèvement de oent
livres de rente sur les revenus des l{alles I le comte, en
témoignage de I'afrection qui subsistait entre lui et les
) habitants, leur fit la. cession-entière de ces flalles avec
leure dépeudances, y compris la boucherie r moJrettoaû[

\I
,1\
Ull]F

-ô9-
douze deniers de rente par an (12S0), et leur abandonile'
l'impôt sur le mesurage des céréales. Son nom se trouve
encore attaché à d'importantes améliorations relatives à
la salubrité publique et au développement de l'industrie
locale.
Déjà il était associé au gouvernement de Marguerite,
quand se fit la canalisation de la Derlle, entreprise favo-
rable aux marchés et aux foires r Par I'établissement d'e
communications faciles et peu coûteuses. Par suite d'un
trait6 passé entre l'Échevinage et Jean III, seizième
châtelain de Lille, la rivière avait été canalisée jusqu'Èr
Don , aux frais de la commune, et lton avait creusé le
canal de La Bassée (f271)rpendant la constmction d'un
quai s'étendant du Pontde-I'ins à Rihour. Depuis cette
époque jusqu'au XIX'siècle, la ville a toujours joui
des droits de propriété sur la rivière. En 1291, Guy de
Dampierre lui assura Ia possession du chemin de halage
de la Haute-Detleet lui venditr aveo abandon de ses
droits, tous les canaux, depuis le Moulin-del-Saulx
(pràs de I'ancienne école de natatiou) jusqu'aux moulins
du quai de la Basse-Detle (marché couvert).

Fontainés puQtiquas. La construction de la nou-


velle enceinte donnée à- la ville avait eu pour effet de
restreindre I'accès des eaux potables dans les paroissos
Saint-Étienne et Saint-Maurice. L'accroissement de la
population en accéléra la disette, et I'Échevinage acheta
au-sire de Marbaix (1285) la propriété du plasch (vivier)
de Fives({), des eaux de la Falesque et du moulin du

(a) Ces eaux dont les sources jaillissaient à Fives, sut le {t


parcgurs actuel dir chdmin de fer, desccndaient des oarrièresde
iereon6, ffeusées de temps imméinorial. [e volurne en a dihftiué
de sièclo en siècle; auiourd'hui le vivier est oomble'
'- ',- Jrrr\
|

-+60r

Beoquerel. on'en ddtourna une partie, et le niveau des


sources 6tant plus é[evé que celui des fossés et des
caraux, I'eau étoit reçue dans une tourelle de grès iPoù
une conduite de chêne , en pente do*ce se dirigeait le
,
Iong des remparts vers la porte des Reiguruo*] De ce
point, une bifurcation desservait une fontàine à lrentrée
de I'abbiette et un puits près du cimetière saint-Maurice.
Non loin de la Tour de David, la conduite principale
passait sous Ie rempart, s'avançant jusgu'a la Sotte_
resgue, vis-à-vis le Pont-saintJean où était uno fon-
taine. De là, un embranchement dirigé vers la place
du Marché alimentait la Fontaine-au-clango et cellc
des Poissonuiers, et se prolongeait jusqu'àli Fontaine-
des-Morts, prés lo cimetière de sainl-Étiuoo.. un autre
embranchement longeait Ia rue des Fo*lous, pénétrait
dans le couvent des Frères-Mineurs où se trouvait une
fontaine, passait devant la brasserie dite des Frêres-
Mineurs pour en desservir une autre, et fournissait éga-
lement I'eau de la Fontaine-des-sueurs. ces condùts
souterraius avaient uns longueur de sir mille cent
t'' quaranto pieds.
la paroisse Saiat-Pierre, le public se procurait de
I'eau au Puits doré, situé rue des Moulins_Comtesse
(de la Monnaie), à peu de distance du palais de la salle.

!n en puisait aussi dans le voisinage du Château à la


fontnine Saint-Martin, sur la place du même nôm, ap-
pelée alors Place-du-Rivage (t).

Fonilatiow charitables . C'est ainsi que, dans


-
({) llôpitâl-comtesse avait sur cætte place une entrde donnant
accès aur moulins $aint-plerro et possâlait ta Drasserie{el-
Saulr, siso au ooin do lr rue.
_6f_
I'espaco do quelqueg annéos, l'Éoheviuago wait asrurd
à la ville la possession des eaux n&essaires à I'hygièue,
à I'industrie et à la navigation. Dans I'intervalle, la gé-
néreuse initiative d'un bourgeois créa uae source nou-
vello pour les revenus de la charité publique. Jacquos
Louchard laissa aux pauvres de la ville (1284) uno rente
ds cent livres parisis, {ui fut I'origine dos secours dis-
tribués par ltÉchevinage. Plusieurs années auparavaut,
IIéla d'Estailleurs avait fond6 I'hôpital Saint-Nisaise.
En 1291 , Jean du Solier donna quatro maisons, treize
bonniers de terre et des rentes pour l'érection ds
I'hôpital de la Triuité ({), destind à recevoir cinq ma-
lades alités et la nuit, Ios pauvres voya!
à héberger,
geurs. Puis Jeau-le-Toilier fonda, ruo'Basse, I'hôpital
Saint-Julien qui, momontanémant r6uni en l70l À
l'hôpital] des invalidos, forma en 1738 uue partie de la
dotation do I'hôpital-général dont SaittJulien est lo
patron,

't

(ll Rue dcs talades.

E,T
r:: .*

v.

DOMINATTON FRANÇAISE.

Organisation politique, de Philippe tV à Philippe V (4304 à 1320).


Transpot't de Flandre. Répartition do la rente.
- -
Flandre wallonno divisée en quatre membres.
- La
Création ei
-
organisation des États de Lille et de la gouvernance du sou-
verain bailliage. * [a gardc urbaine.
- les sergents. -
Industrie locale.

Transport ile Flandre. e C'était à titre de garautie


que Lille, sa Châtelleuie, Douai et Orchies ovaient été
livrés au roi I mais celui-ci se garda bien de relâcher une
proie convoitée depuis plus d'un siècle et déjà échappée
de ses mains, après cing années de possession. Les
charg'es imposées au comte furent successivement ag-
gravéos , et Robert de Béthune, fils et successeur de
Goy, leurré par de vaines prornesses, se laissa arra-
cher un acte de renonciation à la propriété des trois
villes, par le traité d'Athies-sur-Orge qu'il dut signer
avant de reoouvrer sa liberté (1305), Toutefois Ia rentæ
_63_
de viugt mille livres imposée par le mi avait été r6tluite
à dix mille, pendant les uégociations, et Philippe, hou-
reux de conserver définitivement ses territoires, con-
sentit enfin à transporter la rente au comte (1312). Les
Flamands la payèrent depuis lors à ce dernier, suivant
répartition, et elle s'appela la rente du transport de
I'landre.

1320. Flanilre uallonne- Néanmoins les vassaur


- mirent tout en æuvre
du comte, irrités de sa faiblesse,
pour annuler la cession. Il n'était plus temps: Robert
lui-même s'efforça eu vain de rompre le trait6 qui dé-
membrait ses états ; il fut à deux reprises forcé de sous-
crire, par les traités de Paris (1316 et 1320), à la perte
d.e cel,te province qui prit dès lors le nom de Flandre
wallonne ou gallicante. Elle fut divisde en quatre mem-
bres: Lille, sa Châtellenie , Douai et Orchies.

Les itrtats de Litte. Une fois maltre des trois Chû-


tellenies, le roi leur -donna une organisation particu-
lière. II cr6a les États de Lille, tep*ésrntation g6nérale
chargée de veiller aux intérêts communs et de voter les
impôts. Cette assemblée'siégeait on llalle, en présence
du gouverneur. Elle se composnit
l0 Du Magistrat de Lille, au premier rang:jusgu'eD
1668, el représeuté par ses quatre députés ordinaires:
le mayeur, le cottereau, le premier conseiller pension-
naire et le .procureur-syndic I
2o Des députés de Douai et d'Orchies ;
3o Des quatre seigneuts hauts-justiciers. Ceux-ci de-
venus de grands personnages, deléguèrent leurs baillis,
_6i_
pris cur-m8mes dans'la noblesse: ils administraient le
plat-paye.
La session dos Etats teminée, le clergé (l) et la no-
blesse étaient couvogués par le gouverneur, of votaient
la part qu'ils consentaient à prendre à leur charge, dans
le subeide sccordé au nom des villes et des campagnes.

Seigneurt hauk-jwticiers.
- Loslequatre
de la Chttellenie qui entouraient
quartiors
Mélantois dout
Lillo était le cheflieu, eurent chacun leur seigneurie ou
pairie héréditaire conférant lo droit de haute justice,
C'étaient la barounie de Phalempin-en-Carembaut, au
châtelain ile Lille (2); la baronnie do Cysoing-en-Pê-
vèle; la torre de 'Wavrin-en-'Weppes et la seigneurio de
Conines-on-Ferraiu.

Gouoerndnct ilu soweraùn baitlidge. Philippe-le-


Bcl avait en outre établi (1314) uue cour - dont le gou-
verûeur fut ls chef et à laquelle il donna le titre de Gou-
vertrance du souveraiu bailliage do Lille. Elle était dis-
tincte du bailliage de la Salle et aa juridiction s'ererçait
gur tous les villages de la Châtellenio, où le gouverueur
avait Ia connaissance des cas de souveraineté et des aas
réserv€s par les coùtumes. Le châtelainne garda, commo
souvcnir de sa première puissance, qu'une certaine par-
ticipation à I'erdcution des sentences criminellos et aux

(l) tes roprésentants du clergé étalent les abbés de tar-


ebiennes, de Loos, do Cysoing et de Phalempin, avec les pr€yôts
de Saint-Piat de Seclin et de Saint-Pierre de lille.
(2) Cette baronnio a appartenu au XYIo sièele au roi de
Navarre et à Eenri IY, de sorte quo les rcis de Franco ont étd les
derniors cbôtelaitrs ds Lllle.
_6îi_
,,

amênd€s prononcées par les ofâciert qu'on lui avait


substituée successivement. Il conserva néanmoins sur lû
baronnie de Phalempin, le droit de haute justice et prit
place oo* Iîtutr de la province commrpruri* des hat'ts-
justiciers.

La Raîlliet ls Prév6t. Quant à la Salle de Lille,


-
le bailli continua de la prdsider. Les jugesdece tribunal
civil et criminel ererçaient leur juridiction en ville et
daus la Chttellenie, sur les fiefs tenus du roi. Il nl
avait de réservés quo les priviléges du Chapitre et les
franchises municipales dont la première consacrait eo
priucipe toujours victorieusement défendu: Les bour-
geois de Lille ne sont en tout Justiciablæ que des
écbevins.
Le droit de citation devaut la justice écheviuale fut
continué au prévôt, Il faisuit exécuter les sentences cri-
mtnelles et devait s'entendre avec le rewart pour le gupt
et la garde de la ville. Il était astreint à la même règle
pour I'entretien des fortiffcations et la défense des rem-
parts, laissés ù la charge des habitantg. Àvant d'entrur
en fouctions, co magistrat, nommé d'après avis favo-
rable de la Gouvernance ou de la Chambre des Comptes,
devait présenter sos lel,tres de commission en Ealle éche-
il
vinale; fnisait serment de mener la ville ôren et par
loi et d'en respecter les priviléges et franchises. Son
lieutenant, choisi pumiles sergents de la Prévôté, était
assujéti au même sermeut que lui et assistait, en son
absence, au renouvellement do la Loi avec los quatre
çommiggaires.

La gaùle utbainc.- Iæs I illoie n'étaient pas seuki-


/
-66-
ment chargês d'entretenir ltiurs murailles , ils en avaient
aussi la défense. La garnison se tenait dans le château,
et le guet, atrx portes et sur les remparts, incombait aux
'bourgeois et aux manants, ûenus de s'y rendre au com-
mandemeut d'échevins. Toute absenee était punie d'a-
mende, mais on pouvait se faire remplacer par un ar-
balétrier sermenté ou un uarlet lillois suffisamment armé
et équipé, et les femmes veuves ou mal[resses de maison
étaient tenues de fournir un remplaçant. Le temps de la
garde commengait à la cloche du soir, et il était défendu
de quitter le poste jusqu'à l'arrivée de la garde montante
du lendemain. Les rondes de nuit se faisaient par les
échevins; à tour de rôle. En cas d'alarme, on sonuaitla
bancloche I les hommes de garde aux portes devaient
les fermer et lever les ponts I les autres bourgeois et les
manànts se rendaient armés à leurs rassemhlements res-
pectifs, d'où on les conduisait sur la Place-du-Marché,
et leurs chefs se tenaieni à la dispositiou du rewart.
Les ærgents. ; En conséquence de leurs attribu-
tions distinctes , le gouverneur , lo bailli de Lille, le
prévôt et I'Echevinage faisaient exécuter leursdécisions
judiciaires et leurs ordonnances de police par des ser-
gente spéciaux. Entre ces autoritée agissant dans le
même centre, des conflits de juridiction ne tardèrentpas
à surgir. Chacun soutenait ses prérogatives et, lo prince
dut intervenir fréquemment, quoiqulil fût conyenu en
principe que les sergents de la Gouvernance et de la
Prévôt6 ne pouvaient , sauf le cas de flagrant d6lit,
porter de sitatiou ai procéder à aucune arrestation de
bourgeois, sans avoir reçu oôdislarùca ou oommission
d?6ehevius.
-6i-
Du rrste lollchevinage avaittouts autoritéen Conclave
sur les sergents de la Prévôté , qu'il pouvait suspendre'
en cas d'abus , en leur faisant déposer sur le buffet des
greffiers la verge qui é[ait le signe distinctif de leurs
fonctions.
Quaut aux sergents du bailliagede Lille, ils'tenaient
leur charge en fief du châtelain.
Le serment des officiàrs de justice se faisait en pleine
Halle , entre les mains du rewart et en présence des
échevins assis sur Jeurs siéges, Le. récipiend.aire debout,
la tête nue , étendait la main sur le missel de la ville,
posé sur le buffet des greffiers. Plus tard, I'usage s'in-
troduisit, à la réception des gouverneurs, de leur offrir
à dîner ou de leur faire des présents de vin.

Iuilustrie. le temps où s'opdrait cettç org'ani-


- Dans
sation politique et aclministrative, le mouvement indus-
triel acquérait à Lille une importanco considérable ,
comme dans toute la Flaudre, où Ie luxe des bourgeois
surpassait celui de la Cour de France. La fabrication
des draps, alihentée par les laines d'Angleteme 1 5r do-
vint une eource abondante de richesses. Les draps se
foulaient àvec les pieds , et il y avait horÉ de la villo
plusieuirs terrainsaesignés aux fouleries et aux séchoirs.
vL

Ddfonse des privlléges, de Philippo Y à tharles Y (t320 à ,t369).


PriviléSes des bourgeois. Traité des dix-sept articles.
- L?rsin. La non.conflscaiion. -
- en
-I Âbbiotte rques - les Dominicaines de
ville.
ou métiers.
- La Hanse de Flandre.
- Les stils

à lille.
- Yictoire du châtelain.
Yin rl'honneur.
- Louis de Mâlo réfugié
Introduction des armcs à feu
- -
Fondation des bôpitaux des Grimarets et des ilarthes.
-
Jean-lLBon empêche tout empiètement sur la Juridiction
-
échevinale.
- Charles Y confirme d'autres priviléges. - f,e
Puy-Nolre-Dame e3 les représentations dramatiquec .

Lillc coas lct roù. Calmo et pmspèro pendant les


-
soulèvements deg villes flamandes contre les comtes,
Lille , fidèle à ses nouveaux souverains et hospitalior
pour les ûls des auciens , nteut qutà se louer dea pro-
cédés des rois de Franco à son 6gad. Philippe V (lBlB
et 1321) , Philippe-de-Valois (1328) et Jean-le-Bon
(1350) , enjoignirent successivement aux gouverneurs
de jurer au rswart , aux échovius et à la comuune do
Lille , de respecter lours lois , coutumes et privil6ges.
PhilippeVl ayant reçu, de lo part des échovins, quelques
plaintes dont il reconnut lo légitimité, donna en l&40
uue charto de couûrmation dei ftanchisel et libortég de
-69-
la ville ,connuo sous le nom de trait6 des dir-sept ar-
ticles. Lors de la promulgation de cette charte , le
gouverneur et souverain bailli prêta le serment accou-
tumé. Enûn Charles V confirma en 1364 le règlemeut
relatif à l'élection des échevins.

Prùailéges iles Bowrgeois, D'autre part, I'attache-


ment de la bourgeoisie à ses - priviléges entreteuait au
sein de la population des sentiments d'honneur , do
piétê , d'ind6pendance et de justice qui la rendaient
digne de I'estime et des égards des souverains.
Comme conséquence du droit de n'être justiciable que
des échevins, tout bourgeois ajourné en la cour d'un sei-
gneur de la Châtellenie, ne pouvait Jr comparaitre que si le
Conclave échevinal avait autoris6 I'envoi de I'assignatiou.
Les bourgeois étaient affranchis de toutes saisies ou
prises de corps pendant au moins un quart de I'année,
et lorsgu'on en retenait un en prison pour dettes n on
devait lui procurer le feu , la lumière , le coucher , lo
paiurle liuge de tabls et une chaisegaruie d'un coussin,
et le gardet sur la terre du comte de mauière à oe qutil
ptt aller I de jour , à des fenê[res donnant sur rue ou
sur eÀomin.
Mais la jouissolco de ces droits astreignait tous los
habitants, bourg'eois et autres, à I'obligation du service
militaire, pour r ne durée qui pouvait être do quarante
jours par en. Cette sorte de garde nationale mobile, où
figuraient avec lss bannières le rewart et les échevins ,
+archait sous les ordres du châtelaiu. Tous ceux qui en
faisaient partie avaient bou répit ponr dettes et pour-
suites jqdioiaires pendant la dur6e de I'exp6dition ot
encore huit jours après. ,
-?0-
L'Anin. Néanmoins une coutumo donnant à
-
ltÉchevinage une garantie contre e,ertains abus de la
féodalité et dont I'origine semble remonter au XI' siëcle,
avait donné lieu à bien des contestations : Cest le pri-
vilége de I'arsin, en vertu duquel la conmune de Lille
avoit le droit de brtler la maison de tout habitant du
dehors qui , après avoir blessé ou tué un bourgeois,
refusait de se reconnaltre justiciable des échevins. De-
puis le XIII' siècle , Ie Chapitre qui faisait respecter ses
propres priviléges ('l), déniait à l'Échevinage le droit
d'user de I'arsin contre les sujets et les hôtes de la Col-
légiale. Tout en l'exerçant au besoin, le Magistrat avait
consenti, à deux reprises différentes, à reconnaltre que
cela u'engageait pas I'âvenir. Mais en 1344, un certain
hombro de seigneurs se soulevèrent contre le priucipe
même. Ils s'adressèrent au Parlement pour faire abolir
dans la Châtellenie de Lille I'usage de I'arsin commo
une coutume iniqueet révoltante. L'Échevigage défendit
avec succès un privilége plus souvent comminatoire que
répressif , et Jean de Luxembourg r châlelain de Lille,
se résigna en 1348 à transiger avec la commune. Robert
de Wavrin suivit son exemple , et un arrêt définitif de
f 352 laissa l'Échevinage en possession du droit en vertu
duquel se trouvait banni par l'arsin tout forain rebello
à sa juridiction.
Si l'étranger refusait de se rend,re aur trois somma-
tions cle I'Echevinag'e n on aiborait les bannières aux
fenêtres de la Halle ,' et tous les bourgeois étaient
convoqu6s au noui du rewart et du Coriseil' La cloche
.-
.:

(l) IÆ aetgneur Co Cy!ôhg avalt été excommunl6er.l2?0,


pur avolr viol6 le dnott d'aslle à Saint-Pierre.
-71 -
du beffroi sounait à trois. reprises I la troupe sortait
ainsi de la ville avant la fin de la troisième volée.
On marchuit en bon ordro , paisiblement et sans que
personne s'écartât des enseignes. Lorsquton était arrivé,
à la demeure du prévenu, le bailli , représentant le châ-
telain, I'apiielait trois fois à haute voix pour le sommer
de se soumettre au jugement des échevins. S'il se pré-
'sentait , le Magist'rat le recevait et le plaçait au milieu
do I'assemblée, pour le conduire saiu et sauf ù Lille , lo
coustituer dans la prison du rewart et faire réguliè-
roment son procès. On le laissait même en liberté s'il
s'engageait, sous caution , à comparaître à jour ûxe
devant ltÉchevinage.
Mais quand le prévenu ne se présentait pas ù I'appel
d.e son nomr ou c1u'il refusait satisfaction, lebailli faisait
approcher le roi des Ribauds , pour mettre le feu à des
fafots amoncel6s dovant la porto et donner Io premier
coup do hache sur los arbres du verger.
Quelquefois lo malheureux abandonnait'sa
maison
avant I'iuoendie, souvent il comptait sur le secours d'uu
patronage plus ou moins puissant et résistait tant que
i'arsin mis à exécutiou. Il sortait alors avec ss
ftt
famille, emportant co qu'il avait de plus précieux'
On le laissait toujours se retirersans ompêchement ott
quand la maison était consumée ou entièrement détruite,
'dans
on retournait en ville sans rien emporter , et le
même ordre qu'à la sortis.

La {ùuît-conf,scation. Un autro ptivilégo plus iro-


- privilégo er
portanl , exclusif à la Flandro wallonne ,
opposition evec lo droit écritet Ie droit coutumier de
tôuta la F*nce, était celui ds.non-confiscation. Àssem-
-1I*
blée,du Conseil, sommation du rewart,,d6ploiement des
bannières et convocation par la cloche du beffroi , assu-
raienù aussi lu défense de cette franchise particulière,
mentionnée daus le Livre Roisin et nettement formulée
dans le traité des XVII articles (1340). Cet acte re-
oonnait que , selon ltusage ou la coutume , pour aucun
cas criminel, nul ne peut fourfai.re lesien ayec le colps.
De sorte qu'à Lille, on ne pouvait confisquer les biens
d'aucun bourg'eois, ni priver de leur héritage les parents
d'un suicidé ou d'un séditieux.

1339. Dominicahwe de I'Abbiette.


- L'acconil qui
régnait entro le roi Philippe VI et l'Échevinage , au
sujet du maintien des priviléges , so retrouvo dans la
protection accordée au monastère de I'Abbiette. Situé
hors des remparts, il avait été ruiné pendant le dernier
siége de Lille (1297), et la résidence etr était précaire et
incommode. Sur I'autorisation du Magistrat , les reli-
gieuses, au nombre de soixante, vinrent eu 1339 s'ins-
taller dans I'ancien hôtel Dauberchicourt, dont le teuain
fut distrait de la seigneurie du Breucq. Le roi anortit les
charges de ce fief (1341) et le revêtit de tous les droits
dus aux seigneurs hauts-justiciers. Les dames de I'Ab-
biette ne furent tenues, pour droit de patronat, qu'à uue
huit livres parisis envers la Collé-
redovance auuuelle de
giale et Ie curé de Saint-Maurice , pasteur de leur
paroisse. La ville leur accorda.Itexemption des droits sur
les boissons. Ce fut alors que la rue de la Hamerie (pour
Heaumerie ,fabrique de casques) , prit le nom de ruo de
l'Abbiette. Àujourd'hui on I'appelle rue de Tournai.

134:|. .Hanee ile Flanilro. L'attachernent aur pri-


-
-?3-
viléges de labourgeoisie' et les intérêts du commerce
entravé par la piraterie, avaient porté les Lillois à s'affllier
à uneligue qui subsistait en dehors de I'actioq des
princes souverains , et multipliait les débouchés de la
âraperie parvenue à un hautdegré de perfection. Bruges
était sur le continent le chef-lieu de cette association qui,
sous le non de Hanse de Flandre , s'étendait à dix-sept
villes de la Flandre, du Brabant, de la Champagne, etc'
Le chef de la ligue portait le titre de comte de la Habse,
et les membres se traitaieut de frères. Il était d'usage
qutun bourgeois fréquentant les foires pouvait 1 otr câs
d'arrestation, se réclamerde la Hanser comme bourgwis
de I'une des villes associ6es. Si les 6chevins de sa ville
natale le réclamaient aux échevins du lieu où il était
détenu 1 et promettaient de fairo droit à des plaintes re-
connues légitimes, on renvoyuit la oause par-d'evant les
juges naturels de I'accus6. Un bourgeois de.Warnêton
ayânt été assign6 à Lille au lieu de l'être à Ypres , il fut
conclu en 1343 r Pôr l'avou6 fflpres et lo rewart de
Lille, un accord pour le renouvellernent et le maintiende
ces usages entre les deux villes. Mais peu-à-peu chacun
trouva, dans le pouvoir des princes, une protection suffi-
sante et la Hanse fut dissouté. En 1426 , les Brugeois
déclarèrent aux bourgeois de Lille que I'amitié de la
Hanse n'étant plus observée depuis longtemps, ils ju-
geaient ù propos de la rompre tout-à-fait.

étendre les avantages que


Stitc ow mëti.ers.
- Pour
procurait la llanse aur villes afûliées, on forma des mal-
irires ou jurand.es , c'est-à-dire que chague profession
s'organisa en oorPs distinct, ayant son siége particulier
et uno constitution couformo à la naturo' do ses opé-
-11 -
rations. À Lille, on appelaitstil ou métier une profession'
industrielle quelconque. Les artisans de même stil se
réunissaient pour nommer un syndio et des égards. Le
siége ainsi éIu formait uue sorte de tribunal qui frxait
Ia part de chaque maître dans les impôts exigés de I'in-
dustrie, eraminait les candidats aux titres de francs ou
dohaltres , et contrôlait tous les produits de la fabri-
cation avant de ldur imposer la marque de la ville. C'est
ainsi qqe la suryeillance des égards maintenait dans une
proportion rémunératrice pour le fabricant et I'ouvrier,
les pril de façon et de vento , qu'une production sans
limiûe at bans contrôlb ett fréquemment altérés.
Les corys de métier avaient le monopolo de leur pro-
fessionl mais ils ne pouvaient I'exercer que gous la sur:
veillance du Magistrat, dont la sanction était nécessaire
pour donner force de loi aux sentences de leurs siéges
suppléés maintenant par los coùseils de prud'hommes ('l).

fM?. -les AFlamands voulureut


Yictoira dw chû,Telain- la mort de Louis-
de-Nevers, tué à Crécy (1346),
forcer son successeur, le jeune Louis-de-Mâle, à épouser
la ûIle du roi d'Angleterre. Le prince ne put se. sous-
traire à leurs oxigenoos que par la fuite, of pendaut quo
les Lillois exerçaient rnvers lui uue généreuse hospitalité,
les Flamands et les Anglais vinrent ravager les'env'irons
de la ville. On vit à cette occasion le châtolain hérédi-

{l) maltræ, c'est-à-dire étre regus à maltrise, les


Pour passer
apprentis devaient préseÉter un chef-d'æuvre de leur stil et payer
un droit d'examen. Ils en arrivèrent plus card à donner des repas
et des collationsl mais en,1602, le Dlagistrat le défendit sous
peine dramendo.
-?5-
taire et le chûtelaiu commandant du château concourir
ensemble à la d6fense du pays. Sortis de Lille avecquatre
cents cavaliers et cinq cents fantassins de la bourg'eoisie
,
et de la garnison le châtelain Jean de Luxembourg et
le commandant Charlos de Monl,urorency attaquèrent les
ennemis à Quesnoy-sur-Detle et occirent milie à douze
cents d'entre eux.

Dbfense ile la Yitte. fois on eut à souffrir


des déprédations exercées- Maintes
par les bandes qui poursui-
vaientle comte jusqutaupieddes remparts, et Ie forçaient
à se réfugier dans Ia ville où. toujours iI était rôçu avec
tous les égards dus au malheur. On lui offrait môme, par
courtoisie, le vin d'honneur qu'on avait jadis coutume de
présenter au comte de Flandre à son entrée dans Ia ville.
Pour mettre les habitauts en mesure de repousser ces
uggressions fréquentes r'il fallut réformer ltarmement.
Jusqu'alors les archers et les arbaléfriers , compaguies
de jeux formées d'amateurs et ùises en réquisition, en
vertu de leur sermeut, quand les circonstances I'eri-
geaient, avaient suffi pour la défense. Lorsque des engins
de long'ue portée apparurent , on se procura d.es esprin-
gales qui furent placées auprès des portes de la ville , et
I'on orgauisa des artilleurs chargés de Ia mauæuvre d.e
ces armes à ,feu dont I'usage fut adopté dès leur in-
vention.

Artilteria,-Avant que les Àuglais eussent introduit


les armesà feu en bataille rangée (Crécy, 1846) , Ie
Magistrat de Lille avait acheté (1339) quatre tuyaux de
tonnoiro de garros.
En 1348 il ût I'acquisitron d\rn canôn, et deux ans
-i{i-
après, les troupes envoy6es à La Bassée en emportèrent
plusieurs. Le rewart veillait à I'eutretien des approvi-
sionnèments de I'arsenal, et les espringales étaiont cou-
vertes de nattes, pendant I'hiver, pour les g'arantir des
neiges et de la pluie. La poudre se fabriquait en ville ou
s'achetait à Paris et à Bruges. Les boulets furentd'abord
eu plomb I ils pesaient un peu plus d'une livro of so
coulaient chez les potiers d'6tain I puis on les fit ou
piere ; il y en eut rlu poids do sept , douze et vingt
livres.

que fit ltart


Folad,atiorc cha,ritabler.
- Les àprogrès
de la guerre étaient favorables la bonne renom-
mée de notre bourgeoisie. Désormais le premier rang
dans la défençe de lu place sera assigné aux canon-
niers, que l'éclat de leurs service destine à survivre à
tous les régimes politiques. Mais, alors comme aujour-
d'hui, le sentiment du devoir et I'attachement au sol natal
ntétaient pas seuls en honneur au sein d'uue population
énergique et généreuse: bien des ûmes charitables
étaient préoccupées du sort des malades, des infirmes
et des pauvres étrangers, et plusieurs fondations reçu-
rent de I'Echevinage I'apostille gui les sanctionnait. Dès
1321, les libéralités de Ia veuve de Jean-le-Toilier
augmentèreut les ressources de I'Hôpital Saint-Julieu
où. les pauvres étrangers et les mendiants trouvaieut
I'hospitalité et uo chauffoir public. La maison des Bons-
Enfants, dans la cour de ce nom, abritait déjà plusreurs
indigeuts autorisés à mendier en ville. Une chapelle fut
annexée au siècle suivant (1454) à ce charitable asile ot
le foodateur , uomm6 Christophe I y assura legressouroes
-77-
du seryice divin({). En lg4J, Lotart Canart, prévôt de
Lille, sieur de Grimarets et sa femme, afiectèrent au
logement des voyageurs pauvres ou peu aisés, leur ha-
bitation sise rue Basse et ruelle de Sailly, {ui devint
I'Hôpital des Grimarets. Une femme était chargée de
tenir, chaque soir, quatorze lits à la dioposition de ces
hôtes passagers astreints à quitter la maison, le matin,
après avoir entendu la messe. Dans le méme temps où
une pieuse sollicitude pour les étrangers se manifestait
aveo tant de délicatesee, avait lieu la fondation de
I'Hôpital des Marthes (1367) par Jean de Tourcoing et
sa femme Marie du Bos. Cet établissement, destiné ù
des femmes pauvres et impotentes, subsista pendant
quatre siècles et finit par disparaître faute de ressources.
tesbiens en furent réunis à I'Hôpi[a1-général (1?50). Su
situation avait fait donner Ie nom de rue des Marthes,
au prolongement de la rue d'Angleterre.

Juridîctton échcainale. Toutes ces fondations


avaient reçu I'assentiment -de l'Éohevinage, aussi at-
ten[if à la surveillance de ses administrés qu'au maintien
de ses propres immunités politiques. En effet, il sut
obtenir des bonnes grâ.ces du roi Jean (2)i en séjour
au palais de la Salle (1355), une ordounance ayant pour
but d'arrêter les empiétements qu'on voulait faire sur

(,1) Cettc chapelle, dite vulgairement des pouuns-pounnrns,


fut vendue cn ,1713, afln d'élargir I'entrée de la petite-place.
(2) Il lui fit un aæueil empressé, lui offrit, ainsi qu'aux sei-
gneurs qui I'accompagnaient, leg vins d'honncur à son amivée, et
pourvut aux besoing de la table royale; en méme temps, il doubla
le nombre des arbalétriers de garde aux portes ds la ville et de
ceux qui faisaient sur les remparts le servioe des espringales.
-78-
Ie droit de juridiction des échevins. cette juridiction
comprenait, outre le droit de rendre dus or-donnauces
ayant force de loi, celui de veiller à la sécurité et
à la
salubrité générales I le règlement et la direction
t des
, travaux publics I le contrôle de l'industrie et, du com.
I

merce, de l'éducltion de la jeunesse et du teurporel


du
I
culte I la ûxation des he*res des offices I'emplacement
;
des sépultures; I'acceptation ou I'annulatioo âu,
fonda-
lions pieuses et chari[ables; enfin l'autorisation préa-
lable de l'établissement de congrégations relig,iroses.
De plus, en vertu du privilégulonduo,ental di la vis
municipalo, le Magistrat jugeait souverainement Ies
affaires criminelles. Ltappel, d'abord restreint aur af-
faires civiles, nefut étendu à toutes causes qu,eu 166?.
Pour éviter toute nouvelle contestation au sujet des
délits réservés à Ia connaissance des échevior, oi en
fit
iascrire I'énumération sur un tableau placé en Halle,
au-dessus du,.siége des rluit-rlommes. La reconnais-
sance des Lillois pour Jean-le-Bon éclqta lorsqu,il
fut
prisonnier des anglais: ils contribuèrent à sa ratrçon
pour vingtmille écus d'or(,t), somme prcsllue quadgple
de la dépense aunuelle de la ville à cette epoque.

1 364. o r do nnances. a ge avait fa i t effectuer


-L'Echevin
Ie paiement de huit mille écus ou francs d'or, quand le
régent du royaume cousentit à un acte qui hÀore
res
magistrats défenseurs de leurs priviléges, ror*. le priuce
incapable de les violer. charles v àonna des Iettres
do
confirmation des priviléges relatifs au renouvellement

({) Les écus d'or, appelés franes 0u r'yaux, pesaientà cetto


époquo 3 graumæ g8 d'or fln.
-?9-
de la Loi. Elles interdisont au eommissaire désign6 par
le roi d'exercer cette fonction deux ans de suite. Chaque
année, avant la Toussaint, le commissairo nommé à la
requête du procureur-syndic, doit jurer en Halle de
romplir sa mission avec impartialité et désintéresse-
ment, et de ne présenter à l'élection que des personnes
parfaitement honorables. Il est astreint à exig'er le
même serment des trois commissaires qu'il s'adjoint et
dos cur6s des quatre paroisses, comme à faire jurer, aux
échevins en fonctions , de signaler les personnes qui no
seraient pas aptes à faire partie de l'Échevinage (1364).
De la mêmo année, date une ordonnance municipale
coutre plusieurs abus qui stétaient introduits dans I'ad-
ministration. Cette ordonnance, reproduite dans Roisin,
réforme la tenue des comptes de la ville, retranche
plusieurs émolumonts attribués au rewart, astreint à
des règles sévères les fonotions des gard'orphènes, la
gestion de la maison des ladres et des hôpitaux, ainsi
que ,ltenregistrement des contrats revêtus du scel aur
connaissances de la ville, et supprime la charg'e du roi
des Ribauds comme contraire aux intérêts de la morale.

La poéeie et l'art dramotiquc. l,ss soins apportés


par les Lillois à ces
-
uméliorations administratires, à
la défenso des priviléges et au développement de I'in-
dustrie I ntentravaieut point I'expausion do leur gott
pour la,somptuosité des fêtes publigues. Comme Àmiens,
Yalonclennes et d'aubres localités importantes, Lille
avait sa confr6rie du Puy-Notre-Dame. C'était une as-
semblée tenue en Halle, au mois d'aott r pou distri-
buçr deg prix aux auteurs des meilleures pièces de vers
en I'bonneur de la Vierge, oomme à creux qui compo-
_80_
sâiÊrt des ballades, des jeur partis (dialogues)et d'au-
tres genres de poésies alors en faveur. Le chef élu chague
année s'appelait le prince du Puy et se chargeait de la
dépense. Les personnûges les plus distingués de la
ville tenaient à honneur d'accepter le titre et les charges
de cette principauté poétique (,1). Dès le quatorzième
siècle, les échevins contribuaieut à la fête par des pré-
sents de courtoisie, consistant d'abord en lots de vir,
auxquels s'ajouta plus tard une allocation de soixante-
douze livres. Quelquefois même ils offrirent à la prin-
cipauté d,es prix consistant eu couronnes et chapels
(coifrures) d'argent. Lorsque, au lieu de célébrer la fête
à Lille , la confrérie se rendait dans une ville voisine et
y obtenait des prix (2), l'Échevinage faisait une récep-
tion somptueuse aux vainqueurs. Les guerres conti-
nuelles qui signalèrent la tn du quinzièmo-siècle et le
seizième, amenèrent la suspension de cæs luttes paci-
fiques et la ville se vit forcéo plus tard de supprimer
I'allocation ordinaire , lors du rétablissement de Ia priu-
cipauté.
Mais avant, mêmo que l'élite de la population se
livrât à ces nobles plaisirs, un genre de divertissement
public fort gotté en Àngleterre au treizième siècle,
avait pénétré à Lille pondant la domination française.
C'était la représeutation sur le marché, par des acteurs
laïcs, des légendes saintes et des gestee de la chevalerie.
Dès 1351 , le jeu ou plutôt le mystère, I'histoire de

(,|) te gouverneur, lo rewart, lo capitaine de la ville, les abbés


de Cysoing et de Warnêton, etc.
(2) I{otamment à Béthuno (,t397;, ù Courtrai (,tlt6), à. Tpres
(tth22) ot à Tournai (,1f6{).
-8f-
Sainte-Catherine, attirait la foule dans la capitalo de
la Flandre-Wallonne, gui peut revendiquer l'honneur
d'avoir, la première entre toutesles villesde France, ac-
cueilli et généreusement rétribué les joueurs de mystères
et dthistoires où, à la richesse des costumes stajoutait
la multiplicit6 des décors et des machines les plus ingé-
nleuses. L'affluence des étrangers était si considérable
que, par mesure de prudence, le Magistrat se voyait
forcé de faire garder les portes par des arbalétriers Bous
les ordres d'un connétable (a). La même antériorité semblo
acquise au jeu &es moralitris représentées à la procession
annuelle, et I'imporbance des sommes allouées par les
Echevins Lillois atteste la magnifioence des jeux scéni-
ques à cette époque reculée

(r) Cette voguo se perpétua; en 4,18& on vitdurer dix jours


une série de représentations variées dont lfchevinago solda la
dépense. Aussi la haute réputation des artistes dramatiques dc
Lillo cngagea-t+lle Ihilippe le-Beau à les appeler à sa.cour. Ils
se fehdirent à llalines eu 4494.
vi I.

RETOUR A LA MAISON DE FLANDRE.

-
Louis de ilâlo (.1369 À ,138[). ilariage do ilargueritc de Mâle
aveo Philippe-le-f,ardi et restitution de la ville au contté de
Flandrs. - ilaintien des Étah de Lille. - f,èglements sur
I'assis du broucquin et la 6arde urbaino. - Louis de Mâle
entorr€ à Sairil-Pierrs.

1369. Restitution ile la oille. tou-


- Louis de Mâle
jours obéré, malgré les revenus considérables qu'il tirait
de ses domaines, était sans cesse aux expédients. Ce
princo fastueux, dissolu, iurpérieux et vindicatif ,
montrait des tendances contraires à celles de ses sujets,
et plus de haiue contre les Anglais que d'attachement à
ses devôirs féodaux. L'aversion gu'il s'était attirée de Ia
part des l'lamands n'avait pu se dissiper, et en 1355
Gand et Bruges avaient refusé de lui acconder de nou-
veaux subsides. Il obtint alors du roi Jean la promesso
de dix mille livres de rente annuelle. Plus tard,
Charles V, désirunt couclure le mariage do son frbre ,
-83*
PhilippeJe-Hardi, duc de Bourgogne r avec la prin-
cess€ héritière de Flandre, Marguerite de Mâle (l)r
offrit au comte de lui rendre , en échange de la rente,
les villes de Lille, Douai et Orchies. La répugnance du
comte et celle des villes fl.amandes au sujet de ce ma-
,iugu en retardèrent longdemps la conclusion. Margue-
rite de France réussiû enfin à arracher le consentement
du comte, son fils, et I'on convint que, si Louis mou-
rait eans enfants mâles, le territoire des Châtellenies
rcviendrait à sa fille et serait incorporé aux Possessions
de la nouvelle maison de Bourgogne. Par contre, la
jeune duchesso s'engagea enyers les Flamands à ne pas
séparer de leur province les villes qui allaient y être
jointes de nouveau par un traité. La cérémonie uuptiale
eut lieu en 1369.
Comme Lille , Douai et Orchiep n'avaient rien à
payqr de la rente du transport de Flandre, on les consi-
déra comme une province séparée dont I'importance fut
évaluée au huitième du comté. Les Étut* de Lille fureut
mainteuus et continuèrent à siéger à part, ayant un
receveur particulier des aides dout les assignations et
la quotité différaient de celles des autres états du comte.

1380. Imltôts. en Possession de Ia ville de


-Renlré
Lille , Louis de Mâle reçut quelques réclamations des
6chevins au sujet des priviléges. Il y fit droit Par un

r.l) Cotte princessc, alors âgctc de scize ans' était dtiil depuis
{36'l veuve dc Philippe-de-Rouvres, dcrnier duc dc la première
maison de Ilourgcgttc. Lc roi voulait, par son seeond mariage,
prévenir les effets d'ut:e alliancc l::atrimoniale rlc la maison de
Irlandre avec les Anglais.
--81*
octe da eonffrmotion et ile réformation (13?T)' Puis,
pour
assurer des ressources destinées à garantir la défense
des rempar[s, le comte régla ltassis du brocquin ou
broucquin , donb un quart fut réservé au princg e! le
res[e àonsaqé à I'entretien des fortiûcations (1380).
C'6tait un droit de régie qui se levait sur toutes les
bières ou boissons de grains fabriquées à Lille. on en
ufiermait ls recette au plus offrant Pour une période de
trois aun6es. Les fermiers percevaient les droits eD Pto-
portion réelle des brassins , puis on défalquait I'impor-
iuo* des fournitures faites aut personues exemptes do
I'assis, d'après les céduleg que les privilégiés remettaisnt
uux brasseurs pour leur d'écharge.
L'impôt sur le vin ne s'afforutait pas. Il 6tait régi par
les commis du net, c'est-à-dire deux.compteurs, deux
jaugeurs et un sergent salaqiés par la ville' L'entrepôt
ïu lellier ébait au- rezde-chaussée de la Halle Éche-
vinale.
Le blé, le cuir, le drap, la wedde ({) étaientégalemenù
frappés dtimpôts dout le comte recevait aussi un quart.

13M. Mort iha Lwis ile llidle' - Malgté la r6iuté-


gration du d.omaine de ses aucêtres et la victoirs de
ilosebeck; Louis de Mûle ue Parvenait pas à apaiser les
troubles. Fsndant la guerre avec les Anglais, il ressentit
une irritation profonde de no pouvoir faire sentir le poids
de sa vengeance aux Gantois dont ltopposition et le mau-
vais vouloir lui avaieut suscit6 de continuels embarras.
Le chagrin abrégea ses jours et la mort le surprit à

(t) Guède, pastel. De tà: rue tle Ban-de'Wedde' marché au


pastel.
-86-
saint-omer, navré de la douleur que lui causait son
impuissance. Philippe-le-Hardi lui fit faire les plus
po^protts fuuérailles qu'on ett jamais Yues, et les
LiUoir, témoins compatissants de ses malheurs, et sujets
ûdèles et dévoués, donnèrent à sa dépouille mortelle une
dernière hospitalité de quatre siècles. Il fut enterré,
auprès de sa femme, dans l'6glise de Saint-Pierre où
Ph1[ppeJe-Bon lui fit ériger (1455), au milieu de la
chapelle de Notre-Damede-la-Treille, réeæmment revêtue
de marbre, un magnifique monument qui subsista jus-
qu'à la Révolution française. D'après la gravure repro-
duite par Millin, dans ses antiquités nationales,lo comto
était riprésenté sur ce tombeau étendu entre sa fenmo
Marguerite de Brabant et sa fille, Marguerite de Mâle'
Son cimier était soutenu par deux anges tenant des écus
aux armes des deux Marguerite' Le tour du monument
é[ait décoré de vingt-quatre statues de princes ou prin-
c€sses de la maison du comte de Flandre, e[ les coins
étaient occupés par celles des quatre évangélistes'

La garile wrbaine.- Les troubles auxquels les Lillois


n'avaieut point voulu prendre part ayant mis leur tran-
quillité to petil, les échevins toujours attentifs à main-
tenir ltordre, comme à 6viter les surprises, avaient eu la
précaution de faire un nouveau règlement pour la garde
urbaine. Cette garde se oomPosait des bourgeois et des
manants, organisés sous les ordres du rewart en cen-
taines, cinquantaines et dizaines ilue commanduient des
chefs appelàs centeniers, cinquanteniers et dizeniers'
Chacun- était convoqué par son chef immédiat et lui
devait prompte obéissance. Ceux qui manquaient à leur
tour de garde étaient punis d'une amende de dix sols
(environ 3 fr. 50 c.) au profit des éohevins (1382).
VIII.

MATSON DE tsOURGOGNE.

O, *0,,,n*-lc-Hardi à iltarie de Bourgogne (l38[ à | tSg) ' -.


La
cnamùre des comptes établie au palais do la salle. -.Proieis
deGuerre contre ies Ànglais. - Contre-temps' - Btat du
commerce liltois et des nnances municipales. - Jean:sans-
Peur au iournoi de l'Épinette. - Descriptton des fêtes' -
L'hôtel de la Poterne affecté à la Chambre des Comptes' -
b la ville. - Philippe-
Paroisse sainte-catherine incorporéo
le-Bon.-LePrédicateurConnecto.-Premicrcbapitredela
loison.d'or _ La léproscrie tle Canteleu, - Dotation tlu
servicereligieuxdanslesparoisses'-RepasduFaisan.-
palais de Ribour. Réiormes flnancières. fondation
- -
de I'hôpital Saint-Jacques, dcs Pauvres-Claires, de Ganthois
charles-lc-Téméraire et la Ligue du
et des luarlelonnetles.-
Sayetteric et haute-lisse' - Les peintres
bien publio' - Bonncs-l'illes.-
verrieis.
- Les enfants de La Grange et les
Mademoiselle de Bourgognc, Louis XI et les Flamands' -
llaximilicn rcgu aux flambeaux. - Le siége de la vingtaine.
- La bourgetteris. - Les tapisseries de baut'e-lisse '

Psu,rppn-r,s-Ifa,nor. 1384 à 1404. Chambre des

Compfæ, Le genilre ile Louis de Mùle était l'ami et


-
-88-
le protégé de la France , et I'Angletnrre , persévérant
dans sa politique jalouse , s'efforça d'exciter contre lui
les commuues flamandes. Les habitants de Lille r au
lieu d'imiter la turbulence de leurs voisins , montrèreut
un calme et une fidélité qui tournèront à leur profit.
Pour se conformer à ltusage adopté par les comtes de
Flandre, le duc s'6tait d'abord fait accompagûer de sa
trésorerie I mais la multiplicitd des voyages et deq
affaires rendait incommode le déplacement des gens
de compte. Philippe-le-Hardi fixa leur résidence à Lille
(1385). La Chambre des Comptes, instituée à l'instar de
celle de Dijon, fut installée dans le palais de la Salle.
Son ressort fut limité au nouveau domaine, c'est-à-dire la
Flandre et l'Artois I il staccrut plus tard des provinces
acquises par Philippe-le-Bon. L'une d.e ses attributions
les plus considérables était la réception des hommages,
aveux et dénombrements des fiefs de la Salle de
Lille ({).

- Lorsque le réta.blissement de
1386. Arbalètri,ers.
la paix entre les Flamands et PhilippeJe-Hardi fut ci-
mentd par un traité aveo les Gantois (1385), le duc
songea à tirer iengeance des Ànglais , dont les ma-
n(Euvres lui avaient toujours été hostiles. Le joune roi
de France , Charles VI , voulut se joindre à son oncle I
il vint à Lille toute sa cour et un grand nombre de
avec
chevaliers I mais on perdit beaucoup de temps en prépa-

(,f
) tt y avait en ville plusieurs flefs ddpendant tle Ia Saile : la
Bonne-Broque, le Yert-bois, les Coquelets, Longueval, leBreucq,
Rabodenghes, Damiette, le Chapon , l'Éhilo , Elsaux, Reignoaux,
les Étaques, lâ Bousse, Berlaimont, Malpart et le \yault.
-89-
ratifs, et la mûuvaise saison fit renoncer à l'entreprise.
Il nten résulta que des frais pour les seigneurs qui s'é-
taient mis en grande dépense, et pour les paysans chez
qui la troupe s'hébergeait largement et sans payer.
Très-peu de gens d'armes 6taient entrés en ville pen-
dant le séjour du roi I lu g'ande bourgeoiso voulant écar-
ter toute iugérence étrangère , avait fait régulièrement
eon service, et lton avait réorganisé la confrdrie dos
arbalétriers, dont Ies me-hres , habillés et armés aur
frais de la ville , étaieut munis d'arbalètes de rempart.
Ces armes lançaieut des quarreaux ou fl6chettes métal-
liques è quatre faces vers le bout opposé à la pointe.

1396. Leoée ûe rmtet.- Grâce à la politique on


usage au XIYo siècle, le commereæ de la Flandre eut
peu à gouffrir de I'hostilité permanente qui subsistait
eutre le duc de Bourgogne et le roi d'Aagleterre. Les
traités, les trèves marchandes, les sauf-conduits accordés
aur traficants anglais et llamands , permettaient aux
industriels lillois d'entretenir des relations productives,
et compensaient largement les pertes occasionn6es par
les troubles. Mais les finances municipales é[aiont dans
un état moins prospère. On se laissait entralner par
l'éolat des fêtes publiques ; on accordai[ au prince des
aides pour ses entreprises et pour I'entretieu du train de
sa maison. Les dépenses annuellesexcédaient les recettos
et il fallut recourir aux emprutrts. Lorsquton dut fournir
la rançon de Jean de Nevers, filr ainé de Philippe, fflit
prisonnier à Nioopolis par Ie sultan Bajazet , la ville,
voulant donner pour sa par[ 12,000 fr. d'or (150,000 fr.),
ût une levée de rentes via gères.
1404. Philippe-le-Hardi mourut à Ilalle et sa dé-
-
-90-
pouillo mortelle fut transportée à Dijon. Marguerite de
i{ab , gui lui succéda , ne lui surv6cut que onze mois
et fut enterrée à Lille, auprès de ses parents , dans
i'6glire Saint-Pierre.

JseN-seNs-Psun. 1405-14f9. Seroica militaire.


-
nouveau comte de Flandre, Jeau-sans-Peurrn'eut
-Le
pas de peine à se concilier I'affection des Lillois. Au
respect de leurs priviléges, il joignit un zèle éclairépour
le développement de la richesse publique. Dans les pre-
mières années de son règne , chacun de ses séjours à
Lille fut marqué par d'utiles mesures administratives ou
par des traités favorables à l'extension du commerce.
Après I'assassinat du duc dtorléans , crime commis à
I'instigation de Jean-sans-Peur , Paris et la France
furent eu proie aux déchirementg des partis connus sous
Ies noms {,o Bourguignons et d'Armagnacs. Lille se
prononça naturellement pour le parti bo':rguignon ,
mais sut éviter les horreurs qui signalèrentcetteépoque.
Aussi le duc compreuunt tout Ie prix de I'atbachement
des Lillois, se rendait dans leur ville toutes les fois que
les circonstances devenaient difficiles. Quand il fut ren-
tré en faveur auprès du roi, il fit valoir les besoius de la
défense des murailles , confiée aux seuls habitants , et
obtint pour eux une exemption <lu service militaire daus
I'armée royale (1407).

1410. Tournois de I'iJpinette.


- Jean-sans-Pour
était en fêbe au palais de la Salle avec les princes de
sa famille, lorsqu'il accepta la présidence d'honneur au
tournoi de l'Épinette. C'était la bourgeoisie qui ofrrait à
la noblesse ces joûtes annuelles célébrées alors aveo ma-
-9,t -
gniÊcence , et los tournois, proscrits en France depuis
1336 , continuaient, à Lille oùr Philippe de Valois les
avait autorisés par exception. La présidence était déférée
pendant les jours gras r à un personnago qui portait le
titre de Roi de l'Épinet[e. Le titulaire , vulgairemen[
appeld le Sire de Joie , était pris parmi los plus hono-
rables et les plus riches babitants de la cité. Un héraut
lui présentait une branche épineuse et la foule le rocon'
duisait en triomphe à son logis où un rePas somptueux
et un bal torminaient la journée (4). Le vendredi, le
Sirs de Joie allait honorer saint-Georges àTemplemarsl
son cortége se composait de cavaliers élégamment.cos-
tum6s et de dames vêtues eû amazones.
Le lendemain, qui était la veille du tournoi, on faisait
une revue suivie de la représentation d'un mystère jou6
en plein vent, et c'était le premier dimapohe de carême,
désign6 sous le nom de Béhourt r {u€ le tournoi avait
lieu sur le Grand-Marché, dépavé pour la circonsfanen
et étendu de sable.
Le roi, vêtu de satin blanc, montait uu cheval couvert
d'une housse de même étoffe; il était suivi de valets ou
servants également en habits de soie , et dtune escorte
ile chevaliers du paJs. En cet équipage , il allait au-
devant des compagnies dtrangères qui venaiènt prendre
part au tournoi; Àprès les réceptions,le cortége se met-
tait en marche , précédé du hérarit de I'Epine[te , en
tunique de velours rougo sur laquelle était brodée une
fleur do lis d'argeut, autiquo blason de la ville. Pendanù

(l) pourmaintenir la fête,l'lichevinage votait ehaque année


un subside destintl ù alléger le tardeau des dépenses qu'elle
entrahait.
_s2_
que les chevaliers se disposaient à entrer en lice, le roi
et la reine de l'Epinette montaient sur une grande es-
trade où un trône était prépar6. Auprès d.'eux se pla-
çaient les anciens rois avec les seigneurs et les dames
qui devaieut juger du mérite des coups (a).
Le tournoi durait ordinairement tout le jour et se con-
tiuuait Ie lundi, quelquefois même le mardi. Lorsquo
tous les étràngers avaient couru dans Ia lice, Ie roi de
l'Epinette ou son représentant devait lutter contre Ie
chevalier vainqueur et tenir contre lout venant. Celui
guï uvait renversé ou désarçonné le plus de rivaux 6tait
alors proclamé vainqueur, aux applaudissements de Ia
foule. Il était présenté aur dames, et quatre demoiselles
le conduisaient par la ville en le tenant chacuue par
un ruban d'or. Il allait ainsi à I'hôtel-de-ville où Ie
Magistrat I'invitait à un repas spleudide suivi d'un bal.
tre':prir consistait en un collier d'argent aux annes de
la ville ou en un épervier d'or suspendu à deux lacs de
soie verto.
Quelques joure oprbs, tous les jotteurs qui avaient
pris'part âu tournoi ee rendaient à Bruges eu robe de
porure, pour asgister à uue autre fête établie également
par la comtesse Jeanne et appelée Ia jotte du Forestier.
Enfin, lc jour de Ia mi-carême, Ie roi offrait aux dames
un bal et un souper. Ce dimanche s'appelait le jour des
Brand.ons, parce que la fête avait lieu à la clarté des
torches ou falots.
Après d,tautres réjouissances peu importantes, maig
dont Ie roi faisait encore les frais toute la cour ., ,ro-
,

{lt I Lille on appelait Hounr un échnfaudage, une estlade.


-Bdhourt signilie donc belle estrarle.
-93-
dait dnns lo faubourg Saint-Pierre, au couveut des Do-
minicains. Le roi et sa suite y assistaien[ à des prédica-
tions et à divers exercices de piét6. Ils devaient surtout
honorer la sainte ltrpine, relique de la passion du Sau-
vour, léguée aux religieux par la bonuo comtesse. La
retraite se prolongeait du mercredi de la semaino sainte
au mardi de Pâques. C'était donc en méditations devan[
uD souvenir des souffrauces de ltHommo-Dieu que se
terminaient des fêtes où l'on n'avait songé qu'au plaisir.
L'anuée suivante, Ie dimonche gras, le roi ofrrait un
banquet à ses préd6cesseurs et aux notabilités de Ia
ville ; puis I'assemblée délib6rait eur l'6loction de guatre
jotteurs et du caudidat çi devait présider Ie prochain
tournoi.
On veillait atùentivement au maintien de la trunquil-
Iité publique pendant les fêtes. Un seigneur, prenant Ie
titre de connétablo , réglait I'ordre des jottes et recevait
des champions le serment de ntemployer ni ruse ni ma-
léfice. Il devait en outre, conjointement avec utr comit6'
conpos6 d'échevins et de notables, organiser Ia garde
dela lice, d* carrefours. et des portes de la ville. Ces
différents postes étaient assignés aux serments et à des
bourgeois qui restaient sous les armeÉ le jour aussi bien
que la nuit.
Cos fêtes chevaleresques r brillantes , animées , otti-
raient un grand uombre d'étrangers et faisaient les dé-
lices de la foule enthousiasto I mais elles avaient dt une
partie de lour éclat à leur interdiçtion en France, et les
dépenses toujours croissantes qu'elles nécessitèrent
obéraient tellemont les particuliers appelés à les prési-
der, que plusi'eurs se laissaient mettre en prison ou
s'erilaient plutôt que d'aocepter'uue royauté ruineuse'
-9&-
Les subsides du Magistrat, devenus considérables , res-
taient insuffisants, et après deur sièôles et demi d'une
vogue dont au:une fête nta offert I'exemple, ces tournois
fastueux furent délaissés. A plusieurs époques on sus-
pendit ces fêtes, et les fonds ainsi épargnés furent con-
sacrés à des travaux utiles. Enfin, en 1556 , Philippe II
les abolit entièrement et supprima les impôts dont elles
avaient nécessité la création.

Prtisents d'honne'ur,
- La magniÊcence
déployée
dans ces jorites anuuelles of les habitudes hospitalières
de la cité, rendirent plus sopptueux I'accueil fail aux
princes de la maison de Bourfogne. Outre le vin d'hon-
neur traditionnol, Jean-Sans-Peur avait reçu à sa pre-
mière visite (1405) un don gracieux de quarante marcs
d'argent (a). En 1411 , on en offrit brente au comte de
Charolais (2) , comme on I'avait fait à la duchesse, sa
amère, en 14071 au mariage du comte avec Michelle de
France, la population se porta au-dsvant de Ia jeune
princesse à qui les échevins offrirent vingt marcs de
vaisselle d'argont. En 1416, I'évêquo de Tournai se
vit présenter six tasses dtune valeur de plus de quatre
cents livres.

1413.Eôtel ile la Poterne. Ces dépenses échap-


-
paient au contrôle de la Chambre des Comptes, qui

(,1) tes comtes de Flandre ne prelevaient poini le drtit de


loyeux avtinenpnt, mAis ils reoueillaient un grand nombre de
présents en faisant la tournée d0 leE:s états.
(2) Titre rdscrvé aux alnés de la maison de Bourgogne et tird
de la ville de Charolles , située à I'Ouest de Môcon.
-96-
ovait la garde de la liste et des reyenus
des biens du
pnnce, atnsr que des lettrés authentiques des priviléges
acoordés aux villes et aux proviuces. Par suite de l'im-
portance des services et du dépôt des archives, cette
Chambre se trouvait à l'étroit dans le palais de la Salle,
résid.ence du comte et de sa suite. Jean-Sans-Peur la
fit transférer dans I'hôtel de la Poterno, vaste looal
situé rue Esquermoiso, près d'une tour de la porte do
\Meppes. Elle siégea dans cet hôtel jusqu'en 1667
'
époque oùr les Espagnols la transférèrent à Bruges I
mais les archives y restàrent encore plus d'un siècle.

1415. Troisième agra,tdissement. Les querelles des


-
princes se renouvellent I Armagnacs et Bourguignons
reprenneut les ûrmes aveo fureur, et la châtellenie est
troublée par les déprédations de troupes indisoiplinées
et de bandes de partisans; la défense de la place paralt
compromise par suito do la récente adjonction à la vilS
de la paroisse Sainte-Catherine, renfermée d'une ma-
nière incomplète. On fait curer et approfondir les fossés
des remparbs I on construit de nouvelles fortifications I
tout le monde est contraint d'y travailler, même les ha-
bitants des villages voisins, mis en réquisition avec
leurs attelages pour effectuer les transports de maté-
riaur (l). La porte de la Barre, située ôr I'extrémité de

(l ) l,e nouveau mur d'enceinto, partant de la tour de Courtrai,


au sud du cellier"Saint-Polr longeait la rue des llarthes et lo
cimetière Sainte-Catherine, rejoignait Ia rue de la Barre vcrs lc
coin de la rue du Gros-Gérard, côloyait le basstn de la Haute-
Detle, et par une ligne glnueuse, rejoignait près du jardin dcs
Arbalé[riers ( I'Arsenal ), le rempart qui menait à la l,our langèle
(vis-à-vis le cabaret de la tour de Dunkerque rue du Palais).
'
-96-
la Grand'Rue, ne semblo pas ofrrir une résistauce as-
surée : on conserve prudemment celle de Weppes, qui
restera debout jusqu'en 1538, époque coïncidant avec
la reconstruction de l'église Sainte-Catherine r édifico
du XIIg siècle.

1417. Priuiléget.
- Le roi d'Àngleterre Henri V,
vainqueur à Azincourt, a repris contre la France les
projets d'Édouard III. Ce danger manifeste devrait réu-
nir les partis autour de la royauté1 mais depuis que le
duc de Bourgogue a perdu son oédit à Ia cour, iI
penche tantôt vers les lis, tautôt vers les léopards. Lille
lui fournit encore des troupes, Earut souffrir directement
des désordres qui amèneut lo siége de Paris et les expé-
ditions d,e Jean-sans-Pour dans l'Ile-de-France I c'est
urême vers ce temps que le corps échovinal est exompté
du servio€ militaire, et que la ville est reconnue de nou-
veau affranchie de toute levée d'argent uon consentis
lar les échevins (1417).
Néanmoins I'anarchie en se prolongeaut, favorise les
prétentions des Ànglais. Les Bourguignons, maltres de
Paris, s'y livrent au pillage et à uu affreux massacre t
tandis que Henri V assiége Rouen et le prend par la
famine (1418). C'estpar repr6sailles que Jean-sans-Peur
périt au pont de Montereau, traltreusement égorg6 par
Tanneguy Duchatel, oompûgnon du dauphin Charles
(l4Ie).

Pnrrrppn-Ls-BoN. l4t9-1467. Le prédicatar


-
Connecte.-Lecomte de Charolais, devenuduc de Bour-
gogne, jure aussitôt de venger le meurtre de son père.
Les Lillois prennent fait et oause pour leur troûveûtr sorr-
- -f

_97_
verain, lui offrent deriches présents et lÊrvent des troupes
qui partent sous les ordres du châtelain et du capitaiue,
i'anuée suivante le duc signa, en mêmo temps que la
reine Isabeau de Bavièrc, le traité de Tro.yes qui aban-
donnai[ au roi d'Angleterre la main 4'oou fille de
Charles VI, le titre do régent et le droit de sucoéder à
son beau.père , à I'exclusion du dauphin. Pendrint-les
négociations, le duc de Bedfort, g6néral en ohef de
I'armée anglaise, étant venu à Lille où résidait Philippe-
le-Bon, avait amené à sa suite un célèbre prédicateur
nommé Connecte, {uiattira beaucoup de monde et
touna en plein air contre le jeu, le luxe des dames et les
mceurs des c-lercs (1420). Ce fut à cette occasion que des
troupes d'enfants arrachèrent, avec des crochets, les
henins, grands bonnets de dames, et los. entassèrent
sur la plaoe du Marché, avec une quantité de dés , de
cartes et dtautres jeux, pour €n faire un feu de joie'

1432. LaToison-il'Or. avoir perilu ses deux


-Après
premières femmes, Michelle de France et Boûne._l'At-
iois, gui ne lui avaient point laissé d'enfants, Philippe-
le'Bon cpnvola en troisième noces. Ce fut à Bruges,
lors des magnifiques fêtes données Pour son mariage
avec Isabelle de Portugal (f430), qu'il crét I'ordre de la
Toison-dtor, encore subsistant de nos jours. Le premier
chapitre fut tenu à Lille (1432) dans la tollégiole Saint-
Pierre, où lo duc consacra I'ordre à Notre-Dame-de-la-
Treille ({) et, remit le collier honorifique à deux mem-
bres nouveaux qui prirent Ia place de deux chevaliers

i,l) tes dcussong rtes cbevaliers furenl suspendus aux vottes


du cbæur de l'égliso où ils rætèrent Jusqu'en 1I93.
-98-
d6cédés. Après la cérémonie,lo Magistrat offrit à cette
illustre assemblée une fête demeurée célèbre dans les
fastes de la ville.

Léproserdesr € PhilippeJe-Bon vit ses domaines


e'étoudre cousidérablement par voie de successiou e[ de
conquêtes I mais le traité d'Arras, qui scella sa r6conci-
lial,ion avec la France, lui suscita de nombreux dé-
mêlés en Flandre. Gand et Bruges, oonstomment favo-
rables aux Anglais, se soulevèrent contre lui. Une hor-
rible famine vint aussi exercer ses ravages en Franco et
dans les états du duc I des mesures sévères furent prises
alors contre les accapareurs de blé.
Un autre fléau, Ia maladie raviv6e par les croisades,
exergait encore ses ravag'es. La Bonne-Maison des bour-
geois et une autre léproserie établie à Marcçen-Baræul,
étaient réservées aux bourgeois I I'appui de PhilippeJe-
Bon ntavait pu y faire admettre son secrétaire, atteint
de lalèpre (1445). Après plusieurs refus analogues,
quelques personnes charitables s'adressèrent au duc et
obbinrent de lui I'autorisetiou d'ériger uue léproserie
étrangère à la juridiction échevinale (1461). Comme le
règlement sur la matière, publié en 1364, ne permettait
pas de placer de tels établissements dans le voisinage
d'un autre, Philippe désigna un emplacement situé à
Canteleu. Le modeste édifice, construit en briques et
couvert d'ardoises , ne tarda pas à s'élever au milieu des
terres qui avaient 6t6 achetéos par compassion et pour
assurer ltisolement des malades.

1444. Prèhendes. De son côté le Magistrat preuai[


-
soin des indigents. Par suito de la diminution des res-
-99-
sourc€s des hôpitaur, Saint-Nicolas et Saint-Nicaise et
de I'insuffisance de celui de Ia Trinit6,les revenus restés
disponibles avaient été convertis en prébendes (1411).
Ces secours à domicile étaieut bien précieur dans cer-
taines familles oir la présence des vieux parents, n'étant
plus une charg'e, entretenait I'attachement, le respect et
la bonne conduite. Pour obvier aux abus introduits par
le temps et la faveur , et faire revivre Ie principe d'uns
distribution équitable des prébendes, le Magistrat astrei-
gnit les titulaires à porter ostensiblement uhe croix
blanche. En 1444 , il réduisit à cent le nombre de ces
secours hebdomadaires qui consistaient en un demi-
havot (l) de blé et guinzo patars. Les pauvres au[orisés
à mendier en ville avaient pour marquo distinctive une
fleur de lis en étain.

lM6, Les horûstes. autre ordonuauce de Phi-


-Une
lippe-le-Bon r6gla le service religieux de l'église Saint-
Etienne. Cette paroisse ntavait pas, comme Saint-Pierre,
dont la réédification fut àchevée sous ce règue , les
ressources d'une riche dotation et d'un personnel de
collégiale I mais, dàs le XIVo siècle, la piét6 des fidèles,
par de nombreuses donatious, avait assuré I'exercice du
culte. Le duc , considérant la rente anuuelle de cetrt
francs dtor de trente-deux gros léguée par plusieurs Pa-
roissiens, assura les honoraires de huit chapelains ou
horistes attachés à chaque côté du chæur de l'église (1446).
La collatiou de ces heures, cotnme le droit de suspendre
et de destituer les titulaires, appartenait aux échevins,

(l) Eavot de bl6 r mesure d'environ dix-sept litres et demi.


-t00-
dont I'autorit6 s'étendait sur les moindres tl6tails du
temporel des églises. Une création semblable eut lieu à
Saint-Maurice irente ans plus tard. Quant à la paroisse
Saint-Sauveur, elle possédait quelques petites rentes et
en acquit encore en 1456. Ces faibles ressources ne s'ac-
crurent dtune manière sensible qu'au siècle suivant, par
fondations ds messes et d'obits.

1448. Aides fourniet au ihtc. L'agitaiion prolongée


du règne de Philippe-le-Bon
-
I'amena souvent à Lille'
Comme ses prédécesseurs, ce prince actif et prudent y
vint tantôt pour s'abriter, tantôl pour tenir des entrevues
et préparer des expéditions I de sorte que la cour et la ville
étaienl en rapports suivis et bienveillants. Les seigneurs
et les nobles dames qui accompagnaient le prince lui
faisaient une suite brillante et nombreuso dont certaines
industries tiraient profit; la fabrication des étoffes de luxe
se d6veloppait et la richesse publique prenait un essot
rapide; aussi le gott d.u faste pénétrait dans les familles
bourgeoises, et fÉchevinage , céd'aut à I'entralnement
général, ne s'attachait pas assez à maintenir l'équilibre
eutre les dépenses et les recettes , de sorte çe les fi-
nances étaient obérées lorsque, en 1448 I des aides
furent accordées à Philippo-le-Bon Pour son voyage en
Luxembourg. Le luxe et la prodigàlit6 du prince, imités
par les nobles de sa suito, pesaient de jour en jour plus
lourdement sur la bourgeoisie gui s'endettait pour de
vaines solennités et des dons sans résultat. Quand la
sécurit6 de la ville, meuacée par les Gantois et les
Anglais , imposa tles dépenses nécessaires; quand il
fallut réparer les fortifications , oonstruire des forts ,
rompse les digues et astreindre la mihce urbaine à un
-l0l *
surcrolt de service et de surreillance (1a52), les Lilloie
eux-mêmes blâmèrent la magnificence'ruineuse qu'ils
-
avaient favorisée pal une géuérosité imprévoyante.

1454. Reytas ihu Faisan suivante eut lieu


- L'année
llévénemeut qui olot I'hisboire du Moyen-Age et inau-
gure celle des temps modernes : la prise de Constan[i-
nople par les Turcs (1453). Cette nouvelle eut ù Lille
un retentissement douloureux. La population s'associait
aux vues de Philippe-le-Bon gui, pour arrêter les
progrès des infidèles, avait tenté de former une ligue
avec les rois de Franqo et d'Aragon. Il faisait parvenir
chaque aanée un secours de mille ducuts aux chrétiens
do Jérusalem; il y avait envoyé quelques chevaliers',
et ses navires allaient jusque dans ces contrées loin-
taines où on le nommait le Grand-Duc d'Occident. A la
sollicitation d'uno ambassade venue de la Grèce r Phi-
lippe résolut de maroher lui-même à la rencontre des
IVIusulmans.
Il était ù Lille avec sa cour et l'élite de sa noblesse,
lors des fêtes de l'Épinette. Pour amener tous cee
princes et ces chevaliers à s'associer à son projet r il fit
préparer dans les riches appartements du Palais de la
Salle, décorés do ses tapisseries de haute-lisse, un rePas
d'une somptuosité merveilleuse (9 février) , I'une des
cérémonies les plus splendides dont notre Pays ait
conservé la mémoire. Dans la salle du festin étaient
dressées des tables couvertes de nappes damassées. Sur
chacune de ces tables figuraieut des surtouts immenses
représeutant des merveilles qni surpassent I'imagina-
tion. torsque PhilippeJe-Bon 1 suivi d'un cortége de
princes, de chevaliers et de nobles dames, vint stasseoir
.- 102 *
golennellement à co banquet féerique , les reprCsentt-
tions, les jeux , les chants , la musique commencèrtnt
pour se succéder sans interruption. Après la représen-
-
tation de la Conquête de la Toison-d'Or par Jason et
les Àrgonautes , donnéo dans la salle du festin , un.hé-
raut d'armes parut sur la scène , tenant à la main un
faisan orné d'un riche et brillant collier , et requit les
nobles assistants de faire, suivant la coutume, un væu
sur cet emblêmo. PhilippeJe-Bon prit aussitôt la pa-
role et jura d'aller combatbro les infidèles. L'assemblée
entière se leva et chacun imito le prince. Presque aus-
sitôt le duc se rendi[ eu Àllemagne où il reçut partout
un accueil empressé et la promesse d'un cotrcours actif.
Charles YII lui-urême approuva I'idée cle la croisade ,
mais des retards surgissaient sans cesse , et lorsqu'en
1464 Philippe allait partir, Louis XI , venu à Lille aur,
fêtes de I'Épinette , le décida à surseoir d'uu an encoro
I'expédition que la santé affaiblie du duc de Bourgogno
fi.t rester à l'état de projet.

Palais ile Rihour. le demi-siècle que dura


-Pèndant
le règne du bon duc, Lille fut Ie principal th6âtre de la
splendeur de la maison de Bourgogne r pûtvenue à lna-
pogée de sa grandeur. Les nécessités de la politique y
avaient appelé Philippe dans sa jeunesse; c'est au palais
de la Salle qu'il avait fait væu de partirpourla croisad.el
les infirmités de I'âge lui firent adopter pour résidence
habituelle le palais de Rihour qu'il avait acheté ot em-
belli (1457-1462). C'était un vaste et ancien manoir
comprenant , avant la construction des rempar[s au
treizième sièole , des prés , des bois , des eaur et des
,103
- -
terros plantées' d'aulnes et do saules ({) , et désignd
depuis longtemps sous lo nom de maisou de Rihour,
I

Ligue du bien ytublic.


-
--r Peu de temps après son I
t

voJage à Lille, Louis XI y envoya vers le duc une am- !

bassade solennelle. Àu lieu de calmer ltinquiétude quo t


t
I
répandait la politique cauteleuse du roi et l'irritation
causée par ltinanité de ses promesses, Ies demandes br-
mulées par Ie chancelier de France et son arrogance r

firent échouer sa mission pacifique. Vers ee m6me I


temps, PhilippeJe-Bon topba dangereusement malade,
et le comùe de Charolais , prince remuant et irascible ,
se ût confier par son père le gouvernement de ses
états (1465). Le rachat des villes de la Somme , opéré
par Louis XI en vertu d'une clause du traité d'Arras, et
les efforts incessants de ce monarque pour brouiller le
père et le fils poussèreut ce dernier à recourir aux
ûrmes. Il profita du mécontentemeu[ général des sei-
gneurs français pour former la ligue du bien public ,
pénétra avec sou armée dans le royaume , rejoignit lo
duc de Berri eb livra la bataille indécise de Montlhéri ,
sans réussir à empêcher le roi de s'ouvrir un passage
vers Paris

Iléformes. Quoiclue alfaibli de corps et d'esprit, le


bon duc, plein- d'affection pour ses strjets, prit en consi-
dération une supplique présentdepar les échevius (1a67).
L'organisation financière de la commune était devenue
si défectueuse que les arrérages de rentes absorbaient

(,1) ta rue deg Molfonds rappelle la nature de l'un de cer


tcrrains.
,10[
- -
les trois cinquièmes tlu butlget. En vertu d'une nouvelle
ordonnance r on fut-astreint, Pour les délibérations
-
importantes, à convoquer les trente-neuf personnes de
Ia Loi. Les guatre commis des comptes de la hanse
furent supprirnés et remplacés Pûr ltargentier de la
ville, nouvoau fonctionnaire tiré de la bourgeoisie, élu
pour trois ans et désigné Pour Prendre rang entre les
échevins et les huit-hommes qui r avec les paiseurs,
avaient étê incorporés au Magistral,. Les rePas de
l'Échevinage furent réglés d'une manièro moins somP-
tueuse ({); les présonts de vin furent limités, et la
dépense des robes fut, ainsi que quelques autres, di-
minuée pendant les six années suivantes. On laissa
néanmoins su-bsisterr Pour les membres du Magistrat,
l'obligation do se revêtir en Halle de robes amples et
garnies de bandes de satin brodé (z). À une époque
précédente, la ville achetait l'étoffe; lo roi des Ribauds
en portait un coupon à chaque écheviu.

Fordratôorc charitabler. Le luxe et I'apparat qui


caractérisaient les m@urs- de cette époque, u'empê-
chèrent pas I'humilité et Ia bienfaisance de poursuivre
leurs æuvres et même d'en créer de nouvelles. Il exis-
tait depuis 1327 une maison consacrée, en vertu du
testamont d'une dame pieuse, à donner l'hospitalité à
sept pauvres femmes âgées. En 1423, les pensionnaires

(,1) 0ndlnait en Halle plus tle soixanto-rlix fois par anr sans
compter trois galas pour la procession et le rcnouvellement de
la loi.
(2) Lacouleur de cette garniture quo l'on décorait de riches
brorleries avait changé plusieurc fois dans le oourant du siècle.
* tob -
prirentle voilesouslenomde sæurs-Noires de l'ordre do
saint-augustinl elles s'occupaient d'æuvres d.e mis6-
ricorde. En reconnaissance des services qu'elles ren-
daient_,- le Magistrat leur permit d'aug,menter le nombre
des religieuses, et leur donna une Àaison avec jardin
vis-à-vis du couvent des Frères-Mineurs. Un peu plus
tard, la duchesse Isabelle de portugal fonda -t'hopital
s.aint-Jacques , où I'on recevait les pèlerins. il etait
situé sur un emplacement donné à I'Échevinage, pour
fondation pieuse r pâr Rog'er, châtelain de Lille au irei-
zième siècle. La duchesse de Bourgogne ût reconsfruire
l'édifice e[ le consacra principalemeat à l'æuvre de la
charité maternelle. c'est la même princesse qui fit I'ac-
' quisition des étuves du dorelot, rue des Malâdes, pour
y établir des sæurs Grises (1451). Àspirant à une- vie
plus parfaite, ces religieuses obiinreni du Magistrat
I'autorisation de se cloîtrer, pour suivre la rèile de
sainte-claire. Margue'ite d'york, veuve de charies-le-
Téméraire, agraudit alors leur couvent, revêtu par le
pape de la diguité abbatiale. Vingt-six religieuses y
firent profession de Pauvres-craires (26 juilret l4g0i.
on observait ensore si sévèrement le væu cle pauvretd
dans la maison, au dix-huitième siècle, que parfois le
pain manquait. Le son de la cloche uo.r[i**uit du cet
état de détresse les habitants du voisinage qui ne man-
guaient pas de répondre à I'appul des religieuses.
Àvant la réforme introduite dans le couvent des
Pauvres-claires, un homme dont re nom est resté po-
pulaire dans les anuales de Ia charité lilloise, Jrao d,
le cambe, dit Gan[hois, avait foudé deux établisso-
ments hospitaliers. a la suite d,'un accord, avec le cha-
pitre de Ia collégiale et le curé de saint-sauveur. il
-106-
érigea I'hospice Ganthois, destind ûux femmes tgées
(1462). Moins de vingt uns après, il ouvrit, rue de lu
Barre, une inaison pour les filles repenties (1481). Ces
religieuses, appelée3 comurunément Madelonneùtes,
boig'naient les malades en ville, rnême en cas de peste,
et le Mngistrat les chargea de donner, moyennant
pension, leurs soing aux, femmes eu démence.

Csenrps-r.n-TÉuÉn c.rnn. 1467-1 4n . En politique,


comme dans
-
tout lo.reste do I'adrninistration, lo comto
de Charolais agissait ru nom de son père. En 1467, il
avait décidé ce dernier à se rendre de Lille à Bruges,
où devaient se conclure de nouveaux engagements au
sujet de la ligue. Le duc s'y fit transporter en bateau,
taut ses fcrrces étaient dimiuuées, et mourut dans cette
ville pendunt que son ûls achevait Fes préparatifs.
Aprbs les frrnérailles, lo nouveau duc visita les diff6-
rentes provinces de ses états I il ne demeura qutun jour
à Lille, mais les échevins lui firent une réception splen-
dide, accompagnée de réjouissances publiques et de
mysbères joués en plein ventl il
prêta et requt le ser-
ment traditionnel, ei abandonna au Magistrat le droit
de conféier ceriaines charges de police.

Arrentament ile terrains, Le caractère fougueux


et hautain de ce jeune prince lui rendit bien pénibles
les condessions qu'il dut fairo aux Gantois ameutés, et
le poussa à de cruelles vengeances; mais la droiture do
ses sentiments et sa justiee ûrent endurer patiemment
les charges imposées par ses nombreuses expéditions.
Le Illagistrat de Lille lui procura de I'argent et des
hommes: archers, picquenaires, arbalétriers, arquebu-
- {0?
-
siers. La ligne du bien publi, ,obrirt.it encore. Au
milieu des machinations criminelles qu€ b monargue et
les princes tramaient alors les uns contre les .otrur,
Charles sut démêler la conduite équivogue du châ-
telaiu de Lille, Louis dà Luxembourg, cànnétable de
France. Il fiù saisir le :fief de la châJellenie avec la
baronnie de Phalempin, et vint en porsonne À Lille,
tirer de ses arsenaux une superbe artillerie et de grands
équipages de guerre, pour le service de ltarmée qu'il
levait contre le roi (14?l). Après son départ, il faïut
augmenter le nornbre des hommes de garde aur portes
et aux remparts. Ce seryieæ devint onéreux pour Ia
plupart des bourgeois, forcés d'abandonner les travaur
de leur profession. Le Chapitre de Saint-Piene dut
participer ou paiement des aides fournies au prince, et
l'Echevinage, pour parer à I'insuffisance de ses res-
ressources, arrenta des terrains bordant le cimetière de
Saint-Étieune. C'est alors que furent construites une
partie des maisons qui entouraient l,église et le cime-
tière, rue des Prêtres et Marché-aux-Fromages. La rue
du Curé-Saint-Étienne futouverte à la suite de contrats
passés en 1556.

Inilu.stria.
- !,sg besoins du trésor imposaient une
grande sollicitude en favour de I'industrie locale d'où la
ville tirait d'importants revenus, et lo Magistratneman-
quait point à ce devoir impérieux. En dehors du stil des
drapiers existait la corporation des sayetteurs (,t) dout les
priucipaur articles 6taient les saies, les ostades et autres
étoffes de pure sayette , ordinairement blanche, ainsi

(l ) Ce nom viont de sayette, laine peignée.


t08
- -
quo des tissus de plusieurs nuances nommés changeants.
Doo* cette corporation s'étaient confondus ouelques ou-
vriers en haute-lisse qui paraissent s'être établis à Lille
au commencement du quinzième siècle. Venus dtAnas
où leur industrie était florissante, ils avaient été suivis
de plusieurs ouvriers de Paris et Saint-Denis , et s'6-
taient mis à fabriquer de la haute et de la basse-lisse ou
marcheterie, qui tiraient leur nom de la position ver-
ticale ou horizontale de la chaîne sur le métier. Le Ma-
gistrat, {ui leur fit des cômmandes sous Philippe-le-
Bon et Charles-1e-Téméraire, tenait la main à Ia loyauté
de teur fabrication. En 1476, un hautelisseur ayant
introduit du lin au lieu de soie dans une tapisserie, fut
forcé de le retirer pour que l'étoffe devînt licite, et de
plus, condamn6 à deux pèlerinuges dont I'un était rache-
iable au prix de 0,000 briques d.estinées aux fortifications,
tandis que I'autre dut être exécuté et constaté'

autre industrie de luxe


Les Pci,ntres aerri,ers.
- Une
remontan[ au XIII0 siècle, était également favorisée par
le l\fagistrat. Ce n'est pas seulement les églises que I'on
décorait alors de verrières à images. Les comptes de la
ville établissent que les fenêtres de la chambre des éche-
vins et du conseil eu avaient été garnies, dès 1385 r par
Jacques As Pois. En 1426, Jeau As Pois avait fait et
livré des vitraux peints pour la nouvelle chapelle de la
Halle échevinale. A diverses reprises, Ia ville chargea
Gossuin de Vieuglise, maitre verrier, demeurant à Lille
(L452 et 1473) et plusieurs àutres artistes, de placer
des verrières à fleurs de lis blanches et aux armes de
Flandre eb de Bourgogne, aur fenêtres de la Halle et d'e
plusieurs maisons qu'ello possédait. Elle donua même à
-'t09 -
l'église de Sainh.Étienne (14S0)r une verrière ropr6sen-
tant la vie de Saint-George, pour une nbuvelle chapelle
érigéo on lthonneur de ce saint martyr.

Hùpitaun- fJa incendie survenu à I'hôpital Com-


-
tesse (1467), avait exigé de longues et coùteuses r6pa-
rations. Elles étaient à peine achevées que les besoins
du service de I'hôpital Saint-Sauveur rendiremt ce der-
nier iusufûsant. La ville céda au msltre et à Ia prieure
un'torrain vagrre situ6 le long du cimetièrt çri séparait
I'hôpital et l'église (1482). On y construisit une deu-
xibme salle avec ses dépendances.

Manrr ns Bouncocrw. 1477-1482. Gardc de la


oille, Après la mort de Charles-læTémérairc, on dut
fermer- les portes aux Français, qui tentèrent utr couP
de main sur la ville et incendièreut une partie de la
banlieue (14TT. Par mesure d'utilitd publiçe l les éche-
vins autorisèrent la construction de plusieurs moulins â
farino sur la motte du châtelain et sur les temparts n

entre les portes des Malades e{, du Molinel. Pendanû ce


temps, Ies débris de I'armée de Nancy se retirèrent dans
les villes fortes situées près de la frontière française,
pour s'opposer aux, prétentions de Louis XI sur les États
de la jeune Marie de Bourgogne. Quoiqo'il y ett à Lille
un assez grand nombre de ces soldats, Ies bourgeois ne
voulurent point leur confier la garde de la ville et s'eu
réservèrent le soin, malgré les fatigues du servico et la
résistance de quelques récalcitrants que le rewart fut
chargé de punir (1479). Le roi, ne pouvant s'emparer
des provinces qu'il convoitait, aurait volontiers conclu
une alliance matrimoniale entre le dauphin et made-

6r
-ll0-
moiselle de Bourgogne, en tlépit tles engagements qu'il
avait pris avec I'Angleterre I mais I'aversion des tr'la-
mands pour Louis XI et les répugnances de la princesse
firent échouer ce projet. Marie eut à souffrir également
des désordres suscités par les intrigues du roi et par les
seigneurs qui avaient eu à endurer les mauvais traite-
ments de son père , jusqu'à son mariage ayec I'archiduc
Maximilieu. Cette union fit passor son riche patrimoine
sous le sceptre de I'Autriche. Le nouveau souverain,
reçu à Lille avec acclamations, à la lueur des flambeaux,
confirma et étendit les priviléges du Magistrat; mais il
les viola deux ans après, en obligeant tous les habitants
de la Flandre wallonne, de dix-huit à soixante ans , à
prenclre les arines et, à s'équiper à leurs frais, pour sou-
tenir une guerre qui était le prélude de la longuo riva-
lité des maisons de France et d'Autriche.

Le:t Bteuats ct les Bonnas-Fillcs. ravages exer-


-Les
cés par les troupes du roi, lors de leur incursion dans la
châtellenie, avaient laissé sûns ressources un certain
nombre d'orphelins. De jeunes garçons recueillis par la
charité publique eurent, dit-on, une grange pour pre-
mier asile et furent appelés Enfants de la Grange. Au
moyen de prêts et de.loteriesr l'æuvre fut constituée
d'une manière durable et I'on construisit, en 1489, une
maison et une chapelle au faubourg de Courtrai. Les
Enfants de la Grange portaient des flambeaux aux funé-
railles. Le nom plus récent de Bleuets leur vient de oe
que, etr 1660, Louis de Croix, seigneur de Gourguemez,
'donna par testament à I'orphelinat une rente de douze
cents florins, destinée au logement et à I'entretien de
douze paùvres orphelins qui devaient être vêtus de drap
bleu. Pour abriter les orphelines de la guerre, on avait
,l,ll
- -
loué une maison où elles vécurent au jour le jour. Elles
avaient déjà reçu plusieurs dons de quelque importance,
lorsque la générosité d'un adminisbrateur de la mhison,
l'échevin (iérard-le-Dru, permit d'assurer la, perpétuité
de la fondation. L'archiducPhilippe-le-Beau la reconnut
et I'autorisa par lettres-patentes ( 1498 ), sous le nom
d'orphelinat des Bonnes-I'illes, et la rue des Peupliers
reçut la dénomination do rue des Bonnes-Filles.
1479. Suyetteurs. Louis XI avait employé la ruse
et la séduction pour-attirer Amas dans le parti de la
France (la?? ); mais les habitants avaient fermé les
.portes de la ville et rompu toute relation avec la gar-
nison renfermée dans la cité. Le roi, qui uvait failli être
tué au siége de la place , la traita sans ménagement; il
finit par en raser les murailles et chassa tous les bour-
geois. Quelques hautelisseurs vinrent se fixer à Lille,
où les sayetteurs les accpeillireut avec emPressement et
€n reçurent commuuication des statuts et règlements de
leur corporation à Arras (1479). Cette bienveillance fut
partagée par Ie Magistrat, et Andr6 Celleghier, sayetteur,
teinturier, foulon et tondeur de saies, reçut une indem-
nité de la ville pour les frais d'installation de son impor-
tante usine. C'est de cette épogue que date l'énorme
développement de la sayetterio , dont le siége, appelé la
Viugtaine, résidait à la halle échevinale.
Bourgeteu Un peu plus tard (1495), Ies bour-
geteurs, {ui faisaient partie de la corporation des tisse-
rands de toile , ohtinrent du Magistrat des statuts
par[iculiers. Comme les étoffes fabriquées par eux se
rapprochaient de celles gui faisaient la spécialité des
sayetteurs et qu'il y eu eut même de communes aux
deur corporations, il en résulta une rivalité qui donna
-t42-
naissance à des récriminations et à de longs procès.
Quoi qu'il en soit, on avait d'abord assigné aux sayet-
teurs la plupart des articles en pure laine et les chan-
geants des deux couleurs blanc et bleu. Les bourge-
teurs se virent r6server les ouvrages à la tire, haute et
basse lisse; on y ajouta les étofres unies et brochées dans
lesquelles entraient ltor, Itargent, la soie, la laine, le
lin, lc chanvre et le coton, ainsi que les velours, lcs
satins et les boure[tes qui prirent gtande faveur au dix-
septième siècle.
La fubrication de la haute-lisse, aussi exclusivement
réservée aux hommes que I'était aux, femmes Ie tapis-
serie à I'aiguille, fut donc rangée dans Ia bourgetterie.
Les produits de cette belle industrie, précurseur de la
peinture historiEre, dwinrent I'objet d'uue grande recher-
che et d'une errportation cousidérable. Le gott s'etr
rdpandit tcllement daus la population lilloise qu'au mi-
lieu du XYI' siècle, lors de la réception du fils de
Charles-Quint, toutes les façades des maisons eu furent
tendues, dans la longueur entière de Ia rue de Parie et
de là jusç'au palais de Rihour. Avant I'introduclion de
ces tapisseries , la ville.employait des brodeurs pour d6-
corer de fleurs de lis blanches les grand.es tentures do
drap vermeil qui servaient à fête de Lille, ou décoraieut
I'intérieur de la Halle (l).

(l) Pendant quo Tournal, Bruxelles, Audenarde et d'autres


viltes envoyaient, comme Lille, ces tapisseries à Anvers, où de
vastes galeries permettaient de les exposer aux regards des
marobands étrangers venus pour faire leur choix la France
'
d'où nos fabriques tiraient leur origine, voyait languir I'industrie
'
de la haute-lisse. Frangois I0r tenta vainement de la rclever;
louis XIY y réussit en fondant aux Gobelins ('166?1 la manufac-
ture royale.des meubles de la couronne.
IX.

MAISON D'AUTRICHE.

[82 à 4 656). Prélentions


Do Philippe{e.Beau ir chartes-Quint ({
-
de Maximilien. Traité rls neutralité signe à Wavrin' -
- Lo roi tlu tir.
lnstitution de la compagnie de sainte-Barbe. -
fondation des
- Administration de Phitippe=le-Beau' -
llarguerite d'Autriche
Bonnes-Filles et des.sæurs.Grises. - Cour I'Dmpereur'
nommée gouvernante des Pays-Bas. - -
Majorité de Charlee-Quint. - Sagesse de ses ordottnances' -
[a Haute-Perche, la Halle aux draps et les foulons ' - Règle-
ment de I'assis du broucquin et de ta juridiction échevinala. -
Organisation de la Bourse commune des pauvres' - Levées
de troupes, armement de la ville et, aides extraordinaires. -
Troubles religieux.
- Refuges desdes monastùres'
Grisons'
- l'$Ôpital
des Yieillettes et l'École dominicale

Pprr,rppn-r,E-BEÂu. f482 à 1506. - Prëtentî'ons ihe


Maæimilien. L'agitation fut plus grande eucore
pendant Ia régence d.e Maximilien que soyl le règne de
Marie. Quoiqu'on ett prêté serment de fidélité au jeuno
Philippe, ooÀtu de Flandre, le régent, une fois élu roi
-4tL-
des Romains, voulut se substituer à son ûls dans l,erer-
cice du çouvoir. Les Flamands se soulevèrent pour
s'opposer à cette usurpation, et les Brugeois retinrent
Maximilien prisonnier dans leur ville pendant près de
quatre mois. A la faveur de la prolongation de ces
troubles, les habitants du Hainaut venaient piller et
dévaster la châtellenie de Lille. Il fallut, lever des g'ens
de guerro qui furent payés au mo,yen d'une imposition
mise à la charge des habi[ants (1482). Lr gouverneur
sortit à la tête de cette troupe et des serments, et dis-
persa les bandes envahissantes. Enfin la paix se rdtablit
et le pays retrouva un peu de tranquillité.

Traité de Wauri*.
- Pendant le cours de ces évé-
nements, un traité de ueutralité avait été conclu entre
les trois ordres des ohâtellenies de Lille, Douai et
Orchies et les députés du maréchal commandant I'armée
française. Cet accord avait pour but de sauvegarder les
intérêts de I'industrie et du commerce pendant les hos-
tilités, Pour faire remplacer les compagnies bourgeoises
dans leurs tournées quotidiennes par toute la banlieue,
le l\fagistrat fib au g,ouverneur I'avance d'unè somme de
huit cents livres I les canonniers reçureut I'ordre de se
tenir prêts à toute éventualité, et tous, ouvriers et
bourgeois purent se remettre à leurs travaux.

1483. Compagnie ila Sainte-Barbe. Commo les


perfectionnements -
de I'artillerie avaient amené un'e
grande inégalité dans I'armemeut des 'compag'nons
cauonuiers, couleuvriniers et arquebusiers, les membres
de ces trois sermeuts sollicitèreut et obtinrent une nou-
velle organisation. Lee artilleurs lillois réunis en ur
* {,1ô *
seu! serment, requrent le 5 mai 1483, des lettre!-
patentes sous le nom de Compagnie de madame Sainte-
Burbe. Ils oocupèrent, près de lu porte de Fives, un
jardin dont, le Magistrat payait la location à I'hôpital
Comtesse. Les deux autres compagnies sermentées qui
ne faisaient point partie de la garde bourgeoise, étaient
les archers et les arbalétriers.

' La roi ilu ti,r. dernières compagnies, appel6es


- Ces
plus tard confréries, stexerçaient,en é[é, au tir de leurs
armes et prenaient part à de nombreuses fêtes. Il s'était
introduit, spécialemeut dans celle des archers, un usage
qui s'est perpétué et subsiste encore. Tous les ans t
celui qui a abattu lo papegai, c'est-à-diro I'oiseau de
bois fixé ûu sommet de la perche, est,, durant toute
I'aunée, roi ou chef de la confrdrie. Dans les cérémonies
publiques, aux processions religieuses, il marchait por-
tant au cou uno chalno d'où peudait uu papegai d'or ou
d'argent.

A dmùùic trat ion.- Philippe-le-Beau, deveuu mojeur,


fut reconnu commo souverain des Pays-Bas, puis
épousa Jeanne-la-Folle, fille de 1'erdinand-le-Catholique
et d'Isabelle de Castille (1496.) Quel que soit le jogu-
ment de l'histoire sur les mæurs de Philippe et sur sa
urorl prématurée, on doii constater qu'il fit Preuve d'uno
grande sollicitude pour la ville, par différentes mesures
administrativos et proteclrices. Dans le but d'éviter les
reeours au parlement de Flandre, devenus trop fté-
quents, il déclara sans appel le jugement des échevins.
Il rétablit.l'ordre dans les ûnances en équilibraut les
dépenses et leg recettes de lq communo, et i:chevu de
--F

- ,lt6 *
ddlivrer la châtellenie des vexations des gens satrs
aveu.

Faits diaers. Ce fut sous le gouvernement de


PhilippeJe-Beaur ![ue les sæurs-Grises (r) recueillies
charitablement par Isabeau, fille du seigneur de Rou,
.
bair, dans une portion du jardin de son hôtel, y cons-
truisirent (1500), sur le bord du canal, une maisou qui
subsista jusgu'à Ia suppression des couvents.
Malgré Ie grand nombre de jardins qui existaieut
encore en ville et devaient contribuer à la salubrité de
I'air, Ia peste exerçait ses ravages avec tant de persis-
tance que les deux salles de I'hôpital Saint-Sauveur
étuient devenues insuffisantes. Le Magistrat mit à sa
disposition un terrain situé hors de la porte des Malades
et dont il venait de se rendre acquéreur.

Cnenr,us-QurNr. f506 à 1555. Marguerite il'Au-


triche. - de prendre le titre
Philippe-le-Beau venait
de roi de Castille, après Ia mort de sa belle-mère
Isabelle, lorsque lui-même mourut en Espagne. Sa
veuve qui devait être régente au nom de don Carlos,
tomba en démence, et Maximilien devenu pour la
seconde fois tuteur du comte de Flandre, envoya Mar-
guerite d'Autriche, tante du jeune prince, donner et
recevoir le serment d'usuge (1507).

1513. Cour liEm,pereur.


- laLaFrance;
était encore en guerre avec
maison d'Autriche
il fallut de

(f ) Celles qul n'avarcnt pas voulu ombrasser la règle de Saintc-


Claire. Eltes soignaient les maladeo et tenaient écolès de lilles.

I
-441-
nouveau fournir des troupes à Maximilien, puis laisser
sss alliés les anglais s'approvisionner de froment dans
la châtellenie. La présence de ces étrangers nécessita
la mise en état de siége de la ville. On redoubla de

vigilance I I'artillerie augmentée, le nombre des


fut
caionniers porté do cinquante à quatre-vingts, et des
surveillantsplacés au beffroi eureng la charge d'inspecter
au loin la campagne. Enfin, tandis que les Ànglais'
assiégeaient Tournai , ville appartenant au roi de
Fr*nce, on ût des provisions consid.érables de salpêtre
et de poudre, et la gard'e bourgeoise se mit en devoir de
faire iout le servicà intérieur. Maximilien venu à Lille
après la prise de Tournai, y passa quelqnes jours avec
Iiuoti Vitt, don Carlos et Marguerite d'Autriche' Ce
fut alors que le palais de Rihour prit le nom de Cour
ItEmpereur.
remédier à certains désordres
,oruuoo,
':ea
Ptèlerin$.
pendant
- Pour
la minorité de Charles-Quint, le
Magistrat interdit les jeux de hasard et décida que les
pèlàrins étrangers, munis de cer[ificat , ne pourraient
Àéloo.ott qu'une nuit dans les hôpitaux à eux destinés;
ilieur fut défenilur sous peine d'amende, de s'installer
dans les tavernes et les cabarets. Mais fidèle à d'an-
ciennes et généreuses habitudes, le Magistrat accordait
largement ses recours aux pèlerins munis de bonnes
ru.ô^uruodations ou ruinés pour des causes honorables.
Il montrait, en toute occasionr une vive sollicitude pour
le rachat des gentilshommes pauvres tombés aux maing
des infidèles. Parfois même ses dons et ses aumônes
récompensaient le dévouement des religieuses en temps
de peste, ou contribuaient au rétablissement des églises
et des monastères incendiés durant la guerre.

\ t\
-4{8-
ilIajorité ilc Charles-fuint. - À
peine émancipé
(1516), Charles montra une grande aptitude aux aË
faires politiques et administratives. II avait été élevé à
Gand et se plaisait à demeurer dans les Pays-Bas,
comme à s'entourer de conseillers flamands. Lille ne le
cédait alors qutà Ànvers et Amsterdam, pour I'impor-
tance de son traûc et d^u mouvement commercial. De
fréquents séjours du prince lui permirent d'en bien con-
naître Ies besoins. Il porta des lois pleines dri sagesse et
de prévoyance, quoique empreintes d'un esprit de fisca-
lité dont se ressentit la prospérité de la ville, raleutie
ensuite par les troubles de la réforme et le manque de
communications directes aveo le Nouveau-Monde. L'in-
dustrie, le commerce et I'hygiène reçurent dès I'abord
les satisfactions réclamées par I'intérêt public. Àfin de
faciliter la navigation de la Detle par I'élargissement du
rivage, Charles abandonna ù la ville le palais de la
Salle, avec permission de le démolir (1516). Le fief de
la Salle de Lille fut transféré à Rihour où le jeune roi
établit le siége de la Gouvernance. Les inondations du
Becquerel, qui débordait chaque hiver et en 6té après les
pluies d'orage, appelèrent aussi son attention. Le
Magistrat fut autorisé à le faire endiguerl et comme le
limon obstruait les conduits soutenaius des fontaines
publiques, on creusa un canal destiné à conduire vers la
Basse-Deûle le trop-plein du courant, au moment des
crues subites (1515). On abolit la garde soldée, et tous
les ménagers (bourgeois et manants) furent assujétis à
faire le guet, aux ordres du rewart', avec six hommes
des compagnies sermentées. Enfin Ie prince ût un
règlement complet pour la plus importaute de nos
industries.
.149
- -
1519. Hatle aun draps. La draperie, dont les
suppôts
-
faisaient partie de la corporation
rnaltres et les
d,es bourgeteurs, avait été réglementée sous Louis de
Mâle par la création des neuf mayeurs do la Haute-
Perche. Ceux-ci jugeaient, sur rapport dressé par les
égards, des fautes ou des fraudes qui se commettaient
dins la fabrication. En 1458, Ie siége du stil avait été
compl6té par I'adjonction de deux échevins; le Magis-
trat Iui avait alors. confi.é la désignation de trente
égards, répartis en nombre égal entre la haute et la
bi*s. penùe; puis, l'année suiva'rte, il avait établi des
droits-d'aunage et de halle. Charles, voulant soutenir
cette industrie d.ont vivaient de nombreuses familles,
grâce à la libre exportation des_étoffes de laine,
y coÛ-
Ju"ru plusieurs ordonnances. Il permit de fabriquer
quelsues nouveaux articles (1516 et 1534), et confirma
lié.u.iioo de la halle aux draps présidée par les échevins
(1519), en erigeaut toutefois un prélèvement d'e droits
que date
àt a'i*pOts à son profit. C'est de cette époque
l'établiisement des foulons de la porte des Reigneaux
situé au-de1à des fortifrcations et cédé
{fffl sur un pré
ào Mugittrat pour cent ans r Par I'hôpital Comtesse ,
*oyroi*ot un loyer annuel de trente-deux livres. Les
fouieries du faubourg du Molinel existaient auparavant.
comme I'habileté des teinturiers avait contribué
à Ia
,,nom*é, de la draperie lilloise, et qu'il importait d,en

urroræ la coutinuation, Charles régla les procédés


-de
la teiuture en garance, en wedd.e et en cochenille I
draps ou
I'indigo n'était pas encore connu. Teindre des
des la-ines en Iausse couleur avant de
les faire fouler au
florius eb la
orootin, entralnait une amende de soixante
de la marchanclise, que I'on brûlait en pr6-
"oofir.ation
?{20-
senûe des délinquauts. La
même ordonnanoe .oonfttma
les conditions d'éligibilité des douze égards de la tein-
ture, établis en 1480. Les trois premiers étaient à la
nomination du mayeur, et les autres étaient choisis un
à un, par les échevins, sur une liste présentée par le
siége de la Pefbhe.

1520-1534. Assi,s ilu Broacquin. Peu de temps


après l'élection de Charles-Quint à I'empire d'Alle*
magne, son intervention fut égalemeut requise au
sujet de I'assis des boissoris. L'Echevinage avait à se
plaindre d'abus qui s'étaient introduits dans la percep-
tion des droits sur les cervoises, désignées alors sous le
nom générique de boires de gruins. Dans I'impossibilité
de se faire justice, iI pria I'empereur de réformer lo
règlement de cel, impôt. Le 1 septembre 1520 r ou
publia à la bretèque la nouvelle ordonnance sur I'assis
du broucquin. ta perception des droits s'y trouvo
réglée par les prescriptions imposées aux brasseurs, aux
brouetteurs jurés, aux bourgeois et aux privilégiés
exempts. Il était notamment défendu aux brasseurs
d'approvisionner les gens hors de la ville, et, depuis un'
siècle déjà, on avait fixé le nombre, I'importance et Ia
,composition des brassins, ainsi que la contenance d.es'
tonneaur et le prix du lot de bière. Ces ordonnances,
renouvelées à plusieurs reprises, n'autorisaient qu'un
brassin supplémentaire à tour de rôle, en cas de déficit,
pour les besoins de la consommation. Les communautés
et les personnes exemptées des droits de ltassis, reme[-
taient au brasseur un billet indiquant la quantité de
bière qu'elles avaient reçue.

Celliers aw ui,n, Quant au viu, il était, à sor


-
_lÙt_
amivée en ville, renfermé dans un grand cellier siùué
au rez-de-chaussée de laHalle échevinale. L'insuffisance
de I'emplacement en fit établir un second près de la rue
d'Angleterre. On I'appela cellier Saiut-Pol , du nom de
la famille des châtelains. Le receveur de I'assis sur le vin
rendait ses comptes annuels devanô le mayeur, le cot-
tereau, les conseillers et l'argentier. Après I'audition,
on servait un souper dont les frais se prélovaient sur Ia
tecette du grand cellier.
Juri.dietion écheoinale. Charles-Quint mit oussi
un terme à des contestations qui duraient depuis I'avé-
nement de la maison d'Autriche. La ville se voyait
contester certains priviléges reconnus par les rois I elle
6tait constamment en lutte contre les prétentions des
officiers de la Gouvernance et les empiètements des
cÆufs spirituelles. L'empereur arrêta les usurpations
faites sur la juridiction temporelle, en défendant à qui
que ce fût d'appeler les laïcs ailleurs que devant leurs
juges temporels (1523). C'était restituer à l'Echevinage
la connaissance incontestée des délits contre les mæurs
commis pardes laïcs1 déjà un concordat publié par I'em-
pereur avait défrni les quinze cas réservés à la Gouver-
nance, et reconnu que tous autres crimes et délits
étaient laissés au jugement d,es échevins(lSavril 1521).
La juridiction réglée sous Philippe-le-Bon était donc
rendue intacte : en échange , I'empereur se ût attribuer,
outre une rente annuelle de deux cents francs d'or, Ie
[iers des amendes coutumières et civiles prononcées par
l'Échevinage. Plus tard, il confirma la coutume de Lille
et tous les priviléges qu'elle comportait (1533).

Archioæ ærnmunales, Pour garantir le maintien


-
t22
-
des prérogatives qu'il devait sauvegarder, -le Magist'rat
oonrrruuit, dans un local appolé Trésorerier les originaux
des chartes et d'es priviléges , des contrats et des
pro-
priétés de la vile lt tout ce qui constituait un droit
iout Iu commune. Il y gardait encore le grand
sceau t

iu scel aux causes etle scol aux obligations ou petit


scel l le poinçoa des matières d'or et d'argeut et les
étalons à., poids et mesures de Lille. Ces archives
étaient considérées comme le véritable trésor de la cité;
aussi la Trésorerie était-elle fermée de deux portes,
dont une de fg. La première avait deux sertules,
I'autre, une serrure et un cadenas' Les clés d'e ces
portes étaient remises à trois magistrats, et le mayeur
garclaib celles des armoires et des layettes' II fallait
donc le concours de quatre Personues pour pénétrer
jusqutaux titres.
Chuqot aunée, le 31 octobre, les magistrats sortant
de charge et les perrn&nerùts faisaient une inspection de
ces archives. En 1528, le procureur-syudic ayant
trouvé plusieurs titres gâtés par I'humid'ité qui se com-
muniquait à d'autres, on chargea le mattre solliciteur
d.es ouvrages (l'architecte), de chercher un endroit con-
venable. Les titres furent transférés (1529) de leur salle
. basse et humide , dans un local situé près du beffroi,
sous les combles de la Halle échevinale. EnÊn la
crainte d'un incendie les fit déposer, soixante ans plus
tard, dans une salle vottée donnant sur le Marché-aux-
Poissons, oùr ils restèrent jusqu'en 1664.

Insuff,sance de I'enceinte. L'adjonction de la pa-


-
roisse Sainte-Catherine, efrectuée dans le courant du
quinzième siècle, n'avait ajouté à la ville qu'une suPer-
_42 _
ficie de onze hectares : l'espace manquait encore. L'em-
pereur approuva I'idée d'un nouvel agrandissement entre
les portes de la Barre et des Malades (1540). Malheu-
reusement on dut en ajourner l'exr6cu.tion, et comme ce
projet ne devait point remédier à I'insuffisance des quais
de la Deûle, le Magistrat établit dans les fortificatious
récemment prolongées, un rivage extérieur le long d'un
llot étroit qui s'étendait du canal à la porte Saint-Pierre
{1542). Il fut assigné un emplacement spécial à chaque
espèce de marchandise.

Chambre des comptes ct Bourse cotnmurùe des paursres.


L'année précédente, pendant un long séjour à Lille ,
-
Itempereur avait signé une ordonnance accompagnée
d'une instruction sur la conduite de la Chambre des
Comptes., deveuue Chambre suprême des pays de par-
deçà (Pays-Bas), et donné un règlement complet à une
importante institution charitable (l). Les fondations parbi-
culières connues sous le nom de charités, ne soulageaient

(,t) Sur lc jeton ci-dessus reproduit, fTgurcnt, autour de I'aigle


impériale , les armes de f landre , d'Artois, de Hainaul,, de Lim-
bourg et de Namur, provinces du ressort de la Chambre des
Comptes.
-421 -
inégale.
les pauvres et les malheureux que d'une manière
Les prébendes occordées à certaines inforbunes se don-
naient quelquefois par faveur, tanilis que des Pauvres
dignes d;iot6rOt eI cle compassion étuienb priv{s de
secours-

on'avait compris lit néc.essité cle créer une @uvre centrale


qui rendit la charité ptôfitublu à toubes les infortunes t

Jn aidant à détruire les habitudes nomades et paresseuses


que prenait une purtie d: 11 population I sous los
*rpiru, du trfagistrat, iI s'était londé une tssociation
mission
voloutuire de bons citoyens qui acceptèrent cette
et furent iustallés à la Hatle. Dès I'an 1506, l'æuvre
avait été autorisée ptr Philippe-1e-Beau, et charles-
Quint, après avoir opprouvé à dettx
reprises différontes
et 1527), les efforts de la charité lilloise, fit en
1i1n
if+t tu règlement rléfinitil de la Bourse commune des
toute
pauvres eiordonna de l'appliquer dorénavunt dans
la contrée.
un
Cet[e institution était administrée depuis 1531 par
collége composé cLe douze bourgeois notables ayant le
titre-cle nrinistres-généraux des pauvres. Sur le rapport
d.es minisbres particuliers rle chaque paroisse et des
fau-
bourgs, ils réglaient la distributioD des aumônes selon
1., biroins cles pauvres et les exigences de la saison. Les
comptes de gesblon étaient présentés au Magistrat deux

fois par on, la Noël et à la Pentecôte, en pleine Halle'
p'r[lrrn.u d.r curés de la ville et des ministres parti-
"r,
,oli^urr. l,u cloche du vigneron annonqait la séance, qui
était publique. Une mesure ile police in[erdit en même
temps (15d1) aux concierges de Saint-Jacques, Saint-
Jutien eb des Grimarebs, de loger les mendiants qui ne
seraient pas munis, à titre d'autorisation, d'run plommé
portantl-'effigiedusaintpatroudel'hôpitaldésigné'
_ ,125 _
Armement de la aille.
- Une
administration locale
organisée avec tant de sagesse était bien faite pour
maintenir I'ordre intériour et faire fl.eurir la justice I mais
que pouvait-elle contre les événements de la politique?,
Àvant l'élévation de Charles à I'empire, la séourité ins-
pirée par la paix avait rendu tous les bras à I'industrie,
et permis au Magistrat de réduire à trois homntes la
garde de chacune del portos de la ville. Mais les cinq
guerres suscitées par la rivalité de I'ompereur et de
Frirnçois ler, et par les troubles de la réforme, nécessi-
tèrent de fréquen[es levées de troupes pour la garde et
la défense des renrparts, et nuisirent tellement au com-
merce qu'il se porta de la Flandre vers le Brabant. Dans
la première de ces grerres (1521) , le gouverneur dut
constituer une gendarmerie et prélever une aide pour
délivrer les villages de la châtellenie, pill6s et rançonnés
par les troupes françaises. La rente servie par la ville,
le revenu des amendes et les aides ordinaires ne suffi-
saient plus; I'empereur demandait de nouveaux subsides
et faisait en outre des emprunts et des réquisitions de
troupes dans toub le pays.

Aides ee,traorilinaires, Sa sceur Marie , nommée


- Ia mort de Marguerite
{îouvernante des Pays-Bas après
d'Àutriche (1530), fit appel au dévouement et à la
bourse des Lillois. L'illustre prisonnier de Pavie, rendu
à la liberté par le traité de Madrid, uvait, refusé d'en
exécuter les clauses, déclarant les sujets du duché de
Bourgogne et du comté de Flandre quittes et déliés dn
serment de foi et hommage enYers Charles-Quint. La
gouvernante sollicita le Magistrat, d'une manibre pres-
sante, de se charger de Ia défense et de l'approvisioune-
,126
- -
ment de Béthune et de Tournai, exposés Ër être repris
par les Français , et de fournir une aide de vingt mille
livres. Les États dee trois châtellenies (Lille, Douai et
Orchies) , acceptbrent toutes ces charges I on résolut
toutefois de suspendre pour d.ouze ans les tournois de
l'Épinette, afin de consacrer à la réparation des rem-
parts les fonds affectés chaque année à cette fête.

Troubles religieuæ. '; I la détresse publique vinrent


s'ajouter les troubles religieux, nouvelle cause de souf-
frances pour I'industrie eb le commeroe. La révolte
théologique trouvait un appui dans une partie de la
noblesse des Pays-Bas, toujours en lutte avec I'autorité
souveraine. Mais, à Lille, Ia bourgeoisie et le peuple
vivaient en bonne intelligencc, et leurs intérêts se
réunissuien[ pour défendre la foi. Quelques partisans de
Luther, poursuivis par I'Échevinage pour crime d'hé-
résie, furent soumis à des supplices rigoureux sans
exciter de compassion. Plusieurs Dominicains ayant
pris part à l'activité déployée par I'Inquisition, Pour
découvrir les partisans des nouvelles doctrines, leur
maison, situr6e extrôr-muros , fut I'objet des représailles
des sectaires. Le couvent fut, à maintes reprises, pillé,
incendié et détruit de fond en comble. Les Dominicains,
malgré la répugnance du Magistrat dont ils recevaient
néanmoins une dotatiou annuelle de cent livres, se
virent contraints de s'abriter momentauément en ville,
dans la demeure que le connétable de France, Robert
de Fiennes, leur avait donnée en 1368.

L'ouverture du Concile de Trente (1545) et la modé-


ration habituelle des Lillois ne suffirent point pour rr-
rêter I'ardeur des poursuites ni le zèle du prosélytisme.
- t2T -
Malgré la fréquence des supplices infligés aux icono-
clastes, les hommes de désordre d6passant Ie but des
novateurs, se livraient à de déplorables dévustations.
L'explosion d'un magasin à poudre corlta la vie à plus
de quatre-vingts personnes et en blessa mille autres
(1554); enfin, la destruction de la plupart des monas-
tères et des couvents de la châtelleuie força leurs hôtes
à établir en ville des refuges qu'ils conservèrent jusqu'à
la Révolution.

Rcfuges iles monastèret. Outre celui d.es Domini-


cains, il y - sept autres dans la ville :
en eut dès lors
I'abbaye de Loos avait le sien à l'angle qui subsiste
etrcore dans la rue Jean-Jacques Rousseau, avec une
issue vers Saint-Pierre (rue des Trois-Mollettes), et un
jardin s'étendant jusgu'à la Deûle I le refugede I'abbaye
d'Anchin, de I'aufre côté de la rivière, atteignait la rue
Basse I celui de I'abbaye de Marquette, situé rue du
Gland (de la Préfecture), avec une issue. rue Saint-
Pierre, était sur I'emplacement de la maison actuelle du
Bon-Pasteur I les dames de Flines et les religieux do
Marchiennes avaient un pied-à-tene dans la rue des
Malades, où les abbayes de Cysoing et de Phalempin
s'étaient ménagé de spacieuses habitations: la pre-
mière, au coin de la rue de la Vignette (vis-à-vis l'école
de Stappaertl I'aubre, dans I'angle formé par la rue des
Sahuteaux (vers la façade du Réduit).

Fonitatioits charitables. Nous avons vu Ie soin


-
constant du Magistrat à surveiller I'emploi des deniers
publics à une époque où il n'y avait point de budgeb
annuel. Ce contrôle s'étendait également aux hôpitaur
-'128 -
etauxprtibendes.Plusieursjoursdel'année6taient
À*e, poo. I'aud'ition des comptes, et ce service était
rémunéré Par un léger prélèvement sur
les revenus'
Jean Barge et IVlarguerite Leroux, sa femme t en insti-
Vieillettes, sous le vocable de. Sainte-
tuant l,hSpital des
(154I), laissèrent au Magistrat' le
Catherine de Sienne
choix de la nraïtresse ou directrice de l'établissement.
lls avaient uffecté leur maison de la ruelle de Saill,v
, en face du couvent des
(rtre d.es Trois-Mollettes)
àæors_Grises, au logement eb à I'entretien de fteize
pauYresfemmes.L'hôpital,en.richipardeslibéralités
au
particulières, reçut plus tard soixante femmes âgées
moins de soixante-ans.
Ees Grisons. L'enfant du pauvre ne fut pas non
plm oublié : Pierre et Hubert Deliot fondèrent, rue d.u
brogno, la prernière école dominicale oir les familles
d'n,irie., po-uvaient présenter, pour aPPrendre un état '
qua[re-vingt* gu*çottset vingt filles (1554]' 9t-. enfunts'
,,um*és (ir.isons, étaient habillés aux frais de
l'école
et recevaient, après la
l-;iit itoquentaient deux , de pain et trois quarts
ans
,lu*ru du àimanche, trois livres
de livre de fromage de Hollande'

I..aitsdiuers.-LaMotteduChâtelainavaitreçule
nollrdel{ottesaint.Poldèsquel'officedechâtelain
fut exercé par la maieon de Luxembourg-Saint-Pol'
Depuis le seizième siècle, on I'a toujours appelée
Motte-
I'Iadame en souvenir de Marie de Luxembourg qui
porta toute seule, pend'ant son veuvage de cin-qu11J.e-
,t-,r'r, ans, le titre eb la charge de châtelain de Lille'
Cette mobte .a éLê nivelée en 1848 par les ateliers
nationaux dont les tiavaux ont servi à préparer
I'em-
_ ttag _
placement de la basilique actuellement en construction.
buo* la rue de la'grande-chaussée, voisine de la Motte-
Madame , avaib éclaté (1545), à I'auberge du cheval
dtor, un incendie qui avait communiqué le feu à deux
ce.nt douze maisons. On en réparait eucore les dégâts
quand, por mesure d'hygiène, utr échange conclu entre
le Magis[rat et I'hôpital Saint-Sauveur (1548) permit de
démolir, rue des Sahuteaux, un pâté de vingt maisons
dont I'emplacement servit à ouvrir la place du Réduit.
L'année suivante, le prince Philippe, héritier pré-
somptif de la couronne d'Espagne, Passa par Lille en
visitant les pays de par-deçà (1549). Sa réception fut
splenclide on dressa plusieurs arcs de triomphe et' une
I
quantité de théâtres en plein vent où, devant la foule
accourue de la ville et du dehors qvec empresse-
ment, furent représentées des histoires empruntéos aux
saints , à l'ancienne Rome eL à nos vieilles ohro-
niques nationales. Loin de paraître sensible à ces flat-
teuses démonstrations; I'Infant montra dès lors I'indif-
férence e[ la gravité qui nuisirent tant à sa gopularité
dans les Pays-Bas. L'attachement au principe d'autorité
put seul détourner plus tard les Lillois d'embrasser la
révolte des Flamands contre un prince qui s'était ulién6
tous les cæurs. Néanmoins les arts subissaient I'iu-
{luence du gotb espagnol, et I'architecture y puisait des
inspirations. La strtrcture et les décors des nouvelles
boucheries construites sur Ia Place-du-Marché (1550)
furent urpruntés au style alors en pleine vogue au-delà
des Pyrénées : triple pignon à escalier, portes et fenê-
tre's ogivales , niches et statues, rampe de fer ouvré eb
tord.u. C'est de t?1? que date la façade du corps-de-
garde actuel.
X.

MAISON D'ESPAGNE.

Ilomination directe {465Ë à ,1698).- Installation de Philippe II. -


Prétention des baillis à la présdance. do I'Ilpi-
nette.
- Abolition Troubles
chàtellenie divisée en cinq décanats.
-I,_a
religieux. Paul Chevalier et maltre Cornille.
-Les passe-
- -
ports.
- Les gueux. - [,es
tations dramatiques.
L'évêque des fous.
ducasses.
- Les repÉson-
Le duc d'Albe.
- -
Persécutions et levées do subsides inusités. Montigny en
-
- du ohâteau.
Espagne.
- Traité de I'Union. - Démantèlement
Les Dominicains dans la ville. Rupture de I'Union. Les
- - -
l[alcontents. Montigny et le marquis de Roubaix. -
-
Proclamation de la paix.
- La province de Lille. - Jeanne
lUaittrltte et les Hurlus. - Les Serments oû Confréries. - Ls
Cotlége des Jésuites.
merie.
- Les Écoles dominicales. - L'impri-
Restauration de la Halle échevinale.
-

u. f 556-1598. das haillis à,


la,
Pnrr,rppn
- Prëtention
prëseance. L'installation de Philippe II comme
souyerain des Pays-Bas, souleva une question de pré-
séance entre les baillis des quatre seigneurs hquts-
.!

,t3{
- -
justiciers de la châtellenie et Ie Magistrat de Lille uni à
la noblesse du pays. Dans la cér6monie d'inauguration
qui eut lieu à Bruxelles (1555), Ies baillis s'intitulè-
rent: << Les représentants des États des villes et chûtel-
lenies de Lille, Douai, Orchies. > Malgré les réolama-
tions du clergé et de la noblesse de la provrnce, le
gouvernement n'eut garde de réprimer des prétentions
conformes à ses tendances. Il se ménageaib parmi les
baillis des créatures ou des alliés. Aussi les États,
dominés par l'autorité centrale, n'exercèrent plus,
comme auparavant avec une entière indépendance, la
mission de défendre les intérôts des populations..

- Ledébutait
règne orageux et fu-
Abotition ile t'itrpinette.
neste du ûls de Charles-Quint par une con-
tesbationl toutefois au milieu des dissensions intestines
qui bouleversaient la Flandre et le Hainaut, Lille sut
fermer ses portes à l'inquisition et rester fidèle à la foi
catholique comme au roi d'Espagne. Ce fut au détri-
ment de ses intérêts. Son attitude, contraire à oelle des
proviuces du Nord devenues indépendantes et détachées
de leurs vieilles croyances, jointe à la perte d'une partie
de Ia population, arrêta I'essor que son négoce aurait
pu prendre vers la Hollande, alors en rapport direct
avec le Nouveau-Monde et, les Grandes-Indes. Cepen-
dant, Philippe II accéda dès la seconde année de son
règne à une demande de l'Échevinage. Il autorica
l'abolitioq de la fête de I'Épinette, déjà suspendue à
plusieurs reprises.

Insuffsance des impôts. Sous Charles-Quint la


-
levée des aides avait dégénéré en habitude: elle devint
7 %ilIiÇ&ryt.,t

-432-
annuelle à partir de 1550. Le produit des impôts de con-
sommation ne suffisait plus pour couvrir les intérêts des
sommes empruntées pour les besoins du trésor. Il fallut
cherchor une nouvelle base de répartition. En 1557 , le
roi fit demander aux Étots-Généraux le centièrne
denier de la valeur des immeubles et le cinquantiàme,
c'est-à-dire deux pour cent sur les affaires commerciales.
La fermeté du gouverneur triompha de la résistance des
Étuts de Lille, et ces impôts furent établis. Mais la
taxe du cinquantième parut tellemeut odieuse et arbi-
traire, qu'il fut impossible d'en opérer la perception.
On dut la supprimer et revenir aux anoiens errements.

1559. Ees cinq ilécanats. Àprès Ia bataille de


-
Saint-Quentin, Philippe II, devenu veuf de sa seconde
femme Marie d'Angleteme, résolut de retourner en
Espagne (1558). À son départ, il confra le gouverne-
nrellt des PaypBas à sa bante, lVlarguerite-de-Parrre.
La gouvernante participa à l'érection du siége de
Cambrai en archevêché, etintroduisit plusieurs change-
rnents dans les divisions de l'évêché de Tournai, s'tf-
fragant du nouvcau métropolitain. Dans I'archidiac,,né
de Tournai, la châtellenie ne comprenait encore ,1ue
deux décanats, Lille et Seclin : le nombre en fut porté à
cinq. Le décanot de Lille fut divisé en trois: Lille,
Quesnoy et Wavrin I Carvin fut détaché de Seclin et
érigé en décanat.

Troubles religieux. Pendant que le cardinal (iran-


-
velle , ministre imposé par Philippe II à sa [ante
Marguerite, suivait les inspirations du roi, le g'ollver-
neur tenta vainemeut d'iuterdire les prédioatious des
,--

,133
- -
protestants, devenues régulières
'et accueillies avéo
(uelque faveur. Depuis huit aus, I'exécution de quatre
pur.ôot tt d'une même famille , avait arrêté les progrès
àu mallmais en 1564, Paul Chevalier, ancien reli-
gieux, ardent prédicatetrr eb ministre de la nouvelle
secte, fut exécuté à son tour. En ville, ses adhérents ne
trouvàrent point de crédit auprès du peuple, que les
pasteurs prenaient soin de ramener et dtinstruire ; il n'en
iut pas âe même dans les villoges de la châtellenie
situés entre Lille, Menin et Courtrai, où les prédications l

subversives d'un maréchal-ferrant, appelé ruaïtre Cor- .

nille, firent prosélytes parmi les manants (1566)' Ils


des {
I

commirent des désordres dans les fermes, pillèrent des


communautés et brisèrent des images dans les églises'
Les paysans starmàrent pour Ia défense commune, et
lu* puriirons de Cornille, buttot successivement par le
sieur de Noircarmes, furent mis lrors d'état de reprendre
la oampagne.

1566. Les ltasse-port;. Quant' au Magistrat,


-
malgré sa volonté de rester fidèle défenseur de la foi, il
repoussa les instances de Ia gouvernanto qui s'efforçait
de faire admettre dans cette ville les décrets du Concile
de Trente et I'exercice de I'Inquisition. Il protesta
contre plusieurs sentences de confiscal,ion prononcées au
préjudice du privilége des Lillois et prit à diverses
,rprirr* des précautions minutieuses pour maintenir
I'ordre. Iæs épithètes relatives aux opinions religieuses
furent interdites sous peine de verges. on fermait les
portes de la ville pendant I'heure des prêches I les ma-
nants qui s'y rendaient ne pouvaient, au retour, rentrer
qor put un guichet, et ils étaient examinés individuelle-
{3& -
ment par un échevin, à mesure qu'ils se- présentaient.
La vitte paraissait-elle menacée de quelque attaque?
désignation des postes assignés à chacune des six com-
p.giiut bourgeôises et aux serments, fermeture des
poitr*, rondeJ de nuit sur les remparts, enrôlement de
iurrout pour les joindre aux compagnies déjà levées,
telles étaient les précautions les plus ordinaires. Il
arriva même qou, ioo* empêcher les protestants lillois
de se joindre à des pillards qui devaient tenter
un couP
de main sur Tournai (1566) , on ne laissa sortir aucun
habitant sans lui mottre sur le pouco de la main droite,
la
en guise de passe-port, une e:npreinte de cire dont
lettlre changeait chague jour. Les eaux de la ville oon-
tribuaient uutti à sa défense; pour en assurer la conser-
vation, le Magistrat ût I'acquisition de Pont-à-Yendin
qui faisait alors partie du décanat de Secliu'

hesgueun La résistance à la politiquo de la gou-


- Malgr6 les ordres du roi Ies
ournuol" se généralisait'
'
évêques et les jurisconsultes voulurent user de ména-
cett'e tê-
gem'ents dans la pratique; Philippe condamna
serve et ordonna du techef d'exécuter à la
lettre les
pl,a,card,sdeCharles-Quint'Lemécontentement'redoubla'
iJn gruod nombre d'e personnages distingués seren-
Jirrit auprès de Marguerite pour faire entendre leurs
de la
doléances. Qualiûés àu gouo* Par un ministre
cette--épithète avec enthou-
tooo.rouote, its adoptèrent
Jiur-r, prirent pout signe de ralliement une besace ot
e.".ife, et iu gouttu civile qui s'organisa fut aPPe-
"n.
léelaguerredesGueux'ÀLitle,leurspartisansreçu-
rent le sobriquet de Hurlus'
-

-4ç---

-{36-
1567. Ii'éaéquo dos fows. ,.-- Cette agitation des
esprits explique comment la coutume pratiquéo à la
collégiale, d'élire un évêque des Innocents ou des Fous
et de le revêtir des insignes de l'épiscopat , avait, paru
dovoir être supprimée dès l'apparition de la réforme.
C'était une cérémonie religieuse c1ui, célébrée dans le
principe par tout le personnel de l'église, le jour des
Saints-Innocents, avait dégénéré en abus à Lille,
comme en Artois et en Picardie. En 1.528, le Magistrat
interdit cette élection et les promenades travesties qui
se faisaient ensuite dans la ville; mais la résistance du
Chapitre et I'attrait loffert au peuple par ces exhibitions
grotesques fgrent plus forts que les ordonnances. On
fermait les youx sur les transgressions, quand de nou-
veaux désordres fileut décider , en 1567, qu'après cette
année on supprimerait la sortie de la procession de
l'évêque des fous. La multitude, toujours avide de
spectacles, fut sensible à la priva0ion d'uue fête entrée
dans les mæurs; pour la dédommag'er, on introduisit,
I'aunée suivante, des représentations de scètres reli-
gieuses à la procession de Lille.

Représentations dramatiqwes. Les interdictions


pronoucées par le Magistrat durent même s'étendre à
des fêtes qu'il avait favorisées de sa munificence lors-
lorsqu'elles contribuaient à la prospérité qgmmerciale d.e
la ville, par la quantité d'étrangers qu'elle-s y attiraient.
Depuis longtemps le roi des sots et Ie prince d'amour
donnaient en plein vent, de splendides représentations
de mystères qu'ils allaient même jouer au dehors,
comme à Mons., à Valenciennes et à Tournai, où ils
-!FF _wT?_
--
}1.

-{36-
étaieut reçus psr les dchevins avec les plus grands
égards. En 1463, les compilgnons du souverain, de
Sainte-Catherine, les comPagnons de l'Abbiette, ceux
des Guingants, du marché, d.e. la Fasque et de Saint-
Sauveur avaient eu r comme I'Evêque des fôus , I'hon-
neur de jouer sur des chars devunt le duc de Bour-
gogne, désireux de juger de leur habileté. En 1506
'
reçurent de l'échevinage les
vingt-et-une principautés
vins de courtoise pour avoir joué sur chars pendant
qu'ou jetait au peuple, du hartt du befrroi, des nieules,
dls coquitles et des pains d'autel. Mais il est aisé de
comprendre que des fêtes organiséos par /es seigneurs
des gtlaces de la ville devaient dégénérer en personnt-
lités plus ou moins transparentes et occasionner des
troubles ou des scandales. Les chansons populaires du
mardi-gras, aux allusions pleines d'actualit6 et assai-
sonuées du sel gaulois par les auteurs du crt, chantées
encore de nos jours par les sociétés ouwières, peuvent
être considérées comme une tradition afraiblie de scènes
bouffonneq qu'il fallut parfois réglementer et momenta-
nément supprimer. Dès 1593, les représentations prirent
un caractère plus relevé: les Jésuites installés au col-
.lége de la ville faisaient donner par leurs élèves, le jour
des eeresmaun, Cantôt devant la Halle, tantôt sur des
théâtres élevés en pleine rue r une représentation morale
où. fi.guraiont des joueurs de hautbois payés par la
ville.

- Il avait
Lcs ducasses. y encore d'autres traditions
auxquelles le peuple s'est toujours montré fort uttaché I
c'étaient les ducasses ou anniversaires de la dédicace de
l'église. Or, ehaque paroisse avait la sienne qui alors
+l
),i

lt
.s
-----
-lr

,137
- -
durait une semaine ('l). < Au jour fixé, dit lp chanoine
>> Vander Haer, on voit arriver les parents
et les amis
r> d,u dehors. La première matinée de la fête est consa-
>> crée à admirer ia procession qni sort de I'église et
)) stavance dans les rues, accompagné5; de chars et de
> toutes sortes d'histoires. La plus grande partie de

> I'après-mitli et des jourssuivants se pas)se àbanqneter


> et i boire I les comédies et les faiseurs de tours absor-
> bent le reste du teurps. Les diverses confréries ,
> archers, arbalétriers, etc., des autres paroisses e[ des
> localités voisines viennent prendre part aux divertis-
> sements, et les plus adroits reçoivent les prix pro-
> posés d'uvance. i"s vainqretlrs emportent 3hez.eux
)) cÆs r6compenses
-ainsi
et font leur rentrée en vrais triom-
n phateurs. le peuple, avide de jouir d.es richesses
n qu'il a acquises, dépense en jeux et en banquets tout
, le te-ps qu'il peut enlevef au travail ' n
de Parme sentait gra-
Le iluc il'Atbe.- Marguerite de sa mission; elle
s'accroitre les difficultés
duellement
fut, sur sa demandè, remplacée par Ferndnd Alvarez
cle ifolède, duc d'Albe. Celui-ci, ùr peine
arrivé à Bru-
relles, orgaois.a le Conseil des troubles, sq1nommé le

(l) lorsque, au XYIIe siè01e, les'sept paroisses furent ren-


ternoesdans|aville,larléslgrrationmnémoniquesuivante
com-
indiquait I'ordre des ducasses dont la plemière a lieu au
mencement de iuillet:
André, iladeleine I
Pierre, Cateleine ;
Sauveur, Étienne;
Mcurissc.
-%:r !rlF---'-t*rF

-438-
Conseil de sang (1567). L'année suivante, il envoya
Lille dix enseigtres ou compagnies espagnoles qui, pe
dant neuf mois, désolèrent Ia ville par le meurtre
I'insolence. Les persécutions religieuses redoublèrent
rigueur, et deux hérétiques furent brûlés vifs devant
Halle (1569).
A ces cruautés, le duc ajouta une levée de su-bsid
excessifs et inusités. Il imposa le centième de Ia vale
de tous les biens meubles et imureubles I puis le dixièr
t sur I'industrie et le commerce, et le ving[ième sur
t
i vente des immeubles ({). De plus, il refusa de reco
naltre le droit de non-confiscation en matière religieus
{

',
Les États de Lille, blessés de voir substituer aui aid
( ordinaires, dont ils avaient le privilége de déterminer
t
quotité, des taxes fixes établies directement par la co
ronne, protestèrent contre les innovations et les moye:
proposés. La lutte fut opiniâtre: négociations déien
,
des priviléges, offres de sommes Êxes, ambassades, rir
ne put émouvoir I'inflexibilité du duc, qui prétendr
agir d'après les ordres du roi. Pour vaincre la résistan
des Etats, Ie gouverneur vint eu séance déclarer gue
duc a'hésiterait pas à mettre la ville à sac, s'il ialla
faire un exemple.

1570. Assassinat ile ilIoùcigny. impôts su1


- Les
plémentaires, taxés à trois clni mille livres de gror
parurentsi onéreux au commerce et à I'industrie, quel,
Lillois envoyèrent deux députés à Madrid poo, obtro
un allégement. Ltun deux perdant tout espoir de réur

('t) ces inpôts correspondent aur deux contributions actuelle


foncière et mobilière, à la patente et au droit d'enregistrement.
I
F

h
hti
site, revint pourne pas grever,inutilement ses concr-
toyens par rul long séjour en Espagne. L'autre resta:
c'était le sire de Montigny dont la mort mystérieuse,
dissimulée par de fausses attestations de maladie, est un
opprobre pour la mémoire du roi. Il fut, par I'ordre de
Philippe II, étranglé secrètement dans la forteresse de
Simancas.
En rléffnitive, Lille dut payer pendant six ans une
taxe de 81,250 livres, et le Magistrat , pour défendre la
cité contre le gouvernement, I'Inqu'isition et les révoltés,
fit faire des roqles continuelles et installer des corps-de-
garde dans les faubourgs. Enfin, on apprit avec bonheur
le rappel du duc d'Albe (1573).

1577. L'[Inion. 4 Le gouvernement conciliant


mais éphémère du grand commandeur de Requesens et
I'administratiou de don Juau mirent en évidence I'inita-
tion causée par I'inflexibilité de leur prédécesseur. Le
renversement de la statue du duc d'Albe, la suppression
des impôts du dixième et du vingtième, I'offre de lettres
de pardon et les amnisties furent d'insuffisantes satis-
factions I rien ne put ramener la confiance' Par u[e
fatale réciprocité, le peuple qui avait demand6 grâce
sans ltobtenir, refusait à son tour les avances du souve-
rain. Deleur côté les troupes esPagnoles, queleConseil-
d'État de Bruxelles avait voulu éloigner, continuaient à
se conduire comme en pays conquis. L'irritation caueée
par l'incendie et le pillage d'Anvers, où elles montrèrent
une barbarie révoltante, amena la Pacification de Gand,
traité conclu entro toutes les provinces. LiIIe, Tournai
et .Douai y adhérèrent et s'unirent aux partis qui
travaillaieol uour Ie Conseil d'État et les État*-Géuéraux
- --.-

-,ft0-
à se débarrasser des troupes étrangères. Les.dél6gués
{u Magistrat signèrent à Bruxelles le fameux traité de
ItUnion entre les provinces et don Juan r gouverneur-
général. Cet accord fut publié au nom du roi, sous le
"titre.rl'éditperpébuel, mais le Prince d'Orange ne voulut.
point le reconnaître, et tandis qri'un grand parti se for-
muit en sa faveur, les populations attachées au.catho'
licisme offrirent I'autorité à I'archiduc d'Autricbe
Mathias, qui sut momentnnément faire accepter au
prince la lieutenance-g6nérale des Pays-Bas.

1578. Démantèlement da chdtituu. Pour $e garan-


-
tir du pillage des Espagspls, le Magistrat de Lille avait
élevé à seize compagnies de [deux cents hommes cha-
cune, I'effectif de la garde hurgeoise (13 septembre
15??)1 il voulut ensuite imiter plusieursvillesdes Pays-
Bas qui uvaient dénroli leurs forteresses, dans la crainte
d'y voir s'enferher la soldatesque étrangère. Le châ-
teau échappait à sa juridiction, à titre de résideuce du
g'ouverneur, et comme on ntavait point efiectué ltagran-
àissement autorisé par Charles-Quint, l'Echevinage fit
des instauces auprès des États-Généraux pour obtenir la
destruction de cette citadelle et en incorporer le terrain
à la ville. La demande fut accueillie, et le roi signa en
1578 I'acte de vente et de cession. Par suite au déman-
tèlenent, on ouvrit Ia'place du Château, la rue d'Os-
tende, la rue des Tours et celle des Bonnes-Rapes.

Lec Dominicains. En môme temps que, du côté de


-
la ville, on abattait les remparts du château, les répara-
tions et les travaux qu'on faisait au-x fortifications de la
paroisse Sainte-Catherine amenèrent la démolition du

\
tr\..
\
fÈ-
\ ':.

-tlz-
ûTquebuser tout parti qui se présenterûit: espagnol ou
hollandais, catholique ou protestant.
t5?9. IWontigny et les lllalcontents' A la mort de
-
d.on Juan r {ue Phitippe II r€mplaça par Àlexandre
Farnèse, prince de Parme , les Etats de Brtrxelles appe-
lèrent, à titre de protecteur, François d'Alençon, duc
d'Arjou. Son arrivée et celle d'un comte palatin, Jean
Casimir, accompagné comme lui de troupes étrangères,
mirent le comble aux complications suscitées par I'in-
trigue et l'aurbition. Pour rétablir l'orclre e[ sauver la
liberté, un certain nombre de citoyens prirent les armes
sous le nom de Malcontents. Emmanuel de Lalaingt
seigneur ile i\fontign.v , dont le [Iugistrat de Lille secon-
d.ait secrètement les vues , se mi[ à leur tête et sa troupe
ne tardn pas à grossir. Cependant la majeure partie des
Lillois continuait à se dégager de toute solidarité avec
les rebelles, et repoussait les troupes du roi tou[ en
déclarant vouloir lui rester fidèle.
Le marquis d'e Roubaio. Tandis que le prin
-
d'Orange s'aliénait les catholiques, le duc d'Anjo{
le prince Casimir durent se retirer devant une hostiltté
générale. Cette conjoncbure favorable permit au marqurs
de Roubaix et au comte de Lulaing de ménager un laP-
prochement entre ltArtois, le Ilainaut, Lille, Douai et
ilosieors
-conclo,
provinces holland.aises. Quand I'accord fut
Philippe II accéda à la demande de ratifier la
paciûcation dô banil et I'on reconnut son autorité; mais
lu poy* resta encore toute une année le théâtrq de luttes
enire,les lllalcontents devenus très-nombreux et le général
français de la Noue. Lille fut l'objet d'une tentative
armée et d.'une intrigue de ce dernier. La trahison allait
livrer la porte iles Malades aux troupes des États-Géné-
l,Èt;;-,.r'"iir1rr,'_r,"r., j.t'.1il|.wl,$lFFil

:fu-r
I i +$ colrvent des,iDominicains. Les religieux durent se retirer
.'f ; en ville,, daus leur refuge de la rue Basse. Comme ils
. s'y trouvaient à I'étroit, Philippe II leur. donna, avso
I charge de gestion, I'hôpital des Grimarets contigu ù c,e
,i' refuge. La ville prit en arrentement neuf yerges de
terrain de leur domaine du thubourg (1578). Ce fut alors
qu'assurés du revenu de cet arrentemeut et d'uu subside
, d" la ville et des Étuts, les Dominicains entreprirent
la constft$tion d'une église dont l'évêque de Tournai
posa la première pierre en 1582. Grâce à d'autres res-
l sources provenant de la charité privée, ce bel édiûce fut
achevé et iuauguré ilix ans après.

l5?8., Ruptwre ln^l:U"to Les Gantois partisans


du prince d'Orange |ïiolèrent eux-mêmes la pacificatiou
qui portait le uom de leur ville. Ils arrêtèrent notre gou-
yerneur, les évêques de Bruges e[ d'Ypres et plusieurs
députés des Etats de Lille envoyés a,rro État* de tr'landre.
Cette mesure arbitraire mécontenta toute la Flandre
wallonne et contribua à la détacher de l'Union reconnue
infidèle à son programme. À Lille, ou réorganisa la
milice municipale: les serments (archers r arbalétriers et
compag'nie de Sainte-Barbe), furent réunis et assimilés à
la garde bourgeoise, qu'un règlement du ll octobre
renforça par I'inoorporation des jeunes gens ayatrt atteint
l'âge de dix-huit ans. Sans se d6clarer ouver[ement
contre les partis de don Juan, des États rassemblés à
Bruxelles, de I'archiduc ou du prince d'Orauge, le
Magistrat ne se mettait à la remorque d'aucuu d'eur. ,

Il appcla tous les Li[ois faire le serment de défeudre la


à
ville contre les étrangers , quels qu'ils fussent, et pro-
clama l'état de siége. On se tiut prêt à canonner et
_ ,t&3
-
raux, quand les assaillants furent teçus de telle façon
qu'ils dulent se retirer en toute hâte. Un prompt châti-
ntent fit justice drr trai[re Drumetz et de ses complices ('l).
Peu de temps après, le rnarquis de Roubaix deux
fois vainqueur de de la Noue, le faisait prisonnier dans un
troisième engagement auqtiel prirent part, les Lillois,
qui Ie tumenèrent dans leur. ville avec la plupart des
siens.

580. Proaince ile Lille .


f A la suite d'une càûr-
pague laborieuse oùMontignyet
- le marquis de Roubaix
déployèrent autant d'habileté que de corrager les hos-
tilit6s ccssèrent enfin. Pendant quo les Eta0s-Généraux
réurtis à Ànvers, rompaienu définitivement avec l'Es-
pagne et donnaient la souveraineté au duc d'Alençon t
Farnèse s'entendi[ avec les villes de Ia Flandre rvallonne
et la paix fut proclamée à Lille. La lecture de l'édit de
réconciliation et dn rébablissement des priviléges, y
compris celui de non-confiscation, eut lieu sur la Place,
du haut d'une estrade tend.ue de drap rouge parseiné de
fleurs de lis d'argent. En signe de réjouissance , cles
desnieules furent jettis clu clocher de i'églisa
\âtrno.et
tiaint-Etienne. ''
Les Lillois furent sirnultanérnenl, honorés e[ victinrés
pour leul helle conduite durant la période des Lroubles.
En souvenir de leur fidélité, Ie roi donna'ù h Iilendre
wallonne le nom de province de Lille, et les États-Gé-
néraus , à I'instigation du prince d'Orange, irrité de leur
opposition, transférèrent à Gand la Chanrbre des Comptes'
Critr injustice fut réparée deux nns plus tard par le
A celte qucstion : L'enfant clort-il? aJrcssée du dehors à
(,1)
I'heure oiril scraiI de faction sur Ie rempart, Drumetz dcvait
:
répondrc L'enfant dort, et ouvrir la porte des Malades'

i1
_tLL_
retour de la Chambre dans Ia résidenco que lui avait
assignée son fondateur.

jouir désor-
1582. Jeanne Maillotte.
- Lille comptait
mais d'un calme bien désirable; mais les partis ne dé-
sarmèrent point. I'ournai et la Flandre tinrent pour les
Ifuguenots. Les Hurlus de Tournai, de Meniu, etc. ,
venaient souvent faire des courses jusqutà Hellemmes
et Ie faubourg de Courtrai. On était constamment sur le
qui-vive. Les Lillois, exaspérés de cette persistance,
offrirent au prince de Parme des hommes, de la poudre
et cent mille florins pour assiéger Menin. La ville fut
prise et les canonniers lillois, {ui s'étaient distingués
par leur adresse et leur intrépidité, reçurent les remer-
ciements les plus chaleureur du roi.
Pour venger leur d6faite devant Menin, les Hurlus
revinrent attaquer Lille le 29 juillet 1582. La tradition
rapporte qu'ils furent repoussés par Jeanne Maillotte,
I'héroïne populaire de Lille. << Ces bandits s'étaientrépan-
n dus dans les cabarets du faubourg deCourtrai, en ayant
>> soin de cacher leurs armes. Pendant les vêires iir æ
1|
>> réunissent, fout feu sur les bourgeois inoffeusifs. En -
> entendant du bruit, un Lillois monte imprudemment
D sur le rempart pour voir ce qui se passe; il est tué
n dtun coup d'arquebuse. I-,es confrères de SaintS6bas-
> tien, dont le jardin était sur l'emplacement de la
> ploce aux Bleuets, accourent avec leurs arcs et leurs
>> flèches; Jeanne Maillotte , I'hôtesse , s'empare dtune
> hallebarde , se met à la tête des arehers et fond sur les
>> Hurlus; les femmes du quartier se mettent de la partie,
>> elles jettent de la cendre ûux yeux des agresseurs, qui
> bientôt prennentla fuite, emmenant uvec eux quelques
r prisonniors et mettant le feu partout. (Derode). >

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I
- {t6 -
Les Confrerïes. Pendant les ann6es çi suivirent,
la ville jouit d'une -tranquilité purement relative, car les
compagnies bourgeoises durent , à plusieurs reprises,
' ' iléployer leur bravoure contrs les ennemis du dehors. A
l'intérieur on montrait cependant à l'égard des Huguenots
une tolérance marqu6e. Les catholiques eux-mêmes se
relâchaient des pratiques de leur religion. Le carême
n'était plus observé, et le Magistrat fit des ordonnances
contre les infractions à cette loi de l'Ég[se. Une série de
mauvaises récoltes amena peu après la famine. La pé-
nurie de blé força de faire du pain de qualitd défectueusel
c'était de la farine de pois ou de fêves mêlée d'un peu de
froment. Pour soulsgerla misère , l'Échevinage employo
deux mille hommes à creuser des canaux. Mais une si
nonrbreuse l,roupe de travailleurs lui parut nécessiter des
mesures de prudeace, et la compagnie des arbalétriers
fut chargée de la garde de la llalle dchevinale.
On institua dans le même temps les escrimeurs ou
hommes d'armes, qui reçurent leurs lettres-patentes le
14 juin 1588. L'orgauisation des serments ou confréries
reçut aussi quelques modifications. Le nombre des escri-
meurs, confrérie de Saint-Michel, fut fixé à cinquante
membres; il y eut également cinquante arbalétriers ou
arquebusiors sous le patronage de Saint-Georges, et
soixante archers ou confrères de Saint-Sébastien. Les
nécessités du service de I'artillerie trent porter è cent
hommes I'effectif de la confrérie de Saiute-Barbe.

- En ce
1591. Chapelle d,e Notre-Dame-de-Grdce.
temps dc troubles, I'isolement do I'abbaye de Loos Ia
rendait accessible aux violences des sectaires. Ceux-ci
avaient dévasté l'église et le couvent. brfilé les livres et

\t,\
-,17 -
pillé les approvisionnements. Une petite statue de la
Vierge fut soustraite à leur fureur et emportée dans le
bois voisin. Lù, cachée sous le dôme touffu d'un vieux
tilleul, elle reçut un modeste abri que les rigueurg
de I'automnc rendaient insuffisant. La piété de quelques
voisins fit élever à la place de I'arbre , en face du sen-
tier, une chapelle consacrée en 1591 sous le vocable de
Notre-Dame-de-Grâce. Ce mod.este sanctuaire attira les
fidèles et fut, jusqu'à la Révolufion, le but d'uu pèle-
rinage célèbre et fréquenté.

itrcold,trie et Colléget En ville on était à I'abri des


-
ccups de main des novaùeurs et des gens sans aveu qui
s'introduisaieut dans leurs rangs I mais Ia Collégiale
avait à défendre un de ses plus beaux priviléges con-
sistant en une espèce de roctorat. L'éoolâtrie de Saint-
Pierre régissait toutes les écoles de la province ; on n'en
pouvaif ouvrir aucune ni se livrer à ltenseignement sans
Itentremise de ltécolâtre. Les maîtres et les maîtresses
étaient soumis à son examen pour I'instruction et la
doctrine religieuse; le Magistrat jugeait de leurs capa-
cités et de leurs m@urs. Néaumoins le droit du Chapitre,
qu'on faisait remonter à uue charte de 1228, fut, souvent
contesté par la ville , et les maîtres d'école ne le reoon-
' naissaient pas de plein gré. Au XVIe siècle, le Mag'is-
trat voulait avoir des écoles latines sous sa propre
juridiction (1510). Après vingt-cinq ans de débats,
intervint un accord reconnaissant à l'écolâtre le droit de
surveillance dans les écoles latines, et à l'Échevinage ,
la faculté d'en fonder deux sur Saint-Maurice et Saint-
Sauveur, et de choisir le personnel enseignant; En
vertu de cetarrangement on ouvrit, rue des Malades,
vis-à-vis l'église Saint-Maurice , une éoole tenue par tles
-lt8-
laïcs (1535). Douze ans plus tard, une fondation de
boursespour écolier$, dueà la munificence de Walerand
Hangouart, chanoine de Saint-Pierre et aumônier de
I'empereur, permit au Chapitre d'ériger aussi son col-
lége, qui fut tenu par un régent et cinq professeurs
mnnis de prébendes de chanoines (1547). Ce collége,
situé rue des Écoles (du la Préfecture ) , s'étendai[
de la rue d'Angleterre au rempar[ (vis-à-ris du Bon-
Pasteur). Comme il était lié ù l'existence de Lr Collégiale,
il en a suivi les destinées en 1793, époque o'h le person-
nel se composait cl'un principal , un sous-principal, un
professeur de géographie et d'histoire, un professeur de
rhétorique et six régents.
1592. Quant à,1'ilcole au latinde larue des Malades,
le Magistra[ la confia, e4 1592 , à des Jésuites ac-
cueillis à Lille depuis trois ans par le clergé de Sainte-
Catherine ('l). La ville leur accorda une subvention de
mille florins, et après I'agrandissement de 1604 fit,
construire, sur le fief de Beaufreme tz , la résidence et le
magnifique collége dont le comte d'Annappes posa la pre-
mière pierre en 1606. Les religieux y furent installés en
1610 et s'y livrèrent à I'enseignement de la jeunesse
jusqu'à la suppression de leur ordre. Depuis, les bâti-
ments ont été affectés à I'hôpital militaire, la chapelle
est devenue l'église Sainte-Étienne , et la rue Nationale
traverse I'emplacement d'un jardin supprimé en 1859.

- L'instruction des enfants du


ileoles d,ominieah"s.
peuple était aussi I'objet d'une vive sollicitude. Dans le
règlement donné eu 1527 pour la Bourse commuue des
pauvres, il était presuit de subvenir à toutes les né-
cessités des indigents , de les faire guérir de leurs ma-

({) I,e premier rlirecteur du collége fut Guillaume Hangouart.


- ltg'-
ladies et d'envoyer leurs enfants à l'école. Pendant
plusieurs siècles I la ville indemnisa les malt'es et les

inaltresses privés , en raison de lêur surcroît d'élèves.


En 1584, irs boo, résultats obtenus dans l'école des
Grisons iéterminèrent le Magistrat à *éer aussi des
écoles domiuicales. La première, ouverte sur le boule-
vard. do la porte duMolinel, pour les pauvres de Saint-
Sauveur rf dr Saint-Maurice, fut appelée écolo domini-
cale du comte d'Isenghien, en souvenir d'un legs de cet
ancien gouverneur, ,uço des mains de sa veuve par le
Magistiat. Deux autres écoles semblables furent fondées
,oriæ paroisses Saint-Étienne et Saint-Pierre, dans le
courantie la même année , et en 1590, l'école d'Isen-
ghien, devenue insuffisante, fut transfér6e au bâtiment
iu Marché-Saint-Nicolas. Les subsides de la ville, des
dons particuliers et les quêtes dont se chargèrent les
minisires de la Bourse commune, permirent plus tard
de rendre les classes quotidiennes et d'exiger r sous peine
d'amende r {ue tous les enfants fréquentassent les écoles.

L'Imprimerie. Le gott de l'étude pénétrait du


reste au sein de la
- population, et Ie savant Goltzius ,
dans son voyage numismatique, cite avec le médaillier
d'Auger de Bousbecque r celui d'Alexandre Le Blanc ,
seigneur de Meurihin, qui fut commissaire au renou-
velîement de la Loi et trois fois rewart de la ville. Un
peu plus tard, les besoins créés par la typographie-re-
iorrot oou ,uii*fuction légitime. Le Conseil échevinal
engagea un imprimeur àvenir s'installer dans nos Ûllllsr
an"toi-ne Tack répondit à cet appel et, en reconnaissance
de son utile imfortation, il lui fut fait une réception
officielle et brillante, et, on lui offrit les vins d'hon-
neur (1594).
,t60
- -
1593. Reconstrùction da la Halle.
- A Ia même
la maison échevinale,
.époque déjà partiellement rebâtie
en,1424, subit de nouvelles modifications. Les deux
corps de bâtiment qui servaient aux salles d'audience et
de délibération et à la chapelle, furent reconstruits d'a-
près un plan que Jean Fayet, maitre des æuvres (ar-
chitecte) de la ville avait soumis à I'approbation du
Magistrat. On posa solennellement la première pierre le
14 mai 1593 et, pendant les deux années que durèrent
læ travaur , le Conseil siégea d.ans la partie encore sub-
sistante de I'ancien château de Courtrai. Comme le
befiroi et labretèque restèrent intacts, on n'eut que peu
de services à déplacer. . La façade du nouvel édifrce,
construit en piene des Ecaussines , présentait un spé-
cinen assez rare de I'architecture flamande à ltépoque de
Ia Renaissance.

Obseruations diaerser. L'année 1595 fut marquée


-
par la démolition de Ia porte Saint-Sauveur, comme
trop voisine de celle des Malades I Ia reconstruction du
Puits-Doré , situé contre l'âtre (cimetière) Saint-Pierro,
presque eu face de la rue au Péterinck, et l'établissement
dos Capucins dans leur couvent notablement agrandi en
1615. Peu après, la peste exerça de terribles ravages dans
les quartiers populeur et nécessita la fermeture des
ér;oles ({); enfin les Lillois firent une brillante réception
à I'archiduc Albert (f 598), futur époux de la fille de
Philippe II, Isabelle, dont les Pays-Bas et la Bourgogne
devaient constituer la dot.

(,1) Pour purifier l'air, on allumari dans les rues de grands


feux de paille, procédt! hygiénique remplacé par I'eau,la pro-
pret6 et I'espace.
XI.

Souvcraineté des archiducs ('lti98 à ,1633).


- Joyeuse entrée
d'.{lber[ et d'Isabellc.
ville.
- Quatrième agrandissement de la
La porte Nolre-Dame rentplace la porte du Molinel.
-
La crnix Saint-Étienne et les clcches. - Fondation dcs
-Brigitlines, des Bapaumes et du niont-de-Piété' Colléges
dcs llybernois et des Àngustins.
-
Les Prébendes au XYIIe
siècle.
-
Prospérité dc I'industrie et du commerce. -_ Citt-
-
quième agrandissemcnt.- Suppression des portes de Courtrai
I.c roi châtelain de I,ille.
et des Rcigneaux.
de couvents.
- -
Fondations
Les Yieux-Hommcs et I'hôpital de la Charité.
-
La Poste aux lettres ct les Messaget'ies.
-

Ar,asnt Er IsaBELle. 1600. Joyeuse entréa iles


qrchiilucs. -
arrêté depuis plus d'un demi-siècle, et la population
avait diminué ('l). Les habitants accueillirent avec
faveur une combinaison qui les détachait de I'Espagne
et leur donnait des princes souverains. Ctétait le pré-
sage d'une ère de tranquillité et d'apaisement. On
entrevoyait les avantages d'un gtouvernement direct,

({ ) 0n avait constaté en ,1556 I'existence d'cnviron [0'000 habi-


tants; mnis depuis lors l'émigration des familles dissidentes' la
disette et la peste en avaiertt sensiblement réduit le nombre.

Ê
.:'r
..:l
-lË9-
car on connaissait déjà I'exp6rience et la sagesse' de
I'infante dans les affaires de l'État. Aussi la réception
la
des archiducs fut-elle enthousiaste et splendide. De
porte des Malades au palais de Rihour on avait dressé
vingt théàtres et trois arcs de triomphe-' La relation
d'ui chroniqueur fait connaltre la rnagnifrcence. de la
fête, ainsi que la profusion des emùlêmes, des peintures
et des iusmiptions poétiques. Elle signale--le théâtre
motrumental dressé àevant la maison de ville et tendu
dtun immense drap rouge cramoisi parsemé de fleurs de
Iis d'argent. Àprès l'échaDge du serment traditionnel,
quatre ïerbrù de la Loi furent cr6és chevaliers
(^6 fevrier). Le lendemain, le Magistrat offrit.à leurs
àltrrrr, ,i* ,ooptt d'or fin d'une valeur de onze à douze
mille florins.

- La
1603-1605. Quatrièrne ûgro'tudissement' con-
fiance et I'espoir inspirés par la bonne ad.ministration
des archiducs firent téuli*rr l'agrandissement dela
ville,
sur les nouveàux plans d'un ingénieur envoyé Par le
en autorisàrent la
roi en 159?. Les jeunes souverains
mise à exécution (1603) , et la superficie du
-quar[ier
neuf stéIeva à dix-sept hectares, compris entro ltarc dee
Baigneries (aujourdthui brasserie Vandame) et la tour
n..iuf.. L'ioqoiOtoae causée par la prolorgalion. du
siége cl'ostende fit hâter I'achèvement des fortifications
"l'ouverture
et de la porte Notre-Dame qui remplaça
celle tlu Molinel ('l).

(l) te fut remplacé dans les fortiflcations


syst,ème des tours
nouvettes par celui des bastioils, et il en fut érigé truisqui tirèrent
leurs nomi du Calvaire, de la Piquerie et des Canonniers.
,l|i3
- -
La Craiæ Saint-itrtienne et les cloches. Pendant
que stexécutaient ces travaux, on érigeait- un calvaire
avec jardin et chapelle sur le bastion devant lequel fut
construit, peu de temps après, le mur du jardin des
Jésuites, portant, en briques veruissées, quelques signes
inintelligibles entre la date 1610 et I'inseription:
Macon fendu ma fé. Au coiq de la rue Esquermoise, on
avait placé la croix Saint-Étienue, colonne d.e granit
dont la partie supérieure, taillée eu forme de fleur de
lis, était surmontée d'uneuoix de bronze fianvier1600).
En même temps on poursuivait ltagrandissemeut de
l'église Saint-Étienne qui eut alors sept portails dans
son pourtour. Il fut constaté en même temps que le
beffroi, édifice de la vieille Halle, laissé en dehors de la
reconstruction achevée depuis cinq ans à peine, ntoffrait
plus de garantie de solidité. On dut en démolir la partie
supérieure, transporter à Saint-Étienne l,horloge de Ia
ville avec sa sonnerie et plusieurs autres cloches, et à
Saint-Maurice, nouvell.ement restaurée, la bancloche et
la cloche des ouvriers. Le coutre de Saint-Etienne se
chargea, moyennant ciuq cents livres par an, de la con-
duite du carillon et des horloges publigues.

Les Brigittines. Malgré le relâchement survenu


dans l'observation du dimanche, le Magistrat défen-
dait, surtout durant les heures d'offi.ce, dtétaler des
meubles et effets sur la voie publique et dans les mar-
chés; de vendre des fruits sur des étalages portatifs ou
de les installer dans le voisinage de la Chapellette(N.-D.
des Ardents) et de la Fontaine-au-Chang'e. Il était
égalemeat interdit de travailler dans les manufactures
et au domicile des artisans ; àe transporter, charger ou
-461-
décharger des marchandises I d'admettre des consom-
mateurs dans les cabarets, cafés et restaurants I enfin de
donner à danser et de recevoir des valets et domestiques
dans les académies de jeux. Ces ordonnances se réitérè-
rent souvent et sous diverses formes. Une amende de
cinquante florins frappait, dès la première contravention,
les traiteurs, cuisiniers et aubergistes qui auraient servi
des aliments g'ras les jours où. I'usage de la viande
n'était pas autorisé par Ie mandement épiscopal.
Mais en g'énéral, conÊance et activité entreteuues
par une reprise prodig'ieuse des affaires; repentir et
réparation manifestés par l'établissemeut de maisons de
prière et d'institutions pieuses et charitables, ters fureut
les deux couran[s qui entraînèrent les esprits dès le
commencement du dix-septième siècle. f,es caractères
se relevaient avec le développement de la richesse
publique. La première fondation religieuse de cette
époque est d,ue à I'initiative d'une ieune et sainte fille
d'origine lilloise, Anne Dubois, supérieure du couvent
des Brigittines de Tenremonde. Elle vint ouvrir, près
de la rue des Malades, une maison de même ordre', et la
règle établie par elle servit de base à une r6forme ayant
pour but de ne laisser aucune prise à la médisance. Le
23 juillet 1605, eut lieu I'installation de la iourmunauté
par la pieuse fonriatrice dont la pierre tumulaire, datée
de 1618, a été récemmentretrouvée et déposée au Muséo
de Lille. Dix-huit mois avant sa mort, on avait enterr6
au pied de I'autel, Nicolas de Montmorency, baron de
Vendegies, gui avait appuyé de son influence I'ouver-
ture du couvent et généreusement poutvu, avec la
f.imille de Nicolas de la Porte , aux frais de premier
6tablissement.
-{6$-
Les Baytauttù,'n, Pendant que s'ouvrait l'humblo
retraite des Brigittines, un marchand de draps, Guil-
laume de Boileux, ditBapaume, disposait par testa-
ment (1605) d'une somme de trente-neuf mille florins
pour l'établissement d'une école industrielle àl'instar de
celle des Grisons. Il ajouta à sa donation diverses
valeurs mobilières, et, sur la demande adressée: aux
archiduc.s après sa mort par les ministres de la Bourse
commune des pa'uvres, on construisit une maison
spéoiale dans la rue des Jésuices. L'échevin Auguste
Petitpas en posa la première pierre en 1607, et l'école ,
désiguée sous le nom de Bapaume, fut inaugurée deux
ans plus tard. I)e jeunes garcons reçus ù demeure y
apprenaient différents arts et métiers, et la Bourse com-
mune des pauvres y
plaçait les orphelins à sa charge,
c'est-à-dire les eufants légitimes indigents et les in-
sensés nés à Lille.

1607-161A. Le Mont-de-Piété. Bartholomé Ma-


surel, plein de compassiou pour les
-
malheureux dont les
usuriers hâtaient la ruine ou aggravaient la misère,
fonda en (1607) un Mont-de-Piété qui fut ouvert r tus
des Tours, avec I'approbation du Magistrat. On pouvait
sur nantissement obtenir un prêt gratuit de soixante
florins; au XVIIIo siècle , la somme put s'élever jusçu-'ù
cinquante écus. Le déposant recevait un billet renouve-
lable tous les ans. Trois mois après l'échéance, les gages
non retirés étaient vend.us et le surplus de I'argent,
restilué au pauvre dépossédé. Cette utile ingtitution
enrichie pur des legs , eut jusqu'à six mille llorinp de
revenus et un' capital roulant de cent-cinquante mille
-456_
florins, presquo toujours insuffisant en hiver. L'éta_
blissement faisait alors des emprunts momentanés ({).

Colléges. La même année voyait s,ouvrir encore


un orpheliuat,- le collége des Ilibernois, séminaire par_
ticulier fondé par Jean Morel, rue de la Vignette, -à la
suite des persécutions de l'angleterre contrà les catho-
liques de l'Ile-Sæur. Oo y recevait une douzaine de
jeunes Irlandais destinés à l'état ecclésias[ique, qu'ils
allaient exercer dans lour malheureuse pit*ie. Les
Auguslins, installés à Lille en 1615, érigèrent une
chapelle qui fut inaugurée en 1619. Secondes par le
Magistrat, gui n'avait pas encore usé du droit d,àuvrir
uue école latine sur Saint-Sauveur, ils fondèrent un
collége destiné à I'enseignement secondaire. c'était une
superfétation: les bourses du séminaire de saint-pierre
et la vogue du collége des Jésuites firent obstacle à la
prospérité de celui des Àugustins. Il fut fermé deux ans
avant la Révolution et colverti en bureau de messa_
geries.

- La
Lee Prébendes, bienfaisancs lilloise, toujours
active et ingénieuse, avait trouvé le moyen de se per-
pétuer dans le cercle même de la famille, et chacun
pouvait, dans la proportion de ses facultés, laisser après

( ) La Fondation de Bartholomé-Masurcl, comme æuvre de


prêt gratuit, supprimée à la Révolution, fut rétablie en 4gô?
et
oonfiée , en { 860 , à l'administration du Mont-de-piété
actuel. Les
prêts, successivement limitis à trente francs, à.soixante
et à
cenf peuvenI s'élcver aujourd'hui à Ia somme de cent+inquanto
'
francs.
-q-

_{6?_
sa mort une oeuvre utile et durable. Outre ln fondation
de lits dans les hôpitaux, les âmes compâtissantes
avaient naguère imaginé une forme particulière de legs:
c'était la prébende , acte de charité et de prévoyance en
faveur de parents pauvres ou, à défaut, de pauvres
étrangers. En général, elle proscrivait la prière comnre
condition de la jouissance. La prébende se payait par
mois ou par semaino , ou encore le jour anniversaire des
messes et sorvices. Elle constitttait une rente viagère
dont le paiement était confié soit à la bourse commune,
soit à des administrateurs particuliers, à charge de
justification devant l'Echevinage de I'emploi des d.eniers
consacrés à ces æuvres qui restaient nominatives.

Ialustrie et Commerce. .i- Toutes les branches de


l'administration se ressentaient de la bienveillance du
gouyernement des archiducs. Le Magistrat, admis à
revendiquer le privilége de non confiscation, Ie fit
reconnaître et confirmer en 1613. D'autre part, I'essor
que prenait le mouvement des affaires commerciales
était soutenu à Lille par I'observation des sag'es ordon-
nances de Charles-Quint sur la plus considérable de nos
industries. A défaut des draps communs dont la fabri-
cation, implantée en d'autres lieux, avait sensiblement
diminué, tous les efforts d.u gott et de I'invention
s'étaient portés sur des étoffes légères et élégantes.
C'étaient les pures sayettes , blauches comme Ia neig'e,
et les changeants, tissus aux nuances variées dont ils
avaient tiré lèurs noms. C'étaient les tripes de velours
unies ou à dessins , et les bourettes d.ont la laine et la
soie mélangées avaient revêtu chez le teinturier les cou-
---..-F-

168
- -
leurs les plus vives et les plus fraÎches (l). Tous ces
produits trouvaient d'immenses débouchés en Alle-
magne, en France, en Italie et en Espagne. On en
erpédiait même jusgu'en Àtïique et en Asie.

161?. Cinqaidme agrandi;sement- D'autres indus-


tries prospéraient en ville et au
-
faubourg' des lV{alades t
où I'oxtension de Ia culture d.u oolza avait fait construire
de nouveaux moulins à vent. L'introduction de l'éclai-
rage public dans les villes en fit multiplier le nombre et
donna de I'importance au commerce des huiles à brtler.
Cette activité gén6rale et l'émulation des grandes fa-
milles bourgeoises anoblies par les archiducs, donnèrent
ù la population un éIan qui fit de nouveau pataitre Ia
ville trop petite. Après le recensement de la populabion
des cinq paroisses, opéré en 1617 et accusant 32,469
habitants, il fut décidé de reculer encore les remparts,
cette fois du côté de I'est. On annexa une superûcie de
plus de trente hectares; elle comprit les faubourgs de
Courtrai et des Reigneaux n dout les portes furent rem-
placées par celles de }a Madeleine et de Saint-Maurice (z).
Le Magistrat fit effeotuer en même temps diverses
améliorations de police : la Bourse commune des pauvres
fut autorisée à établir une maison de patience ou de rê

(4) tes moulins à farine du quartier Saint-Sauveur étaient


alors affectés à la mouture de la garance. 0n les appelait mou-
lins à cmrns.
(2) te nouveau système de fortifications fut complété au mol'en
de six bastions qui tirerent leurs nous de la Noble-Tour, du Bec-
querel, de Saint-Maurice, des Riches-Claires des Carmélites ou
'
auxquels on ajouta les retranchements
du ilteunier et des Carmes,
de l'église Saint-André, dans le faubourg Saint-Pierrc.
,|ltg
- -
forme pour y enfermer , faire truvailler et tenirsous une
bcnnecliscipline lesjeuues gens qui s'adonnaient à I'oi-
siveté et auvagabondage (1619). Il avaitdécrété lapose
de Ia grue uu rivage de la Basse-Deûle (1601) ; il ordonna
le pavage de plus de dix rues r I'installation de plusieurs
corps-de-garde (1623) et I'introduction, aux frais de la
communê, de l'éclairrge ile la ville au moyen de lan-
ternes (1624).

Le roi chûtelnin. Quand I'archiduc Àlbert eut fermé


-
les yeux, Philippe IT reprit possession des Pays-Bas'
Isabelle n'ayant pas d'enfants, ses ébats ûrent réversion
à I'Espagne (162f). L'infante conservt le gouvernement
avec un *inittètu choisi par son neveu. Pend'ant qu'elle
continuait sa paisible administration , elle fut sur le
point d'avoir, au sujet de Ia châtellenie, un différend
diplomatique.
Le premier des quatre hauts'justiciers , qui était alors
Louis XIII, servait encore, en qualité de châtelaiu de
Lille, la redevance de son fief aux archiducs Alber[ et
Isabelle. Il se procluisit un incident qui eut pu avoir de
graves conséquences. Avant son avénetnent au trône de
É.urrru, Henri IV s'était trouvé débiteur de près de
vingt mille écus envers deux colonels suisses. Il avait
la châtellenie hérédi-
assign6 en garantie de cette dette
Lille, que les créauciers firent saisir sous son
taire de
successeur, et dont ils annoncèren[ la vente en vertu
d'un auêt de la cour de Malines, du 20 janvier 1630' A
cette nouvelle, Louis XIII fit assembler son couseil I
quelques-uns des membres proposaient de tirer raison de
.tt attentat par les Yoies extraordinaires, mais , pat
égard pour I'infante Isabelle , le roi d.e France ne voulut
,160
- -
pns recourir à la force et envoya consigner la somme
due.

Fonilat ions pi euses et chaii t ables .


-Indépendamment
de la faveur qui s'attachait aux ordres religieux , la der-
nière extension donnée à la ville offrit à plusieurs d'entro
eux I'occasion de solliciter le droit de résidence géné-
reusement accordé par le Magistrat. Les rues du quar-
tier ueuf étaient à peine tracées que des constructions
importantes y prirent place. Les Carmes déchaussés ou
Petits-Carmes, avaient êtêadmisen ville les premiers. Ils
conduisireut en 1623, près de la porte de la Madeleine,
uno petite église qui frt place à une autre au commence-
ment du siècle suivant. A la demande de l'infante , dix
Carmélites reçurent , en 1626, I'autorisation de s'éta-
blir rue des Malades. Les libéralités des princes de la
maison de Melun leur permirent d'acheterr rue de
Courtrai, une maison et un jardin stétend.ant jusqu'au
rempart. Leur église , commencée en 1682, fut con-
sacrée eu 1707 par Joseph Clément
Los Capucines ou Pénitentes , reçues en L627 à I'ab-
baye de Marquette, furent autorisées r Par I'intermé-
fiaire de la comtesse d.'Isenghieu r gouvernante de Lille,
à construire une maison rue des Carmes, près de la rue
I du Gard I quelques Célestines furent admises en ville
(1628), eb en 1634 Mg*. Maximilien de Gand posa la
première pierre de I'église des Annonciades, dont le
couvent, situé rue des Jardins, fut formé avant la Révo-
lution {1784). Ce furentensuite les Urbanistes ouRiches-
Claires qui , de la rue de I'Abbiette, passèrent dans la
rue de leur nom (1663), sur I'emplacement actuel de
I'hôtel des canonniers sédentaires. Eufin les Minimes,
,16l
- -
reçus hospitalièrement au refuge de Phalempin, s'éta-
blirent rue de la Barre (1632)r dans une maison quileur
fut donnée par testament ('l).
Deux établisssments hospitaliers remontent égale-
rnent à Ia même époque: Ithospice des Vieux-Hommest
fondé en 1622 par FrâpÇois Von Hoyqueslot et enrichi
par iVlarguerite du Hot1\ avait été unnexé aux Bapaumes.
Pour compléter l'æuvre des donateurs, la ville acoorda
un terrain renfermé entre le rempart, la lue Saint-
Maurice et celle des Canonniers. La première pierre de
I'hospice fut posée en 1624, et I'installation des vieil-
i
lards se fiten 1631.
L'autre fondation, destinée à des femmes maladives ,
est l'hôpital de la Charité r dû à la bienfaisance d'uu
bourgeois nommé François Heddebault (1633). L'éta-
blissement, ouvert rue de I'Arc , fut bientôt enrichi de
plusieurs donations, et il plut aux religieuses de faire
væu de clôture. Cet hôpital fut réuni aux Ganthois en
1793.
Les autres hôpitaux et les hospices consacrés à I'en-
fance ressentirent également les bienfaits de la charité
privée. Un grand nombre de legs furent faibs à ces utiles
ébablissements, d.e sorte que les misères de toute espèce
trouvaient un soulagement effrcace.
C'est ainsi qu'un tiers de siècle, favorisé de tous les
avantages de Ia paix et eonsacré à des @uvres de piété
et de bienfaisance, s'écoula sous la douce protection
des archiducs et pendant le veuva$e d'Isabelle. Cette
princesse , arissi éôlairoe que vertueuse, avait four sou

(a) telooal de leur couvent, sert auiourd'hui au magasin des


effets militaires dont I'entrée cst rue du Quai'
-462-
peuple un cæur de mère. Comme la comtesse Jeanne
elle sut fermer les plaies caus6es par les malheurs pu-
blics, concourir à'l'apaisement des esprits et rarxener
rians tous les cæurs la confiance et la tranquillité. Les
gens de lettres la louèrent, le peuple la pleura. C'est
la plus éloguente des oraisons funèbres.

Postes auæ lettrea, Messageriet.


- La présence de la
cour à Bruxelles où résidaient les princes souverains,
avail imprimé une nouvelle activité aux rapports admi-
nistratifs et aux relations de cette ville avec la nôtre.
On établit un service de poste aux lettres de Lille à
Bruxelles et à Malines , et le règlement en fut publié le
26 janvier 1617. Les messageries de Lille à Gand, pour
le transport des voyageurs et des marchandises, iurent
ébablies par le Mag'istrat en 1630, et celles de Saint-
Omer en 1657. Elles étaient autorisées à porter des let-
tres de ville en ville sur leur parcours
X I1.

Retour à la domination directe (1633 à 166?). - lthilippe Iy.


Jean [e Yasseur consacre lillo à Notre-Dame-de-la-
-Treille. Sorcellerie. - Octrois et assennes. - Les canon-
niers lillois repoussent les attaques des Français.
capitaine de la peste. Étabtissements eiraiitables et
- Le
religieux. - L'école Stappaeri. - L'hôpital du Saint-Esprit.
- La Bourse de commerce érigée sur le marché ville
- La Sup-
achéte le palais de Rihour et le ffagistrat s'y installe.
pression du pilor.i. - lnterdit de liaint.Maurioe.
-
de Charles ll.
- Àvénemen[
Dissentiment entrc les Etats de lille et les
deux ordrcs. - La dot de Ia reine Marie-Thérèse.
- Lo siége.
- Capitulation et demandes du Magistrat. - Louis XIy à
I'égliseSaint-Pierre.

Philippe IY.-1633 à 1665. Une mauvaise étoile


ramenait les Pays-Bas sous la-domination directe de
I'Espagne. Le siége du gouvernement était trop éloign6
et les délégués du pouvoir, livrés à des préoccupations
personnelles, n'ayaient point de prestige. Les rouages
administratifs ajoutaient à la froideur des relations, et,
avant de recommencer la guerre pour un prince inçnnu
do ses sujets et de ses troupes, le pays retomba daus le
maragme et ltaffaissemeut.
t6&
- -
1634. Co*eootton à, Notre-Dame-ile-ta-Treille.
La ville elle-mêmo avait vu peu à peu dégénérer son
-
administration depuis la réunion des Huit-Ilommes au
corps du Magistrat , sous Philippe-le-Bon ( 1467 ) , et
l'entréo au Conclave des conseillers pensionnaires et
permanents. Ltambition des premiers et le formalisme
des hommes de loi avaient, pris Ie pas surle dévouement
à la chose publique et préparaient la voie aux empiète-
ments de l'Etat aussitôt qu'il pourrait se montrer éner-
gique. Mais la composition essentiellement lilloise du
Magistrat et ses tendances traditionnelles I'entretenaient
dans un couraut d'id6es conformes à l'esprit de la popu-
lation , comme la consécration à Notre-Dame-de-la-
Treille en fournit la preuve. Cette manifestation impo-
sante fut un acte de reconnaissance de la cité préservée
des malheurs causés par I'hérésie, et le couronnement
des æuvres particulières de dévotion et de charité qui
s'étaient multipliées depuis trente ans.
A la suite d'une restauration de la chapelle de Ia
Vierge à la Collégialo, les chanoines voulurent replacer
la statue en.grande cérémonie sur le piédestal où , selon
Itexpressioo d'otl poète , elle tenait sa cour depuis près de
six siècles. C'esf en cette occasion gue le Magistrat con,
sentit, sur Ia demande du Chapitre , à lui consacrer solen-
nellement la ville i{). Jean Le Vasseur, alors mayeur,
remplissant par intérim les fonctions de rewart, vint en
grande pompe assister à la messe le dernier jour de la _
newaiue. Au moment de I'offertoire, il déposa les olés

({fte P. Yincart a publié en ,1636 une histoire de Notre-Dame..


de{a-Treille en latin, et I'a traduite en frauçais en {6?,1. [a gra-
vure reproduit Ie frontispice de la seconde edition.
,l6s
- -
de la ville sur I'autel de Notre-Dame-de-la-Treille r'l)'
déclarant au nom du Magistrat et du peuple, l'accopter
de nouveau pour patronue de la cité. (28 octobre).

{
a
(,1) ta gravure de I'tlditiori du P. Yincart porte : pRosPIcIEris
PER CANCELLOS.
,t66
- -
la
Sorcallerùe.
- Mais piété du peuple dégénère par-
fois en superstition: la sorcellerie fit des progrès comme
la dévotion éclairée. Au dire des gens crédules,le diahle
prenait toutes les formes hnmaines, souvent les plus
séduisantes et quelquefois les ûgures les plus singu-
lières, par exemplc, celle d'un verre à pied qui se jetait
par la fenêtre. Quant aux sorciers, ils passaient pour
lancer leurs maléfices par différents procédés aussi
absurdes que les moyens préconisés dans le peuple pour les
conjurer. Les ordonnances épiscopales échouaient contre
I'obstination des esprits aveuglés par la frayeur eil'igno-
rance.

1644. Première tentatiae des Français. Sur ces


-
entrefaites la guerre avec la I'rance éclate de nouveau.
Après avoirdécouvert etpuni la conspiration de Cinq-Mars.
Richelieu s'enrpare de l'Artois et du Roussillon ; la perte
de ces provinces aggrave le désarroi des finances espa-
gnoles. Mais le grand ministre nreurt et la santé de Louis
XIII est chancelante. Ce serait le momenb de relover le
prestige de la maison d'Espagne; il faudrait disposer de
ressources puissantes comme celles que s'est ménagées
la tr'rance. On fait un effort I on demande à la ville,
comme part contributive, un don annuel de cent mille
florins pour une période de six ans. Le Magistrat ofiro
d'en emprunter soixante mille au nom de Sa Majesté,
moJrennant hypothèllue, comme on I'a faitune fois sous
Isabelle I pendant les pourparlers , la défaite de Rocroy
) impose des devoirs si rigoureux qu'il faut lever la somme
offertg et la verser sans conditions (1643). Il en est de
même I'année suivante , quoique la Flandre soit le théâtre
de la g'uene. Lille se met alors en état de siége. On forme
-461-
de r.ouvelles comPagnir s bourgeoises. on arme les posbes
I
/'
ava,rcés, les canonniets se tiennent nuit et jour à leurs
pièr es. Par une nuit d'été r quinze cents hommes de
l'ar française
née tente'rt un coup de main vers la porte
Nol re-Dame. Mais les l ,illois, toujours prêts et vigilantst
sonb sur leurs gardes , ils repoussent les assaillants et
les me[tent en fuite.

llctroi,s et assennes. Si d'une part, I'attitude éner-


-
gique des Lillois der ant I'ennemi vient d'être secondée
par leur prévoyance, Ie Magistrat ne sait plus comment
se lrrocurer le subsid'l annuel demandé iencore avec ins-
tanco par l'État. Jlsqu'à présent il a fait face à ces
d.er randes par d.es pl élèvements d.e rentes. Il en couvre
unc partie des intérê s iiu moyen des amendes arbitraires
qu'il a le droit deprt'noncerr sous réserve d'un tiers pour
16 r:ouronne, et tire sa principale ressource des octrois
dor t il est tenu de soumettre le tarif à l'approbation du
roi. Selon d'anciens usages, celui-ci donnel'autorisation
porLr un an, souvert pour trois, et permet, en cas de
ber oin, la percepti rn d'un droit suppl6mentaire sur cer-
tai rs objets de cons,rmmation. C'est ainsi que Philippe IVt
ay,.nt ordonné la révision des d.roits d'octroi en 1638 t
en'rvait fixé le tar'f pour otof attt, en même temps qu'il
por tait à trois cen s livres d'or la rente imposée à la ville
par Charles-Quinl. En 1645 , voulant reconnaître la
bo tue volonté de I Lillois et le courage qu'ils avaient
réc emment déplo.1 .i contre ses ennemis , Philippe donna
en assennes ou g mantie hypothécaire , le produit des
bo s de Mormalpo rr le paiement d.es revenus de soixunte-
quatre mille florin r,
,168
- --
f645. Nouaelle a'ttaqwe iles Fran1ais, - Cepondant
les Franqais combinant leurs effofis avec ceux des Etats
de Hollaude r. fatiguaient le pays de leurs excursions.
Àprès s'êtré emparés de Lillers, Merville, Saint-Venant
et Armentières , les maréchaux de Gassion et de Rantzau
firent encote une tentative contre la ville dépourvue de
garnison : arriv6s par Marquette , ils avaient placé treize
pièces de canon sur la butte d'un moulin, dans le fau-
bourg' Saint-Pierre. Le feu dura huit heures sans désem-
parer et s'é[eignit forcément,: Ia riposte des canonniers
lillois fut si vive qù'ils démontèrent toute cette batterie.
L'entrée de quelques troupes dans la place décida les
assaillants à se retirer, et leur déconvenue mit fin aux
hostilités de la saison.

1650. Fami,ne et peste.


- On indemnisa les proprié-
taires des maisons et des moulins brtlés par les enuemis,
et ceux des édifices qu'il avait fallu abattre dans les fau-
bourgs pour la défense de la ville; mais les exigeuces
du service de la place, la s[agnation des affaires e[ les
réquisitions multipliées, étaient autant de causes de
ruine; la famine vint s'ajouter aux fléaux de la guerre,
et le peuple s'ameuta. La milice bourgeoisie duttirer sur
les pillards gui s'attaquaient aux boutiques des bou-
langers. Pour parer à cette nouvelle calamité et accroltre
ses ressources, le Magistrat dut augmenter outre me-
sure l'assis du brouoquin et les autres droits municipaur.
La pes[e mit, le comble à ces malheurs, et l'on institua
une confrérie dtentemeurs dont le chef fut surnommé Ie
capilaine de Ia peste. L'insuffisance des hôpitaux fcrça
de construire en toute hâte, à Fives, et au lieudesant6
du riez de Canteleu, daus un ample carré entouré d'eau,
_ ,t69 *
des maisons et des cellules en plauches
qui, plus tard,
furent remplac6es par deur cents demeures maçonnées
en briques eb voûtées.

Etablissements charita.bles et rcli,gieun. Néanmoins


- nombre
la charité se montrait inépuisable, et le d.es
maisons religieuses s'accroissait encore. Les Ursulines,
établies en 1638 et tenant une école Place-aux-Bleuets ,
avaient été suivies de deux nouveaux ordres : Ies Collec-
tines qui achetèrent en 1652 une maison rue Saint-
Sauveur, et les Dominicaines reçues dans la ville en
1653 , sur la demande de la marquise de Trasignies,
et installées en 1672, rue de la Barre, près du couvent
dos Madelonnettes. Les cours Muyssart et Jean Fre-
maux offraient un logement gratuit pour ménages pau-
vres, dans des locaux affectés à cet usage pàr la géné-
rosité de J. Fremaux et Christine Leroy (1644). Trois
orphelinats furent créés: celui de la présentation de
I{otre-Dame (16a6) par une servante, Martine Degrave,
qui donna une maison rue Noire-Dame avec issue ne
des Jésuites; la maison des Bleuettes ou de la Concep-
tion, tenue par les religieuses de cet ord.re et construite
rue Saint-Sauveur (1650) avec les ressources provenant
du legs do Jean du Bus, chanoine de Saint-Pierre,
ainsi que I'hôpital de Notre-Dame des Sept-Douleurs,
fondé rue du Plat (1656) parJean Stappaert, bourgeois
de Lille , puis transféré rue dc la Vignette dans la mai-
son donuée par son fils (1673). Cet établissement: otr-
richi des libéralités de Madeleine de l-ives et d'Antoinette
Bourignon (f670), porta longtemps le nom d'école
Stappaert.
Jérôme Segond , sieur de Wionval et sa sæur Fran-
470
- -
çoiso, léguèrnnt par testament (1650) la sommo de cent
nrille florins et une maison siLuée rue de I'Abbiette,
pour la fondation de I'hôpital du Seint-Esprit , effectuée
en 1665. Dix religieuses, prépcsées aux soins de la
maison et de ses hôtes , devaient y recevoir huit pauvres
inrrurables, hommes ou femmes. Bnfrn, les Bons t'ils
venus d'Àrmentières, avec permission du Magistrat,
pour faire de Ia draperie et tenir une école gratuite,
prirent une maison située entre les rues du Plat e[ du
Prez (1664).

1652. La Bourse. malad.es atteints'de.laÊèvre


- Les
ou du e,harbon venaienf , depuis le douzièd.e siÈCle, in-
voquer Notre-Dame du Joïel dans la chapelle ded Ardents
située sur la Place-du-Marc,hé, près de la Fontaine-at-
Change. Àutour de cette fontaine et devant I'hôtel du
Beau-Regard, les négociants se réunissaient deux fois
par jour, à midi et vers le soir, pour traiter de leurs
affaires. Youlant leur offnr un abri contre I'intempérie
des saisons, le ÛIagisbrat résolut d'ériger en cet endroit
la Bourse de oommerce. On transporta l'image de la
Vierge et la sainte chandelle au sanctuaire de Loret0e,
situé dansle cimetière de Saint-Étienne où Jean Ruffaut,
trésorier de Charles-Quint, I'avait fait construire au-
dessus de Ia tombe de ses ancêtres. L'antique chapelle
des Ardents fut démolie en 165l (a) , et I'année suivante

({ ) IJn ancien tableau du }lusée donne une vue partielle de la


Place-du-lllarché au XYII0 siècle. Le milieu de cctte peinture duo
à une main peu habile est occupé par la Chapelle-dcs-Ardents;
le devant, par Ia Fontaiue-au-Change et le Yieux-Pilori. A droitc
et au foud sont représentées Ia Hallc échevinale et la rangée de
maisons comprise entre les rues des Sueurs ct des Sept-Sauts.
t72
-
eut lieu"ia oonstruction du monument qui sert encore au
'exonérer
négoce et à Ia finance. Four la ville des frais
de construction, on d.ivisa en vingt-quatre lots le ter-
rain à bâtir, et les acquéreurs furent astreints à exécuter
les travaux simultauément et d'après'le type fixé par
I'ingénieur.

1654. Don Jwn d Lille. Douze ans s'ébaient


écoulés avant que don Juan, nommé par Philippe IV
gouverneur des Pays-Bas, vint prendre possession cle
sa charge. Sa réception fut bruyante, mais non enthou-
siaste. Le prince fit son entrée officielle par la Bosse-
Detle. II fut reçu à son débarquement par le Magistrat,
au bruit des salves d'artillerie, et les compagnies bour-
g'eoises I'attendirent rangées devant la Bourse et I'Ecôle
dominicale. Les lillois durenb héberger toute sa suite,
hommes et chevaux, pendant que I'armée, campée dans
les environs , ruinait le pays. Cette troupe indisciplinée
dévastait tout, démolissait maisons et fermes.et réqui-
sitionnaitcharrois et bestiaux, desorte que la protection
de I'Espagne était plus désastreuse gue les attaques des
Français.

1664. L'E6tel-de-Yille.
- Les reyers de I'Espagne,
suivis de la cession de I'Artois par Ïe traité de West-
phalie, avaient amen6 en ville et dans les faubourgs un
nombre considérable d'émigran[s qu'il fut difficile de
log:er et de nourrir (1659). Lu fermier des moulinc de
Menin fit apporter chaque semaine au marché 300 ra-
zières de farine, et I'encombrement des habitations força
de dresser des baraques sur los lieux où la voie publique
s'y prêtait. Après la signature de la paix, beaucoup de
- ,l?3 *
maisons furent bâties extrà-muros, et il s'en fût cons-
truit davantage si les faubourgs eussent été enclos de
remparts. L'Échevinage sollicita du gouverneur des
Pays-Bas I'autorisation d'ériger quatorze bastions pour
renfermer dans un demi-cercle'Wazemmes , Ie faubourg
de la Ba.rre et celui de Saint-Pierre I il mit en avant les
moJens qq'il comptait employer pour faire face à la
dépense (1662). L'Etat, après ovoir fait attendre sa ré-
ponse, demanda pour lui-même les ressources dont on
pouvait disposer. C'est alors que le Magistrat fit I'ac-
quisition du palais de Rihour pour y installer I'Hôtel-
de-Ville. Le I avril 1664, il se rendit , en pompeuse cé-
rémonie, de I'aucienne llalle dans l'édifice que Philippe
IV lui avait cédé (16 janvier) pour 90,000 florins, et I
tint sa première séance. Le contrat de vente fut passé
sous la réserve que le quartier de ce palais affecté par
Charles-Quint aux siéges de la Gouvernance et du Bail-
liage, demeurerait la Salle de Lille et le gros de ce fief (,t).
L'argentier fi.t un emprunt à six un quart pour cent et
la Vieille-Halle, {ui devait être presque entièrement
démolie, fut vendue par portions à divers particuliers.

Interdit ile Saint-Illaurice. La translation de


l'Ér:hevinag'e an palais de Rihour - fit supprimer deux
instruments de supplice jusqutalors en permanence sur
le Marché, près de la Bourse et du poias public: c'étaient
le pilori dont I'ornementation dissimulait à peine le
regrettable -usag'e, et le cheval de
bois, gui servait à
I'exposition des filles éhontées.

(l ) ta partie de l'édifice municipal qui a conservé Ie nom de


Gouvernance, subsiste enoore presque entière; elte est comprise
entre la rue du Palais et le contour de I'Hôtel-de-yille.
-t7L-
La place de'Rihour vit pour la première fois st' dres-
ser l'éohafaud qui, par ordre drr prévôtr apParJssait
devant la Halle chaque fois que I I gibet , la hac're, la
roue, les verges, Iteau bouillante ou le feu dr vaieut
servir à une exécution capitale (a)' Mais un 6vér ement
grave qui troubla la tranquillité de la ville , fut l'i lterdit
de I'église Saint-Maurice. Ltexercice du culte y d'meura
suspendu pend.ant dix mois par suite d.tun confl [ entre
le clergé ile la paroisse et le Magistrat. L'inhumation
dtun bourgeois dans le chæur, malgré I'opposition des
échevins, avait tlonné lieu à un tjissentiment que l'é-
vêque et le roi purent seuls apaiser.

1665-1661. Le serment. L'avénemen[ de (]harler


II altait amener de nouvelles
- complicutions' Ce roi en-
fant, faible d'esprit, était livré aux itrtrigues de ses mi-
nistres. A Lille, la rivalité déjà signrrlée entre l.rs deux
ordres et les représentants de la c,hâtellenie ér lata do
nouveau à la cérémonie du serment échangé entre les
Étut. et le gouverneur (23 janvier 1656). Le clergé etla
noblesse auraient vouluprêter le sernient avec les mem-
bres des États. Ceux-ci refusèrent de partag rr cette
prérogative, et les deux ordres co-lservèrent de leur
exclusion un vif ressentiment contre leurs rivaux.

La ilot de la rei,ne. Les Pays-Bas catboliques


6taient languissants, tandis que la France pror'pérait.
Louis XIV préparait la grandeur de son règne I'ar une

(,1) Outre le patient, cn voyait montcr sur la plate-iorme le


bourreau, son valct et un religieux. Il y avrtit à Lille et il existe
encgre une Confrérie de Ia Miséricorde, dOnt les membres enseyo-
lissaient les restes des suppliciés et priaient 1'our leurs âtres'
47S _
puissante organisation du royaume. Ngn-seulement il
réformait les finances et lrarmée, en même temps quril
donnait à I'industrie une protection efficace et au ro*-
merce un essor rapide, mais il suivait la politique pré_
parée par le traitée de Westphalie et par *or, *uriug,
avec une infante. Or, pas écu de la dot promise à
'npar
Marie-Thérèse n'avait été pa.yé I'Espagne. Louis xIV
réclama les provin*r doot]l irétendait sa femme héri-
tière. s'appuyant sur une coutume civile du Brabant,
le droit de dévolution, il la transporta dans l,ord,re
politique pour justifier des prétentions s.r Ie Brabant,
le Hainaut, le Limbourg, , etc. Après dix-huit mois de
nég'ociations employées à renforcer ses alliances et à
disposer ses troupes, le' roi vint avec 35,000 hommes
prendre possession, disait-il, des états qui lui étaient
dévolus.

.Préparatifs ilc tléfense. Toujours prudent, l.:


gistrat , mis en éveil par -les prétentions du roi srest
^r.,a-
,
procuré le matériel et les munitions nécessaires à la dé-
fense de la ville. Il a fait réparer les fortifications, porté
à cent hommes I'effectif des compag,nies bourg,eoises et
à cent cinquante celui des canonniers. Vingt-six com-
pagnies étrangères de cavalerie sont reÇues et logées en
ville, sans gue les Lillois veuillent invoquer le privilége
qui les exempte de cette charge. Tournai ,- Doual,
courtrai, audenarde et Bruges sont tombés successi-
vement au pouvoir du roi. Le t0 août commence lrin-
vestissement de Lille avec quinze régiments et une
nombreusê cavalerie. L'Échevinag'e, divisé en trois
sections , finances, vivres , armement siége en perma-
,
nence à I'Hôtel-de-Ville. Mais l,état de siége le place aq
-416-
second raug, et le gouverneurr comte de Bruay, manque
d'expérience. La garnison, insuffisante et composée
d'éléments hétérogènes, fait contraste avec l'état, le
personnel et I'animation de l'armée française, et n'ofire
à son chef que peu de ressources I mais le Magistrat,
grâce à ses approvisionnements, satisfait à toutes les
réquisitions. Il fournit des secours contre l'incendie et
des compagnies pour les patrouilles.
Le gouverneur a d'abord fait abattre les maipons des
faubourgs de Saint-Maurice, de Courtrai, de Fives et
des Malades; par ses ordres, on élève hors du rempart
quelques retranchements inachevés jusque-là. De leur
côté, les Lillois, prêts et résolus à se défendre, veulent
invoquer le secours du ciel. On expose la statue de
I{otre-Dame-de-la-Treille dans l'église Saint-Pierre, et,
le jour de I'Assomption, les troupes d'investissement
entendent sonner les cloches de toutes les paroisses,
pendaut la procession solennelle qui se fait dans les
rues de la ville.

La Siége. 18 aorit les Français ouvrent la tran-


chée près
- Le
du Becquerel et du chemin ilu Long-Pot, et
dirigent leur feu vers la l{oble-Tour ('l). Trente hommes
de la garnison , envoyés pour reconnaître les travaux,
perdent leur chef et se hâtent de rentrer. L'assiégeant
déploie plus d'énergie: iI force les habitants de Saint-
Sauveur à évacuerle quartier dévasté par les projec[iles.
Les artilleurs lillois ont établi plusieurs batteries sur le
front de défense; mais celles de gauche sont trop éloi-

(l) ta Noble-Tour, construite en ,l[59, tirait son nom de sa


hauteur primitive qui avait déjà été diminuéo.
- li7 -.
guées du point d'attaque; la batterie du Meunier, ainsi
nommée par les Français à causo d'un moulin plac6 au
milieu du bastion des Carmélites, exerce seule de grands
ravages dans les rangs ennemis. Après le siég'e, les
offfciers d'artillerie et Louis XIV lui-même viendront la
visiter,
Toutefois les progrès du siége deviennent seusibles.
Le 2l aott, une nouyelle batterie de canous et de mor-
tiers bat les murs en brèche et lance des bombes daus
la ville. Le 251 jour de la lête du roi, les Français,
uontés à I'assaut d'uue demi-lune, délogent les merce-
naires de leurs retranchements I puis, uue fois maitres
des palissades, ils établissent, sur la oontre-esoaqpe
voisine de la Noble-Tour, une batterie qui domine toutes
les défeuses à portée du canon. En ville, on accuse
hautemeut ltimpéritie du gouverneur. Pour faire preuve
de zèle, il ordonne deux sorties I l'une par la porte des
Malades, I'autre par la porte Saint-Maurice. La pre-
mière est faite à contre-temps et toutes deux sont mal
ordonnées. Malgré le renfort donné par les bourgeois
sortis er armes sans être convoqués, les troupes se
débandent au premier choc et rentrent en ville dans un
désordre complet.
Les Français font une nouvelle attaque dans la nuit
clu26 au 27. Ils s'empareut, sans éprouver de résis-
tance, des demi-Iunes de la porte de Fives et de la
Noble-Tour. Dans leur fuite précipitée, les troupes
vaincues sans combat rentrent en ville par dessus les
ruines du rempart. Ctest montrer le chemin aux enae-
mis. Le Magistrat, voyaut le danger qui menace la
ville, fait de sérieuses remontrances au gouverneur.
Celuiçi riposte par los plusbellespromesces, préteudant
,10
,178
- -
que rien n'est désespéré et qu'il est résolu à faire une
vigoureuso résistance. La députation se retire peu ras-
surée. Pendant que les bourgeois, malgré le nombre
des victimes que la guerre fait dans leurs rangs, sont
r6solus à tout sacnfice et renforcent les quatre ser-
ments, le gouverneur rassemble le Conseil de guerre, et
lui annonce que le peuple de Lille veut qu'gu se rende.
Le chef des Anglais , qui , seul avec les sieus, a montré
du courage, parle de prolonger la résistance et ofrre de
marcher le premier I mais les membres du Couseil ne
veulent pas l'écouter. On décide de capituler.

Capitulation. Une heure après, le gouverneur ût


-
battre la chamade et défendit, sous peine ile la. oie, de
tirer le canon. Les parlementaires reçus par le roi
obtinrent un sursis de trois heures pour présenter un
projet de capitulatiou. Louis XIV consentit à laisser
sortir la g'arnisoû avec armes et bagages , tambour bat-
tant, quatre pièces de siege et un mortier. Le Magistrat,
aussi plein d'assurance devant le vainqueur qu'autrofois
l'Échevinage avec Philippe-le-Bel, présenta au mo-
narque ses demandes en soixante-huit articles. La con-
,u.oitioo de tous les priviléges, frauchises etimmunités,
le maintien des administrations, I'exemption du loge-
ment militaire , la restitution des prisonuiers sans
rançon, le maintien de la foi catholique, la promesse
qutaucun sectaire, gouverneur , officier ou soldat, ntau-
rait été envoyé à Lille , etc. Tout fut accordé !

Rcdilition de la aillc. Le 28 , pendant la nuit, le


-
rewart, aux termes de la capitulabion , livra aux Fran-
çais la porte des Malades, gardée par une compaguio
- r.79
-
bourgeoise. Le comte de Bruay soitit, 8u milieu du
jourlpassant, avec les quatorze cents hommes de la
garnison, devant Louis XIV qui entra en ville à qu.at;e
heures.
Comme le Magistrat lui présentait les clés des portes,
il les toucha à peine, et, les rendant aussitôt r recom-
manda d'en faire bonne garde jusqu'à oe qu'il les rede-
mandât. Pendant la réception, les baillis des seigneurs
hauts.justiciers se tinrent agenouillés , la uoblesse et le
Magistrat restèrent debout.
Le roi se rendit directement à l'6glise Saiut-Pierre où
\a Te Dewm fut chanté, et l'échange des serments se
fi.t, séance tenante, dans la chapelle de Notre-Damæde
la-fteille. Louis XIY ne ût aucune difficulté de o'enga-
ger le premier envers des bourgeois qui, depuis bien
àes sièolos, avaient tant de fois saorifié leurs intérêts à
I'honneur de,gard.er un serment. De leur côté, les Lillois
purent, sans rougir, promettre ob6issauce et Êdélité à
oo soooetain qui leur rend,ait, par droit de conquête ,
leur véritable nationalité.
XIII.

N{AISON DE ITRANCE.

La centralisation. Louis XIY (,t667 à ,t?,t6). pmrunÉ.


- Le
Stxième agrandissement. - Le quartier Saint-Àndré. ; La
-
citadelle. - Gouvernement général et intendance de Flandre.
- Fort Saint-Sauveur. - Porte des Malatles - paroissc de la
iladeleine. - Les médecins,lcs chirurgiens c[ les apothi-
caires. - Les alchives de la Chambre des Comptes. - Le
rachat des"offices. - Les rcntes de la ville. - Les oasernes.
- L'hôtel et la cour des mounaies. - Révocation de t'édit de
Nantes. - Hôpitaux et écolcs. - [a Nobte-Familte. - La Deùle.
- L'industric ir Lille et à Roubaix. - Brasseries et eantines.
- La capitation. - tes mendiants ct les fleurs de lis. - [e
Ponl,-Neuf. - Les arts libéraux. - Sacie de Joseph Clément.
- Siége de | ?08. - 0æupation hollandaise. - Retour à la
France. - Les savonnettes à vilains. - Clrambre de com-
mcroe et juridiclion consulaire.

Lours XIV. 1667-1715.


- Retour à la France.
Il y avait trois siècles que Lille, rendu aur comtes -de
Flandre, avait oessé d'être gouverné par le roi de
- {8,1
-
France I mais la domination étrangère, inaugurée par Ia
maison d'Autriohe, ne s'était affirmée que pendant la
dernière moiti6 de cette période ('l). L'assimilation à la
France se fit presque immédiatement. EIle fut même
précipitée par des insinuations maladroites (2) et par les
plaintes des Dspagnols eux-mêmes qui accusaient les
Lillois do ne s'être pas défentlus. Quand le traitéd'Aix-la-
Chapelle (1668) eut laissé la Flandre à Louis XIV
ce prince qui avait accédé à toutes les demaudes formu-
'
lées par Ie Magistrat, put organiser son. gouYernement
sans trouver de résitance sérieuse.

L'alarme garnison avait même


- La
ouæ ptains chauds .
remarqu6 dans la population un reviremeut si prompt
en faveur de la t'rance, qu'elle ntosait croire qutil ftt
sincère. Un beau matin du mois de janvier 1668 r les
boulnngers s'étant mis, par toute la ville, à corner les
pains chauds, Ies Français prirent cet effroyable bruit
de trompes pour Ie signal d'un mouvement populaire;
en un instant toute la garnison fut sous les armes,
s'apprêtant à soutenir un combat aoharué.... C'était le
lundi ltariuré; cornme chaque année, à pareil jour, le
signal s'adressait aux ménagères. On s'expliqua de part
et d'autre, et cette échauffourée se termina par uu éclat
de rire général.

(,t) Ce fut en 152'l que Charles'Quint délia la Flandre de sa


vassalité à la couronne de Franoe, en même temps qu'il se déclara
affranchi de son hommage au roi.
(2) Notamment les Prédications du P. Lebrun et les récrimi-
nations de quelques seigneurs menacés dans leur indÉpendance
féodale.

,r0t
-f8l-
1668-1674. Sicième a,grandissement. Louis XIV
-
voulut faire de Lille une place forte de premier ordre.
Ce projet s'eccordait avec les aspirations des habitants
qui, se trouvant à l'étroit duns leurs murailles, son-
geaient depuis sept ans à en reculer I'enceinte. Vauban,
chargé d'agrandir et de fortifier la ville, ût d'abord
construire la citadelle qui est regardée comme son ohef-
d'æuvre. Puis il traça le plan du beau quartier Saint-
André, demeuré remarquable par la régularit6 des rues
qui y furent ouvertes tl). On poussa Ies travaux avec
activité et le roi vint à plusieurs reprises, avec la reine,
visiter les plans en relief et les ouvrages en cours d'exé-
cution. La part de la ville dans la dépense fut fixée à
trente mille florins par an, ûyec la compensation dtune
nouvelle banlieue et du droit de justice dans la pir*tie
annexde. Les Étuts votèrent une somûre d.e deux cent
mille florins.
Si le roi venait ainsi avec la reine visiter ses nouvelles
proviuces, c'es[ qu'ii voulait enlever à I'annexion le
caractère violent d'une conquête. Il présentait Marie-
Thérèse comme la véritable et légitime souveraine des
Bays-Bas catholiques, et une partie de la population
saluait en elle l'héritière de l'infante Isabelle dont elle
rappelait le souvenir, disait-oû, par ses verùus autant
queparses droiûs. Dans de telles dispositions des esprits,
l'irrésistible sympathie du caractère français, le merveil-
Ieux entrarn et le courage des officiers et des soldats, la
capacité et l'intégrité des fonctionnaires , enlin le sourire

(,t) Cet agrandissement, qui fut le troisième du dix-septiême


siècle, augmenta de soixante-guatre hectares la superflcie inté-
ricure tle la ville,
o
,r83
- -
du granrl roi et les bienfaits de son administration,
furent autant do causes qui amenèrent la fusion.

Gouuernement généralet Intenilance. rempla-


cement du gouverneur - En
espagnol , Louis XIV avait
uommé provisoirement Ie maréchal de Bellefonds. Le
marquis dtHumières , son successeur, vint prêter serment
au Conclave le 19 juillet 1668, et il fut promu au titre
de gouverneur-général lors de l'érection de la Flandre fran-
çaise en gouvernement (1676). Lille et Douai formèrent,
sous le titre de gouvernements particuliers, deux d,ivisions
de ce grand commandement où fut appelé . en 1694, le
maréchal de Boufflers, qui devait s'immortaliser par la
défense de Lille. L'hôtel de Sautes, situé rue de I'Abbiette,
et dont la ville payait le loyer depuis la démolition du
chûteau , continua de servir au logement du gouverneur.
Àvec la création du gouvernement-général coïnci-
dèrent les changements introduits dans l'organisation
civile. Les pays conquis furent divisés en trois inten-
dances, et Lille devint le chef-lieu de celle de la Flandre
frauçaise (1676). Outre la châtellenie, Douai et Orcbies,
cette intendance 6fendait sou ressort sur La Gorgue et
le pays de I'Alleu, Menin et le Tournaisis. Le trait6 de
Nimàgue lui donna un grand accroissement parl'adjonc-
tion de Valenciennes , Condé, Cambrai et Bouchain.

1674. Fortifications et portrr. L'importance des


travaux entrepris par Vauban et les- progrès de I'art mi-
litaire dans la défense des places, uécessitèrent des chau-
gements de toute uature d.ans le pourtour de la ville. On
d6molit le mur tourellé du midi, on construisit le fort
Saint-Sauveur et I'on ajouta une série complète'd'ou-
,f 8&
- -
vrages extérieurs de défense, d'après le système mo-
derne. On changea l'emplacement de la porte de Fives,
qui fut reculée (1674) vers I'extrémité de'la rue de
I'Abbiette. Comme couronnement de ces travaux, I'arc de
triomphe de la porte des Maladesfut érigé en 1682, à la
gloire du roi , sur les plans de Simon Vollant, sieur des
Werquins, directeur des fortifications. À I'ouest, les
ingénieurs, voulant dégager l'approeÀe de la citadelle,
exigèreut I'éloignement du lieu de Santé qui, par sa
situation au riez do Canteleu r non loin du Grand.-Tour-
nant, se trouvait englobé dans la zone militaire. Par
ordolnance du roi, lu chapelle et leshobettes, logements
qui avaient servi aux pestiférés, furent démolies. Le
lieu de Santé fut transféré au riez d'Esquermes (1673)
où, vingt ans plus tard,, on érigea une autre chapelle.
En 1698, la suppression des léproseries, dont les biens
furent réunis à Saint-Sauveqr r. donna lieu d'affecter celle
d'Esquermes à la résidence des enfants abandonnés des
deux sexes.

Egtise de la Madeleine. vers le nord, au


- Enfrn
faubourg de Courtrai, l'église de la Madeleine (a) r égale-
ment comprise dans la zone des fortifications, fut dé-
molie par ordre du roi (1675)r avec les maisons qui
l'avoisinaient. Les paroissiens r au nombre de trois mille,
forcés dl'aband.onner leurs demeures, se réfugièrent dans
la ville. Comme la chapelle Saint-Yital, seul édifice du
châtoau, resté debout r ne pouvail, suffire aux besoins
du culte, les maiSistrats accord.èrent I'autorisation de

{l) Ancienne chapelle érigée, en ,1233, en paroisse détacbée


de celle de Saint-Etienne.
t85
- -
construire une église en face de Ia rue des Carmes, sur
le terrain d'unbastionrenfermé dansla nouvelle ene,einte.
L'évêque de'Iournai l'érigea en paroisse et permit de la
substituer à I'ancienne église paroissiale pour les biens
et les rentes qui y étaient ttffectés (1676). La chapelle
Saint-Yital fut démolie , et les matériaux , comme ceux de
I'ancienne église du faubourg', servirent à la construction
du nouvel édifice. Dulaury, prévôt de Saint-Pierre, fit
activer les travaux , et le service divin , transféré momen-
tanément à la chapelle des Eufauts de la Grange, fut
inauguré dès que le chæur et les deux côtés de la nef fureut
achevés (1" janvier 1679). La ville eut alors les sept,
paroisses qui subsistèrent jusqu'à la Révoluti0n.

Fonilations. Comme précédemment, les quartiers


-
neufs offrirent des facilités pour I'installation de Plusieqrs
établissements do piete et de bienfaisance. Un prêtre,
nommé PhilippeDescleps, après avoirrecueilli et soigné
dans sa demeure des inffrmes et des paral.ytiques, avait
laissé en 166? des biens cLestinés à fonder, rue de
Courtrai, sousle vocable de Saint-Joseph, un hôpital où
seraient reçus des vieillards pauvres et honorables, et
surtout des prêtres infirmes. A la suite d'une fondation
de six lits faite par Jeanne de Rebréviettes, guelques
ecclésiastiques se cotisèrent pour donner plus dtextension
à cette @uyre utile; on acheta, rue Royale (1675), une
grande maison qui, enrichie de nouveaux legs, ne tarda
pas à répondre convenablement aux intentions des dona-
teurs (l). Le directeur du temporel y établit, en I684t

(,1) tes pensionnaires furernt transférés à I'hôpital Comtesso


en l?9?.
-{86-
une école pour I'instruction de la jeunesse. Vers I'extr&-
mité de la même rue s'établirent les Carmes-Chaussés
ou Grands-Carmes qui construisirent en 1?02 I'église
affectée.aujourd'hui à la paroisse Saint-André. Déjà les
filles de Saint-François de Sales, dites de la Présentation,
religieuses admises sans doû, étaienb venues se fixer à
Lille pour enseiguer les enfants pauvres, visiter les in-
digents et ensevelir les morts. Elles reçurent du Magis-
trat (1677) I'autorisation d'accepter le don d'une maison
située rue des Carmes (rue de Thionville, hôtel de la gen-
darmerie), à charge d'envoyer deux franciscaines ensei-
gner les fiIles, le dimanche, à I'école dominicale installée
dans l'Hôtel-de-Yitle.

Poltulatdon. Le dénombrement des habitants fait


-
après l'tdjonotion des deux guartiersde Saiut-Àudré et
de la Madeleine, accusû un effectif de 451171 âmes en
L677. Celui de 1688 porta la population au chiffre de
52,499 habitants.

Emballissements.- Cet accroissement était naturel,


et , en passant de I'inerte et inhabile administration de
l'Espagne, entre les mains des intendants et dos ingé-
nieurs qui avaient tiré au cordeau les rues du quartier
neuf , la ville devait s'embellir et la police s'améliorer.
Malgré dtancienues ordonnances, il y avait encore des
toits de chaume et des planches de séparations pour tenir
lieu de murs mitoyens. C'était à Ia fois dangereur et
insalubre: les propriétaires furent astreints par le Ma-
gistrat (1674) i psmplacer la paille par des tuiles et les
planches par desmurs d'unebrique et demie dtépaisseur.
On supprima un graud nombre do cours et d'impasses.;
,t87
- -
plusieurs rues furent pavées, élargirs , alignées ou
nivel6es I la plupart des façades neuves furent faites sur
un plan uniforme I enûn les vitres formées de petits tas -
seaux de verre unis par des rubaus de plomb, fureut rem-
placdes par do grands carreaux.

1681. Collêge iles Méilecùns. fois entré dans


- Une
cet ordre d'idées, le Magistrat fut amené à s'occuper de
I'hygiène publique, fort négligée jusqueJà. Par ordon-
nance du 1? mai 1681, il créa, sous le titre de Collége
des Médecins, une sorte de cercle médical, chargé dtétu-
dier et de discuter les objets relatifs aux maladies popu-
laires et épidémiques, ainsi que de reohercher les remèdes
les plus effi.caces pour la guérison de ces maladies. Les
réunionsordinaires avaieut lieutous les quinzejours, et le
médecin despauvres devaityfaire des rapports spéciaux.
Ce collége avait en outre la mission d'exiger et de faire
enregistrer les lettres de doctorat et de licence de tout
médecin qui se proposait dtexercer son arù dans la ville.
Les empiriques et les opérateurs devaient subir un examen
au collége et se faire autoriser spécialement à chaquo
opération ('l).

Chàrwrgiens et Agtothi.cai.res. maîtres du corps


- Les
en ltart de chirurgie, réunis en jurande, avaient reçudu
Magistrat un règlement depuis 1632; ils le firent con-
ûrmer eu 1714, et s'organisèrent en collége. Àvant d'en-
trer en exercice, Ies cundidats devaient subir guatre
examens devant le doyen, les maîtres et quatre suppôts,

(l) À la Révolution, Ie Collége des Méilecins était oomposé d'un


doyen, de quatre assesseurs ei d'un secÉ[aire perpdtuel.
,188
- -
et faire serment devant l'llchevinage. On était astreint à
tenir ouverte une boutique où l'on faisait la barbe, à
recevoir un garçon en apPrentissage en lui fournissant
la table et le logement, et, de plus, à remettre au clerc
d'ofû.ce de la Prévôté un raPPort, des pansements faits à
toute personne sans excePtion. La défense à tout autre
qu'aux chirurgious et barbiers-perruquiers dtexercer la
barberie était, sanctionnée par une amende de cinquante
livres et la perte des bassins et usteusiles. aux
- Quaut
apothicaires, leurs bocaux 6taient visités chaque anhée,
et il leur était défendu de veudre au détail, hors do
chez eux, des simples qui nteussent pas été examinés
par les maltres du siége des apothicaires épiciers.

Archiaee ile lo Charnbre des Comptes Après la prise


de
-
Lille, les Espagnols avaient provisoiresreut transférd
ls Chambre des Comptes à Bruges (166ïr et confié aur
soins collectifs des conseillers le dépôt des archives res-
tées sur place. Quand ils durent rcnoncer défrnitivemeut
à recouvrer la Flandre walloune et I'importante collec-
tion do titres et de documents diplomatiques de Ia ruo
Esquermoise, dont la France déclara vouloir prendro
possession, ils installèrent la Chambre des Comptes ù
Bruxelles. Louis XIY instibua un garde des archiveg
(1681) et choisit pour titulaire Ie diplomate Denis
Godefroy. Celui-ci fut la souche de trois générations d'é-
rudits qui lui succédèrent 'dans les mêmes fonctions
(168r-17e2).

Abus il'autorité.
- t'qstivité déployée par I'admi-
nistration française avait aussi un côt6 défectueux.
Quoique un arrêt du Parlement eût coufirmé (1671) lo
_ ,lgg _
serment du roi relatif au maintien des franchises de la
ville, les intendants et les gouverneurs se montraient
peu soucieux de les respecter. Ils exigeaient, pour leurs
protégés, I'exemption des droits d'octroi sur les bois-
sons, et nrenaçaient de la décréter eux-mêmes quand le
Magistrat tardait à donner un avis favorable I de sorte
gu'il fallait céder pour sanyer les apparences. Toue les
gens attachés au service des hauts foncbionnaires étaient
logés gratuitement ou ne payaient pas d'impôt sur les
boissons; plusieurs même étaient inscrits sur la liste des
aumônes ou des pensions. L'autorité du gouverneur pa-
raissait si redoutable que, malgré l,embarras des finan-
ces, on cherchait à obtenir sa bienveillance par des
présents I
celui-ci agréait sans ditâculté les feuillettes
de vin ou ltargent quton lui offrait à son retour de
quelque voyage de service ou d'agrément I mais pour
éviter la corruption des fonctionnaires, il prétendit que
la ville ne pouvait faire de présents sans son aveu.
Le conseil échevinal qui, en aucun temps, n'avait
si facilement obtempéré aux représentants du souverain
,
se dédommageait envers ses propres subordonnés, sur-
tout dans l'administration des paroisses. La déclaration
du clergé rde France de 1682, établissant I'indépen-
dance du pouvoir civil dans le temporel des églises, fut
accueillie avec empressempnt par le Magistrat, {ui
croyait défendre les intérêts de la religion en se mon-
traut de plus en plus jaloux de ses prérogatives. Il dé-
fendait aux ég'lises d'accepter mênre une pièce d'argen-
terie sans son autorisation, organisait les prédications
du carême, prétendait régler les quêtes ot Ttourchat,
payait, suivant son arbitre , les honoraires des prédica-
teurs, et assignait aux corporations dtarts et métiers

ll
* ,100
-
les paroisses où devaient se célébrer leurs anniversaireg.
Il ne s'en montrait pas moins bienveillant et libéral en-
vers certains ordres religieux, notamment les Jésuites ,
auxquels il alloua une dotation égale aur honoraires
stipulés pour les professeurs du collége , et diverses
sommes pour embellissement ou réparation de leur
église.

- Aûn defaisait
se créer des ressources
Rachat iles offices.
financières,le gouvernement rechercher par les'
intendants les moyens de développer la richesse du
paJs r et, dans les mémoires adressés au ministère, Le.
Péletier de Souzy (1683) et Dugué de Bagnols (169S)
semblenb avoir repondu à une préoccupation de ce genre.
En effet , augmenter la richesse publique, c'était faci-
liter I'accroissement des impôts I mais une appplication
exagérée de ce principe engendra la plus dure cles op
pressions fi.gcales. L'épuisemeut du trésor , amené par
de folles dépenses et par la guerre avec Guillaume III,
fit décréter la ventô des offices municipaux (1690), et
avant d'en fixer la finanoe ou prix de vente, on s'était
procuré par I'intendant des renseignements exacts sur
le rapport possible do chacun d'eux.
Un toll6 général accueillit à Lille cette prétention
il'introduire des fonctionnaires permanents d.ans ltexer-
cice de charges électives. Comme plusieurs villes
avaient rachetêces offic€s pour conserverl'indépendanco
de leur administration intérieure, I'intendant pressa lo
Magistrat de suivre cet exemple. On réunit au corps do
ville des emplois subaltemes I tels que æux de facteuls
debateliers, crizurs jurés dtenterrements 1l;, etc, et il

(a) On n'imprimalt pas encore lee Invitations aux funérailles.


- ,rbr -
fallut tout d'abord payer 160,000 florins. Mais à peine
ce rachat fut-il opéré r ![ue les corps d'arts et métiers
furent soumis rux mêmes exigences (1691), par la
création d'offices beréditaires. Deux édits de 1693 ag-
gravèrent encore la situation. De nouveaux droits al-
Iaient grever le cens et ltimpôt sur les ventes : afin d'en
prévenir la perception, le Magistrat dut traiter de leur
rachat pour trois cent mille livres, plus le dixième r ap-
pelé alors deux sous pour livre. Quant aux offices, le
roi les réunit au corps de ville , en se faisant remettre
l'équivalent de la finance.

Réduction des Rentes. Malgré ce surcrolt de


dépenses, la ville avait bien des charges ordinaires : en
dehors des services municipaux, des rentes et des aides au
roi, il fallait encore faire face à I'imposition de 60,000
florins pour les fortifications et de 3,000 autres affectés
à I'entretien des ouvrages de la défeuse, et dont Louvois
réglait la répartitibn. It y avait de plus à pourvoir aur
frais de logement des troupes, qui consistaient dans
I'ameublement d.es casernes, le feu et la lu4ière des
corps-de-garde, ainsi que le chauffage de la garnison
(l) et le loyer de plusieurs maisons habitées par des
officiers. Les militaires malades étaient en outre reçus
gratuitement à I'hôpital Comtesse; mais comme on
n'y entretenait que soixante-et-un lits, le nombre des
places était parfois insuffisant. Le Magistrat fit démolir
deux maisons de la rue des Malades (1689) , pour y
donner une entrée à I'hôpital Saint-Louis ; c'est là que

(l) Ce chauffagesefaisalt avoc des tourbes et du charbonde


bois.
,lg2
- -
I'intendant envoyait le surplus des malades; ils y
étaient nourris à ses frais Par un entrepreneur. Quant, à
la ville, ses de[tes devinrent tellement hors de propor-
tion avec ses ressources r qu'elle ùut prendre des me-
sures désastreuses pour ses administrés. Les rentes
qu'elle servail, annuellement avaient été successivemeut
réduites , en moins de douze ans r au denier vingt
(5 pour cent), au denier vingt-deux et au denier vingt-
cinq. Il fallut même en suspendre le paiement pendant
quatre ans , lors de la guene de la ligue d'Àugsbourg.
De sorte que les rentiers et une partie des prébendés vi-
rent , dtune part, augmenter le prix des subsistances
et, de I'autre , diminuer , puis tarir la source de leurs
revenus ordinaires.

1684. Casernes, Lorsque les forlifications furent


achevées, la ville -eut à subvenir à I'installation des
troupes. Pour débarrasser les bourgeois du logement
des militaires, on commença par agrandir les casernes
de la Madeleine. Le temain nécessaire fut acheté en
16841 trois ans plus tard , otr en ût autant pour le
quartier Saint-Maurice I puis enfin, pour d'autres. En
1695, il y avait en ville dix casernes et quartiers con-
tenant 41275lits et pouvaut recevoir Ir995 chevaux.

1685. Eôtel des Monnaî,es.


- La
monnaie espagnole
continuait à circuler dans Ia Flandre wallonne, concur-
remment avec la monnaie française. Pressé par la d6-
tresse des fi.nances, le roi résolut de démonétiser les
espèces étrangères pour les refondre avec bénéfice. Les
Étutr de Lille , appuyés des principaux commerçants,
ûrent, à diverses reprises I des réclamations énergiques.
193
- -
Àprès plusieurs atermoiements, la rsfonte eut lieu. Un édit
de septembre 1685 iustitua un hôtel des monnaies à
Lille, avec uno oour dont la juridiction devait s'étendre
sur les provinces d'Artois , de Flandre et du Hainaut.
Il y avait près de la lllotte-Madame, dans le fief royal de
Phalempin, un emplacement où les Espagnols avaient
songé à établir un atelier monétaire , lors de la cession
de I'Artois à la France ; ce lieu, exempt de toute
charge échevinale, parut conveuir à I'installation de
I'hôtel et de la Cour des monnaies ('l). Il ful cré6 des
offices hér6ditaires pour tous les enplois , et, en assi-
gnunt aux fonctionnaires I'Hôtel des Monnaies comme
résidence , le roi leur accorda les priviléges du serment
de France. Il obtint du lUagistrat I'exemption de tous
les droits dtoctroi et d'une partie des autres impôts, en
faveur des officiers de la Cour I les ajusteurs et les mou-
nayeurs furent dispensés des droits sur le vin et la bière.
L'atelier commença à fonctiouner en 1686. Les pre-
mières monnaies frappées, d'après les lettres de fonda-
tion, furent des pièces de quatro livres, pesant 37
grammes 286 m., de 40 sols, de 20s., de 10s. etde
5 t., aux armes de France écartelées de Bourgogue t
ancienne et nouvelle (2).

(l ) Cet hôtel , reconstruit en 1712, sur un nouveau plan , par


GomberS, est affecté aujourd'hui aux Frères de la Doctrine chré-
tienne.
(2) Ccs armes ffrent donner à la monnaie les noms de caram-
bole et de bourguignonne. La marque monétaire fut d'abord un
L doublé (tt) remplacé quelques mois après par un L couronné,
qui figura jusqu'en,1093 sur lesespèoes d'or et d'argent' et jus-
qu'en ,l i05 sur oelles de billon et de cuivre. Le W, troisième
marquc monétaire, a subsisté jusqu'à la suppression de I'Hôtel ,
cn l8li7.
_ t9{ _
Les altérations successives et les refontes du numé-
raire firent d.e I'atelier lillois un des plus actifs du
royaume. En 1691, il vit passer sous ses balanoiers les
métaux précieux provenant de la vaisselle d'église ap-
portée à Ia Monnaie par les paroisses et les commu-
nautés du ressort.

1686. Réuocation de l'édit de Nantes.


- La
crise
mouétaire fut cornpliquée par les événements qui furent
Ia conséquence de la direction nouvelle imprimée à
I'administration ot à la politique. Àprès la révocation
de l'édit d.e Nantes, un certain nombre de fabricants
des villages de la châtellenie durent, pour cause de reli-
gion, se réfugier en Hollande et en Àllemagne. Leur
dépar[ causa la misère d'une partie de la population des
campagnes, sans que le déficit d.u trésor ftt comblé par
Ia confiscation de leurs biens. De plus, les Espagnols ,
toujours irrités contre les Lillois, vinrent piller la châ-
tellenie dans le temps oir les forces du pays étaient
engagées dans Ia guerre contre la ligue d'Augsbourg.
La ville fut mise en état de siége, et, d'année en année,
elle dut faire face à des réguisitions d'ouvriers de toutes
sortes employés aux besoins de la guerre. En 1689, it
fallut faire au roi uu don gratuit de 62,500 livres. Ce
fut dans ces tristes conjonctures que le Magistrat fut
réduit, comme nous I'avons vu, à I'impossibilité de
payor les reutes de la ville.

Eôpitauæ, et écoles. que le roi instituait


- Pendant
I'Hôtel des monnaies, l'évêque de Tournai se disposait
à doter la ville d'un séminaire. Les constructions en
avaient été oommencées rue du Bastion (1679) , entrr
- t95 -
le rempart et l'ég:lise de lo'Madeleine encore inachevée'
Mais, par suito d'un diffdrend avec le Magistrat, Mgr'
de Choiseul abandonna son projet etvenditles nouveaux
bâtiments aux d.ames du Saint-Esprit, qui cédèrent aux
Bons-Fils leur hôpital de la rue de l'Àbbiette. Les incu-
rables suivirent les religieuses e[ firent place à des
aliénés, dont se chargèrent ulors les Bons-Fils. Ces
derniers furent autorisés, en 1700, à garder utr per-
sonnel de dix religieux.
Au moment même de la translation de ces hôpitaux,
deux nouvelles écoles furent fondées. Uo prêtro, nommé
Fouques, établit celle qui prit le nour de Saint-Maurice I
I'autre ftrt installée dans la rue Basso par Jeanne d.e
Ramery. Enfin, M" de Sepmeries (l) menait à bonne fin
la fondation de la Noble-Famille, maison destinée à des
demoiselles nobles et pauvres. Le préjugé par suite
duquel la noblesse française aurait cru déroger en se
livrant au commerco ou à I'iudustrie , appauvrissait les
familles nonibreuses. La bienfaitrice reçut du Magistrat
I'autorisation d'acheter de I'ingénieur Yollant une
maison située rue de la Barre (1683), puis elle obtint
les exemptions dont jouissaient les pieuses communautés
de la ville (1684). Lorsqu'elle eut fait avec la première
directrice r lltte de Noyelles, le règlement relatif à
I'admission et à l'entretien des peusionnaires, l'évêque
de Tournai y donna son approbation et le roi en fit dg[-
vrer les lettres-patentes (1686). Les jeunes demoiselles
étaient élevées et instruites à la Noble-Famille dès l'âge
de sept à neuf ans, jusqu'à dix-huit et nrême plus. La
chapelle fut bâtie en 1690 et la porte d'entrr4e de la rue

(,f
) Sepmeries, prévôté du Quesnoy.
,t96
- -
do la Barre, en 1695. L'année suivante, ]\{lro ds Noyelles
désigna , pour administrateurs de la communauté après
sa mort, un gentilhomme, un des ministres-généraux de
la Bourse commune des pauvres e[ un avocat. Le nombre
des pensionnaires varia de quinze à vingt-cinq, selon
les ressources de la maison. A leur sortie, les demoiselles
les plus pauvres pouvaient obtenir les places vaoantes
au Béguinage.

1687. Lb l)eûte.
- Le déplacement de la frontière
avait profondément modifié les relations comu.,erciales
do Lille avec les pays du Nord. Pour donner un
nouvel élan aux transactions de Ia contrée, Louis XIV,
passan[ outre à I'opposition des Étutrr.fit creuger un
canal de Douai à Don, et mit en communication I'Escaut
et la Scarps avec la Deûle et la Lys. La canalisation,
mise à Ia charge de la contrée , cotrta 60,000 fl.orins à la
ville pour sa part contributive I elle fut comurencée en
1687 et donna lieu à un travail considérable. lI fallut
six ans pour l'opérer et compléter le système d'écluses
établi entre le Fort de Scarpe et Deûlémont. A Loos , le
canal dit, de la Ifauh-Defrle se séparait on deux parties
vis-à-vis de la cense de Malte. Ltune se rendait dans
les fortifications par leFourchon, I'Arbonnoise et le canal
des Stations I I'autre, passant par le Pont-de-Canteleu
et le Sas-des-Savetiers, lieu de départ de Ia barque dès
1699, entrait dans la ville par la porte d'eau desJésuites
et par celle du Haut-Rivage, où elle pénétrait dans lo
bassin actuel. Ce fut seulemen[ en 1750 ![ue r pour
achever le projet de Vauban, fut opérée la jonction
entre la Haute et la Basse-Deûle dont la différence de
niveau est de quatre mètres. On creusa le canal qui,
__ ,t9? _
partant du bassin-du-Haut, traverse ltEsplanade r se
jette par la Porte d'eau du Petit-Paradis dans les foss6s
des fortifications et, de là , rejoint Ia Basse-Detle à sa
sor[ie de la ville.

Industrie lilloiæ. eflorts du g'ouvernement


- Les
furent cepenclant secondés par les sacrifices intelligents
que le Magistrat eut l'énergie de s'imposer, pour appeler
dans notre ville les industries qui lui manquaieut ou
qui avaient disparu depuis le XVI'siècle. C'est ainsi
que la réunion à la France fut , pour plusieurs branches
de I'industrie lilloise, le point de départ d'une véritable
renaissance.
On vit successivement s'établir ou prendre une exten-
sion nouvelle, la fabrication des articles de luxe:
velours, soieries, draps, tapisseries de haute'lisse,
étoffes et rubans d'or et d'argent, vernis de Chine, etc.
Ce fut sur I'autorisation du Magistrat que se fondèrent
les établissements suivants: en 1696, lo faïencerie de
Jacques Febvrier et Jean-Bossut r avec un subside de
trois cents florins; en 1704, la manufacture de cuirs
dorés, par Jacques Michiel, dans une maison louée par
la ville; eu 1707 , celle des nappes et serviettes da-
nrassées; en 1711, celle des étoffes de fild'or et d'argent
et la fabrique de porcelaine (façon de Chine) et de
faience de Barthélémy Dorez, quai de la Haube-Deûle I
en 1714 , la fabrique des moquettes , façon de Tournai,
et en 1733, la verrerie de veuve Febvrier et Boesut r âu-
torisée (1735) à s'intituler Verrerie Royale. Àprès le
traité d'Utrecht, la Chambre de Commerce demanda Ia
diminution des droits d'entrée dans I'ancieune France
pour les tapisserios de haute-lisse de Guillaume Vernier.
_498_

Iæs magniûques produits de sa manufacture ont,


comme ceux de son beau-père, Jean de Melter, et de
son élève, Pennemacker, jeté un grand éclat sur la
fabrication lilloise dont Ie musée et l'hôpital Saint-
Sauveur possèdent, de remarquables spécimens. Enfi.n,
en 1733, Nicolas Desneullain, inventeur do diverses
étoffes, reçut une gratification du Nlagistrat.

Fabrique ùe Roubafu.
- La Châtellenie ne resta
pas
étrangère à ce mouvement industriel. Malgré la r6sis-
tance des corporations , qui auraient voulu interdiroaux
fabricants de la cûmpague les beaux ouvrages de la
bourgetterie, et ne leur laisser que les tripes de velours
et autres grosses étoffes, le nombre des pièces égardées
dans les trois villages de Roubaix, Tourcoing et Wat-
trelos s'accrut sensiblement. Dès 1697, la fabrique de
Roubaix prit sa propro marque. Les plombs portaiont
d'un côté: Manufacture de Roubaix , et de ltautre , les
armos de Melun ou une efforce.

Leg brasseriet et las Cantin Mais la guerre en-


trepriso en faveur de Jacques II força le gouvernement
de recourir à une fiscalité onéreuse. Un édit de mai 1693
avait créé cinquante offices de brasseurs jurés : les
particuliers en payèrent treute-six, la ville en racheta
quatre et los brasseurs donnèrent vingt-cinq mille
florins pour la suppression des dix autres. Il fallut
élever le prix de vente de la bière, dont la consomma-
tion, autrefois inférieure à celle du vin, avait sensible-
urent augmenté. Comme les deux corps de cabaretiers
restaient distincts l'un de I'autre, I'intendant ébablit
(1692) des oantiues à bière pour I'armle , et plus tard ,
499 .-
-
des cantines à vin à la èitadelle et au forû' Saint-sauveur
(1708). Il défendit d'eufermer, dans les pavillons et les
caÉetnes, Ies touneaux appartenant aux brasseurs ou uux
particuliers parce que les boissons réservées aux militaires
étaienf exemptes d'assis. On republia en même temps
les ordonnanees qui interdisaient la consommation dans
les caves de Saiut-Pierre, de I'Abbiette et des grands
hôpitaux , otr la fraude ne cessa jamais de se pratiquer
au préjudice dss fermiers de la ville.

1695. Caltitation généralo.


- ta
guerre continuait
et le roi se vit, à regret, forcé d'établir, sur tous ses su-
jets, une nouvello taxe temporaire qui devait cesser avec
les hostilit6s. On divisa lu population du royaume en
vingt-deux classes. Les hauts dignitaires de l'État fu-
rent taxés à deux mille livres, les marchands en gros à
cent livres et les bourgeois à soixante. Les soldats,
manæuvres et journaliers no payèrent qu'une livre pour
cette capitation générale, qui se leva sans frais et sans
remise. Afin dten faciliter laperception, une ordonnance
du Magistrat enjoignit aux habitants de Lille de décla-
rer leurs qualités ou professions et le nombre de leurs
valets ({). L'année suivante, il fallut verser soixante-
deux mille livres , comme part de la ville, pour s'exemp-
ter de I'introduction des offices de mesurours jur6s des
bois et du'charbon de terre tiré du Hainaut autrichien,
otr iI s'exploitait déjà depuis longtemps.

1699. Les flewrs de l'is. La France était enfin en


-
(4),[e.recengement de la populatiorr récemmont opére (4694)
I'avait portée au chiffre de 67,800 âmcs. ll acousait,, depuis le
précédent (4688), une augmenta[ion de {,443 familles.
-200-
paix; mais la signature du trai[é de Ryswyk n'avait
pas fenrré toutes les plaies de la g'uerre : Itencombrement
se perpétuait dans les hôpitauxComtesse et Saint-Louis.
Comme les maladreries éfaient devenues sans emploi
par suitede la disparition de la lèpre, I'intendant pro-
pQsa de les supprimer. Les biens en furent affectés
(1698) à I'hôpital Saint-Sauveur qui fut agrandi et reçut
des soldats malades. Cependant les efforts de l'adminis-
tration et les secours de la charité. privée n'avaient pu
extirper la mendicité. 0n la réglementa. Les étrang,ers
recevaient un asile momentané au dépôt de mendicité ou
Raspuck créé par ordre du roi, et Ie Magistrat fit deux
classes distinctes des pauvres de la ville autorisés à
implorer la compassion publique (1699). Ceux qui por-
taient sur Ie bras droit une fleur de lis entière pouvaien[
mendier tous les jours I la permission était restreinte
aux d.imanches et aux jours de fête, pour les pauvres
munis d'une demi-fleurde lis.

1701. Le Pont-Neuf.
- La même unité
entre l'Intendance eb I'Hôtel-de-Ville
de vues
, concourut à
I'embellissement de la paroisse de la Madeleine. pendant
que les deux rives de la Detle se garnissaient do quais
et de maisons particulières, le bussin qui s'étendait
entre le quai Saint-Pierre et Ie Marché-Neuf ({) fut
comblé, et on remplaça le pont provisoire menant à la

({) Ce fut, à partir de t?60,le marché au charbon, actuel-


lenrent halle aux sucre-s. on consommait alors une grande quan-
tite de charbon de faux ( r,lcus, hétre ), amené de Ia ,forêt de
lllormalparbateaux ou dans des hcnr es, chariots d'osier d'une
contenance de quinze à seize mètres cubes.
-20r-
rue d.u Bastion, par une construction appropriée aux be-
soins de la circulation : Ie Pont-Neuf, exéoutd d'après
les dessins de Vollant, fut jeté par-dessus Ia Detle et.
Ies quais (1701). Depuis lors, deux larges escaliers et
une rampe en pente douce relient I'un à ltautre les dif-
férents niveaux de terrain. Ce fut aussi en 1701 que
fut posée, près de la rue de Gand , Ia première pierfe
de la nouvelle église des Carmes-Déchau-ssés, occupée
aujourd'hui par les religieuses de l'Enfant-Jésus, et
que I'on résolut de transférer Ie poids public sur Ia
Petite-Place, devant la Bourse, à I'emplacemeat des
ancieunes prisons royales construites en 1524 ({),

Les a,rts libérauæ; Pendant que stopéraient ce*


travaux , iI survin[ un sinistre qui occasionna des dé-
penses imprdvues. Les chefs-dtæuvre de la scène fran-
çaise avaient reçu du Magistrat une gracieuse hospita-
lité. Les représentations se donnaient à I'Hôtel-de-Ville,
où malheureusement elles occasionuèrent un incendie
qui éclata en 1700, et nécessita la. reconstruction d'une
parbie du palais municipal. Les amateurs de théâtre
cherchèrent un nouvel emplacement pour la salle de
spectacle: le Magistrat permit ,de l'ouvrir près de la
place de Rihour (2) et ratifia le traité d'entreprise. L'art
dramatique n'était pas seul en honneur à Lille: pendaut

({ ) ta nouvelle prison royale fut construite rue Neuve-Saint-


Pierre, à I'emplacement de I'hôtel des Archives, et on en ftt une
auhe plus petite, près de I'Eôtel-de-Yille, dans I'angle de la cour
du Fresne, pour détenir les prévenus sounris à la juridiotion rlu
ilagistrat.
, (2) On on voit encore le souvenir sur lcs plemières maisons de
lâ ruê de Ia Yieille-Comédie.
-202-
que J.-8. Monnoyer, peintre lilloisr l'un des artistes
renommés qui avaient prêté leur concours au dévelop-
pement de la manufacture des Gobe1ins, exécutait à
Lond.res des travaux importants, Arnould de Vuez,
fixé dans nos murs, tenait acad.émie une fois par se-
maine. Depuis 1692, il recevait tous ceux que la cu-
riosi,té ou l'inclination portaient ù d'y rendre pour être
enseignés. Cet artis[e fit de uombreux tableaux pour Ies
églises et les couvents I il exécuta de plus, pour la ville,
une série do portreits des comtes des Flandre. Puis,lors-
qu'on eut reconstrui[ la partie de I'Hôtel-de-Ville in-
cendiée, Arnould de Vuez offrit au Magistrat (1?11) de,
décorer la salle du Conclave que les flammes avaient
$pargnée. Il fut chargé de peindre les cinq panneaux qui
garnissent les parois de la salle jusqu'à I'hémicycle.
Cette déooration fut achevée en 1714. Pour la oom-
pléter, le Magistrat fit lambrisser (1717) le dessous des
panneaux et appliquor contre la paloi circulaire une ta-
pisserie de haute-lisso de Destombes-Pennemacker. La
belle boiserie de dËne sculptée du ùIusée céramique
fut entreprise par trÏanchomme et Cuvelier.

1704-1708 . foæph Ctément.


- On était en pleine
guerre de la succession d'Espagne , lorsque la destruc-
tion de I'armée bavaroise à la bataille d'Iloohstedt
(1704) força l'électeur de Bavière Emmanuel à se ré-
fugier en France. Son frère Joseph Clément , électeur
de Cologne, ayant eomme lui embrassé le parti de
Philippo V , dut suivre son exemple. Il vint fixer sa
résidence ù Lille, oir il fut reçu avec de grands hon-
nours , le 28 juillet 1704. Ce jeune prince dont les émi-
nentes gualités furent appréciées de tous , grauds et
-203.-
petits, n'a laissé dans cette ville que de bons souvenirs.
II avait été élu évêque de Liégo sans jamais entrer
dans les ordres sacrés. Mais ltadversit6 et une cérdmonie
de vêture dont il fut témoiu, au morastère de I'Abbiette,
lui inspirèrent le dessein d.fembrasser la carrière oùr son
titre I'avait appelé. Apràs avoir reçu le sous-diaconat
des mains de Fénelon , il fut élevé à la prôtrise par l'é-
vêque d.e Tournai, et, le 1" janvier 1707, il célébra
sa première nesse tlans l'église des Jésuites. Cinq mois
après (1" mai), il fut sacré évêque dans la Collégiale
Saint-Pierre, par I'illustre archevêqus de Cambrai qui
prononça un mag'nifique discours sur le rôle des prin-
ces dans l'église (l). Le nouveau pr6lat reçut le pallium
dans l'église des Dames de I'Abbiette. C'est Ià qu'il*
érigea uno chapelle de Notre-Dame-de-Lonette, dont il -
fit la consdmation en 1708.
.
1708. Ee marcchal dit Boufflers. La bataille de
Ramillies (1706) ayant laissé presque- sans défense la
frontière du Nord, les alliés avaient pu exiger de la
Flandre wallonne des contributions dont la ville eut à
payer sa quote-part. Bientôt la victoire ne suffit plus
aux ennomis do la Franco I ils veulent reprendre les
villes enlevéesil y a quarante ans àl'Espagne. Louis XIV !

résiste à Ia mauvaise fortune I rien ne peut abattre son


courage ni ébranler sa confiance. Pendant que les impé-
riaux se massont sur la frontière, il fait concentrer à
Lille et au camp de tr'relinghien les dernières troupes en
qui repose I'espciir de lapatrie. Le duc de Bourgogneen

.,1,1 De petites médailles jetées àr la foule rappellsnt les deur


cérémonies dg la messe et du pacre.
-201-
est le chef; mais la crainte d'un écheo don[ les suites
seraient fatales I'empêche de tenter un coup décisif ; il
sacrifie Lille pour ménager son armée. Celle-ci prendra
sa revanche à Denain.
Les tergiversations du duc of Ia rivalib6 des généraux
Brunswick et Yendôme placés sous ses ordres, ont pour
conséquence I'abandon et I'isolement de la ville, à partir
du màment où Marlborough vient tracer la grande
ligne de circonvallation qui, passant par Lezennes et
Flers, s'étend. de Loos à la Margue. L'attaquer com-
mencée par le prince dt0range et achevée par le prince
Eugènef se concentre entre Ia Haute e[ la Basse-Deûle'
Le maréchal de Boufflers, bloqué et réduit aux res-
reources d.tapprovisionuements et de matériaux renfer-
m6s dans la ville, oppose à I'action combinée de ses
illustres adversaires, tous les moyens de résistance que
l'énergie, la science et l'habileté peuvent lui suggérer'
La faim, cette suprême loi des capitulations r pourra
seule le déoider à g'avouer vaincu.

Le siége.-Une fois I'investissement achevé (14 aott)t


assiégés of assaillants déploient une égale énerg'ie.
Malgré le nombre des batteries, malgré la puissance des
mortiers et des obusiers , l'artillerie de la citadelle
baiaye les prairies de Lambersart. te feu de nos dé-
fenses avancées enrpêche I'ennemi d'aborder les brèches
faites au mur d'enoeinte et fermées, chaque nuit, par de
nouveaur ouvrag'es construits en retraite. Si les canon-
niers seuls prennent aveo la garnison le soin de rendre
feu pour feu, et se montrent dignes de la renommée de
leur confr6rie, dont la conservation sera demandée par
le gouverneur, en 17421 lors dela suppression des autrps
-206-
compagnies bourgeoises, chacun en ville se oonsacre
entièrement au service de la défense. Les toits de cer-
tainec maisons abattues par I'artillerie des assiégeants
fournissent du plomb pour fondre des balles. Les moines
confectionnent des gabions, les religieuses organisent
des ambulances où s'accumulent les blessés I le peuplo
des faubourgs, entré en ville , stassocie bd'avement à
Itæuvre de la résistance, et I'hôtel dos canonniers r il€
des Malades, devient un atelier où I'on hâte à I'envi la
confection des armes, des gargousses, des palissades et
des blindages çlue I'on apporte aux nrains des soldats.
Quoiqu'on ait introduit on ville, avant le siége, six mille
chariots de munitions , quatre-ving'ts pièces de canon,
soixante mortiers et vingt-six autres pièces de divers
calibres, le bois, le for , le plomb et tous les matériaux
utiles sont mis en réquisition.
Aussi ltattague nocturne du ? septenrbre, vigoureuse
et meurtrière , véritable boucherie où les forces s'épui-
sent de part et d'autre, loin depermettre aux assiégeants
de pénétrer dans la place, les contraint à se loger à
grand'peine sur quelques angles saillants, sans gabions
ni fascines. L'approche momentanée de I'artillerie fran-
çaise logée sur les hauteurs de Mons-en-Pévèle, e[ Ies
dépêches apportées par la jeune Madeleine Caulier (4) ,
fon[ tenter plusieurs sorties qui restent rnalheureusement
sans résultat. Dès ce moment les progrès des assiégeants
deviennent plus rapides. Les assiégés n'espèrent plus,

(4 I Partie d'Avelin, son village, elle traversa , déguisée en


homn:e, toutes les lignes de Marlborough et du prince Eugène,
et n'accepta poul récompelse que I'honneur de servir son pays.
Elle mourut à Denain.

{l
qI'.-

-206-
maisils se défendent toujours... Alors commence une
série dtassauts et dtattaques meurtrières I les fossés
se comblent de cadavres, les mines et les contre-mines
sautent de toutes parts, des inoendies éclatent en maint
eudroit I mais à mesure que le canon des assiégeants
ouvre une brèche, les Liilois la comblent avec les débris
de leurs demeures et les arbres de leurs jardins. Puis les
vivres viennent à manquer: on abat des chevaux pour
nourrir Ia g'arnison I I'argent fait défaut : on frappe une
monnaie de nécessité remboursable après le siége (l); la
brèche de la porte d'Eau s'élargit : Boul'fl.ers s'y tient
nuit et jour et la fait combler avec des fagots goudron-
nés, de sorte que ltennemi, en s'avançant, rencontre une
nuraille de flammes impossible à aborder.
Cependaut une résistance poussée à de telles extré-
mités pourrait se terminer par un assaut général et
livrer la ville au plus afrreux massaue. Le 22 octobre,
Ies Lillois, épuisés par Ia famine, représentent au gou-
verneur que la prolongation de la lutte devient imrtile
et qu'elle expose la cité à une destruction complète.
Boufflers cède à ces observations et signe, avec Ie prince
Eugène, une capitulation stipulant une trève de trois
jours et Ia faculté, pour le gouverneur, de se retirer avec
la garnison dans la citadelle. Le vaillant défenseur y
tint encore quarante jours sans recevoir aucun reuforl,
aucune nouvelle de I'armée; il se rendit après avoir
épuisé tous ses vivres, toutes ses munitions. Lo prince
Eugène laissa hautement éclater sou admiration pour

(,1) lf,onnaie de cuivre, émise pour 20 sols, l0 s. et S s., portant


d'un côté les armes de Boufflers, et au revers I'inscription : nno
DEFENSIONE VRBIS ET PATNIÆ.
-20i*
ce glorieux adversaire. a peiue les portes do ra citadelle
furent-elles ouvertes, quril courut I'embrasser. Les d.eux
-l
héros firent ensemble un souper de citadelle affamée : on
leur servit un rôti de chair de cheval.

Occu.pation hollanilaise. l?08-t7lg L,Europe


avait en ce moment les yeux fixés sur Lille et sur les
g'énéraux en lutte. IJne fois la ville prise, les hautes
puissances, fières des beaux faits d'armes qui les avaient
mises en possessiou de cette importante place forte,
témoignèrent leur allégresse de la façon laplus éclatante
Des caricatures et de superbes médailles aux allusions
I
railleuses, aux légendes emphatiques, furent répandues
en Elollandê, en Angleterre et en Àllemagne pour flatter
I'amour-propre des vainqueur-s et perpétuer le souvenir
;
de leur triomphe.
I Mais, à Lille, où I'on dut réparer les dégâts causés
par les projectiles et ltincendie, les sacrifices nécessités
par Ia défense avaient épuisé le trésor de la commune;
I'hiver rigoureux de 1709 fit manquer la récolte, et les
pauvres mouraient de faim. Pour parer du même coup
à sa propre détresse et à la famine, le Magistrat fit
fondre I'argenterie des églises, achota du blé à l'étran-
g'er et organisa des boulangeries communales, Il prit
aussi des mesures préventives contre les vols et les dé-
sordres nocturnes provoqués soit par la misère, soit par
la garnisou. Il divisa la ville en vingt quartiers ayant
chacun un commissaire, un adjoint et un valet chargé
de l'éclairage. Le nombre des gardes de nuit fut doublé
et, à la suite de deux incendies violents, on augmenta
le matériel des pompes dnns tous los guartiers.
-"--

I -208-
Les ytrdchet Quant aux Hollandais, ils moutrèrent
une louable
-
modération: I'accord ne cessa de subsister
enue les militaires et les bourgeois, et , quoique la gar-
nison ftt protestante, les processions religieuses sor-
tirent aux trois jours accoutumés. Le culte réformé
s'installa place de l'Àrbalète (cle I'Arsenal), et les prédi-
cateurs catholiques , pour prÉvenir I'effet des prêches,
firent assaut d'éloqueue'o et d'éruditiom dogmatique.
Malgré I'intérêt témoigné par le peuples à ces manifesta-
tions et les tendances jansénistes d'une partie de la
bourgeoisie , les anciennes cro.yances tre furent point
6branlées.
Le Magistrat sut, en outre, obtenir un allégement
aux charges de I'occupation: guelques dons gracieux au
gouverneur et à ses principaux officiers lui acquirent
assez d'influence pour faire dimlnuer la garnison de la
ville, etobtenir l'éloignement de cer[ains corps de troupes
dont la présence était fort onéreuse poûr noscampagnes.
Aussi, pendant les quatre années suivantes, {ui furent
si désastreuses pour la tr'rance, la tranquillité locale fut
favorable aux intérêts de la ohâtellenie I la liberté reli-
gieuse ramena aux lieux de leur naissance des ouvriers
exilés depuis 1686; de nouveaux établissementg indus-
triels ne tardèrent pas à se former.

Le tournesol. La victoire de Denain et le traité


-
d'Utrecht délivrèront Lille de I'occupation hollandaise.
Le ler juin 1?13 , jour de la Pentecôte, les troupes fran-
çaises of le maréchal de Montesquiou furent reçus avec
allégresse par toute la population. La ville renouvela son
serment de fidélité au roi et, le jour de la proclomation
de la paix, tout Ie quartier de la Grande-Place fut bril-
frr
-209-
lamment illuminé I deux feux de joie et un feu d'artiûce
terminèrent cette fête patriotigue. Le jeton frappé par
les États représente un tournesol symbolisant I'affection
consorvée au roi soleil, par les habitants, malgré la rnodé-
ration dont les hautes puissances avaient usé à leur
égard.
Le duc de Boufflers fut rappelé au gouvernement de la
Flandre wallonne, mais il avait besoin de repos: sdn fils,
encore enfant, reçut le titre honoriûque de gouverneur.
On déféra la lieutenance g6nérale au prince de Tingry
dont l'arrivée à Lille lut suivie de deux fêtes de canoni-
sation. La première fut celle de Saint-Félix , célébrée par
les Capucins I après eux, les Dominicains mirent en hon-
neur la mémoire d'un pape sorti de leur ordre, Pie V,
que Cl6ment XI venait d'élever au rang des saints'
i'année suivante, le canal des Jésuites, qui pénétrait en
ville à ciel ouvert, en traversant le_ collége, fut couvert
jusqu'aup!ès de ltabreuvoir. Les religieux ayant eu-à se
plaindre de la conduite des Personnes qui usaient de ce
passage, furent autorisés à le vorïter à leurs frais. Cette
ôirconstance amena les blanchisseurs de Wazemmes à
remplacer, par des chariots attelés de chiens,les bateaur
affectés au transport du linge de leurs clients' Ce mode
de traction a été eu usage un peu plus dtun siècle'

Les sarsonnettes ù ailai'ns ({). Par suite du traité


cl'utrecht, il -
thllut remanier la division administrative
de I'Intendance de Flandre. La perte de Valencienneset,

(,1) Désignation ircnique des emplois à la sortie desquels, après


un ôernin temps d'exerrice, on pouvait solliciter un titre de
noblesse.
*210-
plus tard, celle de Conilé furent cornpensées par I'adjonc-
tion de Ia Flandre maritime. Los intendants étaient chur-
gés de faire voter les impôts par les Étut*, de les répartir
avec leur aide et'd'en surveiller la perception. Ils pour_
voyaient au logement des troupes et au paiement dà leur
solde , et devaient renseigner le roi sur l'état , les besoins
et les ressources, du pa.ys. Peu à peu ils s,attribuèrent,
aux dépens del'Échevinage, diverses fonc[ions de police
i
leur contrôle s'étendit sur les manufactures, les arts et
métiers , I'agriculture, les marais, les rivières et les
canaux. Cetté ingérence, fatale aux libertés publiques,
fut , dès la conquête, un puissant motif d,émulation pour
les magistrats issus de la bourgeoisie. Les homm* u.iifr,
les esprits élevés ambitionnaient l'honneur de se rendre
utiles ou agréables au pouvoir, dans la personne de I'in-
tendant I et les savonnettes à vilains récompensaient
avec usure les services rendus involontairement à la cen-
tralisation

Chambre de Commerce et Juriiliction consulaire.


L'intendant de Bernières ne tarda pas à faire établir- à
Lille une Chambre de Commerce comme celles dont les
principales villes de France avaient été dotées depuis
1707. L'acte coustitutif désigna pour y siéger un direc-
quatre syndics et uu député ou commissaire royal
l_t11,
(1f14). Chaque année, la Chambre s'adjoignait vingt
négociants pour procéder à l'élection du directeur et de
deux syndics, de sorte qu'elle se renouyelait partielle-
ment. On élisait en même temps le député dont'les
appointements étaient aux frais de la ville et de la châ_
tellenie. Il en était de même du subside annuel fixé à
deux mille livres, sur lesguelles se prélevaient le paie-
* â4f -
Tnent des jetons de présence et d'une médaille dtor offerte
à chacun des membres, à leur sortie de fonctions. La
Chanbre se réunissait tous les mardis et recevait les
communications des commerçants de Lille, Arras, Bou-
logne, Calais, Cambrai , Douai, Dunkerque, Maubeuge,
Saint-Omer et Valenciennes. Elle envoyait chaque mois
à l'intendant et au contrôleur des finances la copie de
I'extrait de ses délibérations. Enfln la dernière institu-
tion du grand roi fut la juridiction consulaire dtablie
(février l7l5), malgré l'opposi[ion opiniâtre que fit le
Magistrat à ce nouvel empiètement sur ses prérogatives.
Elle avait pour mission de connaltre promptement et
sans frais, de tous procès et différends survenus entre
marchands , négociants, facteurs et commettants, pour
faits de commerce. Elle fut chargée provisoirennent de
Ia connaissance des faillites et banqueroutes, droit qui ,
prorogé, contesté, retiré, rendu et disputé, ne se trouva
reconnu qu'après cinquonte ans de lutte.
Cette institution pouvait se conformer aux, coutumes
locales. Les causes se plaidaient par les parties, sans
ministère d'avocat ni de procureur, devant le [ribunal
composé d'un juge unnuel et de quatre consuls retrou-
velables par moitié chaque année.
<

XIV.

Lutte des corporations. De I'avénement de louis XY à la bataille


de Fon[ency (47,t5 à,174S). - Régence du duc d'Orléans. -
Relâchement des mæurs. - L'imprimerie et la librairie. -
Les bas à I'otile. - Les courettes. - [a banque de Law. -
ilutineries et réprimandes. - Les impôts et lcs collecteurs
paroissiaux. - [a bibliothèque publique de Saint-Pierre. - La
Société du Concert. - Canonisatiotts. - Les lanternes publi-
qucs.
- Le Grand-Magasin. - Rivalités des corpot'ations. -
Sayetteurs, bourgeteurs, teinturiers, filtiers. - Le patois de
Lille et Brtle-Maison. - Pèlerinages. - Ilépartition des cha-
rités. - L'hôpital des invalides et I'Ilôpital-Général. - L'an
quarante. - Exigences fiscales. - Louis XY reluse de recon-
naltre le privilége du sermont. - Causes diverses de mdcon-
tentemenl.

Lours XV. 1715-1174. La Régence.


- L'époque
de
la minorité de Louis XY ne se signale point par des
faits importants pour notre histoire locale I mais à Lille
comme ailleurs le luxe, imité des prodigalités de laCour,
gagne les masses et devient scandaleux par le relâ-
chement d.es mæurs I la vénalité des emplois en décon-
sidère I'exercice ou déplace I'influence des fonctionnaires
no.mmés à l'élection, ,au profit ds droits -acquis par la
- 2,13
-
Itnance q,r1 ; les corporations se livrent aux vaines con-
testations d'une concurrence niesquine et restrictive
I
I'esprit d'opposition se fait jour dans les écrits et se
répand dans toutes les classes. N,étant plus comprimé
par l'autorité et l'éclat de la royauté, il s'attaque à
tout, déconsidère tout. Enfin , les exigences arbitraires
du ûsc et la falsification des monnaies, s'imposant soug
les formes les plus odieuses, suscitent des murmures et
des plaintes gui dégénèrent en émeutes.

Faits diaers. Parmi les faits accessoires qui se


-
passèrent sous la Régence, on peut nrettre en première
ligne la mesure prise contre la librairie étrangère. on
introduisait en France des ouvrages dont les doctrinee
subversives et les critiques amères jetaien[ re trouble
dansles esprits. Un arrêt du Conseil d,État, de 1717,
établit à Lille une chambre syndicale de l'imprimerie
et de la librairie. Elle était chargée de contrôler, à leur
entrée en France, les lirires of les brochures venant de
luyr étrangers. - L'année suivante , pendant que
François collart introduisait en villo le màtier à tisser
letricotr, qui ser[ encore à faire les bas au métierr ap-.
pelés alors bas à I'otile , lu suette exerçait de terribles
ravages. Du fond de l'Àllemugne où elle avait pris
naissance, cette maladie contagieuse vint stabattre-sur
la population ouvrière et la décimer, malgré les précau-
tions sanibaires prises par le Magistrat. Lr, ,urrrors
inoccupées roçurent les habitants cles courettes, séjours
infects où le fléau sévissait d,une manière effrayànte;
il fut défendude garder chezsoides porcs ou deslapins.

(l) Prir des ofilces.

42
- 2,1,t
-
1?18-1720 La Banque de Law. - Un autre
malheur pesait sur la France: Les effets désastreux du
système financier de Law, développ6 outre mesure Par
suite de I'engouement général, eurent leur contre-couP
en province. Non-seulement des'particuliers se ruinè-
rent pour s'êbre laissé prendre à I'apptt de bénéûces
exagérés, mais les caisses publiques furent contraintes
'd'échanger leur numéraire contre des billets de Ia ban-
que. A Lille, le Mont-de-Piété perdib 170,000 livres et
la ville paya une partie de ses rentes en billets; de
sorte que les petits reutiers, les prébendés et les éta-
blissements religieux furent eucore réduits ù une extrême
misère: les Minimes t'urent ruinés. Cependant après
avoir plus que doublé la valeur nominale des monnaies,
e[ donné un cours forcé aux billets de banque , on eut
recours ù des expédients aussi absurdes que crimiuels.
On fixa la valeur des actions de la banque et I'on
créa une monnaie métallique de valeur décroissante :
le louis d'argent émis pour trois livres, au mois de mars
1720, devait perdre graduellement cinq sous de sa va-
leur, le premier jour de chaque mois, jusqu'à sa rédue-
tion à vingt sols. Un tel arbitraire irrita les détenteurs
qui, à la quatrième réduction, soulevèrent la foule in-
dignée. On brisa des vitres, et il fallut arrêter des mu-
tins que le régent lui-même permit de relâcher, après
que le Magistrat leur aurait fait, en place publique,
une réprimande proportionnée à leur faute. L'impossi-
bitité pour l'État de se faire payer en espèces mdtalli-
ques, fit différer d'un an le recouvrement des impositions.
'
Les eollecteurs. moment où le Magistrat con-
- d11
tervait ltespoir de rétablir les finances épuiséees par la
-216-
catasfrophe de 1720, la proclamation de la majorit6 du
roi vint déjouer tous les calculs de la prudence. Le
droit de joyeux avénement, levé par les rois de France,
à leur prise de possession du trône, fut aggravé cette
fois du paioment de quatre cent mille livres (1?23). Ce
fut la part de la ville danslo million imposéà laFlandre-
'Wallonne pour le rachat des offices municipaux et le
maintien, sur leur ancieu pied 1 des maltrises dans les
corps d.'ar0s et métiers.
Ce n'était pas tout: à deux reprises différentes , le
Magistrat dut se faire autoriser à imposer les habi-
tants I d'abord pour paJrer I'abonnemen[ d'un droit
établi sous Louis XIV : celui de contrôle des actes ju-
diciaires, puis pour couvrir I'importance du oiniluan-
tième denier, contribution de deux pour cent mise à la
charge des immeubles (L727). Ces impôts étaient levés
par des collecteurs paroissiaux, à la suite d'une adju-
dication laite pour un, deux ou trois ans. La capita-
tion que I'on ooutinuait à percevoir et I'ancien impôt
des vingtièmes se levaient de Ia même manière, et
les collecteurs étaient tenus de verser, chague tri-
mestre, une somme fixée dans I'acte d'adjudication ,
sauf Ie versement du dernier terme qui devait faire le
solde des comptes. Quelque onéreux clue fussent ces di-
vers impôls, I'exactitude était d.'autant plus obliga-
toire, pour le paiement, que I'aud.ition ou vérificatiou de
la recette avait lieu en décembre , À péril d'amende
pour les colleoteurs en retard.

1?26. Bibliothèque de Saint-Pierre. Société du


-
Cependant les Lillois se dégageaient de
Concert.
-
leurs embarras finanoiers, et si I'amour des plaisirs s'é'
2,|6 -
-
tait trouvé surexcité au moment dtuue splendeur fac-
tice, si la gloiro littéraire de la ville avait pâli , on
oDcourag'eait le gott de l'étude, of I'attrait des beaux-
arts se développait. Pendant que Doudain recevait la
permission de s'établir à Lille et d'y donner des leçons
de mathématiques (1726), avait lieu la pose de la pre-
mière pierre de la bibliothèque fondée par le Chapitre do
Saint-Pierre. Le public y fut admis le mardi et le jeudi,
et les personnes connues pouvaient obtenir des prêts de
livres. Les dons de plusieurs chanoines et la libéralité
de Louis XIV avaient contribué ù enrichir cette biblie-
thèque ; le roi voulant témoigner au chapitre sa grati-
tud,e pour la cession bénévole dtune portion de terrain
incorporée dans les fortifications , lui avait accordé un
exemplaire de tous les ouvrages qui sorbiraient de
I'imprimerie royale. L'éducation musicale reçue à la
maltrise de Saint-Pierre r par de nombreux élèves ,
donna naissance à plusieurs sociétés. La plus impor-
tante, celle du Concert , installt6e d'abord à I'Hôtel-de-
Ville , e[ dont les artistes avaient depuis longtemps
(1691) remplacé , dans les c6rémonies publiquÀ les
,
musiciens gagistes de la ville, ût construire à ses frais
(1733) une salle de réunion dans Ia rue Sainte-Cathe-
rine ({ ).

Canonîsations, Un fait remarquable de la courte


-
époque de tranquillité guisuivit le'mariago du roi , fut
la série des fêtes de canonisations qui se succéd,èrent

(,1) En {803, la société du Grand-Concett exprima le væu de


voir son établissement érigé en Conservatoire de musique. L'A-
cailémie actuelle dab de t8,t6.
-2t7-
dans les couvents. Déjà en 1?13 , à I'occ.asion de celie
de Saint-Félix , les Capucins avaient obtenu par faveur
I'usage de la cloche Emmanuel. Il y eut six céré-
monies d.e ce genre en 1727 : Ies Dominicains et les
Carmes-Déchaussés reçurent du Magistrat uu subside
de 200 florins I la canonisation de Saint-Louis de Gon-
zague et de Saint-Stanislas Kostka valut aux Jésuites
un don de 300 florins'et, pour celle de deux francis-
cains , les Récollets furent autorisés à ériger un grand
autel sur la place.

La Yoierie. quelque-c années de pros-


- Pendaut ces
périté relative, on voulut donner suite aux améliorations
matérielles déjà effectuées dans la ville. On ordonna la
démolition de certaines maisons de bois qui, à I'instar
des châlets suisses, faisaient saillie sur la voie publique
(1728) Le mode d'éclairage, qui avait été réglementé
en 169?, fut amélioré. On substitua I'usage de I'huile à
celui des chandelles dans les lanternes publiques (1731)
et, sur la proposition du duc de Boufllers, ces lanternes
furent suspendues au milieu des rues r au moJren d'une
corde (1737) , comms on le faisait à Paris. Le Magistrat
prit une mesure libérale en faveur du commerce: Ie
marché aux toiles se tenait en plein air, tous les mer-
orod.is, depuis sa dernière organisation (1689). Il fut
décidé en 1737, que, dorénavant, ce urarché se tiendrai[
dans les galeries de la cour de la Bourse, oir des tables
et des bancs seraient mis gratuitement à la disposition
des marchands. Le même avantage fut accordé pour le
marché au beurre.

I?30. Le GratùI-Illagasi'n, De son côté, le gou-


-
| 91.
- 2,18
-
vernement prenait des mesures contre la disette encore
fréquente par suite do la grande incgaiitd des récoltes.
Il ordonna de faire des approvisionnements de bré et de
farine en différents lieux de la frontière du Nord (I?Zg).
Les États de Lille, {ui avaient procur6 uo puoplu dæ
secours efficaces dans une maladie épidémique, s,asso-
cièrent largement à cette pensée de prévoyanoe. Ils
affectèrent à la oonstruction du Grand-Magasin un ter-
rain situé près de la place Saint-Àndré. Cet 6diûce,
a-t-on dit, pour en sig'naler I'importance , possède
autant de fenêtres qu'il y a de jours dang I'année.

1732. Riaatités des corporations.- Mais si la Frauco'


est momentanément en paix, les corporations s'agitent
et les rivalités commerciules et industrielles prennent un .

caractère de plus en plus ag'ressif. Bien loin d'admettre


l'émancipation du travail réclamée au nom de la justice,
Ies corporations limitent Ie nombre des mal[res et de
leurs ouvriers pour restreindre la concurrence; elles
augmentent la durée de I'apprentissage, pour avoir
moins de francs ou de compagtrons et plus d.e travail
gratuit; elles font un secret de chaque détail du métier
pour entraver les industries rivales, et ne laissent l'ou-
vrier passer maitre qu'au prix d'épreuves longues et
cotteuses. Eatre elles, ces mêmes corporations se jalou-
sent-et se querellent I elles se disputent Ie march6, non
pT lu supériorité des produits, mais par l'étendue des
priviléges qu'elles se font céder oo qo'rlrs ddfendent
avec l'appui du Magistrat et dela chambre do commerce.
au lieu de s'attacher à Ia recherche de perfectionnoments
utiles, leur activité se perd en procès ruineux et
,
chacune estime à I'égal d'une victoire I'achat de queigue
-2t9-
ordonnance restrictive r que la royauté leut vend sans
distinotion à beatux deuiers comptants.

Orilonnances. C'est ainsi qu'un arrêt du Conseil


d'État, rendu en 1732r réglemente en quatre-vingt-
neuf articles les largeurs et lougueurs des pièces de
sayetterie, bourgetterie et autres, dans la ville et Ia chÈ-
teilenie, et les soins à. prendre Pour en assurer et véri-
fier la bonne confection et la teinture. Précautions in-
suffisantes : en moins de dix ans, le Magistrat intervient
dir-sept fois pour réglementer la fabrication des étoffes
pmises dans cet arrêt, ou y ajoutor de nouvelles Pres-
miptions. Cos ordonnûnces gêneut la liberté du travail,
mais elles out pour but de garantir la loyauté des trans-
actions, de constater le mode de confection et dtassurer
la bonne réputation des marques de fabrigue. Aussi, la
corporation des drapiers obtient-elle du Magistrat un De-
dorùlement ile rigueur. Sous Louis XIV r I'introduction
dtun nouveau genre d'étoffes imitant les produits de
I'A-ngleterre et de la llollande, avait fait ajouter à la
Haute-Perohe un autre siége, celui de la Crue-Perche,
où les fabricants étaient tenus de faire visiter tous leurs
draps. Les pièces recounues bonnes étaient marquées
d'un plomb payé deux patars au prott de la ville. De là,
elles passaient au foulon pour venir à la Haute-Perche,
et être v6rifiées une seoonde fois et munies, avant
l'apprêt ou le s6chage, d'un plomb de scel, portant les
armes de Lille, le nom de l'étoffe et I'aunage de la
pièce. A partir de 1?32 , toute pièce tondue et apprêtée
dut repasser à la Haute-Perche, pour y subir une der-
uière vérification do qualité et d'aunag'e.
L'année suivante (l?33), ce fut le tour de la teinture.
-220-
Tous les maltres de la coryoration furent astreints à
faire confirmer leur mal[rise, en présentant un chef-
d'æuvre qui consisbait à teindre une pièce de drap ou
d'étofie de draperie, en trois nuances de chacune des
couleurs mères, c'est-à-dire en bleu, noir, rouge
g'arance et fauve (,1).

Les teinturiers formaient deux maltrises : la première,


celle du grand teint, avait seule le droit de mettre en
cuve les draps, ratiues, calmandes, camelots, quignettes
et bouffis; I'autre, celle du petit teint , pouvait teindre
les frisons , tiretaines , petites sergettes à doubler et
autres petites étoffes; puis , en gris de diverses nuauces ,
les étoffes qui servaient à faire des doublures, ainsi que
les fils de laine à I'usage de la sayetterio et de la bour-
getterie. Le siége de la teinture se composait de six
égards r deux du grand teint, deux du petit et deux de
Ia draperie.
Les filtiers seuls avaient obtenu quelque latitude en
1728; ils en usèrent pour changer la longueur et la
quantil,é des tours dans les écheveaux de tl. Des récla-
mations adressées à I'intendant firent bientôt annuler
les concessions du Magistrat. L'uniformité fut rétablie
dans la fabrication. Le règlement du mois de mai 1?33,
interpré|,é en septembre et complété trois ans plus tard,
témoigne du zèle de I'intendant, à intervenir dans les
moindres détails administratifs laissés auparavaut à
l'Échevinage.

(,1) 0n publia en même temps la liste des produits autorisés


pour la teinture, et celle des ingrédients dont l'usage était
f ddfendu.

Ê
-22t-
Brùle-frIaison, et de tracas-
- Llesprit de routine
serie pesant ainsi sur tous les genres de commerce et
d'industrie, entravait les relations deg habitants avec le
dehors de la ville; l'éducation de la jeunesse é[ait aussi
rest6e toute locale I de sorte que le goût des jouissances
intellectuelles et la culture littéraire acquise dans les
colléges, bien que déjà répandus, n'avaient seusiblement
modifié, dans la petite bourgeoisie, ni la prononciation,
ni les fornrules du langage. Les locutions du patois de
Lille et I'accent de Saint-Sauveur, ainsi nommé du
quartier où la classe ouvrière indigène es[ la plus nom-
breuse, ne tendaient que lentement à disparaïtre.
Quant au patois, tradition du langag.e et de la pro-
nonciation de uos aïeux, il se conservait pur dans le
peuple oùr il avait trouvé son poète. François de Cotti-
gnies, dit Brtle-Maison, débitait alors des chansons et
des facéties reproduisant la langue traditionnelle dans
toute son originalité. Il mourut Ie lt'février 1740, après
avoir, pendant plus de trente ans, fait rire le peuple,
parmi lequel s'est perpétué le souvenir de ses histoires.
< Quand il arrivait sur une place cle Lille ou des envi-
)) rcns, dit son dernier éditeur (,1), quand il avait fiché
> une rrraison de cartes au bout dtun bâton et mis le
r> feu au petit édiûce, la foule accourrit au signal ; elle
> désertait les tréteaux voisins. C'était plaisir de voir
>r et d'entendre ce joyeux compag'non. Ses grimaces,
> ses gestes, sa voix, I'art consommé avec lequel il
> chantait ses vers ou racontait quelques joyeusetés,
> lui avaient conquis tous les c@urs. >

(l) fiéimpression devanaokcre, en {856.


-222-
Pèlwinages. Le petit peuple répétait volontiers les
-
refrains de son poète. On les chautait surtout dans les
ilucasses et au retour des pèleriuages qui, chaque année,
attiraient la foule: Saint-Roch à 'Wazemûres, Notre-
Dame-de-Grâce à Loos, Sainte-Calixte à Lambersart,
'Wambrechies., Saint-Piat à Seclin,
Saint-Mathieu à
Saint-Ghislain à Flers, et Notre-Dame-d.e-la-Bamière à
Marquette. Hommes , femmes, enfants , tous revenaient
se divertir et boire dans les faubourgs jusqu'à la ferme-
ture des portes.
Les gens de métier et les artisans allaient au loin.
Aux fêtes de Pâgues et de Pentecôte, à la Trinité et à la
SaintJean, ils se rendaient à Sainte-Larme , au mont
de Trinité, près de Tournai, à Notre-Dame de Hal et
à Notre-Dame de Cambrai. Cet empressement à se porter
au dehors faisait même parfois négliger la oonfrérie de
Notre-Dame-de-la-Trei[e.

Les charités. Le ohômage absorbant ainsi une


-
partie du salaire des ouvriers, la gêne reparaissait au
logis et la chert6 des subsistances rendait preseant lo
besoin de secours. Or, les fondations de toute nature
procédantdela charité privée, avaient, selonleur époquo
et les intentions des donateurs, reçu un caractère parti-
culier, et la répartitiou des charités était inégale et com-
pliquée. Les ministres généraux de la Bourse commune,
en s'attribuant une part dans le droit de distribution d.es
secours, y avaient introduit de graves abus. Moins au
courant d.es besoins des pauvres que les ministres parti-
culiers chorgés de visiter les indigents, ils donnaient
des subsiCtJptt.uorod, uo* importuns et laissaiont les
'timides dans l'oubli, Les prébeudes , "secours à vie,
-223-
étaient accordées par eux pour des besoins pas$agem ou
attriburÉes aveo partialit6, par les particuliers qui en
avaient la collation. Il arrivait souvent que Ja vieillesse
était délaissée, tandis que d'autre part I'imprévoyance
et I'inconduità faisaient, du bien des pauvres, un usage
condamnable. Sur les neprésentations du contrôleur
général à I'inteudant, au sujet de la quantité de men-
diants'existant à Lille, ou chercha un remède à cet état
de choses.
1739. L'Hdpital-GénéraL avec le Ma-
- De concert
gistrat, I'État avait établi en 1?00 au quartier d.'Anjou,
un hôpital des invalides. Pelrdant le siégo do 1708 il
redevint caserne et les indigents furent relégués dans
'
des réduits étroits et malsains. Plus tard, surgit de
nouyeau la pensée d'établir un hôpital, pour les pauvres
qui n'avaient pas droit aux secours déterminés par les
fouilations. Elle aboutit à la résolution de concentrer
dans un hôpital général les invalides, les enfants aban-
doqnés, les mendiants et les vagabonds étrangers. Les
Iettres-patentes furent d.onuées en 1738, et le 26 aott
LT39 , I'intendant de la Graiville posa la promière pierre
du vaste édifice r gue des constructions successives et
conformesau plan primitif ont complété au dix:neuvième
siècle. On cousacra à ltentretien et ùr la subsistance des
pensionnaires les biens des archers, des arbalétriers et
des tireurs d'artnes supprimés en 1?43, et les revenus
de cinquante-huit fondations qui n'avaient poiut été en-
rbgistrées au Parlement de Flandre.

L'am guarante. gug I'on posait les fonde-


- Pendant
ments de ltHôpital-Général, I'intendant ût construire la
easerne dite des'Malades, agranfie plus tard parl'ad-
* 2r,^, *
jonction de locaux de I'Hôpital Saint-Louis. A la même
épogue une affreuse 'misère se répandit dans la contrée.
L'année l?40, d.ont on parle encore en faisant allusion
à des mau)c passés, fut signalée par des souffrances
inouïes. On fit à Lille tout e,e qui était humainement
possible: les vingt commissaires de quartier invento-
rièrent les grains existant dans chaque maison do Ia
ville; d'autres fonctionnaires furent chargés du receuse-
ment de la population, qui accusa le chiffre de 63,439
âmes. Grâce à I'acsroissemet des subsides accordés aur
iudigents et à la vente du pain à la moitié de sa valeur,
grâce aussi aux efforts de la charité privée, on parvint à
conjurer la crise. Les aliments gras furent permis pen-
dant le carême , et les collecteurs paroissiaux purent
accorder des atterminations ou délais pour le' paiement
des divers impôts dug à t'État et à Ia ville.

Mesures fscalas, I)ans l'organisation de la charité,


-
I'influence de I'Etat avait été favorable à I'intérêt général;
copendant la royauté se livrait sans pudeur à un régime
dtexactions écrasantes. Pour se proculer de ltargent, on
instiiua des offices d'inspecteurs et de contrôleurs jurés
dans les corps et communautés dtarts et métiers on
jurande et sans jurande. Cette persistance à introduire
des étrangers dans les corporations firt encore conjurée
par les Etats de Lille, qui rachetèrent les offices par voie
d'abounemeut, et obtinrent que la somme demaudée par
Ie rôle arrêté le 17 septembre 1146 fût réduite aux trois-
huitiènres. Quant aux manufacturiers, ils durent se coti-
ger et augmenter les droits de scel levés par les égarik,
En 1750, ou établit I'impôt annuel du vingtième d'iu-
dustrie, auquel les marchands, négociants et artisans,
-226-
réunis ou nononjurande, restèrent assujétis pour ltexer-
cice de leur métier. Enfin, comme si I'on se plaisait à
pressurer outre mesure les malheureux'contribuables, un
édit du mois d'août 1758 demanda une augmentation
des f,na,nces sut I'impôt des offices qui fut strrélevé de la
moité des trois-huitièmes signalés plus haut.
I1M. Leroi à Lille. Il est vrai que les folles dis-
-
sipations de la cour et I'avidité des [raitants n'étaient pas
seules causes de ce besoin dtargent. Depuis quatre ans
la guerro absorùait des sommes énormee, Iorsque Louis
XY vint à Lille (12 mai), pour suivre de près les opéra-
tions du maréchal de Saxe dans ies Pays-Bas. Le Ma-
gistrat et le gouverneur I M. de Boufflers, se rendirent
au-d.evant du roi, à la por[e des Malades , et lui pré-
sentèrent les clés de la ville sur un plat en vermeil. Le
parcours du cortége était tendu de tapisseries jusqu'au
palais'de Rihour où le roi fut logé. Mais lorsgue les
échevins prièrent le monargue de prêter, conformément
à l'usage, le serment de respecter les priviléges de la
commune , il Àe refusa à cette formalité, la déclarant
contraire à sa dignité royale. Les négociations demeu-
rèreut sans résultatet les serments ne furentpas échang6s.
Ce refus orgueilleux et blessant indisposa les Lillois.
Personne ne voulut contribuer à I'ameublement des
appartenents royaux; il fallut mettre en réquisition les
meubles et les tapisseries des abbayes de Cysoing et de
Phalempiu, gui prêtèrent le mobilier de leurs refuges.
Les personnages de la Cour, logés en ville en vertu
d'un choix arbitraire et vexatoire ({), furent eux-mêmes

(l ) tes fourriers de la Cour avaient désigné par une malque


à la oraie, sur la porte de la rue, les maisons dont I'agencement
leur avaiS paru convenable.
,la
-226-
traités avec froideur, et le Magistrat ne consentit çe
difficilement à payer les trois mille livres demandées
pour Ie déménagement de Sa ÏIajesté qui, uiécontente
du logis qu'on lui avait préparé au palais du Rihour,
venait de le quitter pour aller rue de I'Abbiette, à I'hôtel
du g'ouverneur.
Cependant r Lille, quartier-général du roi et centre
des opérations militaires, devenait aussi une ville de
cour; le luxe et la dissipation des gentilshommes et des
grandes dames contrastaient avec la misÈrre du peuple.
Les ressources du Grand-Magasin et quelques importa-
tions, restreintes par les entraves mises au commerce
dep céréales, ue purent conjurer la rareté et le haut prix
du pain. Les femmes se soulevèrent; pour calmer leur
effervescence, Itautorité dut mettre toute la garnison sur
pied et s'emparer des plus exaltées. LeMagistrat établit
au collége des Jésuites une.boulangerie communale, où
les potages au riz et le pain se vendaient les cing-
sixièmes du prix de revient. Il fallut encore suspendre
le paiement des rentes viagères. On venait dtadresser au
roi une demande de diminution sur I'impôt des aides,
Iorsque parut l'édit de février 1745, instituant des ofûces
dans les corporations. Toute plainte fut inutile I I'inten-
dant des finances, faisant la sourde oreille , voulait
vendre les maitrises même à tout veuant. Il scandalisa
surtout les lapins ile grenier (a) pour avoir accord6 à
une femme une maltrise de filtrie... profession virile !
Mais une industrie essentiellement féminine, alors en
grande fuveur, était Ia fabrication de la dentelle, dont

(,1) C'était dans les greniers que travaillaicnt les ffltiers.


-e21 -
vivaient un grand nombre d'ouvrières et que ne dédai-
gnaient pas les dames. En ce temps là tout le monde
portait de la d.entelle , et Ie caÛeau ('l ) , délaiss6 depuis
pour la broderie, était aussi répandu que l'est de nos
jours la machine à coudre. Ctest des fuseaux des den-
tellières que provient le nom de la fête du Broquelet
appelée aussi la Saint-Nicolas d'été. Dtx quatre heures
du matin, avant de se disperser daus les faubourgs, la
foule endimanchée des dentellières et de leurs familles
venait recueillir les poignées de- couques et de nieules
qui pleuvaient de la tour de St-Etienn€r d'es greniers de
de la Halle échevinale et des maisons de la Place-du-
Marché. Le Broquelet dont la guinguette dela Nouvelle-
Aventure avait le priyilége d'attirer les réunions les pluÉ
brillantes et les plus animées, rivalise dans les souvenirs
populaires , avec la Braderlc, foire en vieux, tenue dès
le lever du soleil, devant la porte de chague maison
bourgeoise, le deuxième lundi de la foire. À I'ouverture
des portes de la ville, la foule, accourue du dehors, se
répanrlait à flots dans Ies rues où les étalages les plus
hétéroclites attiraient les regards des chalands, provo-
quaient leurs lazzis et les tentaient par I'appât du bon
marché.

(,1) Coussin sur lequel les rlentellières établissen[ leur ouvrage.


XV.

Décadence de I'industrie. De la bataille de Fontenoy à la dénis-


sion des grands-baillis (,1746 à ,l789). Secours aux blessés.
-
La Charité générale, administration nouvelle.- Les bouil-
-
lons de paroisses. Le cours de botanique. L'Acaddmie des
Àrts.
-
Les professeurs et les artistes.
-
Encouragements
-
du ùIagislrat.
-
L'argenterie portée à la Monnaie. L'église
-
Saint-André transférée aux Carmes.
-
Fontaines publiques et
forages.
-
État de I'industrie à lille et dans la châtellenie.
-
La continuation de la loi. L'assiette des impôts.
-
Lutte de
la préséance.
-
Les sociétés maçonniques.
-
I.es philalèthes.
- -
L'Hôpital militaire installé aux llleuets et transféré aux
-
Jésuites. Louis XYI. État des lettres et des sciences.
- - -
Les cimetières.
I'oiseau.
- Translation de I'Intendance.
Efforts en faveur de I'industrie.
- I,e tir à
Ascension de
Blanchard.
- Foires, poste aux lettres et voitures
- publiques.
-
- Les grands-baillis se dérnettent de leur office féodal.

1746. Bataille ile Fontenoy. Le commerce lan-


-
guissait , l'industrie 6tait paralysée , et la misère pe-
sait tellement sur les ouvriers , çlue la plupart s'enrô-
laient pour échapper aux étreintes de Ia fuim. Le contin-
gent fourni par la ville, en L745, fut de dir mille soldats
-22s-
tur un effectif général de trois cent mille hommes. I1 y
eut une diversion momentanée à la suite de la victoire
de Fontenoy (11 mai). Elle valut au roi un meilleur ac-
cueil que celui de I'année précédente , et calrna I'irrita-
tion soulevée par les prétentions de I'intendant. Six
sents blessés , dirigés sur Lille, y furent reçus avec au-
tant d'empressement que de compassion. Français et en-
nemis furent indistinctement soignés dans les hôpitaur
Comtesse et Saint-Sauveur , aux Yieux-Homme$ et
dans diverses maisons de la ville. Une table de marbre
placde à I'Hôpital-Comtesse porte encore les noms des
officiers morts des suites de leurs blessures.

L750. La Charité gdnérale.


- L'érection de l'Hô-
pital-Général , suivie de l'affectation à ses besoins ,
des ressources de cinquante-huit fondations tombées
dans le domaine public, avait eu lieu malgré la résis-
tance des ministres-g'énéraux qui sen[aient péricliter la
Bourse commune. Il fallait cependant réorganiser le ser-
vice des pauvres ; on créa une institutiou nouvelle. Un
édit, d'avril 1750 établit la Charit6 générale, administra-
tion composée de dix-huit membres choisis parmi les
commerçants notables et de cinq députés du Magistrat.
Deux d'entre ces derniers avaient droit d'entrée et de
présidence. Ils recueillaient les voix et délibéraient dans
les assemblées du bureau. La Charité générale fut
chargée de gérer lcs biens des fondations de Saint-
Nicolas, Saint-I{icaise , la Trinité, la Bourse com-
muDe des pauvres , les Bapaumes, les Bonnes-Filles ,
Stappaert, les Vieux-Horrmes , les Vieillettes , la
Maison-Forte , les Écoles dominicales , les Grisons et
I'Hôpital-Général.
-230-
Lieu ihe et flùpital-Génwal. - fues enfants
aanté
abandonnés r qug les sergents de la Charité plaçaient
d'abord en nourttcri, à la camPagne, étaient recueillis
au lieu de santé, Les garçons apPrenaient divers états ,
notammont celui de cordonnier I l'éducation des filles
était confiée aux religieuses de Saiut-François-de-Sales.
Le Magistrat oherchait dopuis longtemps à procurer à
ces infortunés une demeure plus salubre, lorsque fut
aohevé le premier quartier de I'Hôpital-Général. Un
et le produit d'une quête
emprunt de 200,000 florins
(1744) permirent de commencer la partie de l'éilifice
destiuée aux enfants. On annexa ensuite les biens de
I'hôpital des Marthes (1750), et le roi ordonna que t
pendant dix ans , il serait perçu sur chaque pièce de
vin, en faveur de l'établisseàrent hospitalier , uû droit
de vingt-quatre patars payables par toutos sortes do
personnes , de quelque rang; gualité et, conditiou
qu'elles fussent (U5I).

- En dehors
Distri,bwtùow paroit!fu[æ. des bien-
faits et des aumônes ffit la gestion appartenait à Ia
Charité gÉndrale , les "ùglises des paroisses faisaient
aussi des distributions qui leur avaient été impôsées par
les ûdèles. Ces églises possédaient dee rentes perpé-
tuelles et des biens-fonds provenant de legs ou d'ac-
quisitions, et les marguilliers , comme les membres de
certaines confréries , ex6ail3ient Ies fondations pieuses
pour messes ,
offices ; ",frtébenddç , distributions de
pains, de comestibles e[ dlig€nt, par quinzaine ou par
mois. Au XVIII" siècle, une des formes particulières
adoptées par la charité privée fut celle des bouillons de
paroisses. On distribuait ces bouillons à Saiut-Maurice,
-23f-
SarntJitienne, Saint-André el, La Madeleine, etc., ainsi
quo des plombs qui donnaient droit à divers secours au
buffet du Saint - Sacrement , à Saint - Etienne , etc.
Aujourdthui les fonds provenanh de ces fondations sont
compris dans la catégorie des dons que le Bureau de
bienfaisance distribue r sotls uns au[re forme , aux
pauvres des diverses paroisses de la ville.

Botanique. Le sort des pauYres était encore I'ob-


- plus touchante : pour les secourir
jet d'une sollicituile
dans la maladie , on s'occupait depuis longtemps de
l'étude et de Ia culture des irlantes médicinales. On
avait imprimé , dès 1640 , la pharmacopée lilloise , et
Ricart avait fondé vers le même temps un jardin nré-
dical , le plus ancien de toutes les villes de France. En
1749, Pierru Cointrel enseignait la botanique dans un
jardin loué par la vilte, rue d'Anjou, et I'entretenait à
ses frais. Privé de fortune, ce généreux professeur pré-
levait sur son modeste traitement de' quoi faire des
buffets et des gradins qu'il garnissait convenablement.
Un zèle si louable attira I'attention de I'autorité locale :
Cointrel reçut une peusion de trois cents fl'orins.
La culture des plantes médicinales était cependant
éclipsée par celle des fl.eurs d'agrément dont I'éclat et
le parfum égayaient la deureure du riche et du pauvre.
Daus ls modeste logis de la dentellière , du ûltier et du
sayetteur, s'étalait , au retour du printemps , la giro-
Ilée suivie du laurier e.n éventail et de l'ceillet aux vives
couleurs. On voyait en même temps, sur les murs blan-
chis à la chaux et ornés d'images de piété , se détacher
le blason du corps de métier, des pots en grès de Flan;
dre et de brillants plats d'étain , souvenirs de mariage
rlq,
-232-
ou d'adresse dans los jeux et les tirsde conftéries. Les
fleurs recherchées et les fruii;s délicats abondaient dans
les jardius des grandes maisons où les habitants c,ueil-
laient la tulipe , le rubis , la rose et le jasmin r Pour
en garnir les corbeilles, décorées en camaïeu, qu'ils pla-
çaient sur les meubles de Ieurs appartements. Les
larges foyers , les siéges recouverts en tripe de velours,
les dressoirs remplis de porcelaines et de cristaux des
manufactures de Febvrier , Boussemart et Dorez, les
boiseries seulptées et les tentures do haute-lisse, de
damas et de cuir, étaient encore rehauss6es par les èu-
vres d'excellents artistes qui , à I'exemple d'Arnould de
Vuez , avaient ûxé leur résidence à Lille.

Peinture, Aussi le goût éclairé et la piété géné-


-
reuse des ûdèles avaientmultiplié, dans les églises, des
embellissements qui attiraient les regards des curieux
et des étrangers. L'église paroissiale de St-Sauveur, qui
avait une flèche élancée construite en pierre d'Àvesnes,
devait à la muniÊcence de Françoise Lachez six belles
tapisseries de G. Vernier ; I'hôpital Comtesse en possé-
dait deux autres représentant les familles de Bauduin IX
et de Jeanne-de-Constantinople; l'église des Domini-
cains , remarquable par son architeoture élégante, et
choisie par les princes de Melun pour le lieu de leur sé-
pulture , renfermait le mausolée du dernier rejeton de
cette famille , belle composition du sculpteur François
Dumont ; à Saint-Pieue , on devait au ciseau de Quil-
lins d'Anvers deux bustes rernarquables cle Saint-
Pierre et de Saint-Paul; les vibraux de la chapelle des
Minimes avaient ét6 peints par Diepenbeke I la vaste
nef dos Récollets renferrnait quatre talleaux de Vau
-233-
Dyck I c'est dans la chapelle des Capucins qu'on allait
alors admirer la magnifique descentede croix de Rubens
qui fait tant d'honneur au Musée de Lille , et l'église
Sainte-Catherine , où I'architecte 'Warlet devait bientôt
placer une grille de fer d'un beau travail , possédait
déjà le chef-d'æuvre de peinture qui décore le maître-
autel. Enfin près de cent cinquante toiles, signéos d'ar-
tistes en vogue (4), avaient transformé, dans Ie gott de
l'époque, la décoration intérieure des églises, et y vul-
g'arisaient les souvenirs les plus propres à maintenir la
foi et la piété au sein de la population.

1?55. Ecole ile dewin et d,e mathématiques.


- L'admi-
nistration sentit également que plus le gofrt des belles
ohoses so répandait , olus le besoin d'appliquer aux arts
industriels la connaissance ou l'habitude du dessin d,e-
venait sensible, en raison de la faveur qui s'attachait à
I'ornementation caractéristique des æuvres du dix-
huitième siècle. L'impulsion donnée par I'intendant de
Séchelles et I'avis favorablede la Chambre de commerce
décidèrent le Magistrat à constituer (1755),.dans les
locaux de I'ancien hôpital Saint-Louis , l'Ecole pu-
blique et gratuite de dessin et de mathématiques , dont
le comte de Muy se déclara le protecteur. On organisa
un oours d'urchitecture en 1761 et, cinq ans après, l'É-
cole reçut le nom d'Académie des Àrts. Des commis-
saires et un bureau furent établis par le Magistrat pour
veiller au bien de l'établissement.

(4) Arnould do Vuez, Wamps, Yan Oost, J. Jordaensr Rossignol'


de la Fosæ, Yander-Burgh, Bergame, J. Van-Cleef' Segers,
Langbenjan, eto.
-23[-
Las artistes. Le premier professeur de l'École fut
-
Guéret , peintre lillois. Dès I'ouverture , il consacra les
trois premiers jours de Ia semaine à donner des leçons
particulibres aux fabricants. Les artistes et les arti-
sans assistaient à un cours le jeudi et le vendredi. En
1761, Guéret affecta quatre jours aux leçons de dessin,
e[ Ies deux autres furent réservés pour I'architecture,
professée par Gombert (4) avec un aide-dessinateur
(1762). Le docteur Saladin était chargé du cours de
mathématiques (1763). Pdur encourager et sanctiontrer
les progrès des élèves , il fut résolu en conclave (1766)
qrre ceux qui auraient remporté la médaille annuelle se-
raient exempts des droits de perception dus aux corps
d'arts et métiers dont ils voudraient acquérir la maîtrise.
Enfin , en 1775 , Guéret fub nomméprofesseurde pein-
tutre et , à partir de 1784 , on établit tous les trois ans
un concours entre les meilleurs élèves , pour une Pen-
sion triennale de quatre cents livres , à Paris. Cet élan
imprimé à de nobles études ne tarda pas à porber fruit,
en donnant I'idée mère de la formation de nos musées
publics : dès 1766 , les amateurs et les artistes firent
une exposition d'objets d'art à ltAcadémie ; et, avant
la révolution, il y en eut encore plusieurs oir la pein-
ture , le dessin , la sculpture , la ciselure , la joaillerie
et la gravure apportèrent chacune leur contingent.
Un grand nombre d'artistes sont sortis de I'Académie
de Lille , qui peut revend.iquer comme ses élèves , Hel-
man, Liénard , Masquelier, F. Watteau, Ph. Rolandt
Descamps , Wicar, etc.

(l) Gombert avait fondé, en {758 un oourb gratuit d'arohi-


'
tecture daûs une maison de la rue des Rëcollel,s.
-236-
Le Magdûrat. On ne peut s'empêcher de reoon-
-
naltre les dispositions constantes du Magistrat à favo-
riser l'étude et les arts. Longtemps avant I'ouverture de
l'école de dessin, il avait fondé une école d'anatomie
(l?40), et précédemment encore il avait donné à Thi-
roux une gratification pour son lfistoire ile Lille, Lors-
gue Helman offrit aux échevins sa première g'ravure t
lea Pdcheurs fortunés (1770), il en reçut trois cents li-
vres. Pareille faveur fut accordée en 17?2 à Liénard
pour sa gravure des Délices ih
l'é'té.
Tout bienveillant qu'il se montrait envers ses admi-
nistrés , le Magistrat, tenait la haute main à I'exécution
de ses ordonnances. Pour mieux les faire connaitre et
obliger chacun à les observer, i[ eu fit imprimer en
1?55 un recueil divisé en huit chapitres comprenant les
diverses attributions de son ressort. Quelques années
plus tard les noms des rues furent inscrits sur des pla-
ques de tôle (1759), et cette innovation fut complétée en
1765 par le numérotage des maisons , prescrit par le
roi, pour faciliter le logement des troupes et surtout des
officiers, chez le bourgeois , en cas d'insuffisance des
casernes et des pavillons. La ville fut divisée en sept-
quartiers désignés par les premières lettres de l'alpha-
bet quo I'on inscrivi[ sur les portes de chaque mai-
son ('l ).

- Ce
1?59. Argenterie portée ù la Monnaie. n'est
pas sous les Espagnols qu'on eût pu si souvent,loger
des troupes chez l'habitant I mais les ordres de I'inten-
daut étaient formels I d'ailleurs les Français ébaient

(l) iet usage est encore générat en Hollande.


-236-
sympathiques, et le caractère chevalerosque de I'armée
lui avait concilié une estime, une bienveillance particu-
lière. On vantai[ la courtoisie des officiers à Fontenoy et
la dignité du prince qui avait fait la paix non en mar-
chand, mais en roi (1748), sans se faire illusion toutefois
sur ce que I'une avait cotté d'hommes sur le ohamp de
bataille, et le profit que I'autre avait laissé au roi de
Prusse (,t). Cependant .la guerre de sept ans ruinait Ia
marino française, et I'Etat ne pouvait plus lever sur le
commerce les ressources dont il avait besoin. On imposa
un troisième vingtième sur les propriétés ; la capitation
fut doublée et Louis XV donna ltexemple d'un sacrifice
devenu nécessaire: il envoya son argenterie à ltHôtel
des Monnaies. Pour indemniser, disait-on, les particu-
liers, les paroisses et les communautés des droits de
i contrôle qu'ils avaient payés pour leur vaisselle, on
donnait à Ia Monnaie de Lille 54 livres 7 sols tu marc
(217 fr. 80 c. le kilog.) I le paiement se faisait en billets
de rente à 5 pour cent.

Êgtise Saint-Anilrë. 7 Ainsi, pour la troisième fois


en soixante-huit ans, il fallait livrer au creuset les plus
riches produits de l'orfévrerie et de la ciselure, et le
trésor de la ville était encoro à sec, quand on s'aperçut
que la vieille église Saint-André, enclavée au siècle
dernier, menaçait ruine: elle fut interdits comme dan-
gereuse. On stadressa aux Carmes ponr exercer dans
leur ég:lise les fonctious curiales, {-,.es roligieux y con-
sentirent à condition d'être eux-mêmes administrateurs

(l ) C'est pour le roi de prusse , dit-04 dopuis lors, à prupos


d'une enilepriso sans rgsiitfat.'
- 237.
-
de la paroisse.Lo Magistrat et llévêque adhérèront à
cetbeproposition, et depuis 1?59le servioe paroissial de
Saint-André se fait dans l'6glise de la rue Royale.

1762. Fontaines publiques. L€ pailliatif*employé


-
en 1515,pour la dérivation des eaux duBecquerel, et les
curages ordinaires ntavaient point empêoh6 la plupart
des fontaines do tarir. Iæ Magistrat ût dresser un plan
des conduits alimentaires établis au treizième siècle ; j[
se convainquit queled6bit des sources, depuis longtemps
irrégulier, était devenu iusuffisant et que I'emploi des
pompes aspirantes était le seul remède à la disette d'eau.
Dos forages erécutés dans différents quartiers servirent
à suppléer aux fontaines, par.des pompes publiques que
les borues-fontaines alimentées par les eaux d'Em-
merin, feront disparaître à leur tour.

1?64. itrtat ile la Manufatcture. Les industries


sans jurandes , protégées par le Magistrat, s'étaient
soutenues depuis soixante ans I mais une simplo comPa-
raison de chiffres avec la production des manufactures
en 160l , ett démontrr4 que la rigueur des règlements
n'avait point amené de progression. Cepeudant la
Chambre de commerce affirmaitque tout allait au mieux
sous le régime en vigueur. Elle fit dresser un état
évaluant le produit général de la manufaoture à Lille et
dans la chttellenie ('l)r posa comme conolusion quo
I'ind.ustrie des habitants était portée au-delà des res-

(,1) Cet état porte à {0,[30,000 livres tournois la production


rles manufaotures lilloisæ et à { 3,600,000 oelle des. fabricants de
ta ehâtellenie.
-238-
sources ordinaires, et d6clara qu'il ne fallait pas se
prêter à des changements qui no gauraient faire espérer
un plus grand bien. Cependant la fabrication roubai-
sienne, en se portant sur de nouveaux articles, avait
doubl6 en moins de trente ans, et un arrêt du Conseil
d'État permit aux habitants des campagnes de filer
toutes espèces de matières et de fabriquer toutes sortes
ll d'étoffes, comme de les apprêter , en se conformant aux
t
règlements (1762). Les Lillois, appuyés par I'intendant,
firent d'abord retarder la publication de cet amêt, puis
en obtinrent une surséance. Mais Roubaix faisait venir
d.es laines du dehors, Ies donnait à peigner à Tourcoing
et les exportait après les avoir tissées. C'est ainsi gue la
sayetterie et la bourgetterie , autrefois conceatrées
presque exclusivement dans Lille, s'étendirent peu à
peu dans touto la châtellenie, disparurent de la ville, et
firent des bourgs de Roubaix et de Tourcoing deux des
principales villes industrielles de la France.

Professions sans jurandes. Les autres corporations


n'étaient pas plus heureuses ,
-e[ la lutte, en se prolon-
geant, ne pouvait être favorable aux maîtrises et aux
jurandes: l'opinion les condamnait, I'intérêt eu fit jus-
tice. Les restrictions et les impôts s'aggravaient de
charges personnelles. Qu'il prospérât ou nonr chaque
membre d.'une corporation subvenait pour sa part aux
frais généraux, et Ia plus pauvre de toutes, celle des
portefaix, devait pourvoir annuellement à uuo dépense
de 238 florins 10 patars. Aussi de nombreuses profes-
sions avaient-elles cru pouvoir renoncer aux priviléges
des jurandes, pour en éviter les exigenoes fiscales. Le
Magistrat, dominé par l'évidence, se prêtait facilement
-239-
aux demandes de nouvelles lettres ou de modifrcation
des anciennes.

1767. Fête sécalaire, Les transfôrmations qui se


préparaient dans l'industrie n'anêtaient cependant pas
les progrès du luxe I l'activité relative des affaires entre-
tenait encore une certaine aisance au sein de la ville.
Ardents aux plaisirs comme au travail, les Lillois se li-
vraient à leurs fêtes traditionnelles civiles et religieuses I
satisfaits de leur retour à la France, ils participaient
avec allégresse aux réjouissances nationales. Poètes et
peintres décorateurs faisaient assaut d'imagination
pour exciter la curiosité de la foule. A chaque ftte ses
arcs de t,riomphe, ses spectacles, ses inscriptions latines,
ses allégories. Les feux d'artifice termilraien0, à la
grande joie du peuple , les manifestations officielles
organisées par le Mag'istrat et le g'ouverneur. Ainsi
avaient été célébrés, I'entrée triomphale de Louis XV
après Fontenoy (1745), la paix d'Aix-la-Chapelle (1749),
dont le burin de J. Merché a transmis un souvenir({), la
naissance du duc d.e Bourgogne (1751) , la prise de
Port-Mahon (1756), et mêmê le traité de Paris (1763).
En 1767 eut lieu le centième anniversaire de I'entrée de
Louis XIV; il fut spiendide et donna I'occasion de
montrer la franche et cordiale satisfaction qu'on éprou-
vait encore de l'événement qui avait rattaché Ia destinée
de la villo à celle de la grande nation.

(l\ Yoir la réduotion de cette gravure r page suivante.


-aLt -
Audition iles comptes. Les dépenses'n6c€ssitées
par ces fêtes obéraioat parfois le trésor de la commutre t
malgré I'importance des ressources fouruies par les
fermes et les impositions de toute espèce. Il y avait dans
la Loi des menrbres plus avides d'honneurs que soucieux
des devoirs de leurs charges.. Les prud'hommes, oublieux
de leur mission spéciale,.'songèaient plus à s'implanter
dans I'administration qu'à rechercher les moyens dtal-
léger les impôts. Lorsque le commis du premier argen-
tier faisait, en plein Conclave, la lecture des comptes
de dépenses et de recettes, on ne se préoccupait ni des
déffcits, s'il y en avait, ni de l'état général des finances,
saufà lever des rentes en cas de néoessitê, et on adop-
tait les comptes sans discussion.

Les conseillers ltensionnaires. Du reste, Itadmi-


nistration se concentrait ordinairement' entre les chefs :
le mayeur, le rewarc, le cottereau , les conseillers pen-
sionnaires et le procureur syndic. Les légistes gagés et
inamovibles, introduits dans l'échevinage à titre per-
manent (1696), avaient acquis dans le Conseil Je la
commune un ascendanb incontesté. Ils avaient voix con-
sultative dans les afraires de justice où leur compétence
faisait prévaloir leur avis, et voix délibérative dans les
questious de police et de finaucesl de sorte gue, prenant
leurs décisions sous le nom du Conseil entier, ils étaient
devenus, avec les chefs de l'Échevinage, Ies véritables
administrateurs de la cité.

Llonti.nuation de la Loi,. Enfiu, à mesure que les


-
franchises et les droits attachés au corps municipal
s'amoind.rissaieut, les avantages attribués à chacun de

l3*
-212-
ses membres acquéraient plus d'importance; bientôt on
ne désira plus occuper ces emplois par I'ambition d'être
utile à ses concitoyens, mais pour jouir des émolurnents
que, sous diverses formes, c'es fonctions réputées gra-
tuites apportaient aux titulaires. Pour le renouvellement
de la Loi , les commissaires, après avoir choisi le plus
possible de gens titrés, s'attachaient à se faire des créa-
tures dans les faruilles riches ou puissantes, et I'espoir
d'acquérir du renom n'était pas le seul attrait offert aux
candidats. Le mayeur et les échevins s'attribuaient,
selon leur rang, diverses charges lucratives, comme
celles de commissaires aux logements, aux visitations
des proces , aux caves, etc. De plus, les honoraires at-
tachés aux vacations, certaines exemptions d'impôts, les
repas de I'Hôtel-de-Ville, une robe de poult de soie
doublée de taffetas et garnie de bandes de velours, et en
outre soixante-douze florins pour droits de robe à
chaque année dtexercice, stajoutaient aux avantages
d'un titre regardé comme purement honorifiçe. Quantl
le Magistrat était dans les bonnesgrâces del'intendant,
on saisissait le moindre prétexte pour proroger la Loi.
Au lieu de réclamer du ministre la nomination du com-
missaire au renouvellement, le procureur-s;rndic deman-
dait la continuation du Magistrat. Elle fut accordée
trente fois de 1670 à 1766.

Les Commissions. Quant au choix des commis-


saires annuels, il était déterminé par d'anciens usages
ou laissé à la discrétion des plus marquants de !a cité ,
de sorte que la fortune et la faveur se faisaient jour au
sein de cette espèce d'aristocra[ie bourgeoise. Il y avait
au couv.ent des Jésuites une réunion fixée au troisième
_218_
dimauche dtoctobre : c'était lo jour où, en reconnaissance
de la fondation du Collége, le recteur faisait hommag'e
à la ville d.'un cierg,e gu'il présentait au rewart, en pré-
sence des députés du Magistrat et de plusieurs anciens
titulaires de la même charge. Après la cérémonie, les
relig'ieux offraient un dîner à I'assemblêe, el c'est à la
suite du repas qu'on proposait les désignations à faire,
pour les diverses commissions, et que lton staccordait
sur le choix des nouveaux sujets à introduire parmi les
membres de la Loi.

Let irnpùts Il y avait aussi une foule de petits


personnages dont la présence en ville était véritablement
onéreuse. C'étaient des employés d'administration de
tout rang', civils et militaires , depuis les généraux ins-
pecteurs en tournée jusqu'aux simples commis de la
manutention , et même aux régiments irlandais ou
suisses de la garnison, qui jouissaient de I'exemptiou du
broucquin et de tous les droits afiermés. Le moindre
ménage d'employé se faisait exempter pour une feuil-
Iette de vin, douze tonneaux de forte bière et autant de
petite bière, ou bien pour douze sacs de grains I de sorte
que les fermiers sollicitaient constamment des diminu-
tions sur Ies sommes qu'ils avaient soumissionnées. On
ajoutait parfois à ces priviléges la gratuité du logement
que la ville fournissait encore aux ofûciers retraités ,
pouryu qu'ils assistassent aux revues. Enfin, la nou-
velle banlieue accordée par le roi, lors de I'ag'randisse-
ment de 1670, rapportait moins que I'ancienne, parce
que certaias commerçanLs et un grand nombre de con-
sommateurs en franchissaient les limites, pour échapper
Bux droits d'octroi. Le Magistrat demandait que ces
-aLL_
limites fussent recul6es I mais les baillis s'opposaient à
une extension qui devait nuire à leurs recettes. Il inter-
vint cependant un accord: Ia ville obtint un accroisse-
ment de banlieue, et le local assigné aux baillis dans
I'Hôtel-de-Ville fut agraudi (1755). Ils purent ad-
joindre aux salles de service une chambre commune où
se réunissaient les députés des États.

17.68. La préséance. Dans les séances ordinaires


des Etats qui - ou deux fois par semaino
se tenaient une
au Conclave, pour les affaires de la ville et de la Châ-
tellenie, les députés du Magistrat occupaient encore les
siéges de droite; mais un arrêt clu Conseil d'État, rendu
en 1668, aussitôt après la conquête, avait donné la pré-
séance aur quatre seigneurs hauts-justiciers, représentés
par leurs baillis, dans les assemblées générales et dans
les réunions annuelles pour l'audition des comptes. Les
députés du Magistrat , jaloux de recouvrer leurs an-
ciennes prérogativos, élevèrent à ce sujet des réclama-
tions qu'il firent présenter à Versailles (1768). La lutte
s'envenima, mais les baillis, toujours en faveur à la
Cour, I'emportèrent. Un arrêt du 2{ juillet 1769 con-
damna le Magistrat de Lille persounellement, aux frais
et dépens do la reguête, et défendit d'en allouer la dé-
pense sur les comptes de la ville. Un Douyeau cérémo-
nial fut réglé en octobre, et I'Assemblée ne se tint plus
au Conclaye, mais dans la Chambre des députés des
Etats, qui fut agrandio.

Les Parlements, L'administration supérieure avait


d'autres démêlés - importants. La banqueroute de
plus
l'État sousleministère de I'abbé Terray et ce qu'on appe-
-aLb-
lait le pacte ile famine, aurquels s'ajoutait la politique
faible et craintive de d'Aiguillon. ercitaient un mécon-
tentementporté au comble par la multiplicité des lettres
ds cachet, Tout le monde se plaignait. Notre Mugistrat
lui-même avait publié rur mémoire dépeignant les
malheurs du pays I divers parlements ne craignirent pas
dtexprimer leurs doléances , déclarant que la nation gé-
missait de voir ses droits , sa liberté, sa sûreté menacés
et près de périr. Pour étouffer ces murmures, Maupeou
supprima les parlements. Celui de Douai, suppléé pen-
dant trois ans par un Conseil supérieur et rappelé après
la Saint-Barthélémy des ministres ('l ) , fut réinstallé le
2 octobre L774" Le Magistrat nomma une députation
pour aller le féIiciter.

Sociétés maçonniques. fut au moruent de cette


Ce
effervescence des esprits
-qu'eut
lieu le schisme de la
franc-maçonuerie française (2). Le Grand-Orient pto-
clamé à Paris (1773) , par suite d'une scission survenue
d.ans la Grande-Loge de France, ne reconnut comme
régulières que les loges pourYues de constitutions accor-
déàs ou renouvelées par lui. Lille avait, trois loges qui,
en 6change des titros 'nouYeaux, envoyèrent des dons
gratuits au Grand.-Orient. La présence de la Cour à
iitlr, en L7M, coincide avec la naissatce de la première
de ces loges, sous letitregénériquede Saint'Jean' Yingt

(l ) Maupeou , lerray , d'Aiguillon et Boynes tomberent le


24 aott.
(2) t introduction de la franomaçonnerie en France était due à
Jacques lI, qui organisa le rite écossais pendant son exil à Ia
cour de louis XlY.
-2[6*
ans plus tard, il-*g.établit, sous ses auspices, uoG
seconde nomméel,a Triomphante. Ces rteux
loge, ,u fo_
sionnèrent en 1775, pour prendre le titre
de l,T{uorrorr_
Réuaion' Quinze ans auparavant s'était constituée
l'union-Indissoluble, dont i'existence éphémère
n,attei-
qni! ny l'époque du schismel puis, en 1766, la loge des
amis-Réunis, qui avait un chapitre nommé souverain
chapitre de Lille, identifié à la loge des amis-Réunis.
celle-ci est en sommeil depuis Ie mois de décembre
1.851. Il y eut eûcore avant la Révolution une
log, *or_
tituée en 1781 : ce fut la Fidélité, qui a Cté
Ogilemenù
fermée en lSbl

Les Phitalèthes. L'année même de la scission des


loges maçonniques,-Savalette de Lauge, garde
du Trésor
royal, fonda à Paris Ie rite philarltlrr. Leur but,
r{es
plus direct et plus scientifique que celui de la maçon_
nerie en général, était Ia recherche de la vérité. Eqiraî-
nés par le désir de savoir, ils aspiraient à la
vérité mo-
rale et chrétieune, à la vérité scientifique. un chimiste,
du nom de Valentino, en ouvrit à Liile un oollége où
furent admis des religieux et des ecclésiastiques
1izsn1.
Les Philalèthes avaient pris pour devise , -utilr' d,urci.
Jl: tt proposaieut d'offrir chague année, en séance pu_
blique, dans une salle du Gouvernement, une espècJ de
commdmogation de la fête des Musesl mais ils
dispa-
rurent au milieu des préoccupations politiques, ,uo.
attendre le décret couventionnel de lZgg.

Botanique et médecine.
- Le Magistrat,
rable aux Pbilalèthes, se montrait
peu favo_
bien disposc pour les
sciences aopliquées. II avait complétd le règlement du
-211 -
collége des médecins (l?68), et, pour rétablir Ie cours de
Coiutrel , interrompu par la mort du titulaire, il résolut
de donner la direction du jardin botanique et d.e l'école
au médecin J.-8. I,estiboudois. Celui-ci reçut quatre-
cents florins d'appointements ap artir du 15 avril 1770,
et le règlement du cours de botanigue fut promulgué
deux ans plus tard. Le gouvernement établit d'abord
cour Cologne, rue Sainte-Catherine, puis à l'hôpitalmi-
litaire r utr amphitiréâtre destiné à I'instruction des
élèves en médecine, en chirurgie et en pharmacie Q17\;
eufin ltau[orité locale révisa de nouveau le règlement
du collége de médecine.

Ia Bourse Commwne. Nous avons déjà vu les sa-


-
crifices que s'imposait la ville eu faveur des. pauvres: ils
étaien0 encore insuffisants. Le Conseil d'Etat voulant
pourvoir aux frais d'entretien du dépôt de mendicité et
d,e vagabondage établi par le roi, avait ajouté à la capi-
tation un impôt de trois derniers par livre (1770. La
Charité générale, à bout de ressources, fit demander par
le Magistrat la réunion , à I'Hôpital-Général, des biens
de la Bourse conmuDedes pauvres et des trois hôpitaux
du XIIIo siècle I mais, sous I'influence de I'intendant,
on rétablit la Bourse commune sur le pied de son insti-
tution primitive (l??2), et les pauvriseurs firent une
quête générale pour soulager la misère de leurs admi-
nistrés.
1712. Contingent mildtaire. Magistrat inter-
vint - Le
encore dans la guestion de la levée des troupes.
Tandis que I'usage s'était répandu en France de former
des régiments provinciaux, au moyen du tirageau sort,
les recrues se levaient à Lille au son du tambour. L'ir-
-2[8-
regularité deg ressources provenant de co procédé força
de dresser un tableau de I'effectif des corps dtarts et
métiers (a), puis on fixa d'après ce tableau le nombre de
miliciens nécessaires au,coutingent de la ville (1772). Il
se produisit parfois des,résistances : lorsqu'en 1781, iI
fallut compléter le troisièrme régiment de l'état-major,
on duû forcer les peigneurs de lin et les taillandiers à
procurer un milicien, tandis que les filtiers et les bateliere
virent raJrer, par ordre du Magistrat, leurs délibérations
contenant le refus de fournir un homme pour la milice.

Eôpital rnilitaire.
- L'Intendaneæ n'était pas non
plus inactive. En raison de l'insuffisance des locaux de
I'hôpital Saint-Sauveur, pour les militaires de la garni-
son, elle voulait revenir à un projet qui datait de Louis
XIV, celui de créer un hôpital militaire. Les plaiutes
des ministres particuliers des pauvres, réclamant les lits
destiués aux malades de leurs paroisses, clécidèrent à
affecter la maison de La Grange au service de la'troupe.
On transféra les Bleuets aur Bapaumes pour n'en plus
faire qu'un seul hospice (1772)1 mais, neuf aus après,
I'Ilôpital militaire quitta laplace aux Bleuetset chang'ea
de local avec le collége des Jésuites, tenu alors par des
prêtres séculiers (2) ; depuis près d'un d'un siècle lcs

({ ) te Guide des étrangers à lille , édité en 1772, porte la


population de la ville et de la banlieue à 84,000 âmes au moins,
parmi lesquelles il compte ,10,000 chefs de fanrille. Le nême
onvrage estime que les sept paroisses renfermaien[ environ
8,000 maisons.
(2) Confirmé, sous le nom de Collége de la ville par letlres-
patentes du l2 décembre 1767, eJdirigé par un principal, utr'
musprincipâl', un prcfesseur de rhétorique et cinq r{gents.
-249-
malades de la garnison sont reçus et soignés dans ce
bel établissement dont I'un des jardirrs a dû être déplac6, '

en 1859, pour le percement de la rue Nationale.

Lours XVI. 1?74-1789. iecailence ile I'inilustrie..-


À I'avénement de Louis XVI, l'éclat des lettres et les
progrès des scieuces donnaient à la France une supré-
mntie qui semblait compenser la perbe de sa prépondé-
rance politique. Pendant que le prestige du pouvoir
s'évanouissait, I'activité intellectuelle qui agitait la na-
tion Ia faisait aspirer à des horizons nouveaux. Mais à
Lille le commerce devenait languissant. La lougue lutte
des jurandos avait cessé par I'affranchissement de la
plupart des corporations, et surtout par la décadence qui
frappait à la fois la fabrication des draps, la sayet-
terie et labourgetterie. Le centre desaffaires en cegenre
se déplaçait sarrs compensations. Ni les récompenses
accordées par le Magistrat à Dennæulin (1774), inven-
teur d'un métier à tisser, devançant celui de Jacquart et
produisant les mêmes résultats, ni I'introduction d.'une
fabrique de tissus pour tentures et ornements d'église,
ne purent dissiper le malaiso qui pesait sur une ville
autrefois si florissante. Les ûnances stobéraient par la
diminution des recebtes, et le chômage rérluisit les ou-
vriers à la misàre.

Ia cimetùivss. Énervées par leurs privations , les


-
masses ignorantes se laissent entralner aveuglément à
d'injustessuggestions. Ctest ainsi qutunesage mesurede
salubrité donna lieu à de graves désordres. Pour débar-
rasser les villes des foyers d'infeotion que les cimetières
y eutretienuent, I'assemblée générale du clergé adopte

4L
*250-
ltétablissement des lieux de sdpulture en-dehors des
agglomérations importantes. Àla suite d'un mandement
de l'évêque de Tournai, le Magistrat désigne, au fau-
bourg Saint-Maurice, un terrain servaut déjà aux inhu-
mations de I'hôpital militaire (1772). Mais les paroisses
vont pordro les revenus qu'elles tirent du droit de sépul-
ture: les marguilliers font des remontrances au Parle-
ment. Celui-ci les déboute de leurs prétentions (1777).
Pendant que le Magistrat délibère Pour assurer I'ordre
et Ia décence dans les cérémonies funèbres, et s'efforce
de eonserver, par la division du temain, une certaine
analogie avec la distribution des places conc6clées en
ville , on excite le peuple contre une innovation qualifiée
d'impie et de spoliatrice. Le 16 aott L779, la foule
ameutée à la vue du char funèbre, lance des pierres I elle
maltraitele bailli de la paroisse et les soldats de I'escorte.
Arrivée au cimetière , elle exhume des cercueils de la
place consacrée aux bourgeois, pour les enterrer dans le
lieu réservé aux solennels. Puis de retour en ville, elle
traîne et met en pièces les corbillards de Sainte-
Catherine et de Saint-Maurice.

1781. Les installati'ons. Force dut rester à la loi,


-
et le calme se fit peu à peu dans les esprits. Plusieurs
années stécoulèrent sans incident notable. On peut ce-
pendant signaler quelques ulesures administratives,
comme l'échange d.e local indiqué plus haut entre I'Hô-
pital-Militaire et le Collége de la ville (1781), dont les
Jésuites ntavaient pas eu le temps d'achever I'agrandis-
sement et I'installationdu gouverneurdans Ia rueBasse,
à l'hôtel de.Soubise , achetd par le Magistrat. Il y eut
cependant de longs pourparlers au sujet de I'hôtel do
- 25,1
-
l'Intendance, situé rue Françaiso. La caisse municipale
en payait le loyer depuis 1718, et l'édiftce menaçait
ruiue On acheta I'hôtel de Stappens, dans la rue Royale,
avec une maison voisine Pour agrandir les dépendances,
et I'on les frais d'un nouvel ameublement (1785). La
fit
dépense s'éleva à 4351000 livres.

Les Fêtes.- L'ann6e où les malades de la garnison


furent installés au Collége a laissé des souvenirs mar-
quants. Lors d.tun affreux ouragat survenu au mois de
février, la trombe ava-t endommagé ou découvert plus
do quinze cents maisons et enlevé le clocher de l'église
des Dominicains. La cherté des blés ramena encore la
misbre, quetous les secours possibles étaient impuissants
à ooujurer, sans déterminer le Magistrat à vaincre son
penchant pour les solennités somptueuses. A la naissance
âu Dauphin, on organisa, sur la Petite-Place, une fête
splendide oùr les décorations reçurent un cachet tout
*o"uuo, par la suppression des devises et des inscrip-
tions latiues et grecques, et par I'introduction d'un
emblême significatif. Le temple, construit au milieu d'un
vaste cirque, offrit aux yeux de la foule uu signe carac-
téristique d.u temps. La statue de la France, occupant la
place d'honneur, indiquait les progrès de Ia pensée.pu-
itiqot d,epuis I'époque où le grand roi avait pu dire :
( L'Etatr c'est moi. >>

Le tir à lête de Lille vit aussi se pro-


- La
I'oi'sea,u,
duire un incident qui devait porter une atteinte s6-
rieuse à la considération dont jouissait en0ore le Magis-
trat. Les conditions du tir à I'oiseau avaient é1,é débat-
-252-
tues et réglées entte les échevins et les délégués des
compagnies d'archers. Mais les plus adroits bireurs
ntavaient pu abattre aucun oiseau le premier jour,
lorsque enfin, vers le soir, il en tomba un: il avait été
viss6 et écroué. A Ia nouvelle de cette supercherie, les,
pelotons des soixante-trois communes venues à la fête,
uoyant recounaltre I'inbention de prolonger Ia durée de
leur séjour, se livrèrent à la plus vive indignation. Le
Magistrat ne put les calmer qu'à force de vins fins et de
champagne, et, pour sceller la réconciliation, il fallut
briser les cinq à six cents yerres qui avaieut servi à ces
Iibations solennelles.

Les afis et I'industrie. Lesannales relatent encoro


des réjouissances célébrdes- en décembre pour les avan-
tag'es rempor[ées sur lesAnglais I alors le silence se fait
de nouveau, interrompu do temps à autre par les récri-
minations dont les brochureset lespamphlets eontinuent
à se faire I'écho, jetant le disuédit sur toutes les admi-
nistrations. Le Magistrat semble n'avoir pas conscience
de la nécessité de réformes sérieuses: il donue aux
sergenis de ville un costume nouveau, composé de
I'habit, de la culotte etdu chapeau (1789). Il fait
réparer le lieu de santé devenu le dépôt des grains des
munitionnaires, et transporte à ltemplacement actuel la
manutention, située alors entre la Deùle et la rue Saint-
Martin (1784). Ses bonnes inteutions se manifestent
encore par quelques encouragements accordés aux arbs
eù à I'industrie: il vote pension de deux cents livres
au poète Feutry; une 'ne autre de cent vingt-cinq fl.orins
au maître d'écriture Langlois (1782); une g'ratification
de cinq louis d'or au juif Salomon Furst, pour avoir fai[
-2S3-
connattre la construction dtune nouvelle machine à
incendie (1784) , et place comme pensionnaire aux
Vieux-Hommes , Béghin, ancien professeur de peinture
à I'Académie. C'esb en témoignage de gratitude que le
statuaire Philippe Roland, ancien élève de l'Académie
des Arts, offre au Mag'istrat la réduction de Ia mor[ de
Caton d'Utique (1782), et'Wicar un tableau de Saint-
'
Joseph (1784). Peude temps après eut lieu, en présenee
des autorités, de la garnison et fl'une foule enthou-
siaste, I'ascension de Blancharil; accompa$tré d'un
publiciste, le chevalier de l'Épinard (26 aott 1785). te
peintre L. Watteau représenta le départ et le retour des
aéronautes. Son æuvre fut reproduite par le burin
d'Helman; lorsque cet artiste offrit à la ville un recueil
de ses estampes (1787), le Magistrat lui fit remettre
480 florins, à titre de reconnaissance de son hommage
rlu magnifrque album qui repose à Ia bibliothèque
oommunale. Une société organisée en tontine fit cons-
truire, en 1785, la nouvelle salle des spectacles, æuvre
de I'architecte Lequeux, et Ia salle de concert de la rue
Sainte-Catherine f'ut réparée I'année suivante.
Entn ce fut sur I'avis du procureur-syndic, du Châ-
teau de Villermont, que le Magistrat vint en aide à
Leperre-Durot, fabricant de porcelaine dure cuito au
charbon de terre. Il lui accorda une somme de 121000
livres tournois (1784)r comme il I'avait fait préoédem-
ment on faveur de son beau-père r pour l'établissement
de sa manufacture de toiles peintes. Leperre-Durot est
I'habile industriel à qui I'on est redevable des belles
porcelainos portant la marque : A Eille, ou t t0 dauphin
cawanné.Il fut autorisé à mettre sur Ia porte de sa

,r 6*
-261-
maison: << Manufac[ure royale de Monseigneur le
Dauphin. >

. Fbires, poste aus lettres et ooitures 1tubltq14ss. _ Ls


foire du mois d'aott se teuait encore pour toutes
sortes de marr,handises I il y en avait trois pour res
chevaux, durant chacune trois jours et commençant Ie
m-ay, Ie 26 juin et le 14 décembre. Chaq,re joor,
-f.3
I'administration des postes expédiait dr* coorrirrr"po*,
la France, les Pays-Bas autrichiens et les principares
villes des environs. aux paquets pour l-'Espagne,
-Quant
ils partaient ie vendredi, -de
et ceux la Houande à'rri-
vaient deux fois la semaine. Les voitures publiques
mettaieat un jour.et demi pour arriver a Bruxelles
trois fois par semaine, elles faisaient le trajet ae
r'et,
litte a
Paris où I'on parvenait Ie troisième jour.

-_1?87.
Lcs grands baittis.-Si la solution donnée, eu
l?69 à Ia question de préséance avait mécontent6 Ie
e
Magistrat, elle avait également froissd Ie clergé et Ia
:oll:*r:, relég'ués au dernier rang. On reprocù'uit uo*
baillis d'avoir accaparé tous les rôùs dans rjadministra-
tion. IIs étaient devenus à la fois états et administra-
[eurs de la Châtellenie, traitants et collecteurs, jug,es
et
qTtig*, comptables et auditeurs des comptur- Mui, uo
édit du roi veuait de convoquer dans toute ra France
res
divers ordres, à l'effet d'émettre leurs væux sur
l,admi_
nistratio-n des provinces. Le clergé et Ia noblesse
prirent
à cæur de battre en brèche le pÀvoir des
grandriluilli,
dont les prévarications, les d?nis de justiie
et l,omni-
potence étaient, intolérables.
A Ia suite cl'une décision portant que Ia province de
-266-
Flandre n'était pasr comme la Châtellenie, un pays
d'États, les deux ordres résolurent, dans une réunion
tenue à Lille, de demander une administration provin-
ciale. C'était le moyen d.'évincer des affaires les soi-
grreurs bauts-justiciers et leurs baillis. En même temps,
les abus signalés dans plusieurs éæits soulevèrent I'in-
dignation de I'industrie et du commerce. Les Échevins
de soixante communes de Ia Châtellenie déclarèrent,
commol'avaient fait les délégués de la noblesse, la gestion
des baillis onéreuse pour la contrée, puis émirent le vceu
de les voir reruplacer parune ad.ministration provinciale,
Les officiers de la Gouvernanee eux-mêmes suivirent cet
exemple. Le désordre s'intr'oduisait partout, même dans
I'armée, de sorte que le mécontentement et les plaintes
se généralisèrent.

1789. Démisûon iles baillis. En réponse aux mé-


-
moires qui faisaient appel à I'opinion publique déjà
bien puissante , les baillis s'étaient contentds d'affirmer
tlue leur adniinistration était sage et heureuse. Mais
leur existence fut compromise par ltintroduction du
principe d'unité dans I'administration de la justice,
c'est-à-dire la création de grands bailliages chargés de
rendre la justice dans une circonscription territoriale
assez étendue (1789). La convocation des trois ordros
de Ia nation aux Éiats-Généraux, leur rappela qu'ils
ntétaient en fait que les représentants des seig'nours
hau ts-j usticiers, tandis qu'ils appartenaient personnelle-
ment à la noblesse. Pouy conserver leur place au sein
de cet ordre, ils se dépoitèrent de la qualité d'adminis-
trateurs de la Châtellenie (février 1789). Enfin le Tiers-
Etat do la villedelille proo6da (24 mars) à la formation
-266-
des assemblées dites de bailliages, qui devaient pré-
senter leurs cahiers et désignor les électeurs chargés de
choisir les membres des Etats-Généraux. On put dire
alors que les États de Lille avaient cessé d'exister, et
avec eux les seigneurs hauts-justiciers, derniers vestig'es
des temps féodaux. La Révolution était commencée
à Lille.
XVI.

LA REVOLUTION.

Désordre des finances municipales. Réclamations du Tiers-


État. souffrances du peuple. -
prompte organisation de
- -
la milice bourgeoise. Les régiments de la garnison.
- Iilections municipares. La _
société popuraire.
pArnrorE. - - L'a*rr.r,s
-Collision des quatre régiments.
- [a Fédération.
- [a Compagnie de I'Espérance. _ [a caisse patriotique. _
Le Pas de Baisieux.
- [a patrie déclaréc en danger. _ Som_
mations d'Arbert de saxe.
Bombardement.
- Réponse dc ra Municiparité.
Lille a bien méritd de la patrie. _-
maximum.
-
La Terrcur.
[e
-
services publics. - Rétablissenrent de l.ordre et des
[a préfecture du Nord installée à [.ille.
-

Le RÉvolurroN. 1789. Désordre des


financd$.
- L'É-
chevinage, amoindri par res empiètements successifs de
l'autorité supérieure, est attagud à son Cour. Depuis
longbemps les finances sont soumises au contrôle des
commissaires au reuouvellement de ra Loi, et Ia mission
-268-
son antique in-
des Huit-Hommes ne s'exeroe plus avoo
dépendance.Laoritiquedévoilelesabusdel'adminis-
trultio' municipale, les revenus clandestins des charges
d'argentie, , le nombre exagéré d'es commissions et de
leori vacations, ainsi que les sommes folles absorbées
et par les présents de la
fu, lu, festins de I'Échàvinage écrasante les con-
ville. EIIo montre dans quelle mesure
prélèvement des im-
,o**utuors privilégiés nuisent au
pôts, comme i ttot tépartition équitable' La gestion du

i{rgist*ut constitue dans les financcs *n d6ûcitdeplusde


sept nillions de livres.
Le Tiers_itrtat. - cependant l'époque est arrivée otr
puis-
le powoir royal se trouïe contraint de traiter de
,uio, à puissânce avec les représentants de la volonté
nntionalà. On rappelle que les commissaires au
renou-
vellement de la Loi ont usurpé sur les curés la déléga-
tion des Huit-Hommes toujours restée populaire t et
de l'élec-
que cctte ingérence a altéré lo principe urême
tion. on démontre que la bourgeoisie a sensiblement
décliné. Elle a favorisé, Par sa faiblesse, les empièt'e-
mentsdelaroyautésurlesdroitsqu'ellea-vait]amis.
siou de sauvegarder. Aussi les membres de plusieurs
-rejetant
, le nom de bourgeois, dont- ils
"orporutions
étaient jadis si fiers, adoptent' celui de citoyeus' Ils don-
nent le signal de t'É*u*ipution du Tiers-Etat_duns un
mémoire À it* protestent contre Ja violation de Ia charte
de Ia comt*r** iruone, Ils dénient au Magistrat le droit
de représenter à lui seul le Tiers-État et de voter les
subsiâes sans le concours des citoyens. Ils réclament le
droit de choisir eux-mêmes les représentants de la cité,
et engagent la Noblesse et le Clergé à se concerter. avec
,or,"pJo, obtonir un règlement conforme à la justice et
-2S9-
aux droits de tous (L4 janvier 1?89). Aussi l'assemblée
à I'Hôtel-de-Ville est-elle complète, leZ4matsr lorsqu'il
s'agit de clore et arrêter le cahier général des doléances
et, de nommer les trente-six députés de la ville, repré-
sentant le Tiers-État.
Souffra,nces du peuple. Pendant que les hommes
-
Ies mieux intentionnés se précipitent, à la conquête des
réformes dont la nécessit6 paralt 6vidente, Ie peuple
souffre. Depuis deux ans la fièvre putride et la grippo
ont sévi d'une maniàre cruelle I un hiver précoce et ri-
goureux, (178?-1788) a précédé la disette qui pèse sur
les pauvres. Des milliers d'ouvriers sans travail s'adres-
sent au Magistrat pour en avoir I dans I'impossibilité
dtutiliser leurs bras, on se cotise pour les secourir. Mais
la crise se prolonge et le remède est insuffisant. La foule
affamée s'ameute (29 avril) , on charge une commission
d'acheter du blé (4 mai). Pendant qu'elle en demànde
à I'étranger, les curés et les pauvriseurs distribnent des
bons ide pain de méteil au-dessous de la taxe; le droit
de mouture est réduit de moitié dans la Châtellenie;
une prime de seize patars est offerte pour chaque sac de
blé exposé et vendu au marché. Le mois suivant (27
j"io) , on délivre aux indigents, au prix de d.eur patars
la livre, du pain composé en parties égales de finment
et de seigle. Plus tard encore, la construction de fourd à
I'Hôtel-de-Ville permet de fournir du pain ordinaire à
prir réduit (9 novembre).
La milice bourgeoise. d'ordinaire , les bou-
- Comme
langers et les détenteurs de farines sout les.premières
victimes de l'émeute, Le Magistrat, dont les conseils ne
sont plus écoutés , est réduit pour la première fois, à
-260-
battre la générale duns les rues (29 avril). Avanf que la
g'arnison et les compagnies bour$eoises aient rétabli
I'ordre, on a pillé plusieurs boutiques de boulangers et
brisé les vitres de d.eux négociants désignés comme ac-
capereurs. Dès ce moment, c'est en vain que la charit6
privée et I'administration unissent leurs efforts pour sa-
tisfaire une popula[ion affamée. L'apaisement n'est qu'à
Ia surface I un souffle mystérieux et terrible agite la
foule I de fausses alertes, les troubles de la Châtellenie,
ceux de'Paris et de la Belgique finissent par la pousser
enoore au désordre. Le 2I juillet, un conseiller-pension-
nairo et le subdélégu6 de l'Intendance ressentent, par le
pillage de leurs maisous, les effets de la fureur populairo.
Le prévôt et le mayeur espéraient avoir calm6 l'é-
meutd, lorsque , dans la nuit, le tocsin retentit tout-
à-coup. La maisou de M. Mar'tel, honorable nég'ociant,
pillée et saccagée par une bande de mutins , prenait feu
et, sans de prompts secours, Itincendie aurait étendu
ses ravages. Il n'y avait point à hésiter: dès le matin ,
des oitoyens amis de I'ordre se portent à la maison
commune, se formont en comité et préparent I'organi-
sation de la milice bourgeoise. Le lendemain (23), ils
fout appel au dévouement des bons citoyens I en vingt-
quatre heures, deux mille hommes se trouvent sponta-
nément armés et prêts à défendre la liberté publique et
la fortune desparticuliers ({). Ou arborela cocarde trico-
lore, on fait des patrouilles, on tient les réverbères
allumés. Doux pillards sont erécubés sommairement et

(,1) lous les maltres de maison s'empressèrent de s'enrôler;


33 demoiselles, 60 femmes, 20 prêtres fournirent chacun un
ou deux hommes
- 26{
-
les autresi échappent, eu se cachant, à la poursuite
qui
Ies meuace. Pour entretenir ra bonne union entre
ra
troupe et la milice bourgeoise ou fait prégent de co-
,
cardes aux officiers et aux soldats(pTjuillet, etlecomité
permanenf , après avoir constaté le patriotisme
dont la
<<noblesse et Ie militaire r> donnen]. i,exemple, se rend
à la g'rand'messe, célébréeà Saint_Étieoor, lourtionsde
grâce de I'union parfaite des trois ordres (zg juillet).
-du Le
calme paraissant assuré le service journalir,
, lagarde
bourg,eoise est bientôt réduit a iOO hommes, àt les
volontaires sont libres de se retirer (b aott). Mais un
mois s'écoule à peine, que r'émeute relève la tête. aue
est de nouveau réprimée p*r les patrouilles combiuées
de
la ligne et de la g.arde nationale (g septembre).

- Les régiments. - Ce concours eflicace et sympathique


de la garnison était donné par res trois régi*rot, d'in-
fanterie logés dans la ville : ô'étaient ceux dà la
colonelle-
générale, d'Àrmagnac et de la Couronne et celui
, des
dragons des Trois-Évêchés. Le rég,iment de Condé,
caserné à la citadelle, avait quitté ii]Ie après la
céré-
monie du serment que tous, officiers et sorâats,
avaient
prêt^é, sur I'Esplanade
, à la nation, au roi et à la loi,
couformément au décret du r0 aorit. Ir fut remplacé
peu
a.près_ par le Royal-des-Vaisseaux.
Quand la jarde na_
. tionale ou milice.bourgeoise futcomplètement
iganisce,
elle se réuuit, le lg novembls, .u, la Grandiplace,
p_our y prêter le serment de ûdélité
et entendre la pro_
clamation de la loi martiale contre res attroup.meot's.

- La Sgciëté populaire. - On se met ainsi en mesure


de réprimer toute tentative de désordre puis
I on lève

f6
2$2,
-
et les. noms des habitants
une contribution patriotique,
^
d'y participer sont préalable-
que l'on supPose àn état -5oors
aux portails de
men[ exposés, p*aunt hùt '
échevins se tiennent en permanence
;htq"t eglis..' Les
une partie de la g3rrnison,est
à la Commune, et iY
collrslon se-
tu.roro[ sur pied' L'année se termine sans
des bieus tlu clergé intro-
rieuse, mais la sécularisation
de la pensée' Le lan-
d,uit de l'aigreur daus I'expression
Dès lors apparais-
gage de la Presse devieni acerbe'
d''aristocrates et de démocrates t
3.f, f"* qualifications Jésuites une
forme, des
en même temps qutil se
Iut '
réunion ou qoi prend la designation de Société
"trrb elle forcera
p.p"f.itt. Après ttiou'*tt transformations ' dirigera à
légales: c'est elle qui
la main aux autorités
Lilte le mouvement révolutionnaire'

Malgré le zèle ilu


1790. iltections municiltales'
M*Sittt"i, malgré -1'ho''orabilité deses
cle membres
la Révolution '
,,t""ondamné' Le souIfle
iÉEn.oi"ug,
doitrenverseruneinstitutionréputéecaduque.D'ailleurs,
tous les citoyens
le déoet du 12 novembre, appelant
(l) accueilli avec empressement'
;;tft aux élections , est
admissibles
ôo *.g*"tte bien de voi' les non catholiques
emplois, et Ie mariage au
aux élections et aux -réduit
civil; mais' dès le 3 janviert
niveau d'un simple contr'at

"les
(l) On appelait citoyens actifs ou électeurs primaires
ans et imposés à la capitation. ll s'en
Frrrçri* egeil ae vinsçôinq de Lille. ceux
trouva 20,607 rlans lô district ou arrondissement
delavi|le,,ono'b.,ile6&6&furentdivisésendouzeassembléeg'.
ou députés
primaires, et nommèrent cinguantoquatre électeurs
à I'assemblée du bailliage'
-263-
on accourt avec ardeur aux assemblées préparalioires. Le
désir et I'espoirde constituerune administration exempte
des abus d'autrefois, s'unissent au dévouement inspiré
par des cgnvictions sincères: ils amènent tout le monde
au scrutin. Vanhoenacker, homme bienfaisant et ver-
tueuxi est nommé maire (16 janvier). L'élection de dix-
sept officiers municipaux, du procrlreur de la commuue
et de trente-huit notables qui doivent ftdre partie du
Conseil, a lieu le 10 et le 19 février. Le lendemain, une
joie profonde, une espérance sans limite président à
l'installation de la nouvelle municipalité.

L'Abeille patriote. Mais plusieurs événements ne


tardent pas à modifter -f impression générale des esprits.
Le choix de Douai pour résidence de la préfecture du
départetrnt (ref aott 1t790), la nécessité d'un emprunt
,
la rareté Cu numéraire, la circulation des assignais les
,
nouvelles peu rassurantes de Paris et de l'étranger et,
dans la ville, la discorde des régiments , répandent le
trouble et les alarmes.
Pour éclairer I'esprit public, pour discuter les faits et
transmettre los opinions qui agitaient les partis, les
bro'chures ne suffisaient plus. Quoique I'essai dtun
journal périodigue tenté par Ravel le ru.lanvier 17g0,
ntett g:uère réussi , on vit paraître , le re. avril, t'Abeitte
patriote ou Fewdlle de tous les jours. Elle eut pour
éditeur Lammens, et pour fondateurs des hommes
sérieux et sincères, mais qui furent bientôt, débordés.
Au bout de trois mois, lo titre modité fut : Abeilte
patriote ou fournat ilu NoriL Enl79l, ce fut lo Journal
du d,éparternent ilu Noril dit Abeitte Tttatriote, la
{ue
Terreur fit disparaitre comme trop modéré.
*zs+-
8 avril. Collision tles quatre régimerttt, Depuis
plusieurs jours, de sourdes rumeurs présagent une rup-
tr:re ouverte entre les régiments. Les chasseurs de Nor-
mandie dépensent en orgie ltargent semé à profusion
par d.es agitateurs secrets I ils assassinent un.gienadier
du Royal-des-Vaisseaux et un classeur de la Couronne.
Aussitôt a lieu, sur les glacis de la porte de la Madeleine,
une rencontre de plus de trois cents hommes, où les
chasseurs de Normandie se rendent couverts de plas-
trons. Au lieu de calmer les esprits, le général Livarot,
par son indécision, envenime la querelle et donne ie
signal d'hostilitésparticulières. Des coups de feu se font
entend.re. A ce bruit les soldats quittent les casernes et
se répandent en ville : une lutte de huit heures s,engage
çà et là entre les groupes qui se rencontrent. Douze
morts et un g'rand nombre de blessés sout les pËtrières
victimes de f indiscipline de I'armée.

25 avril. Serment des gardes mationaut.


'departir la nuit suivante est donné aux divers- Lrordre
corps ;
mais la Mairie s'oppose à un dépar:t qui peut, en pleine
campagne, amener de nouveaux excès. Ce ne fnt qura-
près douze jours de pourparlers que les troupes consi-
gnées quittèreni la ville, dans des directions diffdrentes.
Cette cause de troubles écartée, la municipalité orga-
nisa avec le alergé la cérémonie de la bénédiction des
drapeaux do la garde nationale. Dans la solennit| cé,1é-
brée à Saint-Pierre, les étendards des neuf légions
furent déposés sur ltautel. La distrilution sten fit, l,après-
midi, sur le Champ-de-Mars oùr chaque division, amenée
devant le Conseil municipal, jura fidélité à la Nation, à
la Loi et au Roi. De là on se rendit au To Deum, et le
-265-
maire prononça une allocution respirant la même con-
fi.ance patriotique que les paroles adressées, Ie matin,
par le ahanoino de Muyssart.

10t jdin. Marche triomythale. Ces symptômes ras-


surantq relèvent Ie moral des
-
hommes timorés, et con-
trebalanceut I'action dissolvante d.es imprudents qui
A Lille, comme Par-
compromebtent I'unité nationale.
tout, on veut faire une fédération. La garde natio-
nale et la nouvelle garnison fraternisent dans des ban-
quets civiques où règnent I'ordre, la modération et la
sobriété. Ce sont les agapes de la Révolution. Le le'juin,
Yanhoenacker est invité à prendre place sur un char de
triomphe. Le cortége , musique en tête, parcourf plu-
sieurs rues de Ia ville et se rend a la Now:ello'Aaenture,
guingruette située à Wazemmes. Un repas y est offert
àl'éiu du peuple, I'idole du jour.Les chants, les toasts,
les protestations de fraternité et de d.évouement se suc-
oèdent au milieu de l'enthousiasme et de la plus vive
effusion.

6 juin. Lu, Féilération. Le dimanche suivant, jour


de la fête de Lille et de la
-procession de Notre-Dame-
ile-la-Treille, le champ-de-Mars, décoré par I'architecte
Biarrez, est le théâtre de la fédération des trois dépar-
tements du Nord, du Pas-de-Calais et de la Somme.
Chaque ville a délégué un député pour cent volontaires.
Les curés de toutes les paroisses por[ent le Saint-Sacre-
ment sur le Champ-de-Mars où la cérémonie com-
mence par la bénédiction d'un drapeau orné des armes,
de toutes lesvilles coufédérées. Après lechant duDomine
salaum fac regem, le chanoine de Muyssart fait, au
-166-
nom du clergé. le serment prescrit par IÀssemblée
nationale. on lit ensuite la formule du serment pr6paré
pour les députés. Groupés devant I'autel de la pairie, ils
prononcent le mot sacramentel: << Je Ic jurc.r aussitôt,
la décharge de tous les canons se fait entendre, une
hymne est entonnée, un prêtre élève le saint-sacrement,
'[ous les témoins s'agenouillent, dix mille soldats
pré-
sentent les armes et le tambour bat aux champs, dominé
par la voix tonnante de I'airain. Des cris unanimes et
mille fois répétés suivent la bénédiction. L'élan est gé-
néral et tous, émus et transportés, répètent Ie serment
d'être fidèles à la patrie et d6 se dévouer pour elle.

Agùtations d,e I'es?trit pubtic. manifestations


spontanées, témoig:nage irrécusable - deCesl'état des esprits
à Lille, se prolongent dans les repas offerts à Ia garni_
son par la garde nationale. Mais la désillusion est
proohe, car la Révolution suit une pente fatale. En
bouleversant I'ordre social établi depuis le xIIIo siè-
cle, elle remue hommes et choses, religion et richesses,
institutions et propriétés. Elle ou *ê*, changer les
passions, I'esprit et le caractère de toutes les classes
de Ia société. La violation d,un grand uombre d'ar_
ticles des cahiers, notammeut le décret de la vente des
biens nationaux, étendue au domaine de la couronne,
aux apanages et auxpropriétés du clergé, desparoisses,
des séminaires, des colléges, des hôpiiaux uf du tous
les établissements charitables, aiusi que la constitution
civile du clerg'é et la suppression de la noblesse et des
titres I enfin, la stagnation du commerce, Ia multipli_
cité des banqueroutes et un énorme arriéré dans la
perception des impôts, ercitent despraintes, d,es
récrimi-
- ?,61
-
nations qui dégénèrent en menaces. Le clergé uôtotu
d'hérésie et de persécution les édits d'e I'Assemblée na-
tionale: la noblosse est atteinte par la perte de ses pré-
rogatives; la bourgeoisie et le peuple voient tous leurs
iniérêts en souffrance, et s'indignent de ce qu'au lieu de
I'adoptiou du plan d'éduoation nationale réclamé par
les cahiers, la fermeture des colléges et des écoles arrête
I'instruction d.e leurs enfauts.

La Comytagnio ile ïEspér Cependant, pour


inspirer à de jeuaes c@u{s I'amour de la liberté, avec
celui de la religion et de Ia patrie, un ci-devant noble,
chevalier de Saint-Louis, avait réuni une soixantaine
d'enfants de sept à quatorze ans. Lorsqu'il les eut d'isci-
plinés et en eut formé unecomPagnie nomméede I'Espé-
rance, il leur donna un drapeau que le curé de Saint-
Étienne béuit (22 juillet), en leur adressant une allo-
cution aussi touchaute que pleine de patriotismo. CeIa
n'empêcha pas certains plaisants de désigner ce[te petite
troupe.sous le nom de Royal-Bonbon.

1?91. itrmigration.- A t'Hôtel-de-Ville, on est aux


prises avec une réalité moius souriante. LeConseil muni-
cipal a supprimê les octrois sur les liquides (2 mars 1790)
sans créer dtautres ressources; le voilà réduit aux expé-
dients. Lo prccureur-syndic propose d'acheter des biens
du clergé et de les payer en assignats, monnaie déjà
fort dépréciée. On décide aussi de recourir à une con-
tribution patriotique de deux pour cent sur la fortune
de tous les particuliers: les déclarations sont si peu
sincères quton finit par taxer arbitrairement la somme
à payer (1791).
-168-
La nomination de prêtres assermentés, dits consti-
tutionnels, en remplacoment des curés, des paroisses de
la Marleleine, saint-Maurice I sainte-cathÀrine er de
" Saint-Étienne, destitués pour refus de serment ù la
constitution civile, blesse bien des consciences au sein d.e
la population. Les citoyens forcés de prendre part aux
patrouilles org'anisées lors de la fuite de Loois xvl
juin 1791), se plaignent de la perte de temps et des
!21
fatigues auxquelhrs on les soumet pour parcourir les
,
campagnes et inspecter tous lesvoyag'eurs.LarÉnte des
biens du clergé, commencée lg 26 septembre par oelle
du refuge de I'abbaye de Marquette, aogmente I'irrita-
tion et les craintes. Elle précipite l'émigration. Margré
J'upprl du roi aux émig'rés et la sommation lancée par
I'assemblée législative, de rentrer avant le le. janvier,
les nobles, Ies prêtres et les officiers de ra
Earnison
passent_à l'étranger, mettant en streté leurs pirrooo*
et les biens qutils peuvent emporter ou soustraire aux
rigueurs de l'expropriation.

caisse patriotique. aussi les valeurs métalliques


et le numéraire ont-ils-dispartr avec ra confiance : l,àret
I'argent manquent absolument. L'Hôtel des Monnaies
en est réduit à transformer du métal de cloche en g,ros
sous, et comme il n'y a encore que des assignats ae cin_
quante livres et au-dessus, il est impossible au petit
,
commerce et aux ménag.es pauvres, d,opérer l'échange
des denrées contre une vale*r monétaire. près de deux
cents notables et commerçants Lillois se cotisent pour
organiser une caisse patriotique , destinée à émett* d"*
bons de cinq, dix et trente sols (2g aorït, 17gl), et de_
mandent au conseil général de la commune I'au[ori-
-g6e-
sation de les échanger contre des assignats. Après une
certaine hésitatiôn de la commune, ces bons sont admis
à rendre aux transactions commereiales les services
quton en attend, puis subissent à leur tour le sort du'
papier-monnaie de l'État.

-À I'avénement du minis-
L792. Pas ile Bd,steuæ.
tère girundin, Dumouriez voyant I'attitude hostile de
I'Europe, Iance une aruée sur la Bdgique. Elle se
conposu de trois colonnes placées sous les ordres de
Rochariùeau et dépourvues, par suite de l'émigration,
do Ia ùajeirre partie de leurs officiers.. Dillon commande
celle qui se dirige de Lille i'ers Tournai, au-devant des
Autrichiens (28 avril). A Baisieux, se livre un eugage-
ment d'avant-poste. Conformément aux ordres cle son
chef, Dillon exécute un mouvement de retraite I mais
la régularitC de la marche est tout-à-coup entravée par
le désarroi que cause un cri de Sauae qui peut promp-
tement répété. Les fuyards arrivent les premiers à Lille,
où ils répandent l'alarme en criant à la trahison.
Le général, à peine rentré en ville, est tué d'un coup
de fusil. Son corps, jeté sur le pavé, est piétiné et pendu
à la lanterne, puis traîné dans les rues et brtlé sur la
Grande-Place, où la scène la plus atroce et la plus
hideuse montre à quels excès peut se livrer une popu-
lace égarée.
Réaction salutaira.- Les horreurs qui ont signalé le
meurtre de Dillon ne tardent pas à exciter une répro-
bation énergique. Les assassins du général sont arrêtés et
jugés. L'un d?eux estexécuté (13 juilletLTgÙ)par la nou-
velle machine à décapiter, préconisée par le docteur
Guillotin, Les sentiments d'honneur et de patriotisme
-:g?0 -
révoillent au sqip de"la nqpgla$iqp liantique éoergio
montr6e par nos aieux, pour fa défense de leurs'droits
et de leurs murailles. Lorsque André, maire de Ullet
déclare la patrie epr $a,1e9r (16 aott) et que tonne le
canon d'alarme, les jeunes gens vont à I'envi s'enrôler
volontairement sur les estrades dressées sur les places
publiques. Les gardes nationaux font avec enthousiasme
le serment de vivre libres ou de mourir. En prévision
dtun siége, onstexerce partout au marriement des armes ;
Ies églises des oouvents sont transformées en ateliers,
en hôpitaux: on y prépare du linge, des lits, des urédi-
caments.

Les hostilités. violation du territoire par les


Prussiens et la
-,f,a
prise de Longwy et de Verd'un, suivies
des massacres de septembre, plongent coup sur coup
bien des esprits dans la stupeur. Mais les Lillois se pré-
parent à défendre leur ville contre les attaques de l'Au-
triche, dont l'armôe s'empare successivement de Rou-
baix et de Lannoy (5 septembre), deSaint-Amand (le8)t
d'Orchies et de Tourcoing' (le 10). On fait bivouaquer
chaque nuib cent hommes sur les rempartsl on abat los
arbres, en même temps quton rase les ouvrages de ma-
çonnerie situés dans la zone militaire. Des volontaires
accourent se renfermer dans Lille, et, pendant quton
réclame de l'État des munitions de guerre et des Bppro-
visionnements, que refuse avec outrage un ministère
défiant et soupçonneux, la République est proclamée à
Paris (22 septembre); le lendemain, la ville se déclare
en état de siége ; le 25, on va canonner pendant cinq
heures le camp autrichien établi devant Touruai; mais
le 26, c'est l'ennemi qui ouvre la trauchée et commence
le siége de Lille.
-'dz,r -
Prépa,ratifs ile défense. Cependant on avait fait
sortir les bouches inutiles -et congédié plusieurs com_
munautés religieuses. La grande inondation était tendue
et des réservoirs d'eau se trouvaient préparés dans l,in-
térieur. Les pompes à incendie étaient en etat de service
et la poudre mise en streté. Des fabriques de haches,
de orocs, de piques, de gargousses et de cartouches
tbnctionnaient activemen[; les canonniers, aidés des
travailleurs volontaires, venaient d'étabrir cent-vingt
plates-formes garnies de canons, et l'on avait trouvé le
moyen de battre à revers les tranchées de lrennemi,
q*and celui-ci abandonna le dessein de faire un siége
régulier et se décida à bombarderla ville.

Sommations. Le 29 septembre, à onze heures, le


-
yajor d'Aspres, parlementaire autrichien, se présenta
devant la porte saint-Maurice. rntroduit err ville,ies yeux
bandés, et conduit devant le conseil de défense, il remit
deux missives de Ia part du duc albert de saxe: I'uue
pour le général commandant, I'autre pour la Munici_
palité. ces lettres laissaient I'alternative de la puissante
proiection de I'empereur, si Ia ville et la citadelle lui
étaient rendues, ou dela responsablité et des consé-
quences d'un bombardement, si, par une vaine résis-
tanoe, on méconnaissait I'offre de prévenir lreffusion du
sang et de ménag'er une ville riohe et peuplée.

Ré7torusa d,e la Mundcipalité.


- Deux
le parlementaire était reconduit avec
heures après,
les mêmes precau-
tions gu'à son entrée. Il emportait deux .éponse-s néga-
tives. Celle de la Municipalité portait ,i*plrr.uit ,
s Nous aenons d,e rercouaeler notre serment il'êiro filèles
-272-
ù, la Nation, ile maintenir la liberté at l'égalité ou de
mourir ù notre poste, Àtous ne sonxrnes pd,s des par-
jures. < < Trpis lignes à buriner sur le marbre et l'ai-
u rain, trois lignes à graver en traits de feu dans la
> mémoire, dans le cæut des Lillois d'aujourd'hui >>,
dit Bruneel clans son histoire populaire.

foule qui suivit le parlemen-


Bombarilement.
- La
taire ne connaissait pas le texte de cette noble réponse,
mais elle en savait le sens I et quancl la porte de la ville
fut refermée, quand on sentit approcher le moment
fatal où ltennemi devait agir, ce ne fut pas sans angoisses
qu'on attendit I'effet de ses menaces. A trois heures,
vingt-quatre canons de gros calibre, douze mortiers et
quelques obusiers lanoent, de I'extérieur, une décharge
simultanée. Elle est suivie de plusieurs autres qui se
succèdent avec rapidité et couvrent la ville d'une grêle
de bombes, d'obue et de boulets rmrges. L'artillerie de
la place y répond, et le feu roulant des canons , des
mortigrg et des bornbes se prolonge jusqu'à la chute du
tK,J; .1't jour et durant toute la nuit.
'.f
',"r,

1' Ainsi, au heu de s'attaquer aux épaisses murailles


ô des remparls, pour les battre en brèche , Ies projectiles
jettent en pleine ville le ravage et I'incendie. Bombes et
F"r, i boulets rouges écrasent ou brtlenb plusieurs maisons
.*. ;n',c
8,.
'"
Ë ,'td.1
dont les habitants se hâfent de sortir. Le feu se déclare
ta.':
I
simultauément à la caserne Saint-Maurice, à l'église
i,
Saint-Étienne et dans le quartier Saint-Sauveur, qui
devient le foyer de I'incendie le plus violent. En vain
i

un ingénieur et deux conseillers murticipaux veulent


organiser les secours: la flamme et Ia fumée s'échappen[
des portes et des fenêtres, et forcent ces généreux
-2i3-
citoyens à se retirer. Les toits et les façades, en stécrou-
lnnt, intercepbeut Ia circulation et, dès ce jour même,
les rues du Croquet, de Poids, eto. cessent dtêtre habi-
tables. Plusieurs familles, réfugiées pêle-mêle dans des
caves, y périssent étouffées, brtlées ou éorasées.

Moyens prtiaentifs. En voyant voler en éclats la


-
devanture de leurs boutiques et leurs maisons s'embraser,
quelques bourgeois se mêlent aux groupes attirés par Ie
fracas, excitent les murmures et hasardent des propos
sinistres contre la défense; mais la première impression
de terreur fait bientôt place à une énergigue résolution
de résister et de stensevelir sous les ruines, plutôù que de
se rendre ou de capituler. Des habitants se postent dans
les lieux les plus élevés de chaque demeure I .d'autres se
tiennent au seuil des portes. On voit venir les bombes,
on reconnaît les boulets rouges, on suit ces projectilos.
Au moment de leur chute, on les saisit avec des casse-
roles ou de grandes pincesl on les jette dans des cuves
ou des chaudrons tenus pleins dteau, à tous les étages et
devant les portes. Femmes, enfants, vieillards, chacun
s'empresse de fournir des indications ou de concourir
à cette cÊuvre de préservation. Des couches de fumier
mouillé sont étendues sur le plancher des greniers, et sur
Ie pavé des rues où le feu des ennemis est le plus vif et
le plus redoutable. Ces dispositions, jointes au zèle
des citoyens et à I'emploi d.'un grand nombre de pompes
envoyées des villes voisinos, rendent les incendies de
plus en plus rares et permettent d'éteindre oeux qu'on
n'a pu prévenir.

Ilésistance. Tandis que , en ville, on exerce lar-


-
-271-
gemèht I'hospitalit6 envers les malheureux privés
d'asile ou d'aliments, la populaûion valide presque
entière se tient sur les remparts où chacuu , saus
relâche, multiplie ges forces au service de la cause
commune. Tous s'ingénient à se rendre utiles. Les
souvenirs populaires enregistrent quelques noms qui
caractérisenb les types principaux des Lillois de 1792.
Anzelin-le-Bossu voit le feu se déclarer à l/église Saint-
Étieone, il défie les plus agiles et grimpe au sommet de
la llèche, pour soustraire aux flammes le bonnet phry-
gien qui le surmonte. Le canonnier Reboux personnifie
I'adresse du pointeur. Ltentrain et Ia vig'ueur infati-
gables du capitaine Nicquet font oublier le besoin de
repos et de sommeil. Avec une hardiesse qui n'a d'égale
que sa prudence, le capitaine Pottier se faufile jusqu'au
Fetit-Annappes pour enclouer vingt canons des enne-
mis. Prodig'e d'activité ! Le général (iuiscard fait dresser
en une nuit, sur le rempart, une batterie de vingt-
Ëuit mortiers de Iort calibre. Dès le début du siége,
Ov$neur, ancien officier d'artillerie, capitaino des
canonniers bourgeois, montre un sang-froid et une
abnégation héroïgues : ni la naissance d'un fils, ni l'in-
cendie de sa maison ne I'arrachent à sa batterie. Durant
six jours, il reste à son poste , avec ses braves compa-
I'nons, rendant aux ennemis feu pour feu. La chanson
populaire qui a traduit sa réponse à la nouvelle du
sinistre, rappelle également la joviale humeur et Ie mé:
pris du danger dont fit preuve un simple perruguier.
Les boulets oùt dévasté sa boutiquelsa maison s'écroule:
Maes, ctest son nom, prend pour bassin un éclat dtobus
et rase quatorze citoyens au-milieu de la rue.
-27t-

Dunkerque, Saint-Omer et plusieurs villes voisines


fournissent des approvisionnemeuts et des pumpes à.
incenclie. Leurs gardes nationaux et leurs volontaires
I

viennent à I'envi , rvec divers détachements de I'armée,


I prendre part à la défense héroïque qui frappe d'admi-
ration les commissaires envoyés par la Convention.
Sur ces entrefaites , Albert de Saxe voit s'épuiser les
munitions qu'il a prodiguées pour effrayer le peuple
lillois, taudis que, sur les remparts , tout accuse un
redoublement d'énergie dans la défense. Son feu se
ralentit, et le 8 octobre, jour où se terminait une neu-
vaine commeucée avec le siége, devan[ l'autel de
Notre-Dome-de-la-Treille, les ennemis disparaissent,
aband.onnant, au milieu des débris de leur mat6riel,
un gros mortier à la culasse brisée, qui figure encore
comme souvenir à I'Hôtel des cauonniers.
-276-
. Décret de laConaention.
- Non-seulement cette belle
résistance arrête les progrès de ltennemi, mais elle pro-
duit un effet immense et une surexcitation générale. La
Belgique est conquise en un mois par Dumouriez, vain-
gueur à Jemmapes. La Convention venge nos frères des
insinuations malveillantes du ministre Roland: elle
décrète à l'unanimité que << Lille a bien mérité ile Ia
ytatrie, (l2octobre). La plupart des habitants, heureux
d'avoir concouru au salut de la na[ion, refusent les in-
demnités que leur offre la Municipalité, pour les dégats
du siége. Le subside accordé par l'Assemblée nationale,
les dons patriotiques adressés par les villes et les parti-
culiers (4), permettent de soulager ceux qui ne peuvent
suivre cet exemple de désintéressement, et de venir en
aide aux administrations de bienfaisance dont l'incendie
avait détruit les propriétés.

1793. Le mani.mutn.- Mais les menées de l'émigra-


ttion
redoublent I'animosité soulevée contre la noblesse
?'
et le clergé I toutes les communautés religieuses sont
dissoutes, la vente des biens nationaux devient plus
active, et le vandalisme s'exerce sur les æuvres d'ar[. Le
mausolée de Louis-de-Mâle à Saint-Pierre et les monu-
ments funéraires de l'église des Dominicains sont démolis
et perdus à jamais. Les arresta[ions à domicile et sur
la place publique se multiplient, et les prisons se rem-

(l) Ou recut rnême des dons bonori{iques. A Paris, le citnyen


Gouchon engagea les patriotes du faul,ourg Saint-Antoirre et de
Ia section des Quinze-Yingts, à envol'er aux habitants de Lille
un laurier en pied et une couronne civique. Dn échange, Ies
Lillois firent cadeau, à r,nuns rnÈnns DD prnrs, tl'une bombe e[
d'une cloche fondue pendant le siége.
-211 -
plissent de suspects. Il est des jours où I'on entend, du
matin au soir, retentir le chant sinistre et populaire du
ça ira t
En même temps, les souffrances deviennent générales
et les besoins , pressants. Le distric[ fait fondre les
cloches de toutes let églises, à Ia réserve des deux plus
utiles, pour les faire convertir en monnaie (Sjanvier 1793);
le blé manque, et des farines innomées se mélangent
avec celle du froment I une hausse rapide et extraordi-
naire de toutes les denrées en read I'achat impossible,
pendant que le procès du roi soulève une protestation
énergique de Moreau, membre du Conseil municipal
La planche aux assignants multiple les milliards de
monnaie fictive; vain effort : Ie maximum, en ûxant la
limite du prix des vivres et desmarchandises (20 janvier
1793), loin de porter remède à la disette , fait le vide
daus les mag'asins et les entrepôts, précipite une expor-
tation clandestine et tarit, pendant vingt mois, les
sources de la production r {ue I'effrayante déprécia[ion
du papier-monnaie aurait suffi pour anéantir.

- La
Lq, Teweur. misère est à son comble, et les
maisons hospitalièreg, les Vieux-Hommes, Saint-JosepF
laCharité, lesVieillettes, le Saint-Esprit, Saint-Jacques
et d'autres eucore , voient leurs portes se. fermer pour ne
plus se rouvrir. Après avoir sévi contre les nobles et les
prêtres, la persécution dese,end d'un degré: elle se
tourne contre la bourgeoisie et le commerce. Le négo-
ciantisme devient le crime des mercantilocratos, et Ia
maison dos Bons-Fils se transforme en prison publigue.
Et cependant les Lillois conservent encore leur sang-
froid et une modération relative; pendant que la Yen-

f6*
-278-
dée ee soulève, c'est à leurs portes que stéfablit le,camp
de la Madeleine (31 mars) où. Ies soldats do Dumouriez
sont appelés à se réorganiser après la bataille de Ner-
winde et la défection de leur chef. Quant à Ia soci6té
des Amis de la Constitution, {ui avait voté une cou-
ronne civique à Duhem, elle se Ihisse entrainer par lui
et le pousse ensuite dans une voie fatale. C,est lui qui
inaugure le tribunal révolutionnaire (le'mai), pour juger
tous les crimes de liberticide et de lèse-nation. Bientôt
après Dufresse lève son armée révolutionnaire, formée
d'un ramas do vauriens traînant, par les rues, une guillo-
tine sur un fourgon d'artillerie. Mais il rencontre une
réprobation unanime I les femmes elles-mêmes osent de-
mander le licenciement de sa troupe sanguinaire.
Puis, en vertu du pouvoir révolutionnaire, une partie
de la Municipalité est renouvelée pour épuration (12
juillet 1794) ; à la suite de la ferrneture des ég'lises, d'où
sont chassés à leur tour les prêtres assermentés, on
inaugure à Saint-Maurice (21 septembre l7g4) le Tem-
ple de la Raison, consacré à l'Éternel et décoré par un
architecte et des ouvriers mis en réquisition.
Pendan[ qu'à chaque décadi une d.éesse de rencontre,
installée sur un magnifique char, aux gradins garnis
d'un essaim de jeunes ûlles vêtues de blanc, s'avance à
travers la ville, tenant en main une pique surmontée d,e
I'emblême de la liberté, et se rend au temple où., [rônant
au sommet de la Montagne, elle reçoit les honneurs d,es
chants du nouveau culte, Ie peuple mang'e du pain de
section. Cette nourriture grossière est parcimonieusement
distribuée en raison du nombre des membres de chaque
famille : c'est par faveur et en secret que certaiour pu*-
sonnes obtlennent parfois, du boulang'er, un pain blanc
- 2'I9 :-
dissimulé sous la désignation transparente d'une aune
de mousseline.

Apaisemant,
- Les apôtres de la guillotine ne sont
pas satisfaits: trop peu de têtes ont passé sous le cou-
teau fatal. Joseph Lebon vient d'Arras pour faire I'apo-
logio de l'horrible machine et réagir contre le modéran-
tisme. Trois cents jeuues gens lui fon[ savoir qu'il sera
poignardé, s'il ne s'éloigne à l'instant. Dans leur rage,
les sans-culottes dirigent sur Ie chef-lieu du Pas-de-
Calais plusiours victimes destinées aubouneau ; mais leur
règne touche à son terme I le neuf thermidor (27 juillet
L794) arrête leurs satrglants exploits, et Ie tribunal ré-
volutionnaire est supprimé.
Enfin la fatigue et lo dégoût succèdent à tant de dé-
sordres et ds cruautés. Ou revieut à de plus saines ten-
dancesl on veutréparer les désastrescausés par la guerre
ou les passions politigues; on s'efforce de rappelor la
s6curité etr prenant des,mesures réparatrices; on rétablit
les services publics suspendus ou désorganis6s par les
novateurs. L'iustruction publique reçoit les satisfactions
Ies plus urgentes, parl'ouverture deplusieurs écoles pri-
maires I ltécole centrale, que le règlement du B brumaire
an vr (25 décembre 1795) avait fixée à Maubeuge, est
transférée àLille le27avrilt7g6. Àprès avoir adouci,par
les sacrifioes les plus généreur du dévouement eb de la cha-
rité, les rigueurs d'une famineprolongée(179b et 1"796),
on établit le bureaude bienfaisanco (ZZ novembre 1796).
Par mesure d'écononrie, il faut réunir seize établisse-
rnonts charitables en quatre hospices: par exemple, on
affecte à I'Hôpital Saint-Sauveur les revenus et les
charges de celui de Comtesse , où l,on placl ce qui reste
-280-
des Vieux-Elommes, des Bleuets, des Bapaumes et de
Saint-Joseph (15 avril 1797). Puis on les réorganise,
malgré les déficits r au moyen du tiers consolidé' À la
réouverture d.es églises (5 septembre I?9?), l'aministra-
tion municipale rend au culte catholique celles de Saint-
Sauveur, Saint-Maurice , la Madeleine, Saint-André et
Itencienne église des Jésuites, en remplacement de celle
de Saint-Étienne, détruite par les obus autrichiens et
vouée à la démolitiou. Sainte-Catherine est provisoire-
ment affootéo aux autres cultes.
On voit en même temps éclater parmi la jeunesse,
une soif ardente de plaisir et de divertissements, une
passion efrénée pour la danse, tandis que dans le lan-
gage, dans la toilette et les manières, pénètre une
offùte.ie d.ont les incroyables et les merueilleuscs laisse-
ront le souvenir.
Mais la parlie saine de la population revient à ses ha-
bitudes d'ordre et de travail. L'établissement du Consulat
ranime la confi.ance I le courage' des industriels se relève.
Aux derniers efforts de la sayetterie contre la concur-
rence des fabriques de la Châtellenie, se joint la résis-
tance de la draperie à l'envahissement des articles de
Sedan, de Louvriers et d'Elbeuf. La Municipalité a fait
importer d'Angleterre (an vr) une invention récente, le
métier à filer le coton. Une manufacture de porcelaine
et plusieurs usines nouvelles s'établissent en ville. Les
progrès qu'elles réalisent attireront , sur les produits du
d.épartement du Nord, I'attention des visiteurs à I'Expo-
sition de I'industrie nationale.
Les anciens marchés sont rétablis par le Conseil
municipal (24 octobre I80I)1 Ia Bourse , la Chambre
et le Tribrtal de Commerce sont réorganis6s (1802) ; le
-28{*
concordat (10 septembre l80l) amène la rêconciliation
d.es prêtres assermentés avec le souverain-Pontife;
les
émigrés rentrent publiquementl les lvlonts-de-Piété
,r.À*rocent à fonctionuer (1803); enfin la Préfeoture
du }{ord est installée à Lille (18 septembre 1804)'

Désormais Lille a perdu ses antiques prérogatives_et


ses institutions spéciales I mais, replacé au rang qui
lui
appartient, il peut, saûs regret et sans réserve, s'asso-
.iri U Ia vie d.e la nation pour eu partager les travaux,
la gloire et les souffranoes. Sous I'Empire, ainsi gue
,ooi Iu R6publique, ses soldats ne sessent de verser
leur sang sur les champs de bataille de I'Europe t
.Iritulité native' A peine a-t-il
saus lui l-aisser perd.re tu
vu passer une géuération, que la sève trop abondante se
déverse sur les laubourgs et les localités voisines dont
il
aide à la prospérité. C'est en vain qu'uue prudenoe
timorée hcsite à reculer I'enceinte dovenue trop étroite.
te développement irrésistible de I'industrie et du com-
merce réclame ltannexion de trois communes, lui rend
le tribut mérité du nombre, de l'énergie et ile la
richesse, et lui assure le noble rang qu'il occupe parmi
les plus grandes villes de I'I)tat.
Si I'effacement des moerus looales commence à
s'accentuer, si I'unification française a modifié les mæurs
publiques, en produisant quelques germes d'une iniliffé-
*ro* fatale en certains jours , si l'état de paupérisme
inhéreut aux villes industrielles. et les progrès du luxe,
-282_
ofiectant, les libres allures d,une capitale, font une
ombre au tableau, les vieilles traditions se conserveut
encore au sein de nombreuses familles. Le dévouement
au pays, l'abnégation de soi-même et les vertus guer_
rières n'ont point disparu. sous les dehors frivolJs
de
la rnode, sous Ie désir de plaire ou de faire bonne
fig'ure, la jeunesse conserve encore res penchants et les
apbitudes des générations éteintes. son énergie, labo-

liu":: et intelligente, entretient I'aisance gZnerale et


justifie les satisfactions recherchées par rL lcgiti*
amour-proPre.

Liller tes enfants_ntont pas dégénéré !Leurs croyances


religieuses, Ieur libéralisme ecraire et généreui
sont
toujours aussi vivaces. Tout en prenant I'empreinte
du
siècle, ils ont conservé des habitudes de travail,
de
prudence, dtéconomie. D'opulents chefs de maisons,
loin
de se laisser éblouir par leurs richesses, s'appriqueot
e lu,
faire fructifier jusque entre les mains de leurs' fils.
Les
anciennes industries qui ont fait ta prospérité,
se sont
soutenues par des perfectionnements; celles
qui de_
vaient disparaître se sont vu rempracer par ,i, prus
considérables, que les machines Ët hr Àerveileuses
rnventions de l'époque ont lancées d.ans uue
voie de
progrès toujours ouverte; le négoce, conduit
avec pré_
yoyance et hardiesse, a pris un
développement ilus
rapide gue celui de ta population. L,assai;;rr.ruoiL,
quartiers populeux, la création de sguares et
de larg,es
rues procruent à l'hygiène publique les
amérioratilns
désirées. Les arts et les scieuces tiouvent,
dans les rar-
g'esses du budget municipal, Ia rétribution
d'oo uor.i_
gnement élevé'et proûtable, des subsides encourageants
-283-
et l'organisation de magnifiques musées. La religion a
recouvré ses droits, et la foule est toujours avide d'en
contempler les pompeuses et touchantes cérémonies.
Le peupler ![ue renferme et protége ton enceinte récem-
ment triplée, voit mulbiplier les écoles, les hôpitaux,
les cités ouvrières et les asiles I la crêche même s'im-
planto auprès de ltatelier I les @uvres de charité et de
prévoyance répondenb, dans uue large mesure, aux besoins
des pauvres, dès la naissance de I'enfant jusqu'au déclin '

delavieillesse. Dans le domaine delapolitique, la presse


a des organes pour toutes les aspirations, et les principes
de 89 ont rendu à tes habitants, sous d'autres formes,
au nom des idées nouvelles, les prérogatives et la sécu- \

rité que leurs devanciers avaient méritées par leurs i


vertus civiques, et longtemps conservées par la fermeté \
héréditaire du Magistrat.

Oui, Lille, tes enfants savent que noblesse oblige.


i
Plus tu as grandi, plus impérieux sont leurs devoirs,
plus ils voudront faire pour toi.
TABLE
des

N(lTTIS DE PERS(IIIl{ÂGES, D'IÎISTITUTIOI{S, DE LIEUI, ETC.

Âbbaye de Cysoing, t27t 22b. Albert et Isabelle, archiducs ,


Abbaye do Loos, 30, ,127, 446. 450, 4S4.
Abbaye de ilarquetle, Lg,, t127, Albert de Saxe, ducr21lr276.
460,268. Àmendes, 63, 57, 65, ,108, ,121,
Abbaye de Phalempin, 49, t27, fÛb, 167, 488.
226. Amphi théôtre de chirurgie, 2L7
Àbbietle (Monastère de l'), 62, André, maire, 2?0.
72, 499, 203.
Annonciades, {60.
Abeille patriote, 263.
' Ànoblissements,,162, 468.
Académie desÀrts, 233, 263.
Anzelin-le-Bossu, 274.
Adèle de France, femme de
Baudnin ,{,20, 22. Àpothicaires, 4 87.
Agrandissements, 29 , 52, gI, Arbalétriers, til , T6, 8l , 88,
123, t162, ,l69, 4 92, 243. 4Ll, th6r 223.
Àirles, 26, ,f 00, 407, t12.5,, 431. Archer sr E,l, 78, | /*,1, 4 L\ 4 16,
,f 38, ,l 661226. 223,262.
Alain de Lille, professeur, 33. Archives, ,l2,1 , ,l88.
Albe (Duc d'), gouverneur-gé- Âr_genterie, 94, 489, 49Lr207,
néral,437. 235.

t6
*286-
Àrgentiers, 40û., l2l, tl73,zthtl . Bec,querel (l,e) , 29 , 60 , ,t,l8 ,
23?.
Armoiries, 3,1, i8, 423.
Àrsin, 70. Beffroi , bL,7l, 117,436, 450,
,l53.
Artillerie ) 75, tl4&, ll7, 1Lh,
Béghin, professeur, 2ô3.
205.
Artistes, 202, 232, 231*, 253. Béguinage, 5'1 , 4 96.
Arts libéraux, 204. B6hourt,94, 92.
Bernières (De), intendant, 2{0.
Às Pois ( Jacques et Jean ) ,
peintres verriers, { 08. Bertrand - de - Rains , le faux
Àssennes, 467.
Bauduin, Â0.
Assis, 7ù, 8&, ,l20, 4 68, { 98. Biarrez, architecte, 266.
Bibliothèque do St-Pierre, 2,lli.
Audition des comptes, 1 21, 4 ùL,
aLtl. 2âb. Blanchard, aéronau[e, 2S3.
Auger de Bousbecque, diplo. Bleuets, 4,10, 248, 280.
mate, {49. Bleuettes ou Ccnceptionnistes,
Augustins, ,156. 4 69.
Boileux (Guillaume de), fonda-
teur des Bapaumes, ,155.
Bois-sans-Merci (I,e), 4 4.
Bailli de lille ou de la Salle, Bombardement, 27/|.
20, 32, 6,1, 6&, 66, 66, 7,1.
Bonnes-Filles, I tl0, 229.
Baillis (Grands) , 63, ,l90,2&&,
25L,2t6. Bons-Enfants, 76.
Bancloche, 65, 66, 7,1, ,153. Bons-Fils, 170, 195, 277.
Dapaumes,,l55,,l 64, 229, 2!r8, Borgne (Pierre le), poète, 56.
280. Bossut (Jean) , manufacturier,
Barge (Jean), fondateur des ttgT.
Yieillettes . ,t 28. Botanique, 234, 2L6.
Bastions,,l52, 458r,173, {86. Boucherie, 58, {29.
Batterie du Meunier, 117 . Boufflers (Maréchal de), gou-
Bauduin-Bras-de-Fer, comte, verneur, 483,203.
,15r,16.
Bouillons des paroisses, 230.
Bauduin IY, ,l I , ,18. Boulangerie communale, 207,
Bauduin Y ou de Lille, c.;mte, 2211, 226,218.
.t 8.
Bourgeois , &br 66,65, 69,107,
Bauduin YI, comte, 23. { 4 9, 235, 250, 259.
Bauduin IX ou de Constanti- Eourgeoisie
258.
, 32, 61, 210,
nople, comte, S{', ô0.
-28?-
Bourgetterie, 144, lt9, 498, Carmélites, {60.
2t9, 238,2t9. Carmes, 160, 486, 201,217,
Bourignon (Antoine0te), bien- 236.
faitrice de Stappaert, 469. Casernes , 492, 2l3r 22lr?^lt,
Bourse do oommerce, l7A r 2'17, 2i2.
280. Castrum (te), 4 8, 22.
Bourse commune des pauvres, Caulier (tTlarguerite), d'Àvelin'
t 23, ,l b8, ,l55, ,t s8, 496, 2ù21
.205.
229,2&7.
Célestines, ,l60.
Boussemart , manufacturier ,
Ceileghiel' ( André ), saYettetr '
232.
t|44.
Braderie (t a), 227.
Celliers, 8{', 420, 499.
Brandons (Jour des), 92.
Cervoises,420.
Brasseurs, 84, ,120, ,198.
Chambre de cornmerce, 2'10,
Bretèque^ L6, 120,,136, 4 50. 2,18, 233, 23?,280.
Brigittines, ,l53. Chambro des comPtes , 65, 88,
Broquelet (Le), 227. 423, 443,488.
Broucquin, 84, 420, ,168, 2,1.3. Chambre syndicale' 2'l 3.
Brtlc-Maison, chansonnier, 22{ Chapclte des Àrdcnts' {63, { ?0'
Bruneel (Eenry), publiciste et
tlll.
historien | 27t1. Chapelle des Bons-Enfan[s, 77.
Chapelle de la Halle, 'l03' 'l50.
Chapelle de Notro'Ilame-de-la-
Tieille, 86, ,164, ,179.
Caisse patriotique, 268. Chapclle de Notre-Dame-de
lorette.203.
Calvaire,46P, ,153.
Chapelle Sainl,-Georges, 4 09.
Canaux, 29, 68,,1 û.6' 196' ?09.
Chapelle Sainl,-Vital, 484,
Canonisations, 209, 2'l 6.
Chapitre de Saint-Pierre, ?',-,
Canonniers, 76, tll{-,417| 4Ll1 2L, El, 70, 405, 401 , 448,
t4+l+,lb6r '160' 'l67, 176' 176, 16\'r ztl(r.
2o4'214 .
Charité générale , 229, 230,
Capitaino de la Pester 'l68. 211.
Capitation, 499, 2lb' 236,217 . Charles-le-Bon, conite, 26.
Capitulation IE4',ti7t 'l78' 206. Charles Y, roi de Frattce, 82.
Capucins, | ô0, 209, 2tl1 | 233. ChartesYl, roi dc France, 88'
Capuoines,400. 9?.
Carembaut, '19, 6&. Charles II, roi d'EsPagne, 4 74'
...i, '.q

-288-
Charles-lo-Témérai re, duc,,l 03, Comines, 6ô.
,l06.
Commissaires au renouvello-
C'harles-Quint, empereu r, 4 | 6, ment, LI1 79, 21fr2, 257 1 288.
49,1.
Commission s, 2b2, 268, 259.
Charles Montmorency, com-
cle
mandant du chôteau, ?ii.
Comqtune, 20, 32, 403, 422,
,159,262, 269.
Charolais (Cornte de), 9&, 96 , Compagnies bourgeoises, 86,
403,400. 44L,llTr tlStL, 4i+0, 4L6, tl67',
Château-du-Buc, ,13, 'l6, ,l6, ,l9, 4 75, ,l79, 205, 2ô0.
20,67. Compagnie de I'Espéran ce 1267 .
Château de Lille ou do Conrtrai,
Comptes de la Eanse, LL, tl}b.
56, 66, lL0, tlL6r450,,l8&.
Châtelain, ,19, 32, 56, 64, 69,
Comtes de Flandre et Souve"
rains, 9.
?4,,129, ,159.
Conclave, &1, 87r 67, 69146Ll
Châteflenie ,lgt
61, lzb, t127, aLt,2&b.
4 32, atg, 237, 255, 2,i0.
4 g &,
Chovalier (Paul), prédicateur,
Confréries, ,l{ 5, ,l [6, ,l68, ,l yd,
232.
4 33.
Chirurgiens, 487. Connecte, prédicateur, g?.
Connél,able de I'tipineil,e, 98.
Christophe , bienfaiteur des
Bons"Enfants, 76. Conseillers pensionnaires,,l 2.1,
122, 46{-,2&4 ,260.
Cimetières , 60, 4 07, 4 09, ,l50,
470,2L9. Cornille, prédicateur, 4 33.
Clarisses, t106, l16,-4 60. Corporations, ,107, tltl,l, llg,
4 gg, 2,1 3, atg, 221, 2&9, 25g-
Clercs, {S.
Corps-de-Garde,,f 2g,,l gg,,l59,
Cloches , 8!i, 7lr72r/12L, 153, 49,t .
176,269,276, 217.
Cointrel (Pierre). botanistc, 23f Cottereau, L3, I*5, tàta,LL{.
211. Cour I'Empereurr,l,l 6.
Cotlart (Frangois), [isserand,2,t 3 Coutre de St-Étienne, 45, ,tbB.
Collecteurs paroissiaux 24|., , Coutume, &617\ 421.
22h. Croix St-Étienne, 453.
Collectines, {69.
Cysoing, 6\
t127.
Colléges |
4l*7,,1i8, ,156, 190,
2&8r2501267.
Coltége des médecins, {8?, 247.
Collége des Philalètes, 246. Décanats,,l32.
Collégiale St-Pierre, 17, 20, 23, De Croix (Louis), bieilfaiteur.
21,97,117, 46d., 203. des Bleuets, ,l l0.
sj

-289-
De Fives (Madeleine), bienfai- Du Bus (Jean), funrlateur ûes
triee de Stappaert, ,l69. Bleucttes,169.
Degrave (Martine), fondatrice Ducasses, 136,222.
de la Présentat.on. { 69. Duc d'Àlbe, gouverneurgéné-
Deliot (Pierre et llubort), fon- ral, ,l3T.
datcurs des Grisons, 428. Dufresse, commandant, 278.
I'
Dennæulin, inventeur, 2[9. Dugué de Bagnols, intendant,
I

I Dentelle, 22ri. ,l90.


Dépôt de mendicité,, 1.59,200. Duhem, conventionnel, 278.
t
Descamps, peintre, 23,1. Du Hot (Marguerite), fonrla-
Descleps (Philippe), fondateur
trioe des Yieux-Hommes, ,104
de St-Josepb, 485. Dulaury, prévôt de St-Pierre,
4 85.
I

I Desneullain (Nicolas), manu-


facturier, ,l98. Dumont (François), 232.
i Dumouriez, général, 269, 276
I D'Estailleu rs (Héla), fondahice
t'l de I'Hôpital St-Nicaise, 64. 218.
t
Destombes - Psnnemacker, Du Solier (Jean), fondateur de
de la Trinité, 6,1.
haute-lisseu y 202. '
\ Detle, ,l4, 30, 39, 64, 58, ,l,l8,
4231 liar,l 96, 200.
Diepenbeke, peintre -verrier,
232. fichevinage, 3,1 , 43, l*7 ,'ôl , bb,
sg, 66, 67, 68, 70, 400, 42t1,
Dillon, général, 269. 471\210,257 | 2C)2.
Dominicains, 5,1, 93, ,l26, 4 40, lichevins, 32, d.3, 84,b8,212.
209,247. 256.
Dominicaines, 52,,l 69. Éclairage public, tô8, 459.
Dorez (Barthélémy), manufac- dcluses, 496.
turier, ,l 97, 232. Éoolâtre, Ùtl,,lL7.
Doudain. professeur, 2,1 6. Éooles, | &7 , tl60 t,l 5s, 4 70 , 19{- ,
2671 279.
Draps, 29,34, 67, ,107, 412,llg
lE7, 170, 497 1 249' 24.9' 290. Écoles dominioales, 428, 4ô8,
486,229.
Dregneau (Marie), poèto, 56.
Écolo d'anatomie, 235.
Drumelz (Jean), bourgeois,,l 43
École de dessin, 233.
Dubois (Anne), fondatlice des
Brigi ttines, 4 54. licole Stappaert, I 69, 229.
Du Bos (Marie), fondatrice des Éoit Oc réconciiiation, ,l43.
Marthes.77. Égards, 1t*, 4 tlg , làA,t 220, 22!- .

â6*
-290-
Église des Carmélites, 'l ô0. febvrier (Jaoques) , manufao'
turiero i97,232.
Église des Carmes' 460, lB6'
201 . t'édération des déPartements.
261i.
Éslise des Dominicains, 4Lta,
-232,281,2i6. Fénelon, archevêquo, 203.
Église dcs Jé.cuites, '190, 203' Fernand-de-Portugal (Comte)'
280. 36, 4,t.
Église ShAndré, 231, 236' 280. Ferrain, ,19, 64.
Éslise
-.{
St-Étienne,'l?, 99, 'lc9' Feutry, poète' 252.
Â.8, 4 53, 230, 264, 2'r2.
Fiefs, 20, ?2. 88, 4'18' 4 {'8' 4 73.
Édise St-Maurice, 23, | 00, 4'iI,,
-2:lo, Filtrie, 220,226,
2;8;:?80.
Éelise St-Pidrre, 22,Ë0,86, 99, Fins (Terre de), 58.
-l76, tl ?9;'263' 63 'l43
t'landre -Wallonne
,l83. ' ' '
Égtisc S['Sauveur, 28, 4 00' 232'
280. Fleur de lis, 'lT, Â'8, 99, 'l|2'
Égtise Ste-Catherine, 96, 233, 4l*3,152,4Ë3r 499.
280. Foires, 47 r 64 ,2U*.
Éslise de la llladeleine, 484, Fontaine-au'Change,'l 53,'l 70'
-zgo. z8o. l1t.
Bmprunts, 4 55, 4 66, 263. Fontaine-del-Saulx, 4 &.
Enfants de la G range' 'l | 0' 4 85, Fontaines Publiques' 59' 418'
218,. 237.
Épinard (Chevalier dc l'), Pu-
-bliciste,253. Forestiers,4&.

Épine ([a Sainte),93. Fortifications, 48, 29, 53, 57'


94, 95, 4oB, 426, 4h0, 162,
Escassement, 55. 4 58, 4 ?5, 4 83, 4 96.
Escrimeurs ou lireurs d'armest Forts, 36' 'l83' 4 96.
th6,223.
Foulons, 29, 6l' 'ltlt, ttlg'Ûlg'
Espringales' ?S-
Fouques (Fondateur d'école),
États de Lille, 63. 83' 4 26,'l3l ' 4 95.
,f 38,,182,,f 92, 218,22Lr2i6.
Franchises, 2T, lj3' 56, 65, 7'lt
Évêque des Fous' 436. 90' 'l89'
Franchomme et Cuvelier me-
nuisiers , 20?. '
Fayot (Jean), architecte' '150. Francisoaines,'l 86, 230 .
Fauquemont (te Roux de), Fremaux (Jean), bienfail,our
guetrier' 5&" des pauvres, {69.
-294 -
Frères-Mineurs (Rêoollets), 39, Guiscard, général, 2?[.
tjo, sf , 2t7r212. Guy-dc-Dampierrc, comte, sS.
Furst (Salomon), ingénieur' 2S2

Halles, ,l 7, 58, ,l ,l9.


Halle éohevinale , &2 , 63 , ri?tl,
,l b0, 4 53, 4 73.
Ganthois (De lc Cambe, dit),
fondateur de Ganthois et des Hangouart (Wallerand), fonda-
Madelonnettes, ,105. teur du colklge St-Pierre' 'l4S
Garde urbaine, 65, 8ti, {0g; [angouart (Guillaumc), direc-
ll7, llr0,4 4,1, 'lô8, 269, 26,1 . teur du collége des Jtisttitcs ,
4{.8.
Garde nationale, 26U 264, 2631
266. Hanse de Flandre, 12.
Gard'orphènes, &6, ?9. Baute-lisse, 408, 4'll ,442, tlgT .

Gauthier de Lille, poète, 33. Haute-perche, 'l l91 2'l9.


Gantier de Courtrai, chancelier Hauts-Justioiers, 63,'159, 24,1'
de Bauduin IX, 36. 250.
fleddebaut (François), fonda-
Giélée (Jacquemars ), roman-
teur de la Charité, ,l6,1 .
cier, 5ti.
Helman, graveur, 234, 23S
Godefroy (Denis ) , archiviste , 2S3. '
,l88.
Héraut de l'Épinetle, 9,1.
Gombert, architecte, 23&.
Hermengardo, comtesse, { 4'.
Gossuin de Vieuglise, peintre Hibernois , 4 56.
verrier, ,l08.
Hôpital Comtesse, 39, 60,'f 09,
Gouvernance, 64, 65, | { 8, ,12,1.
[ 16, tt4 9' 4 85, 'l 9'l 2oo' 229'
Gouverneurs, 20, 6L, 691 425l 232,279. '
432,.f 38, 473,47t\ f ?6' ,183,
4 89, 208, 22:ôr 260 .
flôpital de la Charité, ri6ri | 277.
Eôpital-Général , 6{ | 77, 223 ,
Grand-Uagasin, 2,1 7, 226 .
229,230,217.
,
Oranville (De la) intendant, Hôpitat des Grimarets ,17, îiÈL,
223.
lLtl.
Gravureg, ,10, 25, 47, [8, 85, Hôpital des lnvalides, 64, 223.
t 23, tl{-5,,1 65, { 71, 2\0, 216.
Hôpital des Marthes | 17, 230 .
Greffiers , I*8r 67,
Hôpital-M ilitaire, 4 À8, 2L7, 2&8,
Grisonsr ,l28, ,149, ,165, 229. 21i0.
Guéret, peintre, 23&. Hôpital du St-HsPriC 'l 70' { 96'
Gniltaume-Cliton, comte, 26 . 211. '
-2s2-
Ilôpital St-Jacques
217.
, l}'i , 421 , ,!39,
!39, ,139, {90, ,lgg, 203,
2t16, 221., 226, 230, 236, 243,
Hôpital St-Jean-Baptiste, 89, 50 2ô8.
Hôpital St-Joseplr, ,t85, 2i7, Im^prim_erie et librairie , ,lLg ,
28,J. 2t3,216.
Hôpital St-Julien, 6t,76, l2&. Industrie , 41,, 29,3,1, 67, ?3,
Hôllital Sl,-Louis, 4 9{ , 2,10, 223, !qq, 4!8, 467, 497,208, 2{8,
22tt\ 226, 247 | 2tr9, 252, 282.
233.
Innocents, ,l35 .
Hôpital St.Nicaise, 64, 99, 229,
217. Intendanls, ,l€3, 490,,198, 2,10,
Hôpital $hNicolas , 50, 99, 229, ?t,t, 22u 223, 233, 2&.7, 2ôl :
217. Isabcau, bien faitrice des Sæurs-
Hôpital St-Sauveur, 39, ,f 09, Grises, 4,16.
t4t\ tgu 498, 200, i29t2i8, Isabelle, infante, 4ô0, 4ig,4BZ.
2i9. Isabellc dc Portugal , tluchesse,
Hfurital_ de la Trinité, 6,1, 99, 97, 4 05.
229,2L7. Isenghien (D'), comte e[ com.
Hôpitaldes Yieillettes,,t ZB,Z29, tesse,449.,160.
211.
Hôpital des Vieux. Hommes .
| 6l
, 229, 217 , 290 .
Eoristes, 99.
Jacques de Châtitton , gouver-
Horloges de la ville, ,t 53. neur,56, 5?.
Hospico Ganlhois, ,105, ,16,1 .
Jardin botanique, 23,1, 2&7.
Bôtel de la Poterne. 94
JeanIlI, châtelain, 59.
Hôtel des Canonniers, ,l ô0, Z?ô.
Jean de Luxombourg, ohùte.
Hôtel des Monnaies 4i, 4gZ, | lain, 7ô.
236, 268.
Jean de Namul, rewar[ de
Hô-tgfde-Yllle, 472, 202, 2t6, Flandre. 57.
Lhk.2,39.
Jean de Tourcoing,. fondateur
Huil-Fommel, t*l*, 58, 5li, 78, des Marthes ,77 .
,104., 4 61,, 259 .
Jean-le-Bon, roi, 6g, 77r1g, gZ.
flumières (Marquis d'), gouver-
neur, 483. Jean-sans-Pcur, comte, [6, gg,
90.
Hurlus (Les), l}t*,4&&. :
Jcan sans-Tcrre, roi, 36.
Jcanne-de-Lille, comtesse, Bô,
38, 93, ,ltj,l, 259.
Impôts , 27, 58, 63r't2,88, ,{ B,l , Jeanne-la-]'olle, ,l { 5.
-?e3-
Jeanne-Maillotte, héroïne lit- Leroy (Christine), bienfaitrice
loise,444. des pauvres, 469.
Jésuites, 436, 448, 4S3, 466, Lestiboudois ( Jean - Baptiste ),
.t90, 209, 247, 226,2L\ 2t*9, botaniste, 267.
260.
[e Tollier (Jcan) , fondateur de
Joseph Clément, électeur de St-Julien, 64, 76.
Cologne, 460,202. Le Yasseur (Jean), mayeur, ,t 64
Jotte duForestier, 92. Liénard, graveur, 23L, 236.
Juan (Don), gouverncur des
Lieu de santé , ,168 , ,l84 , 230,
Pays-Bas, 4 12.
282.
Iurandes, 7A, 221r, 238, 2[9.
Loges maçonniques, 215.
Juridiction consulaire
280.
, Zll , loi de lille, 4'2, ,l03.
Longuet (Droit du), ti,l .
Juridiction échevinale, 77, | 46,
t24 . ,
f,otart - Canart fondateur des
Grimarets,7?.
Louchard (Jacques), bien faiteur
des pauvres, 6,1.
Lachez (Françoise), 232. louis{e-Gros, roi,26.
I,ambert de Guines, chantre, Louis XI, r0i, 402,403, {09.
26.
Louis XIY, roi, ,l80, 216,219.
Lammens, imprimeur, 263.
Louis XY, roi, 242.
Langlois, professeur, 252.
Louis, XVI , roi, 249.
Lanternes publiques, 24 7.
Louis - de- luxembourg , châte-
Law, Iinancier, 214. lain , 407.
f,e Blanc ( Alexandre)
matiste, ,l &9.
nurnis- , louis-de Mâle , contte ) 7L ,82,
t.19,276.
Lebon (Joseph), conventionnel, Louis-d c-Ncvers, comte, 7,1.
279.
Lydéric, forestier, 4&.
Le Dru (Gérard), bienfaiteur
des Bonnes-Filles, ,l {,1 .
Le Peletier de Souzy, intendant,
,l90.
Illadelonnettes , 4 06.
Leperre-Durot, manufacturier, Maes, perruquier, 276.
963.
Magistrat, hh,78,99, ,l0,[, 4 06,
Lépt'oseries, L2, 79, 98,,t 84. ,f 3,f
r,f 39, tlb7t tl6ll'r,189,208,
Lequeux, archltecte, 253. 24f, 23S, 237,2&&,2S0, 262,
Lero ux (Marguerite), fondatrice 258,289,262.
des Yieillettes, 4 28. llairie héréditaire, 32.
-294-
Majqon forte, ,159
, 200 , 2Zg , Maxinrilien, cmpcl.eur, 140,
2&7. 4,r 3. 4,t6.
Maisons de bois, 211. Maximum.276.
Mall,rises | 73, 248, 220, 226) Mayeur,43,46ô, 260.
238.
Médecins, 181,21*7 .
llalcontents, 4 Â.2.
Mélantois, ,l9, 3ù.
Manants, 5ô, 4,18.
Mannée (Droit de), 39. Melter (Jean de)
,l9s.'
, hautelisseur,
Manufactures , | 98, 23?, 2b3,
280. Mendiants, 99, 223.
Marchés , 47 , !*2, 4b3, 200, 217 , Merché (J.), graveur, 2llg.
280. Me.ssageriesr,f 6{-
Marguerite d'Alsace, femme de Métier à filel le coton , 280.
Bauduin YIII, 3,f , 38.
Métier à tisser, 2{ 3.
Marguerite d'Autriche, gou vcr.
nante, ll6, tl2:D, Michelle de France, duehesse,
94.. 97.
Marguerite de Brabant , femmo
dc Louis-de-Mâle, 8ô. Michiel (Jacques), manufactu-
llarguerite de Constantinople, rier.49i.
comtesse, 3b, h7r 49. Minirnes, 4 6tt, 2 | Lt 23cÀ .

Margueritc dc France, fernn:e Ministres des Pauvres, 424.


de Louis de Nevers,83.
Monnaie , 47, 16, 492,206121J,
Marguerite <le Mâle , comtesse , 24U236,277.
83, 86, 90.
Mon noyer (Jean.Baptis te), pein-
Mrrguerite de Parmc, gouvet'- tre. 202.
nante,,t32
Mont-de-Piété,,1 55, àtl U 28t .
Marie de Bourgogne, duchesse,
4 09. Montigny, ,l38, 4 42, 4 {.3.
Marie de Champagne, com- Moralitds, 8l .

tesse,36, 44 .
Moreau, conseillcr rnunicipal,
Marie de Luxemtrourg, châte- 27i.
laine, 4 28. (Jean), fonda[eur dos
Morel
Marie-Thérèse, reine, .f 82. Hibernois, ,l56 .

Martel, négociant, 260. Motte-llladame, 56,,1 09, 4 28.


Masquelier, artistc, 23&. Moulins, 39, 40, 59, 60, ,109,
,t58, '168 .
Masurel ( Bartholomé ), fonda-
teur du lllont-de-Piété, 4 55. Musée, 498.
Matbilde de Por[ugal, comtesse, Muy (Comto de), gouverneur,
33, 36. 233.
*295*
Muyssart, bienfaiteur des pau. Paiseurs, 41, 40L.
vres,469.
Palais-de-Bihour, ,l02, i17, 173,
Muyssart (De), clranoine , 26b. 201 I 221.
Mf1tory.s (Représentation de), Palais-de-la-Salle, 20, ?,'\, 26.
80, 94, ,l06, 4 35. 'àl' l*lr t?, 88, 90' 9ô, '104,
4 48.

Parjuré, 4 8,1 .

Nicolas de la Porto, bienfaiteur /11) 18, 22, 29, 82,


des Brigitiines, 464.
Paroisses ,
59, 60, 95, 422, 4116, l5g,
Nicolas de tontmorency, bien- 95, ,l99,
4',i1,, 476,4 ,l g.{., 230,
faitriur des Brigittines, ,lô4. 236, 250, 26b, 269.
Nicquet, capitaine d'artillerie, Pas-de-Baisieux , 269 -
271. Passeports, 433.
Noble-Famille, 495. Patois de Lille, 22,1 .
Noble-Tour, i76,111. Pauvres-Clairos, l05.
Non-conlisca l,ion (Privilége de), Peintres, 202, 2:J2, 253.
7,1,,138, 443, ,lt?.
Peintres-verriers, ,l 08, 232.
Notre-Damed e-Grâce, | &6,, ZZZ.
i Pèlelinages, 405, 408, l.l?,
l Notre-Damedu-Joiel, 4 T0 .
ll*7,,222.
( Notre-Dame-deia-Treille, 50. Pénitentes,460.
971l6t*, l7q 22\275.
Pennemacker, traute-lisseur,
NotreDame-de-Lorette,,l ?0 . 4 98.
Notre-Dame-des-Ardents, i70, Perche-aux-Draps, 4 lg, 2lg.
4i4 .
Petitpas (Àuguste) , échevin ,
455.
Pévèle, 19,61*.
Octlois, 464, {61, 489, 280, Phalempin,,l9, 20, 6&.
267.
Philalèthes, 246.
odon, professeur,2ô.
Philippe ler, roi, 2lr 2l*.
Oflicesr,f 90, 245, 224,22$.
Philippe-Auguste, roi , 3{, 35,
Orphelinat des Bonnes-Fillcs, irt,
4,t 0, 229.
Philippe d'Alsaoe, cornte, Sl .
Orpbelinat de la Conccp[ion,
4 69. Philippe de Namur, régent,35.
Orphelinat dc la I'résentation ,
Philippe-de-Valois, roi, 68.
,|69. Philippe-le-Bel, roi, 52, 53.
Ovi gneur, capi tai nc d'artillcr.ie, Philippe-le-Beau, archirluc, 8,1,
27k. 4,14. 4 4 3.
-296-
Philippe-le-Bon , duc, 86, 88, Priviléges, 53, li8, 65, 68, 69,
96, l6{-. 74, 7grg3, 96, 4,t0, 421,,133;
4 38, | 43, t176,atlg, 239, 269:
Philippe-le-Hardi, duc, [6, 83,
96,97. Procession, S0, 8,|, ,l3ii, 4'76,
Philippe II, roi rl'Espagne , 94 , 208.265.
412, tag, t30. Procure^ur-syndic, &6, ,122, ZLl,
Philippe IV, roi d'Espagne, {Sg, 253, 263.267.
,t63. Province Ce f.ine,4æ:
Phinaert, usurpateurr,l 4. Prud'hommes, &&, ?,ltrl .
Placedu-Marché, 94, {70. Pults doré, ,l li0.
Place du Réduit,4 29. Puy-Notre-Dame, 19.
Plommés,,12[.
Poids public, 473, 20,t .
Raimbert, professeur, 25.
Pompes publiques, 237.
Ramery (Jeanne de), fondatriee
Pompes à incendie , 207, 271 | d'école.495.
213.
Raspuck, 200,2?9,24?.
Ponts, 17,23r 29,496, 200.
Ravel, cafetier-journaliste, 263
Portes, 49, 29, f)2, t37 , 95, ,l 23,
433, lS0, 162,,159, ,t67, 493, Reboux, artilleur, 27&.
206t227. Re-censement,,16,l , 458, ,186,
Poste aux lettres, tl6tl 221.
,26L.
Ilebréviettes rJeanne de). bien-
Pottier, capitaine, 274'.
faitricc de t;hôpital St-iôseph,
Prébondes , 22, 98, tlLL, 166, ,185 .
492.222. Refugos des
-monastères,,12y,
Prédications, ,133, 48f , {89, lLl,4Fl,226.
208. Régiments, 2h8, 261, 263, 26L.
Préséance, 2[4. Reigneaux (Fort des), 37.
Présenl,ation de Notre-Dame. Relique de lr Yraie Croix, 35.
,l69, ,| 96.
Renard-le-Nouvel, 66.
Présents d'honneur, 9{,, ,104, Renouvellement de la loi, &[,
.r 62. 4 89.
i ,212, 279.
Pr{vôide Lille, 32, 5?, 66, tTLl Rentos, 89,,f 2,1, 12F, 457, 167,
260. lgf , f 94., 226,2&| .
Prévôt de ShPierre, 2,1 , 60, 4 85 Repasdu Faisan, ,101.
Prieuré de Fives, 28. Représentants du clergé,,1 06.
Prince du Puy, 80. Représontations dramatiques ;
Prisons, 67r 71| 20tl . 79,406, 1291436,462,
-297:
f,ewart, [9, S4.r'66, 7l r 79r' l6br, Sauf+onduit,6l,82. '
,l79.
Savonnettes à vilain, 209.
Rlcart, botaniste, 23f Sayetterie, 4o7rtlll, 467, 249,
Richilde, oomtessc, 93. 238, 2[9,280.
Robes, ltl,
rLL. Sceau du chapitre, 2{i.
Robert de Béthune, comte, 6[, Scels, L7,122.
69. Segond (Jérôme et Françoise),
Robert de Fiennes, connélable, fondateurs du St-Espri[, { 69.
|26r Sepmeries (Ànne), fondatrlce
RolÉrt'de Jérusalem , oomte , de la Noble-Famille, ,195.
26. Sergents, iS, 65, 661 282.
Roberl-le-Frison, comte, 23 .
Serment(prestation det, 4&, {,5,
Rogei, châtbldin, 26, | 06. 67, 681 4h4, t183, 488, ,189.
Roi de fÉpinetto, 9{ . 208, 26,1, 26b, 266, 2'r0, 27 l.
['oi des Ribauds, L6r 7tl;79,,10[ Sermént (Échange du), ô3, t06,
4E\ t 7L, 179,22,.
Roidu [ir,,1,16.
Serments (Confréries ou), ?6,
Roisin (Jean), clerc, 66. 93, 4 | L, lgl, tl Ll, l?p.
Boisin (livhe de), [[, 7r,r7g. Siéges, 27, 6L, l'i6, 20{", 270.
Roland ( Philippe), statuaire, Sire de Joie (Le), 90.
23i, 253.
Société des Amis de la Consti-
Ruffaut (Jcan ),
fondateur de tution,278.
No[re-Dame-de-Lorette . 4 70.
Société du Concert 2lg, 263.
Sociétd populaire, 26{. ,

Sociétés littdraires, 2[5.


St-Bernard, fondateqr de I'ab- Sociétés magonniques, 2&6.
bayede Loos, 30.
Sæurs-Grisss, | 05, ,l,t 6.
SteChandclle, { 70.
Sæurs-Noires, | 05.
Ste-Épine, 93.
Solier (Jean du), fondatgur de
St-Eubert, apôtre, 22. la Trinité, 64.
St-i.ouis, ioi, [9. Sorællerie, ,166.
St-Tbomas de Cantorbér'y, ar- Sotteresque,60.
chevêque, 30.
Stappacrt (Jean), fondateur de
Saladin, professeur, 23f,. ' I'Scole, { 69.
Salle de Lllle, [,], 67, | 73. Stils ou métiers, 73, | 07, | 19.
Salvaert, comte, {d.. Sybille d'Anjou, comtcsse, 30.
Saswalon, châtelain, | 9.

t7
-908-
Tack (Àntolne). prcnler lmprl Valenllno, fondehur dæ Dtllr
meur lillols, {19. lèthes,2[6.
Taplsærlæ, I tlâ, lg7, 2?,h, 2ts2. Vandcr Eaer (Florls), cbanolne
Teinture, lllt llg, 1671 219, hlstorien, {37.
220. YanhænacIer, mdne, 263.
Temple de la Ralson, 278. Yan Eoy Queslot (Françnla).
théâtre, tOl,263" fondatour dos Yieur-Eoùnù
,16{ .
fhierry d'Àlsaæ, ænte, !?, 30
Yauban, lngénleur, f 82, 190.
Thlroux, historlen, 236.
ThomasdÈSavolo, eunlo, [9.
Vernler ( Guillaune
llssour, 23l.
), baute-

liers-État,268. Ihille-Conédlg 201.


Tlr à I'olseau, { .|6, 26.1. Viucart (Jean), hletorlen, l 6t.
Tolsond'Or,97. Yin d'honneur, 7Ë, 136, l19.
Tournois rte l'Éphette, f,|, 90n Ylngtaine,lf l.
{0,|,,186, {3{.
Yolrlurds, {3.
lours, 19,60, {62. Yolrle, ,l86, ,ùl 7.
Traltd de telun, ll, 61.
Yollqnt {Sreqn), lngdnlour,
Traltd do Pércnoe, 36. | 8t, ,t 96, 201 .
Traitéde Wavrln, f l[" Yuez (Arnould de), plntre, !01
Traltd dæ diræpt artlclal 69,
72.
Traltds, 69, 69, 63, l2S, f{0,
It3, l75, ,lgl, lg3, 239.
\[arlet, arohltooto, !33.
lranspor3 do Flandre, 69, 8:1.
Trdsorerle, f 2!1.
*ËlTtto (Frangols), pelntm,

Watteau (toulr), pelntto, 86i1.


Wavrln,6l, {39.
Urbanletos,160. Weppæ, {9,30, 61,
tJrsulines, {69. Wlou, polntre, g:l{ ttt,

j'rrirr,
v \_

-300-
u^ttt'
châtellenie.
- Résidenæ et offfce du châtelain. - ,o
palais de la Salle siége de I'autorité suzeraine du comte
de Flandre.
- [a collégiale
présence du roi.
Saint-Pierre inaugurée en
Érection des paroisses Saint-pierre
et Saint-Maurice.
-
- Querelte de Richildo
le-Frison et bataille de Cassel.
avec Robert-
Les Nominaux et les
Réalistes.
-
Origine des aides accordées aux comtes
de Flandre.
-
-Assassinat de Charles-le-Bon. - Anar-
chie. Guillaume-Cliton, imposé comme comte aux
-
Flamands par lo roi Louis YI , est cbass6 de lille.
Siége de la ville.
-
- Thierry-d'Àlsace
puis_reconnu comte de Flandre.
excommunié ,
- Sagesse de ce princo.
Erection du prieuré de Fives et de l'église Salnt-
-Sauveur. agrandissement de la ville.
- PremierSaint-Bernard
Abbaye de Loos.
-
- et Saint-Thomas de
gouyerne
Cantorbéry.
père.
- Philippe-d'Alsace avec son
La lllairie féodale est remplacée par l'Éche-
-
vinage.
- [e bailli de la Salle et le prévôt Marguerite-
Tostament de Philipped'Alsace exécuté.
de Lille.
-
dlliace et Ha[bilde-de-Por[ugal
- . 't
I
Cnlprrnn IV. Lutte contro la royauté, de Bauduin IX à
-
Guy-de-Dampierrc (,t{95 à ,lSOe). Bauduin IX vain-
-
queur, foroe I'hilippe-Auguste à signer le traité de
Péronne. Son départ pour la croisade et son 00ur0n-
-
noment à Constantinople. Régence de Philippe-de-
-
Namur. JLes deux fllles dê Bauduin livrées au r.of ,
MariagedeJeanne aveo Ferndnd de Portugal. Piiee
-
de Lille et e,onstruction du fort des Reigneaux, -
Retour de l'emand pt, sac de Lille. Bataille de BqU-
-
vines.
- t'trôpifât
-
Comtesse,
Gouvernement de Joanne-de-Lille.
-
Bertrand de Rains se fait passer podr
-
Bauduin IX. Sa fourberie est découverto
-
vrance de Fernantl. Tournoi de l'Épinette.
- Halle
OetÈ

tichevinale.
- -
l! ,\ - t a bonne maison des ladres.tomposition{É
et renouvellement, de "la loi do lille.
- Création
du siége échevinal et du ilagigtrat.
-
- Jeanno meurt à

{
ÇrttæTr{'.;Æt- \Eqgræt'!-jçFl!t

TASLE DES MATTbtsSS.

r-
tloBt'
Pféfaæ..... . r.............. '. 7

ChruuologtodææmtesdeFlandre... . . . . . . . . 0

EnceintesEûooessivegdelille o....'10
Cnrprrnr I0r. [æ Forætters. Origine de lJlle. I.e
-
-
Château-du-Buc 6rigé dans un tlot.
-
La Fontainedel-
-
Nalssance et éduoation
Sauh.
- Lo Boie-sans-Uercl.
-
Comba0 singulier entro Lydéric et Pbi-
-
ds Lydéric.
lydéric uomm6 forestier par le roi Clotalre II.
naer3.
- de Bauduin Bras-de-For sur les Normands. l3
-Ylctoire
Cntprrnr II. de Flandre.- t lller vllle ouverter de
-lertalson
Daurluln à Bauduln IY (862 à {036). - Importauco
qup prend la bourgade et éreotion de l'église SainS-
[alle publigus otAtelier monétaire 16
É3ienne,
- Marohé,

Cnlrsnr lll. illle, placeforto, deBauduln Y à Bau-


duin YII -(,1036 à l,l9Ë). - Baudqln lY ot son flls
oonstruiænt I'oneninto prtmitlvo. - Étonduo de la

t6
t1
/
-301-
Plolt.
I'abbaye de taquette.
- Dissentiment entre les Dam-
pierre et les dlvesnes. Saint Louis médiateur.
-
Les Frères Mineurs installés en ville. Marguerite
-
institue la procession do Lille et la foire aux chevaux.
-
[a ville fortiflée de nouveau et agrandie. Guy-de- -
- lille investi.
. Darnpierre entre en lutte nvre le roi
-
Les habitants rcçoivcnl, de Guy le privilége du
-
seruen[ préalable du souverain. Ils haitent aveo Ie
roi et ouvrent les portes de la ville.
-
La bourgeoisie.
et escassement des bourgeois.
- Le châ*
-Réception -
teau de lille et la motte du châtelain. Jean-de-
-
Namur reprend Lille. deilons-en-Pévèle.
- Bataille
Exigences du roi et remise de la ville.
- [a Detle,
-Ies oanaux et les fontaines, legs de Jacques [ou-
chard.
-
Fondation des hôpit,aux Saint-Nicaise et
-
Saint.Julien... 3t
*- Organisation
C,mprrnp Y.
- Domination française.
politique , rte Philippe IY à Philippe V (4 304 à 320).
Répartition de la rente..-
- 4

Transpolt dc Flandre.
-
[a Flddre wallonne divisée en qua[re ncmbres. -
Création et organisation des États de Lille et de la
gouvernance du souverain bailliage. La garde
urbaine.
- Les sergents. - Industrie locale . 62

CsiprrRo YI. Défense des priviléges, do Philippe V à


-
Charles V (4320 à ,1369). Priviléges des bourgeois.
-
Traité des dix-sept articles. - L'arsin. - La non-
-contscation
en ville.
- Les Dominicaincs de l'Àbbiette
La flanse de Flandre.
regnes
Les stils ou mé-
- -
tiers.
à
-
lille. -
Victoire du châtelain.
Yin d'honneur.
- Louis de Mâle réfugié
tntroduction des armes à
feu.
-
t'ondation des hôpitaux des Grimarets et des
-
Uarthes. Jean-le-Bou empêche tout empiètement
-
sur la juridiction éohevinale. - Charles Y contirme
d'au$es priviléges.
- Le Puy-Notre-Dame et les repré-
Fontdtionsdramatiques. . 68

{i*
302 _
GsÀpnnn VII.
- Retour à la l[aison de Flandre.
deffâle ({869 à {ASi), - Loolr"tt'
Mariage de ilarguerite de
-
Mâle avec phirippele-Hardi et restitution de ta vrils
au comté de Flandre. _ Maintien des États de [i[e.
- Règlements sur I'assis du broucquin et la garde
urbaine.
- Louis de Mâle enterré à Saint-pierre . . gz
Cnrnmns VIII.
- de Bourgogne (,ta8i
Malson de Bourgogne. _ De philippe_
te-Hardi
i ilqlr à,ti8z). :ta
Chambre des fomptes établie au palais de la daile. _
Projets de Guerre contre les Anglais. _ Contre_temps.
-État du commerce lillois et des flnances municipales.
- Jean-sans-peur au tournoi de l'Épinette. _Des-
criptron des fêtes. l'hôter de ra poterne affecté à ra
chambre des comptes.
- paroisse sainte-catherine
incorporée à la ville. -
philippe_le_Bon. _ [e prédi_
-
cateur Connecte^- premier chapitre de la Toison-d,Or.
- [a léproserltde Canteleu. :
Dotation du service
religieux dans les paroisses.
-
Repas du Faiean. _
- Palais de Rihour. Réformes flnancièresÏ_ fon-
-
dation de I'hôpital Saint-Jacques, des nro"*iCrrii.r,
de Ganthois et des Martelonnettes. _
Chârtes-te-
i[éméraire et la Ligue du bien public. _ Sayetterie et
haute-lisse.
-Les pointres verriers. _ Les enfants de
La Grange et les Bonnes-Filles. -_ Mademoiselle de
Bourgogne, Louis XI et les Flamands. _ Maximilien
reçu aux flambeaux. [e siége de la vingtaine.
- _
[a bourgetterie. Les tapisseries de haute-lisse .
- g7

.Cnrnrrnn IX. - ilaison d,Autricho. De philippe-le_Beau


à Charles-Quint (,t[82 à ,t656). -
prétentions de Maxi_
-
milien.
- Traité de neutralité signd à Wavrin. _
lnstitution de la compagnie de Sainte-Barbe. _ Le roi
du tir.
- Administra[ion de philippe_le_Beau. _
Fondation des Bonnes-Filtes et des _
Sæurs_Grises.
Uarguorite d'AUtrichO nomméo gouvernante des pays-
-.30S *.
?^ûs.
Sat.
- Cour I'Empereur.
-
ilalorl06 do Charles.Qulnt.
LaHaute-Perche, h
- Sagessedeses ordonnances.
f,alle aur draps et les foulons.
-
Règlement de I'aesip
du broucquin et de la juridiction échevinale.
- 0rga-
nisation de la Bourse commune des pauvres.
-
Levées
de trouper, armement de la ville et aides extraordi-
-
-Troubles religieur.
nairBs. Refuges des monas-
tères.
-
L'Hôpitat dæ Yieillettes et l'École dominicalo
-
desGrisong,. ., , ,143
tff;..
Csrprrnn X. - Malson d'Espagne.Domtnation directs
(,1666 à {ô98).- lnstallation - ll.-
Prétentlon
de Phllippc
des baillis à la préséance. Abolition de l'lipinet0e.
-
La châtelleuie divisée en cinq décanats.
-
religieur. Paul Chevaller et maltre Cornille.
Troubles
les
-
passeports.
-
Les gueux.
-
-
fopÉsentations dramatiques.
-
L'évêque des fous.
les {ucasses.
Les
-
duc d Albe.
-
Persécutions e[ tevées llc subsldes inu-
Le
-
sités.
- lraité de I'Union.
- trIontigny en Espagno.
DémanÇment du château.
-
Les bominicains dans la
-
-
vllle.
-{lpture de I'Union.- Les Ualcontents.- dg
tigny ei lë marquls de Roubaix.
Mon-
la
pâir. La province de Lille.
-
Proclamatiou
-
Hurlus.
Jeanne Haillotts et le1
-
ou Confréri€$.
dæ Jéeulles.
- Les Serments
Les l{col6 dominlc.ales.
- * LeL'lmprf-
Collégo

merlc.
-
Ilætaura0lon de la Halle échevlnale ,l30
-
Cnmnnn XI. -* Souverainetd des archlducs (.1S98 à lOeifl.
Joyeuse entréo d'Àlbert .et d,Isabells.
-
agrandissement do la ville.
QuatrièDe
[a poræ Notre-Dame
-
-
rernplaee h por&e du tolinet. -- La crolx Saint-Étienne
et les cloehos. Fondation dee Brigittines, des Ba-
-
paumes et du l[ont-de-Pi6té. Colléges des llybcrnois
et des Àuguslins.
-
Les Prébendes au XYIIe siècle.
-
Prospérité de l'lntlustrie et du commerce. Ci[-
-
-
quième agrandissement. Suppression des portes de
-
Courtni et deg Beigneaux.
-
Le rri châtelain de Lille.
-

fl*t
llrl: 30* .=-

.-
iflfifaf de la Charit6. La -Poste aux lettres et les
$ondations de couyents, Les Yleux-f,ommes et

-
ileEgaggrigs r.. ., .i .. {t;l

XII. Rrtour à la domination directe (,1633 à


Cnlpnnn
,166?).
-
Philippe tY. Jean Le Yasseur consacre
Lille à
- Notre-Dame-de-la-Treille,
-
Sorcellerie.
0ctrois et assennes.
-
canonniers lillois repoussent
-
-Les
des Frangais. Le capitaine de Ia peste.
les attaques
Étabtissements charitables et religieux.
-
-Stappaert. l'hôpital du Saint-Esprit.
-La Bourse
L'école

-
de oommerce érigée sur le marché. La ville achète
-
le palais de Rihour et le Magistrat s'y installe. Sup-
-
pression du pilori. Interdit de Saint-Maurice.
-
Àvénement de Charles II.
-
Dissentiment entre les
-
États de lille et les deux ordres.
-
La dot de la reine
Le siége. Capi tulation et demandes
-
Marie-Thérèse.
- -
du Magistrat..*Louis XIY à l'église Saint-Pierre . t63

Cnlprrnn XIII. ilaison de France. - La centrdisation.


-
LouisXIY (1667à4746). - Le PmrunÉ.7$ixièmo
agrandissement.
çitadelle.
- [e quartier Saint-André. - La
Gouvernement général et intendance do
Flandre.
-
Fort Saint-Sauveur. Porte des Malarles.
-
Paroisse de la iladeleine. les médecins, les
-
-
chirurgiens et les apothicaires.
-
Les archivcs de la
Le rachat des offices.
-
les
Chambre des Cornptes.
rcntes de Ia ville. Les casernes.
-
l'hôtel et la cour
-
des monnaies.
-
Révocation de l'édit de Nantes.
-
i -
La Noble-Famille.
-.
['r Hôpitaux et écoles.
-
L'industrie à t ille et à Roubaix.
La Deùle.
Brasseries et can-
- -
tines. La capitation.
-
Les mendiants et les fleurs de
lis.
-
[e Pont-Neuf.
-
les arts libéraux. Sacre de
- - Oæupation hollan-
-
JosBph Clément.
daise.
-
Siége de { 708.
Retour à la France. Les savonnet[es à
-
vilains.
- Chambro de commgrce et juridicl,ion con-
-
sulaire . .
- . f80
.rgm-
, lrgft.
Cnrnnnn LlY, '-
l,utte des @rporatlont, Ds I'avé0tment''
de LouisXY à la bataiuede Fontenoy(41tbàltlË).-
Régence du duo d'Orléans. fielâchement'des
-
mæurs.
-
L'imprimerie et la librairie. Les bas à
I'otile.
-
Les courettes.
-
La banque de Law.
-
Uutineries et réprimandes.
-les impôts et les collec.
-,
teurs paroissiaux.
-
La bibliothèque publique de Sainh
Pierre.
-
La Société du Concert. .- Canonisations.
-
Les lanternes publiques. Le Grand-ilagasin.
-
Riva-
lités des corporations.
- -
bourgeteurs,
teinturiers, .flltiers.
-Le Sayetteurs,
patois de lille et Brtle-
ilaison. Pèlerinages.
-
- - Répartition des charités. -
f,'hôpital des invalides et l'fiôpital-Général..- L'an
quaranle.
- Exigences flscales. - Louis XY refuse de
reconnaltre le privilége du serment.- Causes diverses
de meicontentement 2lz

Cnlpnns XY. Décadence de l'indusirie. Ds la bataillo


-
de Fontenoy à la démission des grands-baillis (4 ?Â6 à
,l789). Secours aur blessés. [,a Charité générale,
-
adminfstration nouvelle.
-
Les bouillons de paroisses,
Le cours de botanique.
- L'Académi'e des Àrts.
- -
Les protesseurs et les'àrlistes. Encouragements du
-
-
Magistrat.
- L'argenterie portée à la Monnaie.Fon-
L'église Saint-André transférée aur Carmes.
-
taines publiques et forages.
-
État de I'industrie ù
lille et dans la châtellenie. La - continuation de la [ol.
L'assiette des impôts.
- Lutte de la préséance.
-
Les sociétés magonniques.
- les philalèthes. L'Eô- -
- -
pital militaire installé aur Bleuets e[ lransféré aux
Jésuites. louis XYI. des lettres et des
- Les cimetières.
- État
Translation de I'lnten-
sciences.
dance.
- [e tir à I'oiseau.- É Efforts en faveur de
-
I'industrie. Foires, posto
- Ascension de Blanchard.Les- grands-baillis
aux lettres et voitures publiques.
-
sedémettentde lourof0co féodal. . . . . . . . . . 218
-306-
0nrpnnr In. - La f,évolttlon. Ddærdrc
- do'ftrrur*t*t'
muntcipales. Réclamations du Tiers-État.
frances du peuple.
- - Souf-
-Prompte organisation de la milice
bourgeoiee. Lec régiments do la garnison.
-
Société populaire.- Élections municipales
-
L.Annllrn
La

pÀTRrorE. -
Collision des quatre régiments.- La Fédé-
ration.
-
[a Compagnie de I'Espérance.
-
patriotique.- [e Pas de Baisieur.
- La caisso
La patrie déclaréo
en danger.
-
Sommations d'Albert de Saxe.
-
ponse de la Uunicipalité. Bombardement.
-Ré-
Lille a
bien mérité de la patrie.
- maximum.
-
La Ter.
reur.
-Le -
Rétablissement de l'ordre et des servieeg
publics.
-
La Préfecture du Nord installdc à tille . Zil
-

1.,
1.
-,.-L-t'--
TABLE DES MATIÈRES.

Pr80r.
Préfacs. . 7
Chronologle des comt€s de Flandre. ..:. g
Cartes dæ agrandisseuents de U[e. . . . l0
Culpnnnlor.
-LæForætiers.. ... 13
Csaprrnr II. ilaison de Flandre.- Lille, vllle onvgrlo . . . {6
-
-Lllle, plaaoforto, . . . {g
Cnrurnr III.
CnmlrnplY.
- - Lutte contro la ftoyauté . 3l
csaprrnn Y. Dominatlon frangalse.-0rganisailon pollttque. 62
-
Cmprrnn VI. dæ Privilégæ. 6S
-Défense
CnrprrnrYll. - RetouràlaUalsondeFlantlre. .. .. gg

CsaprrnnVIII.- UatsondeBourgogne.. ., . . ... gT

CnrpnanlX.
-UaisondAutrlche... o ., . r {13
CurprrnsX, ilaison d'Espagne. - Domlnation dlreote. . f i}0
CnænnrX.l. Souveralnetd des Arohlducs { 6l
CnlprrnsIll. {6A
-RetouràlaDomlnationdlrecte..
CsÀprrnr XIII.
- Maison de Franco.
- [a Centrallsatlon. . . {80
CrilpnnnXIY.
- - lutte des Corporatlons . 212
Cgrprrnp XY.
- - Décadenoe de I'Industrio 828
Culprrne XVI.
- La Rdvolution . 26l
Table des nons de porsonnagos , d'lnotltutlons , do lieux , etc, . 28ô
' --l.r- ,
,,1
L.
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