Вы находитесь на странице: 1из 18

Tony BUZAN

Une tête bien faite

Traduction du texte original : Hélène TROCMÉ et Paul SAGER


Mise à jour : Florence PABAN et Isabelle DUGON

Troisième édition

© Éditions d’Organisation, 1984, 1998, 2004


ISBN : 2-7081-3110-9
Voscapacités
intellectuelles
sont plus grandes
que vous ne le pensez 2
D’un coup d’œil
• Ce que l’homme sait de ses capacités intellectuelles
• Un cerveau multiple
• Interconnexions des « petites cellules grises » du cerveau
• Modèles perceptifs : l’œil, le cerveau et la photographie
• L’hologramme : modèle du fonctionnement cérébral
• Quotient intellectuel et intelligence naturelle
• L’enfant : un modèle d’excellence

Ce n’est que récemment que des scientifiques ont commencé à


découvrir le vrai potentiel du cerveau humain. En en apprenant plus
sur votre propre cerveau, vous allez découvrir le caractère
exceptionnel de vos capacités intellectuelles.

Ce que l’homme sait de ses capacités intellectuelles


Depuis la première édition de ce livre, en 1974, la recherche en neu-
robiologie a littéralement fait un bond et révélé de fascinantes
découvertes. Au lieu de dire, comme je l’ai fait dans la première édi-
tion, que « la connaissance que l’homme a de son cerveau n’a vrai-
22 Une tête bien faite

ment progressé que depuis les 150 dernières années », je peux


maintenant affirmer que les vingt-six dernières années ont été cru-
ciales pour nos connaissances dans ce domaine. Cela semble extra-
ordinairement tardif lorsque l’on sait que l’homo sapiens est apparu
sur la Terre il y a 3 500 000 ans. N’oublions pas, pourtant, qu’il n’y
a que 500 ans que l’homme est capable de localiser le siège des fonc-
tions psychiques dans son cerveau. Dans un sens, cela n’a rien de
surprenant. Imaginons pendant un instant que nous n’ayons
aucune idée de l’endroit de notre corps où se trouve notre mental
et qu’un de nos amis nous demande : « Où places-tu le centre de tes
sentiments, de tes émotions, de tes pensées, de tes souvenirs, de tes
besoins vitaux et de tes désirs ? » Vous pourriez, comme beaucoup
d’autres (y compris Aristote), décider logiquement que votre mental
est localisé dans la région du cœur et de l’estomac puisque c’est là
que vous ressentez physiquement et directement les manifestations
de votre activité mentale, et cela de façon régulière et spectaculaire.

Figure 1. Le cerveau.
Source : Scientific American (voir Bibliographie).
Vos capacités intellectuelles sont plus grandes que vous ne le pensez 23

Même à l’heure actuelle, où les ordinateurs et les microscopes


électroniques participent à la poursuite de l’objectif qui semble le
plus insaisissable au monde, il nous faut malgré tout admettre que
les connaissances que nous avons acquises n’atteignent probable-
ment pas 1 % de ce qui reste à découvrir. Au moment où certains
tests semblent prouver que le cerveau fonctionne de telle ou telle
façon, d’autres tests démontrent qu’il en va tout autrement ; ou
bien survient un individu dont le cerveau oblige à revoir tout
l’ensemble.
Ce que les recherches nous apportent actuellement, c’est la certitude que
la pensée est infiniment plus complexe qu’on ne l’avait cru et que les person-
nes douées de ce qu’il est convenu d’appeler des « capacités intellectuelles
normales » possèdent une compétence et un potentiel infiniment plus grands
qu’on ne le pensait jadis.
Voici quelques exemples. Le centre bouillonnant de l’activité
cérébrale est le point de convergence de la plupart des sciences exac-
tes, en apparence pourtant fort différentes dans leurs orientations.
Les chimistes se préoccupent actuellement des structures extrême-
ment complexes qui régissent les mécanismes de notre pensée et de
leurs interactions ; les biologistes tentent de voir clair dans le fonc-
tionnement biologique du cerveau ; les physiciens découvrent des
analogies entre leurs explorations des régions lointaines de l’espace
et les schèmes de l’intelligence ; le fonctionnement de l’intellect que
les psychologues cherchent à cerner est aussi insaisissable qu’une
petite goutte de mercure qu’on voudrait prendre entre ses doigts ;
et les mathématiciens qui savent construire des modèles d’ordina-
teurs très compliqués ou reconstituer le modèle de l’Univers restent
incapables de traduire par une formule les innombrables combinai-
sons que produit notre tête chaque jour.

Un cerveau multiple
Ce que les vingt-six dernières années ont permis de découvrir, c’est
que nous avons deux cerveaux, et non un seul, et qu’ils jouent deux
rôles différents dans les activités mentales ; que les potentialités
24 Une tête bien faite

cérébrales sont infiniment plus vastes qu’on ne le pensait à la fin des


années 1960, et que le cerveau exige une nourriture très variée
pour subsister (voir figure 2).

Droite Gauche
rythme langage
conscience spatiale logique
formes (Gestalt) chiffres
imagination séquences
rêverie linéarité
couleurs analyse
dimensions listes

Figure 2. Les deux hémisphères de notre cerveau, vus de face,


et leurs fonctions dominantes.

La recherche entreprise dans les laboratoires de Californie à la fin


des années 1960 et au début des années 1970 devait changer l’his-
toire de nos connaissances sur le cerveau humain. Elle devait per-
mettre à Roger Sperry de l’Institut de technologie de Californie de
recevoir le prix Nobel, et à Robert Ornstein d’être connu mondiale-
ment pour sa recherche sur les ondes cérébrales et les spécialisations
des deux hémisphères cérébraux, poursuivie pendant les années
1980 par le professeur Eran Zaidel et d’autres.
Pour résumer brièvement, Sperry et Ornstein ont découvert que
les deux hémisphères cérébraux – nos deux cerveaux – sont reliés
Vos capacités intellectuelles sont plus grandes que vous ne le pensez 25

par un réseau extraordinairement complexe de fibres nerveuses


appelé Corpus Callosum, et qu’ils ont chacun une activité différente.
Chez la plupart des gens, le côté gauche du cerveau est le siège
du raisonnement logique, du langage, des chiffres, de la linéarité, de
l’analyse, etc. : toutes activités dites « intellectuelles ». Pendant que
l’hémisphère gauche fonctionne, l’hémisphère droit émet des ondes
alpha et se trouve à l’état de repos. Le côté droit du cerveau est le
siège du rythme, de la musique, des images et de l’imagination ; il
traite des informations telles que les couleurs, les analogies, la rêve-
rie, l’identification des visages, des structures et des schémas.
Les recherches ultérieures démontrèrent que, lorsqu’on est appelé à déve-
lopper un domaine d’activité mentale considéré jusque-là comme déficient,
on assiste non à une diminution de l’activité des autres zones, mais à ce qui
semble être un effet synergétique au cours duquel tous les domaines d’activité
mentale s’améliorent.
Le professeur Zaidel poursuivit les travaux de Sperry à l’univer-
sité de Californie avec quelques résultats étonnants. Il découvrit que
chaque hémisphère contient beaucoup plus de facultés de l’autre
hémisphère qu’on ne l’avait cru, et que chaque hémisphère est
capable d’opérer un éventail beaucoup plus large et beaucoup plus
subtil d’activités mentales.
À première vue, l’histoire paraît s’inscrire en faux contre cette
découverte, car la plupart des « grands esprits » semblent avoir été
asymétriques en termes d’activité mentale : Einstein et d’autres
savants semblent avoir eu un « cerveau gauche » dominant, tandis
que Picasso et Cézanne, avec d’autres artistes et musiciens, semblent
avoir eu un « cerveau droit » dominant.
Une recherche plus approfondie révéla quelques réalités
frappantes : Einstein était un mauvais élève en mathématiques à
l’école. Il comptait parmi ses activités le violon et la voile, et prati-
quait des activités artistiques et des jeux d’imagination.
Il imputa nombre de ses découvertes à ces jeux d’imagination.
Alors qu’il rêvassait sur une colline, par un beau jour d’été, il s’ima-
gina qu’il chevauchait les rayons du soleil jusqu’aux extrémités
26 Une tête bien faite

lointaines de l’Univers. Lorsqu’il se retrouva « sans la moindre


logique » sur la surface du Soleil, il prit conscience qu’en réalité
l’Univers devait être courbe et que la logique qui avait guidé son rai-
sonnement jusque-là était insuffisante. Les nombres, les formules,
les équations et les mots dans lesquels il engloba cette nouvelle
image contribuèrent à sa théorie de la relativité – synthèse du cer-
veau gauche et du cerveau droit.
Les grands artistes, de leur côté, se révèlent également pourvus
de « deux cerveaux ». C’est ainsi qu’au lieu de remplir des carnets
d’histoires de beuveries ou de récits racontant la naissance de chefs-
d’œuvre à coups de giclées de peinture... l’un d’eux fit cette
description : « Levé à six heures. Dix-septième jour passé à peindre
six des dernières séries. Mélangé quatre doses d’orange avec deux
doses de jaune pour obtenir une combinaison que j’ai placée dans le
coin supérieur gauche de la toile, en contraste virtuel avec les spira-
les du coin inférieur droit, produisant l’effet désiré d’équilibre pour
le spectateur. » Ces lignes sont un exemple éloquent de l’intrusion
du cerveau gauche dans ce que nous considérons normalement
comme des activités du cerveau droit.
Venant s’ajouter aux recherches de Sperry et Ornstein, aux
résultats d’expériences prouvant que les performances mentales
augmentent dans leur ensemble, et au fait reconnu historiquement
que de nombreux « grands esprits » utilisaient effectivement les res-
sources de leurs deux cerveaux, l’exemple d’un homme qui a vécu
dans les mille années qui viennent de s’écouler confirme de façon
frappante ce qu’un être humain peut accomplir s’il met en valeur
simultanément ses deux hémisphères cérébraux : il s’agit de Léo-
nard de Vinci, qui fut, sans aucun doute, l’homme de son époque le
plus doué dans chacune des disciplines suivantes : les beaux-arts, la
sculpture, la physiologie, la science en général, l’architecture, la
mécanique, l’anatomie, la physique, l’invention, la météorologie, la
géologie, l’ingénierie et l’aviation. Il était également capable de
composer, de jouer et de chanter des ballades improvisées avec
n’importe quel instrument à cordes dans toutes les cours d’Europe.
Au lieu de cloisonner ses différents domaines d’aptitudes latentes, il
Vos capacités intellectuelles sont plus grandes que vous ne le pensez 27

les combina. Les carnets dans lesquels il nota ses recherches scienti-
fiques sont remplis de dessins et d’images en trois dimensions. Il est
peut-être encore plus frappant de noter que les esquisses finales de
ses grandes toiles ressemblent souvent à des plans d’architecte :
lignes droites, angles, courbes et chiffres supposant des mesures
mathématiques, logiques et précises.
Il semble donc que, lorsque nous parlons de nos dons dans cer-
tains domaines et de notre manque de talent dans d’autres, ce que
nous décrivons en fait, ce sont les domaines dans lesquels nous
avons réussi à développer notre potentiel et les domaines dans les-
quels ce potentiel est resté en veilleuse, et qui, en réalité, pourraient
s’épanouir s’ils étaient alimentés de façon adéquate.
Ce que nous savons maintenant du cerveau droit et du cerveau
gauche vous aidera à progresser dans votre étude des systèmes de la
mémoire, de la prise de notes, de la communication et des techni-
ques avancées de mind maps. En effet, dans chacun de ces domaines,
il est essentiel d’utiliser les deux hémisphères cérébraux.

Interconnexions des « petites cellules grises » du cerveau

Le Dr David Samuels de l’institut Weizman a


calculé que l’activité cérébrale comportait en
Mot moyenne de 100 000 à 1 million de réactions

Mémo chimiques différentes par minute.

Nous savons que dans un cerveau moyen le nombre des neurones


ou cellules nerveuses s’élève à 1 000 000 000 000. Ce chiffre est
encore plus stupéfiant lorsqu’on sait que peuvent se constituer
entre ces neurones de multiples associations. Lorsque, en 1974, je
rédigeais la première édition de ce livre, on était arrivé, pour
28 Une tête bien faite

dénombrer ces associations, au chiffre 1 suivi de 800 zéros. Pour se


rendre compte de l’énormité de ce chiffre, il faut prendre une com-
paraison dans l’Univers : l’une des particules les plus petites de
l’Univers est l’atome (voir figure 6), tandis que l’Univers est ce que
nous connaissons de plus grand (voir figure 5). On peut facilement
deviner que le nombre d’atomes contenus dans l’Univers est
immense (le chiffre 1 suivi de 100 zéros). En comparaison du nom-
bre d’interconnexions dans un seul cerveau, même un chiffre
comme celui-ci paraît minuscule (voir figures 3 et 4).

10,000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000,
000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000,
000, 000, 000, 000, 000, 000, 000,
Figure 3. Nombre d’atomes (l’une des plus petites particules que nous connaissons)
dans l’Univers (ce que nous connaissons de plus grand).

10,000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000,
000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000,
000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000,
000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000,
000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000,
000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000,
000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000,
000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000,
000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000,
000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000,
000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000,
000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000,
000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000,
000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000,
000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000,
000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000,
000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000,
000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000,
000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000, 000,
000, 000
Figure 4. À la fin des années 1960, on avait calculé que les associations
que les 1 000 000 000 000 de neurones pouvaient établir s’élevaient à 1 suivi
de 800 zéros. Les estimations récentes montrent que même ce chiffre
est au-dessous de la réalité !
Vos capacités intellectuelles sont plus grandes que vous ne le pensez 29

Figure 6. L’atome, l’une des plus petites


entités connues. Au bout d’un doigt
humain, il y a un grand nombre de
billions d’atomes, et dans l’Univers
entier un nombre égal à 10
suivi de 100 zéros.
Reportez-vous aux figures 3 et 4 et à la
page 28 pour comprendre le lien qui existe
entre ces faits et les multiples connexions
intervenant dans le réseau cérébral.

Peu de temps après la première édition de ce livre, le Dr Pyotr


Anokin de l’université de Moscou, dont les dernières recherches
avaient porté sur les capacités du cerveau dans le domaine du trai-
tement de l’information, établit que le chiffre 1 suivi de 800 zéros
était très au-dessous de la réalité, et que la raison de cette estimation
trop modeste était à chercher dans les limites imposées par les ins-
truments de mesure dont on disposait, peu adaptés à l’incroyable
sensibilité des mécanismes cérébraux. Le chiffre qu’il proposait était
non pas 1 suivi de 800 zéros, mais un chiffre « qui – écrit à la main –
s’étirerait sur une ligne de plus de 10 millions et demi de kilomè-
tres, tant les capacités de structurations et les potentialités de libre
association du cerveau sont immenses ! Avec une telle réserve de
possibilités, notre cerveau est un véritable clavier sur lequel nous
pouvons jouer des centaines de millions de mélodies variées – qu’il
s’agisse de nos comportements ou de notre intelligence. Aucun
homme n’a jamais, loin de là, exploité pleinement ses capacités
intellectuelles. Nous n’admettons pas de limites au pouvoir de notre
cerveau – il est illimité. »

Ce livre est là pour vous aider à jouer de votre clavier mental


réellement infini.

On peut citer mille exemples des performances du cerveau :


qu’elles se traduisent par une mémoire extraordinaire ou des forces
physiques surhumaines défiant les lois de la science, ces performan-
ces font désormais l’objet de recherches. Elles sont prises au sérieux
et donnent lieu à des applications pratiques.
30 Une tête bien faite
Figure 5. Les dimensions gigantesques de l’Univers tel qu’il nous est connu.
Chaque sphère est à son tour mille millions de fois (1 000 000 000) plus grande que la précédente.
Vos capacités intellectuelles sont plus grandes que vous ne le pensez 31
32 Une tête bien faite

Modèles perceptifs : l’œil, le cerveau et la photographie


Voyons tout d’abord le système œil/cerveau/intellect. Jusqu’en
1950, l’appareil photographique fournissait un modèle pour le fonc-
tionnement de notre système perceptif et l’évocation de nos images
mentales, la lentille de l’appareil photographique correspondant au
cristallin de l’œil, et la plaque sensible au cerveau (voir figure 7).
Cette conception a prévalu un certain temps, mais elle est loin d’être
exacte. Vous pouvez le vérifier en faisant les exercices suivants : pla-
cez-vous dans la position de quelqu’un qui rêvasse tout en somno-
lant, fermez les yeux et évoquez votre objet préféré. Lorsque vous
aurez enregistré intérieurement une image claire et nette de cet
objet, faites ceci :
Faites pivoter l’objet devant vous.
Examinez-le d’en haut.
Regardez-le d’en bas.
Modifiez sa couleur trois fois, au minimum.
Éloignez-le, comme si la distance s’était considérablement
accrue.
Rapprochez-le de nouveau.
Donnez-lui des dimensions gigantesques.
Réduisez-le à des proportions minuscules.
Changez complètement sa forme.
Faites-le disparaître.
Faites-le réapparaître.
Tout cela peut être fait sans grandes difficultés, alors que les
accessoires et le mécanisme d’un appareil photographique ne pour-
raient pas même amorcer la moindre de ces activités.

L’hologramme : modèle du fonctionnement cérébral


Des progrès récents ont été réalisés dans une technique plus évo-
luée, qui, heureusement, nous fournit une comparaison plus
féconde. Il s’agit de l’holographie.
Ce procédé utilise la diffraction d’un faisceau de lumière ou d’un
rayon laser. L’un des deux faisceaux est dirigé vers la plaque photo-
Vos capacités intellectuelles sont plus grandes que vous ne le pensez 33

Figure 7. Contrairement à ce que l’on a pensé au début, le mécanisme cérébral est


beaucoup plus complexe que le fonctionnement de l’appareil photographique.

graphique, tandis que l’autre est réfléchi par l’objet à photographier


et va rejoindre l’autre faisceau. La plaque spéciale utilisée pour
l’hologramme enregistre les millions de fragments obtenus par le
choc des deux rayons.

Quand la plaque spéciale est placée en face des rayons laser sous
un certain angle, l’image originale est reconstituée. Ce qui est sur-
prenant, c’est qu’elle n’est pas reconstituée sous forme d’image
plane, mais sous forme d’un objet en trois dimensions, parfaitement
représenté et n’ayant pour tout support… que l’espace ! Si l’holo-
gramme a pris l’objet d’en haut, de dessous ou de côté, le spectateur
a l’impression d’avoir exactement l’objet original sous les yeux.

Ce qui est encore plus étonnant, c’est que, si la plaque hologra-


phique opère une rotation de 90 degrés, on peut obtenir sur la
même plaque jusqu’à 90 images distinctes les unes des autres.

Pour ajouter encore aux caractéristiques extraordinaires de cette


nouvelle technique, si l’on réduit en miettes la plaque au moyen
d’un marteau, chaque particule, placée en face de rayons laser spé-
cialement orientés, rendra encore l’image en trois dimensions.
34 Une tête bien faite

On voit que l’holographie fournit un modèle beaucoup plus


fidèle que la photographie pour évoquer la façon dont le cerveau
fonctionne, et elle nous fait entrevoir toute la complexité de l’orga-
nisme qui est le nôtre.

Figure 8. L’hologramme : un modèle plus approprié de notre cerveau


aux multiples facettes.

Pourtant, même cette trouvaille de la technologie est loin d’éga-


ler les aptitudes exceptionnelles du cerveau. L’holographie est ce qui
approche certainement de plus près les performances de notre ima-
gination, mais ses capacités de stockage sont minimes comparées
aux millions d’images que notre cerveau peut faire revivre à tout
instant, dans n’importe quel ordre. L’holographie, d’autre part, est
statique. Elle ne peut accomplir aucun des exercices d’orientation
proposés page 32 si faciles à exécuter par le cerveau et qui, pourtant,
impliquent un mécanisme extraordinairement compliqué. Et même
si l’holographie pouvait accomplir ces performances, elle ne pour-
rait pas, comme notre pensée peut le faire, se voir de l’intérieur, les
yeux fermés, en train d’accomplir ces activités !
Vos capacités intellectuelles sont plus grandes que vous ne le pensez 35

Quotient intellectuel et intelligence naturelle


Les tests de Q.I. sont censés évaluer notre « niveau intellectuel » (et
par conséquent on doit se fier à leurs résultats). Les résultats d’un
test portant sur le Q.I. peuvent être sensiblement différents si le
sujet y est un tant soit peu préparé. On peut opposer d’autres argu-
ments à ces tests.
Tout d’abord, l’étude sur la créativité de Berkeley montre qu’un
sujet dont les tests révèlent un Q.I. élevé n’est pas pour autant capa-
ble de penser et d’agir par lui-même. Il ne possède pas forcément le
sens de l’humour ou, s’il l’a, il n’est peut-être pas capable de l’appré-
cier chez les autres ni d’apprécier ce qui est beau, ce qui est raison-
nable, relatif, complexe, inédit. Il peut être avisé sans avoir de con-
naissances étendues ni la parole facile, ni une certaine souplesse de
réaction.
En second lieu, ceux qui soutiennent que le Q.I. permet d’éva-
luer toute la gamme des aptitudes humaines n’ont pas pensé que le
test devrait porter sur trois domaines : 1) le cerveau dont on teste les
aptitudes ; 2) le test lui-même ; 3) les résultats. Malheureusement,
les défenseurs du Q.I. sont obnubilés par les résultats du test et ne
tiennent pas compte de la nature du cerveau que l’on teste.
Ils ne se sont pas aperçus que leurs tests ne mesuraient pas une
aptitude humaine fondamentale mais évaluaient une performance
qui n’avait été préparée par aucune formation préalable. Cela res-
semble fort à ce qui aurait pu se passer au temps où la mode exigeait
que les femmes chinoises aient les pieds bandés depuis leur nais-
sance jusqu’à l’âge adulte. Il s’agissait d’arrêter la croissance du pied
dont la petite taille était une marque de distinction.
Il est aussi absurde de supposer que les dimensions du pied de la
femme chinoise étaient celles d’un corps normalement développé
que d’affirmer que les tests d’intelligence mesurent un développe-
ment intellectuel normal. Notre développement intellectuel nor-
mal, comme les pieds des femmes chinoises, a été jugulé par nos
jugements de valeur erronés et notre manque de formation. Il a
ainsi été arrêté dans son essor.
36 Une tête bien faite

À la décharge des tests de Q.I., rappelons leur histoire. Au départ,


ils ne furent pas conçus comme une méthode élitiste, contrairement
à ce que l’on croit si souvent. Au contraire, le psychologue français
Binet, ayant observé que les enfants suivant des études supérieures
étaient presque exclusivement issus des classes sociales supérieures
et trouvant cela injuste, inventa les premiers tests de Q.I. pour per-
mettre à tout enfant ayant les facultés mentales requises de pouvoir
poursuivre ses études. Ces tests offraient donc des possibilités
incomparables à des enfants qui sans cela en auraient été privés.
Les tests de Q.I. doivent être considérés comme un jeu, ou
comme des « indicateurs » d’un niveau de développement mental à
un moment donné dans quelques domaines spécifiques. Ils peuvent
ensuite servir à la fois de mode d’évaluation des progrès dans ces
domaines et de point de départ pour l’amélioration de ces compé-
tences, ce qui se traduirait par une hausse correspondante des résul-
tats aux tests.

L’enfant : un modèle d’excellence


Un autre exemple des immenses capacités du cerveau humain – et
le plus convaincant – est celui du fonctionnement et du développe-
ment d’un enfant. Beaucoup de personnes s’imaginent qu’un
enfant est un « petit être sans ressources et complètement
dépendant ». Rien n’est moins vrai, car il accomplit des prouesses,
qu’il s’agisse de ses apprentissages, de sa mémoire ou de ses proces-
sus intellectuels. Dès les premiers stades de son développement, ses
performances sont supérieures à celles de l’ordinateur le plus com-
pliqué.
À part quelques rares exceptions, tous les enfants parlent à l’âge
de deux ans, certains même avant. Le langage est un phénomène si
universel qu’on l’admet sans discussion, mais l’analyse du
mécanisme langagier en révèle la très grande complexité.
Faites l’expérience d’écouter quelqu’un parler en imaginant que
vous ne connaissez pas la langue qu’il emploie, et que vous avez une
connaissance très limitée des objets qu’il désigne et des idées qu’il
Vos capacités intellectuelles sont plus grandes que vous ne le pensez 37

exprime. Vous aurez non seulement beaucoup de peine à faire cette


expérience, mais vous aurez du mal à distinguer les mots les uns des
autres à cause de l’imbrication des sons. C’est pourtant une diffi-
culté que les enfants parviennent à résoudre, de même qu’ils
arrivent à distinguer ce qui a un sens de ce qui n’en a pas. Quand
un petit enfant entend une suite de sons comme
« alepetipetibébésétipamignonsa... », on se demande comment il
peut comprendre quoi que ce soit !
La condition pour qu’un jeune enfant apprenne à parler est qu’il
ait déjà maîtrisé certains facteurs rythmiques, certains processus
mathématiques, des éléments de musique, de physique et de lin-
guistique, et les relations spatio-temporelles et logiques. Il possède
déjà les mécanismes de la mémoire, de l’intégration, de la créativité
et du raisonnement. Cerveau gauche et cerveau droit fonctionnent
depuis les premiers instants.
Le lecteur qui doute encore de ses propres aptitudes a pourtant
appris à parler et à lire. Comment peut-il être amené à mettre en
doute un point de vue dont il est en même temps la preuve
vivante ?

Et ensuite
Il n’y a aucun doute que les capacités intellectuelles de l’homme sont
beaucoup plus grandes qu’on ne l’a cru jusqu’à maintenant. Dans les pages
qui vont suivre, on tentera de mettre en lumière certains domaines où
chacun pourra améliorer ses performances et se réaliser lui-même.