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M IRGUET
DIRECTBUN DN 1,, Écor,E )ioRrALE DE Huï

HISTOIIIN I}NS BNI,{iN


BT

DT I,ET]H flVILISATIOI\{

8,
I

BRUXELLES
J. LEBÈGUE & Ci", LIBRAIRES-ÉDITEURS
46, RUE DE LA ITTADBLEINE t*6
'
{ 896
HISTOIRE DES BELGES
nT.

DE LEUR CIVILISATION
'a

't.

Bruxclles. - lrnprirnerie J Jrlssuus, ?.ï, nrc des Arrnuriers.


PRB[ÂCN

< Les notions qu'on dorme à la jeunesse sous le nom d'histoire d


> sont absolument sans valeur comme guide dans la vie. Les faits I
l rapportés dans lcs rnanuels, et ceux même conterius darm les ri

)) ouvrâges plus sérieux écrits pour les adultes, ne mettent presque


'> pâs en lumière les vrais principes
phies des
de I'action politique. Lcs biogra-
souverains (et, nos enfants n'apprennent guère autre
> chose) ne jettent pas lieaucoup de lumière sur la science sociale.
-l
> Nous y lisons qu'il y a eu, à telle époquL., une conlestatiorl pour
> Ie pouvoir ct que cette contestation a amené une bataillc rangée;
, QU€ les généraux avaieut tant de nille honuues d'infanterie, taut
> de mille hornmes de cavalerie et mêrne tarrt de cânol)s; qu'ils ont
r disposé leurs troupes dans tel ou tel ordre; qu'après toul.es les
> péripéties du combat, la victoire a été r.crnportée par l'une ou
r ltautrearméc; eulill qu'il y r eutant, d'hommes tués, tant de faits
)) prisonniels. Dans tous les détails du r'écit, s'en trouve-t-il un seul
u qui puisse vous aidcr à vous diriger en tiurt que cito-vens?
> Supposez que vous iiyoz lu avec soin non seulemcut les quinze
r> batailles décisivcs qui ont été livrées dans le uronde, rnais le récit
r de toutes les autres bataillcs que rnentionne I'histoire, votre votc
)) aux élections prochaines en sera-t-il plus judicieux?
> Ce qui constitue I'histoir.e véritable, ce qu'il nous irnportc
> surtout de connaître, c'est l'ldstoire naturelle dc la société. Nous
)) avons besoin de savoir tous les faits rlui peuvent ilous aider il
)) compt'elldre comrnent une nation a grandi ct s'est organisée.
> Parmi ces faits, plaçons un récit de son 'gouvernement, tlans
> lequel nous ferons entrcr autant rle details que nous pourrons sur S
> s{l constitution, sur lcs principes, les ruéiliotles, lcs préju.gf
V.llirguet.-HistoiredesBelges. n ifl
Àa
tFr
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t:

l,

II pnÛl'AcE

)) qu'il ac0us0, et quc ce recit eOmprenne,


nOn seulenent ce qui sc
)) rappOrte ir la nltule e[ au jeu du gouvernement eentral, mais
> aussi tout, ce qui a rapport aux gou'ernemenrs
rocaux. Ir
> faudrait cusuitc connaître, d'une facàn gé'érale,
> industriel de la nation; ce qui nous al]prcnch,ait
le système
à quel" aegrJ
> ré$rait chez cile rrr uréilrode de Ia division cru tr.avair,
res rèfte_
> ments eu vigueur dans I'i'ti.strie; si les proclucteurs
formaù't
,r des castes, des corporations, o* s'irs étàient isorés;
queiles
> étaielt les lelations de patron à emplo.vé; p:ll, quelles
voics les
> produits se trouvaient cn circulation; quels étaieni les
rnoyens de
[t' )) comnunication et quel était le signe représentatif
tlcs ialeurs.
,r II faudrait mo'tre' ce qu'était le degré de culture
t )) natiol), dans son arehitecture, sa peinture,
r
esthétiq.e de hr
sr seurpiurc, sl
nusique, son r.ôtltrnent,, sa poésie et ses fictions.
d
'
,, Voif llr, ,rotio,r, ,f,, prrrO qui'pru"r,rt r.,,ui.,.., .rrurr,, ,, ,fi.ig.u,.
> sa conduite ct r\ lui forner une opinion exlete sul les époqles
qui nous olr[ pr'écédcrs. La seule histoire qui ait une valeur
",, pratique
pourr:rit s'rppeler sociologie ilasuiptiue; et lc meilleur
service que I'histoire puisse re'tlre, cbst cle r.lconter la vie
', 'ous
des nations, tle telle façon r1u'il
',, sociologie nous soit fourni des rnatéri:rux de
cornpartc,, alin qu'on puisse ensuite cléter.nriner les
lois
o fondamcnt*les qui président aux phénomr\res sociirux. >
.aa-
Nous rallio's entièreme't à ces itlées de I'illustre philo-
'ous
sophe anglais Hnnnrnr sprxcnn au sujet de I'enseignement
de
I'histoire. Nous avons donc tenté, tlans notre ouyr,àge, un pre-
mier effort pour réalisel sa méthode.
Nous nous sommes attaché à y retracer., sous la for.me la
plus simple et la plus intéressaute possible, ceux des faits
tle
notre histoire qui paraissant lcs plus propres li évoquer, dans
sou intéglale et sincère réalité, la vie tle nos ancêtres.
Sans négliger les événements considérables d'oldre militair.e,
nous n'avons pas cfn ponyoir les mettre. toujours au prernier.
plan ni les exalter outre mesure à toute occasion.
Avec une légèreté, uu défaut de pr:évoyance qui attristc,
la plupart des homrnes de notre époqrre réservent encore torrl
DRÉI-ACE III

leur intérêt ri ces jours tle tliscorcle, de haine et de passion,


qui ont élevé I'hurnauité contre elle-même, fait couler le sang
et les larmes de millions d'hornrnes, occasionné tant de lamen-
tables ruines, tant ct si souvent, pâr suite, retardé la marche
tle la civilisation.
Ce qir'ont été chez un peuple, aux différentes époques tle son
histoire, administration., justice et bienfaisance ; sciencet,
plr,ilosoplûe et c?'lllences ; instructian, Iettres e\ beaun-arts ;
agnculture, czntnrerce eï indu,strie ; nou,rriture' et uetement,
habitatiort, et mobilier ; enfin, mæu,?'s 1nùliques et aie priuée,
tout cela n'est que dôtail et accessoire, aux yeux du plus graud
nombre.
Les inconvénients et les dangers de cel,te disposition des
esprits, contre laquelle nous avons essayé de réagir, ne peuvent
ètre contestés. Nous croyons, du reste, que seul, un exposé clair e[
méthodique des faits de civilisation est capable de faire revivre
le passé aux yeux tle l'élève; tle lui fairc comprendre comment
ttos ancêtres out senti, pensé, vécu; de lui montrer par quels
efforts incessants et pénibles ils ont lentement, pâs à pas,
progressé dans les tlivers champs tle I'activité humaine, En
nous attachant à présenter I'histoire de la patrie sous une forme
à la fois plus concrète et plus vivante, nous avons eu pour but
tl'en rcndre l'éturle plus agréable, plus fructueuse, et aussi de
procurer aux jenucs gens qui ont passé par l'école primaire et
par l'école nroyenne un complément intlispensable d'instruction
historique et civique.
Pour permettre à l'élève de distinguer aisément les notions
tlont la conuaissance est exigée par les programmes, nous les
itvorrs signalées à son attention pâr un texte bien apparent.
Les parties tlu livre imprimées eu caractères plus petits poul'-
;
lont être, de sa part, I'objet d'une simple lecture tontefois,
les détails fournis par ces demièr'es éclaireront certaine-
tnent d'un jour plns vif les rnatières du progrârrrme et contri-
IY pnÉr,'lûn

bueront à développer 0u à faire naitre chez lui le gott des

étutles historiques.
0n trouvera peut-être que nous auriorrs dt
nous étendre
moins longuement sur certaines époques, sur certaines institu-
tions, sur certains hommes, pour faire une place à d'autres,
d'irnportance secondaire il
est vrai, mais que nous passous
complètement sorrs silence ou que nous mentionnons à peine.
Nous avons préféré nous borner et traiter avec plus tl'ampleur
les questions principales, nous souvenant de I'adage Peu,, :
mais bien,. C'est un danger, dans un manuel tl'histoire, de
prétendre toucher à trop de points. Au lieu de composer
un livre élérnentaire, clair et intéressant, comme i[ conviendr.ait,
on s'expose à ne produire qu'un abrégé obscur, aride, rebutant.
Le mot de Lakanal est toujours en situation : ( On corrfond
volontiers les éICmentaires a\ec les abrégés,. on oublie que
l'abré,gé est précisément I'opposé de l'éIintentaire. n

Peut-être aussi nous fera-t-on un grief de séparer, tlans


notre manuel, des faits sociaux que la vie pr.atigue associe
intimement.
C'est pr.écisément parce qu'il s'agit d'un rnanuel que lrous
avons cru devoir procéder ainsi. Conduire parallèlement
l'étutle des faits d'ordre politique ou militaire et les faits
tle civilisation, n'est-ce pas disséminer I'attention tle l'élève, la
distraire, I'affaiblir? N'est-ce pas exposer ce dernier à ne pas
bien apelcevoir, à rnal retenir, la trame et I'évolution des divers
élémelts historiques ? Notre plan lui fera, moyons-nous,
saisir avec plus d'aisance I'enchaînement des faits tl'un
même ordre à tlavers les rnultiples périotles histor.iques; il
en facilitera la revisiou par le professeur.
A la vérité, en répartissant la matière cornme nous le faisons,
oll s'expose à tomber parfois en des r.edites. Est-ce là un si
glaud mal ? Le seul inconvénient à cr.aiutlre serait de grossir
légèrement le manuel. Mais norrs rlous sommes efforcé d'éviter
PRETACE V

cet écueil en introduisant dans I'exposé des faits proprement


dits, chaque fois que la chose nous a paru possible sans rompre
I'unité du récit, les faits d'ordre administratif, judiciaire, scien-
tifique, économique, etc., ne réservant guère, pourles chapitres
subséquents de la pér.iode, ![u0 les svnthèses et les aperçus
généraux.
Au surplus, en suivant ce plan, nous avons imité I'exemple
de hautes autorités parmi lesquelles nous nous bornerons à
citer M. Hulrxn, dans son Histoire rlu règne cle Clm,rles-Quint
ctl Belgiqu,e, oir l'éminent historien cousacre des chapitres
spéciaux à la lëgislation, el ii lt justice,. au conrnxerce, à
I'indu,strie et àI'agriaùture; à l'organisation nùlita,ire,. aux
sciences, aux leftres et :lux beaun-arts.
Nons espérons donc que les sérieux avantages didactiques
dc notre plan compenseront aux yeux des lecteurs et tles
maîtres les faibles inconvénieuts qu'on pourrait lui reprocher.

***
Le 2 septembre tlernier, L'Indé,ltenclance belge publiait un
résumé des discussions du Congrès de la Paix tenu à Anvers
pendant I'Exposition universelle. Noul; extrayons de ce compte
rentlu les lignes suivantes :

n M. Houzslu DE Lnu.lrn, membre de la Clmnùre des


Représentants, président, Iirlplse au, Congrès tl'enuoger ù
l[. Mrncunr, au,teu,r, d'une histoire Belgiqu,e, les félicitations
de
Ies plus chaleu,reuses, p&1"ce qu,e dutts cctte æuure lcs parties
traitant de Ia guerre sont nùses au. second plan. il inaite
égalentent les ntem,bres ii
bien, uouloir sign.aler au brn eau
international de Berne tous les luuroges d'ltistoire sinùIa,ires
qu,i uerraient le jom, dans les différents paEs. n
Comme suite à la proposition folmulée par.M. le Président
du Congrès, M. Mirguet reçut la lettre dont Ie texte suit :
PNÉFÀCE

Gongnès intennational de la Paix.

1894 1894.
-ÀNvERS-
Secri.tariat gënérat Ce I septembre {894.
Rue Joseph II, 39
BRUXELLES.

llonsieur llirguet,

Le Congrès international de la Paix, r'éurti à rlrtvers, a chalgé son


burean, sur la proposition de son pr'ésident lI. Houzeau de Lehaie'
de vous trirnsmcttre ses félicitations pour votrc beiru livre < Histoire
des Belges et de leul civilisation >.
Cette æuvre est un nrodèle que lc Congrès a voulu distinguer
pour le désiguer aux édueateurs des autres peuples comme un
précicux exemple. Il sera celtrrinement imité, mais vous aurez eu
l'honneur d'avoir compris I'un des premiers qu'il fillait faile aimer
Ia paix et que pour celir il faut glorilier lc trirvlil et surtout ne plus
glorilier la guen'e.
Àgréez, je vous 1ilie, I'assul'al)ce de mir hautc considd:rrtion.

POUR LD BUREÀU:

Le Secrétaire général,
LÀ'FotirAINE.

Monsieu,r: Ifû'guet, tlirecteu,r de l'ecolc rtot'ntulc


de Hu,y.
ilI$TOM M$ Bil,ffI]$ tt ilil T$I]I[ fiIYIII$ATIOI{

INTRODUCTION

L'Ilistoùe a polu' loi de ne rien, dite de fauæ


de ne rien taire de vrui.

Sotn'ces h.istoriqu,es. Il y peu de ternps encore, 0n se bor-


-
nait, lorsqu'ou voulail, retracer quelque partie tle I'histoire de
I'humanité, à consulter les légendes et les traditions populaires,
les æuvres des poètes et les émits légués par tle précédents
historiens. Àujourd'hui, ou interroge tl'autt'es sources non
moins intéressantes, souvent plus sérieuses et plus sûres. Les
tlébris fossiles ({ conservés à travers les siècles dans les
)
conches géologiques ; les trouvailles archéologiques; les inscrip-
tionsmolluûlentrles (2) découvertes sur des moirutnents légués
par le passé; l'étude compar'ée tles religions et des langues (3 );

( I ) tes vestiges pétrifïés des animaux et des végétaux portent le nom géné'
ritlue de.fos.siles.
(21 nn caractères hiéroglyphiques, cunéiformes, runiques,-etc.
(a) On est parvepu à reôonst,ituer, pâr lacomparaison de leuus racines, le
tliitidnnaire dà plusieurs langucs éteintes ; à rléterntiner I'dtendtre des idées
et des Connaissànces :rcquise.s par les peuples qui les ont parlées, et', consé-
quenment, le degré de civilisation auquel ils étaient arrivés.
8 Il{TftoDUCTtoN

celle tle I'embryologie; les caractères anthropologiques tles races


(forrnes rJu crfrne, coloration de la peau, système pileux, etc. ),
sont, tour à toul', étudiés de la façon la plus fructueuse et
foumissent des documents histoliques tl'une inestimable laleur.
Nous pourrious ajouter encore, à cette énumération de soulces
nouvelles : a ) I'observâtion des mæurs actuelles des sauvages :

ces mæurs paraissent reproduire, dans une certaine mesut'e,


les états primitifs de civilisation successivement traversés par
les râces ; )
supérieures b l'observatiotl du dÔveloppement
intellectuel de I'enfant : celui-ci repasse, sernble-t-il, sous ce
lappolt aussi bien que sous Ie rapport phvsique, pat' toutes les
phases initiales de l'évolution humaine.
En plusieurs points, I'histoilebasée sttr les docttments fournis
par ces s6urces diffère de I'histoile tellc qn'elle a été émite
jusqu'ici. Soucieux de nous cotlformer aux exigences de la
vérité, uous ayons fait effort pour tenir compte, tlans les pages
qui suivent, des progrès de la critique historique et tles décou
vertes scientifiques les plus récentes.
PÉRIODIi DHS TEMPS PNÉHISTONIOUES ET' PROTOHISTORIQUES I

.A. _ TEITPS PRIIHISTOfIIOUES

Ouvrages à consulteF.

Illorttltet ; Dictionnaire des sciences anlhropologiques. - Dupont : Les


Populations belges préhistoriques' Flantmaûon I Le Montle avant la créa-
Clt. Oontejan:
- Géolbgie et Paléontologie. Falsan:Lt
tion de I'homme. - ou de Cans'
- Fruiportt tt Lhoest.' La Race de Néantlerthal
PériOrleglaciaire.
- Lubbock: Les Origines de Ia civilisation et I'Homme
tadt en Belgique.
préhistorique.
- Ertans .. Les Ages de la pierre et l'Àge du bronze. De
- -
Nadailtac; Les Premiers Homrlles. Petltëte .' Causeries scientifiques failes
- : IIIélangc d'alcltéologie.et
au Cercle des Naturalistes de IIuy.
- Quicherat
rl'lristoire. l'antlerkindere : [thnologie (Patrir I]elgica). Grand.gagnqge:
- -
Del'0rigine tles NallonS. - Dttpottt.'L'Hontmependattt les àges cle la pierre
dans les environs de Dinant-sur-Meuse, '1872. 950 p. Nombreuses ligures. -
1'lûI-Lot'rain: Série de conférences aux Soirées populaires de Yerviers. Réunies
en brochure, ,[873, no 3, no .|2. Remarquable résunré. - Congrès interna-
lional r.l,'anthropologie et d'archéologie ptéhistoliqrres. Stockholm, '187/*. 2 vol.
I\ombreuses figures. I.e lloil.'L'Ilomme fossile. Bnrs. {868. 1n-9o,450 P.
400 figures. Ilaroll- .'Crornlechs el Dolmens. IJus(1es.'ceux de Namuret
- -
de Bruxelles, très riches.

lndex géognaphique.
' St. Acheulprès cl'Amiens, (Somme). D'oir tlérive la qualilication rJ'achetiléen,
donnée d'abortl à la plus ancienne époque du quaternaire. Station tlisparue par
suite dc I'agrantlissement. de la ville,
Canstadt,près tle Stuttgar.d. Crâne découvert en {T00 dans une espèee de
limon nommé lehnt. Depuis, lous les ossemenls humains rencontrés dans le
nème limon ont é1é dits dc Iu rvce de Oanstatlt ou cle liéanderthal, lls
appartiendraient à I'fuomme clielléen. D'aucuns cepentlanl, M. Flaipont entre
autres, croient qtt'ils appartiennent all mouslérien.
l0 HIsrorRE DEs BELGES ET DE LEUR ctvILISATloN

Chaleut, sur la rive tlroite de la Lesse, en aval de Furfooz.


ûhauueau, sur la rive droite de Ia Meuse, en face du village tre Rivière.
chelles, petite ville du département de Ia seine, à 4 lieues de paris, sur la
Illartte. D'oir I'on a ïait chelleen.
Englhoul, près d'Engis.
Engis, village situé sur Ia rive gauche de la }Ieuse, eltre Huy et Liége.
Ftufooz, sur Ia rive droite de la Lesse, rron loin de Dirrant. Là se trouvènt
le Trou des Nutons et celui du Frontal.
Gendron, sur un sous-afiluent de droite de la Lesse, en amontrre Furfooz.
Godinne, en aval de Dinant. Caverne exploitée par Spring, en {8S3.
Goyet (grotle de), sur le Samson, allluent de droite tle la lleuse.
Ilasted,on (plateau de), à Saint-Servais, près de Namur.
Ilasttèt'es, rive gauche de la lleuse, entre Givet et Dinant.
I'a xladeleine, près de sarlat, sur la Yezère, tlans la Dor.rlogne, À rlonné son
nom au lagdalénien.
Magrite (le Trou de), à Pont.à-Lesse.
Mesuin, comrnune du Hainaut à 4 kil. 5 de Mons.
Modaue (Pont de Bone;, mamelon formant presqu'ile rlans la vallée tlu
Iloyoux, allluent de droite de la Meuse, près de IIuy.
Montaigle, sur la rive droite de la llotignée, aflluent de gauche de la Meuse
en aval de Namur et en amont de Dinant.
Le Moustier, petit village sur la Vezère, près de périgueux, département de
la Dordogne, France. Il a donné son nom aumoustérien.
La Naulette, sur la rive gauche de la Lesse, en aval de chaleux. ltàchoire
rlécouverte en {865 par Dupont et'rapportée à la race de canstadt ou cle
Néanderthal
Néanderthql (caverne de), près d'Elberfeltl (Prusse). cr'àne découvert
cn {856.
Pont-ù-Lesse, sur la rive droite de la Lesse, en aval de la Naulettc.
Roltenhausen, localité située près rle Zurich. Orr y a trouvé, dans un
marais, une stal,ion très riche en instruments faits de pierre taillée et polie.
A rlonné son nom aux débuts de la période actuelle on robenhantsienne.
solutré, station située entre Macon et cluny, sur la petite-Grosne, affruent
de la Saône. À donné son nom à l'époque solunéenne.
Sptennes, sur la Trouille, à six kilomètres de trfons. À fourni aux popula-
tions préhisl,oriques belges une immense quantité de silex. Le sol y est miné
par des extractions qui datent, semble-t-il, des temps clrelléens. 0n y a
retrouvé plus d'un million de silex ouvr'és.
.Sp.ry, village belge sur I'Or.neau, aflluent de gauche de la Sambre, à ,lB kil.

tle Namur.
Sureau (le Trou du), à Montaigle(l'alaen)n
Yuoir, village belge sur Ia lfeuse, en aval deDinant. Le prateau rl'Herbois
est près de I'embouchure du llocq.
-
pÉRI6DE DES TEMpS pRÉIIIST6RIgUES ET pR6T6H1STSRIggES {I

Fonmation des tennains pnimitifs et das ternains


sédimentaires primordiaux, pFimaiFes, secondaires
et tentiaines.
Negliger I'histoile des populations qui ont vécu duts nos contrées
.u* Ënipt préhistoriques set'itit faire d'uuc firçon incornplètc celle de
ruotre pays- l{ous allons clonc résumer ci-après les dounées, d'ailleut's
*ounent hypothétiques, acquises sul I'origine et les ponditions
rl'existence de ces populations. Rappelons cl'abord sommairemcnt,
le mode de formation des principales couches géologiques.

TITRE I

Fonmation des tennains pnimitifs ou azoiques,


d'onigine ignée.
Lorsque Ia tcrre, primitiveulent incaltclescente, se fu[ peu à pcu
refroidie, il se forrna à sa surface une crotite solide d'une épaisseut'
indéterminée, qui alla, qui va encore s'augmeutant. Aux rocltes
ll'origine ignée qui cornposent ce[te croûte' les géologuos ont dotttté
le nom de terraiûs primitifs ov n.to'iquæ (salrs vie). Il est peu
pr.obable qu'aucun ôtre organisé ait, pu s'y clévclopper, tlu moins
ilans les premiers liges, la chaleur étant alors extrôme à la surface
rlc notre planète. Aussi ces tcn'irins tte renfel'lltent-ils rrulle trace
incoutestable de fossiles.

TTTRE II

Fonmation des tennains paléozoÏques (l)d'onigine .'-


sédimentaine.

FOATTATION DES TERRAINS PRIIUOITDIAUX.


_ AGE PIIITTONDIÀL,
DIT DES ÀLGUES DT DES ÀCRÀNIENS

U1e atmosphère humide, chalgée d'électricitô, euveloppe alors la


lCrre. D'heUre etl heure, d'effroyables ol'Ages s'y tléeh;rinent, aCCOtu-

(l) Patéozoirpte ; vie arrtique. - V oir Le Illonde ayunt la çéattott de I'homme,


par I'r,ruurRloN, p. 919 et 264.
12 HISTOIRE DES BELGEs ET DE LEUR cIYILISÀTION

pagnés de pluies diluviennes. D'impétueux torrents, dcs fleul'es


énormes se forment, dont I'action, s'ajoutant à celle des tempêtes,
ronge et, désagrège les teruains primitifs sur toute la surface du
globe. Lcs débris rocheux ainsi formés sont entrainés par les eaux
courantes, roulés et peu à peu usés jusqu'à ne plus former qu'un lin
gravier. Dans cct état, ils sc déposen[ par couches sur les terrains
primitifs oir ils constituent lespremicrs terrains de sédirnent ({), dits
tcrrairrs printordinu,n. 0n a aussi donné le nom d'ûge pritnordial
irux temps ilendant lesquels ils se sont formés (9).
Durant cet âge, la Belgique est encore sous I'eau. Pour rencontrer
lir terre ferme, il faut aller dans lesYosgcs et la Bretagne. Cependant,
itl couts de ces tenrps lointains, la vie naît à la surface du globe.
Des ètres organisés, à st,ructule rudimentairc, apparaissent (3). Ce
sont les protistes, d'abord ; des pkmtes et dcs animau,n msrins ensuite
(.ulgues, é.ponges, polypiers) I enfin, quelqucs végétaux et quelqucs
uimaux terrcstres, parmi lesqucls les nnnélidcs, lcs mollusqu,es,les
trilobites (4), etc.

FOnITATION DES TERRATNS pRlrrAmES. ÀcE pRIlrÀrRE! DrT DES


-
roucÈnrs ET DEs PoISsoNs

Dc l'âge primitif au suivant, la température générale btrisse d'uue


flçon sensible. Néanmoins, elle reste partout tellement élevée qu'en
iiueull lieu de la terre, pas plus aux pôles qu'à l'ér1uateur., il n'existe
cncore de saisons. L'évaporation des eaux continue, rapide et puis-
I
sirnte lcs pluies rlemeurent fréquentes et considérablcs sous ;
I'rction clcs rivières et des agents atrnosphériques, la désagrégation

({) Le terme sédiment désigne les dépôts opérés par les eaux.
Notlon essentielle, Entre ces terrains ou âges, il n'y a pâs, comme la clas-
sificationdesgéologues- pourrait le laissercroire,de limite précise,pas ptus que
r:hez I'homme, par exemple, enl,re l'âge mur et la vieillesse. Un âge succède à
I'autre par évolution lente, non par révolution ni cataclysme. (Doctrine de
Lyell, universellement adoptée. )
(9) L'âge primortlial a été partagé par les géologues en trois périodes : le
lau'entien, le cambrien, le silurien,
(3) les eaux furent habitées en premier lieu; ce n'est qu'à la fin de la période
silurienne qu'apparaissent, d'ailleurs en variétés peu nombrerrses, quelques
véi;élaux et animaux terrestres (à respiration aérienne).
(4) te trilobite parait avoir été un ancêt,re des crustacés. 0n remarqrrait
chez lrritles rndirnenls d'yenx. II a disparu depuis la période carbonifère.
pÉRroDE or* rruo, pnÉutsronl0uns BT pRoToHISToRtouEs {3
des roches se poursuit; de nouvelles couches de sédiment se dépo-
sent au fond des eaux pour former les tercnins primaires (l').
Âveq l'âge nouveau naissent les premiers vertébrés, les poissons à
squelette cartilagineux ( 2 ) et les insectes. Plus tard apparaissent les
batraciens (grenouilles, salamandres, etc. ) ct quek.Jues reptiles
(serpents, lézards, tortue ).
L'Ardenne émerge avec le dévouieu,la Belgique centrale avec lecar-
bonifère. Sous I'influenced'une tempér'ature torride, il se développc'
dans le bassin houiller belge actuel, une végétatiorr luxuriante de
prêles géantes et de gigantesques fougères qui atteigttent souvcut
trente et quarante mètres de hauteur : leurs dcbris accumulés,
enfouis dans le sein cle lit tet're, dottnent à la longuc naissanse à la
houille.

FoRrIArr0N,J;;.;iilili"i:iiïii';;J;ï,#"-DAIRE'

Pendant l'âge secondaire, les causss précédemment sigrrirlées


r:ontinuent à produile des effets analogues et de uouvclles couches
rle sédiment se forment à h surfacc du globe (3 ). Il en sera de rnême
aux irges postérieurs, clésignés sous les noms de tertiaire et de tltmter-
naire. D'ailleurs, des phénoniènes scurblables s'itccomplissent, encorc
aujould'hui sous nos yeux, mais d'une façou si lente, si insensible,
r1u'ils échappent facilernent à une nttention superliciclle.
L'irge secondaire fournit d'abord les grands végétaux conifères
(arbres à feuilles persistantes) dout beaucoup attcigneut ccnt mètres
clc hauteur et trois mètres de diarnètre. Les pretniers vegétaux à i,
'È,
fleurs naissertt ensuitc. En mème temps, se montrent les sauriens, 1.1È+._

suivis des prernicrs oiseaux et, bientôt, des premiers mamntifères. .


Itlais I'irge secondairc cst surtout le règne de sauriens géants aux
formes étranges. 0n a retrouvé, en notre pays, d'abondants ves[iges
d'un lézard colossal, dont, la taille devirit dépasscr treize mètres. Ort
lui donnc le nom tle nrosa.saerre (saulicn de l:r llcuse) ou cclui clr:

({) Comme ceux tle l'âge précédent, les [errains de l'âge primaire ont été
divisés en trois périodes :le déuonien, le curbonifère et le permien ou batra-
cien.
(9) Représentés dans Ia faune actuelle par I'anzphiorus.
(3) 0omme les précédents, Ies temins secondaires se subdivisent en trois
pér'iodes z le triasirpe, le jurussirltrc et Ie crétacé.
14 HrsroIRE DEs BELGES ET DE LEUR cIYILISÀTIoN

lminosatn'e (saurien de la Haine), suivant qu'on découvre ses restes


dans le lrassin de la Meuse ou dans eelui de la Haine. L'iguanoilon,
bipède à pattes d'oiseau, mesurrit dix mètres de longueur et,
debout, rrtteignait la hauteur de quatre nètres cinquante. Les houil'
Ières cte Bernissart en avaieut conservé de notnbreux squelettes.
Citons cnL'ore, parni les représetttants les plus ltizames de cetl,e fautrtr
fantrrstique : le ptérodactyle, lëzard à gueule dentee et à ailes menr-
braneuses, probablement I'ancètrc de la chauve-souris, dont les ailes
cléplo1-ées atteignaient une envergure de dix mètres ; Ie labyrintho-
tllnte, clapaud énotme, de la trille d'un bæuf et dont le corps était
couvert de plaques écailleuses colllme celui du crocodile i l'archéo1t'
téth, un oiscau dont le bec était armé de dentsaiguës et les ailcs
terminées par des griff'es acér'ées; enlin l'atluntosaure, quadrupèdtl
hcr'bivore à pieds de lézard, apparemment le plus grand des animaux
qui ricnt jamais existé : il ntesurait de tlente-cinq à quitrante tne\trt's
de lortgueur.

ronvlirox DEs rEnRÀrNs TERTIAIRES.


-
AGE TERTTATRE ou DEs

ARBRES A SAISoNS ET DES ,ltllt,Utf'ÈRrS

i La conlïguration cles terres subit de profortdes nodilicatiorrs


I pendant l'âge tertiaire. L'Europe actuelle achève d'étnerger et deviertt
I
terre felmc; les ilcs Britanniques font partie du contincnt. Toutefois,
!.
t. lc uoltl de la Belgique reste sous les eaux.
4
IÈa -.',
En celtaines parties du globe, surtout drns le voisinage des pôlcs,
on coustate uu abaissentcut considérable de la température. Lcs
s'.risons s'ébauchent. Des irrbres uaissent qui portent des fleurs Lrt
clont lc feuillage se reltouvelle annucllemen[ (arbrcs à saisons ).
Les monstrueux anirutiux de l':ige pr'écédcnt disparaissent et sortt
rcrnplleés par des iltatttutifores, d'ailleurs de taille cncore gigan-
tesque, tels que : le dinotluriu,nt.,le plus grtrnd des mammifèrcs dont
on ai[ signalé I'existence : arntéc de dcux formidables défcnses. srr
tùte scule mesurait plus de dcrtx rnètres cle longuetrr llentastodonte,
ir deux ou à quatre cléfenscs, aux fortnes utassiles et colossales,
rrrrcêtle probable avec le précédent de l'éléphant, lctuel ; l'éI(phant
néridiona,I, qui atteign:rit la hauteur tle cinq ntètres; ctc.
L'oiserut prcntl définititerncnt posscssiou clc I'rtltttosphèr'e au
pÉRIoDE DEs rEltps pnÉHIsroRIQtiES ET pRoroHISl'oRIouES {S

miocène ({); qui voit également apparaîtle le singe misopithèqu,e.Les


singes anthropontorphes (9 ) sc moutt'ent au pliocèrte.
pn anthropologiste rlistingué,M. I'abbé Bourgeois, a éntis I'opinion 11

f{ue I'homme aur.ait existé dès la fin du tcrtiaire. Cette opinion n'a '"xi
pas pr'évalu. I
'1
I

TITRE III

FoÈmation des tennains quatennaines. - Péniode


. paléolithique ou de la pienne taillée.

La cinquièntc couche de sédiment ftlnna les terrains quaternaires.


L'existence dc I'hotnrne à I'aurore des teurps quaternaires est univer-
sellement adtttistl. Ott a retrouvé des tr:rces peu cotttestallles de sa
présence en llclgique tlès cette époque. C'est donc avcc lc quater-
uaile que columcilce en rérlité I'histoire cle nolre pays.
Pour faciliter l'étude des temps préhistoriques et protohistoriques,
orr les pt'utage en trois iTges d'aprùs la matièr'e principalement
cmployée par I'hotnme, au'cours dc chacun d'eux, dans la fabri-
cation de ses itrrrles, irtstluments et outils. Ce sont les âges de la
pierre, du bronxe ct clu pr.
Dirns le ntôlre but, ott a ztussi divisé l'âge de la picrre en trois
pér'iodes et l'ort I basé cette division nouvelle sur les procédés
successivement adoptés par I'homme pour obtenil et firçonner le
silex :
a) Lnpériode éulitlûqtte ou hieuencore dela pierre éclaté,e,rapportée
à la lin du tertiaire, oir quelques savauts admettent qu'e I'homme
âtge
a pu exister. A cctte époque, Ie silex s'obtenait en exposant au feu, dæ
pour les frile éclater par lir chnleur, des nttcléu's ou quartiers de
roche en silex. Lcs fragrnents obtenus étaient emplol'és llruts, sans
laillc ni rctouche.
b) La période paléolitlùque,rJlïe aussi de lzt,pierre tuillic, qui s'étertd
Lr tout le quatemait'c. l,es frirgmettts de silex utilisés s'obtenaientpar
percttssion ou piu' pression.0n les trnvaillait pat nza.rtèlentent, c'esb'
ir-clile qu'on les rippointait ou qu'otl les rendait trtnchants par le

({ ) 0n tlistingue tlans le tertiaire trois périodes : l'éocànerlenûoci:ne eI le


'Ttliocène. -
(2)Qui se rapplochent, rle I'homme par ccrtains caractères exlérieurs.
t6 HISToIRE DES BELGES ET DE IEUR crvILIsÀTroN

moyen de petits coups appliqués sur chaque éclat à I'aide d'un pcr-
cu,teu.r, par exempled'un moreeau de silex ou d'une autre pierre très
dure.
À son tour, la période paléolithique a é[é sulidivisée en quatre
époques, distinguées pal la matière et la forne des instruments
et par la nature des ten'ains oir ils ont été découverts. Ce sont :
{o l'époque chelléenne, caractérisée par l'insh'u,ment chelléen. lequel
affecte la forme amygdaloide et porte le norn de cou,p de poing ;
9o l'époqu,e moustérienne, qui a pour caractéristique l'instrwnent
tnotutérien, pointe triangulaire en silex, taillée sur une facc seu-lc-
nrent et dlte pointe ntou.sté.riennc .' I'instrument chelléen était plus
dangereux, I'instrument moustérien plus utile ; 3o I'époque soht-
tréenne, dont la caractér'istique est I'instrttment soht,tréen, qui a pour.
type une pointe de silex ert forme de feuille de lau,ricr ou er feu,ille
de sau.Ie (à cran); 40 l'époque nmgdaléninnne, signalée par la substi-
tution de I'os, de Ia corne, de I'ivoire et du bois au silex comnte
matières premières tles armes et, des outils, ce qui pemret d'en mul-
tiplier le nombre ct d'en rendre I'ernploi plus commode et plus
-iiiïi;r
iode néolithiqu,e, dtoe ausri ,oàrn hausienne,ou encore de
lit pierre polie, par laquelle débute l'âge actuel. L'homme, devenu
très habilc dans la taille du silex, façonne et polit, arec un art cle
plus en plus parfait, divers objets en cctte matière.
L'existence dc I'homme tertiaire étant, comrte nous I'avons clit,
demeuréc jusqu'ici très conjecturale, nous ne nous pr.éoccupel.olts
pas davantage de la pér'iode éolithique; Dous aborclerons immédia-
tement ce qui, au point de vuc anthropologiquc, se rrpporte au
*frlFle,E. paléolithique.
{+
I. Époque chetléenne ou de t'éléphant anlique.
- Au début du qua-
ternaire, I'Burope fortne uue île. La Gr-antle-Blctlgne ct I'h'lrrnde,
soudées entre elles, font col'ps avec Ie continent. illais l'Océan sub-
merge toujours la tlollande avec la nroitié sejiteltrionalc de la
Belgique, tandis qu'il communique pal le nord avec la nter Noire. Le
graduel abaissement clc température constaté dès lc tertiaire se
continue. Toutefois la tenrpérature de lrr l3clgiquc, colllme en général
celle dc toute I'Burope, dcùrcure rcl:rtivement chaudc. Blle est plus
humide, nrais plus uniforme quc cellc de nos jours : lcs hivers sont
rnoins froids et les étés moins chautls. L)e lir vient que dcs aninraux
cortstitués pour vivre en des clirnats cxtrêrrres se rencontlent dans
la Belgique d'alors : I'éléphant antiqu,e,le rluinocéros ù nnrines cloi-
pÉRroDE DES lElrps pnÉHls'roRrouES ET pRo'IoHISToRI0uES l7
sonnées le lion, Ie ligre, aussî
i l'ours des cuuernes, de la taille du bæuf;
de très grande taille;
l'hyène, Ie clnntoisr la marnrctte, el"c.
L'existencedc I'homme en Belgique, à l'époque chelléenue, semble,
nous l'avons dit ci'dessus, lieir àenrontrée. ll
existe à Mesvin un-...1';'.*f;*"**'-
remalrluable gisement de fossiles rapporté au chelléen. 0n croit,
aussi avoir retrouvé des traces de chelléen à Spy ({) et dans;'lr'1"'-"%Ï"
plusieurs grottcs dc la vallée dc lir llleuse, notamment au trou de '/trÉ'|rr'^-
Gerrdron. Ainsi, tlès Ie commellcement du quaternaire, oll voit la.r,",'.^.À:',:!f
'
Belgique hallitée par deux groupes de population de race chclléenrle,'
aux traits dolichocéphales et prognathes (2). L'un vit daus la vallée
de la llleuse, I'autre daus le bassin rle la Haine. Habitant des régions
séparées par de vastes forêts a peu près impénétrallles, les deux
groupes restent sllns rappolts entre cux ct probablement inconnus
I'un à I'autre. Aussi, tandis elue lcs Mesrinicns utilisent, pour la
flbrication de leurs outils ct de lcurs at'mcs, le silcx des carrières
de Spiennes, lieu voisin cle Mesvin, les llleusiens sont obligés de
tirer cle la Charnpagne celui qu'ils emploient.
Gr'âce à la douceur du climat, I'liomme chelléen peut vivre en plein
air et se passer de vêtement. Yolontier's, il s'instirlle i\ ploximité d'une
source ou d'une eau couraDte oir il
puisse facilement se désaltérer.
Des fluits sauvages, des racines, le produit dc sa chasse, lui servent
de nourriture. Il tencl des pièges aux attimaux sauvages, cléniche les
oiseaux, en mange les æufs, dér,ore leurs petits. Coureur rapide, il
sait atteiudre à Iir course un gibier qtri s'ébat nombreux autour de
lui ; espèce de fauve lui-rnème, it se ptait à déchirer à belles dents les
chairs pantelantcs de ses victirnes. Illais à son tour il sert souvent de
proie aux grands fauves qui peuplent Ia contrée. Contre lcurs griffes
acérées et leurs puissarttcs miichoires, ses dertts, ses mains, unc
branche d'arbre, une,picrre dute, aiguë ou tranchante, sont ses
seuls et trop faibles nroyens de défensc. Sous lc rapport intellectuel
comme au poirtt de vue physique, il est au plus bas degré de l'échelle
hurnaine. Sans doute, son langagc, non encore alticulé, consiste
sultout en exclamations, ert imitatiolls Tagues de sotts et rle bruits.

({ ) Voir La Race lnunaine de Ntionderthul ott de Canstadt, en Belgique, patr


MM. Fupoxr el. Luonsr, p. 699.
(2) Dolichocéplmtes: dont le front est bas et fuyant, les arcades sourcilières
saiila'ntes. Prognathes.' dont les mâchoires sont projetées en avant, en forme
do museau.

V. Mireuet. -- Histoirerles Belges.


{8 Htsl'orne DES t}ltLGES ET DE rnun crvllrsÀTroN

Que d'étapes il lui restc i\ frauchir pour atteintlre le plus arriéré des
sàuvages actuels !
Néanmoins, ilconn:rit I'uslge du feu. Ce trrn.iblc et pr.écieux
élément parai[ avoir été tlécouvcrt pirr. I'honrnre dès lcs temps les
plus reculés. Les voleans en éruption, I'Lln ou I'trutle combustible
accidentellement enflanrmé pirl la foudlc, lc folt saus doute décou-
vrir prr hasard. Dans lir suite, un rognotr dc p1'ritc frappé sur ull
morceru de silex; lc t'rottement dc deux nol.ceaux de bois léger.s
et [rès secs (.1 ) un seul c]e ces morccaux rlc bois engagé clans
;
uDe pierre ereusc et sorrnris à un llpitlc nrouyernent rotatoir,e,
d'irborcl avcc les m;rins, puis à l'iiide cl'une corde pirssée par son
milieu et vivement sclllicitée en rlcux scns oppostis; plus tard encorc,
ce procétlé pelfectionné pirr I'usagc d'nnc espècc de foret: tels son[
les moyens par lcsquels lcs plcmicrs hommes se procuront le feu.
lls ne tarclen[ pas i\ I'emplol'cr àh cuisson tle leurs ali-
ments.
II. Époque moustériennne ou de l'éléphant primordial (mammouth).
Pcndant l'époquc moustérienne,, les lrlanclres, le pa.vs d',\rrvers, -lc
Brabant, le Limbourg restcnt en partie submergés. Les pays-Bas
dcvaient fonner llors une sorte d'arehipcl., ciu. on clivers enclroits
de cette contréc on a letrouvé clcs osscments cl'hippopotamc. Iuscn-
sibletnent, sotts I'itctiotr do citttses divcrscs nral dtitcnuinées e1co1Lf ,
lc climrrt clu pays, ainsi quc celui de torrte I'Hurope cl'ailleurs,,
devient singulittrement froid et sur.tout lrunrirkr. 0'r,st, ir ccttc é1loc1uc
t1u'on a rlonné le nom r7e période glnci,nire., à cr'rusc de lrr grandc
extension prise par les glaciers. Toutefois, il inrportc cle r.emarqucr
que la vraie carrctér'istique de la période glrcirir.c n'est pas un froid
intense, mais uue ext,rclrne lrrrnridité. Penrhnt torrte r'époque mous-
tér'ienne, des neiges lbondlntes l,ornbent sur' lcs hauteurs les plus
élevécs du conl,inent europécn oir clles formenl cl'imrnenscs
glacicls, lin même teurps, dcs pluics tollenticlles inontlcnt les
plaines. Ainsi uaissertt tle trotnltrcttx ct puissirnts corrr.s rl'ciru r|ipt,
les flots intpétucux erttririltertt des rnasse's eorrsirler';r|lcs 4e sir;le.

.^
({)0-n a contesté la possibilité d'obtenir. du feu par cc procédé. Il résulte
d'une.lettre pulliée d,ans Lenlutuement gëooraphk|rc du 6 avril {gg0 quô ià
procédé est réellement praticable : c Dans Ie disfrict d'lrenge, j'ai vu, pour
la première fois, produire du feu par re lnottement de .letrx morieiux tle Èois.
Le bois. est léger, très sec, et le frottement pr.oduit un feu qui ,*e
communique à^très
une espèce d'amatlou. n (Licutenlnt DlHxrs. )
pÉnIoDE DEs rnups PRÉHIsIoRI0uES ET pRoToHIsroRI0uES l9
d'algile et de cailloux roulés (l). Àinsi se creusent peu à peu les
vallées. Certains fleuves atteignent des proportions énortttes. Ltt
Meuse, pour citer un exemple, avait, au dire du géologue Dupont,
douze kilomètres de largeur à Dinant et plusieurs lieues à sort
embottchure. D'o[t le norn cle périorle flu,uio-glacinire donné pirr
quelques savants à l'époquc tnoustérienne. L'éléphant primordial ou
mamnrouth, Successeur cle l'éléphant antique, protégé contrc le
froicl par unc longue et épaisse toisotl, apparaît alors d:rus notre
pays ell cornpagnie dtt bæuf, tlu chevrl et de I'irne (9). D'aillcurs, les
grirnds tauves de l'époque précédente continuetit u vivre ert Bcl-
gique. L'ltotume rttoustérien, toujours proguathe et dolichocépliale,
se lapploche, dans ses tlaits généraux, du type lapon. Il est petit,
trapu; sa taille ne dépassc pas l^,/n}. Ses jambes, courtes c[
ployées à I'irrticulation du genou, I'obligent à ntlrchet' dans h
position accroupic. C'est à lui qu'otl a parfois clouné le nolil
d'homme de Furfooz. Quant à Ia vcgétation de nos gontl'ées aux
ternps moustériens, c'était la végétation actuelle de la Scandinavie,
cle la Sibérie et des liautes montagites (3). Toutefois, lleaucoup plus
abonclante et plus développée, pttistlu'elle detait sttflire à I'alimen'
tation de gigantesques ruminants.
Par suite de l'abaissenrent de la tentpératut'e, I'houtne moustérien
ne peut plus vivre saus r'êtetttent ni abt'i. Iin préscnce de, nécessités
jusqu'alors ignorées, il appelle I'industlie r\ son secours.
Pour garantir son col'ps des ligueurs hivertiales, il se cortfec-
tionne tle gfossiers vètemetrts tle peau ; il intagine UII cet'tailt
nomble de ttouvcaux otrtils ell silex Ou en pielres locales très dures
:
(granit otr phtanite) des ltlmes et des scies; rles tacloirs potrr'
nettoyel., en les raclant I I'intérieut', tles peaux, assouplicts ensuite
;
avec de la graisse des pointe.s, potll' les coudre à I'iride de fi1es
lanières, de boyaux tortlus ou de crirts clc cheval. Désorrniris aussi,
llour se souStraile attx intetrtpér'ies rles sirisotrs, il lubite, dans les
pays montagreux, cles grottes ou des iibt'is sous t'oclte. Encorc inex-
périmenté detns I'art de se r:onstruire tles hrl-litations asscz chaudes
ponr. lc cléfenclre eotttre lc froicl, et suffisatitntcnt solitles poul' le pro-

({) Les dépôts forntés à ce m6ment o1t rlté parfois rlésignés sous le tlom de
terrains diluuiens.
(2) Tous à l'état sâuvâge.
(3) Dictionnaire tles scienccs uttthropoloqiques, p, 111.
20 Hrsrornu DES BBLcES rir DE LEUR cIvItrsATIoN

téger contre les attaques des fauves, I'homme disparait de trlesvil


. où n'existen[ ni grottes, ni abris naturels. Au contraire,la race meu-
sienne se mairttient eu ses précédentes stations, car cllc trouve dans
les nombreuscs cavernes de la vallée dc la llleusc des refuges à lir
fois sûrs et relativemettt coufortables.
Les princïpales stations humuines tle I'epoque, découvertes en
Belgique, sont les grottes de Hastièr'c, de Goyet, d'Engis, d'Engi-
houl, de Spy, le Trou du Sureau ct le Trou lltagritte.
La viande de cheval et lcs racines tieunertt une large place dans
I'alimentation dc I'ltomme moustér'ier. Il a un goût prononcé pour
la moelle des os, qu'il fencl longitudinalemcrtt pour en extraire sou
mets favori. Quant aux soins d'hygiène et tle propreté, il n'en
soupçonne pas I'trtilité et, d'orclinaire, il abandouuc les débris de
ses repas sur le sol nrême dc la grotte clont I'atrnosphère s'empeste
d'odeurs infectes. Nul doute que cette uruse rle maladie, jointe à
I'humidité malsaine des caverrtes, n'ait occasionné chez nos ltncêtres
f :',,,,t)art; -' troglodytes de nombreux cas de rachitisrnc.
êÀ' r'{'t\r
Longtemps sans doute, I'llotnme pr'éhistorique fait do I'cau puro
des sources et dcs ruisseirux lintpides sa seule boisson. Au besoin,
il Ia conserve ou la transpolte daus dus pierres creuses, de grands
coquillages, des vessies.
III. Époque solutréenne ou du renne.
- Le massif des Àlpes se sou-
lève au cours de cette époque. Bn nrùme temps s'ouvre (l) le canal
de la lllanche qui désornrais séparera la Granrle-Bretagne du couti-
nent. Du sein des flots surgissent aussi, longtemps noyées, les
plaines de I'Europe centrale; les ten:crs du Brabant, des Flandres,
d'Auvers. du Lirnbourg émergent enfiu cornplètement. ÛIais sans
doute les marécages dont le centrc et lcr nord du pays sont couverts
rendent, ces régiors inhabitables ponr I'homnte, car les seules
sl,ations humaines dc I'Uurope letrouvécs en Belgiquc sout eucore
situées dans la vallée de la llleuse. Â l'époclue solutréenne,, le climat
de notrepays est moins humide qu'à l'époqueprécédente. Lcs sirisorrs
s'ilcoentuent,les hivers devicnuent plus froids, lcs étés plus chauds. Le
sheval et surtout le renne sont palticulièrerncnt répandus .elr nos
contrées, définitivoment ab'lndonnécs par le rliinocéros, rniris oit le
mammotrth se rencontl'c cncol'e.

(1) Crr. Conrrllx, tlans son ouvrâge intitulé Géololie et Pttliontolooie, plaen
ces événements géologiques au quaternaire. FllFulnton, ouvfage cité, les
fait au contlaire remonlel ru nûocène (tertiaire).
pÉRIoDE DES TEIIPs PnITHISTonIQUES ET pRoToHISToRI0LIES 2t
L'homme solutréen cotttitrue d'hibiter les cavernes. Toutefois,
nieux armé que ses ancittres moustérietts, il eirmpe souvent en
plein air'.
Jusqu'ici, 0rl n'a pirs retrouY.é, en Belgique, de squelettes ni
tl'ossemcnts liumains susceptibles d'ètre rapportés au solutréen.
Cependant, le Trou lllagritte a offert aux fouilles de IIl. Dupont,
entle deux niveilux, I'un moustérien, I'autre magdalénien, une
couche renfcrmant des traces solutréenues.
Comrne nous I'avons dit, les instruments caracfuit'istiques de
l'époque sont la pointe en feuille de laurier et la pointe à cran, en
feuille dc sirule. Elles servaient de poignard ou de javelot. Dans les
gisements de l'époque, on retrout'e aussi desperçoirs à pointe aiguë
pour couch'e les peâux; des grnttofrs, qui rcrnplacent le racloir
moustériert; des 1teraileu,rs, faisant office de marteau; ete. En
général, ces instruments se distinguent dc ccux des époques
précédentes pùr unc lllus grande perfectiou dc forme. Au reste, de
tout l'irge quaternaire , l'époque solutrécune est celle qui prodrtit les
plus habiles ouvriers en silex. 0n attribue aussi à I'homme solutréen
I'inverrtiorr du procédé de l'enmtanchement qui dortnc aux armes e[
aux outils une plus grande puissance d'actiou.
Fréqucmment, otl remarquc, sul les outils de l'époque, des
ribauches de gravure, prenières manifestations d'un art à ses débuts.
Àjoutons que l'hotnme solutréen scmble avoir eu le gott de la parure.
De certaines ollsert'ations, on a pu couclure qu'il se livrait à la
pratique du tatouage. IJrt outrc, on û retrout'é, dans les gisemeuts
de l'époquc, dcs vestiges de colliers folmés de dents d'ours, de loup
et d'autres carnassiers.
0n a dit quc I'homrne de Solutré était anthropophage et mÔrne
t1u'il apportait du ralliuemeu[ dans le choix de la chair humaiue
clont il se nourissait : il n'aulait rnangé gue des femmes et des
enfants. Ccla est très coutesté.
IV. Époque magdalénienne ou des os travaillés.
- La tcmpérature
rnoyenrre de cette époque descencl cle plusieurs degrés au-dessous de
ll température actuclle. Mriis cotnme I'air demeure en tout temps
l,rès sec, qu'en étô il r'ègnc utte chirleur torride, les glaciers ({)
leculent inscnsiblement jusque dans les hautes vallées..

({ ) Qui, au surplus, ne clépassèrent jamais les Vosge-s ni.les sources de la


Ileusô, par conséquent n'atteignilent en aucun temps la Belgique.
22 Hrsrornn DEs BELcES ET DE LEUR cIvILISÀTIoN

Sous I'influence d'une température sihérienne, un monde orga-


nique en quelque sorte boréal se dét'eloppe dans la Belgique de
cette époquc : le liehen of le bouleau, aveo l'élan et le rclllle,
rlomincnt au sein d'une flore et d'une faune bien réduites depuis
l'époquc moustérienne.
Illalgré son corps velu, poussé par le froid, I'homme magtlalénien
continue à chercher un refuge dans les grottes ({ ). Mrris, entre
ces clernières, il choisit tle preféroncc celles dont la large ouverture
lirisse pénétrer irbondamment I'air et la lumière.
Les stations rnagdalénieunes découvertcs en notre pays sont
nombrcuses. Parmi les plus importantes, on cite : les Trous Magritte,
du Frontal, dcs Nutons et clu Suleau; les grottes de Goyet(lllozet),
rl'Engis, rle Fulfooz, de Pont-à-Lcssc, tle \\/:rlzin.
Bicn que I'homme magdalénien appartienne encore au type
rlolichocéphale, il offrc des traits plus humaitts que sorl ancêtrc des
époques précédentes. Peu à peu, son frottt fulant se redresse, sir
nrirchoire saillante s'eflhce, sorl pouce tlevieut fortement opposable
lux auttes doigts, ainsi quc I'attesteut de nontbreuses obselvations.
Son intelligence aussi se dér'cloppc.
La force musculaire de I'homme uragdalénien est considérable;
son agilité est si grandc qu'il atteint à la course le cerf, le renue, le
clramois. C'est de ces animaux qu'il flil sa nourriture habituelle.
Toutefois, lorsqu'il a négligé de mettle en réserve quelques pro-
primitif, sem-
visions
- ct cela arrive assez souYent, eât' I'homme
blable à I'enfant, et atr sauvàge, est d'une étonnante imprér'oyattce,
- si le gibiel vient r\ lui tttanquer, il se rejette sur I'herbe, les
rircines, l'écolce des all-ires. Ainsi que le clérnontrent de nombleuses
dcntures fossilcs usc'es d'une façon clractéristiclue, il mâche comme
lcs chèvlcrsr par des ntouvements tt'unsversaux de la mâchoire
inférieure.
D'ailleurs, I'homme magdalénien est nomadc. Il suit, dans ses
pérégrinations, le l'cnlle, son gihier plefér'e qui, eu été, émigre vels

({) C'est particulièrement à I'homme magdalénien-que les géologues ont


tlonné Ie nom de troglodyte (habitant des cavernes). II ya lieu tlelepousset
cette rlésignation comme inexacte en tant qu'appliqtée à la seule race magda-
lénienne I car les grottes ont généralement été habitées par plusieurs races
tlont on retrouve les vesti-Ces superposés. La qualification de mongoloide,
souTent appliquée aussi à I'ensemble des races préhistoriques, est toul attssi
impropre.
PERIODE DUS TEI1PS PRÉ]HISTORIOUES El' PROTOHISTORIOUES 23

le nold ou se rapproche des glaciers, et, I'hiver, s'âvûnce vers le


rnidi ou redescend dans les plaines.
fndu,strie.
- Parmi lcs rtornbreux instrumetrts magdalénicnsr on
tlistingue les ltointes desagaie et de flèche,lespoignards, les hanteçlns,
les lissofrs (en forme dc spatule pour lisser les coutures des vête-
nrents) ; les aigu,illes d'os ti chûs, qui permetteut utr asseml-rlage pltrs
irisé et plus rapide des peâux utilisées pour la confection des vête'
rnents ct dont I'inventiou marque I'uu des grands progrès de
l'époque ; lcs siffiets d'appel en bois de rertne ; enfin les bû,tons de
oonzntandernent, olfiets don[ I'usage n'est pas exactement déterminé,
nrais qu'on supposc uvoir été des insigues d'autorité, artalogues aux
seeptres des rois.
Lcs instrumeuts en silex de l'éyroque magdalénienlle ne son[ plus
aussi bien taillés que ceux de la précédente. 0n dirait les produits
tl'une induStrie en décnclencc. Sans tloute, les ouvriers magdaléniens
tlouvenl plus avantagenx ct plus facile le travail tlcs nouvelles
matières prenrières. Illais le sentimen[ altistique se développe chez
cnx cl'une faç,6n rcmarquablc. Sur un grand nomble d'objets dc
l'époque, on trouve, relal,ivement bien faits, des dessins gravés à
I'aicle de burins en silex. lfèrnc, on possède une gravure sur ivoire
qui représente avec une sulprenante exactitude un comliat de rennes.
Le goût de la toilette s'accentuo cltez notre ancètre magdalénien.
Il se peint le corps, se tatoue. En guise d'olnements, il porte des
breloques, des colliers, des bracelets, r1u'il contpose at'ec des denfs
d'lnimaux, dr,rs t'ettèhres de poissott, des coquillages, des cristaux
cn fluoriuc, etc.

TITRE IV
Péniode néolithique ou de la pienne polie.

D'importantcs moclifications de lernpérature se produisent entre


l'époque magdalénicune et la période néolithique. Au climat sec et, à
sirisons cxtr'êrnes du utagdalénien se substiûue en Belgique une
teurpérature plus doucc, plus uniforme. Ce cliangement de climat
ploduit tlcs tlansftrrmations considérables drrns la faune et dans la
llore dc notre pa.vs, clui deviertncnt pcu à peu cclles d'aujourd'hui.
Chosc inexpliquée encore,I'homme semltle avoir abattdonné nos con'
tr'ôes au comrnenccmeut de l'âge néolithique. Du moins ue retrouve'
t-on pas de trrrccs de sa présence dans les couches géologittrues dc
LlL HlsT0lRD DEs BEtcEs ET DE LEU^ crulrsATr'N

l'âge de la pierre polie. Cette laeune cle la préhistoire, les savants Ia


désignent sous le nom d'àfalus.
Plus tard, une nouyelle race d'hornmes dont, I'origine n'est pas
bien connue prend possession du sol belge. Était-etle aryenne,
sémitique ou de quelclue autrc souche ? Folntait-elle uu rameau
de ce peuple a dolmens ur sujet cluquel or n'il pu faire que de
vagues conjectures ? Étlit-ce un clétachernent avancé du peuple
des lbères que nous voyons à un nonlent donné répandu dans
toute la future Celtique (l)? La lumière n'est pas faite sur cette
question. Quoi qu'il en soit, la nouvelle race, à la peau blanche, aux
yeux et aux cheveux noir$, est franchetnenL bracltyccphale ( I ) ct bien
supérieure par son intelligence ilux précédentes. Non seulemenû
elle a domestiqué le cheval, le bæuf, le porc, le urouton, la chèvre.,
jusque-là sau\rùges, rnais elle r renoncé à la vie nomade et pratique
I'agriculture. C'est elle, peut-ètre, qui élève les monuments ntégali-
thiques (3), ces éclilices sirnples et grossiers, mais de proportions
énormes, qui sernblent construits pour l'étcrnité. L'état de guerre
palait lui avoir été connu, car les gisements néolithiques abondent
erl os brisés, en crâues défoncés. Probablement venus en combat-
tant, du centre de l'Àsie aux conlius cle I'Europe occidentale, les
envahisseurs avaient aiusi coutracté des habitudes belliqueuses
qu'ils inculquèrent aux habitants de notre pays. A raison de ces
mceurs nouvelles, les populations belges de l'époque n'habitent plus
seulement les caverues et les abris sous roche, rnais aussi des
villages bâtis sur des escarpements ou sur des plateaux élevés, dont
la défense esI facile. Noubreuses en Belgique, les stations de
l'époque abondcut particulièrement dans les provinces de Namur
et de Liége. Parmi les plus irnportantes, ol1 cite le gisement de
Spiennes, intéressant entre tous; les grottes de Chauveau, de Pont-à-
Lesseetde Gendron; lestrous du Sureauet du Chêne; lc plateau
du Pout-de-Bonne, dans la vallée du Hoyoux ; ceux d'Herbois et
d'Hastedon; enfin, quelques tourbières cle la Basse-Belgiquc.

( { ) Certains historiens onl, cru reconnailre dans les Ibères une avant-garde
aryenne, chassée sans doute de sa patlie par I'excès de la population et le
manque de pàturages et arrivée par la voie du Danube.
( 2) Dont le front est dnoit et les mâchoires non proêminentes.
(3) ilIégalithique, du gtee ntégat, granrl, el, Iithos, pierre.
Montcntent mëgalithlErc est le terme collectif adopté aujourd'hui pour désigner
lespeuluens et les rnenàil's, les d,almens, les altgnemenfs et les cromleths.
Pointe de flèche dentelée HarDou eu bois de rettne ({/2 srandeur).
en silex ('ll2 granileur). Pointe de llèche eu os ('l13 graudeur).

Harpon en bois de reune.

Couteau ou ciseau en silex avec manche en hois ile cerf.

Aiguilles en os.

a^_

ë
<=P
Hache en bronze. Haclte en bronze.
26 HrsTornE DEs BETGEs ET DE tnun ctuusATI0N

L'homme de Ia piene polie cultive le froment, le seigle, I'orge;


il les moud à la main par le nouvement d'une pierre ronde et mobile
sur nne pierre fixe ou meule; prépare, avec le produit de sa mouture,
une solte de galette qu'il cuit sur des pierres chauffées. A ce fond
tl'alimentation, il ajoute la chair des animaux dornestiques, particu-
lièrementcelle du ehien dont il apprécie surtout la cervelle; le lait
et le beurre la noisette, fruit qu'il estime beaucoup la
; ;
pomme, qu'il mange fraîche ou séehée; la prunelle, la prune et la
ccrise sauyrgc; la fraise, la mûre et la cornouille. llais en cas de
nécessité, il se contente de faines ou môrire de glands. De la franr-
boise, il tire une lroisson fermcntée.
si la station oir il réside est établie dans Ie voisinage de quelque
cours d'eau, le poisson clevient sa nourriture principale. car il sait
se fabriquer d'excellents hameçons en os et même des lïlets à grosses
naillcs, à I'aide desquels il fait d'abondantes pôches.
L'homme néolithiquc cultive une variété de lin. ll en confectionne
du gros fil, des cordcs, tles filcts, même une toile grossièr,e. cornme
son ancêtre quaternaire, il se vèt de peaux; mais il est plus habile à
les façonner, riyiint imaginé des ciseaux de sirex pour les tailler,,
ct, pour les coudre, tlu Iil avec de bonnes aiguilles d'os ou
d'ivoire.
Il ne tire plus son silex de la champagne, mais dcs galeries de
lllesviu ( { ). Au sulplus, cette rnatière est d'un uslge beaueoup moins
I'r'équent qu'aux époques précédentes. Mais'les objets qu'on en faiI
sont d'un travail bien plus achcvé : on polit les fragments emploS'és
en les fi'ottant ar-ec du sable et de I'eau en des rainures ménagées
rlans de grosses pierres de grc\s. 0n a retrouvé, provenant de cette
époque, des pointes de flèche à ailerons; des haches pories de dix à
lingt centinrètrcs de longueur'; des marteaux en diorite avec
manches de bois ou rle corne; dcs casse-tôte, cles poignards, des
javelots, des pointes de lance, etc. Gauchemcnt façonnée eucore,
la poterie d'argile apprraît en abondance ir r'âge néolithiquc.
Trtrvaillée tl'abord ir la nrain, elle était ensuite séchée au soleil ou
cuite au lbu.
sals doute, l'huilc de faine et celre de lin son[ conuues dès cette

(4) Dont le coteau est folmé de craie lllanche. Les aleliers de falirication se
trouvaient non loin de là, à Spiennes, oir I'on a retrouvé. par milliers, rles
pièces de rebut en silex et autres débris.
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l\R,l

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98 rrrsrorRn DES BELcEs ET DE r,EUn crvrlrsATroN

époque. Eu quclques stations, on a retrouvé des godets d'argile ou de


bois de cerf muuis d'nn pel,it appendicc de préhension, et I'on
supposc qu'ils ont servi de hrnpes a nos ancôtres de l'âge de la
pierre polie.
Sans s'aviser cncol'e d'en tailler en pointe les extrémités, I'homme
néolithique pretrd un gros tronc d'arbre, lc creuse à la hache et au
feu, en fait une barque, e[ Ia navigation commence.
Chose étrange : supérieur sous tant de rapports à I'homrne
mngdalénien, I'hornrne de la pierre polie a le sentiment cle I'art
bien moins dér'eloppé : il ne sait plus dessiner.
Les populations léolithiques entenent leurs morts, ce qui sembre
irrcliquer lar croyance à une vie futule. Lougtenrps, cerr,aines cavernes
servcnt de cirnetière à I'exclusiou cle tou[ iiutre usage. A côté des
corps, on dépose des arnlcs, des lrnulel,tes et cl'autres objets.
chaque cérémonie funéraire est suivie d'un grlnd repas qui se
clome près de I'entrée de lir grotte. Au no)'en d'une grosse dalle,
on fcrrne ensuite celle-ci.
Le mode dc sépultrrre cles tlolmens et des tertres dits tunntri, aussi
en usage à cette époque, par'aît n'avoir laissé qu0 peu de traces eu
Belgique.
0rr désigne sous le non dc tJolntens (l ) des rnonuments composés
d'urre ou de plusieurs chtrrnbres. Les murs en sont formés par
rles pierres colossales, dressées verticalentent; le [oit,, par d'autr€s,
également énormes, reposrrnt à pht sur les pr.écédentes. Recouver.t
de terre, ce qui d'aïllc'urs est primitivement, lc crs pour tous, le
dolmen recevra plus tard, à l'époque rorriiine, le nom ratin de
tum,uhls (9). 0n réserve le uom de peu,luens (piliers de pierre) ou
menhirs (pierres longues), ù d'ônorrnes mouoliilres de pierre brute
affcctant vaguemcnt Ia forme de colonnes. un certain nombre dc
peulvens, rangés en avenue, poltent le nom d'alignements; disposés.
en celcles concentriques autour d'un dolmen, ils formeut ce qu'on
appelle dcs cromlecâs ( cercles de pierre ). Élevés par les popula-
tious de l'âge de la pierre polie, ils sont donc for.t, antérieurs au drui-
disme, bien qu'on les ait, Iongternps qualifiés de pierræ druitliqtws.
Les nionuments négalithiques, qui se rencontrent un peu partouI
eu Europe, solt assez rùres 0rl Belgique. ccpendalt, il y a une soixan-

(l) De deux mots bretons ; dol, table, et nren, pielr.e.


(9) Tellre.
pÉnIoDE Dtis rrirrps pnÉIrrslonrQuES E'r pno'toHISToRIQcES 29

taine d'années, on voyait encore à Jambes, près de liamur, un grand


monolithe, appelé h Pierre d,u. Dia.ble. La fameuse Pierre Bru,nehaut,
près de Tournai, est un autre vcstigc de l'époque des dolmens. Se
dressan[ à dix-huit pieds au-dessus du sol, elle s'enfonce en outre cle
cinq pieds sous terle. Elle a treize pieds de largeur et quatre et demi
d'épaisseur. 0n a cru reconnaître aussi I'existencc de dolmens à
lLomsée, Ferrière-Saint-lllartin, Wéris, Solrvas[er, etc. L'authenticitô
de celui de Wéris, pr'ès de Dur'buy, n'est plus discutéc.
Beaucoup plus que la Belgique, la France est riche cn rnortuments
de I'espèce. Les alignements de Calnac, en Brctagne, sont célèbres,
Àu nombre d'euyilon 4.000
fois,
- ils paraissent avoir été {0.000 autre-
ces monuments s'éteudent en onze lignes parallèles sur une
-
longueur d'un kilomètre.
Il se rencontre aussi, parmi les conslructions mégrlithiques, des
pierles branlantes et des pierres sonnantcs, se mouyarrt ou résonrtanl
au moindre contact.

TITRE V

B. TEtrTPS PIIOTOHISTORIOUES
Age du bnonze.

Avec l'âge de la pierre polie sc terminent les temps pr:éhistoriques.


Jusqu'ici, Ia géologie et I'alchéologie à peu près seules nous ont
servi à retrtcer en traits généraux la vie dcs habitant,s plimitifs drr
notre pays. Pour l'ôtude des âges qui vont suivrc, le secours de
I'archéologie uous sera eltcore indispcnsablc, mais lcs documents
historiques proprcment dits devienclrortt clc moins etr tnoins rares.
0n a dormé à ces âgcs, relativemcnt pcu éloignés de nous, le ttom de
ternps pro tohis toriqu,es.
Si I'on en croit certaines hypothèses, des marchands orientirux,
phénicicns ou grecs, auraieut introduit le brortze en Belgiquc yers
lc xne siècle avaul J.-C. Les ternps pendant lcsquels le bronze fut
seul emplolé ont leçu le nom d'rîr1e du bronw (1). 0n les désignc

({) Combinaison de neuf parties de cuivre avec trn'e pattie d'étain, le bronze
fut inventé et nlilisé longlemps avant le fer, plus diflicile à oltenir.
30 HrsloIRE DES DELcEs ET DE rEUR crvrLrsATIoN

aussi parfois sous la dénomination d'ipoque bohemienne, des savants


ayiut émis I'opinion que le bronze aurait, été irnporté en Europe
prr les Tziganes ou Bohémiens. 0n conçtoif qu'il soit difficile de
décider entre cette hypothèse et celle quc nous indiquons plus haut.
L'aspect et le climat de la Belgique, non plus quc sa flore ou sit
faune, n'éprouvent aucunc modilication importante penditnt l'âge du
bronze. La vigne est iutroduite toutefois dans nos contrées et err
nrème temps I'avoine, le millot à grains ronds dont on faisait
d".rbondantes provisiolls,
-
les fèves, les pois e[ les lentilles.
-
Quelles races habitent à cette époque notre pays? 0n est loin
rl'ôtre fixé à cct égard. Probablernent, un mélange de poprrlations
rutochtones et d'Ibères, ces derniers réplndus surtou[ iru midi,
dans Ia vallée de la llleuse.
Quoi qu'il en soit de ces hypothèses, désonnais eu possessiorr
d'armes qui leur permettent dc lutter avcc avantage contlc les plus
dangereux anituaux, nos ancÔtres irbandortncnt clélinitivernent le séjour.
tles grottes pour se construire cn plein rrir des habitations groupées
en villages.
Les traces de I'âge du bronze ne sont pas très abondantes cn
Belgique. Peuhôtre faut-il eu attlibuer palticulièrement la cause ir
ce fait ctrue lcs débris d'objets en bronze, suhs[ance alors très rare,
étaient soigneusement lecueillis par les métallurgistes de l'époque pour.
ètre lefondus ei réemployés. 0n cite néanmoins une cinquantaine de
localités belges où des vestiges de cette époque ont été retrouvés.
La découverte du bronze inaugure pour I'industlie une ère de
plogrès rapides. Avec la nouvelle matière prenière, on fabrique des
hiiches ou celts, des épées, des pointes de flèche ou cle lance cl'un
effet plus sûr et plus rneurtrier; on enfaitdes épingles, des agrafes,
des boutons, des bracelets, cles couteaux, des fancilles, ckts 1"ssai.r,
des ciseaux, des marteâux, etc., dont on a t'elrouvé en Belgique un
certain nombre dc spécirnerts soigneusement recueillis par divet's
musées et principalement par celui de Namur. Quelques-uns cle
ces objets étaient très altistcment travirillés. Fondu rl'irborrl en rleis
noules de lrien'c, le métal était martelé et ciselé.
L'art du potier prend un grand e$sor pendant l':ige rlu bronze.
Après avoir été lavée, I'argile est façonnec i\ la nrain, vernissée
d'un léger enduit, de graphite, puis cuite au four. A h mrlrurrr époquc,
irpparaisserrt les ânses.
L'éclairage'fait d'importants progrès : on ft rctrorrvé, de I'irge
tlu bronze, des lampes en argile dc lu forrnri (l'url rnuf, munies
pÉrRIoDE DES TEltps pRÉHrsroRIOuES ET pRoToHISToRIQuES 3'1

d'un large goulot à la partie supérieurc, et, sur le côté, tl'un petit
bec tloué.
L'art du tissage se perfcctionne égalentent. 0n possèrle, dc
cet âge, des métiers qui sen'aieut à confrlc[ionncr d'assez lins
tissus.
Des perles en verre coloré, découveltes clans lcs stations do
l'époque. pcnnettcnt d'attribuer à ces 'temps lointains li-t couuais'
sance clu verre.
L'art de la navigation n'ost plus une simple ébauche. Peu à peu, on
a perfectionné le canot grossicr de I'irge de la pierre. De grautles
barques bicn construites apparaissent, pourvues de voiles en pcùu
ou ell toilc. D'ailleurs, I'us;rge génerrrl du bronze à cette époquc,
rnême err des lieux oùr n'cxistent ni mincs de cuivre, rti mines cl'étlitr,
permet de conclule à un comrnercc mirritirne assez iictif. La décou-
verte dans notre pays de divers produits rappel'.rnt I'iudustrie des
Étrusques, scmble établir que nous irulions eu dês lelatiorts collulor'-
cialcs avec ce peuple.
Pendant l'àge du bronze, Ia construction tles tumuli se corttinue.
lllais I'usage s'introduit, d'incinérer les morts et I'on ue tlépose plus,
clals les tumuli, que leuls cettdt'es, rettfcrnées en des unles.
Ainsi s'expliquc le pctit rtombre d'ossements hunains de l'époque,
letlouvés jusqu'ici. Cornme aux tentps néolithiques, à côté cles urnes,
on place divers objets qui ortt servi rnx défunts de leur vilant. C'esl,
grâcre à cet usagc surtout que I'induction a pu reconstituel cn prtrtic
les mæurs de poptrlations d'uue antiquité aussi reculée.

TITRE VI
Age du fen.

C'es[ I'irge actuel, compreuàut la fin cles temps protohistoliques et


tous les temps historiques. Cet âge cotnmença le jour olt I'ott réussi[
enlin à isoler le fcr et à I'entplol'cr seul. A cette découverte,
I'hommc tlut ltientôt de grancls progrès.
Selon toutc apparence, rtos ancètles aequirettt la cottnaissitttce clu
fcr' à la suite d'une invitsion d'étrangers oriettt'.rux quc I'ott croit fitre
les Celtæ.
Iort commttu chez eus a l'état, dc tttineriri, tuiris plus clifiicile
32 HrsTotRD DEs BELGES ET DE IEUR crvrlrsA'rroN

à obtenir que le bronze, le fer était jusque-lù demcuré inconnu aux


Belges.
Époque cettique.
- Race brachycéphale, de taille moyenne, aux
cheveux, au teint et aux yeux noirs ou br.uns, les Celtes arrivent
par la vallée du Danube (l)dans les contrées qui formcn[ la France
rctuelle, soumettant ou refoulant vers Ie midi les lbèrcs, Ies
précédents possesseurs du sol. Sans doute, ils formaient Ie second
ban de I'invasion aryenne (2). Pcu à peu, les Celtes se r.épandent sur
tout le territoire compris entre les Alpes, les Pyrénécs, le Rhin et
l'0céan ct, Iui dolnen[ leur nom (Celtique). Aujourd'hui encore,
lcurs descendants constituent, vraisemblablement Ia majorite de la
population du centre de la France.
Époque gauloise. Une invasion postérieure cle peuplades
aryenucs (les Galls ou Gaulois), rrrivées cette fois par Ie nord,
intrcluit dans la Celtique de nouvellcs populations qui, à leur tour,
s'en rendent maitresses (au xe siècle ar'. J.-C.?) et lui imposen[
leur nom. De là celui de Grule, par lequel on désigue longtemps
cctte contrée. Les nouveâux vcnus sont des hommes de haute
stature, aux yeux bleus, aux longs cheveux blonds, quelquefois
rouges, à la carnation molle et blanche ( 3).
Époque germanique.
- Dans la suitc, il se produit toute une série
rl'invasions de peuples sortis dela Germanie (l'Âllemâgne d'aujour-
d'hui ), mais également de rùce aryenne et, distingués sous les norns
de : Kimris, Bolgs, Trér'iriens, Nerviens, Âduatiques, eto. Les Kimris
arrivent d'abord; les Bolgs suivent au rve siècle av. J.-C. La parlie
scptentrionale de ll Gaule comprise erttrc le lthin, l'0céan,
la Seine et l:r l[ame, ou ils snétalllisscnt, prend d'cux Ie nom
de Belgirlue. Les l{etvicrts, les Tr'éviriens ct les Aduatiques, ces
derniers issus des Cimbrcs (4) et des Teutons (5), sun'ierurent

(l) Le Danube a été lagrande voic d'invasion des peuples orientaux depuis
les premières émigrations jusqu'aux Turcs qui ont assiégé Yienne en ttiZg.
(9) Si toutefois les Ibères sont aussi de souche aryenne.
(3) Dictionnaire de,ç sciences anthropohoiques, àn, mot Flance. Nomlre
d'historiens, identi{iant les Caulois et les Celtes, réservent ces caractèr'es aux
Germains. Dans leur opinion, les caractères des Celtes s'appliquent donc
aux Gaulois. Des liistoriens ratlachent d'autre part les Bolg.s à la farnille
gauloise.
(/+) 0r'iginaires du Danemark.
(5 ) Habitants des bords de Ia Baltique. Àujourd'hui les Prussiens.
Les Cimbres et les Teutons avaient été vaincus par les Romains, les Teutons
pÉrRroDE DES TEMps pRÉHrsroRtouEs ET pRoroursronlQuns gg

plus tard ({ ), un peu avant la conquète romaine. Rien d'étonnant


donc à ce que césar ait trouvé les institutions germaniques en
honneur chez les Belges. Les peuplades couquérantes ne chassent ni
n'exterminent les vaincus; elles se contentent de former dans le
pays une sorte d'aristocratie à côté de laquelle subsiste I'ancienne
population, réduite au rôle de peuples clients. Telle es[, pat
€xemple, la situation des Éburons, tributaires des Aduatiques.
Âu temps de la conquète par César, la population de la Belgique
est donc une populaLion allophyle (mëlée ), au sein de laquelle on
Lrouve des représentants des races autochtones, des Ibères, des
0eltes, ces derniers probablement en majorité, enfin des Germains,
en notable proportion. sans doute le celte ou kimri est la langue
parlée alors par le plus grand nombre de nos ancêtres ( g).

f+

Disons, pour tcr.miner, que lcs données archéologiques sur les


premiers ttimps de l'âge du fer en Bclgique sont très rares. Dans
un tumulus situé à Louette-Saint-Pierre, près de Gedinne, on a
cependant dôcouvert des épées en fer et des pièces de monnaie
rapportées à ces ternps primitifs. C'cst à peu près tout ce qui, sous
ce rapport,, mérite d'ètre signalé. La plupart des tumuli de la
Hesbaye et du bassin de la llleuse paraisseut d'ailleurs contem-
porains de l'époque romaine.
A partir de l'âge clu fer, nos ancêtres cessent d'iucinérer leurs
rnorts. Désorurais, ils les enterrent étendus en long, ce qui est I'une
des caractéristiques de l'âge. Quant à leur religion, on y trouve,
tornme nous le verrons plus loin, un mélange du polythéisme ger-
rnanitlue et du druidisme celtique. Les temps historiques s'ouvrent
pour nous avec les Cornmentaires de César.

à Àix en Provence, les Cimbres à Verceil sur le pô, en Ml, et {09 av. J.-C.
Au moment oir ils traversaient notre pays, ils avaient obtenu, de gré ou
de force, d'y laisser, sous la garde de ftuétques guemiers, un grand iombre
ue lemmes et d'enlants avec une partie importante de leurs bagages.
({ ) Voir dans Patria Belgicà te chapitre Ethnogralthie, -pir M. Vlnonn-
I(INDERE.

^ (Z) 0_n
n'est pasd'accord sur la question de savoir qui, des Gaulois ou des
celtes; du peuple vainqueur ou du peuple vaincu, aurait imposé sa langue à
I'autre. aucusuu Tumnnv a avancé que c'étaient les Gauiois qui avîient
ilnposé leurlangue et que le prétendu-rcIte serait du gaulois. pai suite, les
Gaulois et les celtes ne devraienl, être distingués qutau point de vue ethno-
graphique.
V. llirguet. - Histoire des Belges.
34 HISTOTRE DES BELGES ET DE LEUR CIULISÀTION

TEMPS HIS TORIOIJES

CHAPITRE PREMIER

llos Origines.

Ouvnages à consulten:
Wauters. Libert6s communalec. Scheler. -Histoire des langues (Patria
-
Belgica) Schayes. Les Pays-Bas avanl, et pendant Ia domination romaine.
- -
Xlortillet. Dictionnaire des sciences anthropologiques.
- nloke. llfæurs,
usages, fêtes, etc., des Belges. Yan Bt'ttgssel. Histoire du commerceetde
-
Kurth. Les Origines de la civilisation moderne.
la marine. -
Piot,
-
Géograplrie historique ( Patria Belgica ). Yanderkindere, Blhnologie.
(Patria Belgica). Poullet. Histoire politique interne de la Belgique.
- -
Brants. Essai historique sur la condition des classes ruralcs en Belgique
jusqu'à la fin du xyIIIe siècle. Césur, Commentaires. T'acite, Mæurs
- -
Alphonse Le Roy. Histoire des religions (Patria Belgica).
des Germeins.
-
Picot. Histoire rles Celtes. Rontbcrg. Histoire de I'industrie (Patria
-
Lubbock. L'Homme avant I'histoire. De Ylaeminc*. Les Adua-
Belgica).
- -
tiques, les Ménapiens et leurs voisins. l{s117sç1u. Climatologie (Patria
-
Napollon III. \ie de César (publiée avec la collaboratiotr de plu-
Befgica).
-
sieurs savants français ). KarI Griitt. Les Esprits élémentaires.
-
I{os origines.
- Àppartenons-uous à la race celtique, à la race
germallique, ou faut-il rlpporter nos origines à ces cleux souches ?
Question fort disctrtée. En ces derniet's teurps, cles historiens de
grand mérite ont beaucoup algué de ccrtairts rlpports anthropolo-
giques ({) ct philologiques (2) cntre les Wallons et les Celtes pour

({) La forme du crâne et celle de la section des cheveux, par exemple.


(2) tes noms tle pàys ou de peuples, de personnages et de localités belges
ont, assez souvent en ell'et une physionomie celtique, surtout dans leurs
dénominations wallonnes : Condroz, I'amenne (Famenn), Eburon, Ambiolix,
Boduognat, Dinant (Dinan), Ciney (Cinè), Huy (Hu), Seraing (Sèrè), Iiége
(Litche), etc.
1'EMPS HrSToRrouEs. _ CELTES El'GERMATNS 3ti
repousser, voire mettre hors de I'histoire, I'opinion qu'une partie
importante des habitants de la Bergique au temps dc césar auraient
eu des Germains pour ancêtres. cette opinion semble excessive à
raison des nombreux traits germaniques qui caractérisaient les
mæurs et les institutions des anciens Belges. N'osant décider eil une
matière aussi controversée; nous croyons utile de faire connaitre
sommairement I'organisation sociale et politique 'ainsi que les
croyances propres aux peuples des deux races. Il est permis de
supposer, en effet, qu'à I'arrivée des Romains, les institutions et les
coutumes des Belges dérivaicnt à la fois de celles des Germains et
de celles des Celtes.

TITRE I

Les Geltes, dits Gaulois.

caractères moraux des Geltes ({).- D'une grande vivacité naturelle,


les celtes, dits Gaulois, passaient pour courageux, spirituels et
bavards. < Les Gaulois, disait caton I'Ancien, aiment à bien com-
battre et à bien parler. > Ils avaient divinisé r'éroquence, et la
représentaient entraînant par une chaîne d'or qu'elle tenait à la
bouche, les hommes sauvages, vaincus et charmés.
Lcur organisation économique et sociare. 0n connait peu de chose
-
de I'organisation économique des celtes. La propriété, tant foncicre
quc mobilière, paraît ccpendant avoir été chez eux individuelle, non
collective. Leurs institutions politiques sont mieux connues.
Lcs cent peuplades de la Gaule forment, à l'époque de César, une
vaste confédération à liens très relâchés. une ardente et mutuelle
jalousie lcs maintient, les unes à l'égard des autres, dans un ér,at
voisin de I'hostilité. seule, une commune religion les rattache entre
elles. Chaque peuplade comprend plusieurs tribus nommées clani,
sounrises à des chefs héréditaires qui exercent sur elle une autorité
lbrtement établie. Lcs chefs des clans ou brenns s'entourent de
clients, dont la condition offrc beaucoup d'aualogie avec cclle des
compàgnons des chefs gelmirins (9). Il y a toutefois entre ccux-ci e[

des Celtes et des Gelmains ont été donnés


36 HISToIRE DES DELGES ET DE IEUR cIvILlsATIoN

ceuxJà cette différence que le client, après s'être volontairerncut


attaché à un chef, n'est plus libre de s'en séparer. Au cas d'une
guerre nationale, l'élection, réservée aux nobles seuls ({), distribue
les emplois de généraux. Dans les temps ordinaires, le jeu des insti-
tutions reste aux mains des prêtres. Ainsi le gouvernenrent de la
Gaule est une sorte de théotntie fed,ératiue.
Leur refigion. Le drtùd,isnte (9), religion des Gaulois, compor'te la
-
croyance à une sorte de métcmpsycose; il enseigne I'immortalité de
l'âme, la récompen$e des bons, la purrition des méchants. A la tôte
desdivinités druidiques se placent Hæus,le dieu suprême, eL Tett'ta-
fæ, I'ordonnateur
- non I'auteur - du m6llde, le dieu du commercc,
des sciences et des arts. Le chône (3) et le gui (4) du chène, fort rare
sur cet arbre, sont des végétaux Sacrés, objets de la vénération
universelle. Les prôtres du druidisme se nommellt druidæ (5),
Instituteurs du peuple, ils lui enseignent surtout ses devoirs, d'après
les textcs sacrés, le tenan[ d'ailleurs le plus possible dans une
ignorartce propice au maintien de leur autorité. Pour lui imposer
davantage. ils se livreut aux pratiques de la divination et de
la magie. Rendre la justice est ur4 dc leurs plus importarttes attribu'
tions. Tous les ans, ils convoquent de grandes assemblées oir ils
jugent sans appel les causes présentées à legr tribunal. Ils décident
dela guerre; ils la tlirigent. Leur pouvoir est immense. Des femtnes,
vouées comme les druides au service des atttels, portent le nom de
ilrtcid.æses. Généralement, elles vivent retirées au fond des bois, en
des espèces de cloîtres. C'est à elles qu'il faut râttacher nos tradi'
tions et nos légcndes sur les fées et les sylphes.
Seules, la vertu et la science donnent des titres d'trdmissibilité
dans la classe dcs druides.
Les cérémonies religieuses du druidismc se célèbrent e1 dc
grandes clairières, au sein des forêts. 0rdinairemellt, un dolmen y sert
d'aute}. Les sacrifices humâins figurent au nombre des cérémonies
druidiques. lantôt les victirncs sont cruci{iées; tan[ôt ou les perce
de flèches ou de pieux. En certaines circotrstances Solennelles, ott
construit un colOsse d'osier dans lequcl ott eutassc. ptile-nrtilo, dc la

( { ) Mounv. La lltcolution des Pays-Das, ton)e II' p. 27.


ig\ nrufiishc, du celtique drz, chêIte.
i 3i Svmbole de la force.
i+l tmage tle la viequi persiste au sein d'une nature molte.
(ô) Homrnes des chènes.
TEMPS HISTORIOUES. _ CELTES ET GERMAINS 37

paille, du foin, rlu bois et d'autres matières inflammables; des


moutons, des bæufs, parfois des animaux sauvages; des prisonniers
de guerre, des condamnés à mort, des esclaves; souvent même des
victimes volontaires. 0n y met ensuite le feu. Nos ancêtres croyaient
linsi racheter des vies plus précieuses, être agréables à leurs dieux,
apaiser leur colère ou se les rendre favorables.
Le sixième jour de la lune de février, une multitude de lidèles
se rassemblent pour assister à Ia récolte solennelle du gui, ce
parasite vénéré. Les druides procèdent à la cérémonie, vê:tus d'une
robe blanche et armés d'urte faucille d'or. Les propriétés les plus
extraordinaires sont attribuées au gui ainsi récolté, en particulier
celle de guérir toute espèce de maux.
'
Au printemps, pour attirer la bénédiction du ciel sur les produc-
tions de Ia terre, Ics Celtes portent sur des draps blancs, en proces-
sion à travers les campagnes, des images d'êtres surnaturels. La
fète chrétienne des Rogations a transmis jusqu'à nous cct usage.
Les druides pratiquent I'arme terrible de I'excommunication.
Quand un coupable rte se soumet pas à leurs sentences, ils I'excluent
des cérémonies religicnses et, alots, chacun le fuit comme un
impie et uu scélérat,

. TITRE II
Les Genmains.
Leurs caractères moraux.
- Les Germains professent un très vif
amour de I'indépendance indivitluelle. Ils se distinguent par un
sincère respect de la liberté et de la vie d'autrui ({ ). Chez eux,
chacun jouit du droit de faida, c'està-dile du droit de vengeance
personnelle. Ils ne connaissent point I'esclavage, se bornant à
r'éduire les prisonniers à la condition domestique. Quant à la peine
de mort, Ies tribunaux I'infligent rarement : le sang humain parait
trop précieux aux Germains pour être versé ailleurs qu'ett champ
clos ou sur les champs dc bataillc.

) Les Romains, au contraire, n'ont jamais connu ni compris Ia liberté


iduelle. lt{aître de I'univers, le peuple romain était bien le Pe.uple-Roi,
0n I'a nommé, mais les citoyeïs iomains étaient soumis à l'Étât tl'une
absolue, comme I'enfant au père, ou plutôt comme I'esclave au maitre.
38 HrsTorRD DEs BETGDS ET DE LEUR crulrsaTloN

Onganisation économique et sociale des populations


genmanrques.

Chez les Germains, la propriété foncière est collective. La terre,


conquise en commun et par I'effort de tous, appartient à tous.
I,a fédération des tribus, dans une peuplade germanique, forme la
nation. La nation se dontte un roi, élu en assemblée générale par
I'assentimenf et aux acclamations de tous les guerriers, eLtn conseil
lbrmé par les rois de canton. La nation comprend autant d,e ænteniæ
ou tribus qu'elle renferme de fois cent familles. Le territoire occupé
par une centenie s'appelle g&u or canton. La. centenie est l'unité
politiqu,e de la nation. Jouissant d'une autonomie entière, elle
uomme un conseil da anciens et un roi. La mission du roi de canton
et du conseil des anciens est de régler les affaires courantes. Les
tffaires de haute importattce se traitent dans les assemblées can-
tonales auxquelles personne ne pcut se dispenser d'assister. En
erertaines circonstances mèmc, la loi punit de mort le dernier arrivé.
Les cantons sont divisés en nmrchæ, r'éparties par la voie du sor[
cntre divers groupes de familles formés au sein de Ia centenie. La
nrarche constitue, dansle gau, l'ænilé économirlu,e(l). Dans chaque
narche, I'assemblée des habitants est souveraine pour toutes les
ehoses intéressant uniquement la communauté locale (9).
Les chefs de famille de chaque groupe se distribuent à leur tour
le territoire de la marche dont ils font préalablernent deux parts.
L'une, située au centre et destinée à la culture, porte le nom de
boel (cercle). L'aul,re, abandonnée att libre pa,rcours du bétail, sert
tle chanry conr,nnln (d'otr le terme com,nl,unaufi qui leur sera par la

({) Yoir BnÀnts, Essai sur ln conditiott des classes rurales, p. 40.
(9) c Les collectivités qui composaient la marche, le canton, la nation
entière, avaient chacune ses assemblées qui délibéraient souverainement sur
leurs intérêts respectifs... Chacune choisissait librement le chef qui devait
présider au groupe qu'elle représentait... A I'assemblée de la marche de
rlécider quelle partie du territoire on mettrait en exploitation, quelles règles.
seraient suivies dans la répartition des lots, quels châtiments seraient infligl
à ceux qui endommageraient le domaine collectif. L'assemblée cantonale atl
pour mission d'apaiser les conflits entre les personnes et les familles. L'as
blée nationale statuait sur les grands intér.êts contmuns, décidait, des allia
rle la guerre, de Ia paix; complétait, modi{iait, interprétait la coutu
(Kunru, Les Origtnes de la ciuilisafion, tome I, p. 79. )
TE}IIIS fiISTORIQUES. CELTES ET GERTTÀINS 39
-
suite appliqué). Il est interdit sous peine de mort de la défricher.
Deux chemirts, se coupantà angle droit, traversent Ie boel, I'un
dans la directiou du uord au sud, I'autre dans la direction de
I'ouest à I'cÈt. Un autel, gônéralernent un dolmen, s'élèvc au point
de croisement. Tou[ autour, on laisse un grand espace libre. Là se
tienrrerrt, à certaines époques, les ntûIs et les plaids locaux. Des
liabitations envirounent cette espèce de place publique; derrière
chacune d'elles, s'étendent les lots de ten'e à peu près équivalents
des familles de la marche. Ainsi, chaque habitant du boel peut se
rendre sur la place publique sans s'éloigner beaucoup de sa
clemeure(l). Une haie vive et continue entoure le boel. Âu delà,
s'étendeut les termins incultes forêts ou pâûulages sur lesquels
-
tous les troupeaux du boel ont droit de pâture.
-
Quelquefois les terres cultivées le sont er comnum et I'ou répartit
les récoltes entre les habitanl,s de la marchs, à mesure et en plopor-
tiou de leurs besoins. Le plus souvent, clracun cultive le terrain
contigu à son habitation et vit du produit de sa propre culture. Mais,
dans ce cas, on procède chaque année à un nouvcau tirage au sort
des lots.
Compagnonnages et Gildes. Nombreuscs sont les sociétés parti-
-
culières formées par les Germains. Suivant leur but, elles prennent le
nom de contpagnonnq,ge ou de gilde. Le compagnonnage a pour
objet la conquète ou le pillage. Autour d'un guerrier en renom (2),
se gloupent volontiers des jeunes gens hardis ct entreprenants. Ils
s'engagent t\ le suivre dans I'une ou I'autre entreprise qu'il médite.
0n les appelle ses contpûgnons. L'association est temporaire. Une fois
le terme de son engagement expiré, le compagnon, à la différence du
client, peut toujours quitter son chef.
L'association sous forme de gilde ( 3) revêt un caractèr'c plus
moral. Espèce de société de secours mutuels, la gilde a surtout pour
but de venir en aide à ceux de ses membres que I'adversité éprouve.

({) YoirNlorn,Illæurs etusages des Belges, p.{8, Bnanrs, Dcsai, p. {0.


Il arrivait cependant que les habitations étaient-éparses dans la marche
lomque, pour quelque motif,la chose paraissait avantageuse. M. Kunru, tome I,
p. 70 et suivantes, dit même que c'était Ie cas le plus fréquent.
(9) Primitivement, la valeur personnelle conférait seule la noblesse chez
les Germains. Les nobles ne possédaierrt, d'ailleurs aucun privilège, pas même
celui tle transmettre leur noblesse.
. (3) De geld, argenl, parce que les associés s'astreignaient au payement pério-
dique d'une cotisation en argent.
40 HrsroIRE DES BELcES ET DE tEUn ctvrtISATIoN

Elle se donne des statuts, élit ses chefs, organise des fôtes et dcs
banquets annuels.
Religion. Les Germains révèrent surtout les forces de la nal,ure
-
dont la puissance leur inspire une terreur superstitieuse. Ils adorent
le soleil,, la lune, le feu; ils honorent les arbres et les bois, les
rochers et les montagnes, les sources et les fontaines, les rivières et
les fleuves, etc. Les croyant lnintés par tles génies ou esprits, ils leur
adressent des prières et des invocations. Tltor,le premier de leurs
dieux, symbolise la lumière ct la foudre. Le rc,ulement du tonnerre,
c'est Ie bruit de son char, traîné par deux boucs dans les espaces
célestes. Odfrz préside aux batlilles ({'). Son épouse Frq1u, dont la
fête se eélèbre le vendredi (urijrlog), est la déesse de la fécondité. Les
Valkyries, femmes jeunes et belles de I'empyrée germanique, se
chargent tle transportcr au palais des dieux, dans le Walhalla, Ies
guerriers morts en hér'os sur les champs de bataille. De même que
les Gaulois ont leurs druidesses, les Germains possedent leurs
uoyantes. L'une des plus célèbres, l'elléda, dc la nation des Bruc-
tères, vivait à I'époque de Vcspasien. Son influence sur les Bataves
et autres peuplades habitant les bords du llhin, était immense.
Claudius Civilis, chef batave qui vivait au premier siècle de notre
t\re, s'étant révolté contre les Romains, réussit à tenir quelque tcmps
leur autorité en écliec clans le nord de la Gaule. Velléda prit une
part active à cette révoltc qu'ellc inspira.
Les Germains ne se construisent pas de tenrples couverts. Rare-
rnent aussi, ils se taillent des images de leurs dieux : la fameuse
statue d'h'minsul n'était rien de plus qu'un énorme tronc d'arbre.
Il n'existe pab chez eux, comme chez les Gaulois, une classe
sacerdotale se réservaut le monopole des sciences, 'r,ivant en dehors
du peuple et exerçant sur lui une influence plus ou moins despotique.
À I'origine, le père de famille r"emplissait lui-mème I'office de
prôtre. PIus tard, le sacerdoce paraît avoir étô Conlié aux descendants
de celtaines fantilles nobles.

({) En langage germanique, 0din se prononçait Woden, d'oir I'on a fait


u,ocnsdag ( mercretli ).
TEMPS HISTOfiIOUES. _ LES ANCIENS I}ELGES 4l

CHAPITRE II

Temps immédiatement antérieurs à la conquêle romaine.

Lor ntsrontguE : Le tlheloppanent social, Ie


d.éueloppement d'une race, d'une nation, de
I'humanitt. entière est une craissdnce ot'ganique
en analogic auec le déueloppemeut inditiduel,

TII'RE I

Géognaphie histonlque et population de la Belgique


à I'annivée de Gésan.

Parmi les plus importantes peuplades établies, à I'arrivée de


César, dans les limites de la Belgique actuelle, nous citcrons :
{.o Les Neruicns, Au nombre d'environ {90.000, ils habitent la
contrée situôe entre I'Escaut, Ia Meuse et la Dyle, c'est-à-dire la partie
la plus fertile du pays. 9o Les Trwiriens. En nombre à peu près égal
à celui des Nerviens, ils occupent avec d'autres peuplades, leurs
tributaires, la îaste région qui s'étend de la llleuse au Rhin. Au
nord, l'Amblève les sépare des Éburons 0u des Aduatiques. 3o Les
Ad,u,utiquæ, qui forment une population d'environ 60.000 individus.
Leur habitat est fort discuté (l). Récemment arrivés en Belgique, les
Aduatiques, après leur avoir enlevé une partie de leur territoire,
avaient imposé le tribut aux Éburons. 4o Les Eibitrons.Ils sont à
peu près égaux en uombre aux Aduatiques, lcurs vainqueurs et
leurs maîtres. 0n les rencontre surtout dans Ie pa1's situé entre

({) Tandis que les uns le placent entre la ltyle et la rive gauche de Ia Meuse,
de Namur à Maestricht, les autres, parmi lesquels M. Ds Vr,aeurucn, assigncnt
pour cmplacement âu peys des Àduatiques Ia région comprise entre la Yesdre'
I'Amblève, l'Ourthe et le Rhin.
42 Hrsrolnn DES BELGES ET DE LEUR clvtlrsarroN

la IIIeuse, la vesdre ou I'Amblève et le Rhin, mais aussi entle I'Escaut


et la Meuse clans la région correspondant à nos provinces de Lim-
bourg et d'Anvers (en partie). 5o Les Ménapiens. r\s couvrent tout
le littoral de la mer, depuis le nord de la France moderne jusqu'à
ll provinee d'Anvers ({). Énergiques et tenaces, ils disputent à Ia
rner leur territoire. Mais le défaut de ressources naturelles de la
contrèe et la rudesse du climat ne permettent pas à unc population
un peu dense d'y subsister. Aussi le nombrc des lténapiens ne
dépasse't-il pas 30.000. 6o Les Ambiuarite,s. Ils sont beaucoup moins
nombreux encore et vivent dans les parties habitables du nord dc
notre province d'Anvers.
Aiusi, la population totale de la Belgique ancienne, considérée dans
ses lirnites présentes, ne compte vraisemblablement pas, au moment
de I'amivée de césar, plus de quatre à cinq cent mille individus,
c'est-à-dire moins de la douziôrne partie de sa popuration actuclle.

TITRE II
Aspect et climat du pays.

Àujourd'hui, notre pays est I'une des contrôes res mieux cultivées
e[ ]es plus riches du monde. Il n'en était pas ainsi il y a deux
mille ans.
a cette époque, la Belgique offre un aspect sauvage ct misérable.
Les régions du nord-ouest, nos Flandres actueiles, ne sont qu'urt
inmense marais, par suite de I'altitude fort basse du sor. 0r, il
n'existe alors ni dunes, ui digues pour contenir les eaux de la mer.
Aussi, à chaque forte marée, envahissent-elles la terre ferme jusqu'à
une grandc distance du rivage. Les rares habitants du pays cherchent
alors un refuge sur quelques hauteuls, naturelles ou artificielles,
émergeant du sein des eaux. D'autre part, les fleuves et les rivières
sortent aux moindres pluies de leurs Iits peu profonds et encore mal
détermiués, épanchant leurs eaux dans la praine, bientôt tlansformée
en un grand et iufect marécage. Eu r.éalité, Ie sol de la Flaudre ne
consiste guère qu'cn une suite d'îlots cnrbroussaillés.

.la [!Hollande
).D'après M. Qn vr,auuncr,-les ]Iénapiens, à I'époque de césar, habitaient
et la zélande ; re rittorar flàmand auraif été occupé'à la même
époque par les Morins, auxquels les ,'ïIénapiens I'auraient enlevê par la suite.
TEMI'S HISTORIQUES. _ tES ÀNCIENS BELGES 43

Lu nord, de I'Escaut au Rhin, s'étend une vaste surface de terrains


plats, sablonneux, couverts de bruyèr"e : c'cst Ia Campine, immeuse
marais absolument inhabitable, d'ailleurs inhabité, sauf par des
tribus dc passage,
Au ntidi, d'immenses forêts, si touffues, que I'homme tre s'y fraye
un pâssage qu'à grands coups de hache. C'est, de I'Escaut à la
Srmbre, la forê.t Charhonnière; de la Sambre au Rhin, lt, forët dcs
Ardennesr l'une et I'autre peuplées de grands fauves et de tribus
sauvages et servant de rempart à la contrée.
Cependant, la régi.on centrale, les bassins de la Seune et de la
Dyle, semblent avoir partiellernent échappé à ces conditiotts clima'
tologiques défavorables. De grandes plaines, remarquablement
fcrtiles, s'y rencontrent, où une population assez dense, appliquée
aux travaux agricoles, vit dans un bien-être relatif.
Le climat du pays est très froid. Des neiges abondantes, de fortes
et persistantes gclées occasionnent des hivers rigoureux, se prolon-
geant au point de rendre impossible aucune opération militaire avant
le mois de juillet ( t ). L'été, de lourds brouillards quol,idiens, trans'
formés en grosses pluies, rendent la température malsairte. Pendant
les plus beaux jours, à peine le soleil apparait-il trois à quatre
heures (9). Aussi, rle pouvant s'habituer à l'âpreté de son clima[, les
envahisseurs barbares s'empressenhils de. fuir la Belgiquc.
Combien I'avenir réscrvé à un pays si peu favorisé de la nature
doit paraître misérable aux contempot'ains ! Pourtant, s'il est vrai
que I'histoire des'peuples soi[ préjugée dans les caractères du sol
qu'ils habitent, uu observateur réfléchi soupçonnerait déjà que les
destinées de ce coin de terre, en apparence si dépourvu' ne seront
pas aussi humbles qu'on le suppose.
Err effet, il y remarquerait uu sol généralement fertile ou suscep-

({) tes travaux des hommes expliquent suflisamment les causes de la dimi
nution rlu froirl en Belgique. Les grands bois qui dérobaient la terue aux
rayons du soleil ont été détruits. A mesure que I'on a cultivé le sol et
rle-sséché les eaux, le climat est devenu plus doux. (Gmnotr, Histoire de la
décadence de l'entpire rornain, tome II, chapitre 9.) Yoir aussi, à ce propos'
-
Patria Belgicrt, tome I, p. 27 l Climotologie, pat Houznau.
(2) < Strabon dit quC les forôts et les marais du territoire des Morins-y
eniretenaient nne tellê humitlité qu'il y pleuvait continuellement et que lorsqu'il
ne tombait pas de pluie, l'air était teilement o}scurci par-les brouillards qu'à
peine voyait-on ciair pendant trois ou quatre heures du jour. I ($CnlruSt
tome II, p. {51.)
44 HISToInE DES BELGES ET DE LEUR cIYILISATIoN

tible de le devenir par le travail des hommes; un climat dont la


rigueur s'adoucira avec la disparition des forèts et I'amélioration du
régime des eaux, qui deviendra ainsi également favorable à I'activité
musculaire et à celle de I'esprit; d'abondantes richesses minérales,
source et fondement des graûdes industries; une position géogra-
phique admirable pour le commel'ce, au centre-ouest de I'Europe,
sur une mer importanle, dans le voisinage de contrées elles-mômes
appelées à uu brillant avenir et avec lesquelles ses habitants pour-
ront facilement s'ouvrir des voies de commuuicatiou; enfin, I'etnbou'
chure de trois grands fleuves qui, dans une région basse e[ peu
accidentée, roulent à fleur de terre leurs eaux profondes, conditions
propices à la création de nombrcux canâux et favorables à I'essor
du commerce et de la navigation : voilà, se diraihil, plus d'éléments
qu'il n'est nécessaire pour àssurer la prospérité d'une région otr yit
un peuple énergique et travailleur. Et comûle la plupart de ces
avantages n'existent qu'etr puissance, qu'il faudra en quelque sorte
violenter la nature pour les faire apparaître, le caractère des Belges
se trempera dans Ia lutte séculaire contre Ia terre revêche et la
mer envahissante. Elle donnera à nos pères cet esprit d'entreprise,
ce mépris de la diffïculté, cette constance daDs I'effort qui, devenus
les attr.ibuts de la race, leur ont permis de jouer utt rôle si impor-
hnt clans I'histoire de I'humanité et de la civilisation.

TITRE III
La pnopniété fonciène. Les campagnes. Les villes.
- -
La propriét6 loncière. Les campagnss. Il semble que nos ancê-
vécu dans une
-
sorte de conimunisme
-
qu'on a pu qualifier
tres aient
de communauté de village. Tout au moins, chacun d'eux avait-il
la jolissance d'une certaine é[endue de terre, sensiblement la même
pour tous. t< Per$onno, dit César parlant des anciens Belges, ne pos'
sùde en propre une mesurc déterrninée de terrain. Chaquc année, le
magistrat local attribue à chaque famille une part du sol cultivé,
que I'année suivante elle doit abandonner >. La proprieté foncière
individuelle rr'existait donc probablement pas chez nos ancêtres (l ).

( { ) Yoir Moxn, Mæurs et usagei des Belges, p- {? et suivantes,; BnÀuts, Erscd


tæi ia condition des classes ru'ales, p. 8; KUnttt,Les Or[ginesdelu ciaili'
TEITPS IIISTORIQUES. LES ÀI{CIENS BETGES 45
-
t'était là soit une mesure égalitaire, soit une conséquence de l'état
économique peu avancé des Belges, la forme prirnitive de la propriété
foncière paraissarrt avoir été partout la contmunauté, c'es|-à'dire Ia
propriété collective. Peut-être aussi appréhendait-on que le droit à

ia propriété individuellc cle la terre, en attachant davantage les


Belges au sol, lle leur fit perdre leurs mæurs guerrières. C'est I'avis
de Schayes : < 0n craiglait, dit-il ( l ), que le repos et Ia vie séden-
taire nc les rendissent moins belliqueux; que quelqtles-uns d'entre
eux ne cherchasscnt à devenir opulertts et ne profitassent de leur
prépondéranee pour opprimer les pauvres ; que I'avariee ue corrompît
la nation et ne fùt cause rle discordes et, de troubles civilsl ênlin,
qu'une trop grande inégalite dans les fortunes ne détruisit I'union
qui existait entre les tlifférentes classes de citoyens. >
La seule propriété privée chez les anciells Belges paraîtdouc avoir
été la propriété nzobilière. La maison, qui se démoute et s'emporte,
est tenue pour mcuble et elle continue d'ètre ainsi considérée, Iottg-
temps après que la propriété individuclle de la terre s'est substituéc
à la propriété collective.
peu ilnpor-
Les villes.
- Chez nos aucêtres, les agglonrérations un
tantes par le nontbre des habitattts sont très rares. Àussi csl-il peu
probable qu'ils aient possédé des villes. Leurs plus gros villages ne
sODt que de simples bourgades situées darts de vastes prairies,
à proximité des bois. En cas de gucrre, ils se réfugicnt dans leurs
oppiùa (9), dont on a retrguvé des ïestiges à Chessiort, Resteigne,
Poilvache, Soleilmont, Thy-le-Chîtteau, Pont'cle'Bonne' etc.

TITRE IV
Institutions politiques.
Les tribus belges formeut rle petites républiques ou, si I'on
reut, des monarchies démocratiques dont les institutions ont de
grandcs aualogies avec celles cles Germains. La dignité royale

sation, tome I, p. ?0 et suivantes. II. BnuBSt V.rs Elrrvr-Cx, dans un article


publié. par h -
RiLue tle Relgtque du 45 mai {899, dit d'autre part, .p. 54 : r Il est
ireu probanle que les Belges procédaient à des allolements
périodiques entre
iesfimilles, comme les Cermains. r Oir est la vérité?
(4) SCrl,rrS,La llelgiqtrceLtantet penr)ant l& clonzirtutiortt'omnine,tomel,
p. {67.
- (2) Yoir plus loin ; Institutiorts ntilitaires,
48 Hrsrotnn IIES BEl,cEs ET DE LEUR cIYIIISÂTIoN

paraî[ y avoir été d'abord annuelle. Â I'arrivée de César, elle était,


conférée àvie. Parfois une peuplade a deux rois.Il ert est ainsi, par
exemple, chez les Éburons et chez les Trér'iriens. Souvent, il existe
une sorte de dynastie, uno famille noble dans laquelle on choisit
Ies rois. lllais la royauté demeure élective. Les membres de chaque
tribu jouisscnt d'ailleurs de droits politiques importants, témoin les
paroles adressées par Ambiorix à un lieutenant dc César qui
lui reproche une attaque contre la forteresse d'Aduatuca. ( Je n'ai
agi de la sorte que pour obéir à la volortté de Ia cité I telle est
la nature tle mon autorité que je n'ai pas plus de droits sur la rnulti-
tude qu'elle n'en a sur moi ( { ). n
Le pouvoir est, en fait, exercé par le peuple réurti dans ses assem-
blécs générales. Là se font les lois. La paix et la guerre s'y décident;
on y élit les rois, les juges des cantons (ceuteniels) ct des villages;
cnfin, on y juge les mimes dc trahison et les litiges d'une importanec
cxceptionnelle que n'otlt pu trancher Ies tribunaux orclinaires.
Le prineipe général d'administration et de gouvernemettt chez nos
ancôtres, semble donc avoir êLé: Ies affairæ courantes rtghles par læ
chel'set leurs conseils ; lcs décisions imporlante.s réserut;es au, peu,ple,
réuni en assenùlée générnle.
Au surplus, I'organisation sociale est cles plus rudimentaires chcz
les Belgesprimitifs. Nous la verlons évoluer lentcment d'après cette
grande loi de I'histoire formulée par Spencer : Les soaid,ttis se déuelop-
pent en passant par tIæ difiérencintions succes.siues, d'un [ta't contpara'
tiuement hontogène ir, u,n état h(terogt)ne.

TITRE V
Institutlons judiciaines.
Droit des gens.
- 0n donne le nom de droit cles gens ou de tlroi[
international public, aux converttions univelsellenrent arlrtrises pour
régler les rapports des nations civilisées en YLle d'itssut'et' leur esis-
tcrce et lcur tranquillité (2).

(l) Les chefs élus, dit Mtirlnr, avaient plutôt I'autorité qui persuatle rlue
I'autorité qui commande.
(9) te droit des gens dérive du droil naturcl, lequel comprentl les lois
naturelles, lois primordiales qui rlérivent de la natule môme des ôtres et des
choses. x : On doit de lct reconnctiss&nr p{rta' les bienfaits rtçrrs. I'n etre
intelligent qui fait Iemnl m(rite d'éffe puni, Le droit naturel est le droit itléal
vers lequel doivent.tentlre les législations.
TEIIPS HISTORICIUES. LES ANCIENS BALGHS 47
-
Les peuples, comme les individus, sont astreints à ttes devoirs
mutuels; de même. ils ont, r'is-à-vis les uns des autres, des droits
réciproques. Par exemple, il est ér'idernment contraire au droit
international qu'une uation en attaque une autre sans motifs graves,
soudainement et sans préalable déclaration dc guerre. L'existence
et la tranquillité d'une nation faible seraient toujours en danger s'il
cn pouvait être autrement. Iln temps de guerre, c'est aussi violer le
droit des gens que de continuer le feu contre un errnemi qui arbore
le drapeau blanc ou avec lequel on a conclu un almistice. Le droit
des gens impose aux belligérants de respecter les propriétés privécs
et la vie des prisonniers, de soigner. ayec une égale sollicitude les
blessés des deux nations eû guerrc.
. L'objet du droit des gens est de déterminer tous ces droits, tous
ces devoirs. Il repose sur ce principe que les paryles se tloiuent faire
en tentps de pain Ie plu,s de bien, en tentps de gtærre le moins de mal
possible.
Dans I'antiquité, tout étranger était considéré comme un ennemi
et traité comme tel. 0nlui courait sus ; on s'emparait de ses biens, orr
le réduisait en esclavage, on le mettait à mort.
En dépit de leurs mæurs hospitalières, on peut dire que nos
ancêtres n'ont pas connu le droit dcs gens. Il n'existait pas chez eux
de principes régissant les relations dc peuple à peuplc, déterminant,
par exemple, les choses permises ou délendues en temps de guerre.
Des hostilités incessantes et furieuses, telle était la seule forme de
ces relations.
Droit civil. Par droit ciail, il faut entendre I'ensemble des Iois
-
dél,erminant les rapports des citoyens cntre eux. Il y a lieu de Ic
distinguer du droit politiqu,e qui règle Ies rapports entre les gouvcr-
nants et les gouverués.
Le dloit civil des Gcrmains est fort rudimcutaire; il cùnsiste
surtout en coutumes transmises par la tradition orale. La centenie
est, dans la nation, I'unité judiciaire cn môme temps que I'unité
politique. L'assemblée cantonale, présidée par le centenier, forrnc
le tribunal ou plnitl. Lc droi[ de vengeance personnelle
- le r]roit
de faida-existe d'aillcurs partout. Cc droit pour chacuu de se faire
son propre justicier explique I'indulgence excessive des tribunaux
pour certains crimes punis plus tard du dernier s,upplice. Cela
tient à ce que la loi et I'opinion publique considèrent les délits
et les crimes comme des offenses personnelles, non comme des
oiï'enses à la sociétô ou à la loi morale. La justice d'alors abandonue
118 HIsToIRE DEs DELcES ET DE LEUR cIvILISATIoN

aux parents et aux amis de I'offensé le soin de punir un coupable


dans sa personne et dans celle des membres de sa famille. Il est
fort rare que les tribunaux interviennent. spontanément ; et lorsqu'on
a recours à leur intervention, ils se bornent à accorder une indem-
nité ( wehrgeld) eî, à iufliger une amende (fredun). Les peines
corporelles, I'emprisonnement et la mort, par exemple, ne sont
appliquées que dans des cas d'une gravité tout à fait, exceptionuelle.
Lorsque, par extraordinaire, la peine capitale est prononcée,
I'usage veut qu'on pende le coupable. Cependant on noie dans uu
bourbier ou I'on étouffe sous Ia claie, les lirches et ccux qui onl,
commis quelque crime moustrueux. Le cas de trahison est un de
ceux qui peuvent amener la poursuite d'office par le centenier. lin
pareille circonstance, la tribu tout entière va en armes brrller
l'hâbitation du coupable; elle le chasse ensuite, le retranchant ainsi
de la communauté.
Dans lcs cas ordinaires, celui qui a subi quelque dommage est libre
d'exercer son droit de faida ou de réclamcr I'intervention du plaid
et le jugement du centenier.
" Le droit de guerre privée subsistait donc tout entier à cùté des
noyens qui en conjuraicnt I'usage... L'autorité publique assistait
impassible aux débats les plus meurtriers tant qu'elle n'était pas
invoquée. Elle intervenait seulement lorsque Ia partie lésée, hors
d'état de se faire justice, s'adressait à elle pour obtenir une satisfac-
tion autre que celle des armes... Mais le tcmps n'était pas venu
encore ori on la dépouillerait de sou plivilège dans I'intérèt supé-
rieur de la paix publique ( ,.).
"
TITRE VI
Institutions mllitaines.
Le senicc militaire est obligatoire et universel chez ces {,ribus
lrclliqueuses qui vivent dans un état de guerre perutaneni. L'armée
se compose de tous les hommes en ôtat de porter les armes. La
perte d'un æil, du nez, des oleillcs, d'un membre, toutcs peines
d'un caractère infamant, frappent les réfi'actaircs. Ile construction
rudirnentaire, les forteresses de nos lrncôtrcs consistent d'habitude

({ ) Kunrr, Les Origines dc Ia cit'ilisttfrorr, tome I, p. 68 et 89.


TEMPS TTISTORTQUES. LES ANCTENS BELGES 49,
-
cn de simples camps établis sur des plateaux élevés et d'un accr\s
diflicile. Des remparts grossiers, formés de couches alternatives de
pierres et de grosses poutres, autour desluels ils creusent un fossé
profond, complètent ces défenses naturelles. Les Romains donnèrent
aux lieux ainsi fortifiés Ie norn d'opp.ida.
En cas de danger, les oppida servent de refuge aux populations.
En tcmps ordinaire, ils ue sont pas habités, car les ansiens
Belges tiennent les villes en déliance, Ies jugeaut propres r\ amollir
les courages.
0n décerne les commandements militaires par voie élective.
Chaque centaine, chaque dizaine d'hommcs â son chef (centenier ou
doyen).
Armes. Ellcs sont defensives ou offensiyes. Parmi les premières,
-
citons lc bouclier, ordinairement de bois, d'écorce d'arbre ou
d'osier tressé, toujours recouvert de cuir, chez les simples guer-
riers. Celui des chefs est de métal. Souvent, les boucliers sont
assez grands pour protéger lc corps tout entier ;le casqu,e d'airairt,
terminé en forme de gueule ouverte et d'habitude garni de grandes
saillies figurant des cornes d'auirnaux; la, atirasse, à mailles cle
fer.
Au nombre des secondes, 0n trouvc : la, Iance, avec une pointc
de fer très longue et très large; la lmclrc d'fl,r.ntcs, à un ou à deux
tranchants (plus tard la francisque); la framée ou pique; l'arc et les
flàclws, celles-ci à pointes barbelées;le jauelot, à pointe recourbée,
qu'on lance de loin sur I'ennemi.
Nos aucêtres connaissent également I'usage de certains chars de
guen'e au timon drmé d'une longue faux. Les simples guerriers com-
battent généralement à pied; les chefs, montés sur des chars à deux
chevaux. Quclque tôtc cl'auimal peinte ou sculptée termine ordinai-
rement la hampe de leurs étendards. Leurs trompettes de guerrc
font entendre des sons rauques et sauvages.

TITRE YII
Religion.
0n trouve dans la religion des anciens Belges un curier',* mélange
cles croyances des Germains et cle celles des Gaulois. Comrne ces
derniers, ils croient à une sorte de métempsycose et tienuent
en grande r'értération le chône et le gui. D'autro part, à I'exemple
Y. Milguet. - Histoire tles Belges. 4
Lr cueillctle rlu gui,

Druidcsscs dalstttt ult0ur tl'un tttcttltir.


TEIrrps HISTORI0UES. LES ÀNCTENS BELGES 5l
-
dcs Germains, ils déilient volontiers tout ce qui leur apparait avec
urt crractère graudiose et mystérieux. Le vent, le tonncrrc, l'0céan
sont I'objet de leur culte. De plus, ils honorent les nlrn$) cspèces
de divinités secondaires qu'ils placent au sommet de la hiér.arrchie
des esprits et qui sont supposées présider aux naissunces, quelque-
fois à toute une vie; les /dæ, qu'ils s'imaginent animer les bois,
les rochcrs, les fontaines I eufin, les l'ées-sot cièra oa uoyantcs, Ics
dernièrcs druidesses ({ ).
une cliririère dans les profoudeurs dc la forêt leur sert de temple;
une grosse pierre ou queltlue tronc d'arbre à dimensions énormes
leur tient lieu d'autel. Il y a lieu de droire qu'ils avaicut empr.unté
aux Gaulois I'horrible coutume des sacrilices humains.

TITRE VIII
Langue et écnitune.

Les auciens Belges paraissent avoir parlé le kiruri, langue usitéc


aujourd'hui encole chez les paysans bretons.
Ils connaissent l'écriture, soit qu'ils se servent de préférence,
comme on le croit, des caractères phénicieus, soit qu'ils emploient,
'a I'instar des Germains, les caractères rtiniquæ,, combinaisons dc
points et de petits traits, les uns obliques, les irutres verticaux,
disposés au-dessus et au-dessous d'unc ligne horizontalc. Plus
tard, les Belges se setvent des caractères grccs, qu'on trouvc
employés en des inscriptions gravées sur des tombelux et autres
tnortuments de l'époque, découverts dopuis clans nos contr'écs.

-, TITRE IX

Bégime économique.

Agriculture. ,- la suite de la conquête de la Celtitlue prlr les


Galls, les anciens ^habitauts demeurent asservis à leurs vainqneurs.
,Contraints par eux de s'appliquer aux travaux agricoles, ils défri-'
chent peu à peu une grande partie de la Gaule. Une cet'taine aisance

({ ) Voin Lcs Espt'its ëllntentutres, par Klnl Gnux.


52 HISTOIRE DDS BELGES ET DE IEUR CIYILISÀTION

se répand alors au sein des populations, et, dans la société naissante,


une demi-civilisation suecède à une barbarie grossière.
Modes et procédés de cu,Itu,re.
- Les Belges de l'époque de César
ont abandonné la vie nomade ; cependant, ils ne se livrent à
I'agriculture que dans la mesure stricte de leurs besoins alimen.
taires. L'étendue du sol qu'ils cultivent est peu considérable et
probablement bornée aux terres voisittes des habitations. Pasteurs
avant tout, les Belges font particulièrement consister leur richesse
dans un nombreux bétail, motttons et porcs, élevé à peu près en
liberté ct par grands troupeaux, dans les bois ou les pâturages de la
marche.
il n'cxistait pas à cette époque, comme de nos jours, une
économie rurale savaute et raisonnee. L'écoltuage esl le procédé
de culture le plus suivi. Toutefois, les Belges labourent aussi àja
charrue. Ils conuaissent également I'usage des engrais et mêrne
celui de la chaux et de la marnc.
Au nombre de leurs instrumertts aratoires se trouvenL: la hwse,
dont on leur attribue I'inventiort (L ), labîche,la houe,la faucille eL l'a,
fuue. Pafiois ils coupent leurs récoltes au mo)'en de ciseaun et d'uu
peigne.
lls ont aussi imaginé une machiue à moissonner composée d'un
van monté sur deux roues, et de longues faux tranchantes. 0n y
attelle à rebours un cheval qu'on pousse dans le champ à récolter.
Les é1iis fauchés tombent darts le van.
Ne possédant pas de grenier pour conserver les semences et les
grains, d'ailleurs peu abondattts, obtenus par la culture, ils les
déposent en des fosses et lcs recouvreut ensuite de terre. C'est
le procédé désigné aujourd'hui sous le nom d'ensilage.
Ni les moulins à vent, ni les moulins à eau ne sout conllus.
Chaque mérrage moud son grain à I'aide d'un sirnple mortier à pilon
'
ou se borne à le broyer entrc deux pierres.
Plantes aùtiuées.-Les Belges de l'époque connaissent le froment,
mais sarls doute lc cultivent peu (2). Ils préfèrent le seigle,
l'épeautre, I'orge, I'ayoine, le millet, à la culture desquels notre sol

({) 0n leur attribue également celle de laclnrrue araire (avant-train sans


roue).
(9) Yoir Bnaltts, Essai.su' la condition des dusses ntrules, p. {0.
TElrps HIST0Rr0UES,
- LES ÂNCTENS DELOES 53
et notre climat sont plus favorables. Nos ancêtres out dû connaître
aussi le lin, le pavot, la navette et le chanvre ({ ).
Peu nornbreuses sont les espèces dc légumes cultivés à cette
époque : les panais, Ies épinards, les oignons, les navets et, croit-
on, la fève de marais composent tout le potager des anciens Belges.
Le pois et le haricot leur sont inconnus. Ils n'ont point de vergers
plantés de pommiers, de poiriers, de prunicrs, de cerisiers. Ces
arbres ont été importés par Ia suite : les espèces sauvages d'aujour.
d'hui proviennent des jardins. Seule, une pommerla spatlonico, eLla
nterise, fruit d'une espèce de cerisier, paraisseni leur avoir été con-
nues. Illais ni I'une ni I'autre n'avaient encore tout ti fait dépouillé
I'amertume qui caractérise le fruit sauvage.
Essences forcstières,
- Le chêne abonde dans les forêts et aussi le
hêtre, le coudrier ou noisetier, le mélùze, le bouleau et le buis,
celui-ci atl,eignant parfois des proportions énormes (g ). Le platane
se rencontre aussi en abondance dflns les bois, ainsi que le merisier,
le cornouiller, le nêflier, le prunellier, le framboisier, la r.once, I'ai-
lelle-myrtillier, le sorbier, le groseillier épineux, e[c.,,dont les fruits
servent souvent de nourriture à nos ancêtfes.

-Plusieurs espèccs d'animaux, aujourd'hui disparus ou


Fau,ne.
devenus fort rares dans nos contrées, habitent alors nos forêts. Ce
sont le buffle, I'aurochs (espèce de bæuf sauvage), I'ours, I'onagre,
l'élan, le renne, le castor, etc. Quant nu loup, au sanglier, au
daim, au cerf, ils existent alors en nombre bien plus considérable
qu'aujourd'hui.
Comme à présent, les animaux domesticlues sontle cheval,le bæuf,
lemouton, Ia chèvre, le chien. lïIais le chelal et le bæuf sont plus
petits que ceuxld'aujourd'hui et de cbétive apparence, bien que
vigoureux. C'est par troupes nomlireuses qu'on élève les oies. Les
porcs, grands et à demi-sauvages, errent en liberté dans les bois,
une sonnette au cou. 0n les rassemble au son d'une espèce de cor.

( { ) Scufvfs , Les Puys-Bas aunnt et pend,ant la dornînation romaine, tome I,


p. 468 et {69.
D'après Wlurnns (Libertës cornrnumles, p.54), les Belges aunaient fait
connaitre. le froment, [orge et la charrue aux habitants de la Grande-Bretagne,
et c'est_ d'eux que les Romains auraient appris la pratique de l'écobuagei Le
mème historien croit encore que les Belges d'avant César connaissaiént les
semailles de mars et le défoncement des temes. N'est-il pas plus vraisemblable
gue nos ancêtres aient emprunté aux Romains ces procédés culturaux?
( 2 ) 0n en faisait fréquemment de fort belles haies.
$4 HIsTotnE DEs BELcES [T D[ IEUR clvttls.tTloN

Industrie, commerce, navigation. Le fer, Si abondant en notre PâYs,


-
le plorn$ et la pierre à aiguiser, sont exploités dès cette époque.
Avec le fer, les Belges se confectionnent dCs armes, de nombreux
rrstensiles de cuisine et des instruments aratoires.
L'étamage et le laminage des métaux leur sont connus ainsi que la
fabrication du cuir.
lls ont appris à tisser Ie lin({)et la laine, à feutrer, à teindre
leurs tissus de couleurs l'égétales. L'airelle leur donne le pourpre;
la jacinthe, le violet; la garance, Ie rouge; la gaude, le jaune; etc.
Ils savent faire de la ceruoise, nom attcien de la bière, et de
l'ltyd,romel, rnélange de miel fermenté et d'eau; fabriquer plusieurs
espèces de savons, dont ils tirent la meilleure qualité d'un mélange
de cenrlre de hêtre et de suif de ehè't're ; extraire le lietrrre du lait,
mais non en faire du fromage : seul, le lait caillé leur est colntl.
Néanmoins. f industrie reste languissante et rudimentaire chez des
populations très portécs à la guerre et qui abandonnent aux plus
iaibles, aux femmcs, aux eufants, aux vieillards' tous les travaux
manuels.
0n rertcOntre chez noS aneêtrcs d'assez nombreuSes aSsOciatiOnS,
non d'nrtisans, mais de familles adonnées à la culture, Les membres
dc ces associations font le serment d'obsert'er un règlement. L'au-
torité de leurs chefs, nommés par élection, es[ à la fois admi-
nistrative et judiciaire. Ott a souvent voulu voir, tlaus ces gildes
primitives, le germe des corporations et mÔme des communes du
*o1'un âSe (2).
Dès cctte époque, les Belges ont des rapports commerciaux avet
lcs Phéniciens et les Carthaginois. C'est sans doute de ces peuples
qu'ils acquièrent des connaissances assez étenclues dans la construc-
tion navlle. Leurs vaisseaux, formés d'épaisses planches de chêne,
sout construits avec un certain art. IIS calfeutrent avec des étoupes
les interstices laissés entre les plartches. La quille de leurs biltiments
est plate, ce quipermet de les tirer facilement sur la grèveet d'abor-
der sur le sable. Par eontre, la proue et la poupe en sont très élevées,
afiir que le vaisseau offre plus de résistance aux Yagtles. Dcs voiles

({) ce sont nos ancêtres qui apprirent _aux Romainsle tissage du lin et la
fadriéation du savon (8, Vlt'i El-Ewtcx, Lc Commerce et l'Irtdttstrie chez les
-Scn,l,rns,Ia dominetion rontaine, article cité).
Belges pendant
1â; tome t, p. 469. llnAnrs, Esni, p.40. S'AurDns, Liber'
tés crtrnmnnales, p. 54. - -
TEMPS HISTORIQUES. LES ANCIENS DELGES 55
-
de grosse toile, de euir ou de peaux souples et minces, avec des
àncres retenues par de fortes chaînes de fer, complètent le gréement
du navire.
Les marins de Ia Ménapie sont habiles et entreprenants. Mais, à la
différence des peuples de Ia Scandinavie, exclusivement préoccupés
de pillage, ils appliquent au commerce toute leur science et tous
leurs efforts.
Il existe sur divers points du littoral des marchés ot) se fait
l'échange des produits indigènes, salaisons, cuirs, miel, el,c., avec
ceux do l'étranger.
Les Nerviens évitent toute espèce de contact avec leurs voisins
du midi dont ils méprisent, les mæurs cfféminées. Eu vue de rendre
plus difiicile I'accès de leur pays, ils entrelaceut, aux frontières, de
jeunes arbles et des arbustes en buisson de façon à en former une
Iaie impénétrable. Ces défenses naturelles sen'ent surtout à empe-
cher les surprises de la cavalerie ennemie.
Les Belges connaissent les monrlaies d'or, d'argent et de cuivre.
0n a refrouvé des monnaies à I'eftigie de divers chefs indigènes et
en particulier d'Ambiorix. Toutefois, lc commerce est err général un
commerce d'échange, surtout ù I'intérieur. Un bouclier, une lance,
une hache d'armes s'estiment à un ccrtain rtornbre de peaux. 0n
donne deux bæufs en échange d'un cheval; dix sacs de blé pour un
lræuf ; une pièce d'étoffe se paye vingt brebis; etc.
Les voies de communication, tout au moins les voies charretières,
n'existent pas. A peine les villages se relient-ils I'un à I'autre par
quelques sentiers. Les mirrais et les bois dont, Ie pays est couvert
rendeut les relations plus difiiciles ercore. Les transports se font a
dos de cheval, plus rarement par le moyen de lourds et informes
ehariots âux roues de bois massives. 0n utilise aussi, pour le même
objet, des charrettes surmontées d'immenses mannes d'osier
appelées bennes.

TITRE X
Meuns êt coutumes. - Vie pnlvée.
lnstitutions civiles. Chez les Germains,le mari aehetait sa femme.
-
Il faisait, au père de la jeune lille, un cadeau consistant en armes,
bæufs, chevaux, etc. Pour conlirmer Ie marché, Ie fiancé offrait une
bague à sa future, à titre d'arrhes. Chez les Celtes, au contraire, la
56 rrsrornn DES BELcES ET DE LEUR clvlllsÀl'l0N

fcmme apportait uue dot, mais l'époux devait prélever sur ses
propres biens une part équivalente à cette dot et la faire entrer
dans la commuDauûé. Le survivattt héritait des biens ainsi mis ett
communauté. ltlos ancêtres admettaient la polygamie.
L'usage de I'incinération des morts se perpétue longtemps chez
eux. 0u brrile le corps des guerriers avec leur cheval de bataille,
'leur vivant.
lcurs armes et divers objets dont ils se sout servis de
Parfois, leurs femmes et leurs serviteurs se jettent volontairemeut
dans le bûcher. Aprc\s avoir rccueilli les cendres des défunts, on les
depose dans une urne qu'on ensn'elit en des constructiorts fail,es de
grosses pierres brutes, recouvet'tes ertsuite de terre et formant
tumulus. Il existe en Hesbaye url assez grand nontbre de ces tertres
rrrtiliciels qui ont servi de sépulture aux auciens Belges.
Noumiture. Les Belges se rtourrisselt surtout rlu produit de
-
lcur chasse ou de leur pôche; Ceux qui habitent à lroxintité des
l?trôts mangent russi cles faînes et d'autres fruik sauvages,
palticulièrement clcs giands (l) dont, en temps de disette, ils font du
pain. Cepenclant la nourriture des Nerviens est celle des populations
rgricoles. Ils nrangent du pain, des cnufs, du laitage, du miel, etc.
La chair des animaux domestiques est potll' eux une grandc
ressource ; ils montrent, pour la viande de porc, une préférence
marquée. S'ils n'enrploient que rarcment le sel, cela tient à ce que
cette substance cst rare et chère. Ils blutent leur blé au nro.ven de
cribles confectionnés avec du crin de cheval. À la pâte, ils mêlent de
Irr levure de bièrc et ainsi réussissent à faire un pain légcr. Comme
boisson, nos ancritres entploient la bière ouceruoise eL l'hydt"omel;
nrais déjà la bière est leur boisson préférée. Le Gambrinus de la
légende est un Belge. 0n lui irttrib,.re I'idée d'cmployer à la fabrica-
tion de la bière les céréales crues et germées.
Vêtement.
- Les hommes libres portent de longs cheveux aux-
quels ils donnent uttc teilte dorée en les lavant avec de I'eau dc
chaux ou âvec une composition formée de graisse de chèvte et dc
cendre de li(rtre. Ils se vÔtcut de la saie, petll manteau d'écorce, de
peau ou d'étoffe, de forme carrée, sans manches, attachée sur
l'épaule par une agrafe ou une simple épine. Des braics,, sorte de

(l) Les forêts étant très abondantes dans notre pays, nos ancètres se
nourrirent rl'abord beaucoup de glands. De là vient peut-êl,re Ia grande
vénération dans laquelle ils tenaient le chône.
TEtrps HrsToRIouEs. rES ANcrENs BELGES 5T
-
pantalon de mème matière, leur couvrent les ja.mbes. En géuéral,
ils aiment les vêtements à teintes multicololes. Quand ils ne vont pas
les pieds nus, ils les protègent par des semelles de cuir ou de bois
(galoches) ({), attachées à Ia jambe pal tles courroies. Un bonnet
polntu, espèce de bonnet phr.vgien, fait de peau, de laine ou de jonc,

I\llisons ett Iolttte ile rtrt Le ( éliotlue d'Âlrbiolix ).

r:otrrlrlùtc ltrrl toilcttc. Ils rir-'conrnissclt, irr-is I'u-"t5Jtl tlu lingr-l tlt:
r,ori)s. Toutelïris, ir's furrrncs, rlrri rl'rillt:ut's s'lttliillcrrt t pcti 1iItls
(.{,ntltl{i lcs ltrttttntts, So ('on{'ectiOtttiCrnt sortlCtit ciCS vùtcnttrltS dC
to ilc.

(l) Le mot grilotht tlér'ivelait, palait-il, de Gull, habltant tle la Carrle.


58 IIISTOIRE DES BELGES ET DE IEUR CIULISATION

Habitations. Les habitations des Belges consistent généra-


Icment en de simples ltuttes faites de branchages ou de planches,
quelquefois de claies plaquées d'argile, et soutenues par des poteaux
ct par des traverses. Ordirtairement couvertes de roseaux, parfois de
lourdes ardoiscs, chez les plus ricltes, ces huttes, auxquelles à I'oc-
casion un arbre sert de pilier central, affectent d'habitude Ia forme
circulaire et conique (l). Elles sont pourvues d'une entrée. large et
haute, fermée d'une porte qui s'enlève à volonté. Ni fenêtres, ni
cheminée. À leur sommet, une ouverture pour permettrc à la fumée
clc s'échapper. Le plus souvent toutefois, celle-ei sort par la porte.
Dans les demeures du peuple, une seule pièce abrite à Ia
fois les gens et le bétail. Seule, I'habitation du chef comprend
plusieurs compartiments parmi lesquels une pièce spéciale pour les
hommes, une autre pour les femmes. Le bétail occupe les dépcn-
dances.
Mobilier.
Les
- Chez tous, I'ameublement es[ des plus simples.
lits se composent essentiellement de quelques bottes de paille ou
d'un amas de mousse, de roseaux, de feuilles, etc. Des peaux d'ani-
maux servent de couverturcs. Parfois même, nos rudes ancôtres
couchent sur le sol nu. Les riches connaissent cependant les
matelas de laine et de plume. Quelques escabelles et tables de bois,
grossièrement travaillées, complètent I'ameublement de leurs
rustiques palais. Les mets se servent sur des plats tle terre, de
bois, d'osier, où tout le monde puiso à la main, car on nc soupçonne
cncol'e ni la cuiller ni la fourchette. Chez les grands, on trouve
néanmoins des plats d'or, d'argent, de cuivre étamé.

TITRE XI

Vue d'ensemble et considénations génénales.


:.
Telle est, racontéç à grands traits, I'histoire de notre pays dans
les tcmps qui
précèdent I'arrivée de César en Belgique. Toutes les
races humaines, laissées à elles-mèmes, paraissent suivre les lois
du même développement historique. Par suite de I'insuffTsance des

({) Ambiorix habitait une eabane brltie en forme de ruche.


TEMPS HISTORIOUE LES ÀNCIENS BELGES 59

outils dont il dispose, I'homme primitif 1c franchit qu'avec uue len'


teur infiuie les premières étapes de la ciyilisation. C'cst ainsi que
l'époque paléolithique est, de beaucoup, le plus long des âges entre
lesquels on a divisé la vie de I'humanité. Mais à mesure que I'homme
découvre des moyens d'action plus nornbreux et d'un effet plus utilc,
ses progrès deviennent aussi plus importants et plus rapprochés.
Àussi voit-on de nos jours les clécouvertes succéder aux découvertes
avec une rapidité qui tient du prodige
ouelles sont les grandes phascs des progrès accomplis par I'homme
prélristorique? C'est d'abord la ntbstittttion de Ia pointe nnttstérienne
&'tL cltlp cle ytoing chellæn,'puis I'invention, à l'époque solu[réenne,
de I'emmanchan,ent, qui rencl I'effet des arrnes plus dangereux,
I'action des outils plus efficace. C'est, par la suite, à l'époque magda-
lénienne, la substittttion, au silen, de l'os, de la corne, de l'iuoire
et iht, àofs comme matière premièrc des instrumettts et des almes.
Ccttc substitution permet de multiplier le nombre des objets utiles,
conséquemment d'exécuter cl'importauts travaux propres à améliorer
le sort de I'homme en augmentant pour lui les commodités cle I'exis-
tence. c'est encore I'invenl,ion, à l'époque magdalénienne, de
I'aigu,ille èt chas qui permet un assemblage plus aisé et plus rapide
dcs peaux employées dans la confection des vêtements. C'est enlin
l'éveil du sentiment esthétique chez I'homme, comme il est établi
par la déeouverte de dessips tracés sur de nombreux débris des
époques solutréenne et magdalénienne.
Àinsi, la race autochtone progresse d'elle-mème, quoiclue lente-
ment. Possédait-elle en soi le germe d'une évolution intégrale? Il
selait impossible de I'affirmer, car, au commoncement de l'âge
néolithique, I'intronisation d'une race nouvelle vient tout à coup
accélérer la marche naturelle de nos ancêtres dans les Voies de
la civilisation (l ).
Los Ibères font cortnaître à nos ancôtres I'art de I'agriculture

(4) ll semble prouvé que des races inférieures en civilisation' mises


en'c'ontact avec cies laces plus cer'
-En avancées, franchissent brusquement
iaines étapes intermédiaires. général cependaLl,. chaque .plruse historique
est à la fots Iu conse'
a'i,i t,iupit sort lerûentent de celle-qui ta pré1'ède. Elle en
quence ct ltt suite.
' Cette loi de I'histoire montre I'impossibilité d'étudier fructueusement, au
point de vue historique, une époque nouvelle, si I'on n'a préalablement acquis
une connaissance suffisante des époques antérieures.
60 rrrsTorRr DES BELGES ET DE LEUR ctvrLrsalroN

ct la dome,stication des animaux. Le rnélange des populations


autochtones avec les peuples nouveaux a d'ailleurs cles effets
rvantageux poul ces demicrs (l l. Ils puisent dans les unions contrac-
tées avec les anciens habitants du pays les aptitudes physiques
nécessaircs pour résister au rude climat de nos contrées.
Toutefois, les progrès jusqu'ici réalisés par les Belges, bien quc
considérables, ne leur auraient sans doute pas permis de sortir dc
l'état sauvage sans la connaissance cles métaux, dont ils sont rede-
vables, celle du blorue âu commel.ce oriental, celle clu fer aux celtes.
Dès ce jour, les Belges entrent délinitivement dans le grand
mouventent de Ia civilisation occidentalc.

({ ) c.Les peuples ont..lesoin d'expansion. Ils trouvent moyen d'y satisfaire


par ces
{gux voies : par.l'échange paisible des protluits et dei idéei et par la
guerre. c'est ce besoin d'expansion qui crée la éivilisation. un peuple réduit à
ses propres forces progresse peu et très lentement. sa facujté d'évolution
spontanée est fort faible. ses mæurs s'ankylosent en quelque sorte. Il conser.ve
avanttorrt ses contumes, son genre de vie, ses procédés. r (L'Ilomntc et les
noturelles, par q!. Dunoxr, conférence fàile au corps'enseignant de la
{gl'rr:
ville de Bruxelles en {892. )
TE]IIPS HISTONIOUES. _ PÉNIODE RO]IIÀINE 6t

CHAPITRE III

Période romaine.

Ouvnages à consulten:
schayes: Les Pays-Bas avânt et pendant Ia domination romaine. Ktnth.
Les Origines de la civilisation modern e. pottllet. Hjstoire politique - interne
dc la Belgique. -
- Génrd. Histoire poritique du moyen âge (patria Belgica).
Rrants. Essai historique sur la condition des classes rurales en Belgique.
-
seignobos. Histoire de Ia civilisation. -
van Dessel. Topographie des voies
romaines. césar. commentaires.
- Laurent. sur I'histoire de I'hu-
-
manité. ^- Fustel de coulanges. La cité - antique. tritudes
E. Hanoy. Les Éburons
à Limbourg. Le véritable Âduatuca castellum. -I{npoléon rrr, yie de césar.
-

TITRE I

Géognaphie histonique.

sous les Romains, la Belgique est divisée en prouinces, en cités, en pagi.


II existe des pagi de rangs divers z des gremds, des moyens, des pettts.
Gertaines cités forment un serrl pagus, d'autres plusieurs. Les provinces de
la Gaule sont : L'Aquitaine, la Lgottrtuise et la Belgique (chef-lieu Trèves).
Plus tard, on subdivise celle-ci en Belgtrlue prenzière el en Belgtque seconde
( chef-lieu Reims ); en Gertnanîque première ( chef-lieu Mayence et en Gernru-
)
nique eeconde (chef-lieu cologne). Le temitoire actuel de la Belgique appartenait
aux deux premières de ces provinces et à la quatrième, It se répartissait entre
cinq citës, savoir : la cité des Tréuirierrs (Trèves), Iq cité des Tongres, la
cité des Rérnois (Reims), la cité tJ,es cambraistens er en{in la cité des xléna-
ou d,es Tournaisfens (plus tard des Ftamands),
1tr'ens
Localités efistantes.- Dans les limites de la Belgique actuelle, on ne tronve
que deux villes, deux chefsJieux de cité: Tongres et rournai. parmi les
62 InsloIBE DES BELGES ET DE LEUI crvtLrsATIoN

autres localités àxistantes, citons les agglomérations qui s'étaient formécs


autour des forts de Dinant, de Namur, de Huy et dc Liége; autour des relais
tleposte installés sur lesroutes romaines, à Courtrai, à Gembloux, àPerwez, à
Arlon, etc. Un grantl nombre de subsl,ructions de villas romaines (environ
{30) ont d'autre part été retrouvées, notamment il.lrtthée, Bastogne, Chant-
1tion, Itauuillers, Fouron-Ie-Comtc, elc.

TIT RE II
Les faits.

Conquête de la Gaule par les Romaiis.


- Vers le milieu
du siècle qui précéda I'ère chrétienne, les Romaius, voulant
agrandir encore leur immense empire, chargent Jules César,
un de leurs généraux, de faire la conquête de la Gaule. En
moil)s de trois années (59 à 57 av. J.-C.), Côsar, I'un des plus
graud capitaiues et I'un des plus habiles politiques qu'âit
produits I'antiquité, soumet tout le sud et tout le centl'e de
cette vaste contrée. Il s'avarlce ensuite yers la Belgique.
Ennemies et jalouses les unes des autres, les peuplades belges
ignorent la belle devise, tlevenue la nôtre : << L'u,ttion fait
Ia force. l Elles ne s'ententlent pas pour se défendre contre
I'enuemi commun et, malgré leur vaillance, elles succombent
I'une après I'autle dans une lutte oùr elles entrent successive-
rnent.
Défection des Éburons et des Tréviriens. Comrne nous
-
I'avons vu, les Éburons devaient le tribut aux Àtluatiques : ils
voieut tlans les Rornains des libérateurs et refuseut de s'asso-
cier aux efforts des Nen'iens, ligués avec les Atluatiques.
Séduits par les promesses de César et Ie titre tl'alliés des
Romains qu'il leqr offre, les Tréviriens vont plus loin encore :
ils lrri fourlissent, ii titre d'auxiliaires, uu corps de cavalerie.
Défaite des Nerviens.
- Ayaut aiusi divisé et atfaibli ses
adversaires, César vient câmpel' sur la rive droite de la Sambre
TEMPS HTSTONIQUES. FÉRIODE NOMAINE 63
-
en un endrgit demenré inconnu (l). Commandées par Botluo-
gnât, les tloupes net'vienues, fortes d'envirou 35.000 gueruiers,
Iui font face sur I'autre rive. L'armée de César comptait, dit-
on, un nombre double de soldats. Au lieu d'atteudre I'arrivée des
Atluatiques, les Nerviens fralchissent soudainement la Sambre.
Si rapitle est leur attaque, si vigoureux leur effort, qu'ils sont
sur le point de I'emporter. Les troupes de César reculent. Au
désespoir, le général romain se cguvle tl'uu bouclier et s'avance
presque seul jusque daus les ralgs des Nerviens. Alors ses
goldats, honteux d'un moment d'hésitation, s'élancent au
secours de leur chef et le combat leprend avec une nouvelle
ardeur. Mais cette fois les soldats de César obtienneut I'avan-
tage et font des Belges ur massâcre affreux. Boduoguat
demeure parmi les morts (9).
Malheureux sort des Aduatiques. Sans pertlre de ternps,
-
César cour[ assiéger les Aduatiques réfugiés dans oppidum vt
dont on ignore aussi I'emplacement exact (3). Après un sem-
blant de soumission, les assiégés tentent de surplentlre le
câmp romain pendant la nuit; mais leur entreprise échoue
grâce à la vigilance de César. Outré de leur audace, celui-ci,
pour les punir, fait vendre comme esclaves tous ceux des
Aduatiques qui tombent eutre ses mains, au uombre de 53.000
(d'après le général romain), c'est-à-dire la nation à peu près
tout entière.
0piniâtre résistance des Ménapiens. Couvert tle bois et
-
tle marais, le pays des Ménapiens permettait une énergique

( { ) 0n a longtcmps indiqué l'emplacemcnt du village actuel de Presles


corirnie le lieu de la rencontre. Napoléon Ier citait ll[aubeuge comme un empla-
cement plus probable. Le général Renard pattageait cette manière de voir.
Napoléon III-et la commission topographique des Gaules ont opiné en faveur
de Hautmont.
(2) La ville d'Ànvers lui a élevé une statue.
Namur, Fallais, sur la Méhaigne (tl'après Napoléon 1er), le mont Falize
i3)'tle
prds Huy ( d'après la Commission topographique des Gaules.),- lglg..!'
ilmbourg, et'c., onf été tour à tour cités comme emplacement possible d'Àduat.
64 HrsrorRE DEs BELcEs ET DE rEUR crulrsÂTroN

défense : devant I'opiniâtre résistance de ses habitants, César


renonce à les soumettre. Plus tard, il
leur accordera Ie titre
d'alliés libres des Rornains.
Révolte des Tréviriens et des Éburons. Cependant, les
-
Romains, cessaDt de feindre, font peser sur les Éburons et sur
les Tréviriens comme sur le reste des Belges le joug tle leur
lourde domination.
Une insurrection générale éclate bientôt, excitée par.
Ambiorix, roi tles Éburons et par Induciomar, chef des Trévi-
riens.
. Deux lieutenants de César, Sabinus et Cotta, avaient établi
un camp dans le pays des Éburons, en un lieu que I'on croit
aujourJ'hui occupé par la lille tle Tongres. Se proposant d'y
passer I'hiver avec leurs troupes, ils s'y étaient fortement
retranchés par de solides palissades, tles remblais élevés et des
fossés profonds.
Dans l'espoir de les surpreudre, Àmbiorix vient tout â coup
les attaquer. Mais il est repoussé et subit, en hommes tués ou
blessés, des pertes considérables. Ilfait dire alors aux officiers
romains qu'il a grantl regret de les avoir attaqués, coutraire-
ment à la paix jurée, rnais qu'il y :l été contraint par sou
peuple, forcé lui-même cle suivre les autres nations des Gaules
dans leur rér'olte génêrale contre les Romains. Il les assure
qu'il est nérnmoins leur arni et qu'il Ie prouvera en leur per-
mettant de rejointlre Cicéron, autre lieutenant de César, campé
dans le pays des Nerviens. Ambiorix leur promet de ne pas les
inquiéter lorsqu'ils traverseront le pavs ,les Éburons. Toutefois,
il les engage à se hâter, car une formidable almée de Germains
vient de franchir le Rhin et les attaquera avant un jour ou
deux. hnprudemmeut, Sabinus ajoute foi aux âssurarces
d'Arnbiorix et, contre I'avis de Cotta, les Romaius abandonnent
lenr câmp. Au nombre d'environ huit rnille hommes, ils se
rnettent en route pour la Nervie.
TEIIPS IIISTORIOUES. _ PÉftIODE NOMAINE 65

Les Éburons s'étaient crchés tlans les bois couvrant un


défilé par oùr leuls enuetnis devltient nécessairemeut passel'.
Àussitôt que ces derniers y sont engagés, les Éburons
tornbent avec une furieuse impétuosité sur I'avattt-garde
rgmaine, comrnandée pâr Sabinus. Après s'être un motnettt
tléfeudu avec vigueur, tlésespérant de la victoire, celui-ci se
reutl aux Belges à condition qtle ses troupes et lui auront la
vie sauve. Mais à peiue sont-ils tlésarmés que le perfide
Àmbiorix dottne I'Ordre de massacret' tous les prisouuiers, ce
qui est fait avec uu empressement sauvage.
L'arrière-garde, commattdée par Cotta, montre plus tle réso-
lution et se tléfend pendanthuit heures avec un grand courage.
A la fin pourtant, Cotta est tué; ce qui reste tle Ronrains se
tlébaude et s'enfuit dans la tlirection tlu camp. Sentant qu'ils
ne pgurront résister à un eunemi trop supérieur en nombre,
ils s'enlre-tuent. Quelques soltlats ayant r',lussi à s'échapper à
travers les bois, portelt à César la nouvelle tlu désastle.
Ravage de t'Éburgnie. Le génér'al romail jule tle ile
point se couper la barbe qu'il n'ait vengé ses lieutenants.
Après avoir rassernblé tles forces su{ïisantes, il marche coutre
Arnbiorix qui, assailli à I'improviste en sa clemeure, se voit
contraint de cltelcher sou salut drus la fuite. II échappe
à I'artlente poursuite tle ses ettrremis et parvient à gagner le
str asile des forets de la Germanie.
Àbantlon[és paf leur chef, attaqués de trois côtés à la
fois, les Éburons ll'opposent à César qll'ulle faible résistance.
Les soltlats rotnains prornètlent impunéruent le fer et la flarnme
par tout pays, tlétruisant les moissons, bt'ûlant les villages,
le
rnassagaut sans pitié toute la population, les femmes, les
vieillards et les enfants aussi bien que les hommes er état de
porter les armes. César ilit ell
ses Cornntentaires Si : (
quelques ennemis parvinrent à se dérober à la m0[t, les orages
.t tut pluies tl'automne achevèrent l'æuvre de destruction, et
Y. Mirguet. - llistoire tles Belges.
ti6 rrrsrolRu DEs BtsLGES nl' DE LEuR cIvrLISATroN

a fairn et la misère durent bientôt les faire périr dans leurs


retraites. l
Soumission définitive des Belges. l.es deux tiers des
habitants de la Belgique ont péri pendant les guerres de la
conquête : à peiue s'il en reste deux cent millc, cpi, tlispersés
tlans les bois, s'y trouvent satrs abri, sans arnles, sans res-
sources d'aucune sorte. L'au 50 a.vant J.-C., Césal quitte nos
contr'ées tt soumises et pacitiées n, disent un peu ironiquement
les historiens.
La Belgique sous la domination romaine. A partir de ce
-
rnoment, I'existeuce des Belges se confontl avec celle du peuple
romain. Désormais, ils partagent sa bonne et sa mauvaise
fortune, adoptant peu à peu les lois, la religion, les næurs et
jusqu'au langage de leurs vainqueurs.
Décadence de loempire romain. La puissance romaine
-
s'est inserniblement affaiblie, tant par les querelles intestines
que par le désordre de I'administration et par la coruuption de
toutes les classes de la société. Aussi les Barbares ({), si
souveut repoussés des froutièr'es, finisseut-ils par forcel celle
du Rhin, Iongternps réputée infranchissable.
Les Francs. - A I'avant-garde des envahisseurs se trouvent
Ies Francq (2), confédératiou de tlibus germaines formée vers
950. Avec l'autorisation plus ou rnoins volontaire des empe-
I'eul's, une paltie d'entre eux s'établissent sur la rive gauche
du Rhin; de là, leur notn de Frurcs ripuait'es; les autres s'in-
stallent sul les bords de la Sala ou Ysala (Yssel), tl'otr ils
prerrnent le nom de Frurcs sa,liens. A I'exemple tle leurs voisins
et alliês les llénapiens, ces derniers s'exercent â la navigation.
Bientôt ils acquièrent dans cet at't une grantle habileté; maisn

({) On donnait ce nom aux peuples non soumis aux Rolnains et qni pour la
plupart vivaient dans un étal, à demi sauvâge.
(2) Franc signifie ltbre et aussi I'rnt'r, ltclliqueur.
TEMpS HIST0Rr0UES. pÉnr0DE RoMATNE 6?
-
au lieu de se livrer, comme les Ménapiens, au comnrerce
maritime,ils s'adonnent à la piratelie, obéissant ainsi à
I'instinct de pillage et rle rapine propre à leur race. En 287,
aitlés par le Ménapien Carausius, que des légions avaient
proclamé empereur de la Glande-Bretagne, les Francs
conquièrent l'île des Bataves, située entre la lner, le vieux
Rhin, le ril'ahal et la Meuse. Dès lors, leur puissance grandit
rapidernent. Peu après, on les trouve (vers 350) établis dans
la Campine, oil ils attendent Ie moment favorable pour s'empa-
rer du reste de Ia Belgique.
Les invasions du V" siècle. Yers la mème époque, apparaît
-
en Eulope, venu d'Asie, un peuple dont la repoussante lai-
deur n'a d'égale que la férocité. Ce sont les Huns ({). Ils ont
la taille petite, le teint jaune, les yeux obliquement fendus, le
nez éclasé. Sur tout leur passage, ils sèment la destruction et
la mort. Leur irnpitoyable cruauté n'épargne chez leurs ennemis
ni l'âge ni le sexe. Leur aspect effrayant et leur audacieuse
intrépidité épouvantent les peuples de I'Europe orientale. Se
poussaut les uns les autres, ceux-ci envahissent successivement
I'empire rornain, qui s'éæoule, trop affaibli pour résister à tant
de coups.
Les Vandales. - En I'an 406, des bandes nombreuses de
peuples gelmains : Suèues, Alairts, Vanrlales, flanchissent
le Rhin et passent, comme uD torrent furieux, à travers la
Belgique, la Gaule et I'Espagne. Ces hordes barbares pillent
les villes et les villas, les brrllent, tlévastent les campagnes.
Les Yandales surtout laissent de tels souvenirs aux poptt-
lations que leur nom est resté dans toutes les laûgues:
un qualificatif injurieux, s'appliquant à ceux qui détruisent les.
objets d'art et les monumerTts publics.

( a ) De râce mongolique, ils venaient des steppes de Ia lartarie oir leur


nombre de plus en plus considérable ne leur permetlait plus tle vivre.
68 rIIsroInE DES BELGES Er DE LEUR cIvILISÀ'I'IoN

Conquête franque. Fin de la domination romaine. Cette


-
effroyable tempête marqtte Ie terme de la rlomination romaine
e1 Belgique. Il n'existe alors qu'un petit nombre de villes
tlans notre ptys et leur possession âSsure celle tle toute la
contrée. Profitant du clésordre qui suit la tourmente., rl'ailleurs
sontenus par les Belges eux-mêmes, Ies Francs s'emparent
des villes de longres, de Tournai et de Clmbrai, en sorte que
vers 450 leur domittatiort s'étentl sur toute la région comprise
entrela mer, le Rhin et la Somme.
Le gouvernenent tles Romairts en Belgique a tlouc duré
à peu pr'ès 500 ans.

TITRE IIT

Aspect du sol, pnopniété fonciène, villes et campagnes.

 part quelques travaux hydrauliques exécutés darts


-
Aspect du sol.
le nold du pays, où les Mérrapiens commellcent a garantir leurs
terres par dcs digues contre I'invasion de la mer, I'aspect de la
Belgique se modifie peu pendartt la dominirtiou romaine. Au dire de
I'historien Schayes, lcs ltornaitrs auraient laissé notre pays à peu
près dans l'état otr ils I'avaient trouvé. Pays pauvre, au ciel froid,
habité par une population encore barbare, sâlls industric ni
commerce, ayant pour tout noyen de subsistauce la chasse, Ia
pêr:hc et un peu de cultut"e, la Ilelgique ne pouvâit ôtre de grand
rapport pour eux. D'ailleurs, couverte de marêcages, de bois ou de
terres yagues, ayec un climat aussi rigoureux quc I'cst aujourd'hui
celui de la Russie (1), elle devait être un séjour peu agréable. Les
Romains I'abandonnent pour ainsi dire à elle-même.
La propriété loncière. Le iltl6v1ot romain. les Romains, Ia
- -Sous
propriété individuelle se substitue insensiblement chez les Belges à la
propriété collective. Dans le district (9), tous les citoyens possesseuts

( { ) Cette rigueur du climat en Belgique, à l'époque româine, a été contestée


par divers historiens.
(9 ) Toir plus loin, Organiscttiott politique,
TElrps HrsT0nrouEs.
- pÉRr0DE nOMAINU 69

dc 95 arpents ({) dc tcrre fout partie de Ia classe des atriales,


honneur d'abord très recherché. Mais la responsabilité du payement
de I'impôt qui incombc aux curiales du'ient par la suite extrême-
ment lourde. Âfin d'y échapper, beaucoup d'entre eux, parmi Ies
tuoins aisés, abandonnent aux riches la propriété de leurs terres
pour les leur reprendre i\ colonie, c'est-il-dire à ferme, en qualité
<le colons (felmiers ). De leur côté, les patriciens romains possèdent
ordinairement des terres d'une immense éteudue (latifonds ). Lorsque
le nombrc de leurs esclaves cst insuffisant pour les cultiver toutes,
ils offrent des teruains à colonie à des honrmes libres moyennan[ le
payement de redevances (prestations) en nature, c'est-à-dire en
grains, volailles et produits divcrs. Ce mode de locatiou est propre,
par les facilités qu'il leur donne, à engager les colons à se trans-
mettre leurs biens de père en fils. Il en fut souveut ainsi. D'ailleurs,
les colons s'attachent eux-mêmes au sol qui les a vus naitre, qu'ils
ont longtemps arrosé de leurs sueurs.
Toutefois, la redevance à paycr, quoique faible, est encore assez
fréquemment au-dessus des ressources dcs fermiers, parce qu'elle se
grossit de la capitaliorz (voir plus loin, Institu,lions financières).
Alors le propriétaire peut les obliger à continuer lcur culture,
ce qu'il faiI habituellement, unc rétribution infime lui paraissant
préférable a I'abandon complet dc ses terles. Et comme les colons
n'ont aucun intérôt à changer dc maitre, puisque leur condition
ne serait pas moins di{Iicile sous un autr€, ils resteul, indéfiniment
à cultiver la môme terre, de génération cn génération. Bien qu'ils
puissent possédel en propre, contracter librement mariage et servir
dans I'armée, leur situation diffère peu de celle des serfs au moyen
âge. Airtsi la servitude dc la glèbe existe en germe dans Ic colonat
romain. Les temps yenus, ellc passera satls difficulté des tnæurs dans
la loi.
Les campagogs. Les Romains résidant en Belgique et, à leur
-
exemple, les Gallo-Romains, se bfrtissent volontiers des uillas, sortes
de maisons de campague faites de pierres et pourvues des dépen-
dances lécessaires ù la culture ert mème temps qu'à uue vie confor-
table, Des habitations de colons et d'esclaves les entoureut. ll

(/1.) Arpent, ancienne mesure agraire des Gaulois, dont


-i,'arpent la valeur a varié
suivant les temps et les régions. commun valait un demi.hectare
environ.
70 rrrsrolRg DES BELcES ET DE IEUR crvllrsÀTroN

cxista, eu notre pays, principiilement duts le Sud, un assez grand


nomlire de ces riches demeures dont les substructions ont éLê
retrouvées de nos jours. Elles furent saus cloute ablttues ou ittcen-
diées par les Barbares. L'existetrce d'un propriétaire de villrr ne
différait probablement pas beaucoup de cclle d'un riche cult,ivateur
de no[re époque.
Les villas ne sont point fortilïées, car au temps de la puissance de
I'empile aucun danger n'en nieuilce jamais les habitants. Quancl se
produisent Ies invasions, les possesseul's de villas se réfugient dans
les villes protôgées par des remliarts, pour y attendre la lin d'une
tourmenfe qu'ils croient passagèr'e. La plupart ne devaient plus
revoir leurs chères résidences, longtemlrs si paisibles.
L'agriculture avait prosperé pcndirnt les trois prenriers siècles de
la rlomination rornaine. Ellc périclite pendant lcs suivirnts. Sur
la lin de I'empire, les gouvenleurs et les rutrcs fonctionnaires
romirins envoyés dans les provinccs ntcttent en quelque sorte les
câmpagnes au pillage. Écrasées sous le poids dcs impôts, des réqui-
sitions militaires et des exactiorts dc tout gcnre, mal défendues
contre les incursions des Barltares, les populatiorts rurales assistent
avec indifférence, sinon avec joie, à la chute dc I'empire romain.
Les villes.
- Quand on parle de I'influence cxercée par les Romains
sur la Bclgique ou des villes belges de l'époque ronaine, il ne peut
guère être question ni de la Belgiquc réduite à scs limites actuelles,
ni des villes bâties clans ces limites, oir tle sernblaliles aggloméra-
tions furent très rilres. 0n entencl plutôt parler de la Belgique
ancienne, bien plus éteuduc, cu elle comprenait une partie considé-
rable de la France et urème de I'r\llernrgne d'irujourd'hui. Dans
h Belgique actuellc; oll rle rencontrait que deux villes, Tongres et
Tournai ; elles fureut fondées par les Romains. Brrcorc n'cst-il point
prouvé que ccs tleux villes aient é1,é importantes, puisque dans une
carte de I'an 930 découvcrte en Allemagne, Tournai est indiqué
comme un simple relais de postc, au ntème titre que Coultrai,
Gembloux, Perwcz, Tongres, Maestricht et Àrlon. Ccs localités, norr
plus que Dinant, Nautur, Huy ct Liége, oir les Romains avaient
étatili des forts, berceaux de ces villes, n'acquirent d'importance
que beaucoup plus tard. Les gouverneurs romains clc notre pays
fésidaient à Trèr'es, à Reims ou r\ Cologne. 0n cite ccpendant Ie
village de Nassogne, dans lcs Ardennes belges, cotlllne ayant servi
de résidence d'été aux empereurs, quand ils passaient quelque
temps dans ces grandes capitales.
TE}IPS IIISTORIQU!]S. PI]RIODE ITO]IIr\INE 7',
-
Population 0t races. Ort peut supposer la population clairseméc
-
en Belgiquc jusqu'à l'époquc de Charlemagne, puisque Dous voyons
ce prince transporter en Flanclre ct en Brabant plusieurs milliers de
familles sflxollnes. Ccpcuclant, t\ cliverses reprises, les etnpereurs et
Ics gouverneurs romains essryent cle repeupler le pays en y appelant
t
ou eD y introduisanf de force des tribus gcrmaines et des prisonniels
faits sur I'ennemi. La nation des Tongres notatnment sera ainsi cous
tituée par le mélangc cle prisonniers gerrnains avec les débris des
Aduatiques et des Éburorts. D'au[re plrt, Âgrippa, gouverueur cle
Cologne, invite les Ul-riens de la Gerntanie à se tratrsporter sur Ia rive
gauche du Rhin dont il leur con{ie la défense. Par h sttite, les
empereurs autoriseront les Sicanbres, les Chamaves, les lrisons,
les Francs
- autres peuplirdes germaniques - à s'établir clrrns le
Nortl de notre pays. Conrnte la population prirttitive est faible en
cette régiort, l'élémentgernranique finila par y dominer et le flanand
restera la langue cle la contrée. Au contraire, moins d'étratrgers
pénétreront dans le llitli otr lir population allorigène, plus dcnse,,
sera soumise d'une façrs11 plus énergique et plus prolongéo i\
I'influence ronraine. Plus tard, à la r'érité, les Ft'attcs s'at'ânceront
ver's le sud, mais lcur action s'affaiblira en raison cle l'étenclue des
conquôl,es. De là vient que, en Belgique, les populations cles régiotts
hautes, oùr clomine l'êlémertt celtique, prennent ct cottservcnt li'r
langue des Romains, restés leurs maîtres pendant cinq cents uts.

TITRE IV

Institutions politigues.

Rapports politiques entre les Belges et les Romains.


-
Les Romains respectent, sur la plupart des points, les institu-
tions politiques des Belges, se bol'nant à leur réclamer un tribut
et des soldats. Les Nerviens reçoivent le titre d'alliés libres.
D'ailleurs, comme les Tréviriens, ils coutinuettt longtemps
encore à vivre dispersés tlans les bois, fiers de leur origine
$ermanique et pleins de mépris pour les Gaulois complètement
asservis.
Subdivisions administratives. Dansla suite, pour hâter
-
12 rrrs'r'otnn DEs IIELGES ET DE LEUR cIvILISÀTIoN

I'unification de I'empire, vivemettt désir'ée par les césars, on


introduit dans toutes ses parties une organisation uniforme.
Les provinces sont subtlivisées en citrls ov distr"icts. La cité
renferme la rnétropole, résidence du gouverneur et chef-lieu de
t
la cité. Souvent, on donne à I'une le nom de I'autre (1). tes
cités à leur tour sont divisées en pagi ou cantons, et les pagi
er uici oultourgs. Chacune de ces subdivisions reçoit une admi-
nistration spéciale.
Classes sociales. Ort distingue dans I'empire :
-
lo L'entpereu,?", dont le pouvoir est à peu près illimité.
9o I.,0, noblesse, comblée d'honneurs et de privilèges et
notamment exempte dimpôts.
3' Le clergë. Sous Constantin, le clergé chrétien, jusqu'alors
pelsécuté, obtient des immunités nornbreuses : exemption tle
tout selvice public ou privé, de toute taxe et de tout impÔt, à
I'exception Ju I'impôt territolial. Hors le cas rl'accusation
capitale, les clelcs sout jugés, les évêques par leurs pairs, les
sirnples prêtres par les tribunaux ecclésiastiques. On accortle
le tlroit tl'asile aux églises chrétiennes et à leur cimetière :
I'accusé qui réussit à se réfugier dans nne église est jugé par
les tribunanx ecclésiastiques. De plus, Constantin attribue au
clergé d'importantes donations et autorise les fitlèles à lui faire
des legs; aussi le clergé chrétien devient-il bientôt très riche.
Avant Constantin, les prêtres et les évêques étaient élus par
le suffrage universel des fitlèles, et les acclamations de la multi.
tude I'emportaient sout'ent sur les væux du clergé et des
grands. n La hiérarchie se recrutait dans le sein du peuple,
choisissant souvent tles esclaves pour en faire tles évêques et
laissant des plinces dans la foule > (9). Constantin organise

({)0n attribuere, pâr Ia suite, Ie nom tle cité à toute ville consitlérable
par son passé historique 0u per son importance dans le présent.
(9) Kunrn, Les Origirtes de Ia civilisatiort tnodernc, tome I, p. 126,
TE}II)S IIISTORIOUES.
- I)I{RIODB RO}TÀINE 73

plus fortement I'Iïglise. Il institue un évêque pâr cité. Les


évêques ordonnent les simples prêtres ; eux-mêmes ne peuvent
ètre ordonnés que par un atttre évêque.
40 Les llrwiales. La classe tles curiales compt'end tous les
habitauts de la cité possessetlrs d'au moitts 95 arpents de terre'
Les membres dt mwùci1te ou curie, espèce de sénat local
chargé tle I'admilistration cle la cité, se recrutent palmi les
culiales.
to Les artisans. 0n écarte, d'une façon systématique, Ies
artisans de la tlirection tles affaires publiqttes et des fonctiotts
athninistratives. Souvent les ouvriers des villes s'orgauisent er
corporations ayant quelques traits de ressemblance avec les'
métiers tlu mOyen âge. 0rdinairement ces corporations se'
choisissent, flans la noblesse, un patron qtli tlevient lettr
un
cléfenseur'. Elles élisent des chefs, possèdent une bannière,
trésor entretenu par des cotisations périodiques. chaque année,

Ies membres de la corporation se rassemblent en un


graltl ban-
quet. Tous sont exempts de diverses charges, des corvées et

du service militaire.
6o Les affrntch,is. Anciens esclaves à qui leurs maitres ont
accordé la liberté, ils ne jouissent que des tlroits civils.
70 Les colons. 0n donne ce nom à des campagnaflls qui
p. 69).
cultivent à colonie les terres tles grands. (voirplus haut,
80 Les esclaues. Ils sont la propriété absolue tle leurs
mallres qui peuvent à leur gré les vendre, les donner' les
à mort'
châtier, et même, sauf certaines lestrictions, les mettre
La loi les consitlère, non comlne des persortnes, mais
comms
de
tles choses. Les colons et rnêrne les curiules, incapables
satisfaire aux exigences chaque jour plus étendues et plus
esclaves.
impérieuses rlu fisc, sont fréquemrnent vettdus comme
Mais outre cette soutce d'esclaves, il y a les prisonniers de
guerre et les enfants issus d'esclaves'
Telle est I'orgauisation sociale aux temps de la tlomination
74 IIISTOINE DES BELTE$ BT DE IDUR
CIVILISÀÏIO).I

romaine. Peu â peu les classes se transforment er castes.


chacun se voit par Ià condamné à demeurer toute sa vie dans
Ie rang oir le hasard I'a fait naître; I'artisau doit prutiquer le
métier de sou père, le colon est voué à la cultur. .lu. ,hrrpr,
I'ouvrier impér'ial à sa manufacture. comme le légionnaire,
dont, pour empêcher la désertion, on marque le bras ou la main
d'un fer rouge, I'ouvrier est stigmatisé. Aussi chacun accomplit-
il arec répugnance les tlevoirs de sou état ou de sa charge,
et la généralité maudit un régime oir chacun, sous la rnenace
i ..' rle pénalités barbales, est enchaî'é par tles liens de fer.
'4

TITRE V

I nstitutions judiciaines.

Droit civil. Le droit romain semble s'être insensiblement


-
substitué, en notre pays, aux coutumes germanirlues ou gau-
loises (1). Pourtant, il est probalire que chez celles rles peu-
plades belges qui avaient conservé une demi-indépendairce,
la justice continuait à se rendre conformément aux usages
nationaux.
Procédure et pénalités. Le droit criminel romain admet
-
la procédure semète et la torture. souvent les pénalités sont
cruelles. La peine capitale Ia décapitation, la pentlaisou,
-
Ia mort par le btcher, la croix ou Ia roue est fréquemmenr
-
précédée de la flagellation ou tle quelque autre peine seconrlaire.
Quelquefois, on livre le condamné aux bètes et son supplice sert
à I'arnusement du public. comrne peines secondaires ou nême
prélirninaires à la peine tle mort, Ie juge peut décitler que I'ac-
cusé aura les yeux crevés, qu'il sera flageilé, privé tle I'un ou
ou de I'autre membre, marqué d'un fer rouge, envoyé aux

( { ) Yoir Poulr.nr, Ilistoire politique inter.ne de lct Delgirpte.


TE}TI)S IIISTONIOUDS. PÉNIODE NOMAINE 75
-
mines. La confiscation des biens, en atteignant tout entière la
firmille du coupable, aggrave encore ces diverses peines.
Droit d'asile. Sur la fin tle I'empile, le droit d'asile
attribué aux ternples paiens s'étettd, comme il a été dit plus
haut, aux églises chrétiennes.

TITRE VI
Institutions de bienfaisance.
De tout temps ces iustitutions ont exïsté chez les nations civilisées,
la charité étant une vertu uaturellc de l'ftmc humaine. Sous les
Romains, le patrimoine des pauvres provenait, soit d'allocations de
l'État, soit de dons particuliers. Les cités eu avaient I'administrir-
tion. De sou côté, le clergé chrétien, dans les premiers temps dc
l'Église, se chargeait cle distribucr les aumônes considérables et
irtcessantcs des litlèles. Sans enlever aux cités I'administration du
patrirnoiue des pauvres et sans ôter à chacun le clroit cle leur faire
iles legs, Constantin consacre légalement les attril-rutiorts du clergé
chrétien en rnatière de bienfaisancc publique. Lui-nrèrne fortde des
maisons hospitalières, dont il confic I'administratiou aux évèques et
aux prôtres. Il' autolise les citoyens à agir de mÔrne. Par la suite,
quatie parts sont, faites dans lcs fevellus de l'Église : la part dcs
évèques, celle des prètres, la part affectée aux frais du culte et celle
dCs pauvres. < La caisse colnnulle, aliurentéC âu m6yen de cotisa-
tions volontaires, et aclministrée par les diacres sous la haute direc-
tion des évêques, ftlurnissait les ressources nécessaires à I'cntretien
du culte, au soutien des pauvres, à l'éducation des orphelils, aux
funérailles dcs morl,s, au raohat des esclaves, etc. (l)."

TITRE VII
Onganisation financiène.
$ystème d,impôts. L'empereur répaltit entre les provinces
-
I'impôt à prélevcr; les gouverneurs détermineut la quotité imputable
à chaque cité dans les diverses provinces. Dans la cité, on dresse un

({) Kunrrr, Les Origines dc la cirilisatiott tttoderne, tomeI, page {41'


76 IIISTOIRE DES BELGES El' DE LEUn CITILISÂTION

tableau appelé le liare de cens oir I'on insmit Ia somme à payer par
domaine. Chaque paysan mrile adultc rcprésente une tôte; sa fernme.
une deni-tête. De Iù I'impôt dit, dc capitation. [e propriétaire est
responsable vis-à-vis de Ia curie du payemcnt dt par ses colons.
De mème, Ia curie est, pour Ics contribuables dc tous rangs, res-
ponsable vis-a-vis du trësor ou fsc.
Yers la lin de I'empire, les impôts se multiplient à I'excès et la
rnisère des populations devient extrêrnc. << 0n a imposé le sel et le
pain, s'écrie un de nos ancètros; on lève un tribut sur tout ce qui
parait dans nos marchés; on prend le vingtièrne de nos successions
et de nos ven[cs. Si nous ayons vingt-cinq esclares, il y en a un qui
appartient a I'empereur'. ta centième tête de nos troupeaux est due à
ses agents. 0n impose la fumée (l). Nous-mômes sommes taxés:
une femme, un enfant, ne peuyent vivre sans pa1,er la capitation. Ce
qui est plus é[range, c'est que le droit d'avoir un platane dans nos
jardils soit soumis à la taxe. Ainsi nous pflIons jusqu'à la jouissancc
de I'ombre. > Dioclétien doit inter.dirc aux parents Ia vcnte de leurs
enfants; nrais commc cctte défense aurait pour conséquence de fairc
mourir de faim les uns et les autres, Constantin I'abolit. Sous un tel
régime, les villes ct lcs campagnes se dépeuplent rapidement. Par
haine dc I'empire, les habitants de Ia Belgique et de la Gaule en
vicnnent a sc ri{ouir de I'approchc dcs Birrbares.

TITRE VIII

Instltutlons militaines.

L'armée romaine. La légion. Becrutement des soldats. Âvant Con-


stantin, chaque légion formait une unité militaire eomplète. Elle
-
cornprenait de l'infanterie (6.000 hommcs), de la cavalelie ct un corps
d'auxiliaires (archels ou frondeurs pour sen'ir d'éclaireurs) : cn tout,
{9.000 hommes envirou. Elle était pouryue de machines et de toul
lc nécessaire à uue armée en crmpagne. Les légionnaires étaicnt
r'enommés pour leur discipline et leur patienee à supporter les
fatigues. Jamais les armées romaincs ue campaient sans s'être
préalablcncnt lctranchécs derrière un fossé, un remblai, une

( | ) D'oir est venu le mot feu ernployé pour désigner. une famille.
TEIIPS IIIST0nI0L]ES.
- PÉnI0DE nOIIAINE 77

palisstde. Les grartcls propliélaires gallo-ronlaitis foulnissaiertt à


i'arrnée l'onàine ul] ccl'ttrilr Domllre d'honmcs pris pitrnti leurs
colons.
Armement et soldo. tn easque et une cuirasse plotègent lir tètc
ct le
-
buste des solclats rolnùins; urr glaive coul"t et utle pique de
petite climension, suftisaûrnlent légèrc pour ètle laucée en guisc de
javelot, leur sen'ettt tl'at'trres ofl'ettsivCs. Ordinailement, ils mirrchont
lcs jambcs llues. Eu tlos contréos, dont le climrrt est plus froicl que
cclui cle leur pa5a, ils acloptcnt lrr saie et les braics tles Belgtts.
Les soldats romirius touchelt une pàye régulièrc,uùe grùtificatign
de lirr d'irnttée, et, s'il -v a lieu, ull0 part du butin. Plus taltl, colllnc'
rnal payôs ct mal ltoun'is, ils tlésertent eu lnùsse les dliipeirux, oII
lcs marque d'un stigrnate figulirnt uu aigle'ùux ililcs éplo"vées.

TITRE IX

Doctnines Feligieuses.

Anéantissement du druidisme. lie voulant lien l-rrusqucr' les


-
cmpereurs habillcnt cl'aborcl les clicux gaulois ou germâilts r\ la mocle
des dieux de I'empirc. Ilais vo)'irnt les druidcs chcrchsr i\ ruitter
I'influence romaine p'.rr I'orgtlrisirtion de societéS secrètcs' ils fortt
mettrc à mort tous ceux cle ces prètres dont ils peuYon[ s'emparcr.
Âinsi persécutô, lc druidisure disparait bienttrt ({)-
- Lcs progrùs du christianisurc
Apparition du christianisme. ttc
Sont pûs très rapicles eu trotre pays. Nos irncètres n'apprécient pas
irnmédiatement l'élévatiou des nouYellcs tloctrincs ct, fréquemnlent'
ils mettent àmort lesmissionnaires qui s'aventurellt parnli eux dans
le but de les leur faire corulaitl'e. Ccpeldant, de 950 ù 300, nous
ïoyons saint Martiu évangéliser lù Hesbaye. IJn peu plus tard, saint
Piat commence lil conversion des habitalts clu Tournaisis. tsrt 335,
Tongres devient le siège cl'un évôché, dont saint Servais est le
premier titulaire. À la {in clu v" siècle, Tourtlri possède un éYèque.
Vers I'an 400, ott cplllpte ull assez grand nombre de chrétierts dans
lc Surl du pa1's.

({)Àuguste avait déjà interrlit la pratique du cul{e druidique aux Gaulois


devenus citoyens romains.
;8 HISToTnE DEs BELGris Et' DE LEUn ctvttISATI0N

TITRE X

Langues et enseignement.

Langues.
- Les loies militaires établics par lcs Rornains dans
notre pa1's et leurs nombreuses ramilica[ious r'ayonnent surtout au
sud de la grande voic Agrippa qui rrlie Boulogne 'à Cologne en passant
par Tournai, Gomblonx, Tongres et lllles$riclrt. Blles alfermissent
I'influence romaine dans nos contrées. Cepenclant les populations
du Nord cle la Belgique corttinuent à vivre, aprùs Ia conquête,
en clehors de I'influence romaine. Aussi ne modifient-elles guère
lcurs coutumes et leur langlgc. L'icliome germanique s'enracine
môme de plus en plus chez elles, sous I'influence d'une incessante
irnniigration de tribus parlânt la môrne iangue. Àu contrairc, les
Uelges méridionaux ont avec Ies Rornains des rapports très fréquents
ct très inûirnes. Le prestige exercé sur des peuples encore à derni-
sau\'àges ptr une haute civilisatiou est naturellcment cxtr:rordinaire.
0n sait d'ailleurs que de deux lrces qui se môleut, la plus avancéc
nc tarde pas ù imposer ir I'irutresa r:ivilisation. Sous I'actionronaine,
inteuse et prolongée, lcs Belges du Sud changerrt pr'osque totalement
leur rnanière cle vivre et de penscr. Pour exprimer leurs idées nou-
vellcs, uu répcrtoirc de mots nouveaux lcur dcvient indispcnsable.
Ils abandouneut donc, peu à peu, poul'le latiu, Ieur langue à r'ocables
insuftisants et impropres, noll silns coDserver de nonrblcuses locu-
tions ccltiques ou teutoniques qui altùr'ent sensil-rlement cette langue
étrangèrc.ct préparent l'éclosion du rrirllon ou roman.
Instruction publique.
- Des éeoles pour lcs lrautes études existent,
ou I'on enseigrre en latin; Ies urtes établies pirr I'litat, les autres par
lcs cités. Â côté dc ces écoles publiques, plospt\rent bon nombre
c['ér'oles Iibres.
L'enseignement primaire et I'ertseignement secondaire se donnent
cn des écoles municipales, fondées par lcscuries et lessénats locaux.
Ceux-ci nomment les professeuls, tlont ils lixcnt les traitements, et
attrilrueut des bourses aux enfants clc condition libre, mais de
familles peu aisées. Ainsi I'olganisirtion tlc I'instruction publique ne
laisse pas [r'op à désirer sous lcs Romirins.
TErlrps rrrsToRI0uES.
- pÉRr0DE ROlrÀIt{E 7g

TITRE XI
Beaux-Ants.

La graudeur cf, la puissance des Romains s'aftirment surtout aux


yeux des populations gauloises par de grandioses constructions
d'utilité publique. Des cirques immenses, des thermes capables cle
recevoil en même temps toute la populatiol d'une grande ville,
dcs aqueducs admirables de hardiesse et de solidité, en{in mille
nonumeuts supelbes semés. dlns toute l'étendue des Girules, don-

Époque româine.

ttcttt aux popul:rtious de ces coutrécs une haute idée de-la'civilisatlon


romlinc. Bn notrc iia.vs, de tels monuments fulent rares. Cepeudant
les riches villas dout il se couvrit rcnfermaient srns doute de nom-
I llr:eux et renrarquables échantillons cle I'art romain. ltais bien pcu
I de vcstiges en sont parvenus jusqu'ir nous.
Constantin protège lir pcinture. La décoration intérieure dcs
églises fait faire des progrès ir la sculpture et à I'olfèr'rerie. La
sculpture réllise surtout des progrès dans les diptl'ques ({). Quant u

({) Tableaux ou bas-reliefs recouverts par deux volets tlont la surface


intérieure est également peinte ou sculptée.
rEMps HISTORIoUES. pÉnI0DE ROIIAINE 8t
-
la sculpture monumeutale, clle reste à peu près stationnaire. La
gravurç Sur bois et sur mélal demeure inconnue aux Romains. Seule,
la nrusique d'égliSc est en hotiueur chez eux vers la Ii1 de
leur dorniuation : les prentiers essais de plain-chant datent du
Ne ct du v' siècle.

TITRE XII

Bégime économique.

pour nos ancètres' une


Agriculture.
- La pôriode romaittg est,
époque d'apprentissage agricole. Cependant les historiens s'ùccor'
dônt à troul'er qu'ils auraieut pu mieux profiter qu'ils ne I'ont fait
des connaissanccs relativemeut avancées des ROnraittS en agriculture,
Modes et procédés de culture. Nous devons à ces depriers I'asso'
lemerit ltiennal ou airgilien,
-
qui fait succédef les céréales de
printemps aux céréales d'hiver et ne donne de repos au sol qu'après
ôomplet épuisemcnt. Un certain nombre d'aunées de jachère lui sont
alors indispensables pour retrouver sa fccondité. La terre reste en
friche et ne sert plus qu'au pitturagc. Ce motle d'assolemelt se
répand lteaucoup en notre pays au cotll's de la période romaine,
comme aussi I'usage des défoncernents profonds qui rajeunissent
la terre pour une dizaine d'années.
progresse sous les Romains.
lndustrie.
- L'iudustrie des Belges
Toutefois, par suite de I'absence de centres importants, elle demeure
surtout agricole et domestique, c'est-à-dire dispersée dans les
hameaux àt ttt villas, en même tcmps que bornée aux choses de
première nécessité.
Rome et I'Italie reçoivert de Belgique des blés, des
Gommerce.
lailes et des
-
quantités considérables de salaisons. De plus' les
ll[éDapiens leur expédient, chaque anuée, de nombreux troupeaux
d'oies dont la chair est fort esl,irnée à Rome'
tonnaies. L'usage des nronnaies est usuel dans I'entpire, où I'on
-
exploite de uombreuses mines d'or et d'argettt. Les Gaules elles'
*ô*.* cn possède1t plusieurs. Primitivement, on ne monlayait poiut
on
les métaux. Lorsqu'on achetait une dellrée ou une marchandise,
la payait au moyen d'un lingot de nétal dont la valeur s'exprimait
était la liure, qui,
cn poids. L'u1itè des valeurs prilcipatemelt usitée
exactement, pesait 489 grammes 506. 0n distinguait la livre d'or, la
Y. llirguet. - Histoire iles Belges. 6
82 HrsTornn DEs BELcEs ET DE IBUR clvtlrsATroN

livre d'argent et la Iivre dtl euivre, La monntie crcée, 0n


C0l)SefVfl, pat mlogie, le nom de livre à tliverses pièces de monnaie,
bien que leur poids n'atteigni[ pas celui de Ia livre. Ainsi Ia livre d'or
on solidus d'oir dérivc le mot .szu, de Constarrtin pèse la 79u partie
- -
de la livre sculement et vaut environ rreuf francs de notre monnaie.
Voies de communication. Les Romains cr'écnt, cn notre pa_vs, de
-
rrombreuses aoies militaires, dites aurs] clmussées, à cruse de la
grande quantité de mortiel de chaux gfri cntre dans leur construc-
tion. Elles ont pour objet, non de favoriser I'essor du comrnerce,
mais de faciliter le mouvement des troupes et la surveillance des
pays conquis. Mèrnc, il faut ôtre pourvu d'un permis de pirrcours pour
ponvoir s'en servir. Les plus importantes se dirigent vers la
Hollande, vers l'Océan, yers la Grule et vers le llhin.
Ce sont de lielles routes, larges de plus de 95 mètres, ayec
revètement formé de grandes picrres plates. Plus éleves que la
chaussée proprement dite, leurs accotements sont pirrés de larges
dalles. Toul,es, au nombre de g5 à 30, aboutissent à Ronte, à un
rniliaire central, ditnûliaire tlaré.Elles s'étendent d'uu bout i\ I'autre
de I'empire. Une seule d'cntle clles dépirsse parfois eu longueur six
mille kilomètres, c'est-à-dire plus de g0 fois la disttince d'Arlon à
0stende.
Tous les quinze cents pas, elles présentcnt des colonues cle pierre,
ilites colonnes miliaires, parce quc I'unité de marche chez les
Romains est le nr,ille.
Ni avurt les Romains, ni depuis, il ne s'est lencontré irucun peuple
poul' appol'ter autant, de soin à la création de ses grarrdes routes.
Aussi la solidité des chaussées rornaines a-t-ello délié les siècles.
Elles coritaient, il est vrai, lteaucoup plus de [r.avail que les nôtres.
Leur construction nécessitrit I'emploi de masses énormes d'ouvriers
qu'on se pl'ocurait par la voie des réquisitions. Les paysans qui
habitaient dans un ccrtain rayon, à proximité d'une voie en construc-
tion, étaient, forcés de travailler à la chaussée avec lcurs chevaux,
leurs bæufso leurs charrettes. Ht, ils ne recevaient de ce chef aucune
indemnité, pas même la nourriture, ni pour eux, ni pour leurs bôtes.
Sul ces voies rnilitaires, on établit des relais de poste, régulièrc-
ment visiti:s par des couniers chargés du transport des dépèches.
Ainsi se transmettent avec crélérité, d'un bouf à I'autre de I'empire,
les ordres du pouvoir central ct toute espèce cle renseigncments.
Plusieurs des relais de poste établis par les Romains en notre pays
y sont devenus le bcrceau de Ioealités irnportantes.
TEMPS IIISTONIOUES. PÉRIODE RO}ITIINE 83
-

TITRE XIII

Meuns, coutumes, vie Pnivée.

des Romains relativcs


- Les institutions civiles
lnstitutions civites.
aux tnariages ct aux funéririlles ne réussissent guèl'e à s'implattter
chez les Bôlges, qui, sous c0 râpport, col6eryen[ longfernps leurs
antiques coutumes.
Nourriture. A peu de chose près, elle reste ce qu'elle était avattt
-
lir conQuète. 0n c6ntinuc ir ntattger beaucoup de bouillie de farine'
Ilu certaines parties du pays, on fabrique un ptlil de qualite infe-
rieure, dllpatnClnllntnx, fait de farine de scigle, d'orge, d'ât'oitle ou
de millet. Les Romairts introduisent en Belgique I'usage des fours
pour la cuisson du paitt, qni aupayal'ant se faislit dans la cendre du
ioyut. Souveut la chelté du sel empèche d'introduire cet assaisonrle-
ment da1rs la composition cle Ia pirte. De même, I'usage de saler le
bourre est peu répanttu. Eu revanche, I'hal)itude de saler Ie poisson el'
particulièrôment ie hareng cxiste e1 lllénapie. L'elevage du porc, dout
ia chair est fort estimée, se fait sur ulle gratrclc échelle à raisott de
I'abondance des chêncs cl'oir I'on tire le gland, nourriture préférée
dc cet animal. La bière et I'ltyclromel continuent' pendant la période
romaine, à ôtre en Ilelgique I'olijet d'utte grùnde consommation'
llabitations, Les hallihrtions, le mobiliel et le vètement des
-
geus du peuple, en BclgiqLle, ne su}issent pas tle rnodific:rtion bielt
Jensible pendant l'époque rotuaine. Seuls, les Bclges liches se
pierre
construisônt, à I'exeniple cles llomains, cles villas. maisotts cle
ou de b|ique a toits plrts. Comtne les édifices publics, les ïillas sont'
d'abord couvertes cletuiles; plus tard, d'ardoises'
iloms de lamille. - Tous les personnlrges collsidér'al-rles cles Gaules
adoptent I'usage rotnaiu cles uoms de famille et ajoutent ir leur ttom
une terminaison latine. C'est rinsi qug nous reucotltrons, chûs notre
Les
histoire, les nonis de ctau.tl.iu.s cit'ilis ({ ), de curattsitt's et autres.
Germaiils ne connaisscnb pas cet usâge ; chez eux, oll est désigrté
parun nom ildividuel, uon par un noru héréditaire et familial'

({) un Batave qui levr contre Rome l'élbndard de la révolte, en l'an {i8,
84 rrrsrornn DEs BELGEs ET DE r,EUn cIuLIsATIoN

TITRE XIV

Vue d'ensemble et considénations génénafes.

La clomiuation romrine dure près de cinq sièclcs. Elle lransformc.


lcntenrcnt, mais profoudémcnt, lcs institutions, Ies mæurs et jus-
r1u'ûu langage de nos aucùtrcs, tout au moins tle ceux qui lrabitaient
au uridi de la voie Agrippa.
Les idées d'unité et de cen[ralisation, un rif scntiment de Ia
nécessité d'uue hiérarchie sociale, un pr.ofond respcct pour le clref
de I'empire et ses représentants, universellernent répantlus daus
I'empire romain, remplacent insensilllenelt chez les ancicns Belges
Ies plincipes de libclté indivicluellc et d'égrrlité, cl'association ct de
fédération libres clcs individLls ou des groupes, en{in du gouverne-
ment du peuple par le peuple, bases cles institutions germaniques.
0n ne trouvera sans doutc pas iuutile que nous établissions
ici uu rapprochement entre la société romairc ct ra société germa-
nique.
A n'examincr que super{iciellement les choses, le peuple romain
semllle beaucoup supérieur en cililisation présente et en puissance
tl'avônir au nonde germaniclue : ce u'est là qu'une apptrence.
A lir base de la civilisation romainc, se trouvc I'esclavagc. cette
institutiou rend inrpossible I'cssor conplet de toutc société humaiuc
qui I'adopte; elle est même, pourcelle-ci, un principe de dissolution.
D'autle part, nous voyous Rone pousser à I'extrêmc lc respect drr
principe d'autorité, jusqu'ù sacritcr I'iudividu à l'État, jusquâ aban-
donner ses destinécs à la discrétion d'un despote tout-puissant,.
Ie seul homme qui, dans I'empire, reste vér.itablerncnt libre.
A Rome, il y a un maitre unique, dont lc pouvoir arbitraire
et illimité rend incertaius les biens, la libertô, la lie mène des plus.
illustres dc Ia nation. Âutour de lui rayonnent quelques grandes
familles, entre les mains desquelles se concentre toute la fortune,
publique. A la r'ér'itô, il existe bicn, dans les villes, un certain
nombre d'hommes libres; mais leur pauvreté cst absolue; seules,.
les largesses de l'État et, des glands leur permettent tle vivre.
Amollis e[ effëmiués, ils ne poltcnt les armes ni ne travaillent :
toutes les qualités priuritives qui ont fait dans le passé la force et lr
grandeur du pcuplc romain, ils les ont pertlues : ils ne son[ plus
TE}IPS UISTORIOUES.
- PÉRIODE NOMÀINE 85

:ù{}cessibles.à aucun noble sentirnent; aucune légitime anrbition tre les


agite plus : .< du pain jeux > leur suffisent.
et, des
Et, à côté de ces quelques nilliers de citoycns privilégiés, de cette
société linritée, au sein de laquelle la puissance, la richesse, I'oisi-
veté, ont amené une incroyallle corruption de mæurs, on voi[ des
millions d'csclaves accablés de charges, sâlls droits rl'aucune sorte,
sans pempective d'uu avenir meilleur.
Ajoutez aux traits de ce tableau quelques grtves cléfauts de carac-
{,ère du peuple romain : soû peu de respec[ de la rie humaiuc, qui
lui fait multiplicr les supplices etles comliats sanglants; son mépris
de la femrne ct l'éta[ de dépendance servile où il la tient; sa
mauvirise foi proverbiale; sa ntéconnaissance du droit des gens qui
lui fait traiter tous les étraugcrs en enuemis, - et vous aul'ez une
peinture assez cx{rctc de la sociéié rotnaine comme de sa cortsti-
tution morale à la fin de I'empire.
Les pcuples germains sout encore plongés dans une profonde
barbarie. lls ignorent, I'art, de I'architecture; ils n'out pas éler'é ces
merveilleux monunents qui donnaient aux Barbarcs une si haute
idec de la graudeur de Rome. Ils tt'ottt pas la riche littérature des
Latins, ni leur sa'çauto jurisprudencc; les Gerrnains vivent à la clm'
pagne ou au sein des forùts, dans une grossièrc sinplicité.
I[ais quc de principes ils professent tl'instinct, quc de qualités ils
possèdent, éminerunrent plopres à favoriser l'évolution de leur t'ace !
Ils portent le respec[ de la libcrté humaile iusqu'à reconnaitre
ù chacun le dr.oit dc fuïdr ({). Ils pratiquent l'égalité absolue des
droits et des devoirs entre tous les mernbres de la ttatiotr, laissent
en courmun la propriété des tertes, ignorent I'hérédité du pouvoir,
et n'en confient jamais la plus faible partie qu'à des chefs
élus. L'association libre (9) des indivitlus eC la féderation des
groupes autonont€s (3), instilutïons radicalemeut opposées auK
principes d'uttité, cle centralisation et cl'autorité alisolue, bases dc
I'organisation admirtistrative c[ politique des Romains, sont Ie
fondenrent mtime de cette Ol'gtnisation chez les Germaius. Dc

({) Les Romains ne connurent iamais ta liberté individuelle, mais seulement


la liberté politique.
ilj lro,ivec pàr I'institution du cgmpagnonnage et I'eristeuce de nombreuses
eildes.
'' (StÀin.i, sans abdiquer leur autonomie, les ttibus se fétléraient pour former
Ia nation,
86 rrrsrornn DEs BErcEs ET DE LEUR crvrlrsATroN

ruôrne, plusicurs cle leurs principalcs qualités solt tou[ I'opposé


des plus grlnds défauts des Romains. Sauf sul les champs de
bataille, ils ont un tel respect de la vie humaine,, quo rarement ils
infligent lir pciue clc mort mème aux plus grands criminels.
Ils témoigucnt un profond rcspect à la femme, voyant en elle l'égale
.dc I'homme, norr sa servrnte oll son csclrve, comûre la plupartdes
peupltrs de I'rntiquité. La loyauté avcc laquelle ils obserrent leuls
ellgagemeuts prouve leur vif scntimen[ dc I'honneur. llnfin, la pra-
tique d'une large et géuéreuse hospihlité i\ l'égard des étrangers est
univcrselle chez eux.
Nous crololls ell avoil tlit assez pour montrer dans laquelle des
deux sociétés ert pr'ésenee se rencoutre la vitalité la plus puissan[c,
cle quel côté est, I'avenir. Entle l'élément, romain civilisé mais
oorrompu, r'ieilli, inféodé au principc autocratiquc, et l'élément
barbare, violent, désordonrté, mais jeune, plein de sèr'e et de
vigueur, .attaché au gland principe de liberté individuelle, I'issue de
hr lutte ue peut ètre douteuse. Fatalentcnt, I'empire romain cst
contltrmné à disparaître devant la société gcrmauique dont les
sentiments, les institu[ions, les mæurs contiennent en germe les
idées ct les institutiorts sociales que nous retrouverous en dévelop-
pcrucnt aux différentes époques tle notre histoire, et qui sont
irujourd'hui celles de tous les peuples citilisés.
Le clrristianisme surgit au momeût où les deux mondes prennent
coutact. te heurt ne pouvait être que violcnt. Airtsi placé etttre la
lralbatie et la civilisation, le christianisme, puissance conciliatrice
et directrice, a ur beau rôle à jouer. Il ne se montre pas inférieur
ir sa tirchc.
Dès I'allord, il s'cmpare de l'empire. il(ais Ia conversion des
Itomaius au dogme nouveau ne suffit pas ir assurer la régénération
d'une société irr'émissiblcnent corronpue, d'ailleurs tout à fait
démépi[e, malgré lc faux éclat que Iui donne une civilisal,ion
mftiuée. lllôme, cette conversion précipite plutôt la chute de
I'cmpire : le christiarisme agit sur lui à la façon d'un cordial
trop énergique administré à un mourant. Bientôt il succombe
sous I'action des uombrcux vices qui le minent et sous I'effort
répété cle I'invasion cles peuples barbares : les Francs, les mieux
douôs de ces peuples, font Ia conquête cle notre pays au v' siècle.
Alors I'Église, bien inspirée, se tourne vers les Balbares. Que
d'affiuités se révèlcnt aussitôt cntre le christirnisme et la sociûté
geruranirlue ! Le Christ avait, lppoltant au monde Ia bonne nou-
TE}IPS HISTORIOUES. _ PÉRIODE NOIIÀINE 87

velle, proclamé l'égalité et la fraternité des hommes, enfanl,s du


même Dieu ({). Les idées d'égalité, de fraternite et de charité propres
au christiattismc vont trouver un puissaût appui dals les principes
d'égalité, de libcrté et d'humanité si chers aux Germains. E[ dans
la zuite, I'irlliance des Francs barbares ayec l'Église' propagatrice
des plus hautes idées philosophiques et humanitaires, heritière en
même temps cle ce qui mér'ite ci'ètre conservé de la civilisation
romaine ita tegistation de I'empile, son régime municipal et la
centralisatiou cle son gouYerùemeut; la littérature latine, les procé-
tléS agricoles et industliels du petrple rgtnain, ses beaux-arts, la
politesse clc ses mæurs, etc.) engeldrera une Société 1rguvelle mieux
àrganisôe, une civilisation plus solidc et plus brillante qu'irucune
de celles qui I'otrt Précédée.

dans ses lltrrdcr at I'histoh'e de I'htmta'


({) r Le christianisme, dit Llunlrr
que
,ir).'ar.ulne-tondamenfalement toute distinction de raçe en proelàmenl'
nouô sommes tous enfants du mème Dieu. I
88 IITSTOINE DES BELGI]S ET DE IDUN CIVILISAT'ION

CHÀPITRE IV

Période franque (4d0-848)

Ouvnages à consulten :

Gérard. Histoire tles Francs d'Àustr.asie. paullet, Histoire politique


interne de la Belgique. - classes rurales.
Bronts. Dssai sur les
-
de sismondi. Histoire des Français. - sinrcnde
van Brugssel. Histoire clu commerce
- et
rle Ia marine en Belgique. r'iollet-le-Drrc. Histoire del'habitation. schagea.
-
La Belgique avant et pendanl, la domination romaine. -
trIontesquicz : L,Esprit
rles lois. -
Guizot. Histoire de la civilisation en Europe.
-
Introtluction à I'histoire des institutions de la Bergique au- l,and,erkùulere.
moyen âge.
lramkæning et Guard, Histoire des carolingiens. -
Fustel de coulanges,
-
Histoire des institutions politiques de Ia France (périodes romaine, mérovin-
gienne, calolingienne). Très belles antiquités franques au musée de Namur.
-

TITRE I

Géognaphie histonique.
Le gau germanique se confond avec le pagus romain pour former le pagus
mérovingien. Les grands pagi belges sont: .lo La xIënapie, conprenant tes
pagi moyens de Flandre et de Tou,ncti. celui-ci se subrlivise en plusieurs petits
pagi : ceux de Tournai, ûe Courtrai, ùe Gand, de Waes, etc. go Le Brabant,
3o Le Hainaut. 4o La Taxandrie ( Limbourg et Ànvers
). Bo La r/csJ,raye (tiége).
6o Lepagus deLonzme (Namur). ?o Le pagus d.es Ardennes (partie duLuxem.
bourg), dont verdun est le chef-lieu. 8o Le pagus de woiure (arlon, virton,
Neufchâteau ).
a partir de la mcrt de clotaire 1er, fls tle clovis (56{), Ia contrée située
entre I'Escaut et la mer relève de la Neustrie; Ie pays compris entre I'Escaut
et le Rhin appartient à I'Austrasie.
Localités nou,uclles. llerstal, clrièvremonl,, I]Ions, Nâmur, Gantl, Nivelles,
Thuin, etc. sont mentionnés par des documents du vrre siècle.
TE}IPS IIISTORIOUES. PÉRIODE FNANQUE 89
-

TITRE II
Les faits.

Bataille de Châlons-sur-Marne. Fondation de la dynastie


mérovingienne. Poursuivant
-
à travers I'Europe centrale une
-
marche toujours victorieuse, les Huns franchissent le Rhin en
I'an 450 et leur arrivée vaut à notre pays les horreurs d'une
nouvelle dévastation. Cependant Mérovée, roi tles Fratrcs, utti
aux Romains et aux Yisigolhs, attaque leur roi Attila à Châlons-
sur-Marne, en 451 ('t). La bataille fut terrilile. L'antiquité,
dit-on, n'en vit pas de plus affreuse. Les combattants luttaient
corps à corps et se frappaient avec un iucroyable acharnement.
La légende raconte qu'ttu petit ruisseau qui traversait le champ
de bataille, grossi par le sang des blessés et des lnorts, se
changea en un vrai torrent. Vaincus à la fitt, les Huns abau-
donuent aussitôt la Gaule. Ce brillant fait d'armes asseoit
d'une façon définitive la domination franque sur notre pâys.
Mérovée est considéré depuis comme le fontlateur de la pre-
mière tlynastie tles Francs, qui prend de lui le nom de
dy tie m,ér ou itt'g iew rc.
n as

Clovis. Clovis, petit-fïls de Mérovée, monte sur le trÔne


-
tle Tournai en 481, à peine âgé de l5 ans. Cinq ans plus tard,
en 486, il bat syagrius, chef rornain établi à soissols, et
s'empare de ses possessions qui s'él,endaient tle Ia Somme à
la Seine. Il trausfère ensuite à Soissons le siège de son
gouvernement.
A cette époque, une grantle partie de la Gaule appartient
à tles rois ariens (2), ce qui ue peut être agréable aux

({ ) Les critiques pensent que cette bataille fameuse n'eut pas lieu à Chàlons'
majs'à quelques lieu-es de là, entre Troyes et Sens.
(g) Cesfi-Aire p.ofessaiii la Aoctrine religieuse de l'évèque Ârius, lequel
nidit lâ rlivinité du Christ.
90 utsrornn DES rlErGES ET DE LBuR crvrlrsÀTroN

évêques catholiques. 0r, l'épouse de Clovis, Clotilde de


Bourgogne, qui est catholique, ne cesse d'engager son mari
à se fhire chrétien. Clovis hésite à céder aux væux de la reine,
non sans doute par attachement à sa propre religion, mais par
clainte tle mécontenter les Francs, jusqu'alors fidèles à leurs
antiques croyances. Cependant, la veille tl'une grande bataille
qu'il se dispose à livrer aux Alamans, ayant, dit-on, reçu la
visite tle saint Rerni, évêque de Reims, il est mis par ce dernier
en demeule tle choisir entre sa prochaine conversion et la retraite
immétliate des soltlats chrétiens fort nombreux qui combattent
dans son armée. Ainsi pressé, Clovis cède, moins convaincu
peut-être de Ia supériorité du christianisme que soucieux de se
rallier le clergé catholique, très puissant dans la Gaule. Le
tlaité conclu ne tarde pas à protluire les effets que de part et
tl'autre on en'attendait. Clovis, après avoir vaincu Ies Alamans
à Tolbiac (1 ), en 496, reçoit le baptème à Reims, des mains
de saint Rerni (497). Trois mille de ses soldats se convertissent
en même temps et le reste de la nation franque suit peu à peu
leur exemple. L'appui du clergé catholique, dont il confirme
tous les privilèges et toutes les immunités, est dès lors acquis à
Clovis. Grâce à ce précieux coucours, il
ne tarde pas à régner
sur toute la Gaule.
La conquête de la Bourgogne est le prix de sa victoire de
Dijon, en 500. Une autre bataille, gagqée à Vouillé en 507,
sur Alaric, roi des Yisigoths, lui livre la Gaule méridionale.
Ainsi Ie petit-fils de Mér.ovée est le vér'itable fondateur de la
nronarchie française.
Cependant, le baptême n'a pas changé Ie calactère de Clovis.
Ce prince, brave dans les combats, habile dans la conduite
des armées, capable d'inspirer en même temps I'amour et la
crainte à ses compagnons d'armes, joint à ces qualités tous les

({ ) 0u Zulpich, à 33 k. sud-ouest de Cologne.


TEITPS HIST0nI0UES. PÉRI0DË l'ttr\NoUE 9',1'
-
défauts et tons les vices des Barbat'es. Il pousse à s'eutre-tuer
ou fait assassiner plusieurs rois de sa famille a{in de s'emparer
de leurs États. 0n le voit mêrne fbndre de ses propres mains la
tète de I'un d'eux. Il ajoute I'astuce à la cruauté. Un jour, ol]
I'entend s'écrier : < Malheur ! malheur à nroi ! qui suis resté
seul comme un voyageur parmi des étrattgers, sans parents
l
pour me secourir etr cas d'adversité. Or, c'était une ruse
pour s'assurer qu'aucun de ses ploches n'avait échappé à ses
mains meurtrières.
Reconnaissons d'ailleurs que ses contemporains ne valettt
guère mieux : ses vices sont ceux de sort époque.
Clovis meurt en 5{.{., à Paris, tlont il avait fait sa
capitale.
Austrasie et Neustrig. Clovis mort, ses quatre fils se
-
partagent ses états. Plus tard, à la suite de nouvelles cou-
quêtes et de nouveaux partages, on distinguera (à la mort de
Clotaire I",
fils de Clovis, en 56[ ) dans I'empire franc, les
royaumes principaux d'Austrasie (France orientale) et de
Neustrie (France occidentale), dout la ligne de séparation ert
Belgique sera I'Escaut ( I ). Il y aurâ en outre les royaumes de
Bourgogne et d'Aquitaine.
Une violente riialité ne tarde pâs à diviser les Austrasiens
et les Neustriens, à raison de la diftër'ence de leurs mæurs.
Les Austrasierts reprochent aux Neustriens, parnri lesquels se
rencontrent une forte proportiou de Gallo-Romains, de s'effé-
miner au contact de la civilisation romaine. Les Neustriens, de
leur côté, fout un grief' aux Àustrasieus, chez qui l'élément
barbare domine, de leur fidêlité à des coutumes et â des
mæurs qu'ils jugent grossières. Àu fond de cette rivalité, se
trouve non seulement la lutte de la civilisation contre la bar-

(4.) Austntsie signifiait Aesftr riil;e ott toyaume de I'Est ; Neustrie, Ne'oestet
rijke (qui n'esl pas à I'est), royaume de l'Ouest.
99 Hlslotrtn DES BELGES ET DE LEUn ctvtlrsÀ.l.roN

barie, mais celle de la royruté coutre I'aristocratie, de Ia


liberté contre le despotisrne.
Les deux nations se rlisputent la suprématie dans I'empire.
Longtemps, elle serâ exercée par les Neustriens. II
faudra,
pour les en tlépouiller tout à fait, I'avènemeut d'une nouvelle
dynastie, celle des Curolirryiens.
Brunehaut et Frédégonde. D'abord, Ia lutte des deux
-
nations sæurs se personnifie dans les reines Frétlégonde et
Brunehaut, dout I'ambition rnet fréquemment aux prises les
deux peuples. Brunehaut était reine d'Auslrasie. Frédégoude,
concubine du roi tle Neustrie, tlevint seulement Ia femme
légitime de celui-ci après avoir fait assassiuer la reine de
Neustrie, la malheureuse Galsuinthe, sæur de Brunehaut. Les
meurtres, les trahisons, les guerres sanglantes se succèdent
presque sans interruption sous le règne tle ces deux princesses,
,alternant avec les actes du plus cffréné déver:gondage. Fr.édé-
gonde, déjà accusée tlu meurtre de Galsuinthe, fait périr les
ûls de celle-ci, puis son beau-fr'ère Sigebert et peut-être
le fait n'est pas prouvé son mari lui-rnême, Ie roi Chil- -
-
péric, surnommé par saiut Grégoire le l{éron de la lrrance.
Brunehaut, de son côté, fait mourir son petit-fïls Théode-
bert, -roi d'Austrasie, et assassinel saint Didier, évêque de
Vienne, en France. Pendant son long règne de 48 ans, cette
priucesse gouven)e avec unc singulière vigueur. Elle réta-
blit plusieurs institutions impériales tombées erl désuétude
et spécialement la {iscalité et les fornes judiciaires. ce fut la
cause pour laquelle on I'accusa tl'exactions. Cependant elle
consacre ses trésors à la construction de travaux tl'art et
d'architecture d'un remarquable caractère de grantleur. Elle
crée ou répare de uombreuses routes. Il existe encore en
Belgique des chaussées ( I ) dites chau,ssees Brtmelmu,f, tlont

({) Notamment celle de Tongres à Herstal.


gL HrsrornE DBs BELGITs ET DE IEUR avrllstlroN

Ia solidité inébranlalrle et les larges pavés rappellent les voies


lomaines. Elle élève des châteaux, tles églises, bùtit des mo-
nastères qui, à cette époque, sottt aussi des écoles. La légende
entoure d'une véritable aur'éole le souvettir de cette reitie. Par
la suite, tou[ ce que le peuple aperçoit de grandiose, de fort,
de puissant, châteaux, tottts, forteresses, il les lui attlibue,
jusqu'à désiguer de sou notn la pierre rnégalitltique col)rue
sous le nom rJe Ttien'e Brwrclmut. Quant à ses passiotts
et à ses crimes, ils sont, contne ceux de Clovis, les passions
et les crimes tlu siècle.
Brunehaut, depuis longtemps poursuivie par la haine de ses
ennemis, finit par tomlrer entre leurs mains. Bien qu'âgée tle
plus de quatre-vingts ans, elle est coudarnnée à mout'ir d'un
supplice affreux. On I'attache par les cheveux, par un pied et
par uD bras â la queue d'uu cheval sauvage qu'oll met ensuite en
liberté (6{3). Aussitôt la bôte indomptée pârt d'un galop
furieux, brisant ou déchiraut d'uue façon lamentable, aux
aspérités des chernins et des carnpagnes, le colps de la malhep
feuse femme. Frédégonde était morte tlepuis quinze ans.
Après Dagobert I* (622-038) qui réunit encore une fois, eu
631, toutes les parties de I'empire franc, comrrrence la lignée
d.es rois fai,néants.
Rois tainéants el mairgs du palais. La seconde époque
-
des Mérovingiens fut donc,une époque tle mæurs crininelles et
sauvages, mais aussi de rapitle décatlence pour la monarchie
fondée par Clovis. Les rois qui prennent les rênes tltr pouvoir
après la mort de Bruneltaut sont, pour la plupart, des rois
faibles, ignorants, pafesseux, débauchés. Boile, tnanger, rlor-
mir, s'abandonner à des vices ltouteux, c'est tout ce qu'ils savent
faire. Ils ont desfavoris auxquels ils distribuent sans prévoyance
des duchés, tles comtés, des évêchés, des abbayes, en un mo[ ,

toutes leurs terres. Et à la fin, ils tleviennent si pauvres, qu'ils


ne possèdent plus qu'uu petit uomlirc de ferrncs. Aussi leur
TEITPS HTSTORIOUES. _ PIiRTODE FNANOTJE 95

autorité s'affaiblit-elle de jour en jour. L'histoire leur a infligé


l'épitlrète de rois faùteants.
Ànnonce-t-on un charnp de mai, ces ombr.es de souver.ains
s'y rendent encore, mais ce n'est plus à cheval et revêtus tl'une
armure de guerre, cotnme Clovis, leur aïeul : c'est nonchalam-
ment êtentlus sur des coussins, tlans un chariot traîné par des
bæufs. lls portent encore la couronne et la longue chevelule
des rois francs ( I ) ; rnais ils n'ont plus ni activi[é, ni courage,
ni puissance; ils reçoivent encore les ambassadeurs étr.angers,
mais les maires tlu palais leur dictent les discours qu'ils pronolt-
cent. Ils sont véritablement des rois fainéants ( 2;.
Les grands seigneurs ou leudes (3 ) songent bientôt à se
soustraire à une autorité tombde en des mains aussi faibles et
aussi méprisables. D'autre part, sentant leur incapacité, les rois
tainéants abandonnent insensiblernent toute leur autorité aux
mains des maires du, palais. D'abord simples régisseurs des
domaines royaux, ces demiers obtiennent peu à peu le com-
rnandement des armées, la direction du gouvernernent et le
rlroit de nommer les comtes. Les leudes alors imposeut au roi
I'obligation tl'accepter de leurs mains les maires du palais ; ces
ministres sont comme leur.s délégués e[, par le fait, ie pouvoir
royal se trouve abaissé au prolit tles leudes.
Par la suite, les maires du palais réussiront à rentlre leur
charge héréditaire, leur pouvoir s'affermira au point de per-
mettre leur substitution aux rois légitimes. L'événement, tlu

({) tes premiers rois francs sont désignés dans I'histoire sous le nom
de rors cheuelus parce qu'ils portaient la chevelure entièr.e très longue. Les
autres guerriers li'ancs avaient les cheveux coupés par derrière, longs par
devant.
(9) Ces caractères attribués aux rois rJils faittéanls, sont cependan[
contestés, 0n pense généralement aujour.d'hui rlue leurs vices ont été fort
exa$érés.
(3)Sous les rois de la seconde race, le terme leude fnL remplacé par celui
delidèle. Le terme baron oafeudataire(de Jief) servit plus tard à désigner les
vâssaux immédiats du loi.
96 rrrsrorRE DES IIELGES ET DE IEUR crvrlrsÀTloN

rcste, sera peu renrarqué des contemporains; tout au rnoins ne


leur causerat-il aucune surprise ({ ).

- C'est daus la
Famille des Pepins. maison d'un grantl
seignetrr lresbignon, Pepin. cle Lanrlen, que la charge de
rnaire du palais devient lxiréditaire à partir de 695. Son
neveu, Pepiu de Herstal, deveuu maire d'Austrasie, bat, en 691,
les l{eustriens à Testry (2) et cette victoire vaut à I'Austrasie
I'hégémonie de I'empile ft'anc, jusqu'alors exelcée par la
Neustrie.
Charles Martel (117-741). Son fils Charles le rernplace à
-
sa mor't, en qualité de maire du palais et de duc des Francs.
Guerrier intrépide et général heureux, il repousse, en vingt
combats, les attaques sans ce$se renouvelées des peuples
germains. Mais ce qui le rentl surtout célèble, c'est sa victoire
sur. les Musulmans qui, après avoir soutnis I'Espagne, entre-
prenaient la conquête de Ia Gaule avant de tenter celle de
I'Europe tout entière.
Charles ayânt rassemblé une formitlable armée, marche
contre eux, les rencontre à Poitiers (732 Le choc est ).
effr'oyable. Trois cent mille Musulmans, disent les historiens,
mordent la poussière (3). Ce terrible échec des sectateuri de
Mahomet arrête leur marche conquérante tlans le Sud-Ouest
de I'Europe (4). Pour récompenser ses soldats, Charles

({) 0n a dit toutefois que I'histoire étant, muette surce qui avait pu se passerr
ce silence signifïait peut-être que le nouveau roi et ses partisans avaient eu
intérêt à cacher les résistances éprouvées.
(9) Entre Péronne et Saint-Quentin.
(g) Uais ce chiff're doit être bien exagéré.
(4) ùlahomet Au commensement du Ylt" siècle parait en Arabie un homme
qui se prétend envoyé de Dieu pour régénérer I'humanité ; c'est Mahomet.
Tenant dans une main le Coran (l'Evangile musulman), dans I'autre l'épéc, ses
disciples disent aux hommes : q Crois ou meurs. r Les progrès de la nouvelle
religion ont quelque chose de foudroyant. L'hégh'e ou ère tles Musulmans date
de là fuite de llahomet à llédine, en692. Dès 7{'1, ceux-ciontconquis I'est de
I'Àsie, soumis I'Afrique septentrionale, envahi I'Espagne, et ils caressent
l'espoir de conquérir bientôt I'Europe tout entière.-En ?39, une armée musul-
mane d'avant-garde rencontre celle des Francs à Poitiers.
r!ïrps H'rsronrouEs.
- PÉnr0DE FIIAN0I.iE 9T

Martel, qui manque d'at'geut, leur fait, en terres, des dons


considérables. Les dornaines tlont il peut légalernent disposer
pour cet usâge étanb insuffisants, il se croit autorisé à prendre
une partie de ses terres à l'Église des Gaules, .qauvée d'une
rniue imrninente pâr le courage des guerriers fi'ancs.
Mème, il va jusqu'à transfot'rner etl abbés ou en évêques
un certait uombre tle ses officiels. Cette manière tl'lgir ltli
crée tles ennemis puissants dans le seiu tlu clergé ; mais
son pouvoir est trop fortement appuyé sur I'affection et Ia
reconnaissance publiques pour qu'il soit possible de lui nuire
sérieusement.
Pepin le Bref, fondateur de la dynastie caroiingienne.
Charles Martel a poul' successeul son fils Pepirr le Brcf. Ce
dernier rentl à son tour tle si grantls services aux Francs, par
ses victoires et la sâgesse de son administration, que les nobles
austrasiens décident d'en faire leur roi.
Double sacre de Pepin. Pour légitirner aux yeux des
populations le titre qu'il se dispose à prendre, Pepin fait
demauder au pape : r Qui doit être mieux roi, tle celui qui
en porte le uom seulement e[ n'a nul pouvoir dans le royaume,
ou de celui par qui le royaume est gouverné et qui a le soin cle
toutes choses? rr 'Le pape réponciit, : ( Celui-là seul doit être
roi qui en remplit les devoirs. l
Aussitôt ulte asselnblée générale est convoquée à Soissons
(752). Chiltléric ,III, le tlernier des rois fairtéants, y assiste
ainsi que Pepin. Au rnotnent ori la réunion va s'ouvrir, .

les seigneurs francs s'emparent tle Chiltléric et coupeut ses


Iongs cheveux, voulant moutrer par là qu'ils lui enlèvent
I'autorité sOuvet'aine. Mais ils le laissent vivt'e et se contentent
de I'enfermer daus un monastère. Ils mettent ensuite Pepin sur
le trôrte, après I'arcir protnené trois fois autour tlu camp'
tlebout sur Ie bouclicri à la motle germanique. Pepin tlevient
ainsi Ie fontlateur tle la secolde tlvnastie tles Fraucs, dite
V. Mirguet - Histoire des Belges.
98 HrsTornn DEs BELcEs ET DE LEriR crvrlrsAlroN

carolingienne, da nom de son fils Charles, dont I'illustration


dépassera la sienne.
Le même jour, Pepin se fait sacrer roi par saint Boniface,
archevêque de Mayence.
Deux ans plus tard, en 754, le pape Érienne II vient à
Paris solliciter le secours tlu nouveau roi des Francs conlre
les l.,,ombards qui I'avaient attaqué. Pepin met à profit la
circoustance pour prier le souverain pontife de renouveler
I'irnportante cérémonie du sacre. Le pape s'empresse d'y
consentir.
Pepin donc, revêtu des habits royâux et accompagné d'nn
bLilhnt cortège de seigneurs, se renrl en l'église de I'abbaye
Saint-Denis. Le pape I'v attend, vêtu lui-mêmc tle ses habits
ponl,ificaux et entouré des principaux dignitaires du clelgé
française.
L'église est magnifiquement décorée. uue foule irnmense Ia
remplit, accourue de tous les points du pays. Pepin, sa femme
et ses deux {ils s'agenouillent au pied du grautl autel.
S'approchant d'abord de Pepiu, le pape prend avec le pouce
de I'huile consacrée; il en frotte le roi sur le sommet de la tête,
faisant le signe de la croix et disant : rr Je te saore roi, avec
cette huile sanctifiée au nom tlu Père, du Fils et tlu Saiut-
Esprit. r Les assistants répondent &n?en,. Le pape oint'ensuite
l'épouse tle Pepin et ses deux lils. La cérémonie terminée, Ia
foule fait retentir les vottes tle l'êglise de longues et joyeuses
acclamations.
Pepin va alors rétablir le pape sur son trône, le confirme
dans la possession du duché de Rome ou patr.imoine de Saint-
Pielre, et lui donne en outre deux autres provinces qu'il vient tle
conquérir ({). Telle est I'origine du pouaoùr tentporel des
pq)es, qui a seulement pr.is fin de nos jours, en 1870.

( { ) L'Exarchat de Ravenneet la Pentapole.


{OO HISTOIRE DBS BELGES ET DE LEUR cIvIIISATION

Établissement de la dtme.
- La victoire de charles }lartel â, pour
le clergé, des conséquences spéciales. [e plcstige qu'elle doune au
puissant maire du palais explique comment il peut, sans soulever,
au molnent mème, trop de rémiminations, reprenclre au clergé, pour
Ies distlibuer à ses compùgllons d'almcs, cles biens dolt la jouis-
Êar)ce avait été accordée aux évôques erl t-ue du service du culte.
Lorsque Pepin le Bref, successeur de Char.les Martcl, songe à
plentlrc lc titre de roi, il a llesoin dc I'appui du clergé catholique.
Ausitôt celui-ci, qui n'a ccssé cle regretter les biens qu'on lui a
enler'és, jugeant lc moment firvorable, en réclame la restitution.
Itl'osant les enlever' :i ceux qui les ctétiennent et qui sont aussi à
ménagcr, Pepin prend un mo)'en teirne. Il clecidc (concile de leptin-
nes ( { ) eu 743) que les nouyeaux plopriétaires des terres réclamées
paverunt au clergé uue dirne, jugée uécessaire pour le servicc du
culfe et I'en[retien de ses ministrcs.
charlemagne, qui rôr'e de fiiire du clergé un instrumenf dc son
autolité ct qui croit aroir intérèt à lui lssurcr une situation privi-
légiée, étendra à toutes les terres lc service dc la tlime. cette corr-
tribution devicndra ainsi obligatoire pour tous.
[a dîme ne consiste d'aliord quc dans Ie clixièmc dcs fruits de Ia
terre. Blle s'étend plus tarcl au ltétail. sirnplemcnt recommanclée
dans un premier concile, elle est imposée sous peiue d'excommuni
catiorr par un concile postérieLrr. charlemagne Ia rcnd. légalement
obligatoire par Ie capitulaire de llcrstal.
Charlemagne. Pepiu le Brcf avait guerroyé toute sa vie
-
contre les sarrasins, les Bavarois, les saxons, les Frisons et
les Aqnitains en vue d'asseoir solitlement I'empire des Francs
dans les limites qui lui avaient été primitivcment assignées par
clovis. charles, fils tle Pepin, plus tard sumornmé le Grnntl
(charlernagne), est forcé tle continuer les guerres commencées
pâr'sorl père; mais son autorité nrieux établie et sa puissance
plus considérable lui permettent d'étendre eucore ces limites.
Les cinquante expéditions militailes entreprises par Charles
orrt tour à tour pour théâtrela, Gernmnie,l'Espagne et IItulie.

('l) Le village- actuel dcs Estinnes, pr'ès de Binche, oir les carolingiens
avaient une résidcncc.
TErrps HrsToRIouES.
-
pERr0DE FnAr(QUE {0[
Er. Germanie, Ies Bavarois, les Avares, Ies Saxons, les
Danois et, plus à I'est, les Slaves sont successivement obligés
de se courber sous le sceptre du redoutable roi des Francs.
Charlemagne s'efforce de christiauiser tous ces peuples, espé-
raut les amerer ainsi à reconnaître plns volontiers son auto-
rité. lïIais les Saxons ne cessent d'offrir à ses ârmes, comme à
ses efforts pour les convertir, une invincible résistance.
N'ayant pu les dompter, quoiqu'il efrt barbarement ordonné de
décapiter à Yerdeu 4.500 d'entre eux qui étaient ses prison-
niers, il frit trausporter eu Flandre et eu Brabant une partie de
ce peuple énergique. Cette circonstance contribuera sans
doute au rnaintien d'une langue teutonique dans Ie nord de
notre pays.
En Espagrre, Chades plofite des divisions qui règnent entre
les Musulrnans établis dans la contrée pour faire Ia conquête
des territoires cornpris entre l'Èbre et les Pyrénées. Malheu-
lensement, sorl retour est signalé pnr un grand désastre. Son
arrière-garde, commandée par I'un de ses reveux, le pala-
din ({) Roland, est surprise et détruite par les Gascons dans
une gorge tles Pyrénées connue sous Ie nom de défu\é de
Ronceuau,æ.
' En ltalie, Charles secourt le pape Léon III, contraint par
ses enuemis de fuir la Ville éternelle. Il ratifie les donations du
roi Pepin au saint-siège et lui en fait de nouvelles. C'est ell
reconnaissance de ces services que le pape le sacre empereur
dans l'église Saint-Jean de Latlan à Rome, rétablissant ainsi
en Occident, au prolit d'un roi bat'bare, la digrtité impériale
disparue depuis plus de trois siècles (800).
Limites de son empire. Cet ernpire était immense. 0n
croit qu'il s'étendait
- jusqu'à l'0der et la
â I'est Theiss,

({) 0n tlonnait ce nom, ou celui de comte c|u pulais, à des nobles remplissant
à la cour certaines hautes fonctions.
{02 HrsTornu DES BELcEs ET DE mun crvrLrsATIoN

aftTuent du Danube. Àu sud, jusqu'à la Save, l'Àdriatique, le


Garigliano, la Méditerrârrée, l'Èbre, les Pyrénées. A I'est et au
nord, jusqu'à I'Océan, I'Eider et la mer Baltique.
Charlernagne meurt en 814 après avoir, en grantle partie,
réalisé le triple but de sa vie : la fontlation rJ'une puissante
monarchie frauque capable de résister qux entreprises des
Slaves et tles Musuhnans; I'unification et la civilisation de
I'empire; l'établissement de I'unité spirituelle de l'Église à côté
de I'unité sociale de l'État, mais avec subordination de l'Église
à l'État.
L'æuvre de Charlemagne. - Elle a été diversement appré-
ciée. Disons toutefois qu'elle a fait I'admiration du plus grand
nombre deshistoriens. Le but esseutiel poursuivi par Charles est
I'unification et la civilisation de I'empire. Il essaye de I'attein-
dre en partageant le gouvernement du monde chr.étien entre
le pape et lui. L'unité sociale à côté ,Je I'u,rtité spirituelle;
I'empereur, chef de I'unité sociale, le pape, chef de I'unité
spirituelle : tel est son rêve. Un seul souverain temporel, un
seul souverain spirituel; un seul roi, un seul pape : voilà sa
devise. De là vient qu'il fait sacrer. empereur à Rome par le
se
pape, réalisaut ainsi I'unité politique de I'Europe occidentale.
II tient d'ailleurs le couconrs de l'Église pour intlispensable
au succès de son æuvre. L'exemple de I'unité de l'Église lui
semble propre à fairie admettre celle de I'empire. Enfin, enchris-
tianisant les peuples qu'il a vaiucrrs, il espère les retenir plus
facilement sous le jouS, Ies assimiler peu à peLr à la nation
franque. Mais iln'admet pas la suprématie de l'Églse sur
l'État. Il veut l'Ég[se daus l'État, non l'État dans l'Église.
Celle-ci, dans sa pensée, doit êtr.e soumise à celui-là. Il lui
faut la subordinatiou à sa propre autorité de toutes les forces
sociales, tant spirituelles que temporelles. En un mot, iI vise
à un pouvoir absolu
Pareil systène gouvernemental pouvait être établi par un
TE}IPS HISTOIIIOUES. PÉRIODE FRANOUE {03
-
hornme d'un esprit trauscentlant servi par une volonté et une
maiu de fer : il devait tléfaillir le jour oir le pouvoir tombelait
aux mains incapables de ses faibles successeurs ( { ).
Gauses de la chute de I'empire. æuvre ne peut
- Aussi son
durer. Fondée sur la violeuce, elle n'a pas réellement uni
des peuples de râces différeutes, profontlément séparês par
la langue, la leligion, les coutumes, les mæut's. L'absence J
tl'une organisatiort admiuistrative suffisamment forte, I'hlrbi-
tude des rois francs tle pnrtager I'héritage royal comme ulte
succession ordinaire;'la faiblesse des successeurs de Challes;
leurs querelles; la concessiou d'immunités exagérées aux
grands feudataires qui finissent par se rendre entièrernent
indépentlants des lois; la consécration de I'hérétlité des fiefs ;
la barbalie de I'époque; enfïn les invasions tles Normands, ne
permettlont ni I'affermissement du vaste empire de Challe-
mâgne, ni celui des institutions dont il I'avait tloté.
Partage de I'empire de Charlemagne. Traité de Verdun (843).
À la mort de Charlemagne, le sceptre de I'empire passe aux
-
faibles mains tle son fils Louis, surnomméIe Débormaire. Le
règne de ce prince est agité par les incessantes rét'oltes de
ses enfants; et lorsqu'il meurt, en 840, la guerue civile se
tlechaine avec une nouvelle violence, ses trois fils n'ayant
pu s'entendre sur la part tle I'héritage paternel qui revient

({ ) Charlemagne a-t-il été un grand homme ? On lui a contesté ce titre,


malgré ses conquêtes, malgré ses efforts pour donner une bonne orgmisation
à ses Elats, en rlépit même de tout ce qu'il a fait pour le relèvement de I'ins-
truction et des lettres dans I'empire. A quelles causes faudrait-il alors attribuer
l'éclat dont brilla son nom aux yeux de-ses contemporains et de la postérité?
C'est que pendant son long règne, en mème temps qu'il accroit I'empire dans
des pioportions extraordiiraires, il mrintient, à I'intérieur de ses Btats, un
ordre, une paix, un hien-ètre relatifs. Au contraire, après lui, tout tombe dans
la confusiofi, I'anarchie, le chaos. C'est la guerre civile avec son cortège de
misères. Ce sont les invasions des Normantls qui apportent le pillage, I'iucen-
die, la r.uine, la rnort. Le contraste'impressionne vivement les esprits. Itille
légendes se forment sur le vieil empereur, perpétuées, propagées, entbeliies par
de"poétiques traditions. Charlema$ne devienf ainsi la grande {igure épique du
moyen âge,
1.04 rrrsrolRn DES BELGES ET DE LEUR crvrlrsÀTroN

à chacun d'eux. Leur querelle dure trois arls. Bnfin, Ie


traité de Verdun (843), leul distribue I'empire de la façon
snivante : Charles, dit le Chatrve, obtient la majeure partie de
la France actuelle, c'est-à-tlire les contrées cornpri'ses eutre
l'Océan, les Pyrénées, l'Èbre, la Méditer.rauée, le Rhône, la
Saône, la Meuse et I'Escaut. A Louis échoit la Germanie, ce
qui lui vaut le nom de Germanique. Lothaire, I'alné, reçoit le
titre d'ernpereur et le reste de I'ernpile, y compris les deux
capitales : Aixla-Chapelle et Rone ({).
Le traité de Yerdun anéantit le fruit des travaux de Char'les
et les effets de son sacre. II brisc rléfinitivement I'unité de
I'empire, principal objet des efforts <lu graud homme. La
féodalité s'établit, affinnant Ie triornphe des aspirations clécen-
tralisatlices des grantls sur les lendances centralisatrices
des rois.
TITRE III
Aspect du sol, climat, pnopniété fonciène, Gampagnes,
monastènes, villes.
Aspeet du sol. Climat. \'ers lc comntencement du ve siècle, Ie sol
-
de nos côtcs s'abaisse et, la nrcr, Submergeant lc littoral clesFlandles,

({) Voici les raisons de la dèlirnitation assez bizarre de ta part de Lothaire.


Les trois princes, Lothair.e, Louis, Challes, se réservent respeclivement,
comme plincipal fond.s d'hér'itage, I'Ilalic, I'Aquitaine et la tsavière. La répar-
lition des aulres terres de I'entpire esl alors eonfiée aux soins de trois cônts
commissaires choisis parmi les nembres de la plus haute noblesse. pour
ér,iter des contestations ultérieures et ptrtant de nouvelles guerres, les
commissaires tienneut à la fois comptc, dans leur lravail, dc l'étendue et cle la
richesse lclativc des proviuces. c'est ainsi qu'ils sont amenés à se rallicr aux
limiûes qui viennent d'êtr.e rapportées et qui ne furent pâs en réalité aussipré-
cises que nons les indiquons pour facilitel I'effort de la mémoile, D'ailleurs,
I'cnpirc r.le Lothairc, par h façon dont il est délimilé, empêche lc contact
tlirect de deuxmces rivales. Gràce à cet auangemenl anssi,l'empereur Lolhaire,
très anrbitieux, conser\:e les dcux capitales de I'empire, Aix-la-Ohapelle et
Rome ; il espère se trouver de la sorle en situalion de naintenir sa suprématie
sur ses deux frèrcs. llais cet espoir chimérique ne se réalise point à ràison tle
la fragilité rlc l'édilice conslluit : landis que les ét.ats de Louis et cle Chartes
sont destinés à se fortilier, celui de Lothaire ne tarde pas à s'émietter et à
rl isparaitre.
TEUPS HrSTonrOuES.
- priRrODE FnANOUE {'05
pénètle à I'intéricur des tcrres par dcs golfes profonds. C'est,ce qui
explique comment des villes telles que Saint-Omer, Bergues-Saint-
Winoc, Furnes, Bruges, qui n'existaicnt point alors et dont I'empla-
cenrent avait jusqucJà appartenu à lai terre ferme, ont pu ôtre eréées,
pal lir suite, comme ports.
A cette époque, Ie Hondt, n'est pas forrné et la terre de Cadzand est
cneol'e rattachée àl'île dc Walchcren (l). La Flandre reste un palS,
--r
marér'agcux, humide ct froid. Eumènc, un éclivain de l'époque, cn
parle ainsi : < Cctte t,crre, s'il est permis de le dire, n'est point, de la
terre; elle est tellement imbibéc et trenrpéedes eaux que non seule-
I
ntcnt h\ oir ellc est véritablement marécageuse elle fléchit sous lc
piecl qui la pressc, mais que là môme oir cllc paraît le plus ferme,
ellc trcmllle et chancelle sous lcs pas, et I'agitation qui se commu-
niquc au loin prouye qu'une lêgère ct mince écorce sunlagc sur des
anta-c d'eau. ,)
Cependant I'aspcct de la Belgique entière sc modilie d'une façon
settsil-rle lolsque, après Ia fondiition clcs rnonastèrcs, Ics colons et les
scrfs de ces établissements profiteut clcs immunités et des privilèges
reconnus aux nroirtes.
Dans lc Nord, de uombreux villrrges (9) surgissent cn des lieux
autlefois couverts de bois ou de marécages. En Hesba"vc, on llâtit de
grandes fermcs ou villas dont quclques-unes delicnnent lcs rési-
dcnces princières de Lanclen, Jupille, Ilerstal, etc.
Le climat lui-méme s'atloucit, Ies grandcs forêts et l'étendue des
eaux stagnantcs a.v*ant diminué. D'ailleuls, la populiitiort augmentc
par suite des in'vasions une partie des envahisseuls s'établissant
dans Ie pa,rs
-
et aussi par I'effet d'une certainc prospér'ité génér'ale,
-
fruit cl'une paix intérieure prolongée.
Propriété foncière. Leur conquôte assutée, les Francs se parta-
-
gcnt les tcrres abandonnées par lcs vaincus. Lc lot de chacr,rn prend

( I ) Yoil Y.lu Bnulssr4 Élistoire du conrnterce et de Ia marine en Belgigue,


lonre I, page 44.
(9) Il ne laudrait pas s'exagérer loutefois I'importance des progrès réalisés.
c Ce superbe pays de Waes, dit ScnÀtrs, dans La Itelgique aùant et pendant
la dontinatiort rontaine, tome II, page 4{8, ce modèle de culture, ce jardin de
la llelgique, qui ne cesse d'ôtre I'objet de l'étude et de I'admiration des agro-
nomes étrangels, qu'était-il au rtlte siècle et plusieurs siècles encore plus
lald, si ee n'est une terre déserte, couverte de bois et de bruyères, exposée
aux irruptions fréquentes de la nter et de I'Escaut? Le pays de Waes est une
conquète des quatre derniers siôcles. >
106 HrsrorRc DES rlELcES E'r DE LEUR crvrlrsÀTroN

le nom d'alleu, (l). il est naturellement en rappor[ avec limportance


des services rendus au cours dc la conquètc. celui du roi cst irnmense.
Ainsi prennent naissance les alleux, grands et petits, dits terres
saliqu,es ( 2)
Les alleux.
- Les propriétaires d'alleux doivent au roi le service
militaire, mais ils sout exemptscle tout, impôt et, de toute autrccharge;
ils rendent eux-mômes la justicc sur leurs terres. comne ils le
disent lièrement, ils ne relèvent que de Dicu, du soreir et de leur
épée.
Ainsi les alleutiers possèdent leurs terre s en tou,te propriélri. L'alleu
sera, chez les Francs, la première forme de la propriété foncier.re
individuelle. c'est à partir de ce moment que la propriété forrcière
cesse d'être collectiue cliez eux, pour devenir incltuitlu,elle et qu'ils
montrent, une tendance à se fïxer. cette modilication clans leurs con-
ditions d'existence entraîne immédiatement ure consérluence pol!
tique et sociale d'une portée considérablc. Désornrais, la pottuoir
reste attaché ù Ia proprieti. D'où I'adage féodal : pas de terre sans
seigneu,r"rpas tle seigneu,r sans tet're.
Les terres tributaires.
- Les terrcs occupécs par les aneiens habi-
tarits orr Gallo-Rornains doivent pa-vcr w tribut. De h\ leur nom tle
terreE triltu,tairæ. Elles sont également possédécs t\ titre individuel
et personnel.
Les bénéfices ou fiefs.
- L'argent étant rarc, rcs souverains et ]es
g'riinds scigneuls font souvent dcs dons en terres ir ccnx clont ils
veulent s'assurer les services ou rÉcompenser la liclélité. Dans lcs
dél-ruts, ces terres sont toujours octroyées à titre personnel, tenrpo-
ririre ou virgcr. 0n leur donue donc le nom de bénefiees (B) ou
ftefs (41. sans devenir réellernent la propriété dcs détenteurs, elles
les ustreignent non seulemcnt au service rnilitaire, mais au serment

(4.) IIot qui signilie propr.iété entière (aI rotr), on entendait exprimer par son
emploi que I'alleutier avait I'entière propriété de sa terre. ^
(g) ryg pouvant satisfaire..à I'obligation tru ser.vice militaire auquel est
astreint le possesseur d'un alleu, les I'ernmes sont inaptes à en hériter,. Elles
n'ort.droit qu'à une part dans la fortune mobilièrede lôurs parents,
suliens, de la rivicre sn/c, aujourd'hui I'I/ssel, ou de I'aricien haut-allernand
sala, demeur.e, maison,
(3) Béné/ice, rle bienfait,
.,{4.) Ficf' du germain .feod, en flamand toetr, noùrriture, Ia nourriture
étant, en Germanie, dans les temps reculés, le salaire accordé par. un chef à
ses compagnons d'almes
TEMI'S HISTONIOUES.
- PÉNIODE FNANOUE IO7

de fidelité, à la subordination judiciaire, à certaines redevances et à


plusieurs autres obligations.
Les colonies ou tenurss.
- D'autre part, les propriétaires d'alleux
et les détenteurs de fiefs fout, dans leurs terres, des lots plus ou
moins étendus qu'ils donnent à ferrnc, soit à des hommes libles qui,
par suite, se trouvent transfonnés en colons, soit à des serls dont h
condilion ressemble à celle des esclaves de I'antiquité. 0n doltne ii
ces lots, dont I'unitéparaîtavoir été laman.çe ({), étendue de {9 à'lti
hcctat'es, le norn de colonies ou tenures (2). Les exploitants tles
tenures sont astreints à certaines lirestations ou redevanees ennuttue,
c'esftà-dile en grains, en produits dcs étables et de la basse-cour, 0n
jourilges et en mains-d'æuvre (con'ées), etc. (3).
Dispalition des petits alleux. Pr6carie et recommandation.-Plus tlrd,
un grand.uonrbre de petitsalleutiers, incupables cle se protéger eux-
mêmes ct peu défendus par le pouvoil central, se voient r'éduits à
faire I'abandol de leur propriété à quelque voisin puissanl, roi,
Église ou grantlgeigneur laTque, se recommantlant à lcur proteclion
spéciale (A). Ils \ reprennent ensuite, tuttôt à titre héréditttire,
tantôt à titre précûfe, c'est-à-dile leur vie durant. Cettc conventiolt
porte le nom de reconunantlation dans le premicr cas, de prcutrité
dans I'autre. L'Église préfèrc la précarité. Au reste, les petits alleu'
tiers e[ les autr'cs hommes libres, triursformés eu colotrs, descenclent
insensiblement au rang des serfs, à rucsure quc s'affaiblit ohez leut's
patrons le souvenir dc I'origine conmulle ct, des conventiotls ittter
Terlues. Aiusi la grande propriété foucièr'e se maintient seule, ri I'ex'
clusion presque conrplète tlc la petite, la plupart des colons finissatrt
par se confondre avec les serfs, c'est-à-dire par ètre, commc cux,
attachés à la glèbe, acquis ou vendus avec elle.

({) C'est du terme ntanse que parait ôtrc venu leniot nr.zisort.
(2) Du radical tenir. Tewe relevant du domaine d'un seigneur. Le mot s'ap'
pliquait aussi parfois aux fiefs.
(3) Voir Poutr,Et, pp. 53 et 54.
(rn) o 1"" conmtenclàizts se remettait, corps et biens, à la merci de son sei-
gnàui, si cequi lui appartenait était peuconsidérablel sinon, il stipulait qu'il
Iurait, au moins sa viè-durant, et parfois hérédilairement, la jouissance tle ses
terres, moyennant redevance, Les premiers devenaient scl'ls, les seconds coknts.
L'abandon-d€s terres avait pout'côndition I'obligation, poun le propriétaire, de
nourrir et de loger ses serfi, de prolégel ses tenanciers. Le mouvement social
eut pour conséquence d'abaisser la condition des ltommes libres. Les petits
profriétaires rt'élaient guère à leur place dans le monde économique du tne et
du vgrt siècle. r Bnlnr-s, Essai stu'Iet classes rurules, p.95 et 9T.
'108 ursrornn DEs BELGEs ET.DE LEUR crvllrsÀTroN

Les campagnes. < La villa, dit Victor Brants, était, dans le


monde franc,
-
ct fut,
pcndant tout le haut moyen âge, la principale
unité agricole. > Les tenanciers dcs manses groupent ordinairemeut
lcurs demeures en rillas ou r,illages. Quclquefois la villa forme une
exploitation nnique sous la tlircction du propriétaire lui-rnêrne. Plus
étendu que les tenures de I'crritourage, lc domaine particulier du
maîtrc occupe ordinaircment le ccntre de Ia villa. Les birtirncnts qui
la desserlent se composen[ de la .ça/a ou corps dc logis, et, de
nombrcuses dépcrrdirnces : étalllcs, grauges, monlins, fours, br.as.
selies, pressoirs, etc., ltr plupart utilisées par. tous lcs cultivateurs
ct ouvricrs du ciomainc.
Le maitre exploil,e ses propres terres au mo.\'etl de corr'ées. A cette
ôpoque, la culturc étant extensir,e et en partic pastorale, il ne
narique ni tcnips ni bras et lc mirître d'une villir peut, sans tyrannie
ni craction, utiliser les loisirs dcs serfs qui viveut sur sorr domaine.
D'irilleurs, c[ant donné le rnodc cle culture r.udimentairo dc
l'époque, lcs colous et les serfs ne struraicnt r.ivre sur leurs manses
sus jouir dcs communaux de la scigneulie. C'cst clonc par I'associa-
tion seule qu'on parricnt à occuper tous lcs bras ct i\ cultiver une
quantité sufïisantc de tcrrain. itlalgré tout, celle-ci ne dépasse
presquc jamais, chns unc vilh, le tiers dcs tcrrcs cultivables, les
plus feltiles ôtirnt scules miscs crr culture. aussi les réeoltes sont-
clles le plus souvent bonnes ({).
Monastères. Les monastères sont cl'allorcl dcs ccntres de propa-
-
gancle et des lieux de rcfuge pour les apôtres du cliristianismc. Mais
lcs moines ( 9 ) en font bientût des felmes,node\les. Voici commerrt les
choses se passent orclinairement. Quelques moincs s'enfoncent au
sein dcs solit,ucles, en des lieux .saur,[rges, mais choisis avec rliscemc-
ment au point, de vue cle la distribution dcs eirux et de la fcrtilité du
sol. Ils y plantcnt d'ahold unc graudc croix de bois, puis, s'aidant
de Ia hache et du feu, ils dégagent un lrrge espacc otr ils élèvent
une petite église ct quelques cabanes. C'est là lc lterceau d'un futur
monrstrire, parfois celui d'urre localité importante (Andenne,
Ni'r'elles, lllons, etc. ).
D'ordinaire, les chefs du voisinage rcspcctent les nouveùux venus,

({ ) Voir BnAnts, [ssai, p. 30 et suivantes.


(9) tes moines bënétlictitts, ainsi nommés tle saint Benoit, le fondateur de
I'ordre,
TElrps rrrsT0nrouEs.
-
pÉuoDE FRÀN0UE 109
soit qu'ils les trouvent inoffensifs, soit que l'ins[ruction plus grancle
dcs noines leur inspire unc cr"ainte superstitieuse. Le domaine cle
I'abbaye ne tarde pas à s'augmenter de dons et rlc legs. Puis, nomble
de gens, désireux de vivr,e en paix, sollicitcnt la protection des
moines et plantent une croix sur leur champ, en signe qu'ils
acceptent Ie patronagc du monastère et s'en recomaissent les Ltles
ou les serp.
Parrni les moines,les uns sont jardiniers, agriculteurs, vignerons,
architectes, maçolis, tisserands, mcnuisiers, charpentiers, cordon-
niers, trilleurs, boulangers, forgerons ou simples mal)æuvrcs.
Lcs aul,res euseignent car tout monastèrc possède ulle école,
-
écrivcnt des mémoires, copicnt des manuscrits. Sans eux, beaucoup -
tlc procédés iudustr'iels ou agricolcs, de bons livres et de chcfs-
d'tluvre altistiques eusscnt été perdus pour lolgtemps, car le plus
gland désordle régna en Gaule aprt)s le départ des Romains.
. C'est surtout grirce à la fondation des mouastôre$ que l'Ér,angile

est enfin accepté par les ancicns Belges. La bellc conduife dcs moines
qui manient, de leurs proples mains la cognée et la chalruc ou
diligent ar"ec intclligence le travail de leurs colons ( I ), qui ensuite
distlibuent aux néccssiteux le fruit, de leurs peines, touche les
cæurs cles plus farouches. Spoltanément, Ies habitants de la contrée
abanrlonnent leurs forèts et, leur tie eruante pour se joindre aux
moines. Àprès avoir reçu Ie baptêmc, ils se lrirtissent des huttes
dans le voisiuage des monastères et, sous I'liallle direction des
pieux solitaires, s'appliquent aux travaux de I'agriculture et dcs
diverses industries.
Les moines réussissent ainsi à desséchcr ds vastes marais, à crécr
de riches poldels, à défricher des bois immenses, enlin à changer
inselsiblemeut les marais fangcux des Flanclrcs en belles prairies ct
quantité tle temes boisées du pays cu lronnes terres arables (9).
Une grande partie de I'Europe a été défrichée de la mêmc façorr
pirl les rnoiues bénétlic{,ins. 0n peul dile quc I'influence de l'Églisc

(.1) Àppliquant, par exemple, au sol belge les procérlés agricoles apportés
d'Italie par certains d'entre eux.
(9) ll ne faudrait pas eroire cependant que les moines seuls aient travaillé
.au défrichernent des terres incultes daus nos contrées. Ils trouvrient dcs
jmitateurs chez les grands propriétaires fonciers. C'est ainsi qu'on cite un
seigueur flarnand du temps de Charlemagne, nommé Engelrame, comme aSant
converti en terres alables une immense élendue de Lois et élevé dans les
lerrains défi'ichds quantilé de rillages et de bourgs.
{{0 ursrorRu DEs BELGES BT DE IEUR crvILISATroN

s'exerça à ce nroment dans le sens le plus utilc au progrès. Peut-être


n'a-l,-ellc jamais accompli d'æuvre plus méritoire; peut-rùtre son
action nc s'est-elle jamais affirntée sous ullc forme plus glolieuse
pour elle-même, plus avantageuse poul' I'humanité.
Les monastères étaient singulièrement propres à remplir le rôle
important qu'ils ont joué en agriculture. Transformer des for'êts en
bonnes terres arables et dcs marais cn prairies, c'est là une æuvre
de longue haleinc, qui récessitc, avec dc fortes avâDces, lc concours
de plusieurs générations de travailleurs agricoles. 0r, les moines qui
ont peu de hesoins, qui travaillcnt surtout par dcvoir', non erl vue
d'un profit imnrédiat, sont tout à fait en siturtion de conduire à bien
ccttc æuvre considérable. Aussi les terres des conmuuautés reli-
gieuscs s'améliorent-elles d'une façon invariablement progressive et
stre ( I ).
r.EcruRD.
- Une abbaye au rxe siècle. - Dans Ia ville de Saint-
Riquier t2), propriété des moines, il y avait, au rxe siècle, deux
mille cinq ccnts manses de séculiers; chaque mfln$e payait douze
dcnier's, trois setiers cle froment, d'avoine et de fèvcs, quatre
poulets et trente æufs. Quatre moulins devaient six cents muids
de pain mèlé, huit polcs et douze vaches. Le marché, chaque
semrine, foulnissait quarante sous d'or. Treize fours produi-
saieut chrrcun, prr" âtr , dix sous d'or, trois certts pains et
trente gâteaux dans lc temps dcs litauies. La cure de Saiut-
Itlichcl donnait, un reyenu de cinq cents sous d'or, distribués en
aumônes par les frèr'es de I'abbaye. Le casuel des enterremeuts des
pauvres ct des étrangers était évalué, année courante, à cent sous
cl'or, égalcrnent distliburis en aumôues. L'ablié partageait chaque
jour aux mendiants cinq sous d'or, il nounissait trois cents pauvrcsr
cenI cinquante veuves et soixante clercs. Les mariages rapportaient
urnuellement vingt livres d'argerrl pesant, et le jugemcnt des procès
soixante-huit livres. La rue des Marchands devait à I'abbayc,
-
chaque aruée, une pièce de tapisserie de la valeur de cent sous d'or,
c[ la rue cles 0uvriers-en-Fer, tout le femcment ttécessaire à I'abba-ve;

(,t) r Les fermes des monastères, dit PoULLET, p. 35, administrées par
des rnaitres qui avaient l'avenir devant eux et qui ne songeaient jamais à
sul'nener le présent, restèrent jusqu'à la fin rle I'ancien régime de véritables
fermes modèles et des écoles permanentes d'agriculture perfectionnée. r
(9) Aujourd'hui bourg de { .500 h., à 40 kil. N.-[. d'Abbeville, dépaltement
de la Somme.
TEMpS HIST0nI0U8S.
- PÉRIODE T.RANoUE 1,'l,l

l'.r rue des Fabricants-cle-tsoucliers était chargée de fournir les couver,-


tures de livres; elle reliait ces livres et les cousait, ce qu'ou estimait
à trentc sous d'or. La rue des selliers procurait des selles à I'abbé
et aux frèrcs; la rue des Boulangers délivrait cent pirins hebdoma-
daircs; la rue des cordonniers rnunissait de souliers les vrlets et les
cuisiniers de I'alibal'e ; la rue des Bouchcrs ét;rit taxée, chaque
anrtée, t\ quinze seticrs de graisse; Ia rue cles Foulons confectionnait
les sommiers tle laine pour les moines, la rue cles pelletiers les
peâux qui leur él,aient uécessaires ; et la rue des Vignerons donnai[
par semaine seize setiers dc vin et un d'hnile; la ruc cles cabaretiers
trente setiers de ccrvoise ( bière ) plr jour ; la rue dcs cent-Dix-cheva-
liers devait, entretcnir pour chacun d'eux un chcval, un bouclier,
une épée, une laucc et les autres armes. Lil chapelle des nobles
-
octroyait chaque année douze livr.es d'encens et, de parfum les ;
rluatre chapclles du comnun peuple payaient trois cents livres de
circ et trois d'enceus. Les oblations pr'ésentécs au sépulcre de sailr,-
Riquier valaient, par semaine, deux cents mrrrcs ou trois ceuts livles
rl'argent. L'état des bicns de I'abbayc mcntionne ensuite lc borde.
-
reiru des rases d'or et d'argent dcs trois églises de Slint-Riquicr, e[
lo catalogue des livres de la bibliothèque. Puis r.ient la liste clcs
villages de Saint-Ricluier, au nombre dc vingt. Dans ces villages se
trouvaicnt quelques vâssûux de Sainf.Riquiel qui possérlaicnt des
temes à titre de benéliccs rnilitaircs. 0n voil de plus trcizc autres
villages sans rnélange de ticfs; et ces villages, clit la uotice, sont
tnoins des villages que des villes e[ rlcs citcis.
- Le dénombrement
clcs villes, dcs villages et terres dépentiant cle slint-Riquier présentg
les noms cle cent chevaliers attachés au monastère, lesquels cheva-
licls composcrrt à I'abbé, aux fètcs de Nolil, de Pirques et cle hr
Pcntecôte , une coul. pl'esque royale. En résnrné, le monastère possé-
tlait la ville de Sairrt-Riquier, treizc autles villcs, trente villirges, un
nornble infini de métairies, ce qui produisait un revenu im-
mense({).
Les villes.
- Les premic\res fondations rcligieuses ne sont guère
tlue des fermes de défrichement créées par des rnoines étrangers au
pays. Mais on voit plus tard un grand nombre de Francs de race
loyale ou de haute uoblesse, pris d'une ferveur extraordinaire de foi
ct de prosélytisme, consacrer leur fortune tout entiùre à l'édilication

{ ) Crlrr.l,uBRrÀND.
LL9 IIISTOIRE DES BELGES DT DE IEUR CIVILISATION

de fastueux monastères ({). Saint Amand fonde à Gand les abbr_res


de Saint-Pierre e[ de Saiut-Bilvou. Sainte Waudru crée I'abba)e qui
porte $oll nom à IIIons; sainl,e Gcrtrude, celle de Nivclles; saiute
Begge, celle d'Ândenne. Saint Yinccnt biitit un mouastère à Soignies;
saint \\randelin en élève un à Lobbes. Saint Rernacle, patrou tles
r\r'dennes, fonde ceux cle Stat'elot et de X[almédy; saint Feuillan,
celui de ce nom à Fosses. Citous cllcore les abbayes fondées par
saint Ghislain, sairtt Trond, stint llubcrt, ete. Tous ces per-
sonuâgcs appartiennelit aux familles les plus illustres de la nation.
Bientôl lcs opprinrés viennent ert foule sc lixor dans lc voisinage
dcs cloîtrcs ou ils trouvent aidc et protection dans les immuuités
ecclésiastiques. Des colons libles se joignent à eux, et tous, s'i1don-
rrant aux industries naissltttes, atlilent le commerce daus lcs foires
e[ les marchés établis près des motrastères. Airtsi naissent de uotn-
breuses villcs.
D'autres localités, situécs à proximité d'un siège épiscopal, d'un
camp, d'un chirteau fort ou de tout atrtre lieu ou se tienuertt cles
marchés, grandissen[ aussi eu intportauce. Ce sont entre autt'cs
Garrd, Anvers, Louvrin, etc. Ettfiu, urt plus grand nombre pretttteu[
nirissiuice sur la tner, au fotttl cl'utte baie ou aux con{luents
des rivières, en des lieux dottt lir situation est particulièrentent
favorablc âu commcrce, par exernplc Bruges, que baignent alols
les eaux de la met'.
Population et races. Âu momcttt, de la conquète flauque, la
-
populatiou de la Belgiquc doit ôtre bierr faible par suite des invasiotts
récentes et de la misère génériile qui err est résultée. Brt levauclte,
des temps de la conquète à ceux cle I'invasion not'mande, il s'écoule
plusieuls siècles de paix penclrttrt lcsquels la population actluielt
ccrtainemcnt dc I'irnpottartce. ll scrait toutefois irnpossible ct'et,il-
luer, rnôme lpproximativentent, lc chifli'e qu'elle atteint alols.
Dans lcs seigrtenries rurales iniportantos, d'ordinaire situétrs iru
sud de la loie i\grippa, les serfs et lcs colous sonl, le plus sourettt
rles Belgcs; les nraitres appalticnncnt à la race couquérlnte. ll sc
procluit cl'ubold peu cl'uniorrs cntre ics uns et les autres, ii raisort

(l) c Jeunesse, beauté, richesse, puissartce, rien ne prévalait tontre I'rttlait


de l'ascèse chrétienne. Des rois renonçaient à leur trône, à leur {iancée, à leur
patlie pour rller cacher, sous la livrée de lir servitutle monastique, une calrière
qui s'ouvrait plcine rie gloire et tle plospér'ité. r (liunttr, Les Origittcs rle In
cit'iliscttiort ntodcrne, lome I, p. {63.)
TErrrPS HrSTonrouES.
- PÉnIoDE FRAI{0UE {{3
du mépris dans lequel les Francs tiennent les vaincus.,Plus tard,
cette antipathie s'affaiblit ; les races se mélangcnt et le tupe
bru,n l.iend à dominer dans la partie méridionale de notre pays' Au
contraire, lc typeblond se maintient au nord de la voie Agrippa, où
Ia population tudesque est iucessamment renforcée par des immigra'
tions franques et anglo-saxonnes.

TITRE IV
Institutions politlques'

Subdivisions territoriales. Les subdivisions aùninistra-


-
tives établies par les Romains subissent peu de changements
apr.ès la chute tle I'empire. Les Flancs retrouvent le gau ger-
manique rlans la cité 0u tlistrict româin, devenu le pagus. Il y
a tle grantls, de moyens et de petits PaSi, souYent indépeudants
les utrs des autres. Le graaf ott' clr,ef du, gau, devient, dans le
pagus, ltt cornte fi'anc. @ -à.-l-lêW"$le-cl19.---*
lingienne, est le conûd. Les pagi folment parfois utt seul comté,
-
parfOts ptiisiiliri. i:gt g-o-glt-qË i,9U-t*.F-Ub"4]-::E gp"*pt .-csnteui,fs,
cgJJes:ci*-gL "nlÆcl;es"*tr9ruitoires ruraux qui, par la suite,
formeront les villages. A la tête tle ces circonscriptions diverses
se trouvent des co.mtes (1 ), del ce{eli9-tl' dep diz{nie{g.
Dans la suite, plus d'une centenie s'élèvera au rang de comté
lorsque sa population aura sufiisarnment augmenté.
Gouvernement central. Il est elelce.Ær-lq lgl-:alec.le
-
cq!lç-9y{q dg ses Jegdes ou fidèles et dql mjsli $q+$Lqi et sous
le contrôle des assemblées qati-o,nales dites dmmps de mars ou .-
chatiirps d,e nmi.
rous les ans, se tiennent, en deux
tgfglqru:.gf$!. -
sessioni, de grandes assemblées nationales ou champs de mai,

( { ) Ils portent le nom de ntar.Quis tlans.les matches ou provinces


frontières
destinées à servir de reÀpart au reste de I'empire, celui de drrc dans certaines
provinces très étendues.
Y. Mirguet. - Histoiredes Belges.
' l,l4 rrrsrotRE DEs BELcEs ET DE LEUR crvrltsATroN

I'une en automne, I'autre au pt'internps. La réunion tl'autonne,


d'habitude la moins uotnbreuse, sert à préparer celle du priu-
temps. Le roi soumet à ces assernblées les_p1.ojets.flq_lgl..omtne
-iiô;
le fo't afrôtiid'hui ùffi;*i,ir .ouJitutionnels liarll'inter-
médiaire de leurs ministres. Ordinairement, les laTcs et les
ecclésiastiques y tlelibèrent à palt. Les unsî--ies àùtres
forment, si I'ou veut, ure prelnière et uue seconde Chanble,
constituées par deux des oldres qui, plus tard, cornposerout
les états généraux
-
Mais, à l'époque de Char.lenâgne, I'approbation des hommes
libres assemblés eu champ de mai n'est plus indispensable
pOur que I'empereur puisse promulguer ses capitulaires :
il désire bien conrtaître leur opinion, il ne s'astreilt pas iî
s'y soumettre. La devise gonlenlementale, en notre pays de
régime parlementaire, est : Ie roi règne et ne gouuer'ile ltûs. La
devise de Charlemague est tout autre,cat il r'ègne et iI gotnerne.
Les missi dominici. La cour fournit à charlemâgne
les ministres qui I'aident dans sa tâche et, avec lui, coustituent
le gouvernement central. lltais il a bpsoin d'interrnédiailes pour.
c^"'*'*: '1r! '".ùggttistler aux con{eq-1ftsoltlréf-uitt., lois nouvelles. ce
"q"i
so,rilesl,r issi clonutt rcl, res èiii;o.veî du maitre, rernpiissent
cet ofûce : deux fois par an, ils passent dans les provinces pour
s'39s,t1ry1{ue le.s coq.1tg-s
1-tt-pj$ptren! "ar:ec. irrtégrité çJ.*gqlrfor-
mément
195, gapitulaires. D'oltlinaire, ils voyagent à deux : un
éîdEudît un abbé eir compagnie cl'un haut diguitaile laique.
A la suite de leurs inspections, its présentent uu rappo.t
au roi. L'existence des routes, des chemins de fer, des télé-
graphes et I'institution des postes régulières out, tlepuis lols,
rentlu de tels agents inutiles. Peut-être, cependant, ponr.rious-
nous les reconttaître dans ces clnnnissaires spéciauæ, envovés
quelquefois par les ministl'es anx administrations comrnunales
récalcitrantes.
Gouvernement provincial À la tête des corntés, le
TEMFS HISTONIOUES. _ PÉNIODE }'RÀNQUE 'T
,l
5

souver'âir pl:rce tles g*o*rrygleg5 qgi"slp-pe[çnt "çomtes, tlucs


-0g-.Ilal:q$i$ et qui, ;getiË âirects tlu gouveruenent
cerîrl"l,
président, coillme nos gouYefneurs actuels, à I'atlministratiorl
des intér'êts plovinciaux. Ils ont pour attributions de maintenir
I'or'dre, de rendle ou de faire rendre la justice, de presi-
der les mâls et les plaids provinciaux, de percevoit' les
taxes.
Les mâls ou plaids provinciaux. Dals chaque cornté, les
-
pouvoirs tlu comte sont limités par tes qg.!-e-9"1b!ées-deË hg.rlnlngs _ ,ir.
Iibres, dites rnrils ot plaids, qui se tieunettt au mâlberg (l).*t* i
Ôl'îaite, en ces réunious, togt^"..-c9-.$9i, au poitrt de vue
;Ariilrtrîtif et jutliciaire, intéresse la généralité des habitants
du comté. L.4gry-gottp-llç-q,-qdqpfffi fâi1sîôî cham-pI Iè f.li:
son! _Ç.QJrJlugsrqlr-Éss" _tu "Eqplg.pg_l-eq_l9]nlg-s' d** ln l*
proviDclaux.
" et letlz_Uiiers
Àïministration locale.
- Les centenie"rs
sont nommés paq les conrtes. Ils o4.{,..ladrninistration -dep
c.q-l!"elli9t qll *49!,l4ar9heg et pr'ésidgnt les plaids lo-cau.1, car
ctraquô divisiou ou subdivision adrniuistrative possède son
chef et ses plaids.
LBs pr,rtns LotÀux. tou! c-9qçi.a.tlnlt
- QqgÏ--9c9g.fe-.-dg
loq-qgx. 0n-y.-lçtt4 qusl!-$ jgs1i9e. Ainsi, tlans
aut"i111.e$!5
chaque cointé, dans chaque tlistr.ict, dans chaque malche
mêrne, se ticttuent des assemblées secontlaires, présitlées par
Ies comtes ou les centeniels, et dans lesquelles se discutent les
intérêts provinciaux ou locaux. Ici encore, il est facile dc
rettOuVer, ett rudimettt, ttOS ColtsCils qn'oUittciaur ot clttlttnl'
tltrrrfr. Seulement, llous cotlstatous que la règle suivie pâr llos
ancêtres en tnatière aelministrative et gouvet'uementale, restc
longternps la participation tlirecte tlu peuple âu gouYerttement
local, pt'ovincial ou central. Les assernblées publiques seront

({) Ainsi nommé de mtil, assemblée, eL de berg, montagne ou lieu de tléfense.


ti,l,6 uIsTorRE DËs BELGEs ET DE LEUn cIVILIsATToN

longtemps constituées, non par tles délégués des hommeslibres,


mais par les hommes libres eux-nrêmes.
Lns nrcrrrrrBouncs 0u scABrNr.
- Les plaids, provinciaux ou
locaux, se tiennent à des époqucs régulières et aussi souvent
qu'il palait utile de lcs convoquel'. Des amendes sont pronon-
cées contre les absents. En vue d'augmenter le nombre tles
ameudes, qui sont à leur profit, Ies comtes et les centcniers
multiplient les plaids. -Pour mettre un telme à ces abus,
Charlemagne, reconnaissant d'ailleur"s la difiiculté de réunir en
assemblée générale tous les homrncs libres d'une r'égion parfois
fort étentlue, décide que, dans chaque centenie, il ser.a élu un
@_3.^1lg,Iqç,. .lllgll!1grs nornmés rachem-
bom'gs (l), {!r Lt11,qnt, sous la présidence des_gglules ou des
ce_ntgnigls, I'atl.miuislration locale et le r.èglement des procès.
-plo*
taltl, comure-èei'-,Iôiôgué's u* ro,rirànt' fâi no,rlto*
betucoup d'empressement à accepter leur rnandat ou â en
rernplir les obligations, Charlernagne est arnené à les désigner
lui-nrême, afin de rle laisser en souffr'auce ni les services
publics ni surtout I'atlministration de la justice. IIs prennent
<lès lors le uom de scabini (9). Telle fut l'origine du tribunal
des échevins ct de uos atlmiuistrations communales.

- l"lggi. -
Classes sociales. Les rois mérovingiens sont
choisis par le peuple dans certaines farnilles illustres par
I'aucieuneté tle leur uoblesse et par la haute réputrtion de leurs
grrerriers. te soltlat élu en qualité ,Je clrc,f ou tle r.oi, est porté
sur le pavois (espècc de grand bouclier)et promené trois fois
autour du camp aux acclamations tle Ia multitutle.
Plus tartl, la ro"vauté étaut d'ailleurs devenue hérétlitaire,
Clovis et ses successeurs r.eçoivent en outr.e le sûct e ou
ottctiott royale. Cette cérémonie donne à l'élection et à I'autorite

(1.) De reeht (droit) ei biirgu (bourgeois) : homme du drojt.


(?) Terne bas-latin signiliant juge ù{erieur.
,'1]r
{ T8 IIISTOIRE DES BELGES El DE LEUR CIVILISATION

sonveraine la consée.ration religieuse, fort irnportantg à cette


irpotlue où I'influence du clergé sur les populations est illimitée.
Au nombre des attributions essentielles tle la royauté, citotts :
le tlroit alisolu de faire la paix ou la guerte, de notnmer les
comtes, de les juger, de les révoquer, de lever tles taxes. Le
pouvoir royal est donc le pouvoir monarchique pur, à peine
tenpéré par les champs de mai.
2' Lp clereâ. Les évêqnes sont nommés par Ie peuple ct
-
par le clergé, mais ils doivent ê!çe agréés par le roi. Une
oldonnance tle Clotaire II, parlle vers 6{4, garantit au peuple
le dloit d'éiire ses évêques e[ intertlit de désigner, de leur'
vivtrnt, leurs successeurs.
Clurlernagne attribue en don, à toutes les paroisses, des
terles fonnant au moins uu lnanse ({). Certaines abbayes
acqnic:rent le droit d'établil' des foires. Les biens fonciers du
clelgé, tl'ailleurs exempts tle taxes, ne peuvent être aliénés; ses
tlroits sur eux sont irnpresmiptibles. lls peuvent toujours
s'accroître; dimimter, jamais. Telle est I'origine des biens
cle mninmorte. La personrte des prêtres est inviolable; leurs
propriétés sont placées sons la protection des lois : des peines
particulièrement sévères punissent les délits et les crirnes dont
ils sorrt I'objet. Les églises, les monastères et les deneures des
prêtres jouissent du droit d'asile en faveur des homicitles, des
selfs, des esclaves en fuite, etc. De sernblables privilèges ne pou-
vaic'nt nlanquer de donner une grande influence aux ecclésias-
tiques. Néanmoins, sous Charlernagnc,le pouvoir spilituel tombe
sous la clépentlance du ponvoir civil. Mais la faiblesse de ses
successeurs ne leur pennet pas tle maintenir cette situation
et le clergé, bientôt redevenu indépenclant de I'autorité sécu-
lièr'e, la domine.

({) lllesure de lerre estimée nécessaire pour nourrir un homme et sa famille.


Le nranse ne dépassait pas l5 hectares , l)e nanse, dérive sans doute maison.
TEITPS HISTORIOUES. PÉRIODE FRANOUE ']'I9
-
La puissance et les richesses de Ia classe sacerdotale entraî-
neut sa corruptiott. Divers conciles tenus au vltlu siècle ont
poul objet de réformer les abus qui se sont introduits dans l'Église
et parmi lesquels on peut sigualer la sinonie, le cumul des fonc'
tions ecclésiastiques,le trafic des immunités et des privilèges des
clercs, etc. rr 0n vendait aux ficlèles les bénéfices, les dignités,
les ordres avec les pouvoirs qu'ils conféraient, les indulgences,
l
les sacrements, les prières, les tnesses, etc. On voit des
prélats posséder trois et quatre évêchés, autant d'abbayes et les
rerenus d'un grand nombt'e de paroisses. Ils vivent en
seigueurs laiques, et les conciles sont obligés de leur interdile
la chasse, pour laquelle ils tiennent des chiens, des éperviers et
des faucons.
3o La noblessq. Elle n'est plus attachée au mér:ite per-
sonuel, mais à la
-
possession del'alleuou du bénéfice important.
Cepentlant, outre les nobles alleutiers et bénéficiaires, il existe
atrssi des nobles dits anh'ustions (de treu, fiilèle). Ces nobles,
attachés au service spécial du roi, vivent à la cour. Enfirt, il y a
encore les nobles gallo-romains qui, d'abord tenus à I'écart, ne
tar.dent pas à jouir des privilèges attribués à la noblesse
franque. '
Le terme leude, d'abord appliqué à tous les compagnons du
loi, semble être deveuu, par Ia suite, une appellation honori.
fique. Ce fut lorsque, parmi les nobles d'origine franque, le
degré tle uoblesse parut se régler d'après la fortune, les uus
s'étant enrichis, Ies autres appauvris.
Les nobles, alleutiers, bénéfïciaires ou atttrustions, jouis-
sent d'une fotùe d'immunités et notamtnent du droit de rendre la
justice sur leurs temes. On désigne les principaux d'entre eux
sous le norn générique de barons. Pentlant l'époque carolin-
gienne, les comtes, les ducs, les marquis sont choisis parmi les
barons.
40 Les hommes libres. Les simples hommes libres
120 HrsrorRE DES BELcEs ET DE LEUR crvrlrsÀTroN

appartiennent, pour la plupart, à la race conquéranle et se


rencontrent principalement panni les petits alleutiers.
Leurs privilèges sout presque égaux à ceux des grands
alleutiers. Dans les assemblées, leur voix a une valeur égale à
celle des plus grands seigneurs. outre cette catégorie
d'hommes libres,il y a encore les petits bénéficiaires des rois et
des grands seigneurs ecclésiastiques ou laiques. Ils prennent
part aux mâls. Le nombre des simples honmes libres tlécroit
rapidement. Au xu siècle, on n'en rencontr.e presque plus.
5" tÊffpl-o!$.3!. !çS.Sgf!g,
- Ceux-ci sont presque roujours
d'oligine gallo-romaine. En général, ils cultivent la ter.re au
profit de leurs vainqueurs ou remplissent auprès r.l'eux tles
offices serviles.

TITRE Y
Institutions judiciaines.

Droit des gens. ne voyons pas qu'à l'époclue fra'que


- -Nous
le droit tles gens ait fait des plogrès sensibles sur la barbarie
pure. Les mæurs restent trop dures pour que les relations
internationales, même en temps de paix, ne soient pas fré-
quemment troublées pal d'inexcusables violences. Charlemagne
ordonuant de décapiter les prisonniers saxons, méconnait
d'uue façon otlieuse Ie droit tles gens.
Droit civil. l[ s'en faut tle peu que l'usage tlu tlroit romain
-
ne disparaisse tle la Gaule sous I'action tle ra rrarbarie. pendant
quelque temps, il ne se maintient que dans les villes. partout
ailleurs, ilest remplacé par les lois nationales des différents
:
peuples envahisseurs Ioi saliqu,e des Fmncs saliens /oa
;
ripuaire des Francs Ripuaires; loi burgonde des Bourguiguous,
etc., dites pour cette raison lois barbares. La loi salique
dornine tlans la plus grande partie de la Belgique actuelle,
TEltps rIlsrORI0uES. PÉRIoDE !'nANQUE {21
-
sauf dans les territoires correspontlant à la provirtce de Liége,
oùr I'on suit la loi ripuaire.

Peu à peu, ces lois cessent d'ètre en rappot[ irvec les nouvelles
contlitions de Ia vie chez les conquêt'ants tle la Gaule et tombent
eu tlésuétutle. Les coltitttluires, reclleil de lois édictées sous les
Carolingiens, ont I'eçu ce nom parce qu'ils pr'ésentent les lois
classées et clmpttres. on y trouve réunies des lois pol-itl_qyq.q:
civiles, tles lois por.algs, rellgieuses, voit'e tles règles
pé1gl_e_s;
Elles étaient pioposOes, discutées et formulées dans
@ofriq:ls.
tes itmi*ps de mai.
Amentlée par les capitulaires, la lof ripu,aire Sel'â collllue' par
la suite, tlans le pays de Liége, sous le nom de lor,Charlenl'agne.
Lt toi er:cltisiastiqt6 06. droit ca,n7n, (ùe canon, règle) est le
droit de I'liglise, qui eu a puisé le fontl dans le droit t'omain,
rnotlifié cl'après les principes du christiauisme. Les décisions
des couciles sur les matières ayant rapport à la foi et à'la
tliscipline ecclésiastique, ont {ixé peu à peu la jurisprudence
canonique.
Droit de faida.et iustice publique. Principes judiciaires. -
Les institutions jutliciaires de nos ancètres se transforment
insensiblemeut, comme il arrive de toute institution humaine'
Le tlroit absolu de faida, ce droit terrible qui tlonne à chacuu
le tlroit de tuer sou euueni, ne se conçoit que chez tles
hommes vivaut à ]'état tle lature . Ule coutume, celle de h
contpositiott 1técuttiuire ot ueln'geld, âppgrtée de Gerrnanie par
les l'raucs, avait iutroduit rtn premier ternpérament dans
I'exercice de ce tlroit excessif. L:r satisfacl,ion par la composi-
tion pécuniaire repgse sur ulr plincipe supérieur à celui qui
sert,tle base au tlroit tle faitla. Elle suppose, en effe[, la pour-
suite tlevant le phid, c'est-à-tlire la lecherche du dloit par
une voie légale et pacifïque. Cependaut, les délits et les uimes
sOnt toujours consitlérÔs comme des offenses personnelles, non
conrme des offenses à la sotiété ou à la loi morale. En cortsé-
192 rrrsrotnE DEs BELGES ET DE LEUR crvrLrsATroN

quelice, la poursuite d'office devant les tribunaux n'existe pas.


Tout le monde reste libre, soit de se faire justice de ses propres
uains, en invoquaut au besoin I'aide de sa famille, soit de
reconrir à la justice publique. En cas d'appel arir tribunaux,
chrcun est jugé par les tribunaux et par les lois de la nation, de
I;t classe sociale, de la professiou ou du métier auxquels il
aplrartient. Des Francs jtrgent les Francs, d'après la loi
ripunire ou la lot salique; les Gallo-Romains sont jugés par
des juges gallo-romains, que nomme Ie roi et d'après les
cotles romaint,' les ecclésiastiques le sout d'apÈs le rlroit
cnnonique et par les tribunaux ecclésiastiques. Tout homme de
gllerre est jugé par des soldats. Le noble I'est par des nobles,
le vilain par des vilains. Clmcun est jttgë lt&r se:s puirs (l).
De rnême, la sévérité des peines se détermine par le rang
social et la nationalité du coupable. Le serf est frappé plus
tlulemett que I'homme libre; le simple homme libre, plus
s(rr'èrement que le noble. Lr loi traite le Gallo-Romain avec
rnoins d'indulgence que le lrranc (2). La justice est d,onc Tter-
sonnelle.
Le christianisme est encore seul à affïrmer en matière
répressive ces principes véritablement supérieurs : que
les tléIits et les u'intes sont des offetrces à la société, ù. Ia
mornle, tt Ia diainitë; que I'erpiation, eil 'une ranoaation,
cor" elle su,pplse I'anrcntlement du, coultnble, ltar su,ite s&
t'ticorrciliation a,uec Dieu et auec Ia sociéte. Aussi I'Eglise
inlroduit très tôt la poursuite d'office dans ses tribunaux.
Comrne certains délits échappent nécessairement à I'action
répressive ordinaire, elle les rapporte à sa propre juridiction.

. .({) Nous-evons aussi nos jurys, nos conseils de guerre et de discipline, nos
tribunaux de commerce, elc.
(2) a si, tlit le code, quelque homme libre a tué un Franc ou un Barbare
vivant sous Ia loi salique, il serajugé coupatrle au taus de deur cenrs sous. si
un Romain a été tué, celui qui sera convaincu de I'ar.oir tué sera jugé coupable
à ce?f sous.
ÎEIIPS fiISTONIQUES. : PËRIODE TNANOUE {93

Elle a ainsi sa justice, son code (le droit canotr) et elle réclarne
Ie tlroit rl'appliquer môme des peines ternporelles.
fuStiCe publique. TntnuxAux DES cgrtrES Er DES SENTENIERS.
-
Les comtes rentlent la jnstice dans les chefs-lieux de leurs
-
comtés. I.,estribunaux qu'ils présitlent ijugent toutes les causes
pouvaut eutraîtrer la confisCation des biens, I'emprisonnement
et la peine de mort. Les centeniers jugent en des tribunaux
dout le ressort cornprentl ordinairernent plusieurs marches ou
villages. Ils conrtaissent des canses d'importance secondaire
et, cl'habitude, cherchent à réconcilier les palties en les déci-
tlant à tles concessions réciproques. IIs jouent ainsi le rÔle de
nos juges de paix.
Coun DU Rot. de Charlemagne, il y a aussi la
A partir
-
cout, chr, roi, tribunal composé de grands seigneurs laïques ({)
et tl'évêques, présidé par le roi lui-même. La cour du roi
connaît des crirnes politiques, émeutes, révoltes, troubles
divers, e[ ne juge que des perso1nages appartenant à la haute
noblesse. ll u'y a âucune hiérarchie entre les divers tribunaux.
En général, tous jugent sans appel. Quelquefois, mais ral'e-
ment, la cour du roi sert de tribunal d'appel des sentences
rendLres par les tribunaux des centeniers et des comtes.
Justice privée. Indépendamment des tribuDaux publics,
-
il existe des tribu,nl&Im, priutis, seigneut'iatm ou ecclésiastiques.
Ces tribunallx l'elldent la justice en des domaines jouissant de
I'irnmunité, c'est-à-dire non soumis à la juridiction ordinaire.
Ces domaines appartiennent soit aux grands alleutiers et aux
grands bénéficiers, soit aux grands dignitaires ecclésiastiques,
évêqrres ou abbés. Les nafssa domùûci tlartchent les conflits
qui s'élèvent elltre la justice publique et la justice privée.

(t) Désignés sous I'appellation tle comtes du palais .ou. palatins, d'oir sans
Ooiri'e te titme palad^irr,'ôrdinairement employé pour clésigner les lidèles de
Charlemagne.
124 HrsrorRp DES BELGES ET DE LEUn crultsATroN

Procédure L'accusé tratluit devant les tribunaux est


tl'abortl astreint au serment, puis sournis aux épreuves jutli-
ciair"es oa jugentent de Dieu,, c'est-à-dire au conrbat en charnp
clos s'il est de naissance libre, aux ordalies ({) s'il est de basse
condition. L'institutiou des épreuves judiciaires est basée sul
Ia croyance à I'intelvention de la Divinité en faveur tlu droit et
de la justice. La Divinité est supposée donner son avis par le
résultat tle l'épreuve. De là vient qu'on tlésigne les épreuves
judiciaires sous le nom générique ùe jugement d,e Dieu,.
rt Nos ancêtres prenaient I'issue du combat pour un arrêt de
la Provitlence, toujours attentive à punir. les coupables. l
C'est là évitlemment une conception bien enfantine tlu rôle tle
la Divinité et certainement I'institution des épleuves était des
plus illogitlues. a Elles fournissaient des preuyes qui ne prou-
vaient point, qui n'étaient liées ni avec I'innocence ni avec, le
crime. Néanmoins, dans les circonstances de ternps oir la
prerrve par le combat et par les ordalies fut en usâge, il y
eut un tel accoltl de ces lois avec les mæurs, qu'elles protlui-
silent moins d'injustices qu'elles ne furent injustes, qu'elles
furent plus déraisonnables que tyranuiques. D (Mourespure u,
Esprit des lois.)
Lr snnurNr. Primitivement, on s'était borné à irnposer
-
le serment à I'accusé. celui qui affi.mait, par serment, son
innocence était renvoyé absous. Des abus s'étant pr.otlnits,
les juges réclament, outre le serment des parties, celui tles
membres de Ia famille de I'accusé, tle ses amis et tle ses
voisins, au nombre de douxe aa moins. ceux-ci sont des
mruju'ratetn's. L'accusateur en produit autant. chacuu jure,
norl pas sur Ie fait, mais snr le tlegré de confiance que
rnéritent les dénégations de I'accusé ou les afiirmatious de
I'accusateur.

(f ) Jugement de Dieu sans combat. Du bas-ratin ardalitnn,jugement.


TD]IpS ÏrST0RrQUES. PÉRIODE ]'I{AN0UE {2S
-
Lu nunl JUDICTAInE Les abus ne font qu'augmenter.
a disparu : les parjures se ntultiplient.
L,'honnêteté primitive
On irnagirrcle contbat en chantp clos el les epreuues jruliciaires'
au ordalies.
Le combat judiciaire et les ortlalies sont url essai de
rernède apporté à I'abus des serments, cat' I'institution tle lois
nourelles est toujours provorluée par un mal présertt. Gonde-
llaud, roi de Bourgogne, encourage le combat : rr C'est afitt,
dit-il, que mes sujets ue fassent plus de serments sur tles
faits obscurs et ne se parjurent plus sur des faits certains. n
tr Ne vaut-il pas mieux, tlit Char"lemagne, permettre de
recourir au bâton en charnp clos qtte tle laisser accomplir
'secrètement un parjure? r

0n espère tl'ailleurs diminuer par là le nombre des querèlles.


rr Réduire le droit de faida aux limites d'un combat à deux est
un progrès. Les combats se iilent par I'ortlre et sous les yeux
du magistrat, ce qui était préférable à une licence générale de
'
se nuire. r (MonlnsgulEu.)Àu surplus, eu adoptant le combat
judiciaire, les Francs ne font que suivre le gênie de la nation.
Le duel jutliciaire a lieu entt'e l'accusal,eur et I'accusé daus
urle lice préparée à cet effet. 0n maintient les spectateurs
à distance par une corde ou par une barrièr'e. Les deux
charnpions sout accompagnés de leurs parrains (l ). Il est
fait aux deux adversaires un partage égal du terrain, du vent
et du soleil. Puis I'accusateur lance sott gant à I'accusé, eu
signe de provocation. Celui-ci le rânrasse, indiquant par là qu'il
accepte le défi. Le rnaréchal tlu camp, I'un des juges du
cornliat, pfol)once alors les paroles sacramentelles : < Laissez
ailer les bons combattants n et le duel comnlence.
Le duel judiciaire, imposé d'abor.d rjans les cas grave$
seulement et réset'r'é aux nobles, est peu à peu étendu à toute

({) Plus tartl, ceux-ci tlescendront eux-nnèmes tlans I'arène'


126 HrsTorRE DES BBLGEs ET DE LEUR crvrlrs.{r'r0N

espèce tl'offense et à toutes les classes sociales, aux sirnples


hommes libres, aux serfs, allx femmes, aux enfants, ânx
vieillards, nème aux infirmes. Ces quatre dernières categolies
peuvent se faire remplacer par uu tlélégué oLrprlcu,r'ezi'; tle là.
I'expressioll : sg ltttttre par lirlcrnI'eu,r.
Les combats judiciaires entrent dans les mæurs au poiiit
d'être r'églés par les lois. Témoin le capitulaire suivant de
Dagobert : rr Si deux voisins sont en tlispute sur les bornes de
Ieurs possessions, qu'on lève un morceau de gazon tlans I'endloit
contesté; que le juge le porte tlans le mâl; que les deux partics
le touchent de la pointe tle leurs épées eu prenant Dieu à
térnoin tle la justice de leurs prétentions; qu'ils conbattent
apr'ès, et que la victoire décitle du bon droit. r
Le noble, appelé au cornbat par uu vilain, peui refhser.
satisfaction à ce demier; mais s'il accepte, il doit combrttre eu
chemise et avec le bâton.
Pénalités, D'apr'ès le dloit franc, quiconque a été offensé
-
se trouve en état ùe faida, c'est-à-dire en droit tle poursuivre
lui-mêrne sâ \rerlgeânce. Mais il peut aussi recourir aux tribu-
r)aux et consentir à une transaction ou cornposition. Dans ce
cas, la pénalité appliquée par le juge comporte toujour.s deux
élérnents : Ie welu'gekl (L) ou contpositiott Tticuniuire, espèce
de donrmages-intérèts payés à I'individu lésé, et le fi,edunt (2)
ou amende, peine infligée pour atteiute à la paix pulllirpe, au
profit du fisc ou du juge.
En matière Ttolitirlue, les coupables sont peuelus 0u. noyés.
Ponr les crimes ordinaires, la peine de ncrt tr'existe pas. Les
plus grands crimes, le meurtle, I'empoisotluerrellt, les ofïenses
les plus graves ne sont punis par la loi que de peines pécu-
niaires : au lieu de venger la mort, de son pèr'c, uu fils peut se

(4,) Wehrgeld, argent dela gueme.


(9) de urede,paix. Frcdunt, argent de la paix.
TEr{ps Hrsr0RrouEs.
- r'ÉRlODE FnÀ)i0uE I27
coDtenter tl'une indernnité déterminée par le tribunal, et la
justice, cromlne lui, se déclare satisfaite. 0n considère, Ie
meurtre comme uu sirnple tnalheur, mais toute la famille du
meultrier est tenue poLlr responsable et contribue au payement
du rvehrgeld. De même, la famille de la victime partage entt'e
ses memlires le rnontant de celui-ci.
Les ordalies. II existe ulle tr'ès nombreuse vlliété
d'ortlalies. Nous nous bornerons à faire cottuaître : l'épreuve
par le feu,,I'épreu\e pM' Ie fer urden't, et I'épreuve pû,r l'eau,,
froide oa bou,illunte,
L'ordalie par Ie feu consiste dans I'obligation, poul' I'accusé,
de traverser un brtcher en flammes. S'il Ie fait sârs se brrller,
il est réputé innocent. 0n soumettra plus tarcl à cette épreuve
les livres soupçonnés d'hérésie.
Dans I'ordalie par le fer ardent, on oblige I'accusé à rnettrc
'au
un gantelet de fer rougi feu ou à marcher sur des socs tle
charlue chauffés au rouge. En certaines églises, il existe tttre
barre de fer bénite, du poitls de trois livres. Elle est louée, à
I'occasion de chaque épreuve, âu bénéfice du clergé local.
0n la fait plus ou moins rougir au feu suivant la gravité des
cas : I'accusé doit la soulever à trois leprises diffételtes et h
transporter chaque fois à quelques pas tle distance.
Dans I'ortlalie par I'eau froide, on lie ensemble le ltlrts
gauche et la jarnbe droite de I'accusé, ou Ia jambe gauche et le
bras droit ; on plouge ensuite le patient dans un bassin de
trois à quatre mètres de profondeur, de six à sept mètres dc
diamètle et rempli d'eau bénite jusqu'aux bords. Sa chule au
fond du bassin établit son innocence : Dieu, ne le trouvant pas
coupable, donrte à I'eau Ia faculté de le retenir. S'il remonte à
la surface du liquide, I'eau bénitc paraît le repousser : Diert le
juge coupable.
L'ordalie pâr I'eau bouillaute cousiste, par exemple, à
placer au fond d'une cure d'eau bouillante un anneau ou tottt
{98 HrsT0tnE DES BSLGES Er DE LEUR crvrLISATroN

autre objet : pour' établir son innocence, I'accusé doit plonger


le bras dans la cuve et en retirer I'anneau. 0n enveloppe
ensuite dans uu sac le membre qui a subi l'épreuve. Si, après
trois jours, il ne présente pas de traces de brtlure, I'accusé est
tctlu pour innocent.
Indépendamment de ces ordalies, il
en existe beaucoup
d'autres eucore, parmi lesquelles l'épreuae de la croin. L'accu-
sateur et I'accusé tiennent chacun une croix en main â bras
tendu. Celui qui le premier abaisse le bras est réputé avoir tort
et il est condanrué.
Quel que soit le geDre d'épreuve adopté, I'accusé jerTne trois
jours et trois nuits au pain et à I'eau; il ententl la messe.
cornmunie, atteste de nouveau son innocence pâr serment. Orr
I'asperge ensuite avec de I'eau bénite ou bien en boit. il
L'épreuve commence alors seulement.

TITRE VI

Institutions de bienfaisance.

Généralement, ies donations des particuliers au clergé sont


faites err rue de lbndations charitablcs. Âussi, dès les premiers
jours du chlistianismc, t'Égl$g_*(A.gne-t-elle gratuitemeJr_! aqx
p+l-qd_eÊ, dans dcs installations spéciales avoisinairt les églises et les
monastères, tous les soins en râpport avec les conuaissances
médicalcs de l'époque : de là Ie nom d'{ô[ejS"{ie_q donné à ces
refuges, parfois iustallés dans le po_rche des cathédrales. Il existe
également, à proxirnité des érlifices religieux, uu certain nombre de
lgl_r;qseliglpu Iadrcries, établissencnts irtstitués en vue de protéger
lrr santé publique contre les maladies de la pcau, éminemment
contagieuses. 0n y fraite celles-ci par lir méthode hydrothérapique,
enpruntée aux Hébreux. D'autre part, on ouvrc, dans le voisinage
dcs cloîtres, des asiles pour lcs voyageurs, Ies pauvlep et lgs
infirmes. En arrivaul, chaque solliciteur reçoit un pain, un pot de
bière, parfois ulr m{)rceau de viande. De grosses sommes d'argent,
tlues à la générosité rlc personnes cltaritablcs, surtout de femmes
lEiltps HISTonI0uES. pÉ:nIont: FnÀNouE 1'2ç)
-
pieuses, sout aussi consacrées au rachat des captifs, si ttotnbreux'.\
l'époque tles invasiolls normalldes.0n cite sainte Radegonde, épouse
de Clotaire Ie", comme ayalt fondé q! hÔpilalà Àthies ( I ). Bathilde,
femme de Clovis I[, crée une foule d'étab]issep_qlll g_9lli9n!{ganq_9,
destinés à recevoir les infirmes, les malades ou lcs pèlerins. Etilin,
sous les Carolingiens, envll0 de facilitcl les relatiolls comlllerciales,
on établit, le long des routes, des irtstallations olr les \:o]'.lgeurs
trouvent gratuitement urt gite et lcs soins nécessaires.

TITRE VII
I nstitutions financiènes.
Système d'impôts. A propremetlt parler, il n'existe pirs rl'itttpÔts
sous lcs Francs,
-
du moins d'irnpôts directs. Cependan[ i\ l'époquc
cle la graucle puissance des rois mérovingiens, on prélève sur
les sujets nou privilégiés dc la monarchie, sur les Gallo-Romilins,
I'irnpôt tlit de capitatiott, et I'impôt sur la cilEe, ntqnse ov nmisort
(irnpôt foncinr ou cerzs). MiiiS I'impôt, cn générirl, est extrêmetnent
inrpopulaire chez les Francs, e[ ces dernières retlevauces elles'
mèmes, si naturelles et si légitimcs, disparaissent à leur tour.
Aussi les finances de I'cmpire sortt-elles nulles. D'ailleurs, en tetttps
ordinaile, l'État u'etitretient ni soldrrts, ni généraux, ni fouctiotr'
naircs, ni arsenirux, ni forteresses. Les rois, comme les scigtlettt's,
vivent du revenu de leuls domaiues, oti ils prélèvent uue ditnc sur
les produits dc la culture. r\u besoitt, chaqtrc localité impose à ses
habitants les charges nécessaires à la création ou à I'entretien clcs
choses à I'usage de tous. Ordirtairemettt, ces charges consistettt ett
péagcs de barrièrcs, clc ponts, de portes de villcs, ctc...

TITRE VIII
Institutions militaiFes.
' Recrutement ds I'armée. Il n'existe poirtt, chez les FrAttcs, cl'ar'
-
méc pennanente : en cils cle guerre, tous les ltommes libres doivenÛ
le selvice rnilitirile e[ se riingcnt ù ]a suite du comte et du roi.

( { ) Près de Mons, en Belgique.


Y. Milguet. - Histoire des Belges.
{30 HrsrornE DES BELcES ET Du LEUn clvrlrsÀTroN

A paltil de Clrarlemagne, Ics alleutiers et les bénefTciaires ont à


fonrnir, équipcr et entretenir un rtombre dételrnine d'hommos
d'irlilres
- un plr quatre manses. Les hommes libles possédant
chireun moins cle quatre manses sc réunissent pour fournir des
solclats, ir cortcurr'rnce d'utt homtne par cette étendue de culture. 0n
prenrl à lir r'égion ()ccupée ou lrlversée Ies approt'isiounements et,
Ics liçr'es nécessrrit'es. Le pillage tient lieu de solde. Après la
victoire, le butir trst, distribué.entre tous, par la voie du sort. Ainsi
lcs guerles sout inséparables dcs rapines et clu pillage.
jauelot, la francisque oLr
Armes.
- Les ar'mes dcs Frtttcs sortt le
lraclir: i\ clouble tt'ancltant, ltt, frnnée ou lattce, ertlin le lmng, espèce
de pique a clochets recourbés, qui leur sert i\ saisir et i\ attircr à cux
le boLrcliel de lerrr ettnemi poLtl le frapper à décotrvcrt. Lcs chefs
portênt, comme :rrmes défensivcs, le bouclier eI lt ctr,irasse. I'a
caliilelie est d'abord peu nombreuse chez les Fraucs.
Attaque et délense des places. Les Francs ne cottttirisseut ni I'alt
-
des sièges ni celui d'élever des fortilications. Leurs rois résitlent ert
cle sirnplcs villagcs et ne se préoccupent pas de fortifier les villtrs.
Les rencontres erl rùse oàlnpagtle, dans lesquelles les soldats se
prennent corps à corps, sont leur rnode prél'éré clc cornbitttre. Là
ils savt'nt déplo"ver toute leur bmvoure, supérieure ti leur'
seukrrnent,
tactique militaire. Partout ailleurs, ils combirttent avec infériorité
(i Roncevaux, par cxemple).

TITRE IX

Sciences. Philosophie et monale. Gnoyancos


- neligieuses.
-

Sciences. L'ctucie des scieuces cn général est fort rtegligéc


-
sous les frrancs. Lcs idées les plus erronées ont, cours sur lir consti-
tution de I'urtiver s, sur les forces de la natut'e, sur I'auatomic
hurnirine, sur les qualités et les propriétés des ètres. Pour lcs
savan(s de l'époque, les éponges, les huîtles, lcs ct'ocorliles, les
hippopotames sonl des poissous. Ils croient à I'existettce cl'anittt;iux
inraginlir'es, tels rlue le griffon, clont ils fottt utt quadlupède ailÔ
uyant le (:orps d'ul liou et la tètc cl'utt oiseru. La plupart dc leurs
lutres rronnaissant'es scientifiques sout de même valeut'.
Philosothie et morale. Théoliquernent, la gcnéralitc des Francs
-
1T'ITPS IIISI'ORI(JI.JES. * PÉRIODE FN.II{QUE T3 T

professe, dc\s le vnr. sièelc, Ies principes cle la philosophio et de la


lnolale chrétiennes.ltais ccs principes ne sout, pas. t\ beaucoup près,
entrés dans les mæul's. Les assassinats, Ia répudiirtion, la polygamic
et les faits les plus immoraux sont comlnults chez les populittiotts
belges et n'excitent irucune surprise.
Croyances religieuses. Tous lcs sujets de Clovis ne suivent pas
-
immédiatement I'exemple de sa conversion. Les Bclges du nord ne
oornmencent à ernbrasser le christiartisme quc sous les successeurs
rle ce prince et, l\ la fin du vu* siècle, la Belgique méridionale est à
peine chrétienne. Les nandemelts dc saint Éloi et lcs canons du
concile de Leptinnes (743) plouvent avcc quelle lcnteur extrême le
christianisme se propage dans notre pays. Au u'sièclc, on aclorait
encole à lvoy-Carignrur uue statue colossale cle Diane (la déeqsc des
-,\rdennes). Cette statue a1'ant été renversée par la suite, les Austrr-
siens lir réclament longtemps : elle leur alirit, disent-ils, toujours
porté bonheur. Au reste, dans les premiers temps cle la conquête,
les cnvahisseurs s'étaient montrés értergiquemcnt hostiles aux
tlogrnes chrétiens.
$uperstitions populaires.
- Toujours plus acccssibles aux iclécs
nouvelles et progressives, les habitants dcs villcs cliangent les
premiers de rcligiou. Les campagnards demeurcnt beaucoup plus
longtemps pa'iens ( terne clérivé du mot lzttin pugan as, qui signilie
papan). Et lorsqu'ils se convertissent. ils ne savent trop clérncler
d'aborcl cntrc leurs anciennes clivinités et les saiuts nouveaux. Les
lées, les lutins, etc., dont ils consert'ent la ctoyance, ce sont leurs
tticux prêcédents. Les superstitious actuelles sont proltablenicnt'
les clerniers vestiges tle la primitivc religion dcs Belges. Ainsi,
I'lrabitude rle placer pr'ès des sources et des fotititittcs, sitttc-
tuaires naturels dc celtaiucs divinités chrmpètres, cles ex-voto
(sirnulacres de pieds, cle maius, cle cæurs ) e[ des luminaires, existe
rtéjù chez nos ancêtres païens. Ils portent processionncllemenl ]euls
irloles daus les champs pour obtenir de belles moissotts. D'ilutres
usilges erlcore, combattus ou tolérés par I'Église, se sont également
transmis jusqu'à nous : lcs dartses, les travestisscntettts du cat'lat'll,
lcs grirnds feux, les girteaux ou les pains tl'épice à Nolil et au nouvcl
,\n, etc.
D'irilleurs, dans les débLrts, les nissiortnlires, en vtle de mérllger
les iclées des néophytes, sebornent, sottvcut u attribuer ttu synllolismc
luouveâu ir certriris usirges religieux dont ils eS[iutertt impruclent cle
r écliintcr I'aburdon irnnédiat.
139 Hrsrornn DES BELcES ET DE LEUR cIvILISATIoN

Les missionnaires chrétiens. L'une des caractéristiqucs, et non


la moins intéressartte, de
-
la religion nouvello est I'ardent esprit, dc
prosélytisrne de ses adeptes. Les rnissiounaires chr'étiens sont lesprc-
mièrs hommes de leur espèce dans le monde antique, géléralement
très tolérant, en matière religieuse. La foi des missionnaires et leur
ardeur de propagande sont extrêmes. Ils supportent, avec uile
abuégation et un courage surhumains, les plivations, les mauvais
traitements, lcs supplices, Ia mort. De quel prestige ne doit pas
jouir, aux yeux de populations toutes primitives, unc religion dont
les apôtres montrent une telle énergie de conviction ! Puis, la
menace des châtinrents effr'oyables de I'enfcr impressionne fort un
peuple très pénétrt, de la cl'oyulce à I'irnmortalite de l'irme. En outr.e,
lcs missionnaires s'appuient sur les ordres et au besoin sttr les
soldats des rois mirovingiens. IIIais cet appui lui-môme ne suflit pas
ir assurer le suécès de lcurs efforts. Seule, la fondation des mouas-
tères, accorlpagnée ou suivie du défrichement d'uue partie du pays,
agit avcc efticacité.

TITRE X
Lettnes.

Lettres. avaicnt trour,éleslettres en honneur dans lcs


-LesFrlrncs
Gaules; ils en négligent complùternent l'étude, qui ne leur paruît
convenir qu'à des hommcs efférninés. Aussi, i\ l'époque de Dlgobert,
I'ignoranee est-elle si généralc et, si absolue, môme au sein du clergé
<t qu'il u'existait [)as, au dire de Cuvier, dans tout l'0ccident, un
moine capable d'écrire d'uue façon supportable le récit clcs événc-
ments >. Heureusement, Charlcrnagne sur.r,ient, qui préside à unc
cer'taine rénovation des lettres.
Langues.
- Dès I'origine, le latin est, en Belgique, Ia langue clc
l'Église et de la scir)nce. Les Francs parlent leteuton ou I'allemanrl.
Lorsclu'ils ont embr assé lc ehristianisme, leur.s rois, clout les precep-
teuls sont des nioirres, âpprcnncnt et parlent le latin. Lcs lcucles les
imitent, suivis a\ leur tour par Ie peuple, mais lentemcnt.
Écriture.
- Avant Charlernrgne, on eniplol,ait lcs lettres capitales
ronraines comme caractères d'écriture ; niais les traits clc cette
écriture s'étant peu à peu altérés, Charlemagne ordonne à ses
scr'ibes d'en revenir à I'cmploi dcs pel,its caractères rornlins clont
il règle ofïiciellcment la for.rne. Ce fut l'écriture cqroline.
. TE}IPS HISTORIOUES. PÉRIODE FRANOUE I33
-
Manuscrits. Les plus anciens manuscrits parvenus jusqu'à nous
-
drtent du vru' siècle. Un grand nornbre de ceux qui existaieut
àl'époque de Charlemagne étaient de mauvaises copies. Alcuin les
corrige et les fait recopier avec soin sous ses yeux. La copie des
manuscrits devient une source importaute de profTts, parfois l'origirte
d'urte brillante fortune. Dc cette époque datent les premières
cnluminures et miniatures dont on prend, par la suite, I'habitude
rl'enrichir les manuscrits.

TITRE XI

Enseignement.

Instruction publique. Ilrte décision du concile de Vezon, teuu en


-
519 ( { ), ordonne auxcurésde reccvoir au presbytère, sans distiuction
cle liclies ou de pauvres, tous les enfants désireux de s'instruire, et
dc leur apprenclre au moius la lecture. Ce sonl là les commence-
nierrts cles écoles dites, plus tard, icoles paroi,ssiales.
Dès le vrre siècle, il existe trois autrcs catégor'iesd'écolesecclésias-
tiqnes : 1o les catécltèses, où I'on commente surtout le catéchisme;
tles maîtres instruits -v combattenl, lcs doctrines du paganisme;
9o les séntinaires, oir I'on prépare à la prêtrise de jeunes lévites
ordinairernent pris dans la classe populaile; 3o les écoles ëpiscopalæ,
généralcrnent annexées aux séminailcs, oir des jeunes gens de
toutes les classes sociales reçoivent non seulement I'enseignement
religicux, mais encore I'enseignemcnt scientifïque et littérairc.
0n 1 apprend plusieurs langues, Ia glirmmirire, I'aritlimétiquc, la
géométrie, la dirrlectique, Ia rhélorique et même Ia poésie.
L'education cles jeunes filles uobles se frit en des cloitres de
religieuses ou I'on enseigne l'écriture, la lecture, la couture, la
pcinture, le tissage des broderies d'or et I'art de sertir les pierres
pr'écieuses sur les étoffes de soie.
Cependant, les Flancs n'estimcnt en général que I'adresse dans
le maniement des arnes, lei chasse et la guerre, Apprendre à lire et
à émire pirraît indigne de leur raug aux plus considérables d'entt'e
eux, et ils rougiraient de Ie savoir faire. Les moines et les prÔtres

(4 ) Yezon, à dcux lieues de Tournai, prol'ince de Hainaut.


1,34 rrrsrornE DES BELGES ET DE LEUR crvrlrsÀTroN

cux-mêrnes peuveût à peine lire leur messe et la plupart nc eompren-


nent pas ce qu'ils lisent, leurs livres étant écrits cn latin, langue
qu'ils ignorent ou r1u'ils possèdent très imparfaitement.
Appréci:rnt toute I'impot'tartce de I'irtstluction, Charlemagnc:
vouclrait la répandre parmi les peuples soumis à son autorité. lllais
c'est li\ une entreprise difticile par suite de I'excessive rareté des
hommes instluits. Lui-mtlme, qui est uu des ltommes les plus érudits
de son siècle, llc sr'rllta jarnrris bien écrire. Il a plus de quarante ans
lorsqu'il comtireùee i\ s'y exercet', et il est trop vieux alors pour 1'
pouvoir réussir. Slt lirngue maternelle est I'allemand; il parle lc
htin avec facilité eI il contprend urt pcu le grec.
Il veut, cLéel des écolos, mais il lui faut des mirîtres. Pour s'en
procLll'er, il attire i\ sir cour les savants ét,rangels. lllalheureusement,
rlous yellons cle le dile, à cette époque, Ies hommes instruits sont
rales partout, et il n'en trouve guère que deus: un prètre anglais,
nommé Âlcuin, et lc moine irlandais Clément.
Il net ce dernicr à Ia tètedel'école qu'il organise dans son propre
p'.rliris et qui, pour cette raison, reçoit le nom d'ccolc palnline. ll y
place les lils de scs généraux et des grands dignitrrires de son
empire. Il y envoie aussi des jeunes gens tlc condition moins élovée
ou mr-rmc de conclitiorr tout à fait modcste. Àu letour cle ses expédi-
tions militaircs, il aiure i\ la visiter. Il cncoulagc Ies élèvcs studieux
par la promesse dc sir faveur ct menace de son ressentinient les
élèr'es peu appliqués.
C'est siins doute à raison de ces faits que Charlemagne, mis plus
tard par l'Église au nonbre des saints, est do'enu, ell France, lc
patron des écoliers.

TITRE XII
Beaux-Ants.

Architecture.
- Â la suite des invasions du v. siècle, il fallut
rclever de lcurs ruines un grand nombre de monuments anciens. 0rr
en édilia.aussi de nouveaux. Ce fut I'occasion d'une rénovation de
I'architec[urc religieuse et en même ternps de la sculptule.
Nous posséclons, dans la'Belgique orientale, quelques églises
susceptiblcs cl'èf,re rapportées au style romarto-b1'zantin, qui est celui
de l'époque franque. Le vérritable type des églises de ce st1,le affecte
TEIIPS HISTONIOUES. _ PÉRIODE FNANOUE 135

la forme cle la croix grecque ( i\ quatre branches d'égale longueur ).


L'église byzantine est couronllée d'utt dôme central' parfois de
dômes secondaires. Les églises de forrne octogontle ou circulirit'e,
surmontées d'un dôme, apparticnnent au style romano-llyzttntin.
Tellc est, à Liégc, l'église eu forme cle rotoude de Saint-Jean l'Évan-
géliste, construite d'ailleurs Ycrs 980.
les églises bâl,ies à cel,te époque sont ordinairernent couvertes tlc'
tuiles. Elles ne possèdent point cle tours; otl suspeud les cloches à
I'intérieur d'un assettrblage de charpentc Séparé de l'église. ( Il
est probable, dit un historien, que la prernière installation des touls
cl'église fut u1e mesure défettsiye, notiYée par leg frequents pil-
lages auxcluels les églises restèrettt exp6sées jusqu'au xru sièÔle > ('l).
Peinture. La pein[u1e architectoniqu.e, décorntiue ou nut'ralc (2)
-
semble avoir été i\ pcu près la seule en honneur ù l'époque des
Frarrcs. Elle avait pour objet la clécolation intérieure et, extérietlre (3)
cles églises. 0n pcignait leurs lnurs, soi[ à h détrentpe, en appliquant
i\ cru les couleurs préalablem eùL dé.trenq)dcs dans de I'eau de chaux ;
soit i\ fresçrc (4), les couleurs délayées par Ie même procédé étult
ensuite emplo)'ées sul un moltier composé de chaux et dc sillile
flaichemen[ posés sur ]e mur.
01 possède toutefois aux bililiothèques de Paris et de Tr"èves,
quclques manuscrits fraucs ornés de belles miniatures darts le-style
lonarl imprégne cle byzantisme (5).
Des auteur.s ont faiI r'emonter à l'époque de Louis le Dôbonnait'c
I'invention cle la peintule Sur verre. Cependant' oll ne possècle pa^s
dc vitraux antérieurs au xlle siècle.
sculplure. La sculpture sur pierre de l'époque mortre que les
-
ùItistes ignoraient les lois les plus élémerrtaires du dessin. En outre,
les attitudes des personnages sont génér'alement gatlches e[ compas-
et d'orfèvrerie que de
sées. 0n s'occupe d'ailleurs plus de ciselure
sculpture pfoprement dite. Les lois francs eucburagent surtout
ces deux brartches secoDdaires de la sculpture.

(,1) Les clochers de Celles (Dinant) et de Ciney, par exemple, sont de vt'ais
tloirjons, percés de meurtrières.
(2) peinture qui est l'auxiliaire del'architecture.
i5i - Cu cenre de décoration, dit Yiollet-le-Duc, fut pratiqué dens les Gaules,
juùû'au mfiment otr Charlemagne {it venir des artistes d'ltalie el, d'$rient. I
" (+) l"a peinture à fresrlue est de toutes la plus durable.
(Si Car'actOte de la peinture byzantine : recherche des coloris éclatants ct
empioi tles fonds d'or destinés à rehausser les teintes.
{30 nrsrornr DEs BELGES ET DE rEUn ctvrlrsÀTloN

lflusique. La seule musique ull peu cultivéc à I'époque franque


-
cst le plitiu-chant, à l'étude duquel Charlemagne rpplauclit. Les
prenrières ol'gues colutues en France furent envoyécs, en T4T, à
Pepin le Bref, par Constanl,in Copronyme, enlpereur de Constanti-
nople.

TITRE XIII
Féglme économique.
Agriculture.
- L'agriculture rérlise de très grands progrès en
Ilelgiquç pendant les prcmiers sièclcs de la période franque et aussi
sous Charlemagne. Au point de vue de I'histoire de I'agriculture, le
sieclc oir vécut ce prince est même considéré comme I'un des plus
irnportants. < La civilisation romriue était industrielle ct, urbaine ({);
hr société gerrnanique, patriarcale ct rgricole. La conquôte par les
Iiralcs eut donc pour résultat de restaurer I'orclre rural qui alliiit
rcstel pendant des siècles la base de toute l'éconornie socialc. >
Modes et procédés de culture.
- Les progrès réalisés en agriculture
sons lcs prcmiers lltérovingiens De sc continuent pas sous les maires
du prliris. Ceux-ci, trop absolbés par lcurs entreprises guerrières,
se préocctrpent peu d'encouriiger les travaux agricoles. ll en est
autrcmeut sous Charlcmagnc. Lc règne de ce grand prince a sur-
tout ôté caractérisé, sous le rappolt agricole, par I'intloduction
cri notre pirys de l'assolenrcttt tricnntl (2). Cc système de cLrlturc
consiste en ce que toute tcrre qui, une première année, a porté
urrc cérôalc cl'automrte, rcçoit, I'anrtée suir'ânte, une cérôlle cle prin-
tenrps, puis reste jachère, c'est-i\-dire se repose la troisième année.
en
II lirisse douc crt friche, cltaque année, le tiers cles tcrrcs arables.
Cct assolement sera enplolé r\ peu près seul en Belgique pendant
tout le mo.ven âge.
L'introdnction par Charlemagne, cn Flandrc ct en Brabant, d'un
grancl nombre cle familles saxonnes accroît nou sculement lir popu-
lation, mais accélôre I'assèchement des urarais et le cleflicheurent
rles bois. Chaque anrtée, la hrche et la houc des essartculs réduiscnt
l'étendue des terres irtcultes.
Les instruments aratoires employés à cette époque diffèrent peu

({) Y. Bnlnrs, .Essai sur les classes rm'dles, page 20.


(9) \. KuBuI, tome II, page 984.
TEIIPS IIIST0RIoUES. PIIRI0DE FRAI{0UE 'l'37
-
cle ceux de l'époquc précédente. lllais on counaît le moulin à eau'
avec écluses et rouagcs de fer, apporté par les Francs ({).
grande culture
Produits agricoles.
- Le uombre des plantes de
rinsi que des légumes cultivés dans les jardins, se multiplie; de plus,
les unes et les autres gagnent en qualité. Il est question, dirns la loi
salique, de blé, cle lin, de fèves, de pois, de leltilles, de navets' 0n
y parlc égalernent de jarclils et cle vergcrs qui produiscnt des poires
ct des lrommes.
Commc les indigènes, les Francs font corrsister leurs richesses en
troupcaux cle porcs, cle bôtes à cornes et de b€:tes à laine. Ainsi que
par Ie passé, le cheval reste un animal cotteux et peu cotnmun dont'
le plix dépassc celui d'un esclaYe (2).
L'ôtlucation des abeilles coutinue à se faire sur une échelle impor'
tante. L'outs ct I'auroch se retircnt définitivement de nos bois.
illèrne le nombrc des loups et des sangliers dimiuue sensiblement, ett
présencc d'une population cle chasseurs chrque jour grandissante.
période franquc, I'inclustrie
Induslrie.
- Penclaut tout le cours cle la
tlenteure presque exclusiycmelrt domestique. ChaquC ménage de
scrfs satisfait à peu pr'ès i\ tous ses bcsoins. Dans les châtcaux, vil-
hs Ct rnonastères, des ouvriers spécriitux confectïonnent les vête-
merltS et les dir,ers olijets indisperts:rbles à la vie ordirtairc dans Ia
cornmunauté.
0n possècle Ie texte d'utte lettre de Charlemaglle qui donne à cef
égar.d les clétirils les plus intércssan[s et les plus précis : < Nous
ronlons, dit-il, que I'on attaChe à chacun de nos châteaux des
ouvr.icrs en fcr ; cles orfèvres ou dcs argentiels; des tailleurs et des
tourneurs, .des charpentiers, des armuriers, Cles CiSeleurs, des
sàyolitliels, cles brassours qui sat:hent faire la cervoise, le cidre et le
poiré et toute autre liqueur bonne à boire ; des boulangers qui aient
lppris
-
à confectionller la semoule pour notre usage, etc. D
01 connut, tlùs le règne cl'Auguste, la fabricatiou des carreaux de
vitre, maiS I'uSâge n'en clevint populaire qu'itu Xvle siècle. Longtemps
ils ne sorrt ernplo),és que clans les égliscs. L'usage des clocltes
conlmence au ue siècle. L'art cle ln cérantiqtle, por'té à un haut degr:e
cle pcrfection petldant la pôriode l'ollaille' tombe en plcine décadence

('l) tsnlllrs, page 22"1.


lù) ni.*, hr;'r7r's 4es Belges, page
.551 Kunrtt, tome II, page 55' Certains
hisioriens disent, au ctjntraiie,'q,i'oî élèvé plus cle cltevaux que de bæufs à
raison des habitudes de chasse et de guerre des Francs.
,138 [rslornu DBS BDLcES ET DE I,EUR crïrlrsÀTroN

sous les Francs. Jusqu'iru xre siècle et au xuc, la poteric fabliquéc


reste grossière.
Lt ta,pisseric de laine et celle tle soie demeurent en honneur, mais
elles ont surtout pour objet d'orner. les basiliques. 0n sooccupe
particLrlièrement de cette industrie dans les nraisons religieuses.
La fabrication de la mosa'ique de marbrc et de la mosa,ique en uerre
tle couleur est encouragée par Charlernagne.
Par plusieurs capituhiles., ce prince prend,' ell vuc cle combirt[rc
Ia surabondance des artisirns, des mesures qui perrnettent de
supposer une organisatiou cles ouvriers d'inrlustrie. Les peupli.icles
tl'origine germanique avirient d'ailleurs conscrvé lc souvenir cles
gildes. Elles les reconstituent en vue cle se protéger nrutuellement
contreles attaques par injulcs ou voies dc feri[, contre les risclues
d'iucendie ou de naufrage, ct nrème contre les poursuites légales en
cas de dclits ou de climcs commis par leurs rncmbres. Ces associir-
tions, rlites gilda, consptratians, cottju,rntions, ont clcs statuts et cles
règlements. Des irnnuités régulièrcs alirnentent, leurs caisses. Lc.ur
esprit d'indépendancc cotttrirrie si vivement lcs vucs centralisatrices
dcs Carolingiens que Challcm{gne et, Louis Ic Débounaire porteut
des décrets pour les intcrdir'e.
<< fforls uoulonE, dit uu etrliitulaire de Char.lernrgne, qu,e les prètra,;

et les officinrs iht. comtc ltrcscriuent au,r uilains de nc Ttoint faire cettc
allinnce qu'ils appellent gildes, coutre ceux qui clirobent. Qu,qnt aut:
conjurations de serfs quù .sc lbnt en, Flantlre, dans Ie pays ménapien et
les qatres pays maritimes, nou"s t'lrillns qnc ?tls entoyés ordontrcnt it
lettrs seigneu,rs delcs empècher. >,
IIIais ces associafions r'ésistent à tous les efforts faits pour les
détruire et plus tard elles eontribuent a I'institution des ronununes.
commerce et monnaie. En t'ue de favoriser I'cssor du commerce,
-
charlemagne reduit le nombre et, I'importance des périges établis sur
les grands chemins ou sut les rïvières par les plopriétaires rivc-
rains. Il s'attache en outre à rétablir la sécuritc des routes et des
:rutres loies de communicirtion. sous peine cle confiscation, il
défend d'exporter les grains en ternps de clisette. Des étirpes ct
postes de soldats, établis Ie Iong des frontières, protègent re corn-
merce cles marchands ayec les peuples lnr,blres ou cnlemis.
Les mines d'or et d'argent ccs Gaules (l) ne sonI pas errcolc épui-

({) 0n a contesté I'existence de ces mines.


TE}IPS HISTONIOUES. _ PERIODE FRAI{OUE 139

sées sous les rois des premières dynasties françaises ; le numéraire or


et argent Cst dOrtc assez conlnull au ternpS de ceS princes,mais notl
le numéraire monna,vé. Le plus souvent, les tnarchandises sout
payées cn lingots et le sota d'or, et\ quolque sorte I'znité ntonétaire,
consiste en une simple masse de métal d'tur poirls détermintl.
Lorsclue les négociants de nationalité franque se reudent dans lc
Levant, ils échangent les ntétauæ préci.eu,n en lingotsrles fers,les uirls
et les hu,ilæ rlc leur pays contreles paltynls, Ies perlarlesépicesrles
toitæ fines et autres rnarchandises rares de provenance orientale'
L'état cle I'industrie et I'abscnce d'argenl, monuayé nc leur permet-
tent pas d'employer d'autres instruments d'échange. 0n ne frappc
plus guère tle moluririe, sauf à I'OcCasiou d'ér'énements cOnSide'
r.ables, tels qu'une glande viCtoire, Ie narizrge clu t'oi, la ttaissancc
d'un priuce, e|t:, Àussi les mottnaies de l'époque mérovingienne
sont-elles ex[rêmement rares. Leur forrno reste celle de l'époque
romaine. Seulement, I'image de l'Ange por'tant la Croin se substitue
à celle dela Renommée.
Comme unite monétairc, Charlemagne adoptc la livre. Cette livre,
dite sou, d'or, vaut ettviron {2 francs de notre monuaic. Il y tt

également des l[ures ou so?r.t d'argent, des liuræ ou sotrs de aûurc.


Vingt sous de cuivre font ztne livre d'argent. Quant au sott tlc
cuivre, il vaut dozrze deniers ou qu,atre liards, dits aussi dottbles. Ces
conventions demeureront Ia base du slrstème monétaire en Belgique
ct en France jusqu'à la lTn du siècle dernier.

TITRE XIY
Meuns et coutumês. - Vle Pnivée.
Institutions civiles. Après la conversïon des Belges au christia-
-
nisme, on adopte les rites chrétiens dans les cérémonies relirtives
aux naissances, aux mariages et aux fuUéraillcs. Charlemagne
interdit sous peine de mort I'inciuéral,ion des cadavres. Par contte,
la tradition se maintient des repas funéraires, le jour de I'etrtert'e-
meut. De plus, ils se renouvellent le 7' jour et le 30'. Voulant douner
une couleur religieuse à des réunions qui trop souvent clégénùr'cnt
er orgies, Charlcmagne 6rdgnne que ces repas soiellf précétlés de
messes pour I'irme des défunts. De là,les messes dites aujourcl'hui de
trentaine eL de qu'nrantaine.
Ère chrétienns. Sous les rois de la deuxième dynastie, on cessc
-
\4T HISTOIRE DES BELGES ET DE LBUR CIVILISÀTION

cle conrpter les années par celles du prince régnant pour adopter l'ère
chrétiennc.
Nourriture et, ustensiles de cuisine. 0n continue à rnanger beau-
-
coup de gibier, mais la consonlmation de viande de porc, de Ïrrebis
et dc bæuf augrncnte. La volaille est fort recherchee : I'abondance
plus ou moins grande de pigeons, de tourl,erelles, de paous, de fai-
sans, de perdrix, dc cailles, ctc., dans un domaitte, en règle la valeur.
Les ustcnsiles de cuisine et la vaisselle de table sont en bois,
terre cuite, fer ou euivre,quelquefois en rerre, cristal, or ou argent,
suivant l'état de foltune de ceux qui les emploient. A I'occasion
des banqucts, on utilise ulle broche mécanique à dimeusiorts
ôuormes qui permet de rôl,ir i\ la fois un mouton entier avec
quantité de pièccs de gibier, cle volaille et de grosse viande. En ces
circonstirnces, une grande jarre de terre, placée au ceutre de lrr table
ct cians laquelle chrrcun puise à sa soif, contient la boissorr clestinée
iru l'epas. Le hunap,large calice à pied élancé, est fort cn honneur
chns les fcstins. [n temps ordirtairc, une corne de taureau sert de
velre à boire ct de coupe. Lir boisson se transportc souvent, dans des
outres de peau enduites de poix. 0n les suspend à la ceinture ou olr
les fait porter par dcs bêtes de somme.
0n mange la viande à la mail et en y mordaut à pleines dents ({).
L'usage de mangcl couché, introduit en Gaule dans les classes
liches par les Romains, disparait sous les rois francs. 0n mange
alors assis sur des bancs ou des escabeaux; I'emploi des bancs étant
toutefois réservé aux jours de fcstin. De là, I'expression banrptet et
banqueter.
Vêtement. À l'époque des Franes, Ics Belges portent, d'abord des
-
brries llottantes serrées à la chevillc, unetu,niqu,e ù manches, une
saie de forme quadrangulaire, nouée i\ la hauteur de l'épaule, de
grossiers sou,Iiers et un chapeau, conique. Plus tard, Ieur costume se
compose de la, cotte, ell peau oLl en étoffe de liiine, serrée à la
ceinture; de la .rilrcltte', manteiru de môme matière, tomllant dcs
ôpaules jusqu'i rni-jamlles et de chousses de laine, espèce dc panta-
lons forts courts. Des houseazr ( grosses bottes ), des semclles de
cuil ou de bois (9), retenues par des bandes croisées, cl'étoffe ou de

(l) Llcnox, Les Arts, page l!t. La cuiller fut connue très tôt, non la four-
chette.
(9) Llcnox, trIættrs et Coutunrcs clu nzoyen dge ( Le l.ëtanent). Les véritables
souliers n'apparaîtront qu'au xre siècle.
TEITIPS HIST0nI0UES. pÉnIODE FRÂNoUE '1,41
-
cuil, aux couleurs bariolées, complètent I'habillement. Bicn entendu,
il s'agit ici du costume portô par les gens aisés : le costume des gens
du peuple se récluit le plus souvent t\ I'indispensable : uue blouse '"\
courtes mattches, seruée à la taille et munie d'un capuchon, voilà
tout leur habillement. L'hiver, les pauvles se r'êtent de fourlures de
chèvre, de blebis, de lapin, etc. Bn cas dc grands froids, ils cachent
leurs mains ell de grosscs mouflcs dc lairre Ou de peau de mguton,
comme c'es[ encore aujottrd'hui I'usage à la campagne. Les liches
pol.tent des fourrures cl'hermine. Hommes et fcrnnes s'irabillent de
mème façon, ntais les vètentents fémipins sout plus amples et
plus longs que les vètemeuts cl'hotlltnes. Tous affectionnent lcs
couleurs vives et croisécs, dites aujourd'hui icossaises.
Les habitatigns.
- Les Belges, mème riches, u'ont pas le scntirnent,
du confortable et leurs demeures sont généralcment misérables.
du serf ou vilain ({) eom'
Lrs Heslr.aTIoNS DU PEUPLE.
-La dencule
prend trois divisiorts : Ia partie du birtirnent oi.r il engrange scs
récoltes ; celle ou it
loge sou bétail; son habitation proprement
dite, formée d'une seule pièce.
Un grand foyer oir brtle un clair feu de bois; une marmite et un croc
pour en retirel'la viande; ulle htlche, esltèce de coffre de boïspour
pétrir le pain que I'ott y gardc avcc les autres victuailles; uùe table,
un baltc ou des escalleaux de bois; tln mortiel pour pilcr le grairt ou
urr moulin à blrs (9); un grand lit, un seul, destiné à recevoir tous
les mcmbres de la famillc et au besoin l'étrauger, tels sont la dispo'
sition et I'aneulllement primitifs de la cabane du self, gértérale-
ment coul'efte de châume.
Des échelles, une coglléc, tlll lllarteau et des clous, avec dcs
ustensiles de pèche, complètent I'ameublement des plus fzivorisés dc
la forturre. La maisott, comme l'étable adjacente, est couvel'te dc
I
chaume. Un petit jardin contigu I'habitation fournit quelqucs
légumes.
Cette habitation et son ameubletttent ne se modifieront pas d'ttttc
firçou sensillle dans les calllpagllcs jusqu'à la Rér'olutiort françl:iisc.
Lns HlsttrrloNs Das GRANDS. Daus les temps imrnédiaterncnt
-
(4) Ilabitant de la t'illa.
(2) L'un des premie's procédés de mouture fut la trituration à la roue
nraniretle. On a irouvé, nous I'avons dit plus haut, des l,r'aces de moulitts à
bras dans les fouilles ârchéqlogitlues de n9s pl'ovinces. Lcs Francs a;rportèrenl,
I'usage des moulins à eau.
149 Hrsrornn DES DELGris El DE LEUn crvtlrsÀTroN

postérieurs à la conquête, les Francs s'iustallent de préférence à la


cantpagne, souvent darts les t'illas abandonnées pal' les Romains.
Lorsque les villas leur rnanquent, ils se construisent des maisons
en bois (l ) formées d'une pièce unique, munie d'une cheminée de
pierre. Chez les principaux seignours, il existe parfois, à côté de la
salle principale, uue ou deux chambres. Seules, les demeures des
rois contiennent jusqu'à trois chambres. A proxirnité segroupent les
dépendances : écuries, grtllgcs, birtiments divers servaut a loger le
cuisinier, le boulanger, le forgeron, lc charpentier, lc tisserand, le
trnnelrr, etc., attachés à la maisort. Le tout est entouré d'urre forte
Iraie ou mème d'un remblai ou rernpart eu dehors duquel règne un
lbssé. 0n ne peut pénétrer dans I'intérieur du logis, ni même dans la
oour, salls passer d'abord pùr ulle solide et unique porte d'entrée
située en face du pont jeté sur le fossé. Autour de cette premièr'c
cncreinte, s'é[endent des jardins, des prâiries, des étangs, etc.,
enfermés à leur tour dans une seconde enceintc de fortcs haies.
Iinfiu, au delà, s'étendent les terres du seigneur, cultivées par les
colons et lcs serfs; là aussi paît son bétail. 0rdinirircment, de grands
bois, otr les serfs pr'éposés à ce service cortduisent d'immellscs
troupeaux de porcs, bornent le domaine.
Lrs cna.rnlux DE Bors.
- Quand la sécurité publique, sous les
suqccsseurs de Charlemagne, deviertt tout à fait précaire, les
scigneurs francs se construisertt, gértéralement sur des élér'ations
ruaturelles, des chirteaux de bois défendus par des palissades et des
fossés. Lorsqu'ils les établissent en plaine, ils commencent par créer
ut tertre ou motte en relevant les terres d'un large et profond fossé
cleusô tou[ autour de I'emphcement choisi. Sur cetl,e hauteur arti-
{ieicllc, s'édifie le chirteau. Uu pont de bois, aisé à clétruire, donnu
seLrl accès dans I'enceinte. La porte d'entrée, fort élevéc au-dessus
clu sol, n'est accessible que par un escalier de bois d'un enlè-
\-cmcnt ficile. Âu sommct de la demeure du seigneur, appelé le

({) Il est naturel que I'homme, pour' étlilier une habitation, pour confec-
tiouncl ses vôtements, pour fabriquer les produits divers de son industrie,
enrploic d'alrord les rnatériaux qui abondent tlans Ie pays, qu'il a sous la main,
qui sont de l'apprôt le plus facile. Aussi le hois fut-il d'abord à peu près seul
ernpioyé pour la conslruction des habitations en notre pays. Plus tartl, lorsqu'on
birtila en pierre, la maçonnerie consistera souvent en simples nioellonages
qui tlonnerorrt aux constructious un aspect fort grossier. Les toits, ptimilive-
nient couvelts de tuiles, {irent assez vite place à des toits couvelts d'ar,doises,
tl:uis nn pa1's oùr l'on trouvait cetle pielle en abondance.
TE]IIPS IIISTONIOUES. PÉNIODE }'RANCIUE I43
-
.donjon, sc trouve lt gu,ette, d'oùr I'ou sutveille les euvirons. Entre lc
donjou c[ le fosse, s'élèvent les dcmeures des compagnons du chcf
ct dc scs serviteurs, puis diverses dépendances, telles que les
écuries, les grurges, les magasins et les remises. En outre, uu
ccltain esprce au deli\ du fossé est enceint de palissades.
Si le chirteau estassis sur une montagne, la distribution génér.alo
t'este la môme : lc clonjon occupe toujours le centre du domainc,
situation d'ailleurs vicieuse, pal'ce c1u'elle rend impossible toutc
sot'tie des assiégés, toute attaque des revcrs de I'ennemi. lorsquc
la première enceinte est envahie. Aussi, rprès les invasions des
)iormands, mais sultout à partir. du xrusiècle, verrons-nous le donjou
occuper,, dans les coustructions nouvclles, I'un des angles du
r-ectangle formé par I'cusernble.
Lns nlnrrarroNs RoyÀlns. Les rois francs viven[ de préférence i\ la
-
campagne. Ils n'ont clorrc pas, z\ proprement parler, de capitalcs li
dc pahis. Leurs clcmcures sont des espèccs de métairies entourées
d'étangs, de vergcrs, de chanps, tle bois ({ ). Cc sont parfois des
villas âssez somptueuses pour l'époque, rniris que nos plus nrodcstes
I'elnticrs d'aujould'hui trouver.aieut i\ pcirre habitables. Ils vivcnt,
ttou du produil des impôts, {ui u'existent gut)re, mais dc leurs
l)l'opres revenus, r'oyagearrt d'une de leurs propriétés 'i I'autr'e, afiu
(l'ert consommcr les produits sur placc. Lorsqu'ils se renclcnt de
I'utte à I'autre, ils sont hébergés dans lcs villages, les abbayes et les
r:liâteaux situés sur leur passage. Àu clépart, leurs hôtcs leur offrent
cn outre quelquc pt'éscnt.
lf,æurs. - Lr con'uption des mæurs est cxtrômc pendant toute lit
lroriode frlnquc. Les grands, tmbiticux, crucls, libertins, n'imposcnt
iluclnl frein à leuls passions. L'hist,oire de cctte époque lle rapportc
qu'assassirta[s, divorces, actes déshonnôtes. I]oire dcvient un vicc
général.

TITRE XV
Gonditions génénales et vue d'ensemble.
L'crnpire rontain rnarchait cle lLri-mr:me z\ la dissolution : clcs
ilvitsions répétées, uous I'avons dit,, hirtcnt sa cliute. Aidés en cettc
(Fuvre par les Belges que lcs exigences du fisc irnpôrial ont ruirtés

({)Toir dans Yiollct-le-Duc, Histltrc de I'ltubitritiol, le plan do la tlemeure


d'un roi niérovingien.
t lLL Htsrolnli DES BELGES ET DE LEUR cIvILIsÀTloN

e[ exaspér'és, lcs F'rancs chassent les Rornains de la Belgique.


Itérovéô, un de leurs rois, se cléc des titres à la reconnaissance des
pcuples du nord tle la Gaule ell les délivlant des lluns (45{). La
défaite des Huns Inarque la fin des invasions qui avaielt signalé le
declin de I'empire. Ces llarbarcs avaicnt été la cause origittclle ct essen'
tielle des invasiotts: cux tlisparus, elles cessent définitiverneut. Les
incursions et les pillages dcs Normands qui se produirortt par
la suite auront d'autres oauses et prendront utle autre forme.'
Dans Ia tourmettte, la société antique s'est effondrée. Une société
nouvclle tente aussitôt de s'édi{ier sur les ruines dC I'aticienue.
Le clergé sent daus la race fi'artquc une sève, une vitalité, tout un
ensemble de qualités et de tendanccs propres à favoriser l'æuvrc
1écessaile de la rrigénération sociale. Il juge qu'ett elle est I'avenir.
L'histoire a prouvé la justesse dc ses p}ér'isions. Actif, énergique,
avide clc savoir, lc peuple fruttc dcvait bicntÔt manifestcr toutes lcs
vertus qui font les grandes nations.
De bonne heurc, le clergc s'att'ache r prendre sur les rois barbares
un ascendant irulispertsable à la conservation de son influence
,rcligieuse et sociale. Il y Léussit sans trop de peitte, grârce à sott
instruction supér'ieure, gritce aussi à I'habileté consommée de sa
politique : tantôt il rnénage leur arnbition ct leurs passious, tantÔt il
y résistc à propos.
Au surplus, les principes d'humirnité, d'égalité et de liberté iutli-
vicluclle, chers aux populatious gelmaniques, s'accordent admila-
blcmeut, rlous l'ùt'orts établi, avec ceux du cltt'istianisme; une
ententc féconde et dumltle eutre lcs Francs c[ l'Église est dortc
possible : clle sc produiû.
Lc plenrier pas dans cette voie est I'alliance de Clovis et de sain[
.Remi, consacrée par lc baptrine cle Clovis et cle ses compagnons
d'rrmes. Cctte llliance a des suites irnnécliaûes tr'ès irnportantes,
des suites éloignées d'uue portée incalculable.
Gr'âcc à I'rppui prête aux Francs par le clergô catliolique, lir
Gaule tout entii'r'e tombe erttre leurs utaius; Dais, du rnôme coup,
l'Église ressaisit, toutc I'autolité qu'elle lvait perdue strr les popu-
lations du ccutr,; ct du niicli dc la Gaule depuis leur soumissiou aux
Burgondes et aux Visigoths, scctatettrs de I'i.rrianisme. Par la suite,
elle use de la gr ande influence c1u'elle exelce sur lcs chefs frtucs,
poul'sauler de la destruction dc nonibr:eux trésors liftéraires ou
altistiques. L'Église réussit aussi à maintcnir, au moins clans les
rilles du centro et du mitii de h Gaule, lcs lois ct l'admiuistration
TE}IPS HISTONIOUES. _ PÉRIODH !'N,\NQUU '148

ronairles, l'autorité ayant été naturellement abanclortrtée aux évèc1 ues


enbeaucoup d'endroits, après h chute clu pouvoir impérial romain.
Cependartt les grands principes chrétiens dc reloucemcnt et
d'austéritén de mansuétude et dc pardon, ne péuètreut qu'avec
beaucoup de lenteur dans I'esprit des Barbares. Les premiers irges
de la société nouvelle paraissent même inaugurer une ùre de mæurs
violentes, cruelles et inpures. Longtemps l'Église iloit faire aux
Francs les concessious que réclament la r'udcsse de leurs cotttumes
et h grossièreté cle leurs goûts. C'est qu'on ne tmnsforme pas en un
instant,, d'une façon pour ainsi dire radicale, Ie calactèrc et les
habitudes d'un peuple. Le temps seul, joint i\ uue action incessrute,
peut accomplir une telle æuvre.
L'astion de l'Église sur les idées des rois francs a des effets plus
prornpts clans I'ordrc politique que dirns I'ordre moral. Àu sout'enir
du pouvoir saus limite exerce par les césars, CIovis ef, ses successgurs
rêr'ent de rétablir à leur prolit le despol,isme intpérial.
0r, le clergé avait emprunté à I'empire sa hiérarcliie admirtistt'ltivel
il s'était rallié sans peine, disorts à\'ec enrpressemeut, au principe
rt'autorité absolue qui, de tradition claus I'empire, est aussi clans les
doctrines de l'Église.
Pour fortilier sa propre autolité et pour combattre efficacemeut
I'arianisme, Ie clergé a besoin clu secours du bras séculier et, il est
important pour lui de s'appuyer sur un pouvoir fort. Àussi encou'
rage-t-il dans lcurs aspirations autocratiques les rois francs, dort[ Ie
pouvoir se réduisait, ct'allord au commandemenl de I'armée. Ainsi,
I'entente de la royauté avec le clergé tcnd à favoriscr le déve'
loppement du pouvoir royal.
De leur côté, les nobles gallo-r'ornaitts ont été éler'és datts un
profond respect de I'autorite souvcraine. Traités avcc ruclesse et
mépris par les seigneurs frattcs, ils sortl heuteux, pour sc ntainteuir
sur le piecl d'égalité avec eux, dc se scrrer autout'dtt t'oi, dont la
cour, sous leur influence, se civilise.
La uoblesse gallo-romaine cottcourt donc. de concet't avec Ie
clergé, à étendre les prérogatives de la royauté.
Bientût, Ie système de l'électiou des rois est abalctonné; celui de
I'herédité pure et sirnple Ic remplace. La ro1'auté, en quelque sorle
démocratique Cle$ Francs, tencl même à se tlansformer, dans la
Neustrie, oûr les ilstitutiols romaines sont denreurées populaires,
0n une royauté autoritairc et absolue.
l0
V. trlirsuet - Histoire des Belses.
L46 rrrsrornp DES BELGES Er DE LEUn cIvtLISÀTtoN

Illais les grands d'origirc barbare, particulièrement nombreux en


Àustrasie, r'efuscnt de céder aux tendances nouvelles de leurs rois et
d'abdiquer, au proli[ ci'un souverain autocrate, la situation à peu près
indépendante que leur garantissent les traclitions germaniques. In
violent antlgonismc éclate entre les Austrasiens, défenseurs clu
plincipe aristocralique, lequel se confond, erl l'occurrence, avec celui
de la liberté indivicluelle, et les Neustriens, QUi soutiennertt le
pr"incipe 'nronarchique e[ t'evendiqueut pour leurs rois urte rtutorité
allsolue.
Cette rivalité slrnvenime par d'autres causes non moins gnves.
Les Aus[r'asiens reprochent non seuleuteut lux Neustrierts cle se
laisser domiuer par Ieurs rois, mais de s'effémiller au cortttcl de Ia
civilisation gallo-romaiue.
De leur côté, les Neustriens font un grief aux Àustrasieus de leuls
mæul's grossières et de leurs habitudes de sauvage iudépertdance
qu'ils tieurrent porrr opposécs à I'affermissernent de I'ordre social.
Sous ce rapport, la lutte de Ia Neustrie contre I'Austrasie peut passer'
pour eelle de la civilisation corttre la barbalie.
Ala faveur des querelles qui déchirent la famille royale et rfiiri-
blissent la rnonarclrie, les grartds seigneuls austrasiens I'emportcnt
enfin. Aussitôt,, ils s'ernpressel[ d'irnposer âux rois des maires élus,
qui exercent le pour oir au non de ces derniers.
La brillaute victoire reurportée par Charles lllartel à Poitiers, oir se
mesurent rleux races, deux philosophies, deux civilisatiorts, grlrtclit
I'autorité des mailes du palais de toute l'étendue de Ia reconnais.qance
des nations chrétienne,s.
L'avènement au tr'ône de son fils Pepin le Dref, qui substitue sir
propre autolité, plus forte, à I'autolité affailllie et méprisée des rois
ntérovingiens, peut douc ètre considéré conrme un llouvsau triomplre
tle l'Âustrasie sur la.Neustric, de I'alistocratie sur la monarchie et,
cn un certirin sens, dr, la liberté sul le despotisme, puisque les grands
vont vivre drisorniais daus une indépendance presque complète cle lir
royaLrté.
Comme on I'a dit, f irvènement de la dynastie nouvelle fut conrrne
une socolicle conquôte des Gaules par les Fmucs. C'est l'élértrcnt
gerrnain et balbale qrri I'ernpolte à nouveau slrf l'élémelt ronurin e[
civilisé. A la r'érité, la lutte eutre Ie principe de liberté et le plincipc
d'absolu[isme renait bientôt sous les rois de la cl5,nastie calolin-
gienne. Charlcmagne relève I'empir:e d'0ccident (S00) et cherche i
établir, par Ie despotisnrc, I'ordrc ct I'unitc dans ses Étirts. Il lcrrt
TEIIPS HIST0nIQUES.
- PÉRIODE l.ttÀN0UE l4-'
I'unité sociale à côté dc I'unité spilituelle, mais l'Église drns l'État,
uon l'État dans l'Église.
Cependant, les leudes, cn laissant renverser la dynastie mérovin-
gienne et cn contribuant à grandir les maires du paliris, avaient
surtout voulu se garantir une plus grande somme d'intlépertdance
vis-à-vis de la royauté. Ceux d'entre eux qui détertaient dcs oflices
ou des liefs s'rrutorisent de I'cxemple des uraires du paliris pour
transmettr'e héréditair"enent leurs fonctions et lcurs terrcs à lcurs
Iils. Et les maires du palais devenus rois, Cliarlemagrte comrlle
Pepin Ie Bref sont Ic plus souvent obligés de fermer les yeux sllr c€s
transmissions illégales, toléran[ ainsi ce qu'ils tt'osent empècher.
Semblable tolérance, sans consamer ellcol'e un droit, introrluit peu
à peu dans I'empire le principe de I'hérédité des fiefs et cles ofiiccs.
lllle prépare le capitulaire de Kiersy-sur-0isc (877) qui,, pt'oclirtnaut
I'inamovibilité des comtes et des autres agents du pouvoil cetttral
dilns les provinces e[ le droit des enfants :\ hériter des chiirges de
leurs pères, oonsacrela définitivement ce principe et ouvlila ofliciel-
lement l'ère de Ia féodalité.
Ainsi la disparition de I'empir:e de Charlemaglletnarque le trioruphe
définitif clu pouvoir alistocratique sur lc pouvoir tuouarcliique, du
priucipe cle lillcrté sur celui cle clespotisme, clu s1'stènre clc décentlrr-
lisation sur celui d'unité.
r48 IIIS1OINB DES BELGES ET DIi LEUN CIÏILISAI'ION

CHAPITRE V

Période féodale (843-{106).

Ouvnages à consulten:
lltarnkoenig : Histoire de la Flandre et tle ses institulions. Ketyn tle
Lettenhouc : Ilistoire de f'landre. - Hénaut : Hisloire du pays- de Liége. -
llrarnkoenig, tr.aduction tle Stanfslns Bormffits: Histoire deLiége. De Rei.[-
-
fenlterg : Histoire du Hainaut. - Borgnet : Histoire du comté de Namur. -
Ernst : Histoire du Limbourg. Bcctmi : Histoire de Ia villc d'Anvers.
- -
Henne et lYuuters : Histoire de la ville de Bruxelles. Stccher : Histoire tle
-
Pott'ïn: Nos Premiers Siècles litté-
Ia littéral,ure néerlandaise en Belgique.
raires.
-
Edmond Pimrd: Le Droit et la Race. l,ç1v1ll1svslle : Le Bon Yieux
Temlts.
- -

TITRE I
Géognaphie histonique.
De Charles le Chauve à Clnrles-Quint, la partie de la Belgique actuellc
située à gauche de I'Escaut relèvera de la Flance (sous le nom de Plandre).
Le reste, tprès avoir appartenu à Lothaire Ie. et à Lothaire II, lils et petit-tils de
Louis le Débonnaire, continuera, jusqu'en 9{9, à faire partie du royaume indé-
pendant de Lotharingie dont voici les limites approximatives : mer du Nord,
Escaut, Meuse supérieure, Saône, Rhône supérieur, Rhin. Tlansformé à cette
époque en duché, le royaume dc Lotharingie restera quelques années sous Ie
sceptr.e des rois de France. Ramené ensuite sous la suzeraineté de I'Allemagne
(925), le duché de Lotharingie sera subtlivisé (959) en Haute-Lotharingie ou
Lorraine et en Basse.Lotharing'ie ou Lothier, séparées par le Chiers et par la
l[oselle. Peu à peu se constitueront, dans la partie septentrionale tlu duché,
les principautés d'Anvers, de Braburt, de Limlrourg, tle Liége, de Hainaut, de
Luxemboulg, etc. Dn 4'106n Ia dignité ducale passera dans la maison de Lou-
vain; et en ,1155, le duclté de Lothier disparaissant, le titre de duc sera partagé
entre les comtes tle Louvain et de Limboulg. ( Yoir plus loin, en tête de
I'histoire de chaque principauté, un historique géographiclue plus détaillé.)
1'I]}IPS IIISTORIQUES. PI'RIODE FEODALE 't 49
-

TITRE II
Les faits.

Rois de France contemporains Em pereurs d'Al lemagne e0ntem p0rains

Caroltngiens Carolingiens

Charles lc Cliauvc -i 877 Louis le Germanique....... t 876


ll
Louis le tsègue t 87e Charles le Chauvc. ... t 877
Louis III t 8se Carloman. ....t 880
Louis de Saxe.. . ... . -i
Carlonran t B81r
Charles Ie Glos
882
0harles le Cros, déposé en. . . 887 t S87
Eudes . t 8e8 Aruould de Carinthie, .... , . -i 899
Charles le Sirnple, dépossétlé en 922 Louisl'Enfant.... ... -i 9.11

liobert. -i e23 Conrad 1cr, de franconie. . . . -i 919


Raoul . t 036 Ilaisort d,e Sare,
Louis d'0utremer.. . t 954
l'Oiseleur....,.., -i 93G
Lothaire t-i e86 Henli lcr,
Qltonlet,leGrand ...t 973
Louis le Fainéant. e87
Otton II. . . . .. -i 983
Olton III .. ... -f .t002
Cupltiens. l{enri II. ..... r ...., -i- 409rt

Hugues Capet. -i ee6


Xlutson de Franænte,

Roberl,le Sage -i {03{ Conratl II, Ie Salique ....... -1,1039


Henri I* -i{060 Henli III. .. .. t 4056
PhilippeIer.... T Henri IV ..... -i

- Aqui tlevait plus tard forrner la


0rigine de la féodalité. la suite du traité de Yerdun,
la partie du terlitoire belge
Flantlre appartint à Charles le Chauve et désormais dépentlit
de la Frauce. I,e reste tle la Belgique revint à Lothaire et fit
paftie du territoire c1ui, du norn de ce prince, prit plus tard
celui de Lotharingie ( I ).
Ponr se créer des paltisans, les successeurs de Charlemagne,

(l) n frmand, Lothuit'-rijck (r'oyauue de Lothaire); en latin, Lotlmrii


rctJnuut, rl'oir I'on a faiL Lothrtringie,
{50 HIsroInE DES BELGES ET DE LEUn cIYILISÀTIoN

constamrnent eu guerle entre eux, distribuent petit à petit en


béuéfices, sans réflexion et sans mesure, une graude partie
des tlomaines r6yaux. D'abord, ces bénéfices sont consentis
ù titre ltersynnel et tottt au plus uiager; mais, insensiblement,
les bénéficiers plennent I'habitude de transmettre leurs temes
à leurs enfrrnts. Par crainte de s'aliéner des sympathies dont ils
ont grlnd besoin, les princes carolingiens I'erment les yeux
rlr.rr I'irrégularité de ces faits et I'on en vient peu à peu à
considérer comlne un droit ce qui, en réalité, n'est qu'une
sirnple tolérance. De lenr côté, les comtes et les ducs, autrefois
sirnples gouverneurs des provinces, filissettt par considérer
celles-ci comme leur propriété et, eux aussi, s'arrogent le droit
tle transmettre leurs charges à leurs fils. L'autorité du Sgure-
rain péiriclite ainsi peu à peu dans totrte I'étendue de ses
États.
D'autre part, sous Lor-ris le Débonnaire et ses successellrs,
les assemblées nationales changent de caractère. Les glands
seigneurs setùs y participent etlcore et ils ùe s'y préoccupettt
que tle leurs intér'êts. Datts une de ces assemblées, tenue à
Kiers.v-sur-0ise, en 8?7, ils irnposent à Charles le Chauve le
capitulaile fameux qui légitime I'hérédité des ftefs eI des offi.ces
(charges et emplois). Ainsi des actes illégaux se trout'ent ett
quelque sor'te cottsacrés par le temps et par les mæurs ; ainsi
s'établit la féodalité.
Les Normands. Venus clu nord tle I'Europe, ainsi que
I'intlique leur nom, ces nouveaux Barbares sortent du Dane-
rnarck et tle la presqu'Île scandittave, d'oit les chassent le
nrarlque de lessources et I'appât du pillage. 0rr les voit, sur de
légèr'es embarcations, remonter le cours des fleuves de I'Eulope
occiùentale. Àprès avoir fait choix d'ttn lieu tle débarquement
favorable, ils tirent leurs barques sur la rive, puis les
disposent, en guise de rempart, autour de leur camp. Répaudus
ensuite aux alentouls, ils y promènent I'incendie et h
mort,
TEltps [rsrORrQUES. r)ÉnIoDE FÉODALE 151
-
après s'être approprié Ies objets de valeur susceptibles d'être
ernportés. Yilles, villages, fermes, tout est mis à sac et brtllé.
Puis, sans considération d'âge ni de sexe, ils égorgettt, noieut,
pendent tous les habitants du pâys qu'une prompte fuite ne
soustrait pas à leur furenr. Ils ne respectent que la rie des
plus riches, dont ils espèrent tirer une grosse rarlçon. Chargés
de butin, ils s'éloigneut alors pour rentrer dans leur patrie
oir ils étaleut, aux -veux de leurs cornpatriotes ébloriis, les
richesses dont ils se sout emparés. Aussi ne tartle-t-il pas à
se former tle nouvelles bautles, plus farouches, plus avicles,
s'il est possible, que leurs devancières.
Quatre-vingts atnées duraut, ces expéclitions redoutées se
reuonvellent sans trêve. Elles cessent par la force rnêtne des
choses, lorsque les Normands ne trouvent plus rien à r'avager
jusqu'â treirte ou quaraltte lieues des côtes.
I.,es Nonnands ne constituaient poilt une grande nation en
ilrmes rassernblée pout' envahir nos contrées. Ils formaient au
contraire des corps relativement peu nombreux combattant
prcsque toujours à piecl et à tlemi-nus, aYec des artnes dont
la trempe était inférieure à celle des Frattcs.
Quelles causes expliquent donc les trop faciles succès de
ces Sauvages envahisseurs ? D'abord, I'inclifférellce ou I'impré-
voyance de souverains égoÏstes qui, appelant presque tous les .
hommes valides à soutenit' leurs mesquines querelles, Iaissent
sans défense la plus grande partie du pa,vs. Aucune force at'mée
n'est préposée à la garde des cÔtes de I'empire. Naturellement,
I'audace et la rapacité des Normands croissent à raison tl'une
persistante impunité. Ensuite, considérés par leurs maitres
cOmme un lil bétâil, les habitants des campagnes nanquent
tl'entrain pour défeudle un sol et des lichesses dout ils n'out
ni la propriété ni la jouissance. D'ailleurs, ils ont désappris
I'usage tles armes rlont, par prudence, on leur a intertlit le
polt. Le peuple des rilles, traité arec aussi pett d'égards,
4,52 TIISToTRE DES BELGES ET DE LEUR clvrlrsAtroN

égaleneut tlépourvu d'armes, n'est pas mieux disposé. Tous, du


reste, ont perdu, avec leurs habitudes gLrerrièr'es, le courage
indispensable pour affronter le péril des combats. A la moindre
alerte, tont le monde se sâuye ou se cache : l'épouvante est
univelselle.
Les Normands trouvent dans I'ernpire d'0ccident, non tles
ennemis à vaincre, mais des victirnes r'ésignées au sacr:ifice.
Aucun danger lle lnetlace, auculle craiute n'anête les cnva-
hisseuls. Après le pillage de I'une ou I'autre localité, loiu
de se presset' pour rnettre leur butin hors de poursuite, il leur
arrive de se dispersel pour aller isolément chasser ell tles
canpagnes et des bois rernplis de fuyards : jarnais cenx-ci ne
songent à profiter, pour s'en défaire, de I'imprudeuce de leurs
térnérailes eunemis.
Les Normands rencontrent enfin un sérieux adversaire dans
la persollne d'Aruould, r'oi de Gerrnanie, dont les Belges
éperdus avaient sollicité le secours. Attaqués avec vigucur par
ce prince daus leur camp letranché de Louvain, les Barbares
éprouvent une sanglante défaite (892). Ils abandounent alors
sans retour le sol belge, au grantl soulagement des populations.
Mais telle avait été l'épouvante générale, que, plusieurs siècles
après, 0u répétait ercore cette prièr'e, intercalée dans les
litarries : Dela ru,ge des I{orntands, déIiurex-nou,s, Seigneu,r !

SECTION I

Gomté de Flandne (843-{{lt).

- La Flanrlre ou
Géographie historiquo, pa1Js dcs Flurnands comprenait
antrefois le I'Iempisque et la cité des Tournaisiens, c'est-à-rlire toute la tsel-
gique à gauche de l'[scaut. A partir rle Baudouin Bras de Fer, la Flandle
s'étendit jusqu'à la canche, petite rivièr.e du Pas-de-calais. La Flandre impé.
riale fut acquise en {007, en môme temps que Yalencicnnes, échangée au
xII. siècle contle le comté d'Eenham. L'annexion du pays tl'alost date de'1056.
TEIIPS HISTORIQUES. PI'RIODE FÉODÀLE {53
-
Cramntont fut b:itie en 1068, Ninove en {'19i. Termonde n'appartint au cornté
de Flandre.qu'en'1355,
RorALtr. [lle comprenait : {o Les
Divisions administratives.
- Fr,lnnnn
clttitellaùes de Gand, Bluges, Courtrai, Audenarde, Furnes, Ypres, Warne-
tou. go Lcs z,a.ges (circonscriptions administrées par des baillis polleurs
ti'une
- verge hlanche, s.vmbole de la justice) dc Del'nze, lllenin, Thielt, Harle-
beke et des treize villagcs. 3o La généralité tles futit paroisses, dépendante
-et située entre Tpres et Poperinghe'
de I'abbaye rle Saint-tsertin
Fl.,r,lionn upÉnrllu. Elle comprenait : {o Les pays de wacs, d'Àlost, de
- 9o Les ntétiers, au nombre dc quatre (ntétier ou
Terrnonde et tle ]lornhem.
-
oflicc ; en flamand, untbuclû) d'Axel, Hulst, Bouchoute et Assenede.
FltUtnn ALL6DIÀLE. Les terriloires de Grammont, de Bornltem, tle Ter-
- plr la Suite, poltèrent le nOm rJe Flantlre ullodiale
rrrOnde et de Ninove, acquis
prlrce que les comles de Flandre les possêdaient en frauc alleu'
0rr tlistingtrait aussi la llandre en Flandre fiatningante, oir I'on pallait le
pays de
flanrand et en Flandre çlalltcane (chàtellelies de Lille, Douai, Qrchies),
langue française.

origine du comté. Le traité de verdun (843) avait


-
attlibué :i Ch:rrles le Chauve la partie de la Belgique située à
I'ouest d'une limite lnat'quée par le cours de I'Escaut jusqn'à
Gancl et plolongée de là suivant la direction tle I'ancien lit du
ileuve({), où la fosse ottouienue (2) etle caual de Terneuzen ollt
été creusés depuis. cette région reçul le notn de Flaudre (3).
Baudouin BraS de Fer. - Le prerniel comte de Flandrefut un
gendre tlu roi Charles le Chruve, Ir6mmé Baudouin et surrommé
Brus cle Fer à cause cle la vigneur avec laquelle il comliattit les
lior.mands. II reçut de sou beau-père' avec le titre de cotnte,
le gouveruement de toute la cgntrée Située entre I'Escaut,
l'Qcéan et Ia Canche. Ce pays prit alors e[ conserva depuis le
nOln de Fianclre. Baudouin Bras de Fet' mourut en 878.

({) Dcs historiens admeltent que I'une des branches de I'Escaut inférieur
suivâit autrefoi's la tlirection du canal de Terneuzen'
(2) Ainsi nommée en mômoire tle l'empereur 0tton, qui.la fit, cretlser.
banni.
i3i fr;'T"ffi:i-i-'/l,;;;t;rài,, au saxin .fieatnilg gu't.signifie fuuitir,
L-'ii.iir;;i;i;.;;;i;;*e. doni'. le ré'tuge dei firsitifs .par.qe. qu'un grand
il;;;; tle Saxons, bannis cle leur pays, étraient venus s'y étrblir'
L54 irrsrornn DES BELGEs ET DE LEUn crvrlrsÀTroN

Arnould 1". Le petit-fils de Baudouin Bras de Fer,


Àrnoultl I", ose se mesurer avec I'empereur Otton le Grand,
qui, pour retenir sous son autolité le pays de waes et les îles
tle la Zélande, convoités par Arnould, bâtit un châreau fort en
fhee de Gand. À la nrême époque, le souverain allemand fait
cfeuser la fosse ottonienne. II veut pal là déterminer d'une
tirçon bien nette la ligne de sépalation des terres impériales de
celles d'Arnould.
Flandre royale et Flandre impériale.
- Cependanr, Ies vues
tles comtes tle Flandre sur les contrées situées à droite de
I'Escaut finissent par se réaliser. L'un des successeurs
tl'Arnoulcl, Baudouin IV, le Barbu, élaut iutervenu dans uue
lntte engagée entre divers préteudants à la dignité ducale, err
Lotharingie, occupe le château de Gand, le pavs de Waes, Ies
Quatre-Métiers, les îles de la Zélande (1) et la ville de yalen-
cieunes. En 1007, il les obtient définitivement de I'empereur
Henli lI, à titre de fief de I'Allemagne. cette acquisition est
ratifiée en 1057 par I'emperenr Henri IY, qui ajoute encore le
pays d'Alost aux territoires dont vient de s'agrandir le cornté de
Flandre. Les nouvelles possessions de Baudouin IV reçoivent
Ie nom de Flnnclre irnpériala ou tle Flanclre sous l'etnpire, pour
les distinguel de ses autres possessions connues depuis sous le
nom de Flanù,e royale ou de -Flandre sous la c0u1.0nne.
Première réunion de la Flandre et du Hainaut ({.067-10T{).

- une prernière réunion du Hainaut à la Flantlre se produit à


la suite du rnariage de Baudouin de Mons, petit-fits de Bau-
tlouiir le Barbu, avec Richilde, comtesse de Hainaut. Mais cette
rénnion, simple juxtaposition des deux plincipautés, n'aura
qu'une faible durée.
Charte de Grammont (,106S). à Baudoui' del[ons
-C'esr

. jl) ,!" Zélande passera plus tard à la maison t|avesnes, mais demeurera
inféodée à la Flandre.
TEIIPS HIS'TORIQUHS. _ PÉRIODE TÉODALE {55

(Bautlouin VI en Flandre, Bantlouin I" ett Hainaut) que la ville


de Grarnmont doit sa fondatiolr et sa célèbre charte.
Désileux de peupler certaittes terres de I'est de la Flanclre,
lestées jusqtr'alors tlésertes et iucultes, Baudouil de Mons,
<tornte tle Flandre et tle Haiuaut, achète tl'un seignetlr' nommê
Gérartl, la villa tlite de Gérardmont, située sttr I'emplacement
actuel de Grarnmont. Il I'entoure d'utte vaste ettceinte fortifiée
et, afïn de procurer cles habitants à la ville nouvelle, il lui tlonne
une charte dorit voici les plincipales dispositions :

{o La libelté intlivitluelle et le droit de propriété sont garantis


atrx habitants de Gt'amrront. lo Ils ont le droit d'achetet',
tle vendre, tl'hériter et de tester. 3" Ils sont iugés par un
tribunal des échevius, cottformérnent aux statuts Iocaux. 4o 0n
ne peut_les soumettre contre lenr gré aux épreuves judiciaires.
Ë" IIs ont la propriêté d'une forêt et la jouissance de prairies et
tle pâtures pour leur bétail.
I.,'octroi spontané de cette charte à une localité en formatiou
pfouïe Ia possession antérieure de privilèges analogues par les
habitants de localités plus ancienttes et plus importantes.
Baudouin VI réussit à organiser daus ses dellx comtés tule
police si active et si sévère, qu'au dire des-historiens on y put,
pendanl son règne, v6yager SanS armes et laisser ouvertes,
ia nuit, les portes des rnaisons sal)s crainclre rl'être dévalisé ou
rnaltraité. Malheureusement, son règne fut trèS court. Une
rnaladie de langueur I'emporta en {070, trois ans à peine après
la mort de son père.
Robert lu' le FrisOn. Sa veuve Richilile lui succède.
ùIais elle fait peser sur les Flamands un tel régime de cruau-
Îés et tl'exactions qu'ils appellent à leur secours Robert le
Flison, frêre de Baudouin cle Mons, Robert, ayant battu
Richiltle en plusieurs rencontres, la force à lui abandonner le
gorveruement de la Flantlre. En dépit de plusieurs tentatives à
main armée entreprises dans la strite par Baudouin, fils de
{ 56 [rslorng DEs BBLcES BT Dn LEUR crvtlrs.{t'r0N

Richilde, pour r'écupérer I'héritage entiel de son père, ce priuce


ne réussit point à rentrer en possession tle la Flandre, qui se
voit tle rlouveau, et pour plus d'uu siècle, séparée du Hainaut.
Robert ll, dit de férusalem ({093-{1{ l ), petit-fils de
Bautlouin Y la première cloisade, où il
de l-,,ille, prcnd palt à
se distingrre par ses exploits : on lui offre même la royauté
avanl cle la proposer à Godefroitl de Bouillon. Seul des
principaux chefs belges de I'expédition, il ramèrre ses compfl-
gnous d'armes dans leurs foyers. Les croisés bruxellois qui
I'accompagnent, arrivent à I'irnproviste le tg jauvicr t{00.
Leur vue iuopinée cause une joie facile li concevoir et, à cette
occasion, on institue une fôte annuelle, la Veillùe des Dames.
qui s'est perpétuée jusqu'à nos jours (1 ).

Tounnai.

Tournai, I'uue des deux seules villes qui existassent à


l'époque des Rornains dans les limites de la Belgique actuelle,
fut quelque temps la capitale des llraucs Saliens, sous Childéric,
père cle Clovis, et sous cc dernier jusqu'en 486. A ce titre,
orl â pu la considérer oomlne le berceau de la monarchie
française. Plus tard, elle fit paltie du royaume de\Childéric,
époux de Frédégonde. Ce prince, vaincu par son frère Sigeber.t,
y chercha rnéme un refuge nomentané. Tournai étâit alors le
sirnple chef-lieu du pagus moven de ce uom, subdivision dtr
grand pâgus de Ménrpie. Par la suite, elle par.aît avoir
rppartenu peudant quelque temps, tantôt à Ia Flandre, tnrtôt au
Hainaut qui se la disputaient.

(4) a Tousles ans, Ie{9 janvier, à dix heures du soir, Ia cloche de Saiute-
Gudule rappelle aux habitants lz l'ctllëe des Dames (Vrouwekensavoncl). Ce
soir.là, les femmes sont maitresses au )ogis; et jusqu'en ,tZ8{, le conseil de
justice du tsralrant prit vacance peudant l'après-dînée de ce jour. r ( Hru.rNs,
Ilistoire populaire de Ia Delgiçte, p. 93.)
TElrps HrsTORlQt'Es. PEITToDE l'it0D,\LE {57
-
, SBCTION II

Histoine de la Lothaningie (843-'1't55).

Royaume de Lotharingie (843-9{2). - A la suite de la


bataille tle Louvain, la Lothalingie forme quelque temps utt
royaume autonome sous le sceptre de Zrveutibold, fils naturel
d'Amoultl. Mais le règne de ce prince est agité par les fréquentes
révoltes des grantls, dont I'humeur fi'ondeuse ne supporte
qu'avec impatience le pouvoir royal. Espérant vivre plus libles
sous nrl souveraiu éloigné du pays, ils offr'ent la courottue de
Lotharingie au frère tle Zwentibold, à Louis I'Enfant, roi de
Germanie. Le malheureux Zrventibold essave de défendt'e ses
tlroits, mais il tforve la mort tlans un combat livré près de la
Meuse, en 900.
Duché de Lotharingie (912-959). Cependant Louis nreurt
-
peu après, en gll, sâns laisser cle postérité. Inspirés par
Régnier au Long Col, comte de Hainaut, le plus consitlérable
d'entre eux, les seigneurs lotharingiens passent voloutairemeut
sous la domination de la France. Youlant récompenser les
services de Régnier', Charles le Sirnple, roi de ce pays, le crée'
clttc ltértéfi,ciaire de Lotharingie (912 ).
Giselbert, fils du nouveau tlttc, lui succètle en 916. Tr'ès
iudépentlant tle caractère, il se révolte contre Charles Ie
Sirnple e[ r'eplace la Lotiraringie sous la suzet'aineté de I'Alle-
magne (925).
Duché de Basse-Lotharingie ou Lothier (959-{{55). En
-
I'au 959, uu tles Successeurs tle Giselbelt, saint Bt'un6n, arghe-
vêque de Cologle, voulalt faciliter I'adrninistratiol du pays,
partage la Lotharingie en tleux parties : la Haute et la Basse-
Lothalingie séparées Fâl'la Moselle. La Hrute-Lotharingie fut
constituée parles contrées qui devaient fot'mer plus tard I'Alsace
et la Lolraine (nom défïgnr'é tle Lotharingie). La Basse-Lolha-
{ 58 HrsrolRr DBS DELGES ET DE LEUIT ctvtLISAT[oN

ringie, plus counue sous le nom rle Lothier', comprit la Hollautle


tl'aujourd'hui, la province rhénane et toute Ia Belgique actuelle,
moius la Flandre à gauche de I'Escaut.
Bruxelles capitale du duché de Lothier. A la rnolt de
saint Brunon, Lothaire, roi de Ftatrce, tlispute à I'ernpereur
d'Allemagne Otton II ({ ) la possession de la Lotharirgie. Après
quelclues années de guerle, un accortl intervietit qui, laissant
Ia suzeraineté tle Ia Basse-Lotharingie à l'Àllemaglle, en attribue
le gouvernement à Charles tle France, ft'ère tlu roi. Ce priuce
fixe, le premier parmi les princes lotharingiens, sa résideuce ii
Bruxelles ( 976 ). Àussi est-ce de cette époque que tlal,e i'irnpor'-
tance prise par cette ville dont le rôle avait été jusqu'alorÀ assez
effacé. Charles s'y frit bâtir un palais dans un entlroit situé
entre les deux bras de la Senne.
({089-{{00).
Godefroid de Bouillon
seurs de Challes de France, il - Parrni les succes-
importe de signaler Ie célèbre
Gotleti'oid de Bouillou, héros de la première croisatle.
Neveu de Godefroid le Bossu, duc de Lothier, Godefroid tle
Bouillon n'avait prs hérité de tous les domaines de celui-ci,
rnais seulement des seigneuries de Bouillon et d'Anvers. Greice
à sa blavoure, il ne tarde pas à étendre les limites rle son
modeste patrirnoine. Dans la'çterelle cles Inuestitures (2), il
prend, contre le pape, le parti tle I'empereur, tue de sa propre
nain, à la bataille de Yolksheirn (1080), le cornpétiteur suscité
à Henri IV par le souverairt poutife, et, dans I'assant donné

( .l ) Bn 962, Otton 1er, roi de Germanie, s'étânt rentlu à Rome, s'y fait
couronner empereur. Cet exemple sela imité par ses successeurs penrlant cinq
cents âns(le dernier sacre auralieu en 4,&32). Mais même après et jusqu'a
Napoléon 1et', les rois de Germanie continueront à prendr.e le titr.e d'empereul
rlu ( saint-empile romain germanique r et leur hénitier. présomptif à r'ecevoir
celui de r roides Rontains >. Le lils de Napoléon Ier fut, encore roi tle Ilonrc.
(9) L'empereur Henri IY et le pape Grégoire VII voulaient également, attri-
huel les llefs ecclésiastiques (évôchés et abbayes) au spirituel et au tenporel.
0es prétentions inconciliables ftuent I'occasion d'une guerle rlui reçut lc nonr
tle querelle des Inuestitures,
TE}IPS HISTORIOUES. PERIODE TÉODÀLE 'I5O
-
par les troupes impériales à la ville de Rome, parvient le
premier sul les murs tle cette I'ille (1084). En récornpense de
ses services, I'empereur lui confère la dignité de duc de Lothier
(1089 ).
Dans son gouvernement, Godefroid déploie toutes les qualités
d'un ferme et sage administrateur. Mais liientôt la plernièr'e
croisade I'enlève à la Belgique.
Les croisa{gg. La race sémitique et la race aryenne, se
-
disputant I'empire du monde, avaient une pletnièr:e fois mesut'ér
leurs forces â Poitiers (l ). Les mahométans avaient été vaincus
par Charles-Martel et l'islamisme arrêté dans sa marclte ellva-
hissante. Par la suite, des querelles intestines, reiigieuses et
politiques, forcent les musultnans d'Asie à suspentlre leurs
attaques contre'I'ernpire romaiu tle Constantinople.
Les Arabes musulmans de la Terre saiute, dont la civili-
sation est fort avancée, tr:aitent d'ailleurs avec tolÔt'ance et
douceur les chrétiens d'Occideut, veuus en pèlerinage à Jeru-
salem. II en sera autrement Iorsque les Turcs seldjoucides, l'ace
farouche et fanatique, d'origine tartat'e, auront pris Jérusalem
et enlevé aux Arabes I'hégérnonie du monde musulmatt. A
partir de ce momeut, les pèlerins tl'Burope sont exposés, eu
Palestine, à toute espèce rl'affrouts et tle rexatiotts. D'un :tutrtr
côté, les Turcs reprennent la lutte coutre I'empire d'Orient avec
I'espoir de s'emparer bientôt de Constantinople. Plessés p:u'
le danger, les empereurs gl'ecs appellent à leul secoul's les
souverains d'Occident.
L'idée tle reconquérir sur les musulmaus la vilie sainte et le
tombeau du Christ fait tout à coup de graucls progr'ès etl

({) ta race sémitique comprend les peuples parlant ou dont lcs :tttcêtrcs ottt
parlé L'hëI,reu, l'et'abe,le phétticien, le chaltléen, le babylonictt eL l'étltiopiut ;
i'esprit de propagande de cette râce Se manifeste généralement sotrs la formc
du prophétisnte.La race arlJenna comprend lp,s peuples parlant ou lyant ltarlé
Ie scnscrrt, lepersort,legrec, le latin, l'ullentand, lc slot'e el le t'eltitluc. (Voir
Eo,ltotu PtcÀnl, le Droit et la liuce.)
{60 rrrsrornE DES nELGF,s ET DE LEUR cIyILIs.{'rI0N

0ccident. L,,es prétlications enflammees tle Pierre I'Ermite


achèvent de convainue les peuples chrétiens tle la nécessité tle
s'armer en vlre tl'atteintlre ce but. Dans le cours tl'un pèlelinage
aux saints lieux, Pierre I'Ermite, né, dit-ou, à Huy ({) ou à
Arnay, près tle Huy, avait été térnoin des mauvais traiternents
infligés aux chrétiens par les infidèles. À sou retour', il fait au
pape Urbain II unrécit pathétique tle ce qu'il a vu. Proforr-
dément impressionné, le souverain pontife convoque un coucile
à Clermont en Auvergne (1095). Dans uu disconrs émouvant,
il exholte ses auditeurs à prendre les armes pour chasser les
ntusulmans de Ia Teme saiute et les empècher tl'envahir
bieutôt I'Europe. Touchés pâr sa parole éloquente, les assistants
s'éc;r'ient d'[ne voix nnanime : rr Dieu le veut ! Dieu le veut ! l
et, sur-le-champ, promettent de partir pour les lieux saints. Par
la suite, comme signe tle leur engagement, ils adoptent une
croix d'étoffe cousue sur l'épaule ou sur la poitrine. De là le
norn de croistis qn'ou leur donne et celui rJe u'oisacles par lequel
on désigue les expéditions entreprises pour la délivrance du
saint sépulcre.
Dans I'entre-temps, Pierre I'Brmite parcourt I'Italie,la France,
laBelgique,l'Allernagne, engageant les seigneurs et Ie peuple à se
lendre err Teme sainte pour y châtier I'iusolence des Turcs et
leur reprendre Jérusalem. Monté sur un rnulet, Pierre voyage
d'une contrée àl'autre, snivi tl'une imrnense foule de peuple.
Les bras et les pieds nus, vêtu d'une simple tunique cle laiue,
un long mantelu jeté par-tlessus, il va, se noun'issant à peine
d'un peu cle poisson et tle viu. Le peuple le considère coï]nre
un saint. 0l I'eul,onre tl'tttte telle véuération qu'on se tlispute
pour toucher ses vêtements et qu'on arlache les poils de sQn
rnulet pour les faire selvir de reliques.

(A) 0n n'est pas d'accord sur le Ueu de naissance de Pierre I'Br.mite.


L'opinion des historierls ls.s plus sérieru semble toulefois pencher en faveur
d'Amiens.
TBlrps Hrsr0RrouEs.
-
pÉnr0DE F'ÉoDALE 1,81

Part prise par les Belges aux croisades. - Ses prédications


obtierurent uu incroyable succès. Répontlant à son appel, plus
rl'un rnillion de personnes, dont un grand nombre de femmes,
<l'enfants, de vieillards, quittent I'Eulope pour se reudre en
Àsie. Oul,re Godefroitl de Bouillon, principal chef de I'expédi-
tion, les comtes de Flandre (Ro}ert II, dit de Jérusalem) et de
Hrrinaut (Baudouin II ), la Belgique seule fournit à la première
croisade plus de cent mille soldats.
Causes des croi$ades Il faut voir, dans les croisades,
une manifestation en quelque sorte spontanée de I'esprit de
l'époque, :i la fois guelrier et fanatique, barbare et profonde-
ment religieux. Anacher le tombeau du Christ aux infidèles
n'est d'ailleurs pas le seul mobile qui inspire ces expéditions.
Les esprits éclairés veulent prévenir les desseins des Turcs en
portant chez enx la guerre qu'ils rnéditent contre I'Europe.
D'autre palt, la foi vive des peuples; la promesse, faite par le
pape, tl'accorder la liberté aux serfs et le pardon de leut's
péchés à tous les ooisés; I'esplit aventureux de la uoblesse,
séduite par I'idée de se créer au loin de riches et puissantes
principautés; la misère des populations rurales, muellement
opprimées par leurs seigueurs, et I'espoir de trouver sous
d'autres cieux une vie plus douce; enfiu, les intérêts com-
merciau:r des répul.rliques italiennes, Venise, Gênes, Pise et
autres, en quête de débouchés nouveaux pour les produits de
l'Occident: tels sont les principaux motifs de I'enthousiasme
avec lequel sont entreprises les premières croisades.
Prise de Jérusalem. Rassemblée au delà du Bosphore,
-
I'armée tles chrétiens compte environ 100.000 cavaliers et
600.000 fantassins. Elle met à peu près trois ans à franchir la
distance qui la sépare encore de Jérusalem et n'y parvient qu'au
prix tlc privations sans nombre, de mille fatigues et des plus
grands dangers. A ce moment, elle se trouve réduite au chiffre
total tle 50.000 hommes à peine.
Y. Itlirguet. - Histoire iles Belges. {l
162 HISToInE DES BETGES ET DE IEUR ctutlsÀTloN

Cependant, les moisés ne sont pas découragés. IIs entrepren-


nent aussitôt le siège de la ville sainte et I'enserreut si étroite-
ment qu'ils interrompent toute communication des habitants
avec le dehors. Longtemps, les Turcs résistent avec ult grantl
courage. Mais ayant fait construire une haute tour roulante à
plusieurs étages, Godefroid de Bouillon ordonne de la conduire
tout pr'ès des remparts et de la rernplir tle soldats. Ceux de
l'étage supérieur mettent alors Ie feu à des matelas de foin, ce
qui produit une fumée aveuglante. Poussée par le vent du côté
de Jérusalem, cette fumée oblige les mahométans d'abandonner
une partie des murailies, car ils ne peuvent plus ouvrir les yeux
ni respirer au rnilieu des noirs tourbillons qui les enveloppent.
Aussitôt, Ie duc fait abaisser $ur les remparts le pont-levis de la
tour et les croisés réussisseut ainsi à pénétrer dans Ia ville.
Les soldats chrétiens se répandeut alors tlans les rues,
massacr?nt tous ceux des habitants qu'ils peuvent atteiudre,
sans se préoccuper du sexe, de l'âge, ni même de la religion de
leurs victirnes. Àussi un grancl nombre de chrétiens de Jéru-
salern périssent-ils en cette terrible journée.
Chacun'des vainqueurs, entrant de force dans la maison qui
Iui convient, en passe au fil de l'épée les habitants : Ie père, la
mère, les enfants, les serviteurs; après quoi, il suspend
au-dessus de la porte d'entr'ée son bouclier ou toute autre de
ses armes, en signe que la maison est déjâ la propriété d'un
croisé. Un grand nombre de ces tlemeures étaient remplies d'or
et d'argent, de pierreries, de tneubles et de vêtements précieux,
de grains, de vins, tl'huile et de provisions tle toute espèce, en
sorte que ceux qui s'en étaieut emparés vécurent désormais dans
I'abondance.
Cependant, le duc Godefroid ne souille pas sa victoire de
telles cruautés. Déposant les armes aussitôt que la prise de la
ville lui parait bien assurée, il change de vêtements; puis, pieds
nus, il se rend à l'église du Saint-Sépulcre ({5 juillet l0gg).
?Enps HrsToRrouEs.
-
pÉRroDE FÉoDALE 163

Le royaume de férusalem. Peu après, Godefroid de


-
Bouillon, proclamé souverain de la Terre sainte, prend, non lc
titre de roi tle Jérusalem, mais celui d'auoué et défenseu,r dtt
saint sépulcre, rr Il
ne veut pas, dit-il, porter une couronne
tl'or dans ces lieux où le Sauveur des hommes en a porté une
d'épines.
I s'occupe ensuite d'organiser féodalement ses Etats.
L'ensemble des lois et règlements qu'il donne à son peuple est
connu dans I'histoire sous le nom d'Assises de Jë'rusalent'.
Godefroid de Bouillon est I'un des plus grands hommes dont
la Belgiqùe s'honore. Ce fut un prince juste, clément, affable.
Modéré dans les combats, jamais on lte le vit dêshonorer une
'victoire
pal le carnagede ses ennemis ou par le pillage de leurs
biens({). Le peuple et les soldats I'aimaient; les chevaliers
voyaient en lui leur modèle. Son désintéressement, sa prudettce,
sa parole éloquente lui donnaient une grande influence dans les
conseils. D'une intelligence politique remarquable, sut il
organiser solidement ses États de Jérusalem, lorsqu'il eut été
nommé souverain de la Palestine.
Origine des grands fiefs de la Belgique. Àpres la mort de
-
Godefroid de Bouillon, arrivée en {100, le duché de Lothier
fut donué par I'empereur llenri IV à Henri Iu", comte de
Limboulg. Le fïls de I'etnpereur s'étant révoltê contre son
père, le duc, Henri prend la défeuse de son bienfaiteur.
Malheureusement, le sort des armes est défavorable à ce der-
nier et Henli voit le nouvel empereur attribuer son tluché à
Gotlefroid le Barbrr, comte de LouvaiD, ell 1106. Une longue
lutte éclate alors entre les deux princes et se contiuue etitre
leurs successeurs. A la fin, après plus d'un demi-siècle de
guerres, un accortl intervient qui réconcilie les deux farnilles

(l) Guillaume rle Tyr ne lui attribue pas, cependant, lors de la prise de
Jéruialern, un rôle différent de celui des autres croisés.
L64 HrsrorRn DEs BELGES ET DE IEUR cruLIsÀTIoN

rivales. Gotlefroid III, petit-fïls de Godefroid le Barbu, d'une part,


Henri II de Limbourg de I'autre, conviennent de conserver Ie
titre de duc chacuu dans ses États persounels et de se parta-
ger les droits afférents à ce titre sur les diverses principautés
qui se sont peu à peu formées dans le duché de Lothier
(1r55 ).
Cet arrangement consomme la ruine du grand fief qui avait
longtemps tenu réunies, sous uu mème grand feudataire, les
populations de la Belgique orientale. Ainsi disparaît le titre de
duc de Lothier (1155)..
Mais le titrede duc n'ajoute rien à I'autorité iles deux
dynastes. Les prétentions qu'ils font valoir sur les parties
méridionales de I'ancien duché sont repoussées avec énergie
par Henri I'Aveugle, comte de Namur et tle Luxembourg, et
par Bautlouin le Courageux, comte tle Hainaut. Gotlefroid III
est battu à Carnières, eu '1.1,70, et Henri de Limbourg perd, en
l'/.,7'1,, la bataille d'Arlon. Le territoire lothalingien se réduit
donc, à partir de ce momenl, aux quatre quartiels de Louvain,
de Bruxelles, d'Anvers et de Bois-le-Duc, c'est-à-dire aa duclrc
de Brabant, nom qu'il prend tlésormais.
Passons rapidement en levue la formatiou des tlivers autres
grancls Iiefs krtharinglens. (Yoir aussi plus loin fnstitutiorts
politiques.)

Liste chronologique des rois, puie des ducs de Lotharingie


et des ducs de Lothler.

Roh de Lotharingie. Ducs bénéficiairet de Lotharîngie.

Lothaire ler.... t 855 Regnier au Long Col ....... t 9r6


Lothaire II .... t 86e Giselbert. ....t 939
Louis le Germanique f 876 Ottorf. ...... -f g4{
et Charles le Chauve ..... t 877 Conrad de Franconie... . ... f 955
Louis de Saxe. . f 88s $aint Brunon .... . .. t 963
TEIIPS HISTORIOUES. PÉnroDE FÉoDALE {65
Rois de Lothafingte (Suite). Ducs de Lothier.

Charles le Gros -i-


I 888 Godefroidlor.... .... f 946
I
Zwentibold I 900 GodefroidII.... ....t 911
Louisl'Enfant... I 9rl Charles de France :.... .... t {00{
tharles le Simple. I 929 Otton de France .. . . t .1005
Godefroidd'[enham. . t,t023
Gothelon le Grand ... t .1044
Godefroid IY, dépouillé en. . . ,1048
Frédéric de Luxembourg. .. . t {065
Godefroid IY revient . t ,1070
GodefroidleBossu. .. +,t0?6
Conrad II, dépouillé en .. ... {089
Godefroid de Bouillon ,1t00
Henri Ier de Limbourg, dé-
pouillé en {{06 en faveur
de Godefroid le Barbu, comte
de Louvain.

Gomté de Llmboung.
Géographie historique. Les bornes de I'ancienne principauté de Limbourg
-
élaient: au nord, la seigneurie de Rolduc (aujourd'hui teiritoire prussien);
à I'est, le duché de Juliers (id.); au sud, les principautés de Liége et de
Luxembourg ; à I'ouest, celle de Liége.
Le comté, puis duché de Limbourg, compreneit deur villes, deux pays et
quarante-trois villages répartis en des territoires nommés àans ou seigncuries.
l'illes : Limbourg et Herve. Pays r Hodimont et Eupen. Bans.. Baeten,
- -
Walhorn, Montzen, Herve et quartier (ban) wallon,-Setgncrn,ies: Sprimont,
Esneux, Baugnée, la Rimière, La Chapelle, Taviers, Villers-aux-Tours.
Les ducs de Limbourg possédaient en outre, à titre personnel, le comté de
Daelhem et Ies seigneuries de .lflontjoie, Rolduc et Fauquemont. Le comté de
Daelhem renfermait les bans de Cheratte et d'Aubel.
0n voit que presque tout le terril,oire de I'ancien duché de Limbourg était
compris dans celui de la province de Liége actuelle.

0rigine et premiers comtes.


- Le comté de Limbourg -
duché à partir de l{55 -- fut ainsi appelé du château de ce
nom bâti, vers le milieu du xr" siècle, sur la rive gauche de la
Yesdre, pil un certain 'Waleran, gendre de Frédéric de
Luxembourg, duc de Basse-Lotharingie. Celui-ci donna en
166 HrsroIRE DEs BELcES ET DE LEUR cIvILISATIoN

fief, au mari de sa fille, le pays environnant. Ce fut le comté tle


Limbourg. Henri I", Iils de Waleran, cotttribue avec Henri de
Verdun, évêque de Liége, à I'institution du Tribunal de Paix.
En {,{00, I'empereur Henri IY le désigne pour remplacer Gode-
froid de Bouillou en qualité de duc de Lothariugie. Plus tard,
Henri soutient son suzeraiu dans la lutte de celui-ci contre son
{ils, et à cette occasiou, pertl son duché ({{06) qui est donné
à Godefroid le Barbu, comte de Louvain. Nous ayons vu
comment s'apaisa, eu l{55, la querelle née, pour ce motif,
entre les deux prittces rivaux et contiuuée entre leurs suc-
cesseurs.

Gomté de Halnaut ( ? -'l,l,t 4l.

Géographle hlslorique. * Bot'nes du Hahtaut ancien.'au nord, le Brabant


et,la Flandrel à I'ouest, la Flandre; âu sud, laFrance; à I'estr le Luxembourg,
le Namurois et la principauté de Liége.
llainaut comprenait: a) le Hainaut proprement dit (Itons,
RÉcroxs.
- Le
Binche, Bavai, Iïfaubeuge); û) le Cambrésis; c) la Fagne, âyec Àresnes;
d) le pays de Sambre.
Drvmous ÀDùtINIsrRÀTrvBs. 0n distinguait en Hainaut des prévôtés, des
-
bailliages et des chàtellenies. Les prévôtés étaient celles de Mons, Binche,
Beaumont et Chimay dont le telritoire est encore actuellement belge avec
- -
celles du Quesnoy, d'Àvesnes, de ntaubeuge, qui nous furent depuis enlevées
par les rois de France.
- Les bailliages avaient pour chefs-lieux : Enghien,
Lessines et Ræulx. Il y avait quatre châtellenies, celles tle Yalenciennes,
-
Àth, Braine-le-Comte et Bouchain. La chàtellenie rle Bouchain comprenait le
château de Douai (non la ville) et Denain.
Hal, enclavé dans le Brabant, était une propriété allodiale des comtes de
Hainaut.

0rigine.
- Ce comté tira son nom de celui d'une petite
rivière, affluent de I'Escaut, appelée la Haine. Sou premier
comte, Régnier au Long Col, créé duc de Lotharingie par Charles
le Simple en g/1,2, s'illustre par le courage avec leqrlel il
combat le célèbre Rollon, chef d'une tr.oupe de Normands. Fait
prisonnier au cours de cette lutte, il est racheté par les soins
TEMPS HrST0nrQUES. pÉRr0DE FÉoDALE t67
-
de sa femme Albrade. L,a rançon à payer s'élève à uue somme
énorme. Pour la réunir, cette généreu$e épouse sacrifie jusqu'à
ses bijoux.
Première réunion du Hainaut à la Flandre. première
- Uue
fois, le Hainaut est réuni à la Flandre, de 1067 à {071, $ons
Baudouin de Mous, comte de Flandre, époux de la comtesse
Richilde de Hainaut; mais âucune vue politique ne préside à
cette alliauce dont le seul mobile est I'ambition des contractants.
D'ailleurs, la réunion u'a pâs de lendemain, Ia séparation
s'étant faite aussitôt après la mort de Baudouin de iVfons,
eu {071.
Baudouin II, fils de Baudouin de Mons et de Richiltle, I'un
tles trois princes belges qui prennent part à la prernière
croisade, périt obscurément en Telre sainte ({098).
0n doit à Baudouin III, successeur tle Baudouin de Jéru-
salem, la célèbre charte connue sous le nom de pa'iu de Valen-
ciennes, qui était à la fois un cotle civil, un cotle crirninel et
un code de procédure (1 1,1,4). Il sela reparlé de cette charte
à Ia période commuuale.

Comté de Namun (908-{139).

Gdographle historique. Bomes.' au nord, le Brabant; à I'ouest, le llainaut


-
et la principauté deLiége; au sud et à I'est, Ia principauté de Liége.
Dn'rsrolrs aDnrNrsrnÀTrvns.
-Le comté se subdivisaif en: {o deux mairies:
Namur et Feix; 2o six bailliages : lVasseiges, Samson, Bouvignes, Montaigle,
Fleurus et Vieutille ; 3o une prévôté : Poilvache. Les mairies, bailliages et
prévôtés comprenaient chacun un certain nombre de villages. Le plus grand
district était cetui de Bouvignes avec 64 villages ; le plus petit, celui de
Illontaigle dont relevaient seulement six villages. Andenne faisait aussi partie
du comté de Namur. La seigneurie de Walcourt fut acquise en {363. Mariem-
bourg, bàti en {5t9 par Charles-Quint, sur un terrain vendu par I'abbaye de
Floleffe; Charleroi, auparavant Charnoi, acquis de l'évêque de Liége en
4,186 et fortilié par Charles II; lVaulsolt, enfin Philippeville, précédemment
Colbigny, également bâti en teme liégeoise vers 1550, par Charles-Quint,
appartinrent aussi au comté de Namur.
{68 ursrornn DES BELcES ET DE LEUR clvrlrsÀTroN

0rigine. Le comté de Namur, primitivement appelé le


-
pagus ou comté de Lornme, pertl ce nom à la fin du rx'siècle.
L'histoire de la principauté ne relate, en sa première période
surtout, aucun fait palticulièrement remarquable. Disons
seulement que le comte Albert III contribue, avec Henri de
Verdun, à I'institution du Tribunal de Paix, en 1089. (Yoir
principauté de Liége.)

Comté de Luxemboung (? - 1136 ).

Géographie hlelorique,
- Boïnes: les bornes du Luxembourg ancien élaient:
âu nord, les principautés de Liége et, de Limbourg; à I'ouest, celle. de Liége ;
à I'est, I'électorat de Trèves; eu sud, Ia France.
RÉctoris. Le Luxembourg ancien se subdivisait en quatre régions princi-
-
pales: 4o l'At'dewte; localités principales: Luxembour.g et Àrlon. go lr
Mosellane; localités principales : Thionville et Remich.
-
30 le pays de tfloi-
rrre ,' localilés principales : Longrvy et Montmédy.
-
40 le pays de Biedltou'g ;
localités principales : Echternach et 0rval.
-
Cette principauté était, comme on le voit, beaucoup plus étendue que la pro-
vince actuelle du même nom.
Drvrsrons ADilINIsrRArrvEs. Les subdivisions administratives de Ia princi-
-
pauté étaient les suivantes. Conttës ; Àgimont, Rochefort, La Tour, Salm.
Prëuôtés.' Arlon, Bastogne, Durbuy, Etalle, La Roche, IlIarche, 0rchimont,
-
Saint-ùlarc, Yirton. Seigneu'ics.. Houffalize, Neufchâteau, etc. Îsyyss
- -
Jranches.' Bertrix, Masbourg, Nassogne, etc. possession de Saint-llubert
- La
était disputée au Luxembourg par le Brabant, les princes-évèques de Liége et Ia
France. Quant à la ville, elle se prétendait indépendante.

0rigine de la principauté.
- Yers 963, Sigefroid, seigneur
d'une glantle partie tlu pays correspotldant au Luxembourg
âctuel, âcheta, de I'abbaye Saint-Maximiu à Trèves; un château
fort bâti sur I'Alzette, le restâura, I'agrantlit. Dans le voisinage,
s'élevèrent bientôt des habitations nombreuses : ce fut la ville
de Luxembourg, qui donna son nom aux possessions de
Sigefroid.
De même que les comtes de Namur, les comtes de Luxem-
bourg ne jouent qu'rll rôle sans importance jusqu'au règue de
Henri I'Aveugle.
TErrps HrsToRIouES. pÉRroDE FÉODALE {69
-
Pninclpauté de Llége (698-{09{).

- Bornes.' au nord, le Brabant et la Gueldre; à


Géographie historique.
I'est, la Gueldre, Ie Limbourg, le duché de Juliers et le Luxembourg I au sud,
le Luxembourget la France; à I'ouest, le Hainaut, le Namuroiset le Brabant.

- l.a principauté comprenair diæ quartiere, dont


Drvtsrolts ÀDlrrNrsrnÀTtvEs.
voici les plus connus : {o La llesbaye. Yitles principales : Liége, Tongres,
Saint-Trond, Waremme, Huy (en partie). Condroz. Yilles principales :
Dinant, Huy (en parl,ie), Rochefort, Ciney.
- 20 Le Le conûe de f,ooz (Limbourg
So
-
actuel). Localités principales : Hasselt, Maeseyck, Bilsen, Beeringen, Looz,
Hornes, Brée, Peer, Maestricht (ouest).
- 40 Le
nrcu'quisat de Franchinrcnt.
Localités principales : Verviers, Franchimont, Spa, Theux, Visé, Robermont

- 50 I-]Erttre-Satnbre-et-i[euse. Localités principales : Couvin"


(abbaye).
Fosses, Fumay, Thuin, Florennes et Revin; Lobbes et Àulne (abbayes).
En outre, les évèques de liége élevaient des prétentions sur Malines, sur
Gembloux et sur les abbayes de Saint-Hubert et de }Ialonne.
Suvnlor-lU.Lr,uÉnr forma jusqu'à la tn du siècle dernier une principauté
ecclésiastique indépendante.

0rigine et premiers développements.


rien Hénaux, la ville de
- Àu dire de l'histo-
L,iége tirerait son origine d'un fort.
construit pâr les Romains près tle la Meuse, à proximité d'une
bourgade alors déjà assez importante et peuplée d'indigènes.
Un pont, jeté sur le fleuve, mettait en communication les deux
rives.
L'an l4 de l'ère chrétienne, une colonie romaine serait venue
s'établil en cette bourgade : peu âprès, 0ll aurait enceint de
murs la ville naissante et on I'aurait dotée d'une organisation
muDicipale.
Saint Monulphe(l), passant par Liége vers 560, en trouve le
séjour agréable et y
bâtit une chapelle. Saint Lambert, évêque
de Tongres, y est assassiné en 698; et son successeur, saint
Hubert, truusformant en basilique I'oratoile où I'assassinat a eu
lieu, transfêreà Liége (9) le siège de l'évêché.

({) Né à Dinant; I'un des apôtres de la Hesbaye.


(9) tes évêques de longres résidaient auparavant à Maestricltt, qui était
une ville forte,
170 nrsrorRn DEs BELcEs ET DE LEUR clvrllsarloN

Challernagne fait de Liége une ville libre, en 795. A cette


occasion, il
donne au tribunal des échevins de la cité un éten-
dard rouge, signe de haute justice. C'est ce drapeau qu'on
nomma depuis l'étentlard de Saint-Lambert, parce qu'ou le
gardait en l'église cathédrale de ce nom. Au rxu siècle, la ville
est dévastée par les Normands et, de longtemps, ne se relève
pas de ce désastre.
Notger (972-1008). 0n considère ce prince énelgique
-
comme le véritable fondateur de la principauté de Liége.
Après avoir tlétruit le bligandage qui sévissait en ses États, il y
introduit le règne des lois et celui de la justice.
La ville de Liége commence alors à jouir d'une certaine
prospérité. Notger en rebâtit les muls et fait reconstruire sur
un plus vaste plan l'église de Saiut-Lambert, détruite par les
Normands. On lui doit aussi l'étlification des églises de Sainte-
Croix et de Saint-Denis. De plus, Notger, lui-même rempli de
savoil et célèbre par son éloquence, protège les lettres et les
sciences. Sous son administration, les écoles de Liége devien-
nent célèbres.
D'un tempérament dominateur, Notger ue se montre point,
semble-t-il, plus scrupuleux que ses contemporains dtus le
choix des procédés par lesquels il fortifie son autorité. Il
parait que des diplôrnes impériaux I'avaient nommé justicier
tlans les villes de Maestriclrt, Yisé, Hoy, Dinant, Thuin,
Fosses, Gernbloux, Tongres, Maliues, etc. avec mission d'en
commandel les milices et d'v percevoir les droits fiscaux. Mais
la même autolité ne lui avait pas été attribuée sur Liége, oùr elle
était exercée par un comte qui habitait le château de Chèvre-
rnont et pâr un vicomte établi à Liége. Yels g8T, Notger
pénètre dans cette ville à la tête d'uue troupe de gens armés,
bat les hommes d'armes du vicomte et met le feu à sa demeure,
qur I'ernplacement de laquelle il bâtit le monastère de sainte-
Croix.
TEMpS rilSToRr0UES. pÉRrODE FÉODÂLE l7l'
-
Vodant de même se débarrasser du comte â qui appartient
le commandement militaire du territoire de Liége, il se sert
tl'une ruse pour introduire dans la place de Chèvremont, or) ce
seigneur réside, une nombreuse troupe de soldats. Idriel
c'était Ie nom du comte, - persounage de haute extractiou,
avait demandé à l'évêque de venir baptiser un fils qui lui était
né. Notger y consent, et, au jour fixé, se dirige vers Chèvre-
mont âccompâgné d'un long cortège de gens d'église. Sa suite
compt'end plus de six cents personnes dont les capuchons, les
surplis, les chasubles, cachent des casques et descuirasses, des
haches d'armes et des épées.
À peine entrés dans la place, les prétendus clercs, stlr un
signe de Notger, jettent leurs flambeaux à la tête d'Idriel et de
ses hommes d'armes, puis ils les chargent avec impétuosité.
Surpris pal cette attaque soutlaine, Idriel et ses compagnons
se tléfendent mal. En moius d'uue heure, ils sont exterminés
jusqu'an dernier. Le château est rasé et, sur sou emplacement,
,.rn bâtit une église (l).
Administration de la principauté,
Dans les premiers
-
temps, le chapitre des chanoines de I'église cathédrale de Saint-
Lambert jouissait tl'utte grande autorité. Il élisait l'évêque,
atlministrait la principauté en son absence et en cas d'inter-
règne.
Plusieurs grands vassaux, portant le titre d'artoués, étaient
chargés de défendre les droits du prince-évêque. Tous les ans,le
chapitr:e et les avoués se réunissaient en synode sous la prési-
! dence de I'évêque, pour aviser aux mesures à prentlre dans
: I'intêrêt général. L'élection du prince par le chapih'e était
l

soumise à la ratification tle I'empereur et à I'approbatiott du chef


t
I
suprême de l'Église. L'évêque devait à I'empereur I'hommage et

({) ce stratagème aurait êlé attribué erronément à Nolger par une


légende inventée trois siècles après sa mort.
I72 HISToTnE DEs BELGES ET DE LEUn crvrlrsATroN

le service militaire. Il reconnaissait sa juridiction. Un lieu féodal


I'unissait douc à I'ernpire comme iI était lui-même lié avec les
bonues villes (l).
Organisation des bonnes villes. A côté du chapitre, il
-
existe à Liège, de ternps immémorial, un tribmml des echeuins,
dont les membres, au nombre de 4,4, se recrutent eux-mêmes
parmi les premiers citai,ns, c'est-à-dire, panni les bourgeois les
plus importants. Ce collège administre la cité et rend la justice.
Pour présitler le tribunal des échevins, le prince délègue un
représentaut, Ie ntaîeu,r (2).
L'organisation intérieure des autres bonnes ui,lles est à peu
près la mème que celle de Liége.
Gharte de Huy. Vers 1060, le prince-évêque Théoduin,
-
occupé à reconstruire l'église Notre-Dame à Huy, se trouve
manquer d'argent pour continuer les travaux. Moyennant
I'octroi d'une charte, Ies Hutois consentent à lui pl'ocurer
l'argent nécessaire pour termitter son entreprise, donnant
d'abortl le tiers, puis la moitié tle leur avoir mobilier.
Voici quelques articles de cette charte, la plus ancienne de
celles dont, eu Belgique, le texte soit parvenu jusqu'à nous :
{o Les Hutois sont jugés par le tlibunal du lieu oir ont été
commis les délits dont ils sont accusés. 2o lls n'entrent en caln-
pâgne, poul le service de I'évêc1ue, que huit jours après les
Liegeois. 3o Ils peuvent ernployer Jeurs revenus à assurer
leur sécurité. 4" IIs gardent eux-mêmes leur citatlelle en cas de
vacance du siège épiscopal. 5o L'évêque qui enfreint leur
charte est déchu de ses droits sur la ville.
Tribunal de Paix. Yet's {080, l'évèque Henri de Yerdun,
-
de coucert avec les seigneurs laïques et ecclésiastiques de Ia
Basse-Lotharingie, proclame la trêve tle Dieu (3) dans toute

(4) Bonne, synonyme de lmpaftonte; aussi de rcspectable, noble.


(2) Du latin major, supérieur.
(3) Yoir plus loin z Instîttttions iudiciaires,
TEtrfps HrsroRlouEs. pÉ1nr0DD r.'rlODALE l7g
-
l'étentlue de ce grand fief. Pour la faile respecter, il institue à
Liége une cour de justice, dite Triltruml de Pair, composée des
principaux seigueurs lotharingiens. Cette cour a pour mission de
juger les tlifférends qui s'élèvent entre les seigneurs féodaux du
diocèse. 0n espère diminuer ainsi le nombre et I'horreur des
guen'es civiles, si nuisibles à la prospérité publique. L'institu-
tion, en principe excellente, ploduit malheureusement peu de
fluits.
TITRE III
Aspect de la contnée, pnopniété fonciène,
campagnes, villes.
Aspect de la contr6e. Après la mort de tharlcmagne, Ics guerres
-
civiles et les invasions prolongées des fiormands décimcnt et ruinent,
les populations. Par suite, l'étendue des terres cultivées se réduit
considérablement. D'autre part, les travaux de ciéfrichement,
entrepris ayec un zèle si louable par les monastères à l'époque
mérovingienne, avaient depuis lougtemps cessé d'ètre poursuivis
avec la même activité. Tirndis quc les moines, devcnus riches,
s'amollissent dans I'abonrlance facile et tranquille des cloitres,
leurs serfs, abandonnés à eux-mÊrmes et exposés aux attaques
continuelles des Normands, ne se livrent plus qu'avec indolence et
sans méthode aux travaux agricoles. Aussi les marais et les bois
reparaisscnt-ils bientô[ surtous les points du pa.r's. G\
Toutefois, Iorsque les populations furale$ cessettt d'ôtre inquié- 24u"ltaXtax<n't
tées, elles se remettent courageusement à travailler la terre et peu
ù peu une étendue importante de bois et de terrains vrgues fait dc
nouveau place à des champs d'une rcmarquable fécondité ( { ).
Propriété foncière. Au commertcement du x' siècle, les petits
à peu près
-disparu. Impuissants à se défendre contre.d"t
tl&gx.on! i:n:r#:tP,f
'' 'r
attaqucs de sources diverses, leurs propriétaires se sont vus obligés
de les céder, par voie de qrtl_c_arie ou de recommattdatiott, aux
abbayes ou aux grands alleutiers, dans I'espoir de trouver en eux
des protecteurs. Il n'existe plus guère que de grandes proprié,\és
allodialas, des bénéfices e[ des tenu,res.

({) Scttltes, La l]elgique auent et pendant la dontination romaine,


tome II, page 417.
1,14 ursrornn DES BELcES BT DE LEUR crvltrsÀTloN

En général, les grandes terres allodiales se divisent : {.o en terres


dt domaine ot nmnoir, occupées par le seigneur lui-même; 9o en
terres def,efs oulténéft.cæ, détenues par des nobles de second rang,
vassauxdes grands alleutiers; 3o en simples tenures, terres cultivées
parles colons ou les serfs, et, dihes colonies ou censiues(l.). Toute
terre est alleu, fief ou censiae (2 )suivant la qualité de sou détenteur.
Toutes sont héréditaires, mais seule la terue d'alleu peut se partager
entre les enfants de I'alleu[ier; la censive et le fief sont indivisibles,
au moins vis-à-vis du propriétaire de I'alleu dont ils font partie.
Personne, toutefois, n'est le maître absolu d'une terre, ni Ie
suzerain ni le vassal, ni I'alleutier ni le serf : Ie droit de propriété
se partage cntre tous. Les droits du serf sur la terre qu'il occupe et
exploite sont à coup sûr fort restreirtts, mais ils existent.
Remarquons encore qu'en cas de vente ou de cession d'une terre
allodiale, féodale ou censive, le principal propriéfaire n'aban-
- -
donne pas seulement la propriété du fonds, comme c'était I'usage à
epoque gallo-romainc et comme on fait aujourd'hui, mais aussi
tout ce qu'elle porte et nourrit, les bèteset les gens, Ies villes, les
villages et les camPagnes.
L'uue des conséquences des croisades sera de réduire considéra-
blement l'éterrdue des terres possédées par Ies barons féodaux.
Pour se procurer I'argent nécessaire à leur entreprise, un grand
nombre vendent ou engagent, souvent à vil prix, celles qu'ils pos-
sèdent aux bourgeois des villes, mais surtout aux abbayes et au
clergé, dont les richesses s'accroissent par cette voie d'une façon
prodigieuse (3).
Les campagnes. tonditions d'exploitation des lerrsr. A la suite
-
des invasions normandes, les populations ruraleg descendent à urr
degré d'inexprimable misère. Un certain nombre de grands seigneurs
s'efforcent de porter remède a cette triste situation; ils offrent des
terues, moyennant une légère redevance, à quiconque en vcut culti-
ver, promettant à leurs fermiers cle les protéger contre toute attaque
éventtrelle. Les clauses d'uu tel contrat étaient just,es et raison-

(4) Alleu, fie.f, tenw'e ou ceflstl,e exprimeient les titres différents des
alleutiers, des possesseurs de simples fiefs, dæ colorrs ou des selfs, sur la
propriété foncière.
(9 ) À raison de la redevance due par le détenteur de la tenure. De là le
Ierme censter (fermier ) et ccnse (ferme), encore usités.
(3) Bn.urs, Essai sur les clusæs rurales, page 67.
TEMPS HISTORIOUES. _ PÉRIODE FÉODÂLE 17S

nables. Àussi les campaguards aecueillent-ils avec joie ces avances.


Mais comme I'argent est fort rare i\ cette époque, on convient que
les fermiers s'acquitteront de leur redevance en abandonnant à leurs
mrîtres une partie des produits de leur culture et en s'astreignant
à quelques services personnels ou con'ées ( | ). Grâce à ces condi-
tions nouvelles faites aux lrabitants des campagnes, I'agriculture
replend vigueut el, réalise promptement de nouYeaux et sensibles
progrès.
Un autre mode de convention intervient quelquefois entre les
cultivateurs libres et les grands propriétaires. Les domaines de
ceux-ci renfermaient généralemeut beaueoup de terres vagues. Les
seigneurs concèdent des palties plus ou moins étertdues de ces
dcrnières, à perpétuité et sous forme d'ucensernent, c'es|-à'dire à
charge de cens, à des censiers ou cen,sitaires. Ceux-ci acquièrent ainsi la
jouissance absolue et héréditaire en vertu du droit féodal d'abord,
de I'usage ensuite
-
du domaine utile de leur censive.
-
Ils peuvent I'exploiter à leur gré, la transformer s'ils le jugent
'même
utile. Ild ont le droit de la veudre; mais, tlans ce cas, I'acheteur
s'engage à payer au propriétaire primitif de la terre le cens auquel
le vendeur lui-mêmc était astreint.
Parfois encore, les seigneurs concèdent des terres à des hommes
libres, en échange de certains services réguliers. 0n voit alors la
terre passer cles pères aux lils sous la condition pour les uns et les
aulr.es de servir le seigneur en qualité de charretiers, de bou,uiers, de
lterg ers, de porchers, de charpentiers,, de lbr g erons, etc.
Les villes au moyen âge. __ Les villes et les bourgs continuent à se
former surtout dans le voisinage des chftteaux, des monastères, des
confluents de cours d'eau, des bords de la mer, etc., partout où
I'existence de foires, de marchés, ulle situation commerciale avan'
tageuse amènent de fréqlentes réunions de producteurs et de con-
sommatcurs.
De hautes murailles flanquées de tours défendent la ville du
xle siècle. Un château fort la donrine. De distance en distance' une
porte à pontJevis donne accès dans la cité. Çà et là, à I'intérieur, on
renarqus un sleen, constructiort en pierre à deux étages, percée de
portes basses, avec tles fenôtres le plus souvent ogivales. Des fossés
plofonds entourent cette espèce de forteresse, habitation de quelque

({) L'époqueféotlale est Ia période des tenures soumises à la corvée,


178 rrrsrornp DEs BELcES ET DE LEUR crvrllsÀTroN

puissant personnage. Son toit est muni de créneaux, scs angles sout
forti{iés de tourelles. A I'intérieur, une grande salle la seule qui
possède une cheminée
-
et, tout autour, de petits appartements. tes
-
fenètres manquent de vitres : on lcs ferme de rideaux d'étoft'e et de
volcts de bois.
Bn certains quartiers, les artisans d'un même méticr dominent :
ils donnent leur nom à la rue dans laquelle ils exercent leur pro-
fession. C'est la rue des brassetn"s, celle des tfl,nnetff.s, celle des
tisssrands ou des fou.lons, etc. D'habitude, chaque marchand vend lcs
produits de sa propre industrie. Installant son atelier au rez-de-
chaussée, il travrille sous les yeux du public. Sa famille demeure à
I'ctage quin d'ordinaire, s'avallcc cn dchors sur le rez-de-chaussée,
rétrécissant, ainsi la rue. Au-dessus cle la porte d'eutrée, unc enseigne
parlante, soutenue pâr ulre barre de fer, renseigne les passants sur
Ja nature de son commerce et de son métier.
Non loiu de ces quartiers, ou merne tout. à côté, des maisons en
bois ou en torclris, couvertes de chaume, parfois précédées d'une
cour, pourvues de jardins etde velgers, folrnent, au cæur de la ville,
de vér'itablcs fermes. La plupart n'ont ni caves ni grenicrs; aucurrc
ne possùde de vitlcs ni de cheminées.
Dans la rue ou dans Ia cour, s'ébattent en pleine liberté, sur les
tas de fumicr ou dans les trous à purin, des poules, dcs oies, des
canards, des porcs, etc. Tout Ie monde se sert de la rue à son aise :
le boucher y tue ses bêtes, Ie voiturier y abandonne sa eharrette; les
artisans y déposent leurs iustruments de travail : on la croirait faite,
rlon pour le public en géuéral, n"ulis pour I'usage exclusif de ses
habitants. Toutes les rues sont ilrégulières, larges ici, étroites plus
Ioin, sinueuses toujours; I'alignement des maisons est une chose à
laquelle on tre songc point. 0n ignore lussi I'usage dcs numéros.
Rarement on pave les rues; jamris on ne lcs entretient : Ies égouts
,v courent'à découvert. Dn temps de pluie, de grandes flaques d'eau
'les coupent à chaque pas dans toute lcur largeur. Parfois, la boue
abonde au point de rendre la circulation impossible. Alors, pour
permettre I'usage de la voie publique, on étcnd dc la paille devant
,les portes. Se prépare-t-on à recevoir le prince ou quelque grand
persorutage, le magistrat est obligé de prendre des mesures sévères
pour assurer I'enlèvement des tas de fumier et le nettoyage des
rues; parfois, il cloit firire décrocher les corps des pentlus, oubliés
aux fourclres patibulaires.
0n ne connaît pas l'éclairage artiliciel. Par les nuits srns lune, la
TEIIpS HrSTORrQUES. rrtiRr0DE FÉODALE 177
plongée dans une profonde obscurité.
'ille.rcste arors, res rues un
peu écartees deviennent de vraig coup€-gorge,
oir les voreurs et les
assassins trou'ent un champ }ibre pour
reurs exploits. Il y a bicn le
guet, chargé de fair"e des rondes de
mais on ne Ie redoute
guère. Rosser le gu,et est même u'fitre'uit,
de gloire pour les étudialts
et pour les nobles.
Bref, les villes du moyen âge, fort pittoresques
d'ailreurs, n,ont
rien soupçonné des choses ntcessaires pour assurer
une bon'e
hygiène pulllique, Ie confort dcs particuriers
et ra sécurité des
citoyens.

TITRE IV

Institutions poliilques et sociales.

.t ,l 'g i
- deII Flaudre,
Exposé du système féodaf. n'y a tl'abortl e'Belgique ll , ,/l' '{, '(
que deux grantls fiefs : le comté qui tlépend ae ta
France, le
tluché tle Lotharingie qui relève de l,Allemagne.
Plus tartl, la Lothari,gie se divise, comme nous I'avons
vu, et
I'on y distingue six fiefs pr.incipaux : le tluché tle Brabant,
qui
comprend le marq'isat tl'Anvers, le tluché tle Limbourg,
les
comtés de Hai'aut, de i\anrur et tle Luxembourg et l'évêché
tle Liége. Quant aux fiefs de seco'd, tle troisième et même tle
quatrième ordre, ils se multiplient à I'i'fi.i. Le tluché
de
Lothalingie, par exemple, {ief direct tle I'errrpire, se subdivise
en principautés secondaires; celles-ci en comtés tle deuxième
ou tle troisième ordre; les comtés en simples seigneuries Ies
;
seigueuries en terres nobles, ces dernières enfin, en colonies
et
en terres de serfs ou terres roturières ( I ).

. (l) cependant, à cette lendance vers une décentralisation excessive, ne


tarde pas à s'opposer, sous l'effort de causes murtiples, un sérieui
mouvement
en sens contraire. un grand nombre de
.petits dynàste! l cners ieooaux) ài;p;:
qoi!.nar fait de gglquere, par un ,inonreÀent
iiiî::.lt_ryy
re leur parr, 1ney, 9o!
a une indépendance diflicile à défendre.
sp'onlaire,

..
sentant leur faiblesse, ils préfèrent s'inféoder à des dynastes plus puissan{,s,
ainsi avaient fait autrefois les simples hommes libres eri avournt leur terre à
Y. ilIirguet.
- Histoire des Belges. t2
178 HIsToIRE DEs BELGES ET DE IEUR cIuLIsÀTIoN

Les seigneurs vassaux tlirects du loi, poltent le nom géné-


rique de barons; les autres, s'appellent simplement clrcualiers ov
si,res. T6us, d'ailleurs, prettnent les noms de leurs terres et les
font pr'écéder des titres ùe contte, du,c, mnrquis, baron., attachés
à ces temes. Bientôt chaclue alleu, chatlue fief, constitue un petit
état dont le chef exerce un pottvoir à peu près absolu. Partout
se manifeste I'union intime de la propriété et del'autolite Pat .
de terre sans seigtleu;,', pas de seigneur s&n'l terre, tlevient un
axiome de droit social. fre système politique qui morcela notre
pays en une infinité de petits terlitoires gouvernés arbitrairement
pas des seigneurs relevant tl'autres seigneurs plus considérables
ou du souverain, porte lenom de féodalité' Idomiuaen Europe
dn nu au xrvu siècle; mais son existence se prôtongeà, Pâr
certains usages légaux, jusqu'à la graude révolutionde {789({).
Le contrat féodal. Les membres du corps social vivent, à
-
l'époque de.la féodalité, dans un rapport mutuel de supériorité
et de dépendance. t'est I'utl des caractères essentiels du
système. Aussi a-t-on parfois détini la fêodalité n un état poli-
tique dans lequel toute terre dépeud d'une autre terre, tout
homme tl'un autre homme. r Le serf dépend de son seigneur,
celui-ci, de quelque autre seigneur plus puissant, lequel relève
à son tour d'un comte ou d'uu duc, lui-même dépendant rlu
roi ou de I'empereur. Le seigneur qui relève d'un autre est le
uassal de celui.ci, qui est le surerairr du premier.
Le vassal et son suzerain contractent, I'un à l'égard de

quelque seigneur. Bon nombre de fiefs ecclésiastiques se voient aussi retenus


par de grands seigneurs laîcs qui en sont les avoués. Dnlïn, au temps des
croisades disparait mainte petite seigneurie, vendue par son possesseur pour se
procurer I'argent qui lui menque. C'est ainsi que Godefroitl de Bouillon cède
le duché de ce nom à l'6vêque de Liége, qui acquiert en rnême temps, du comte
dellainaut, la seigneurie de Couvin. Àussi voyons-nous les cent dynastes qui, à
la fin du xre siècle, relevaient directemenl, des rois deFranceoudes empereurs
d'Allemagne, réduits à une quinzaine à la Iin du xure.
({)Â Gand, il y avait encore, en4.793n dans la juridiction deSaint-Pierre,
deshommes non bourgeois soumis au droit de meilleur catel (\YAnntonNIc,
t. II, p. 937).
TEMPS HISTORIOUES. PÈRIODE FÉOD.4.LE {79
-
I'autre, des obligations réciproques. Le vassal est astreint i"" à
quivre son suzerain à la guerre; 2'à lui payer certaines aitles ( L
),
palmi lesquelles l'aide de rançon (sa part dans Ia rançon du
seigneur fait prisonnier) ; l'aide de mariage(somme â payer
par le vassal lorsque son suzetain marie I'une de ses filles);
l'aide de cheualerie. (à payer par le vassal quand le suzerain
arme chevalier son fils aîné) ; 3o â reconnaître la juridiction de
son suzerain. c'est-à-dire le droit, pour celui-ci, de le faire
juger, le cas échéant, par sa cour dejustice; 4" à prendre rang,
lorsqu'il en est requis, parmi les juges de cette cour de justice.
Ce sont lâ des aides drtes légale.r, parce qu'elles sont obliga-
toires. Mais il y a aussi Tes aides gracieusesr pâr. lesquelles on
entend des dons plus ou moins libres et spontanés, comme
celui de la, couronne d'01'offerte par le vassal à son suzerain le
jour de I'iuvestiture, ou Ie présent qu'il lui fait lors de I'hom-
mage annuel.
L'aùde de relief est une autre aide prétendrlment gracieuse.
Elle consiste, soit en une somme à payer par les vassaux à la
mort de leur suzerain en vue d'aider leur ltouveau seigneur à
maintenir ou à relever Ie prestige de son titr.e héréditaire, soit
dans Ie versement, entre ses mains, d'une année du reveuu de
Ieur fief. D'autre part, si le suzerain perd son cheval à Ia
bataille, le vassal est tenu de lui offrir le sien; il tloit se porter
à sa défeuse, s'il le voit en grand danger; le cas echéant, se
présenter pour lui servir d'otage ou le remplacen en eaptivité;
garder son secret; défendre son honneur; etc.
De son côté, le suzer"ain doit à son vassal, lrtt otection, eT
justice. Àinsi, il y a engagement nutuel, ayec reconnaissance
de droits et de devoirs réciproques. Chacune des deux parties
eonh'actanfes s'engage à respecter les uns, à s'astreindre aux

({) Par aides, on entendait toute espèce d'impôts.


180 urst'olnu DEs BELGES ET DE IEUR cIvILISATIoN

autres. Mais il y a ante sanction à ce double engagement,


Si le vassal manque à ses devoirs, il peut être déclarê félon'
(coupable de ftilonie) et puui par la confiscation de son fief.
Si le suzerain manque au sieu, sou vassal se trouve délié dtt
serrnent de fidétité qu'il lui a prêté. Lui-même peut être déclar'é
délogal ou coupable de clcloyautd, ce qui entraîne sa déchëance,
c'est-à-dire la perte rJe ses droits tle suzeraineté sur le fief de
son vassal.
TeI est le contrut féodal
Hommage et investiture d'un fief.
- Avant d'entrer en
possession de son fief, le vassal tloit se soumettre à Ia cèrémonie
de I'hommage. Tête nue et sans armes, il se présente devant
son suzerairr, plie le genou devant lui, se déclare sotr, hontme et
lui engage safoi, c'est-à-dire prête eutre ses maius le serment
de fidélité. Le prince lui accorde alors l'inuestitnre ùa fief ; en
tl'autres tennes, il Iui reconnalt le droit tl'exercer sur ce fief
I'autorité féoilale. Comme signe de cette autorité, après lui
avoir donné l'accolatle, il lui remet tatttôt un sceptre ou ulle
épée, tantôt urte pierre, une branche d'arbre ou une motte de
gazon.
Parfois, il
existe, entre le suzerain et son iassal, un enche-
vêtrcment de droits et d'obligations de nature à engendrer la
plus étrange confusion des rappolts sociaux. Ainsi, il peut sé
faire que le duc de Brabant, vassal tle l'évêque de Liége pour
une seigneurie située dans l'évêché, se trouve son suzerair
pour telle autre possédée par I'évêque dans le duché de
Brabant. Souvent le suzerain et cela arrive aux rois eux-
nêmes
-
est le vassal de son propre vassal et doit à celui-ci
-
I'hommage pour I'une ou I'autre terre située dans le fief de ce
vassal. En sernblable occurrence, il
ne prend pas une palt
personnelle à la cérémouie tle I'hommage; il s'y fait leprésenter
par un délégué.
Remarquons que la suzeraineté et la vassalité ne sont pas
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t82 HISToInE DEs BELGES ET DE tEUn clrILISATloN

rÉservées aux personnes seules, mais que les villes, les bourgs,
Ies villages I'exercent ou la subissent également.
Variété des fiefs. L'une des caractéristiques de la féodalité
-
est de transformer toute terre, toute propriété, toute chatge ou
fonction (tout office), en un mot tout dtoit quelconque, ell ul]
fief héréditaire ({ ). Àinsi, ou détient en fief une seigneurie, un
château, un immeuble quelconque; un office (2)de judicature,
(une place de juge ou d'avoué par exemple); un office adrni-
nistratif (une charge tl'intendant, la garde d'un château); un
office domestique (une charge de maître tl'hôtel, de chambellan);
certains droits (le droit de chasse ou de pêche, celui de perce-
voir un péage sur une rivière, un pont, uue route, etc. ); une
rente sur le trésor public (les grands paient leurs serviteurs eu
Ieur donnant à fief I'un ou I'autre revenu). Le poste même de
bouffon du prince peut être donné à {ief (de là I'expressiort, fott'
fueff\; etc.
Gouvernement central. Le souverain, r'oi de France ou
-
empereur d'Allemagne, exerce I'autorité dans les grands fiefs
belges parl'intermédiaire d'un duc, d'ttn comte, d'un évêque, etc.,
qui lui doivent le service militaire et les autres obligations
r'ésultant du vasselage. Il
reçoit I'hommage de ses Yassarlx
directs, garantit les lois et les chartes données par les ducs et
les comtes, au besoin fait respecter la paix publique.
Lorsque la Lotharingie passe définitivement sous la suzeraineté
de I'Allemagne, les obligations des seigneurs lotharingiens
vis-ri-vis de I'ernpereur deviennent â peu près nulles. n'eu Il

({) n Les éléments mêmes les plus étrangers à ce système, Ies communes,
la royauté, furent contraints de s'y accommoder; les églises devinrent suzeraines
et vassales, les villes eurent des seigneurs et des vassaux, la royauté se caclta
sous la suzeraineté. Toutes choses furent données en lïef; non seulement les
terres, rnais cerlains droils, le droit de coupe dans les forêts, le droit cle pêche;
les é6lises donnèrent en lief leur casuel, lcs revenu.s des baptêmes, les
relevailles des femmes en couches. 0n donna en {ief tle I'eau, de I'argent. u
Gulzol, Ilisto[re de la ClL,ilisution.
(9) De là I'expression, hérëclité tlcsJiefs et des ofices.
F<

q)
a)
,,84 Hrsrolnn DEs BELcEs ET DE LEUR ctvrLISATroN

est pas tout à fait de mêrne des charges de la Flandre à I'egarrl


de la France. Baudouin Ie Courageux devra même s'astreindre
àl'hommage-lige (l)
et, jusqu':i Philippe le Bon, la Flandre
restela soumise, vis-à-vis de la Flance, au service militaire, à
la julidiction de Paris et à I'interdit ecclésiastique. Bien plus,
les Flamands ne pourront élever aucune forteresse sans I'assen-
tirnent de leur snzerain.
Gouvernement provincial. Les grandes divisions telri-
-
toriales ou provinces tle I'empire d'Allemague et du royaume de
France portent généralement le nom de duché ou de comté. Il
n'existe d'abord, dans les limites de la Belgique actuelle que
deux de ces grandes divisions : la Flandre, qui relève de la
France, la Lotharingie dépendante de I'Allemagrre. Mais
diverses principautés ne tardent pas à se former, comlne llous
I'avons vu ci-dessus, au sein de celle-ci.
Droits et devoirs des ducs et des comtes. Les ducs, les
-
comtes, les évêques, chefs des grands fiefs, ont le droit d'accorder.
des chartes, de décréter des lois, de battre monnaie, d'exiger
le service militaire, d'imposer des tailles (2), des corvées (B),
des prestations en ar"gent ou en nature, de percevoir les
banalités (4), etc., dans l'étendue des terues dont I'ad.rninistra-
tion leur est confiée. IIs doivent aide, justice et protection
aux habitants de celles-ci.
Peu à peu aussi se forment, en Flandre et dans les diverses
principautés que nous avons citées plus haut, des subdivisious
territoriales appelées, suivaut les lieux, bailliages, prëuôtes,
cltâ,tellenies , auoueries, mAiries, qu,artiers, bans, FaUs, mdtiers,
aerges, génfualitës, selon que le magistrat chargé d'y repré-
senter le prince porte le nom de bailli, préu6t, chdtelain,, auoui,

({) voir-plliodeféodo-comTnunale. Ltge se disait du vassal lié à son seigneur


par des obligations particulièrement étroites. Le vassal lige devrit servir son
Êeigneur env€rs et contre tous, excepté contre son père.
(9) Yoir ci-après. (3) ld. (4) Id., page {64 et suivantes.
TnMps Hrsronr0uEs. pÉnr0DE FÉoDÀLE 185
-
ntflire, etc. Cet ofticier, chargé de représenter le duc ou le
cornte, administre et rend la justice au ilom de ce derniel dans
le district qui forme son ressort.
0n distingue, dans les subtlivisions territoriales dont nous
venons de parler, les uilles, ordinairement dotées d'un régirne
privilégié (t), et le plut puAs oa paus rurûI. Celui-ci, à son
tour, comprend deux parties: le plat pays domanial ou princier,
soumis à I'administration et à Ia justice directes du prince, et le
plat pays seigneurial, qui dépend de ses vassaux laÏcs.ou
ecclésiastiques.
L'administration et la justice sont distinctes dans lcs deux
pays. Inutile de dire que souvent les droits tlu prince et ceux
des seigneurs s'enchevêtrent de la façon la plus préjudiciable
, pour les pauvres campagnards.
- Il existe parfois, dans la
Communautés rurales. partie du
bailliage, de Ia prévôté, de la châtellelie, etc., qui relève
direCtement du prince, un certain nombre de comntunautés
rurales complenant d'ordinaire plusieurs villages. Le rnaîeur
ou annnûn, et les sepl écftevins, qui les atlministrent, tous
nommés par Ie prince, out, dans leurs attributions, les pouloirS
administratif, jurJiciaire et exécutif. De temps en temps, ils
convoquent des plaids auxquels assistent tous les chefs de
famille et où il est délibéré sur les intér'êts de Ia communauté.
Les femmes n'en sont pas exclues (2). Le Franc de Bruges (3)
formait l'une des plus importaptes parmi ce$ cpmmunautés.
ClaSSeS SOCialeS. L,1 noy,turÉ. L'autorité tles rois,
-
arbitraire et absolue dals les liryites de leur énergie et rle
leur puissance personnelles, demeure;le plus souvent nominale
dans les grands fiefs. Les grands qui vivelt dans I'entourage

f{) Déià les villes possètlent un tribunal des êchevins chargé de gérer les
*--igi-poutLET, et de rônilre la justice aux habitants'
afàiies tôcales
Histoire politiqircintenrc dela Belgitlu-e, page {7'
t5i ù;il;né au disirict qui s'étendait autour de Bruges'
186 HrsrorRn DES BErcEs ET DE LEUn crvnrsATroN

du souverain sont d'ordinaire ses conseillers et ses ministres.


Rarement le roi tient sa cour dans la capitale. En dehors des
circonstances extraordinaires et des jours de grande fête oir il y
rentre momentanément, il séjourne de préférence, pendant
I'année, dans I'une ou I'autre tle ses terres.
Le clergé.
-a lui seul appartient I'administr.ation de la
bienfaisance publique. Il
possède le monopole de I'enseigne-
ment; ses biens sont exempts de tailles et de redevances
quelconques; il perçoit la dîme sur, tous les produits de I'agri-
culture, snr la laine des moutons, sul' le rniel et la cire tles
abeilles, sur les produits de la pêche et de toutes les intlustries.
Il jorrit également du privilège du fot ou de l'irnmunité ({ ),
c'est-à-dire du droit, pour les prôtres et les religieux, tl'être
jugés par les tribunaux ecclésiasticlues.
Présidant au mariage des fidèles, I'Egrise s'attribue le droit
de juger les faits litigleux relatifs à cet acte de la vie civile.
Elle retient de mème les contestations auxquelles les testa-
ments tlonnent lieu. ol ne peut tester sâns s'être préalable-
merrt confessé. u Inconfes, ùûestat D. Aucun testarnent n'a
de valeur si un prêtre n'assiste à sa rétlactiou.
c'est une obligation tle faire en moufant un legs à I'Eglise.
A ceux qui s'y refusent, on n'accorde ni l'absolution ni le
viatique. comme les suicidés, ils sont privés de sépulture (p).
Le droit d'asile demeure un des privilèges du clergé. L'église
et le cimetière, avec rrne trentaine tle pas tle pourtour, sont des
lieux tl'asile.
Au rnoyen âge, surtout pendant la période féodo-communale,
Ies richesses et le pouvoir du clergé sont immenses. c'est â

(1).?roprement, I'irnmunité est une exemption de charges. En terme de


-.
féodalité, c_'est te p.i:,]:,qq qn.urlly.rr.quei tes domainei-àccresiasiiquei
étaient absolument exernpts de la juridiction royale, ge sorte qu auiun magistrat
civil ne po-uvait y entrer pour y faire un actè queiconqoei;aotàrité.
LÀnoussr, G rutd Dictionn aire. -voir
(2) Pan.ia Belgtca, tome III, p. BB.
TÉMPs IIISToRI0uES. PÉ'RIoDE FÉoDALE 187
-
peine si, de temps en temps, son influence subit tle légères
dépressions. Un peu contenue pal Charlemagne' cette influence
replentl tout son empire tlès le milieu du txu siècle. À cette
Qpoque, le clergé vit dans I'abondance et Ie
luxe règne dans
les cloitt'es. Aussi les monastères forment-ils habituellement
le principal objectif des Normands. A Ia suite des inva-
sions tle ces Barbares, au cours desquelles le clergé, pas plus
que les souverains, ne parAît s'être moltré à la hauteur des
circonstances, sou pl.estige diminue de nouveau, mais pour
renaître bientôt. Et, vers la fin du xo siècle, tandis que le roi
de l'rance se voit rêduit à la possession de quelques villes,
le clelgé possètle au moins la cinquième partie du teruitoire
tle I'ancienne Gaule. Ses biens et sa puissance colltilluerollt à
s'aôcroître au xlu siècle, au xttu et même âu xtltt. La querelle
tles investitures, les croisades contre les musUlmans' les païens
et les hérétiques, ett:., achèverolt tle colsacrer Son omni-
potence. '

Les grandes richesses du clergé et les privilèges excep-


fionnels dont il jouit, engendrent de graves abus. Le désordle
et même la licence s'introtluisent dans son sein. Attirées par
les tÏantages qu'offr.e l'étât ecclésiastique, beaucoup de per-
Sollltes, auxquelles manque une t'éelle vOcation, entreut dlns
les r.angs tlu clergé. Ainsi les abbayes et les évèchés sont
fréquernment donnés en apanage ({ ) aux catlets des grandes
maisons dans le domaine desquelles ils se trouvent enclavés'
ces jeunes prélats, parfois à peine sortis de I'enfance, n'ont pas
toujours un sentiment très vif tlu caractèt'e sacerdotal dont ils
sorit revêtus. Naturellement, leur manque de réserve exelce ulle
influence tàcheuse sur la partie du clergé séculier et sur les
rnoines soumis à leur âutglité. Puis, cês deruiers sont, elt

par lo cha'
(4 ) Conlrairemett au principe de l'élection par les moines ou
pitre.
{88 nrsrornp DES BELGES ET DE LEUR ctvILIsÀt'IoN

.rnajorité, de rudes campaguards dont une instruction som-


:naire n'a pu faire des lettrés. tes circonstances expliquent com-
ment la conduite et la science d'une partie du clergé orit pu, à
certaines époques du moyen âge, malgré les efforts des chefs
de l'Église pour réduire ou supprimer lcs abus, donner lieu à
.de justes et sévères critiques.

L'excommunication et I'interdit au moyen âge. - Contre


.celui qui s'obstine à lui désobéir, I'Egilise fulmine l'euconunurti,-
.cution, c'est-à-dire qu'elle le chasse de la conmuuion des {idèles.
Voici en quels termes cette pcine est prononcée : ( Nous
rejetons uu tel de la sainte nère Eglise...; qu'il soit maudit
,dans Ia ville, mautlit dans les cltamps, rnaudit daus $a
maison...
r Qu'aucun chrétien ne lui parle ou re rnange ]avec]lui;
qu'aucuu prêtre ne lui dise la messe e[ ne lui doune la com-
mrrnion ; qu'il ait la sépulture de l'âne...
l Et de même que ces torches jetées de nos maius vout
,s'étcindre, que de même sa vie s'éteigne... l
Tout le monde alors fuit I'excommunié : ses vassaux et ses
serviteurs, sa femme et ses enfauts. Souvent un cercueil est
déposé devant la porte de sa derneure par une foule surexcitée
qui lui lance I'insulte.
Il arrive cependant, clue des seigneurs bravemt I'excomrnu-
nication. Alors I'Eglise jettel'interdit sar leurs domaines. Tous
les habiiants de la seigneulie sont frappés en même temps que
leur seigneur. Les cloches cessent de sonner. 0n ne célëbre
plus les offices ni les mariages; Ies morts attendent sans
sépulture à la porte des églises. Chacun, en signe de deuil,
laisse pousser ses cheveux et sa barbe.
0rganisation ecclésiastique du pays. Il existe, rlans le
-
territoire des anciens Pays-Bas, six diocèses : ceux de
Cambrai, de Thérouane, d'Arras, de Tournai, d'Utrecht et de
L,,iége. Les évêques et les abbés tles monastères unisseut Ie
TELTPS HIST0nI0UES.
- PÉnI0DE }'É0DALE 189
pouyoir temporel au pouvoir spirituel. Le chapitre ({ ) cathéilra}
élit les évèques qui reçoiveut ensuite du pape I'investitttre
spiritublle, du roi ou tle I'empereur, I'investiture temporelle.
L,es chapitres des abbayes choisissertt tle même leurs abbés;
mais les élus doivent également fait'e ratifier leur élection par le
pape et par le roi ou I'empet'eur. Les évêques et les abbés ont
une conr de justice et souveut possèdent un atelier oùr ils font
battre monnaie.
Comme à l'époque franque, I'existence d'un abbé ou d'urr
évêque de I'époque féodale diffère peu tle celle des seigueurs
laics. Il va à la chasse, tient des chiens et des faucons, officie
seulement aux fêtes solennelles, quelquefois l'épée au côté, les
éperons aux talons, la cuirasse et l'épée tléposées sur I'antel.
Au besoin, il fait la guerre. Le plus souvent toutefois, il cortfic
sa tléfense et le commantlement tle ses troupes à un seigneur
appelé auouti ot aidame.
NoBLESSE. Depuis longtemps, toute tlistinction ft
L.q.
disparu entre les nobles tl'origine gallo-romaine et ceux
d'origine franque. Mais dans les plemiers ternps de la féothlité,
il se fOrrne ulle nouvelle catégorie d'hommes libres, les ministe-
riu,les, qui devienuent la souche d'utle nouvelle noblesse.
Lesministériales avaient d'abord exercé, chez le roiet chez les
gr.antls; des offices domestiques. IIs ne tardent pas à grandir
en importance et, ilselsiblemcttt, à acquérir une gralde
influence dans I'Etat ou les principautés.
Le-séttdcltal (maitre tl'hÔtel), autrefois simple chef des set'fs,
tlevient plus tard le ministre tle la justice. Le connétaDle (comte
tle l'étable), dont la charge consistait d'abord â surveiller les
étables du roi, cgmnande par la suite la cavalerie rgyale, puis
parvient au commandement général des armées. Le ntarecltal
avait, au tlébut, la mission de veiller sur les chevaux tlu roi ;

(l) Réunion des chanoines attachés à un évêché.


{90 Hrsrornn DEs BELcEs ET DE LquR crvrLrsATroN

plus tard, il tlevient général des armées, en second, après le


corrnétable. Primitivement, le chambellan présidait simplemeut
au service intérieur de Ia chambre à coucher du roi ; par la
suite, on lui confie la garde du trésor et de I'administration des
Iïnances.
Tous ces fonctionnaires, âux commencements si modestes,
appartiennent à la classe des ntirtistériules.
Droits des nobles. Les droits des nobles sur leurs serfs le
-
disputent, en arbitraire, au nombre et à la variété. Il y en a peu
d'équitables; beaucoup sont fort lourds à supporter; en il
existe d'odieux; la singularitê forme le principal caractère de
plusieurs.
Citons-en quelques-uus :
Lo Les banalités. (Voir plus loin : Le peuple des cant-
pagnes.)
20 Le droit de cltampart, c'est-à-dire le droit pour le
seigneur de percevoir la troisième, Ia quatrième, la cinquième
ou Ia septième gerùe surla récolte du serf.
3o Le droitd'aubairæou d'aubennage (L), prélevé sur les biens
de tout étranger, homme libre ou serf, mor.t dans les limites de
la seigneulie. S'il u'a pas d'héritier, tout I'héritage revient au
seigneur.
Le droit d'aubaine subsistera, plus ou moins atlouci,
jusqu'à la Révolution française. A Anvers notamment, bn
percevait encore, au siècle tlernier, sur les successions d'étrau-
gers, des rlroits s'élevant jusqu'à {0 p. 'Â
4' Le droit dn tutelle à l'égard des miueurs, qui consiste tlans
I'administration et la perception, par le seigueur et à son

. ({) Dg aubain-, é.tranger. Le serf aubain devenait le serf d'un seigneur sur les
terres duquel il arait séjourné pendant un an et un jour. iubahte por;t
le seigneur, car il y avait avantage à posséder un granâ nombre tle sàrfs.
aujourd'hui, on dit encore, pour- signilier une cÈose avantageuse : c'est
une bonne aubaine.
TEMPS HTSTONIOUES. PÉRIODE I"ÉODÀIE I9'T
-
profit, tles revenus de son pupille. A ce droit s'ajoute celui de
mariuge. Le suzerain peut présenter à I'orpheline, helitière 6l'un
fief, tleux ou plusieurs prètendants entre lesquels elle dOit
choisir. Toutefois, il est ordirrairement loisible à Ia jeune
Iille de raclteter cette charge, que justifie I'obligatiou du service
militaire dt par le vassal.
5o Le clroit enclusif de cltasse et de ytêche. Le droit tle
chasse, dont les nobles sont particulièrement jaloux, cause
le plus grantl tort aux campâgnes. Souvent les moissons se
voient piétinées comme à plaisir par les chasseurs et leurs
meutes, ou dévastées prr Ie gibier avant leur maturité.
6o Le d,roit ile garentte. Il permet aux seigneurs d'approplier
une certaine étendue de terle ou de forêt pour y élever du
gibier et particulièrement des lapius.
7o Le d,roit de colomltier. Les nobles pertvent, êlever à pro-
ximité du c,hâteau, une tour destinée à servir de refuge à leurs
pigeons.
Pigeols et lapils vivent aux tlépe1s des récoltes, consé-
quemment sans frais pour le châtelain, mais au grând dommage
des pauvres serfs, obligés rJ'assister impuissants au raYage de
leurs denrées encore sur Pied.
La chevalerie. Après Charlemagne, les hotnmes d'armes
-
seuls demeurent véritablement libres. Quiconque ne veut pas
servir daus I'armée ou ne possède pas les moyens de s'équiper,
ne tarde pas à tomber en servitude. Or, les hommes d'armes
combattent invariablement à cheval : tl'otr le nom de clrcaaliers
donné à ceux d'entre eux qui I'ont mérité, soit pal de hauts faits
d'armes accomplis sur les champs cle bataille, sgit par un
certain temps de loyal sel'vice en qualité de valet ou écuyer ({')
chez quelque baron ami tle leul père et chevalier lui-mêrne.

({) Il êtait ainsi appelé parce qu'il portait, ortlinairement I'dcu ou bouclier du
chevalier son maitre.
TEITPS rrrsTonr0ulis. pÉnr0DE !.ÉoDÂLE ,t93
-
La cérérnonie d'initiation est d':rbold très simple. Le parrairr
dc I'aspirant-chevalier remet à celui-ci tles armes, lui assène
ensuite sur la nuque un vigourellx coup de poirrg et les rites se
trouvent accomplis. Le nouveau chevalier saute alors eu selle,
puis, après avoir fourni un ternps tle galop, montre son habileté
ri I'exercice de la quintaine (i).
Plns tard, au ..irrru siècle, des cérérnonies syrnboliques et
religieuses remplacent les cérémonies sommaires des premiers
ternps de la chevalerie. L'aspirant-chevalier doit, en outre,
s'engaser par un serment solennel à protéger la veuve et
I'orpheliu et à ne jamais rieu rlire ni rien faire d'opposé aux
principes de la religion chrétienne. Au xv" siècle, on entourera
de plus de solennité encore la cérémonie d'initiation. souvent
clle sera l'occasiou de fêtes pompeuses.
Des serfs peuvent être annés chevaliers, mais, chose
curieuse, ils le perdent poiut pour cela lcur clualité de
serfs (9)
Lorsqu'un chevalier a dit ou fait des choses coutraires ii
I'honrreur, il peut être déclaré, ftilort, par. ses pairs..Dans les cas
tfès graves, il est publiquernent dégradé. Après l'avoir. fait
rnonter sul' nlr échafaud, cln brise ses armes et on en foule aux
pietls lcs déblis. son écu est noilci, rttaché à la queue d'une
jurnenl et traîné dans la boue. En rnême temps tles hérauts,
I'lccablaut d'anathèmes, proclament à haute voix son crirne et
son infamie. 0n lui lave eusuite la tête à l'eau chaude comme
pour en effacer le car.aclère samé de I'initittion. Enfin, Ie
,croupable est traîné sul la claie jusqu'à l'église oir I'on récite
sur lui la prière des mor.ts.
I-,ongtemps, les chevaliers demeulent ignorants, grossiers,

('l) Voir plus loin, au titre : Institutiotts nzilitaites,


(9) Témoin I'affaire du châtelain de Bruges, sous Charles Ic Bon, donI il sera
parlé dans la période suivante.
V. ûIirgueti
- Histoire rles Belges. ,lB
l,g4 HrsToInE DEs DELGES ET DE LEUR cIvILIsÀTIoN

muels (l). Leur existence s'êcoule tlans l'oisiveté la plus com-


plète : tout leur temps se passe à manger, à boire, à tlormir, à
chasser, à chercher des aventures, parfois à rançonner les
voyageurc ou :i dépouiller les rnarchands. C'est settlement au
leurs mæurs s'adoucissettt.
xvn siècle que
Le peuple des campagnes. Aujourd'hui, les habitants des
-
camprgnes, comme ceux des villes, sont libies d'aller et de
venir, d'acheter, de vendre, d'hériter, de tester et de se marier,
etc. Tous, indistinctement, jouissent de la liberte inrliuitluelle
et du droit de Ttropriété. Les uns et les autt'es consentent
Iibrement à payer les impôts, parce que des.tlélégués choisis
par eux les ont votés, les estimaut justes et véritablement
utiles pour tous. Il n'en a pas toujours été de ntême. Dans le
haut rnoyen âge, la condition de la plupart des habitants des
câmpagnes des roturiers (9) comrne on les appelle, est extrè-
-
mement dure. On distingue parmi eux les hotttmes liÔr'es non
nobles, et les æt'fs, ntanu,tlts ou uilaùw.
{.' Les hommes li,bres, ingenus, ou frarcs lmntmes (In
bou,rgeoisie/. Après Charlemaglle, les hommes libres nor
nobles deviennent peu à peu fort rares. Trop faibles souveut

(l) Les meilleurs ne connaissaient pas Ia pitié et parfois se montraient


féroces. Richard Cæur de Lion, I'un des plus célèbres cltevaliers du moyen âg'e,
fait un jour massacrer 9.500 prisonniers satrasins. Peu après, dans unegueme
avec Philippe-Àuguste, il lui renvoie, après leur avoir fait crever les yeux, quinze
chevaliers, ses prisonniers, laissant toutefois un æil à I'un d'eur, pour qu'il
pùt servir de guide aux autres. Le roi de France, un autre modèle du parfait
chevalier, lui adresse aussitôt, sous la conduite d'une femme, quinze chevaliers
anglais, prisonniers en Frânce, auxquels il a ittfligé Ie ntùme traitement bar-
bare.
(9) Le terme ïoture, d,e ruptarius (qui pulvérise les mottes tle terre) servit
primitivcnrent à désigner un chrnnp déJi'iché; plus tard, il signifia, par
extension, petite arlture. Le roturier était donc Ie cultivateur à la têle d'une
petite culture,l'ilatn vientde rlillu el désignait le manant attaché à laterre.
0n a fait dc ces mols t'illaqe. Xlanant signiliait d'abord lrultitant et désignait
un homnre aisé possédant un aranoir', une nztntnderie, mais tenu à habiter
dans lcs limites d'une seigneurie. Ce terme, sous I'influence des préjugés
d'une caste'orgueilleuse, est devenu I'un des mols les plus méprisants de
la lang'ue française.
TBnps Hrs'roRrouEs. pÉnr0DE }-ÉIODALE . {95
-
pour suffire à leur défense pelsonnelle, ils se placent sous
la protectiou d'un seigneur, auou,ent ({) leur domaine, et, le
plus souvent, tombent en servage. Néanmoius ils subsistent en
Brabant, dans le Namurois et le Luxembourg. Soumis â I'impôt
de capitation, à certains devoirs personnels et à la juridiction
de I'un ou de I'autre seigneur, les hommes lillres ne le
demeurent que sous la conditton de rernplir leurs engâ:
gernents. De là leur nom de conditionnes ou gens de cln-
dition.
Les francs hommes forment la llourgeoisie rurale. C'est
parrni ellx qu'oll choisit les éclrcuins, ntaieu,rs, bottrgmestt'es
et autres fonctionnaires atlministratifs des comrnunautés
lurales.
2" Les serfs. La condition du serf du latin serl)us,
esclave
- -
varie suivant .les temps et les lieux. Comme on I'a
-
dit, il y eut oo *oyen âge bien rles degrés tlans la servitude
comme dans la liberté. .

En fait, la situation du serf tlépentl du caprice tle son sei-


gneur. Cela rend fort rnultiples les catégories de selfs. Nous
en signalerons trois seulement :
a) Lns sERFs sArNcrEURS. Les serfs d'église, dits satnctem's
-
(qui appartiennent aux saiuts), placés sous la dépendance d'une
abbaye ou d'un évêque, bénéficient d'une partie des exemptiorls
et privilèges reconuus à leurs maîtres. Aussi les serfs des
seigneurs voisins d'une abbaye se réfugient-ils volontiers sur
les terres de I'abbaye dont ils deviennent les homnes-liges
aussitôt qu'ils se sont rnis autour du cou la corcle de la cloche
abbatiale. En général, le sort cles selfs saincteut's est le

(4) Àttouer son domaine, c'est, pour un alleutier, homme frttnc et libre,
redréttre sa lerre entre les mains d'utt seigneur. L'hOmme srns a.reu cst celui
qui n'apasde seigneur. ll n'est pas seulement hors la loi, mais hors de la
société.
{96 Itrsrornn DES BELcES Et DE IEUR crvrLISATroN

moins dur. Mais ils devienneut les plus rnallleureux tle tous
lolsqu'ils dépeudcnt à la fois de leur église et rl'un seigueur
laïc. Eu effet, dans ce cas, ils doivent satisfaire de deux côtés
aux corvées et aux taxes (l).
D) Lus srnr.'s DE conps, les noinslibles de tous. Ils sont
attachés à la personne du seigneul auquel ils appartiennent
cor'ps et biens. Leur rnaître peut en tlisposer' à sa volonté, non
pourtant les tuer ni les vendre. IIs doivcnt tout leul tenps et
tout leur travail li leul seigneur qrri, de son côté est ceusé
pourvoir â tous leuls besoins (9).
c) l.,ns sERFS .,r. l,r clunn. Les serfs à la glèbe sont la
propriété, la chose du seigneLu' suf la telre duquel ils ont vu le
jour, oir ils vivent, oir ils doivent rnourir. L'arbre ne tient pas
plrrs au sol dans lcquel il plonge ses racinesqu'un serf ne tient
à la telre de son rnaître. D'où vient qu'on le dit attnché ù Iu
glèbe (3). Eu cas dc partage ou de vente de la terre, ou ell
distribue, ou en ventl les serfs aussi bien que les arbres des
vergers ou des for'èts.
Les serfs sont sournis aux droits de potrrsu,ite, de mariage,
ùe [ornmriage.; iis sont ntainnnrtables, coruéable.s, taillsbles.
Lorsqrre le serf, ne pouvaut supporter sa misèr.e, s'enfuit du
tlomaine de son seigneur', celui-ci a le droit ùe pou'su,ife, c'est-à-
dile qu'il peut lc poursuivle et le forcer à r.evenir habiter sa
terre.
Le serf ne peut se marier sans I'autorisation tle son seigneur.
Poul I'obtenir, il tloit pâyer un tlroit rJe ntariage, augmenté du
rlroit tle formuriage, si la sert'e qu'il épouse est étrangère à la
scigneurie

({) _Yoir Poulr,nr, page 326, Ilistoire hùeme de to Eclg'ique.


(9) Les serfs de corps,portaient souvent au cou un ôoiier sur lequel élait
gravele_nom de leur maitre. Les afti'anchissait-on, ils enlevaient ce signe de
servitude: ils devenaient ainsi francs clu collier,
(3) Glèbe, so/.
TEMPS HISTOnI0UES.
-
pÉftt0DE t'É00ÀrE 'l,g'I

A la mort de son serf, le seigneur: hérite de tous ses biens : le


misérable n'est-il pas mainnzortultle? (l ).
Le tlroit de mainmorte devieut celui de meilleur cû-
tel ( I ) lorsqu'il se réduit pour le seigneur au droit tle
s'approprier le meilleur des rneubles laissés pâr le serr
défunt, par exemple, la meilleure charrue, le plus beau bæuf
de l'étable, quelquefois I'unique vache dont vit toute la
famille.
Les serfs sont corvëaltles : leurs maîtres peuvent disposer, à
leur profit et sans rémunération aucune, de leur temps et de
leur travail (3). S'agit-il de bâtir, de restaurer le château tlu
seigneur ou ses dépendances, de construire ou d'entretenir
les chemins nécessaires pour y arriver, tle cultiver les terres
seigneuriales, d'en récolter les denrées, etc., sur-le-champ,
le serf doit se mettre à la disposition tle son maîtle, aban-
donner ses travaux les plus pressauts, parfois laisser périr ses
grains ou ses foins. Si, dans tles chemins impraticables, il
crève sou cheval ou son bæuf, il en est pour ses frais : le
seigneur ne lui doit, pour la cause, ni rétribution ni
indemnité
Les serfs sout lofllables (4), c'est-à-dire qu'il est permis à

(4,) Lëgende, Lorsqu'un serf est mort, on lui coupe la main droite, on Ia
porte au seigneur. Dès ce moment, comme elle ne peut plus rien tenir, ni la
terre ni les autres biens dont le serf a joui dc son vivant., comme elle est une
tnain nnrte, tous les biens du serf tléfunt devienncnt I'héritage tlu sei-
gneur.
(ù) Catet de cheptel, terme de jurisprudence ancienne pour désigner un effet
mobilier considéré lictivement comme tel. 0n raconte qu'Adalbéron, évèque
de Liége, entendit un jour une pauvre femme, dont le mari venait de mourir,
se lamenler parce qu'on avait etrlevé sa charrue. L'évôque aurait alors sup-
primê le droit de main morte dans tout le pays de Liége \1124), titre rJe
gloire qui lui est contesté toutefois (Yoir WourERs, Lirertés communules,
page 394, tome I).
(3) Ce travail gratuit du serf portait, le nom de coruée.
(a) La laille é[ait ainsi nommée parce qu'on n'en donnait pas de reçu. mais
quten certains cas, le pelcepteur faisait, ilmême hauteur, une entaille sup deux
morceaux de boir dont il remettait I'un au serf et conservait l'autre.
"{98 HrsToInE DEs nELcEs ET DE LEUn cIvILIsarIoN

leur seigneur d'établir sur eux plus ou rnoins d'impôts qui se


paient, soit en argent, soit, le plus souvent, err nature. Lorsque
le seigneul peut imposer à ses serfs autattt de corvées et de
tailles qu'il veut, ort dit que les serfs sout coraéables et tail-
lables à merci.
Ce qui constitue la taxe du servage, c'est le triple droit de
poursuite, de mariage, de mainmorte, exercé par le seigneur sut'
le serf. Mais ce sont les corvées, les tailles et, parmi celles-ci,
les banalili,s, qui rendent la situation du serf particulièrement
insupportable.
Sur le peu de blé que lui laisse la voracité des lapins
et des pigeons du seigneur, ilrloit abandonner à celui-ci la
septième gerlie (droit de charnpart), au curé, la di*ième
:
(dîme) tlouble prélèvement liien onéreux déjà. Toutefois,
combien il se tlouve loin decompte! Peut-il manger son blé en
gerbe ? Force Iui est donc bien tl'emprunter, pour le batre, la
grange seigneuriale, la, seule d'ailleurs qu'il lui soit permis
d'employer. Avec quel amer regret, le pauvre ! il voit tle ce chef
diminuer encore sa maigre part! Iln'en a cependant pas fini,
car que faire pour échapper au nr,oulitt, clu seigneu,r? Satrs
moudre son grain, cornment en tirer la fariue? De là nouvelle
redevance e[ réduction uouvelle. Enfin, le four seigneurial
reçoit la pâte pétrie par la fernme du rnalheureux : celui-ci err
retire quelques pains. Mais jusqu'au bont le maître irnpitoyable
guette sa proie et d'uue maiu avide enlève au misérable son
seie,iènrc pain.
Cet usage forcé et dispentlieux de la grange, du moulin,
du four à une foule d'autres objets
seigneuriaux s'étentl
appartenant au châtelain.Nul ne peut fabriquer du vin ou de
,la bière sans se servir de son pressoir, sârls emplover sa
brasserie; nul ne peut acheter ou vendre ce qui doit être
mesuré ou pesé sans se servir de ses mesur.es ou de ses poids.
Et toujours, il y a une reclevance à payer pour I'usage de la
TEIIPS IIISTORIOUES. PÉITIODE FÉODÀLE ,99
-
chose empruutée ({ ). La grânge, le moulin, le four, le pressoir,
la brasserie, les poids et les mesures du seigneur, se trouvant
à la disposition de tous, sont dits banals, et les redevances à
payef par lc serf à I'occasiou de leur usage s'appellent des
banatités (2).
Combien faut plaindre nos pauvres ancêtres et nous félici-
il
ter de vivre à ure époque oir de pareilles iniquités sont
impossibles !

Certaines obligations tles serfs sont, toutefois, plus humiliantes


ou plus singulières que pénibles. Telles, paf exemple, suivant les
localités, I'obligation de battre I'eau des fossés afin d'empêcher
les grenouilles de troubler le sommeil du seigneur; celle d'aller
faire la moue uile fois I'ân Sul Ia terrasse tlu château, Ie visage
tourné vers celui-ci; celle de mottter au château à cloche-pied
et tle baiser le loqnet tle la porte; celle de se présenter ar
seigneur à des époques périodiques pour recevoir des souftIets
ou pour se faire tirer le nez et les oreilles.
Chose étrange, les serfs de Ia prernière périotle du moye[ âge
paraissent avoir vécu de la vie végétative des bêtes de somme,
souffrant les iujustices les plus révoltatttes sans même songer à
se plaindre, iticottscients sans doute de leur profond abaisse-
rnent et de leur extrême misère.

({) Sur {00 boisseauxdeblé, le serf devait peyer !


,to la dîme ecclésiastique, boisseaux .t0
2o la dime inféodée (le't/{0 de 90) I
3o le droit de champart (le {/5 de 8l) {6
4o le cens ({/{5) 6
5o le surceùs ou intOrOt tles intérêts ( {/5 ou {/4 tlu cens) I
60 Ie droit de meSurage ({/10 du t'este) 3 ue,
70 le droit de vente idem 5u2
2
80 les banalités
Totel environ 60 boisseaux.
Reste au serf à peu près 40 lrcisseaux.
( Dictionnairefëodal par Coltttt or Plrnct. )
(2)De là vient qu'aujourrl'hui, voulant, parler de choses que tout le monde
-répète, on dit que ce sont ùes ltanulités
900 ltrsrornn DES DELcES ET DB IEUR crvrlrsÂTroN

Le peuple des villes. Dans les villes, la co'tlition du


-
peuple est beaucoup moins dure que tlans les campagnes.
D'ordinaire, chacun y jouit au moins des droits civils. presque
toujours, on y distingue quatre principales classes tl'habitants;
1" les clercs; 2o les propriétair.es ruraux, hommes libres,
nobles ou non, mais habitant la ville; Bo les cornmerçants ;
40 les artisans, de métiers divers, tisserantls, ar.mur.iers,
la plupart issus tle serfs échappés des cam-
orfèvres, etc.,
pagnes.
Toutes Ies villes jouissent tle I'institution de l'échevinat due
:i charlemagne. Des murailles les protègent. Elles possêdent un
beffr'oi, au sommet duquel un guetteur veille jour et nuit poul
dorrner I'alarme en cas tl'incerdie ou avertir de )'approche de
I'ennemi. line cloche, installée dans re beffroi, appelle aux
réunions publiques. Pal son échevinâge, chaque ville a sur ses
habitants th'oit de haute, basse et moyenne justice. Àussi pos-
sèdet-elle son pilori, son gibet, son bourreau. En germe,
c'est déjà la commune, dont le nom toutefois apparaît seulemeut
au xtu siècle.

TITRE V
Institutions judiciaines.
Droit des gens. Au rnoyen âge, les progrès tlu droit
-
international ne sontguère plusapparents qu'à l'époque franque.
Le nom d'étranger n'a pas cessé d'être synonyme tl'ennemi.
C'est au poi't que le droit d'épave, c'est-à-dire le droit de
s'approprier les débris d'un navire naufr.agé reste toujours pour
un grantl nombre de seigneurs du littoral, une imporlante
source de reveuus. a J'ai Ià, disait I'un d'eux, parlant d'urr
rocher où souvent des navires venaient se briser, une pierre.
plus précieuse qu'aucune tle celles qui ornent la couronne des
rois. l
La guerre, à cette époque, ne se fait pas seulement aux
TE}IPS HISTONIOUES. PÉRIODE FÉODALE 9OT
-
soltlats, colnme aujourd'hui, mais â la population tout entière,
aux fernrnes colnme aux hommes, aux eufants et aux vieillartls-
Lorsqu'on prentl une ville, 0n la pille d'abord et 0n en
mâssâcre tous les habitants ; ou Ia brtle ensuite. Aucune
propriété n'est respectée. On iucendie les habitations ; ol]
détluit les semerlces; on brûle les récoltes ; on coupe les
arbles; 0n empoisoune les sources, les puits, les livières.
Si I'ou ne peut emmener tout le bétail, or er abat utte pârtie
sur place. Presque invariablement,.les guerres se termirtent
par la ruine et I'extermination des vaincus.
Les effets désastreux de I'absence d'une législation sut' le
tlroit des gens sout rendus plus sensibles encole par la multi-
plicité des guerres privées, si nombreuses au moyen âge,
Fehtes 0u guerres privées.
- Dans les temps de désortlre
et tle confttsion, lorsqu'il n'existe rti gouvernement recottuu, ni
justice publique, le tlroit de vettgeance personnelle et les
guerues pr.ivées constitttent une solte de justice. Quancl auculle
autorité u'est capable tle faile respecter le droit, force est bien
à chacun de preutlre les mesures utiles pour sa défense. 0r, à
l'époque de la féodalité, il
n'existe pns de justice sociale
régulière :
le tlouble et I'anarchie règuent partout. Àussi ce
temps est-il, par excellence, l'époque tles guerres privées, de
toules les plus terribles et les plus atroces, car, tlaus les
grandes guel'res de peuple à peuple, les adversaires tléfendant
des intérèts moins immétliats, appoltent tlans la lutte bien
moiris de haine et tle passion.
Une guerre privée. Guerre cle Ia Vache (1272-'1274).
- -en,
Reportons-Ilgtls, par Ia pettsée, à six siècles en art'ière,
I'an {2?2 (l ).

({) on le voit, eette date est postérieure à l'époque féodale pure.


Comme
Illa'is ir la Yache est un lype si parfaitement caractérisé de gu.erre
guerre de
privée [u'on voudra bien n6us e:(cuser-de l'âl'oir rapportée ici, à titre
d'exemple,
202 HrsTorRE DES DETGEs BT DE LEUR ctvrlrsATroN

Le comte Gui de Namur voulant donner un tournoi, les pay-


sans du voisinage amènent à Andenne, lieu de la fête, des
provisions de toute espèce, et aussi du bétail. 0r, ou avait,
quatre jours aupâravant, pris la vache d'un habitaut de Ciney.
Dans I'espoir de retrouver sa bête, celui-ci se rend à Andenne,
et réellement, arrivé sur la place, il I'aperçoit, exposée ell
vente par ur habitaut de Jallet. Il signale Ie voleur au juge du
Contlroz; mais comme ce magistrat n'a de juridictiou ni à
Andenne, ni sur Jallet, il promet au voleur de lui pardonner
son méfait, si ce dernier lui rarnène la vache volée.
Le voleur aloute foi. â cette
prolnesse, fait ce qu'oll lui
demaude. Mais le juge du Condroz, manquant à sa parole,
condamne le coupable au gibet, après avoir obtenu I'aveu de
sa faute.
c'étâit lâ porter atteiute aux droits de justice tlu seigneur
de Jallet, qui se venge en pillant les villages des euvirons de
ciney. Les cinaciens aussitôt courent, par représailles, rnettre
le feu au village de Jallet. De leur côté, les seigneurs tle Beau-
fort et de Fallais, frères du seigneur de Jallet, prennent son
parti et viennent â leur tour dévaster le Condroz. Alors les
Hutois et les Liégeois, compatriotes des Contlrusiens, s'appr'êtent
à les soutenir. Les premiers assiègent le château de Beaufort,
d'oir ils sont repoussés; les seconds bloquent celui de Fallais,
qui se trouve bientôt réduit à la dernière extrémité. En ce
péril, le sire de Fallais met sous la protection de Jean I"',
se
tluc de Brabant, taudis que les seigneurs de Jallet et de
Beaufort se placent sons celle du comte Gui de Namur. Ainsi
Ia querelle s'éteudait rapidement d'une seigneurie et d'une
principauté à I'autre.
s'étaut joints aux Namurois, les Brabançons entrent dans
l'évêché de Liége et en ravagent plusieurs cantons. A leur
tour, les Liégeois, unis aux Hutois, pénètrent dans le comté
de l{arnur oùr ils mettent tout à feu et à sarrg.
TEMPS HTSTOnI0UE pÉRIODE FII0DALE 203

Mal secondé par le duc tle Brabant et trop faible pour


I'emporter avec ses seules forces cotttre les Liégeois et les
Hutois réuuis, Gui de Namur demande et obtient le secours
de sa mère Marguerite, comtesse de Flandre et de Hainaut, en
même temps que celui du comte Henri de Lttxembourg. La
querelle embrasait peu à peu tout le pays. Cette alliance effraie
les Liégeois qui, en{oute hâte, aliandonnent le siège de Fallais.
Le comte de Namur peut ainsi tout à son aise dévaster le pays
de'Warnant ({ ), pillant cette localité et la livrant aux flammes.
De son côté, le comte de Luxembourg s'empare de Ciney, dont
il passe les fuabitattts au fil tle l'épée, al]ant jusqulà mettre Ie
feu â I'église oùr s'étaieut réfugiés les demiers tléfenseurs de
la ville.
Furieux de ces excès, les Liégeois euvahissent à leur tour
le Luxembourg et saccagent, dans le catlton de Raudache,
plus de trente villages. Entre-temps, les Dinantais, sujets de
l'évêque de Liége, pillent toute la contrée située au sud de
Namur. Cette guel're sauvage dura deux ans. Si elle avait
continué quelque temps encore, la Belgique tout entière eût
été ruinée. Au point oir l'on en élait, elle avait dêjà corité Ia
vie à qr-rinze mille personlles; plus de cent villages avaient été
livrés aux flammes et leurs champs dévastés : tout cela pour
une vache. Heureusement qu'on s'arrêta enfin à I'idée d'un
arbitrage qui termina cette guerre furieuse et stupide.
Un momeut, les guelles privées s'étaient multipliées au point
qu'on avait pu craindre de voir s'arrêter la vie sociale. t Eucote
un siècle de guerres privées, dit Hallam, et c'en était. fait de
I'Europe. l L'excès mème du mal provoque une réaction
salutaire. Soutenus par I'opinion publique, les pouvoirs civils
et religieux s'uttissent pour combattre cette funeste et balbare
coutume.

( { ) Warnant-Dreye, sur la }téhaigne, à {0 hilomètres deHuy.


204 Hrsrotnr DES BELGEs ET DE LEUn cIVrLrsATroN

Proclamation de la paix publique et universelle. Déjà


en 988, les évèques tle Flance, assemblés en concile au
-
rnonastère de Charroux (en Poitou ), avaient lancé I'analhèrne
contre quiconque, en temps de guerue, s'attaquerait aux
ecclésiastiques, aux pauvres, aux agriculteurs, à leurs biens.
En 1039, un édit de Conratl II, empereur d'Allemagne,
proclame la paix urfvelselle et tlécrète la peine de mort contre
quiconque troublera tlésorrnais I'ordre public. Mais cette
ordonnance, quoique renouvelée qualre ans plus tartl par
I'empereur Henri III, demeure sans effet. Elre dépasse le but.
Du reste, Ies mæuls sont souvent plrrs fortes que les meilleules
lois.
Trêve de Dieu.
- sentant I'impossibilité clarriver à une
supplession ratlicale des guerres privées, Ies souveiains et
I'Eglise composent avec I'esprit tlu ternps. Les mesures qu'ils
plennent n'ont plus pour objet tle réaliser la paix universelle,
mais de réduire le nombre et I'horreur des guerres privées en les
circonscrivant à certaines personnes et à certains objets, à
certaines périotles de temps et à cer.tains lieux. 0n donna le
nom rJe trêue de Dieu à I'ensemble des lois édictées dans ce
but (l ). aux termes tle Ia rrêve, on tloit cousidérer. comrne
étant en paix perpétuelle les gens d'église pr.êtres o.'
religieux -
- les marchands, Ies laboureurs,
enfants. Elle impose en outre aux
les femmes et les
belligérants, le respect tles
églises et des monastères, des moulins, des terres ensernencées,
des instruments de labour ainsi que tle tous les animaux
domestiques à I'exception des chevaux, consitlérés comme
partictilièrement utiles pour la guerre.
Elle stipule une suspension d'armes obligatoire : ,lo du

(a). Ne pas confondre donc la tréae de Dieu avec la pafu deDæ2. celle_ci
antérieure â celle-là qui subsista plus longtemps et frit u,, iulnpïrrment est
de la
seconde.
TEITPS IIISTORIOUES. PÉRIODE FÉODÀLE 205
-
vendredi de chaque scmaine au dirnanche inclLrsivemenf ; go du
premier dimanche tle I'Avent (période destinée à se prôparer.
. aux fètes de Noël e[ comprenaut les quatre dimrnches antérieuls

à cette fète) à I'octave de I'Epiphanic (fète des rois), lc 6 ianvier ;


3o De la septuagésirne (3' dimanche précédant le Ln'' tlirnanche
de carêrne) à I'octave tle Pâques; 4o tles Rogations (les trois
jours précétlant I'Ascension) ri I'octave de la Pentecôte.
Quarantaines. La trêve tle Dieu êtablit I'usage des
-
cluarautaines, qui défendent tle tirer ïengeance cl'riue offlense
reçue avant un tlélai tle qurrante jours. D'ordinairc, au cour.s de
ce long délai, l'offensé se calme et, à la fin, il se nton(re en
général mieux disposé à un accomrnodcrnent;
une sorte d'alrnistice s'impose aussi quand un chevalier est
tuô tlans une rencontre. Mais, Ioiu rl'êtle employée ri anrener
rune réconciliation des partis, cette suspension d'armes a surtout
pour objet de permettre aux parents et aux amis du mor.t de
tlécider quel carnp ils suivront désormais. souvent un seigneur,
jusqu'alors attaché à un parti, I'abandonne pour suivre le carnp
opposé, dans lequel un cle ses parents vient tl'être tué on blessé.
Parfois encore, des seigneurs de partis opposés profïtent dc
I'ouverture d'une quarantaine pour se réunir et se tenir bonne
comptgnie en vue de termiuer quelque autre afaire. La quaran-
taine finie, ils repreluleut leur querelle au point oir ils I'ont
laissée et redeviennent d'ardents atlversaires.
'lnviolabilité
du domicile et des lieux d'asile.- Bu dépir du
tlespotisrne des seigneurs, uue hrbitude intéressaute s'introduit
:
peu à peu dans les mænrs du temps celle de considérm
comme inviolable la demeure d'un intlividu quelconque.
Les églises possédaient, tle temps immêmolial, le privi-
lègc tl'ôtre, pour les accusés, un lieu d'asile. La trr\vc dc Dieu
éteutl ce privilège à cer.tains lieux publics, foires, urarchés,
tavefnes, mâls, et même à des villcs entières. Il irnporte que
I'accusé, innocent ou coupable, soit garanti, jusqu'iru rnoment
906 HrsTorRE DEs BELGES ET DE rEUR crvrlrsÀTroN

tle sa comparution devant un tribunal régulier, contre un


premier emportement du seigneur ou du peuple : une aclion
précipitée de I'un ou de I'autre exposerait, en effet, à frapper un
innocent ou â infliger au coupable une peine mal proportionnée
à sa faute.
Pour faire respecter la trêve de Dieu ({), on institne, en
Lotharingie, sous les auspices de l'évêque de Liége, Henri de
Yerdun, le Tribmal de la Pain. Tout seigneur qui viole la
trêve est passible tl'une double peine : de l'excommunication et
de la perte de son fief.
Malheureusement, les sentences de ce tribunal ne sont pas
toujours respectées. Aussi, malgré I'institution de la trêr'e de
Dieu, on peut dire que les principes du droit international ne
s'affirment encore que timidement dans le haut moyen âge.
D'ailleurs, c'est de nos jours seulement que ces prineipes ont
reçu une application satisfaisante.
judiciaires
- Les codes
Droit public. sont nombreux au
moyen âge : des couturnes (9), géuéralement locales, règlent
tous les litiges. Dans l'éteudue de I'ancienne Gaule, il existe
jusqu'à 60 coutumes générales et 300 coutumes locales, dont
l'ensemble forme le droit cotctuntier. L'usage du droit rontain
se maintient particulièrement daus le rnidi de la Frauce; le
nord suit surtout le droit coutumier. Quant aux lois nationales
des Barbares, les lois salique et ripuaire uotamment, elles sont
depuis longtemps tombées en désuétude, ayant cessé de répondre
aux besoins de la vie sociale et aux mæurs de nos ancêtres.
Par contre, Ie droit canzn, est très en faveur et son esprit tend
à s'irnplanter dans les mæurs qu'il adoucit. Car non seulemen[
le dloit canon considère les délits comme tles offenses faites à
Dieu, par suite à Ia morale, mais il recommande de propor-

(1) Appelée en Flandre, la Pai.r du. Comtel en Brabant, la Puir du Duc.


(2) Coutunte: usage ancien et général ayant folce de loi. Par extension,
recueil des coutumes d'une contr'ée.
TBMPS HISToRIQUES. pERIODE }'ÉODÀLE 207
-
tionner la sévêrité des peines au degré de malice dans I'intention
et de poursuivre, par la persuasion et la douceur, I'amendement
tles coupables.
Justice publique. La ju,stice pyur les pri,nces et les nobles.
-
Cottrs allodiales et féodales. Les cours de justice tlu souve-
rain, celles des seigneurs et
-les tribunaux des échevins rem-
placent insensiblement les plaids de rangs divers.
Les cours de iu,stice du sottverain sont constituées par les
plus grands vassaux, pairs entre eux. Lorsqu'elles Se comPosent
d'alleutiers, elles prennent le nom de c1urs allodiales. 0n
letrr donne le nom de cottrs féodales quand elles sont formées .

par de simples bénéficiers. Ces collrs tle justice jugent les grands
seigneurs et les carses relatives aux biens allodiaux ou
féodaux. Mais leur autorité n'est pas toujours respectée; et
il arrive que les plus puissants d'entre les barons, refusent
de se soumettle aux sentetlces défavorables à leurs préten-
tions.
Les cours de justice des comtes et celles des grands feuda-
taires qui se sont arrogé les attributions des cgmtes, sont
organisées sur le plan de celles du roi. Ils appellent à y siéger '

leurs vâssaux de même rang, parmi les plus considérables.


Ceux-ci remplisseut, daus les triburraux ainsi formés, les
forrctions de juges oa de çonseillers,' au besoin, ils veilleut à
I'exécution des setttences en prêtant main-forte à leur seigneur,
le haut justicier. Nul d'entre eux ne peut se soustraire à I'obliga-
tion de répondre à la conuocatiott,, sommatiort' orr 8en1'01rce,
c'est-à-dire à l'invitation de venir siéger lorsqu'elle lui est
atlressée pâr Son suzeraiu. A I'occasion, la cour de
justice d'un
suzerain forme tribmnl cl'appel ,Jes sentences des cours de
justice de ses Yassaux.
Justice à t'égard des bourgegis. Dans les villes, la justice
-
est rendue aux bourgeois pay le tribulal des écfuevins, collège
formé d.'un lombre {ixe de membres llommés à temps ott
908 HISTOIRE DES BELGES ET DE LEUn cIvILISATION

ri vie. Les échevins son[ ordinairement pris dans uu petit


nomllre de grandes famillcs, tont au moins dans les classes
ôlevôes de la société. Ils sont présidés par uu agent du pr.ince :
1tréuôt, ntaïe.ut', builli,, etc.
Justice privée. Tribunaux ecclésiastiques. officialitë,
- -L'
c'est-li-dire I'ensemble des tribuuaux ecclésiastiques, a seule le
clroil de juger les procès tlans lesquels sont impliqués des
intérôts religieux ou simplement ecclésiastiques. C'est ce qu'ou
appclle le privilège du for' (1). Lcs tribunaux ecclésiasriques
iugcnt aussi les accusés de toute classe et de tout rang, en
rnatière cl'hérésie, de næurs, de dîme, de sorcellerie, de rnagie,
de blasphème, de sacrilège, de ptrjnre, de violation tlu repos
dominical, etc. Eufin, ils jLrgeut toutes les contestations relatives
anx testamenls, aux ruariages et âux intérêts résultant dc'
mariage. Le sacrement de pénitence accorde le pardon des
fautes confessées, mais inflige des peines souvent publiques,
telles que les pèlerinagcs, le port d'un habit de pénitent, la
relégation dans nn monastèr'e, l'exclusion solennelle de I'Eglise,
etc. f)'autre part, ces peines consistent fr,équemment en dous à
faire â I'Eglise.
lustice seigneuriale (ti l'égard des uilains ).
la suite des ihvasions cles Normands les rares - Depuis qu'à
écoles qui
existaient ont été détruites, I'iguorance est devenue nuiverselle.
Presque persorttte ne sachant lire, on ne consulte plus, lorsqu'orr
rend h justice, ni le droit r'omain, ni môme les cotles barbares.
La coutume règne cn maîtresse. Quelles gar.anties de justice
restc-t-il au peuple en pr'ésence du pouvoir absolu et sans
contrôle dont disposent ses rnaît,res ? Aucune assurément et la
justice à I'égard des selfs est souvent arbitraire autaut que
cruelle et expéditive.
on distingue pourtant, tlans I'adrninistration de ra justice à

({) Yoir pr'écédemment : classes socittles : clergé.


TElrps Hrsï0nrouEs. FÉODÀIE 209
pÉnr0DE
-
l'égartl des vilains, lrois degrés de juridiction : la ôasse, la
mlae?me et \a lmute justice. La basse justice coruespoud plus ou
moins à celle qui se rentl aujourd'hui dans nos justices de paix
et tribunaux de simple police; la movenne justice, à celle de
nos tribunaux de première instance et tribunaux correctionnels.
La haute justice seigneuriale est la justice de nos cours d'as-
sises. Le cas échéant, les seigneurs hauts-justiciers revisent
en appel les sentences des justiciers infér.ieurs.
Le droit de haute justice d'un seigneur s'affirme par deux
embièmes : un pilori e[ un gibet élevés quelque part dans ses
donraines, le plus souvent près de la grande porte tl'entrée cle
son château (l ).
Pour juger les contestations relatives aux terres tenues â cens,
il existe en outre, tlans les plus petites seigneuries, une cour
censale.
Aujourtl'hui, la justice est gratuite. Celle rl'autrefois était
payée. Les justiciables rapportaient comme les corvéables :
<r Les prévôts et les baillis, institués pâr les seigneurs,
n'étaient point des magistrats, mais des hommes qui exer-
çaient tles fonctions industr.ielles dont de misérables serfs
tlevaient procurer les horribles bénéfices r (2). Le produit des
amendes et de la vente tles biens confisqués r.evient anx
seigneurs et à leurs ofliciers. Quand le coupable ne possède
rien ou peu de chose, 0n ue s'empl.esse guère de le poursuivre.
S'il est riche, il achète facilement le juge.
La procédure. La procédure à l'égard des vilains est
rarement compliquëe. D'ordinaire,
- le crime ou le délit sont
suivis d'une répression sommaire. L'expressiorr u sitrit pris, sitôt
ytendu, r, peint avecautaut de force que de vérité les façons jutli-
ciaires particulièrement expétlitives tle certains barons. Trop

({) tes seigneurs hauts-jusficiers furent peu nombreux en Belgique oir les
grands dynastes se réservèrent presque toujours I'exercice de la haute justice.
(9) DEFACQz, Ancien droit Belgique. Tome {er, p. 43.
V. Mirguet, - Histoire des Belges. l4
2{0 HrsroIRE DEs BBLGES Er DE LEUR cIvlLISÀr'IoN

souvent, le caprice du seigneur r'ègle seul le mode et la rigueur


de la répressiott, et parfois il imagiue mille procédés de torture
pour assouvir une colère alrsolument injuste. Il n'existe tttcune
loi, aucune autorité crpables tle rnotlérer I'attleur de vengeance
.tlont ilpeut être animé. Iln serf a-t-il le malheur de lui
-déplaire, il le fait battre et rouer de coups, ordonne de lui
couper le poing, I'enferne thns un cachot infect et glacé, etc.
En procédure régulière, le vilain comparait devant une cour
de justice composée de sept de ses pails et présidée, soit par le
seigneur, soit par le bailli chargé tle le représenter. Genu'ale-
meut, les causes irnportantes sottt jugées par le seigneur lui-
mème, sous le dais de la glande salle du château, parfois sous
l'lr"nte ou Ie chêne qui ombrage la cour ( 1).
Si te tribunal le dôclare non cutpaDle, I'accusé est reuvoyé
absous.
Dans les simples cotttestations civiles, on réunit les
plus
anciens du village; on fait appel â leurs souvenirs pour
savoir comment 0n a agi tlans les cas analogues. 0n décide
ensuite, tl'après la. cotttttnr,e. Chaque village ou peu s'ett fiut
possède ainsi sa coututne. Pour les délits nouveaux, les
juges de langs divcrs disposent tl'uu pouvoir à peu près discré-
tionnaire. Leurs décisions forment précédents et cotlstituent
les éléments d'utr article nouYeâu de la coutume.
. Les épreuves.
-L'usage de certaines épreuves j udiciaires
et particulièr'emeut du combat eD champ clos se naintien[
longtemps. Chacun, offenseur ou offettsé, peut toujours ell
appeler des décisions de la justice au jugement de Dieu sur le
Pré-l'Euêqu,e, à l'épée pour les nobles, âtl couteau sous
la protection d'un bouclier, ou simplemettt au bâton pour les

(.1) De là I'expression attendre sous I'orrnc qui signilie : attentlre plcitt


tle'ionliance en la juttice de sa cattse et Ntsgi attendre uainentent, comme
faisaient autrefois les parties qui, sùres de leur droit, devançaient sous I'orme
leurs adversaires et parfojs vainement les y attendaient.
TEMPS HISTORIOUES. PÉRIODE FÉODALE gIL
-
vilains. Souvent le combat judiciaire entre vilains est provoqué
dans le but de procurer aux nobles un spectacle risible, propre
ti les amuser.

ôé

Duel jutlicirirc (coutl.,at, en charnp clos).

TITRE VI

tnstitutionb de bienfaisance.

Hôpitaux et hospices. Les ilrilsions cltt vo sièclc et cellcs tlLt tx'


-
,a\,rient jeté lc plus profonrl désarroi dittts I'trdntinistlution dcs r-illcs
et clcs commullilutés rulalcs. Cette circotlstancc a poul' effel r]e firirc
passer aux ttiaitts de I'llglise, à l'époque féodale, I'aclministrttion des
t ien* des prulres. ,\vec les revenus qu'il tire de cetle sourcc, le
clergé folde un grartd nombre d'hospices, d'asiles et d'liôpitaux
qui sont''pour la sociéte un inestirnalile bienfait. Des rois, des
212 irIsTorRE DEs TIELGES ET DE LEUR clvrlrsATroN

grands seigneurs, mème de simples particuliers rivalisent à qui


rnettra à la disposition de I'Eglise, le plus de ressources pour les
r:réer.
Sur les routes de l'époque, 0n ne trouve pas d'auberges, les voyr-
geurs él,ant rares, par suite du peu de sécurité des voies de commu-
nication et de I'absence de commerce. Mais I'hospitalité est de règlc
dirns toutes les abbayes. Eu chaque couvent, il y a une maison rles
hùtes oir le voyâgeur, lc pèlerin, le pauvre soDt gratuitement
hébergés pendant un temps dont les règlements déterminent, Ia
tlurée. De mème, ou aménage, aux abolds des villes, dcs hospices
ouverts aux voyageurs. Ceux-ci peuvent y loger une nuit. Ils y
tlouvent du feu et un lit, avec un frugrl soupcr dc légumes ct de
pain. Lorsque le voyageur arrive blessé, malade ou très fatigué, on
I'autorise volontiers à prolougcr son séjour.
llalheureusement, les maisons des hôtes sont, surtout fréquentécs
pirr les mendiants et les vagabonds. Il est d'irilleurs bien di{Iicile
d'attribuer toujours, sans erreur', -aux seuls et véritables mal-
heureux, les rcssources de la bienfaisance publique. Aussi lcs
secours distribués au moyen âge ont-ils trop souvent pour effet,
non de réduirc la mist)re, mais d'cncoul'agcr la paresse et la men-
dicité.

TITRE VII .

Institutions financlènes.

Dans les domaines qul ne sont pas cles fiofs directs de la couronne,
il n'existcpas, âu moyen iige, d'impôts proprenent dits, perçus par
les souverains. llais si, dans les dornaines féodaux, Ies serl's nc
paient pas I'inipôt à I'Btat, leur. sort n'en c.et pas plus heureux.
N'ont-ils pas à payer la dîrne au clergé, le droit de champart et cerui
dc meillcur oatel, sinon de morte-main, aux seigneurs? Ne sont-irs pas
soumis ù uue multitude de tailles et de corvées? Écrasé sous ces
charges innombraltles autant c1n'itrbitraires, le peuplc est, aur
temps féodaux, plus miscrable qu'i\ aucune autre époquc dc I'his.
Ioire.
TElrrps HISTORIoUES. pÉnIoDE FÉI0DÂLE 9t3
-
TITRE VIII
lnstltutions mllltaiFes.
Becrutement des soldats.
- Il n'y a point d'armées pcrmanentcs
ir l'époque du hau[ mo.Yen âgc; I'obligatiou générale du servico
:lilitaire personnel potlr un temps et dans un l'ayon déterminés est
I'uue tlcs caractéristiques dc I'orgartisation féodale. En cas de guerre,
chaque prince, chaquc Seigneur, aclrCsse ull appel aux armes ut ban
Ct.tl'arrière-ltan, de ses Yassilux, c'est-à-dire à ses Vassilux directs et
à ses arrière-vassaux : a Arrivgz ou vous brtlerai >, fait aluloncel'
lC seigneur par crf pu,ltlic, clans lcs rues, les carrefours et les cam-
pagnes. Une seconde somtnation a lieu au Son du cor. Chacun est
tenu de répondre a cet appel. Quicorlque y mirllque est, déclaré félon.
De bourte hcure, cependûllt, les ltorttmes libres de la cantpagne .s(l
soumettent à payer un cens ou des prestations pour éviter le service
militaire (l).
- 01 ne prévoit riel
Approvisionnement des armées. pour I'appro-
visiOnnement des armées; chacun s'équipe, s'ârme, s'cntretient ir
ses frais. Les troupes en campagne rivent du pillage des contrées
qu'ellcs occupent : aussi la gucre a-t-elle toujotrrs pour collséquenc(t
là ruine, sinon I'anéantissemen[ des populations. C'est surtout fautc
cl'intendance e[ d'ttmbulrrttce que IeS croisades échouent. En proie
à la famine, atteiuts par les fièvres éruptives, la peste, la lèpre, les
croiséS malades ou blessés, privés cle soins, périsscnt par milliers'
Le château féodal. Pour forcer à I'obéissarrce le peuple des cam'
pagnes et pour se
-cléfendre contre leurs enncmis, les barons se
tririissent des châteaux construits cle façon à en rendre I'attaque et
Ia prise dilliciles. 0D appela ces cltirteaux des châ'teaun forts.
ie seigneur chgisit nflturellcilrcnt, pour bâtir son chitteau, un lieu
propicc à l. déftn*u. C'est, tl'ordinaire, un rocher escarpé' couronllant
une-moutagne. Dàns le fold de la vallée, coule presque toujours utt
ruisSeau ou ulle rivière. Souvent, I'un des revers de la montagne est
à pic. Le long de I'autle r'ègne url fossé profond que remplit I'earr
de la rivière.
Grâce aux avantages d'unc tcllc situation, le seigneur
peutr à

(l) Yur nrn KNoEnn , Le slècle dec Arteuelde, page 249'


214 HrsTorRE DEs nELcRS ET DE LEUI crvrlrsÀTloN

I'occasion, suivle avec facilité les mouvements de l'enuemi, aper-


cevoir de plus loin les voyageurs à rançonncr et faire surveiller
plus aisément les travaux des serfs dans les câmpagnes.
Le château fort n'a-pas I'extérieur riant et agréable des châteaux
modernes : sa masse, imposante mais sombre, inspire I'effroi. Il ne
possède pas de fenêtres; ses murs sont percés de mtrurtrières qui en
tiennent lieu, mais à travers lesquelles passent le vent et la pluie.
Le plus sour,ent, on est obligé de les fcrmer avec des volets clebois :
toutes sont défendues par de solides barreaux de fer. Des vorltcs de
pierre séparent les divers étages de l'édilice.
Les appartements du château, pavés de grandes dalles, sont vastes
et froids. 0n est obligé d'y approprier de larges foyers, oùr, à la
saison mauvaise, on brtle à la fois un arbre tout-eutier. L'hiver, orr
tapisse le pavement d'une couche de paille; l'été, on le recouvre de
verdure et de plantes odorantes.
Deux cours se remarquent dans tous les chirtcaux forts : I'une,
plus grande, otr se trouvent la clrapclle et les contmu.ns,, c,est-à-dire
les lrabitations des serfs, dû conunun, commc on dit, et lcs autres
dépendances du chirteau : écuries, magasins, nroulin, boulanger.ie,
four, etc.; I'autre, plus petitc, renfcrine le donjon, dont il seraparlé'
tout à I'heure.
Les murs extérieurs du château ot courtines sont très élevés, épais
parfois de deux à trois mètres et trôs soliclement maçonnés, afin de
pouvoir braver les efforts du tenrps et ceux de I'ennemi. Leur
sommet est percé d'ouvertures nomméès créneaun. Les espaces
remplis entre les créneaux s'appellent nterlons.Derrière les créneaux,
on ménage, les murailles étant très larges, un chemin qui contourne
I'enceinte, e[ que, pour cc rhotif, on dôsigne sous le nont de chenûn
tle ronde. Des hommes d'armes, inspectés et relevés à dcs heures
régulières par la rontle, y font jour ct nuit sentinoile. Dans les
merlons et dans les courtines sont pratiquées des fentes verticales,
très étroites à I'extér'ieur, mais s'élargissant vers I'intérieur de façon
à permettre à un archer de s'y installer commodément avec sorr arc
ou son arbalète. A raison de leur usage, elles reçoivent le nom
d'archères. Les cr'éneaux et les archères ne sont pas res seuls
moyens de défense des murs. A la base intérieure des'rnerlons, se
remarquent d'autres ouvertures, appelées mâclùcou,Iis. Elles débou-
chent à I'extérieur et servent à jeter, sur les assaillants, tou[e espr\cc
de projectiles : des pierres (parfois travaillées en forme de boulets)
ou dcs liquides brtlants (de I'huile, de I'eau, etc. ). La base extérieure
TEDIps HIsronIouES. r'ÉonALE 2{5
PÉRIoDE
-
des courtines forme une sorte de plan incliné : cette disposition
empôche les assiégeants de s'approchef asgez des murailles pour
liouvoir lancer des traits par I'ouvet"ture inférieure des mâchicoulis;
ôn outre, èlle imprime aux projectiles lancés par ccs ouvertures la
lronneclirectiorretulreforcetleprojec[iorrnouvellc.
Àux rnglcs de la place et aux endroits les plus faibles, son[
placées les tours du château, dont elles renforccnt la défense. Elles
I'avancent, à mi-corps,.il I'extérieur des murailles, parfois disposées
en encor|ellement, de façon à pcrmettre aux assiégés de tirer sur
I'ennemi occupé à saper, i\ battre ou à escalader leS courtines.
À proximité des tours, sonI crertsés, très souvent dans le roc, les
puits du châte:ru. 0n peut encore en voir utr ouver[ datts ces con-
ditions à Moha (plc\s de HuY).
Très élevées, Souvent à quatre ou cinq étages, elles sont en outre
pourvues de moyens de défcnse analogues il ceux des murailles et
rles tours : merlons, créneaux, archères, mirchicoulis.
Au-dessous du rez-de-chaussée, oir Se tienrtCrtt, les hommes
d'âr.mes, oll trouve une cave, à peine éclairée par d'étroits soupiraux.
Sous cette cave! utl caclnt sans lumière. Plrfois encofe' dans le
cachot, un trou proforttl, utte sorte de puits, nommé ou,ltliette,
tecouver[ d'uDe trappe mobile. Veut-il se débarrasser sans bruit d'uu
ennemi tombé entre ses metins, le seigneur le fait descendre dans
lc cachot et conduire sur la trappe. Celle'ci bascule et le malheureux
clisparait dans les profondeurs du puits à jamais ou,blié de tous (l).
Deux tours protègent souvent la porte d'entrée. A ces tours est
suspenclu, au moyen d'énormcs chaî1es de fer, u1 pont-levis par
lequel enl,relt et sortent les gens du château. Tous les soirs, et
chaque fois qU'on veut empêcher I'rccès du château' on relè!-s le
poni.levis, qui vient s'appliquer exactemcnt sur la pol'te. Une fois
iermée, cellc-ci se trouve donc protégéc, à I'avant, par- le pont'levis ;
i\ I'arrière, quand la chose devielt utile, une profonde rainure'
rnénagée dans l'épaisseur cle la vorlte, livre passage à une puissante
gr.ille de fer, appelée lærse, qu'un s-vstème de clraines et' de poulies
rbaisse ou relève t\ volonté.
En outre, des archères sout ouvertes i\ dloite et à gauche dans
le porche formé'par lcs mut's rlcs tours. Eufin, des trous de mâchi-
,oulit, mé1agéeJ d'ans la votte, perrnettent d'écraser los assaillants

({) 0n a contesté I'existence de ces oublietles.


21.6 HrsrorRu DEs BtsLcEs ET DE tEuR crvrlrsaTroN

sous une grôle àe traits et de projectiles. a côté de la grande porte


s'cn trouve d'ordinaire une plus petite oû plterne, qui per*et dc
sortir du château sans abaisser Ie ponhlevis ({).
Devant la grande entrée du château se trouve un pilori pour la
flagellation ou I'exposition. une potence, supportée par deux,-quatre
ou six piliers, selon l'étendue des droits de justice du seigneur, sert
aux cxécutions capitales.
Le donjon. Le donjon forme un petit château fort dans Ic grand.
-
c'est, presque toujours une grosse tour carrce, située à l'ù des
angles du manoir et,, comme le château, défendue par uu fossé. une
chemise de pierres de taille, destinée à en renclre Ia sape ou I'escaladc
plus diflicile, la r.evêt jusqu'à la moitié de sa hauteur.
construil ayec uû soin extraordinaire, Ie donjon cst le point le
plus important de la place oir il joue Ie rôle rempli, hier encore, par
la ci[adelle dans nos villes modernes. Aucun étranger n'y cst iritro_
duit, par prudence. Aussi, eD cas de surprise du château,l'ennemi se
dirige-t-il malaisémcnt à trarer's des couloirs entremrilés à dessein.
Tout au somme[ du donjon, on remarque une petite loge carrée
- la gu,eile - munie de quatre ouvertures, par oir une sentinclle
intenoge I'horizon à chaquc instant du jour. et de la nuit. A la
moindre âpparence de danger, le guetteur clonne I'nlarme soit err
sonnant une cloche, soit en se servant du cor ou d'un porte-voix.
Ordinairement, Ia porte d'entrée du donjon est assez élevée au-
dessus du sol. 0n y arrive en s'aidant d'une échelle ou en suivant
Ie chemin de ronde qu'un pont mobire, susceptible d'ôtre placé ou
retiré à volonté, relie au donjon. située à I'un des angles de la
tour, une tourelle oir I'on a ménagé un escalier, permet I'accès cles
divers étages du donjon. construction d'aspect particulièrement
sombre e[ triste, celui-ci n'es[ jamais habité qu'en cas de siège. En
d'autres temps,, le seigneur en fait un magasin pour ses provisions
de guerre. Il y serre aussi ses archives et ses trésors,
une suprêmc ressource reste au seigneur après la prise rlu
château et du donjon. un couloir souterrain, qui me[ ce dernier
en
communication avec I'extérieur, peut le conduire dans la campagne
avec sa famille et ses derniers hommes d,armes.
Yie du selgneur dans le château fort. La vie esf bien monotone et
-
( I ) ta visile du château de Fallais (près d.e IIuy), très
bien restauré it y a
quelgues années, permettra de vérilier i;exactitudeïê ces
detailJ.
TEUPS HISTORI0UES.
- PÉRI0DE nÉOn]tln 217

bien triste, à I'intérieur des sombres habitations quc nous venons de


décrire. Sauf pendant quelques mois d'été, il faut constammenttertir
fermés les volets du château si I'on ne veu[ y être exposé aux
quatre vents du ciel. Pour dissiper I'obscurité qui règne alors dans
les appartcments, on fait flamber, dans la vaste cheminée de la
grande salle, d'énormes brassées de sarments.
Les j<lurs de grancle cérémonie, de festin, pâr exemple, afin de
soutenir la lumièr'e incertaine du feu flambant darts l'â[re, on allume
des torches portées par des valets rangés tout autour de la salle.
Pour occuper leurs intcrminablcs loisirs, Ics dames s'appliquent à
lrr confection d'immenscs tapisserics dout quelques spécimens,
parvenus jusqu'à nous, témoignent d'une grande haltileté.
trlais lcs hommes ne peuvcnt lortgtcmps supporter h mornc
solitude du chirteau. Incapables dc distraire lettr cnnui par la
lccture, car ils sont ignorants au point de ne pas savoir lile et
assez bornés pour s'en glorifier ({), ils passent au dehors la plus
grande partic de leur existettcc.
Ce sont, en [out tcmps, de grandes chasses auxque]les ils couvo-
quent, l'été, d'autres seigneurs leurs voisins. De nornbreux servi'
teurs les accompagnent, rabattant le gibier ou dirigeant la bruyante
meute des chiens. Parfois les darnes les suiveut, portant sur le
poing u1 faucon apprivoisé et dressé pour la chassc d'tutres
oiseaux. Àlors, op peut voir la brillante troupe des chasseurs,
poursuivant quelque cerf ou quelque sanglier aux abois, passer
comme un tourbillon à travers les campagnes couvertes de
moissonS : Ctl ull motnettt, la récolte du pauvrg laboureur, son espoir'
de toute I'année, se trouve anéantie.
Les jeunes seigncurs s'exercettt aussi volontier's au tnaniement
dcs armes, soit dans une salle du chirteau spécialement réselvée à cct
usage, soit dans la grande couroirils selivrcnt à divers
jeux et dc
préiérence à celui de la quintaine. Co jeu a pour but de familia-
riserles futurs chevaliers avcc le tnaniement de la lance. Il consiste
à courir,Ia lance en aruêt, sur un mannequitt de llois qui, montô
sur un pivot mobile, a le brrs armé tl'une gaule solide ou d'un tas
tle terrà. Touché en dehors de sa ligne médiaue, le mannequin
tourne vivement sur lui-même, et tant pis pour Ie joueur maladroit
s'il n'est pas agsez prompt pouf parer ou esquiver le coup que lui
porte I'impitoyable mécanique.

({) les livres leur manquent d'ailleurs.


g{8 Hrsrornn DES BELGES Elt DE LEUR ctyllrsÀTtoN

À certains jours, le seigneur', assis sous un gros tilleul, un orme ou


un vieux chêne planté sur la terrasse du château, rend la justice aux
habitants de la seigneurie; justice d'ailleurs souvent capricieuse et
toujours expéditive. Le pilori ou le gibet, dlessés tout auprès, lui
perrnettent soit d'itfliger sùns retard un chirtiment mérité, soit au
besoin de satisfaire cllns I'instant mème sâ vetrgeance. Car il n'existe
aucune loi, aucurre autorité capables de nrodérer la colère parfois
injuste qui I'anime contle I'un ou I'autre de ses justiciables.
De tenips en temps, I'existence frrstidieuse des habitants du
chirteau est ôgayée pal l'arrivée inattendue d'une troupe de joyeux
m,ineslrels. Les uns, pleins de souplesse et d'hal_rileté, exécutent
tl'étorrrrants tours de force : ce sont les jongleur"s. Les autres, poètes
ou musiciens, intéressent leurs auditeurs par le récit captivant des
faits de guerre les plus célèbres, ou chantent, cn s'accompagnant de
ll harpe, les exploits légendaires des Charlernag'ne, dcs Rolaud et
autres guerriers illustres.
Art des sièges et défense des places. Au moyen irge , I'art des
-
sie\ges et celui de défendre les places, inconnu à Clrarlemagne et à
scs contemporains, font des progrès importants. Conme les
chiiteaux féodaux, les villes sont entourées de fossés profonds, de
solidcs murailles flanquées de tours, Ies unes e[ los autres munies
d'archères, de créneaux, de mirchicoulis. 0n sème les fossés tle pietrx
err bois ou de pointes de fer appelées cluur,ssc-trappes.
Les rssiégeants lancent à I'intér'ieur des placcs, des flèches garnies
cl'étnupes enflamnrées pr'èalablemeul saupoudr'ées de soufre. Âu
trio)'err de fagots ou de fascines, ils comblent les fossés, puis à
I'aide d'échelles ils montent à I'assaut. Pendant ce teurps, abrités
sur les bords du fossé par de grands pavois, des archer.s ou des
arbiilé[r'iers criblent de traits les assiegés qui sc montrent aux
créneaux. 0u construit des tours en bois à deux ou trois étages,
montées sur un système de roues. La nuit, on les amène jusqu'au
bord des fossés. L'étage supérieur de ces tours cst muni d'un pont-
levis propre à ôtre rabattu sur les rcmpalts ct ù permettle ainsi
I'accès de la place investie. 0n rempli[ la tour d'archers et de
frondeurs. ces machines géantes dont lir hauteur atteint parfois
cinquante mètres, peuvent souvent contenir jusqu'à S00 hommes
cl'armes. Des ouvriers, destinés à diriger les mouvements de la
tour, se tiennent dans ses partics lmsses.
Pour I'opération de la sape, des mineurs descendent, dans les
fossés, s'y mettent à I'abri des traits des assiégés au moyeD d'un toit
TEIITPS HIS1IORIOUE

incliné, puis, à travet's les murs, percent une gâlerie par laquellc
les assiégeants pénètrent dans la place.
Lt mine est une galerie souterrairte ouverte, à une grande dis-
tance cles murailles, dans le cantp des assiégeants, Ignorée des
assiégés, elle conduit sous leurs foltifications. Lorsqu'on a
irvancé la girleric jusque sous les remparts, on l'ôlargit rapidement,
on l'étanq:onne au mo.ven de madriers, puis, après .avoir entouré les
(ltais de fagots et d'autres matièr:es inflammables,. on y met le feu.
Bientôt les défcnses cle la ville ou du chfrteau s'éctoulent avec fracas.
L'assiégeant entre alors dans la place par la brèche.
Le trtvail des mineurs estr seconflé pat I'action de macliines pro'
pres à opérer, les unes de près, les autres de loin.
Parmi les machirtes agissant de près, signalons les béliers.Ils se
composent d'utlc grosso et lourde poutre terminée pflr ulte tète dc
llélier., en fcr. Frappant à cogps redoublés le môme poiut d'une tour'
ou drune muraille, ils {inissent par l'ébranler (l). te bélier est
protégé par une chalpente de bois recouverte de peaux et cle terre
humide, quelquefois par une tour à étages. Il est ma1æuvré à bras
d'hommes ou monté sur loues.
Les appareils ma1æuvrant'de loin ont pour type la catapu,Ite, sol'tg
de frontle gigantesque à lfaide de laquelle.on lance des masses de
fer rougies au feu, cles quartiers de roche ou des }oulets de pierre
pesant jusqu'à 30 kilogramrnes. Comme le bélier, la oataptrlte de
eampagne est sourent montée sur des roues.
Il cxiste également cl'autres machirtes-frondes destinées à lancer
à 'la fois un grand uombredeballes demétal.
Les balistes sont dcs arcs d'une puissanee énorme. Elles lancenf
des tlaits aigus. cle dimensions extraordinaires, ayec assez de force
pour tr'.inspercer plusieurs hommes rangés en file.
Natulcllement, les assiégés.rendent I'approche de leur ville ou de
leur fortelesse le plus difficile possible. Ils minertt ou iuotrdent les
lieux par oir doivent passer les tours roulantes, nécessairement fort
lourtles. Lorsqtre les assaillartts sont à portée, les défenseurs d'utte
place vet'sent Sul' eux du plomb fondu, de I'huile ou de I'eau bouil-
iante, leur lanccnt d'énornres picrres pirr les mschicoulis ou les
accablent cle traits pâr les créucaux ct les arcltèreS de leut's mul'S.
Le feu grégeois (9), fort employé dalls les cotnbats au moycu âge,

(,1) Toir LlcnoIx, art militaire, page T4.


(Z) Oont.la composition n?est plus bien connue.
220 HrsrorRn DEs BELGES BT DE rEUR crHLrsATroN

était, au dire des historiens de l'époque, un élément ter rible. Loin de


I'éteindre, le contact de I'eau activait son action. La puissance du
feu grégeois a été, sans doute, fort exagérée et la pyrotechnie
contemporaine est en possession d'explosifs et de moyens destruc-
tcurs auprès desquels le fcu grégeois des anciens paraitrait, selon
toutc probabilité, un élément prcsque inoffensif.
Armes de combat. 0n lcs distingue en armes offensives et en
ârmes défensives.
-
Armes ofiensives. Les serfs c[ les paysans s'arment ùe gros bdtons,
-
noueux et ferrés ; de massuæ en bois munies de têtes dc clous ou de
pointes de fer; de fou,rches (bisaiguës) ; de fléau,æ ou fouets d'u,rnr&s,
armes très meurtrières, forrnées d'un gros birton auquel est attaohéc
une chaînette terminée par unc boule de fer galnie de pointes de
rnême métal ; de frondes, à I'aide desquelles o.n lance des pierres et
parfois des balles de fer rougics au feu. A cerl,ain moment, on ne
se sert plus de la fronde qu'à la chasse. L'usage de I'arc, long-
temps abandonné, reparaît à l'époque des Normands. Le serf s'arme
aussi, à I'occasion, de haches et de javelots. L'épée et la lance sont
réservées aux nobles et aux hommes librcs.
L'invcntion de I'arbalète, espèce d'arc muni d'un fùt ou arbrier,
date vraisemblablement du xrr' siècle. L'arbalète est d'abord utilisée
pour la chasse. Blle lance le trait avec plus de sûreté, avec plus de
force et à de plus longues distances. Considéréc comme une arme
cxcessivement meurtrière, son emploi est condanrné par le conbile
de Latran et, plus tard, par le pape Innocent II.
Le poignard, dit miséricordei prrce qu'il sert ordinairement
à achever les vaincus, se porte à la eeinture.
Armes ddfensives. Généralement de forme triangulaire et
convexe, le bouclinr s'attache au bras gauche par une courrole. 0n le
qualilie d'écu ({) en terme de blason. Le ousEæ protège la tête;
il prend le nom de nasal lorsrluc la visière s'avance très fort cn vue
de préserver le nez. La cot le d'srntes est une tunique de toile ou cre
cuir sur laquelle se coud une sorte clc tricot à mailles de fer ou
'd'acier', relativement souple et kiger. Parfois, elle consiste en une
simple dalmatique de toile, de drap ou d'étoffe qui se porte par
dessus I'armure. En usage chez les Arabes au temps des croisades,
ccs vêtements protectcurs leur sont empruutés par les Occidentaux

({ ) Figure en forme de bouclier, servant de champ aux armoiries.


TEMI'S IIISTORIOUES.
- PÉNIODE FÉODALE 22T.

à la suite de ces expéclitions.Ils étaient surtout utiles dans les pays


clrauds pour ernpôcher le métal des armures de s'échauffer au brrllant.
soleil d'Orient. Le lmu,bert, cotte de nuilles à manches, emltrisontte
les bras jusqu'aux doigts. Ceux-ci sont renfermés dans une sorte dc
moufle à mailles, d'oir sc dégage un sac plus petit poui loger lc
pouce. Lt cuirasse, composée du plastron et dc la pansière, géné*
ralement bombée, protègc la poitLine. Bnlitt, il existe aussi des
cttissards, des genou,illirzs, des janùièras, des àrassards, des cotrdiiræ
et des gantelets de fer, dont les noms disent suffisamment la desti-
nation. Le chevalier et son cheval n'olfrent qu'une surfrce tle fer.

1'ITRE IX
Sciences.
- Philosophie a monale. - Gnoyances
religieuses. Supenstitions populaines.
-
lf,athématiquss. Ver's le xto siècle, I'arithmétique des Arabesn
-
c'cst-à-clire leur système de numération, basé sur i'emploi du zéro'
succède aux précédents modcs de représcntation des nombres. Les
anciennes méthodes de calcul eu sont totalernertt bouleversées-
Auparavant, il fallait suivre, pour effectucr lcs calculs, des procétlÔs.
très longs que I'usage dcs chiffr'es rotnains compliquait encot'e-
L'cmploi du zéro (de I'arabe cifTon, vide, nul), jusque'là inconnu
rend des services dont I'importauce est facile à coucet'oir.
Sciences naturelles. Le noyen igc professe, en cettc matière.,
-
les idées les plus invraisemblables, les plus absurdes. Le lion,
rrflirment les savants, dort les yeux ouverts. AIin d'échapper aû
chasseur, il efface de sa queue la trace de ses pas. Poursuivi, le
porc-épic lauce ses piquants avec I'habileté d'un archcr. 0u croit à
I'existertce tl'animaux fantaStiques au uombre desquels on cite : la
Iicorne t1u'une jeune fille scule pcut apprivoiser; là, macreusc, 'oiseau
aquatiqnc, née de ccrtain fruit tonrbé à I'eau ; I'oiseuu'-serre' '.tvx
proportions énormes: I'agitation de I'itir produite par le mouvemcut
cle ses ailes peut arrêter un navire.
Les abeillæ, 'les fourtnfs, les aruignécs, les yapau,r./s, etc., sonf-
rartgés parmi les ucrs.
Tout aussi fantaisistes sont lcs notions scientiliques sur le$
propriétés cles plantes et cles mittôrattx. Le crktal est de I'eâu
solidilice sous I'action rles siècles. I'e saphir guér'it les u,Icères;
222 ursr'ornE DES BELGES ET IIE LEUR ctvILISÀTroN

l'énteraude, le mal cadu,c; le jaspe, la fi,èure, etc., etc. Une infu-


sion de racine de nmndragore proctJre I'amour des dames ; l'aloès
arrète la chute des cheveux, etc.
Sciences appliqu6es.
- L'alchimie est, en grand honneur au molen
âge. Elle rechcrche Ia panacée u,niuerselle (remède pour guérir toutes
'les maladies), l'éIirir rle longue uie, Ia pierre philosophalc (art de
transformer ell or un métal quelconque). Sans aboutir dans ces
diverses rechercltes, I'alchinie frrit faire d'utiles découvertcs qui
préparcnt les voies à la chimie moderne ( | ).
.Médecine.
- La médecine de nos ancêtres est généralement baséc
sur des idées fausses ou des préjugés populailes. Comrne d'ailleurs
celle de tous les autres peuples aux premiers âges de leur existence,
elle consiste longtemps en pratiques superstitieuses e[ en prescrip-
tious hygiéniques, la seule chose cffTcirce de leur thérapeutique.
Après les croisades, la méclccinc occidentale, par suite de ses
emprunts à la médecine grecque, fait quelques progrès, srus
sortir toutefois du domaine de I'empirisme. L'infériorité de la mé-
decine du moyen :ige esf attestée par lii fréquence des pestes
à cette époque. Ignorant et superstitieux, le peuple regarde cornnle
un chirtiment céleste des épidénies dont la cause remonte unique-
ment à une insuffisantc observation cles lois de I'hygièle. Au
surplus, les counaissanccs en anatomie et cn physiologie des
praticiens les plus réputés sont nulles ou a pcu près, l'[glise frappllt,
d'exeommunication quiconque dissèque un cadavre.
Les remèdes employés
- remèdes dits ù,ebonne fenutæou de sorcier
se distinguent surtout par leur bizarrerie. Pour se guérir de la
-gale, il faut se rouler dans un champ d'avoine; cl.acher dans Ja
bouche d'une grenouille calme Ia toux; on arrêteune hémon,agieen
saignant sur deux fétus de paille disposés en croix, en se plaçant
une clef dans le dos. En matière de chirurgie, I'art du rebou,teun f.ait
loi. 0n considère le bou,neat comme le rcbouteux par excellcnce :
un homme si habile à rompre les membrcs de ses semblables
doit aussi posséder I'ar[ de guérir ces derniers lorsqu'il leur arrive
quelque accident.
l,æ barbiers, chevaliers du rasoir, curnulent dlordinaire leur
éttrt principal avec la pr.ofession de chirurgiens. A I'occasion, Ies

(.{ ) c'est ainsi-que cherchant ltélixir de longue vie, on trouva Yulcoor clui
_^
d'abord est appelé eau-de-uie.
TEIIIPS HISTORIOUES. PÉRIODE }-IIODILE 923
-
prètres exorcisent les épileptiqucs, qu'on croiI possédés du
tlémon.
Hygiène.
- 0rl méconnaî[ les règles lcs plus élémentaires de
I'hygiène. Rarement nettoyées, les rues des villes s'empuatttissent
cl'odeurs insupportables. A la carnpagne, les clerneures des serfs, oir
d'habitude bôtes et gens habitent pêle.môle, forment, d'igrtoblcs et
malsirins taudis. Aussi les nraladies les plus terribles, aujourd'liui
disparues ou devertues anodines, clépeupleut alors ptiriodiquentcnt
des contrées entières.
Philosophie. Le mouvement intellectuel est très faible en Europe
-
avirnt le temps de la grande prospérité des communes. Jusqu'au
xrre siècle, la plrilosophie se réduit ù < un peti[ nombre d'aphorisntes
mal délinis > ('l ) et à d'aridcs spéculations. Bu Belgique, les étucles
abstraites se réfugient dans les écoles dcs cathédralcs et des monas-
tères, olr il ne se forme du reste aucun esprit véritablemettt supé-
lieur.
Morale.
- Les peuples sont profondément religieux au moyen irge;
mais leur moralité reste à un niveau très bas. C'es[ l'époque prr
excellence de la tyrannie de I'homme par I'homrne; l'époque oir
celui-ci se montre particulièrement cruel envers son semblable, où
les passions les plus violentes éclatent sans retenue et sans presque
produile de scandale.
0n rencontre, clans certains recueils de l'époque, des proverbes
dtls uttlgau,n eL nrcraaæ, déjil transmis sans doute par les siècles
antérieurs aux siècles d'alors, co.mmo ceux-ci nous les ont à leur
tour légués. Ils peuvent contribuel uéanmoins à donner une idée rle
l'état moral des populations au moyen irge. Citons-en quelques-ults :
Lo Ki donne tost, il donne deux fois.
- Ki 20plus
Itlieux vaut un tiens que deux tu I'auras.
a plus convoite.
-
Oignez villain, il vous
poindra; poignez villain, il vous oirtdra.
- Yillain affamé, demy
enragé. -
Villain enrichy, ne connaît pâs d'amis. (. Villain,
synonyme de poltron, lâche, curieux, badautl ). - 3" llesoin fait
vieille trotter. est roy entre aveugles. Ce n'est ltas
- Borgne
ortout ce qui luit. Dertouveau, tout est beau.
-Diligence passe
science.
- -
La plus méchante roue du char crie toujours. Tout
-
vrai n'est pas bon à dire.
-
travail est sain, disait la béguine. ïIais
êlle nc I'aimait pas.
-QuiLe donc était noble qurnd Adam bêchait
-
({) Llcnon, Scienca et lettres au moqen dge, Page &6.
224 Hrsrornp DEs BELcEs ET DE LEUR crvrlrsATroN

et qu'Ève lilait?
- Il n'est pas bon de manger des cerises avec les
seigneurs. Est, ouest; mieux vaut le logis.
-
Vins vieux, amis vieux et or vieux
. Sont aimés cn tous lieux.
< Nul doute, dit Lacroix, que le proverbe ne ftlt autrefois I'accom-
pagnement iudispensable du langage usucl, qui lui devait ainsi une
allure plus familière e[ un tour plus original. Le proverbe, qui
repr'ésentait I'opinion commune et en quelque sorte universelle,
revenai[ à chaque instant, comme un rcfrain, animer le discours,
en uccentuant d'une manière tout imprér'ue la pensée personnelle de
I'interlocuteur. La plupart des proverbes étaicnt sortis, originaire-
rnent, de la bouche tlu peuple, mais on les rctrouvait dans celle des
nobles et des bourgeois. >
Croyances religieuses.
- La t'eligion chrétiennc catholique est, au
rno)'cu âge, la seule pratiquée en Belgique où I'autorité de I'Eglise
est incontestée.
Le culte des saiuts, celui de la Vierge lllarie surtout, sont en grand
honneur au mol'erl ûge. Les restcs de siiints ou reliques ( ossements,
vètements et autres objets leur ayant appartenu ) sonI précieusement
recueillis. De nombreux miracles leur sont attribués.
Superstitions populaires.
- Ort peut rapporter à cinq catégolies les
croyances et les superstitiorts populaires qui ont cours dans ces
siècles de ténèbres ttésignés sous lc nonf de féodalité.
'croyance
{o La aux esprits. Les religions anciennes avaient légué,
-
aux générations du mo)'en irge, la croyance à des ôtres suruaturels
divers, souvenirs des divinités abandonnées. Aussi, à cette époc1ue,
la croyance aux esprits, ftes, ondines eL sylphes, gnanes et, lu,lins,
lbtlets eL reuenwtts es[ gelérale. Les fées, esplits généralement l;ons,
présidentauxévénements impoltants cle la vie. Des pirlais mervcillcux,
trillés dans le saphir et le diamant, sont leur résideuce orrlinaire. Li-r
séduisantc beauté de,s ondines leur attire des ndorateurs en grand
nombre. Âprès lcs avoir séduits, elles les précipitent perlidernent dans
les eirux de quelque lac ou de quelque rivière. Les sylplr,es se distin-
guent par leur douceur et leurs goûts cltampôtrcs. Âu contraire, les
gnomes sont méchants et cruels; ils habitent l'intérieur de la ten'e odr
ils gardent ayec un soin jaloux les mines d'argent, d'or et de diamant.
Les lu,tins, petits esprits légers, malicicux et taquins, se plaisent
ù faire des nicltes. Les esprits follets s'al,tachent aux membres d'une
famille pour leur être utiles ou pour les ipersécuter. Les feuæ-follets
TE]IPS HISTORIOUES. _ PIIRIODE FÉODÀLE 225
sont des lumièrcs guidant des âmes en peine. Si un voJageur égaré
a I'imprudence de les suivre, il va iuévitablement se perdre dans un
marais.
Les reuenanls sont les âmes de personnes défuntes. Elles revien-
nertt sur la terre pour troubler le sommeil de certains coupables,
ou poul accomplir quelque autre mission réparatrice.
2u La moyance aux sorciers. -- il
est généralement admis que Ie
diable entretient commerce avec certains hommcs. Pour conquérir
des âmes, il fait, dit-on, des pactes avec eux. ll
bâtit des châteaux
en des lieux inaccessibles ou jette des ponts sur des abîmes. De
là, les Ponts-du,-Diable qtli existent en de nombreux endroits. Par-
fois le Malin est dupé, dans ses marchés, par I'un ou I'autre saint
ou par quelque madré compère, et il se trouve ne recueillir, comme
fruit de ses artilices, que l'âme d'un chien ou d'un animal immonde.
Les sorci,ers, renient leur baptême, vendent leur âme au Maudit.
En échange, ils reçoivent le pouvoir d'évoquer les.morts ou Satan
lui-même et celui de provoquer toute espèce de calamités, particu-
lières ou publiques. 0n leur attribue le pouvoir de jeter des sorts aux
ger$, aux bètes, aux denrées. Un enfant vient-il à mourir, on accuse
un tel, sorcier dans le pays, de lui avoir jeté uu mauvais sort. C'est
par suite d'un sort aussi qu'une génisse esl morte, qu'un cheval est
malade, que la récolte d'un champ a manqué.
A volonté, les sorciers peuvent prendre une forme quelconque.
Par exemple, les loups-garou,s sont des solciers transformés en
loups : sous cette forme, ils dévorent les enfauts, et, la nuit, font, à
travers les campagnes, des courses fantastiques.
Les deuins, autre espèce de sorciers, prédisent I'avenir, découvrent
les coupables, trouvent les sources cachées, les trésors et les objets
égarés. Pour y réussir, ils se servent de cartes ou d'une baguette de
coudrier. Celle-ci, une pousse de I'année, coupée le premier
mercredi de la lune, entre onze heures et minuit, doit avoir été
bénite et conjurée sous des paroles rnagiques. Pour s'en servir
utilement, on la fait, tourner, posée sur les deux index, en rappro
chant et en éloignant tour à tour ces doigts. Par la direction prise,
elle indique le côté vers lequel il faut diriger les recherches. Ties
devins expliquent aussi les songes. Se voir eu rêve, la chevelure
aborrdante et bien frisée, signifie ntccès et riclrcsse; se Ia voir
en désordre, annonce'l'issue défavorable d'une entreprise.
Pour découvrir des choses cachées ou 'mystérieuses, lës sorciers

rs
Y. Mirzuet. - Histoire des Belges,
926 HISToIRE DEs BELGnS ET DE LEUR cIvILISATIoN

néromanciens s'emparertt, dit-on, d'un enfant, le décapitent, recueil-


lent son sang dans un plat, y plongent la tête de I'innocente victime,
puis entourent le tout de cielges de cire noire allumés. A I'heure
fatidique de miuuit, la bouche de I'enfant s'ouvre pour faire les
révélations désirées.
Sans être des sorciers, certaines personnes possèdent, croit-on, le
pouvoir fatal du mauuais æil. lllalheur à vous si elles regardcnt attert-
:
tivement votre habitation bientôt celle-ci brtlera avec tout ce
qu'elle contient. Si, quand vous ètes occupé à couvrir votre toit,
elles jettent les yeux sur rous, vous tombez. Si vous les rettcontrez
seulement, toute votre jourrtée est mauvaise : un chien hirrgneux
vous saute aux mollets ; on vous paie avec de la fausse ntonnaie ;
vous prenant pour un au[t'e, les exempts (|') vous arrêtent, etc.
Suivant la croyance générale, les sorciers, les jours dc sabbat, se
réunissent en des lieux écartés et sauvages, traversant I'air pour
s'y rendre, à cheval sur un bouc ou sur un manche à balai. Là,
ils se livreut à des danses échevelées, se tournant le dos pour ne pas
se découvrir I'un à I'autre. Lorsque sonne minuit, tous, rapides
comme l'éclair, disparaissent dans I'obscurité (9).
Chose étrange ! llalgré la fausseté évidente de leur aveu et le
danger demort, auquel il les expose, de prétendus sorciers confessent
des pactes avec le diable, soit que sous I'itifluence d'une maladie
nerveuse, ils sc croient réelletnettt sorciers, soit que la torture leur
arrache I'aveu d'un crime imaginaire.
D'ailleurs, un certain nombre de sorciers exploitent la crédulité
publique. L'une de lcurs plus ordinaires pratiques consiste dans
l'muoû,tenænf. Représentant la personne ù ensorceler par'une ligurine
de cire, le sorcier prononce sur elle certaines paroles cabalistiques,
enfonce une épingle dans le côté gauche de la statuette : la personne
Iigurée doit mourir dans I'année.
3o La croyance à I'influence des objets extérieurs.
- 0n a foi dans
I'influence des constellulions et des planètæ (astrologie). Le gouver-
uement de telle ou telle partie du corps, de tel homme ou de tel état
est attribué aux astres. Ainsi Satut'ne préside à la vie et aux sciences;
Jupiter, aux honneurs et aux richesses. La guerre, I'arnitié et

({) Espèce de gendarmes.


(9) Ces contes durent probablementleur origine à des conciliabules nocturnes
dont I'objet étail, de fomenter ou d'entrelenir I'esprit de révolte contre le
despotisme.
rElrps HrsTORrouES. pÉRroDE FÉ0DALE 297
-
les mariages sont sous I'influenee de lllars; I'amour, sous celle de
Vénus.
Les populations ignorantes se plaisent à tirer des présages bons
ou mauvais, mais toujours absurcles, de I'aspect des comètes, du vol
des oiseaux, d'une rencontre inattendue, etc. Se trouve-t-on treize à
table, I'un des convives doit mourir dans l'anuée. La vue d'une
araignée a uDe signification favor.able ou défavorable suivant le
moment du jour otr on I'aperçoit,. 0n s'effraie d'une salière rcn-
versée (|'), d'un pain couché sur Ie dos, de couteaux en croix, du mi
de la chouette, des aboiements d'un chien, de la rencontre d'un chat
gris ou noir qui traverse la rue au moment oir I'on pâsser eLc. (9).
0n interroge la Bible en I'ouvrant au hasard. 0n doit craindre un
sorf fâchcux si les yeux tombeut sur un passùge dont le sens paraît
contraire aux désirs qu'on avait formés.
Les saints aussi sont consulfés. A l'époque franque, on avait vu Ie
loi Chilpéric déposer une feuille blanche sur le tombeau de. sirint
Illartin, dans l'espoir que celui-ci lui ferait connaître le nom
de I'assassin d'un membre de sa famille. Ces errements ne sont pas
abandonnés.
Les amu,Iettes eL les talisnta,ns portent bonheur, préservent des
dangels, possèdent des propriétés diverses. 0rdiuairement, ils consis-
tent en des pierres ou des morceaux de métal sur lesquels se
remarquent des dessins fantastiques avec des inscriptions ar.abes ou
persanesr le tout affectant des formes étranges et des apparences
ntystérieuses. L'anneau,, dit de Salomorc, le plus recherché de
ces talismans,, jouit de la précieuse faculté de rendre invisible son
propriétaire e[ de celle, non moins rare, de le transporter sans fatigue,
en un instant, aux distances les plus éloignées.
llais on apprécie beaucoup aussi : le miroir magiqu,e, olr I'on voit
se refléter des scènes de I'avenir ; la monnaie uolante, qui revient
toujoursdans la poche de son heureux propriétaire ; la baguette
ntngiqu.e, du bout de laquelle il suffit de toucher un ètre ou un objet
quelconque pour le transformer aussitôt conformément au désir du
magicien; eilin, certains colliers ou, bra,celetsrde si,ntples pierres, un
ntlrcea,u de corde de pendu, sont considérés comme des porte-bonheur.
Pour amener un orage, il suffit de brriler w foie de caméléon. La

(l) Âutrefois, le sel était l'emblème de I'amitié.


(2) Bon nombre de ces superstitions existent encore dens nos campâgncs.
298 HrsroIRB DEs BELGES BT DE LEUR cIvILISÀTIoN

recette pour faire apparaître une bande de démons est un peu plus
compliquée. Elle réclame un mélange de coriandre, de persil et de
ciguë, arrosé d'un liquide dans lequel on fait dissoudre des extraits
depauotnoir,dejusquiante et de quelques autres plantes vénéneuses.
0n brrile ce mélange, et la bande infernale ne tarde pas à paraître.
Les philtres inspirent, suivartt les cas, la haine ou I'amour. Dans
leur composition, il entre un mélange d'aimant, de rognures
d'ongles, de sang humaitt, d'un peu de poudre de cantharide, de
belladone, de stramoine ou de jusquiame. Souvent, ces philtres
produisent des effets réels, occasionnant des rêves insensés ou des
hallucinations. Le sorcier n'assista jamais au sabbat qu'en songe,
après avoir absorbé I'une ou I'autre substance propre à procurer le
rève.
4o La foi aux légendes. Parmi les légendes du moyen âge, on cite
surtout celles d'Ahasuérts ou du Jtr;i,f-Enant, du Prêtre Jean,
du Dragon, la croyance à la fin du monde pour I'an mi,lle, etc.
Le Juif Ahasaé,ru,s vivait à l'époque du Christ. Au moment oir ce
dernier marchait au supplice, il
lui avait défendu de se reposer
devant sa porte; il I'avait même frappé bien fort, lui disant : << Va
donc plus vite ! Pourquoi t'arrêtes-tu ? > 0r Jésus, le regardant,
lui avait reparti : < Je vais; mais toi, tu attendlas que je revienne ! >
Sans jamais s'arrêter depuis lors, Ahasvérus marche, la poche
toujours garnie de cinq sous, jamais plus, jamais moins; revenant à
l'âge de 30 ans aussitôt après avoir atteint sa centième année, obligé
d'attendre le retour du Christ jusqu'à la consommation des siècles.
La légende du, Dragon est fort répandue. 0n se représente cc
monstre fabuleux sous la forme d'un reptile ailé, armé de griffes aiguës,
le dos hérissé de pointes et vomissant des flammes ou des odeurs
empestées. I-ln ange, un saint, un glorieux chevalier engagent avec
lui un combat dont ils sortent vainqueurs ( {. ).
Dans le pays dcs Indes, oir règne le roi Jean, on voit les choses
l'cs plus étranges et les plus extraordinaires : des chevaux verts
avecdes colnes,des arbres qui parlent ou qui versent des larmes,etc.
Yers I'an ntille, la croyance à la prochaine lin du monde jette une
profonde perturbation dans le monde chrétien. 0n voit des Anté-
christs partout. 8t Jnn avait écrit dans I'Apocalypse : << Au bout de
mille ans, Satln sortira de sa prison et réduira les peuples qui sont

({) ta chevalerie prit le Dragon pour le symllole de I'obstacle à vaincre.


TE}IPS HISTONIOUES. _ PÉRIODE }'ÉODALE 229

aux quatre angles de la terre. r L'accomplissement des temps avaif


rlonc été lixé à l'rnmille par nombre de théologiens.Al'approchede
la date fatale, on voit les fidèles, épouvantés, faire en masse à
I'Eglise I'abandon de biens dont ils n'espèrent plus proliter long-
temps. La veille du jour solennel, tout le moude s'entasse dans les
temples pour prier et atteudre le cataclysme arlnoncé. La terreur de
chacun est inexprimable. 0n peut juger tle Ia joie de tous ces
pauvres gens lorsque, le matin, ils voient le soleil se lever et toutes
choses se passer comme à I'ordinaire (l ).
5o La croyance aux dits populaires.Engénéral,les dictons expriment
des opinions absolument opposées à I'exactitude ou à la vraisem-
blance des faits. Nous n'en citerons que quelqucs-uns dont I'autorité
tt'est pas encore entièrement déûruite aujourd'hui. ,<L'enfant atteint
de conwtkions ne le sera qræ cette fois, si I'on jette immédintenwnt
son bonnet au feu,. Qu,iconque nxange des Ttommæ la ueille de Noiil
-
sern, atteint de fu,roncles.
- It ne fau,t ni releuer u,n cnddure ni
dëcrocher u,npendu, aaant l'arriuée du, juge. Un silen suspendu, dans
-
u,ne étable préserue les animnun de Ia foudre et de l'actiondes ntéchants
esprits,- La chemise confectionnée le uendredi attire Iæ poun.- MaI-
heureu,æ qui chau,sse Ie pied droit le premier.
- Un cou,teau, donné
coupe I'antitié, Un tintcntent d'oreille annonce qun nls ennemis
parlent de nou,s.
- Une chantlelle qu,ù petille a,nnlnce I'aniuée d'une
compagnie,
-
On peut s'altendre ir, receuoir de I'argent si l'on sent un
-
chatou,illement dans la patune de Ia ntain, etc,

TITRE X
Lettnes.
Langues. Le nord et le sud du pays conservent chacun leur
-
langage. Dans le nord, on continue à parler la langue germanique,
Ie wallon restan[ la langue dominante dans le sud. Toutefois, Ies
deux régions entretiennent de bons rapports et la question des
langues ne paraît pas les avoir jamais divisées. Du moins, ott
n'aperçoit dans I'histoire du duché brabançon, ni dans celle de la
principauté de Liége, composés pourtant I'un et I'autre d'uttc

({) Il semble toutefois résulter de récentes recherches historiques que cettc


prétentlue terreur de I'an mille n'aurait pas existé. Les historiens contentpo-
rains n'en parlent pas.
230 HISTOIRE DES BELGES ET DE LEUR cIvILISATION

région rvallone et d'une région flamanrle, aucurre trace de difficultés


suscitées par des antipathies de race ou des différences de langage.
Dans les premiers temps de la féodalité,le latin demeure la langue
des légistes et du clcrgé; I'ullemand, celle des rois, des nobles et de
I'armée. Dès Ie xuc siècle pouùant, on compose des ouvrages ell
lirngue romane 1{). I}Iais c'est surtout à partir de I'apparition, au
xru siècle, des trlul)adours et des trou,uères, que Ies progrès de cettc
lirngue sont rapides (9).
l,'époque qui suit immédiatement le règne rlc Charlemagne produit,
quelqucs écrivains remarquables parmi lesquels nous citerons :
Eginharù (3tet Nithard, biographesde Louis le Débonnaîre; Réginon,
dont il nous est parvenu une intéressante chronique ; Alpert et
Ansel,me de Liége, auteurs de récits légendaires ou d'annales monas-
tiques, etc.
Par contre, le x* siècle et le xre assistent à une disparition à peu
près complète de la culture des lettres. Ces temps de violence, ou les
ccntres intellectuels font défaut, oir les câmpagnes dominen[ les
villes, oir cellcs-ci sont peu nombreuses et sans importance, les
bibliothèques l'ares et pauvres, ne peuvent être favorables aux
Icttres. L'ignorance devient tellement profonde, tellement universelle,
que les plus grarrds seigneurscessenl d'apprendre à lire et àécrire.
 la vérité, les monastères conservent quelque gott des études,
mais uon celui des sciences ou dcs lettres. < A cette époque, dit
Cousin, la pensée est au service de la foi et la théologie restc
I'objet principal, sirron exclusif des études. >

TITRE XI
Instnuction publique.
L'enseignement populaire es[ très négligé ou n'existe pas du rxo au
xure siècle. Longtemps, les enfants du peuple se destinarrt au sacer-

--({) 0n_ donne l-e nom de langues romaneE oa néo-Iatincs, aux langues
tlérivées du latin. Ce sont : le français, le prouençal, I'italien, l,espagnol-el le
ltortugais..ces langues ne sontguère que du latin défiguré par àes pronon.
ciations différentes.
(2) te midi d-e la France a produit les premiers ; le nord tle ce pays et la
partie wallone de Ia BelgicJue, les seconds I les minnesangers sont pâr[iculiers
à Ia région néerlandaise.
. (3).Eginhard, élève d'alcuin, tlevint Ie secrétaire de charremag:ne dont il
écrivit aussi la vie. Né en 771, il mourut en 844.
TE}IPS HISTONIOUES. _ PÉNIODE TÉODAIE 23{
doce sont les seuls à reeevoir quelque instruction. Jusqu'au
commencement du xtve siècle, Bruxelles ne possédera que deux
écoles primaires. Pour en obtenir davantage, il faudra presque une
émeute cle la populatiou. Cd fait nous révèle combien était peu
répandue I'instruction populalre en Belgique, au moyen âge.
L'enseignement secondaire n'est pas non plus très brillant.
Cependant l'école épiscopale de Tourrtai jouit, au xe siècle, de
quelque réputation. Eracle, le prédécesseur de Notger, crée à Liége
plusieurs êcoles publiques. Voulant suppléer au petit nombre des
maît,res, il cliarge, dans chaque école, les élèvcs les plus avancés
d'enseigner aux autres. C'est, dès ce temps reculô, I'application du
mode mutuel dont la vogue sera un moment si grande en ^tngleterre
et en France, au commencement du xtx' siècle. Sous Nofger' les
écoles de la principautê acquièrent quelque valeur e[ prennent de
I'importance. Celles des monastères de Stavelot, de Saint-Hubert, de
Saint-Trond, de Gembloux, mais surtout celles de Liége, onl une
bonne réputltiou, même à l'ôtranger. Aussi le règnc de Notger
rnér'ite-t-il d'ètre appelé l'âge d'or de notre pays.
Une distinction est établie par ce sage prilce'entre le programme
des écoles destinées à recevoir les clercs ct celui des écoles ou
I'enseignement est donné aux laïcs. Désormais, ces derniers regoi'
yent uD enseigllemett en rapport avec leur âge, leur conditiou et leur
futur état dans le monrle.
Sous le règne de 'fVason, les écoles cle la ville attirent à Liége'
des jeunes gens de tous les pays et la cité de Notger est surnommée
par les étrangers l'Athènes dtt' Nord, tandis que I'Eglise de Liége
reçoit le surnom glorieux de nourrice dæ Beau'*'Arts.
Toutefois il n'existe point en uotre pays, à cctte époque, d'école
spéciale pour les hautes études.

TITRE XII
Beaux-ants.

Dans le haut moyen âge, les beaux-arts ne Sgnt guère en honneur.


L'art ne peut venir du peuple qui est misérable et grossiel', ni des
grands qui sont igrtorants, batailleurs et aussi barbares que leurs
serfs. Il n'y a quelque insiruction, quelque gott, avec du loisir, que
dans les cloîtres : aussi est'ce là seulement que I'art trouve asile et
232 Hrsrornn DEs BELGES ET DE LEUR crvrrrsATroN

protection. Et, conséquence naturelle, les æuvres artistiques de


l'époque revêtent un caractère éminemment religieux : les construc-
tions qui s'élèvent sont surtout des eglises; en général, les peintures
et lcs sculptures représentent tles ' sujets mystiques; la seule
rnusique en honneur est la musique d'église.
Architecture religieuse. Les églises. Le style des éditces
exprime presque invariablement le caractère même, l'état d'âme, la
pensée intime des peuples qui les bâtissent. Les églises du haut
moyen.âge sont Iourdes, manquent d'élégance: monuments durables,
dont la solidité résulle de I'entassement des matériaux; massifs et
obscurs, ori le jour pénètre seulern'ent par quelques baies étroites.
L'époque féodale est sornbrc, le peuple triste et malheureux : l'église
romane est olle-même luguble et ténébreuse.
D'ordinaire, Ies églises du xre siècle sont pourvucs de trois nefs
d'inégale grandeurdéterminées par deux rangs parallèles de colonnes
de forme prismatique-rectangulaire. Plus tard. les chapiteaux des
piliers recevront souvent une décora tion iconograp hiqu,e, c'est-à-dire
imagée. Les éléments en serontempruntés soit à la fable, à la légende,
à la Bible, à I'histoire; soit au règne animal ou au règne végétal. Le
nom de chapiteau historié.est réservé à ceux dont les motifs de déco-
ration sont tirés de la légende ou de la Bible. La cathérlrale de
Tournai (xre siècle), qui offre, en plusieurs de ses parties, les plus
remarquables caractères de I'architecture romane cn Belgique, est
fort riche en semblables chapiteaux ({.).
Architecture romano. Le s[yle roman domine dans les édifices, du
xe au xrne siècle. Il se caractérise essentiellement par Ia forme plein
cintre de Ia partie supérieure des portes et des fenètres. L'église
romane est généralement bâtie sur le plan d'une croix latine ( dont
I'une des branches est plus grande que chacune des trois autres).
Elle se compose d'oln uaissearu (nef centrale) rectangu,lair,s teruliné
par un hem,icycle ou abside destiné à devenir le ,;hæu.r, et d'urr
transept tléterminaut la croix. Une légère elévation du chæur

({) Il faut pricipalement chercher dans la forme des pilicrs ou colonnes, des
portes et des fenètres, les earactères architecturaux des monuments.
Les colonnes peuvent généralement se rapporler à trois ordres princi-
paux : l'ordre dorique, le plus simple de tous, qui se distingue surtout par le
boun'elet de son chaltiteau; I'ordre ionique, remarquable pâr sa uolute, el,
l'ordre corlnthien, reconnaissable à la disposition de son chapiteau en corbeille
defeuilles d'acanthe. Un quatrième ordre, l'ord,rc composite, résulte de la combi-
naison des deux derniers.
rEtrps Hrsr0nrouEs.
-
pÉnr0DE }'ÉODÀLE 933

au-dessus du reste de l'église permct la construction de tllptes,


espèces cle chapelles souterraines qui parfois s'étendent, sous l'édilice
tout entier.
Les tours et clochers. des églises demeurent peu nombreux
jusqu'au xr" siècle. llême à partir de cette époque, ils continuent à
rester rares. D'ordinairo, ils forment uue grosse masse carrée à qual,rc
pans I tour de l'église de Cincy). Au xe siècle, on couvre en ardoisc
les édilices religieux de Belgique.
0n trouve un assez grand nombre d'églises romane$ en notre
pays.0utre la cathédrale dc Tournai, on cite Saint-Vincent, à Soignies
(x.siècle); Saint-Denis et Saint-Barthélemy, à Liége (xr. siècle); Sainte-
Gertrude, ù Nivelles (id); la chapelle de Saint-Macaire, dans l'église
de Saint-Bavon à Gand (id);etc.
Architecture monacale. Les cloitres apparaissent au xe siècle ({).
-
Ce sont des couvents annexés aux églises des villes ou des mona-
stères et généralement formés-d'une cour de forme carrée entourée
de bâtiments oir vivent les moines. Il y a donc des cloîtres d'église
et des cloitres d'abbaye. Quelquefois le cloitre possède deux cours,
I'une située à I'orient, I'autre à I'occident. La sacristie, le chauffoir,
le réfectoire, la salle capitulaire destinée aux délibérations, la
prison et les dortoirs, sans doute situés à l'étage. règnertt tou[
autour de la première. Le cloître de I'abbé, des dignitaires et des
copistes, contourne la cour orientale avec la bibliothèque et l'école.
A quelque distance du cloitre s'élèvent les habitations des
chanoines, I'in{irmerie, le cimetière et l'hôtellelie oir I'on reçoit lcs
pèlerins et les voyageurs. L'ensemble, souvertt enceint de murailles
et de tours crénelées, avec portes et pont-levis (2), se perd dans les
jardins d'une étendue ordinairement considérable. Tout à I'entour
s'étendentdes métairies, des enclos, des granges, des moulins et des
pressoirs, des vignobles, des prairies et des terres, etc. Les abbayes,
avec leurs dépendances, forment toujours des villages plus ou
moins importants.
Architecture civile. Il n'existe plus guère, en Belgique, de con-
-
({) Le cloître de Tongres et celui de Nivelles, qui existent encore, remon--
tent au xte siècle.
(9) À la suite des invasions normandes, les moines, qui ne se ju-g'ent' plus,
dans leurs cloitres, suiÏisamment à I'abri des agressions, en renforcent, les
murs par divers moyens de défense. $utre ses remparts, chaque monastère a
une garnison commandée par un avouê. ott uidame.
2314 Hrsrorng DEs BELcES ET DE LEUR crvrlrsÂTroN

structions civiles antérieures au xue siècle. 0n cite néanmoins,


comme pouYant être rapportées à cette époque, la lialle aux grains
de Gand et deux maisons à Tournai, toutes trois en style roman.
Peinture. La peinture architectouique continue à dominer
pendant toute l'époque artistique, dite rom.q,ne) r:'est-à-dire pendant,
les rxe, xe et xre siècles. Le style des sujets traités est hiératique (l),
sévère, un pcu solennel, souvent symbolique (g). Bn génôral, les
lois de la perspective échappent aux peintres de l'époque : ils
peignent tous les objets comme s'ils les voyaient sur le mêmc plan.
l-'expression donnée aux représentations des ètres vivants dans les
compositions picturales de cette époqne, es[ généralcment naive;
Ies attitudes et les gestes sont gauclres, lcs formes raides, grêles.
difformes même, à I'exception de la tête d'ordinaire pleine de vie et
d'expression. Les Iigures, posécs sur fond bleu, sont souvent
maigres, allongées. Tels sont les principaux caractères de la peinhtre
diLe gothiqu,e.
A partir du xu siècle, Ies miniatures des manuscrits apparaissen t
cle plus en plus nombreuses, représentanf des scènes de la vie
politique ou de la vie privée, de la vie guerrière ou de Ia vie reli-
gieuse. Nous y voyons figurer des intérieurs d'appartement, des
sièges de villes et de places fortes, des groupes de serfs ou de
bourgeois, de seigneurs ou de soldats. Grâce à ces peintures primi-
tives, nous pouvons nous faire une idée du vêtement, du mobilier,
des mæurs de nos ancêtres. Nous avons vu que des auteurs font
remonter la r:onnaissance de la peinture $ur verre au rxe siècle.
D'autres Ia reportent au xre siècle. Le fait est que nous ne possédons
aucun vestige de verrières remontant à ccs époques.
Sculpture.
- Au xe'et au xe siècles, la sculpture produit des
statues souvent hideuses, presque toujours laides et grotesques.
De préférence, les artistes de l'époque sculptent des figures démo-
niaques ou des bêtes à cornes et à griffes, aux formes étranges. 0n
explique ce gorit par l'époque de superstition oir ils vivent. 0n
rpproche de I'an mille, et tout le monde croit, à la prochaine lin du
monde. En cette obsédante crainte de I'enfer dont chacun est tour-

.la ({).99i. appartient à ta religion, qui vient


religion impose à I'artiste
d'elle. c'est le style sous lequel
des formes traditionne[es et ôonvenues.
(2) tes animaux jouent un rôle considérable dans la symbolique de l'époque
Igmary r I',agneau sans tache représente J.-c. : la colombe,le Saint.Esprit ; te
Ilon Pastetu. porte sur ses épaules une brebis.
TEtrfPS HISTORIOUES. _ PÉRIODE FÉ]ODALE 935

rnenté, des rôves cffrayants hantent les imaginations. Les composi-


tiorrs sculpturales des artistes se font inconsciemment l'écho de cette
perpétuelle tereur ({).
La sculpture sur bois firit dcs progrès. Toutefois, un petit nombre
seulement de spécimens de cette sculpture sont parvenus jusqu'à
nous.
Par contre, nous possédons d'assez nombreux produits de I'orfè-
vrerie de cette époque où I'on fiibrique surtout des objets destinés '
aux églises: ciboires, calices, tlbernacles, et fontsJiaptismaux, etc.
Comme la peinture, la sculpture se meut dans un cercle prcsque
exclusivement religieux. C'est par exception que I'ltistoire lui
fournit tlcs sujets.
lllusique. Dans le haut moyon âge, on ne fait guère de musique
-
en dehors rles eglises. Aussi le plain-chant est-il à peu près la seule
musique cultivee. Pourtant, il court, dans le peuple, des complaintes
et des chants de guerre, en langue romane ou en langue néerlan-
daise, composés par les trouvères et les minnesangers. Pour dire
le.urs cbants, ceux-ci s'accomprgnent d'instruments à cordes, dont
I'usage est pei'du. Le pretnier, en Belgirlue, Hu,cbald (840-930)moine
de I'abl-raye de Saint-Amand, écrit un traité d'liarmonie ou de chant.

TITRE XIII
Bégime économique.

Agricutture. Modes de culhue.


- L'assolemen[ triennal se géné-
ralise. 0n cultive Ie blé à, mars et, ù, uersntne (2). Généralement, des
terres arables, oir la jachère alterne avec la culture, on fait deux
parts: I'une, cultivée, les terres de labourl I'autre, les terres de
pâture, incultes ou en jachère.
Les plairies artificielles sont encore à peu près inconlluss.
Au moyen âge, I'idée est généralenrertt reçue que I'air, I'eau,
I'herùe, les bois, dons de la nature, appartiennent à tous, que chacun
l droit à leur jouissance gratuite. Le môme plincipe avait servi de

({) Qui n'a peut-ôtre pas réellement existé, ainsi que nous I'avons dit déjà.
(i) Le est le semage qui se fait en mars' particulièrement de
?narsa.ge
I'ai.oine et des petites graines pour fourrages. 0n donne le nom de aersaine
aux terres laissées en friche une ou plusieurs années.
936 Hrsrornr DEs BELGEs ET DE tEUn cIvttrsATIoN

base à la marcltegermanique. En conséquence, dans toute concessiorr


agricole, on garantit aux colons, outre l'usage cles terres à cultiver,
celui d'une certaine étendue de terres vagues, de prés, de bois,
etc. (l ).
La prairie, à l'époque féodale, est I'un des éléments essentiels de
I'industrie agricole. Aussi les communaux ont-ils une glande impor-
tance durant cette époque et Ia suivante. Le droit de pâture prencl
même alors une extension abusive, susceptible d'entraver le progrès
agricole.
Ainsi les habitants des villages peuvent {o faire paître leurs trou-
peaux sur les terrains dits communaux; 2o tirer des bois tout ce
qui leur est nécessaire tant pour se chauffer et se coustruire dcs
habitations quc pour confectionner, entretenir. ou reuouveler leur
mobilier ou leur matériel d'exploitation.
En privant I'agriculture de bras dont, eile avait besoin, les croi-
sades-lui causent d'abord un grand tort. D'un autre côté, les seigneuls,
pour se procurer les ressources nécessaires à leur entrée en carn-
pagne, pressurent leurs serfs, allant jusqu'à piller les villages tle
leurs seigneuries pourse mettre plus promptement en état dc partir.
Mais les croisés rapportent, par la suite, d'Or'ien[, des plantos et cles
procédés de culture qui font réaliser cle grancls progrès à l,industrie
agricole.
Faune et flore. Animaux domestiques et pranles cultivées. peu rle
-
différences séparent la faune et la flore d'alors de celles d'aujourd'hui.
Néanmoins, Ies animaux domestiques sont généralement de plus
petite taille, les fruits des jardins moins délicats et moins sayou-
reux.
La glandée permet toujours l'élevage de grands troupeaux de
porcs.
Le blé noir ou sarrazin est importé d'Orient à l'époque des croi-
sades en même temps que le café, le û2, Ie cotonn le poivre, Ie
mûrier, la came à sucre, I'abricotier, I'indigo, etc.
au xru et au xrre siècle, on constate l'existence d'importanls
vignobles à Louvain.
D'aucuns prétendent que Ie moulin à vent nous est venu d'Âsie
à I'époque des croisades. Nous avons vu que schayes attribue cette
importatior rux Romains.

({ ) Yoir le texte de la charte de Grammont.


TEMPS HISTORIOUES. _ PÉRIODE FÉODALE 237

Industris el commerce. Au xe siècle et au xt", I'industrie et le


-
commerce sont nuls dans les villes; aussi la misère du peuple y est-
elle lamentable. Les châteaux et les monastères font fabriquer, par
leurs serfs, tous les objets ne demandant ni intelligence exception-
nelle, ni capitaux considérables, mais seulement dc la matière
première e[ un peu d'habileté. Sans dbute, les produits de cetto
industrie domestique sont raremcnt de facture bien achevée, mais
ils suflisent, tels quels, aux modestes besoins et aux goilts grossiers
del'époque(l).
Quant au commerce, il se réduit au colportage : le peu de streté
des chemins, les droits si nombreux et si arbitraires prélevés sur les
marchandises ne sont pas de nature à encourager le commerce. Les
rnarchands n'osent même emporter avec eux, en se transportant d'un
château, d'un monastère à I'autre, que de faibles quantités de mar-
chanrlises dans la crainte trop justiliée d'en être dépouillés. D'autre
part, la grande variété des monnaies, des mesures de contenance ou
de poids, demeure longtemps une source de fraude e[ une entrave
au développement du commerce.
L'institution des trêves de Dieu et des quarantaines, mais particu-
lièrement les croisades, qui font naitre des gorlts et partant des
besoins nouveaux, rendent, à partirdu xuc siècle, quelque vigueur à
I'industrie et au commerce. A I'occasion des jours de fôtes et de
certaines cérémonies religieuses, les marchés et les foires se multi-
plient daus le voisinage des abbayes et des monastères. Gand,
Druges el, toutle nord de laBelgique, unissant I'activité de I'industrie
à celle du commerce, s'appliquent à la fabrication des draps et, peu
à peu, I'on voit se développer, darts toute la contrée, une prospérité
qui, deux siècles plus tard, devait atteindre le plus brillant apogée.

(4 ) c L'industrie, pendant les premiers siècles du moyen âge, n'avait été


qutui accessoire de la production agricole. Àvec une vie simple et des besoins
rtstreints, les petites gens se suflisaient, à eux-mèmes, fabriquaient de leurs
propres mains, leurs meubles et lgurs vêtements : le bois était abondant dans
ies lorêts et chacun avait appris à tisser la laine de son maigre troupeau'
Dans les seigneuries foncières, les serfs ou les vilains, placés sous la direc-
tion des clrefsâemétier ov antmons, fournissaient toutce qui était nécessaire
au château : étoffes, mobilier, instruments de guerre, de travail, de plaisir.
Farfois, on appelait des hommes libres qui avaient acquis une habileté parti'
culière dans i'un ou I'autre art; mais la production était toujours limil,ée et
proportionnelle à la consommation immédiate. Pour qui travailler dans les villes
tuairO les besoins locaux étaient satisfaits? I VANInnKINDEIE. (Le Siècle des
Arteueltle, p. '103. )
238 HrsrorRn DES BELGES ET DE rEUR rrvrlrsAlroN

lf,onnaies.
- L'usage commercial des lingots d'or et d'argent se
maintient pendant toute l'époque féodale. 0n les donne au poids en
échange des marchandises; I'argent monnayé est réservé au com-
merce de détail. Charlemagne s'était réservé le privilège de la fabri-
cation des monnaies. Par la suite, ce privilège devient celui de tous
les grands seigneurs,'des évèques et des abbés.
Généralement on désigne les monnaies par des uoms tirés de leurs
empreintes. Le sou d'or marqué d'une couroune, s'appelle commu-
nément clurlnne d'or. Sur I'une des faces de la pièce de monnaie
connue sous le \om d'éctt, se trouvs la ligure cl'un écu, ou bou,clier,
Des raisons lnalogucs expliqucnt les noms de ulie.ger ou uolant, de
mouton, ange, Iion ou griffon, lottis, carolu,.s, ridder, etc. donnés à
d'autres pièces de monnaie. De nos jours, ne dit-on pâs encore, dans
Ies campagnes, un napolcon et, dans certaine société. un loais, pour
signilier une pièce de vingt francs?
Voies de communicalion.
- Les routes sont un puissant facteur du
progrès, un des instruments les plus assurés de civilisation. En
permettant I'usage des voitures, elles réduisent cousidérablement la
somme de travail nécessaire àl'homme poureffectuer lestransports.
Dans la civilisation actuelle, elles joueui encore un rôle essentiel.
Nous nous imaginons difiicilemen[ une contrée sans routes.
Néanmoins, cette situation est encore celle de ll plus grande partie
du globe. Longtemps les villages, et même des localités plus
importantes, ne furent reliés que pâr de simplcs sentiers ou par de
mauvais chemins. Même jusqu'à l'époque des comrnunes, les routes
véritablement dignes de ce nom demeurent tr'ès rares en Bel-
gique.
Sans doute, dès I'origine de I'humanité, les cours d'eau navigables
ou flottables furent utilises pour les transports. Ce sont, suivant le
mot de Pascal, des chemirzs rltti marchent. lllalheureusement, ils
suivent toujours la même direction et exigent plus d'efforts au
retour qu'à l'aller. Sujets à geler, en certains pays, ils présentent
ailleurs des chutes de nature à interrompre la navigation. A certains
moments, ils sont à sec: en d'autres temps, ils debordent. Ils nc sont
donc pas la voie idéale de communication. Au point de vue de
I'utilité, les canaux leur sont supérieurs. Le cours de ces dernier.s
est uniforme; même, ils peuvent, par un système d'écluses, utùr
des bassins séparés par des montagnes. Très nombreux en Belgique,
les cours d'eau navigables suppléent longternps',r I'absence de routes.
Quant aux premiers canaux consfruits en notre pays, ils ne remontent
TEMPS HTST0RIoUES. PÉnIODE I'É0DALE 939
-
prs au delà du xre siècle. 0n ne devait pas tarder à en ueuser un
grand nombre dans les Flandres et le Brabant.
Postes.
- Parfois les pèlerins se chargent dc transporter des
lettres. Quelques nressagers portent aussi la cot'responrlance des
étudiauts : à cela se réduit toutc la poste de l'époque.

TITRE XIV
:
Vlg domestique, coutumes, meuFs.
siècle dernier, le
Actes de l'Êtat civit.
- Inhumations. - Jusqu'au
clergé aura la mission de tenir les registres de l'état-civil. Aucun
contrôle n'est exercé sur ce scrvice qui, par suite, n'offre pas, à
beaucoup près, toutes les garauties d'exactitude nécessaires.
Le cimetière entoure l'église, comme c'est encot'e la coutume dans
certains villages. Quclquefois, les inhumations se font à I'intérieur
même de l'édifice. Divers.conciles condamnèt'ent cet usage. Plus
tard, les gr.ands et les mcmbres du clergé seront seuls enterrés dans
l'église.
Les procédés d'inhumation varièrent beaucoup dans la suite des
âges. 0n ensevelit Charlemagne dans la position assise, Pepin lc
Bref et Hugues Capet furent déposés dans leurs tombeaux couchés
la face contre terre. Habituellement, on place, à cÔté du mort, ses
armes et des lioles à parfums. Souvent, on joint à ces objets une
pièce de monnaie, vestige sans doute d'un usage païen, I'obole à
Caron. Au xtu siècle, on pose, sur la poitrine du mort, utte croix de
bois, de plomb ou d'argent, dite .crzi,E d'absohtlion' parce que la
formule d'absolution y est inscrite. En ouvrant, en 1873,le tombeau
de Théodouin, aucicn évêque dc Liége, enterré à Huy en 1070, on y
trouva Une croix de I'espèce. L'oraison donùnicale eL la safutation
anEéIiçte y é[aient gravées à cÔté de la formule d'absolution-
Primitivement, les cercueils étaient de pierre. Au-dessus de la
tête, on plaçait une grosse dalle. Plus tard, les bières seront faitês de
plomb pour les riches, de bois pour lcs pauYres.
l{ourriture. Rarement le peuple mange de la viande; le plus
-
Souvent, il se nourrit de légumes. Sur le bord de la mer ou dans le
voisinage d'un cours d'eau, il yit de poisson. La bouillie au millet ou
au froment est fort gotitée et longtemps forme unc partie importante
de I'alimentatiou des campagnards; on Ia mange avec des cuillers.
240 HrsrorRE DES BULcES ET DE LEUR crvrlrsATroN

Pour manger la viande, on continue, faute de fourchettes, à Ia


prendre avcc la main et à y mordre à pleines dents.
Habillement.
- Le vêtemen[ du peuple varie peu pendant le moyen
îrge. Au xre siècle, il consiste en une espèce de longue tunique à
capuchon, faite de drap épais ou d'étoffe de laine grossière, au corps
étroit, aux manches larges. Les personues riches ou d'un rang élevé
portent un manteau s'agrafant sur I'épaule droite. Elles relèvent leur
tunique au moyen d'une ceinture servant dc bourse, que seuls, les
banqueroutiers ne peuyent porter. Plus tard, la tunique, de laine
brune, devient courte et serrée. L'habillement se complète de braies
et de chausscs, aussi d'étoffe de laine, parfois de peau tannée. A Ia
ceinture se porte généralement un couteau.
Habitations.
- Ordinairement, la cabane du serf se compose d'une
scule pièce, dans laquelle bêtes et, gens logent pêle-mêle. Les murs
en sont formés de claies plaquées d'un torchis en terre. Là seule-
meut ou la pierre abonde, apparaissent des maisons plus solides,
faites de pieres unies par ulr grossier ciment. 0n couvre les habita-
tions de chaume, de jonc et parfois, dans les pays schisteux, d'épaisses
feuilles d'ardoise. Mème dans les villes, uotamment à Liége, sous
Notger, les maisons ne comprennent d'habitude qu'une seule pièce.
Hn général, elles sont faites, celles des bourgcois aisés et des nobles
comme les autres, de palissades d'osier plaquées d'argile durcie.
Seules, les habitations des personnages les plus importants sont de
pierre ou de brique.
0n doune ù toutes la forme ronde; les toits se termincn[ en pointe
de ruche. D'étroites ouvertures, fermées par des volets blanchis ({ ),
servent de fenètres. Au-dessus de la porte d'entrée, une corde de
cuir pend, munie d'un maillet de bois, qui sert au visiteur pour
s'annoncer (2 ). tes étages, lorsqu'ils existent, surplombent presque
toujours la partie inférieure de la façade.
Ameublemenl.
- Dans l'unique pièce de I'habitation, on rencontre,
chez les nroins pâuyres, un poêle en briques, une longue table. Un
grand coffr'e, o[r I'on range la vaisselle et les objets de valeur, sert
de siègc au besoiu. Chez les plus riches, quelques escabeaux, un
certain nombre d'ustensiles dc cuisine ou d'instruments de travail,

-Ia ({) Plus tard les fenôtres seront


corne.
fermées par du papier blanc huilé ou par de

(9) Yoir dans -Les douze conuiues du chunoine d,e Totrrs, par Colr.rn or plAmcr,
la description de la maison de Henri de Marlagne à Liége, sous Notger
rBMps }rrsr0nr0uEs. pÉnr0DE FÉODÀLE 241
-
dcs armes appendues aux nurs, complètent un ameulirenent, tout
sommrire. Fautc d'cil conilaitle I'usirge, on sc passc dc chemindre.
Longtcmps, les lits demeulent comûrulls, mc\me chez res lobles,
a toute la fanrille. 0n les couvre de pièces dc drap : d'oir le termc
drap tle lit qui s':rpplique aujourd'hui aux pièces de toile ou de
coton dont se garnit, un lit, rnoll,é.
Éclairage domestique.
- Pour éclairer I'iutér,ieur cle leurs habitl-
tions, les homures u'on[, d'irborcl que Ia lunière du fol'er. veulent.ils
distinguer autour d'cux avec plus de netteté, ils preunent une
brasséc de fascines, h jcil,eut sur le feu; t)our un instant, une
lurnière plus vivc écliiire tous lcs objcts environnants. Ils utilisent
ettsuitc des branches ti'arbres résineux, comne le pin etlesapin.La
graisse dc certains ilninrilu.x, figéc en un moule autour d'une rnèchc
faitc tlcs lill'es cntrelacées de certaines plautes ligneuses, tionne
naissartce u la chandelle. L'éclairage à lzr clrandelle demeureril,
jusqu'au siècle dernier à pcu prt)s, le seul employé par le peuple ct
mûme par Ia bour"geoisie. L'emploi quoticlien des torches ou cles
flambeaux decire était trop cotteux pour se répanclre. ces derniers,
donl I'usirge est à peu prùs cxclusivemcut réservé aux égliscs, reçoi.
verrt le nom de ci,erges.
chez les gens les plus riches, à I'occrsiou des festins ct autres
circonstunces cl'irpparlt, des torchcs portécs par cles valets éclairent
les appartcneuts. Irroissard dit, parlant du luxe déployé par lc
comte de Foix : < Quirntl il venait pour solrper en la salle, il avait
tlevant lui douze torches, tenues clevant sa table, qui donnaient une
grattde clarté. l

TITRE XV
Considénations génénales & vue d'ensemble.
L'édit de Kiersy-sur-Oise (877), qualifié par cutains histolicns trc
gt'aude charte dc Ia féodali[é, avait ploclrrmé liinamovibilité dcs
délégués du roi dans lcs provinces et, Ic droit, dcs enfants à I'tréréclitû
cles licfs, des charges ct des fonctions occupés par leurs pères. rlais
les grauds bénéliciailcs ne tùrdent pas à s'arroger en outre les
pouvoils militaires, jutliciaires et financier.s rlcs comtes. Bientôt Ir
détention cle la propliété cntraîne la jouissance cle I'autorité. r\insi,
la décentralisatiort du pouvoir ct cle I'adnrinistration coneluit d'cllc-
mrlme à I'organisation féodale.
Y. lUirsuet. - Histoire tles Belses.
242 lrISTomE DEs BBLGES E'I DB LEUR ctvILIsAt'loN

Lcs invrsions des Nolrnattds poltent le der'nier coup aux institu-


tiOnS de Challgrn'.rgne : lorsque ces Barllargs ltalaisSent, I'attarcltie
de la société est, complcte ct celle'ci tt'est nullemcnt préparéc à la
r'ésistauce.
Tanclis que lcs rois et les barons sortt occupés à r'ider lcurs
querellcs persortnelles, lc peuple., opprimé ct rlisérable, assiste avcc
indifférence aux pilhges des Norntands, tout au ntoins moutrc peu
d'emplessement à leur disputer des richesscs dont prolitcnt seuls les
gruntls, ses oppresseLll's. La société coult clonc le plus gtrnd clirnger'.
Ce qui Ia Siluve, c'cst le r'éveil, sous lir pressiort dc ll détlesse ullivcr'
selle, tlu scntinicnt cle la solidalité litrrnairle, qui atrtlefois s'était
manifcsté avec ulle si vivc intensité cliez les peuplcs dc race ger-
mlnitlue, pil' les gildes c[ le cotnpilgl]ollllllgtt.
Ïolontairement, les ciimpagttards so groupent iitttout' cl'ltontues
fl'lrmes qui p t'enuent I'engagetttent de les dôferldre col)tle toutc
:rg'r.essiort. Pour protéger cell)i qui lcur confient le soirt tl'assurcr leur
sécgrité, lcs scigneuls sc btitissent cles chittetux folts. Le plys se
r)oLlyre dc forteresses. Ptlu rr pCu lil tmnquillité ct 1i-t conliaucC
renaisscrtt.
Âinsi, la féodalité ir cl'lllorcl scs effcts utiles : elle clonne la séculité
aux populations, utrc olg'rtttisiitiott et tttte hiér'nlchie à la société.
Elle cléfruit cettc opiniort de I'anticluité que I'individu est sans
rlr.oits, que I'Btirt les a tous. Ll fiodalité tfïlt'ttte le prirtcipe gcl11a-
nirlue dc la liberté inclividuclle cu la lecorutaissant aux ttobles. Slrts
rloutc, le chritclain se lnontre souvellt orgueilleux, ittsolent, tyran-
nique ; mais c'es[ qu'il sc setlt rér'itablement libre, qu'il a acqttis une
coufilrnce en soi, utt sctitittent cle sa dignité, une cléCision de carac-
ti:rc, folt, rares chez les ancietis, par clui h lillcrté inclividuelle n'a
pas été réelletnent collrlue.
Dlle jette les plenriers fonderuents d'uu droit public par I'institu-
tion tles tlrives de Dieu, des quantttrittcs, de I'inviolabilité du domi-
cilc. ctc.
Dlle acloucit dans unc cotitirte mestll'c lcs mættrs ptrbliques, pitl
I'iristitution de l'ù chevalcric qui développe chez les rtol-iles le senti-
ment dc la dignité pcrsollnelle, le respect cle la fcnme ct de lrt
parole donnée.
Iiufin, elle transforme en sel'Tage I'esclavage antique. et, ce pl'o-
grès rnér'ite d'ètre apprécié.
D'unc façon générale pout'taut, on peut dire que la féodalité a été
aussi incompatible avec l0s principcs de liberté et de justice qu'avec
ilnIPS I{IST0Iil0UES. PÉnIODE IÉODALE 243
-
lcs droits naturels de I'autorité. Si I'autorité dcs souverains, lois de
Francc et empereuls d'Allernagne, csf nLrlle d:rns les fiefs cle tout
orclre, I'immcrsc majorité clc lir populution n'en vit pas moins
âsselric, ct uitime I'on peut tlire quc l'état de corttraiute oir la dépcn'
dance réciplotlue des suzerrirrs et des vassitux tnaintient tous lcs
nobles, n'es[ qtt'urte forme atténutic de ]ir servitude. Aittsi, cilntrc
toutc attertte, dans lir sociéte nout'clle, le nrélange de l'élément
rornain, de l'élément chrétien et dc l'élément germirin semble
aboutir, en dernière analyse, à la serritude univet'sclle.
I)'i\utle 1rart, les chirtcaux forts, liirtis pour donuer la sécurité aux
faiblcs, ne tardcnt pas ù devettir un ittstrumctlt par excellencc
de deslrotismc et d'oppressiott.
Lcs scigtteurs féodaux, inégattx ctr puissattcc, tuontrenf tous lir
môme fureur de t.vlalnie et d'albitr':rire. Le clroit u'l plus d'autre
garantie que la force. A chrque instatit, ou iuvoque celle-ci. Telle est
lu cituso clCs nontbreuscs guefl'cs privéeS de l'époquc. [n vrin les
empel'culs proclament, sous pcine de mot't, la prix univelselle : cettc
ntgsul'e, tr.op radicale, r'este sltts efl'et. Ilu taitt, I'Eglise chelche ir
imposcr pirrtout la trêve cle Dieu ; ell Yail], des tribunrux : le Tribunal
de Pirix eu Lothat'ingie, la Pirix du Comte (t) en Flirndre, sont
institués pour lir faire respecter, l'ùtiilrchie contirttte. Il n'cxiste plus
tle séculité pour persottne: tti polll lc laboureur, ni pour I'inclustriel,
rui pour le marcltrrnd, ni pour le r-o5ageur.
Lc régirne féoclal produit, uu autre r'ésultat. celui de maintenir lcs
cùmpagnes, au grancl détrirnent cle la cililisaliolt, ell possessiol dc
la préponclérance politique. Les rtoblcs ril'ent cxclusivement dalls
lcurs tcrrcs. Ils rte yiennent à ll lille cltlc pi-lf ltccidcnt. lllèrne les
r,apports entle eux sont assez rares, leurs chitteaux étant bittis en des
licux isolés, épars sur de v'astes étcrltlues de terre, circonstaucc peu
firvololile au cléreloppcnent cle h sociabilité. Aussi I'intérêt dc cltacuu
I'entpor:tc-t-il de beattcoup, ir ieurs yeux, sur I'intérêt public, folt
négligé i\ cett'e époque, sitlott tout à fait irtconnu et aban{lonné. La
léodalité màrque donc le triomphe clu particularisnte get maitr, Iron seu'
lcment sur la centr.irlisrtion, mais russi sur lrr civilisatiolt ronraines.
Cct isolcment dans lequel viveut les barons ftiodilux, leur existence
(luasi sauvage, lcurs gotts salls délicatessc, lettr pcrtchanl poul la

({) Instituée en4.14l par le cotnte de Flandre Bautlouin YII, dità la Hache.
Voir pcriotle suivante.
244 HISToTRB DEs nELcES ET DE LEUn crvrlrsATroN

rapine, rendent fort lents Ies plogrès dc I'industrie et, du commercc.


L'industrie domestique dcs ntonastères et des châteirux se borne à
produire les choses indispensables à une vie grossière et le com-
mercr ne peut se dér'clopper, faute de sécurité e[ de besoins à satis-
faire. D'ailleurs, le pito-vable tlénuement du peuple est eucore accru
par le briganclage des nobles, dont lcs exactiotrs ou les voleries
rendent presque impossillles la culture, I'intlustrie et le com-
merce.
Bref, les temps de la féodalité sont, entre tous, unc époque dc
vioiencé et d'arbitraire,' oir la force ph1'sique, les passions brutales
et I'ignorance règnent en maitresses ; où la libcrté individuelle
n'existe que chcz quelquos indivirlus appartenant à des clirsses pri-
vilégiécs; otr les garanties de bonne iuhninistration et de justice
disparaissenl, pour le peuple; ori la misère cle celui-ci est extrt)me.
C'est un r'éritable temps d'arrêt pour la civilisation. ,lussi le tcrrne
de fcodalite est-il synon.vrne de tyrannic et rJ'insfuu,t'ité, d'anaralùe cL
de ntisère. Bt I'on s'expliquc qu'aucun s.vslèmc social n'tit jarnais
inspiré à I'humanité un sentiment plus vif, plus géneral de liainc ct,
de réprobatiou.

Lc despotisme féotlirl
- le plus pesrnt dc tous les despotismes
parcc qu'il s'exercc dc trop près n'était, plus supportablc. La
société retoumail à l'état sauvage.
-
Commc après les invasions llormilndes, le scntiment dc soliclalité,
si vivace clans lcs races gcrnartiques, r'ient unc fois eucore fournir
le remède aux maux du présent. Le souvenir des gilcles d'rutrefois
inspire I'idée d'associations entre marchlrtds, entle artis:urs, entrc
ouvriers campagnarcls, entre serfs mr)ne, groupelnents tlolt I'oltjet
est de s'entr'aidcr', au bcsoin de se défendre. Partout il se r:rée des
fraternités, des frairies, cles anùtiës, qui sont lcs gernres des futur.es
corporations, peut-êtrc le noyau des communes.
Les croisades survientcnt. Bn clébmrirssant I'liurope dc la paltic la
plus turbulente et la plus insociable de sa popirlation, sultout en
favorisant I'essor dcs oommutles, ocs expédil,ions portent un l,clriblc
coup rux institutions féodales.
Tanclis que beaucoup de seigneurs féoclrrux rle secoud rang s'affai-
blissent, se ruincnt ou clisparaisscnt aux crois:rdes, les cottlrltur]es
TEIII)S HISTORIQUES. PÉ1I9DE FÉSDALE 245
-
l)ilisscut, s0 multiplient, grandisscnt, étendant aux bourgeois la
jouissance dc la liberté inclividuelle, jusqu'ici
réserr.éc aux seuls
seigneurs féodirux. La féodaIté ébranlée est enfin contrainte
à
eédcl le pas a I'instiltt,liotz contmunale, sl,non,vme, aux
l,eux des
populations, de libert(. et de séurité, d'nrdt"c eL de pros|térité
maté-
rielle, partant rle ciuilisation,
246 IIISTOINE DES DELGES ET DE IEUR CIVILISATION

CHÀPITRE VI

Période féodo-communale ('t 106-1 382)

Ouvnages à consulten:

wattters ; Libertés communales , - Poullst : Hisloire interne de la


Belgique. Iltnau,r.; Histoire du pays de Liége. Iiutth : La Loi de Beau-
- : Le $iècle
-des artevelde. Ilenne et
mont en Belgique. l'anderkhdere -
-
l|'auters.' Histoire de la ville de Bruxelles. - Ilrandts.' Bssai sur les classes
rurales. Kerulln de Lettutltotte; Histoire de Flandle. J. Botgnct cl Stanislas
- -
Bormçns.. Histoire de la commune tle Namur. - J. Borynct .' Histoire du
Cgmté de Namur. Bruyssel: Histoire tlu COmmerce et de la marine.
- l.'1111 -
Faider :
Stanislas Borntans: Le bon métier des tanneurs dans la cité de Liége ,
Paul Fredeticq.' Essai sur
-
Ie rôle poli-
Dtudes suf les constitutions nationales.
- Gachard : Docunents inédits.
tique et socialdes tlucs tle tsourgogne. -
-
Histoire du règne tle Charles-Quint etr Belgique. - Van Ptaet z Bssai sur
I'lristoire politique des derniers siècles. Diuers.' Patria Belgica. Lonchay :
- -
L'Inquisition au peys tle Liége. Lonchay .' De I'attitude des souverains des
- ftaepsaet : $Duvres
Pays-tsas à I'égartl du Pays dc Liége au xvlc siècle.
-
complètes. Stëctrcr; Histoire de la litl,érature néerlandaise en Belgique. -
-
.lncoù (lribliophile) : Recueil de farces, soties et rnoralités. lxxv6i.x ;
-
Mtnurs, coulumes et usages âu moyen âge et à l'époque de la Renaisslnce. -
J. Borgnet .' Pronienades dans Namur.

TITRE I
Géognaphie histonique.

La partie tle la Belgique située à I'ouest de I'Escaut cgnlinue à rcleverqlela


Francel la partie à I'est, de I'Allenragne. Pour le détail, Yoir' le câs (tchéânt'
en tète de I'histoire particulière de chaqueprincipauté.
'TEIIPS IIIST0nI0UES. PËRIODE rÉ0Do-c0lntul(ÀLE 247
-
TITRE II
Les faits.

Nous assisterons, pentlant cette période historique, att


dôveloppement tles institutiotts commullales, nées sous le régime
précétlent, mais demeui:ées jusqu'ici à l'état rudimentaire.
Nous vert'Olts, au temps de Jacques Va1 Àrtevelde, les com-
munes alteintlre I'apogéc de leur puissance et de leur prospéritir,
ct ngus les laisserolts âu m6lnent où, avec la mort de Philippe
Van Artevelde et l'avènement de la rnaison de Bourgogne' elles
entrent dans leur période de décadence.

SBCTION I

Gomté de Flandre (ntite).

Baudouin Vll à ta Hache (/l,LtL-l,tl9). Pentlant I'absertce de


Rober.t II, I'insolertce e[ la tyrannie tles seigneurs léot]aux
devienneut insupportables. Il ne se passe pas de jour orl I'ort
ne signâle tles actes de violence otl de lrigaudage cotnmis par
eux. Mais Bautlouil VII, dit a la Huclr.e, se lngntre à legr
égard d'uue sévérité tert'ible, tl'ailleurs lécessaire.
Pair lvlatth'e, dite aussi Puin d'Ypres et encore Pnic:'
cle
rJ'Aryas ( I ). A peile moutti snr le trôue, e1 { I l'/i,, il renou-
velle, sotrs le
-nom tle Pair cl'Ypres, en la renforçant tle dispo-
sitions nouvelles, un règlernent tle justice et d'ordre iutérieul
très rigoureux, I'aucieune Puin tle Flandre, partiellement
torrrbée err tlésu+itutle. La lectul'e de ce tlocuntent dollne une
idée assez exa(]te de l'état des esprits et des IIæ'Jrs t:tl lrlandrc
au moment oùr il fut prornulgué.

({) Parce qu'elle fut promulguée à Àrras, en présence des prirrcipaux


chàtelains cle Flandre.
948 rrrsr'ornu DBS IIELGES ET DE LE[rn crulrsÀTloN

En loici lcs articles principaux : '1o Lc vol, Ia menace icl'in-


ccndie, la violirtion nocturuc du clomicilc sont punis dc,mort.
9o Le nrcurtle crt lcs blessures 'r'olontrires sont punis de la peir:e
rlu talion : tt\tc pour tête, ntentble poul' memltt'c. 3o Défense de porter
les armcs est firite à rluiconque n'est ni brilli, ni ehittclaiu, niloflicicr
du prince. 4o L'ricquittement d'un rceusé sera prononcé si douzc
de scs pairs le déclirrentlloll coul)lble. S'il s'agii d'utt vil:titt, le
tribunal doit t)tre présidé par Ie scigrtcur cte cc vilain. 5' I.cs
officiers du comte. coupables d'uu clélit, sont, ptssiltlcs d'une ,pcirte
double de cellc qui fmppe lcs justiciallles ordinaires.
Baudouin irpplique ce r'ègleurent rvec une impitoyable rigucur.
Dcs chcvaliers avaient tlélroussô un miu'chancl qui traversait la
forèt pour sc rcndre '.r la foire de Thoulout. Bautlouin se saisit de
leurs personnes et les fait pendle I'utt par I'autre. Lorsqu'il n'en
rcste plus qu'uu, il comnirndc de I'attlclier par le picd a utte poutrc
ct renverse lui-môrne un échafaudrge sur lcquel on avait forcé lc
malheureux dc monter. Celui-ci rcstc ainsi suspenclu da'rs le vide.
Lorsque les parents des suppliciés, ignorant ce qtti s'étail passé,
rnais justcmcnl inquiets du sort r"ése rvé aux coupables, se présentent,
poul iltercécler en leur firveur, Biiudouiu Jeur montre le licu otr se
trouvent les cirtlavres ct, leur dit : < lintrez-là, rous les trouverez.
\rous pour-ez les emrnencr, rnais prévenez-lcs que persoltne rte peut
voler sur les domairtes du comte de Flanch'e. >
Une autre fois, un jeune chcvirlier', lils d'un noble ct puissant
seigueur, s'était ernpar'é de cleux bæufs qui appartenaicnt, à urte
pauvlc scrve. Birudouil ordonne d'arrètel lc loleur et de le cortduire
à Bruges. Lir farnillc tlu jeune homme supplie lc prince qu'il ne soit
ni aveuglé ni pendu. Baudouin promet qu'il nc sera ni I'un ni J'autre.
llais, par ses ordres, une cliaudière ci'eiru bouillante est disposée au
rnilieu du nirre'lté, et cn préscnce d'une grrrndc foulc, il y fait jeter
virant et tout almé Ie cher,alier coupable. Ces terrillles exemples
iunènent la prompte cessatiou ctes méfirits des uolrles duns le comté
dc Flandrc.
Charles le Bon (l,lrl,9-1,197).-Bautiouin à la Hzrche a poursuecesseur
Charles, dit lc Bon,qui,lui aussi, paraît avoir réprimé avec énergic
lcs exactions des barons. lllais peut-otre son propre gouvernement
rre fut-il pirs excmpt d'arbitraire. Darts une graude famine, après
irvoir ltri-mème fait d'abondantes aumôues en vivtes et eu vètements,
il s'elnpare des réservcs de grains emmagasinées par quelques
nrarclrands et les distribue gratuilemenl au peuple. Cette facile
G

a
950 nrsl'olnu DES nELGF,s rir Dll Lllin crvrlrsÀ't'roN

gtlnérosité Iui vaut, aycc les sympathies populaires, le surnom


<lc Bon.
Sa cotduite enycrs Ia faniille du chfitelain cle Brugcs ne
semltle pas non plus avoir été heureusement inspir.ée. Q'roique
d'origine serve, cette famille était I'une des plus puissantes de
Flirndre. Bertulphe, le frère du chirtehin, était prevôt (,t ) de l'église
Sirint-Donatien et chancelier de Ilrndrc (garrlc du scelu). [e
chitclarin avait malié ses fillcs à des chcvlliers cle naissrncc lillrc.
Un de ses geudres ayant provoqué un autre chcvalier, se voi[ refuser
le combat, parce que, ùux telmes du droit fôodlrl, irprès un an et un
jour de marirge aycc une scrve., un chevalier perd son rang ct
devient serf lui-nirime. L'affront étrit gravc, clr si le chevalier appclé
en chanrp elos avait raison, tous les mernbres de la farnillc rlu
châtelain étaient égalernent serfs et clcvaient ètre cxclus cles plaids.
Appelé t\ sc prononcer sur la question cn li[ige, Ic comte décide
contre lc chirtelaiu et Ie r"evendique mêrne comme sa propriété ainsi
que sa farnille. Qu'on juge dc leur colère !
Un celtain Burcliard, noveu du chirtelain et du prévôt, s'offlc ir tuer
le comte. Un jour, Chrrles faisait sa prière, agenouillé sur les
mirrches d'trn autcl, rhrns l'église Srrint-Donrtien. Au moment oir il
s'apprôtait à frire l':rumône t\ unc pàuvre fenrrne, llurchalcl
s'approche cle lui par clerrière et lui fend la tète cl'un grantl coup
d'épée (t,t27).
Réfugiés dans le bourg ou cliirteau fort rle Ia tille, puis tlans
l'église Saint-Donal,ien, ltirtie à I'intérieur du Bourg, I'asslssin ct ses
oomplices y soutienncnt un Iong siège. Â lir longuc,, pressés par. h
fairn. ils se rendent et sont successivcrnent pr'écipités du haut tlc la
tour o[r ils s'étaient retir'és en dernier ]icu.

Philippe d'Alsace (1168-1191). Plusieurs cornpérireurs se


-
tlisputent l'héritage tle Charles Ie Bon. L'un d'eux, Thierrv
tl'Alsace, finit par I'emporter. Il a pour fils et srccesseur philippe
tl'Alsace.
Le conte Philippe tl'Alsace fut nn des princes L:s prus dis-
tingués de la Flandle. Régent du comtrl en I'alrsence de son

( { ) c'est-à-dire chcf du chapitre. anx foncl,ions de prévôt était attachée la


dignité de chancelier de Flandre.
TE}tpSHISToRIQUES.-?liRI0DEFÉ000-co}t}tUNÀI,E95l
Philippe s'occupe
père, qui fit quatre voyâges eu Terre sainte'
la procédure judi-
de cor]itrer les coutu*rt ao PâYs, tle réformer
des setitences'
ciaire et tle déterminer Ie mode d't xécutiOn
la sorte, est irnposée à toute
L,observatio' tle la loi, motlifiée de
et de
la Flanrlre. Ainsi des règles équitables tl'admiDistration
justice, qui jusqu'alors n'avaient été eu vigneur qu'en certaitrs
jusque dans les cantotts les
entlroits, sont introduites partout',
plus reculés.
administratifs et
Entre autres défeDses, les nottveaux strtuts
judiciaires portent : a) que s'il est permis aux baillis
rl'assister

à l,élection d.es notablÉs chargés de la


répartition des impôts, il
aux ellquêtes et
leur est interdit d'assister à cette répartition,
le pouvoir d'amèter
aux jugements; dr) que les baillis, s'ils ont
êchevins.
ri' accusé, ,r. p.i,nà't le juger sans Ie concours des le tit'e de
Les réformes tle PhilippJ ,l'Àltn.. lui mérite't
premier législatem' de Ia Flandrc'
En vue d'encourager I'agricultnre et tl'acctlléret'
I'assèche-
il
des terres, accorde
ment tles marais ai*siq,re te aetictremetlt
tl'exemptions de tailles
aux habitants des campagnes une tbule
exemption tle l'espècc
et tle servitudes. c'est à la suite r]'uue
qu,esttlesséché,défi.ichéerpeupléttllvasteter.ritoireirrculte
depuis sous le nom
situé eltre Ypres et Poperinghe et conllu
ùe Géndralita d,et tnût Ttaroislcs. Le comte
y fait en outre bâtir
tles églises.
Philippefavoriseaussil'essortlel'industrieenconcédant,
auxcommurresetarrxgildes({)desprivilègescorrsidérables
et er assurallt' par des mesures sévères' la séculité des
tlu
en concluaut
comrnerce (2). It protège encore celui-ci
en augtnentattt
tlaitôs avartageu* nn*t les princes étrailgers'

sur ces corporations'


({ ) Voir plus loin tles rlétails étenrlus villes de son comté par
(g ) La pluparl ,r*. *tnËiîtî*nion** à"nnèt tuï
prrïiÉpt d',ltiace sontïôt huuttt ou des lois criminelles'
g5E rrrsT'rn' DEs BBLcEs E' DE rEUR crvrtrsATt'N

le nonbre des foires et des mlrchés, eu creusant cles cauanx


et des ports, en améliorant Ie conrs tles voies navigables, etc.
De plus, il encourage les lettres et palticulièrement l'étude
tle I'histoire. un littérateur de l'époque, chrestieu de Tloves,
se qualifie volontiers tle trouvère (t) du comte de Flandre.
Guere avec la France. Revenu dans ses états, après une expédition
en Pirlestine, Philippe -d'Àlsace fait épouser ù philippe-Auguste, roi
de l'rance, dont il avait été re tutcur, Isabelle dc Hainzruc,
sa niùce, à
laquclle il donne pour dot re comté d'Artois. Mais, par la
suiie,
ryanû cessé de s'entendre avec le prince fr,anç:ais, il nihésite pr*
lui déclarer la guerre. Réunissant toutes les milices dc Flandre, aont
i
il forrne une armée de plus cle {00.000 hornmes on peut par Ià se
faire une idée de la puissance de Ia principauté à- cette époque
r'éussit, ayant I'ouverture des hostilités, à imposer au roi - il
une transac-
l,ion alantageuse pour la Fhudre et la guerre se trouve
heurcusement
conjur"ée.
Troisième croisade. avec philippe-Auguste, philippe
- etRéconeilié
d'Alsrce aide ce prince Richarcl cæur de Lion, roi à'Ângleteryô, e
organiser la troisième croisade. [Irris, tandis que les croisés
anglais
adoptent Ia a"oix blanahe ct res Français la eroin rouge, philippe
il'Alsace fait porter à ses guerriers la croir uerte, a{Iiïmant
ainsi
I'indépendauce de la FIanch'e.
seconde réunion de la Flandre au Hainaut (ltgl-1246).
Philippe meurt au siège de ptolérnaÏs, eu ll lg{l sans laisser -
tl'enfant et ses états passeut à sou neyeu, Baudouin le
courageux, conite de Hainaut. Ainsi se protluit la rleuriènte
reuûon de la Flandre et du Hainaut (l,lgl
).
Baudouin vlll te courageux (llgl.ttgs). Bauclouin VIII n'entre pas
-
srins quelque difficulté ell posscssion r]e I'héritage de philippe
d'Alsace. Outre I'obligation cre I'lnnmtage-Iige poù te cornté
de
Flandre, Philippe-Âuguste rui impose Ia cession de I'Artois. De leur
côté, ses nouveaux sujets exigent de lui Iu concession d'importants
privilèges.
Plusieurs articles d'une charte qu'il accortle aux Gantois méritent

({ ) Nom donné aux poètes du nord de la Fralce au moyen âge.


TElrps rilsT0RrQUES. pÉftr0DE FÉODO-cOiluut{ALE :!53
-
d'être signalés. Les voici : ,Io Lcs Gantois sont tenus d'ôtre lidèles à
leur prince plus qu'à tous les princes du morrcle, mais pour iiutanl
seulemen[ qu'il les traite d'unc façon justc et raisonnallle. 2o Les
Gantois peuvenfi fortifier leur ville et leurs maisons. 3o lls ne doiven[
le service militrire que jusqu'à lir distance otr, en artal d'Anvers, on
peut aller en trois marées ({.8 lieues ) ({ ).

Baudouin lX de Constantinople (1195-1204). À la mort-


de ses parents, le {ils tle Baudouin le CourageLr.x, Baudouin dc
Constantinople, hérite du comté de Flandre (11,94), ,lo conté
tle Hainaut et du marquisat de Narnur ({195).
Baudouin de Coustantinople fut un prince gônéreux et
éclair'é. Youlanl améliorer daus ses états le sort des classes
inférieures, il abolit certains impôts dont le poids est particu-
lièrement lourtl pour le peuple. Tel, par exemple, le dloit
tlu prince et de ses officiers de ne payer en tout temps que trois
deniers Ie lot de vin exposé au marché. Il
règle la perception
ùes tonlieu,n (2), en formulant les tarifs d'après lesquels ils
doivent être prélevés, él,ablit des foiles à Bruges (3)et accorde
deux chartes, au Hainaut. Par I'une, il donne, au régime
féotlal des brses régulières qui, notarnment, consacrent le droit
d'aînesse; par .l'autre, il organise Ia procédure climiuelle et
règle les pénalités. En outre, il encourage les lettres que sa
femme Marie de Champagne et lui cultivent avec succès.
I fait écrire les Histoires buudou,i.nes, chrouiques coute-
naut la généalogie de ses aucêtres et les principau)i faits tle
leur vie.
Quatrième croisade ( 1202-1204). - Baudouin IX pleud
part à la quatrième croisade, que tliverses circonstances fout
dévier de son but essentiel. Rassemblés sous les rnurs tle
Constantinople et mécontents des Grecs, les chrétiens s'empr-

(t)W.lurnns, Libertés comnumales, p. 663, tome II.


( 2) Droit qui se paye pour les places d'un rnarché oir I'on élale.
(3) Lire à-ce propos les trIutinées tle Xtarie de Clmrnpctgne, dans Les Douze
cottt)iues du chanoine de 'I'ourc, par Coltx DE pLANcy.
g

û
(J

i .,,iili,r
TETIIPS ilrSTOlllQUES. I)ÉRI0DE FÉ0DO-COrthltlNALE 255
-
reilt de cette grande ville, la reine de l'0rient ({904). Les
mêmes ltort'eurs qui avaient signalé la prise de Jérusalenr se
renouvellettt alors. Comtne la ville saittte, Constantinople est
pillée et saccagée pâf les uoisés. Mille cltefs-d'æuvre d'alchi-
teCture, de sCulpture, de peitttule Sont, ell eette circottstattce,
anéantis ou mutilés par ces rlotlveaux barbarcs ( '1 ).
Youlant s'âSSureI les fruits de leur vic1oire, les croistls
fbndent à Constantirtople urt empit'e latin auquel ils tlonuettt
Baudouin pour ernpereur. Malheureusemelit, le r'ègne de ce
prince si tlistingné tlevait être tt'ris court. ÀVant livré aux
Bulgar.es la bataille d'Àndrinople, il la perd et clisparaît (1205)
saùs que I'ott sltche avec certitucle qucl a été son sort.
lnlluence et résuttats des croisades. IILrit croisades sont succcssi'
-
veurent entreprises de '1090 ) 1970. De ces expôciitiols, lil première
et Ia cluatrième sont celles atrxquclles la Bclgique prend la part la
plus importante. Ce son[ aussi celles qui procluisent les eflbts
politiques Ies plus considérables.
Âprt)s saint Louis, I'enthousiasne pouf ces expéditions loitrtaincs
s'étcint tout à fitit et les chr'étiens abirndonnettt délirlitilement la
Terrc saittte aux Turcs.
01 a pu dire, avec vér'ité, clcs croisadcs : atlcune n'l t'éussi,
toutes ont réussi. C'es[ qu'etl eil'et leurs résultats durab]es ne
sont pts Ceux qu'ott poursqivait d'abo1d, puisque le tombeau
du tlirisb, mornentirnérnent délivré, retrrmbe bientÔt ef pour
toujours au pouvoir des rnusulttians et que lir chute de Constatt-
tinople u'es[ que retaldée.l\Iais les suites ttou lit'évues de ces expé'
ditious clépassent beaucoup en irnportance cclles qu'Otl ett at'ait
attendues. En voici les principales :

I. AU POINT DE VUE RELIGTEUX ET IIORAL.


-
a) Si ellcs rte parviennent pas à enlever aux musulmans la ville de
Jérusalem, clles gruntlissent I'infltænce de l'Eglisc. Les temps des

(4 ) te rlragon en cuivre iloré qui sert de girouetle au bcffroi de la ville de


Cand'aurait, îit-on, été rapporté ile Constanfinople par les croisés de la vilte
rle Bruges à laquelle il fut plis dans une guerre par les Gantois.
9ô6 Hrsrotnts DEs BELGES ET DE LEUn crvILrsATroN

croisades marquent, I'apogée de I'influence dc celle-ci sur res rois,


de sa puissance sur les peuples.
lt) EIIes affaiblissent Ia foi des lteu,ples et In moralit[ pubtirlua. par
suite de contacts et cle ralrports fr"équents, la haine mutucile des
chrétiens et, des musulmans s'affaibliû. Peu r\ peu, lcs honnûrtes
gens dc I'une ct I'auùre croyance apprennent à s'estimcr. D'un autrc
crité, l'opinion est répandue, ptrmi lcs populations chrétiennes, quo
prench'e par't à la croisade effacc les fautes commiscs. La pensée qu'il
est possible par ce mo)'cll de se procurer le pardon des plus grancls
climes, cncourage à lcs commcttre des hommes presquc barbar.es.
Enfin, hrlritués d'.us leurs r,ixpéditions, à ne iespecter ni res 1rer-
sorlnes ni les choses, ils revicnnent rarcmcnt meilleurs au lieu nal,al.
c) Etles tettdent ù lransforntet' le christianisme en tmc religiotr,
milituire et intolérante. Ltec les croisacies, naît en Occicleut, le génie
ntuvais de la pelsécution. L'intolérânce dcvient, chez un grand
nonrbr e clc chrétiens, cruclle et farouche. De uouvclles croisades sont
organisées contrc lcs Albigeois, contre lcs païcns de Liilruanie, ctc.
on poursuit d'une mêmc hrine sectaire toute espèce d'infirières : les
musulmans, lcs juifs, lcs païens, les hérétiques, et les actes lcs plus
oclieux deviennent rnér'itoires dès qu'ils ont pour but Ia ruine ou la
rnort, de ceux qui ne profcsscut pas la vlaic foi.

II. AU pOrNT DE VUE SoCTAL ET POLITTQL:E.


-
a) Ellas amènent Ia dùnintttion iles gucrrcs priuées. Les croisarles
purgent I'Europe d'un grand nombre de seigneurs féodaux, querel-
leurs eù pillrrds, qui sont tués aux croisades ou en reviennent fati-
gués et, ruinés.
b) Ellcs fauori"sent l'esslr dæ.cottttttu,nes. Il faut aux seigneurs
Ireaucoup cl'argent pour subvenir aux dépenses occasionnies par res
croisades; un grand nonbre en mâuquellt. Pour s'en procurer, ils
concèdcnt, aux habitants de certaines localités, des clrartes pal.
iesquelles ils leur accordcnt, ou leur confirrneut, la jouissance de
privililgcs plus ou moins importants. Les serfs et les l-iour.geois
n'liésitent pas à sacrilier leurs fnibles économies, péniblerncnt
.anassées, pour acquérir quclques libertés. Par la mùme occasion,
unc partie des terrcs nobles passe I dcs boulgcois qui les achètent
aux seigncurs croisés ( ,l ).

( { ) Le plus souvent néanmoins, les barons engagent tout ou parlie tle leurs
.temes aux évÔques ou aux abbês, Ainsi font Godefroirl de Bouilloir, qui
ventl sa
Tnrrps rilsTorrrot.l.ls. _ pËnr0Ds l-ÉcD0_c0ï.\IUr-.{LU 257

c) Elles adoucissent indirectement lesort dæ serfs. Les privilèges


tccortlés aux villes par lcs seigneurs croisés cn vue de se procurer
clc I'argent 1 attirent, en gland lombre, les serfs e[ Ies artisans
lilires dcs campagnes. Pour enrpêcher la complète désertion de leurs
domaines, tous lcs seigneurs indistinctemeut se voicnt obligés
de traiter lcurs serfs ayec moins de rigueur et de lcur accorder aussi
des pri'ilèges, quelquefois des chartes (dites chartes rurares).
cl) Elles cueillent I'æprit nationnl. chez lcs diverses nations de
I'Europe, la féodalité avait exagéré Ia décentralisatiou.Les croisades
font scntir irux hubitants d'unc mùme corrtrée le besoin de se
grouper autour d'un drapeau et d'un chef communs alin d'aug-
ntenter leurs forces. Àinsi les croisades fortilient la royauté, tout au
moins sont firvorables à I'idée centralisatrice et gouvernementale.
e) Elles rupprochent læ peuples de l'Europe. Réunis et coufondus
perdirnt deux siècles dans un but comrlun, lcs peuples européens
iipprerment à se connaitr.e el, :\ s'apprécicr. Dcs préjugés séculaires
et de violentes autipathics de racc animaient les uns contre Ies
rutres des peuples voisins; ces préjugés et ces antipathies dispa-
raissent ou s'adoucisselt.

ttt, - Àu porNT DE vuu DD LA crvtt,tsATloN ux cÉnÉn.Lr,.

Les croisudæ font sortir I'Europe tle ra barbaræ. Elles meil,ent err
contacl deux rnondes jusque-li\ etrangcrs I'unà I'lutre. 0r,le mélange
tles peuples a souvent des effets avanr,ageux pour ra civilisirtion. Les
chemins de l'0rient deviennent famillers à un grand nombre dont,
luparavant, I'horizon se bornait aux limites de la seigneurie, sinon
mème du rillage oùr ils étaient, nés, et, ce fait si nouveau provoque
tlans les esprits un ébranlement des plus utiles au progrès.
 la suite des croisades, les pcuples de I'Europe occidentare
ircquièrent des connrissances importantes en philosophie et en
rnatlténtatiques (I ), en géographie, en médecine, en chirurgie et en

terre de Bouillon à l'évêque de Liége, el le comte Baudouin de Hainaut, qui cède


aumême princela ville de co-uvin-etses dépendances. À cet égard, ie clergé
surtout tire pro{it des eloisades. q Les bourgeois, dit Brandts (-ctaJses ,.uraies
p. s8)' avaient encore peu d'argent. L'Eglise- seule en avait. Les offres
de terres étaient si nombreuses quà leur prii s'avilit. Les trésors des églises
et des abbayes furent employés à-l'acquisilion de ces terres. Ainsi les richîsses
tlu clergé s'accrurent dans des propoftions extraordinaires. r
('l ) 0n a souvent attritrué aux Àrabes I'invention tres crriffres ditl arabes,
V. Mirguet.
-
Histoire desBelges. t7
258 rttslotnp DEs BELGnS ET DE LEUn cIvILISATIoN

pharmacologie , enliu, datts I'art dc la navigation et dus celui tlc ltt


guen'e. Lcs croisés i:lpplellnellt des Oricrttatrx à construit'c cles ports
et tles digues; des tOurs, des ctetteàlux, des rnichieoulis. L'rrt cle
crouser tles mines et celui de cortstruile clcs ntilcltittes tlc g'uelre,
leurontent') l'a mêrtte époque.
Âprès les croisades, la littératule firit des progr'ès retlrirrquablcs :
les troubadours, les tr'ouvèrcs el, Ies tuittuesâllgers ( t ), $httachent
r.r chanter, dans un langrge poétiquc, les exploits des eloisés. I')rtfin,
de leurs pêrégrilations à travcrs le moudc, les ltarorts rapportettt
des goûrts affinés. Aussi chelchent-ils par la suite à donner à letu's
demeures plus d'éleglnce et de confortalllc, u leur mobilict'tuoius dcr
glossièreté. La salle spéciale cle r'éceptiott qu'ils font aménager dans
leur chirteau. toute dc ntarbrc parfois, est sottvcttt pavéc de beaux
cirrrelages. Les ferrôtres tollnieuceut cltcz les plus richcs à se clorc
de verres, ordinttirement multicolores (9), formant dcs ilcssirts et
soutenus par des rrrittures de plonb.

rY. Àu PoINT DE vuE ûcotcoltteun


-
Glice aux croisacles, les peuples occidentrux cotturisseltt plus
d'un nouveau produit vôgétal utile : le café, Ie riz, I'irtdigct, lc str-
razin, le coton, lc poivre, le ntùricr, làr cùnne it sucte, I'abr'icotier'
ou prunier de Damas, ctc. Souvertt les croisés jettent au foud tlc
leur hirvle-sac quelques ltoignées dc graines iuconnues en Europc
et, les rapporient dans lculs paSs tl'originc oir ellcs ne tarclent pus
à -"e rcpandre.
En conséquence des gotits et des llesoirts nouvelletnent nés, dcs
connaissances récemment acquises et dc I'ouvelture tle ilouveaux
tlébouchés, I'industrie se dér'eloppe. Encorc à deni-batbares ir l'époque
iles prcnièr'es croisades, les 0cciclcntaux sc familiuriseut peu à peu

celle de h nurnérrtion actuelle, ainsi que celles de I'algèbre et tle Ia trigonomé-


trie. 0n sait aujourd'hui qu'ils ont beaucoup emprunté eux-mêures aux
Hindous, et I'on croit, tlcpuis que I'on connait nrieux le tsas-Empire, que
les Arabes se sont bornés à vulgaliser plusieurs scicnces donI on leur a long-
ternps attribué I'invention., nrais qui étaient connues des Grecs. 0n nc peut du
reste nier I'e.sprit scientifique et. chercheur des Arabes dont un provelbe dil :
( Dieu facilitc la voie du paradis à quiconque fait un yi'yâge pour' la science. r
( | ) )I in n es an g er, lilléralemen t, c ha n t eu r d' rnnou r .
(2) tes velrièpes restent rares toutefois jusqu'au XIYe siècle. ( Yoir époque
suivante. )
1'EIIpSrIISTOltI0uES. triloDo-cOxlILNitLE 959
-pÉnIODE
i.lyec les procédés industricls cles peuples rlc l'Or.ient, bicn plus avan-
cés en civilisat,ion. Un grand nombre d'industries, clont les plcmiers
ne soupçonnaient nème pas I'existence, conme Ia plupart dcs indus-
tries de luxe : celle de h soie et du velours; I'art de br.oder
d'or et cl'rrgent les étoffes de laine et cle soic; Iir fubricltion tles
rtousselincs (cle lllossoul), tlu linge clanrassé (de Damas), etc., nous
viennent, à cette époque, dc l'0rient.
Le commer"ce pr.end dc mr\me une grande importance.
Les rnrrrchands suivent les croisés; miiis tandis qu'un trop gmnrt
nottible de ceux-ci volcnt ct pillent eonunc de vulgaires mrlfaiteurs,
les marchands s'enrichissent par lir voie équitable et pacirïque cles
échanges. [,e marclrand est estimô et connu cn ]rieu tles lieux orr res
croisés n'ont prs pénétré 0u n'ont lirissé que de mauvais souvenirs.
Souyent mème, en ces pa1's Ioiltlins, le prcmier tler-ienI le
protecteur du secoud.
 raisou des souvcrains qu'elle fournit aux deux grands états
foudés en Orient par les croisés, la Belgique profite peut-êtrc plus
11u'aucurt autre pays de I'Dulope cles cffets lvlntagcux dcs crois:rrles.

***
Bataille de Bouvines (1214). Apr'ès Ia mor.[ tle Bautlouin
-
de Constantinople, llr couronue tle Flantlre passe à Jeanne, sa
fille aînée. Livrée :i Philippe-Auguste par son oncle et tuteur',
Philippe le Noble, marquis dc l{amur, Jelnne épouse Fer.rantl
tle Portugal que lui propose le loi de France. Celui-ci avait
espéré trouver en Ferrand uu vassal sounis. Mais vc,yan[ ses
sujets hostiles à I'influence fr.ançaisc, le nouveâu conrte tle
Flandre refuse I'hornmage au roi tle Flance et contracte allilnce
avecle duc de Brabaut, le roi tl'Angleterre et I'enperellf tl'Alle-
nagne. Malgré Ia supériorité tles for.ces des allics, qui avaient
réuni plus tle 150.000hornmes (l), Philippe-Augusre les vainc

(4) Dans la ligue étaicut entrés tous les grands barons féodaux tles lt:rys-Bas
qui redoutaient tle voir Philippe-Auguste tenter la reconstitution de I'empire
de Charlemagne. ltareil projet ne pouvlit sourire aux princes lotharingiens
qui vivaient à peu près indércndanl.s sous le sceptre dcs empereurs rllemands.
Qlant à Ferrand, il aspirait à jouir d'une semblablc indépendrnce et rnême
d'agrandir son comté aux dépens dc la Fr.ance
960 HISToInE DES IIELGES ET DE LEUR clvILIsATIoN

à la celèbre bataille de Bouvines, eu 1214. Cette victoire satlve


tle Ia rnine la monarchie française et marque le triomphe de h
royauté sur la grantle féodalité. Désormais, les rapports tle.
dépendance qui lient la Flantlre ir la Ït'attce seront des plus
étroits. Non seulement la prernière ressortit'a au parlement de
Paris sous le rappolt jutliciaire, mais sou seigneur tlevra
I'hommage lige au roi de France. Désot'rnais aussi, les corntes
tle Flandre lle serottt plus en état de lutter seuls contre les
rois de FranCe. Par Contre, les cpmmunes flanandes ne tartle-
ront pas à devenil pour ces tlerniers de recloutables adversâires,
en substituant, dans la politique extérieure, au potlvoir affaibli
du prince, leur puissance plus jeune, plus forte, plus vérita-
blement nrtionale.

Les comtesses Jeanne (1204'1244) et Marguerite (1244-1279). -


Ferrand, fait prisonnier it la bataille de Bouvirtcs et cortduit à Paris,
n'est relâché qu'cn t227.Il signrrle I'anttée qui suit, sa mise en
lillerté par une réorgrnisation des collèges échevinaux à Gaud,
Bruges, Ypres et Douai, alors les plus importantes yillcs cle la
Flantlre. À la suite du capitulaire de Kiersy, lcs fonctions d'écheviu,
d.'abord conférées it temps. puis à vic pirr lcs souverains, étricnt
devcnues héréditaires en Flartdrc claus quelques familles de grrnds
bourgeois, dits poorters ( {. ), chacunc d'elles fournissant un échevin.
Ce mode de recrutement des magistrats comlnunaux, assurément
défectueux, linit par engcndrer des abus de toutc cspèce; il donne
lieu, notamment, à une dilapidatiou scandaleuse des reYenus publics.
En vue de porter remède à cette situ:rtion, Iterrand établit un collùgc
ùe trente-neu,f echeuins, nommés à ric, mais autorisôs a désigner'
eux-mèmes les successeurs de leurs collègues défunts. Les XXXIX
complenrlent: {3 éclwuins, dits tlc ll lteure, L3 conseillers eI tl,}
aflgu,es ( ou oisifs ). Ces magistrats se remplacent successivement
diaprès un s.vste)me dc roulement qui, chaque annéc, substitue lcs
vilgues aux cottscillCrs, les conseillcrs aux échcvins et eeux-ci aux

(l\ Poortt, en Flandre, était synonyme de bou'geois et opposé àhontme de


mliiei', Les poorters formaient, en Flantlre, l'élément aristocratirlue .
TBtrps llrsToRrouEs. pÉtu0Dt] r.ÉOD0-c0MtruNALE 26L
-
l'aguos. Comme or le voi[, Ia réfonnc de Fcrrand n'à rien de rlémo-
cratiquc.
l\Iarguerite, sæLtr clc Jclnnc, qui lui succède en Flanilre et en
Ilairrriut (1244), rffr'anchit les selfs cle scs tlomaines môyehnant, unc
ledevrnce lixe e[ riunuelle cle trots tlentcrs pour les hommcs et
r.l'at ilenier poul'les femmes. En outre, au lieu dc la moitié des
meublcs, qui auparavut lui rcvenait ii la mort d'un serf, elle se
contentc de perccvoir lc neilleur catel.
Règnede Gui de Oampierre (1279.1305).- Du vivant dc }lrrgneritc
cn '1946, la Itlandre cst dc nouveau séparée du Ihinaut. Cctte prin-
ccssc avirit tlcsenflrtts cle cleux mariagcs successivement contractés
lrar elle, ct, pr'éfér'lnt lcs eufants du sccoud lit à ceux'du premier,
clle rurait voulu lcur lirissel Ia totirlité de son héritirge.
Sirint Louis, pris comme arbitrc, décida que les .d'Avesnes, nés
rlu premier éporrx clc }larguerite, ltériteririertt tlu Hriuriul et quc
lcs Dampierrc, issus de son second m'lriirge, conserveraient la
Itltindre.

Lutte des Gommunes flamandes contre la France au


XlV" siècle. Efforts des artisans pour arriverà la conquête de
leurs droits politiques.
- .i\u conlmeucement du xvt'siècle,
un grautl nombre tle communes belges sollt devertues liches et
populeuses, grâce âu tléveloppernen[ de leur intluslrie et de
leul cornmerce. Gând, Bruges, Tpres, Bruxelles, Louvain et
Liége cornptent plus de J0.000 habitants ({), la plupart
honrmes de métier. Néannroins, ces villes n'ont que des chartes
aristocratiques et le pouvoir y est exercé par les classes riches
à l'exclusiou des ârtistns. 0t', les grands abusent tle leur
situation privilégiée ponr éoraser les petits sous poids le
d'irnpôts arbitraires et excessifs. Les cltoses eD vieunent âu
point que des syrnptômes tl'uue r'ér'olution prochaine se tnani-
I'estent au seir tles classes populaires.
Les leliaarts et les clauwaarts. Malgré la réforme de
-
(| ) Certains histor.iens leur ont mème attribué une population beaucoup
plus considerable : cent cinquante et môme deux cent mille habitants. llais
ces chill'res sont cerlainemenl, exagérés.
269 rrrslornu r)ES IIELGES E.r DE LuuR trvrLrsAtroN

Ferrand, de gruves abus s'étaient reproduits à l'époque de Gui


tlc Dampielre, fils tle llarguerite, darrs I'athniuistration tle
l'échelinage gantois. Lc peuple, jusqu'alors tenu â l'écart tles
affaires, commence à élever tles revendications trop justifiées
par les malversations des grands, nobles ou riches br-rurgeois.
se seltaut souteuu par lcs gens des métiers, Gui astr.eint les
échevins à rentlre annuellement compte de leur gestion en
présence tlu peuple et d'un tlélégué du cornte. Ce n'est pas
que Gui éprouve pour les artislns une sincère svrnpathie, mais
il tlésire affaiblir à son pro{it l'autorité des grands.
Au conr.s tle la quer.elle, qui est longue, les dchevins en
appellent à diverses repriscs aux rois de France, dont les
tlécisions leur sont le plus souvent favorables, ce qui a pour
conséquence prévue d'annihiler I'aulorité de Gui. Il se forrne
ainsi deux partis en Flandr.e : le parti des grauds, hostile au
comte, et celui du peuple, clui soutient Gui.
Les grantls, qui s'appuient sur la France et, par là, semblent
préférel le drapeau français, serné de lis, au drapeau national,
reçoivent le nom de leliaarls (gens du lis). t.
peuple et cenx
qLri sorrtiennent sa cause adoptent le nonr de clutnuaarls ( gens
tles gliffes ) pm allusion aux griffes du lion représenté snr le
tlrapeau de la Flandre. si d'ailleurs, les claurvaalts défentlent
Ieur comte, ce n'est point par affection pour lui, tlont ils
pénètrent les vues intéressôes, rnais afiu de sauvegârder
I'indépendance nationale, mcnacée par. la France.
Gui de Dampierre, mécontcnt tle I'attitude plise p:u le roi de
Flance dans les démôlés survenus entre lui et une partie de ses
sujets, songe, pour raffermir son autorité affaiblie, à s'appuyer
sur I'Angleterre. lin projet rte rnuiage entrc une {ille tle Gui et
le {ils du roi d'Àngleterrc causc au roi de France un vif rnécon-
tentement. Une guerre ouverte ne tartle pas à éclater entre Gui
tle Darnpierre et son suzerain, pcndant laquelle le comte de
Flandre ue trouve d'appui que tlans le parti tlémocratique. Ce
TI']IPS IIISTORIOUIIS. PÉRIODT TÉODO'COMITUNÀLE 263
-
der.nier, tout en réclanant I'extension des libertés populaires,
rou)ait, conne il vient d'être dit, maintenir I'indépentlance du
pays vis-à-vis de la France. Le conttc de Flandre ayant été
battu, se rentl à Paris avec soll fils aîné et cinquante des priu-
à la clémence du
cipaux seigneurs flarrtantls pottr faire appel
loi: mais celui-ci les retient prisonniers et, à la tête d'une
nornbreuse atnée, elvahit la Flandre oit il est acclamé par les
Ieliaar'[s.
Sous prétexte de pnnir Gui tlu crimc tle felonie dont il
I'accuse, il cOnfisque h Flandle ('1301). Réunir ce fief
à leur cort'otlne était, un r'êve depuis longternps caressé par les
rois de F'r.ance : il se trouve ainsi rêalisé, mais tton poul'
longtemps
Breydel et de Coninck. M,l'rtrns IIRUGEoISEs. Lt
dornination tles Frirnçais paraît bientÔt plus insupportable au
peuple qr.re celle des leliaarts. Nort seulemeut ses uouveaux
lnaitles établissent de lourdes taxes sut' les dettrées, mais ils
vout jusqu'à retenir attx ouvriet's le quart tle leur salaire
jounulier. Poussés à bout, les Flarnands se dortnent deux
r:hefs, Pierle tle Coninck, tloyen destisserattds, et Jean Breydel,
tloyen des bouchers qui fonnent le projet de délivler leur pays
de la domination étrangère' Ln peu avattt la pointe du jour, le
,I8 mai ,l302, ces deux fuornmes, suivis de 7.000 colnpagnons,
pénètrent dans la ville de Bruges, où uu grand nombfe de
claurraarts, Secrètement avet'tis, les atteudertt en armes. Tout à
coup retentit ri travers la cité le cli ùe Flnndre uIL Liott ! et en
un instant les conjurés remplissent toutes les rues de Bruges.
Surpris rlans leur sgnlmeil, les Français cherchent en vain à se
lallier et à se tléfentlre : tous ceux qui lle peuYent prononcer
les mots sclùld, eil uriend, ({ ) sont mis à mor[. L'horrible

( { ) Yoir. Pierre de Qonincl; et Jcan Breyttet, pâr' }Isc A. J. Namèche. BibliO'


thèque nationale.
264 Hrsrornt DEs BELcES BT DE tEulr crvtlrsATroN

tuerie, comrnencée avant I'aurore, dure jusqu'au soir, et cotte


la vie à plus de 3.000 étrangers. L'histoire a douné :i cette
sanglante affaire le nom de Jlutines brugeoises.
C'est aiusi que Bruges retlevient libre et avec elle toute la
Flandle.
Bataille de Gourtrai (1302).
- Le peuple flamand croyair
pouvoir désormais vivre et tr.availlel. en paix. Mais il comptait
sans le ressentiment dn roi tle France. Apprenant ce qui s'était
passé, Philippe le Bel entre tlans une violente colère et jure de
tirer rlu peuple flamand une rengeauce éclatante. Il rassemble
une formidable armée,en grancle partie cornposée ùe clrcualicrs,
qu'il met sous les ordres de Robert d'Artois.
sans s'effra.ver de ces préparatifs menaçants, lcs Framancls se
réunissent aussi err grand nombre, résolus à sacrifier leurs biens et
Ieur vie pour le salut du pa1's. Il{ais leur armée, quoique forte
d'environ 90.000 hornmcs, n'étirit guère composée rlue d'ouvriers
peu habitués à porter les armes, simplerpent armés de lances ou clc
goedendags ('l ), dépourvus de boucliers ct de casques et combat[an[
à pied, cn costume de travail, Ia poitrine nue et les manches
retroussées. 0n pouvai[ craiudre que les innombrables chevaliers
enuemis n'en lissent aisément un affreux mrssacre.
cependani I'armée de Philippe lc Bel, forte de plus de 60.000 hornmes,
s'avançait, brLilant sur son passflge les chriteaux, les villages et, les
églises, outrageant et tuant les femmes, les enfan[s et les vieillards.
La ruine, la molt et la désoliition régnaient seures dans les lieux
qu'elle avait traversés. Bntn, les deux armées se trouvent en prti.
sence dans la granrle plaine de Græninglie, près de courtrai, et le
{t juillet !3a2, les apprôts de la bataille commencent de grancl
matin. Les Flarnands se disposent à la lutte en se confessant et en
communiant,. Tous ensuite s'étant agenouillés, portent à leur bouche
un peu rle cette tcrre de Flandre pour laquelle un grand nombre
tl'enfre eux vont mourir. Puis leur chef, Gui de Namur, prenant la
parole, leur dit d'une voix énergitiue : < Bonnes gens, voici bientôt
I'heure. Les rangs toujours serrés et I'æil devant soi, frappons de

( { ) c'eshà.dfte bonjou's. Espèces de massues hérissées de pointes de fer.


TETIPS HISTORIOUES. _ PÉRIODE I.'ÉODO-COIIIIUNALE 965
gr"ands coups ! Pirs de prisonniers, pas cle butin : c'est notre pays
qu'ilfaut reconquérir; ce sont nos fo1-ers, nos fcmmes, nos enfants
qu'il faut sauver. Il ne s'agit pas de souger ir autre chose. ces gens-
li\. mes lions amis, vont nous attaquercommc des loups : cléfendons-
rlous comme des loups. Âllons, couragc, r'ous tous ! Bt n'oublions
' pns le noble cri de nos aïcux : Fl&nclre au, lion! > Iit le cri cle
îkmdre au' liott,l sor[ comme un scul cri de ringt mille poitrines,
donnant courage et conliance rux plus timides.
- Toujours présomptueux, lcs I'rançais croyaient avoir facilement
raison dc geus si mal rrmés et si mll instruits dans les choses de la
guerre. Ils nc tardent pas à reconuaitre leur errcur. Leur pesante
cavalerie, s'avançant au galop et sans ordre pour écr.lser un adver-
saire en apparence si peu rcdoutable, s'embourbe dans les marais
dont, le champ de ltataille est, couvert à plusieurs endroits. Aussitôt
Ies hommes des rnétiers se jet,tent avcc furie sur les chcvaliers fran-
q:ais, brisant lcs plus foltes armurcs t\ grands coups de goedendrg
et, faisant de leurs ennemis un effro,vrble carnage. Alors, le désordre
et la terreur se répandent, dans I'armée française. Ccssant bieutôt rle
disputer la victoilc aux F'lamurds, elle ne songe plus qu'à écliapper
par ulle prompte fuite à leur vcngeaucc. Blle laissa sur le champ de
bataille environ 97.000 morts sur lesquels on r.ecueillit plus de sept
' eents éperons dorés ({. ; qu'on suspendit aux votites de l'église àe'
Notre-Dame à Courtrai. De là vient qu'on donne souvent à la bataille
de Courtrai Ie norn de bataille des Eperorzs d'or.

Tels furent les grands événements gui rendirent I'indépeu-


dance à la Flandre et assurèrent à se.s ariisans de nombreux
privilèges.
Réformes démocratiques en Flandre.
- Se voyant enliu les
maîl,res à leur tour, les claurvaarts s'empressent tle renverser
les adntinistrations communales anciennes otr ne siégeaient que
des leliaarts. Toutes les communes reçoivent une organisation
tlémocratique. Bluges, notamment, se donne une keure qui,
ratifiée en 1304 par Gui de Dampierre, porte par la suite le
norn de Grande clmrte. En voici les principâux articles :

({ ) Signes de chevalerie. Les chevaliers seuls pouvaient porter dcs éperons


dorés.
966 rrrs'l'olRr DEs BELGES ET DE Ltsult clYILIsÀTtoN

{n Quiconque habite la Franchise ( I ) depuis url an et un


jour, est bourgeois tle Bruges. 2o La représentation communale
est fonnée de L3 échevins(2)et tle 13 conseillers, tlont neuf
sont choisis par les artisans et quatre par les bourgeois ott
poorters. 3o Le cotnte et les forrct,ionnaires prêtent set'tneut à la
charte.
A Gantl, il est tlécidé que tlésormais des treize échevins tle Ia
ville, crnq seront nommés par les tisserands, qu,atre par les
foulons et quatre par les autres métiers, au uombre tle til. Les
tisselands, les foulous et les pe[its rnétiers constituent par la
suite les lrois mernbres de la ville.
Pentlant quelque temps, les poorters dispalaissent à Gand
comrne corps politique. Pour pouvoir arliver aux fonctiotls
cornmunales,ils sont obligés de s'affilier aun ntétiers.
Grandretentissement de la bataille de Courtrai. I.,'impres-
-
sion causée par la grande victoire des artisans sul' la chevalerie
est immeuse et le bénéfice s'ett étentl à la classe ouvrière de
toute I'Europe. Plusieurs grantles villes frauçaises, parmi
lesquelles Toulouse et Bortlelux, chassent les officiels tle
Philippe le Bel. De mêure en Italie et en Suisse, les communes
s'agitent et prenttettt des mestlres pour augmenter lettrs
libertés ou ell âssurer le maintien.
En Belgique, le triomphe tles métiers flamantls produit un
cnthousiasme indescriptible. Partout, à Liége, eu Brabant, en
Hainaut, Ie peuple réclame des droits politiques, que, dans
leul frayeur, les princes et les classes privilégiées s'empressent
tl'accorder (3 ).

(t) 0n donnait le nom de Franc de Bruges I,L9 certaine étendue de


ter.iitoiresituéautourdetsruges. LeFranc,uni àleville,rendaitllrtrgestrès
puissante. La Franchise comprenait tsruges et le territoire du Frlnc.
' (9) Il n'y eut jarnais de bourgmestre à Gand. Le premier échevin en avait
les attributions.
( 3) C'est. peu après ({312) que Jean II accorde aux Brabançons la charte tle
Ooitenberg fque les Liégeois arrachent à leur prince la paix d'Angleur ({313)
et celle de Fexhe ('l 3l C).
'l'!lnPs HISTOnlotES. PIïnIODE rÉODO-COilIIUNALE 967
-
tt
féodalité pâlit rlevant I'astre grandis-
Désorrna.is, l'étoile tle
sant des conlnulles. Chaque jour, la démocratie s'aftirme pâr
des r.eventlications plns énergiclttes et plus étentlues. Elle
demande que le mot cnnttnrcne, ce cri de ralliement antique et
glorieux, devienue enfin une r'éalité. Elle réclame pour tors
l'égalité des droits aussi bien que l'égalité des charges : des
charges égales impliquant, à son avis, tles droits égaux.

- Entrc-temps, la
Traité de Paris (.1390). guepe continue avec la
France e[ les l,'lamands essuicrtt à leur tour dc grâ\,es échecs. Tou'
tcfois, lcur énergie nc fiiblit pas ct arraclie à leurs adversaires eux-
rurùmcs des paroles d'admiration. Les voyant arriver plus nomlreux
ei plus cléciclôs que jlmais tu secoul's de leurs compatriotes, assie-
giés cfuns Lille ('t), Philippe le Ilel s'écrie : a Hst'ce douc qu'il e1
plcr"rt, des Flarnands? >
, Le tlaité de Palis conclu en 1320, sous le règne de Robert de
llcthune(1305-1392), successeur dc Gui cle Dampierfe,laisse aux rois
de Fraltce les villes de Lille, Douiri ct Orchies, mais g:rrautit aux
Itlamands leur indépendance et leurs privilèges.
Les comtes de Flandre abandonnent la cause populaire. -
Jnsqu'alors, les contes de Flantlre étaient demeurés étroitement
unis de cæur et d'ârne avec leur peuple, dans la résistance à la
ùomination étrangère. lllais une fois I'iutlépendance de la Flan-
tlrc hors tle pér'il, en présence du développement chaque jour
plns cousitlérable des libertés communales et tles restrictions
de plus en plus importtntes apportées à lenr pouvoir par les
magistlatures démocratiques, les princes flarnands cherchent etr.
Frauce uu appui contre les exigertces populaires- Leurs
tentatives pour iutroduire eu Flanch'e le régime tle I'arbitraire
et leurs dépenses excessives indisposerlt contre ettx les popula-
tions. tsientôt lenr autorité et leur prestige ont à subir des
épreuves pénibles. Leur courolllle même Iinit par être en danger.

({) D'après Louis de Yeltltem, ils étaient'190,000. Ni dans -lee villes' ni


rlans tes câmpagnes, aucun homme valide n'était resté. Les femmes seules
gardaient les villes.
.968 Hrsrotnn DES TIBLGES ET DE Luun crvrlrsÂTroN

Nicolas Zannekin. lourdes taxes établies par Louis dc


De
-
I{evels ({329-1346), dit plus tar,tl Louis tle Crécy, prince
failile, dépensier et plus t'rançais que flamand; I'arbitmire et
I'injnstice aurquels sont soumis les gens des calnpasues,
dont la misère et le dénriment contrastent avec I'opulence des
classes supérieures et de la bourgeoisic, pr.ovoquent, vers 1390,
une insurrection du plat pays ('l ),
Ce mouvernent politique ne tartle 'pas à revêtir tous les
caractères d'une révolution sociale et communiste. Pleins de
fureur et de tlésespoir à la pensée de leurs souffr.ances, les
paysâns se jettent sur les châteaux, les pillelt, les abattent, les
livrent aux flammes. rr Il n'est pas bon, disent-ils, que les
uobles cousel'vent au rnilieu des villages des demeures fortitées
rlui leur permettront plus tard de tirer vengeauce tlu peuple l.
Leur lraine s'étentl aux bourgeois et aux ecclésiastiques comme
ïlu souvcrain et à la noblesse. A un liche bourgeois, ils crient :
rt Toi, tu es plus polté pour les seigneur.s que pour. les petites
geus : tu vas mourir. l Les menaces qu'ils profèrent à I'adresse
des prêtres levètent une forme plus violente encore. r Je
voudrais, s'exclarne un tle leurs chefs, qu'il n'y ett plus au
monde qu'uu seul prêtre et qu'il fût strspentlu en I'air, au bout
d'uue corde. rr Tous ces propos haineux caractérisent I'esprit
du rnouvement, vér.itable jaquer.ie. Commandés par Nicolas
Zannekin, de Fumes, les méconteuts se trouvent bientôt en
possession de toute la Flandre occidentale oir ils déchaîneut
I'anarchie.
Impuissant à réprimer leurs désordres, le comte Louis est
obligé rle solliciter contre eux le secours tlu roi de France qui,
ri la tête d'une nombreuse armée, envahit la Flandre. Les
iusurgés lui offrent la bataille non loin de Cassel ({BgS).

({) te plal pays, Ia cantpagnc, par opposition aur lieu,r furtifilr.r..


TEIIpS rrrsl'0nIQUES. I'i;fttoDE Fit0DO-COrIlItiNÀLE 969
-
Malgré des protliges de valeur, ils subisseltt une défaite
complète : Zannekin ct {2.000 de ses compagnons pét'issent
sous les eoups tles l'rauçais. Pendant quelques attnées, la
tranquillité règne tle nouveau eu Flantlre .
Jacques Van Artevelde.
- \'crs I'an '1337, Ddoulrd III, roi d'Ângle'
tcrre, préteudit, avoir des rlroits au trône de Irance, occupé par
Philippe de Valois, et chacuu tlcs deux rivaux, en prévisiott d'une
guel're prochaine, reclterclta I'alliance du pcuplc des Flirndres, alors
I'un des plus richcs et des plus puissants du tnottde. I'ort ernbar-
lassés prr les sollicitrtions tlont ils étaient I'objet, Ies Flirmands rtc'
savaient '.\ quellc décision s'alrêtcr. S'ils n'aitnaient pas à faire l:l
guel're à Phitippe de Valois, Ieur suzerain, ils étaient moins portésr
cncore ir s'armcr contre I'Angletcrre d'oit ils tiraient la plus grandc'.
partie des laines nécessaires à la fabrication du drap, leur priucipalc
industrie. Pour les fo.rcer a plcndre sort prrti, Edouard III interdit
I'expoltation des laines anglaises pour la Flandre. Aussitôt I'ouvrage
manque i\ h plupart des tisserands {lamands et presque tous se
trouvent sans pain ni lessourccs d'aucune sorte. Une misère affreusc,
ne tarde pas à régner dans le pa1's.
 cettc époque, vivait à Gand un homme riche et, dc noble nais-
sance, connu pour sa prudencc et sa sagesse. ll s'appelait Jacqucs.
Van ,\rtevelde. Le peuple I'avait suntomné le sage ltom,nte. Quoique.
appartenant à la poorterij, il s'était fait inscrire au métier des'
brasseurs (l)etil enavait été élu doycn. Les Gantois étant allés lui'
demander conscil, son avis fut qu'ils devaien[ rcster ncutres et ne.
prendre parti ni pour la lrrance ni pour I'Anglcterre. Ce conseil plut.
uu peuple qui nomma Van Àrtevclde ehef des forces communales.
La résolution des Flamands irrita le roi de Franoe. Par son ordre,
l'interdit est jeté sur la t'li'rndre. Aussitôt, I'exercice du culte et
I'administra{,ion des sacrements sont suspendus dans toute l'étendue"
du comté. Seuls, lc brptôme et la pénitence continuent à être admi-
nistrés aux nouveaux nés et aux malades en danger tle mort. Les'
cloches cessent d'annonccr les ofïices, qui ne sont pltrs célébrés que
par lcs moines, I voix basse et, portes fermées. Les I'lamands sont
constelnés, mais ilsnc cèdenl pas. D'ailleurs, Jacqucs Yan Artcvelde

({) Des hisloriens rlisent à celui tles tisserrnds.


970 Hrsr'ornr DES BILGES ET Dtr LEtm crvrlrsÀTroN

nc talde pas à obtenir des lrclligéranls la rccorrnaissrnce dc ll


ncutlalité de la I,'landre et lcs arrivagcs cle laincs iurglirises l.ccom-
mencent irnnrédiatement. Bicntôt I'indus[r'ie leprcnd r,igucur dans
lc pays.

Traité d'alliance et de commerce de 1339. En vue de


- les mesures
favoriser leur cornrnerce et tle se défendre contre
arbitraires de leurs princes, les cornmunes tle Ia Flantlre
concluent avec celles du Brabant un tr.aité qui stipule :
a) Une alliance offensive et défensive entre les deux pays;
ù) I'interdiction à leurs princes tle se faile la guel'r.e sans
I'assentiment des bonnes villes ; c) la liber.té du commerce
errtre les deux états ; d) Ia création d'une monnaie commuue;
c.) I'institution d'une sorte tle parlernent composé de délégués
tles deux pays et légiférant en leur nom ; f ) celle d'un tr.ibunal
chargé de r'églel tous les différends.
Le Hainaut, la Hollande, la Zélande et même I'Angleter.re
adhèrent peu après à cette couvention.
' Traité de Gand (1340). Cependant les Français nc
respectent pas, comne ils s'y étaient errgagés, Ia neutr.alité tles
Flanrands. Tous les jours, les garuisons tle leurs places fron-
tières font des irruptions en Flandre, ravageant les campagnes,
pillant ou rânçonuânt les petites villes, les bourgs et les
villages. ces attaques déloyales décitlent van Àr'teveltle à
prendre ouverternent le parti de I'Angleterle.
Pour vaincr'e les scrupules des Flarnantls, soucieux de ne pas
tlahir la fitlélité qu'ils doivent au roi de Fr.ance, leur suzerain,
lc tribun engage Etlouartl III à prentlre Ie titre qu'il reven-
le roi d'Angleterre. une alliance offensive et
tlique. Ainsi fait
tlefensive est ensuite conclue entre la Flanth.e
et I'Angleterre.
En échange de leul concolrrs, Edouald III promet tre rendr.c
lrnx Fiamauds Lille, Donai et orchies, cétlées ti la Frauce en
'1390, par le traité de Paris. Il leur rait de plus toute espèce
d'avantages comnerciaux, établissant à Br.uges r'étape des
'l'lilllls lllsÎOlllouBs. l'ÉnI0DB ltlî0D0'c0lllltjli,\LE 27ri,
-
Iaines anglaises et autorisattt la libre circulation tles draps
flamands dans toute I'Angleterue. Bufin, il atlhère tu traité
de {339 et accepte la cgmlnullauté tles mouttaies avec la
Flandre, le Brabant et le Hainaut.
Quant à Louis tle Nevers, il avait abautloulé le pays pottt'
aller vivre à la colr du roi de Fmttce. Peudant son absence'
Van Arteveltle prentl le titre de ?"ttu'uttrt, c'est-à-dire tle
gardien ou régent du pays.
Bataille de I'Ecluse et siège de Tournai (1340). - Les
effets de I'alliauce artglo-flarnande ne tardent pas à se firire
sentir. La flotte des alliés détruit celle des Français à la
bataille tle I'Ecluse (1340). IJne artnée composée de soltlats
flamauds, brabançous el, alglais ya ensuite mettre le siège
devant Tournai où Philippe de Valois it cottcentré des folces
consitlérables. Mais, iuquiet tle la tout'uurc prise par les
affaires, le roi tle France propose uue trêve qui est consentic à
des conditions honorables pour les collllnulles flrmandes.
Réformes de Van Artevelde. Voulant donner à la Flanth'e
-
la cohésion nécessaire pour lui perrnettre d'affirmel Son indé-
pendancè vis-à-vis tle l'étrangel', Yln Àrteveltle reltoue et rend
plus for.te Ia fétlératiorr. des trois ancieus tlistricts de la
Flandre, à Ia têle tlesquels il place les grantles communes de
Bruges, Gand, Ypres, chacune exerçant I'autorité rnilitaire et
judiciaire tlans le tlisfict dont elle est le chef-lieu (1 ).
Tandis cJu'il se réserve le gouleruetnent tle la commnlre et
du tlistrict de Gand, il prépose de ses partisans à I'atlministra-
tion tle Bruges et tl'Ypres. Sous son inspirat,ion, il est corventt
aussi que cllacllne tles trois chefs-villes désignera trois délégués
dont Ia réuniou pefmallente fot'tuera ulle assembléer chargée dc

(,1,) Bruges exerçait son autorité sur le Fr.anc tle Br.uges; Gantl, sur les
euàtie-Ilét"iers, les Pays de \\aes et, d'Alosl, Ternonde, Âutlenaerde et Cour.
trai; Tpres, sut la Flattdre méritlionale jusqu'à la Lys.
212 rrrsrornF: DES TIELGES ET DE Lriun cIvTLISATIoN

surveiller la marche tles affaires dans le pays. cetts âssem-


blée (l) fut désignée clepuis sous le norn des Trois Mentbres de
Ivlmdre (1343).
Ainsi le systèrne tl'organisation politique établi par van
Artevelde scmble avoir été une fédération des commmes tle la
I'landre, la direction des petites âppâl'tenant aux grandes.
Quant anx réformes qu'il introduit dans I'administration inté-
lieure des communes, on peut supposer qu'il s'attache à
combiner les droits des tliverses classes sociales tle façon que
leurs intérêts soient équitablernent représentés dans l'échevinage
et les conseils des cornmunes.
c'est du moins ce qu'il est, permis d'inférer de la charte accordée
crr {3i9 aux Yprois, qui réclarnaient lcs institutions comme au tent.ps rle
van Arteuelde, F'rt vertu de cette charte, Ia rcpréscntation commu-
nale d'Ypres se composait : ln Du magistrat, corlprcnanl uingt-sept
:
nremfrres, savoir treite éclrcvins, trei;e conseillers e0 I'avoué
(r'eprésentant du eomte), président. 2o De uingt-sept bourgeois,
choisis parmi les propriétaires et les notables. Ils avaient seulement
voix consultative. 3o Dc trente délégués des marchands et dcs
méticrs, répartis en quatre collèges.
L'ensemble de ces divers mandataires constituait le grand conseil
de la commulle ou la Grsnde elnnnunûu,/i d'Yprcs.

Jacques Van Arteveltle remanie aussi les institutions de Ia


ville tle Gand. Il fait de nouveau uu mernbre des grands
bourgeois ou poorters; les tisserands forment le secontl
membre et le reste tles métiers le troisième. Il rétablit ainsi la
poorterij comme corps politique, ce qui n'existait plus aupara- .

vant puisque lui-mêrne, étant noble, avait drl, pour pouvoir


exercer ses tlroits tle citoyen, s'aftilier à un métier.
0n croit encore que Yan Artevelde iristitua ou réorganisa à
Gantl la col,lnce, collège fonné des échevins sortis de char.ge et
de 49 bourgeois choisis pal les échevins et le bailli. La mission

('t) Germe peut-ùtre des ëteûs de Flcrndre.


TEIIPS HIS'TORIQUES. _ PIIRIODE }'IIODO.COUiUUNALIT 973
de la collace étail d'éc]ailer de ses avis res magistr.lts err
charge ( I ).
Rivalités industrielles en Flandre. h Flanclre n'avtrit atteint
- Jarnaisauquel
le degré de splendeur et de prospérité cile arr.ive sous re
gouvernement ferme e[ cependant libre de van Artcvelde. cettc
extraordinairc prospérité du prrys lui devient fatale. Les lrlamantls,
si puissants par I'union aux jours de darrger, se divisent rorsque
ceux-ci sont, passés. Une ardente rivalité industriellc et commerciirle
existe entre les grandes comnlunes et oceasionne entr.e elles tlc
fréquents conflits. La jalousie qu'elles nourrissent les unes pour
Ies autrcs s'étcnd aux petites dont elles voudraient restreindre
I'activité à I'industr"ie :rgricole, pour se réserver toute industric
dépassrnt les limites des besoins donesl,iques. ces plotentions
provoqûent la révolte des cirnpâgnes e[ des commlllles clc secorttl
' ordre. necloo et Tennoucle s'irtsurgent contre I'irutorifé de ll ville de
Gand. De mème, les hirllitants de Poperinghe refusent dc sc
soumettre auxinjonctions des Yprois, qui prétendent,leur interdire hr
frbrication des clraps. h'r'ités de leur résistauce, les métiers cl'yprcs
courent, erl armes, srccagel' Poperinghe. Les corpoftrtions cllcs-
rnômes s'élèr'ent, les unes contre les autres. Â Gand, on voil lcs
tisserands (2) et les foulons en veuir aux rnains sur lir plirce du
Ycndredi, parce que ceux-ci ont vainement, réclarné des premiers unc
augmentation de salirirc pour chaque pièce de drap qu'ils tenninent.
Pendant une journée cuùière, les hommes des cleux métier.s'se
battent avec un incrol'able acharnement ct ne se sépar.cnt qu'cn
laissant 1500morts sur Ic charnp dc bataille ({34s). Tr.iste journéc,
corulue dans I'histoire sous le nom de trfuu,uaLs Ltmdi (Kn'adcn
Itlaandlg).
Mort de lacques Van Artevelde. Van Àrteveltle sévit, avec
-
une irnpitoyable rigueur contre les factieux quels qu'ils soient.
C'est ainsi qu'à Becloo, il poignartle lui-même, sur. la polte dc
sâ pl'opre maison, I'un des principaux bourgeois de la ville qui

( {)VllonnxrNûERE, le Siècle d,es Arteuelde, p. 755.


(9) une violente rivalité avait de tout, temps èxisté entre ces colporations au
,sujet de la proportion de salaire qui revenait aux artisans de chacune. Les
tisserands formaientà Gand I'aristocratie ouvrière; les foulons élaient rangés
dans le bas peuple.
Y. Mirguet. - Histoire des Belges.
Dntrcrue de Ji'cque-s van Altercltle et d,f.doulrtt ltI.
TE}II}S HISTORIOUES. PÉRIODE }'ÉODO.COIU^\IUNTILE 275
-
fornentait I'insubordination. Cependant, rnalgré l'énelgie c1u'il
déploie, sa situation devient chaque jour plus difficile. Sentant
la nécessité de rendre à la Flandre un chef de haute naissance,
il entre en négociation avec .Etlouartl II[, à qui il propose tle
placer le prince tle Galles sur le trône de Flandre. Infornté
et effr'ayé de ce projet, le palti français s'atlache li exciter contre
le trilrun les tléfiances populaires. Les calomuies les plus
otlieuses sont répandues cotttre lui. 0n va jusqu'ii I'accuser tle
s'ôtre approprié le trésor de la Flandre. BientÔt sa popularité
s'affaiblit et I'attitutle tlu peuple à son égtrtl tlevient tlrettaçante.
Un soir, ulc troupe de tissemnds, cotttluite pat' Gérard Denis,
I'ertuemi le plus rcliarue de Jacques, r,iotlt assaillir sa dencure. Hu
vrin celui-ci aclresse 'a lii foule tut tliscours ltabilc ct tOuchattt pour
lui rlppeler ses serriccs ct lui motttrer les suitcs funcstcs que -qà
mort entrairteriiit pour Ie pl.vs. Àu ttromcltt oir Jacques, poitr
échapper à ses enttctnis, quittC sa mttison pâr ullc poltc tle tlcrriùre,
(lérard Dertis s'élituce strl lui et lui fcntl li-r [etc rl'ul cotrp tle
haclto ( I ).
Le rurvaart, ntot'tCllenient blessé, s'tltat sur Ie seuil dc st nraisou.
Quelques prroles inintelligiblcs : ,. Peuple !... Gnrul... I"landt'e !.,. >,
s'échappent avec peinc cle scs lèt,res ct prouverlt clue sa dernièr'e
pensée est encore pour scs ingrats cottcitoyerts I I'ittslant tl'après,
r:clui qtri lit la Itl:ruclrc si prosptire ct si gnndc, tt'cst plus qu'utt
caclavre inelte (1345).
L'innocence tle Jacqnes Van Artevelde est aujourtl'htti bien
prouvée. Les Gautois eux-nrêmes ne tartlèrent pas à le recon-
naître. Ils tlécidèren[ qu'une larupe expiatoirc serli[ eutreteutte
aux flais de Ia ville cu I'église Notre-Dame dc la Biloke. Elle y
brrilait encore trente rns plus tartl.
Louis de l{evers périt I'auuôe suivante :i la bataille de Crécy,
livrée par les I'rançais aux Anglais et peldtle pflr les pt'emict's.
L'histoire lui a donué depuis le notn de l,ouis dc Crécv.

( { ) 0n a contesté cette intervention, si pr'éponrlérante au dire tlc Froissart'


rle Gér'ard Denis dans l'assassinat de Jtcques Yan Artevekle.
276 Hrsrornn DES BELcES Et'DE LEUR cruLISATroN

Louis de Maele (1346-1385). Avènement de là maison de


Bourgogne en Belgique. Louis de Maele avait épousé une
-
fille de Jean III, duc de Brabant, Comme 'Wenceslasl succes.
seur de Jean III, retuse de lui payer la pension assignée en dot
à sa femne par le défunt duc, Louis s'emplre des villes
d'Ànvers et de Malines qu'il réunit à son cornté de Flandr.e,
(t357, rrairé tl'Ath).
Quelques années plus tard, il obtient tle la France la reslitu-
tion des villes de Lille, Douai et 0rchies ( autrefois en