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Q-not *ra-'

COURS COMPLET
D'IIISTOMT DE F'R.AI\{CE
t.,,..
u'usA.oE
^
OES C(}URS COIiIPLÉMEIITATRES & DES CA}iDIDATS
AUX BREVETS OE CAPACITË

0uvrago torleqrrl des leçonl, des rdcih ellrdll des gmndl hirtorienr
del erercicet omur of dclilt
ur onnrÉ

or 88 onrvunE$ DT nn !l!l crnrns trtrnncrr,Écs DANS LE TExrE


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Iléstrd E[At$tEEf ' Jules PII{Af,D


pnorlsleun ronÉcri_n'Ft{g-r.l!-_
eu^NcrEN
r,rcÉn cfiaRLËMÀcNE, ru r,rcÉe cnEvlt.rBr D! L^ LÉGtott D.EorrlrE(,n
Ff:NBLott
sr L L,rssocrrrroN DB Ll, ploFBrsrun tcrioÉ Drsutorll
rRoytsEUR Du LycÉB ..Loulr-LE-oR^Nr)
'ORBoI{NE ^NCtEt{ Àu r.vcÉs conDoncrÎ

PnuptnÂfl0If au rlnayDT nlûunurilnn


Incorlt sur la liste des otryrages fournls gratuitement par la vt[c
de Earis à ses éooles communales

TRDNTD.SNP'IIi'TIT1: IiDITION

PARIS
LIBITAINIE CLASSIQUE EUGÈNE BETIN
B'i"ii"^*T*":i's
ril;
Tout exemplaire de cct ouvrsger non revêtu de notre
griffe; sero réputé contrefait.

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s.{rrî-cr.ouD. I}lPlrlurtRIE tsEr,tN IrltERtas,


-

t!
AVERTISSEMENT

Lc Cours complet d'htstoire-d,e France est destiné aur élèvee


des ôours complémentaires. Il sera consultê ovec ptofit dans
tous les examens qui exigent la connaissance sérieuse de notre
histoire natiouale, et, en particulier, par les aspirants et lee
aspirantes au brevet élémentaire.
Complément de nos ouvrages d'Histoire de France et de notre
ll;stoiçe genérale, en usage dans les écoles primairea, ce livre
est conçu dans le même esprit et rédigô d'après la même
méthode.
Un plan-sunmeire, résumé de chaque chapitre, divisé mêtho-
diquement, est une leçon facile à apprendre et un gzlde pour la
rédaction.
lJn recit, qui expose la suite des événements, meî, toujours
en lumière le fait capitel d'une époque et la vie des hommes
remarquables.
Des lectures, empruntées aux plus grands historiens, com-
plètent les récits et peuvent servir de textes aux narrationt his-
toriques.
Des esercices oraua et êcrits fournissent les indications néces-
saires sur les livres à consulter, les mots à expliquer, les lieur
. géographiques à flxer, les questions orales à préparer et les tra-
vaur écrits à rédiger.
Des carles et des gra,t)ures intercalées dans le texte gravent dans
la mémoire le souvenir des principaur événements et des grands
personnages.
Enfln, d,es tableaua de récapitulation et des listes chronolo'
giques facilitent le travail de la revision générale'
- Dansnotrepensée, un Cours complet d'histoire, contenant des
développementg assez étendus sur notre histoire nationale et
des notions plus sommaires sur I'histoire générale, était un Iivre
trtile et mème néôessaire pour nos écoles. Telle a été aussi I'opi-
nion des maîtres qui n'ont cessé d'accueillir evec une faveur
croissante notre llisdoire de France, En publiant cette nouvelle
étlition, nous leur offrons tous noe remerciements.
DÉsrnÉ BLANCIIEI.

4 :,:
s.
* AvERTISSEMENT. .

Le Cours d'histoire de MM. Blanchet et Pinard, à I'usage des


énoles primaires, conforme aux progrûmmes de 1889. est ainsi
divisé ;
Dremlbres Legons il'histoire de Erance, petites leçons, petits récits;
par MM. Bla'nchet et Pinard, ouvrâgo répondant au prôgramme desclasses
ênfantines et do I'année préparaloiré, oràé de 8 cartès ét ds 114 gravuros
intercalées dans le terte. I vol. iu-1ô, oart. 60 o.
Cours élémentaire. Iistoire de France I par I\1. Blanchet, ouvrego
-
ilestin6 ù la première onnée d'enseignement, contenant dos leçons, des
exercicos oraui, de petites narrations historiques (lectures' réoitri, biogra'
phies) et orné de I cartes et de 50 gravures
- interoeléos dans le texte.
1, vol. in-l?. cart. 75 c.
Cours moyeu. f,istoire de Franog; par M. Blanahet, ouvrrge destiné
L la deuxième - année d'enseignement et, à la préparatiou au certiûcat
d'études, orné de 25 cartes et, de b0 gravurelt intcrcalées dans Ie texte, el
aontenant uue rovision des dates principales. 1 vol. in-12, cert. I fr. 10 o.
Cours anp6rieur. Petite f,istoire générale (notions sommaires)etrevi-
- France (troisième année d'enseignement);
sion do I'histoire do par M. Désiré
Blanchet. Ouvraqe cortenant des lecons. deslectures et des réoits extraits des
grands historien"s, des exercices oïaus et écrits, et orné de 48 gravures et
àie 8 cartes intercalées daus le texte. I vol. in-12, cart.
-l fn. 50 c"
tours supérieur et cours oomplémentaire. - f,istoire générale (notions
aommaires) e[ revision de I'histoire de France ; par M, Désiré Blanchet.
Ouvrage iontonant des leçons, dcs récits extraits des grands hisLoriens,
des exércices oraur €t écrits, et orné de 60 gravures et de ô cartes intep
colées dans Io terte. I vol. in-12, cart. 2 fu.25 a.
Cours oomplet rl'histotre ile Franoe (prëparation aubreilet ëlémentaîre').
Siographles des hommes illustres dos temps anoionE et modernes (grands
vovsèeurs: crands patriotesi Rrands inventours). Récits et entretiens fami-
lieis iur leb Ërincipaux personiages et les grandé faits do I'histoire nationale,
des origines'à 1789; par U. Blan-chet. Ouirage destiu6 aur jeunes enfantsi
contenÀnt des leoons, des récits, dos lectures exttaites de nos grands histo'
fiens, des ererciôes oraux et écrits, et orné de 138 gravures ef de 4 cartes
lntercôlées dans letoxte.1 vol.in-12. cart. 1 fr. ?5 o.

Le Cours cornplct d'histoire de M. Blanchet, à I'usage des


écoles normales, des écoles primares supérieures et dcs candi-
dats au brevet supérieur, est ainsi divisé :
Première année. f,istoire atroieDno et du moyon âge. ouvrage conte.
-
nant des leçong, dcs réoits, des exercices oraur et écrits, des lectures ex-
traites des grands historiens, et orné de 40 gravures et de 18 cartes interca-
lées dens le-texte. 1 vol. in-12, cart. 4 fr.
beurième antéo. Xistoire moderne, de t318 à 1789. ouvraqe conte-
naet des lecons. -deg recits. des exercices oraux et écritr. des lecluies ex-
traites des grands historiens, et orné de 75 gravures et de i3 cartes interca-
lées dans lo l,exte. 1 vol. in-12. eart. 4 fr. 50 c.
troisiàme arnéo. Eistoire contemporaine, de 1789 à nos Jours. ou-
wage contenant des - leçons, des réeits, des exercices oraur et écrits, des lec-
tureis extraites des graïds historiens, et orné de 26 gravures et de 33 cartor
lotcrcalées dans Ie texte, 1 vol. in-i?, cart. 3 fr,

.4
OOUI|^el OOICPLE:T

D'HISTOIRE DE T'RANCE

' CIIAPITRE PREMIER


LA GAutE rtoÊprnontrE.
1500 av.
- tEs tiluAsr0ils.
J.-C.
- tEs trtÉR0utl{GtElts
- 687 ap. J.-C.

.I
LA GAULT. _ LES GAULOffi
LEçON t

l. l,a Gaule. La Gaule, plus étendue que notre France, avait


pour bornes : -au nord, la mer du Nord et la Manche; à I'ouest,
I'océan Atlautique; au sud, les Pyrénées et la Méditerranée; à
I'est, les Alpes et le Rhin.
3. Les Eaulois.
- Les
trois races: lee Galle,
Gaulois comprenaient deg hommee de
Ies Kimris et les lbèreg; les Phénicieng
et les Grecs fondèrent oussi quelqueg colonieg dans Ie sud de
la Gaule.
8. La sooiété gaulolse.
- Les tribus gauloises reconnurent
d'abord I'autorité des prêtres ou druides. cui furent suoulnn-
tés pal une aristocratidmilitaire: les erandô furent eurfrèmes
dép'ouillés du pouvoir par les habit-ants des villes. oui éte-
blii'ent des gouï-ernemeitg plus ou moins populaires'; iuais tee
tribus restèrent désunies.
{. Les erpéditions des Gaulois. Les Gaulois étaient irritables,
prompts au combat. sirnDleg et -faciles à persuader. Peu attachés
âu sol, ils courureit soirvent hors de leur pays : dee bandes
nombreuses passèrent les Alpes, et I'une d'elles pril, Rome, la
cité la plus bielliqueuse de I'ltalié.
nÉur
l.
I-ra Gaule. Le nom de France aété donn6 eu peys
que nous habitons- par les Francs, tribus germaniques qui
s'établirent à l'ouest du Rhin, il y o quatorze siècles. Aupa-
r&v&nt, la France s'appelait la Gaule, ét ses habitants éteiènt
lee Gaulois
l. Lr legon doit ètre appriso et récitée par l'élèvo.
t
ri{: :
O EISTOIRE DE trNÀNCE.
La Geule éteit bornée : au nord, por I'océan Germanlque
(aujourd'hui mer du Nord) et la mer Britennique (la
Monche); à I'ouest, par I'océen Atlentique I au sud, par les
monts Pyrénées et lo mer Méditerranée; à I'est, par les'mon-
tagnes des Alpes et le fleuve du Rhin. Elle comprenait, avec
la France, le royaume de Belgique, une pertie du royaume
des Pays-Bas, le grand-duché de Luxembourg, la région de
I'empire d'Allemagne qui est à I'oucst du Rhin, et la Suisse
presque tout entière.

La nature elle-même semblait donc avoir tracé les fron-


tières de Ia Gaule, limitée par deux chaines de montagnes,
deux mers et un grand fleuve.
2. Ileureuse situation de la Gaule. - Un géo-
graphe ancien e dit : < Il semble qu'une proviilence tutélaire
ait destiné la Gaule à devenir le lieu le plus florissant du
monde. > Notre peys, en elfet, & un ciel doux, un climat
tempéré, un sol fertile, qui produit en abondance le blé, le

à,
. \ LÀ OÀULE INDÉPENDÀNÎE. 7

vin et les denrées les plus utiles à I'homme. Mais, dans les
siècles qui ont précédé l'ère chrétienne, la Gaule présentait,
au lieu de champs cultivés et de pâturages-vertloyants, des
marais inabordaËles et de profondès forêts. c'était le domaine
des animeux seuveges plutôt que celui des hommes. Les
loups, les ours, Ies 6lans, les auiochs ou Srends bæufs des
boiË, y e*raient en maitres. Dans les clairières et les maré-
cages s'ébattaient d'immenses troupeaux de porcs' presque
auisi féroces que les loups. L'air éiait âpre, le ciel gris, du
moins dans Ie nord, et if ertt désolé les yeux des habitants'
s'il n'eût été le ciel de leur patrie.
La terre de Gaule recélaii les mêmes richesses qu'aujour-
d'hui, mais les Gaulois préféraient la chasse à I'agriculture
et la gueme à I'industrie. Le millet, I'orge et .le blé furent
cultiv?s d'abord dans le midi, puis dans les vallées de I'Au-
vergne et sur le bord des grands cours d'e&u. Toutefois,
l'élËve des bestiaux fut toujôurs plus en honneur que Ie tra-
vail de la terre.
habitants de la
3. Ires Gaulois. - Les plus anciens
Gaule furent les Galls, Gaêls ou celtes. sept cents ans avant
Jésus-Christ, les Kimris vinrent de I'Allem&8ne, les lbères
vinrent de l'Éspagne, et ils occupèrent, les uns Ie.nord, Ies
autres le midi àe la êaule. Les Galls furent refoulés vers le
centre. ces peuples étaient divisés en tribus, tantôt-alliées,
tantôt en.re*ie* les unes des autres. lls vivaient dans les
forêts ou les landes couvertes de bruyères, occupés de la
chasse ou de la gueme. Les querelles étaient fréquentes-entre
des hommes éfalement vaniteux et braves, qui voulaicnt
tous dominer leurs voisins.
Les hardis navigateurs de Tyr et de Carthage, -q-ui-par-
coururent de si bonne heure tous les rivages de la Médjter-
ranée, fondèrent aussi quelques.c_olonies dans Ie midi de lo
Gaule. D'après la tradition, I'Hercule tyri_en arriva &ux
bords du Rhône, où il eut à soutenir un combat terrible. ses
nUth.. épuisées, il allait succomber lorsque .son père vint à
son aide : Jupiter fit tomber d'u ciel une pluie de pierres qui
fournit de nôuvelles &rmes su héros. tes pierres, on peut
les voir encorê''i l'immense plaine de la Crau en est toute
jànchee. Hercuie victorieux fônda, ron loin de Ià,la villede
"Nimtt,
et, au cæur de lo Gaule, celle d'Alésia'
4. Fond.ation de Marseille. - L'an 600 aventnotre
ère, un marchand grec, nommé Euxène, abordo dans un
8 EISToInE DE FRANoE.
g_olfe profond, i I'est des bouches du Rhône. Le roi du poys,
Nann, ofrait alors aux jeunes nobles un grand festin. e, t"
Iin .de ce festin, sa lille devait, suivont la ôoutume, désigner,
en lui présentant à boire, le mari qu'elle choisisiait. N"no
accueille.les étrangers et les fait assèoir à sa ttrble. Le jeune
fille parait, tenent à la main une coupe pleine; soit ha'sard,
soit
-caprice,
elle s'arrête devant nuiene. Nann accepte ce
gelrdre,. qu'il moit envoyé par les dieux, et lui accorddpour
dol' le rivage,du golfe où son vsisseau est à I'ancre. Euxène,
tout joyeux de cette alliance Èvec un puissant chef, dlnne à

Gyptir et Eurèue.

sa fcrrrme le nom grec d'Aristoxène, c'est-à-dire la bonne


hôtesse.. ses-compagnons sc fixèrent sur re rivage de iu **r,
et ainsi fut fondée la ville de nlarseille, destinîe à ,levenlr
Ia reine de la l{éditerranée. Elle paya aux Gaulois ]eur
hospitalité en leur apprenant ra coituie de ra .i a.
I'olivier. 'ignr-
5. Caractère des Gaulois. _ < Le caractère com-
mun de toute la race gauroise, dit strabon, r'..t qo'rilà est
irritable et folle d9 gug*e, prompte au combaf, du reste
simple et sans malignité. si on i*iie ces hommrrl it* *u.-
chent droit à I'ennemi, et I'attaquent de front, r*, r'intor-
mer d'aut.e chose. Aussi, par la ruse, 0n en vient facilement
à bout. Toutefois, par la pôrsuasion, iis se raissent
facilement
amencr aux choses utiles; ils sont çusceptibles de culture et
tÀ GÀULE INDÉPENDÀNTE. 9

d'instruction littéreire. Forts de leur haute taille et de leur


uombre, ils s'ossemblent aisément en grande foule, simples
qu'ils sont et spontanés, prenant volontiers en mein la cause
de celui qu'on opprime. >
6. Religlon et gouvernèment des Gaulois. -
Toutes les peuplades gauloises furent d'abord soumises à un
gouvernement théocratique. Les druid'es, ou hommes des
chênes, à la fois prôtres, philosophes, astronomes, médecins,
devins, régnaient per la puissance de le superstition. IIs
enseignaient à leurs initiés la doctrine orientale de la co-

Char de guerre des Gaulois.

existence éternelle de I'esprit et de la matière, ils croyaient


à Ia métempsycose ou transmigration des âmes et avaient
une notion confuse d'un autre monde.
C'est au milieu des bois que les druides célébraient les
fêtes de leur religion. Une des plus populaires était larécolte
du gui. Les Gaulois attribuaient à cette petite plante, qui naît
sur les branches du chêne, la vertu de guérir tous les m&ux.
Lorsqu'on avait trouvé le gui, un druide coupait ûvec une
faucille d'or Ia plante sacrée qui était regue sur un voile
blanc. 0n immolait deux jeunes taureaux sans tache, et
toute I'assemblée prenait part à un immense banquet. Les
Gaulois conservaient précieusement Ie gui; ils le regardaient
oomme Ie symbole de Ia vie.
t.
IO EISTOIRE DE FRANCE.
Les fôtes des druides étaient quelquefois sanglantes. Ils
croyaient apaiser la colère de leurs dieux par des sacrilices
publics. Ils remplissaient d'hommesvivants des mennequins
d'une grondeur immense et tissés en osier; ils y mettaient
le feu et faisaient périr leurs victirnes dans les flammes. Ils
pensaient que le supplice des criminels était plus ogréable
aux dieuxl mais, quand les miminels manquaient, ils pre-
naient des innocents.
Les druides enseignaient au peuple un polythéisme assez
grossier. Les principaux dieux, ceux qui recevaient à peu
près partout des hommages, étaient : Camul, le génie de la
guerre, Tarann, le dieu du tonnerre, Arduinno, la fée des
grands bois, Teutatès, I'artisan du monde, Ogmius, le dieu

Menhir gaulois.

ile la poésie et de l'éloquence, représenté ovec des chaines


d'or qui sortaient de so bouche pour lier ses auditeurs, enlin
Hésus le terrible, dieu mystérieux et suprême, que ses ado-
rateurs appelaient le seigneur de la forêt.
Les chefs de tribus, insurgés contre les druides, détruisi-
rent leur puissance et la remplacèrent per une aristocratie
militaire. Les prêtres ne furent plus que les devins des ar-
mées; les bardes, qui chantaient jadis les louanges de lo
divinité, devinrent les parasites des rois. Luern, roi des
Arvernes, laissait un barde courir à côté de son char d'ar-
gent, célébrant ses exploits et tendant la main.
Mais Ia domination des chefs de clans était lourde, copri-
cieuse et tyrannique. Elle parut surtout insupportable aux
habitants des villes, quand I'industrie et le commerce leur
eurent donn6 quelque aisance. Aidés par les druides, ils
dépossédèrent I'aristoeretie de son pouvoir héréditaire, et le
LÀ OÀÙLE INDÉPENDÀNTE. II
remplecèrent tontôt per un megistrat suprême ou uergobret
par une
attnuel, tantôt pat uir sénat souverain, tantôt. enfin
popolnir.. Il y eut des peuples isolés, des peuples
"r..*fiet
uni. put ott. àlli"ote étrôite ou fraternité, des peuples patrons
--2.clients d'autres PeuPles.
ou
gxpéditionà dàeGautois' - Les Gaulois, grands
les exercices violents, les expé-
et iorts, iimaient ovant tout
tlitions oventureuses, Ia chasse et la guerre'
Dans les combats ils afrontaient IÀ mort en riant'
c Que
craignez-vous, leur dit un jour Alexandre le Grand ?
- Nous
qo'une chosq répondirent-ils, c'est que Ie ciel
"î.ïigtoo*
ne tombe sur notre tête I P
Peu nttachés au sol, qu'ils oultivaient mal, les Gaulois
,t rnæui."t de résiden'ce suivant leur caprice et les. hasards
des cîmbats. Les discordes intestines et le gorit des
aven-
tures les poussèrent souvent hors de leur pays' Six centsans
avant Jésus-Christ, deux chefs des Bituriges-(Berry),figo-
vèse et Bellovèse, conduisirent vers Ie Danube et le
Pô de
ît*p.t diémigronttr premier, gui-dé per le vol
;;;;d* -L.t la grande
ËLt oi*to"*, iranchit làhaut Rhin et s'engagea^dans
iottt qoi couvrait alors toute I'Allemagne du Sud' Le second des-
ou*uàans I'Italie, le pays de Ia vigne et des moistons'
Ëendit dans les plainei du
pô et en chassa les Etrusques.
D'autres tribus iuivirent celle de Bellovèse, et détruisirent
nartout le travail des Étrusques : les villes furent démolies'
i;;;p" t*ittot en friche, et bjentôt ce riche pays-ne pré-
rÀi- pftt que i'aspect de Ia-barbarie' < Les peuplades gau-
ioiser,'ait I historiôn gree polybe, h-abitaient desbourgs
suns
,no.uillrr, manquantîe *eo"blts, d-ormant sur I'herbe ou
que viande, ne s'occupant
sur la paiile, ne se nourrissant cte
que de guerre et d'un peu de coitote : là se bornaient leur
;.i;;;t i;;; industrù, L'or et les troupeauxsont constit'uaient
des Dlens
à leurs yeux toute la richesse' pa'rce que 0e
qu'on p-eut transporter avec soi à tout événement' >
' 8. Prise de ilome par les Gaulois' - Tandis que
la_ cité Suer-
les Gaolois s'établissaiuold"nt I'Italie du nord,
grandissait dans I'Italie centrsle' Un jour' les
rière de Rome
des
Cuotoit passèrànt les Apennins et voulurent s'emparer
I'irno. Les Romains déclarèrent qu'ils
iàrp, de la vallée cle
pttt-i.tt ce territoire sous leur protection, et envoyèrent des
députés &u cemp dt Brenn, ql ;h9f gaulois, lÏt^ 1l:^iégtuit
irïiff* de Clusium. Un aes députéséntra dans la cité, prit
12 EISTOIRE DE FRANCE.
port à une sortie et tua un Gaulois. Alors le brenn irrité
mercha sur Rome. Il battit I'armée romaine sur lesbords de
I'AIlia, près du Tibre, et s'approcha de la ville. Touie la
population avait fui, sauf un millier de jeunes gens, qui
s'étaient enfermés dans la citadelle, et queiques iieilllrds.
Les Gaulois, trouvant les portes ouvertes, enirèrent avec in-
quiétude dans ces rues silencieuses, et virent avec étonne-
ment de vieux magistrats, assis et immobiles, un bàton
d'ivoire à la main. Ils les prenaient pour des dieo* ou des
statues. Un soldat toucha la barbe dè I'un d'eux, nommé
Papirius, et regut un coup de bâton. papirius fut tué et la
ville fut incendiée.
Les Gaulois essoyèrent de prendre la citadelle, à la faveur
de la nuit : les oies consaæéei crièrent à leur approche et
réveillèrent les défenseurs. Le siège fut converti ôi blocus,
et la famine força les Romains à se rendre : ils convinrent
{e qay_er mille livres pesent d'or. Réunissant tout ce que le
cnpitole en contenait, ils envoyèrent des commissairôs au
pied_de la colline,. où le brenn lcs attendait avec des poids et
urre balance. IIs s'apercurent que les poids étaient fa-ux et se
récrièrent. l\{ais le brenn, détachant sôn épée, la placa ainsi
que !e baudrier dans le plat qui contrepesait l;or.- a
Que
signilie cette action? demanda un Romain. Que peut_elle
- auxvÀ,incus t r
signifier, répliqua le Gaulois, sinon: < I\{alheur
Lcs Romains baissèrent la tête et subirent I'outrage qui
eccompagne si souvent la défaite. plus tard, ils sevengèrent
en exterminant les Gaulois d'Italie. plus tard encore, ll, les
poursuivirent dans la Gaule elle-même.

LECTUNES

PnEMIÈRE IBCTURE.
- La France à vol d,'oiseau.
Montons sur un des points élevés des vos.ges, 0u, si vous voulez, du
Jura. Tournons le dos àux Alpes. Nous distiîgrieroris (poui"o qoe o'otre
regard p{islg percer un horiz-on de trois centi lieuesi'une lisËô-onau-
leuse, q.ui s'étend_ des collines boisées du Lurembouri et des"Ardennes
1II ltlLqll-des, vosges;. de là, par,les coteaux.vineui de la nooigôgne
aux dechlrements volcaniques des cévennes, et jusqu'au mur prodigreur
de.s Pyrénées. cetle.ligne-est la séparation'des" earir; au côtE ôcclaen-
[ar' la- selner ta Lolre et la Garonne descendent à l'Océan: derrière
i é19"]gll I {,ql!u, au .nord;. ta Saône et le Rhône, au miail Àu iôû;
deur espèces d'iles continentales : la Bretagne, âpie et basse, simplË
T,A GAUTE INDÉPENDANTE. 13
-quartz et granit, grand écueil placé au coin de la France pour porter
le coup des courants de la lllandhe ; d'autre part, la verte ôt rud'e Au-
Tergne, vaste incendie éteint, avec ses quararrte'volcans.
Les bassins du Rhône et_ de- la Garonde, malgré leur importance, ne
sont que seeondaires. La vie forte est au iord.-Là s'est onèré re erând
mguvement des rrations. L'écoulement des races a eu lieu d'e I'AlleËague
à la France dans les temps anciens.
En latitude, les zones-de la France se marquent aisément Dar leurs
produits. Au nord, les g.rasses et belles plaines dô. Belgique et deïrandie;
avec lenrs champs de lin, de colza ef de houblon,-la- vigne amère dû
nord. De Reims à la lloselle eommence la vraie vigne eÈ le vin: tout
esprit en Champague, bon et chaud en Bourgogne, il"se charge, s'âlorr-
0rt e.n Langued0c, p0ur se réveiller à Bordeaux. Le mùridr. I'olivier
pararssent à Montauban; mais ces enfants délicats du midi risouent
toujours sous le ciel inégal de la France. En longitude, les ,onËs ne
sont pas moins marquées...
0n I'a dit, Paris, Rouen, le Havre sont une même ville dont la Seine
est la grand'me. Eloignez-vous au midi de cette rue magnifigue.-où les
châteaux touchent aux châteaux; Ies villages aux villagel; pàssbz de Ia
seine-lnflérieure au calvados, ét du catiados à la tta'ict[e : qrrelles
gue soient la richesse et la fertilité de la contr'ée, les viiles dirninuent
de n0ûbre., les-cultures aussil les pâl.urages augmentent. Le pavs est
sérieux : il va devenir triste et sauvàge. Aix crrâiearrx altiers dôià rr{or-
mandie vont succéder les bas manoirs ïretons. Le costume semble Juivre
l^e changement de I'architecture. Le bonuet triomphal des femmes dà
Caur, q.ui anllonce si dignenrent le-q nl]qg- des conquérants de i'nngtà:
terre, s'évase vers Caenf s'aplatit dès Villetlieu; à'Saint-lfalo, il se"di-
vise, et. fig're vent tantbt les ailes d'un mbulin, tantô[ tei vôites
-au
d'un vaisseau. D'autre part, lcs halrits de peau c0mmencent à Laval.
Le.s lbrêts qui vont s'épa-ississant,la solitudeTe la Trappe, où teimoines
menent en commun la vie sauvaEe, les noms expressil'i des villes. Fou-
g_ères ct Rennes (Rennesveut dire aussi fougèrrj), les eaur
srises'de la
Mai'enne et de Ia Vilaine, tout annonce la dure'iontrrie.
Itlrcunlnr, llisloire de France,

DEUXIEME LECTURE. -- Industrie des Gaulois.


Hardi, bruyant, impétueux, né surtout pour les entreprises du cbamo
de bataille, ce peuple possédait pourtant-un esprit infénieux et actif,
propre a tout comprendre e[ à tout faire. II n'avait pas tardé â ésaler
ses. maitres.phéniciens. et grecs dans I'art d'exploitdr les mines,"et il
s'était mis à les travaillcr à son profit, vendani aux marchands étran-
gers le.netalpurifié, tout prêt à là fabiication. Bientôt mème il s'appli-
qua à imiter les armes et'les ornements Drovelant de ses DroDres me-
taux, que les étrangers venaient lui revbndre à smnds drix. et des
fabriqnes s'élevèrent à Bources pour le fer, à Âutuuîour I'oi ct i'arsent.
La même supériorité que les' EsDagnolb ont acqr^rise nour la tràmoe
de I'acier, les Gaulois y parvinrent'polr le cuivre.'L'anfionité leur fa'it
honneur d'une multituïe d'invcntioirs utiles gui avaicnt'échappé à la
vieille civilisation de l'Orient ei de I'rtalie. 'ce furent les liiiurigei
(Bourges),qui trouvèrent les procédés d-e l'étamage; les Eduens (Autui),
ceur du placage. Les premieis appliquèrent à châurl l'étain sur Iecuivid
IL EISTOIRE DE TNANCE.
tyec une telle habileté, qu'à peine pouvait-on distinguer de I'argent les
vases qui avaient subi cette préparation; ensuite, des ouvriersii'Àlésia
(Alise, en .Bourgogne) incorporèrent I'argent lui-mème au cuivre, pour
en orner les mors et les harnais des chevaur. Des'chars entiers étdient
fabriqués ainsi en cuivre ciselé et plaqué.
La Gaule ne marqua pas molns Dar ses découvertes dans l'art de
brocher et de tisser ies étoffes; ses teintures n'étaient pas sans réputa-
tion. En- agricu-lture, elle imagina la charrue à r0ues, lê crible de'crin,
et I'emploi de la marne, comme engrais.
Les Gaulois composaient diverses sortes de boissons fermentées. telles
que la bière 4.qrge,. appelée cerroise, la bière de froment mêlée dé miel,
I'hydromel, I'infusion de cumin, etc. Quant au vin, c'était aux com-
merÇants étrangers que les Gaulois en devaient I'usage; et c'était des
Grecs massaliotes qu'ils avaient appris les procédéf sénéraur de sa
fabrication, ainsi que Ia culture de iâ vigne. La Gaule pioduisait du vin
de,.qualités fort variées. Autour de Itlarieille,- il était ïoir, épais, peu
estimé : on lui préférait de beaucoup le vin blanc récolté sui les co-
teaur de Béziers. Dans quelques caitons, en particulier dans la vallée
de la Durance, on obtenait uri vin doux et liquoreux en tordant la oueue
des glappes, et les laissant exposées sur lti cep aux premières eelées
de l'hivèi. Les anciens attribuiient à I'industriè gauloise les tonËeaur
et les vases en bois eerclés propres à transporterit à conserver le vin.
Amédée Tsrnnny.

EXERCICES ORAUX ET ÉCRITS

l. Erptioatton des uots. - Strabon, célèbre séomaphe srec. vivait


au premier siècle de notre ère. - Polybe, né 200-anÀ avànt'Jésus-
Christ.
3. 0uestionnaire. vient le nom de France?
les bornes de la Gaule? - D'où Quels - Quelles étaient
pays modernes comprenait-elle?
-
Quels -sont les alantages n_a.turels.dè notre pays? -
Qriel était I'aspect
de la Gaule? Etait-elle bien cultivée? Faites -connaitre le caracière
des Gaulois. - Quels sont les peuples -anciens gui eurent affaire aur
-
Gaulois?
- Quelles sont les tfois-races qui periplèrentQue
RacoLntez les.ér-nigrations.de Sigovèse et de iJell-ovèse.
la Gaule? -
dit Polybe
des Gaulois d'Italie? -
A quelle occasion entrèrent-ils en relations avec
les Romains? - ce qui se passa à Clusium, à I'Allia, à Rome?
- Racontez
que les druides? étaient les dieux des Gaulois?
- Qu'est+e
Comment la puissance - Quels
politique des druides fut-elle abattue?
-Quelle est la forme du gouvernement qui remplaca la domination des -
chefs militaires? Racontez Ia fondation de ltlaiseille.
-
_.3. Ilevoirs à réiliger. - Ilaconter les expéditions des Gaulois en
Italie. Raconter la fondation de Marseille.
-
U\ GÀULE ROMAINE EÎ CHRÉTIENNE. t5

il
I.A GATILE ROMAINE & CERÉTIENNE
rEÇoN

l. Ler Bonains en Oaule. - La Gaule fut envahie à son tour


par les Romains qui, appelés par les Grecs de Marseille, fondè-
ient Aix et Narboirne.
2. Couquêto de la Eaule parJules Oésar. - Plus tard, le Romain
Jules César. srand eénéral et habile politique. fit aux Gaulois
une guerre'aà nuit années (58-50 av. J.-C.).-Ed vain se soumi-
rent-ils, en 52, à la direction patriotique de Vercingétorir :
César vainquit' leur dernier elfoit sous'les murs d'Alésia.
3. La Eaule romaiue. Rourains, maîtres de la Gaule, la
- Les ils
gouvernèrent avec habileté; y introduisirent la langue et
fa civilisation de I'Italie.
La Gaule fut surtout heureuse eous le gouvernement des em-
pereurs romains. connus sous le nom d-Antonins; elle se cou-
irit de masnifiqûes monuments et de grandes villes.
Cependait elle n'oublia pas son inTépendance et se révolta
souvènt contre ses maîtres.'Les plus céièbres de ces révoltes
furent celle de Sabinus et celle de-s Bagaudes.
4. Ls ohristianismo en Eaule. Le christianisme consola la
Ga,ule de sonoppression. Saint -Pothin fut le premier apôtre de
notre pays et Ie'premier évêque de Lyon. Sàint Denis prêcha
I'Evangile à Paris et y subit le martyre.

RÉCIT

1. Lreg Romains en Gaule.


tour, franchirent les Alpes.
- Les Romains, à leur
Marseille se chergee de les introduire. Menacée per les
Ligures, ses intraitables ennemis, elle demanda les secours
du sénat. Flominius, envoyé comme arbitre, fut chassé par
les Ligures à coups de pierres et grièvement blessé. Opimius
yenge& I'insulte per une victoire, et donna à Marseille le
territoire de ses voisins. De nouvelles attaques provoquèrent
de nouvelles plaintes. Sextius bottit les Ligures Salyes et
fonda lo colonie d'Aquæ Sextiæ (Aix). Rome avait pris pied
en Gaule; elle y cbercha des alliés, et donna aux Eduens le
titre de frères. Domitius battit les Allobroges à Avignon;
Fabius écresa les Arvernes sur le Rhône, et une province
romeine fut étublie entre les Alpes,le Rhône et la mer (l2l):
Marseille était cernée. En l 18, la province s'étendit jusqù'aux
Pyrénées; la voie domitienne, qui longeait Ia côte, joignit
I'Italie à I'Espegne, et Narbonne deYint la métropole du
IO EISTOIRE DE FRANCE.
pûys et attiro une gronde partie dti commerce de Marseille.
2. Victoire de Marius à Aix. < Les Romains
-
s'établissaient paisiblement dans ces contrées, lorsqu'un
événement imprévu, comme un cataclysme du globe, faillit
tout emporter, et I'Italie elle-mêmet. > Des Kimris ou
Cimbres, restés en Germanie, se joignirent à des hordes de
Teutons, et fuyant, dit-on, un débordement de la Baltique, se
mirent àdescendre yers le midi. Ils pénétrèrent en Goule par
I'Helvétie dont ils entralnèrent les populations, dévastèrent
tout le pays, au point que les habitants, renfermés dans les
villes, furent réduits à se nourrir de chair humaine, et arri-
vèrent près du Rhône sur la frontière de la province. Cinq
fois vainqueurs, ils furent anéantis près d'Aix par Marius,
qui mérita le titre de troisième fondateur de Rome, pour
avoir arrêté I'avant-garde des barbares germeins (lOfl.
Le triomphe des légions inspira aux Geulois outant
d'admiration que de reconnaissance. Ils laissèrent les pro-
consuls étendre les limites de leur territoire et pressurer le
peys soumis : les Allobroges, menacés de conliscntion,
aimèrent mieux implorer la pitié du sénot que de prendre
les ermes; les Tectoseges, maltraités par Fontéius, leur
gouverneur, I'accusèrent devant le peuple au lieu de le
mettre à mort. C'est ainsi que la défaite des Cimbres aveit
préparé la soumission de lo Gaule, et que Marius avait ouvert
Ia voie à César.
3. Jules César (58-50). - César soumit la Gaule
un mélange d'habileté politique et de taetique
entière per
militaire. Cet homme efféminé, pâli por les plaisirs, chauve
evant l'âge, faisait cent milles en un jour dans une voiture
de louage; il allait à cheval, insensible au froid, au chaud,
à la pluie, dictant six lettres à la fois à ses seuétaires portés
dans des litières autour de lui. Il embrassait d'un coup d'æil
la Gaule qu'il vouloit conquérir et I'Italie dont il surveillait
les intrigues. Il semblait être partout en même temps, et la
prodigieuse activité de son corps était encore dépassée par le
mobilité de son esprit.
4. Premières campagnes de César.- Césartrouva
en Gaule trois peuples: &u nord les Belges, ou centre les Celtes,
au sud les Aquitoins. Chaque peuple était divisé en un grand
uombre de tribus; dans chaque région, il y ovait des luttes

l. M. Micbelcl, Eittoire d,e Froncc, t. I.', p. 3E.


È)

tA OÀULE ROMAINE ET CERÉTIENNE. {?


entre les tribus; dans chaque tribu, les druides, les nobles
et le peuple se disputaient I'empire. César sut proliter de
cette immense anarchie, pour soumettre tour à tour des
hommes que I'union eirt rendus invincibles même pour lui.
Il parut d'abord en protecteur. Les Séquanais, opprimés
par les Eduens, avaient invoqué I'appui du chef germain
Arioviste, qui battit leurs ennemis, et les dépouilla eux-
mêmes. Ils s'adressèrent à César. César commenqe par
refouler dans leurs montagnes les Heivétiens, qui allaient
chercher loin de Ia Germanie et sur les bords de ls Charente
un séjour plus tranquille, un ciel moins âpre et un sol plus
fertile I puis, triomphant des terreurs de ses soldats, il battit
Arioviste et le rejeta au delà du Rhin (58). Il donna alors
aux Rèmes le titre de frères que portaient déjà les Eduens,
et se rapprocha du nord. Les Belges, inquiets pour leurs
libertés, I'attaquèrent: il battit les Suessions sur I'Aisne,
les Nerviens sur lo Sambre, et vendit comme esclaves
le peuple entier des Aduatiques. La Belgique parut soumise,
et le proconsul partit pour Ia Cisalpine. Un soulèvement de
I'Armorique le rappela, il détruisit dans une bataille navale
lo llotte des Vénètes, tandis que le jeune Crassus, son lieu-
tenant, recevait la soumission de I'Aquitaine.
5. Expéditions de César en Germanie et en
Bretagne. - Possesseur de Ia Narbonnaise, vainqueur des
Aquitains, des Armoricains et des Belges, il était maître des
quatre angles de la Gaule. Il voulut isoler sa conquête en
repoussant les Germains et en intimidant les Bretons. Deux
grandes tribus germaniques, les Usipiens et les Teuctères,
avaient passé le Rhin au nombre de près de cinq cent mille
individus. Il cerna toute la horde, I'alfame et I'anéantit; Iui-
même franchit le fleuve, s'enfonça dans les sombres profon-
deurs de la forêt hercynienne, et elfraya si bien les barbares
que I'invosion fut arrêtée pour deux siècles. Alors il lit con-
struire une flotte à Boulogne, travers& lo Manche, batiit les
Bretons, mais futcontraint de serembarquert faute de muni-
tions. C'était une demi-victoire, et par conséquentune demi-
défaite. César ne voulut pos laisser croile que la Bretagne,
le sanctuaire du druidisme, était inaccessible : il revint
I'année suivante, prit Londres, la ville des voisseaux, et
forqa Ie chef à p&yer tribut.
6. Révolte d'Ambiorix. César crut dès lors que la
Gaule était à lui, et disperso ses- légionsdans le PeYsr après
18 EISTOTRE DE FRANCE.
eyoir tenu à Samarobriva, sur la Somme, I'assemblée géné-
rale de tous les peuples, Tout d'un coup Ambiorix massocre
une Iégion chez les Eburons, Indutiomar ossiège le lieute-
nant Labiénus, et Quintus Cicéron est cerné si étroitemenl
dans son cemp qu'il ne peut faire pesser un seul messeger.
Céssr occourt, délivre Cicéron, rejoint Labiénus et convoque
les députés gaulois. Les Sénonais, les Carnutes, les Trévircs
et les Eburons restent en &rmes; les uns sont réduits, les
autres exterminés.
. La Gaule septentrionsle seule s'était sdulevée à la voix
d'Ambiorixl le reste, a.ec l'&veuglement habituel de ce
peuple à la fois indolent et emporté, n'av&it pas bougé; meis
déjà César parlait en maître et laissait voir que sa protection
seroit achetée par la servitude.
7. Vercingétorix. Une révolte générale éolata
bientôt, sous lo direction d'un Arverne, qui prit le titre de
Vercingétorix.
Il y avait alors à Gergovie un jeune ehef d'antique et
puissante famille, nommé Vercingétorix. Son père, Celtill,
coupable de conspiration contre la liberté de sa cité, evait
expié son ambition sur le bùcher. Yercingétorix, héritier de
grands biens, exergait sur de nombreux peysens une autorité
héréditaire. Il sut faire oublier son -père et devint por ses
éminentes qualités I'idole du peuple. Epris de l'indépendance
et plein d'une haine patriotique contre l'étranger, il travailla
secrètement à susciter des ennemis aux Romains.
Le mouvement fut préparé &yec une célérité et une discré-
tion incroyables. Tous les Romains établis à Genabum furent
égorgés, et le signal de la révolte fut transmis en un jour à
Gergovia dans I'Auvergne par des feux rillumés de distance
en distance. On était au milieu de I'hiver; César franchit les
Cévennes, couvertes d'une couche épaisse de neige, et pour-
suit I'armée gouloise, qui se retirait en brrllant toutle peys.
Il prit Avaricum que Vercingétorix avait été contraint d'épar-
gner, échoua devant Gergovia, où il perdit son épée et son
bouclier, pessa rapidement la Loire, et, faisant sa jonction
avec Labiénus, il se dirigea par la Seône, vers la Narbon-
naise. L'armée gauloise le poursuivit aussitôt; il se retourna
brusquement, la battit, et Vercingétorix, s'enfermant dans la
forte place d'Alésia, enyoya ses cavaliers chercher des sccours.
8. Siège d'AléBia.
Gaulc cntière se leva
- Acent
: deux
I'appel de Vercingétorix, Ia
cinquante mille hommes
LÀ GAULE ROMÀTNE ET CEAÉTINXNS. tO
marchèrent au secours d'Alésia. Mais César svait creusé des
fossés, élevé des murailles, planté des lignes de.pieux du
côté de la ville et du côté de la campegne : tout I'efrort des
assaillants échoua contre ces retronchements. Lorsque tout
espoir fut perdu, Vercingétorix penso que se mort sufftrait
peut-être iu voinqueur et que ses compagnons pourr'rienl
être épargnés. II monta
sur son cheval de ba-
taille,revêtu lui-même
de sa plus riche ar-
mure, sortit de laville
et trrersa au galop
I'intervalle des deux
camps1 amivé au pied
du tribunal où se te-
nait César, il sauta de
cheval, et, sens pro-
noncer une parole, il
prit son épée, son ja-
velot et son casque, et
les jeta aux
pieds du
Romain. A la
vue
d'une si grande infor-
tunesinoblement sup-
portée, César resta
froid et muel. Il fit
garrotter le vaincu,
I'envoya à Rome et
le fit décapiter six ans
plus tard.
9. I-,a Gaule ro-
maine. - La nou-
vclle conquête forma
une Drovince sous le-
nom de Gaule clreuelue. César, impitoyable pendant Ia lutte,
fut clément après la victoire; il imposa seulement un tribut
de huit milliohs de francs, et forma des légions de Gaulois
qui le servirent dans Ia Suerre civile.
Après avoir conquis la Gaule, Rome songea à I'orgnniser
et à se I'attacher :-ce fut I'ceuvre d'Auguste, lils adoptif de
César. Il méa des villcs nouvelles et dépeupla celles qui
ovaient joué un grand rôle dans la guerre de I'indépendence I
IO EISÎOINB DE rRÀNCE.
il entretint la jalousie des cités en leur donnant des privt-
lèges inégaux; il fit carnper dans le poys dix légions pôurle
contenir et le protéger; il attaqua le druidisme et odmit au
contraire les dieux populeires de la Gaule parmi ceux de
I'empire romain; enfin il introduisit dans ld pays les orts,
la langue et la civilisation de I'Italie.
Malgr6 tant d'elforts et de précautions, les Gaulois ne se
résignèrent pas à lo soumission. Sous le règne d'Auguste,
il y eut dans la province narbonnaise un soulèvàment
prompteme_nt réprimé. Sous Tibère, son successeur, l'&ug,_
mentation des imp_ôts provoque une révolte. C'étaitungrond
mouvement qui devait soulever lo Gaule entière, sous la
direction de Saoovir et de Florus. Mais la légèreté et la pé-
tulance gauloises I'empêchèrent de réussir: Ies Turons etles
Andégaves prévinrent le signal, les Belges prirent les armes,
les Eduens les suivirent, et les légions n'eurent pas de peine
à battre des ennemis qui ne savaient pas s'unir. Toutefois,
l'habile Tibère mesurû, la.grandeur du péril; il ne punit
personne et.se garda bien d'entretenir des ressentiments qu'il
importait d'étoulfer.
10. Grande révolte de Sabinus et de Civilis.
-
Les excè's des gouverneurs et les persécutions dirigées contre
les druides provoquèrent un soulèvement presquè général,
r,e Batave Civilis, qui avait été soldat et portait le titre de
citoyen romain, entraîna ses compalriotes p-our satisfaireune
venges,nce personnelle, et les unit avec la tribu germanique
des Bructères, por I'entremise de leur prophétesie, Velléâa.
En même temps, Classicus et Tutor à Trèves, Sabinus à
Longres, essayèrent de rétablir I'indépendance. Mais Sabinus,
qui préten_dait descendre de César, voulait être proclamé
empereur des Gaules; les Bataves et les Belges désiiaient un
gouyernement militaire I les habitants des grondes villes du
centre souhaitaient de conserver la civilisation de Rome en
rejetant-sa domination, et n'avaient que haine et mépris
pour la barbarie des Belges et des Germains. Nulle entente
et partant nul succès. Les Eduens et les Rèmes, restésIidèles,
lirent rentrer presque toutes les cités dans Ia soumission. et
il ne reste en &rmes que les Trévires et les Bataves. Sabinus,
o.uilgu-, se réfugia dans un souterrain avec s& femme Eponine,
si célèlre per son dévouement conjugal. Il y vécut néuf ans,
puis il sortit, fut saisi, amené à Rome et Condamné à mort
por I'empereur Vespasien. En vain Eponine présenta-t-elle
\r.-

tA GÀUIE ROMAINts ET CHRÉTIENNE. 2I


à I'empereur les enfants qu'elle avait élevés dans les
ténèbrei; elle n'obl,int rien qle le droit de mourir avec soh
épour : Vespasien fut impitoyable pour un homme qui avait
pris lo pourpre et qui se disait le descendant de César.
Céréalis, son générol, pénétradans I'île des Bataves, et Civilis
cessa la résistance, quand on lui eut poyé assez cher so sou-
mission (69 ap. J.-C.).
ll. I.la Gaule sous lea empererlrs Antonins.
-
La Guule resta tranquille et heureuse sous les Antonins. Le
premier d'entre eux, Nervo, apprit dans le Séquanoise la
nouvelle de son élévation au trône (96 ap. J.-C.). Trajan
commandoit à Mayence I'armée de Germonie, lorsque Nerva

Ler arènec de Nimes.

le désigna comme son suceesseur. Adrien commenqa par la


Gaule ia longue promenade à travers le monde. Entouré de
littérateurs, de peintres et d'architectes, il laissa sur son
pessege des fondations utiles et tle grandioses monuments'
Ît natit les arènes de Nimes, le pont du Garcl, labasilique ile
-il les ossembléeJprovinciales, qu'il seplaisait
Plotine; aidé par
à consûlter, soulagea les villes obérées, secourut les
p&uvres, adbucit la côndition des esclaves; il regrtt de Ia
ieeonnnissance du poys le titre de restawateur d,es Gaules'
Ses successeurs, Antonin le Pieux et 1\{arc-Aurèle, firent
reconstruire Narbonne incendiée et décorèrent de beaux mo-
numents lo Narbonnaise et I'Aquitaine.
12. Condition de la Gaule dans les deux derniere
siècles d.e I'empire romain. Mais la Gaule devait sa
-
félicité à I'heureuie nature des empereurs, et susun d'eux
fr-

HI$TOIR6 DE TRÂNCE.

Ll llaison Carréo L Nïrnor.

de la civilisetion romaine : Poslhumus, Victorinus,Victoria,


Ia mère des camps, I'armurier Marius, Tétricus enlin, furent
des princes indépendants. Aurélien, vainqueur de Tétricus,
repoussa les Alamans qui uvaient passé Ie Rhin ; Probus
chassa les tr'rancs et emploi'â ses soldats à reJrlanter des
vignes sur les cotcaux du Lyonnais et de la Bourgogne. Trois
Gaulois, Carus, Carinus et Numérien, lui succédùrent sans
pouvoir ni rcpousser les barbures, ni contenir I'indiscipline
des armées, ni soulager la misère afreuse des populations.
La rapacité du fisc et la tyrannie des grands propriétaires se
\-=

LÀ GAUTE RoMAINE ET cgnÉrtnNNg. 23


'éunissaient pour réduire au désespoir I'homme libre, le
lolon et I'esclave.
13. Ées Bagaudes.
- Les serfs rura,ux ûnirent
per se
révolter contre un gouYernement rude aux sujets et impuis-
sant devant I'ennemi, et contre des propriétaires qui exi-
geaient des redevences &vec d'autant plus de dureté qu'ils
étaient eux-mêmes ù moitié ruinés. La rage au cæurr ils se
jetèrent dans les bois et les landes, massauèrent les riches
et les collecteurs d'impôts, et tinrent tête aux détachements
envoyés contre eux. Les premiers succès des paysons atti-
rèrent à eux tous ceux qui n'avaient plus rien à perdre;
leurs bandes dcvinrent des corps d'armée qui s'attaquèrent
aux grandes villes. En 269, ilsprirentet saccagèrentAutun.
Alors la gueme sociale éclata presque partout en mêmetemps.
Les insurgés, qui portaient Ie nom de Bagaud'es ou mtn&nts'
is'étoblirent dans des postes fortiliés, d'où ils bloquaient les
, villes. Ils choisirent deux empereurs, Alianus et Amandus,
:qui battirent monnaie et se conduisirent comme des princes
iinclépendants. Cette révolte, commencée comme les guerres
serviles de la Sicile ou comme la Jacquerie du quatorzième
siècle, eut la même marche et la même tn. L'empereur
Maximien arriva avec des troupes régulières, dissipa cette
multitude indiseiplinée, &ccorda des amnisties partiellcs, et
bloqua les plus déterminés dans leur ca.mp de Soint-Maur,
au ôonfluent de la Seine et de la Marne. Le camp fut pris
d'assaut; Alianus et Amandus périrent en combattant, et la
Bagaudie purut étoulfée. Cependant il resta une population
eru&nte, proscrite, qui prit possession des forêts. Au cin-
quième siècle, lorsque les Vandales renouYelèrent ces cala-
mités, une nouvclle et plus violente révolte éclatu, et ie
patrice Aétius la réprima par le fer et le feu, comme Maxi-
mien avait réprimé la première (435).
14. I-ra religion ch.rétienne sn Gaule. - Contre
tant de maux.lo population gauloisetrouve quelque consola-
tion dans l'Évangile. Il n'y avait pas encore cent ans que
Jésus-Christ était mort sur la uoix, Iorsque des chrétiens
de Smyrne, qui ovaient entendu les premiers apôlres,
apportèrent au Oelà des Alpes la foi nouvelle. L'un d'eux, '
Pothin, fut le premier apôtre de notre pnys et Ie premier
évêque de Lyon.
I\iais les Iiomains hoissaient le christianisme, parce qtr'il
presmivoit une morale pure et qu'ils étaient dépravés, pa,rcs
l

2' EISTOIRE DE FRANCÊ.


qu'il prêchait I'existence d'un seul Dieu et qu'ils en
adoraient des milliers, enlin, parce qu'il enseignait la frs,-
ternité des hommes et qu'ils ne voulaient pas traiter en
frères les étrangers, les vaincus et les esclaves. Aussi cette
notion, qui avait accepté toutes les religions des peuples
conqrris, persécuta la religionchrétienne. 0n appela martyrs,
c'est-à-dire témoins, les chrétiens qui attestèrent leur foi en
:nournnt pour elle.

Suppllcc dc Blanilioc.

I5.Ir'Eglise de Lyon.- Lorsque la persécution éciata


à Lyon, l'évêque Pothin, âgé de quatre-vingt-dix ans, ne
voulut point quiiter la ville. Les soldats le portèrent sur leurs
bras devant le gouvcrnerlr! tandis que ln foule le suivait en
I'insultant. Le vieillard infirme suf agir et parler avec di-
gnilé. << Qu'est-ce que IeDieu des chrétiens? demanda le juge.
- Tu le connaîtras. si tu en es digne. l Comme on condui-
sait Pothin en prison, la populace se jeta sur lui, le frappant
du pied et de la main, I'accablant de pierres. L'évêquôf qui
n'avait plus que le soufile, mourut deux jours aprèi 1tZiy.
Une jeune esclave, nommée Blandine, subit le martyre en
Têqu temps que le vieil évêque. En présence du pàuple,
elle fut attachée à un poteau dans le cirque de Lyon, aisez
près de terre pour que les bêtes féroces pussent I'atteindre
en se dressant. De là, elle vit ses compegnons déchirés à
coups de dents ou grillés sur des chaises de fer rougi. On le
détacha, ou essaye sur eilc tous les instruments de torturel
' LA GAULE ROMAINE ET CURÉTIENNE. T5
enûn on I'exposa,_ enveloppée dans un fflet, à I'atteque d'un
taureou furieux. Irrit6 parl'aiguillon, I'animal Ia frappa de
ses cornes avec tan_t- de violence, qu'il Io langoen I'airipuis
il se précipita sur elle, et ln fouls aux piedspôurl'enleuôr'rn-
core. Blandine semblait être insensiblô à cei atroce supplice.
_ 16. Triomphe du christianieme. - L'Eglis^e de
Lyon résista aux bou*eaux, et s'illustra par les ùmières
de ses docteurs. Mais elle fit peu de prosélytes dans le reste
de.la.Geule. L.e pap-e Fabien envoy:a ,ept énêqurr, tou,
enrmês d'un zère ardent pour le salut deJâmes.-Ils ie par-

Lutècc.

tagèrent l_e pays: paul resta à Narbonne, Trophime se rendit


à Arl-es, saturnin à Tourouse; r\{artial'et dntien-s;er1g"gt-
rent. dans la région occidentale et enseignèrent, L p-r8Ài*,
â, r,lûl.gês, le second à Tours enfin, Denis et Stréhonius
I
se dirigèrent vers le nord. ce dernier s'arrêta ,n
eu*.tnr,
tandis.que..Denis, pouss&nt. jusqu'aux bords de Ie Se'ine,
ella s'établir dans une- petite ità au fleuve, où qu.lq"r,
maisons formaient ra_ bourgade de Lutèce
-
suivi par les ennemirju ir".iri.- rËr*
ll réligion, il échappdpt,rrieoù-tois
à la mort; mais en{in il fut'ssisi et subit to'ropftire au
fouet, puis il eut la têre tranchée sur une montagne qui
do-
minait la ville et où l'on exécutait les criminets:ïte'r;rppr-
lait Ia montagne de r\{ars (Montmorttry. son *rp.-ài*itpi.te
dans un bateau au miliàu de h Seine poo. 'y Oirc jàto,
lorsqu'une 4ame paienne, touchée de compassiôn, I'en"leva
p&r ruse et I'ensevelit secrètement dans son domaihe (a?a).
ETST. DB FR. C. COUFL.
26 EISTOIRE DE TRÀN0E.
Souvent perséeutés per les empereurs, même les meil-
leurs, les chrétiens s'habituèrent à regarder I'empire comme
un ennemi. Constantin se déclsra chrétien, mais Julien re-
vint au paganisme. Seul Théodose fut un empereur selon le
cæur de I'Eglise I mais, à la fin du quatrièmè siècle, il était
trop tard pour. seuver I'empire en même temps que la foi :
les barbares n'avaient plus d'obstocles à redoutertn entrant
sur cette terre, où les évêques eux-mèmes les appelaient.

IECTURE.
- impo.rtaaoe d,e,paris e-pliquèe
par le gêograplrie.
En ne considêrant la situation de Paris que par ses avanlages immé-
diats., .appréciables mê.m.e pour..des homme3 à ôivilisation rudirnentairi,
Ia vieille Lutèce avait le privilège de se trouver près du confluent di
deur rivières considérables et de-posséder ainsi rl'eux grands cbemins
naturels se ramifiant en nombreuses voies secondaires îans toutes les
vallées latérales. un groupe d'iles situé en aval du confluent facilitait
le passage evant qu'on eût eneore appris à construire des ponts sur les
larges rivières, et les habitants qui venaient bâtir leurs càbanes dans
ces iles se trouvaient défendus par de larges fossés nalurels otr des ar
saillants ne pouvaient s'aventurer sans dànger. La haute butte llont-
uartre, à une petite distance au nord, étail très favorablement nlacée
pour servir de muntagne de guet; de là il était fa,'ile d'observer aï loin
la plaine.e.nvirunnante, ainsi que les longs méandres de la rivière qui
se déroulaient vers Ie nord-uuest.
Beaucotrp d'autres villes des Gaules avaient, il est vr.ai, des âvantaqes
locaux d'égale-ou mème de plus granrle importance: mais, relativeurEnt
à I'ensemble du territoire qui est devenu la Franee, Paris a d'autres
privilèges d'ordre supérieur. D'abord Ies rives de la Seinc font partie
de eette voie naturelle qui réunit-la Méditerranée à l'Océan et qui, par
la force des choses, devâit servir de grand ebemin à I'histoire même'de
la eivilisation; 0r, sur cette voie, Paris oceupe précisément Ie point où
vient aboutir la route de I'Aquitaine et de I'Ednacne par la vallée de
la Loire et le seuil du Poitou. Paris oceupe ain.qi.-le sômmet du srand
triangle des voies historiques de la Franne, et par consequent I'eritjroit
où les [orces du pays peulent ôtre le plus facileurent eentralisees.
Ce n'est pas tout: placé au milieu géométrique du ærcle durrt les
rayoos sont les vallées de I'Yonne, de la llarne, de l'0ise, de la Seine-
In[érieure, Paris est aussi la ville où les habitants du bassin de Ia Seine
et des contrées linitrophes doivent chercher spontanément leur centr,e
de vie conrmerciale et-politique. En outre, le tercle d'attraction rlrnt
Paris occupe le milieu-est en partie un cercle stratégique de défense,
et tout le faite demi-circulairede hauteurs qui s'étend du Nlorvan à
I'Ardenne a pu êlre comparé justement à une enceinte de place forte.
Trrus ces traits géogralrhiques du territoire erpliquent Ia nàissance et
I'agrandissemeut rapide de la ville, mais est-ii nécessaire de I'aiouter?
-.Le rôle de capitale qu'a pris Paris a singulièrement accéleré ia cen-
tra I i satiorr.

Qans l'énumération des causcs qui ont contribué à l'agrandissement


de I'antique Lutèce, il faut aussi tênir grand compte des hcilités de la
, T,A OÀUTE ROMÀINE rr cnnÉTIENNE, 27
vie que présenle I'Ile-de-France. r\lême lorsque la cultrrre était rudimen-
taire, ces excellentes terres à blé de la Bdauce et de la Brie, situées
des deur côiés du bassin de Paris, fournissaient les prineipales'denr.écs
nécessajres à I'alimentation de la'cité; les rivières conuergeutes, de
I'Yonne à l'0ise, arnenaienl, les bois, led matières premières,"les oÉ,;ets
manulacturés; enfin le sol lui-môme livrait les 'matériaui ae triute
espèce pour la construction des édilir..cs. Les eollines qui s'élèvent iq-
médiatement au-dessus de la ville renferment le meilleirr plâtre cunnul
les marnes et les calcaires argileux servent à la fabrication des ciments j
d'autres roches donnenl la n"atière pour les briques,- les iuiles et leé
carreaur; les calcaires grossiers qui composent toutes .lcs vrlles envirotr-
nantes sont très facileià exploiter en ôarrières: Ies maeons oeuvent
venir y prendre à même la pierre et les autres'matériaui nécôssaires
â la construction de leurs édifices; les géologues I'ont depuis longtenrps
remarqué; c'est là une des principales-causés de la maghificence arclii-
tetturale de Paris. Elisdô Rrclus.

EXERCICES ORAI'X ET ÉCRITS

l. Sxplioatlon deg mots. Ligures, habitants du littoral méditerra-


-
néen deprris Marseille jusqu'à tênes. Etluens, Bourgogne. Atlo-
broge.s, Dauphiné. Tectosages, Toulouse,- Séquanals, Franehe- -
- -
CoryJé. 7 Rè_rryes, Reims._- Sie.ssions, Soissons.
Vannes._- Armoricains, Bretagne.
Neruiens, Belgique.
-
Narbonnaisel fays
-.V€nètes,
méditerranéen dont Narbonne était la'capitaie. -
Boulogne, souj-irrc-
fecture du Pas-de-Calais. Samarol'ri'ua. Amiens. - Tuirrs.
Angr:rs. - Bructères, Hanovre. -'l'ruons.
'Tr.èves.
- Ândegaues,
Balaues, perrples des -Pays-Bas. Carnufes,
Tréuires,
-Chartres.
-bum, atiouni'hui Orléans. 2 Gergoul'e, - Clermdnt en Auvergne. - Gena-
Auarieum, aujourd'hui Bourges. lé sia, A lise-Sa n te-Reine I ans - a
Côte-d'Or. -- A des
IflarseilLe, préfecture
i I

- des Bouôhès-du-Rhône. Bouches-du-Rhône.


sous-préfecture - Ai,n,
Narbonne. sous-nréfecture
de l'Àude. Clermonl, préfecture du- Puy-de-Dômâ. Àuuergne,
- -
ancienne province
préfecture du Gard.
qur a formé le Puy-de-Dônie et le Cantal.
Oranger - Nikes,
préfecture du Rhône.
- ssus'.prÉferture du Vauclu se,
ArIès, sous-préfecture des Bouches-drr-Rhône.- Lyon,
prefecture - de la Hante-Garonne.
-de Toulouse,
la Haute-Vienne. - Limooes. oréfecture
Tours, préfecture d'lndre-et-Lilire.'
2. Ouestionuaire. - Faites cônnaitre les Dremiers Druqrès des Ro-
mains en Gaule? - sont les causes de la victoire'de César et de
- QuellesRacontez
la défaite des Gaulois? I'histoire de Vercingètorix. * QuelJe
-
fut I'æuvre d'Auguste en taule? Que firent les Gaulois sous Tibère?
Que savez-vou.s de Civilis?
-
Racontez I'histoire de Sabinus et d'Epo-
-nine. -
le soulèvement qu'ils provoquèrent ne réussit-il pas?
- Pourquoi
lïs Romains traitèrent-ils ia Cautef - Pourquoi le bon-
-heurComment
de Ia..province,ne dura-t-il pas? Quels furent les empereurs
gaulois à l'époque des trente tyrans? - Quelles furent les causes de
Ia rêvolte'des lJagaudes? Racontez-I'histoire de ce mouvement.
A quelle époque èt par qui- I'Evangile fut-il apporté en Gaule'l Pour- -
quoi I'empire romain persécuta-t-il la nouvelli religion? -
martyre de l'évêque Pothin. Celui de I'esclave Blandine.
- Qu'est-cele
Racontez

que la mission des sept évêques? - -


I'histoire de saint De:lis,
I Pourquoi I'empire'romaii ne fut-il - Racontez
pas sauvé par le christianisme?
?S EISTOINE DE FRÀNCE.
s. Itsvolrs à réiliger. Raconter la lutte de césar et ile vercingé'
torir.
-
'.ïiiomr la situation de la Gaute sous l'ailministration romaine.
nl'iË,liiôr'fnilloiie àe i'nslise des Gaules sous I'empire romain.

m
LES FnÀNCS. - CLOVTS
(181-5tr)

mçoN

l. fut envahie par diverse.s-ngtionr


- finLadeGaule
Les Ftancg,
cermasiques. à la I'année 406. Les l'rancs, qui. tu.i don-
fièrent leïr iom, contribuèrent à la défendre contre Attila, ror
A;;Ïil;. ;ti etabtireqt entre le Rhin etla Somme' sous les chefs
Clovis, I\lérovée et Childéric.
- i. clbnit. pre.squ! entière-
- Clovis, Iils dc Childéric, conquit
ment ta Gaule (4Bl-5U). Secondé par l'évêque saint Remi' qul
esoéruit- le convertir, il vainquit à soissous Ie Romatn syagrlus.,
-r.--e 'catholique,
é;;;* ut e Clotilde, chassa les Àlamâns à
Tbltriac
- et reQut le baptême.
Ï. booqocte'de la Gaits. - Cette conversion fut un grand évé-
o..*t.'Ctovis put alors, avec I'appui des évêques, sournettre la
plus srande partie de la Gaule. Il vainqui[ Ies tsurgondes a
'Oijon'iroO), e[ les Visigoths à Vouillé (507).
Ë. Uùrt ô'e ctovis. -- el,rvis tnourut en Str. Il avait souillé lec
dernières ennéeE de sa vie pBr le meurtre des chefs francs.

RÉCIT

l. Ires lnvaslous. - L& Gaule fut longtemps soumise


&ur Romtins. Mais, vers le quatrième siècle eprès Jésur
Christ, les populations germaniques franchirent le Rhin et ra,-
vûgèrent notre PÛYS.
Le, empereuis romains, qui ne trouva,ient plus dansl'em-
nire de populations énergiques et belliqueuses' furent réduits
i confie, lo garde des froniières à des tribus bnrbares qu'ils
polonisèrent; c'est ainsi que les Francs ripuaires.reçurent des
terres sur la rive gauche du Rhin et continrent longtemps
les autres Germains. Meis, à lo lin de I'année 406, une eohue
de Vandales, de Suèves, d'Alains et de Bourguignons vint
-ba*es le
passer fleuve sur la glace et écrasa les Frsncs. Ces lrar-
ravegèrenl la Gaule pendant deux ans, et franchirent
Ies Pyrénées: les Bourguignous restèrent dans la vallée de la
IES FRÀNCS. 20
Saône, tondis que la nation des Visigoths, venant de lTtalie,
s'établissait sur les rives de la Garonne.
2, I.,,'es Francs.
- Lo conquête de la Gaule était réser-
vée à une autre horde germanique, celle des Francs. Vers le
troisième siècle, les tr'rancs formaieut une confédération qui
occupait le pays compris entre lû, mer du Nord, I'Elbe, le
Mein et le bas Rhin. Pressés au sud par les Alamans, à I'est
par les Saxons, ils tournèrent les yeux du côt6 de I'empire,
dont ils furent tantôt les alliés, tantôt les dévastateurs.
3. Mæurs des Francs. Les Francs adoraient le
sanguinaire Ad,in,, qui promettait- aux br&ves, morts en com-
battant, des journées de batailles el, des nuits de festins pen-
dant l'éternité. Aussi les Francs étaient-ils redoutés pour
Ieur bravoure exaltée; on les voyait combattre encore. bien
que percés de blessures qui eussent sufli pour épuiser d'autres
hommes.
Sans cesse occupés à la chasse ou à la guerre, les Francs
vivaient sans lois émites et sans gouvernement régulier.
Cependant ils s'assemblaient à jour lixe pour discutcr les
guestions qui intéresslient la nation, telles que le-partage
du butin ou l'élection du roi. Le roi éteit Ghoisi dans une
famille privilégiée; on le portait sur un bouclier autour de
I'assemblée, tandis que les guerriers poussaient des cris et
frappaient du fer de leur hache le bord métallique de leurs
boucliers.
4. I-res Francs en Gaule. Au commencement du
-
cinquième siècle, I'empire, menacé dans ses deux capi{,ales,
llome et Constantinople, abandonna la garde du Rhin; aussi
les chefs des Francs , Cloilion, Mé,rouée et Chilcl,éric, s'&v&n-
cèrent jusqu'à la Somme, parés de titres romains et se condui-
sant en conquérants. Ils s'étublissaient dans la Belgique
lorsque le général des armées romaines d'Occident, Aétius,
les appela à défendre la Gaule contre Attila, roi des Huns.
5. Invasion des ÏIuns. - Sorl,is de I'Asie centrale,
les lIuns s'étaient avancés vers le Danube, refoulant ou en-
traînant svec eux les tribus slaves et germaniques. Ces
Asiatiques, toujours errants par les montagnes et les forêts,
rompus dès I'enfance à tous les maux, au froid, à la faim,
à 16, soif, vêtus de tuniques de lin et de caseques de peoux
de rats sû.uvûges qu'ils laissaient poumir sur leurs corps,
passont leur vio sur de petits chevaux rapides et déchar-
nés, produisirent une impression de terreur et de dégoùt qui
30 EI$TOIRE DE FRÀNcE.
paralysalt la résistance. a Vous diriez, dit un contemporain,
des bêtes à deux pieds, ou quelqu'une de ces ligures de bois
mal ch[rpentées dont on orne les parapets des ponts. n
Leur roi, Attila, avait réuni toutes les hordes hunniques
sous s& domination, et formé uue sorte d'empire errant de
la barbarie en face ile I'empire romsin. II se faisait appeler
le fléau de Dieu. Au printempsde I'année 45t, il franchitle
Rhin entre Bâle et Mayence, étendit son &rmée comme un
réseau du Jure à I'Océnn et brùla toutes les villes sur son
passrge : à Metz, il ne resta qu'une chapelle dédiée à
saint Etienne. L'efrroi se répandit jusqu'à la côte occiden-
tale. Paris, menacé, allait être abandonné per ses citoyens,
quond une jeune fille de Nantene, renommée pour sa, sainteté,
nommée Geneviève, s'enferma dans I'église &vec les femmes,
et ramena les hommes en leur aflirmant que leur ville serait
préservée. Attila évita Paris et alla mettre le siège devant
Orléans. Défendue p&r son évêque saint Aignan, elle résista
jusqu'à I'arrivée de I'armée romaine grossie par les troupes
des barbares, cantonnés dans la Gaule.
6. Bataille de GnâIons. - Attila recula jusqu'en
thampagne, et la bataille s'engagea près de Châlons, dans
Ies Champs Catalauniques. Après avoir consulté des devins
qui ne donnèrent pas de sinistres présages, Attila prit Ie
commandement. Le prinee visigoth Thorismond s'empara
d'une colline gui dominait le ohamp de bataille; Ies Huns
se préeipitèrent pour la reprendre; Théodoric, père de Tho-
rismond, courut au-devant d'eux, et une mèlée elfroyable
s'engegee. Les Huns furent vaincus et rentrèrent dans leur
cemp. Cent soixante mille morts couvraient la plaine. Toute
la nuit, le camp d'Attila retentit du bruit des trompettes et
des hurlements furieux des hommes. Les alliés, qui mai-
gnaient une surprise, se tirrrent sous les &rmes, en célébrant
les funérailles du roi Théodoric, foulé aux pieds des chevaux.
Attila ne sortit pas de son camp; les Romains et les Goths
convinrent de I'y cerner. Il ût dresser, en guise de brl.cher, un
énorme monceau de selles, tout prêt ày mettre le feu et à s';t
précipiter ensuite si I'ennemi forgait I'enceinte. < Tel qu'un
Iion, pressé par des chasseurs, parcourt à grands pas I'entrée
de sa ca,verne, sa,ns oser s'élancer dehors, et épouvante le
voisinage de ses rugissements, tel, le lier roi des Huns, du
milieu de ses chariots, frappait d'effroi ses vainqueurc. ))
Quand il apprit la retraite des Visigoths, son âme revint à
crovrs. 3l
la joie;.il partit dans un appereil encore formidable gr
ern-
portant son butin. La Gaule étoit délivrée (A5l).
7. Clovis (48f -511). - En 48l,la principale des tribus
franques établies sur le rive gauche du Rhin, celle des
Saliens, qui comptait environ einq mille guerriers, éleva sur
le bouclier le jeune Clovis, ûls tle Childéric, âgé alors de
quinze ans.
A qui allait appartenir Ia Gaule? Les Alamans, tribu ger-
manique et paienne comme celle des Francs, occupoient
I'Alsoce; des rois bretons, émigrés de lo Grande-Bretagne,
gouvernaient I'Armorique; des Saxons campaient à Bayeux,
sur les bords de la Manche; les Visigoths étendaient leur
royaume de lo Loire au détroit de Gibraltar; les Bourgui-
gnons couvraient le bassin du Rhône; les Francs étaient
élablis entre le Rhin et la Somme; et le pays entre Somme
et Loire était régi par les évôr1ues des villes, et suivant la loi
romaine qui survivait à I'cmplre d'Occident,
Le chef d'une grande famille gauloise, Syagrius, voyant
deux enfants, Clovis et Alaric II, à la tête des Francs et des
Visigoths, voulut s&uver le pays des barbares et se jeta
dans Soissons, dont il tt sa capitale.
8. Saint Remi. IJe vase de Soissons. - Clovis
comprit qu'il fallait battre promptement ce rival redoutable.
Il n'avait de soldats que les Francs de Tournei et de Cam-
brai : les Ripuaires de Cologne et de Trèves restèrent neutres,
comme les Saliens de Thérouenne. Syagrius ne disposait que
des milices locales levées et commandées por les grands pro-
priétaires. Environ huit mille hommes de chaque côté allaient
décider du destin de la Gaule septentrionale. Clovis enyoye
à son adversaire un déli qui resta sans réponse. Il marcha
alors vers Reims par la forêt des Ardennes, recommanda
aux Francs la discipline, leur défendit d'entrer dans la ville,
et regut avec empressement les plaintes de saint Remi
contre quelques soldats qui avaient volé un v&se sscré. Il
n'osa pas toutefois s'emparer du vase et le rendre, car il ne
possédait pas encore ce qui donne de I'empire sur des bar-
bares, Ia gloire des arnes. < Envoyez un prêtre jusqu'à
Soissons, répondit-il, et je lui remettrai le vase après la
victoire. > Le prêtre vint, et I'heureux Clovis, menant avec
lui un délégué du plus vénéré des évêques, perut aux Gallo-
Romains comme I'ami de saint Remi et Ie protecteur des
églises. Syagrius, abandonné du peuple, fut battu et s'enfuit
32 flISTOINE DE FRANcE.
à la cour d'Alaric II. Il comptait sûr I'antipathie des Visi-
goths contrc les Francs : mais Alaric, redoutarit la colère ds
Olovis, livra le fugitif qui fut aussitôt mis à mort (486).
Le vainqueur s'établit dons la capitaledeson rival, à Sois-
sons, et parl,agea Ie butin entre ses compagnons. Il demanda,
en sus de s& part, le vase d'or réclamé par l'évôque de
Reims ; un soldat répondit : < Tu n'&ur&s que ce qui t'ap-
partient, u et il brisa le vase d'un coup de hache. Le roi
dissimula sa colère I mais, un autre jour, il s'anêta devant le
soldat, rcprocha d'avoir des armes mal tenues, il les jeta
lui
à terre, et, comme le Franc se baissait pour les ramasser, il
lui brisa la tête en disant : a Souviens-toi du vase de Sois-
sonst r Les barbares applaudirent à la venge&nce, comme ils
avsient oppleudi à I'insulte.
9. Mariage de Clovis avec Clotilde. Redouté
des siens, protégé des évêques, Clovis rendit facile- la sou-
mission de lo Gaule per son mariege &vec une femme catho-
lique. Les Bourguignons et les Visigoths, qui dominaient la
meilleure partie du poys, étaient e,riens, e'est-à-dire qu'ils
niaient la divinité de Jésus-Christ; leurs sujets gallo-romains,
catholiques et dirigés par les évêques, avaient horreur de
I'hérésie de leurs moîtres berbsres et souhaitaient nrdemment
un roi catholique. Ils considérèrent le mariage de Clovis avec
Clotilde, nièce de Gondebaud, roi des Bourguignons, comme
le gage de la eonversion des Francs.
10. Bataille de Tolbiac.
- Peu de temps oprès, les
Alamens, jaloux du butin conquis par les Francs à Soissons,
envohirent le teritoire des Ripuaires. Clovis saisit I'occasion
de se montrer le maître de toutes les tribus de sa nation et
le défenseur de la Gaule. Il les attaqua à Tolbiac, près de
Cologne. Ses soldats fuyaient, lorsqu'il invoqua le Dieu de
Clotilde, et il lui promit sr conyersion s'il était vainqueur :
Gaulois et Francs revinrent au combst, et les Alamans furent
défaits.
lI. Baptême de Clovis. - A son retour, Clotilde lui
rappela ss promessc, et Clovis le tint. II se lit instruiro par
saint Remi. Le jour de Noël 496, l'évêque le reçut à la porte
de l'église de Reims. Des voiles peints ombrageaient le par-
vis, des draperies ornaient les murailles, les cierges étince-
laient, les prêtres se pressaient eutour de I'autel, tout était
plein de lumières, de chants et de parfums. Le barbare fut
ébloui, et, prenent à la lettre les enseignements de saint Remi ;
cl0vls. 33

( Mon père, lui dit-il, n'est-ce pas le vcstibule du ciel? n


i'ruu ai naptiime futversée sor ion front, et l'éVêque g'éc.ri,r :
a Baisse lo iête, Sicambre adouci; brùle ce que tu as adoré,
et adore ce que tu as brùlé. I

Baptême de Clovis'

12. Conséquences de cette conversion' - Trois


niille guemiers imitèrent leur roi. Ce fut un grand ér'r1ne-
ment. Sans doute Clovis resl,a barbare après son baptèmc,
et,le christianisme, maître de son esprit, trouva unc invincible
résistance dans ses passions. I\{ais il y avaif enfin un roi
germain qui partageait la foi de la population romaitte, et qui
pouvait faire avec la Gaule et son clergé une alliance intime,
duroble et féconde. L'épiscopat tressaillit de joie. L'êr'êque de
Vienne émivit : < L'Occident a trouvé sa lumière. I Le pape.
Anastase se félicitn dans une lettre à Clovis de ce que son
avènement au pontilicat s'était rencontré avec celui de n son
glorieux frls r à la foi chrétienne. L'Eglise avait dès lors une
épée à son service, et elle pouvait dire, en porlant au roi des
Francs: < Quand tu combats, c'est à moi qu'est la victoirel u
Les Francs, qtri restèrent païcns, abondonnèrent le déser-
l,cur du culte d'0din, mais la Grrule vint à lui. Son autorité
s'étendit sans obstucle jusqu'à la Loire, son armée fut grossie
des soldats romains cantonnés sur les frontières; il devint
tout d'un coup un puissant roi. Hors de ses possessions, les
évêques désiraient vivre sous su puissance et détachaient ls
peuple des rois ariens. L'arianisme faisait horeur aux catho-
2.
I

3& EISTOIRE DE FRÀNCE.


liques : le roi des Vandales, Hunéric, venait de chasser les
prêtres orthodoxes de son rcyaume (&9tr-ttg}), et ces fugitifs
racontaient en Gaule les misèrcs de I'Eglise d'Afrique et les
fureurs des hérétiques. Le roi des Visigoths prit ombrage
de ces lementations; il chassa les exilés de ses lemes, et sur-
veilla les évêques &vec inquiétude. Volusianus et Vérus
furent orrachés tour à tour de leur siège de Tours, Césaire
de celui d'Arles, Quintianus de celui de Rodez : tous étaient
accusés de conespondre B,vec Clovis et de regarder Alaric ll
comme < I'ennemi public du nom chrétion > .
13. Guerre contre les Burgondes.
- tependont
c'est contre les Burgondes que se porta le premier eifort des
Francs. Clovis avait une promesse à tenir et une vengeence
à satisfaire. Tandis que son allié, Théodoric, roi d'ltalie,
prenait Marseille et occupait la Provence, lui-même battit
Gondebaud, le poursuivit jusqu'à Avignon et I'y assiégea.
Le vaincu traita avant de perdre son dernier asile. Il céda quel-
ques [erritoires sur la haute Saône, abjura I'arianisme pour
gagner le clergé, et donna à son peuple la,loi Gombetie,la,
plus modôrée des lois barbares. Il conjura ainsi le péril
qul l-e m-enagait et qui n'atteignit que son successeur (500).
14, Guene contro les Visigoths. Clovis se
- Théodoric
tourna bientôt contre les Visigoths. En vain
essaya-t-il de prévenir une lutte inévitable. Sur ses instances,
les deux rois eurent près d'Amboise une entrevuc < où ils
burent et mangèrent ensemble et se promirent amitié >.
I\{ais, à peine de retour à Paris, Clovis convoqu& ses Francs :
n Il me déplalt, dit-il, que ces ariens possèdent la meillcure
partie des Gaules; allons sur eux avec I'aide de Dieu, et
chassons-les I soumettons leur terrc en notre pouvoir ; nous
ferons bien, car elle est très bonne (b0?). r Les Francs applau-
dirent à ces paroles qui flattaient leur ardeur de néophytes
et leurs instincts de pillards. Nul obstacle sur la route; les
villes s'ouvraient ; les habitants, conduits par les évêques, of-
fraient leur soumission, les miracles même ne menquaient pas.
Une biche guida I'armée égarée dans les montagnes duLi-
mousin et lui indiqua un gué dans la Vienne. Un globe de feu
apparut sur la cathédrale de Poitiers. Saint l\{artin de Tours
prédit lo victoire du fond de son tombeau, Et Clovis, par
reconnaissance, défendit de piller; il frappa même de son
épée un soldat qui avait volé du foin sur le territoire de
Tours. < Où est, dit-il, I'espoir de la victoire, si nous offen-
oLoYIS. 35

sons seint Martin? r Alaric s'était ovanc6 jusqu'à Poitiers;


mais, sur l'avis de Théodoric, son beau-père, il voulaït
éviter la bataille, soit pour exerc,er des troupes gui u'avaient
jamais combattu, soit pour attirer son enncmi vers le midi
ât l'émaser plus aisément. ll reculo donc, malgré les mur-
mures des Visigoths, et commengt à passer le tlain. Clovis
parut tout à coup et le surprit à Vouillé (507) : Alaric fut
vaincu et tué. Tout aurait été conquis jusqu'aux Pyrénées et
jusqu'à la mer, si Théod,orie n'erit envoyé une ormée au
secours du jeune Iils d'Alaric II. Thierry, Iils aîné tle Clovis,
fut vaincu à Arles, et le littoral de la l\[éditerranée resta aux
Goths.
Le roi des Francs revint à Tours, où il reçut de I'empe-
reur Anastase le diplôme de patrice et de consul. Il fit son
entrée dans la ville, à cheval, le diadème en tête, vètu de la
pourpre, et ietant des pièces d'or &u peuple. Il était dès lors
le maitre de la Gaule, et son pouvoir étoit d'autant plus as-
suré que ses nouve&ux sujets eux-mêmes avaient contribué
à I'établir.
15. Crimes de Clovis.
- Mais I'ami zélé desévêques,
le protecteur empressé des biens de I'Eglise, ne restait pas
moins un barbare. Le baptêmc n'avait pas adouci sa féro-
cité, et les instincts du ss.uya.ge reparurent dans les der-
nières années de sa vie. Clovis, patrice et consul, vainqueur
des Goths, des Burgondes, des Alamans et des Romains,
dominateur de la Gaule, était fort supérieur aux autres chefs
francs. Mais, tux yeux de so nation, il n'était que le roi des
Saliens de Tournai et l'égal des rois de Cambrai, de Thé-
rouenne, de Cologne et du Mans. Il æaignit qu'après ss mort
sa conquête et ses trésors ne fussent disputés par eux à ses
fils, et il résolut d'exterminer leur race.
II envoya secrètement dire à Clodéric, Iils du roi de Co-
logne, Sigebert le Boiteux : a Voici que ton père se fait
vieux, et il boite de son pied malade. S'il mourait, son
royeume t'appartiendrait avec mon amitié. > Clodéric envoye
des assossins eontre son père et le fit tuer, espérant obtenir
son royeume. Un messager vint dire de sa part à Clovis :
< Mon père est mort I fais partir quelqu'un des tiens, et je
lui remettrai la moitié de mes trésors. r - Et Clovis répon-
dit : <r Je rends grâ.ce ù ta bonne volontê, et je te prie de
montrer tes trésors à mes envoyés, après quoi tu les possé-
deras tous. >r rt C'est dans ce coffre, leur dit Clotléricr que
-
36 EISTOIRE DE FRÀNCE.
mon père emesseit ses pièces d'or. )r Ils lui dirent : c plonge
ta rnoin jusqulau fond pour trouver tout. n Il le fit et se
baissa I alors un des envoyés, levant sa hache, lui brisa Ie
crâne..- Clovis, ayant appris la mort de Sigebert et de son
Iils, vint dans la.ville- de Cclogne et convdqua le peuple:
< Je.me promenais, dit-il, dans lo forêt voisine lorsquel'ai
appri! que votre roi avait, été indignement mis à môrt par
son ûls, et que celui-ci avait payé la peine de son *ime. Je
ne suis nullement complice de ces chôses; car ie ne puis ré-
pandre-le sang de mes parents, cela est défendu. ii{ui*, puisque
tout cela est a*ivé, je vous donnerai un eonseil, nôy*, ,'it
peut vous plaire. Venez à moi, et mettez-vous sous ma pro-
tection. > Le peuple applaudit avec grand bruit de voix et
de boucliers, l'éleva sur le pavois, et le prit pour roi.
Il marcha ensuite contre Chararic, qui rOgnait à Thé_
rouenne, le fit prisonnier avec son fils, et les fif tondre tous
les deux. Comme Charario pleurait, son fils lui dit : < C'cst
sur une tige verte que c-e feuillage a été coupé, il repoussera
et reverdira bien vite. Plùt à Dieu que pérîf aussi v-ite celui
qui a fait tout cela I > Ce mot vint aux ôreilles de Clovis; il
Ieur lit à ious deux couper la tête, et il acquit leurs trésors,
leur royaume et leur peuple.
Ragnacaire, roi de Cambrai, était détesté des Francs à
cause de ses débaur:hes_- clovis, ayant fait fabriquer des bau-
driers de cuivre doré, les donna aux leudes dà Ragnacaire
comme des baudriers d'or pur, afi.n de les exciter coritre lui.
Ragnacaire fut battu et fait prisonnier avec son frère Richaire.
clovis lui dit : n Pourquoi as-tu fait honte à notre famille
en te laissant enchaîner? Mieux valait mourir. > Et levant
sa hache, il la lui planta dans Ia tête. puis, se tournant vers
Richaire, il lui dit: < Si tu avais secouru ton frère, il n'eùt
pas été enchaîné I )) Et il le tua d'un coup de hache.
Il tt mourir de même beoucoup d'autres rois et ses plus
proches parents, et étendit sôn royrume sur toutes les Gauies.
Enfin il assembla'un jour les siens, et leur parla ainsi de ses
pnleg! qu'il avait lui-même fait périr : < Malheureux que je
suis ! Je restc comme un voyegeur parmi dcs étrangc.i t Je
n'ai plus de parents pour me secourir si I'adversité v"enait I r
n Ms.is ce n'était pas qu'il s'affligeât de leur mort,
ajoute Grégoire de. Tours; if ne parlait ainsi que pa,r ruse
et pour découvrir s'il avait encore quelque pareni, a-tn de le
tuer. I
' ctovls. 37

L'Église, préocoupée de I'intérêt des peuples et du bcsoin


d'unité, applaudit à ces meurtres qui délivraient le pays des
compétitions sanglantes. Saint Grégoire ne veut voir dans
Clovis que le bienfaiteur du clergé, le vainqueur des ariens,
le fondateur de I'Eglise des Soints-Apôtres et le protecteur
du droit cl'usile : en fs,veur de I'ouvrage il amnistie I'ou-
vrier I il termine le récit d'une vie où les oimes sont aussi
nombreux que les grandes actions p&r ces paroles : < Tout
lui réussissait, pûrce qu'il morchait le cæur droit devant
Dieu ! l
16. Mort de Clovis. Clovis mourut à Paris, eu po-
lais des Thermes, en 5ll.- Ce roi ne fut que lo grossière
ébauche d'un grand hommel il n'eut que ces instincts puis-
sants de la politioue et de la guerue, que la nature com-
mence et n'achève pas chez lcs héros barbares. l\{ais son
æuvre fut plus grande que lui : en convertissant les Francs,
il leur ouvrit la camière et prépara leurs deslinées.

LECTURD.
- Les Fra^ncg,
Les guenes des Francs contre les Romain;, depuis le nilieu du troi-
sième siécle, ne furent point des guerres défensives. Dans ces enl,re-
prises militaires, la coniérlérati"n avait un double but: celui de gaguer
ilu terrain aux dépens de I'empire, et celui dc s'enrichir par le pillaee
des nrovinces limItruohes. Sa nremière con0uête fut celle tle la grantlc
tle di nnin, qu'on nômmait I'ile des Batàues. Il est évident [u'elle
nourrissait le bruiet, de s'enrparer de ia rivc gauche du fleuve et de con-
quérir le nord'de la Gaule. 'Aninrés par de Éetits succès et par les re-
làtions de leurs espions et de leurs cùureursi à la poursuite de ce Jes-
sein gigantesque, ies Francs supplôaient à ia faibfesse de leur nloyen
d'attaque Dar une activité infaligrble. Chaque année ils lançaient de
I'autre côté du llhin des bandes de ieunes fariatiques' dorrt I'inrâginrrtion
s'était enflammée au récit des explôits d'0din et'des'plaisirs qui atten'
daient les braves dans les salles du lalais des morts. Peu de ces enlants
nerrlus repassaient le flcuve. Souverit Ieurs incrrrsi0ns, qu'ellcs fussent
àvouées ou désavorrées par les chefs de leurs tribus, étaient cruplle:rtent
punies, et les léEions rdmaines venaient mettre à leu et à sarig la rive
$crmanique du Rhin; mais, dès que le fleuve él,ait gelé, les passages et
I'aeressiôn reconmcicaient. S'itârrivait que lcs postes nrilitaircs fus;cnt
dc[arnis par les mouv'ements de tLoupes qui avaicnt lietr rJ'une I'rurrtiùre
de l'errpiie à I'autre, toute la confédération, cbefs, homnres fails,,lettttes
Aens. st levaient en armes pr-rur faire unc trorrée et tlétruire lcs forte-
it'sses oui Drotùceaient la rive romaine. C'est à I'aitle de frareille. ten-
tatives,'bidn deË fois réiiérées! que s'accotlrplit cn{in, dans la dcrnière
moitié'du cinquième siecle. la'cônquête du'nord de la Gaule par une
nortion de la iisue des Francs.
' La oeinture que les écrivains du temps tracent des guerriers franks
à cettè époqueiet jusque dang le sirièine siècle, a quelque chose de
38 NISTOIBE DE FRANCE.
sinsulièrement sauvage. Ils relevaient et rattachaient snr le sommet du
froit lerrrs cheveur d'irn blond roux, qui foruaient une espèce d'aigrette
et retombaient par derrière en queue de cheval. Leur visage était entie.
rement rasê, à l'exception de derrx longues moustacltes qui leur tr,rm'
baient de chaque côté de la bouche. lls portaient des habits de toilt
serrés au corps et sur les membres avec uit large ceinturon auquel pen'
dait l'énée. Lèur arme favorite était une hache à un ou deux tranchants,
dont le'fer était épais et acéré et Ie manche très court. Ils commen-
caient le combat en lanQant de loin cel,te bache, soit au visage, soit
ôontre le bouclier de I'ennemi. Rarement ils manquaient d'atteindre
I'enrlroit nrécis otr ils voulaient frapDer.
0utre li hache. qui. de leur norù, s'appelait frankiske, ils avaient
utre arme de trait'qiri leur était particulièie, et que, dans leur langue,
ils nommaienl hanq, c'est-à-dire hameçon. C'était une piqrre de médiocre
Iongueur et capahle de servir également de près et de loin. La putnte,
IonÀue et fortc, étaii, armée de plusieurs barbes ou crocltets tranchattts
et iôcourbés comme des hameqons. Le bois était recouvert de lames de
fer dans Dresgue toute sa longireur, de manière à ne porrvoir ètre brisé
ni entamé à cbups d'épée. Lorsque le hang s'était fiché au travers d'un
bouclier. les crois dont il était gârni en rendaut I'extraction impossible,
il restaii susnendu. balavant Ia terre par son extrémité; alors le Franc
oui I'avait ieié s'étânqait, et, posant uir pied sur le javelot, appuyait de
tuut le poids de son corps I'aiiversaire à baisser le bras et à
'et et-forqait
se désainir ainsi la tète la poiirine. Quelquefois le hang, attaché au
bout à''une corde, servait, en guise de harpon, à arnener tout ce qu'il
atteignait. Pendant qu'un des Francs Ianqait Ie trait' son cornpagnon
tenaii la corde, puis tbus deux joignaient lèurs efforts, soit pour désar-
mer leur ennemi, soit pour I'attirer lui-môme par son vêtcment 0u son
armure.,.
Quant au caractère moral qui distinguait les Francs à leur entrée en
Gaule, c'était, comme je I'ai dit plus ltaut, celui de tous les uoyants à
la divinité d'Odin et aux ioies stinsuelles du Walhalla' Ils aimaient la
guerre avec Dassion, comfoe le moYen de devenir riches dans ce monde,
Ët. dans I'autre, coirvives des dieur. Les plus jeunes et les plus vio-
leirts d'entre eur éprouvaient guelquefois- tlrns le combat tles accès
d'extase frénétique.'pendant lesquels ils paraissaient insensibles à la
douleur et douéi d'uie puissancè de vie t'out à fait ertrar.rrdinaire. lls
restaie^-t debout et combattaient encore, atteints de plusieurs blessures
tlont la moindre eùt suf[i pour terrasser d'aulres hommes. Une conquète
exécutée oar de telles àens dut être sanglante et accompagnéè de
cruautés àratnites : mai"heureusement les détails manquent pour eD
marquer lës circonstances et les progrès. Aug. Turunnt.

EXERCICES ORAT]X ET ÉCRITS

!. Erplicationdes mots.
- Ripuaires, c'est-à-dire habitant les rives
du Rhin. Saliens, nom d'une fribu franque. - Sicambre, nom d'une
tribu -
franque, Thermes. Ce palais consl,ruit par I'empereur Jrrlien
est aujourd'hui- le musée de Clrrny. - Orhians, préfecture du Luiret.
Chalnns, préfecture de la [taine. Sot'sson], surrs-préfecture de
-l'Aisne. Rèims, sous-préfecture de -Ia illarne.
- - Tolbiae, ville des
Etats prussiens, provincè du Rhin, aujourd'hui appelée Zulpich. -
Cotoghe, ville rie'Prusse, dans la prbvinôe du Rhin.^ - Diion, préfec-
LES.SUCCESSEURS DE CLOYIS. 39
ture de la Côte-d'0r. Poitiers, préfecture de la Vienne. Cambrai,
sous-préfect,ure du Nord.- -
Thérôwnne, village du Pas-de-Calais.
2. 0uestioonaire. -
Quels sont les barbares qui envahirent la Gaule
-
au.début du cinquième siècle? Qu'était-ce quô les Francs?
-
étaient leur religion, leur costume, leurs armes? -
Quels
Quel était leur
-
gouvernement?- Quels sont les trois premiers chefs des Francg saliens
en .Ga.ule?
- Quelle élait I'origine des Huns? Leurs mceurs?
-
était le caractère d'Àttila?- Dites la date de leur entrée en Gaule. -
Quel
Faites connaitre la ma-rche d'Al,tila iogqu'ê 0rléans. Qu'est-ce que
-
sainte Geneviève? -
Racontez la bafaill-e des champs Catalauniques.
-
Quelles sont les dates de I'avènement et de la inort de Cloïist -
Qnelles étaient les populations établies en Gaule, vers 481 ? -
étaient-les espérances de Syagrius ? -
Quelles
Racontez I'expédition de Clovis
contre lui. fut le sort-du vaincu?- Racontei i'histoire du vase
de Soissons. -
--QuelPourquoi les Bourguignons et les Visigoths étaient-ils
-
hais des Gaulois? Quelles furent lés conséquenees-du mariaEe de
Clovis? -
Bacontez la bataille de Tolbiac et le-baptème de Clovls.
-
Quelles sont ses deux dernières victoires ? Quélle fut sa corduite -
-
envers les rois des autres l,ribus franques?- Donnez un jugement sur
Clovis el son æuvre.
3. Ilevoirs à rédiger. Raconter I'histoire des Francs avant Clovis.
-
Raeonter I'invasion d'Attila en Gaule.
Raconter le règne de Clovis.

w
T/ES SUCCESSEUNS I}E CLOVIS.- LA NEIISTRIE
ET L'AUSTRASIE
(6114yr)

tEçot{
l. Les llla de Clovis. Les quatre flls de Clovie ee naltaeè-
rent I'héritage de leur -Dère. Tliierry. I'ainé, régna à Metz: C"lo-
domir, à Orléane; Childebert, à paii's; Clotaire] à Soissolis. Ils
passèrent leur vie à faire des expéditions en Germanie, en Bour.
gogne, en Auvergne, en ltalie et en Bspagne.
- à ctotaire lor di sei tlts. Clotaire lui iurvécul À ees frères et
-
remit sous sa domination tout le royaume des Francs (558-56f ).
ll laissa aussi quatre file qrri ffrent ud nouveau partage.'Gontran
eut la Bourgog-ue; Sigctlèrt, l'Austrasie; Chilpèric, iâ Neustrie.
Le quatrième frère, Caribert, était mort sans ônfant.
3. Rivalité de Brunehaut et de Frédégonde. Le règne des trois
-
freres fut ensanglauté par la rivalil.é de deux femiles: Brune-
haut, ferume tle Sip4ebcrt, et Frédô*onde, femme de Chilpéric.
4. Clotaire II et ltagobert. Apràs ces guerres civiles,- Clo-
-
taire II (6t3-628) et Dagobert(628-G3S) réuniient tout le royaume
Ces Francs. Ce fut l'éptque I'a plus brillante de la dynasiie des
Slérovingiens.
{O HISTOIRE DE FRANCE.
6. Les rois fainéants et les maires rln palais. Après le règne ùe
Dagobert, les rois rnérovingicns furent sans-autôrité. On Ies ap-
pelle rofs fainéants. Le pouvoir fut exercé par les maires duTtalais,
6. Ebroin, maire de Neustrie. Dans lt Neustrie, le plus célèbre
maire du pulais fut Ebroïn.- Cet homne énerAiquô essava tle
l'elover I'autorité royale et de souqrettre les giadUs qui Teve-
naiclt tout-puissants. ll fut assassiné.
?. Viotoire ds I'Austrasie.
- A sa fut
pl.us de chef capabl-e_.tle la_dôfeudre,
mort, la Neustrie, n'ayant
fncilement vaincue par
I'Austrasic. p,rpin d'lléristal,_nraire du palais en Austrasic, grgnil
sur lcs NeustriÊns la grandc bataille dd Testry (6S?).
RÉCI?

I, Ires fl.Is de Clovis. Sous les lils de Clovis (5tt-


56t), les Francs ochevèrent -la coaquête de la Gaulc. ils se
prrtegèrent les villes situées au nord de la Loire, où les leudes
de leur père étaient restés campés. ?hicmy rûsida à l\[etz,
Clodomir à Orléans, Clotaire à Soissons, Childeberl, à Paris.
Chacun eut en outre des terres en Aquitaine, pays plus fcr-
tile et plus riche, dont ils vouloient tous avoir une part. Les
quatre frèrcs commencèrent aussitôt des expéditions pour
satisfaire I'humeur guerrière et pillarde des l'rancs.
2. Conquête de la Tburinge. - Thieruy conquit la
Thuringe par la guene et la perfidie. 1l persuada à Herman-
fried, un des rois thuringiens, de tuer ses deux frèrcs, et le
vainquit à son tour; puis, lui prodiguant les promesses et
les serments, il I'ottira dans son royaume, le conduisit de
ville en ville et lui jura une emitié inviolable. Un jour, enûn,
que les deux rois se promenaient seuls sur les remparl,s de
Tolbiac, Hermanfried tomba du haut du mur, < poussé on
ne sait par qui n, of se brisa la tête. Thierry occupa la
Thuringe.
3. Conguête de I'AuvergD.e. - Mais ses soldats
étaient mécontents de ces expéditions pénibles et peu fruc-
tueuses dans les forèts marécageuses de la Germanie; ils
sommèrent leur roi de les conduire en Bourgogne et le mena-
cèrent de I'abandonner. Thiemy, tout efrayé, leur répondit :
< Venez avec moi dans I'Auvergûe qui s'est révoltée contre
ma puissance ; ls terue est bonne et les habitants seront à
vous; mais surtout ne suivez pas mes frères I D La malheu-
reuse Auvergne subit à son tour les douleurs de I'invasion
qu'ellc avait évitées jusqu'olors, et les Francs emmenèrent de
longues liles de captifs liés deux à deux, qu'ils vendaient
chemin faisant.
tBs succEssEuRs DE Clovlg. ll
Le fils de Thierry, Théodebert, lui succéda, et sembla pos-
sédé de I'esprit oventureux de ses ancêtres : il entraîna
cent mille hommes en ltalie, pûsse le Tessin sur un ponù de
cadavres, trompo et battit tour à tour les Goths ct les Grecs
qui se disputaient la vallée du Pô, et mourut au retour de
I'expédition. Sous son jeune fils, Théodebald, les maires du
palais Leutharis et Bucelin entreprirent cncore, au delà des
Alpes, une expédition funeste à la fois aux envahisseurs et
eux peys envahis. Théodebald mourut (555), et le royaume
des Francs de I'est 0u âustrasie fiil partagé entre les outres
rois.

Ctirte do I'Auvergne,

4. Conquête de la Bourgogne. - Clodomir, roi


d'Orléans, voisin de le Bourgogne, vainquit le roi Sigismond
et le mit à mort &vec s& femme et ses enfants, en Ie jetant
dans un puits qui fut comblé de pierres. Mais Gonalema.rt
frère de Sigismond, le battit et le tua lui-mème à Véséronce.
Clotilde prit avec elle, à Paris, les trois enfants de son fils.
Un jour, Childebert et Clotaire se concertèren[ et firent
dire à leur mère : < Envoie-nous les enfants, que nous'les
fassionsrois. n La reine embrassa ses petits-tls et les Iit par-
tir en disant : < Je croirai n'avoir pas perdu mon fils, si je
vous vois régner à sa place. I Quand Childebert les tint en
son pouvoir, ou palais des Thermes, il envoya à sa mère
&2 HISTOINE DE FRANCE.
Arcadius, de ces Romoins qui mettaient leur esprit de
un
ruse au service des passions violentes des barbares. Celui-ci
se présenta tenant d'une main une épée et de I'autre des
ciseaux. nTrès glo-
rieuse reine, dit-il
froidement ,
>Je6
E '"r
^nt^t*t
seigneurs, tes lils,
nos

I'--.
Yoll ll _. ç.
te font demander
conseil surce qu'on
doit faire des en-
fants; veux-tu
/ft, qu'ils vivent la
,7 chevelure coupée,
o
a ou veux-tu qu'ils

soient égorgés ! >
i$' I q Clotilde, stupéfaite
,,-
)rREï,i et hors d'elle, s'é-
cria dans l'égare-
ment de la dou-
leur:<S'ilsne
sontpas rois,j'aime
mieux les v oir
morts que tondus. u
Arcadius se hilta
de se retirer, s&ns
Carte de la Bourgogne.
lui donnerle temps
de la réflexion. et
porta cette répgnse &ux deux rois. Alors Clotaire prit le
plus âgé par le bras, le jeta contre terre, et, lui plongeanl
un couteau dans I'aisselle, le tue impitoyablement.- Son
petit frère, tout tremblant, embrassa les genoux de Chil-
debert, {ui se laissa attendrir. lVlais Cloteire furieux :
a Laisse-le, cria-t-il, ou je te tue à sa place t c'est toi qui
m'as poussé à faire ceci, et voilà que tu manques à ta foi. >
Childebert lui jeta I'enfant; Clotaire le saisit et lui enfonca
son couteau dans le flanc. Alors les serviteurs et les leudès
de Clodomir firent irruption dans la chambre, enlevèrent le
jeune Clodoald que ses oncles allaient tuer, et Ie déposèrent
Eu monastère de Nogent, qui prit le nom de Saint-Clodoald
ou Saint-Cloud. a Ces choses étant faitcs, dit Grégoire de
Tours, Clotaire alla sepromener tranquillement par la ville. >
Les deux frères occupèrent ensuite la Bourgogne (584),
tEs guccEssEuRs DE crovls. 43
firent une expédition contre les Visigoths d'Espegne et furent
controints à la retraite.
5. Clotaire seul rol (558-56f). Clotaire resta
seulroi par la mort de ses frères et de- ses neveux. Les
Soxons lui refusèrent le tribut et le battirentl ses leudes le
maltraitèren{, et faillirent le tuer pour le forcer à les mener
au combat I son lils Chramne se révolta ; il le saisit, I'attacha
dans une ohaumière oyec sa, femme et ses enfants, et mit le
feu. L'année suivante, il fut pris de Ia lièvre et disait en gémis-
sunt : a S/ah t que pensez-vous que soit le roi du ciel, qui
tue ainsi de si grands rois ? > Et il rendit I'esprit.
6. Les flls de Clotaire I" (56t-613).
- Sous les lils
et les petits-fils de Clotaire I", les Francs tournèrent leurs
armes contre eux-mêmes. Sigebert fut roi d'Austrasie ou de
Metz; Chilpéric, roi de Neustrie ou de Soissons; Gontran, roi
de Bourgogne ou d'Orléans; Caribert, roi de Paris et d'Aqui-
taine. Caribert mourut bientôt (567), et I'Austrasie com-
menga contre la Neustrie une lutte acharnée, qui fut marquée
par le haine de deux femmes, Brunehaut et Frédégonde.
7. Brunehaut et Frédégonde. Sigebert eut
honte de la conduite de ses frères qui épousaïent des femmes
de serviee et changeaient d'épouse suivant leur caprice; il
Iit demander la main de Brunehaut, lille d'Athanagilde, roi
des Visigoths. Il l'obtint et célébra son meriage à Metz, au
milieu d'un nombreux concours de guerriers francs et de
nobles gaulois. Rien n'y m&nqu&, ni les longs et bruyants
festins, ni les éclats de la gaîté tudesque, ni les chants
rouques des barbares, ni même les vers latins d'un Italien
bel esprit, que tout le monde applaudissait pour avoir I'air
de le comprendre. Tant de gloire donna de la jalousie à Chil-
péric. Il renvoya sa femme Frédégonde, une servante, et lit
demander la sæur ainée de Brunehaut, Galeswinthe. C'était
une maintive et pure jeune fille : le grossier Chilpérie I'aima
d'abord par vanité, pa,rce qu'elle étoit ûlle de roi, puis pur
&varice, parce qu'elle lui avait apporté une riche dot; enûn
il s'en dégoùta, et un matin eette malheureuse reine fut
trouvée étranglée dans son lit. Frédégonde reprit sa plece.
Sigebert, excité per ss, femme, &ccusa son frère d'assassin&t,
conquit toute la Neustrie, et fut percé de coups devant Tour-
nai, par des émissaires de Frédégonde (5?5). Chilpéric eut
le même sort, et Ie pacifique Gontran se déclara le protecteur
de Frédégonde et du jeune Clotaire II, son fils. Mois, menacé
&L EISIOIRE DE TRANcE.
par le parti romain et ecclésiastique, qui soutenait un pré-
tendant nommé Gondowald, il se rapprocha des Austrasiensl
au traité d'Andelot (587), il reconnaissait pour héritier Chil-
debert II, Iils de Sigebert, et prenait, d'accord &vec son nevcu,
des précautions contre les trahisons des grands.
8. Supplice de Brunehaut. Les deux lils de Chil-
debert, Théodebert II et Thierry II,-moururent jeuncs, et la
vieille reine Brunehaut fut livrée à Clotaire II par lcs Austra-
siens, dont ses essais d'administration romaine gônaient lr
seuyege liberté. < Lorsqu'elle fut amenée en présence de
Clotaire, dit Frédégaire, il sentit se ranimer la haine furieuse
qu'il lui portait, et il lui reprocha d'avoircausé la mort de dix
rois francs. Ensuite il la livra pendant trois jours à toutes
sortes de tourments, et la lit passer, montée surun chame&u,
à travers toute son s.rmée. Après cela, elle fut attachée par
Ies cheveux, p&r un pied et pûr un bras à la queue d'un che-
val très vicieux, qui la brisa, membre par membre, à coups
de pieds, en I'entraînant dans s& course. > Ainsi les Francs
se vengeaient de la femme énergique qui avait voulu les
plier au joug de la loi et de la volonté royale (6{3).
9. Clotaire If. La Constitution de 615.
taire - Clo-
II resta I'humble sujet de I'aristocratie qui I'avait fait
vaincre. < Ce Clotaire était patient, instruit dans les lettres,
craignant Dieu, grend bienfaiteur des églises et des prêtres,
très charitable envers les pauvres, plein de bonté et de pitié
envers tous. Néanmoins il eima un peu trop la chasse des
bêtes fauves, et, vers la fin, il prêtait trop facilement I'oreille
eux suggestions des femmes. Il en fut vivcment blâ,mé par
ses leudes. > Le pauvre prince eut besoin de toute cette
patience, dont le loue Ie vieux chroniqueur, pour porter le
joug pesant que sa victoire venait de lui imposer. Il resta
entre les mains des grands, conseillé, redressé, surveillé,
réprimé. 0n lui fit asscmbler Ie fameux concile de Paris (615),
réunion de leudes et d'évêques qui prit à tâche d'émire dans
lo loi les conquêtes de I'aristomatie laïque et ecclésiastique.
Le gouvernement liscal et absolu que les Mérovingiens ar.aient
essayé d'éts,blir fut, imévocablement condamné, et la royauté
fut réduite à I'impuissance. RôtLr,blissemcnt des élections
canoniques, et, p&r conséquent, annulation de I'influence
royale dans le choix des évôques; défense au fisc de mettre
la main sur les successions dont un testament ne disposait
pas, d'augmenter les impôts et les péages, d'employer les
tEs succEssEuRs DE clovts. 15

juifs pour les peroevoir; responsabilité des juges et des autres


ôfficiers du roi; restitution des bénéfices enlevés Eux leudes I
défense au roi d'accorder à I'avenir des permissions pour
enleverles riches veuves, les religieuses et les vÏerges; peine
de mort oontre celui qui oseraif enfreindre un seul de ces
artieles : tels sont les principaux points de Ia constitrttion
papétuelle dictée au roi por le concile de 6t5. < Tous les
abus de I'autorité royale vont disparaître, et ceux du gou-
vernement des seigneurs vont commencer. )
l0.Dagobert(628-63S).- Le fils de Clotaire II, Dago-
bert, arrêta un moment la décadence des l\férovingiens.
Entouré de ministres romains, I'orfèvre ssint Eloi et le réfé-
rendaire saint Ouen, il fit fonder des couvents et écrire les
lois barbares. Il donn& son frère Caribert pour roi eux Aqui'
tains, délit les Bretons, les Saxons et les Basques, mais ne
put réduire les Slaves-Wendes, qui avaient pris-pour roi le
-F'.anc
Samon. Il bâtit I'abbaye de Saint-Denis, et laissa après
lui le souvenir d'une magniûcence dont le dénuement de ses
successeurs devait encore ougmenter le prestige.
11. Ires rois fainéants. Ires mairee du palais.
Après Dogobert commence la série des rois fainéants,
-tr L'âpre sève de lt première r&ce s'affadit promptementr et
les ûls de Clovis tombèrent vite du povois dans un fourgcn
traîné par des bæufs. > Derrière ces fontômes parurent les
puissants
- maires d'u palais,
Leur origine, comme celle des roiÉ, remontait à l'époque
qui avnit précédé I'invasion. Le chef germain, qui vivait
entouré de-ses leudes ou antrustions, leur conûait le serviee
domestique comme le service militaire. Après lo conquête, il
garda sa fruste, mais ses grossiers compegnons s'é-levèrent
ivec lui et devinrent ses grands officiers. Ils s'appelèrent le
sénéchal, le maréchal, l'échanson. L'un d'eux, le maire, avart
la surveillance générale de la maison et de la truste; il
veillait aux subsistances et jugeait les querelles des leudes.
Il devint ainsi le premier officier du ptlois, I'intendant-géné-
ral des domaineJ, le plus grand personnege après le roi'
Grâce à cette coutume ioute germanique qui rôunissait dans
les mêmes mains les charges de I'Etot et les fonctions de la
domesticité, le maire du palais se trouva à la fois le chef des
Ieudes et le ministre du roi.
En 5?5, sa puissance fit un progrès décisif. Sigebert ve-
nait de mourir, et son ûls, ChildebertII, n'avait que cinq ans'
17.
b,
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I
t
t
i {C EISTOIRE DE FRANCE.
Les grands choisirent donc un moire du palais, qui fut chorgé
r
d'élever le roi et de veiller à la paix du roytume, Jusqu'alors
le maire avait étô ls crésture du roi et son représentant au-
près des leudes; désormais il fut le surveillant du roi et le
ieprésentant des leudes auprès de lui. Brunehaut, qui voulut
amèter ses empiétemenls, fut vaincue; Cloteire II fut oblig6
'Warnaeheire
de promettre sous serment à de ne jamais lui
enlever la mairie; Dagobert échappa un moment à la tyran-
nie de ce magistrat des grands; ses descendants y retom-
bèrent à jamais.
Dans I'Austrasie, les maires trouvaient une royouté faiblet
une aristouatie puissante : ils se tournèrent contre les l\{éro-
vingiens, qu'ils cherchèrent à supplanter, et se firent les dé-
fenseurs de I'sristocratie. Dans la Neustrie, ils voyaient des
institutions romaines encore vivaces, des leudes peu nom-
breux, un peuple dès longtemps habitué au pouvoir absolu;
ils se firent les champions du pouvoir royal qu'ils exer-
gaient, et les adversaires de I'aristocratie, des Austrasiens et
dè leurs maires, membres de la grande famille d'Héristal.
12. Ebroïn et saint L,éger. - Depuis la mort de
Dagobert jusqu'àla bataille de Testry (638-ô87), la Neustrie
lutta sans désavantage contre I'Àustrasie, grâce au génie
violent d'Ebroin. A la mort du roi Clovis II, ûls de Dago-
bert, et de son maire Erkinoald, Ebroîn prit le g:ouverne-
ment de lo Neustrie et de la Burgondie, &u nom du jeune
Clotaire III, fils de Clovis II, tandis que les Austrasiens choi-
sissaient pour maire Wulfoald, et pour roi ChildéricII, frère
de Clotaire III. Il commença. pa.r supprimer I'article de la
Constitution perpétuelle qui ordonnait de choisir les comtes
parrni les grands propriétaires des comtés, brisa sans scru-
pute toutes les résistâ.nces, força la reine Bathikle, mère
de Clotaire, à se néfugier dans le monastère de Ctrelles, et
mit à mort les évêques de Paris et de Lyon. Ssint Léger,
évêque d'Autun, se lit Ie défenseur de l'édit de 6t5 et des
privilèges conquis por les grands. L'hostilité des deux adver-
'saires éclots en ô70, à la mort du roi.
Depuis longtemps Ebroïn avait négligé de oonvoquer le
mdl ou assemblée générale. 1l maignit, en réunissont les
Francs pour l'élection d'un nouve&u roi, de leur donner
I'occasion de connaître leurs forces el d'attaquer son auto-
rité. C'est pourquoi il se hâta de proclamer Thierry III, troi-
sième tls de Clovis II, et donne ordre aux Francsr qui
'-.",. i.,C.. -. i'I!l:ar.i,ir'.,-Tliî-i}]
'a '
,]
\
ÊNNOIN ET SAINT LÉGER. 47
aocouraient, de rentrer chez eux sous peine de mort. Ils se
conjurèrent eontre lui, brùlèrent, selon la coutume germe-
nique, Ies maisons de ses pertisans, etdonnèrentlacouronne
de Neustrie à Childéric II. Ebroin, surpris perce mouvement
soudoin, fut abandonné detous et se réfugiadans une église.
Ses trésors furent pillés, lui-même fut tondu et enfermé au "i\
couyent de Luxeuil : le pauvre Thierry III eut le même sortl I

il fut tondu et enfermé au mona,stère de Ssint-Denis. La


chute d'Ebroïn eut les mêmes conséquences que celle de
Brunehaut : les grands imposèrent leurs conditions au roi
qu'ils venaient de faire. Mais, en s'établissant en Neustrie,
dans lo Frnnce romoine,.Childéric se mit à suivre les exem-
ples d'Ebroin. Léger le'menaça de la vengeence divine s'il
ne gardait soû serment, le roi l'&ecusa de comploter Ia des-
truction de la royauté, et I'envoya à Luxeuil rejoindre Ebroin.
Alors il s'abandonna à tous ses caprices, et osa faire battre de
verges le leude Bodilon. Peu de temps après, il fut égorgé
dans la forêt de Bondy &vec sa femme et son enfant (673).
13. Mort de saint lréger. - Une elfroyable &n&r- 1
't
t< Les exilés, dit la Vie de saint Léger,
chie s'ensuivit.
accouraient comme des serpents qul sortent de leurs ca-
i
vernes, tout gontlés de venin, au retour du printemps. I
Ebroïn et saint Léger quittèrent ensemble Luxeuil, après i

&r'oir renouvelé entre Iei moins de I'abbé le serment d'ou-


J
blier le passé. Ils entrèrent à Autun svec leurs partisans,
et se dirigèrent vers Paris, où était. le roi Thierry, Qui
venait de quitter son monastère. En chemin, leur o,ccord se
rompit ; Ebroin s'échappa la nuit, se réfugia dans ses do-
maines de Soissons et y rassembla ses amis, tandis que
Leudès, fils d'Erkinoald, était proclamé maire du palais par
Léger et les leudes de Burgondie. Ebroin prit hardiment
I'olfensive. Il opposa à Thiemy un prétendu fils de Clo-
taire lil, Clovis lll, battit Leudès à Pont-Sainte-Maxence' sur
l'Oise, et le forgu de s'enfermer &vec son roi dans les murs
de Crécy. L'Auslrasie et la Burgondie repoussoient encore le
faux roi et le faux maire : pour abrrttre les révoltés, Ebroin
mit le siège devtnt Autun. Saint Léger, qui n'avait montré
jusqu'alors que les qualités d'un chef de parti, se souvint de
son titre d'évêque. Il ût briset sa vaisselle d'argent à coaps
de marteau et la distribua &ux pûuvres; il ordonna un
jerine de trois jours, demanda pardon à ceux qu'il pouvoit
avoir olfensés, et animo si bien les hobitants que les as-
IE EISTOIRE DE trRANCB.,
souts de I'ennemi furent repoussés. Mais des traits lncen-
diaires mirent le feu aux maisons, et l'évêque, se dévouant
pour son peuple, sortit de lo ville et se livra. On lui creva les
i. yeo", on lui coupû lo langue et les lèvres et il comparu-t,_einsi
mutilé, devant le concile de Marly. Les partisans d'Ebroin
le condamnèrent, et il fut décapité au fond d'un bois (678).
i 14. Puisearce et mort d'Ebroïn. - La prise de
Crécy livra à Ebroïn Leudès et Thierry : -l'un fut. massamé,
c'était un rival I I'autre fut épargné, ce n'était qu'un instru-
ment. Ebroîn rendit à Thierry s& couronne et se débarrassa
de Clovis IlI, qui n'étoit plus bon à rien. Alors, vainqueur
partout, en Burgondie comme en Neustrie, il- usa de son
pouvoir s&ns smupule et'sans pjtié. Il enleve les temes du
âomaine royol aux leudes qui les occupaient, les répartit
entre ses créatures, constitua une olasse nombreuse de petits
bénéficiaires, qui étaient tout à lui parce qu'ils tenaient tout
de lui, conlisqua le patrimoine des grands rebelles, et les
forga de s'exiler en Austrasie. En même .t.*p-t il sut Sagner
à ia cause ceux des évêques qui aimaient I'ordre civil et
I'administration romaine, saint Ouen de Rouen, saint Prix
d'Auvergne, Réol de Reims, saint Egilbert de Paris-. Les
évêques-d'origine franque, tels que-saint Genest de Lyont
trent seuls cause commune avec les lcudes.
EbroÏn poursuivit ses ennemis jusqu'en -Austrasie :-il ré-
cloma leur extradition; les maires Pépin d'Héristal et Martin
la refusèrent, et il envahit leur pays. Vainqueur à Latofao,
il assassina Martin par trahison, et allait pousser jusqu'au
Rhin lorsqu'il périt lui-même. Un leude, nommé- Hermsn-
fried, qu'i1 avàit insulté, I'attendit un dimanche matin,
armé diune hache. EbroÏn sortait pour aller aux matines,
lorsque son enncmi lui brisa la tête (68{).
16. Appréciation du rôle d'Ehroi.u. - Ainsi
tnit ce faiseur de rois qui, tout en combattant pour satis-
faire sa passion du pouvoir, servit la cause de la royautô
contre I'aristocratie. Les moines qui ont parlé de lui éfaient
\ les serviteurs et les protégés de le famille d'lléristal l aussi
t-t n'ont-ils pas épargnê sa mémoire. Malheur à I'homme q-ui
,L. succombe'en lùttant pour une c&use qui périt a'ec lui t Sa
I mémoire est condamnée comme ses elforts, et il n'a pour his-
toriens que ses ennemis. r Ebroîn, dit un de ses chroni-
queurs, ho*tt de naissance infime, n'aspirait-qu'à tuer, à
charser ou à dépouiller de leurs honneurs tous les Francs de
Énnottt ET SaINT LÉoER. lg
haute rece, pour leur substituer des gens de basse origine. I
Une légende, qui se répandit alors, racontait qu'un homme,
aveugl6 pûr ses ordres, s'était retir6 à l'île Barbe, près de
Lyon ; une nuit, il entendit un bateau qui remontait lecou-
rnnt du Rhône à force de romes, et il demonda au potron où
il ollait. Une voix tenible lui répondit : < C'est Ebroîn que
nous emportons à la choudière infernalel u Et la victime
du terrible maire se mit à prier pour son âme.
Cependant les écrivains de ces vieux âges ne sont pas
tous si durs. Un d'eux parle ainsi : r EbroÏn réprimait viri-
lement toutes les méchancetés et les iniquités qui se com-
metteient sur Ia surface de la terre; il châtiait les forfaits
des hommes superbes et injustes; il faisait régner partout
ln paix. C'étoit un homme de grand ccÊur, bïen qu'il frlt trop
cruel enyers les évAques. n
16. Bataille do Testry (ô87). La mort d'Ebroin
msrque la chute de la puissance royale - des Mérovingiens.
Son successeur, Bertaire, voulut continuer son æuvre, et
marcha contre Pépin d'Héristal à la tête d'une grande
multitude de petites gens. Il fut battu et tué à Testry. La
Neustrie était vaincue per I'Austrasie, lo royaut6 por I'aris-
touatie, la famille de Clovis pu celle de Pépin.

LECTURE.
- Galeewinthe.

Le mariage ile Sighebert, ses pompes, et surtout l'éclat que lui prêtait
le rang de sa nouvelle épouse, flrent une vite impression sur I'esprit
d'llilpërik, roi des Francs de Néustrie. Au milieu des femmes qu'il ai'ait
épouiées à la manière des anciens chefs germains, sans beaucoup de
cèrémonies, il lui sembla qu'il menait une vie moins noble, moins royale
oue celle dé son ierrne frère'. Il résolut de nrendre. commeliri. uneépouse
de haute naissanee; et, pour I'imitcr en fout point, il fit paitir unè am-
bassade ehargée d'aller demander à Athanagiiild, roi des Goths,la main
de GaleswintÈe. sa fille ainée. Irlais cettedemânde rencontra des obstacles
qui ne s'étaieni pas pré;entés pour les envoyés de Sighebert, lorsqu'il
dvait dcmandé lâ rrdin de Bninehaut. Le biuit des d"ébauches du ror
de Neustrie avait pénétré jusqu'en Espagne. Les Goths, plus civilisés
oue les Fraucs. disàient hdutement què l-e roi lliloérik menait la vie
d'un païen, Dé son côté, la fille afnée d'Athanaghild, naturellemenl
timidri et d'un caractère doux et triste, tremblait à-l'idée d'aller si loin
et d'appartenir à un pareil homme. Sa mère Galeswinthe, qui I'aimait
tendrement, partageait sa répugnauee, ses craiutes et ses pressentiments
de malheur. Le roi était indceis et différait de jour en jour la répottse
déflnitive. Des courriers partirent pour la Gaule et revinrent, apportant
enfin de la part du roi llilpérik rine promesse formelle d'abandonnel
toutes ses ferirmes et de vivie selon la loi de Dieu ayec son épouse.
BIST. DE T'R. C. COUPL.
TO EISTOIRE DE TRANCE.
A travers tous les incidents de cette longue négoeiation, Galeswinthe
n'avait. cessé .d'éprouver une.grâlqg répu gnance-porrr l'hbmnre auquel
on la destinait et de vagues inquiétudei puur l'avenir. Les promesses
faites au num du roi Hilpérik n'avaient prila rassurer d'une nianière ir-
-terreur
révocable; saisie d'un mouvement de qu'elle ne nuuvait sur-
moDler, elle courut vers sa mère, et, jetant ses brirs autour d'elle comme
un enfant qui cberche du secours, elle la tint embrassée plus d'une
heure en pleurant et sans dire un mot. Les ambassaderrrs francs se pré-
sentèrent pour saluer Ia fiancée rle leur roi et prerrdre ses ordres Dour
leur départ; mais, à Ia v,re de ces deux femmês sanglotant sur le'sein
I'une de l'autre, et se serrant si étroitement qu'ellei paraissaient être
liées ensemble, tout rudes qu'ils étaient, ils frirent énus et n'osèrcnt
parler de voyage. Ils laissèient. pas$er d-eur jours; et, le troisième, ils
virrrent de nouveau se présenter devant la relne. en lui annoncant cette
fois qu'ils avaient hâte-de partir. lui parlant de I'impatience dè leur roi
et de la longueur du chemin. La reine pleura, et ilemanda encore uû
jour de délai; mais le lendemain, quand bn vint lui dire que tout était
prêt pour le départ: n Un seul ,1our encore, répondit-elle,-et je ne de-
manderai plus rien. Savez-vous que là où vous'emmenez ma dlle, il n'v
aura plus de mère pour elle? > Mais tous les retards possibles étaieni
épuisés; Athanaghild interposa son autorité de roi et dè père: et. pxl.
gré les larmes de la reine, Galeswinthe fut remise entre les'rnains de
ceux qui avaient mission de la conduire auprès de son futur épour.
. Une longue file-de_cavaliers, de voitures- et de chariots de bagages,
traversa les rues de Tolède, et se dirigea vers la Dorte du nord. -Ldroi
suivit à cheval le cortège.de sa fiJle.jusqu'à un pont jeté sur le Tage,
à quelque distance de la viJle; nais là reine ne fut st résoudre à re-
tourncr si vite,.et_voulut aller au delà. Quittant-son propre char, elle
s'assit auprès de Galeswintbe, et, d'etape en étape, de'iorirnée en'iuur-
nee, elle se laissa cntrainer à plus de tent millès de distance. Ctiaque
jour, elle disait : << C'est jusque-là que ie veux aller: D et. Darrenue
à ce terme, elle pa.ssait outrè. A l'àppfoche des moritagnes,'les che-
mins devinrent dilficiles; elle ne s'eh- apercut pas, et voul.ut encore
aller pltrs loin. IIais c0mme les gens qui [a sùivaient, grussissant beau-
coup le cortège,.aug.mentaient lès embarras et les d'aàgers du voyage,
les..seigneurs gglbl résolurent _de ne pas permettre qne leur reine [it-uÉ
mille de plus. Il thllut se résigner d unô séparation inévitable. et de
nouvelles scènes de tendresser mâis plus caimes, eurent ticu dntre Ia
mère et la fille. La reine exprima, en paroles douées, sa tristesse et ses
craintes maternelles : < Soii heureuse, mais.i'ai peur pour toi; nrends
garde, ma fille, prends bien garde...'n A cés uiots riui s'accoitlaient
trop bien ayec ses propres sentiments, Galeswinthe -pleura et rénon-
dit: a Dieu le veut,-il l.aut que.ie me soumette. > Et'la triste sériirra-
tion-s'accomplit-; un partage se ût dans ee nombreux cortège: car,âliers
et chariots se divisèrent, les uns eontinuaient à marchsr en avant. les
aulres retournant vers Tolède. avant de monter sur le char qui devait la
ramener en arrière, la reine des Goths s'arrêta au bord de ia route, et,
lixant les Jeur vers le chariot de sa fille, elle ne eessa de la resaroer
debout et immobile, jusqu'à ee qu'it disparùt dans l'éloisnement e't dans
les détours du cheorin.- Galesrvinthe,
-triste
et résign"ée, continua sa
route vers le nord.
Cependant Hilpérik, fidèle_à sa prom-esse, avait répudié ses femmes.
-Frédégunde elle-même, la plus belle de toutes. ne put échanner à Ia
proscriplion générale. .EIle-s'y soumit avec uné rési'gnation àfparente
catESItrlNTH E. 5t
oui aurait tromné un homme beaucoup plus fin le roi Hilpérik.
que
Celui-ci lui permit de rester dans la maiscjn que devail, habiter sa trou'
velle éoouse.
-lés-ôreniers
mois de mariage furent sinon heureur, du moins pai
sibies,'pour Galeswinthe. Douei et patiente, elle supportait avcc. rési-
qnatiOn ce qu'il y avait de blrsqlerie sauvage dans le..caractere.de son
h-aii. n;aitt'eurs'llilpérik eut qirelque teprlis..pou.r elle.tne véritable
afl'ection : il I'aima d'abord nar vattité, ioYeur d'avotr en elle une el)ouse
àussi noble que cclle de stin frere;'il'friis, lorsqu'il fut un peu blasé sur
ce contentenient d'anour-Dtoptet I'aima par avarice,- à cause des
'qu"etlti avait apprirtées. trtais, après. s'être
srro,lôs-Jormes d'argcnt
éomnlu queloue temnÀ dans le calcul de tOutes ces richesse3' tl ces5a
àtv irouier ilu olaiiir et, dùs tors, aucun attrait ne I'attacha plus à
ôdtei*intne. Ce'qu'il y ivait en elie de beauté morale,.son peu d'or-
s;eit. sa charité dnverË les nauvres, n'étaient pas de natttre à le char-
heî.'fiOr]O.,tôntte ieprit bienLôt sa piace auprèd de Hilpérik, et,fit.éclat
de SOn nurttveau trionrfrhe. DIIe affecta mème envers l'épouse d-edalBnce
dàstaits hautains et rnénrisants. Doublemcnt blessée cbmme femme et
cJr*e reine, Galesrvinttre pleura d'a5urd en silence;.puis elle osa se
niainare et dire au roi qu'il'n'y Avait plus dans sa maison attcttn hon-
i"or oô,,* elle. mais det iniurËs et des alfronts qu'elle ne pouvait sup-
pàtterl Elle demanda comme une grâce d'être répudiée; elle offrit d'aban-
â;;;;i'toit-ii qo'ette avait aplrorté avcc elle, pourvu qu'il lui fùt
oermis de retourner dans son paYs.
'-Laïanàon volontaire d'un iiclre trésor, le désintéressement par flerté
d'âme, étaient des choses incornprélrensibles_ pour le roi. Ililgerik,. et'
n'eu àii',1 pas la moindre idee,'il ne pouvait'y croire. .rl.us.si, pplgrç
lôur sÏncerifé. les naroles de lâ lriste'Galesrvinthe ne lui inspirèrent
diautre sentimenl, qir'une dé[iance sombre et la crainte de perdre,. par
une ru0trrre 0uverte. des riCltesseS qu'il s'estimait heureux d-avolr en
Ji oos*ei.iÀn. ilIaitrist,rt ses émotioris et dissirnulant sa pensée avecvoix la
iirË-,fii-srirvage, il clangea tout à coup de maniè.res,. pr.i[ une
àô*.. ri ciresrinie, fit d'és pr0testiltionÀ de. repentir ct d'amour, qui
iromnOr*nt ta fitle â'tttranagùittl. Elle ne parlait' plus. de.séparatior, et
se flàttâit d'un retour sincère, lorsqu'une nuit, par I'ordre du .101,. u.n
ieroilcii.atndé hrt inlroduit dairs sa ciranrbre et l'élrangla pendant qu'elle
dormait. En la trouvarrt morte dans son lit, Hilpérik joua de- son mletll
la surnrise et l'afflietiol; il fit mêmc sem[]ant de verser des larmes'
quelqucs jours après, i[ épousa Frétlcgontle.
et,'Àiïsi
ioouri t ccite'feune feryïme, qu'une Iorte dc révélation intérieure
.etnfiiitïertir d'avdnce du sort ilrii tui était réservô, c0$me figure mélanco-
u,ne ap-
linue et douce qui trarersa la barbarie mérovingiennc.
nrrition d'un nuire siècle. NIalgré la rudesse des mccttrs et la deprava-
iiiriîenOriià. ii v éui dcs âmës q1i se sentircnt ètrtucs en présenee
a'iirdiof.rf"ie a'isii neu méritée,' et lerrrs sympathies prircnt,.selon
I'esnrit du temnS. unô cguleur sttperstitictrse. 0tt disrit qtt'tlne lampe
de èristal susrrôndue près du tonrlreau de Galcsrvintbe, Ie Jr)ur de ses
fùr;;;lii;-;;;,liulï àêrdit,ee iuSiterrretrt, .sans que pcrsgnne-y portât la
rriï. ôr qi,'elle était tonrtrée sur le pavê de marbr'e,latre sans se.briser et
sans s'étein<.lre. De semblables récitJ peuvent nous sounre.; mals
i" .iiiO"* siecte, quana ces légerrles passaienl de b'uche en bouche
cjni*e fternrèssiôn'vlvinte et p'oétique'des sentiments et de la foi.po-
iirïiiièr. pensif, et'l'on irleurait en les entendant raconter.
r-'-----' ôf,âevenaitA'ugustin Trrrnirr, Temps mérouinginns, t
62 EISÎOIRE DE FRANCE.

BXENCICES ONÀUX UT ÉCNIÎS


l. trplioation iles mots. - Austrasic, c'est-à-dire pays de I'est,
ancienne division de la France qui correspond aux dépariements du
nord-est. Neustrie, pals de ['ouest, aniienne divisiôn qui corres-
-
Dond âur nrovinces du'nôrd-ouesI.
- Bourqoqne. anuenne Droylnce
ftui a formé les départements de I'Ain, S-aôîe-ét-Loire, Cdte-d'Or,
Yonne. Metz, ancienne préfecture de la Moselle, aujourd'hui rille
- chef-lieu de canton de l'Oise.
allemande,
-Noyon,
de la Seine-lnférieure. - Ro[ten,
Saint-Denrs, sons-préfecture
préfecture
de la-Seine.
-
Saint-Cloud, ville de Seine-et-0ise, près i'aris, aucienne résidence -
r0yare.
8. 0uestlonnaire. les fils de Clovis.
- Nommez
Nommez les ûls de Clotaire lor. - Qu'ont-ils fait? -
0u'appelait.on Neustrie et Austra-
sie? - Qu'est-ce que Brunebaut- et Frédôgonde? Cr-rmment périt
Brunehaut? Donnez les dates de I'avèrrerirent et de- la mort de Da-
gobert. -
Quels furent ses ministres? - Qu'a-t-il fait? Qu'appelle-
-
t-on rois fainéants? -
Qu'est-ce que les maires du palais? Quels
-
rôles jouèrent-ils en Austrasie et en Neustrie? Ràcontez --
I'histoire
-
d'Bbroîn.
bataille.
- Qui fut vainqueur à Testry? - Donnez la date de cette
3. Ilevoir à rdrliger. Raconter brièvement les causes, les princi-
paur événements et lee- résultats de la rivalité de la Neustriti et de
I'Austrasis.

v
LÀ socrÉTÉ FnatrQnE
gOUg LSS UÉROVINGIENS
rEço!f
l. f,e 0aulc franque. *
Lea Gaulois, délivréa des Romains, su-
bireut lc despotisme brutal des Francs.
â. La gooiétô mérovingi€ue. On remarquait chez les Franca
quatre classes d'hommos : leg - loudes, lee hommeg libres, les
ti'ibutaires et les eerfs, et troie sortcs de propriétés : Iee alleur,
les bénéfices of les terres tributaires. Chaque homms euivait la
loi de sa nation,
3. L'8glise.- L'Bsliso. sui avait essayé de défendre la nonula-
tion conlre la flscaÏité dei empereurs, joua le même rôle'côntre
I'svidité des barbares. Saint-Maur, disciple de saint Benoît, et
eaint Colomban, fondèrent des monastères qui défrichèrent leg
terres et congervèrent le dépôt des connaisstnces de I'antiquité.
C'est ds lir que partirent les apôtres de la Germanie.

nÉar
l. Ira Boclété mérovingtenne. A lo mort de Clo-
-
vis, le Goule n'est pas encote tout entière û,ux Francs, mois
tÀ s0clÉTÉ rnaN0uE s0us tEs MÉR0vlNolENs' 63

leur puissence, appuyée sur I'assentiment des peuples et


I'alliaïce du clergô, esl, désormais solide et prépondérante.
0u'était-ce que relte singulière société qui comprenait tant de
Jonditions différentes ét dans laquelle se pressaient des
Romains et des bat'bares, des leudes et des évêques, des
ûommes libres, des colons et des serfs?
Les Gaulois ne Iirent que chonger de maîtres : &u lisc im-
périal succéda le fisc royol, 8,u comte romain le gra/barbare,
à I'oppr"rsion systémaiique la domïnstion brutale et fan-
tasque. Toutefoii les impôts se payèrent en nature plus sou-
veni qu'en monnaie, ôf devinrent pel conséqu.ent moins
é6asants. Bientôt même les rois séntirent qu'ils avaient
besoin d'une administretion dont les vaineus connaissaient
seuls le mécanisme. Ils les appelèrent à eux, les opposèrcnt
à leurs leudes indociles et farouches, et consultèrent avec
une véritable prédilection les évèques et les comtes romains.
2. Etat dès perso'rres. - Les hontmes libres étÈient
répartis en trois ôlasses. Les leud,es francs ou gallo-romains
dameuraient près du roi dans sa truste ou suite, ou bien ils
étaient chargés de gouverner un ou plusieurs cantons en
qualité de d-ucs ou de comtes. Les hommes libres étaient les
compagnons du
fropriétaires de terres franches sans être les
roi.'Leur nombre diminua rapidement, parce que leur isole-
ment les exposait aux entreprises des grands. Les colons ou
tributaùres disparurent aussi peu à peu, les uns ré_duits au
servage, les a-utres élevés au rang de bénéliciaires. Les scrfs
ou ,sàrores étaient dans une condition très misérable, moins
précaire cependant que sous la domination romaine; on p-rit
i'hubitodr àe les laiiser dans leurs chaumières, de les vendre
sans les séparer ni de leurs familles ni de la terre qu'ils cul-
tivaient.
3. Etat d.es terres. Les tenes formtient trois sortes
dc propriétés. Les alleun-étaient les lots tirés au sort, entre
les ïonquérents, qui y vivaient dans une indépendonee abso-
lue, obligés seuie*ent ou service militairc, lorsque-l'assem-
bléé génÀrale décidait la guerre. Les fi,efs, ttrjtéfices ou bienfaits
étaieit des portions dislraites par les rois ou les chefs puis-
sants de leurs propres domaines, et conférées à leurs leudes,
. coml)rgnonr oo fid'Utes, ma.is sous ccrtaines conditions. Tantôt
viagàr;, tantôt héréditaires, tantôt rôvocables tr volonté, tantôt
tedporaires, les bénéfices ôbligeuicnt toujours le délcnteur à
des iervices militaires et domestiques. Les temes tributai'res,
54 EISTOIRE DE FRÀNoE.
qui étaient les plus nombreuses, payaient un cens au trésor
du roi ou à un pnopriétaire particulier.
4. Lrégislation. Il y ovait dans la Gaule mérovin-
gienne.autnnt de lois- que de nations; meis toutes avaient
quetre principaux coractères communs. Elles étaient person-
nelles et non territoriales, c'est-à-dire que chaque Lomme
était jugé d'après Ia.loi de son peuple et non d'apiès celle du
peuple chez lequr:l il habitsit. Elles étaient purement pénales,
c'est-à-dire qu elles ne s'occupaient gu'à rôprimer lei crimcs
et ]es délits. Elles adrnettaient la côutumà dr wehrgelttr ou
composition et du freil,, pa.r laquelle un coupable pouvoit
toujours se rocheter à prix d'argent. Le wehrgeld était la
somme donnée à la victime ou à ses héritieri à titre de
dommages-intôrèts; le fred, la somme payée au roi à titre
d'amende. Enlin clles instituaient dans l-'instruction des pro-
cès les conjurateurs qui attcstaienl prr sermcnt ra véracité rle
I'une des parties. Toutes ces lois étàient des coutumes tradi-
tionne.lles, originaircs de la Germanie, qui furent rédigées
après la conquête, lo loi des Bourguignons ou loi Gombette
et_celle des Visigoths, à la fin du cinquième siècle, 10, loi
salique et celle des Ripuaires, au commencement du
septièmc.
5._ L'_EgIiBe. L'invasion pesa lourdement sur le pays
-
envahi. En vain quelques rois essayèrent-ils d'en allégôr ie
poids, tous échouèrent; et Ia population sujette serait iestôe
sans défense, exposée &ux coups de la bartarie, si I'Eglise
n'ovait opposé aux conquérants les préceptes de I'Evan[ile.
Sa.int Remi protégea Ie peuple coutre les soldtts de Clovis ;
saint Germain, évôque dc Paris, imposo aux envahisseurs lâ
respect dc son caractère; saint Grégoire, évêque de Tours,
Iit entendrc &ux l\[érovingiens de sévères avertissements;
!!cfti-ug, évèque de Trèves, reprocha ou petit-fls de Clovisj
Théodebert, ses désordres et ses violences, et lui lit baisser
Ie tête.
6. Les monastères. Mais les richesses du clergé le
-
corrompirent; les rois distribuèrent ou vendirent la di[nité
épiscopale, et introduisirent dans ce corps jusque-là si rcs-
pectable des fiqvoris vicieux, grossiers et ignorCnts. Àlors se
forma dons I'Eglise une nouvelle milice, celle des moines.
Saint Benoit de Nursia fondn le monastère du nront Cassin,
en ltalie, et son disciple, saint Maur, apporta la règle béné-
dictine eu Gaule (5&8) : \'ceux perliétuels eprès un an de
ta s0clÉTÉ lneu0us s6us lns uÉnoYlNGlENs. 85

noviciat, obéissance passive envers I'abbé une fois élu par


les rnoines, travail de dOfrichement et de culture, tels- sont
les principaux points de cette règle célèbre. En 5l?3, I'Irlan-
dais saint-Colomban vint fonderle monastère de Luxeuil qui

Un monastère.

envoya tant de missionnaires B,u delà du Rhin. Les cloîtres


de C-olornban et de Benoît se remplirent d'une prodigieuse
population. Leurs rnoines furent les gardiens de la.loi, les
ionservateurs des lettres et de I'Evangile, les ouvriers du
travail libre et pacifique, les dépositaires des lumières
transmises ptr les âges précédents, et que les tempêtes de
la barbarie eussent éteintes, si leur main ne les eùt pas
protégées.

LECTURE.
- Un roi mérovingion.
La famille mérovingienne, devenue maitresse de la Gaule,, nq sot:gea
pai â âetr"iie les insiitutions politiques qu'elle y trouvait établies.. Elle
frétendit, au contraire, g6uverner à la mantère lgmalne et cùnllnuer
I'empire.
- -Si'nous
voulons nous faire une idée exacte de ces princes, il fartt
nous ieniésentei àes hommes qui parlent le latin, qui s'habillent à la
ro*ainri-, qui sÙccopent à écrire en'latin, qui se plaiient,surtuul à sié-
eèr ior ieirr nrétuir'e à la laçon des emperôurs, ei à y dicter des arrêts'
Ëo .oorerurn't ie titre 4e roi rles Franis, ils y ajoufent volontiers les
titres tout romains de patrice et d'homme illustre.
56 HISTOIRE DE FRANoB.
Ils prennent
.le seeptre, la le.s insignes impériaur, Ia couronne d'or, le trône d'or,
chlamyde et la tunique de pourpre. Lerirs imases lei
représentent en costume d'empereurs romains e[ eu robe consul-aire.
lls ont une cour, qu'ils appellent, comme les empereurs. le Dalais
sacrél 0n leur voit une suite de dignitaires et de courtisans'qui's'ap-
pellent comtes, domestiques, chancellers, ré[érenrlaires, caméricès. Toûs
ces noms sont romains; toutes ces dignités sont passées du palais des
emp.ereurs dans le pal-ais des rois francs. Les hommes des plris grandes
familles, Francs oï Gaulois indifféremment, se pressent à cel,ti cour;
rangés autour du prince, ils attendent des rirdrei; ils lui font cortègé
dans ses fètes. Les eufauts de la plus haute naissance forment une
sorte d'école de pages où ils apprennent à servir. Cette vie de cour
est large et brillante; il ne faut pas se figurer ces rois vivant dans des
fermes de paysans grossièrement-construftes; ils ont à leur disposition
les nombreux palais qui avaient été construiLs an siècle précédént pour
I'usage des empereurs ou de leurs fonctionnarres.
Cette royautë n'était pas élective. Quelques historiens ont professé
que le droit public des Francs prescrivait que le roi fùt élu par le
peuple; mais cetle assertion ne s appuie sur àucun fait, sur aucrin do-
cument de cette époque. Les fl)s dc Clovis lui succé,]èrent sans au'il v
efrt même une apfarènce d'élection, et iten fut ainsi durant un siiicle ei
demi. Fusrer. ns CoulrNce s, Institutions d,e l'ancienne France,

EXERCICES ORAUX EÎ ÉCRITS

l. lrplioation des mots. Sou d'or, le sou d'or représentait à peu


près quinze francs.de. notre-monoaie.
dée en toute propriété. - Alleu, AII-dd, terre possé-
l. Ouestionnaire. -.Quelle fut la condition des Gallo-Romains après
la conquète?
- Qu'était+e quo le* leudes, les colons, les serfsi
Qu'était-ce que les alleux, les bénéûces, les lcrres tributaires? -y
avait-il plusieurs lois en Gaule? -
muns de ces lois? - Queis étaient les caractères com-A
Qu'appelait-on wehrgeld, fred, coniuraLeurs?
-
quelle époquq furent rédigées les diverses-lois barbares'i -
rôle de I'Eglise à l'époque mérovingienne ? - Quel fut le
Donnez les- noms de
-
quelques évêques.
- Queltes furent
sainl Maur, saint Colomban?
les fondations de saint Benolt,
services rendirent les moines?
- Quels
3. Ilevoirs à rédiger. Erposer l'état social et politique de la Gaule
-
après I'invasion des Francs. les servicei rendïs par I'Eglise
à'la société franque. --Erposer
CHAPITRE II
L'EIilPIBE CINt(lUIhHEil,
_ tA ffiAIICE FÉ(IDALE

(687-S87)

I
errÈununNT DEs caRLovrlrcrtNs
rEç0N

l. Pépin il'Eéristal. La famille carlovingienne, puissante


'daus I'Eglise -et parnri les leudes, possédait depuis Ia
t
la fois-Ae
Dagobcit la mairie d'Austrasie.- Âptat sa victbire de
-ort -f'érrin
f*t.v, tl'lIéristal retourna sur les bords de la IIeuse,.fit
lqgq".i,." .âux nations germaniques et seconda les efforls tles
mrsslonnalt'es.
!. 0harl,s Martel. Son fils, Charles l\Iartel, vajnqueur des
Neustriens, protégea- saint Boniface, apôtre de la Germanie, -et
.auua nar iif victoire de Poiticrs la chr:ctienté menacÉe par les
,trunè.'. II mourut, laissant, Ia Gaule et la Gcrrnauie réunies,
àômrue
--e. au temps de Dagoberl sous la nêrne autorité.
nepin te Brôf, roi (?587.- iarloman et Pépin réforPèrent Ie
clercéiranc par ics dècrdts dcs cour:ilcs de Lcptinus et de Sois-
sons": Carlodan se retira au monl Cnssin, ct Pépi-n' reléguant
dans'un cloîlre le dernier l\férovingion, chilrléric Ill, prtt la cou-
iJnne ioyale, avec I'assentiuenL du pape Zachalie 1?52)'
4. trroéËitiois rle Pépin le Bref contre les Lombards et les Aquitains.
Ie Bref batlit tlcux fois Àstolphe, roi des-Lombards,
--pépio
lui enleva I'exarchat de ltavennc, la Pcnlapole-et- la Roruagne et
lcs donna au pûpe. Il flt encore une guerrc de ltutl anDèes aux
Âauitaiu.. qu'il èoumit après la mort-rie leur duc WirÏfer'
t. Cnartôs'et carlornan. -- Ses deux fils, Charlcs et Carlonran,le
-
..ïu.iosô..nt I'empire des Francs, mais ia mort de Carloruan
laiôsa toût entier à-Charles (77t).

RÉCIT

1. Origine des Garlovingiens. - Pendant les san-


glentes luites de I'Austrasie et de ls Ncustrie,-l'empire dcs
Inranes s'était dissous, faute d'un roi oapable de le maintenir.
Les peuples y&incus, Frisons, Saxons, Thuringiens,- Ala-
mrn;, Bavarois, Bretons et Àquitains, avaient 1leu à peu
reconquis leur indépenrlancc, et allaient pâsser de ln gtrerre
3.
58 HISTOIRE DE TRANCE,
d'affranchissement à la guerre de représailles. Alors, se pré-
sent&, pour défendre l'æuvre de Clovis, I'héroTque lignée-des
Carlovingiens.
Cette puissante famille e un cersctère à la fois saeerdotal
et aristoæatiquc. Par ses grands domaines de la Meuse et le
nombre de ses leudes-, elle exerce sur les Austrasiens le pres-
tige de la richesse et I'autorité patriarcale des chefs de tribu.
Par ceux de ses membres qui occupent dcs charges ecclésias-
tiques, elle tient à I'Eglise et prolite de son alliance, comme
Clovis en a proûté. L'aieul paternel de Pépin d'Héristal était
Arnulf, évêque de Metzl son aïeul maternel, Pépin de Lan-
den, étnit le plus puissant leude de I'Austrasie.
2. Pépin d'Eléristal. Le vainqueur de Testry se
- en Neustrie. Il y laissa un
garda bien d'établir sa résidence
de ses {idèles pour surveiller le peuple et lc roi, et il retourna
dans ses domaines patrimoniaux, 0"u milieu des bénélices de
ses leudes, là où étaient tout ensemble Ia force et le denger.
Il rétablit I'usage des assemblées guerrières ou champ{ de
mars et commenga contre les Germains païens une lutte dans
laquelle il usa sa vie. Il fit dix cempagnes contre Radbod,
due des Frisons, et parut comme I'auxiliaire des nrissionnaires
chrétiens. Saint 'Willibrod pénétra dans la Frise en même
temps que Pépin et y fonda I'erchevêché d'Utrecht. Les
Bavarois furent convertis par Rudbert, évêque de W'orms;
les Alamans, trois fois vaincus, se soumirent à le suprématie
des Francs et à la loi chrétienne; les Saxons furent repoussés.
L'année qui précéda ls mort de Pépin fut Ia première où il
nè {it, pas de gueues. Il vieillissait, et il songeait, à assurer
son ouyra.ge &vec sa succession. Des deux lils que lui avait
donnés sa femme Plectrude, l'aîné, Drogon, était mort; le
second, Grimoald, fut assassiné à Liège, dans l'église de
Saint-Lrmbert. Il avait un autre fils, Karl ou Charles. né
d'Alpaïde, qu'il avail épousée par I'anneau et le denier, sui-
vant la.coutume germanique. Charlcs, accusé de la mort de
son frère, fut privé de tout droit à la succession paternelle et
emprisonné. Pépin monrut la mème année (714).
3. Charles Martel. La mairie appartenait à un
-
enfant de cinq &ns, Théodoald, Iils de Grimoald, et la
royauté à un enfant de quinze ans, Dagobert III. ( C'éts,it,
dit Chateaubriand, un fantôme sur un fantôme. r plectrude,
veuve de Pépin, essB.ys. en vain de contenir les peuples sou-
mis. Les Neustriens prirent pour maire Ragenfried, battirent
ÀVÈNÊMENT DES CÀRLOVINGIENS. 59
les Austresiens dans lo forêt de Compiègne et s'allièreut
avec les Aquitoins et les tribus de la Germanie. charles
*'é.huppu aÏors de la prison de Cologne, forga Pleetrude à se
retirer àans un couvent, et fut reçu s,vec joie par les leudes
de son père. A peine proclamé il,uc olt, chef de guerre, il
battit lei Neustriens à Àmblef et dispersa, I'année suivaute,
à Vin.y, leur armée nombreuse 9t mul oguerrie (?17)' Il
gut*toyoit sur les bords du Weser, lorsqu'une nouvelle
inna*iott le rappela. Le maire de Neustrie avait obteuu le
secours d'Eudes, duc d'Aquitaine, et s'avançait avec toutes
les forees de la Gaule ociidentale. Il fut vaincu à $ois-
sons (?19), et conûné dans I'Anjou. Eudes fil la paix en
livrant Chilpéric Il au vainqueur, < qui le traita miséricor-
dieusement et le fit roi sous son autorité. >
4. Charles Martel et I'EgIiBe. - Mais, après la
victoire, les soldats austrasiens réclamèrent leur récom-
pense, ôt it fottot leur donner en bênéûce Ie p^ays qu'ils
ienaient de conquérir; les biens de I'Eglise ne furent pas
ulus respectôs que leÉ autres. Aussi, le clergé poussait-il
des cris-d'indignation contre le tyran austrasùen; l9 p"p'
Grégoire ll se tù.
Comprit-il que cette spoliation élait l'æuvre
d'uie armée indocile, et se côntenta-t-il de 6émir de maux
inévitables? Distingua-t-il, avec la clairvoy&nce d'un homme
supérieur, le protecteur des missionnaires ? Dans le même
-il
teirps (?â3), partir pour la Germanie le grand
faisuit -lui
apôtre daint'bonifoce; il donnait, pour Ie prrissant duc
d?s Francs, une lettre adressée tt ou seigneur Charles, ton
glorieux lils D ; et charles accordait à Boniface son patronege.
Ivee cette sssistance, le grand missionnaire put s'ovancer
dans les pays des Hessois, des Thuringiens-, des Alamans,
des Bavarôis et des Frisons, renversant les arbres socrés, et,
des bois des idoles, construisant des chapelles. La uaiute du
duc des Francs anêtait lo vengeance des païens. < sans les
ordres de Charles, éuivait I'apôtre lui-même, ie 19 poumais
ni diriger le peuple, ni défenâre les prêtres,-les diaqes, les
moinel et leiservantes de Dieu, ni interdire les superstitions
des poiens et le culte sauilège des idoles. >
5. Invaeion des Arabes. - Ainsi, I'Eglise reconneis-
sait son ollié nnturel dans son spoliateur pessager. charles
ne tarda pas à rendre à la couse du christianisme et de la
civilisation occidentale le plus signalé de tous les services.
Mahomet (570-632) ovoit donné aux tribus ardentes et
60 EISTOINI DE FRANCE.
belliqueuses de I'Arabie-lne religion qui faisait de la
suerre
une
.loi, et, en moins d'un siècle, les^ Arabe, roorirJni on
gppire plus vaste que celui d'Alexandre. am.ou sàumit
l,!q{Otr, {ouga- rcndir musulmane la côte ,.piunt"io*fl A.
I'Afrique, Tarick conquit |Espagne sur rcs 'virigoit
Arabes, grossis des Berbères ei dlr Maures, oenoiaïrent
s i' tes
au
nord des Pyrénécs. Eudes*duc d'Aquitainr, uuinquàr,
i-roo- -ron
louse, battu à Bordearix, s'enfûit prO* au df,urbi
ancien ennemi, se reconnut tributairé et demanda
aidc et

Batailie de Poitiers.

vengeence. Pcndant ce temps, l'émir Abd-el-Rha.m&n rassem-


blait, de*ière la cha-rente, ses escadrons de piilartls, res
pcussait en &vant, brrrlait poitiers et la basiliq* ae saint-
Hilaire, et se portait, sur Tours, attiré par la ônommée du
riche sanctuaire ile Saint-Martin.
6. Bataille de Poitiere (782). Charles fit pous-
ser le cri dc gue*e d.ans tout |empire- des Francs. Âqui-
tains et Gascons fugitifs, Neustrieni menacés, Austrasiens
jusque-là triomphants, Thuringiens, Alamans, Frisons,
ûrvarois e[ saxons, tous accoururent à Ia voix du grand
chcf de la Germanie. L'Europe chrétienne et l'Asie";u-
sulmane se rencontrèrent entre Tours et poitiers. pendant
huit jours, les deux armées s'observèrent ayec étonnemcnt,.
Les Francs, serrés les uns contre les autres, semblaient
des
( lnurs de giace, contre lesquels les musulmans, urmés à la
légère, venaient se heurter sens y faire imprcssion r. Le
AVÈNEMENT DE$ CARTOVINOIIiNS 6I
metin du huitième jour, Abtt-el-Rha.m&n déploya sur sa tente
l'étendard du combat, et les Arabcs engagèrent la bataille.
Déjà ils avoierit fourni bien des charges, sans pouvoir enta-
mer le front de bataille des Francs, lorsqu'ils apergurent,
derrière eux, leur ca,mp en llammes : Eudes d'Aquitoine
avait fait un délour et incendié les tentes. Abd-el-Rhtm&n
ne put retenir ses soldsts I tous se précipitèrenI pour sauYer
leurs richesses, fruit du pillagc de la Gaule. Les Frsncs
s'ébranlèrent, poussant les fuyards et les abattant sous les
coups de leurs framées. Ils s'antôlèrent à I'entrée du camp
et y passèrent la nuit. Le lendernain, ils s'altendaient à
recommencer la lutte, mais ils trouvèrent les tentes vides
et la plaine silencieuse. Les Arabes s'étaient enfuis. Le mur
d,e glace des Francs fut la barrière de leurs conquêtes, et
Charles fut le marteau qui les émasa.
7. Mort de Ghartes Martel. - Charles partagea le
reste de sa glorieuse vie entre la guerre oontre les Germains
et la guerre contre les Arabes, ll prit Avignon, Nîmes, dont
il essaya d'incendier les arènes, Agde et Béziers, battit l'érnir
0mar sous les murs de Narbonne, el réduisit, avec I'aide de
Luitprand, roi des Lombards d'Italie, le duc Maurontius
révolté. En 741, le pape Grégoire Ill, abandonné pa.r les
empereurs de Conslantinople et menacé par les Lombards,
Iui envoye les clefs de lo tonfession de saint Pierre en
lui olfrant la sour.eraineté de Rome et le titre de consul.
L'ambassade pontificale fut regue avec les plus grands hon-
neurs, ms.is Charles l\{artel n'eut, pas le temps d'aller ûu se-
cours de Rome.Il mourut dans sa villa de Kiersy-sur-Oise(74l).
Telle fut lo vie de ce glorieux barbare : plus grand que
son père et son fils, il ne fut inférieur qu'à son petit-fiIs.
Charles Martel, c'est Charlemtigne sans la gloi*e des lcl,tres
et, sans la couronne impériale.
8. Garloman et Pépin le Bref.
- Carloman et
Pépin
le Bref, ses lils, devinrent maires du palais. Ils prévinrcnt
les mécontentements en tirant du cloître le Mérovingicn
Childéric III, fls de Thierry IV, qu'ils couronnèrcnt. lls
donnèrent satisfaction à I'Eglise par la restitution de ses
biens, et, avec I'aide de saint Boniface, ils réformèrent le
clergé franc aux conciles de Leptines et de Soissons : la guere
et lo cTrasse furent interdites aux prêtres, la polygamie ger-
manique sévèrement défendue, la hiérarchie ecclÔsiastique
reeonstituée, la règle bénédictine imposée à tous les monos-
62 EIsTOIRE DE rnÀNcg.
tères, enlin les évêques furent institués juges d,es rnæurs,
9. Pépin, roi (752).
monde, se fit moine au mon[ - Bienrôr Carloman, dôgutré du
Cassin. pépin s'empara de sa
part, battit les Saxons et les Bavurois qui souténaient les
prétentions de son plus jeuno frère, et songea enlïn à chan-
ger son titre de maire pour celui de roi. a Burehard, évêque
de-Wurtzbourg, et Fulrad, prêtre chapelain, furent-enooyôs
à Rome au pape Zocharie, alin de consulter le pontife tou-
chant les rois qui étaient en France, et qui n'en ivaient que
le nom s&ns en avoir en oucune façon lapuissance. Le pape
répondit par g.n message, qu'il valait mieux que celui qui
possédait déjà I'autoritÉ de roi le fùt en effet, et, donnant son
assentiment, il,enjoignit que Pépin fù[ roi; pépin fut donc
eppelé roi des Francs, oint pour cette dignité ïe I'onction
sacrée par la sainte main de Bonifoce, orchevêque et martyr
d'heureuse mémoire, et élevé ou trône selon la coutume dôs
Franos, dans lo ville dc Soissons. Quant à Childéric, qui se
parait du faux nom de roi, Pépin le ût raser et mettre dans
un monastère. p
Ainsi tnit cette dynostie mérovingienne, jadis si brillante;
elle s,chevo de mourir plutôt qu'elle ne périt; comme un feu
longtemps couvert de cendres, elle s'éteignit lentement sans
même attirer les regards psr un dernier éclat (zb2)
1O. Expédition contre les IJombards. pépin le
Drefn sacré déjà par I'arehevèque de I\Iayence, ne- tardà pas
à recevoir une deuxième consécration tle ln main du pape,
Etienue II, lui-même. Le pontife de Rome, abandonné par
I'empereur d'Orient et menacé par Astolphe, roi des Lom-
bards, se tourna vers le nouyeau roi des Francs. Il vint à
Saint-Denis, où il fut regu svec les plus grands honneurs,
sama Pépin et ses deux tls, Charles et Carloman, et défendit
aux Francs, sous peine d'excommunication, de prendre des
rois dans une sutre famille (75e). Aussitôt' Pépin se dirigea
vers les Alpes avec l'élite de ses guerriers, foiga le pas de
Suse et assiégea Pavie. Astolphe, incapable de résister, se
décida à traiter. A peine les Francs avaient-ils quitté I'Italie
qu'il reprit les armes et courut à Rome. Le pape implora de
nouveû.u son protecteur, et Pépin châtia Astolphe en démem-
brant son royaume. L'exarchat de Ravenne, lo Pentapole et
la Romagne, conquêtes récentes des Lombards sur les Grecs,
cessèrent de leur eppartenir. Pépin les donna au pape, dont
il constitua ainsi la-puissance ternporelle. Touteioii,'le roi
AVÈNEMENT DES CÀRLOVINGIENS. 63
des Francs, qui portait le titre de patrice, conserv& à Rome le
pouvoir militaire : il prêtait ainsi I'appui de ses_ armes ou
- jt. qui lui rendoit I'appui
ptpt, de son autorité morale;
Soumission de I'Aquitaine. - A peine débar-
rassé des Lombards, Pépin enleva la Septimanie aux Arabes
et déclara la guerre à Waifer, duc d'Aquitoine. Ce fut la prin-
cipale affaire de son règne. Elle commença ps'r des dévasta-
tiôns mutuelles : Pépin r&v&gee Ie tseny et I'Auvergne I
WaÏfer se vengea sur les poys de Châ.lons-sur-l\{arne et
d'Autun. Alors Ie roi des Francs entreprit une gueme plus
méthodique et plus terrible. Il se proposa de faire le _tour
riu grand massif de montagnes qui couvre le centre de la
France méridionole, de tout détruire dans cette vaste plaine
qui comprend le Nivernais, le Lyonnais, le Languedoc, le
Éoitou, lô Bourbsnnais et le Beny, et de cerner le duc d'Aqui-
taine dans les vallées de I'Auvergne. Ce fut l'æuvre de
sept années d'une lulte opiniâtre. Pépin poursuivit son adver-
saire vers la haute Loire, s'avanqa jusqu'à la Dordogne, prit
les villes du plat peys, y pesse I'hiver, coupe les arbres,
brrlla les moissons et atteignit, aux environs du Puy-de-
Dôme, Waifer et ses infatigables Gascons. Le due d'Aquitaine
périt assassiné, et Pépin mourut la mème année (76_8).
I2. Charles et. Carloman (768-??l). - L'empire
franc fut partagé entre ses deux fils, Charles et Carloman.
Le père de Wa'ifer, Hunald, qui était moine au monastère
de Noirmoutier depuis vingt-trois ans, reparut,.pour venger
son Iils et délivrer Jon pays. Les deux frères I'attaquèrent,
mais Carloman se retira bientôt. Charles ehassa Hunald de
I'Aquitaine et le contraignit de chercher un asile chez le nou-
veau roi des Lombards, Didier. En même temps mourut Car-
loman : les leudes francs réunis décidèrent que ses jeunes
enfants n'avaient pas la capacité nécessaire pour commander
à des hommes etlls ndjugèrent à leur oncle Iapert de Car-
loman. Les princes dépossédés se réfugièrent ovec leur mère
ouprès de Didier. Alors commenqù véritablement le règne
de Charles le Grand ou Charlemagne (77l).

le Bref.
IBCTURB.
- eoèou-ent de Pépin
L'étroite union de Pépin et de Boniface amena une grande révolution
chez lés Franes. Pepin ire voulant pas rester .sim.ple conquérant, 9t dq-
sirant changer la souveraineté réelle qui était dans sa famrlle depurs
soixante eÈ dOuze Ans eu Austrasie,-et depuis soixante-quatte ans en
6I EISTOIRE DE FRÀNCE.
Neustrie, en souveraineté légale, s'edressâ, d'après les conseils de Bo-
nifaee, au siège de Rome comme à la source du droit. ll entoya, en 749,
Burchard, évêque de \Yurtzbourg et disciple de ûoniface, et Fulrad,
abbé de Saint-Denis et archichapelain du palais, auprès du pape Zacha-
rie. nour lui demander si celui qui remrilissait lei fonctioirs^de roi ne
méiifait pas mieur d'ètre roi qrrè celui'qui n'en portait que le titre.
Zacharie iépondit que celui-là dcvait être roi qui e.rercait la puissance
r0Yale.
"Dès que
ses envoyés furent de retour, et gu'il apprit d'eux cette ré-
ponse, Pépin n'hésiLa plus. Il se fit éiever sur irh bouclier par les
itranc!, et'Boniface Iui tionna I'onctiorr royale selon te vienx usai4e juif,
dans ld cathédrale de Soissons. Ce fut, thez les Francs et en"Giule,
le premier sacre ecelésiastiqne. Le dernier roi môrovingien, Chiltléric,
fut tonsuré et mis dans un monastère.
Trois ans après, le pape Btienne lI, qui avait succédé â Zacharie, se
rendit lui-mëme auprès de Pépin. Le roi des Longobards, Astolf, ayant
envahi l'Exarchat et la Pentapole, Etienne écrivit au nouveau roi-des
Francs pour demander son assistanee au nom même de I'apôtre Pierre:
u Moi, i'ierre, apôtre de Dieu. ,r lui dit-il, ( qui vous ai pour tils rdoptif,
.je vous adjure, par votre affection, de défendre de ses ennemis cette
Eglise romaine et le peuple que Dieu m'a confié, et la demeure oùr je
repose selon la charr,.parce que vous tous, peuples francs, vous êtes
notre peuple elu Darml les natlons. ,t
EtieÏne II, s'étant abouclré x pxvie avec Astolf, sans obtenir qu'il
renonqâ[ à ses prétentiuns, partit pour la Garrle. tépin, qui avrit eiigé
du roi des Lonàubards qu'il'laissât passer Etienne,'envoya I'abbé Ful-
rad et le duc Rothard à sa rencontre.jusqu'au monaslère de Saint-\lau-
rice, dans les Alpes du Valais. ll alla lui-nrôrne au-dcvant de lui et
I'attendit dans son palais de Ponthyon. A la rue du pape, il rlescendit de
cheval e[ se prosterna devant lui. Etienne lui avant denrandé de le se-
courir contre-les Longobartls, Pépin le Iui prourït par serment, et s'en-
gagea à Iui rendre I'exarchat de Ravenne, Ics droiis et les patrimoines
àe"la répul-rlique romaine. S'étant acheminés ensemble veis Paris, le
pape Eti'enne bccupa le monastère de SrinlDcnis, où il renouvelâ Ie
èacre de Pépin, qu'il étendit à ses deux fils. Cette cérémonie eut surtout
porrr objet d'établir l'hérôdité royale dans la famille nouvelle. Anssi le
lrape en.joignit aux nolLles francs qui y assistaient de ne jamais choisir,
sous peine d'exæmmuication, que dcs rois issus de la race de Pépin.
Etienire nornma de plus patricesïe llome Pépin et scs deux tls, dispo-
sant ainsi d'une digirité ilui n'avait jamais éti conférée que par ies em-
pereurs.
' Pépin, fidèle à sa prorDesse, passa denx fois les Alpes avec une armée,
et força les Longobards à abandonner I'exarchat de llavenne, la Penta-
pole et le duché de Rome, dont il fit donation au siège apostolique. Ful-
iad, abbé de Saint-Denis, fut chargé d'opérer cetie investitrire, et il
déposa dans le conlessionnal de Saint-Pierre I'acte de donation de Pépin
avèc les clefs des villes.
C'est ainsi qu'à Ia suite des relations établies par Boniface entre les
Romains et le-s Francs s'aceomplit le grand changement qui rendit le
I)îpe prince territorial en ltalie.'et fit plrrs tard de'lui le chef srrorème
ile'la monarchie chrélienne en'Europe. Le christianisme commenca à
passer de la domination morale à la domination temporelle, et I'Eglise
à devenir la source du droit et de I'autorité.
I\ltcxnr, Noticcs ltistoriques,
CEARIEMÂONI. 0s

EXERCICES OnAUX ET ÉCNITS

l. Erplioatton deg mots. Héristal, aujourd'hui ville de Belgique,


- Vincy,
gur les burds de la Meuse. village du département du Nord.
-
villase de la Belsique.
-l'ÀisnAmblef.
e.
-l - Sozbsons, sous-préfecturg de
!,eptiné s, v !a g.q d e a B el giq ue. - .E r ar ch al.', Pen t apo.Ie,
-' i!
I'ltalie
anc.iennes divisions de centrale.
de la Oaule entre les Pyrénées et la Garonné.
- Aquitatne, ancienne division
Lombardte, ancienne
-
division de I'ltalie, ainsi appelée des Lombards qui envahirent cette
contrée. La capitale est Àlilan.
1. 0uestionriaire. - Quelle est I'origine des Carlovingiens? - Quelles
sont les causes de leur puissance? Quelle fut la conduite d'Héristal,
après la victoire de Tesfrv? A qui - frt-il la guerre? - Quelle était sa
fdmille? Quand mounrt-il? - Pourquoi Charles ltlartel fut-il ehoisi
- -
Dour duc? - Quelles sont ses trois premières vicloires? - Commenl,
lraita-t-il la Gaule? fit-il pour s'aint Boniface? - Faites connail,re
- Que
les orosrès des Arabes iusrtu'eri l3?.
- Racontez la batrille deQuels
tiers'. -I Quels sont les-derniers succès de Cbarles Àlartel?
Poi-

rapports eut-il avec la papauté ?


-
Quels sont les premiers actes de
Carloman et de lépin le Bref?
- Que lirent lcs conciles de Leptines
et de Soissons ? Quelle fut la - fln de la dynastie mérovingienne? -
Quelle est la date--de I'avènement de Pépin le Bref? - Qrrels sont les
ùractères des règnes des deur premiers Ôarlovingiens? - llacontez les
deux exnéditionsîe Pépin contie les Lombards?-- Quelle est I'origine
tempoielle des plpes?
de la pùissartce
taine.
-- - Racontez la guerre d'Aqui-
Quelle fut- la fin de Waii'er ? - Quels furent les deur suc-
cesseurs de Pépin ? mourut Carloman ?
- QuandRaconter
3. llevoirs à réiiger. la bataille de Poitiers' Racon-
ter les services rendus par- la famille de Pépin à la papauté. - Origine
des Carlovingiens : Pépin d'Héristal, Chule-s Martel, Pépin le Bref.
-

il
CEANI'.EMAGNE
(76&8r{)

rEç0N

|- Gharlemaglo. - Charlemagne fut grend pel ses guerres,


par Bon administration et par la prol,ection qu'il sccorda aur
EAvants.
S. Ouerres da Charlemagûe.
- Il
ût une gueme de treute-deur
BDs aur Sarons. Daïens et meurtriers des missionnaires' con-
traisrrit leur chéf,-Witikind, à reccvoir le baptême à Attigny, et
la soumission du pays tout entier à la tliète de Saltz (803).
rccu-I,
Îl protégea lc pape ed I[a]ie, battit Didier, roi des Lombards,
et prit la éouronne de fer (7?5).
:,

66 -
. EISTOIRE DE FRÀNCE.
Bn Espagne, il repoussa les musulmaus au delà
margré r'échec de Foncevaux, fonda le. mii.n.À d;de l,Ebre, et,F"ilùiù;
et de Barcelone.
Jaloux de sa nuissance, Tassiron,.duc de Bavière, réunit
lui_ tous.ceux ïui avaienr.teur inaef.nîîil;'il;tffiâi;;;.
coutre
à défeudre. l'aËsilon fut rivré, i.. -ô*.. fureut .uÀuu*ËË., ru.""
saxons ôcrasôs, er le peuple nrinuiqJe-aes A;;"; priiiiiiË
sors _el sa puissancc, àprôs une rutfc de sii-annaeË;iôii--""
t.e-
.3. tharlem.asne, empeie.ql..- !n 800, Chirle;as;o','âiÀt r,u*_
jusqu'à I'Elbe, rut coïionnl,
Hï f,Êlllttait
reur d'uccldent,. Ë".Ë'p;;;;;p._
{. Eouvernement de charlemagne. crrarremagne
constitu* son empire pqr dq sages- insiitutionËï eseava ru. cle

"Ëuiii
assern bl écs d'autonr nc ct- de prin tciirps, : i p u niË |u.-;"piiiirirc.
et s'efrorça tte protéger tcs- hornrnès' tlËr..,s,'îË"îaii'i',ilT. r.*
g:i: l:^ *l,{: *:* g:: f Ir ll : g. D; -.iii ;;'sd;;' it âË* ;;ÏilËi ;., -
.
ro vurccs, d cs inspect e urs "
imp ériau s survci llàien r
JËigiï:,liil
5. Renaissauce des Isttres et ires arts. pc.ples, trouvant
quelquc sécurité sous .cc gouvernemcnt - Leg
vlsii;nt,'î.ïioï"n-
cèrert à s'occuper des travàux dc l'csprit. iii;;ld uttiiJ''u rri
ûes nomlres rnstrutts, comnlc ÂlcUin, fOnda I'acatlér:rie du palais
et fit bôtir de nombreuses écoles. '
nÉcrr
l. Charlemag.ng.(zzt-814).
ses victoires, - < Charles,
dit Eginhard, son secrétaire
grend par
et son -histo.iôn,
fut_plus grand encore p&r son génie civilisateur. > La guerre,
I'administration, les lettres, voilà la vie de Charleiragne.
Heureux ceux qui naquirenù et moururent aveo lui t IIs nteo-
tendirent le bruit des armes qu'aux frontières de I'empire;
ils vécurent sous une administrotion bienveillante, qui ne ti
pas le mal, si elle ne I'ernpêcha pas toujours ils eu.ent même
;
assez de sécurité pour se livrer aux travaux de I'esprit, en-
couragés- par I'exemple de ce guerrier qui se faisait îrunilte-
ment l'élève des savants.
2. Guerre de Sare (772-S0l).
- Le plus
plus difûcile des guerres de Charlemagne
l_a
longue et
fut ceile . de
Sye. Les Saxons, ou hommes a.ux longJ couteaux, hobi-
!1ient entre I'Eyder et la mer du Nord au nord, l,Emi et le
Itlin I fouest, la Lippe et I'Unstrutt au sud, I'Elbe et l'Oder
à I'est. La nation comprenait guatre tribus, 'Westphaliens,
0stphaliens, Angariens et Nordalbingiens, subdivisées en
tantons; nobles, hommes libres et colons envoyaient des
députés.B.ux *ssemblées du canton et à I'assemhlée générale.
Leur religion étuit cellc d'oilin ; leur principale idole était
l'Irminsul, tronc d'arbre grossièrement iaillé,'planté au fonrl
at

CHARLEMÀGNE. 67

d'une forôt et représentant Arminius, le héros. de B Ger-


manie, ou lo Germanie elle-môme; les saxons lui olfroient
tous les ans des sacriliccs humains.
La guerre contre les Saxons fut à la fois une Euerre d'am-
bilion] une lutte de races et une *oisade. Charlcmagne
voulaii étendrc sa domination sur un peuple qui avait payé
tribut à ses pères ; il voulait donner satisfaction à la hoine
dcs Francs contre ces ennr*is qui les harcclsient depuis six
il voulait enfin venger les missionnaires massafiés
sièclcs ;
et imposer par la force le joug du Christ.
Âpielé par le missionnaire Libuin, gue le1 Saxons,avaient
*t*tO de mort, Charles s'emp&ra d'Ehresbourg, détruisit
I'Irminsul et en enseyelit les débris. Deux soulèvements ame-
nèrent deux autres fois le roi des l,'rancs ; il prit sicgbourg,
biltit la fortercsse de Lippspring, et décida beaucoup de
Saxons à venir recevoir id baptôme à Paderborn. Mais le
plus famcux de leurs chefs, {Vitikind, s'ôLoit.réfugié chez
ies Danois; il soulcva ses compatriotes, chassa les religieux
du monastbre de Fulda et s'ar;ança jusqrt'au delà du {hin'
Battu à Bockold, il laissa au vainqueur le temps de s'éloi-
gner, et surprit et massacra une armée franquc dans la
iallé'e de Sonthal, près du Weser. Charlemagne, poussé à
bou[, décapiter'à verden sur I'AIler quell_e mille cinq
fit
cents compagnons de witikind. cette terrible exécution
excila iusqï'à la folie la haine des Saxons ; toug se levèrent.
It{ais, repoissôs à Detmold, battus sur le bord de la llase,
truqués ôt mat.actés par des corps francs, qui parcoururent
le 'pays pendant d-eux ans, ils laissèrent tomber lcurs
u.rtnfrjet itritikind lui-même se rendit à la diète d'i\ttigny,
où il rcgut le baptôme ; lo' Saxe et la Frise I'imitèrent' La
Germanie était c'hrétienne, elle allait entrer désormais dans
la société civilisée (785).
3, Soumissioi de la Saxe. - Les Saxons ne lircnt
plus que tles révoltes partielles. Charles enleva du pays
hi" *ittu familles qu'il rempleçe per des Slaves ; il fonda des
évêchés, Brême, Gnabrucft, Paderborn, I\[ùnster, NIogde-
bourg, ilitoesheim, Ilalberstadt, Hambourg, q-ui donnèrent
naissânce aux premières villes d'Allemagne. Lorsqu'il tint
ln diète de Ssitz (803), les Saxons firent leur soumission
déIinitive. tharlemagne a été le uéateur de I'Allemegne'
4, Guerre contie les L,ombards (773'775)' - Ven-
geur des missionnaires &u delà du Rhin, Charlemagne ss
O8 EISTOIRE DE !'RANCE.
montre au delà des_Alpes le-protecteur du pepe. Il rcprochoit
à Didier, roi des Lomberds, d'avoir donné asile eu duc
Hunald et d'o.voir voulu forcer Ie pape Adrien I.. à sacrer les
ûls de Carloman. Il répudia Désidérata, ûlle de Didier. oon.
_champ de mai de Genève, et, après la
voque- Ies Iidèles au
première exp_édition de Saxe, il franchit les Alpes. Ditlier fut
bloqué dans Pavie, s_on fiig Adalgise dansVéroàe, et Charles,
laissant ses comtes dans la haute ltalie, se rendit à Rome.
I fgt reçu en libérateur, confirma la donotion faite par
Pépin, et conçut pour le pape une amitié qui ne se démen-
tit jamais. L'année suivante, Pavie se rcndit; Didier fut cn-
fermé dans un monostère ; Charles prit la courlnne ùe fer dts
rois lombards et laissa au pays ses ducs nationaux. plus tard.
eprès la révolte de Rotgaud, duc de Frioul, les ducs lom-
bards furent partout remplacés par des comtes francs (??5).
5. Guerre aontre les Sanasins (7?8). 'Trois
-
ans après, Charlenragne se tourna contre les musulmans,
ennemis de la foi chrétienne. L'émir de Saragosse, Soliman,
était venu à Paderborn lui demander son appui contre le I
khalife arabe de Cordoue, et le roi des tlancs, convoquant
son champ de mai à Chasseneuil, sur la Garonne, pasJa les
Pyrénées aux deux extrémités de la chaîne. Il prit Girone,
Borcelone, Huesca, Jacan Pampelune, échoua tlèvant Sara-
gosse, parvint jusqu'à I'Ebre, et, voyant tous les musulmans
unis et les Espagnols indifférents, il prit des otages et repassu
les montagnes. Pendant que I'armée détlait sur une longue
ligne, les Gascons surprirent I'arrière-garde dans le vailée
de Roncevaux, tuèrent les hommes, pillèrent, les bagages
et se dispersèrent. Roland, commandant des frontières de
Bretagne, périt dans cette affaire. Tel fut le combat de Ron-
cev&ux, dont le récit légendaire a fourni Ie sujet de I'im-
mortel poème intitulé : Ia Cltanson de lloluttd.
6. Soumissiou de la Bavière (7S?). Tant de
guerres heureuses avaient fait aux Francs bien - des enne-
mis. Tassilon, duc de Ba,vière, essrya de réunir cn un fais-
ceau redoutable tous ceux qui avaient leur indépendance à
revendiquer ou à défendre. Poussé per sa fcmme, {ille du
roi Didier, il fit allinnce avec Arégise,duc de Bénévent, I'em-
pereur de Constantinople, les leudes mécontents de la Thu-
ringe et de la Franconie, et s'appuys sur un peuple hun-
nique, les Avares, qui étaient campés sur Ie Danube et la
Theiss. Une armée grecque envahit I'I[aiie, les Avarcs se jetè-
CEÀR TEITAGN E. 69

rent surle Frioul, le due de Bénévent marcho sur Rome, et


Tassilon envoyùàCharlemogne son défi. Les &rmes et la for-
tune des Francs triomphèrent partout. Arégise mourut,
les Grecs furent jetés à la mer, les Avares chassés jusqu'au
Raab, les leudes rebelles surpris et traduits devant I'assenr-
blée de lcurs pairs; enlin Charlemagne, plagnnt son ctrmp
sur le Lcch, entra dans les pays des Davarois et des Ala-
m&nsr et somma Tassilon de comparaîlre devant Ies comtes
francs, ù Ingelheim, près de l\{ayence. Le duc, abandonné
de ses alli6s et vaincu sans combat, obéit. Il fut condamné à
mort comme traître, et Charlem&gne, lui faisant grâce de la
vie, le relégua dans un monostère. La Bavière fut dès lors
gouvernée par des comtes francs.
7. Guerre contre les Avares (?91-797). - Le roi
poursuivit alors chez eux les Avares. Ce peuple campait au
milieu d'un pays dévasté, dans de vastes enceintes appelécs
rings, divisées en zones concentriques per des retranche-
ments qui avaient vingt pieds de hauteur et autant de lnr-
geur. C'étaient des murailles de piemes, soutenues por des
troncs d'arbres et oppuyées sur des terrassements que sur-
montaient iles haies vives impénétrables. Au centre de la
plus petite enceinte étaient le polais du Kâan et les trésors de
la nation ; dans les autres étaient répartis les villages, tous
placés ù, portée de la voix. Chaque enceinte était percée de
passflges étroits ha,bilement dissimulés, par lesquels pou-
vait circuler la légère cavalerie hunnique. Après Ia guene
des Saxons, cclle des Avares fut la plusterrible et durahuit
ons. Pépin, fils de Charlemagne, le termina par le prise du
ring royal. < Les Huns, dit Eginhard, perdirent toute leur
noblesse. De mémoire d'homme, les Francsn'ontfaitaucune
guerre dont ils aient rapporté un butin plus ebondant et de
plus grandes richesses. Jusqu'à cette époque' on ourait pu
les regarder comme peuvres : mais alors ils trouvèrent dans
le palais du roi des Huns tant d'or et d'argent, qu'on est
forcé à croire que les Francs enlevèrent justement aux
Huns ce que ceux-ci avaient injustemcnt ravi Èux autres
nations. l
8. Dernièree g:uerres. Après la diète de Snltz,
Charlemagne ne dirigea plus- d'expéditions eD personne.
Par ses fils ou par ses lieutensnts, il fit deux guerres &ux
Danois, trois aux Slaves de I'Oder et aux Tchèques de la
Bohême, une &ux Avares. En même temps, il conquérait le
7O EISÎOIRE DE FRANCE.
Dalmatie sur les Grecs, la Corse, la Sardaigne et les Baléorcs
sur les Sarrasins, le fron[ière de l'Ebre sur ]es Arabes d'Es-
pagne. Des stotions maritimes étaient établies aux bouches
du Rhin, de laLoire et du Rhône, et des marches ou comtôs
militaires protégeaient toutes Ies frontières.
9. Charlemagne couronné empereur (g00).
Vers I'an 800, I'empine -
carlovingien avait atteint
ses dernières limiles. C'est
alors que le conquérait
reçut le titre d'empereur.
Il avait é|,é appelé à Rome
par Ie pape Léon III, suc-
cesseur d'Adrien, que les
Romains venaient d'a.cca,'
bler de mauvais traite-
ments. Pendant la nuit de
Noël de I'année 800, il
priait dans l'église de Saint-
Pieme, lorsque le pape vint
lui poscrune couronne d'or
sur la tête, en disant :( Vio
et victoire à Char.les Au-
gustg, couronné par Dieu,
grand et pacilique empe-
f\ reur des Romains ! n Léon
s'assurait de lo sorte un
protecteur contre les atta-
ques des Grees et les sédi-
tions des Romains; ii as-
surait &u roi des l'rancs
lui-même une supériorité
incontestable sur ces ducs
et ces lcudes qui venaicnt
Cbarlemagne empereur.
de se coaliser contre Iui I
il lc mettait hors de pair.
10. Gouvernemeut de Charlemagne. Chàrle-
-
megne ess&ya de constituer per de sages institutions cette
société dont son bres écartait les bnrbares. Ceux des Méro-
vingiens qui avaient voulu étsblir un pouvoir absolu avaient
échoué en attaquant, directement les institutions aristocra-
tiques : il se garda de lcs imiter. Le gouvernemcnt central
CHARTEMÂGNE. 7T

de I'empire appartint à I'empereur et oux assemblées qui sc


tenaient périodiquement au printemps et à I'automne. L'as-
semblée d'automne était une sorte de conseil d'Etat, composé
d'ér'êques, d'oflir:iers du palais et de leudes choisis. Elle déli-
bérait sur les projets de loi, donnait des conseils et décidait,
sous la prêsidence de I'empereur ou du comte du palais,
toutes les affaires urgentes. L'assemblée du printemps, ou
champ de mai, était une grande revue des hommes qui
devaient le service militaire. 0n lui présentait les orticlcs
des lois ou capitulaires prépués par Charles et par son con-
seil, et elle faisait elle-même ses propositions.
Le gouvernement se proposa un triple but : protéger les
hommes libres, réprimer les grands et diriger I'Eglise. Ses
eforts furent en grande partie couronnés de succès. Lc clergé,
instruit et moralisé, donna à la Germanie la foi et à I'empire
franc I'instruction. Les hommes libres gardèrent la frontière
de I'empereur.
de leurs alleux et restèrent les sujets direets
Les grands furent dépouillés des terres usurpées sur le do-
maine ou arrachées à lo faiblesse du jeune Louis, roi d'Aqui-
taine. Toutefois ils gardèrent aver ténacité leurs coutumes
onarchiques, et une loi de 8t3 leur reconnut même le droit
do guerrc privée.
11. Administration des provinces.
- L'empire
était borné, au nord, por lo mer Baltique, l'Oder, la mer du
Nord et la Manche; à I'ouest, par I'Atlantique; au sud, par
I'Ebre en Espagne, la mer Méditerranée, lr Pescara en ltalie,
I'Adriatique 1 à I'est, par la Narinta, la Bosna, la Save, le
Danube, le Raeb, les monts de Bohêrne, la Saale, I'Elbe et
une ligne qui rejoignait la côte de la Baltique à I'ouest de
I'Oder: au delà de la frontière orientale, habitaient les Slaves,
les Tchèques el, les Avares tributaires,
L'empire comprenait trois royaumcs, ceux d'Aquitaine,
d'Italie et de Bovière où résidaient les lils de Charlemegne,
Louis, Pépin et Chnrles, des duchés et des mergreviats des-
tinés à surveiller les frontières, et des comtés, qui étaient
les provinces de I'intérieur. Les comtés étaient subdivisés en
centaines et en dizaines. Les magistrats placés à la tôte de
ces circonscriptions étaient chargés de lever le contingent
militaire et de le commander, de présider les coursde justice
devant lesquelles comparaissaient les hommes libres, enûn de
percevoir les dons obligatoires, les denrées dues à la ntaison
royale, le produit des amendes et le revenu des biens royaux.
i2 N ISTOINE DT] FNAN CE.
Les comtes, surtout ceux qui résidaient loin d'Aix-la-
Chapelle, devaient ôtre souvent tentés d'sbuser de leur pou-
voir. Chorlemtgne institua, pour les contenir, des magistrets
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impériaux ou mr'ssi dominict.Ils faisaient quatre tournécs par


an, voyageant deux à deux, un comte du palais_.avec un
évéque ou uo abbé. Ils tenaient quatre assises d'un mois
chaCune et dans quatre endroits dilférents; ils jugeaient en
cgÀnlEuaoNE. 73
eppel toutes les affaires examiuées pu les tribunaux per-
manents, et s'enquéreient soigneusement de tout ce qui
pouvait importer à I'empereur. Malgr6 I'ectivité de I'em-
pereur, les mogistratures locales étaient le plus souvent
impuissantes ou désordonnéæ elles-mêmes. L'elfort de
Charlemagne, pour les constituer et les faire agir, était con-
tinuel, mais échouait sans cesse.
12. Reetauration dee étudês, Protégés par ce
-
législateur conquérant, les hommes recommencèrent à s'oe-
ouper des trovaux de I'esprit; la mémoire des écrivains onti-
ques se rovivo, les chroniques se multiplièrent, les discus-
sions théologiques furent agitées, la philosophie du moyen
tge naquit, et les vies des saints ne furent plus les seuls mo-
uuments de la littérature. Du cinquième &u sixième siècle,
I'ignorance n'avait cessé de g'accroître dans I'empire franc I
mais dans les poys voisins de la Gaule s'étaient conservées
quelques traditions littéraires éparses, fugitives, presque in-
connues. L'æiI perçant du grand homme distingua toutes ces
lumières, il les attira à lui, les réunit, et lew prôta un éclat
qui dès lors ne s'éteignit plus. A I'Itolie, Charles emprunto
de nombreux maîtres de calcul, de grammaire, de rhétoriquo
et de poésie, entre sutres Pierre de Pise et Paul Dieue. Les
questions de théologie soulevées par les évôques espagnols
Elipand de Tolède et Félix d'Urgel lui donnèrent I'occesion
de convoquer le concile de Francfort (794) ; ce concile recom-
mençe la .série interrompue de ces grandes réunions eccl6-
siastiques qui, durant tout le moyen ôge, exereèrent si efll-
cacement les esprits. L'Irlande, qu'on appelait l'tle il,es sai;nts,
envoyt des hommes comme Dungol, qui avait sou école au
monastère de Seint-Augustin, prèsde Povie, et Cl6ment, qui
dirigea l'école du prlais.
13. Ecole du palals.
- Là étoient élevés les tls des
nobles et les enfants pouvres qui donnaientde grandes espé-
ronces, Chorlemagne les visitoit lui-môme et il ne dédaignait
pas de feuilleter les humbles devoirs des élèves. < Après uno
loùgue absence, dit le moine tte Srint-Gall, le victorieux
Charles se ût emener les enfants remis sux soing de Clé-
ment, et voulut voir leurs lettres et leurs vers. Les élèves de
le clesse inférieure présentèrent des ouvreges où ge faisoient
sentir les plus douces s&veum do la science; les nobles, au
contraire, n'eurent à produire que de froides et misérsblæ
pauvretés. Le très sage Charles, imitant elors la jurtice du
EItT. DE IB. O[ COIIL
74 ErsroIRE DE rnÀNcn.
souverein juge, sépar& ceux qui avaient bien fnit, les mit à
sa droite et leur dit : a Je vous loue beaucôup de votrc zèle,
)) mes enfanl,s. Elforcez-vous d'attcindrc ù la perfection, alors
> jevous donnerai de riches évô;hés, de magniliques abbayes
r et je vous tiendrai toujours pour gens considérablcs. n
Tournan[ ensuite un front irrité vers les élèves demeurôs à
sa gauche : a Quont à vous, nobles enfants, délicats et tous
> gentils, vous reposantgur votre naissance et votre fortune,
)) vous ovez négligé mes ordres et le soin de votrc propre
> gloire dans vos études, et préféré vous abandonner au jeu,
r à la poresse ou à de futiles occupations. Sachez que, si
D vous ne vous hâtez de réparer pa,r une constante applica-
> tion votre négligence passée, vous n'obtiendrez jamais rien
n tle Charles. >
14. Académie palatine. Outre l'école, le palais
impérial renfermait une académie, - composée des hommes les
plus instruits et les plus élevés en dignité, qui se réunis-
saient, sous la présidence du savant anglo-saxon Alcuin,
pour discuter des questions de discipline ecclésiastique, de
jurisprudcnce eù de littérature, ou pour se réoréer par des
eonversol,ions piquantes, énigmatiques, qui charmaient ces
beaux esprits barbares. Charlemagne y portait le nom de
David.
15. Etablissement des écoles dane l,empire.
L'empereur prescrivit d'établir près dcs évêuhés ef des mo- -
nastères des écoles où les enfirnts apprissent le chant, le
calcul et la grammaire. Un capitulaire ordonna aux prêtres
d'ouvrir des écolcs dans les bourgs : < Si quelque fidèie veut
leur conlier ses enfants pour leur enseigner les lettres, ils ne
doivent pas refuser de les instruire, mais le faire avec une
grande charité, et ne rien exiger d'eux pour ce service, et ne
recevoir que ce que les parents leur olfriront volontaire-
ment. r Le concile de Chôlons (8t3) fit des règlements con-
formes aux volontés de I'empereur. Des écoles se perpé-
tuèrent, les hommes instruits so succédèrent sang interrup-
tion, et unirent p&r une tradition continue les écoles carlo-
vingiennes aux écoles de I'Université.
16. Résultats du règne de Charlemagïre.
Plaeer sous une seule main toutes les populat,ions germani-
ques et gallo-romaines, les prol,éger contre les nouveaux
barberes, ôtendre la foi chré[icnne vers I'est et lc nord, don-
ner à tant de perrples un gouvernement fort et une adrninir
CNÀRLEMÀONE. 7b

tration vigilente, arrôter les progrès de I'ignorance, telle fut


dans son ensemble I'ceuvre de Cherlemegne. Son nom devint
illustre per tout le monde; il rcgut à Air-la-Chnpelle, sa
capitale, des ambassadeurs du roi de Galice, des Sorrasins
de Fez, de I'impératrice d'Orient, Irène, et du kalife de
Bagdad, Haroun-al-Raschid, qui lui envoye une tente de
soie rouge, un éléphant, une horloge mécanique et les clefs
du Saint-Sépulcre.
Cependent le partie matérielle de son ceuYre étoit fragile.
Les nobles francs ne purent se plier aux règles de I'sdminis-
trotion, et il resta hors de I'empire des ennemis qui vinrent
I'attaquer : les Sarrasins, les Hongrois, les Bulgeres et les
Normands. L'emblème de ce règne est le palais impérial
d'Aix-la-Chapelle, construit avec des ilébris romoins, et
renversé bientôt par les pirates de I'Escaut.

IECTURBS

PnElllÈRE LECTURE.
- charlomagno ot les Normands.
Si I'on en croit le moine de Saint-Gall, qui écrirail au moment où
les invasions étaient le plus désastreusés,'les inrasions normandes
commencèrent avant mêm'e la tnort de Charlenragne. < Charles, dit-il,
arriva par hasard et inopinément dans une ville de la Gaule narbon-
naise. Èendant qu'il dinàit et u'était encore connu de personne, des
corsaires normafds vinrcnt pour exercer leurs pirateries j-usque dans le
port. Quand on apercut les iaisseaux, on les aitribua à des marchands
ïuifs. ifricains od bretr-,ns. I\lais I'habile monarque, reconnaissant à la
Ëonslruction et à I'aqilité des bâtiments qrr'ils-nortaient des ettnemis,
dit aux siens : t Ces'vlisseaux ne sont rroiirt elrireés de marclt;rrr,li ics,
mais remplis de eruels ennentis. , A ces mols, lutis lcs Irrants cuttrenl,
à lcurs ilavires, mais inrrtilcrncnt. Les Nurmands, en eil'et, ir[]Prenilnt
la nrésenee de Charlcs, craignirent qrre toute leur flotte ne l'rit pri.;e
dan': ce port, el, ils évitèrcrrt, par une firite d'une ineonr"evable rapidité,
non scuiement les glaives, uiais mênre les yetrx de ccttx qtti les pour-
suivaient. Le religieux Clrarles cependant, saisi d'une juste craittte' se
mit à la fenètre -qui rcgardait I'orient et demeura très longterrps le
visase inondô dc nleurs.-Pcrsonne n'osant I'interroger, il dit : u Savez-
vous", mes lidèles,'pourquoi je pleure si amèrementf Certcs, je-ne crains
Das que ces hommês rcirssiéseirt à me nuire par leurs miséiables pira-
i,eriei: mais ie m'aflliee cue. moi vivant. ils aicnt été prôs tlc toucher
ce rivâge, et'je suis tîurineôté d'une violente doulerri, qrrand je pré-
vois de quels maur ils écraseront mes neveur
,ii'iiil,iit'Ëi;J:
DEUXIÈME LECTURD.
- Un domaino elo CharlemagDs.
Parmi les Canituleires. il en est un gui est particulièrement remar'
quable et sans l'equel on i'aurait qu'une iTée imparfaite de Charlemagne'

".ÊJ
,16 EISÎOIRE DE trNANCE.
c'est le capituleire sur lec tenes du domaine, véritable modèle d'ail-
ministratiôn domestique e[ rurale. Chaque villa élait placée soug Ia
direction d'un fermier en chef ou meire. qïi devait parcoririr le domaine
tous les jours; ses aides étaient le doy'en, le celleiier, le forestier, le
nrénosé âur haras. le préposé aur DéCges, etc. Tous ceur gui vivaient
3ur'le bien impériâl sè dlvisaient dn t-rois classes : les bénéficiaires,
dont nous condaissons la condition, les colons possesseurs de manses
ou lerniers héréditaires grevés de redevances et de services, enfin les
serfs logés, vètus et norirris en échange tle leur travail. Tous étaient
éealement iecommandés au maire. q IL doit éviter d'ètre à charge à ses
sùbordonnés; il ne doit jamais eriger d'eur le logement pôur lui-
mème. ni même I'abri pour ses chiens. Il ne peut accepter de leur Dart
que dé menus Drésents': quelques bouteilles'de vin, des légumes,-des
fiuits... Qu'on'ait soin dri toris ceux qui nous appartiennent, et qu'ils
ne soient réduits à la pauvreté par personne. u
La villa, ainsi habiiée, comprenait des bâtiments, des jardins, des
basses-cours, des champs cultivés, des rivières et des forêts. Chaque
chose était réglée par [e capitulaire avec les plus minutieur détails.
Au centre s'élàvait le manoir, qui comprenait ùne maison d'habitation
Dour I'empereur et sa suite, des dépendances, un arsenal tou.iours bieu
lonrni d'aimes, des ateliers d'homuies et de femmes chargés de fournir,
Ies uns du fer, des tonneaur cerclés, des chariots revètus de cuir, du
savon et de la'cire, les autres des vêtements de laine et de lin et des
provisions de bouche. jardins du manoir devaient être cultivés
Suirant un plan uniforme - Les
et contenir des plantes potagères, des arbres
fruitiers et âes lleurs dont le capitulaire orésentela liste cbmnlète.
La basse-cour ou Ênl'I renfermait cenf poules et trente oies avec -
quelques oiseaur de-lure tels que Daons, faisans et tourterelles. Les
-
licrge'ries avaient un nombre file de brebis et de chèvres, et il était
ordonné aur bergers de conserver les peaux et les cornes des chèvres
et des boucs, Dans les métairies ot ménils dépendants du manoir, la
basse+our se composait de cinquante poules et de douzg oies.
champs étaient labourés eractement ôt ensemencés avec le meilleur - Les
grainl les prés étaient bien arrosés et gardés à l'époque où I'on fauche
les foins; lcs vignes el la fabrication du vin étaient I'objet de prescrip-
tions détâillées."- Le maire avait ordre d'établir des vivicrs bïen rem-
pfis, de clore de haies vives les breuits on enclos destinés aux bètes
fauves, d'ordonner des battues aur loups et de détruire les louveteaur
au mois de mai.
Chaque année le maire de la villa remettait à son supérieur, I'inten-
dant dù district, les produits et les comptes de sa gestion. L'intendant
en ordonnait I'emploi et faisait approuv'er ses acteË par I'empereur, à
NoEl et aur Ranieaur. Tels étaiérit les eoins infinii dont s'occupâit
Charlemagne; le domiuateur de l'Occident se faisait fermier, et de c-ette
même main qui courbait sous le joug les Sarons, les Lombards et les
Arares. il éciivait des instructioDs Dour la tenue de ses basses-cours et
la destiuction des loups. < Soyez àttentifs, a dit un historien homme
d'Etat, aur plus petittis choses, car c'est d'blles que dépend souvent le
succès des ebtreprises les plua importantes de ce monde. "
D'après les Capilulairet,
ÛOUIg [E PIEUX.

'
.EXENCICES ONÂUX ETÉCRIÎS

l. Brplioation iles nots. - Paaie, ville du nord de l'ltalie, sur le


Tessin, afflrrelt du Pô. col des Pyrénées. . -
- Roneeuauo,
l. 0uestiouuaire. - Quels
_

sont les tiois objets de I'activité de Char-


lemaene? 0uelle fut sa nlus lonque suerrd? Faites conuaitre les
tribui ct la- religion des Saions. 0uel-s sont les - trois caractères de la
guerre de Saxe? -
Quels furenl les prcmiers succès des Francs?
-
0uel fut le rôle de Witikind? - Dans-quelle diète reçut-ille baptème?
-
I Oue frt Charlemacne Dour obtenir'la soumission des Saxons?
Poui quelles causes "fifil la gucrre à Didicr, roi des Lombards? --
Qrrel fdt le sort dc Didier e[ de-son royaume? Quelle fut I'occasion
de la guerre d'Espagne? - Roland. Quelle
- Racontez- la mor[ de Quelfut
est la ligue formée par Tassilon, duc de Bavière?
-le sort de
Tassilon-?
-
Qu'était-ce que les Avares et leur ring? Quelle fut l'is-
-
sue de la suerre contre-les Avares? -
0uelles furenf les dernières
guerres deîharlemagn'e? -
Dans quelles ôirconstances fut-il couronné
-
émpereur?
- tlhariemagne voulut-il établir un pouvoir
Qu'était-ce que I'assemblée d'automne et Ie champ
-de
mai?
absolu? -
pelle-t-on Capilulairas ? Quel est le triple but, drt - Qu'ap-
gouvernement
ile Charlemaghe? - Quelles- étàient les born'es r.le l'empire? - Quelles
en étaicnt lei divisions administratives? - Qu'était-ce qu'un comte?
- Quel était le rôle des missi dominiciT - L'ignorance avait-elle
augmcnté ou diminué du cinquième siècle au huitième? Quels furent
Ies principaux auxiliaires de Charleû)âgne pour la restauration des
étud'es? Qu'est-ce que l'école du palais? Donnqz une prewe de
l'intérèt que I'empereur purtait aux études?- que I'Aca-
démie palâtine? -- A qui fut confiée la direction - Qu'est-ce
des écoles?
est te ôoncile qui fit les- rèqlements scolaircs?
- Qrrel
tats du règne ïe Charlemàrne?
- Quels furent les résul-
Quels furent ses rapports avec les
souvcrainiétrangers? -
Qùel est I'emblème de son règne?
3. Ilevoirs à rédiger.- Résumer les principales gtrerres de Char-
lemagne. Donner-une -idée de I'adminisfratiori de Charlemagne.
-

ffi
LOUIS LE PIEIIX. - TRAITÈ DE VERDUN
, (8r&813)

rEÇ0N

- La faiblesse des successeurs


l. Itissolution de I'emplre. do
Chnrlemasne, la répucriance des peuples à rester unis, I'indo'
ôitite Uc'i'aristocruiie, I'arrivéc .le riouveaux barbares, tellcs
furent les causes <le la dissolul.ion de I'ett;pire.
â. Louis le Pieur (8t4-810). Louis le Pit'ux do-nna des parts
tle terriloire à scd tls par-l'acte d'Aix-la-Chapelle, cassa cel
)tl

?8 AISTOIRE DE FNÂNCE.
ncte, et uso Bô vie à réprimer des révoltes, tandis que lea
llotf,rois, les Sarrasins et les Normands insultaient les fron-
tières et les côtes.
8. Traité de Verdnn. sa mort (840), la bataille de Fon-
- Aprèsconsomtnèrent
lanet et le traitô de Verdun la divisron de I'em-
pire en trois royaumes : France, Italie et Germanie (843).

RÉCtT

l. Causes de la dieeolutlor de I'empire. -


L'unité de I'empire carlovingien disparut avec son fon-
dateur.
Plusieurs muscs contribuèrent à renverser ce fragile édiliee
qui paraissait si solide. Charlemagne n'eut que de faibles
successeurs, et la famille d'Héristal nd produisit plus de
gronds hommes; les peuples, soumis malgré eux à une unité
factice, se séparèrent violemment pour former des nations
distinctes, dès qu'ils ne furent plus tenus par la forte main
du conquérantl I'aristocratie recommença contre les descen-
dants dc Charlemagne la lutte qu'elle avait soutenue contre
lcs lils de Clovisl enfin, de nouveaux barbares, Norm&nds,
Ilongrois, Sarrasins, que son infatigable activité n'avnit pu
aller chercher dans leurs retraites, parurent sur les frontières
el sur les côles.
2. Louis le Pieux (8f 1-840).
- A Ia mort de Charle-
ma'gne, Louis le Débonneire, ou plutôt Louis le Pieux, avait
trentc-sir ans. Sa taille était avantageuse, ses yeux grands et
brillants, son visage ouvert, sa poitrine vigoureuse, ses
épaules larges, ses bres robustes; pour manier I'arc et lanccr
le javelot, personne ne pouvait lui être comparé. Mais l'âme
d'un moine se cachait dans ce corps de soldat. Quand il se
rendait à l'église, il fléchissait lcs gcnoux et touchait le pavé
de son front; il priait longtemps et quelquefois avec larmes.
Ii vivait dans une crainte pcrpétuclle de commettre une faute
et un péché, et cette disposition donnait à son caractère une
faiblesse déplorable.
Sa générosité était inconsidérée, comme sa dévotion étoit
puérile. Il donnait à ses fidèles, à titre de possession perpé-
tuelle, les domaines royB,ux que Charlem&gne avait conservés
et entretenus rvec un soin si jaloux. En toute occasion,
il consultait ses conseillers, et, contrairement à son père, il
suivait leur ovis plutôt que le sien, < ce qui avait pour
IOUIS I,E PIEUI. 79

o&use, dit son biogrophe, son extrême assiduité à lire et ù


psalmotlier.
- n
3. Acte d'Aix-la-Chapelle (8t 7). - Il commengt
son règne par quelques bonnes mesures. II réta^blit ln
dôcence-dani le palaii impérial, prosuivit tout ee-qui. cho-
quuit sa piété ef restitua aux Saxons le droit d'héritage,
dont Charlemagne lcs avoit privés. En 817, à. I'exemple de
son père, iI ndmma rois ses trois f'ls por -l'acte d'Aix-la-
Cfrapïtte. Pépin eut I'Aquitaine et la surveillance de I'Es-
pugâe *utuimune; Louis obtinl, la Germanie méridionnle,
avéc le soin de défendre la frontière contre les Slaves et les
Avarcs; Lothaire, I'ainé, reçut I'Italie avec le titre impérial
en expectutivc et ls suzerainôté sur ses frères. L'emper-eur se
réserrlait la hnute main sur les affaires; il presffivait à ses
ûls de venir tous les ans à Aix-la-chapelle lui rendre compte
de leur administration; il dôfendait de diviser les royaumes,
qui devaient désormais passer aux fils aînés. cet acfe était
habile : Ies trois nations les plus éloignées de I'Austrasie rece-
vaient un gouvernement séparé, et I'unité de I'empire était
sauvegardéà pa. la suprématie reconnue à Lothoire et à ses
-<
descendants. Louis voulait, dit I'archevêque de Lyon,
eonstituer un seul royeume et non pas trois. >
4. Révolte de beraard. - Bernard' neveu de I'em-
pereur, qui régissait I'Italie en vertu des ordres de Charle-
ioognt, ie révolta ii I'instigation des ambitieux qui I'entou-
raiùt. Il passa les Alpes, fut voincu et fait prisonnier près
de Lyon, ét condumné à mort par I'assemblée des Francs'
La pôinc fut commuéc en celle de la mutilation-; le mnlhcu-
reui eut les yeux brrilés. l\'Iais I'impératrice Hermangarde,
qui le Ûaignait et le haïssait, fi[ foirc cette muelle opération
de telle minière que lc patient cn mourut. Louis, qui n'avait
pes su punir ni pàrdonner, montru bientôt I'inésolution de
ioo ca-ractère. il se rcpentit de la mort de Bernard; le
remords le prit et il résolut dc faire publiquement pénitence
aux pieds dès évêqucs. Les leudes francs virent avec éton-
nemônt et indignation I'empereut prostcrné, s'accusant de
ses fautes, sefrappant la poitrine et appelant un crime
I'exéculion du rebelic qu'ils avaient eux-mêmes jugé et
condamné. Les évêques, de leur côté, sentirent leur force,
et ne lui épargnèrent plus les rcmontrtnces et les humi-
liations : cétte confcssiôn, honorable pour un particulier,
était déplorable chez un prince; elle eut pour conséquences
80 EISTOINE DE FRANCE;
le de I'aristo*atie et la domination du clergé.
-mépris
5. I-r'irnpératrice Judith.
.(8?9). Acte de Worms
Peu ap$s, L_ouis perdit-sa femme et songea à se
- un cloître. Puis, cédant aux
retirer dans sollicitationJ de ses
leudes, il garda la couronne- et épousa Ia Bavaroise Judith,
femme insinuante, spirituelle, m-erveilleusement habile et
int-eltigente aux affaires. Tant de qualités subjuguèrent le
faible empereur I il n'eut plus de tendiesse que poï* ss, femme
e^t- pour I'enfunt qu'elle-lui donnr, Charles, plus tard appelé
chorles le chauve. cédont aux instanccs de Judith, il cassa
I'acl,e d'Aix-ln-Chapelle, et ût, à Ia diète de Worms, un
nouve&u pertage de I'empire, p&r lequel charles obtint un
roys.ume eux dépens de ses aînés.
6. Révolte dee flls de I'empereur; Ba mort (S40).
- Ils se révoltèrent contre I'empereur, I'impératrice'et ie
camérier du polais, Bernard de septimanie, etils furent sou-
tcnus par les évêques et les leudes froncs, gardiens de lo foi
jurée. Louis fut déposé; mais il obtint que h dière qui devait
,juger se conduite fùt assemblée à Nimègue, &u centre de I'Aus_
lrasie, au milieu des domaines de charlemegne. La diète réta-
.blit I'empereur (832). une nouvelle révolteiuivit aussitôt. Le
pape Grégoïre IV, qui était dans le camp de Lothaire, excom_
rnunia les évêqucs restés lidèles, et Ie Débonnaire, abandonné
per ses principaux partisans, rcnvoy& le rcste de ses ser_
viteursr aûn qu'il ne fiit pas versé de sang pour sB. cause. ll
{ot {uit prisonnier, conduit à l'église de Saint-Médard, près
cle Soissons, et contraint de lire en public une liste d'e'ses
prrétendus crimes. Toutefois il se refusa à prononcer des
\'çux monastiqucs et fut rétabli de nouveau par les Francs.
.Â'lors il en_treprit de d_épouiller son lils Louis de la Germanic,
son petit-fils Pépin- lI de I'Aquitaine, et de partager tout
f'empire entre Charles et Lothaire. l\lais Louis îe Gehaniqtrc
élait déjà pour les tribus d'outre-Rhin un chcf national; it
se révolta. Le vieil empereur marchait contre lui, lorsql'il
expira près de Mayence d'inanition et de chngrin. Le faibte
successeur de Charlemc.gne avait porté une couronne trop
lourde pour s& tête. 0n I'a compar6 à saint Louis. I\{aii
saint Louis sut accorder ses droits de roi ovec ses devoirs de
chrétien ; Louis le Picux fut un moine couronné.
7, Bataille de Fontanet (84{).
de,s ûls de Louis le Débonnaire affaiblit,- laLo grande lutte
nation franque.
0n peut dire que I'empire ne survécut pas aux ûls de Char-
TOUIS I,E PIEUX. 8T

lemegne. Personne ne voulait tle cette unité impossible, ni


peupier, ni princes, excepté Lothaire par embition et les Aus-
îruriror' pur s,mqur-propre. Lothaire, ïlléguant son- droit.d'aî-
nesse et ies dispositionJ 6u partege de 8l?, revendiqua I'em-
pire et voulutiraiter ses frères comme de simples ofliciers.
Louis et Charles, également menacés, unircnt leur cause, ré-
clamèrent des royaumes indépendants et furent soutenus par
leurs peuples. Ils livrèrent la grancte et songlante bataille de
Fontanct, près d'Auxerre, où il y eut, disent les contempo-
r&ins, o ooè grande tuerie de Francs >. Les anciens serviteurs
de cirarlemagne déplorèrent cette Suelre fratricide et cctte
funèbre bataille.
B. Serment de Strasbourg (8aZ). Lothaire' sou-
-
tenu par les Austrasiens, résist& encore un tû dans Mayencel
mais ies frères resserrèrent leur alliance pur le fameux ser-
ment de strasbourg. Les dcux armées des Gallo-Francs et des
Francs-Germains sé rangèrent dans une vaste plaine voisine
de la ville; Louis prêta son serment en langue rlrnane
devant les soldats de charles, et charlcs prôta Ie sien en
langue teutonique devant ceux de Louis. Les paroles pronon-
céeJ par les deux princes sont un des plus anciens monuments
de la langue frangaise et de la langue allemande.
g. frâité ae Verd.un (843). L'enrpereur Lothaire
-
fut forcé de consentir au traiié de Verdun. L'empire ftrt di-
visé en trois royaumes indépendants. Lothnire eut I'Italie et
le pays qui s'étônd entre lcs-Alpes,.la Rcuss et le Rhin à I'est;
te nËOnà, la Saône, la Meuse-et I'Escau[ à I'ouest' Le reste
aL I'empire appartint, I'orient à Louis le Germanique,l'occi-
dentà CharleJ ie Chauve. Dès lors, les trois nations italienne'
germanique et françaùse poursuivront leur destinée et autont
ieur hisioirc à pr*i : Chïrles le Chauve peut être consiiléré
comme le premier ro[, de France.

IECTURE.
- Le traité de Verdun'
Cent tlir commissaires furent envoyés au démembrement de.l'e-BPire.
to"ii-fa-pattie Oà-ti Caole située à I'ouest de I'Escaut, d.e.la.ltleuse'
juiqu.'à Iut
âe"Ïà"SîOtiË-ï Ao-nt'0n., ."ôc ie-nora de I'Espagne I'Ebre,
lairsé;iu roi CharteJ surnommé le Chauve. Lès pays de.langile tettto-
itiq-,io t"ient Aonnes en partage à Louis. Lother rérrnit, à i'lhtlie tuute
laiùdô oiirniate de t; d;"i;:i'*prise, au sud, entre_le lllrô.ne-et les
lftirJ.'i- iidiï,ïnire'ie nntn'et la'Iteuie, et enlre lagu llclse-et rlI'Eseaut
iirià,iriï.ôï,;.i.fi ;; ài ïe* Aeo* Ileuves.' Cette lo n e .Dldt e terri-
Ëiti;fipti"irfùrrttË pàpoiitions et q'atre langués diférentes, for'
&,
82 EISTOIRE DE TRANCE.
mait une division en[ièremenl factice et de nature à ne pouvoir se per-
pétner; tandis que les deur autres divisions, fondées sui Ia distineiion
réelle des races et des eristences nationales, devaient se Dronuncer de
plus en plus. Il est probable que c'est alorÉ que s'introdirisirent dans
)e langage lcs dénuminations de nouvelle Fiance.nour dcsisner le
loyaume dc Karle, et d'ancienne France po.ur désigner èeluide Lridewig.
Quant au ruyaurne de Lother, trop morôelé pour prendre le titre d'aù-
cune arreienne division politique, on le dési{aita simplernent par le nom
de famille de ses chefs. Ce nom resta dans la suita attaché i une nar-
tic des provinces se;rtcntrionalr:s de I'ancienne Gaule, qu'on anpelaii en
l;rnsrre tudcsrluc-trolheringhe-,-lAe, rtryaume des eniarlts de Lôther, et
en latin Lotlmrîngia, dont nous avoni fait Lorraine.
Aug. Tunnrr, Leilres sur l'histoire de France.

EXERCICES ORÀUT EÎ ÉIRITS

l. Erplication iles mots. - Fontanet, village du département de


I'Yonne, près d'Auxerre. -- Âuzerre, préfecture de I'Yoirne.
dzn, sous-préfecture de la Illeurse, sur-cette rivière. - Ver-
Lomaine, an-
-
cienne province..qui- a formé les trois ddpartements de la Meuse,
lrleurth e-et-Moselle. Vosges.
l. $uestionnaire. - Quelles sont les causes de la dissolution de I'em-
pire?
- Quel fut leExpliquez
son caractère.
successeur de Charlemagne?
- Faites
I'acte d'Air.la-Chapelle.
eonnaitre
Racontez la
-
révolte et la mort de lJernard. - la
Racontez et drrprécicz
de Louis le Débonnairg.- Quelle - fut sa seeonde-femme? nénitence
pourquoi
les lrois frls alnés de I'empereur se révoltèrent-ils? -
Comment ei à
quelle époque mourut Louis le Débonnaire? -
Quels sont les barbares
-
qui a-tlaquèrent I'empire?
- Quelles .étaient la patrie et la religion
des Normands?
- Racontez ln bataille de Fodtanet. Quelles en
furent les conséquences? Qrelle est l'importance du - sèrment de
Strashourg? [xpliquez -lcs clauses du traitè de Yerdun.
-
3. Devoirs à rédiger. Exposer les causes du démcmbrement de
I'empire de Chrllemagne.-- Rrcr)nter le règne de Louis le Débonnaire.

IV
LES DENNIERS CANI,OVINGIENS
LES NORUANDS
(8{:}-98?)

rEç0h
l. Lee lnvaslons. - La Fronce, gouvernée par les faibles suc-
cesseurs de Charlem.ague, allait- être, pendant un siècle, en
proie à de nouvelles invasions.
8. Paiblesse des Carlo_vin_gieus. _- Charles le Chauve (814-877),
Louis le Bègue (877-8?9), Louis III et, Carloman (879-884), vireri[
TES DERNIERS TARIOVINGIENS. 83
les srands seigneurs devenir de plus en plus indépendanta et
--i.Normands-ae
lee iavager impunément le-territotre'
f;tT;c" tiibuia'-Charles le ,Gros (s81-q8ï -réunit
(res I'rancs;
encore une fois sous sa domination tout- l'entptle lcs
;;Ë-çiî;iËte-empereur ne sut.pas^ défentlre- Paris contrc
ffir-u'i1.l-if iui-a?po.C--et I'empiie fut définitivement partogé
- C.lanùtrirsement
à drète de Trihur 1887).
Aes friôisianAs ei Prauoe.
t. duc Eurles, fut plqclamé - Leroivaillant défen'
de Irrance e1
=u"r-âî-pi.G,-
iOnna mù,t'eri ggg.-SÀ*occi..ouri Charles !e S_irlple..cétla la
N,irmahrliri aux Normands, par le traité de Salnt-ultlr-sur-
Lrrte (912).
"tb."diirriiUrcment
do la Eranoe eu graurls flefs. - Sous le-s rQSges
a" nià"idc Bourgogne, aJ t ouiJ1v..t-oy.t1.q-{er,,d-e Lothaire
Jf àJ iàui. V tglZY--SEil,' la rovautê s'a{Taiblil de plus en plus.
i; ".id;;iià aèr^-c,iirii,i"giônÉ uluit faire place-à la
dyuasrie
des Câpétiens.
. nÉcIT
1. Ires Normands. Pendont que I'empereur luttoit
contre ses tls, de nouveaux
- barbares, sarrasins et Hongroist
insultoient les frontières et les côtes.
Les plus redoutnbles de ces envehisseurs furent les Nor-
mands ou hommes du nord. Ils venoient des côtesdu Dane-
mark et de la Norvège; ils s'appelaient eux-mêmes lrlliings
ou enfonts des anses. l\[arins audacieux,.ils s'abandonnaient
eux flots et eux vents, qui les poussaient au rivage où ils
voulaient aborder; pillards intraitables, ils remontaient les
flcuves et les rivièrès, enlevaient les chevaux des p'ysenst
étcndaient au loin leurs ravages et reventient mettre leur
butin eu srireté dans quelque îiot perdu I enfin, sectateurs fa-
natiques d'0din, iis avaienl, pour l-es chrétiens uoe haine fu-
rieuse et se piaisaient à tôrturer les prêtres. Quand ils
avuient incendié tout un canton I < Nous leur avons ch&nté
la messe tle! lances, disaient-ils; elle e commenc6 de grand
matin et elle a durô jusqu'à la nuit. I Conduits p_tr leurs
qois de mer, Hasting', Biôrn tôte-de-Fer, Ragnord-Lodbrog
et Rollon, ils comiiencèrent par tles course$ sur les côtes,
puis ils étoblirent des stations nux bouches des fleuves, enfi'n
ils occupèrent des Provinces.
'Cbauve
- Le
2. Charles le (843-8?7). p-artage de
I'empire favorisa les invasioni des Normands, et Charles le
chauve ne sut qu'acheter Ia retraite de ces paiens. Les suc-
cessûurs des comtes instilués pur Charlemogne se chargèrent
de défendre le pays et se lirent construire des châteaux forts
par le peuple, qïi y trouvait un refuge' En voin le roi
,/

84 SIsIOIRE DE FRANcE.
voulut-il interdire ces constructions par l'édit de piete :. lù
nécessitéfut plus forte que le roi, et ta lranr"rr-uairre,d[
mnisons-fortes ou fertës, au pied desquelles fæ p*vo"ïgà]
blirent leurs chaumières. Iiientôt *ê*o rr ;-pii;Ëir. a*
Kiersy-sur-oise (87?) accorda aux barons r r,eJa'iiâ-arl"*u*
charges et de leurs gouvernements. charles te crrouue
mourut la môme année. Il ovait usurpé la Lothari;t;;
Lorraine sur s'n neveu Lothaire II, il avait conquis
.o
l,emnlre
et ceint la couronne de charrema.gne, et il était *:Àrc irpi,ir-
sant contre quelques borquos de piraîes.

Êiège de Par'is par les Normandg.

3. L'ouis le Bègue (BT7 S79) et ses flls (g79_884).


fils, Louis ll le Bègue, suivant I'exemplc de Louis
-_S9n
Ie Débonnaire,.aliéna les domaines royaux pour se faire des
partisansl il^n'en perdit pas moins I'italie èt la Bou.gogne.
Louis III et Carloman, Iils de Louis II, ne purent, molgù a*
cour&gcux efforts, réussir à chasser les Normands et à vaincre
Boson, usurpateur de la Bourgogne.
4. Charlee le Gros (SS4-BS?). Siège d.e paris par
lgr ltol*^1nd.a (886). - Au jeune frère de CarlorÀan,
Charles le Simple, âgé de cinq ans, on préféra le dernier ûls
de Louis le Germanique,_Charles le Gros, qui possédait déjà
I'Allemagne et I'Itelie. ce dernier essai.pôur le rétablisse-
ment de I'unité impériale ne fut pas lteureux. Les Nor-
mands, rendus plus hardis par leurs précédents succès, repe-
rurent plus nombreux. En 886, ils remontèrent la'Seine
IES DERNIERS TÀRIOVINGIENS. 85
Bur une flotte immense, qui portait quarante mille guer-
riers, et vinrent faire le siège de Paris. .Cette ville compre-
nait alors l'île de la Cité, et deux faubourgs à droite et à
gauche de la Seine ; le grand Pont et le petit Pont, tous
deux fortifiés, assuraient les communications de la ville avec
les deux rives. A I'approche des pirates, les habitants des
faubourgs se retirèrent dans I'ile ct se préparèrent à une vi-
goureuse résistance, sous la conduite d'Eudes, Iils de Robert
le Fort, comte de Paris, de l'évêque Gozlin et de I'abb6 de
Saint-Germain des Prés. Ils repoussèrent tous les assauts
et subirent les privetions Êvcc une constance admirable. Le
siège durait depuis un &n, lorsque I'empereur, cédant aux
instances d'Eudes, s'avança oyec une armée jusqu'à Mont-
martre. l\{ais, au lieu d'éæaser les poïens, il traita &vec eux
et leur donna à ravager Io Bourgogne, toujours rebelle.
Malgré ses ordres, les Parisiens interdirent le pessage du
fleuve aux Normands, qui durent tirer leurs barques sur le
rivage et les remettre ensuite à flot pour éviter la résistance
de I'héroique cité.
Les grands, essemblés.à Tribur, déposèrent Charles le
Gros comme < inutile et incapable. > Il mourut I'ennée
suivante, et I'empire carlovingien disparut o.ûec lui. Neuf
Etets principaux furent formés de ses débris : France, Italie,
Ger.manie, Aquitaine, Bretagne, Lorraine, Navarre, Bour-
gogne transjurane, au delà du Jura, et Bourgogne cisjurane,
en degà du Jura.
5. Origine des Capétiens. Règne d'Eudes
(887-898).
- Parmi les seigneurs qui avaient mis leur épée
su scrvice de la défense commune contre les Normonds, une
famille s'ét-oit surtout distinguée. Robert le Fort, baron de
race saxonne, aveit reçu de Charles le Chauve le soin de dé-
fendre le pays entre Seine et Loire : il fut tué devant l'église
de Brissarthe. Son tls Eudes, comte de Paris, traversa au
galop le camp des Normands pour rentrer dans se ville, et
forga I'ennemi à lever le siège. Dès lors, cette famille puis-
sante ya soutenir contre les Carlovingiens une lutte d'un
siècle (887-987). Eudes, élu roi de France par les barons qui
avaient, déposé Charles le Gros, battit les Normands à Mont-
faucon, dans I'Argonne, et leur tuo vingt mille hommes.
l\{ais Charles le Simple, troisième lils de Louis le Bègue,
I'attaqua avec I'appui de la Germanie et des grands, qui
croignaient I'activité et lapuissance du nouveau roi. Charles,
8O EISTOIRE DE FRANCE.
plusieurs fois battu_, parvint cependant à acquérir quelque
puissance entre la Meuse et la Seine. A la mort d'Euaes, il
fut reconnu per une grande partie de ceux qui avaient tra-
vaillé à I'exclure.
6. Charles le Simple (898-929). Traité de
Saint-Clair(912). - Charles régna vingt-deux B.ns sans
opposition ; mais il ne put arrêter les Normands. Le plus
célèbre des chefs de pirotes était alors Roll ou Rollon. Exilé
de la Norvège par le roi Harold, il réunit tous les hommes
audacieux et décidés, et débarqua à I'embouchure de lo
Seine. Il remonta le fleuve jusqu'à Jumièges, sans ren-
contrer d'ennemis : Charles et Eudes se disputaient alors
la couronne. Guy, archevêque de Rouen, alla hardiment
trouver les paiens dans leur c&mp, donne beaucoup, promit
davantage et-obtint du chef la promesse de respecter les
habitants et leurs biens. Les Normands entrèrent pacifique-
ment à Rouen, exnminèrent soigneusementlesremparts, les
quais, les sources vives, le site, trouvèrent tout à leur gré,
et s'établirent dans leur nouvelle conquête (8g8). Charles le
Simple, délivré de son compétiteur, rassembla une arméen
et vint cemper en face de Rollon, sur la rivière d'Eure; il
fut battu. Les Normands se répandirent alors dans toute
I'ancienne Neustrie, et commirent d'affreux dégâts dans le
plat pays, mais sans pouvoir prendrc Paris. Ils commen-
cèrent à se lasser de leurs courses aventureuses et à désirer
un établissement {ixe; ils résolurent de se partager leur con-
quête, et choisirent pour roi Rollon, le plus brave de leurs
guerriers. Il changea dès lors de politique, en attendant qu'il
changeôt de religion, remplacant les déprédations par des
tributs réguliers, écartant des côtes les nouveaux pirates, et
protégeant le peuple qui jusqu'alors I'avait maudit.
Charled le Simple, sur I'avis des barons et des évêques,
résolut de traiter avec Rollon. L'archevêque de Rouen alla
trouver le Normend, et lui oflrit la main de Gisèle, Iille
du roi, et la possession des pays situés entre I'Epte et le
Oouesnon, à condition qu'il se ferait chrétien. Le pirate ac-
cepta, et résolut de faire souchc de princes. < Les paroles du
roi sont bonnes, répliqua-t-il, mais cette terre ne suffit pas;
elle est inculte et appauvrie I mes hommes n'auraient pas de
quoi y vivre en paix. r Le roi lui ollrit la suzeraineté de la
Bretagne, qui, depuis plus de cinquante rns, s'était séporée
de la France. Le pacte fut conclu entre Charles et Rollon au
TES ITERNIERS CARLOVINOIENS. 87

village de Saint-Cloir-sur-Epte. Rollon se convertit, épouse


Gisèle, divisa le pays au cordeau entre ses compagnons, et
établit dans son duché une si exaete justice que beaucoup de
laboureurs et d'artisans vinrent s'y établir et enrichirent ses
villes et ses cûmpegnes.

Carte de la Normandie.

7. Charles le Simple et Raoul de Bourgogxle.


L'établissement des Normands à I'embouchure de la
Seine prolita plus à la France qu'à son roi. Le malheureux
Charles était entouré d'ennemis, privé de ressources, forcé
d'attendre le bon plaisir de ses indociles vass&ux pour ovoir
des soldats. En 920, les seigneurs, irrités contre Haganon,
son favori, voulurent déposer le roi et proclamer Robert, duc
de France. 0harles le battit à Soissons et le tua. Mais
Hugues le Grand, {ils de Robert, rallia ses soldats et vain-
quit le roi. Il dédaigna une couronne qui ne donnait pas de
puissance, et la transmit à son beau-frère, Raoul, duc de
Bourgogne, qui repoussa les Hongrois et régna treize ans
(923-936). Charles le Simple mourut dans la tour de Pé-
ronne, où I'avait enfermé Herbert, comte de Vermen-
dois (929).
8. Louis IV d'Outre-mer (936-954).
- A la mort de
Raoul, Ilugues le Grand s'emp&ra de la Bourgôgne et rappela
d'Angleteme un fils de Chorles le Simple, Louis d'Outre-
88 EISTOIRE IIE trRANCE.
mer, p&r qui il se fit céder le comté de poitiers. Il comptait
gouverner ou nom de ce roi, dont il se constituoit le pràtec_
teur intéressé. Mais Louis montro une décision et une éner-
gie inat[endues. Il essûye de s'aIfranchir de la tutelle des
grands v&ssaux, et de les vaincre les uns par les autres.
patt-u par le duc de Normandie, emprisonné à Rouen, il fut
livré aux comtes révoltés et emprisonné de nouveau à Laon.
Son règne se passr ainsi en elforts impuissants pour ressaisir
I'autorité.
9. Lrothaire (95&-986).
succéda sens opposition.
- Son jeune
Il commeng&
lils Lothaire lui
par conquérir la Lor-
ruine, et s'établit en vainqueur dans le palais d'Aix-la-Cha-
pelle. I\fais I'empereur d'Allemagne, 0{,hon II, à la tête de
soixante mille hommes, envahit la France, et s'avanqa
irlsqu'e-1 vue de P_aris, où se tenait enfermé Hugues Capei,
ûls de Hugues le Grand. L'empereur ne songea pas à assié-
ger une place si forte, et qui avait si souvent résisté oux
Normands. Il flt &nnonoer au duc de France qu'il allait lui
chanter le plus formidable alleluia qu'il eri.t entendu, et son
armée tout entière, campée sur les hauteurs de Montmartre,
entonna le verset du ?e Deum,Il alla ensuite toucher du fer
de sa lance le porte de Paris, en disant : < Jusqu'ici, c'est
essez. > Il reprit le chemin de I'Allemegne; mais la retraite
fut moins heureuse que I'invasion. Lothairc bail,it 0thon au
pùssege de I'Aisne, le harcela jusqu'au Rhin, et plus tard. il
put occuper de nouveau la Lorraine. Toutefois le pouvoir tiu
roi était nul en France ; il n'y possédait plus que la ville de
Laon, et n'avait ni revenus ni soldats. Il mourut, laissant
un tls adolescent que I'archevêque Gerbert appelle < Louis
qui ne fit rien. > Louis mourut lui-même sans postérité
quatorze mois après (987). Avec lui se termina la dynastie
carlovingienne.

LECTURE.
- Los Normanda.

- I,q Gaule, durant soixante et dix ans, essuya de la part des hommes
du Nord des calamités qui rappelèrent les invdsions du'cinquième sièclà.
Les trois peuples teutoniqués des contrées boréales, Dairois. suédois
et Norvégiens, que le reste de I'Europe confondait sousle nom d'bommes
d u Nord (Nor t hmen,. par corrupt i oi No.rmands)., avaient été lon gtem ps
presque sans rapport avec la chrétienté. IIs avaient longtemps c-oncen-
tré leur activité et leurs relations dans la mer du Nord"et Iâ Baltiqrre,
et essayé -leurs_ forces dans d'interminables guerres eutre eur et avec
Ies Finnois et les slaves septentrionaur. Leur florce et leur audacg
LES DERNIERS CARTOYINGIENS. 89
croissaient obseurément au fontl de ces r{gions ineonnues. La confr-
guration de leur pays les avait rendus les premiers marins de I'Ettrope;
ieur relision. qui'nd connaissait de vertu tiue le courage, de vice que la
làcheté. ît q'ui^n'ouvrait le paradis qu'aui braves morts sur le champ
de bataille, Ît d'eru les premiers guèrriers du monde.
IIs étaient arrivés au blus haut-desré de lerrr belliqueuse exaltation
eu moment oir I'empire frank commença de peqc.her iers son déclin :
la destruction du rràgarrisme en Germànie pàr Charlemagne contribua
beaucoup à attirer ieurs flottes vengeresses dans les mers de la Gau-le,
sans êtrè I'unique cause d'un moulement d'erpansion et d'agression
ginérale, aussi'inévitable que I'avait été jadis le débordement de la
éermaniô sur I'emuire româin. Divers chroiriqueurs rapportent que les
progrès de la poprilation dans le Nord ct I'iisuffisancb-des moy-ens de
àubÈistance avàient fait établir une loi suivant laquelle on obligeait,
tous les cinq ans. une Dartie de la ieunesse à aller chercher fortune sur
la terre étrângèr'e ; d'âutres assurbnt mème que cette loi s'étendait,
dans chaquc familie, à tous les puinds. L'antiquité offre plus.d'un
exemple rie coutumes analogues. 0à peut dorrter qu'une_telle loi ait été
nratitiuée réqulièrement et traisiblemônt chez les-scandinaves : ce qui
èst cêrtain.1'est sue toul'chef qui se trouvait à l'étroit sur son do-
maine, ou'qui en était expulsé pâr quelque rival, se faisait guerrier
errant' et piiate, avec les champion's déioués à sa personne f qui ne
^

nouvait ëLie roi'de terye se faisaii roi de mer, et Dlus-d'un roi de terce
êchangea volontairement sa royauté pour I'autre. ies chefs lerritoriaux
essavôrent d'a rrèter I'immense"dévelop rrement de la piraterie ; quelques-
uns lussent entrés volontiers dans I'alliance des Franks, dlns la société
chrétienne; vaines tentatives I longtemps encore Ie génie natio-nal les en-
traina ou les brisa : Ies braves étaient pour Odin et pour les rois de
I'Océan. Toutes les mers ettous les fleuve^s s'ouvraient à leurs navires;
toutes les terres leur étaient livrées en proie. lls s'él,aient partagé le
monde : aur Suédois, le levant; aux Danois et aur Norvégiens' le c0u-
chant : les guerriers errants de la Suède, conduits par Rourik, cc,mmen-
eaient à s'assu.iettir les Rttsses, et allaient fonder I'empire des Wargrs
ôu Warècucs Rirssiens. entre la Baltique et la mer Noire, dans ces mémes
régions oï lcs Goths, dont les frèrcs iubsistaient encore en Scandinavie,
avaient régné cinq siècles auparavant; les Danois et les Norvégiens pour'
suivaient Ia conqirète des iles Britanniques, et envahissaient la Germa'
nie et la Gaule.
Ces irruntions n'eutent de commun avec les anciennes invasions bar'
bares que les maur qu'elles causèrent. Ce n'êtaient plus Iâ des. peuples
quittant leurs foyers en masse pour se ruer pesamtnent sur des pays
plus favorisés dd Ia natrrre, mals bien des assbeiations peu nombreuses
àe guerriers d'élite, sans femmes, sans enfants, sans esôlaves, matelots
et sblAats tout ensemble, parcourant les mers aussi rapides que les
oiseaur de temoête, et o'néi'ant leurs descetttes avec une- soutlaineté et
une imnétuosité qui naralvsaient la défense et qui glaçaient de terreur
leurs e'nnemis vaincus arârtt d'avoir rendu te cbmblt.'Dans les nuits
orageuses des équinoxes, guand les marins des autres peuples se hâtent
de éhercher un abri et dti rentrer dans les norts, ils mettent toutes
voiles au vent, ils font bondir leurs frèles esqïifs iur le.s flots furieux;
ils entrent dans I'embouchure des Ileuves aveila marée écumante, et ne
s'arrêtenI qu'avec elle;ils se saisissent d'un ilot, d'un fort, d'un-postc
de ditficile'accès, propre à servir de cantonnement, de dépôt et de re-
traite; puis remoîtenf le fleuve et ses aflluents jusqu'au cæur du conti'
90 EIsTOIRE DE FRANcE.
nent, sur leurs longues et sveltes embarcations aux deur voiles blanches,
à la proue aiguë, à la carène aplrtie, sur lcurs u dragons de merl i
la tète menaqarrte, c0rnme ils disent. Le jorrr ils restentlmmobiles dans
les anses tes plns solitaires, 0u sous I'ombre des forêts du rivage : Ia
nuit venue, ils.abordent, ils escaladent les murs des corrvents, les" tours
des châte.aur, les remparts des cités; ils portent partout lé fer et la
flarnme.;.ils improvisent une cavalerie avec jes chevâur des vaincus, et
courenl le pay.s en tous sens jusqu'à trenle 0u quarante lieues dc lbur
rlr'ttillc. Quel irnrnense ayrnl.rge un tcl système d'attaque ne doit-il pas
av')ir sur un Etat désorga.nisé, oir les milices ne se rassemblent que
peuiblenrent, et otr les.petjts despotes. Iocaur sont bien moins dispo'sés
à se porter secours qu'à s'entre-détrrrire I
llenri Mrnun, Ifisloire de Franee,

EXERCICES ONAUX ET ÉCNITS

l. Erplioation des mots. - Pisle. villase de I'Eure. Kiernr-sur-


Oise, village de l'Aisne. -
Brissarilte, village du [Iaine-et-Loiîe.
Peronne, sous-préfecture -de la Somme. -
La-on, préfecl,ure de I'Aisne.
3. 0nestionuaire. Pourquoi Charles - le Chauve est-il considéré
-
comme le premier roi de France? que I'édit de piste?
- Qu'est-ce
le capitulaire de Kiersy?:- Que savez-vous du rèfne de Louis le Bùque? -
Quels sont ses deux fils ainés? est le Carlovins;en qui reînit
-une dernière fois tout I'empire? - Racontez Ie sièee dé prris nar les
Quel

Normands. -- Quelle fut la'{in de-Charles le Grosl I- quclle es't I'ori-


gine des Cuétiens?.- Raeontez le règne d'Eudes. que
Rollon? - Qu'est-ce
quel état de misère sé trouvait I'ancienne
- Dans
sous le règne de Char'les le Simplc? que le traité
Neustiie
de Saint-
- Qu'est-ce
Clair-sur-Epte ?
- Qnel fut le deuxiùme compirtiteur de Charles le
$iryplel - Quelle fut la lin de Charles?.- Pourquoi Louis IV ne put-
il établir sa puissanee? Qrrel fut son successéur?
- Pourquoi'
Allemands envahirent-ils -la F'rance, sous le règne de Lothaire?
les
' Quel
fut le succôs de I'invasion?
la date de sa mort.- Quel est Ie dernier des Carlovingicns?
- 3.Donncz
Ilevoirs à rédiger. Raconter I'histoire des Norman65 ius0rr'à
leur établissemen[ définitif- en France. Raconter les luttes dôs der-
Carlovingiens et des -
premiers Capétiens. Tracer Ia carle de la
ljers -
Normandie.

v
IJA SOCIÉTÉ FÉODALE
rEç0t{
t. Le régine féodal. - Lorsque le pouvoir royal eut été
rérluit à I'irnpuissance, les seigneirrs, mailres tle vastes territoircs
ou fiefs, s'y rentlirent indépeudants ct devinrent de véritables
souverains. Alors s'établit le réeime féodal.
3. Itroits du reigneur. Le ïeigneur avait trois principaur
-
ta s0clÉ1É rÉoD,rtts. 9l
droite, qui faisaient de lui un roi indépendanf; il pooouit lever
des soidâts, rendre la justice et pcrcevoir des tareô en nat,ure
ou en ,rrgcut.. Il evait incore urtc rnultitutle tl'autres droits qui
pesaient."les uns sur la personne du vassal, les autres eur son
ilouraine. Ert revanchc, ii devait protôger son vassal.
3. Les vilains et les'serfs, cËux qui n'étaient pas sei-
gneurs s'a0pelaicnt les serls Ou- Tbus
esclrues eLles uilains oumqnants.
fls eurent bcaucoup à souilrir tle la société féotlale.
4. L'EgIise et la^ohovalerie. - L'Eglise rendit tle grands ser'
vices da-ns cet[e époque barbare. Elle'' rrrrôta les guerres par la
lrêue de Dieu: elle nunit les violcnces pu;r I'etcommunicationl
enln, elle adôucit. ies mæurs féodalcs dn crôaut la cheualerie,
nÉcn

l. Origines de la féodalité.- Après l'établissement


des barbares dens le pays qui porte aujourd'hui le nom de
France, il y eut trois sortes de teues. Les alleua furent les
biens que se pertegèrent les conquérants, vivent sur leurs
domaines dans une complète indépenilance. Les fiefs ou bé'
nef,ces furent donnés par le chef ou roi à ses lidèles, aux
leudes, en échange de leurs services. Les temes tributaî,res
étaient laissées aux vaincus, moyennant une redevnnce. Jus-
qu'&u dixième siècle, le nombre des alleux diminua; les
times tributaires devinrent terres sujcltes, et il n'y eut
plus que des béné{ices, dont les possesseurs avaient obtenu
I'hérédité sous le règne de tlotaire II (615).
Charlemagne avait créé, pour udministrer les provinces,
des ducs, des marquis, des comtes, des vicomtes, révoeables
à sa volonté. Grâce à la faiblesse des rois ses successeursr et
aux incursions des Normands, ces gouYerneurs se rendirent
intlépendants, et obtinrent I'hérédité par le capitulaire de
Kiersy (S?7). L'hérédité des charges politiques se joignit
donc à I'hérédité des bénélices, et, quand I'empire disparut,
la féodalité resta. Elle fut, selon la définition très juste de
I\[. Guizot, < la corrfusion du droit de propriété et du droit
dc souveraineté. > Cependant le changement des biens de
loule nature en temss bÔnÔliciaires avait établi entre les
suzerains et les vassaux des liens qui subsistèrent. Le roi fut
le suzerain des propriétaires de 6rands liefs, suzerains eux-
mêmes d'une foule de seigneurs qui résidaient dans des
châteaux forts, et qui possédoient chez eux les droits souYe-
rains.
2. Droits féodaux. - Permi les droits féodaux, il
faut eu distinguer trois principaux : le droit d'ost ou de
92 EISTOIAE DE FNANCE.
guerre, le droit de ptraiitr ou de justice, le droit ù'aiih ou
d'impôt.
3. Droit de guerre. Le seigneur publioit son ban de
- sous sa bannière et à son ost
guerue et eppelait ses vsssrux
(armée), non seulement lorsgue le pays était envahi ou l'in-
térêt général mis en jeu, mais même en c&s de guerre privée.
Les hommes d'&rmcs servaient pendent un temps lixé, ordi-
nairement de quorantc à soixante jours, d'après I'importance
de leurs liefs; ils se pourvoyaient d'armes, de munitions et
de vivres pour tout le temps de Ieur service. S'ils étaient eux-
mêmes chevaliers ou borons, ils amenaient avec eux des sol-
dsts. Les femmes et les enfonts qui possédaient des béné{ices
se faisaient représenter per leurs sdnCcharm. A I'origine, les
ecclésiastiques étaient tenus de se présenter en personne :
plus tard, au onzièrne siècle, ils eurent la permission d'en-
voyer à leur place des auoués ou uidames (représentants ou
vice-seigneurs). Quiconque désobéissait était félon, et, comme
tel, privé de son lief.
4. Droit de justice. Le droit de plaid n'était pas
moins complet que le droit-d'ost. Le seigneur haut-justi-
cier avait une potence dressée à Ia porte de son chflteau,
et il faisait pendre de temps en temps quelque misérable
pûur morquer son droit. Quand deux v&ssaux avaient
procès, le seigneur convoqu&it les pairs ou égaux de I'accu-
sateur et de I'accusé, il appelait la cause et présidoit la
cour. La procédure éteit toute barba.re I I'accusé, pour se
disculper, I'accusateur, pour &ssurer sa parole, usaient des
mêmes moyens : l'épreuve de I'eau froide ou du feu, qu'on
appeleit ord,alie; les nobles et même les vilains avaient
sussi recours au duel judiciaire, plus conforme que I'ordalie
à la rudesse belliqueuse des mæurs du temps.
5. Droit d'aide.- Le droit d'aide ou d'impôt complétait
I'ensemble des droits régaliens exercés per le seigneur. Les
aides régulières étsient perçues deux fois pûr &n, soit en na-
ture, soit en argent, à P&ques et à la NoëI. À ces taxes, qui
étaient payées par tous les vassoux, s'ajoutait Ia taille, qui ne
pesait que sur le vilain, manant ou roturier, et qui était per-
çue dans quetre ces: lorsque le seigneur était prisonnier, lors-
qu'il partait pour la Terre Sainte, quand il armait chevalier
son tls ainé, quand il mariait sa fille aînée. I\Ia[s, dans la réa-
lité, les aides n'avaient de borne que la volonté du seigneur.
Les serls étaient taillables et corvéables à merci et à miséri-
LA soclÉTÉ rÉon.eln. 93

corde. L'auteur de la, coutume de Beauvoisis, Philippe de


Beaurnanoir, s'exprime ainsi en s'adressant au baron : < Si
tu prends sur ton vassal plus que de droit, tu I'as sur ton
â.me. r C'est-à-dire que le vilain n'a p&s de reeours sur cette
tene, et le seigneur n'& de comptes à rendre à aucune jus-
tiee humaine; la crainte de Dieu et tle la justice éternelle,
voilà le seul frein de sa puissance et la seule sauvegarde de
I'opprimé.
Au droit d'oide se rattochait le droit de monna,yage, Les
barons le considéraient comme une ressource tscale, fon-
dant et refondant leurs pièces, modifiant le titre et le poids
à leur caprice et à leur oonyena,nce, ou bien établissent des
bureaux de change dans leurs villes, pour forcer les étran-
gers à changer à perte les monnaies qu'ils avaient apportées
&vec eux. C'était Ià un des plus grenrls obstoclcs au déve-
loppement du commerce et des relations entre les hommes.
Saint Louis commenga une réforme nécessaire : il battit une
monnaie meilleure que toutes les eutres, lui donna coulf
forcé dans toute la France, et stipula que les pièces seigneu-
riales ne seraient regues que dans les baronnies où elles ou-
raient été frappées. Plus tard (1356), Jean le Bon conûsque
à son profit exclusif le droit de monnayoge.
6, Droits du seig:c,errr snr la persontre du
vassal.
- Les autres droits féodaux, très multiples, très
lourds, regarilaient, les uns, la;oersonne du vassal, les autres
sa terre.
Le premier de ceux qui attei6:noient les personnes était
lequel le vossal se déclorait I'homme
l'hommager l'acte per
du suzerain, Pour prôter I'hommege simple, le vessal se
présentait debout, les meins dans celles du seigneur, et
écoutait la formule du serment lue par le chancelier ; après
guoi, il disait : aoire (vrai). Par I'hommage lige, le vassal se
liait plms étroitement : il se mettait à genoux, sans éperons
et sens épée, prononçait lui-même la formule et baisait Ie
pied du seigneur. Par le droit de garile-noble, le suzerain
avait la tutelle de ses vasss,ux nobles, la garde des enfants
mineurs, le pouvoir d'autoriser leur mariage et même de le
commander, La loi donnée par Godefroy de Bouillon au
royaume de Jérusalem nous epprend que, une jeune ûlle,
héritière d'un fief et orpheline, refusant de se marier,
le suzerain la flt comparaïtre devant s& cour et lui dit :
a Dame, vous nous devez le sentice de vous marier. I Il
g& EISIOIRE DE trRANcB.
lui pr6senta trois seigneurs entre lesquels elle dut choisin
7. Droits du seigneurBrrr laterre duvaggal. ---
Les droits sur la terre étaient conservés ovec un soin jaloyx,
car c'était la terre qui faisait la puissance du seigneur. En
conférant un fief, il stipulnit toujours que le domaine ne
pouvait ètre dépiéci, c'est-à-dire partagé entre les enfants du
rlonataire, mais qu'il passerait tout entier à un seul héritier,
au plus capable de le défendre , à I'aîné; ainsi s'établit le
droit d'ainesse. La muinmorte était la somme perçue pa,r le
seigneur lorsqu'un lief passait aux mains d'une cÀrpoiation
religieuse. Le relief était un droit de mutation payé par des
héritiers collatéraux pour avoir la permission dc prcndre, de
relever un bien tombé en déshérence par I'extinition de la
ligne directe. Les droits de chasse, de garenne eI d,e colorn-
ôfer n'appartenaient qu'à la noblesse, qui saccageait ainsi
les terres du paysan et lui défendait, sous peine de mort, de
tuer une bëte noble : sous le règne de saint Louis, le sire de
Coucy fit pendre trois étudiants, coupables d'avoir tué des
lapins sur ses terres. Par le droit de gtte,le seigneur s'éta-
blissait dans la maison de ses sujets. Par cclui de pouruotrte,
il s'emparait de tout ce qui lui convenait, charrôttes, che-
v&ux, matelas, provisîons de bouche. Par celui de péage, il
rançonnait les voyageurs à I'entrée des ponts ou aux bar-
rages établis dans.les rivières. Le droit d'Cpaue lui donnait
la propriété de tous les objets trouvés sur sa, temel celui de
brfs, la eonûscation des vaisseaux naufragés sur ses côtes,
avec les passegers et la cargaison; celui d'aubnine, le droit
de réduire en scrvage tout étranger établi chez lui depuis un
an et un jour.
8. Un château féodal. Cette énumération des droits
-
du maitre est lon6ue, et cependant elle est prodigieusement
incomplète. Il est plus aisé d'énumérer les devoirs ; ils se
réduisaicnt à un seul : le seigneur était tenu de protéger son
vassal. La protection I voilà ce que demandait le malhcu-
reux exposé aux rapines des brigands, aux violences des
puissants, aux incursions do6 barbares. Ce furent des mains
plébéiennes qui bàtirent ces chùteaux massifs, qu'elles de-
vaient plus tard démolir. 0n choisissait le bord escarpé
d'une rivière, un rocher à pic, un monticule au milièu
d'une plaine; on creusnit des fossés, on élevait une muraille
épaisse, percée de meurtrières et garnie de crénenux et do
màchicoulis. Dans cette enceinte on bâtissait le manoir du
LA S0CIÊTÉ rÊoDÀtB. It
baron : c'était d'ordinaire une construction canée ou à ponl
coupés, divisôe cn trois ètages. Le rez-de-chnussée servnit
de cavc, dc ccllier el
d'arscnal. Le premier étage, utrgrtcl'
on arrivsit par une échclle extérieure, était la demeure du
maître et de sa famille; c'était une gron<le chambre garnie
d'une vaste cheminée, mal close et mal éclairée; des troncs
d'arbres tlambaient dtns l'â.tre sans pouvoir réchau{fer les
bebit&nts; de Ja paille hachée éttndue sur le sol tenait
lieu de tapis. Au-dessus la plate-forme, 0ù monts.ient les
homrnes d'armes en cos de siège. A I'un des angles s'éle-

Chltaau féodal.

vait nric guirrite de piurr,its, prlitrvue d'une grosse cloch.r ct


garriéc par le guetteur du chàteau. Le guetteur intcrrogcait
du regard I'horizon, et, s'il apercevait, I'ennemi, il sonnait
la cloche d'alarme et le branle-bas du combat commen-
cait. Altrs ie paysan quittait sa vignc ou son champ, il ac-
courait vers son trameau, blotti au pied du don.ion Iéodal; il
emmenait so femme et ses enfants, il poussait devant lui
son bæuf de labour, il entrait dans la cour du chirtcau,
et venait lutter derrière le pont-levis pour la défense com-
mune.
0. Serfe et vilains. Âu pied de ces fiers chôteaux
-
O6 SISIOIRE DE FRANCE.
féodaux, sur les reyers de la colline, s'abritaient de pauvres
demeures, cabanes grossières bôties en terre ou en bois et
recouvertes de chaume. C'était là que végétaient de malheu-
reux pa,ysa,ns ou serfs. Bien triste était leur situation I lls
dépendoient entièrement du seigneur, corps et biens. Rien
n'appartenait au serf : ni sa vie, ni sa liberté, ni le fruit de
son travail.
Au-dessus des serfs étdent les vilains ou manants.
Ceux-ci disposaient d'une certaine liberté. Ils payaient au
seigneur une rente onnuelle, appelée la taille, et ils de-
vaient des seryices corporels ou corvées. Le seigneur pou-
vait toujours réclamer des toilles et des corvées selon son
bon plaisir. Aussi disait-on que les vilains étaient tailiables
et corvéables à merci. Cet état d'oppression devait durerbien
des sièsles.
10. Maur causés par la féodalité. Les btrons,
incapables de supporter les ennuis du châ,teau,- tyrannisaient
leurs serfs pour se distraire, ravageant les moissons, cour&nt
le campagne Bveo leurs chiens et leurs chevaux, et se que-
rellant entre eux pour les plus futiles motifs. Entre ces
petits souverains, {ui voyaient des meurtrières de leurs
châteaux les frontières de leurs Etats, les occasions de
guerre ne m&nqueient pas. L'asile donné à un serf fugitif,
un voyegeur rançonné sur la limite de deux seigneuries, un
troupea,u enlevé, suffisaient pour animer ces âmes irritables.
Les barons, incapables de prendre les mrisons fortes, se
vengeaient sur le plat pays, et les serfs payaient de lo ruine
et de la mort les folies de leurs maîtres. Le fils du sire de
Coucy, Thomas de Marle, pour mieux yexer ses edversaires,
empalait, écorchait, mutilait leurs paysans.
La conséquence fatale des guerres privées, ce fut lafemine,
une famine tenible, pendant laquelle on ma,ngeait l'écorce
des arbres, I'herbe des champs, les cadavres des cimetières.
a Le voyageup, dit le moine Reoul Glaber, assailli sur la
route, succombait sous les coups de ses û.gresseurs; ses
membres étaient déchirés, grillés au feu et dévorés I d'au-
tres, fuyant lrur pa"ys pour fuir aussi Ia famine, recevaient
I'hospitalité sur les chemins, et leurs hôtes les égorgeaient
pendant la nuit pour les manger. Quelques-uns présentaient
à des enfents un æuf ou 'une pomme pour les ottirer à
l'écart, et ils les immolaient à leur faim. I
11. L'an 1000. L'excès de la misèreamène I'exsès
-
du désespoi,. p,"d::'i:Jff: ;iJ':'fti précé.ère", ,':;
1000, des pluies torrentielles inondèrent la terre et noyèrent
toutes les semences ; la famine redoubla, le lèpre et les
mnlodies contagïeuses décimèrent lc population, et on vit
le présent si triste qu'on détourna les yeux de I'avenir.
Tout fut intcrrompu, plaisirs, alfaires, intérêts, trovaux I
opprcsseurs et opprimés court'èrent ensemble la tôte dcvant
la colère divine, et les prêtres lurent la prophétic de I'Apo-
calypse, qui annongait la {in du monde'au bout de mille ans.
Aux approches de la nuit fatale, les populations s'entassè-
rent dans les églises, et attendirent en tremblant le son de
la trompette des sept anges. L'a.n 1000 pnssa, le monde
resto, I'elfroi se dissipa peu à peu et I'hom.me renaquit
à I'espérance et à la vie.
12. Ir'Eglise.
- L'Eglise, qui avait seule consolé le
misérable aux jours de douleur, garda tout son empire.
Enrichie par les grands, qui faisaient largesse de ce qu'ils
allaient perdre, elle garda ses domaines et acquit, avec la
fortune, I'indépendance qu'elle procure. Institutrice et direc-
trice des petits qui écoutaient et moyaicnt suns discuter,
elle entreprit de leur donner la paix et la sécurité. Pendant
ce long interrègne qui s'écoule entre la destruction de lo
puissance carlovingienne et l'élévation de la puissance capé-
tienne (888-f { 08), elle ût respecter son outorité morale par la
violence aveugle des barons. La paix de Dieu précéda lu, paix
du roi.
13. La trêve de Dieu ({04f ). d'une royaut6
- A défaut
ferme et vigilante, Ies seigncurs se faisaient partout la guerre,
pillaient et mutilnient les p&ysans, et causaient à la Frence
des moux sans mesure. Le clcrgé, qui n'avait ricn à at-
tendre du roi, provoquû partout des réunions à Ia fois
ecclésiastiques et populaires pour l'établissement de la paix
de Dieu. I{ais il ne tarda pas s'epercevoir qu'il était
à
impossible d'imposer une paix durable à une société qui
considérait lo guere comme un droit. Il résolut alors de
mettre dcs bornes à ce mal qu'il ne pouvait guérir radi-
calement. Il se contenta de placer sous la sauvegarde de
la paix perpétuelle les édifices religieux, les clercs, les en-
fants, les pèlerins, les femmes, les laboureurs, les ins-
truments de travail. Quant aux barons, elle leur permit
de se battre, en leur lixant rigoureusement le jour où
ils devaient s'abstenir; la trêve durait depuis le mermeili,
EIST. DE FR. C. COUPL
9E BISTOIRE DE FRÀNCE.
8u coucher du soleil, luiqu'au lundi atr soleil levant; elle
comprenait, en outre, tous les jours dcpuis le commence-
ment de I'Avent jusqu'à I'octavc de I'lipiphanie, depuis le
commencement des Rogations jusqu'à I'octave de la Pente-
côte. Cette trève, établie dans les diverses provinces fran-
çaises, de t03t àL1042t devint bientôt générale dans I'Eu-
rope chrétienne.
14. Llexeommunication. Pour faire exécuter ses
- terrible
décrets, le clergé se servait de I'arme de I'excommu-
nication. Quand le peuple était réuni dans l'église, après la
lecture de I'Evangile, le prêtre, debout à I'autel, prononçait la

Sacre d'nn

formule: n Qu'ils soient excofirmuriés ccur qui n'ont pas


voulu ou qui ne voudront pa.s promettrc la paix et la ius-
tice I
Maudits eux et leurs fauteurs pour le mall l\Iaudites
soient leurs ormes, maudits leurs instruments tle guerre!
IIs seront avec Cain lc fratricide, ûvec Jutlas le traîtù, nvec
llathan et Abiron qui cntrèrent vivants dans l'enfer. Que
leur joie s'éteigne ti la face des saints anges, de même que
ces cierges s'éteignent à vos yeux I n Alors les évêr1ues etles
prôtres renversaient les ciergcs qu'ils tenaient à là msin et
les jetaient à terre. De tclles cérémonies frappaient vivement
les- imaginations, et donnaient aux serfs le courage rie
refuser I'obéissance au baron excommunié, Des récits ef-
frayants passaient de l'église à la chaumiùrc et remontaient
tÀ socrÉTÉ nÉollln. 99
jusqu'eg
.donjon. On rocontait qu'un seigneur du Quercy,
ayont péri excommunié, avait été enterré per ses hommes,
sans lo permission du clergé, auprès d'une chapelle de saint
Pierre-. ï,e matinr son oorps gisait hors du cimetière consacré,
nu et lo face contre [,enre. Ses gens I'ensevelirent de nouveau,
et couvrirent le tombeau d'une mosse de tene et de piencs.
Le lendemain ils retrouvèrent encore le cadavre au-loin et
le tombeau intact. Ces prodiges, &uxquels tout le monde
ajoutait foi, faisaient trembler Ies seigneurs au fond de leurs
forteresses, et ils s'humiliaient devant des odversaires qui ne
craignaient pas les épées.
15. La cb,evalerie. Mais I'Eglise eut peur d'user
l'arme de I'excommuni- -
cation en I'employant
trop souvent. Aussi ,
&vec une odmirable ha-
bileté, elle prit posses-
sion de la féodalité elle-
même, elle en fit la che-
unlerie. Au onzième siè-
cle, la féodalité formait
une caste militaire, dont
chaque membre possô-
dait un cheval, et par-
ticipait à des exercice-<
dits jeux françrris olr
tournois. Le jeune noble
était formé au métier de
la guerue dans le ehâ-
teau de son père ou dc
son suzerûin, et recevait
solennellement son épée,
lorsqu'il parvenait àl'âge
d'hom me. L'Eglise s'em-
para de cctte coutume militaire en y joignant des cérémonies
religieuses. Le jerine, la veillée des armes, près du tonrbeau
d'un saint, de longues prières, la confession, la communion
furent la préparation obligêe à I'investiture guerrière. Au
sortir d'un bain de purification, le candidat était revêtu
d'une robe blanche, puis d'une robe couleur de s&ng, et
enfin d'une robe noire. Outre le serment d'être fidèle à son
suzeruin, il prêtait celui de garder sa foi intacte, de proté.
r00 EISTOIRE D$ fRANCE.
ger les faibles et de combattre les pervers. Puis, il recevait
Jes éperons, son casque, son épée, attendait à genoux I'uc-
colsde de son parrein, ssutait sur son destrier, brandissait
ses &rmes, et faisait parade de sa force et de son adresse.

IECTURE.
- Un château féodal.
lllontbason est un dss plus beaur châteaux de France.
Reorèsentez-vous d'abdrd une position superbe, une montagne escar-
pée, hérissée de rochers, sillonnée de ravins et de précipices ; sur le
ben'chant est le château. Les petites maisons qui I'entourent en font
iessortir la grandeur; I'Indre semble s'écarter avec respect; elle fait un
larse demi-cercle à ses pieds.
it faut voir ce ehâtea'u, lorsque, au soleil levant, ses galeries exté-
rieures reluisent des armures de ceur qui font le guet, et que ses tours
se montrent toutes brillantes de leurs grandes grilles neuves. ll faut
voir tous ces hauts bâtiments qui remplissent de eourage ceux qui les
défendent et de frayeur ceur qu1 seraient tentés de les attaquer.
La porte, Ilanquée de tourelles et couronné.e d'un haut corfs-de'garde,
se préïente toute courerte de tètes de sangliers ou de loups; entrez-
voris. trois enceintes, trois fossés, trois ponts-levis à passer; Yous votls
trouiez dans la grande cour carrée où iont les citernes, et à droite, à
Rauche les écuries, les poulaillers, les colombiers, les remises. Les
Ëaves, les souterrai'ns, les prisons sont par-dessous; !ar-dessus sont les
logements; par-dessûs le-s logements,' les magasins, Ies lardoirs ou
saÏoirs. le6 a'rsenaux. Tous lef combles sont boidés de mâchecoulis, de
parapets, de chemins de rontle, de guérites. Au milieu de la conr est
Ie ddnjon, qui renferme les archives et le trésor. ll est profondément
fossoyê dans tout son pourtour, et 0n y entre par un pont presque
touioirrs levé; bien que-les murailles aient, comme celles du château,
pluË de sir pieds.d'éfaisseur,ilestrevêtu, jusqu'à la moitié de sa hau-
-ou
ieur, d'une themise second mur en grosseJ pierres de taille.
Ci château vient d'être refait à neuf. Il a quelgue chose de léger, de
frais, de riant que n'avaient pas .les châteàux lourds et massifs des
sièclés passés. \ious vous doutèz bien qu'il est bâti dans le genre mo-
derne,'dans le dernier goùt : grandes chambres voùtées à croisécs
oeived. à vitres de verre-peint; grandes salles pavées en carreaux de
diversés couleurs; grands meubles de toute espèce; grands guéridons
avee des bas-reliêfi représentant I'enfer et Ie purgatoire; grandes ar-
-écrins; grands
moires sculptées en feirètres d'église; grands bahuts
ferrés: grands coffres rouges; Srands miroirs de verre de plus d'un
pied: srinds miroirs de m-étal dé même dimensiou; grards fauteuils à
bras. c-ouverts en tapisserie et ornés de crépines; grands bancs à dos-
siers srillés: srands bancs tle vingt pieds, âvec housses traluantes ou
banqu"iers dé d'raps brodés et armoiiéi. Je vous dirai cependant que les
Iits he me oaraisïent pas tout à fait proportiounés à l'état des maitres :
ils n'ont gutre que dii à onze pieds de large; j'en ai vu de plus grands
"moindres
dans de maisons. Mâis pour ce qui est de la décoration des
rpnartements. rien de plus somptuêux : il y-a des salles de parade, des
châmbres de baremeniqui prednent leur nom particulier des couleurs
ou des renréientationsTes-préeiettses tapisseries dont elles sont ten-
t
dues. Il y en dont les pilieis qui soutiennent leg Srosses poutres sout
LA SOCIÉTÉ TÉODÀtE. IOI
incrustés de ûlets et de fleurs en étain. Il y en a où des persoDnagel
de qrantteur naturelle. neints sur les murg. porteut ou tiennent des rou-
leaùr sur lesquels soûi écrites de belles s'eiteuces qu'on prend plaisir
à lire au srand proût de Ia morale.
Quant fta manière de vivre dans ces grands châteaur,.i'en suis assez
content, à ceta près qu'on ne dino guère que vers le milieu du jour et
qu'on tre soute gu'aDrès Ie coucher du soleil. ce qui me parait un peu
tard. La journôô eit d'ailleurs trës agréabiemeilt variéê. Le maiin,
vous voyei la cour se remplir d'écuyeis, de piqueurs, de pages qui
font faire à leurs chevaui mille diÏérentes voltes. Quelquefois les
damoiseaux, dont plusieurs sont des prodiges de force, de jeunes Sam-
son, assnillent ou dôfendent pendant plirsieuis heures, avec leurs longues
piques ferrécs, un petit carié de fuùier, une petite butte de terre, aur
apDlaudisscments de tous Ies sDectateurs.
^Àprès
diner, les barres, Ies quilles, le palet et plusieurs autresjeux.
Noub avions en outre le's papècais êt le's sinses. Nous avons aussi la
vieille folle du feu sire de lioritbason, et le petit fou du seigneur actucl,
si gentil, si e;piègle, que les jours de mauvais tenps il court toutes les
salles et devient l'âme de la maison.
L'aumônier est chargé des plaisirs de la veillée. Il a vu le monde;
il narre agréablement; nrais, cômme il n'a jamais été pèlerin et qu'il n'a
vécu ni dans les couvents ni dans les mouastères, il ne peut, sans cou-
rir risque de se répéter, faire deur ou trois contes par soirée. Ileureu-
semeni nous avons un âncien commandeur de Rhoïes, qrri a visité la
Terre Sainte et a voyasé dans les trois nrrties du monde. C'est un frère
du sire de l\Iontbasrin.-ll raconte voloritiers et bien; c'est grand dom-
mage que ses llurions le forcent d'aller se coucher de bonne heure.
Souvent il uous vient aussi des ionsleurs. des sauleurs: on entend
souvent aussi des conccrts de trdmpis, de'trompettes, d'e 0rltes, de
cbalumels, de tambours, de harpes, dê luths, de cimliales, de sonnettes,
de rebecs : auiorrrd'hui il est oassé un musicien oui iouait de la vielle
et qur n'a.iamàis pu I'accorderi on a enfin reconnu'qudles cordes étaient
nroiiié de Ïoyaur'de brebiset moitié de boyaux de^loup : il a été payé
aussi généreusement que les autres,
La vie de ces clrâteaux serait troo heureuse si. comme toute autre.
elle n'était mèlôe d'anxiêtôs et d'alaimes. Quelquôfois,
-milieu au moment où
I'un s'v attend le moins, pendanl le repas, au du sommeil, le
guet sonne la cluche, on crie; aussitôt tout ést en mouvement; Ies ponts
Iont levis, les hersés tonbcnt, les portes se ferment : tout'le donde
quilte précipitamment la table, le lit, court aur créneaux, aux màche-
cbulis,'aux ineurtrières, aux b'arbacanes. Ces jours derniers je fus té-
moin d'une de ces alertes, et, durant deux fois vingt-quatre heures, il
n'y eut que I'aumônicr ct moi à qui il fut permis de, dormir; on se tint
sans cesse sur ses sardes. mais if n'en [ut'0ue cela. C'était un vidlme
des environs qui aiait cru que le sire rle trlbntbason faisait des levées
et dcs prénaratifs contre lui. et qui. sans envoycr des lettres de dé-
llance, 's'étài[ mis en campagde avéc irois cents liommes; il y a eu des
pourpar)ers, des erplieations : tout s'est arrangé. A ce sujet, ma.dame.
la douairiùre nous disait qu'au.iourd'hui les guerres ne sont plus si
frirluentes qu'autrefois. Elle se souvient que, la semaine de ses noces,
il fut fait une si longue et si rude attaque contre ce château que per-
sonne n'alla se coucher de huit iours.
À). .Voxrnr, Ilistoiri des Françuis d'es diaers états.
t02 EISÎOIRE DE TNÀNCE.

EXERCICES ORATX ET ÉCRTTS

l. Srplioation des mots.


- llonlbazon, chef-lieu de canton d'lndre-
et- Loire.
3. Ouestionnaire.
taires? - Qu'appelait+n alleur, bénéfices, terresA quelle
Qrre devinrentces diverses sortes de domaines?
tribu-
-
époqrre Ies bénehces devinrent-ils héréditaires?
-
A quelle époqrie les
cômles obtinrent-ils I'hérédité? Donnez une -défrnition de la féoda-
lité. -
Queli sont les trois principaux droits (éodaux?
naitre- le droit de gnerre.
- Faitesqrr'un
Le droit de justice. - Qu'est-ce
con-

seigneur haut-.justicier? -Qu'est-ce qne I'orrlalie et le conrbat judi-


ciaire? -
Qu'est-ce que le droit d'impôt? - Qu'appelail-on aides régu-
Iières et- taille? que le droit de monnayage?
ce droit sorrs saint
Qu'est-ce
- Louis, sous Jean le Bon? - Que devint
Qrtels étaient les autres
-
droits du seigneur sur la terre de son vassal? t- Que devaiI le suzerain
.au vassal?
- Donnez unc description d'un château
sont les serviccs renrlus par [l féotlalité?
féodal.
- Quels
Quelle fut Ia conduite des
barons arrrès la lln des invasiuns?
-
Quels sonl les marrr carrsés par
la féodalitô? - Donnez unc itlée de- la misère avanl l'an 1000.
prolita de Ia terrcrrr universelle? - Qui
Quels sontles services rendus par
-
I'Eelise entre l'affaiblissement des Carlovingiens et l'élévation tles Ca-
péticns? qu'on appelle trèçe de Dicu.
- Exposez ceContment
I'ercommunication?
Qu'est-ce que
et pourqttoi I'liglise -prit-clie posses-
sion de la féortalité? - Qu'appclait-on chcvalier au onziùme siècle?
faiiait-on- un cltevalier?
- 3.Comment
Ilevoirs à rédiger.
- lixposer le régime féodal.
bons et les rnauvais résultrts de la féodalité.
- Apprecier
Aoprécier
les
Iés serrices
rendus par I'Eglise à l'époque de la féodalité.
-
CIIAPITRE III
I.ES CAPÉTtEIIS DTRECT$
(e87-r328)

I
LEs pREMTERS cEpÉtrnNs, - coxguÊru
DE I,'ÀNGLETERRE. _ LA CROISAI}E
LEçoN '

l. Les quatre greniers 0apétiens.- Ilugues Cnpet, duc de Frnnce,


élrr roi ('gt:) pâr les granlls barons du Nord,-battit son coupé-
titcur, lè CirÎovingiei Charlcs de Lomaine-,. mais.il.ne- P-ut. obte-
nir I'obéissance de-la féodalité. Il s'assura I'appui de I'Eglise et
ût sacrer son fils de son vivant, ce qui ôta auf scigneurs le droit
d'élection.
Son fils Robcrt tut pieux et bon, il fut la victiure de la reine
Constance ct se laissa-voler par les pauvres
Henri I.. céda la Bourgogde à son-frère Robert et fub impuie-
sant à répriurer les guerres privées.
Phitipp^e Ier eut uii lonE rôgne obscur, et resta dans ses châ-
teaux iiiré à I'indolcucel valincu par Guillaume, excommunié
nar le prpe Urbain II, viDilli par les excès. il finit par abandon-
irer Ie g,rirverncment'à son fiis Louis, qu'il fit sacrer roi.
g. niboditions féodalcs. Ilais la société féodale s'agitait
autour do -
Ia royauté impuissante; des chevaliers bourgui-
snorls r'élablissaiênl en EsÈagne et en Portugal; des chevaliers
ilormauds fondaient le roiaùme des Deux-Siciles; enfin Guil-
lnume tle Normandie s'cmpârait de I'Anglcterre ({066)'
3. La promière oroisade.^- La plus .Ùrillante'exp-édition féo-
dale, Ia ôroisade, fut entreprise pour dôlivrer la Palestine de
la dôurination des musultnais; pr;êchée par Pterre I'Ermite, au
concile de Clermonl, elle fut diiigéc pa'i Godefroy de Bouillon.
Les croisés, après s'être réunis à-Cunstantinople, débarquèrent.
en Asie, lls furent vainqucurs à Doryléc, s'emparèrent d'An-
tioche ct entrèrent dans iërusalrm, apiès un assaut hcureur, le
tb juillet t099.
d ia royaums rle Jérusalem. - Godefroy- orgagisa lÛ. con'
ouète. Soùs ses succcsseurs furcnt institués les ordree religieur
et militaires des llospitaliers, des Templiers et des Teulons, pour
la protection des pèicrins et la défcnsc du eaint sépulcro.
r03
EISlOIRE DE FRANCE,

RÉcI1

1. Avènement de Eugues Capet(g8?). Quelque


temps evan[ s& mort, le dcrnier Carlovingicn avait - convoqué
à Compiègne une assemblée de grands pour juger I'orc[e-
rêque de Reims, Adalbéron, qu'il accusail de iélonie. Adat-
béron fut déclnré innocent, et proposa aussitôt aux ducs, a,ux
comtese!auxévêques de choisir un roi. Charles de Lorroine,
frère de Lothaire, revendiquait la couronne. L'archevêque tt
réunir ure &ssemblée plus nombreuse à Senlis, et se pro-
nonqe dans les termes les plus passionnés contre Lothaire et
pour Hugues Capet. L'assemblée n'était compost(e que des
amis et des partisans du duc de France, que dirige[ient le
duc de Bourgogne, son frère, et le duc de Normondie, son
beau-frère. Lcs comtes de Poitiers, de Toulouse, de Flandre
et de Vermendois ne perurent pas à Senlis. Toute I'assistance
applaudit aux paroles d'Ads,lbéron, et, < du consentement
commun, Hugues fut élevé à la royauté. I Ainsi le chef de la
troisième race dut sa couronne, non pas à la volonté de la
nation, mais à celle des grands feudat,aircs de la Frence sep-
tentriona,le, et, s'ils lc préférèrent à Charles de Lorraine, c'eit
qu'ils craignaient plus les prétentions du descendant de Char-
lemagne que la puissance du baron qui était leur égal.
_.9. Règ:re obscur de llugues Capet (98?-996).
-
L'histoire des premicrs Capétiens est aussi obscure que'celle
des derniers Carlovingiens. Hugues Capet ou Càapef (qui
porte la chappe) dut distribuer des licfs et, des priviiègcs pour
se concilicr Ie clergé et la féodalité dc son duché. tharles de
T,orraine, son compétiteur, I'atlaqua, et fut soutenu par I'ar-
chevôque de Reims, Arnoul. Charles lit lo guerre en brigand
plutôt qu'en roi, ct ses troupcs commircnt tant de dévàsta-
tions que son allié Arnoul fut obligé de le frapper d'excom-
munication. Hugues reprit Reims, surprit Charles à Laon et
I'emprisonna dans la tour d'Orléans aveo toute sa famillc.
I\Iais il n'en fut guère plus puissant. Au nord de la Loire,
son titre était reconnu, mais par des barons qui s'appelaient
scs pairs. Au sud de ce fleuve, les noliles vivaient ( sous
le règne de Dieu en attendant un roi. r lls agissaient en
maîtres sur leurs domaines, et se faisaicnt la guene s&ns
s'inquiéter du roi de Paris. Adnlbut de Périgord ayant con-
quis sur Guillaume Ficr-à-Bras, rluc d'Aquitaine, les comtés
LES PREMIERS CAPÉTIENS. tO5

de Tours et de Poitiers, Hugues lui envoya ce messege :


a Qui t'a fait comte ? r ? I répondit le
- < Qui t's fait roi
baron, et il garda sa conquôte.
3. Robert (996-t031). - Robert, sueÆcsseur de Hugues
Capet, étoit pieux et bon. Comme Louis le Débonnaire, il
fuisait de longues et fréquentes prières; il ellait souvent à
l'église de Saint-Denis, en habits royaux, pour chanter &vec
lcs moines. Il nourrissait tous les jours trois cents p&uvrest
et dônnait eux mendiants un libre accès dans sa demeure.
Un jour, I'un d'eux, assis pendant le repas du roi, coupait
les glands d'or de son manteau ; Robert se pencha en disant :
a Ami, il faut en laisser pour les autres. > Il avait épousé
Berthe de Bourgogne, s& cousine : l'Eglise I'excommunio,
malgré so piété, et, après une résistance de deux années, il
se sépara de Berthe et épousa Constance, Iille du comte de
Toulôuse. La reine omen& ovee elle une suite d'Aquitains,
dont le costume, les manières et I'esprit déplurent fort aux
Français du Nord : a Leurs &rmes et les harnais de leurs
chevaux étaient également négligés, dit un contemporain,
Ieurs chevcux ne descendaient qu'à la moitiô de la tête; ils
se rasaient ls barbe comme des baladins; portaient des bottes
et des chsussures indécentes; enlin, il ne fallait ettendre
d'eux, dans les alliances, ni foi ni sùreté. > La reine elle-
mème tourmenta Robcrt par son caractère impérieux et
aoariâtre. Robert ovait fait strcrer Henri, son aÎné. Constance
souleva ses deux autres tls contre leur père : le roi les battit
et leur pardonna.
Lorsque le duc de Bourgogne, Henri, fils de Hugues Capet,
mourut sans postérité, le roi revendiqua le duché en vertu
de la loi des fiefs. lIais Otto-Guillaume, tls d'un premier
mari de la duchesse de Bourgogne, réclama I'héritage, et
soutint contre le roi une Sueme qui dura quatorze ans. Elle
se termina ptr un compromis : Robert eut la Bourgogne;
Otto-Guillaume, la Franche-Comté et le comté de Dijon. Les
grands feudataircs s.vaient peu de respect pour ce prince
pocilique et sans puissance. Il n'est pes étonnant que ce roi,
si peu maître duns son roy&ume, n'oit voulu accepter ni
I'Italie pour son tls ni la Lomaine pour lui-môme. Il mourut
à l\[elun, ôgé dc soixante-dix ans.
4. IIenri I" (t03 t-I060).-Henri lo'eut d'abord à lutter
contre sa mère Constance qui voulait assurer la Bourgogne
à son tls préférê Robert,. Henri, aidé par Robut le Diable'
6.
106 HISTOIRE DE T'RANCE.
duc de Normandie, bettit son frère à, Villeneuve-Saint-
Georges et lui céda la Bourgogne, pour apoiser la colère de
Constance : Robert fut la tige de lo première maison capé-
tienne de Bourgogne qui porta la couronne ducale jus-
qu'en {301, snns beaucoup d'éclat. Il vainquit ensuite son
second frère, Eudcs, le {it prisonnier et I'enferma dans le
chirteau d'Orléans. Enlin, après avoir protégé le jeune Guil-
lnume le Bùtard, de Normandie, il I'attaqua ct fut vaincu.
5. Philippe f" ({000-f f 08). Ilenri Ie' avait épousé
- de Jaroslcw; il appela
Anne de Russie, Iille du grand-duc
son fils aîné Pliilippe, en mémoire des rois de Macédoine
dgnt le reine se prétendait issue. A lo morb de son père,
Philippe, âgô de sept ans, fut plecé sous la tutelle de Bau-
douin, comte de Flandrc, son oncle. Pendont cette régence
obscure,les Normands firent deux brillontes expéditions aux-
quelles la royauté resto étrangère : la conquête des Deux-
Siciles et celle de I'Angletere.
Philippe avait les viccs d'un prince oisif, brutal et beso-
gneux. Il vendait les évêohés et les abbayes, il détroussait
lcs voyogcurs; il répudia sa femme Berthe de Hollande,
pour épouser Bertrade de h{ontfort, femme divorcée de
Poulques le Réchin, comte d'An.iou. Le pape Grégoire VII
se montro le vengcur de la morale outragée; il écrivit aux
ér'ôques de France : < Entre tous les princcs qui, par une
cupidité abominable, ont vendu I'Eglise de Dieu, nous ayons
appris que Philippe, roi des t'rançais, tienl, Ie premier reng. '

Cet homme, qu'on doit appeler tyran et non roi, est la tête
et la cause de tous les maux de la France. Il vient, comme
un brigond, d'arrêter des marchands qui se rendnient à une
foire dc France et de leur cnlever des sommes immenses. S'il
ne veut pas s'amender, je vous ordonne de mettre son
roytume en inl,erdit : si celo ne suflit pas, nous tenterons,
avec I'aide de Dieu, d'arracher son royaume de ses mains. r
llus tard, Ie pape Urbain II I'excommunio au concile de
Clermont (1095), et Philippe fut obligé de renvoyer Bertrade.
A partir de 1099, vieilli par les excès, il abandonne son gou-
vernement à son fils Louis I'Eveillé, qu'il fit sacrer roi.
Ainsi, Ies quatre premiers Capétiens. ne sont que les chefs
nominaux de la Francc. Spectateurs indolents de I'activité
d'autrui,, ils ne s'émeuvent ni des insultes, ni des usurpe-
tions, ni des aventures héroïques. L'histoire de France est
ailleurs qu'à Paris. Elle cst dans lcs châteaux féodaux où
tgs PREMIERS oÂPÉrtrns. 107

règnent les barons : elle est en Portugal, à Naples, à Londres,


où des seigncurs français vont conquérir des royaumes; elle
est sur le chemin de Jérusalem, où la France marche à la
tête de toute I'Europe pour repousser une nouvelle invasion
musulmane.
6. Ires Bourguignons en Espagne et en Por-
tugal. - Arrêtés dans leur patrie par Ia trêve ile Dicu, les
chevaliers français répandirent au dehors leur activité guer-
rière. En Espagne, lc khalifat de Cordoue s'étai[ divisé en
roy&umes rivaux (4030). Ce démembremcnt fovorisa les pro-
grès des chrétiens. Alphonse VI, roi de Csstille et dc Léon
et époux dc Constance de Bourgogne, appela en Espagne
beaucoup de nobles bourguignons, qui s'empressèrent d'aller
chercher de glorieuses aventures sous la conduite du Cid.
Raymond, fils de Guillaume, comte de Bourgogne, épousa
la fille et héritière d'Alphonse VI, et fut lo tige de lo mai-
son royale de Castille. Hcnri, nevcu d'Eudes de Bourgogne et
amière-petit-fils du roi Robert, reçut le comté de Portugal,
entre le Minho et le Mondcgo. Alphonse, son tls, battit les
Maures, conquit les rives du Tage et fut proclamé roi par ses
soldats sur le champ de bataille ({099).
7. T'es Normande à Naples et en Sicile. Mais
ce fut du duché de Normandie que sortirent les plus- intré-
pides et les plus heureux aventuriers. Vers I'an 1000, des
pèlerins normands avaient chassé les Arabes de Salerne;
d'autres avaient expulsé les Grecs de Buri. En 1026, les
Napolitains établirenl, une colonie normande à Aversa. Bien-
tôt, leslils d'un peuyrc gentilhomme de toutances, Tanmède
de Hauteville, attirés pa,r Ies récits de leurs compatriotes,
vinrent en ltalie pour conquérir de nouveeux tcrritoires :
ils s'emparèrent du comté de Pouille. Le pape Léon IX les
ol,toqua; Robert Guiscard, I'un d'eux, le tt prisonnier, et le
reconnut malgré lui suzerain de tout ce que les Normands
pourraient conquérir(t 052-{ 053).Roliert s'assura toute I'Ii,a-
lie méridionale per un mélange de ruse et d'audace, de
politique et de bravoure, qui a fait de lui un des hommes
les plus remarquables de son siècle. Non content de Naplest
il attaqua I'empire d'Orient, résista à I'empire d'Allemagne,
et mourut sans avoir été vaincu. Son plus jeune frère , Roger,
dcscendit en Sicile &yec une faible troupe, émerveilla les
habitants per ses prouesses fabuleuses contre les Sarresins,
et fi.nit par conquérir l'île entière. Son tls, Roger II, réunit
IO8 EI8ÎOIRE DE TRÀNCE.
sous le nom de royeume des Dcux-Sicilcs toutes les posses-
sions des Normands dans la basse ltalie.
8. Guillaume, duc de Normandie. - Le duc de
Normandie lui-même suivit I'exemple de ces heureux che-
valiers, et conquit comme eux un royeume. Le prince anglo-
sûxon Edouard, chassé d'Anglcteme par les Danois, avait
trouvé un asile à Rouen, et, lorsqu'il fut rappelé à Londres,
il ût partager ss, fortune à un grand nombre de Normands.
Ces étrangcrs sc rendirent bientôt odieux par leur insolence
et leur avidilé, et les Saxons se rangèrent sous la conduite
de leurs chcfs nation&ux, Godrvin et son ûls Htrold. Edouard
lui-même en vint à se repentir de sa partialité pour les tr'ran-
qais, prit Harold pour son favori, et le pressa de se déter tlu
duc Guillaumc qu'il voulait aller visiter. a Il t'arrivera mal-
heur à toi et à notre peys, dit-il, je connais ce Normand et
ses ruses. l llarold s'embarquanéanmoinspour allcr chercher
son frère et son neveu, otages de Guillaume. Lc duc de Nor-
mandie le traita avec honneur, l'&rma chevalier et I'emmena
avec lui dans une expédition contre les Bretons. Au retour,
les deux princes chevauchuient côte à côte : n Autrefois, dit
le duc, quand. nous vivions, Edouard et moi, sous le même
toit,, il me promit de me laisser sûn royaume. Il faut que tu
m'aides, Harold, à assurer I'exéeution de cette promesse : fais
fortilier pour moi le chàteau dc Douvres, alin de lc livrer à
mes gens d'armes; épouse ma fille Adèle, ct donne ta sæur
à un de mes chefs; je te ferai riche et puissant quand je serai
roi. u Le Saxon étourdi, confondu, se sentant en la puis-
sa.nce du duc, promit tout, e[ huit jours après, dans une
grande assemblée tenue à Bayeux, devant tous les barons
normands, il répéta son sermcnt, la main sur les Evangiles.
Aussitôl Guillaume lit enlever le drap d'or sur lequel reposait
le livre sacré, et drlcouvrit une grande cuve remplie de re-
Iiques : tous les soints de Normandie étaient désormais
térnoins et garnnts do Ia foi jurée.
9. Le roi Ilarold et Guillaume de Normandie.
Lorsque le roi Edouard se sentit mourir, il conseilla aux
-
chefs saxons d'élire Harold, qui reçut et acoepta la couronne.
Guillaume apprit cette nouvelle à Rouen. Sa colère et son agi-
tation furent grondes. Il s'assura de I'assentiment des barons,
commenço ses préparatifs et les poussa avec aul,ant d'activité
que de secret. En même temps, il envoya au roi des Anglo-
Saxons un messûge pour lui rappeler son serment. q Il est
CONOUÊTE DE L'ANGLETERNE. tog
vrs.i que j'ai juré, dit Ilarold; mais j'ai juré par foree, étant
au po-uvoir du duc. Jc ne pouvais disposer de mon pays qui
ne m'appartenait pas; jc ne pouvais êpouser une étrangère
contre le gré de ma nation; quant à ma s(Bur, elle est morte,
Guillaume veut-il que je lui envoie ses restes? > Guillaume
jura qu'il viendrait dans I'année punir le parjure.
10. Expédition de Guillaume en Angleterre.
-
Tandis que le roi Harold étoit occupé dans le nord à repous-
ser une attaque des Norvégiens, le duc de Normandie publiait
dans I'Europe entière ce qu'il appelait la perûdie du Saxon.
Ses plaintes allèrcnt jusqu'à Rome, où venoit d'être élu le
le pape Alexandre II par I'inlluence du cardinal llildebrand.
Hildebrand, qui fut plus tard Grégoire VII, détermina le pape
à prendre parti dans cette querelle. Une bulle reconnui les
droits de Guillaume et I'autorisa à s'emparer de I'Angleterre.
L'assemblée des Normands était moins favorable que le pape
auxprojets de conquête; elle refusait de payer les fraisd'une
entreprise qui ne devait pas lui proliter. Toutefois le duc
arracha I'adhésion des principaux bôurgeois ; il regut d'Anjou,
de Bretagne, de Flandre, d'Aquitaine, les soldatJde fortune,
les hommes entreprenants qu'attirait sa réputation, et, au
mois d'aoù! {066, il réunit uïe flotte nombrôuse à I'emb'ou-
chure de Ia Dive. Les vents contraires retinrent les vaisseaux
s_ur la côte pendanl, près d'un mois. Guillaume lit promener
dans son cemp les reliques de saint Valery : le veÀt se leva
dans ln nuit, et le lendemain quatre cents navires et un mil-
lier de barques emportèrent les conquérants vers I'Angleterre.
Ils débarquèrent sans résistance à Pevensey, près d'Hastings,
le 28 septembre. Guillaume somm& Harold de lui donnerle
royeume, de soumettre la querelle à I'arbitrage du pape, de
la vider en combat singulier, ou enlin de lui céder Ia moitié
de I'Angleterre : Harold ne répondit pas.
tl. Bataille d'Ilasting.s. . Cependant les chefs
s&xons étaients inquiets; ils oaignaient que le jugement de
Dieu ne se prononçât contre le parjure, et ils supplièrent le
roi de les laisser combattre seuls, eux qui n'avaien[ pas juré.
Harold, tout ému, refusa, et le l& octoble au matin lÀ laiaitte
s'engegea. Elle fut longue et acharnée : trois fois les Normands
attaquèrent sans succès le camp srxon. Déjù ils pliaient, ils
disaient que le duc était tué,loisqu'il s'avisa de slmuler une
fuite. Les Saxons s'élancèrent en désordre hors de leur c&mp,
les fuyards se tournèrent brusquement, surprirent les assail-
IIO EISTOIRE DE TRÀNCE.
lants fatigu6s et dispersés par lo course, et ainsi les Normands
eurent c&use gagnôe. Harold et ses deux plus jeunes frères
furent tués au pied de leur étendard.
12. Conquête de l'Angleterre. Dès lors Guil-
laume fut le maltre de I'Angleterre, et les- Saxons qui résis-
tèrent enrore se réfugièrent dans les bois pour y mener une
vie de brigandage qui donnait au moins I'indépcndance et
promettait la vengeance : on chassa ces proscrits comme des
bêl,es fauves. Por suite des révoltes et dcs con{iscations, Ie roi
s'emparû d'une notable portion des soixante mille liefs qu'il
avait distribués et donna ainsi à sr mon&rchie naissante le
solide eppui de la richesse. Les grands v&ss&ux reçurent des
territoires disséminés, et tous, jusqu'au plus humble chevo-
lier, prêtèrenI serment directement au roi.
13. Mort de Guillaume le Conquérant.-En {087,
Guillaume, toujours insatiable, réclama au roi de France,
Philippe Ie', l& petite ville de l\Iantes et une partie du Vexin
français. Il entre oyec une armée sur le territoire contesté,
prit Mantes et la pilla avec une fureur sans égale. Il chevau-
chnit au milieu de I'incendie, lorsqu'il tomba et se lit une
blcssure au ventre. On le transporta à Rouen, où il languit
six sernaines, cherchant à réparcr par ses largesses le mal
qu'il avait fait. A peine avait-il rendu le dernier soupir que
ses serviteurs s'enfuirent après avoir dépouillé la chambre et
jusqu'au cadavredu roi. Un habitant de la cs.mprgne, nommé
Ilerluin, se chargea de payer les funérailles. Le corps fut
transporté à Caen I mais, eu momcnt où il allait être descendu
dans la fosse, un certain Asselin, bourgeois de la ville,
s'av&ngo et défcndit qu'on procédtt à la cérémonie, assurant
que le temain lui appartenait et que Guillaume I'av&it pris
sans le pùyer. Il fallut le dédommager séance tenante. Enfin
le Conquérant put prendre possession de cette dernière
demcure qui lui était si contestée. La fosse se trouva trop
étroite, de sorte qu'on dut faire entrer le cadavre de force, à
la grande horreur des assistants.
14. Causes de la première croisade.
brillante expédition de ce siècle fut entreprise pour - ta plus
délivrer
lc tombeau de Jésus-Christ, et les Frangais y eurent la prin-
cipale part. Plusicurs causes poussaient les chrétiens vers
l'0rient. Déjà les Sarrasins avaienl fait une invasion dans la
Gaule, et il avait fallu le génie de Charles Martel et la persé-
vérance de Pépin Ie Bref, pour les rcjeter au delà des Pyré-
.!

ra tR0tsaDB. lll
nées. Charlemagne et ses lils les avaient repoussés derrière
I'Ebre, et depuis ce temps les chrél,iehs d'Espagne n'avaient
pas cessé de les combol,tre, Le pape résolut de conjurer I'in-
vssion musulmane p&r une invasion chrétienne.
Outre cette cause politique, la uoisade eut une c&use
sociale, lo nécessité d'occuper I'activité guemière des borons.
L'Eglise avait commandé la trêae de Dieu; mais déjà son
arme unitlue, I'excomrnunication, semblait s'user dans ses
mains. En vain metlait-elle soub lo protection des bons che-
valiers la cabnne du pauvre et la moisson du laboureur, la
passion de Ia gueme faisoit sortir les borons deleurs châteaux,
les violcnces recommençaientl les tournois et les combats
judioiaires étoient, les occupations lcs moins æuelles de la
société féodale. A la trêve de Dieu, I'Eglise Iit donc succéder
Ia gueme de Dteu,, bien stre d'èlre plus oisément obéie, Elle
montro aux chevaliers les inlidùles à pourfendre, et leur ten-
dit l'épée qu'elle leur avait arrachée. Alors les descendants
des Germains, emprisonnés dans le donjon ou la chaumière,
sentirent se réveiller en eux le goùi des aven{,ures. Leur sang
bouillonna, à la pensée de courir le monde, dc visiter les
grandes cités de l'0rient, conduits cctte fois par de redoutobles
évêques qui bénissaient ce qu'ils avaient maudit.
Ainsi la religion n'inspira pas seule les moisés; il est vrai
néanmoins que, sans elle, rien n'ourait pu jeter I'Europe sur
I'Asie. Depuis I'an {000, la ferveur s'était ianiméc, la haine
des inlidèles s'entretenait par les expéditions en Espagne, par
les pèlerineges eu tombenu du Christ, et par les souvenirs
légendaires de Charlcmagne, qui n'était &ux yeux du pcuple
que le vainqueur de l\Iohomct, et le libôratcur du Saint-
Sépulme.
15. Pierre I'Ermite. Parmi les visiteurs deg lieux
snints se trouve un ermil,e- du diocèse d'Amiens, nommé
Picrre. < C'était un homme de très pctite taille et dont I'as-
pcct n'avait rien que de misérable : mais une grande âme
habitait ce corps chétif ; il avait I'cspritprompt, l'æil perçant,
le regerd pénétrant et doux, la parole éloquente. r II obtint
du patriarche de Jérusalem, Siméon, des lettres pour Ie pape
Urbnin II, et se rendit à Rome. Urbain I'envoya prècher en
Italie, en Allemagne et en France, et, quand les esprits furent
préparés, il vint lui-même présider le concile de Cler-
monl (r095).
Sur lo grande place ful dressée une vaste estrade où
II2 BISTOIRE DE FRÀNCE.
prirent place le pape et I'ermite Pieme &vec son hâton de
pèlerin et son montceu de leine. Après uu discours de I'apôtre
qui communiqua à lo foule le vive émotion dont il étoit
onimô, Urbain se levo :
<r Guerriers qui m'écoutez, dit-il, vous qui cherchez sons
cesse de vains prétextes de guerre, réjouissez-vous, car voici
une guerre légitime i le moment est venu de montrer si vous
êtes s.nimés d'un vrai courage. Il ne s'agit plus de venger les
injures des hommes, mois celles de lu Divinité; il
ne s'ogit
plus de I'attaque d'un chôteau, mais de le conquète des
lieux saints. u

Concile do Çlerrnont.

Un immense cri de .Dieu Ie tseutJ accueillit ces paroles, et


le pape, élcvant la croix au-dessus dc sa tète : a C'est Jésus-
CÉisi lui-même qui vous présente sa moix. Portez-lo sur vos
épaules ou sur votre poitrine; qu'elle brille sur vos armes et
sor vos étendards. u Adhémor de l\Ionteil, évèque du Puy,
rlemanda le premier à entrer dans les uoies de Dieu, el
reçut la croir des mains du pape; les ûdèles décorèrent leurs
vêiemcnts d'une croix rouge, et prirent le nom de crotsis',
16. Croisad.o populaire (t095). - Tondis que les
barans faisaient leurs pr'éparatifs, Ie peuple se leva en masse
et partit sous la conduile de Pierre I'Ermite et d'un- psuvre
chdvalier nommé Gauthicr sans Avoir. Ils passèrent le Rhin,
traversùrent le Bavière et I'Autriche, furent battus par les
f,a cR0IsÀDE. ll3
Bulgares à Nissa, et amivèrent à constantinople dons le.plus
gruiA désordre. Cette première troupe fut suivie de plusieurs
iutres également indisôiplinées. L'empereur Alexis Comnène,
ellrayé i lo uoe de ces- auxiliaircs dégucnillés et alfamés,
leur iournit des vaisseeux pour arrèter leurs pillages, et tous,
au nombrc de plus de cent mille, passèrent -en Asie' Ils
furent presque aûssitôt éqasés par le sultan de Nicée,_et leurs
successeurs rctrouvèrent plus tard, dans la Bithynie, les osse-
ments blanchis de ces malheureux.
17. Croisade féod aLe, grand désastre n'auêta
pas
- Ce
la eoisade, et dès lors les expéditions régulières succé-
àèrent aux émigrations tumultueuses. Godefroy de Bouillon,
duc de Lorraine-, rassembla cent mille hommes et se dirigea
vers Constantinople en suivant les traces des prem_iers 6oisés,
mais sans imiter leurs brigandages. Hugues de vermandois,
frère de Philippe Iu', Robert Courte Heuse, lils oiné de. Guil-
laume le Conquérant, Robert, comte de Flandre, et Etienne,
comte de Bloii, se rendirent en Italie et s'embarquè'rent à
Bari; après I'hiver, Bohémontl, prince de Tarente et fils de
^Guiscard,
Robert emmene I'élite des chevaliers de Naples.
BnIin, Raymond de Saint-Gilles, comte de Toulouse, et
Adhémar de Monteil, Iégat du pape, conduisirent les croisés
de Ia France méridionale. Cette multitude ne resta pas long-
temps à. Constantinople s&ns se ploindrc dg lt perfidie des
GreËs, qui, de leur côté, se plaignaient de la brutalit'é des
Françaii. Âlexis réclama le serment féodal de tous les barons.
Dans une cérémonie où il recevait I'hommage de plusieurs
notables franqais, un certain Robert de Paris allo s'asseoir à
côté de I'empereur. Baudouin de llainaut le tira por_ le bras
et lui dit : <-Vous devez savoir que,'lorsqu'on est dans un
peys, on doit en respecter les usages.. - Vraiment, -répliqua
ito"bert, voilà un plnisont rustre qui est assis pendant que
tnnt d'illustres capitaines sont debout I n Toutefois les caresses
d'Àlexis, ses flattôries, ses promesses et ses présents, vinrent
à bout d'e la résistance des-ffoisés, et tous prêtèrent I'hom-
mage à I'exccption du scul Tanmède.
t-8. gataine de Dorylée. Prise d'Antioche' -
EnIin I'ormée pessa Ie Bosphore I le comte de Toulouse Ia
rejoignit, et tous les croisés ie trouvèrent réunis sur la terre
asiatiquc. Ils prirent Nicée et entrèrent en Phry-gie' A.Dory-
léc,ili furent- attaqués par cent cinquante mille cavaliers :
Bohémond, {ui sunit te premier &ss&ut, fut défait' mais
IIT EISTOIRE DE FRANCE.
Godefroy accourut et rétablit le combat. Alors les musulmans,
désespérant de pouvoir résister rux chrétiens, rav&gèrent lé
pa-ys jusqu'au Taurus, et les *oisés furentexpbsés àî'intolé-
rables soulfrances; la chaleur, la faim et la soif les acca-
blaient; les chevaux tombaient épuisés, lcs hommes se cou-
chaient sur eette terre sèche et brùrante pour y attendre la
mort; en un jour, cinq centspersonnes périrent de soif.
-. Après avoir trs,versé les épaisses monlagnes dc la cilicie,
I'armée passa.l'Oronte et se trouva devant Àntioche. plusieurs
attaques. prématurées furent infructueuses : la place était
ceinte d'une haute muraille et g:arnie de trois cent soixante
!oq.f . Déjà les soldats se décourageaient, lorsqu'une ruse de
Bohémond ût ce qu_e- le courage n'avait pu fairè : un renég.at
arménien, nommé Phirous, I'introduisifdans la place per un
égout. Les moisés se livrèrent au délire de la joù, et
fiaspil_
lèrentles provisions amassées dons Antioche-, po*qoî uur-
sil,ôt deux ccnt mille musulmans de Mossoui vinrent les
assiéger. La famine recommença, le désespoir la suivit. I\fais
la découverte de la sainte lance ranima I'enthousiasme :
I'armée tout exténuée et défaillante tomba sur le cûmp ennemi,
et massacra cent mille musulmans. L'uvis des plus sages
était de marchen sans délai sur Jérusalem ; il ne prôvalut pas.
0n résolut-de passer quelques mois à Anl,ioche, et pendant
cg temps-là lo ville sainte tomira au pouvoir deJ Egyp-
tiens (1098).
19. Prise de Jérusalem (f 0gg). I'armée se
Ti! uq marche, elle était, -Quand
réduite à cinquante mille soldats.
Mais des hommes qui avaient résisté à tant de marches,
survécu à tant de combats, étaient invinciblcs : ils n'avaieni
plus à craindre ni l'indisciCine ni Ia disette. Le Z juin {0gg,
ils gravirent les collines d'Emmaùs, et virent Jéruialem sous
leurs yeux. Le but du grand voyege était enfin atteint : la
montagne_ de Sion, le torrent de Cédron, la tour de David,
le Golgotira, tous ces lieux sacrés qui rappelaient tant de
souvenirs, étaient 1à. Les croisés, &u cri ae Jerusalem!
Dieu le ueut ! brandissaient leurs épées; ils avaient le cæur
tout plein de ces deux sentimcnts de I'homme du moven
âge, la passion religieuse et la passion des a.rmes.
Aussitôt un assaut général fut livré et repoussé. Il fallut
construire des machines de guerre, tandis que I'armée souf-
frait de la chaleur et de ia disctte. Le solitaire du mont des
Oliviers vint soutenir lcs courûgcs, et conduisit autour do
tÀ cR0r$ÀDE. r16
la ville une plocession que suivirent tous les uoisés. Enû.n,
Gaston de Béarn &men& les tours roulantes et les béliers'
Godefroy fit comblcr un
ravin, e\ un furieux
assaut fut livré le ven-
dredi {5 juillet 1099,
les chefs sautèrent de
leurs tours sur les rem-
parts, et les soldats se
précipitèrent dans les
rues. Le csrnage fut
horrible; dans la mos-
quée d'Omnr Ie sang
s'élevait jusqu'aux ge-
noux; soixante-d ix
mille musulmans fu-
rent masso.crés, et Ics
croisés, sB.ns &rmes,
prieds nus, Ia tête cou-
verte de cendres, allè-
rent se prosterner au
Calvaire. La croix fut
replacée dans l'église
de la Résurrection, et
Godefroy de Bouillon fut élu roi de Jérusalem. Il ne prit
que le titre de baron et défenseur du Saint-Sépulce, < ne
voulant pas porter couronne d'or Ià où Jésus-Christ avait
porté cotro.rne d'épines. I La victoire d'Ascalon sur les
Egyptiens alfermit Ie nouveau roytume; la plupart des
croisés retournèrent en Europe, et Godefroy resta ûvec
Tancrède et trois eents chevaliers.
20. Royaume de Jérusalem. - Sous les deux suc-
cesseurs de Godcfroy, Baudouin Io' et Baudouin II, le petit
temitoire chréticn s'étendit du Taurus à Ascalon. II fut orga-
nisé sur le modùle de la France. Le roi eut pour domaine la
seigneurie de Jérusalem, qui comprenait, &vec la capitale,
les villes de Ramla, Jnlfa, Césarée, Naplouse, T1'r, Beyrouth
et Saint-Jean-d'Acre I chacune de ces villes fut donnée en lief
à un seigncur. Hors de ce domaine étaient les quatre grandes
principautés vtssales d'Edesse, cl'Antioche, de Tibériade et de
Tripoli, dont les maîtres devaient I'hommage et le service
militaire. La loi fut féodale comme la division du tenitoire;
tT6 EISTOIRE DE FRANCE.
elle est contenue dans les Lettres dusaint-Sépulæe oa.i,ssæes
ile Jérusalem,
gt. Ordros religteur mllitaires. I\{ais, pour dé-
fu.ndre_cet avant-poste de la chrétienté, il-
ne suffisait pas
d'une loi et de que'lques barons; il fallait une milice paiti
culière, établie en Orient et vouôe à une guerre sans trôve ni
merci avec les inlidèles. Les ordrcs militaires des llospitaliers
et des Templiers furent crôés. Deux Francais, Gôrord de Mar-
tigues (1r00)et Ilugues de Payens (f t{B) les fondèrent. Le
premier avait pour mission d.'escorter les pèlerins et de soi-
gner les blessés : il survécut au royaume qu'il éts.it destiné
à défendre et occupe tour à tour les iles de Rhodes et de
Malte. Le second se destinait à la gueue et à la surveillance
des routes. Plus tard furent créés les ohevaliers Teutons,
remutés permi les Allemands. L'institution des ordres mili-
taires montra encore lo puissance de I'Eglise, qui prit pos-
session de lo féodalité.

LECTURE.
- Batallle d'Eastlngr.

Sur le terrain qui porta depuis et gui aujourd'hui torte encore le uom
du lieu de la .bataille, lep.lignes des Anglo--caxons ocôupaient une longue
chaine de cullines fortifiées par lln rempart de pieur ef de claies d'osier.
Dans la nuit du {3 octobrc, Guillaumlfit annoïcer aur Normands que
le lcndemain serait jour de combat. Des prêtres et des religieur. ôui
avaient suivi en grand nombre I'armée d'invasion. attirés comnrb ies
soLluts par I'espoir du butin, se réunirent pour prier et chanter des
litanies pendant que les gens de guerre préparaient leurs armes. Le
temps^qui leur resta après ce premier soin,-ils I'employèrent à faire
la confession de Ieurs pôchés et à reccvoir les sacremdnts. Dans I'autre
armée, la nuit se passa d'une manière bien différcnle: les Saxons se
divertissaient avcc,grand bruit et chantaient de vieux chants nationaux,
en.vidant, autour de leurs fcux, des cornei remplies de bière et de vin.
Au malin, dans le camp normand,l'évèque de'Baveur, fils de la mère
du duc Guillaume, célébfa la messe et bônit les irorrDes, armé d'un
baubert sous s0n rochet; puis il monta un grand coursiêr blanc. nrit un
bâtun dc commandement et lit ranger la cavaleric. L'armée sé ^divisa
en trois colonnes d'attaque : à Ia première étaient les gcns d'armes
venus des comtés de Roulogne et de Ponthieu, avec la- plupart des
aventuriers engirgés individuellement pour une solde; à la'seèonde se
trouvaient les auxiliaires bretons, manceaux et poitevins; Guillaume en
personoe commandait la troisième, formée de-la cavalerie nurmtnde.
En tête et sur les flancs de chaque corps de bataille. marchaient nlu-
sieurs rangs de fantassins arméï à la [égère, vêtus de casaques mite-
lassées, et purtant de longs arcs de bois ou des arlialètes d'acier. Le duc
montait un cheval d'0spagne, qu'un riche Normand lui avait amené d'un
pèlerinage à Saint-JacQues en Galice. Il tenait suspendues à son cou
BATAITLE D'HASIII{GS. TI?
les plus révérées d'entre les reliques sur lesquelles- Harold avait juré'
et l'ëtendard bénit par Io pape était porté à côté de lul per un Jeune
homme appelé Toustain le Blauc.
--U;r;nêË';e irouvi bientôt en Yue du camp sâx'n' au nord.-ouest
a'Uaiiini*. Les ptètres et les moines qui I'acconpagnaient se détachèrent
àt-màntt'reni s,ir une hauteur voisinô pour priei èt regarder .le combat.
U" ii;im;"d, àppôté Taitlefer, poussa^ son'cheval en àvartt du front de
Ùrtrliiô. *fôhtôhhilJ.tant fârireux, dans toute Ia.Gattle., d.e Charle-
masne bt de Roland. En chantant il jouait de son.épé_e, la lanqait en
f:rii** torcË eilf terevait dans sa fiain droite; lei Normandj répé-
ses refrains ou criaient : Dieu aidel Dieu aidel
--I-ioitOÀ
taient
ael.iit, les archers commencèrent à lancer leurs flèches' et
teiiilatbiiie.s-teuiir
-nar-Ëîirt citreuox; mais la plupart dei coups furent am,ortis
pàranet dés redoirtes saxoirnds. Les farrtassins armés de
hîcèi ôt ia lavalerie s'avancèrent jusqu'aur portes des. redouteset ten-
iOi.itii âe les forcer. Les AngloJSax'ons, tôus à. pied aulour.de leur
étendard nlanté en terre, et formant, derrière leurs pallssades' une
il;;;ù;dDiaie et solitld, requrent leï assaillants à gfands coups de
[aitre, qui, a'un tevers, biisai'ent les lances et eo'paicnt' les. arm*res
Ae maitl'es. Les Normands, ne pouvant pénétrer dans les ledoutes' u
en a.iàcné. les pieux, se réplièient, fatigués. d'une attaque inutile, vers
la division que ôommandait-Guillaume. Le duc alors fit aYancer de nou-
veaï trus sËs archcrs et leur ordonna de ne plus tirer droit devant eux,
mais de laneer leurs traits en haut, pour qu'ils tombassent par{essus
te-iorprrt du camp ennemi. Beaucouil d'Anglais furerrt blessès, Ia plu-
Trriîo'iiirs*, pai siiite de cette mairæuord; tlarold lui-mêmc eqt l-æil
ôrene à'uneièche; mais il n'en contin'a pas moins de comruander et
àï.ôrliftis.-L'ittaque des gens de pied êt de chevalreeommença de
oiUr. i"t iiis aC: Nutre-Da"mel Dieri aidel Dieu aidel llais les Nor-
'di"àiii,teiii-re-poussés, à )'une des portes dr caml)' jrrsqu'à..un.grand
ravin recounert de brousirilles et d'herbes, Otr leurs cltevaux trébuchèrent
ôT oil lislombèrent pêtc-mêle et périrent'en gra_nd nombre. ll y eut un
no*enf OàJôrreur Trns I'armée'd'outre-mer-. Le bruit corrrut.que le
duc avait été tué, et, à cette nouvelle,. la fuite commença. Gurllaume
iJlela-iui-même'auldevant des fuyaids et leur barra le" passage, les
fr''eiiirnfiitei frappant de sa lancri; puis se découvrrnt la tète : < Ille
îoiiî,"ià,it .rii:t-it, i'esardez-moi, ie vis' encore, et je vainmai avec I'aide
de Dieu. l
--leiôivaliors retournèrent aur redoutes, mais ils ne pttrent davan-
tase en forcer les portes ni faire brèche: alors le duc s'avisa d'un stra-
ûËÀril. pouifaite'quitter aux Anglais leur positio-n.et leurs.rangs : il
doîna i'ôrdre à mill'e cavaliers de s'avancer et de fuir aussrtÔt. La vue
ôé-æitâïeioule simulée fit perdre aur Sargns lepr sang-fruid; ils.cou-
rureut tous à la pOursuite, la hache.suspendue au cou. A une certalne
distance. un corps p0sté à dessein joigdit les fuyards, qui tournèrent
[iia*l ôi ies An'slais. surDris dans- Ieirr désotdrê, furent assaillis rle
loos dOtes à coup"s de'lancei et d'épées dont ils ne pouvaienI se garanlrr,
avant les deux inains OCcupéeS à manier leurs grandes haches. Qttltttt
itË-àurent oerdu leurs rangi, les clôtures des redoltes furent enfoncée.s I
ialitiéir ef fantassins v pënbtrèrent; mais le combat fut vif, pêle--mèle
il;;;;-teorus. Guillàuine eut sou'cheval tuê sous l9i;l-e rôi llarold
étendard.,,.qui fut
;i ;;;'àeor-rt'eie* tombèrent morts au pied dedelerrr
;;ù;it;tlômpiice-par ia bannière envovée Romc. Les débrisjus- de
l';;i; ingtàG[, iàni-chef et sans drapedu. prolongèrent la lutte
,'E EISÎOIRE DB trRANCE.
qu'à la fin.du jour,.tellement.qrre les combattants des deur partis nc
se reconnaissaient nlus ou'au lansage.
Les mèrcs et les^femnics de ccilx"qui étaient venus de la contrée voi-
eine combatIre et mourir avec leur roi, se riunirent p0rrr reclrereh,rr
ensemble et enserelir lcs corps de leurs Droches. celui du roi ilrrolrl
derneura qrrelque temps sur Ie champ dè bataille, sans q'e r)ers{}r)ne
osâl lc réclamer. Enfin la veuve de Godrvin, appelée Ghifha, surm{)n-
tant sa d0rrleur, envoya un message au duc Guitiaume pour r'i deman-
der la pcrmission de rèndre à son liis les derniers honneirrs. Eile offrait,
discnt les historiens normands, de donner en or le rroids du coros dé
son frls. Mais le duc refusa duremerrt et dit gue I'homme qui 'avait
menti à sa foi et à sa religion n'aurait d'autre séôulture gue le sable du
rivage. ll s'ad.oucit pourlânt, si I'on en croil une vieilltl traditiun, en
faverrr des religieux'de \\'althaur, abbaye quc, de son vivant. Ilaiold
avait fondee et enrichie. Dcux moines sàxoirs demandèrent et dbtinrent
de transporter dans Icur ôglise les restes de leur bien[aiteur. Ils ailèrent
à I'aruas des corps. dé.pouillds d'arnres et de vôtements, les eraminèrent
avec soin l'un rIrès I'arrtre, ct ne reconnrrrent point'celui qu'ils cher-
chaient, tant ses blcssures I'avaient défieuré. Trlstes et désdsocrant de
réussir seuls dans cette.recherche, ili s'adressèrent à uue' fcmme,
Edithe; on la surnommait la Belle au c0. de cygne. Elle consentil
à suivre lcs deur moines.et hrt. plus habile qu'eui à découvrir le ca-
d avre de celui qu'elle alait ainré.-
Aussitôt aprèi sa victoire, Guillaume fit væu de bâtir en cet endroit
un couvent sous l'inrocation de la sainte Trinite et de saint Martin, le
patron des.guerr.iers de la Gaule. ce væu ne tarda pas à être acconriili,
et le grand autei dr nouveau monastère fut élevê au lieu môme orr
l'étendard du roi llarold avait été plirnté et abattu. L'cnceinte des murs
ertérieurs fut tracée autour de la'colline que Ics Ânglais avaient corr-
verte. de.lerrrs corps, ct toute la lieue de tcrie circorrvoisine, oi-r s'étaienl
passces les diverses seènes ce courbat, dei'irt la proyrriôté de cette ab-
baye, grr'on appela, en langue normande, l'AbLale tle la RaLaillc.
,.,On^
dit ,qrre, dllns le temps or). furent posées leÉ premières pierres de
r edrrtc.e, te.s.arcttrtcctes decouvrll'e nt cerIainement que I'eau y manqlle_
rait : ils allèrent torrt décontenancés porter à Guilliunre cette norrielle
dcsagréable : r'[ritvaill,,z, travaillez'tOujours, rétrliqua Ie conqrrérant
d'unton jolial; car, si Dieu me prête vie,il v iura' plus de vin tlrez les
r-eligieux de la Bataille, qu'il n'y a d'rau'claire dans'le meiileur couvent
de la chrétienté. 'r
Aug. Turunnt, Histoire de la eonquéte de l'Angleterre.

EXERCICES ORÀUX EÎ ÉCRITS

l. Erplioatiou des motg. Deter-Siciles, ancien royaume tlu srrrl rie


- l'Âsie oir est né Jésus-Christ. Constan-
I'ltalie. Pale,çtine, pays de
tinople,-cap_ltale de la l'urquie, sur le Bosphore. -
Nieée, Dorylea,
lntioche, Jêrusalem, villes de I'Asie. - Malte, iles ie ta
Méditerranée. -'Rhodes,
1. 0uestiounaire. Racontez I'avènement de Hugues Canet. par
qui et pourquoi lrt-il- élu roi? -
Que der.irrt Charle"s de Loiraine, son
-
compétiteur?
- Faites connaitre la réponse d'Adalbert de périgord à
Hugues.
- Quels sont les avantages qire se douna llugues Capétr -
louls YI ET Loutg Vtt. ll9
Quel était le caractère de Robert? - Pourguoi fut-il ercommunié? -
Quelle fut sa geeonde femme? - Quel fut-le résultat de la guerre de
était-il respecté des grands vassaux?
Bourgogne?
- Robert
ront les guerres de llenri Isr?
- Quelles
Pourquoi Henri ler appela-t-il son fils
ainé Phiiippe? -
Ia conquéte de Naples. 1 qu'est-ce que
- Hacontez
Guillaume'l'e Bâtard? Quelle est'la victoire ilui lui dônna I'Angie-
terre? -
Quels furent les rapports de PbilippC et de Guillaume? -
Corlment - mourut là'conduite privée de Phi.
-'Quelle était
Guillaume?
lippe ler?
- Qnel est le pape qui I'excommunia? - D.rhnez les dates
dè'l'avènement ei de la mort'des'quatre premicrs Canéticns. quels
côtés les musulmans menaçaient-ils I'Erirope à la frn du orrzième - Desiricle?
- Pourquoi la société féoda"le entreprit-elle'avec ardeur la guerre sairrte?
Qu'eit-ce que Pierre l'Ermite?^- Que se passa-t-il
-au
-Clermont? D'où vient le nom de croisés?
- Quel fut le concile de
sort de la
-
croisade populaire? Donnez le nom des chefs de la croisade féodale.
quelques -détrils sur le sé.jour des croisés à Constantinople.
- Donnez étâit lâ force de l'armée rêunie cn Asie? les crorses
-de Quelle
Nieée à Antioche. Racontez les batailles devant - Suivez
Antioche.
-
contcz le siège et la prise de Jérusalem. - Ra-
Quel fut le premier roi de
-
Jérusalem?
- Quclle bataille
prcmiers successeurs?
gagna-1,-il?
- Quels fuient ses deux
Quelles étaicnt Ies villcs du rovaume e t les
principautés vassales?- Assises de Jérusalem ? -
- Qu'appelle-hon
Qu'est-ce que Ies Ilospitaliers, ltis Templiers, les elrevaliers Teutons?
était la mission des ordres rdligieux militaires?
-les Quelle
dates principales de la première croisa-tle. - Donnez
S. Ilevoirs à rédiger. I'bistoire des guatre premiers Ca-
pétiens. - Résumer
Raconter la conouète de I'Ansletmre oar Ies Normands. -.
-
llaconter les causes, les priricipaur événdments et les conséquences Cr
la première croisade.

II
LOUrS Vt & LOrrrF Vrr. - LES COUMUNES
FRANçAISES
(r108-1 rE0)

rEçoN
l. Louis VI le 0ros. Louis VI le Gros fit une guerre sûng
-
relâche aux barons pillards et mcurLriers qui entouiaient Parig
ct Orléans; il essay-a vainement de chass'er de la Normandie
Ilcnri Ior, roi d'Algleterre, et intimida l'ernpereur d'Àllemagne,
llenri V; qui voulàit envahir la France. Avànt de mourir, il fif
épouser à son [ils, Louis VII, I'héritière de I'Aquitaine, et lui
laissa un sage couseillor, I'abbé Suger.
3. Lou s VII et la seconde croisade. -- Louis le Jeune. pressé par
saiut ljcruurtl et voulant expicr le urassacre de Vitrv. prif la
croix. Cette seconde croisade fut désastreuse : le rrii' ne put
B'emparcr de Damas, et revint nprès avoir perdu toute son ar.
r20 EISTOIRE DE FRANCE.
mée. Après la mort de Suger, il divorca avec la reine Eléonorc
qui donna sa main et son héritaee à Heirri II Plantasenet: celui-
cl devint le maître de I'Angletérre et de toutes les c6tes de
France, depuis la Somme jus'iJu'à I'Adour.
3. L'afranchissement oommunal. Ces deux règnes virent leg
premiers progrès des communes -dans la voie dè l'a{franchisse.
ment. Tantôt c'étaient les anciennes municipalités de I'cmpire
romain qui retrouvaient leurs traditions oublièes, comme Nîùes,
Toulouse et Bourges; tantôt c'étaient des bourgs uouveaux pour-
vus par leurs seigneurs de franchises civiles, éomme Orléairs et
Paris; tantôt enfin c'étaient des cités poussées à hout par lcs
exactions de la féodalité qui demandai?lnt à I'jnsurrectiob la li-
b_erté qu'elles n'obtenaicnfpas autrement, comme Laon, Àmiens,
Vézelaï.
{.. [i. royauté fran-gaite et les oonlmunes. La royauté, bien-
vcillante pour les bourgs franes, hostile -aux conimunds, finiù
par leur ôter les droits polil.iques cn leur laissant les droitg
civils; elle constitua ainsif au liCu de pctitcs républiques indé-
pendantes, le troisième ordre de I'Eta[, le tiers etat '

RÉcIT

l. Ira France à I'avèuemerxt de lJouis le Gros


( tI
0 8) .
- Le croisa,de, en éloignant les barons frangais, avait
laissé quelque répit à le royauté et au peuple; ils en profi-
tèrent, I'une pour aflermir son pouvoir, I'B.utre pour eonqué-
rir sa liberté. C'est au douzième siècle que les Capétiens font
reconnsitre leur suzeroineté, et les commun&utés bourgeoises
leur indépendance.
Le domaine des Capétiens comprenait, en 1108, I'lle-de-
France, I'Orléanais et la vicomté de Bourges, et ce petit ter-
ritoire était enserré de tous côtés par des principautés féo-
dales, les comtés de Flandre et de Champegne, le duché de
Bourgogne, le comté de Toulouse, les duchôs d'Aquitaine
et de Normandie.
9. Louis le Gros (1f 08-t{37). Les quatre premiers
- barons de France :
Capétiens n'evaient été que les premiers
Louis VI donna à son pouvoir un cerectère tout nouye&u, et
per là il commença la fortune de se maison. Sans ettaquer
les droits des seigneurs, il se borna à se déclarer le soutien
de I'ordre et de la paix. Aux peysens maltraités, aux bour-
geois molestés, aux prêtres pillés, il s'ofrit pour protccteur,
et commanda la paix en vertu de son titre de roi, comme
I'Eglise Ia commandait au nom de Dieu. En se constituant
I'appui de I'ordre, il se donna pour euxiliaires tous ceux qui
touls LE 0R09. tzt
evaient besoln de I'ordre : los manants, poysans et bour*
89ojs, que I'Eglise organisait olors on assoeiations de la paix,
et- les évêqu-es
.ggi Ir désignèrent à I'alfection du peuple.
< La gloire de I'Eglise de Dieu, dit Suger, ùb6 de Soint-
Denis, omi et conseiller du roi, est dans trunion de lo royeuté
et du socerdoce, >

FRANCE
GLETERRE crrÉtufr-ornncrs
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3. Gueneg de lrouis le Gros dane Borr domaine,


: !e premier champ de bataille de la royauté capétienne
fut le plaine de Saint-Denis. Les seigneurs de j'Ile-de-
Fronce, excités per Bertrede de Montfort, belle-mère du roi,
se soulevèrent, et Louis dut assiéger, prendre et raser leurg
chôteaux. Aidé par ceux ds ses chevoliers qui n'osaient lui
rcfuser Ie service féodal, et por les miliees peroissieles qui
ne marchanilaient ni leur temps ni leur peiné pour seconder
il
I'ennemi de leurs oppresseuri, réduislit les-châtelains de
Coucy, de Montmorenôy, de Rochefort, du puiset; Ia priso
EtsT, DE 8n. C. qorlL.
t22 EISTOIRE DE FNÀNCE.
du château du Puiset lui corlto trois années d'eforts I aussi
le détruisit-il de fond en comble, et, par une ordonn&nce
royale, une foire fut établie sur I'emplacement même de cette
c&Yeroe de bandits.
4. Guerree de Lrouie le Gros hors de son do-
mairxe. - Hors de son domaine, Louis VI joua le mème
rôle avec la mèrne constance, sinon toujours avec le même
succès. Il protégea l'évêque de Clermont contre -le-comte
d'Auvergnel et intimide le puissant Guillaume IX, .duc
d'Aquito-ine. II s'.fo.ga de reléguer dans son île le roi d'An-
gletàrre Henri Io', en soutenrnt les prétentions de Guillaume
éliton, son neveu, sur la Normandie ; allié eux -comtes de
Flandie et d'Anjou, il envahit le duohé, mais il fut battu à
Brenneville (lltg). Le pape Calixte, pris pour arbitre, réta-
blit la paix. Les deux rois se brouillèrent de nouve&u &u
sujet de la Normandie, et Henri le! détermina I'empereur
d'Allemagne Henri V, son Sendre, à envahir la France' En
présence de ce danger qui menagait tout le territoire, Louis
prit la direction de toutes les forces féodales et parut un
luissant roi. L'abbé Suger fnit fastueusement le dénombre-
ment des vossaux qui s'étaient rendus à I'appel, et de ceux
qui regrettaient de n'avoirP-9 s'y-rendre. llenri V, elfreyé,
oe pasia pas la frontière, et llenri Iu' fi! la paix. C.e déploie-
*rnt d. forces fut trùs utile à la royauté, perce qu'il montra,
dit I'abbé de Saint-Denis, < jusqu'où va la puissance du
roy&ume de France lorsque tous ses membres sont réunis. I
A ion retour, le roi fut accueilli partout par des fêtes et des
acclamations.
5. Mort d.e lrouia Ie Gros. - A la fin de sa vie, le
roi doubla tout d'un coup l'étendue de ses domaines par le
mariage de son fils avec Eléonore de Guyenne, lo-plus riche
héritiùe de France. Etle possédait le duché d'Aquitaine avec
toutes ses dépentlances, Ii mourut tandis que Louis le Jeune
ramenoit sa jeune femme de Borrleaux à Paris.
Les résultats de ce règne actif et sensé sont importents : le
roi avait soumis le duché de France, établi dsns ce domaine
pacifié des prévôts pour rendre la justice en son nom, im-
posé aux grands fetdataires le respect de son titre,-donné
à .oo pouy;ir un coractère moral et bienfaisant, et d.ésign-é
le setgneur roi comme un protecteur à tous ceux qui souf-
fraient.
6. Lrouis Ie Jeune (f t3?-1t80). IJ'abbé Suget. -
louls vlt ET L'aBBÉ sucsn. lt]
Louis VII, le Jeune, éteit faible, indécis et peu intelligent;
sur le champ de bataille, s& bravoure était extrême. Suger,
abbé de Saint-Denis, dirigea Louis VII pendant les dix pre-
mières années de son règne, et prit la régence pendant la
seconde croisade.
7. Lt seconde croisade. En l,t,t*Zr le roi faisait la
guerre au comte de Champagne.-A la prise de Vitry, treize
cents personnes qui s'étaient réfugiées dans I'église furent
brtlées vives. Cet horrible spectacle frappa vivement le
roi, et il résolut d'aller expier en Tene Sainte le crime de
ses soldats.

Louis YII et I'abbé Suger.

Saint Bmnard, abbé de Clairvaux, I'homme le plus élo-


quent de son temps, prêcha la moisade à I'asseniblie de
Vézelay. Le roi, la reine, plusieurs millicrs de chevaliers et
une foule de peuple prirent la moix. Puis saint Bernard
pesst en Allemagne, où l'erhpereur Conrad III fut, comme
Louis VII, subjugué par sa parole. Suger voulut en vain
s'opposer à ce départ, qui pouvait être désastreux pour le
royaume. L'expédition fut mal conduite et malheureuse.
Tandis que Conrad perdait toute son armée en Asie Mineure,
Louis, après avoir suivi la côte jusqu'à Satalieh, s'embarqua
tvec ses chevaliers et abandonna le peuple qui I'avait suivi.
Il prit terre en Syrie, alla prier à Jérusalem, essey& vaine-
ment de prendre Damas, et revint mécontent de Ia conduite
d'Eléonore et décidé à divorcer. Il était parti de l\tetz à la
I2I EISÎOIRE DE IRANCB.
tête de oent cinquante mille pèlerins; il obordo à Sainh
Gilles ovee trois cents hommes (f | &9).
8. Sage politique de Suger. En son absence,
-
I'abbé de Saint-Denis avait gouvern6le royaume. Il restoura
magniliquement l'église fondée par Dagobert, et donna pour
lo première fois aux artistes frangais I'occasion d'imiter les
édilices des villes orientales. II lutte continuellement contre
une partie des évêques qui envahissaient les droits de la
oouronne, les barons qui se livraient eu brigandage et à la

Ëaint Bernard prècha la croisade.

révolte, lcs gens des communes qui refusaicnt toute obéis-


s&nce à un roi absent représenté pa.r un humble moine. Enfin
il vit le roi qu'il attendait, et rentra dans sa chère cellule
pour y terminer une vie dont la France n'avait plus besoin.
Pendant deux ans, il empêcha le fatal divorce qui devait en-
lever I'Aquitaine aux Capétiens, et qui fut consommé, quel-
ques mois après sa mort, au concile de Beaugency (l f 52).
9. Ileuri Plantagenet. La France méridionale al-
lait bientôt augmenter les vastes- domaines des princes anglo-
normands. Henri Plantagenet, tls de Geolfroy, comte d'An-
jou, et de Mathilde, petite-fille de Guillaume le Conquérant,
possédait, par s& mèren la Normandie et le Maine, p&r son
père, la Touraine et I'Anjou. Lorsque Ia femme divorcée de
Louis le Jeune retournt en Aquitaine, il alla demander sn
TOUIS VII EÎ ['ABBÉ SUGEN. I2ô
meiû ù Poitiers, et le mariage fut conclu, malgré les protes-
tetions du roi, qui défendoit à sa vassale de prendre uu mari
s&ns son oveu. Henri acquit ainsi le Poitou, la Guyenne et lt
Gascogne, aves la suzeroinet6 sur I'Aunis, la Sainto-nge,
I'Angdumois, le Quercy, la Marche, I'Auvergne- et le Péri-
gord. L'année suivante, il fut reconnu héritier du royaume
à'Angletene; plus tard enlin, il gouverna la Bretagne,
.o*àt tuteur âe son jeune fils, Geoffroy, époux de I'héri-
tière du duché. Ainsi, Henri II possédait toutes les côtes de
France, depuis Io Somme jusqu'à I'Adour; ses domaines
couvraient ôinquante-troîs de nos départements, et ceux du
roi en comprenaieut à peine six. De p!us, Henri était un &m-
bitieux sanl smupule, un politique habile, perspicace et prêt
à tout ; Louis VII, au contraire, paraissoit depuis la mort de
Suger un corps sans âme. Jamois, ce semble, lo royauté ca-
pétienne
- n'avait été plus près de so ruine.
Louis VII fut s&uvé, grâce aux emborras de son rivel et
à I'appui de Io féodalité frangaise, qui craignait pour son
indépendance. La conquête de I'Irlande et les incursions
des Ecosssis occupèrent les forces du roi d'Angleterre; sB.
lutte contre Thomas Becket, archevêque de Contorbéry
(l{62-1170), suscita contre lui la redoutable hostilité du
clergé englo-normand et du pape I I'ossassinat de Becket le
rendit odieux à la population et I'exposa oux conséquences
terribles de I'excommunication; ses querelles domestiques
ovec st femme Eléonore souler'èrent les Aquitains, qui ne
reconnaissaient (ue leur duchesse ; I'indocilité de ses lils
usa ses forces et fÏnit ptr le faire mourir de chagrin.
Louis VII soutint tous ses ennemis, I'empêcha de s'étendre
en Languedoc aux dépens du comte de Toulouse, et, malgré
une defaite à Verneuil, il I'obligea à signer la paix de
Montlouis (11,7/*). Le roi mourut, laissant un lils à peine
adolescent, Philippe-Auguste.
I0. Premiers progrèe de la population urbaine.
- Le douzième siècle, qui vit lo royauté se dégager
des
liens féodaux, vit aussi les premiers progrès du peuple dans
lo voie de la liberté. Du cinquième au sixième siècle, les
villes municipales, fondées par les Romains, avaient perdu
leur existence légale et Ia plupart de leurs habitants. Mais;
quond la féodalit6 fut établie, les villes presque ruinées et
désertes retrouvèrent quelque aisance par le commerce el
quelque population par I'immigration des habitonts. Dans
..{

r26 EISTOIRE DE TRÀNCE.


Ie môme temps, I'Eglise prêcheit la trôve de Dieu, s'adressait
aux puissants du monde et esseyait de foire descendre le
bienfeit de la paix des donjons dans les chaumières. Mais les
barons s'habituèrent à mépriser ses ordres; alors elle se lassa
d'implorer les meîtres ; elle se tourna vers les esclaves, et,
ou nom de I'Evangile, elle forma des confréries, des associa-
tions diocésaines pour le meintien de la paix.
lI. Gréation des premières communes. De là
- res-
sortirent les communes, c'est-à-dire les essocietions
treintes à I'enceinte d'une ville, au lieu d'embrrsser le ter-
ritoire d'un diocèse. C'est en efiet, dans les provinces où ré-

La cité do Carcassonne.

gnaient sûns conteste les communautés de la paix, que


s'établirent les premières communes : dans le Ponthieu,
I'Amiénois, Ie Beauvoisis, le Poitou, le Bcrry et le Limou-
sin. C'est dans les années qui suivirent les conciles de Cler-
mont (1095) et de Rouen (t096), assemblés pour faire jurer
à tous les chrétiens ie pacte dc la paix, que naquirent de
toutesparts les commun&utés urbaines: Doullens ({t03),
Saint-Riquier (t107) et les autres. Enlin les premières conl-
munes s'appelèrent également commtmes eL paiæ, les mem-
bres de la communepaiseurs ou hommes de la paix, la mai-
son de ville rnaz'son de la pain,le territoire communal €ru-
ceinte d,e Iapaiær le serment des associés serment d,e la paiæ,
les officiers municipaux maltres ile Ia patæ. Voilà une des ori-
gines du mouYement communal.
[E$ C0MMUNES lRaNçaIsES. l?J
19. Muntcipatltés. ViUes de bourgeoisl'e. Com-
murreB. Dans son æuvre d'afrranchissement, I'Eglise fut
oidée por- d'heureuses cireonstances dont elle sut proûter.
EIIe trôuvait la population urbaine répartie tlons trois sortes
de villes ; des municipalités dons le midi, des uaTles de bour'
geoisi,e dans le centre, des communes proprementdites dans le
nord, toutes menant une vie précaire et misérable sous l'épée
de la féodalité, toutes appartenant à un slre dont la volonté
les tyrannisait. C'est le seigneur qui établissait à son.prolit
des péeges aux ponts, cles octrois aux portes, des droits de
nenfe ei de ttanJport sur les marchandises, des taxes sur les
maigres produitJ de I'industrie naissante. Les prêtres prê-
ehèrent la paix dans ces villes comme dans les cempagnes
environnantes, et {irent des associations, tantôt &vec I'assen-
timent du seigneur, tantôt malgré lui et contre lui.
Partout où le clergé trouva tles restes flu régime muni-
cipal, il s'en emp&r&
aYec empressement,
et se contenta de ré-
tablir les formes lé-
gales qu'il avait tou-
jours aimées ou re-
grettées : ainsi furent
créées les nouaelles
municipalttés d,u dou-
zième siëcle, telles que
Nlarseiile, Arles, Ni-
mes, Narbonne, Tou-
louse, Périgueux,
Briurges.
Partout où le sei-
gncur suzerain, cé-
dant à ia jusiice ou
comprenent ses inté-
rê{,s, se déclara lui-
mêmc membrc de la
paix, ou accorda spon-
tanément des fran-
chises, le elergé et le
peuple se contentè-
rent^ deI'octroi des droits civils et laissèrent à leurs barons
les droits politiques : ainsi naquirent les villes de bourgeoi-
I28 HISÎOIRE DE IRAITCB.
sie ou ûlhs francà,es, telles que Peris, 0rléans, Lorls et
autres villes du domaine royal.
Partout enlin où le seigneur s'opiniâtra dans sa résistance
ou retira ses concessions, les prédications furent ecerbes et
violentes, le peuple prit les &rmes, et les associations firent
la guerre pour nmener le peix : sinsi s'ofranchirent les
corntnunes insurgées, telles que Combrai, Amiens, Loon,
Vézelay.
13. Intervention de la royauté. Ainsi le sol de
la France se couvrit de cilés régies par -des lois txes; les
unes n'&vaient qu'une demi-indépendance sous le gouver-
nement de leurs seigneurs I les autres étoient de véritables
républiques qui possédeïent leurs murailles, leur belfroi,
leur meison commune,_ leurs magistrats municipaux, leurs
soldots. C'étaient des forteresses populaires presiées et blo-
quées par les forteresses féodales. La sociét6 tout entière
leur était hostile; il n'y avait pas de place pour elles dans
ce monde de barons subordonnés les uns &ux r.utres, et
dont elles ne voulaient pss reconnaître Ia suzers,ineté.
< Commune, dit un contemporain, I'ebbé Guibert de
Nogent, est un mot nouveau et détestable, et voici ce
qu'on e_nten{ per ce mot : les serfs ne paieront plus
qu'une fois I'an à leur seigneur Ia rente qu'ils lui -rloi-
ventI s'ils commettent quelque délit, ils en sont quittes
pour une amendc légalement fixée. > Aux yeux des nobles
du douzième siècle, il n_e pouvait y avoir de droits pour
des manants et vilains. Le roi lui-même fut I'enncmf dcs
communes. Il avait favorisé les associations de la paix, il
s'en étoit servi contre les borons rebelles de I'Ile-de-France,
mais il ne soulfrit pas dans ses domaines une seule de ces
petites républiques indépendantes I Louis VI n'uccordo pas
une seule charte aux villes qui lui appartenaient; Louis VII
suivit la mème politique. Hors de ses temes, le roi interve-
nait, tantôt en protecteur, tentôt en ennemi. Louis VI sou-
teneit le commune de Laon 1 il était ordinairement pour le
parti qui achetait le plus cher son appui. A mesure que leur
puissance s'agtandit, les Capétiens rangèrent les communes
sous leur obéissance et ne leur laissèrent que leg droits
civils.
LES C0MMUNES FRANçAISES. t29

I.ECTURES

Bourger.
PREMIÈRE LECTURE.
- Une munioipalité. -
Bourses (Auaricuml était à I'épogue de I'invasion une importante
cité rofrrainè qui nosséilait des muiailles, des lrènes, un amphithéâlre'
une curie, unri police et tous les privililges municipaux....Au septième
SièCle. BOnrgeS- avait un sénat. Ce sénat âvait une Jurldlctlgn sguYe-
iài"e.'car dt"esgii. de Tours cite un arrèt rendu par les premiers de la
cité. L'évêoue-v était élu par le clergé de concert avec le peuple; -car'
iôïi }i i,iii niérovingiens'et carloviàgiens, les évêques Sulpice, Didier,
Âuilresislie. Àsiuiphel furent ainsi libiemeirt choisis par. leius ouailles'
-nïoleàiïliii-iei'moirnaies
sui portaient son nom ou celui de ses habi-
laïisi veis I'an l{00, le vicomtri de llourges, Herpin, qui partait pout
la Palestine, vendit au roi Philippe Ior la ville et sa.banliette, et le c6rps
de ville ou asSemblée des prud'ltgntmes fut ngmmê dans I'acte 0e ces-
Jion. C'est alors sue I'arihevèque établit une association de la pair
qui embiassait la iille et son diocèse. a Pour résister aux rebelles et
iiotate,irs des droits de I'Eglise, écrivait le chapitre au pape Grégoire IX'
en t228. c'est un usace introdût depuis des siècles, que les^bar0ns'
iei puissants et les nîbles, e[ mêmô le.peuple du Berry, prêteraient
corpbrellement sermcnt à I'archevôque de Bourgcs de suivre sa com.-
mine ei d'observer sa trêve. u Sotts l'archevêqtte VOlgrtn, sur sgn AYIS
et à la prière tlu clergé et du peuple, Louis le- Gros publia une charte
qui réfOimait plusieurs coutttmes mattvatses' mâlS Sans rlen_cnanger nI
Ëli comrnne hioeésaine, ni a I'institrrtion municipale. En 1145, Louis VII
cornimali charte de soî père, et appcla bons'hommes et ôarons les
iii,i.irrioiOà Ii ritle, cerri qu"on nbinmait jadis les sénateurs. ou les
ôur;itôs. Ainsi, dans' cette ville municipale-,.Ie pouvoir ecclésiastiqle
n'intervint que nour conserYer ce qui existait, étendre au dl6cèse la
iiii-q,ii'regïiait'dinr ta cité, et ameirder les tois défectueuses, d'accortl
avec le Pouvou royal.

DEUXIÈME LECTURE.- IIne ville de bourgeoisie. - Oloron.


oloron, aujourd'hui chef-lieu d'arrondissement des Basses-Pyrénées,
est une ville-ancienne dont le nOm se trouve ctté dans lA NÔtrce de
i;nÀit't romain,' mais, saecagée et détruite par les.Normands,. elle
Oerdii ses souvenirs a'fcC SeS habitanls, et resta deux SlècleS en rtllnes.
Én IOSO- un vicomte de Béarn la relèva et lui donna des franchises
einites. d t'rbri desquelles elle jouit d'une protection sans_-servitude et
à;unà-ËOiorité sans'péril. Il jirra n sur le's saints Elangiles et sur la
iainte et vraie moiide Dieu, touchés de sa main droite, de tenir et
a;ôniàrue. toujours 'r I'acte un'e-fois passé.II s'ôta lui-même le droit de
*oôqo."i" cdarte, et se soumit aui censures e,cclésiastiques, danspré- le
i,ir o[li ievienOrait sur sa prgmesse. Le pacte fut donc conclu en
sence des évèqres et placé Éous leur
--iont garantie.
aonnei une idée ae cette chaite d'gloron, qui est analo.gue à
beaucoun d'autres, nous citerons les principaux articlei en les abtégeant
et en lei rangeant dans un ordre plus méthodique.
6.
//
I3O gISTOINE DE TRANCE.
- Ârticle 17. Tous les bourgeois d'0roron sont soumis à la jurirtiction
du licomte ou à celle de s"on baiili. cerui qui-tiiera r;r ;ri;;
contre
quelqu'un dans les rues ou sur.re p.ont àorinèri-iù-rài[r,e,î"'oo
,oo,
d'amende et composera avec le blessé.
Ârticle 25. si rin le territoire de la ville, il payera
90 sous d'amende et.étranger .envahit
une nédaitte d'or.
Article 21. Le voleur pris en llagrant délit sera livré au vicomte
I'homicide donnera 66 s'ous de doËmâge;-iè-mitcniïâ-qiirà sert ;
de
faur poids, 6 sous.
Article 22. celui qui violera les
-droits d'enlrée remettra en nature,
au seigneur, la chose dont il aura fraudé tei aioùs, etïive.a eo ,oué
d'amende.
Article 23. L'accusé,gï-n'1 pas et ne peut trouver de
cautiol sera saisi, s'il n'a- pas de iuoi.de,maison
-envahit-la réponore.
Article l.si un voisin demeure d'un autre, il devra au
seigneur 66 sous, et au maitre de la maison lg sous.
Artrcle t0. Un bo^gg-r^o_r_r par le baiili de la ville ne sera jugé
que par le vicomte en personne. llcusé
.. Ar.ticle tt. si q'erqû'un.de ra..vilre a procès avec le vicomte, il doit
être j.ugé dal.s les- limites du bailliage. '
- Article g. Le vico$te ne p'urra imener dans les murs d'Olor.n un
homme qui es.t.re débiteur^d'un citoyen ou iui i-iaitïuuùJË"rrr
en
corps ou .en biens. si Ie vicomte àrrête quelfiu;un,
moyennant caution. ô;il'i; reràche
Article rg. pour une vache vendue, le vicomte a un denierl pour un
polcr une nédaille.
- Article 6. Les habitants_ d'Ororon ne payeront point de droits d'entrée
dans.toute la_ seigne..rie de Béarn; ili'poirront
franchise tout ce qu'ils voudront. ' (- vendre et acherer en
Article 5. Avec le consenteme.nt des prud'hommes du Béarn. le vi-
r,9tgonné .que, si quelqu.'u.n vieni s'érabriiàini cuïË'uii tr rrn,
,.gT_t:^
rreence 0e son serqnexr,.et y. résid.e.
!n an et un jour, et qrr'après son
seigneur le^réclam'e,.le vicomte re défendia
Article 8. Le seigneur ma,ieur fait ce aooG -;;ii;"i;"chise
comme étairt son bo'urgeois.
aux
hompes d'Oloron, qù'irs.ne l'âccompagneront pas e raireàî'ïn cne-
vauciée, sinon en tfriis circonstanceô, iavoii: Âiq"*tqi,I'bTiuri,
etnnt
entré en sa terre et y.étant resté une'nuit et un jbur,'luiï praiànte
ra
bataille; s'il lui a_enrcvé querque châteiu; si i,ii-rcme-eii"Ënr.rmo
dans un château. Et arors [e vitomte doif iorunir'aôiË'g"tesTe"*o.o*,
pour apporter leurs armes.
Entre cette charte e.t la plupart de celles qui furent données
dans Ie
cours du septième siècrc .àui uiles niuieiet àtiulrË"iiï"in* ao
domaine royàl ,:t des grandes.seigneurieilil y a une. resseoiuance"irail
pante. Mêmes réserves du seignàur, mêries.Ëonceisions
a*ïoirg.o,r;
Ies. quereltès sont résrées, ït iiùd;ù' ildlii,il;ii;";ri-rtrËinlr, ra
p^r.9].9!rgl du prince est accordée à ceux qni oni-àÀrË"ro oïii ,t
J0ur dans la par.isse; res amendes s.nt dëterm.inées,..l'eiemplion des "o
droits de verire et d'achat est octroyée, Ie servrce mrlrralre
est rendu
moins dur et moins fréquent. Tous "ces' actes ont surtou[-ie-caractère
c.mmun de ne rien ofrrii qui..ressembre à d;JFd;iià, pàritùi;d;
possesseur du. fief donne. ja liberté civile, la- rd*.ilï'àur'tilïi-et ie
aes
'aroits
personnes,
'lais it garde intacts ses privil'èges seignôuriiof îàs
de suzerain fdodal.-
tBs couuuNBs rRÂNqÀISES. t3l

moIsÈME .LECTURE. lnsurgée.


v#"ily:"mmuno
Tout eutre fut le sort des communes insurgées. Lorsque les associa-
tioni de la pair comptèrent un grand nombre de membrés, que le com-
merce et I'ihdustrie èurent crééïes richesses à défendre et des intérêts
i nrotéeer. les bourgeois comDrirent mieux combien la sécurité était
nélessaire, et ils suivirent I'eiemple du nonde féodal,- otr cbacun ré-
sistait à sôn voisin. IIs achetèrent à leur seigneur des chartes d'affran-
chissement et les défenilirent contre Ia mauvàise foi et la violence avec
une sinsulière ooiniâtreté. Ainsi s'établirent les communes de Noyon'
Cambra'i, Beauvâis, Le Mans' Laon, Amiens, Yézelay.- Flles avaient
affaire tântôt à un ôomte, tantôt à uri évêque ou à un abbé. illals, dans
ce dernier cas, I'insurleciion dirigée ,:onlre le seigneur ecclésiastiqle
n'était point fâite contre I'Eglise'elle-mème. Par malheur pour elle,
I'Eelise'était ensasée dans les liens de la féodalité, et Ies sièges épi-
scoiaur les pltii iiches tombaient aussi souvent dans les mains d'un
noôme de Eirerre que dans celles d'un pasteur d'âmes. Alors Ia lutte
-l'Evangile
àes bourgeo"is contre ce contempteur de prenait un caractère
de violenËe inouie : au sentimeht de leurs droits se-joignait une haine
féroce contre le mauvais prètre qui ne pratiquait pas ce-qu'arai.t prèclté
son Dieu. Quand les communiers de Laon. s'emparèrent -d.e I ev.eque
Gaudry, qufavait faussé sa foi, ils I assomuèrent.impitoyablement'
Ïe Ëôois de Vézelay, situé sirr la Cur-e, au sud d'Aux-erie, appartenait
à I'abbave"de sainte-Ilarie-lladeleine. Les comtes d€ Nevers, qui vou-
laient y étabtir leur autorité seigrteuriale, cngagèrent contre les abbés
une lut'te oui devint très vive àu commence-mènt du septième siècle.
Les bourgc'ois songèrent à profiter de la querelle de.leurs maitres pour
conouérir* I'rudépeirrlance. Ûn homme ava-nt été condamné par la cour
àbnâriate à avoii les yeux crevés, le comte de Nevers cita I'abbé Pons
âe-Uontloissier à comparaitre devant lui I sur son refus, il tlévasta les
ieitei Ae l'abbave ct^ bloqua Vézelay. Les habitants éclalèrentjus- en
olaintes contre liabbé dont its accusaidnt I'obstination, et allèrent
Ëu'a Uire qu'ils ne le voulaient plrrs pour seigrteur. Le comte, tout
iovàot de iene fermentation qui servaiî ses tleiseins, se.rendit à Vé-
'zàÏiv nôur conférer avec les niécontents; mais les moines I'accueillirent
anCc'tànt d'honneurs qu'il leur accorda malgré lui une trêve. L'abbé,
qui partait p0ur R0mô, Ie chargea même, én son absence, de garder
fes ifitCrats Tu nonastére, et s'éngagea â -demander..au..pape que les
honrmes du bourg fussent dorénavant soumis à la,;urtdtctton du comt'e.
II savait bien quë le pape n'accordera.it .jamais uire pareille demande.
Èn-ônet, il rapirorta de home un monitojie..apostolque. qui hri faisait
, un devoir sacib de la défense de ses droits seigneuriaux. Le_comte,
i: fiuieux, fit ravager les teges des moines par ses _v-3_ssau.x,^et Pons de
ttiontboissier sollicita la protection du roi-Louis VII (1152), tout.en
I refusant de se soumettrri à la juridiction laÏque de la cour.des pairs.
I Son adversaire continua ses menées parmi les hourgeOls qu'tl parvlnt
I e soulever par l'appât de la liberté. Ill renoncèrent à leur foi envers
I i'egiise de Sainte-^Iiarie, jurèrent de se défendre mutuellement,.élurent
l. Oes masistrats qu'ils apïelèrent consuls, fortifièrent lleurs maisons et
I niônt-itÏiinceivôc le conâte. L'abbé, refuiant de sanctionner cette réso'
I iriUôn, itiàiitr âu monastèrc de Cluny, fit prononcer I'ercommunice.
l
r32 HISTOINE DE FRÀNCE.
tion.par le pape et invoqua de no.uveau I'appui du roi. pendant ce temps,
les. insurgés. abusaient de. la liberté recdriquise : ils maltraitaient les
q.0l!e.q, rasaient les murailles de I'abbaye èt faisajent de l'éqlise le,lL
ritade)le et leur arsenal. c.'étair t19.p.^Li roi marcha sur veieiày, ie
comte de Nevers se sou.mit, la villè fut mise brirs la loi, e[ te cbmte
lui-même.fu-t chargé de détruire sous huit jours ra pauvre cité qu;il avait
pouss.ée..à.la-révo.lte.(ltq5)..Il temporisa., il agit-de mauvaise grâce;
mais I'abbé, furt de Ia décision royâle, résolut"de se farre iustiie lnij
même..Il souleva les paysans contré lel bourgeois, prit dàiiàuiiers a
sa s0lde, força.les p-lus compromis à s'enfuir dàns les'bois et brrila leurs
malsons; puis rl 0rdonna le payement du dirième de tous les biens et
la destruction des enceintes fortifiées. Les serfs ruraux se charsèreut
encore d'exécuter la sentence: un bourgeois, nommé Simon, laisia dé_
molir sa_ maison, refusant de qnitter ion fôver et protestairt Dan son
srlence. Les habitants de vézelay furent rédujtl en seivage comm'e aupa-
ravant. filais ces hommes, qui àv.aient goùté un instant"à la liberté, ne
purent en oublier les douceurs; ils réc'lamèrent sans se lasser te irien
perdrr, et, en l222,ils obtinrent par transaction ce gue la violerce n avait
pu leur assurer. D'après Augustin Turcnnr.

EXENCICES ORÀT'X ET TCRITS

t, Erpli-oattgn lee mots.


- Toulouse, préfecture de la Haute-Ga-
ronne. IIe-de-Fra1ee, ancie_noe p_rorincè qui a formé les cinq tiépar-
-
tements de la Seine, Seine-et-0ise,-Seine-et'lrlarne. 0ise et Aisne.
lr!€arya11, ancienne province qui a formé les dépaitements du Loiret,
-
Loir-et-Che.r., Eurc-e[-Loi-r. Champagne, ancienne province qui i
-
formé les départements des ArdenneS, ile la Marne, de I'l,ube. âe la
Haute-Ilarne.
- Guyenne,
ments de la Gironde,
encienne province qui a formé les d;!narte-
Dordogue, Lot.il,-Garonnd,_ Tarn-et-Garonne, Lot,
Àve.1rron. Gaseogne., an_cienne provin_ce qui a formé les départefirentÉ
-
du Ger.s, Landes, llautes-Pyré-nées. Iroifou, ancienne proiince qur a
formé les départements de la Vienue,-Deur-Sèvres, Vendéô. Bourqes,
préfecture du Cher. Atniens, préfecture de la Somme. - Véze\au'.
-
chef-lieu de canton de I'Yonne. -
uarlæ, village de I'Aube. --Yitru, village
Cantorbery,
de la Marne.
villù d'Angleleme. -
Ctai"r!
' 3. 0uestionnaire.- -
Quelles étaient læ possessions du roi en il08?
étaient les grantls fiefs? Quel rist le caractère de la rovauté
-sousQuels
Louis le Gros? Quelle fut -
la conduite du roi dans son domâine?
furent, ses- rapports avec le roi d'Ansleterre et I'emuereur?
--_ AQuels
qui maria-t-il son ftls? Faites connaitré les principales dates
et les résultats de son règne. - Qu'est-ce que Suger?-- 0rie se Dassa-
-
t-il â la prise de Yitry? Qui a prèché la sêconde-croisade? tit
Suger en I'absence du roi? Quelles furent les conséquences - due du I
!

divorce de Louis VII? -


Quellcs étaient les possessions d'e Henri Il
I

Plan_tagenet?
- sonI les causes qui I'empèchèrent de ruiner
-.Quelles
la dynastie capétienne? A quelle époôue mollnrt Louis VII?
I

Faites connaitre les premiers - progrès de -ta population urbaine. -


Quelles furent les premières communes? -
est la cause princi-
pale du mouvement communal? - Qriell'e municinalitës.
franches, coomunes propreueut dites?
- Qu'appelle-t-on villes
- Donnez des norios de ôes di-
PHILIPPE.AUGUSTE. t33
verses sortes de villes. Comment I'abbé de Nogent définit-il une
eommune?
-
Quelle fut la condnite de Louis VI et de Louis YII
l'égard des- conmunes insurgées? - Que devinrent les communes
à

lor"sque s'accrut la Duissance rbvale?


3.'Ilevoirs à rérllger. - Raconter le règne de Louis VL - Exposer
I'histoire .des communes. Exposer les ielations de la France et de
I'Angleterie sous les règnes- de Louis YI et de Louis YI[.

m
PEILIPPE.AIIGUSTE
(fi80-1223)

tEÇoN

l. Philippe-Auguste et f,lebard Cour de lion.- Philippe-Auguste,


ffle tle Louis VII, épousa Isabelle de Haineut' derEièro descen-
dante de Charlema$ne, et soutint les ûls de Henri II contre leur
père. Eu 1190, il priù part à ta troisième croisade, et revint
àvant la prise'de Saint--Jean-d'Acre, pour proûter ds I'absence
de Richafd, roi d'Angleterre, son rival.
2. La quâtrième orofsade.
Philippe-Auguste le champ libre, mais, excotuurunié par le pape,
il ne-ùut ni-envahir tes pbssessions anglaises ni p:'endre parl a
la quâtrième croisade. Côtte eroisatlc, {ui avait Jérusnlerri pour
butl s'arrèta à.Constantinople où les barons franqais fondèrent
un emptre cnreLlen.
3. P[ilippe-Auguste et Jean sang Terre. Pendant ce temps,
Philippc, réconcilié avec I'Eglise, conquit- sur Jean sans Teme,
roi dtÂulleterre, la Norruanlie, le Mainc, la Touraine, I'Anjou
et le Poitou. Les barons franqais g'unirent contre lui avec
Jean et 0lhon IV, empereur d'Allemagne : la coalition fut bat-
tue à la Roche-dux-liloines et à Bouvines (t2ta); le prince
Louis de l'rance fft même en Anglcterre uDe descente qui ne
réussit pas.
4. 0roisarte rles Albigeois.- Soue ce règne, le pnpe Innoccnt III
fit nrêcher une croisade contre les Albiireois hérétiques, ct lcs
barbns du Lansuedoc furent dépouilléJ. lllais, arrrès la rnort
de Simon de )lo"ntfort, chef de la ôroisade, eon ffls Àrnaury cét-la
au roi Louis VIII ses droits sur Toulouse.
5. touvernement de Pbilippe-Auguste. Philippe-Âuguste éta-
blit dans ses domaitlcs des prévÔts et-dcs baillis pour renrlre
la iustice et lever les impôte:'il supprirua la dicnité de sénéchal
et détermina avec soin lès droits eû ies chargcs"dcs grands offi-
ciers de la couronne. ll fit pavet deux rued dc Paris, agrnndit
I'enceiute fortifiée, courmenqà la cathédrale, construisit le Louvrq
éleva les Halles et I'llôtel-Dieu et organisa I'Universi[é.
/

\r lgt EISTOIRE DE FRANTE.

nÉfiÎ
1. Pr.emletrB rct-es de Philippe II(f r 80). phitippe,
-
suivant I'usage des Capétiens, tourne ses premières or-mes
contre les ennemis du clergé. Ebo de Charenton, Guillaume
de Châlons et Humbert de Beaujeu furent forcés de restituer
les domaines ecclésiastiques qu'ils avaient usurpés. Alors,
chéri des prêtres et soutenu per eux, il put ngir. Ses oncles
maternels, I'archevêque de Reims et les comtes de Blois, de
Champagne et de Sancerre, pensaient régler la conduite du
roi enfant. Il prit à tâche de les soumettre, et, sur.les con-
seils de Robert Clément, maréchal du palais, il chercha un
appui près de Philippe d'Alsace, comte de Flandre, son p&r-
rain. Le jeune roi épousa la nièce du comte, Isabelle de Hai-
naut, et regut Ie Vermandois pour dot. Isabelle était la der-
nière descendsnte de Chariemegne : ce mariage donna une
légitimité nouvelle à la dynastie capétienne, et, quand le roi
de quinze ans fit dans Paris son entrée solennelle evec sa
reine de treize ans, le peuple les reçut avec des transports
de joie. Dès lors, les Capétiens se dispensèrent de faire samer
leurs ûls avant de mourir.
2. Troisième croisade (f t90). A cette époque er-
riva en France la nouvelle de Ia prise- de Jérusalem par le
sultan Saladin I I'archevêque de Tyr vint implorer le selours
des chevaliers de I'Occident, et les trois plus puissants princes
de la chrétienté, Frédéric Barberousse, empereur d'Atle-
magne, Philippe-Auguste et Richard Cæur de lion, roi d'An-
gletene, se croisèrent. L'ardeur des lidèles fut extrême: plu-
sieurs conciles furent réunis et décrétèrent le levée d une
contribution universelle destinée aux frais de la guene sainte
et qu'on appela la d,tme saladine. L'honneur chevaleresque
uni à la passion religieuse précipita de nouvoau I'Europe sur
I'Orient.
L'empereur suivit la route des premiers ooisés; il périt
en se baignant dans les eaux glacées du Selef, et son fils, le
duc de Souabe, amena. à Saint-Jean-d'Acre les débris de son
armée. Philippe et Richard s'embarquèrent, I'un à Gênes,
I'autre à Marseille. Ils passèrent I'hiver en Sicile, où leur
union se rompit, et vinrent I'un après I'autre débarquer sur
le rivage de Saint-Jean-d'Ame assiégée per Guy de Lusignan.
Philippe, dont le courege était réglé par lo, politique, se hâtc
PEILIPPE.ÀUCUSTE. 136

ile quitter I'Orient; Richard prit la ville, battit les Turcs à


Césarée et à Ascalon, mais ne put reprendre Jérusalem. En
apprenant que Philippe attaquait la Normandie, il lit une
trêve evee Saladin et s'embarque. Mais, jeté dans I'Adrio-
tique par une tempête, il eut I'imprudence de débarquer
sur les terres du duc d'Autriche qu'il avait insulté : il fut
fait prisonnier, et I'empereur Henri VI le gerda quetorze
mois, jusqu'à ce que son écuyer Blondel ett epporté sa
rengon.
3. Mort de Richard. (1199). A peine débarqué en
- aliénés, et passa en
Angleterre, Richord reprit ses domaines
Normandie pour se venger de son frère Jean, qui I'evait
trahi, et de Philippe-Auguste. Jean acheto sa grâce por le
m&ss&ore de la garnison françoise qu'il avoit introduite lui-
même dans Evreux, et Ia guerre recommença. Mais la croi-
sade était trop récente et la chevalerie trop fatiguée pour
qu'on pirt frapper de granils coups. Le combat de Fréteval,
où furént saisies les archives de France, fut suivi d'une trêve
de dix ans. Mais la guerre reprit bientôt : Ricbard fut défait
à Aumole, et ses routiers mercenaires furent exterminés aux
Andelys. Enfin le pape Innocent III menaga les deux enne-
mis d'excommunication et les contraignit à conclure une
trêve de cinq ans. La même onnée, Richard assiégeait le
château de Chalus en Limousin, Iorsqu'un archer lui creva
I'æil droit d'un coup d'arbalète; il en mourut.
4. Quatrième croigade (f 202 ). Excommunié
pour avoir répudiô sa seconde femme, Ingeburge de Dane-
mark, et épousé Agnès de Méranie, Philippe ne put ni pro-
fiter de la mort de Richard, ni prendre part à Ia quatrième
moisade.
tr'oulques, curé de Neuilly, prêcha cette nouvelle uoisade,
et les barons de Fronce résolurent de s'embarquer pour évi-
ter les fatigues du voyage. Ils obtinrent des Vénitiens des
vaisseaux de trensport, moyennant la somme de 85 000 morcs
d'argent payables d'avonce. Mais, ne pouvent fournir que
51000 m&rcs, ils s'engagèrent à conquérir Zara pour avoir
un délai. Tandis qu'ils passaient I'hiver dans cette ville (1202)t
le prince grec Alexis I'Ange les implors en faveur de son
père, I'empereur Isaac, détrôné et aveuglé par son frère
Alexis. Les croisés se dirigèrent sur Constantinople, battirent
I'usurpateur et rétablirent leur protégé, qui ne voulut plus
tenir ies promesses. Constantinople fut prise et pillée, et
136 f,ISTOIRE DE trRANcE.
Baudouin, comte de Flandre, fut élu empereur. Les barons
se partagèrent les dignités et les terres de I'empire: Boniface,
marquiiae Moniferrat, devint roi de Thessalo:rique; Ville-
hordôuin, qui a racont6 en françaÏs cette æoisade, fut meré-
chal de Roumanie ; le comte de Saint-Pol, connétable; le
doge de Venise, Henri Dandolo, prince de Roumanie et sei-
gnéur d'un quart et demi de I'ernpire. Mais cet édilice féodal
fontlé en Orient ne dura pas longtemps: en 126lr les Grecs
reprirent possession de Constantinople.
5. Conquêtes de Pbilippe sur Jeau Eans Terre
(1204). que les barons fra19a!9 s'emporaient de
- Pendant
Constantinople par un coup de main, Philippc-Auguste, ré-
concilié avec le Saint-Siège, poursuivait le cours de ses cor-
quêtes. Il investit Arthur de Bretagne, Iils d'un frère aîné de
iean sans Tcrre, de toutes les possessions anglaises en
France, souf la Normandie qu'il se proposs, de prendre lui- -
même. Jeau, imité contre Arthur, son neveu, le poignarda,
dit-on, de sa main et le jeta dans ls Scine. Philippe se d6-
clara le vengeur du prince assassiné, et sommo le meurtrier
cle comparaître devant h cour des pairs. Jean Iit défaut, la
cour le condamna par contumirce à la mort et à la confisca-
tion, et chargea le suzerain d'exécuter la sentence. Philippe
cntra en Normandie, prit Rouen que le roi n'osa, pas venir
défendre, et conquit rapidement la Touraine, I'Anjou, le
Maine et le Poitou.
6. Bataille de Bouvines (t214). - Cet acuoissement
extraordinaire de la puissance royale alarma les seigneurs
féorlau.x ; ils se rapprochèrent du roi d'Angleterre qu'ils ne
craignaienl plus, et formèrent une coalition qui mit en péril
la monarchie et ses nouvelles acquisitions. Les seigneurs de
I'ouest, soutenus par Jean sans Terre, attaquèrent les Etats
de Philippe-Auguste par le Poitou et furent vaincus par
Louis, fils du roi, à La Roche-aux-Moincs. Les seigneurs du
nord, soutenus par I'ernpereur d'Allemagne, Othon IV,-attu-
Quèrent par la Flandre et rencontrèrent le roi à Bouvines, l
entre Lille et Tournai
L'armée franqaise evait en partie passé le pont de Bou- l
vines, lorsque les Allemands fondirent sur I'anière-garde.
Le roi, qui se reposoit sous un frène, Iit une courte prière ]
dans une chapelle de Saint-Pierre, sauta à cheval et se plaga i
rur le front de le bataille. Le lutte commença par des charges I
de cavalerie qui ne décidèrent rien. l\{ais bientôt arrivèrent I
I
PEITTPPE.AUOUSTE, I3?
o.ec le bonnière de Ssint-Denis les gens des communes, qui
se placèrent devant le roi lui-même. Philippe courut un
grand danger : tiré à bas de son cheval, iI ollait être perc6
de coups, lorsque les siens le sauvèrent. Othon également
faillit périr : Guillaume des Bones, I'homme le plus fort de
son temps, le tenait par la tète et Ie frappeit de son épée,
mais une troupe d'Allemands tue son cheval et le con-
traignit de se faire jour à coups de poignard. Othon s'en-
fuit, et le centre de son armée se débande. Le comte de

Batrillo dc ljtruvines.

Flandre, Ferrand, fut blessé et fait prisonnier. Renaud.,


somte de Boulogne, fut également pris et le batrille fut
gagnée.
Cette victoire était un événement national ; la Fnince en-
tière en ressentit la joie. Partout, sun le ps.ssege du roi, les
rues et les maisons étaient tendues de tapisseries, les ptysûns
quittaient leurs travoux, pour venir voir le comte de !'landrc
enchaîné : << tr'errand, disaient-ils, te voilà maintenant ferré,
tu ne regimberas plus, tu ne pourres plus ruer et lever le
tulon contre ton maître. l
7. Ire prince l"ouis de France eu Angleterre.
- Les deux princes vaincus per Philippe n'étaient plus re-
doutables pour lui. Othon IV, dépouillé de Io couronne im-
périale pa,r son compétiteur Frédéric II, mourut obscurément
ru château de llartzbourg, Jean sans Terre entro en lutte
I38 BISTOINE DE IRANCE.
Èvec son elergé et sa noblesse, fut forcé de signer la granile
charte, fondement des libertés anglaises ; puis Ia déchira, et
ravsgee en pirate le royaume qu'il ne ssveit pos gouyerner
en roi. Les seigneurs ollrirent la couronne &u prince Louis de
['rance. Mais la mort de Jean changea leurs dispositions.
Louis abandonné fut battu à Lincoln et quitta I'Angle-
tene ({2tô).
8. Guene des Albigeois (1208-1229). La fortune,
qui favorisait les ellorts de Philippe-Auguste -contre les An-
glais et les Allemands, travaillait seule dans le midi, et pré-
parait a so maison de nouveaux agrandissements. A I'époque
où le pape Innocent III établissait la domination spirituelle
et temporelle du Saint-Siège sur tout le monde catholique et
faisait Iléchir tous les rois, lo France méridionale vivait à
part du reste de I'Europe. Ltrs Albigeois se séparaient de la
communion romaine: les grondes cités de Toulouse, Nar-
bonne, Nîmes et Béziers ne rlonnaissaient presque pos le ré-
gime féodal du nord I enfin, tout le pays de langue proven-
gale tendait à devenir une nation particulière sous les rois
d'Aragon et les comtes de Tr:rlouse. Lc pape s'inquiéta ; il
envoya dcs moines de Cîteaux, aidés de I'Espagnol saint Do-
mini,que ; les missionnaires furent raillés et maltraités.
Alors il fit partir le légat Pierre de Castclnau, qui, après
avoir excommunié Raymoncl VI, comte de Toulouse, fut
assassiné (t200).
Innocent appela tous les chrétiens à la vengeance. Un ba-
ron de I'Ile-de-France, fanatique et ambitieux, Simon de
Montfort, guida les hommes du nord au pillage du midi;
Béziers et Carcassonne furent prises, le vicomr,e Raymond-
Roger dépouillé, et le comte de Toulouse contraint de faire
pénitence. Son humiliation ne le sauve pes : attaqué à son
tour, il fut vaincu à Castelnaudary, demanda les secours de
Pierre II, roi d'Aragon, et subit avec lui une nouvelle dé-
faite à Muret. Le concile de Latran ({ Z t b) donna à Simon de
l\{ontfort la plus grande partie des ûefs du Longuedoc. Ce-
pendant le pape, ému par les prières des seigneurs dé-
pouillé,s, leur permit de reconquérir leur héritage. Ray-
mond VI revint dans ses Etats, qui se soulevèrent en sa fa-
veur, et Simon fut tué au siège de Toulouse. Philippe-Au-
guste se tint constamment à I'écart de cette guerre, qui se
prolongea sous Ie règne de Louis VIII, et pendant la mino-
rité de Louis IX ({223-1229).
PEITIPP E.AUOU STE. t39
9. Admtntstratlon de Philippe-Auguste. - Pbi-
lippe-Augustemourut en 1223, oprès un règne de quoronte-
trois ans. Il fut un conquérant plutôt qu'un administrateur.
Cependant il donna dans une ordonnance appelée son testa-
ment, qu'il publia ovant de partir pour la croisade (f {90),
un plan d'administration régulière : ce plan, développé par
ses suocesseurs, fut plus tard nppliqué à la France entière.
Il établissait des prëaôts ou vicomtes, des baill,is et une cour
d,es régents. Ces magistrats étaient chorgés de rendre la jus-
tice et de lever les impôts. On pouvait appeler des prévôts
aux baillis et des baillis à la cour des régents. Les prévôts,
assistés po,r une commission de bourgeois, faisaient la répar-
tition des taxes et versaient I'argent pergu entre les mains
iles bnillis, d'où il passait dans le trésor.
10. Ires grande off,ciers de la corlronrre.
- A
son retour de ln croisade, le roi supprima la dignité de séné-
chol, qui donnsit trop de puissance au titulaire, et déter-
mina avec soin les droits et les charges des autres grands
ofliciers de la couronne, le chevalier, l'échirnson, le panetier
et le chancelier ou chambellan. Le chancelier scellait les
actes publics et présidait la cour des pairs, en I'absence du
roi ; l'échonson s,vait juridiction sur les cabaretiers et les hô-
teliers, et levait un droit sur le vin; le panetier surveillait les
boulangers, qui lui devaient une rétribution; le chambrier
gardait Ie trésor et avaif un impôt sur les tailleurs et les
cordonniers. Tous mettaient leur nom au bas des chartes
royales.
I1. Enbelliseements d.e Paris.
- Philippe-Auguste
s'oocupa spécialement de Paris, sa capitale, et il y oom-
mençs des embellissements qui nous pareissent aujourd'hui
bien modestes. Les rues n'étaient point pavées, et la boue
était si épaisse que les voitures s'y enfonqaient jusqu'au
moyeu. Dans les plus élégantes et les plus fréquentées on se-
mait du foin et de la paille, et on appelait ces rues favorisées
rue du -Foln ou rue du Fouane. Philippe commenga le pa-
vage de la ville ; il construisit le château du Louvre, dont
relevèrent tous les liefs de France, éIeva les Halles et I'Hôtel-
Dieu, et agrandit I'enceinte fortifiée, dont les points extrômes
furent les portes Saint-Denis au nord, du Louvre à I'ouest,
Saint-Jacques ru sud, et Barbette à I'est. Enfin il continua
ls, eonstruction de la cathédrale de Notre-Dame commencée
por I'évêque Maurice de Sully.
I4O EISîOIRE DE FRANCE.
12. Université. - En 1200, Philippe-Auguste orgenlse
I'Université de Paris. Les écoles
s'établirent sur ls montegne
Sainte-Geneviève qui prit le nom
de quartier latin. Le légat Ro-
bert de Courson leur donna des
statuts (12{ 5), et elles devinrent
bientôt illustres. < 0n ne voit
pes, dit Guillaume lo Breton,
chapelain de Philippe-Auguste,
qu'il y ait jamais eu un si grand.
nombre d'étudiants à Athènes
ni en Egypte. Cela tenait aux
privilèges et à le protection spé-
Notre-Dame cte Paris. ciale que le roi accordait &ux
écoliers. l
13. I-,ouis V.[I (f 223-1226). Louis VIII, successeur
de Philippe-Auguste, tt d'abord -lo guerre aux Anglais, et
leur enleva l'Àunis, I'Angou-
mois, le Quercy, la Saintonge,
le Limousin et le Périgord,
c'est-à-dire toutes les annexes
du duché d'Aquitain e (t 22e).
Puis il marcha vcrs le Lan-
guedoc pour faire valoir les
droits que lui avaii légués
Amaury de l{rtntfort, fils de
Il prit Avignon, sou-
Simon.
L'IIôtel-Dieu. mit le pays depuis le Rhône
jusqu'à I'est de Toulouse, et
y établit les sénéchaussées ou prévôtés de Beaucs,ire, de
Carcassonne et de Béziers. Il mourut à son retour, à Mont-
pensier en Auvergne. Il laissait un fils sous le, tutelle d'une
femme étrangère, mais cet enfant était saint Louis, et cette
femme, Blanche de Castille

IECTURE.
- Victoire de Bouvlnel.
0n chevaucha jusqu'à un petit pont nommé le pont de Bovines : co
pont traverse une petite rivière qui se jette dans la-Lvs. Déià était outre
-point
ce pont la plus grande partie de I'armée; le roi n'était eneore
passé, mais il s'était désarmé et se reposait un peu sous I'ombrage d'un
PBI LIP P E.ÂUC USIE. ITI
frêne, lorsque arrivèrent des messagers de I'arrière'garde criant à mer-
veilleur cris tue I'ennemi venait...
anrés une brève oraison à Notre-seigneur. se fit armer hàti-
Le roi.'saillit
vement, sur son destrier en aussi grande lfessi (joie) qu.e s'il dùt
aller à une noce ou â une fète, et lors commença-t-on de crter parmt
les champs : < Aur armes, barons, aux armes I r Trompes el bucctnes
(claironsi commencèrent à bondif, et les batailles I retourner qui
àvaient déià nassé le uont. et fut ranpelée l'oriflamme de Saint-Denis,
que l'on a"coirtume de oorier par devant toutes les autres au front de
là batailte. Mais, comme elle tardaitr on ne I'attendit pas, et le roi par-
tit à grande couTse de cheval,. et se plaça à la première ligne, séparé
des ennemis par une petite élévation de terrain.
Quand Othbn et led siens virent que le roi s'était tetourné, ce qui les
étonna fort, its se rculièrent sur la-droite et s'étendirent vers I'ouest :
ils couvraiént la paitie la plus élevée de la plaine, en telle manière
ou'ils eurent droitèment aux yeux Ia lueur dn sbleil, qui fut plus chaud
rit plus ardent en cette journé'e qu'il n'avait été aevarit. Le roi déploya
ses chevaliers au midi lle la nlaine. avec le soleil à dos, sur une ligne
de t0i0 nas de long, à peu drès éâale à celle de I'ennemi... L'évêque
Guérin dd Senlis ordonnà les bataiTles (rangea les escadrons) : u Sei-
gneurs chevaliers, criait le bon évêque, le champ est grand : élargissez
ios rangs, que.l'ehnemi ne vous enôlave I Ordodnez-vôus en telle-sorte
que vous puissiez combattre tous ensemble et tous d'un même frontl I
Ën face on aocrcevait 0thon au milieu de sa gent, avec son aigle dorée
-les 'Français
perchée sur un dragon qui tournait deverg un-e gueule
béante, t corDIDe s'il voulait tout manger 'r.
Ce furent les vassaur de I'abbé de Sâint-l\tédard de Soissons qui
eurent la gloire d'engager la grande bataille: cent cinqua_nl,e scrgents à
cheval du-Soissonnaisf tous ioturiers, chargèrent audacieusement les
chevaliers de l'landre. qui se trouvaient vii-à-vis d'eux; ces brales
gens furent repoussés ei démontés, mais les chevaliers bourguignons
èt cbampcnois, avec une pariie des Françars, s'élancèrent à la ren-
contre d'es Flamands. et e-n un instant I'aile droite des l'rançais et la
gauclre des coalisés lurent aux prises : I'ordre de bataille fut rompu;
ies rangs se nôlèrent en un êltroyabte tourbillon d'hommcs et- de
chevauxl se lteurtant, se rcnverÈant,'s'écrasant parmi des llots de pous-
sière... Enfin, après trois heures et plus, tout le faix de Ia bataille se
tourna sur Ferrahd et les siens: le comte de Flaudre fut abattu à terre,
blcssé et navré de mainte gra'nde plaie, pris et liê avec maint de ses
chevaliers...
Durant cette rude mèlée étaient accourues en toute hàte les légions
des communes. qui se trouvaient bien au delà du pont de Bovines.
Toules ces milicei, et spécialement les communes de Corbie, d'Amicns,
d'Arras, de'Beauvais e[ de Compiègne, accoururent lorsque I'action
commerirçait, avec I'enseigne de SaintlDeiris au milieu d'elles, là oir elles
vovaienf' I'enseiene rovàle d'azur semée de fleurs de lvs d'or: elles
ouireuassèrent foutes les batailles (escadrons) des'chevaliers,' et se
mirerit devant le roi, eontre Othon eù sa bataille. u Quand Otlton ait
telles oens. st n'en fut moult ioueux. Cenendant les hommes d'armes
thiois"(tetions, allemands), geis"de grande prouesse, chargèrent avec
furie le! sens des communes, les poussèreni rudement, les rompirent
sans leur"faire lâcher pied, et percilrent au travers, de telle sorte qu'ils
approchèrent de bien brès de la bataitle du roi. Guillaume des Bames
ei tous les preud'homuies qui gardaient le corps du roi, voyant qu'Othon

ê
I&2 gISTOIRE DE TRANCE.
et les Îtrr'ois tendaient à venir droit à philippe et ne quëraæaÉquera
pelsoune, s.e.mirent devant et laissèrent le iôi derrièré ieuidôi;'nars,
pendant qu'ils combattaient 0thon et seE chevaiieri; le;
sr;;-de pied
thto.zs, qui avaient poussé de I'avant, cernèrent le roi et le"trébuchèïeni
Jus a rerr€ d€ son coeyal avec des lances et des crocs de fer; et, sans
son erccllente armure,ils I'eussent là occis sur l'instant. 0uelquei che-
valiers demeurés avec Ie.roi assommèrent et oc-cireni tôos*ôeiiùgents
à p.ied,.et-remirent le.roi sur son destrier... r La ctrevàrerie-au-iôi et
celle d'0thon se mêlèrent de nouveau, avec un mervôitteùi iuatis
d'hommcs et de chevarrx.
Les Français .se. battirent si
fortement. et si ,longuement, qu'ils
repoussèrent.toute la bataille d'Oilron, et vinrent irrqïÀ t,ii.-!i nres.
qu'un chevalier français (pierre de Nlauvoisin) prit "le destriei d; ft;ml
par,le lrein, et le cuida (crut) tirer hors de la presse. La m'lti-
P9.9ol
[u0e. 0es I nluls gul se_ serraient encore alentour ayarit empêehé Mau-
vorsrn d'exécuter son dessein, un autre bomme d.arineg fraricais voulut
donner un gra.nd..coup de côuteras à Othon; maiilà-c[eoa'i'àe't]em-
jt
p::g]'I^,.gre]^a J!rg, er reçut, à travers l'æil, t jusqu.en Ia cerr.elle,
I estocade destrnee _e
à son mritre. Le destrier, forôené de douleur, eu-
porta Othon hors^de. la môlée, et tomba.mgr! tr quelque airtàn,ï; on
amena un cheval frais,à.I'emirereur : mais_othon,'rcm'unté en-selie, ne
ret0rrrna point.au. combat, eoDn)c avait fait le rôi pbitippe : il se'mit
â l'urr,, au. contraire,.du plus vitc qu'il put,, abandonnairi, son aigle et
8ctr cnar rmpernl, et _ne pouuant plus èndurer la aertu des cherc-
&ers de france. Le ehar.sur quoi seazf.l'étendard impérial fû dcpiéct,
l:.djqîgl_f-ul_brlqg,,el
I'ai*le d'or, ayant les aitesaridcnÈri Jiù,fprer,
tut deposée au picd du roi. H. Ilrnrlr.
'

EXDnCTCDS OnAtx EÎ ÉCnrTS

Erplication iles mots. chalu,s, chef-lieu de canton de ra Haute.


--.1.
vienne_. -
Litnousin, arcienne province qui a formé les dèpartemcnts
-
de la Haute-vienne et de Ia corièze. Touraine, ancienne provinco
-
qui a formé I'lndre-et-Lo[u.- Anjou, ancienne prôvince qrii iiorme
lè ùtaine-et-Loire. trIatne, ancieine piovince qï,i â roimdiirîrï.nou
et la Sarthe. -
Flandre, ancienne prôvince qui a formé lè Noid. _
-
Qu.ercy, pa.rtie de la Guyenne (Lot).'- Sainionge, ancienne ïiàuio.u
qni a. formé la charente-Inlérieure. përigord,"pârtie dô iâ ôr-veune
(Doldogne).. -
village du départ"cmerit'du Nora. _ Liilà,
préfecture du-_Bouuines,
Nord. Tournai, village àe Belgique.
- Auignon, pré_
fecturc de vaucluse . -
Beaucdire, dhef-rieu ie^ canton à,ï câia.
-
carcassonne, préfecture de I'Aude. Bëiers, sous-préfecturà dc -
I'llérault. -
villagè àu puv-ae-nôm'e.--
-'nlàntpcnsfcr,
3, 0uestionnaire. llacrlntez les premièrs actes de philippe-Ausnste.
- preplel capciien
Pour_quoi est-il-le qui u'ait pas fait s'atieisdn nrs
-de son riv.ant?-- Quelle fut la câuse de la troisième croisiàe i
en fu'cnt les chefs? dime saladine? -ï.,etsla
croisade. - Q.}'appelle-t-on
Qu'arriva-t-il à- Richard Cæur de lion â son - niconÈz
;;ù;ri _
-
Racontez ses luttds avec Philippe-Anguste.- comment mourutRichard I
Pourquoi Philippe ne prit-il point part à la quatrième croisaàét _
-llacontez cette expédition. Quel en fut Ie résultat? _ Jusqu'à quelte
( date d.ura l'empire latin ? - Qu'est-ce qn'Arthur de Bretagne ? _ 0ûelles
- par Philippe sur Jean sans Terie?
ront les pr0vrnces conquises
-
satNT ùourg. rt3
Quelles sont les rleur batailles livrées cn l2[4? Racontez la bataille
-
Pourquoi la France s'en réjouit-elle spécialement?
de Bouvines.
Qu'est-ce
-
que la graride charte? Raconiez I'expédition du prince-
Louis en Arfgleterre'. -
Quel était le pape au débul, du treizième siécle'l
-
Quel était alors l'état religieur, folitique et, social de la France du
-nidit- Quel fut le chef de Ia-croiiaTe coitre les Albigeois?
sont les péripétics de la guerre?
-Quelles
Faites connaitre le plan d'adminis^
tration tfacé ^par -
Philippe--AuEuste, en t190. Quels étaient les grands
-
ofticiers de la couronnï et leùrs aitributions?-Enumérez les eubellis-
sements de Paris sous Philippe-Auguste. A quelle époque fut orga-
nisée I'UniversitéT -
A qui-doit-elle ses statuts? Quelles sont les
- -
conquêtes de Louis VIII srir les Anslais. sur les seigneurs du midi?-
0ùr inourut-il? Donnez les dates"prinôipales des règnes de Philippe'
-
Auguste et de Lonis YIII.
3*. Itevoirs à rédiger. Exposer les relations de Philippe-Auguste
-
avec Ilichartl Cæur-de lion et'avee Jean sans Terre. la
bataille de Bouvines et apprécier cet événemeut.
--Raconter de
Administration
Philippe-Àuguste.
-

w
SAI![T LOÛIS
(uzelz?0)

rEçoN

t. Régenos de Elanobe de 0astille, Le successeur de Louie VIn,


-
Louis IX ou saint Louie, rêgna d'abord sous la tutelle de Blanche
de Castille. Cette reine éneieique soumit les Erands qui s'étaicut
révoltés: elle prépara la Ëràndeur de sa-farnille-par les ma-
riages d'e ses deui fils ave"c les héritières du Langucdoc et de
la Frovence.
l. Saint Louis et f,onri III d'Angleterre, - Saint Louis com'
menc&. en {236. un règne illustré Dar la vertu. Il fit la guerre à
son ia'ssal rebtille HuËues de la lVfarche et au roi d'Anfleterre,
Henri III; il les battit"à Taillebourg et a Saintes;puisl cédant
à sa conscieuce, il conclut avec llenri le traité d'Abbeville' par
lequel il rendait les annexes de I'Àquitaine pour s'ùssurer I'héri-
taÀc de Guillaume le Bàtard et de }Ienri Plantagenet.
5. Croisade de saint.louis en-lgypte. Pentlanf une maladie, il
nrit la croix et partit pour I'Esvpte-malsré sa mère. Battu à
ilansourah, privê de vivres et s"oïlTrant dii la peste, il se rendit
et excita l'âdrniration des musulmtns par sa fermeté inébran-
lable et son inaltérable patience. Âprèi ea délivrance, il passa
quatre ans en Palestiue- et revint ô la nouvelle de la mort de
80 mero.
l. Gouvernement de saint Louls. Saint Louis fut surtout un
roi administrateur et législateur. -Avec les évêr1ues et le papg,
il sc montra respectueui et ferme et sut accordèr t'humblè' dé-
votion du chrétien avec ses devoirg de roi. Àvec les communes
il montra la vigilance éclairée d'un protecteur, détruisant les
t++ EISÎOIRE DE trRÀNCE.
mauvûises coutumes, faisant régner partout I'ordre, dotant
Paris de l'hospice dcs Quinze-Viùgts et- de I'admirablé Sainte-
Chapelle. Aveb la féodalité, il suivit I'exemple de Louis Vl; il
attaqua le droit de suerre privée par I'institution de la ouaran-
taine-le-roy et de lrÉsseurelment; it etantit quatre grandd baitlis
et des enqttesteurs royctur chargés de la sûrveillance générale.
5. Ilernière oroisade et mort de aaint Louis. Saint Louis mou-
rut à Tunis, où I'avait enl.raîné I'ardeur de- sa foi, et laissa au
peuple Ie souvenir de ees bienfaits et àsessuccesseurs I'autorité
de ses exemples.

NÉCIT

l. Blancho de Castille (1226). - A la mort de


Louis VIII, son fils aîné, Louis, evait à peine douze ens. Le
testament du feu roi laissait le royaume à Louis, I'Artois ù
Robert, I'Anjou et le Maine à Jean, le Poitou et I'Auvergne
à Alphonse, une somme de trente mille livres à la reine,
msis il ne perlrit ni de régence, ni mème de tutelle. Blanche
de Castille, qui avait un (( cour&ge d'homme dans un c@ur
de femme r, prit son porti avec décision. Elle men& rapide-
ment son ûls à Reims et le lit sacrer. Le voyage et la céré-
monie se trent au milieu d'un grand appareil militaire : les
milices des communer escortèrent 10, cour, et, le jour du
s&ore, trois cents ehevaliers armés de toutcs pièccs et montés
sur leurs chevaux de combat, amenèrent dans leurs rangs
serrés I'abbé de Saint-Remi, qui portait la sainte ampoule.
Tous les assistants jurèrent fidélité au roi et prêtèrent hom-
ma8e à sa mère.
2. Coalition féodale. - Mais les grands barons
n'étaient pas tous venus ù Reims, Philippe Hurepel, somte
de Boulogne, fils de Philippe-Auguste et d'Agnès de Mér'anie,
revendiquait la régence; Thibaut, comte de Champagne, était
irrité contre la reine, qui avait chs.ssé de Reims ses sergents
d'armes ; Raymond YI[, comte de Toulouse, voulait repren-
dre les sénéchaussées du Languedoc; Hugues de Lusignan,
comte de la Marche, cédait aux sollicitations de sa femme,
llambitieuse Isabelle d'Angoulême, veuve de Jean sans Tenel
Pierue l\{aucler, duc de Bretagne, leplus audacieux et le plus
habile des barons, visait à I'anéantissement de la royauté.
La régente mÊnæuvra. au milieu de tont d'écueils, svec lo
souplesse et lo décision d'un vrai politique : elle menaçt
Philippe de Boulogne de rendre lo liberté à son beau-père
Renaudn le prisonnier de Bouvines; elle gagne fs,cilement
SAINT tOUIS. Itû
Thibeut, le prince troubadour, qul I'avait choisie pour dame
de ses pensées; elle réveilla contre Raymond des accusations
d'hérésie, et le contraignit à traiter. Les autres coalisés fu-
rent réduits per la force; ils signèrent lo traité ile Saint-
'Coucy,
Aubin-du-Cormier (1231), et le sire do Enguerrand,
que les barons avaient
choisi pour roi, implora sa
grâce et I'obtiut.
3. Mariages aven-
tageur. - Cette régence,
qui auroit pu être fatale à
la meison capétienne, aug-
menta, au contraire , s&
puissance et ses domaines.
Raymond de Toulouse céda
les comtés d'Albi et de
Cahors, et maria se lille
unique à Alphonse, frère
du roi. Thibaut, oppelé ù
la couronne de Navarre,
héritage de safemme, ven-
dit à la reine les comtés de
Blois, de Chortres et de
Sancerre. Louis IX épousa
I\{arguerite de Provence,
ûlle du comte Raymond
Bérenger, et son frère ,
Charles d'Anjou, fut {iancé
à la seconde lille du comte.
Béatrice, qui devait hériter
rle la Provence. Ainsi se
Saint LouiE.
réalisait le prédictiou du
chapelain de Philippe-Àuguste : a Tu planteras tes tentes
eu sommet des Pyrénées. ))
4. Majorité dé eaint Louis, oon caractère (123ô).
- Ls reine Blanche usait trop bien du pouvoir pour n'y
pes
prendre gorlt; elle conserva, même après t236r une grande
autorité iur les effaires, et Louis, le modèle des ûls et des
hommes, eut toujours pour so mère une déférence respec-
tueuse dont elle abusait parfois sons le sovoir. Toutefois,
Blanehe de Castille n'eut plus dès lors que le droit ile con'
seiller ; le règne de stint Louis est commencé.
EIET. D8 FB. O, COYTL.
IlO NISTOTRE DE ARANCE.
q Louis IX, dit Voltaire, paraissait un prince ilestiné à ré-
former I'Europe, à rendre la France triomphante et policée,
et à être en tout le modèle des hommes. Sa piété, qui était
celle d'un anochorète, ne Iui ôta oucune vertu de roi. Une
sage économie ne déroba rien à se libéralité. Il sut accorder
une politique profonde &vec une justice exacte ; et peut-être
est-il le seul souverain qui mérite cette louange. Prudent et
ferme dans le conseil, intrépide dans les combats sans être
emporté, compatissant comme s'il n'avait jamais été que
malheureux : il n'est pas donné à I'homme de porter plus
loin lo vertu. p
5. Guerre ettraité avec I'Angleterre (124t-1259).
( Saint Louis, dit Joinville, son historien et son ami, fut
-
llbomme du monde qui plus se traveilla de paix. > Cepen-
dant il ût la guerre et Ia lit bien. Hugues de lo Marche avait
refusé I'hommage féodal ou jeune comte de Poitou, Alphonse;
il faillit enlever le roi lui-même dans une embuscade, et
s'allia avec Roymond de Toulouse et Henri III, roi d'Angle-
terre, son beau-fiIs. Le parlement, ou assemblée des barons,
le déclqra rebelle; Louis marcho contre lui, I'accabla à Tail-
lebourg et à Saintes (1242), et le forqa d'abandonner une
partie de la Marche ; Henri III signe aussitôt la trêve de
Bordeaux.
Bien que victorieux, Louis pensait que les provinoes enle-
vées jadis à Jean sans Terre ne lui appartenaient pas légiti-
mement. Ses conseillers étaient d'avis de ne rien rendre de
ce qu'on pouvait garder ; les habitants du Limousin et de la
Saintonge tremblaient de revenir à la mauvaise administra-
tion de Henri III. Mais rien ne put ébranler le roi : s& con-
science avait perlé. Après de longues négociations il conclut
letraité d'Abbeville (1259), par lequel il rendait le Limou-
sin, le Périgord, le Quercy, I'Agénois et une partie de la
Saintonge. Henri, de son côté, renonga à toute prétention
sur la Normendie, le Maine, la Touraine, le Poitou, et lit
hommage comme duc d'Aquitaiue. Louis s't'ssur& ainsi, par
le droit, des provinces que la force seule avait données à son
aleul ; il ôtait tout prétexte de guerre au roi d'Angleterre, il
ougmentait la puissance morale de sa personne et de son
titre. Il acquit encore par des traités les comtés de l\{âcon,
tlu Perche, d'Arles, de Foix, et bon nombre de villes avec
leurs territoires. Son règne fut donc utile à la formation de
I'unité frengoise. 'Sain[ Louis ne se servit pas des mômes
SAINT LOUI$. 111
moyens que Philippe-Auguste, mois il continur bien son
æuvre.
6. Saint Irouie prend la croix.
cempegne de Foitou, le - Audépassait
roi, dont le courege
retour de la
les
forces, tombo gravement malode à Paris. a Il fut si mal, dit
Joinville, que I'une des dames qui le gardaient voulut lui
tirer le drap sur le visage, uoyant qu'il était mort I et une
autre dame, qui était de I'autre côté du lit, ne le soulfrit
point. II ne pouvoit parler, mais le Seigneur opéra en lui et
lui envoya la santé. Le roi demanda soudain quton lui donnôt
la croix, et cela fit-on. Lorsque la reine, sa mère, ouit dire
que la parole lui était reyenue, elle en lit grande joie : et,
quand elle sut qu'il était croisé, elle eut aussi grand deuil
que si elle I'erlt vu mort. >
7. Etat de I'Orient. la quatrième croisade,
- Depuis
deux expéditions furent dirigées sur I'Orient. André II, roi
de Hongrie, avait échoué en Egypte; I'empereur, FrédéricII,
avait ocquis Jérusalem per un traité avec Ie sultan Malek.
Mais bientôt les hordes barbares des Kharismiens, chassées
par les Mongols, étaient venues exterminer les Turcs et les
chrétiens à Gaza (12&h) et ravager la Palestine. Après
leur départ, Jérusalem était retombée au pouvoir du sultan
du Caire. C'était donc en Egypte qu'il fallait conquérir la
Terre Sainte.
8. Croisade d'Eg:ypte (t 249).
- Saint Louis &m&ssû
d_es provisions dans l'île de Chypre, creusr Ie port d'Aigues-
Mortes, afin de pouvoir embarquer sur ses terràs, résistà aux
prières de sa mère et rassembla ses barons, qui le suivirent
por respect pour s& personne plutôt que per enthousiasme
religieux. < Saint Louis, dit Ne.poléon, pareît devent Da-
miette le 5 juin. Il débarque le lendemain. L'ennemi évacue
la ville de Damiette; il y entre le même jour. Du 6 juin au
6 déceml:re, c'est-à-dire pendant six mois, il ne bou$e point
de la ville. Au commencement de décembre, il se mêt en
marche. Il amive le l? devant Mansourah, sur les bords du
canal d'Achmoun. Ce canal, qui a été un ancien bras du
Nil, est fort lorge et plein d'eou dans cette saison ; il y
cempe deux mois. Le t2 février, les eoux sont basses, il
pesse le canal, et livre une bataille huit mois après son dé-
barquement à Damiette. > Vaincu à Mansourah par I'impru-
{tngg- de son frère, Robert d'Artois, coupé de Damiette parla
Ilottille ennemie, privé de vivres, accablépar la chaleur et lo
IT8 EISTOINE DE FNANCE.
maladie, le roi fut fait prison-nier. Ce tut elory.Cue parut sa

erandeur. Il consolait ses soldots désespérés, il imposait aux


illamelucks qui venaient de m&ssacrer leur sultan, il obtenait
enlin la liberté de tous les siens ps.r une forte rangon et la
sienne par la reddition de Damiette.
g. Sàint lrouis en Palestine, son retour' - Il
sainte qu'il aurait voulu déli-
ella visiter en pèlerin ls Terre
vrer et y demeura quatre ans, distribuant des largesses, ra-
chetant'les captifs et relevant lcs murailles des villes. Il
qoittn l'Orient lorsqu'il apprit la mort de sa mère(1254)'
Élanche avait gouverné avec sagesse et fermeté : à la nou-
velle que le roi était prisonnier-, plus_ de cent mille paysans
oa paitoureaua avaient quitté leurs_ demeures pour .aller le
délivrer; mais ces noure&ux croisés s'étaient mis à piller
les châÉaux et à eommettre mille dégâts ; la reine parvint
à rétablir I'ordre.
10. Cond.uite d.o saint lrouis envers l'Eglise' -
Quelle que soit I'importance de ses Suelres, de ses traités
et
À, ,on expédition d Egypte, saint Louis fut avant tout admi-
nistrateur et législateur : il lit beaucoup pour le bon mes-
nage dt royûume' et laissa après lui au p.euple. un- sou-
urii,. de ses bienfaits, et à ses succcsseurs I'autorité de ses
exemples.
saint Louis se trouvait en prôsence de trois pouvoirs éta-
blis, I'Eglise, les communes et la féodalité. Personne nedou-
tait de in piéte,
-le et il donnait aux évèques, ^interprètes de
I'Evangile, respect absolu et la naïve conliance d'un en-
fant. lùais'cette piété était éclairée, et cette foi n'était. point
servile : le saint iayait être roi, séparer le domaine de I'Eglise
de celui de I'Etat, et résister aux prétentions du clergé quand
elles étaient téméraires. Ainsi l'évèque d'Auxerre le somma
un jour, &u nom du clergé de- f,'rance, de -contraindre les
,*ro*.Lniés à se faire Jbsoudre. Le roi répondit qu'il ne
contra,indrait personne avant d'avoir jugé lui-même sa c€use,
( car ce serait contre Dieu et contre toute ratson qu rl con-
traignlt, les gens à se faire absoudre, quand les clercs leur fe-
raiùt tort. > I\[ême droiture, mème bon sens dans sa con-
duite à l'égard du chef de I'Eglise. Témoin affligé de lo que-
relle des Iivestitures ou luttei entre I'empereur et Ie pape, il'
blâma Grégoire IX d'avoir déposé Frédéric II et refusa la cou-
rgnne d'Aliemagne olferte à sôn frère, Robert d'Artois..I.t me-
naga Frédéric II de la Suerre, s'il ne mettait pes en liberté
SAINT LOUIS. l&rJ
les évôques_frangois faits prisonniers quand ils se rendaient au
concile de Lotran. Enfin, s'il n'est pis I'uuteurdelaprogma-
tique sanctæn, fondement des libertés gallicanes, et qu'on lui
r faussemenl attribuée au quinzièmÀ siècle, du moins en
professait-il les principes. Il garantit I'Eglise de France de la
domination ûscole de la courde Rome, et le royaumc d'une
gueme des Investitu-
res : le plus pieux des
lidèles fut le plus vi-
gilant gardien des
droits de la !'rance.
ll. Conduite do
saint Lrouis en-
vers les commu-
neB. Saint Louis,
-
bienveillant pour les
communes, s'attribua
avec raison sur leurs
affaires un droit de sur-
veillance. Il se réserva
lo nomination des mai-
res, partout où. dcs
conventions antéricu-
res ne la remettaient
prs aux hrbita.nts de
la commune; il obli-
gea les magistrats
mu-
nicipaux à venir cha-
que année rendre La Sainte-Chapelle,
compte de leur gestion,
et réprima les excès de leurs dépenses; il forga lcs bour-
geois de Rouen à renoncer aux péages qu'ils ovaient établis
sur la Seine pour gêner le commerce des Parisiens. Su l-ronne
ville de Paris fut I'objet part,iculier de ses soins. Les prévôts,
qui recevaicnt des présents des riches, jugcaient toujours
contre les pauvres I le menu peuple fuyait la terue du roi et
I'abandonnait aux larrons et aux malfaiteurs. Le roi défendit
de vendre la charge de prévôt, et lit enquérir par tout le
royeume où il pourrait trouver un homme qui fît bonne et
sévèrejustice, et qui n'épargnât pas plus le riche que le
peuvre. Il choisit Etienne Boileru, qui purgea Paris des
malfaiteurs, donna &ux m&rchonds et aux ertisans leur
t50 ETSTOIRE DE TRANCE.
charte dans son Li,are il,es méti,ers de Paris, et augmenta la
population en gorantissant la sécurité des personnes et des
biens. Il fonda la Sainte-Chnpelle et I'hospice des Quinze-
Vingts,
12. Conduite de saint Louig envers la féodalité.
Mais ce fut dans les ofaires de la féodalité que I'interven-
-tion du roi s'exerça le plus fréquemmeut. Il ne chercha pos
à la détruire, puisqu'il appela ses barons à son conseil, et
consery& dans ses Etablissements Ie droit des suzerains sur
leurs vassaux. Mais il ne chercha pas non plus à la régula-
riser, puisqu'il s'efforça de détruire les deux institutions qui
en étaient la base même, les guerres privées et Ie ducl judi-
ciaire. En 1245, il établit la quarantai,ne-le-roy, dont Phi-
lippe-Auguste avait eu lu première pensée : elle suspendait
lcs guerues privées pendant quarante jours, et les changeait
en un procès qui était porté devant les magistrats royaux.
Celle des deux parties à qui le roi reconnaissait le bon droit
était placée sous la garantie ou I'assezremenl, royal. Le duel
judiciaire fut aboli, perce qu'il n'éteit pas aoie de ilroit,,
< celui qui prouvait per bataille, prouv& désormais par
témoins et par chartes >. Ainsi la justice prit la place de la
force.
Pour recevoir les appels des justices seigneuriales, Louis
ajouta aux prévôts de Louis VI et aux baillis de Philippe-
Auguste les quatre grands baillis d'Amiens, Sens, Mâcon et
Saint-Pierre-le-Moritier. Il leur conlia des pouvoirs considé-
rables et prit contre leur arbitraire des précautions minu-
tieuses. Ils furent sulveillés par les enquesteurs royaulv, ott
inspecteurs généraux analogues aux enuoyës impériaua d,e
Charlemagne; et on put appeler de leurs sentences eu pâ.r-
lement du roi et au roi lui-même, qui jugeait en personne,
soit dans son palais de la Cité, soit sous les chênes de Vin-
cennes.
13. Croisade de Tunis, mort de eaintlJouie (1270).
Depuis vingt-cinq ans, le royeume était en paix, lorsque
- roi,
le cédant aux 'sollicitations de son frère, I'ambitieux
Cherles d'Anjou, roi de Sicile, se décida à une nouvelle eroi-
sade. Charles lui persuada que le sultan de Tunis était dis-
posé à se faire chrétien, et Louis s'embarqus. pour I'Afrique.
Etabli près des murs de Carthage, sur une plage nue et brfi-
Iée par le soleil, harcelé par les inlidèles, privé de vivres
et de secours, il vit périr ses soldats et ss femille, et lui-
satNl L0UIS. l5l
même fut atteint de la peste. Leluntti motin, 25 aott 12701
il perdit la parole et n'sccueillit ses amis que per son sou-
rirà; plus tard, il se lit étendrer les bras en oroix, sur un lit

Mort Cc salnt Loull.

trois heures après midi, il expira paisibie-


de cendres, et, à
ment en murm.urant, les yeux levés vers le oiel : c Père, je
comnrets mon esprit en ta garde. n

TECTURES

PREMIÈRE LDCTURE. _ Piétô dE gAiNI LOUIS"


Dès le temps de son enfance, le roi fut compatissant pour les pauYres
et pour tous beux qui souffraient. C'était la cbutume que, partout oùr le
roi^allait, six vingts paurres fussent toujours ngutris, en sa .maison, de
nain. de'vin. deîiariae ou de poisson, chaque jorrr. En carème et pen-
tlant'l'avent.'le nombre des 0auvres croissai[; et plusieurs fots il advint
que le roi Iés servait et leui mettait le pain devant eur et le leur cou-
ôait: à leur déuart, il leur donnait des deniers de sa propre main.
Mème aux granàes vigiles des fêtes solennelles,. il servait ces pauvtes
de toutes ce-s choses susdites avant qu'il mangeât ni ne bùt. En outre,
il avait chaoue iour â diner et à soupèr près de ltri des vieillards et des
estroniés auiqu"els il faisait donner dès viandes qu'il mangeait, et, quand
ils aiaient mângé, ils emportaient certaine sommed'argent. Par-dessùe
tout cela, le roi donnait ôhaque jour grandes et larges attmÔnes. aul
Daurres de relision. aux Deuvres hôpitaux, aux pauvres malades qt aur
'pràuvres collègËs et aux pauvres gentilshômmeÈ et femmes et demoi-
I52 EISTOINE DE tr'RÀNCE.
selles, aur pauvres leques yeuves et aur pauvres ménétriers uui. oar
vrelilesse 0u pa.r matadie, ne pouvaient travailler ni faire leur inéiièr;
f .perne pourr.alt-or compler le nombre de ses charités. Et nous Douvous
Dlen 0lre qu'rl tu.t .ptus heufeur que I'empereur Titus de Rom'e. dont
tes anctennes brstolres racontenl. qu'.il
.sg plaignit et se lamentd pour
un_jour.qu'il avait passé suns fairê de bieri a ôersonne.
Le r0l lit bâlir la maison des aveugles, près Paris, et leur lit faire
une chapelle. pour ouïr le service de-Dieir; et te rôh;-oilt iïire ra
marson de uuûrtreux,.au dehors de paris, ei a;signa rentes suffisantes
q_ur y etarent et servaient Notre_Seigireur. Aussir,ôt après,
lt3,uI.T^0]!p
n[ construrre une autre marson en dchors dè paris, au chemin dti
Saint-Denis,.qui ful a-ppelée la maison aux Fillôs_Di;;, ;r nïïert*
grande.nurtrr,ude de l'enmes en I'hôtel, lesquelles s'êtâient mises
en
peché de lurure par. paulreté, et-leur'donna quatre cents livres de
rente pOur se s0uteilr. ll [t en plusieurs [eux de son royilume mai-
s0ns de Deguues.et leur donna rentes pour vivre, e[ comdanda qu'on
reç.ill cetres qur.roudraient faire væu de continence. Aucuns de ses
ïlamrlrers murmurèrent de ce qu'il faisait, si grandes aumônes. et ou;ii
y djpensait-moull (bcrircoup) ; n J'aime micur", i,p,iroiii:ii. ôieï*iôoT
D des grandes délenses_ que je fais soit fait en airmônes poûr I'anour
I d0 Dt€u qu'en luxe ni en vaine gloire de ce monde. D ^
JorNvrlru, Mëmoires.

- Adminlstration do saint Louis.


DEUXrÈr\tE LECTURE.

,. 9^.-lq! gu! itqit le plus religieur et Ie plus juste des hommes, et qui,
0uranl Ie cours 11'une longue vie,-ne manqua pas une seule fuis'à la'loi
morale du christianisme iuivie dans touÈe sà ,igiaite,-î*ôiiae'i'rr-
croisseme.nt.de sa puissance, du respect, et de ia"conninte-iïirïornet
qu'lt rnsplratt, p0ur opcrerdes réfurmes appropriées au nouvel état sucial
de la Frànce. tirattaôha.plus fortemenL iii couronne les lrois classes
des ecclésiastiqrres, des lio.urgeois et des re .raiLiiiài,-q.ià iài, teîista-
uon rnûependailùe en rsolart trop, et il prépara leur réirDion nruc"haine
dans tes etat,s gcnerarrr. Tout en conservanI aux villes la librè élection
de teurs magrstrats et leuradministration intérieure, il les soumit
à ses
olnclers en ce qui concernait Ia justice et les armes.'ll placa la nohlesse
reoûare ûaDs depcndance plus èl,roite de la courdnnë, en faisant
.une
retever ses tnbunaux dc la j.uridiction royale, et en modr{iait d'une ma-
nière srave le résime sousiequel elle viiait. voici quôl to1- teïirioge-
me_nt iê plus décisif et le plus' fécond Oc irus.
ll y avait deur choses dans la législatiou féodale : Ia iustice et la
guerre....La guerre était co.nstituée,
.dàns l'ordre politique,'pïr-ie droii
d'hostilités^privéep; dans I'ordre cii,il, par le combït.iutticiiiri. t ouis tx
vou.la.lt ra tarre drsparaitre de la législation, et réÉler uniquemcnt la
socrete. sur la Justrce, son autre base. Il erigea donc, Dar là quaran-
tatne'[e-roi, que ceux des feudataires qui, d'après le cbde fèo'dal. au-
rarent ûes contestailons entralnant des hbstilités- armées, demeuraisent
qu.arante jours sans les commencer. Le plus faible pouviit, pen,rliî cet
un as.ç_eurement devant Ia jrrstice royale, ôt la guerre
ll,elu_1]19, p,rendre
cll,ngeait en procès. II abolit. également"te combai
ie
rei rnDunaur de la couronne,. d'oir cette réforme passa Juâiciaiie'îans
blus tard dans
les tribunaux des barons. Faisant parricipei sei ôouii {à-ioiiiù-aor
progrès du droit dans les universitéi, et âe ti-ptôreli,te-oâoi"lei
tri-
SAINT LOUIS. I53
bunaur ecclésiastiques, il ordonna le recours aur enquêtes dans tous
les procès qui se jùgeaient par la voie des armes, et iubstitua ainsi à
la jurisprudence de la force lajurisprudence plus concluante des témoi-
gnages. Saint Louis, législateur d'uhe société-moins décomposée, moins
violente et plus éclairée, lui frt faire un grand pas rers le droit, qui
reçut non plus la forme de la force, comme dans la période précédente,
màis celle-de la iustice.
Il ne se borna"point à remplacer Ia Eueme. Drincipe de Ia société féo-
dale, par la justiie, qui devini le prinôipe de Ia société monarchique, il
centralisa enïore l'âdministration'de ce'lle-ci en établissant les airpils.
Louis Ie Gros avait traduit les vassaux devant sa cour dans leurs ôâuses
personnelles et féodlles, Louis lX les soumit à la juridiction royalc
dans les eauses ordinaires de leurs su.jets. Il établit,-dans ce but, les
quatre grands bailliages de Sens dani le duché de'France, d'Amiens
en Yermandois, de llâcon en Bourgogne, de Sainl,-Pierre-le-Moùtier elr
Auvergne, qu'il investit du droit de ressort sur les justices seigneuriales
du centre, du nord, de I'est et du nidi du royaume. Il étendit Ie sys-
tème des'appels adx juridictions supérieures j et, de même que les jirs-
tices seigneiriiales relevaient des grarids bailliages'dans leurs jugemeits,
les courJ des grands fiefs et des "grands bailliiges relevèrent"dir parfu-
ment da,ns les" teurs.
Le parlement judiciaire. qui devint au treizième siècle et oui est
resté.iusrru'à ces ïerniers ieuins un des prineinaur ressorts de ïa mo-
narchie, âut son origine aux appels. ll faut le ûistinguer du parlement
féodal, qu'il remplaçà peu e pôri. tt y avait eu, dep"uis Louii le Gros,
des assemblées de ce nom,. moitié militaires, moil.ie judiciaires, comp0-
sées de barons et convoquécs sans régularité. A datêr de 1254, époque
de la- révolution opérée'par saint Lôuis, aprôs ses victoires srir jes
grands vâssaur et son reiour de la croisade,'ces asscmblées se régula-
risèrent. Leurs sessions devinrent annuelles : il v en euI soixante-neuf
jusqu'en t302. Le parlement môme commença à-changer de nature en
changeant de dcstination. Les ol'ficiers de la couronne. eomme le chan-
celiei, le connétable, etc., furent adnris dans le pârlement lorsque,
cessant d'être uniquement'l'assemblée des grands vassaul, il tlevini ld
cour souvcraine du roi. L'intrtrduction de la procédure par écrit et
I'etablissemcnt d'une legislation plus compliquée bbligèrent le roi d'ad-
joindre aux barons et àrrr prélais des hdmrires sachint lire et versés
dans Ie droit. Il aD0ela donc dans le parlement des docteurs aumaitres
en droit, qui étaieni des clucs ou dei laïqucs gradués dans les univer-
sités, pour ranporter les affaires. Ces maltres n'avaient oas voir déli-
bérative, et ne faisaient qu'instruire les Drocès. qui étaieni iusés oar les
barons et les prélats. Pendant la dernièie uroitié du treizièirrri siilcle, Ie
n0uveau parlernent ne fut pas sédentaire à Paris, et ses membres, soit
jugeurs, soil rapporlezrs, nommés pour l'année, quittèrent leur charge
anrès Ieur session.
'0utre cette centralisation
de la iustice. oui fut un srand moven
d'ordre pour le pays et de puissance"pour lâ ioyauté, sain"t Louis orga-
qui d'rfféra de l"'administration féodale.
nisa unri adrninilslration loËale.'des
Cette administratitrn fut cclle sénéchaux, des baillis, des prévôts,
afficiers déjà établis par Philippe-Auguste et par Louis Ylll daus les
pays que la couronne avait aequis et qu'elle n'avait pas donrrés en âpa-
ira[e. iouis lX régla les fonctions de ôes officiers, qÏi eurent beaucorrp
de ressemblance avec les comtes et les vicaircs de; deux preoières
races. Ils affermèrent dans leurs districts les domaines de la èouronne,

7.
t5{ EISTOIRE DE TRÀNCE.
levèrent ses revenus, jugèrent ses sujets, et conduisirent en campagle
ses hommes de guerre, Zélés pour I'accroissement du pouvoir royal, et
très entreprenanfs, ils ruinèrrint la féodalité intérieure dans le terri-
toire de ldur ressort. Ce svstème d'administration, qui rendit amovibles
les fonctions gue le régime précédent avait rendues héréditaires, et
ooi nt une magistratureÏe ce qui était devenu un patrimoine, remplaça
ieu à neu le sistème féodal sui le territoire. Ainsi saint Louis créa uu
irouvel ordre dï choses, et c'est de lui que date la monarrhie moderne
sous le rapport politique, comme elle date de Philippe-Auguste sors le
rannort teiiitoriât. Sei ihstitutions et sa sagesse pôitèrent leurs frnits
nehhant sa vie mème;' cdr, dit Joinville, le ioyaume se multiplia tel'
'lement par la ôonne droiture qu'on g uoyait régner, que te do'
maine,'censiae, rente, et reaenu du ioi, èroissaiT tous-les ans de
moitië'. Mrcxrr, Némoires historiques.

EXENCICES ONAUX ET ÉCNITS

l. lrplioatlon iles mots. - Prouence, ancienne provinee qui a formê


les tlénaitements du Yar, Bouches-du-Rhône et Basses-Alpes. - Tail'
tcbouiq. villase de la Charente-Inférieure. - Saintes, sous-préfecture
ae ta idarentë-lrrférieure. - Le Caire, Damiette, Mansourah, villes
à; svnte. Tunis, capitale de la Tunisie, au nord de I'Afriqrre.
-
i.'iluestionnaire. connaitre le testament de Louis VIII. -
--Faites
IX. - Quels sont les barons qui firent une
Racontez le sacre de Louis
coalition contre la régente? - Quelles étaient leurs raisons diverses?
Quelle fut la conduite de la rei.ne? - Pa-r quel-traité.imposa-t-elle
-la pàixt Quels mariages fit-elle faire à Louis IT et à deur de ses
tièËest - [ quelle époque saint Louis gouverna-t-il lui-mème? -
-
Èiitôi connaitrri son caiacière, d'après Voltaire. - Quel a été son his-
torien et son ami? - Puurquoi fit-il la guerre à Hugues de Ia l\{arche?
Oir Uenri III, roi d'Angletcrre, fut-il battrt? - Qttelle trève signa-
-t-il?- Ex0osez'et appréciiz le traité d'-{bbeville' - N.immez les tcrti-
toires acquis par saiirt Luuis' - En quelle occasion prit-il la croix? --
ôrelicJ s'ont ies deux croisades faites-après la quatrième? - Pourq_uoi
iiut Louis se dirigea-t-il vers I'Egypté? - Suivez sa marche de Da-
riette a lllansourali. - Comment qriitta-t-il I'Egyptel -.QuP flt-il en
Palestine? Qu'est-ee que les pastoureaur? - Pourquoi saint Louts
ienint-ii en-Frùce? - Quelle firt sa condrtite envers les évèques de
Eirn.ei - enïers le'pape? - Qrre faut-il pcnser de la Pragmatique
sanction?
- Comment baint
Louis traita-t-il les communes ?
- Qne fit-il
nôur parisr - Quel hospice a-t-il fondé? - Qu'est-ce qu'Etienne Boi-
fbaiir- : 0 o'an p-elle-t -on' guar antaine -le -r oy eL asseuiement ? - 0ù
-grands
furent étaÙlis jês quatre baillis? Qu'est-ce que Ies enllues'
liirr royauæ? i Racon-tez la huitième -croisade. - Faites conttaitre
ii mort iie saint Louis. - Donnez les principales dates de soncastllle. règ.qe'
3. Itevoirs à rédiger. - Raconter.la régence de Blanche de
les deui croisades de saint Louis, - Raconter le règne de
--Riconter
saint Louis et apprécier son gouYernement.
DEITIPPE III LE HÀNDI. $t

v
PEILIPPE IV LT BEL. - I.ES DERNIERS
CAPÉTIENS I'IRECTS
(1270-18S8)

rEçolr

l. Dhilippe III le f,ardi. - Philippe III te Hardi tourna les


forces de'lâ l'rance vers I'Italie ef vers I'Espagne-.Pour-v-enger
le massecre des Vèpres siciliennes, il ottaqua Pierre lll' roi
d'Aragon. qui avait-secondé les Siciliens, et mourut au retour
d'une-cxpéd
- ition in fru ctueuse.
â. rnir'ippe IY le BeI (1285-1314).- Philippe IV-le Bel fut le
roi des léàistes et I'eunèrni de toirt ce qui pouvait enl,raver Ie
desootismi. [l conquit Dar ruse la Guvenne sur'Edouar6 1or, roi
d'Ahgleteme, et fut^obli'ge de la rendré, eauf les pays baignés par
la Dôrdosne. Il usurpà la Flandre, se I'ossura par la victoire
de Furne"s. Ia perdif par la cléfai[e de Courtrài et ne garda
oue le pavs en Tecà de-la Lvs.
' S. netêies de Puilippo lo E'el et de Boniface VIII. Ce roi eut
-
de lones démêlés aveCle rrape Boniface VllI. Il établit Clément V
à Avision et sarda la pabaïté Eous 8a main pour en faire I'in-
strurûônt dc e-es volontês.-ll fit arrêter les Templiers pour les
dépouiller. obtint du pape et du concile de Vienne I'abolition
dc'leur ortire et les fit pôrir sur le bûcher.
4. Gouvernement de fninppe le Bel' - Ses légistes portèrent
de rudes coups à Ia féotlalité : par Ia création d'une nouvelle
pairie, il réddisit à n'ê[re gu'un tiire cette haute dignité féotlalg;
^par td constitution du erand conseil, du parlement et de Ia
ôhambre des comptes, ileut dans sa main-toute I'administra-
tion du roy&ume;-par'la convocation des prcmiers états géné-
raux (t302), il aduiit le tiers état à connaître les affaires géné-
rales.
5. les derniers oapétiens direots. Les trois fils de Philipp-e
le Bel, Louis X Ie Hutin, Philippe V- le Long et Charles IV le BeJ'
réenèient iusgu'eu t328. A ceitè époque, la dynastie des Capé-
tidns direcis fli ptace ri la dynastie-deË Capétiens Valoie.

RÉCIT

1. Philippe Ie Eard.i (l270-t285).


- Le nouveau roi'
Philippe le Hardi, rcvint de Tunis, molade et presque mou-
r&ntr èt déposa dans les taYeû,ux de Sainl-Denis oilq ter-
cueiis royeux. Il hérits, de son frère Jeanr comte {e Valois'
et de son-oncle Alphonse, comte de Poitiers et de Toulouse.
Il hérita même dé In Navsrre, en marient son tls Philippe
156 EISTOIRE DE FRÀNCE.
evec le ûlle du comte de Chempegne, qui possédait 0e
royeume. Ainsi agrandie ou midi de la France, la royouté
tourna ses regards vers I'Italie et I'Espagne.
2. Charles d'AnJou à Naples. Charles d'Anjou,
comte de Provence, avait conquis Naples - et la Sicile, avec
I'appui du pape. II vainquit et ût décapiter son oompétiteur,
le jeune Conradin, héritier des empcrcurs d'Allemagne, et
contint ses sujets par la terreur. Les Siciliens, accablés
d'impôts, étaient prêts pour un soulèvement; il éclata à
Palerme le lundi de Pâques 1282. Un Français insulta
une jeune fille de lB, noblesse que son ûancé et sa famille
conduisaient à l'église; il tomba mort, et la foule fit
main basse sur les étrangers, Les Vêpres de Palerme fu-
rent imitées dans l'île entière, qui se donna au roi d'Aragon,
Pierre III.
3. Erpéd.ition d'Espagne.
- Le papePierre,
Françtis de naissance et de c@ur, excommunia
Martin IV,
le dé-
clara déchu du royaume d'Aragon, et donna ses dépouilles
à Charles de Valois, second lils de Philippe le Hardi. Le roi
de France partit pour I'Espagne &vec une grande armée, prit
Elna, échoua devant Gironc, perdit sa {lotte dispersée par
I'amiral aragonais Roger de Loria, ct repassa les Pyrénées,
porté sur un brancard, sous une pluie battante, à la tète de
chevaliers malades comme lui. Il expiro à Perpignan, lais-
sant trois lils : Philippe IV, déjà roi de Navarre par se femme;
Charles, comte de Yalois ; Louis, comte d'Evreux. Sous ce
règne, le roi s'attribua pour la première fois le droit de con-
férer des lettres de noblesse.
4. Philippe IVle Bel (1285-1314). Philippe IV
- ligure belle
avait dix-sept ans. C'éteit un jeune homme d'une
et froide, et d'un caractère taci[urne. Il ne fut ni roi fainéant
ni roi chevalier. Il s'entouru de légùstes, qui lui apprirent la
théorie du pouvoir absolu. Comme il ne voulait pas morceler
son royeume en constituant des apanages, il avait besoin
d'une armée d'agents salariés, prévôts, baillis, sénéchaux,
gens de justice. Comme il voulait poursuivre une politique
envahissante, il lui fallait, poyer les princes allemands contre
I'empereur, séduire ceux qu'il ne pouvait pas vaincre. 0r les
impôts réguliers cl permanents n'étaient pas encore établis ;
la couronne ne possédait que les toxes féodales, toujours mé-
diocres ct souvent précaires, et ses propres revenus qui se
montaient à six mille livres tournois. Aussi I'argent futil
PEITIPPE TV I,E BE[. I5?
I'objet incessant des machinations du roi et de ses légistes :
Philippe le Bel fut un spoliateur.
Son père lui ovait laissé à continuer lo guerre d'Espagne ;
il la continua mollement. Ses ormes furcnt vaincues sur
tene et sur mer, et il ne put ni conquérir I'Aragon pour son
frère, ni reprendre la Sicile pour Charles II d'Anjou, son
cousin. C'est pourquoi, malgré la papauté, il signa avec
Alphonse d'Ara6:on la paix de Tarascon ({291), qui laissait
la Sicile aux Espagnols et I'Italie méridionale aux Ange-
vins. Cette puix, conûrmée à Anagni, fut rendue déJinitive
en {302.
5. Affaires d.e Guyonne et de I'landre. - Phi-
lippe employa plus volontiers toutes ses forces à des con-
quêtes utiles, faites en deçà des frontières naturelles de la
France, et qui donnaient tout ensemble satisfaction à son
ambition et de I'argent à son trésor.
Lo Guyenne appartensit à Edou&rd I", roi d'Angleteme.
Philippe pro{ita d'une querelle obscure, qui avait éclaté à
Bayonne entte motelots anglais et français, pour demander
satisfaction. Par une convention, il occupa les placcs de
Guyenne, puis refusa de les rcndre et décltrra Edouard félon
et privé de ses liefs pour n'û,voir pes comporu en pcrsonne
devant la cour du Parlement. Le roi cl'Angleterre résolut de
se venger, et s'allio avec le comte de Flandre : la Flandro,
en effet, avait besoin des laines onglaises pour alimenter ses
métiers, et I'olliance des deux pays. fondée sur I'intérêt, ne
put être ébranlée par I'argent du roi de France. Ne pouvant
séduire le comte, Philippe le trahit ; il I'attira à Paris, le
retint prisonnier au Louvre Dvec s& famille, et marcha aus-
sitôt vers le nord. Il battit les Flamands à Furnes, prit, tout
le comté et y mit pour gouverneur Jacques de Châtillon.
Pour conquérir, il avait tout promis : privilèges municipaux,
libertés civiles et politiqucs, exemptions de tuxes. Après la
conquète, il oublia ses promesses, visita la Flandre pour
pùsser en revue les richesses de ses nouve&ux sujets, et le
gouverneur commença à les dépouiller. Bruges s'indigna, se
souleve à la voix du tisserand Picne liænig, m&ss&u&'sa
garnison franqaise, fuù imitée par les autres villcs, et la
Flandre fut perdue pour Philippe, perce qu'il avait mieux
aimé lo tyranniser que la gouverner. Une armée de quarante-
huit mille hommes, sous Ie commandement du connétable
Rooul de Nesle et du comte Robert d'Artois, partit pour la
I58 HIS?OIRE DII FRANC
reconquérir, et fut battue à Courtrai (1302). C'est lo pre-
mière grande défaite des cheveliers par les bourgeois. Phi-
lippe passn deux ans à préparer le vengeance, et le prit à,
Mons-en-Puelle (1304). Mais, le lendemein deso victoire,
quaronte mille Floms,nds vinrent lui présenter la bataille. Il
céde à cette obstination : prr un traité, il rendit la liberté
aux enfants du comte Guy, et ne garda que le pays en degà
de la Lys. Dès 1299, par la peix de Montreuil, il avait rendu
la Guyenne à Edouard Ie'. Ainsi il était vaincu en Guyenne
et en Flandre : c'est qu'il avait entrepris une lutte difficile
avec la popauté.
6. Différend de Philippe le Bel a,vec Boni-
face VI[I.
- Le clerg6, indépendant por sa richesse et par
sa juridiction, devait
exciter la convoitise
de Philippe et porter
ombrage à son des-
potisme : il fut atta-
qué. Pendan t la
guerre de I'landre,
le roi établit un im-
pôt universel qui pe-
sait à la fois sur le
licrs état, la noblesse
et le clergé. Le pape
IJonifrce VIll le me-
nega d'excommuni-
cation, et le roi em-
prisonna le légat du
Lo chùteau dcs papes à Avignon. Saint- Siùge et fit
brriler la bulle du
plrpe; puis il assemblo pour la. première fois les états géne-
ruuæ 11,,302), composés des trois ordres, pour s'a,ssurer I'ap-
pui de la nation et faire échec au concile convoqué par le
chef de I'Eglise. Il lit plus: le chevalier Nogaret et I'exilé
italien Sciarra Colonna,, à la tête d'une troupe soudoyée,
envahirent Anagni, où était le pape, dispersèrent ses gardes,
chussèrent ses cardinaux, et lui prouvèrent que, selon I'ex-
pression du légiste Pierre Flotte, si sa puissance était uer-
bale, oelle du roi était rë,elle, Le pontife fut arraché de sa
chaise, tru.iné à terre et frappé au visage; il mourut peu tle
jours eprès cette seène de violenc,e (1303).
PEILIPPE TV LE BEL. I$9
T,Ttapapauté àAvlgnon (1309).
- Benoit XI, son
successeur, ne régna que quelques jours, et les intrigues de
Philippe empêchèrent pendant tleux ans toute nouvelle élec-
tion. Enfin on choisit Bertrand de Goth, archevêque de Bor-
deeux, qui devint le serviteur du roi de France. Le nouveou
FÊpe, qui prit le nom de Clément V, ne pesse pas les Alpes,
et, après avoir emé pendant quatre ans dans leLanguedoc ct
la Guyenne, il s'établit à Avignon, domaine des papes depuis
le règne de Philippe III (1309). La papauté allait y rester
soixante-dix ans, loin de Rome, sous la main de Ia France,
dans le capti,uùtë ile Babylone,
8. Abolition de I'ordro des Templiers. - L'his-
torien Villani a raconté que Bertrand avait promis à Philippe
dans une entrevue nocturne au fond de la forêt de Saint-
Jean-d'Angely, I'absolution, la dîme des biens du clergé, la
flétrissure de Boniface, la nomination de cardinaux français
et I'abolition des Templiers. Il est prouvé que I'entrevue
n'eut pas lieu; mais Clément V n'en fut pas moins soumis
aux volontés du roi de France. Les Templiers étaient accusés
d'hérésie et de débauches; mais leurs principaux crimes, aux
yeux d'un prince spoliateur et despote, furent sans doute leurs
richesses et leur indépendance. En 1306, les Templiers evaient
donné dans le Temple un refuge au roi contre son peuple
soulevé, et lui avaient prêté de I'argent contre ses ennemis'
Nul ne pouvait ètre impunément le protecteur et le banquier
d'un tel homme : la perte de I'ordre fut décidée. l\fais que]le
habileté pour saisir ces puissants chevaliers ! Qrrelles combi-
naisons précises etquele{frayant secret I Le l2 octobre 1307,
le grand maître Jacques de Molay fut invité aux obsèques
de la belle-sæur du roi. Le lendemain t3 octobre, les
Templiers et le grand maître lui-même furent anêtés par
toute la France. Clément V accorda au roi la permission
d'instruire leur procès, et les chevaliers, jugés par tles
commissions de légistes, furent torturés. Le concile de
Vienne abolit I'ordre ({3f l), et le grand moî[re périt sur le
brl.cher en 13{ 4, en citant, dit une tradition populaire, le
pape et le roi à comparaitre dans I'année au tribunal de
Dieu.
9. Administration. Les légistes. Philippe le Bel
- des légistes,
s'inspira dans son gouyernement de la doctrine
c'est-à-dire des hommes qui avaient étudié les lois romaines.
Ces lois qui venaient d'être retrouvées établissaient Ie sou.
160 BrsTotRE DE rnANcB.
veraineté absolue du. monarque. Eiles déclaraient que
la vo-
lonté de.l'empere_ur était la lài suprême. philippe rË g.i
noo-
lut appliquer à la France ces théories faites'uot.etoi, poo,
I'empire romoin. Le féodalit6 sueit trouver dans les légistes
des rivaux persévérants et, implacobles qui ra rooÀiôf;t
pouvoir royal.
,o
_ 4idé de s-es légistes,.pig.*. Flotte, Guillaume de Nogaret,
Guilloume de Plasian, le Florentin Érancesi, les deuxT.e.r,
-tofr,
I\farigny,.tou! 9.11, dT pelple, cnevatteis i,
comme ils s'appelaient,T,*pu1
il fonda-l'ordrô administraiif, et
porta de rudes coups-.à la féodslité. philippe te uarai avait
facilité aux roturiers.l'acauisition des biens'fooaaui;ii avait
même donné la noblesse à son orfèvre Raoul, p*. i.it... pu-
tentes : greve innovation
_qui substituait la volonté .oyïle
aux privilèges du sang. le Bel allo plus 1oin.
En {297, pour détacher de fFilippr
I'alliance an8laise Ie duc de Bre-
tagner.il le *éa çtair d,e France, oinsi quàRobert, comtedl^q.r-
tois-, et charles, comte de velois. En nommant des pairs,
il
se donnait, non p&s des.égaux en puissance, mais des sujets
plus attachés. Le pairie, la pluJ haute dignit6 tooaatc au
roy&ume, devint un titre.
10. Constitution du parlement.
Parlement avait été une cour toute féodale, - quiJusqu'alors le
rrË .'u.r.*-
blait ni à jor]. Iixe, ni dans un lieu détermine, et qui ne pou_
vait plus suffire à la variété dc ses fonctions; it r"t subdivisé
en trois conseils : le grund conseil ou conseii étroit. qui nré-
parait les lois er, discutait les questions politiques, 'le pàrk-
ment, q_ui centralisait à Paris I'administiation de ia justice,
el la chambre des comçttes,..cour suprême des finanËes, qui
recevait les comptes des liaillis et dès sénéchaux, et en or-
donnait I'emploi.
Prilippe le Bel ordonna que le parlement proprement dit,
ou cour de justice, serait sédentaire et qu'i[ sereit divisé en
chambre des enquétes pour instruire les prôcès, gr:and'chambre
po1.r lel.plai-der, chambre d,e_s requétes pour iei;.rger ; ainsi
le féodalité allait pcrdre un de ses droits les plus"iriportuntr,
le droit de rendre la justice.
11. Convocation d.es premiers états généraur.
- Le tiers état aima ce[te administration, malgt ,.ruIo.r,
tyranniques, et il donno au roi son concours empressé toutes
l:s fois qu'il fut consulté. En t302, philippe, .Ë t.oo"ooi"n
danger per se lutte avec Iloniface VIII, en iplelo àses sulets
LA tol gAtIouB. {6t
et convoqua les états généraux, composés de trois ordres I le
clergé, la noblesse et le tiers état. C'était la première fois que
les Capétiens demandaient aux t'ronçais leur approbation et
Ieur appui. Le tiers c le supplia de garder le souveraine
franchise de son royeume p. En 1308, les états se proûon-
cèrcnt énergiquement contre les Templiers et firent entenilre
une requête meneçente contre le clergé. En {314, ils votèrent
les impôts extraordinaires demandés par le roi. Les nobles
se soumirent plus diflicilement à ce gouyernement fiscal,
auquel ils n'avaient point de part, et, en t3t8, ils formèrent
une confédération contre Ie roi. Philippe mourut au milieu
de cette crise. Comme tous les hommes qui établissent un
pouvoir contesté, il avait donné à la justice les apparences de
lo vengeance, compromls le droit par la violence, et feitcom-
mettre à I'autorité publique les méfaits d'un gouvernement
usurpateur
12. Lrouis X le Eutin (t3t4-{3{6). Les règnes des
troistls de Philippe le Bel sont obscurs.- Sous Louis X le
Hutin, il y eut une sorte de réaction féodale. Sous I'influence*
de Charles de Valois, oncle du roi et chef des seigneurs, les
ministres roturiers du feu roi furcnt emprisonnés, exilés ou
dépouillés; le surinl,cndant des linnnces, Bngucrrand de I\,Ia-
rigny, fut pendu au gibet de l\Iontfaucon, qu'il avait fait
construire. Toutefois, le roi fut obligé, commc son pèrc, de
recourir à la fiscalité. Dans une fort bcllc ordonnance
de 1315, il déclaro que tous les hommes de France dcvaicnt
ëfte francs de fait comme dc nom, et il força les serfs de la
glèbe à racheter leur libmté à prix d'argcnt.
13. La loi salique. Louis X mourut ne laissant
qu'une ûlle; lo reine mit -au monde quatre mois après un
fils nommé Jean, qui ne vécut que huit jours ; Philippe, comte
de Poitiers, frère de Louis, s'emp&ra de Ia couronne en ollé-
guant la loi, salique. Cel,te loi était une coutume des Francs
qui écartait les femmes du droit de posséder des temes don-
nées par un chef sous condition du service militûire. Les lé-
gistes affectèrent d'établir entre Ie royeume de France et la
tene bénéficiaire une paritô qui n'existait pas.
14. Phifippe V le Long ({ 3l ô-1322).
- Le nouveau
roi convoqua trois fois les états génér&ux, dépouilla les juifs
et persécuta les lépreux pour s'emparer des richesses que ces
malheureux tenaient de la générosité des fïdèles. Les légistes
lui inspirèrent de meilleurs a,ctes. c Le roi, dit Guilloume de
162 EISTOIRE DE TRANCE.
Nangis, ordonna qu'il n'y erlt dans toute la France qu'une
seule mesure pour le vin et le blé, ainsi que pour toutes les
denrées : il voulait aussi qu'il n'y eùt qu'une seule mon-
naie. r Cette pensée d'établir I'unité des poids et mesures
date de 1321,; elle ne fut mise à exécution que pendant la
Révolution frangaise : les réformes les plus simples sont les
plus difliciles à faire. Philippe V mourut ne laissant que des
filles, ei son frère Charles lV lui succéda en vertu de la loi
salique, récemment appliquée.
15. Charles IV le Bel (1322-t 328). - Le vrai roi,
c'était le Parlement de Pnris. Un seigneur gtscon, Jourdain
de I'lsle, Iit l'épreuve de son pouvoir. Il était de haute nais-
sance et neveu du pape Jean XXII; il avait accumulé les
menrtres et les brigondages et reçu plusieurs fois son pardon.
Un huissier du rni vint le trouver, Jourdain le tua. Il fut
cité en jugement et vint à Paris, entouré d'un brillant cor-
tège de comtes et de barons, ses amis. Messires du Parlemenl
ne le condamnèrent pas moins à mort, et, la veille de la
Trinité, il fut traîné à la queue des chevaux et <t pendu ou
commun patibulaire )) . Charles mourut, De laissant
qu'une lille, Ainsi s'éteignit cette lignée de princes, tous
dans la fleur de l'âge. La malédiction de Jacques de Molay
était sur eux.
16. Etat de la France à la fl,n des Capétiens di-
rects ({328). AvecCharlesIV disparutla famille desCapé-
-
tiens directs qui occupait le trône de France depuis 987. Cette
dynastic, qui avait compté plusieurs souverains remarqua-
bies, laissait dans le royaume tous les éléments d'une puis-
sa,nse formidoble, une royauté bien ossise, une noblesse
guemière, un peuple nombreux. Par I'acquisition de plu-
sieurs provinces, le roi avait augmenté sa puissance; par'la
méation de I'ordre administratif, il avait étendu sur tout le
tenitoire son autorité directe I par I'installation du pape à
Avignon, il s'était assuré I'appui encore solide du pouvoir
spirituei. La noblesse, malgré la réaction tentée sous Louis
lè Hutin, perdait sâns cesse de sa turbulente indocilité ; elle
craignait le roi, si elle ne lui obéissait pas toujours : elle
n'osait plus piller le peuple, tout occupée.à défendre ses
droits féodaux contre I'esprit de chicane et I'habileté perlide
des légistes. Forte encore per son nombre, sa vaillancer son
amour des combats, elle pouvait être, entre les mains d'un
roi qui soureit lui imposer le discipline, un admirable ins-
TES DBRNIERS CAPÉTIENS DIRECTS. {63
trument de conquôtes. L'Eglise était, comme la noblesse,
respeetée, et elle mettait ses revenus, comme son autorité
morale, au service du roi. Le peuple aussi prospérait : rendu
libre par les chartes d'nfrranchissement, nombreux per une
longue paix intérieure, riche par I'industrie et le commerce,
soumis per son alliance intime et séculaire tYec la royauté,
il ne demandait &u gouvernement que la sécurité du
travail.
La guerre de Cent ons allsit arrêter les progrès de Ia
société frangaise, et I'incurie des Volois devait précipiter notre
pays dans les elfroyables désastres de I'iuvasion anglaise.

IECTURE.
- Leg légister.
A la fin du treizième siècle, la rovauté avait à sa disposition' sous
les noms de sénéchaur, baillis, prévôts, etc., de véritables magistrats'
Souvent, il est vrai, ces magistiats ne jugeaient pas seuls I ils 3.ppe.-
laient qûelques homhres du lièu à rendre avec eux le jugement. C'était
là un sbuvénir, un reste de I'intervention judiciaire de la société. Ces
asseiseurs accidentels des magistrats, qu'on appelait iugeuts,..1en-
daient mème, en certains lieux, le jugement vérttable, et le batllt ne
faisait guère'que le prononcer. Pèndant quelque temps se rcunirent
ainsi. a"utour des baillis. de petits possesieurs de lieÏs, des cheva-
liers'qui venaient remplir des fonctions de jugeurs' -Les baillis eur-
mêmei furent d'abord il'assez grands possessèuis de fiefs, des barons
de second ordre. gui acceptaient les fônctions dont les grauds barons
ne se souciaient'plus. Mai's, au bout d'un certain temps, par I'incapacité
des anciens posiesseurs de fiefs, par leur ignorance. par .lcur goùt
ercessif pour- Ia guerre, la cltass-e, etc., ils laissèrent éch;tpper ce
dernier dê'bris du pôuvoir judiciaire; et à la place des juges-chevaliers,
des iuges tcotlaux. se forma une classe d'hobmes uniqrtement occupés
d'étudier soit les coutttmes, soit les lois écrites, et qui peu à peu, à
titre soit de baillis, soit de jugeurs associés aux baillis, restèrent à peu
nrès seuls en possession de iadministration de la justice. Ce fut la classe
iles lC.qisles;'et après avoir été pris quelque temps, en pa.rtie du moins,
dans Ié clergé, ils'flnirent par sôrtir, tous ou à-peu $rès tous, de la
bourgeoisie.
Un"e fois instituée de la sorte, en possession du pouvoir judiciaire
et séparée de toutes les autres, Ia classe des légistes ne pouvait man-
quer'de devenir, entre les maihs de la royauté, un instrument- admi'
iable contre les'deur seuls adversaires qu;elle eût â maindte, I'aristo-
cratie féodale et le clergé. Ainsi arriva-t--il, et c'est sous Philippe le Bel
gu'on voit s'engager a"vec éclat cette grande lutte qui a tertu tant de
rilace dans notre histoire. Les légistes y rendirent, non seulemenI au
lrône, mais au pays. d'immenses-services; ear ce fut un immense ser-
vice que d'abolii,'ou e peu près, dans le gouvernement de I'Etat, le pou-
voir féodal et le pouvoir ectlésiastique.
Gurzoi, Histoi,re de la ciuilisation,
tô{ EISTOIRE DE TRANCB.

EXERCICES ONTUX BT ÉTRIlg

, f. ErpUoation des mots. - Perpionan, préfecture des pvrénées-


Orientales.
- Courtrai, .Mons-eit-)Puel[e,' Furnes, villes Te Bet-
gique. ancienne province qui a formé jes départements
- Champagne,
des Ardennes, de I'Aube, de la [Iarne et de la Haute-Marnè. _ Na-
uar.ret province de I'Espagne. AngouVme, préfecture de la Cha-
rente. -
3. Ouestiounaire. par phirinne III
le Hardi.? - Quels sont les héritages faits ôuelles
Qu'est-ce que les Vèpres sicilien"nei ?
les tonséquence.s
- - eri'furent
? -. Racorrtez. I'eipéd ition.de t,lrilippe Ill en Espagne.
Donnez les dates de son avènerienl et de sa moi[.
-
caractère de lhilippe lY le Bcl? - Ouel étaït le
fi'y avait-il pas contrast-e eutre son
ambition et ses ressources ? -
Comnrent se teimina Ia guerre d'Es_
pagne? -
Pourquoi Philippe voulut-il s'emparer de la ôuvenne ? _
-
Sous quel prétexte? Par quels moyens? jDounez la cauie de I'al-
-
liance entre la Flandre et I'Anglel,erre.-- Comment philippe lV occupa-
t-il Ia Flandre? Comment Ia traita-t-il ? Comment'fut-elle per-
due? - -
Donnez la date et le résultat des bataiiles livrées aur lila-
mands. - Quelles furenI les clauses des traités conclus avec Edouartl ler
-
et Guy de Flandre ? Quelles étaient les causcs d'hostilité du roi
contre Je plpc ? * -
Raconte.z s_es lipports avec Bonifrcc VIII.
fut le deuxiènte successeur de Boniface? 0ù s'établit Clément - V?-
Quel

Pourquoi Philippe voulait-il I'abulition de - I'ordre dcs Temnliers ?


Comment furelt-ils arrètés ? Quel est le concile qni dbolit leur -
ortire ? -
Quel fut le sort du grand maltre ? Donnez les noms des
-
principaux ruinistres de Philippc te Bel. -
Quels sont les pairs créés
penscr rjc- cettc innovalion ?
sous ce règne ?
- Quedufaut-il
sonI les trois conseils parlement féorlal ?
0uels
Qnels ôlrient -les ienti-
ments du tiers état pour Philippe le llcl? - Qriand furent convoqués
les premiers états généraux ? - les sentimeuts des noLres
pour Ie roi ? - Quelssurétaient
Donnez un.jugement I'hilippe Ie Bcl.
dates de son -règne. Quels sont les trois {ili tlc philinne - I)r.inciorles
le Bel'?
-
Quel fut le sort d'Enguerrand de llarigny? -
Faites i'onrraitre I'or-
donnance de t315. Qu'est-ce
-
qrre la loi salique ? en fut
- - -de philinne lale
Quelle
première application?
- Indiquez les faits ân rèsne
I:on_g. -: Quel élait Ie vrai roi sous Charles M : Quel fut Îe sort
de Jourdain de I'Isle ?
3. Ilevoirs à rédiger. philippe
avec la Flandre. - Erposer
Raeonter
les relations de Ie Bel
la lutte de philinpe le Bel êt de Boni-
face VIll. - philiririe
- Brposer I'administration de le Bel. Exuoser
les principales applications de la Ioi salique souj Ies trois -fils de'i'hi-
lippô le B'el.
CHAPITRE IV
LI ÊUENNE DE CElIT AIIS
(13e8l{53)

PEILIPPE vI DT VAI,OIS & JTAI{I I.E BON


(132&r36{)

rEçoN
t. Philippe TI ite Valois. Philippe VI, chef de la branehe
des Valoià. parvint au trône- en veriù de lh loi salique. Il fut le
roi des geirt'ilshommes, et, avec une armée féodalei il alla ven-
ger à Caésel, sur les bourgôois llamands, le désostre de Courtrai.
- l. &uerre he Cent ans. Ùéfaite rte Créoi (t346). Le chef de la
- à son tour en
démocratie flamande, Jacques Àrteveld, Beveûgea
opposant à Philippe Edouard III, roi d'Angleterre, qui com-
nieïça la guerre iid Cent ans. Vainqueur à Cré-"cy, Edouârd s'em-
para'de c[tais.
- Malheurcux ûrr la suerre. par la peste. par I'excès des im-
pôts, les Franêais virËnt nriii triste-ment'cle règne commencé
àvei un faste si chevalcresque.
3. Joan lo Boo. Itéfaite de Foitiers (1356). Jean le Bon, rapace
et prodiguc, gaspilla les finances,' s'attira - I'hostilité du roi de
Naiarre,-Châri'es le Mauvais, et ne sut pas se servir des grundes
ressources gue mirent à sa disposition les états généraux
de t355: iI fuf battu et fait prisonniôr à Poitiers par le princ-e Noir.
{. Etienne [arcel et ta réïolution parisienne. -] Àlors la F-rance
tomba dans le désordre. La bourgcoisie de Paris, dirigée par
Etienne Marcel, revendiqua des réfôrmes et perdit sa ceuse par
la violence: lés navsanà ûrent dans la Jaiquerie une abomi-
nable quemô a ta irobtcsse:boJ.rrgeois et pa-ysairs furent vaincus.
5. Tiâité de Brétigny (1356).
Brétigny, et ne revint en France- iean signa le désastreux trail,é dc
que pour aliéner Ia Bourgogne

nÉctr

1. Philippe de Valoig ({328-1350). - Lorsque la


yeuve de Chorles IV eut mis au monde une fille, Philippe'
comte de Volois, régent de France, devint roi. Le jeune
Edouard III, roi d'Angleterre, petit-ûls de Philippe le Bel
r05
t66 EISÎOIRE DE FNÀNCE.
psr- se mère Isa_belle, réclama velnement la couronne. Le
Parlement et I'université déclarèrent que les femmes ne
pouvaient succéder, et qu'Isabelle, nàyant &ucun droit,
g-'a-vgit pu el transmettrè &ucun à son ûls. philippe de
Valois, petit-tls de Philippe III, le plus proche purônt ae,
derniers rois en ligne directe et masiulinô, fut prïclamé en
vertu de la loi salique. Il alla aussitôt sâ tuiù sacrer en
grande.po-mp_e à Reims, désintéressa Jeanne d'Evreux, flle
de Louis le Hutin, en lui rendant la Nava*e et se prépara à
illustrer sa royauté par quelque belle prouesse miliiaire.
2. Guerre de Flandre. BataiU-e ae Caseel. _ Le
comte Louis de Flandre venait d'être chassé par ses ter-
ribles sujets, les bourgeois des grandes communes de
Bruges, Ypres, Gand et Courtrai. Il vint demander ven-
geance à son suzerain, qui promit tout. L'avis unanime
des barons fut qu'il- follait punir cette ribaud,aùIle rebelle,
ennemie des gentilshommes, et qui possédait tant d'or,
orgent, joyaux prégi_qux et belles pièces de drap. pour la
noblesse, toute expédition dans ce gros puy, de Flandre
était une affaire d'honneur et une bonne affaiie. Les lovaux
bourgeois de I'Ile-de-France et de la champagne olfrirent
leur secours; le roi refusa ces bras roturiers ét ne voulut
des communes que leur argent. seize mille Flamands. cui-
rassés comme des chevaliers, étaient retranchés sur le mont
de cassel; ils se croyaient si srlrs de vaincre, gu'ils avaient
élevé sur.la porte de la ville un immense coq de toile peinte,
avec ce déli :

Quand ce coq chanté aura.


Le roi trouvé ci entrera t

Les F'rançais se mirent à incendier les villages sans atta-


quer.le A la vue de leurs biens qui sien allaient en
-cemp.
!umée, le sang tnudùrx Flemands; leurïhef, Colin Z*nne_
kin, bourgmestre de Bruges, <'hardi hommb et outrageux
durement, > alla reconnaître le quartier ennemi, déguiÈ6 en
marchand de poissons et mena les siens à I'attaque des
Frangais, ( qui s'esbattaient en leurs belles robes >. Le roi
fut surpris et se sauv& pour s'a.rmer, mais les comtes de
Bar et de Hainaut soutinrent I'elfort de cette bande de tau-
leegx furieux; toute la cavalerie accourut et perça à coups
de lances la pesante infanterie écrasé.e sous le- poids de ses
trmures; treize mille Flamands reÂtèrent morts en trois
PEITIPPE VI DE VALOIS. IO?
gtos monce&ux. Les filsdes vainqueurs de Courtrai
n'avaient pas demandé de quartier, et les fils des vaincus
n'en avaient point fait. La Flandre resta pour quelque temps
sous le dur gouvernemcnt du comte Louis'

ÀITOLETERRE

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GUERR[,
DE CEi{T AN
I 337-l d53
;;;-Ï
3. Gommencement de la g:uerro de Cent ans
(1337). A son retour, Phllippe regut I'hommage
d'Edouard III, comme duc de Guyenne, dans la cathédrale
d'Amiens, et se livra à des fêtes cofrteuses que payaient
d'intolérables exaetions. Robert d'Artois, exiié commc faus-
saire, allo exciter I'ambition du roi d'Angleterrel Jacques
Arteveld, le grand brasseur de Gand, le supplia de passer le
détroit et le fit reconnaître par les Flamands comms roi
légitime. L'amèstation des marchands anglais qui venaicut
vendre des laines en Flandre f.t éclater la lutte. Les lords,
168 EISÎOIRE DE I'RANCE.
dont les laines formaient toute la richesse, étaient ruinés, si
le marché de Bruges leur éteit fermé. Les artisons de
flondre, dont le tissage était le principale industrie, étaient
ruinés si les laines anglaises ne venaient plus alimenter
leurs métiers. < Toute Flandre, dit I'historien contemporain
Froissard, est fondée sur draperiel or, sans lainer on ne
peut draper. > Aussi, lorsque Philippe eut ordonné au comte
Louis de fermer ses ports aux Anglais, le mécontentement
des bourgeois flamands fut terrible, et ils s'abandonnèrent
aux conseils tl'Arteveltl, Ie compëre d'Edouard III. Alors,
I'Anglais, prenant le titre de roi de France, délio Phi'Iippe
d.e Vo,Iois, et partit pour conquérir son royoume. Vaingueur
à la bataille navale de I'Ecluse (t340), il essaye en vain de
marcher sur Paris, et fit une trêve.
4. Suecession de Bretagne ({ 34t'), - L'année sui-
vante, la mort de Jean, duc de Bretagne, lui donna de nou-
reaux alliés; comme Philippe soutenait les prétentions de
Charles de Blois, son parent, Edouard se déclara pour Jeen
de Montfort, frère du dernier duc : alors commenga cette
longue gueme de Bretagne, qui causr tant de maux, vit
tani de prouesses et fit naître tant de héros. Après l'heu-
reuse défense d'Ilennebon pûr Jeanne de Montfort, les deux
rois signèrcnt une trêve à Malestroit ({343).
5. Bataitle de Crécy (1346). - L'exécution du sire de
Clisson, capitaine breton des ports anglais, ranima la guerre.
Edouard s'emborque pour la Guyenne, que Jean de France,
tls du roi, menagait, lorsqu'il fut repoussé dans la Mancbe
per un coup de vent. Geolfroy d'Harcourt, un des compa-
gncns de Clisson qui avaient échappé à I'ét'hafaud, lui con-
seilla de descendre en Normandie. Les Anglais débarquèrent
à Saint-Vaast, prirent C&en, échouèrent devant Rouen,
remontèrent la rive gauche de la Seine jusqu'à Saint-Ger-
main, et brùlèrent tout le pays. A I'approche de Philippc'
ils traversèrent la Seine, forcèrent le passage de la Somme
eu gué de la Blanchetache, et s'anêtèrent sur les hauteurs
de Crécy en Picardie. La chevalerie française arriva en dé-
sordre, toute à I'avant-garde; elle chargea, sous une pluie
battante et au milieu de la boue, une infanterie bien repo-
sée et bien postée, pûssû brutalement sur le corps de ses
auxiliaires génois, fut atteinte par les cunons et ôomÔordes du
roi Edouard, et eulin se fit battre à force d'indiscipline et de
témérité (26 aorit {346).
JsÀN Lh) BoN. f69
6. Prlee de Calats (f 3f?). La victoire de Crécy
donna Colais à I'Angleterre I cette- ville, ossiégée pendant
un &n, défendue par le couruge de son gouyerneur, Jean
de Vienne, et I'obstination patriotique de ses habitants, fut
enlin forcée de se rendre, lorsque les bannières du roi de
France eurent disparu à I'horizon. Edouard, furieux d'une
si longue résistance, voulait passer au fil de I'épée toute lo
population. II consentit enlin à laisser aux assiégés la vie
sâ.uye, à condition que six des plus notables bourgeois vien-
draient, nu-pieds et la corde au cou, lui apporter les clefs
de la ville et seraient livrés eu bourreau. A cette nouvelle,
tout le pcuple fit entendre un lamentable $émissement, et
chacun se taisait, lorsque Eustache de Saint-Pierre vint
s'offrir pour le salut commun; cinq autres suivirent ce géné-
reux cxemple, et tous ensemble partirent pour le camp on-
glais, B,ccompagnés par les bénédictions de leurs .compa-
triotes. A leur arrivée, Edouord ordonna d'aller chercher le
< coupe-têtes >. llais les prières de la reine, Philippine de
Hainaut, obtinrent leur grû.ce. Irlle les habilla, leur donna à
chacun une pièce d'or et les renvoya. Le roi d'Angleterre
expulsn de la ville tous ceux qui lui refusèrcnt le serment, Ia
repcupla d'Anglais, et eut ainsi une porte toujours ouverte
sur le continent. Calais resta aux Anglais pcndant plus d.e
deux siècles (l 347-1 558).
7. Fin du règne de Philippe \If U,317-t 3S0).
Aux malheurs de la guerre se joignirent ceux de lo peste -
( qui bien enleva, dit Froissard, ls tierce partie du genre
humain >, La famine suivit Ia peste, et le peuple, rendu
furieux par I'excès de lo misère, massa,cra les juifs et se livrd
à la folie des flagellants : c'éiaient des fanatiques qui par-
couraient le pays, à demi nus et qui se frappaient à coups
de verges, pour apaiser la colère divine. Enfin le roi, tou-
jours à court, établit de nouveaux impôts et surtout la ga-
belle, ou impôt sur le sel, qui est resté si impopulaire. Le
domnine royal s'agrondit cependant alors du Dauphiné, cédé
par Humbert II, comte de Vienne, à condition que le titro
d,e Dau1thtn serait porté par I'héritier du trône (f 349), eù du
comtô de l\Iontpellier, cédé par Jayme, roi de Majorque.
Faiblc compensation pour de si grands désastres t Phi-
lippe VI mourut peu de jours aprês.
È 8. Jean le Bon (.1850-t964). Altération des
monuaies.
- Jean, dit le llon, c'est-à-dire le l,ibé,rnl,
8131. DR FR. C. COYPL.
I7O EISÎOIRE DB FRANTE.
perce qu'il prodigueit, aux nobles I'argent du peuple, était
chevoleresque par imagination, et violent par caractère.
Vaillnnt comme les trente Bretons, ses contemporains, qui
combattirent avee Beaumanoir sous le chône de Mi-Voie, il
avait la brutalité de Philippe le Bel. Ses premiers actes
trent voir que la défaite de Crécy ne lui avait rien appris; il
autorisa ses barons à ne point peyer leurs dettes, doubla leur
solde, que son père avait déjà portée à vingt-quatre francs
par jour, renouvela la promesse de tolérer les guerres pri-
vées, et institua I'ordre de l'Etoile. Le gaspillage des
Iinances fut au comble : un jour, Ie roi donna cinquante
mille écus à un chevalier, pour la seule raison qu'il était
pauvre. En vain les états généraux, assemblés en l35l,lui
adressèrent-ils de vives réclamations. Il promit des réformes,
et continuo à ne pos peyer ses créanciers et à faire de la
fausse monnsie. En 1350, le marc d'argent valait cinq
livres cinq sous; en t35t, onze livres; en 1352, quatre
livres cinq sousl en 1353, douze livres; en 1354, quatre
livres quatre sous; en {355, dix-huit livres; en 1356, cinq
livres cinq sous; en 1359, ccnt deux livres. < C'est la Ioien
démence, r dit un historien. Quel sommerce atrrait subsisté
&yec une pareille perturbation dans la valeur du métal? Et
quel peuple ne se serait révolté d'indignation contre ce roi
banqueroutier?
9. Charles le Mauvais. Etats de 1355. - Aussi
passionné dans ses vengeances que capricieux dans son
gouvernement, Jeon avait fait mettre à mort le connétable
d'En, et donné sa place au favori Charles d'Espagne. Le
nouve&u connétable reçut encore le somté d'Angoulême, qui
appartenait à Charles de Navame, petit-Iils de Louis le
Hutin. Le roi de Navarre tt poignarder le favori, et Jean
confisqua les apanages du meurtrier. Les capitaines naY&r-
rois, qui occupaient les villes de Normandie, appelèrent les
Anglais : Edouard. III ravagea I'Artois; son tls, le prince
Noir, entra en Languedoc, et romen& à Bordeaux sir mille
charrettes remplies des dépouilles de la provincer s&ns que
le gouverneur, comte d'Àrmagnac, osàt sortir de Toulouse
pour le combsttre ({355).
Il fallait donc reprendre la gueme, et, par conséquent,
convoquer les états pour avoir des subsides. Les députést
dirigés par Etienne Marcel, prévôt des marchands de Paris,
ee montrùrent, pleins tlc rl,ifiance. et réclamèrenù des gersn-
JEAN T.,B BON. I?I
ties contre un gouyernement dilopidateur. Ils obtlnrent lc
formation d'un conseil de neuf membres tir6s des états,
pour assister Ie roi; le répartition des impôts sur toutes les
classes de la population; le droit de percevoir eux-mêmes
les taxes et d'en surveiller I'emploi; la création d'une miliee
nationale; Ia périodicité des assemblées. Jean aecorda tout.
Mais la noblesse, excitée par Charles de Navarre, refusa de
ptyer I'impôt, et le roi, ss,isissant en trahison celui qu'on
appelait Charles le Mauvais, le jeta en prison et lit décapiter
ses conseillers.

Jean le Bon à la bataille de Poitiers.

10. Bataille de Poitiers (1356).


- Le prince Noir
recommençait dans le centre sa fructueuse c&mpegne du
midi. II étuit à Vierzon avec dix mille Anglais et Gascons,
lorsqu'il apprit I'arrir'ée des Frangais. Jean menait avec iui
ses quatre Iils, vingt-six ducs ou comtes, cent quarante sei-
gneurs baronnetsl en tout, cinquante mille soldats. Les
Anglais se tournèrent vers Bordeaux, et furent atteints et
cernés près de Poitiers, sur la colline de Maupertuis. Si les
Français se contentaient d'ottendre, la troupe ennemie était
perdue, la faim ls leur livrait. Jean aima mieux perdre
shevaleresquement la bataille que de prendre I'ennemi sans
combat.Il ordonna à sa gendarmerie de gravir ventre à terre
un sentier escarpé, embarrassé de branchages et bordé de
haies, deuière lesquelles étaient embusqués les archers
Srllois : les cavaliers furent emportés en arrière per leurs
T?I ETEÎOINE DE trRÂNCE.
cheveux efrarouchés. Le prince de Golles descendit alors de
lc colline en bon ortlre. Jean, qui venait, de faire attaquer
une heuteur p&r des cavoliers, mit tous ses hommes à pied
pour recevoir en plaine le choe de la cavalerie anglaise. Le
premier reng fut culbuté; le troisième' que commandsit le
Dauphin Charles, quitta le champ de bataillel le second, ott
étaii le roi evec son plus jeune fils, Philippe, résista. Mais
que pouys,ient les coups de hache de Jean au milieu du
déso.dre et de la fuite? Le roi fut pris, trait6 par son vain-
queur avec une orgueilleuse modestie, conduit à Bordeaux
et trensféré en toute hâte à Londres.

Étieuuc Marcol.

11. Etats de 1356. Étienne Marcel.


- Le roirest,ait
prisonnier, les nobles externrinés ou déshonorés;
était

le peuple ! Il essaya de prcndre en main lc gouvernement et


la défense de la France. Les états généraux se réunirent un
mois après la bataille de Poiiiers; Etienne l\{arcel, prévôt
des marehûnds, et Robert Le Coq, évèque de Laon, les diri-
gèrent. Ils exigèrent la réforme des finances, de Ia jnstice,
de.l'administration, et établirent unc commission de trente-
six membres pour veiller à I'exécution des ordonnances. Le
Dauphin, lieutentnt général du royaume, subissait ces con-
ditions sans les accepter; une fois les subsides obtenus, il
reprit les onciennes formes de gouvernement. Mais Marcel
souleva, Paris, entraÎna les états à des mesures révolution-

":*ii*&.
"1
I

JEÀN LE BON. t?e


noires, intimida le prince et lui {it signer lo mise 0rr &ccus&-
tion des conseillers du roi, le destitution des officiers de le
couronne, la décleration de la souvereineté de I'assemblée
en matière d'administrotion, le droit pour les états de se
réunir deux fois pa"r en s&ns convoeotion, de laisser guprès
du roi une commission consultative pendant I'intervolle des
sessions, et d'envoyer dans les provinces des commissaires
tout-puissants.
12-. Mort de Marcef (t358). En vain le Dauphin
- mieux résister à I'en-
fit-il une trève avec I'Angleterre pour
nemi intérieur. Marcel fut le plus fort, et le tribun battit le
prince. Il délivro Ie roi de Navsrre, qui sortit de prison, fft
-mossaorer
sous les yeux de Charles terriûé les maréchhux de
Champagne et de Normandie, de par Ia aolonté d,u peuytle-, et
coiffa ie lils de son roi du chaperon parisien' rouge et bleu.
l\{ais les députés des provinces haissaient ces violences; ils
quittèrent les étots en grand nombre pour se soustraire au
dictsteur révolutionnaire, et hfarcel se trouva seul, ovec lo
commune de Paris, en face du pouvoir royal. Le Dauphin
s'échappo, réunit à Compiègne les députés fugitifs, leva des
troupes- et vint cûmper au bois tle Vincennes. Le prévôt se
sentit perdu. Il songea à ssuver so vie et son ouYrage par un
changément de dynastie,
-lui et olfrit la couronne à Charles le
Mauvais. Il ellait ouvrir Ie porte Saint-Denis, lorsqu'il
fut assommé por l'échevin l\foillard et le chevalier Pierre des
Essarts.
Quel spectacle que cet{e révolution de trois années t Lr
France commence par demander des réformes urgentes;
bientôt les députés portent la main sur le pouvoir exécutif
comme sur la puissance législative I ils rencontrent chez les
représentants de la royauté la résistance naturelle des gens
qui tiennent I'autorité et répugnent à s'en dessaisir ; ils per-
dent patience au lieu de rester fermes dans le justice, ils re-
vendiquent la loi par lo violence, le droit, por I'assossinat,
les rélormes par la révolution : dès lors tout est perdu. La
France désavoue Paris qu'elle ne suit plus, la royauté recon-
quiert son pouvoir, et la nation perd tout pour avoir voulu
tout ravir.
13. La Jacquerie. - Pendont que Mercel et le Dou-
phin se disputnient la France, les ptysens faisaient la Jac-
queri,e. Rien de plus etroce que cei gue.res de I'opprim6
poussé à bout, relevant la tôte après avoir supporté les coupst
I7L trISlOIRE DE FRANCE.
et courtnt les yeux fermés à la vengeo.nce ou à ls mort.
Ruinés psr les Anglais, les brigands et les seigneurs, insultés
prr leurs tyrans, ils prirent pour chef un des leurs, Guil-
leume Callet, < et pensaient, dit Froissard, détruire tous les
nobles et gentilshommes du monde >. Ils pa,rcoururent I'Ile-
de-Fronce,la Champagne, la Picardie, brùlant châteaux, ar-
chives et chàtelains. Toute la noblesse s'unit contre eux s&ns
distinction de porti. Chorles le Mauvais invita leur chef à
une entrevue, le lia ovec ses compegnons, et se divertit à le
couronner d'un trépied de fer rouge. Il surprit ensuite Jes
Jacques à Montdidier, et les massacra. D'autres paysans s'ap-
prochèrent de Paris, Iirent alliance avec l\[arcel, s'emperèrent
de Meaux, et assiégèrent dans le quartier du morché une
foule de nobles dames qui s'y étaient réfugiées. Le comte de
Foix et le captal de Buch en tuèrent huit mille. Dès lors, les
nobles pendirent, taillèrent ou brrilèrent vifs tous ceux qui
tombèrent en leur pouvoir; ( et ils firent tant de mal au
peys, qu'il n'y avait pas besoin que les Anglais vinssent pour
la destruction d.u royaume D.
14. Traité de Brétigny (t360). La Jacquerie était
linie et le prévôt était mort lorsque le-Dauphin rentra dans
Paris. On apprit alors que Ie roi Jean avait traité à'Windsor,
et cédé la moitié de la France. Le Dauphin ne craignit pas
d'assembler les états pour leur faire rejeter ces conditions.
Edouarcl III jura de se venger, et soav&nça jusqu'à Chartres I
mais, surpris per un orege qui inonda son c&mp, il ût væu
de signer la paix, si Notre-Dame de Chartres le sauvait du
péril : il conclut le traité de Brétigny.- Jean cédait sous con-
dition d'hommage tout I'héritage d'Eléonore de Guyenne,
plus le Ponthieu et Calais, et payait deux millions d'écus
pour s8 rançon.
15. Aliénation du duché de Bourgogne ({363).
peine était-il de retour en France, que la fortune sem-
- Alui
bla ménager une megnifique compensation. Le jeune
Philippe de Rouvre, duc de Bourgogne, dernier descendant
tlu roi Robert, mourut sans postérité, et son duché lit retour
à la couronne. Le roi se hâta de I'aliéner en faveur de son
lils, Philippe le Hardi, qui fonda cette seconde maison de
Bourgogne, si redoutable à la France. En même temps, il
cédait I'Anjou à Louis, le Berry et I'Auvergne à Jean, et re-
constituait ainsi par de vastes &pantrges une féodalité prin-
cière plus dangereuse que I'ancienne. Il retourna bientôt
ÉrtntNn htARcEL. 175

mourir en Angletcrre, soit qu'il voulùt y rcmplocer son lils


Louis qui s'était enfui, soit plutôt qulil ne prlt supporter
I'ennui d'un royeume dévasté.

LECTURE.
- ttienne lfiarcel.
Iei apparait un homme dont la ffgure a, de nos jours, grandi pour
I'histoiiô. Daree qu'on a pu mieuf le comprendre,
-la Etienne Marcel'
prévôt dbs'marchânds, c'dst-à-dire chef de municipalité de Paris.
Cet échevin du- quatorzième siècle ar p-ar une anticipation. étra.nge'
voulu et tenté des- choses qui semblent n'appartenir qu'aux révolrrtions
modernes. L'unité sociale èt I'uniformité adùinistratiïe ; les droitb po-
litioues étendrrs à l'éeal des droits civils; le principe de I'autorité pu-
blidue transféré de lf conronne à la nation, IeÈ étatè généraux chanfés,
sous l'influence du troisième ordre, en représentation nationale; I'ac-
tion de Paris sur les provinces comme tête de I'opinion et centre du
mouvement sénéral; là dictature démocratique, et la terreur exercée
ilu nom du -bien cômmun ; de nouvelles côuleurs prises et portées
comme signe d'alliartce patriotique et de rénovation ; Ie transpori de la
rovauté d'une branche à I'autre en vue de la cause desréformes etpour
I'i;térêt olébéien : voilà les événemcnts et les scènes qui ont donné à
notre sièôle et au précédent leur caractère rrolitiqrre. Ehbien, il y a de
-prévôt
tout cela dans les irois années sur lesquellès doùine le nom du
Marcel. Sa courte et courageuse carrièr-e fut comme un essai prématuré
des grands desseins de la Providence, et comme le miroir des san-
slantés nérinéties à travers lesquelles, sous I'entrainement des passions
fiumaines, ôes desseins devaient mârcher à leur accomplis^sement.
Marcel vé'cut et mourut pour une idée, celle de precipiter, p-ar la force
des masses roturières, I'æuvre de nivellement graduel coinmertcé par
les rois; mais ce fut son malheur et son mime d'avoir eu des convic-
tions impitovables. A une fougue de tribun qui ne recula pas devant le
meurtre, il .ioignit I'instinct oiganisateur : il- laissa dans là grande cité
qu'il avâit foouvernée d'une façon rudement ahsolue des rnstitutions
fbrtes, de giands ouvrages et un nom que, deux siècles après lui, ser
d e sc e nd ant s po rt ai e n t *'
i Ëili il i i, i-iil rï,ïr% !,r, ifl',ifli' *
".
EXERTICES ONÂUX ET ÉCRITS

l. Brplioatiou des mots. - Cassel, l'Ecluse, villes de Belgique.


Bretaqne. ancienne province qui a formé les départements de Fi-
-nistère. [lorbihan, Côtris-du-Nord, Ille-et-Vilaine, Lbire-Inférieure.
Crëcy, chef.-lieu de canton de la Somme. - Bordeaac, préfecture -de
la Gironde.
S.Ouestionnaire. Quels étaient les prétendants à Ia couronne de
France en 1328 ?
-Pourquoi lhiliprte Vi fut-it préféré ?-- Quelle fut
-
sa première gueûe ? - Pburquoi là-noblesse s'y porta-t-elle avec ar-
deuit - Racontez la bataille de Cassel. - Qu'est-ce que Robert d'Ar-
tois et Jacques Arteveld ? - Pourquoi les Flamands se décidèrent-ils
pour Edouârd III ? Quelle est [a première victoire d'Dtlouard III ?
-prétcndants au duché de Bretagne? - Comment
- Quels étaient les
178 gISTOTRE DE rRÀNCE.
cormençe la guerre de Bretague ? Qu'est-ce que Geoffroy d'Har-
court? Suivez la marche d'Edouard - IIt tle Saint-Waast à Ciécv. --
-
Racontez la bataille de Crécy. Par qrri Calais fut-il défendri ?
-
Racontez le dévouement d'Eustache de Sairrt-lierre ? -
cabla la Franee en 1349-? Qu'est-ce que - 0rrel
les..flagellanti ?
fléau ac-
Qu'lp-
pellc-t-on gabelle ? -
Quels furent les
-agrtndissdments
du-.dduarne
royal sorrs Philippe -VI ? D'où vient le tftre de Dauphin?
- de Philippe de Valois. Quel était
Ies principales dates du règne - Donnez
le ca-
ractère de Jean le Bon ? Donnez unèldée des altérations - de Ia mon-
naie sous son règne. -Qu'était-ce que Charles de Navane ?
ment devint-il ennemi - de Jean le Bon ? Exnosez les réformes - Com- de-
maldées par les états de ,1356. -
Racontez'l'erfiédition du orince
Noir dans Ie centre de la France. - la bàtaille de poitiers.
- Racontez
furent les chefs de la bourgeoisie en lg56 ?
- Que]s
actes des états de t356.
Exposez les
Racontez les violences -et la ^mort de
Marcel. -
réflcxions peut inspirer I'histoire de la révorution
- Quelles
parisienne?- Racontez I'bisioire de-la Jacquerie. Quelles furent
- fit-Jean
les conditions du traité de Brétigny ? Quel-héritage le Bon ?
Dn faveur de qui l'aliéna-t-il ? -Donnez les prïncipales dates
-son regne. - de

3. Ilevoirs à rédiger.
-Valois Exposer les relations de philinpe VI
et de la Flandre.-
de
Erposer l'histoire du prince^ Noir.
Raconter I'histoire d'Etienne- ltlarcel et des états généraïr. -

I
CEARLTS rr & I}UGT'TSC1,IN
(r3ô{-1380)

rEçoN
l. Charlea Y et lluguesolin. Charles V, par st prudente
politique, Duguesclin, par se -bravoure, reiei'èrent li Franco
abattue. --
1. Brploits de lluguesclin. La victoire de Cocherel délivra
la Normandie des Navarrais; le traité de Guérande fernra Ià
Brctagne aux Anglais; l'expédition d'Bspagne délivra le sol iles
grantles compagnies; I'olliance du roi de Castille donna à
Charles V I'appui précieux d'une flolte; I'orgucil dcs Ang]ais et
la_fiscalité du -princc de Galles firent désirer â I'Âquitainà le ré-
tablissernent de la dominution francaise.
3. Nouvelle tactiquo oontre les Anglais.
- Alors le roi reprit
la guerre n^atio,nale : en vain lp prince Noir, Robert Knolles, le
comtc de Pembroke et le duc de Lancastre essayèrcnt-ils tour à
tour une invasion; ils ruinèrcnt leurs arrnées ôt ne trouvèrent
pas à livrer dc brrtaille.
4. Mort de Cbarles V et de lluguesclin.
- Le connétal_rle
clin rnourut cn conquéranl un dcrtier château,
Dusues-
et Charles le Sage
en supprimant un impôt vexaloire.
CEÀRLES V ET DUOUESCTIN. 177

RÉCIT

l. Charles V etDuguesclin (13ô4-1380)t 1 Après


ces ileux règnes désostreui, la Francè evait besoin de repo!
ei dà sohs Charles V fut un roi réparateur. Form6 jeune à
i

Chnrlee V.

lo patience et à la ruse dans une siluation périlleuse, il n'eut


' rien dc Ia fougtre violente ou chevaleresque dc scs devanciers'
mais un sens froiil et pratique. Il vivait dans son hirtel de
Saint-paul, entouré de sa'anti et de clercs solennels, dirigeanl
lo,rl tuttt porter les armcs. Faible de corps., pfll.e et maladif'
ii n. pooiait tenir une lance et ne moniait point à cheval'
a.
t78 BISTOIRE DE FRANCB.
Mais ll
savait distinguer les bons serviteurs et leur faire
remporter de ces succès sans éclat qui servent les causes com-
promises.
-_luguesclin fut le bras de ce roi. C'était un peuvre $en-
tilhomme breton, élevé eu milieu des rudes combats de son
pays; avis6 d'ailleurs comme son roi, retors dans so ru-
9uly, il aimait une bonne ruse de guerre tout autant qu'une
belleprouesse, et.ne mettait son armée à I'aventure que s'il
était bien srir de I'en tirer. La France ne marchanda ni son
grgell ni son sang, car elle était indignée d'être le champ de
bataille de tous les pillards et la proie de tous les aventu-
riers. Elle sentit sa déchéance et sa force et se donna au
sage roi qui la gouvernait et su brave soldat qui combattait
pour elle.
2. Bataille de Cooherel(1364). Les batailles com-
mencèrent avant même le jour du same. - Le captal de Buch,
Jean de Grailly, capitaine navarrais, avait juré qu'il iraii
troubler les fêtes de Reims, et il campait près d'Evlrux ovec
eix mille soldats gescons etanglais. Duguesclin alla lui barrer
la route_de Champagne, et le rencontra à Cocherel, près de
I'Eure. Il lit mine d'attaquer, se retira dans un désorâre ap-
p_argnt, attira l'ennemi dans une embuscade, tua Jeon JaëI,
chef des Anglais, et lit prisonnier le captal lui-même.
Charles. V apprit l'heureuse nouvelle la veille de son secre
;
ce fut I'étrenne de sa royauté. Duguesclin reçut le comté dé
Longueville et I'office de msréchal de Normandie I le roi de
Navarre fut déclaré déchu de ses ûefs. Dugoesélio n'eut
pas le temps de poursuivre cette guerre : il fut envoyé en
Bretagne.
3. Bataille d'Auray (t36a). Traité de Guérando
(1365). Il y avait vingt-trois ens que les maisons de
Montfort -et de Blois se disputaient le duché de Bretagne. Le
prince Noir venait d'envoyer à Jean de l\{ontfort deux des
meilleurs capitaines de I'Angleterre, Jean Chandos et Robert
; Charles V envoya Duguesclin à Chorles de Blois.
de Knolles
Les deux armées se trouvèrent en présence à Auray. Les
Frangais étaient en si bel arroi qae Chandos en fut surpris :
< Que Dieu m'aide, dit-il, comme il y a ici fleur de cheva-
lir:rs, grand sens et bonne ordonnance I r Mais I'armée obéis-
sait à Charles de Blois ; elle ne sut pas conserver ses rengs.
Les comtes de Joigny et d'Auxene, qui commandaient I'avant-
gardc, se ruèrent sur I'ennemi; Charles de Blois fut tué avec
CEARTES V ET DUGUESCTIN. 179

8On ûls ; Duguesclin et Beoumen'oir furent faits prisonniers.


ie roi ée hâ"ta de falre la paix ovec Montfort, pour l'9Tp9-
cher de porter son hommnge à Edouard Ill : le traité de '

Guérantldy pourvut. La veuve de Charles ile Blois obtint le


:

comté de Pônthièvre, Jean de Montfort garda le duché de


util-fl;;
grand.es compasnies. Tandis que la.Brc-
trsnÀt atiiùroit
-
ta guË*t{ ttt meurtres et Ès p-rllages

I
I
coirtinuaient dans le res[e du royaume, infesté de soldats de ;t
ious tes partis qui se faisaient brigandi. Ces bandes étaient Ï
le fléau faissé par la guene' fléau plus uuel que lo guerre tr
*CÀà. Dolà, p^endnnùn .tptioite dï roi Jean, I'une d'elles
svait battu laïoblesse du cïntre à Brignais. Chassés d'Alle-
megne et de Guyenne' ces aventuriers de toute nation re-
flua-ient en France, et nulle autorité n'était capable de les
réduire. une occasion se présenta de s'en débol'r&sser en uti-
lisant leur cournge. Pierre Ie cruel, roi de castille, nvajt as-
sassiné ses frères et sa femme, Blanche de Bourbon, belle-
sæur de Charles Y. Le pape Urbain V I'excomntunia, le roi
paya la rançon de Duguesclin et le chargea de mener lcs
gmndes compagnies poul remplacer Pierre -p.ûr son frèrc,
ilenri de Transtama.e. L'accord fut bientôt fait, et une ar-
mée de trente mille bandits descendit la rive droite de Ia
Saône et du Rhône. Elle s'atrêta devant Avignon, exigea du
pape de I'argent et des indulgenees, et franchit les Pyrénées.
Àussitôt la Castille se souleva contre son tyran, qui enterra
son trésor et se sauva à Bordeaux. Le prince Noir vint le ré-
tablir. une partie des compognons licenciés pa_r_ Duguesclin
se joignit aùx Anglais, et Duguesclin battu à Navarette fut
fail prisonnier (ta-On;. lt sut obtenir sa délivrance en piq'nnt
I'orgïeil du prince de Golles, ra.m.'ss& de nouveaux soldats
et battit Pierre le Cruel à l\{ontiel ({369). On dit que les
deux frères, en se rencontrant sous la tente cle Duguesclin,
se jetèrent I'un sur I'autre. Pierre tenait Henri p_ar terre et
chérchoit son poignard pour le tuer, lorsque -Duguesclin ;

par les p1eds. Henri se releva vivement et égorgea son


le tira -Ce
frère, fut ie dénouement de cette longue tragédie des
frères ennemis : Ie trône fut ossuré à Henri de Transta-
m0re.
5. Préparatifs contre les Anglais. Le tra.ité de -
Guérande Àvait fermé la Bretagne &ux Anglais, la bataille de
Montiel mettait à la disposition de Charles Y la marino ca,s-

'qlnÉlfrir**r :sLfti.lsr4d8d.E,Àr àâ'ts,J{aÀrsFrc**3p^.t'â'b- .t


T8O EISTOIRE DE FRANCE.
tillane, le départ des grandes compegnies rendait un peu do
sécurité eux crmpa.gnes ; le roi convoqua à Chartres une as-
semblée de notables et lui demande son appui. Les notables
lui accordèrent douze deniers pour livre sui te prix des den-
rées, la gabelle du sel, une aide sur les vins, un droit de
quatre livres par feu dans les villes fermées, et d'une
livre et demie en plat pays. Peu après le roi établit la
perm&nence de ces impôts sans demander le consentement
des é-tats, et s'en servit pour psyer une armée permanente.
L'ordonnanee de Vincennes ({AZ3) soumit les joldats à une
discipline régulière : le roi nommait les ca.pitaines, les tré.
soÏers royaux payaient les troupes, et les cor:rpagnies avaient
ilélense de séjourner dans le pays.
C'est ainsi que le roi se ménageait des ressources pour la
guene. < 'fout coi en ses chambres et réduits, dit Frolssard,
il reconquérait ce que ses prédécesseurs avaient perdu sur le
champ-de batailie, la tète armée et l'épée au poing. > Il épar-
gna,it I'argent du peuple, remplacait-à sa côur le faste'par
l'économie, envoyait sa vaisselle à la l{onnaie B.u lieu de faire
des emprunts forcés et se ménagcait ln reconnaissance et
I'affection des tr'rançais. Le prince de Galles, au contraire, se
rendsit odieux dans le midi par sa hauteur et sa liscalité.
Ceux de Poitou , Limousin , Quercy et Rouergue, dit
Froissard, sont de cette nature qu'ils ne peuvent aimer les
Anglais, et les Anglais aussi, qui sont orgueilleux et pré-
somptueux, ne les peuvent aussi aimer, mais les tiennent en
grand dép_it et viieté, > Quand le prince demanda des impôts
et des gabelles à la noblesse pa.uvre et indépendante des
Pyrénées, elle s'indigna et envoya des députés à paris pour
porter ses plaintes au suzerain.
6. Rupture avec l'Angleterre ({969).
r-eçgt - <Charles
des Gascons, et somma son neveu,
V
le prince
-l-'appel
de Galles et d'Aquitaine, de se présenter devant lui au plus
hôtivement, pour ouïr droit sur les complaintes et griefs
émus de par lui >. Le vainqueur de Poitiers et de Navarette
répondit : < Nous irons volontiers en votre ajournement,
mais ce sera le bassinet en tête et soixante millô hommes à
notre compagnie. n Vaines menrces t Le prince Noir était
hydropique et son père appesanti par l'âge et Ia débauche.
Charles V leur envo)/r son défi par un uarlet de udstne, et
les villes anglaises se soulevèrent avant rnême d'être aita-
quées. Abbeville ouvrit ses portes, le Ponthieu se soumit, le
CEÂRIES V ET DI]OUESCTIN. I8I
Rouergue et le Quercy écoutèrent les préilications françaises
de I'archevêque de Toulouse, Jean Chandos mourut, et Du-
guesclin s'&v&nça jusqu'aux portes de Bordeaux.
7. Duguesclin connétable (t gzf ). Expulsion
dee Anglais.
de Gslles emporto - Le prince
Limoges,
que son évêque avait livrée,
brrlla la ville et massacra tous
les habitants; mais les pro-
grès de sr maladie I'obligè-
rent à s'embarquer pour I'An-
gleterre. Robert Knolles, qui
le remplaça dans le.comman-
dement, partit de Calois et
s'flv&nca vers Paris, ne trou-
vant devant lui que des villes
fermées et des villages aban-
donnés. < Laissez faire ces en-
ragés, disait Clisson à Char-
les V; avec toutes ces fumières
(incendies) ils ne vous chasse-
ront pas de votre héritage. I
Duguesclin, qui venait de re-
ccvoir l'épée de connétable,
accabla I'amière - garde de
Knolles près du Mans , et le
contraignit à licencier le reste
de ses troupes Le comte de
Penrbroke essrrya de dôbarquer
à La Rochelle; il fut battu par
la flotte castillnne (f 3 72) ; et Dugrresclin.
le Poitou firt conquis. Le duc
de Lancastre vint à son tour avec une arméc formidable; elle
comptait plus de trente mille cavaliers. Il traversa la France
entière, des bords de la Somme à ceux de la Garonne;mais,
en arrivant, il n'avait pas six mille hommes, et ses cheva-
liers, hâves, exténués, mendiaient leur pain ({373). Le duc
d'Anjou attaqua les Anglais, quand ils n'étaient plus cepe-
bles de se défendre, et soumit tout le pays jusqu'aux Pyré-
nées. Edouard III fléchit son orgueil et demanda la paix.
Charles V n'accord& qu'une trêve, qui expira trois jours après
la mort du vainqueur de Crécy ({377). Sa flotte incendia les

tr*',t,
/iel*,l*'
I82 SISTOIRE DE FRANCE.
ports engleis de Rye, Yarmouth, 'Winchelsea et plymouth ;
son connétable occupa les villes de la Guyenne, sâuf Bor-
deaux, Bayonne et Bazas I enûn Charles le Mauvais, ollié
des Anglais, perdit toutes ses places de Normandie et de
Languedoc.
8. Mort de DugUsgslin et de Cha,rles V. Le
sage -
roi, ûer de tous ces succès, crut qu'il pouvait annexer
la Bretagnel mais ses meilleurs capitaines I'abandonnèrent,
la province appela Jean de Montfort qu'elle avait chassé,
Duguesclin lui-même renvoys,l'épée de connétable. Il la re-
prit, sur les instances du roi, et mourut en assiégeant Chlr-
teauneuf-de-Randon, dans les Cévennes (lAB0). Le gouver-
neur anglais, qui avait promis de se rendre à jour 1ixe, ap-
porta les clefs de la forteresse sur le lit de mort du vieux
soldat. Charles V lit transporter les restes du bon connétable
dans les c&veeux de Saint-Denis, et le peuple s'empressaou-
tour du cercueil. La postérité n'o pas été plus ingrate que
ses contemporains ; le nom de Duguesclin est resté popu-
laire. Quelques semaines après mourut Charles V. Son der-
nier ecte fut la suppression d'un impôt qu'il avait établi sans
I'assentiment des états. Il avait protégé les arts et les lettres,
rassemblé au Louvre dans la tour d,e la librairie jusqu'à neuf
ccnts manuscrits précieux, construit la Bastille et bon nombre
de châteaux et notables manoirs. Il éta.it, dit Christine de
Pisan, n saige homme, grand clerc, droit ertiste et deviseur
de beaux mûçonneges D.

IECTURE.
- Le rol Charles V.
Il me semble utile de réciter la belle manière de vivre mesurément
en toute chose de notre sage roy Charles,.comm€ eremple à tous suc-
cesseurs d'empires, rovaumes ef autres seigneurres.
L'heure de Èon levei était comme de sii à sept heures; après, lui
peigné, vê.tu.et ordonné,, allait. à la,m.esse, laquelle était célétirée 'gio-
rieusement chaque jgur à chant mélodieux et dolennel; à I'issue de sa
chapelle, toutes manières de gens, riches 0u pauvres, dames ou damoi-
selles, lemmes reryes ou autres.qui_elssent afraire, pouvaient là pré_
senle.r leurs requêtes; et lui, très débonnaire, s'ariêiait à ouïr leurs
supplications, desquelles octroyait charitablement les raisonnables et
plteuses; les plus douteuses les remettait à un maitre de ses requêtes.
, Après..ce, .aII iours réglés pour. c.ela, allait au conseil; après'lequel
s'asseyoit à table; son lnanger n'étoit pas lons et il ne sé charseait de
diverses viandes, car ildisoit que le's qualités de viandes àiverses
troublent I'estomac et empëchent la mémoire; vin clair et sain. sans
grand bouguetl le buvait bien trempé et non à îoison, ni de divers uus.
CHÂRIES Y ET DUCUESCTIN. r83
Lui levé de table. la conversation vers lui Douvaicnt allcr toutes
â
manières d'étrangers-0u autres venus pour une a'llaire; là trouva-t-on
souvent maintes manières d'ambassadeurs de pays étrangers et seigneurs,
divers princes, chevaliers de diverses contré-es, dont souvent il y avait
telle presse, que en ses chambres grandes et magniliques, à peine se
pouvait-on tourner: et sans faute. le très nrudent rov tant sâgeûlentet
âe si bortne mine reôevoit tous et donnoil, rôponse et dë si belle-manière,
et si dùment rendoit à chacun I'honneur qui lui appartient, qne tous
s'en tenoient pour trés c,-rntents et partoient joyeux de sa présence.
Là, lui étaiènt apportées nouvelies de touies manières'de pays, ou
des aventures ou fàiis de ses guerres, ou d'autres batailles, et ai-nsi de
divers choses; là, ordonnoit ce qui étoit à faire, selon Ie cas que on lui
proposoit, ou'dorinoit comnrissioit d'en déterminer au conseil,-dél'endoit
Ie cbntraire de raison, passoit grâces, signoit lettres de sa main, donnoit
dons raisonnables, ociioyait oifices vaca"nts ou licites requôtes.'Et ainsi,
"occupations
en telles ou sembiables travailloit cûmme l'espace de deux
heures, après lesquelles il s-e retirail. et son repos durait une heure.
Après son'dormir. étoit un Deu de temps avec ses familiers et cette
ré'création prenoit, afin que ld soin de trôp grandes occupations ne pût
alTaiblir sa- santé.'
Puis alloit à vèpres, après lesquelles, si c'étoit en été, aucunes fois
entroit en ses jarlins oir (si te roy étoit en son hôtel de Saint-Paul)
eucunes fois venoit Ia reinè, et on lui apportait ses enfants. En hyver,
s'occupait souvent à ouir lire de bclles hlstoires, de la Sainte-Ecriture
ou dei faicts des Romains, ou moralités de philosophes et d'autres
sciences iusou'â I'heure du souoer. auouel s-assevoit d'assez bonrre
heure etlui'était léger; et ainsi, pâr continuel ordie, Ie sage roi bien
morigéné usait le cours de sa rie. Christine np Ptsltt.

EXERCICES ORAUX NT ÉCRITS

l. Erplioatlon iles mots. - Cocherel, village de I'Eure. - Auray,


chef-lieu de canton du Morbihan. Penthièure, ancienne division de
- villes
Nauarette. Montiel.
la Bretasne.
-
lieu de c:anton du Pas-de-Calais.
d'Espasne.
- Calais, chef-
{rand port, soris-pré-
fecture de la Nlanche. -'Cherbourgi,
qrand port, soui-prélecture du Finistère.
- Blesf.
port, sous-prêfeitilre
- 3.Bayonne,
0uestionilaire.
de! Basses-Pyrénées. -
Faites connaitre le caraeière de Charles V.
Quel fut son
-
principal -
auxiliaire?
- Racontez la Racontez
Quelle fuf la récompense de Duguesclin?
bataille de Cocherel.
la bataille
-d'Aurav. - -
Quel en fut-le résultat? Quelles furent les contlitions du
traité de -Guérande? Ou'aonelait-on srandes comnasnics? Com-
-
ment Charles V s'en débàrraida-t-il? soni lës deur-batailles
livrées en Espagne? --Quelles
les notables assemhlés à Chartres?
- Que firent
que I'ordonnance de Vincennes? Comparez la conduite
-de Qu'est-ce
Charles V et celle du Prince de Galles. - Quelle'fut l'occasion de
la rupture avec I'Anglcterre? - les
reconquises? - Quelles furent premières provinces
Que fit le prince Noir à Linogcs? - Qrrels sont les
-
trois chcfs anglais qui attaquèrent la !'ranee?
leurs erpéditions? - Quel fut le résultat de
Quels sont les derniers succès de Charles V?
Racontez la - Duguesclin.
mort de :- -
Combien de manuscrits rassembla
Charles Y? Donnez les principales dates de son règne.
-
r8t EISTOIRE DE FRÀNCE.
3.. llevglro à réiliger. Raconter I'histoire de Dugu,esclin.
-
ser la politique suivis par Charles V le Sage, pour délivrer -- France
h
Erpo-
des An-glais.'

UI

CEARI.TÉI VI. - LES ÀRM.A.GNÀCS


& LES BOIIRGIIIGNONS
(r38ûr{ss)

rEçoN

l. G[arles YI en Flanilro. Charles VI. trop ieune pour sou-


-
yerner, fut placé sous la tutelle de ses ôncle-s.-qui diiapidÙrent
le trésor de-Charles Y, provoquèrent par do noirvellesiaxes la
révolte des Maillotins, et se vengèrent ale la démocratie par
la prise de Rouen, la'victoiredeloosebeke et la suppression
des-franchises tle Parls.
â. Les ilarmousets. Arrivé à I'âge d'homme, Charles rem-
plaça ses oncles par -les anciens miÉistres de sôn père, petits
genl,ilshommes que les princes traitaient de l\larmouscts. -
3. Armagnaos et Bourguignons. du roi mit fin ù
leur sage administration, et le duc- Ladedémence
BoLrrgogne, Philippe Ie
Hardi, Ieur succéda. Son fils, Jean sans Peûrl vôulut Ëériter
de son pouvoir, et s'appuya sur la bourgeoisie Ilarnautle et pa-
risicnnê. II fit assassiriei Louis d'Orléaùs, frère du roi, et^ la
I,'rartce fut ensanglantée par la guerre civile des Àrnragnacs et
des llourguignons.
{. Iléfaite " d'Azincourt (l /115). .- Aussi le roi d'Angleteme,
Ilerrri V, ne trouva à cornbaltre cJu'un parti, et battit'les Ar.
magnacs à Aziuc,rurt. L'assassinat dc Jean saus Peur par les
soriiteurs du tltuphin Charles jota son fils llhilippe le Boi dans
I'alliance anglaise.
5. Traité dô Troyes (t.420).
France, fut déclaré, au traité - Ilcnri V,, époux de Catherine de
de Troyes, héritier du tr'ône au
mépris de la loi salique. lI mourut jeune, et Charlcs VI Ie suivit
bientôt dane la tombe.

nÉcn

l. Charles \II (f 380-f 422).


- Enen1380, deux enfants,
Richard II et Charles VI, régnaient Angleterre et en
Fronce, et dons les deux peys des m&ux intérieurs suspen-
dirent la guerre. En Fronce, les oncles du roi, les ducs
d'Anjou, de Berry, de Bourgogne et de Bourbon, s'empa-
rèrent du gouvernement et demandèrent des impôts; le duc
CHÀRLES VI. T8Ù

d'Anjou, le plus r&paoe de tous, voulut réteblir les aides et


gobelles rbolies per Charles V. Le peuple courut &ux armes,
et le duc d'Anjou, surpris et privé de troupes, fut obligé d'ac-
corder la remise des impôts. I\{ais les bourgeois restèrent en
méfiance y ils tendirent des chaînes dans les rues, établirent
des postes et entretinrent une active correspondance Bvec
Rouen et Gand, qui étaient en pleine révolte. La prise et le
châtiment de Rouen enrourege& les princes; ils revinrent à
Paris et frappèrent d'une taxe d'un douzième toutes les
marchandises vendues. Aussitôt le peuple égorgea les
percepteurs, s'emp&ra des maillets de fer déposés à I'Ar-
senol et ouvrit les prisons ; ce fut la révolte des Maillotins.
Le roi traita avec les insurgés, et le duc d'Anjou partit,
chargé de dépouilles et d'exécralions, pour prendre pos-
session du royaume de Sicile comme héritier de Jeanne de
Naples.
2. Bataille de Roosebeke ({382). Le duc de
Bourgogne, Philippe le Hardi, qui avait épousé I'héritière du
comte Louis de Flandre, engageû, Charles VI dons la lutte
que soutenait son beau-père contre lo commune de Gand.
L'ormée française gagne sur les Gantois la bataille de
Roosebeke, où périt Philippe Arteveld, Iils de Jacques. Les
Parisiens, qui avaient entretenu des correspondances avec
les Gantois, furent punis par des supplices et des confisca-
tions. Deux ans après, Philippe devint comte de Flandre, et,
voulant ouvrir des débouchés à I'industrie de ses nouveaux
sujets, il prépara une expédition contre les Anglais et une
autre contre le duc de Gueldre, allié de Richard II. Il dé-
pensû beaucoup et ne ût rien. C'est pourquoi son Souverne-
ment tomba ({388).
3. Ires Marmousets (t388-{392). Les anciens mi-
nistres de Charles V, Olivier de Clisson,- Bureau de la Ri-
vière, les sires de Noviant et de l\lontaigu, entourèrent le
jeune roi; Charles, remerciant ses oncles tt des peines et tra-
vaux qu'ils avaient eus touchant sa personne et les affaires
de I'F;tat n, les renvoya. dans leurs seigneuries. Le gouverne-
ment de ces simples gentilshommes, que les princes appe-
laient avec dédain les Marmousets, fut mesuré et honnète :
Ies impôts diminués, les largesses &ux grands révoquées, les
franchises de Paris rendues excitèrent la joie du peuple. Il
donna au roi le nom de Ch,arles Ie Bi,en-aùmé, eI il espéra
un nouve&u Charles V. C'était un &utre Jean le Bon. Il se
186 STSTOIBE DE IRANCE.
jeta tout entier dans les fètes corlteuses et les plaisirs vio-
lents ; sa santé s'sltéra et sa vie fut une succeision d'em-
portements et de prostration, d'ardeur pour le bien et de
dêgorlt de toutes choses, de fièvre et de langueur. La folie
ou la mort attendnit le malheureux : ce fut la folie qui
le prit.
4. Démence du rot (t392). Le connétable de Clisson
était ennemi irréconciliable de Jean- de Montfort, duc de Bre-
tugne : une nuit il fut appelé à Paris par Pierre de Croon,
parent du duc, et laissé pour mort sur la place. ( L'slfeire
est mienne t D dit le roi, et il levo des troupes. Il troversait
la forêt du Mans, à la tête de ses chevaliers; le soleil tombait
à plomb sur sa tête couverte diune toque d.ô velours rouge
il était songeur et mélancolique. Tout à coup un homme;
sortit d'un fourré, seisit le cheval du roi, et i'écria : n Ne
chevauche pas plus avant, noble sire; tu es trahi t > On
l'écarta, mais il suivit longtemps le cortège, en répétant son
evertissement. Charles, tout frappé.par cette--reneontre, con-
tinuait sa route, Iorsqu'un prge, qui sommeillait sur s& mon-
ture, laissa tomber sa lance sur le cesque de son voisin. Au
bruit du fer, le roi sembla se réveiller; ses yeux s'égarèrent I
il tira l'épée, il courut sur ses gardes, en criant : ir A mort
les traîtres t r On I'arrêta quand il fut las, on le lia sur une
charrette, et on le r&men& au Mans.
5. Gouvernement de Philippe Ie Eardt (rg92-
lL0q. Les princes shassèrent les
- : ils ne trent que du mal àMarmousets
le pouvoir
et reprirent
la France. Trois dan-
gers meneçaient le royaume : le schisme, le Turc, I'An-
glais. Comment Philippe de Bourgogne y pourvut-il ? De-
puis 1379, il y avait deux papes, à Rome et à Avignon, qui
s'anathématisaient I'un I'autre et troublaient les consciences ;
le duc chargea la Sorbonne de mettre fin au scandale. Elle
choisit un nouve&u pepe, sa.ns pouvoir faire abdiquer les
deux autres.
Les Anglais ne renonçeient pas à leur royaume de Fr&nce.
Philippe de Bourgogne donna en mariage au jeune Richard II,
fils_ du prince Noir, une lille de Charles VI. Mais la déposition
et la mort violente de Richard I". ({Agg) rendirent Cette al-
liance inutile I le nouveau roi, Henri IV de Lancastre, vit
rlans ce mariage une ca,use nouvelle d'hostilité contre le gou-
vernement francais.
Entn. les Turcs cernaient Constantinople et inquiétoient
cEARtE$ Yl' t87
les bords de I'Adriotique et ceux du Danube; le sulton
Bajazel, jurait de feire menget I'evoine à son cheval sur
I'eutel de Saint-Pierre, à Rome; Philippe envoye au se-
'cours du roi de Hongrie son Iils Jean, comte de Nevers, le
maréchel de Boucicout, le sire de Coucy et la fleur de Ie
chevalerie. Les Frangois se conduisirent à Nicopolis eomme
à Crécy et à Poitieri; I'armée fut enéantie; Jean revint
presquè seul, n'ayant gogné que le surnom de s&ns
Peur ({ 396).
A liintérieur, le jeune frère du roi, Louis d'Orléans, com-
mengù à supporter impatiemment le Souvernement -de son
oncle de Boirgogne et se forma un porti' La mort de Phi-
lippe le Hardi ht éelater lo lutte entre les orléans et les Bour-
guignons.
- 6-. Assasei:rat du duc d.'Orléans (f 407). Le nou-
-
veau duc de Bourgogne, Jean s&ns Peur, s'emparo du jeune
dauphin pour Souverner en son nom. Les Parisiens le reçu-
renf a"eCenthousigsme ; Louis d'Orléans et la reine Isabeau
de Bavière se récoicilièrent ovec lui et revinrent près du roi.
Les deux princes mangèrent ensemble, communièrent en-
semble, et, peu de jours après, le frère du roi fut assassiné
dons ls rue Barbette. Jean sans Peur alla comme les autres
pleurer sur le cadavre et lui jeter del'eeu bénitel mois,
ôomme le prévôt de Paris se chargeoit de trouver les ass&s-
sins, si on iui permettait de fouiller les hôlels des princes,le
meurtrier pâii1, et, se penchant à I'oreille de son oncle de
Berry : < i'est moi'qui ii fait le coup, dit--il,-le- diable m'a
tenté. > Il s'enfuit en F]andre, gogna sur les Liégeois révol-
tés la bataille de Hasbain, et revint en se vantant de son
crime. Le peuple eut peur cle ce brigend si audacieux et si
fort, le cordelie* Jean-Petit fit devant la cour I's?ologie du
' meurtre, et les enfonts d'Orléans regurent I'ordre de par-
donner. Leur mère, la belle Valentine de Milan, mourut de
douleur en répétani : < Rien ne m'est plus, plus ne m'est
rien t >
' 7, Armag:racs et Bourguiguorrs. - Le jeune
Charles d'Orléans épouso lo fille d'un grond seigneur du
Midi, Bernard d'Armagnac, qui donna son nom au porti' Lo
guerre civile éclata: Armagnacs contre Bourguignons, Gas-
ions contre Flamands, gentilshommes contre bourgeois. La
lutte fut interrompue deux fois par les traités de Bicêtre et de
Bourges : I'incendie des villages, le meurtre des paysans, lo
rBB niatot*r DE rRÀNcE,
sac des villes en furent les principaux exploits. La bourgeoi-
sie de Peris et I'université se crurent capables d'impos-er la
paix. Elles ne réussirent qu'à faire entrer ds,ns ls ïille un
ami de Jean sans Peur, lc comte de Saint-pol, qui arme Ia
eorporation des bouchers contre les modérés; cè parti vio_
lent des Cabochiens prit pour chef un garcon écorcheur, Ca-
boche. En vain les hommes sensés rédigèrent-ils une gronde
ordonnance pour la réforme du gouvernement et de liadmi-
nistration, dite ({alB) ; ils furent
ord,onnance cabochtenne
à cette populace sanguinaire et
obligés de lâcher la_ bride
indomptable, jusqu'à ce que, honieùx de ses excès, ils
appelassent les Armagnacs. Jean sans peur, exclu de paris,
s'engagee por le troité d'Arras à rester dons ses Etats.
Il n'y avait en France ni une armée, ni un chef, ni une
nation, mais des passions intraitables. Alors arrivèrent les
Anglais.
8. Bataille d'Azincourt (f 4t B). Un roi sage et ha-
bile, Henri V, veneit de monter sur.le- trône d'Anlleterre.
Pour occuper l'aotivité de son peuple et esÉurer son pouvoir,
il songee à le guerre de France, où les barons d'Edouard IIi
avaient jadis tant gogné. Il demanda I'exécution du traité de
Brétigny_et la main de Catherine, fille de Charles VI, et, sur
le refus des Armagnacs, il débarqua à Harl'leur avec trente
mille hommes. Le eonnétable d'Albret courut le combattre
avec toutes les forces du parti, et la chevaleriefrançaise subit
un nouvel et plus honteux désastre à Azincourt : iruit mille
gentilshommes périrent, une foule d'autres fur'ent faits pri-
sonniers, entre autres le duc Charles d'Orléans. Henri, épùise
per sa. victoire, se hâ.te d'aller déposer en licu sùr son butin
et ses captifs.
9. Assassinat de Jean sarrs Peur (f 4{ g).
- Vaincus
à Azincourt, les Àrmagnecs furent massscrés à paris, où Ia
trehison de Perrinet Leclcrc, tls d'un échevin, introcluisit lcs
Bourguignons (t4{8). Le duc Jesn y fit une entrée solerr-
nelle et sema la main du bourreau Capeluche, un des hôros
du massacre. Toutefois il ne lit rien pôur la France et laissa
les Anglais.s'emp&rer de Rouen. Malgré son pouvoir sur ln
populace, Je&n n'avait pas confiance dans su cause, et il était
honteux de ses amis. Il essaya de se réconcilier nvec Ie Dau-
phin Charles, et accepta une entrevue au pont de l\lontereau.
Il y fut tuô à coups de hache per les serviteurs du prince,
commandés par Tenneguy-Duchâtel.
CEARTES VT. t80
10. Traité de Troyos (f &20). - Lo nouveou duc,
Philippe Ie Bon, oublia sa patrie, ses devoirs féodaux et ses
serments pour venger son père, et s'allia étroitement aveo
Henri V. Par le honteux traité de Troyes, le due de Bour-
gogne, lo reine Isabeau, le Parlement, I'Universitérecon-
nurent Henri d'Angletene, époux de Catherine de France,
pour futur roi, et dtshéritèrent le Dauphin su mépris. de la
ioi salique. Deux ans après, le victorieux Henri V était ma-
lade, quand il apprit qu'un lils lui était né au château de
Winds-or. < Ilenri de l\lônmouth, dit-il tristement, aura vécu
peu et conquis beaucoup, IIenri tle V/indsor vivra longtemps
ét perdra tdut. > Le malhcureux Charles VI, abandonné par
sa iemme, rong6 de vermine et couvert de haillons, termina
bientôt sa longue agonie. Le peuple suivit en pleurant son
ccrcueil : touchante sympalhie d'une nation misérable pour
un roi plus misérable encore I

IECTURE.
- Démenoe de Gharleg \i|I (13921.
0n était au commencement d'aoùt, dans les jours les .plus chauds de
I'année. Le soleil était ardent, surtout dans ce pal's sablonneux. !e rol
était à cheval. vêtu de I'habiliement court et étroit qu'oû nommait une
iaoue: le sien était en velours noir etl'échauffait beaueoup. ll avait
iuf ta iète un chaneron de velortrs écarlate, orné d'un cliapelet de
grosses perles que'lui avait donné la reine à son départ. Derrière lui
ètaient deur nakes à cheval : I'un portait un de ces beaux casques
d'acier. léEers'et"nolis. qu'on fabriquait à llontauban; I'autre tenait une
lance, hoit Ie fei avait'été donné'au roi par le sire de la Riviè.re, qui
I'avaii ranoorté de Toulouse. où on les fôrSeait mieux que nulle part
ailleurs. h'our ne pas incomri,oder le roi pai la poussière et la chaleut,
ôn le laissait mariher ainsi Dresque seul. Le duc de Bourgogne et le
duc de Berrv êl,aient à Eauclie. qirelques pas en avant, conversant en-
'de Bourbon,
semble. Le'duc d'Orléàns. le àuc le sire de Coucy et
0ueloues autres étaient aÉssi en avanl, formant un groupe. Par der-
rière'étaient les sires de Navarre, d'AIbret, de Bar, d'Artois et beau-
- d'autres formant une assez grande
coup troupe'
0h cheminait en cet équipage,'et I'on venàit d'entrer dans la grande
foréf Ou trlans, lorsque ttiut'àioup sortit-de derrière uû arbre.,-au bord
il ii iôute. uh stan'a homme, la t?te et les pieds nus, vêtu d'uneparmé-
chante sou{ueniÏle blanche. Ii s'élança e.t sai'sit le. cheval du roi la
bride : n Nà va pas plus loin, noble roi, cria-t-il d'une voir terrible;
ietourne, tu es tiahi l', Les hômmes d'armes accoururent sur-le-champ,
et. fraonînt du bàton de leurs lances sur les mains de cet homme, lui
Àr'ent h'ôher la bride. Comme il avait I'air d'un pauvre_fou.et de rien
Oà oio*.'on le taissa aller sans s'informer de rien, et mème il suivit Ie
roi'nenûant Drès d'une demi-heure, répétant de loin le même cri'
--Lô.oi-Ëi'foit
troublé de cette ippârition subite. Sa tête, qui était
touté tinte, en fut ébranlée ; cependiirt on continua à marcher. La forêt
it-
I
r90 EISTOIRE DE FRÂNCE.
l5li.rl,,o1.:,e^J10lJ.1 4qt^ Il9 q.rande plaine dc sabte, _o_ù tes rayons
î:
0u :girl^gl1l.r,or,!rÏ^r
eclaranrs g!,prus brùtants.encore. un der pager
r0r, raugue de ta chat€ur, s-'étant endormi, la lance qu'il nbrlait
tomba sur re casque, et fir soudainéÀe* iôteritii-r'iiieî. ii'ioT trer-
saillit, et.alors ori le- vit, se levant surseveiiieil, iir;jl;;n,ipej, pr.r-
ser son cheval des éperons et s'élancer en crianl': i. Èn ivifiiiur ces
fraitres I ils veulent ùe livrer aur ennemis. u chaôun s;ociriiïi'toutg
hâte,,.pas^assez tôt cependanj
on dit mê.me gue pluiieu.rs.furent ryu1 que quelques-uns ne fù;ilnt lresieïl
iuési enire autres un-Èoiiqnac. t e
duc d'orléans-se trouvait rà, auprbsl-tô-roia.dt ,;; i"riïaû;
-tout
le-vée, et.allait le frapper : u'Futez, frôn rieveu, s'éôriàlL aïc'aï nour-
gggne,qur etalt accouru ; m.onseigneur veut vous tuer. Ah I quel malheur t
Monseigneur est dans le détirer'nron Dieu t qo;on lâche dJiiiirrcoare r ii
I gFll sr luneux que personne n'osait s'y risquer. 0n le laissait courir
ça er ra et se tatrguer en poursuivant tantôt I'rrn ct tantôt I'autre. Enfin,
quand il fut lassé et torit trempé de sueur, son ctramtreliin, -mèrr,re
9:i]l::*:-Yrtrtr..l;r.qpl-09n1
on.r'en[0ura' 9i le prit
0n lulor,a son épée,.on
pai' oc,,icie a ïræ_iel.àrp. ;
]e descendit de cheval, il fut cou-
ch.é doucem.ent par.tmr-e, on lui'défit sa jaque : 0n rrouva sur
le che-
mln une volture â Dæ]ris-'_o_rl.v Rlaça re roi-de France en le liant,
peur que sa fureur ne le prît; ôn Ie ramena à la viiie,--ians-Ëîuve-de
ment et sans parole. Ds brnirirn.'

EXERCICES ORAT'X ET ÉCRITS

Erplioation dcs^mota._- .Le Mans, préfecture de Ia sarthe.


Ha!-1.fleur,ri I le. de la Seine-Inférieure. dïi"côii i; b*i; -
à',i'Ëii_ao-
calais.
- -
Ilonterearz, chef-lieu de canton de seine-etlrli-ei. iîoyrr,
préfecture de l'Àube.' -
3. Ouestionnaire. '-- Qu.els étaient les oncles de Charles VI? _
Quelle fut la cause de la révolte des ÀIaiilotinsi Raco;ù;t'eioaai-
tion contre les Gantois.
- -
Queile victoire le duc dô-Bï;r;;nne'rr*.
porta-t-il?,-. Pourquoi le gouiernement de philippe te tiaral"to"mËa-t-itt
Quels étarent les Illarmousets?
-nement. - Donnez uirè iaée de leur rouver-
Polrqu.oi et dans. quelle occasion charles vi t0mba:til en
-
demenceT.T 4 qul le pouyoir revint-il? _ Comment philippe le Hardi
essaya-.[-rr,de rerprn€r re grand schisne? Réussit-itr comment
voulur-lr reconcllrer la France et l'.\ngleterre? - -'
Quel fut le résultat
de ses elforts? -
Raco.ntez la croisade"de Nicoporii--ïi.'oni*, r'ri-
-
sa ssi nat de Louis d'0 rléans.
gnons? ^1 Q u .a p peile.- t-01 .limagnacï-àt-'ilîu rgui
Qu'est.-ee q-qe les cabochien's et I'ordonnancË ciloctiie-nner
-.
nacontez la balaiue d'Azincourt. -
- Quel fut le sort des Armasnacs
-q"àttô-ioi-ia-ô6nse-
vaincus? comment périt Jean sarÉ peur?
-
quexce du meurtre? -
Faites connaitre les coniitioni a,i ùaiià-de
- mourut Charles vr? _ Donnez ieiprincipatài
T:p::.^:jo-TTgnt
ûares ûe son regne.
. 3. Ilevoirs àiéAiger..--Exposer les causes, Ies principaux faits et
les col)seguences d€ la rivalité des armagnacs et des- Bourguisnons.
r{acOnter les relatrons des Anglais et des Français sous"le'règne de
_
Charles VI.
CEANTES VIT Eî JEÀNNE D'ÀNC. rer

rv
CEARLES VII & JEAIIINE D'ARC
(1{'NS-U61)

rEçoN
l. 0barlegYII. Lo règne de Charles VII vit deur grands
faits : I'expulsion -des Anglaie et la réforme du gouvernement.

It. Jeann^e d'Àro à 0rléani et à Reims. Vaincu Cravant et à
Verneuil, Charles allait perdre Orléans,- la clef -du Mid-i, lorsque
le natrio[isme et la relisîon donnèrent Jeanne d'Arc à la France.
Elli convainquit le pàuple de sa tnission divinc, délivra Or-
léans, battit ltennemi^à Patay, prit Troyes, 9t fit sa-crer le roi À
Reimâ : dès lors Charles fut l"e v-rai roi [our l,: peuple.
3. Prooès ot mort ile Jeanne d'Aro. -- Contraiiée par les poli-
tiques du Conseil. Jeanne échoua devant Paris et fub faite pri-
sohnière à Compiègne. I,€s. Ànglais firent instruire^son Prpcès
Dar une commission ccclésiastiitue. Que présidait Pierre Cau-
ôhon. évêque de Bcauvaisl elle firt ôoridarnnée à mort et brûlêe
vive.' Le duc Philippe se iéconcilia avec le roi au traité d'Arras
et Paris ouvrit scs portes.
{. Réformes de Chârles VII. Avant d'achever la délivrance du
sol national, Charles réprima- la révolte féodale de la Praguerie,
réforma I'armée par la création des contpagnies d'ordonnance et
-débarrassa
de I'infanterie des francs a,rchcrs, et le royaume
des bandcs d'écorcheurs, par deux expéditions en Lorraine et
en Suisse.
5. fin de la guerre de cent ans. Alors, maître d'une armée
permanente et disciplinée, d'irnpÔts- réguliers et perpétuels,
àtlio au ctergé de !'rànce, â qui ii avait rlonné la piagmatique
sanction, il lhassa les Anglais de la Normandie par la bataille
de Formigny et de la GuyËnne par celle de Castilion.

aÉcrT

l. Charles \|II (t'422-Lr*61).


- Lerègnede ChsrlesVll
vit deux grends foits : I'expulsion définitive des Anglais et lt
constitution de I'ordre administratif. Mais quel treveil atten-
dait le roi et ses conseillers t De quel ebime lo France n'avait-
elle pas à se relever I Le jeune roi anglais, Henri VI, oveit
tout pour lui, les étots généraux, Paris, I'Université, le
traité de Troyes, le duc de Bourgogne et toute lo France
eu nord de la Loire. Charles VII, â96 de dix-neuf ons,
emait indolemment de château en châteeu, entouré de fa-
voris et de capitaines d'aventures. Il laissait les Ecossais et
T92 DB trRÀNCE,
''*'0"'
les Gascons eombattre pour lui, et dépensait sur les bords
de la Loire ses faibles ressources en attendant qu'il fùt
contraint de passer en Dauphiné. Il perdait goiement son
roy&ume.
g.,Iru parti anglais et le parti françaia. Cepen-
dant le puissanee des Anglais, ainsi que la faiblesse- da rôt d,e
Bourges, comme ils appelaient CharleÉ VII, était plus appa-
rente que réeile. Sans doute les étrangers au service de
Charles furent battus à Cravant et à Verneuil (f 423-Lttt&)l
et il semblait que le roi Valois fùt à I'extrémité. Mais les vic-
toires n'étaient rien pour les Anglais s'ils ne gardaient I'al-
lionce de Philippe de Bourgogne. 0r ils étaient en ce moment
menacés de perdre cet allié nécessaire. Le due de Glocester,
oncle du roi c[ régcnt d'Angletene, épousa Jacqueline, com-
tesse de Hainaut et de Hollande, dont les possessions entou-
raient la Flandre et dont Philippe voulait s'approprier I'héri-
tage. Le duc de Bourgogne fut violemment in'ité, et Bedford
I'opaiso à grand'pcine en lui donnant la Picardie. Ainsi,
entre leur intérêt politique, la conquête de la France, et leur
intérêt commcrcial, I'occupation des bouchcs du Rhin, de la
Meuse et de I'Escaut, les Anglais ne surent pas choisir. Ils
voulurent tout, ils pcrdirent tout. Bn même temps, ils
vinrent mettre le siège devant Orléans I mais ils étaient
ruinés par la guerre, et si abandonnés par les chevaliers
frangais, quc, pour prendre cette ville qui commandait le
cours de la Loire et couvrait le l\{idi, ils ne purent en-
voyer que six mille hommes. L'investissement ne fut
pas complet, et, par Ia Sologne, Orléans put recevoir des
secours.
Au conl,raire, le parl,i de Charles VII devenoit le parti
français. Le l\{idi lui envoyait des secours et le comte de t'oix
lui soumetlait le Languedoc. Les Ecossais accour.aicnt pour
venger en France leurs vieilles injures. Les Bretons, pleins
du souvenir de Duguesciin, venoient lui olfrir I'appui de leur
courrge,.et le comte Arthur de Richemond, frère du duc de
Bretagne, acceptait I'épée de connétable. Enfin Charles épou-
sait la lille d'Yolande, comtesse d'Ànjou et de Provence, et
se ménageait Ie concours de cette puissanle maison féodale.
Ce qui valait mieux encore, c'était l'éveil du sentiment ns-
tionol. De toutes parts anivaient des secours aux Orléanais :
Angers, Tours et Bourges envoyaient des vins ; Poitiers et
La Rochelle, de I'argent; le Bourbonnais, I'Auvergne et lo
CHÀRLE$VII ET JEANNE D'ÀNC. I93
Languedoc, du salpôtre, du soufre et de I'aciu. Les Frsn-
çais commenqaient donc à se sentir citoyens d'une même
patrie, soutiens d'une môme c&use, ennemis d'un même ed-
versaire. Sur la tombe môme de Charles VI, en présence dcs
Anglais, le héraut de France avait crié, suivant I'usage:
a Dieu veuillc s&uver l'âme de Cho,rles, notre naturel, et sou-
aeraùn seigneur I n Et il reprit : < Dieu veuille donner longue
vie à Henri, notre souueratn seigneur I l Henri VI n'était
donc pos le naturel seigneur des Frangais, et c'étail le héraut
même qui I'annonçait.
3. Journée des harengs (ltt27). - Cependant une
nouvelle défaite vint accabler Ie parti de Chsrles VII.
Sir Falstall amenait uu convoi de vivres aux Anglais campés
devant Orléans, lorsque le comte de Clermont vint I'atta-
quer. Les Frangais avaient qual,re oonons; il leur était facile
d'accabler les ennemis retranchés derrière leurs baniques de
horengs. Mais les chevaliers ne voulurent pas que lc c&non
gagnât la bataille, ils se jetèrent à bas de leurs chevaux,
et, couverts de leurs lourdes &rmures, ils coururent folle-
ment à l'assaut. Ils se trent tuer sans prolit, et une armée
fut battue par une escorte. Les railleurs d'Orléans s'en
moquèrent, et ils appelèrent cette bataille la journëe ilet
harengs.
4. Jeanne d'Arc, son enfance. - Alors parut
Jeanne d'Arc. La lille du peuple entraina le peuple avec elle,
et elle entreprit de mettre I'Anglais hors de France. C'était
Ia ûlle d'un laboureur, Jacques d'Arc, et de sa femme Isa-
belle Romée. Elle naquit ou village de Domrémy, en Lor-
raine, sur les conlins de la Champagne. Les habitnnts de
Domrémy étaient Armagnacs, et soutenaient des luttes in-
cessantes avec leurs voisins bourguignons. Les Allemonds
prottaient du désordre pour venir piller le poys, cl Jeanne
voyait souvent ses frères et ses emis revenir couverts de sang.
Elle eut piti6 du royaume de Fronce, et peu à peu elle fut
prise du désir de le sauver.
C'était une pieuse fille, laborieuse, simple.d'esprit, grnnde
par le cceut. A treize ons, elle entendit dcs voix qui lui di-
saient de souver le royaume. Partout on moyait que la
Franee, perdue ps,r une femme, Isabeau de Bavière, senait
reconquise par une femme. Jeanne s'elfraya de ses visions ;
elle trouva I'entreprise au-dessus de ses forces, et ne parla de
rien à ses porents, jusqu'à ce que, pressée pendant cinq ans
EIST. DE trR. C. GOUPL.
I9& EISTOIRE DE TNANCE.
prr do nouvelle$ Lpperitions, elle se décidât. Elle s'ouvrit do
son projet, à son père, qui s'écria qu'il la ncierait plutôt de
ses msins. Elle alla trouver son oncle qui I'accueillit et se
laissa persuader. Le capitaine Baudricourt qui commandait
à Vaucouleurs, et qu'elle pria de I'aider, repartit brusque-
ment : r C'est une folle ; il. faut la reconduire chez ses p0,-
rents, en lq fouettant tout le long du chemin I D Il n'en fut
pas moins subjugué
par l'énergique résis-
tance de la jeune tlle;
la Pucelle., comme
on I'eppelait, avait
gagné le peuple, et,
tout animée par la
gronde voix de la
multitude, elle disait
qu'elle userait ses
iambes jusqu'aux ge-
noux plutôt que de
désobéiràscs saintes.
5. Jeanne d'Arc
à la cour de Char-
les VII.- Elle par-
titdonc pour Chinon,
où était la cour, avec
une escorte et y par-
vint en franchissrnt
tous les dangers. Là,
elle trouva des théo-
logiens 'discuteurs ,
rine soldatesque ef-
irénée, une cour scep-
Jeagqe d'Aro. Lique et, un roi intlif-
férent. Elle étonna
tout le monde par des actions qui semblaicnt surnaturelles.
Dlle reconnuù Charles qui se cachait û,u milieu des sei-
gneurs; elle lui affirma de la part de Dieu qu'il était bien
le vrai et légitime héritier du trône : elle gagna le simple
peuple à Chinon comme partout ; elle rûduisit les railleurs
au silence, les débauchés au repentir, le$ raisonneurs à la
foi, et prit lo direction des aIfaires.
t. Jeanne d'Arc à Orléans. Jeaune entreprit aus-
-
SEARtES VII EÎ JEÀNNE D'ARC. I95
sltôt de mener I'armée â Orléans. Les Orléanais se défer
daient bien et se moquaient de leurs ennemis. Ils avaient
une artillerie nombreuse et bien servie. Un jour un cenon.
nier quitte sa place pour aller prendre son repu,s; son jeune
ûls met le feu en son absence, et le boulet va frapper eu vi-
sege le comte de Salisbury, commandant du siège, ou mo-
ment où lord William Glasdale lui disait : < Sire, vous voyez
votre ville. > Les Anglais, qui n'étaient pas &ssez nonbreux
pour enfermer la place, avaient construit tout autour des
forteresses ou bastilles pour la bloquer. Bientôt ils se
concentrèrent dans les deux principales, celle des Augustins
et celle des Tournelles; Jeanne les en chassa. Elle voulait
les leisser fuir, mais les capitaines I'entruînèrent. Elle
atteignit I'ennemi à Patay, le battit, et fi.t prisonnier lord
Talbot (1429).
7. treanne d'Arc à Reims UeZq, - Que faire main-
tenant de I'armée victorieuse? Les politiques de cour vou-
laient envoyer des détachements en Normandie pour ravi-
tailler les petites garnisons qui tenaient encore pour le roi.
Jeanne décida qu'or irait à Reims. Idée supérieure dans sa
simplicité et dans sa hardiesse I C'est à Reims que le roi de-
vait être sacré, et, aux yeux du peuple, le sacre de Charles
devait prouver son droit. L'armée arriva sous les murs de
Troyes qui possédait de solides retranchements, une garni-
son anglaise et bourguignonne, une population hostile aux
Armagnaes. Les politiques du conseil triomphaient et se
moquaient de I'héroïne. Jeanne, qui n'avait pas été admise
uux délibérations, entra dans la salle et demanda trois jours,
< Nous attendrions bien six jours, si nous pouvions *oire
&u succès I Vous y entrerez demain I l Elle
- Six?
eourut nux fossés, sa bannière à la m.ein ; le peuple la
suivit ; on jeta des fascines, des branchages, des piet'res,
des tables ; on remplit le fossé, et Jeanne comm&nda I'os-
saut. Lo garnison, surprise et éperdue, parlementa et ss
rendit. Six jours après, I'armêe était à Reims, et, le di-
monche l? juillet, le gmtttr dauphin d.evenait, par le sacre,
le roi tharles VII.
8. Jèanne d'Arc à Compiègue. - Est-il vrai que
Jeanne d'Arc demando alors à se retirer, qu'elle douta de sa
mission, et n'eut plus que de sombres pressentimenfs? Elle
o déclaré elle-même qu'elle voulait chasser les Anglais de
France, les poursuivre chez eux, et délivrer le duc d'0rléans,
t96 HtsrornE DE rnaNcE.
prisonnier depuis Azinsourt. Malgré son avis, on la mena
devant Paris, où elle échoua et fut blessée. Elle revint assié-
ger les villes qui avaient quitté le roi pour le duc de Bour-
gogne, et se jeta dans Compiègne menacée. Blle fut prise, en
couvrant la retraite des siens, par le bâtard de Vendôme, qui
lB, vendit, à Jean de Luxembourg : Jean la livra aux Anglais
pour dix mille livrcs.
9. Jeanne d'Arc à Rbuen, Borr procès ({43{). -
Elle fut conduite à Rouen, et les Ang).ais sehâtèrentdecom-
mencer son procès, dans I'espoir de déshonorer &vec elle le
cause qu'elle avait si vaillamment défendue. Pierre Cau-
chon, évêque de Beauvais, fut chargé de présider la cour ec-
rlésiastique qui devait la juger. Ce Français a eu le malheur
ùe faire brtler vive I'héroïne de la France. L'accusée futtou-
chante et admirable; la fière et naTve simplicité de ses ré-
ponses confondait le tribunal. < Jeanner croyez-Yous être en
état de grâce ? je n'y suis, Dieu veuille m'y mettre t Si
- Si m'y
j'y suis, Dieu veuille tenir t ne se
- Les gens d'arfnes
faisaient-ils pes des étendards à la ressemblance du vôtre?
Ne les renouvelaient-ils pas ?
rompue.
- Oui, quand la lance en était
frJ'svs2-vous pes dit que ces étendords leur por-
- je : har-
teraient bonheur ?
- Non, disais seulement entrez
diment parmi les Anglais, et i'y entrais moi-même. - l\{ais
pourquoi cet étendard fut-il porté en l'église de Reims su
saue, plutôt que ceux des autres capitaines ? Il avait été
-
à la peine, c'était bien raison qu'il fùt à I'honneur.
- Quelle
était lo pensée des gens qui vous baisaient les pieds, les
mains et les vêtements ! gens venaient vo-
- Les pauvre$
lontiers à moi, perce que je ne leur faisais point déplaisir;
je les soutenais et défendais selon mon pouvoir. > On lui
promit de la mettre dens une prison d'Eglise, si elle quittait
les hebits d'homme et abjurait ses erreurs. Elle consentit, et
fut ramenée dans la prison laïque. Là, ses gardes lui reti-
rèrent ses habits de femme, et, quand elle voulut se lever,
elle dut repreudre ceux qui lui étaient interdits. ( Elle est
prise,l dit Cauchon au comte de ÏVarvick, et elle fut con'
demnée à mort comme hérétique relepse.
10. Supplice de Jeanne d'Arc. - 0n la lia sur un
chariot, et on la conduisiù sur la place du Vieux-Marché de
Rouen, où le brlcher était élevé. Elle demanda la croix : un
Anglai.s lui passa uue croix de bois qu'il flt d'un bâton; elle
nB l& rcgut pes moios dévotement, elle le baisa, et la mit,
OEARIE$ VII EÎ JEANNE D'ARC. T9?
elte
cette rude ffoix, sous ses vôtements et sur sa cheir. Mois
aurait voulu la uoix dc I'église' pour la tenir devant ses
Isom'
;;; j"tq;à la inort. Le bon huisiier Massieu et frère
upporta de la paroisse Sajnt-
i,art h*ent tant, qu'on lu lui
qu'Isambart
Suouuor. Comme ôlle embrassait cette moix, et
f'Ën.o*ngeoit, les Anglais commencèrent à trouver cela
ùir" fo"Sl.. Ils firent nionter deux sergents. pour la tirer cles
mains des prêtres. Au pietl tlu tribunel, elle lut s&lsle
nut tut hommes d'armes qui la l'raînèrcnt au bourreau'
ï;i ;i;";ïi o roi* ton ofdce. > Cerrc furie de soldats fit
horreur.
< Elle n'&ccusa ni son roi, ni sessaintes' Mais,
ps'rvenue B'u
hout du bùcher, voyont cetie grande ville, celte foule immo-
silencieuse,"elle ne pu"t s'empècher de dire: < Ah t
bile et :;"i
Ë;;;, grund'ptut qo* fu n'aies à souffrir de ma mort I I
Cefte qrii aùit tou.'é le peuple qt qle le peuple af3ndgnlait
que de lo
n'exprimn en mourânt (ôdm'iruble douceur d'âme l)
compasslon Pour lui.
o'Etlr fut'liée sous l'écriteau infâme, mitrée d'une mitre
où on lisait : < hérétique, relapse, apostute,-ydolastre' I
Et
slors le bourreau mit Ie feu. Blle le vit d'en haut, et poussa
un cri. Puis, comme le Frère qui I'exhortait ne faisait pas at-
tcntion à la Ilamme, elle eut peur pour lui, s'oubliant ello'
même, et le fit descendre.
- r, ,.. Cependant la flamme montait' Au moment où elle
lo ioutha, ia malheureuse frémit' Mais, se relevant aussitôt,
uilu nt tto*-o plus que Dieu, que ses ânges e! se.s sointes'
-o gui,
Elle leur rendil témàignage i mes voir étaient de
Dieu, mes voix ne m'onlt pas trompée I >"' Vingt ansaprès,
lcs dcux vénérablcs religieux, simples moincs, voués à la
pauureté et n'ayant ricn t gûgner ni à maindre cn ce monde,
àéposent ce qobn vient de lirô : o Nous I'entendions, disent-
r-ii*, â""t ti t o invoquer ses saintes' son archange ; ellc
u ropotoit le nom du sa'uveur. Enfin, laissant tomber sa tête,
r elie pousstl, un grand cri : < Jésus. >
o Di* mille Èommes pleuraient. Un secrôfaire du roi
d'Anglelerre disait tout hout cn revenant : < Nous sommes
t
o petdus, nous &Yons brùlé une sointe t >
if . tiaité d'Arras (t4Jb). Cet assassinat- juridique
-
n. rut point utile aux Anglais.'En vain le cardinsl de win-

l. Michelet, Eistoire de France' l.Y.


I98 EISTOIRE DE trRANTE.
chester fft-il sacer le jeune Henri YI. Les Anglais s'aliénèrent
le duc de Bourgogne eu moment où ils avaient le plus besoin
!e son eppui, et Chsrles VII engagea des négociatiops avec
Philipp_e le Bon. J,e congrès d'Aruas réunit, sous ls prési-
dence des légats du pape, les représentants de presque toutes
les puissances européennes; et le réconciliatiôn du roi avcc
celui qu'on eppelait le grand, d,ue il,'Occi,ilent s'accomplit mal-
gré les efforts des ambassadeurs anglais. charles se décrarait
innocent du meurtre de Jean sans Peur, promettait de fonder
une chapelle expiatoire sur le pont de l\{ontereau, éloignait
de sa personne Tenneguy Duchâtel et ses complices, cédait
les villes de lo Somme, et exemptait de I'hommage le duc
Pùilippe sa vie durant. La Fronce crut ne pas acheter trop
cher la neutralité ou I'appui de la Bourgogne, et, l,année suil
vante, Paris se rcndit eu roi national.
12. La Pragrrerie (t a&0). Mais les Anglais n'étsient
pas les seuls ennemis du roi. Les - grands seignéurs commen-
clre^nt à uainrlre pour leur indépendance; ils prirent pour
chef celui qui devait être plus tard leur impitoyable ennômi,
le dnuphin Louis. Ils trent la révolte appeléè praguerie, ù
cause des massacres c_ommis à prague, en Bohême, pendant
ls récente guerre des Hussites. Le roi partit dc poiiiérs avec
son connétableRichemont, et son maitre de I'artillerie Jeon
Bureau, saisit Saint-l\{aixent assiégé par les rebelles, ct regut
leur soumission. La bourgeoisie et les poysans lui avaient
prêté un actif concours. cependant l'étranger possédait encore
Ia Normendie et la Guyenne ; les nobles, rèndus par eette
longue guerre plus muels et plus indociles, pillaienf et mas-
sacraient sans crainte; les aventuriers, qui prenaient I'hor-
rible nom d'écarcheurs, étaient plus redoutabjes aux pa,ysa,ns
gu'&ux ennemis ; la peste et la famine sévissaient partout; it
n'y evait pour la malheureuse France ni sécurité riàns le prô-
sent, ni espérance pour I'avenir.
13. Réforme de I'armée.
- Il un
m&uxun roi sage, habile, bien serni,r,
fallait contre tant de
second Charles V :
son petit-lils sembla vouloir I'imiter. suivit-it res conseils
d'Agnès Sorel, les encouragements de sabelle-mère. yolande
d'Anjou, I'exemple de son connétrble, de Dunois, I'illustre
bâtard d'Orléans, et de I'héroîque jeune lille qui était morte
pour lui ? Quoi qu'il en soit, il secou& la torpeur dc sa jen-

l. Cest ls lurnom qubu a donné à Gharles VII.


CEÂRLES VII ET JEÀNNE D'ARC. I99
nesse, et I'Indolent devint le Victorieux. Il commenge por
réformer I'armée. Ilcréa quinze compagnies de cent lonces,
chaque lance comprenait six hommes ; ce qui formo une &t-
mée de neuf mille cavaliers (1439); il forma I'infanterie cles
francs archers (1448), en ordonnent que chaque poroisse
fournît un homme pourvu de ses &rmes et connaissant les
exercices militeires; il imposo à cette armée nouvelle de sé-
vères règlements. En même temps, pour débarr&sser le pays
des écorcheurs, il en men& une partie en Lorraine contre
Metz, et donna le reste à son Iils aîné qui les conduisit contre
les Suisses, et en ût tuer sept mille à la bataille de Saint'
Jecques (1,441).

Carte de la Guyennc.

Les nobles furent intimidés par des procès et des exécu-


tions ; le maréchal de Retz, qui égorgeait des enfants pour se
livrer à la magie, fut brrllé vif ; Ie bârtard de Bourbon fut
cousu dans un sec, et jeté à la rivière.
14. Expulsion déflnitive des Anglais (l4t*g-1453).
Charles VII, maître d'une armée permanente et discipli-
-
née, il'impôts réguliers votés par les éttts généraux d'Or-
léans (1439) et rendus perpétuels par se propre volonté, allié
au clergé de France, à qui il avait donné la pragmatique
sanction de Bourges, aimé du peuple qui ne ménagcait pas
Bo reoonn&issance à son libéretcur, bien pourvu d'ergent,
IOO EISTOIRE DE FRÀNoE.
grâce à lo libéralit6 patriotique du grand négocïant Jacques
Ceur, dont il avait fait son argentier, reprit, la guerre na-
tionale. La Normandie fut conquise $Leq; six milleAnglais,
commandés par Thomas Kyriel, essayèrent une descente, et
furent battus à Formigny per I'argent de Jacques Cæur, les
lanees de Richemont et les canons de Jean Bureou (t450).
L'année suivante, la Guyenne fut occupée par Dunois, et
Bordeeux ouvrit ses portes; mais bientôt, mécontente de la
domination frangaise, la province rappelo les Anglais : lord
Talbot périt à Castillon (f 453), et Bordeaux repris perdit ses
privilèges.
16. Mort de Charles Vf[.
- Restaient les grands à
contenir et le Dauphin à dompter. Le sire de Lesparre eut la
tète tranchée, le comte d'Armagnae fut condamné ou bannis-
sement, Ie duc d'Alençon à la prison perpétuelle. Quant au
Dauphin, < qui subtiliait jour et nuit et inventait maintes
étrangetés, u le roi le reléguo en Dauphiné. Puis, comme il
eontinuait ses intrigues contre son père, le comte de Cha-
bannes marcha contre lui et le forga de s'enfuir à Genappe,
chezle duc de Bourgogne, Philippe le Bon. Charles VII linit
tristement; on dit qu'il se laissa mourir de faim, craignant
d'être empoisonné par son tls. Il est plus probable qu'il fut
étoulfé por un abcès qui lui mev& dans la gorge (t46t).
Ingrat envers Jeanne d'Arc, qu'il laisso martyriser, et onvers
Jacques Cæur, qu'il abandonna à ses ennemis, il evait fait
avec leur aide deux grandes choses : Ia conquète du royaume
et ls réforme du gouvernement.

IECTURE.
- Jacques C@ur.

Jacques Cæur, né au commencement du quinzième siècle, fut I'un des


créateirrs du commerce franQais. Illarchand de Bourges, il étendit bien-
tôt ses relations dans le monde entier. Il avait trois cents agents dans
la Méditerranée. Les mers étaient couvertes Ce ses vaisseaur; à lui seul
il diriseait plus d'af[aires que tous les négociants rénnis de France et
d'Italié; au-ssi le proverbe ïisait-il : riehe comme Jacques Cæur.
Charles VII le nomma maltre de la monnaie de Dourges, puis son
argentier, c'est-à-dire contrôleur général des finanees. Jacquès Cæur
reidit de grands services à la royauté. tl prêta à Charles VII 200 000 écus
d'or. oui aidèrent ce prince à conguérir la Normandie, et cntretint guatre
arméei à ses frais pèndant la ddrée de cette guerre. Il fut envoyé en
ambassade auprès du pape; nais pendant son absence il fnt calomnié,
accusé de traliison et de- concussicin, et, après un procès inique, con
damné à mori (1153).
Le roi aurait' dri défendre uu serviteur aussi dévoué; il se contenta
JÀC0UES coûuR. 201

de commuer sa peine en celle de la.d.étention'


Jacqttes.Cgil-ft"l'l'ot
mais, par I'en-
orisonnier daus Ie *rftff'Ë-";d-d,;ùil-âtBeanciire;
il avait.fait.épouser sa
tremise d'un de r.. ru.tËuÀl-U,iiitigà, I çi
ii ivaitété plu[Ôt le.père
nièce, il parvint à s,écnipper.'ses com-mis,.aont somme de 60 000 écus;
que le maitre, ,, ,ot,tiiË"ni^pt* Ël;"tdii
une
ét Jacques cæur se ,-t,;;"h-R;;;;'d.ù i. r,apeinidonna
le commande-
moûrdt en l46l'
t*î't"âiuït nol[e ,ooite iei lntcs'aIl,nu,
La devisede.lacqoeÉ'Ëæîî etàii r iàtlioit rien d'impossible.

EXTiRCICES ONAUX EÎ ÉCRITS

l. Erplioation des motg. Bour-ges, préfecture du Cher'- - Cra-


,"; /, ff;;!ià;- | Y; ; : v- erii ui ti ctie i-l o e tonprovince
ie d
.ca
n
l-Ï l'.t''-
-a-q.out a
Domrémy, vltlage oËi'voti'i'";. jïîrouru, - ior-ralne'
- ancienne
ti des
formé tes oep artemcniË à J al-ri"rirr"irË;:ii-nGetle
recture
î; Ë;,."f ;;; i ;; à;i,;;u;:p ;?,i;c rillage i, c.
- Arr' as, ëastillon'
t,i'*- e i' o -CàivaOos
à ré p

du l-)as-de-Calais. - Ëornrig\'v; ou -'


chef-lieu de canton de Ia Gtronde'
2. 0uestionn"ir*. l'ôiJt îôni ret deuran"slais srancls faits du rqgn-e--q:
et drr parti françats
charles vil? - corpair"i:éii[ ïu lnrti de Chàrles YII? -
vers 1422. - QuetteJ'i;;;t;i;"p;;oiiÈit' dé"raites ville assiégcaient'alors
0u'est-ce que la :ootnOîàii-trateigst - çneile
Ia ieunesse de Jéanne d'Arc'
Iés Anstaii? - frrcoi,tËiii irîiirr",r.e et
_ Qtre thut_il penser^iË"r'r.ii',i*î -- Onr"iui répondit Baudricourl,?
delivra-t-elle orléans?
oue tir-eue , ,, .oniîË"t,î'iïiËil*i - _Cimmcnt
:- ii,iri j-iifi
uu ";
;;;;;; i-i:iiii"d"^r'
,0,Ï,it-ii ri.;ai
t**
=
Rourqiioi.Jeanne
nt z.
Ra co
1', I',1"
e I

avrit-ellé.insistô
du

Trores. - re -fure.nt sei-àerniers aetes militaires?


noui le mener à Reims?
Tïu".iii;^q;iii;i"ll, -.Qucls fairi prisonnieTgl - Racoutez son pr0ces.
réponses' llacontcz sa 'mort'
-
Faites connaitrc quclques-unes'dc ses -
ptrilippc
_ commenr crrarres\iù"r;';,i.*;iri;-t-iiiïàc Oo'e^nt le roi pour la le Bon' duc de
Bourqosne? - 0,,'estliË il";Ë"i';;;tieïiôi--
réforme de l,armée? 1ïoilï.ni ir àit,rrrrrra-t-ii
-i
tles écorc.lteurs? -
r-ce que
i';i,;ii*" ;p^.î,il"ru rent ;Ëb tiil;- r pôts. peruét el ? -
u su' Q es

la pragmatrq,,o ,r,,.iiitiC :-O;;tltt,rtlt tcd dcrtx provirtces qru res-


qrre,lles viclolrcs fttierit-clles conquises?
taient encore aux nngiais? - làr -- Q!e-!9 fut la con-
Comrnent fe roi tiaiia-t-il ics nbhtos coupalrles?
-duite rlu dauphin r,oîilt - cô**.nt morirut charles vll? - Donnez
leJ principalcs datcs de son règlte' la l'rance â l?vènement
3. Devoirs à rédisi;.":'Eii;;;qr I'étar tle a'arc.
ylt. *"a"eontcr liiiiiiliu-U.ileannô
tte ctrartes - - Raconter le
Jeanne d'ars'
ifsiËii"Ch;ttiôs vrïïepnis la mort tle

9.
CHAPITRE V
I.E TRIOITPHE DU P|IUUOIR RtlTÂI. SUR I.I FÉ(IDATITÊ
(r{6r.rr90)

I
IINTENTIONS & DÉCOUVERTES

, I.EçON

t. Inventlons et ddoouvertes.
prise. prr tes Turcs : cette date- a En 1453, Constantinople fut
été choisiJ pôùrîbiiô,ier re
début des temns mode.rnes. A. cette époque,
-' diàr;nâ;T?.ou-
verteg transfor-mèrent le monà"-.----
. ?; Lq poudre à_ oanon. L'artillerie,
-- d'un usage gei_oiai-efdéjà à Ia ba-
employée
taille de crécv. dev-i{ arors éiaigàï ru,
conditions de-ll queme.
8. Les oanaur â éoruses. Les canaux à écruses, imaginés
- diminuèrent tès-rrai's âîiiuo.-
vers la fin du. quinzième siècJe,
port, augm.entèrent la -quantité de marchandises t.âo"poitee..
rcnûrrenr l,lndusrne ptus actrve et multiplièrent les relationé
paciEques des hommes.
4. L'imprimerie. L'imprimerie. iwentée par Gutenberg,
multiplia les li'r.es -et les rccteurs; eile fit sortir t';instruiiiil ocs
eouvents et rendit accessibres à toris res æuvre J ddù;;Ë;;p"ita
ûes siècles passés.
5. La boulsore. La boussore, perfectionnée par l'Itaricn
-.
Flavio Gioja, permit aux navigatéur's de .;eioig*.'.1i. ôôiË* .t
dc traversër'rËs océans :_ ainsi I'ure't poÀ*irrr.îiiïeiài,iu.ù a.
I'Amérique par christophe coromb, c^elre dti"
par Vasio dô Gama. et ie premi;;;ôya;e aùioir. ;"rËàu*ii,ru,
aï,i;;à;;pu,
Itascllan.

nÉur
l. Prlse de Conetantinople par les Turcs. _
En t458, I'année même de la Uataittide Cestillo;;il;*_
nière de la guerre de. cent ons, constantinople, ruiiirru
au
llempire romain d'Orient, Tut prise per le ar',-rli;; îri..,
Mahomet II. c'est à cette date que ion est ,orru.nu
ae pra-
cer le commencement des temps-mod,ernes, et la
tn i;;;,Vrn
102
INVENTIONS ET IIÉCOUVERTES. 203

û,ge ou âge intermédiaire. La chute de l'empire d'Orient est,


en effet, un événement considérable. La dernière épeve dc
I'antiquité est engloutie, Ia dernière étincelle de I'ancienne
civilisation est étoulfôe, et un peuple barbare, redoutable par
son esprit militaire et son fanatisme religieux, remplace sur
les côtes de I'Archipel un empire chrétien clepuis longtemps
en décadence. A peu près à la même époque, de nombreuses
et importantes découvertes annoncent un mouvement plus
rapide des esprits et changent les conditions de la société et,
pour ainsi dire, la face. du monde.
2. Tt'attillerie. Jusqu'à I'invention de I'artillerie, la
- des
guerre, qui était la vie barons féodaux, ne fut point un
art. L'invention de la poudre, quelquefois attribuée &u
moine allemand Schrvartz, est due aux Chinois, qui la trans-
mirent aux Arabes et aux l\fongols.. Les Chinois employèrent
les conons en {232, les Arabes s'en servirent en Espagne vers
lo fin du treizième siècle, Ies Anglais à lo bataille de
Crécy ({ 346). Pendant cent ans I'artillerie tt peu de progrès.
Les Français eurent, sousle règne de LouisXI,en l463rune
artillerie légère montée sur des olfûts à roues, et acquirent
dans cette &rme une grande supériorité. L'invention de la
poudre fut tout à I'avantage des rois et du peuple. En elfet,
comment un simple baron aurait-il pu entretenir un train
d'ortilluie suflisant? Comment les châteaux féodaux &u-
raient-ils résisté à des coups répétés et frappés avec préci-
sion ? Enûn, à quoi servaient les armures ûnes, Ies cottes de
mailles et les grandes épées à ileux mains, contre les boulets
qui emportaient des ûles entières ? La science remplaço Ia
force, et un manant capable de pointer un c&non fut un meil-
leur soldat que Charlemagne.
3. I-,es canaux à écluses. Les anciens connais-
- s'ils savaient donner de
saient I'alt de la canalisation; mais,
I'écoulement aux eaux ps.r des fossés, ils ne savaient pas les
maîtriser par les bamages et les écluses. Les c&n&ux à écluses
furent inventés vers la tn du quinzième siècle (f 481) par
deux ltaliens, Denis et Piene de Viterbe. Ils imaginèrent de
placer dans des rivières deux banages ou portes, séparées
I'une de I'autre per un espace capable de contenir un bateau.
Plus tard, le grancl Léonard de Vinci fit connaître cette in-
vention en France, et les Franqois proclamèrent les premiers
tout le parti qu'on pouvait en tirer. Ils comprirent que, par
des écluses qui retiendraient les eaux, on pourrait foire fran-
20tt IISTOIRE DE FRÀNCE.
shir aux bateaux des chnînes de montagnes, et les faire pas-
ser d'un fleuve dans un autre. Dès làJ8, on parle d'unir Ia
mer l\féditerranée à l'Océan. Ce fut Ilenri IV qui étoblit le
premier grand canal, celui de Briare, entre la Loire et la
seine. Les conséquences de l'établissement des canaux furent
grandes. En effet, un cheval porte cent kilogrammes; attelé
à une voiture, il en treine mille; attelé à un bateau qui vogue
Bur une eau dormante, il peut tirer sans plus de fatigue et
Èr'ec &ut&nt de vitesse un poids de vingtmillekilogr&mmes.

Un canal à écluse,

Donc les frais de transport sont diminués, et la quantité de


marchandises transportées est augmentée, Dès lors, les usines
et les manufactures se multiplièrent, lescarrières etlesmincs
s'exploitèrent plus facilement, les denrées de toutes sortes
circulèrent avec plus d'activité, les produits nsl,urels de
chaque province aruivèrent dansles provinces voisines, et les
objets précieux venus de I'Inde ou de I'Amérique pônétrèrent
par la navigation intérieure jusqu'au centre du continent.
Ainsi s'acmut la prospérité générale; ainsi s'établiren[ entre
les hommes des relations pacifiques qui contribuèrent à la
longue à elfacer les préjugés et à diminuer les haines poli-
tiques et religieuses.
4. L'imprimerie. - lllais la plus grande invention de
cette époque si fertile, c'est I'imprimerie, qui mit à le portée
de tous les connaissûnces dc chacun, et garda pour la posté-
INVENTIONS ET DÉCOUVERTES. 205

rité le travail des siècles untérieurs. Au moyen âgc, les


moines copiaient à la main les ouvrages qu'ils voulaient con-
server ; aussi ces nlanuscrits étaient-ils rarcs et chers. Une
comtesse d'Anjou, au sixième siècle, payû pour un mtrnu-
suit deux cents brebis, un muid de froment, un autre de
seigle, un troisième de millet et un certain nombrc de peaux
de martre. Les hnbiles copistcs étaient considérés comme des
hommes divins. Un vieil historicn ro.conte qu'il y avait dans
un couvent un frère qui s'était rendu coupable de bcaucoup
de fautes. Il copia de son propre mouvcment un volume consi'
dérable dc la loi divine. Après sa
mort, son ùme fut appelée devant
le souverain juge, et les mslins
esprits mirent ou jour ses innom-
brables péchés; mais les enges
montrèrent le livre qu'il avait écrit
et comptèrent les lettres qu'ils op-
posaient à chaque péché. Il se
trouva une lettre de plus, et le
démon nb parvint à lui opposer ûu-
cun péché. C'est pourquoi Ia clé-
mencc divine épargna le frère.
Jean Gutenberg, né à Mayence
et établi à Strasbourg, inventa
dans cette ville I'art de I'impri-
merie. Il fontlit des lettrcs mobiles
en métal, de manière qu'on pùt les
assembler à volonté pour formcr
des mots, des lignes, dcs pagcs.
C'est en 143 6 qu'il forma a.Yec
André Dryzehn et plusieurs autres
une société qui établit le premier
atelicr de typographie. Plus tard,
il se transporta à N'Ioyence, où il {it en {450 une nou-
velle société avec Furst et Schell'er, qui mirent leurs noms
sur les plus anciennes éditions connues. Sur dcs pagcs de
métal, enduites d'encre, ils appliquaien[ des fcuilles de pa-
pier à I'aide d'une presie, et muliiptiaient indéliniment lcs
ôxemplaires tlu môme ouvrage. Lc premier livre imprimé
fut lâ Bibte(1a55). Dès l,!t65, Rome eut une imprimerie,
'en
Venise et lt{ilan l,tr6g, Paris cn l&7t, Le prix des
livres diminua, et 0n put lire partout les éuivoins Srecs'
206 EISTOIRE DE FRÀN0E.
latins, frangeis, que les imprimeurs publiaie'nt en grenil
nombre.

Presse ù irnprirner.

5. La boussole. - Les anciens navigateurs rasricn[


timidernent les côtcs et n'osaicnt s'aventurer hors de la vue
des tenes. Les Chinois décou-
vrirent que I'aimunt se tourne
toujours vers le nord, et ils se
servirent d'une aigtrillc ai-
mantée placéc sur un moroeau
de liirgc dans un vase plcin
d'eau. L'Italien Flavio Gio.ia
d',\malû suspentlit I'aiguilie
surlln pivot, d'acier, et il en
La boussole. rcndit ainsi lcs indications
plus précises. 0n perfectionna
lo boussole, les cortes, les compas, &u collège maritime
de Sagre, en Portugal, fondé par le prince Hcnri.
Le murin ne craignit plus de s'a,venturer sur des mers in-
connues, sfir de pouvoir trouver sa route au moyen de la
boussole et du compas. Ainsi Christophe Colomb put décou-
vrir I'Amérique ({ +92); Vasco de Gama, doubler le cap de
Bonne-Espérance et trouver la route maritime des Indes
orientales (1497); Magellan, entreprendre le voysge outour
du monde (t519).
INVENTIONS ET DÉCOUVERTES.

- Trolr grands navigateurr.


IECTURE.

Christophe Cor.on, né à Gênes, en l44l, après avoir étudié les


uathematiques et la géographie à I'universitâ dô pavie, eonçut I'idée
de I'eristence d'un continent dans l'Océan occidental. Il lâ com"uuniqua
au gouyernemenl de Gênes, à la France, au roi de portuqal: mais. son
projet p'a.yant pas été accueilli, il s'adressa à Ferdinanilet'à IsaÉelle,
gui régnaient .en Pspagne, _et gui, après beaueoup de diflicultés, lui
fournirent trois vaisseaux. ll mlt à la voile le B aôût 1492, et. trente-
trois jours ap.rès, il prit terre à Guanahani,-l'un_e des Lricay'es, qu'il
nomma San-Salvadorf puis il découvrit Saint-Domingue. Il retbuina cn
Europe, où il fut reçu àvec de grandes marques -et de ioie et de consitlé-
ration. 0n lui donna des lettres de noblesse, on le-nomma amiral des
Irrdes. Dans trois autres voyages, il découvrit la Jamaîque. la Guade-
loupe et la côte occidentale ôe-l'Amérique du Sud, à laquel'le il donna
le nom de Colombie. Il mourut en 1b06, après avoir es'suyé I'ingrati-
tude de ses concitoyens.
_-L'histoire _n'a pâs été plus juste envers ce grand homme. C'est
Christophe golo.mb .qui a découvert I'Amérique, àt c'est un Florentin,
Aménco, qur a tlonné son nom au nouveâu continent.

Vrsco nu Glur., célèbre navigateur portugais, doubla le premier le


eapde Bonne-Espérance, en 1497. Après
'il avoii couru de grands dangers
sur la côte orientale de l'Àfrique, aborda à Calicutl ville de I'ln-
doustan. Ainsi,, ce sont les Poriugais gui, Ies Dremiers,'ont découvert
la route maritime des lndes. Cetle route a été suivie' iusou'à notre
époq.ue 1. mais le p.ercement du eanal de Suez a ouvert rine ïoie plus
courte et.plus facile.par la mer trléditenanée et la mer Rouge.
Vasco de Gama a éié le fondateur du puissant empire poriusaisdans
la mer des Indcs. Les Ànglais sont inaintenant les ùaitreis de cet
empire.

[I.lcrr.lrx, navigateur portugais, servit d'abord dans I'Indoustan.


llais, irrité de I'ingrltitudele sa patiie, il se rendit aurrrès de Charles-
Quint qui I'accueillit favorablement. Il voulut atteindre les iles de
l'Océanie en cherchant un passage à I'extrémité méridionale de l'Àmé-
rique. Son expédition réussit. ll partit en {5{9, lonsea la côte de
I'Amériqrre d.u Sud, découvrit, en {S20, le détroit'qui florte son n0m,
entre I'Amérique méridionale et Ia Terre-de-1.'eu,- mi't trois mois ei
vingt jours à travcrser I'océan Pacifique, et aborda aux iles Philinnrnee
en 152t. Il futtué, peu de temps aDiès. par les naturels de cesilès.
Magellan est le premier navigateùr qui'a entrepris uu voyage autour
du uànds.

EXENCICES ONÀUX ET ÉCRITS

l. Erplication deg mots. - Ifiauenee, ville allemande. Strasboure.


capitale de l'Àlsace. - de Naplei.
Àmalfi, ville d'ltalie, ancien royâume
â. 0uestionnaire. - Quelle est la date de la prise de Constantiriople
par les Turcs? - a-t-on placé à cette-date le eommencemènt
- Pourquoi
des temps modernes? A qui attribue-t-on I'invention de la poudre à
canon? -
A quelle bataille ïe servit-on pour la première foii de I'ar-
-
208 EISTOINE DE FRANCE.
tillerie en France? Quelles furent les conséqnences. de l'invention de
-
iï'ioîOiôr - Qn'etaiËcc que les canaur chez
-les
Â. qnclle
budo,,e i.,irnt iirrerrtcs les'eanaux à écluses? -
an-ciens?
-
Qu'est-ce qui a fait
iôririaitrc les écluscs en I'rance? - Quel esII'avantage des canlux? -
O;;;ii;s furenI les colséquenees de I'invention des canîux à écluscs? -
ô.eité-eit ii irlus srandb intentiott du quirrziômc siÔcle? - Qu'était-ce
q-;; iÀr-manlicritsi Etaient'ils cherS? i\lontree le cas q'e l'on
-
t-iirii-O u'r copiste ây mgTen âge.
-
Qucl csl, I'irrrenteur de l'impri.
rôiiei- -
Qubl fut le prdmiu"lilre imprimô? Donnez la tlale de
-
lcirl,tisscmint des imprïmeries à Rgme, à ltlilan,.à. \'enise,. à I'arii'
0u'est-ee (rte la borrsiole? Comment Flavio Gioja l'a-t-il pert'cctton-
-
;d;t- -
Qirelles furcnt lcs conséqttenees.de eette invention? -
iont tes dïtes tle la tiécouverte de I'Amérique, de celle de la route ma'
Quelies

- g. -Devoii
ritime des lndes, du premicr voJage atttour du nonde?
e rétigei. - Quellôs-sont les principales tlécouvertes du
quinzième siècle ?

u
LOUIS XI & CEARLES LE TÉUÉNEIRE
(r{Bt-t{83)

rEçoN

l. Progràs
-
dn pouvoir royal'-- L-e quinzièruc. siècle vil, partout
erandir lc pouvoir royal. En t'rance, Lo.uis- xl ' collttj.tuant
F;ï;;.lc Chartcs Vll, Ëourbattit toutc'sa vie lo grantle féoda-
iiîal'ài"itô-àÈôi-te-plus puissant était Charlcs Ïe Téméraire,
duc de Bout'gogne.
- e. iouis x.lit Ctrartesle Téméraire.- La féodllitô nrcnaqa' à trois
rcpliscs di[1ér'ctrtcs, lc pouYoir royal' En 1465, elle tit la ligue
;iiti* ùutlir,laLiit te loi à nlorrilhôr'y et lui inrposa lcs trlités
dc Connins c[ t]c Saint-l\latrr. En l4GB, lc duc de l]ottrgogne,
CInrlr:s le'l'éurÛrtirc, lc tiut prisouuier à Pér'onnc et lui til si.gner
Jcs col.liti.-,ps tlisirstrcuscs,- Iiu I172, lcs prittces corup)olèl'ent
Jà-rôu,nloccr Lorris par son fr'èrc illarlcs- ct de tlôrlctnbrct' le
iotnu,r'c : Cltitt'lcs trtourttl, cL lc Téurérairc, rcpoussô t1u Bcau-
viis, acccpta la trôve tic Scnlis.
l.'p.oiÀit ct mort de Gharles le Téméraire. - Lc roi^profita tles
eurlra'rCs que lc duc se crét en Alleutagne_et cn Sutssc pour
i.iit.r avcd E.louartl IV, roi d'Angletmrel ii Pccquigny;-puis il
itOôiura la féodalité, tantlis qtrc lô duc de Bourgogne, battu à
Grausou et à tlorttt, périssait a Nitttcy.
4. Guerre rte la sirôcession de Bour"gogns. - Louis XI s'aliéna
on.' .ôr ncr.fittics t'héritièrc dc llourgognc qui donua sa ntajn à
[ii*i,i,itit, rl'AuLriche : ]a lrlance n''ôblint q-u'unc partic,de I'hé'
ritase:
-- rnais elle acquit pcu après Ics bicus tle larnaisrrn d'An.iou.
S.'Couv.rncment dô louis Xi. - L'agrattiisscntcnI t]u royaunre
rendit néccssairc la créalion dc tlois parlernents DouYeirux;
touls xI. 209
les postes furent lnstituées; I'armée fut doublée, les impôts
triolés. Cependant I'industrie et le commerce, protégés contre
la'violenqe', ûrent des progrès, et la première-imprïmerie fut
êtublie a Paris.

nÉcIT

l. Puiss&nce deg rois au quinzième siècle. -


lt royeut6 a grandi dans toute
C'est au quinzième sièele que
l'Europe. En Angleterre, la guerre civiledesDeux-Roses, qui

--'T$ïiij
.",.44,4,
;il

Louis Xl.

commence ù la fin cle la guerre de tent ans, onéantit I'aristo-


uatie et fortifi.e I'autorité royale : Ilenri VIII établit sans
peine son pouvoir sur les ruines des privilègcs purticuliers et
des libertés publiques. En Espagne, Ia réunion des trois
couronnes de Navarre, de Castille et d'Aragou donne lu roi
?IO HISTOIRE DE FRANCE.
F'erdinanil le Catholique le puissance, et I'expulsion des
I\(aures de Grenade lui assure, pour longtemps, la popularité.
En Àllemagne, Frédéric III ne parvient pas à vainme une
féodalité trop bien établie, mais il agrandit ses Etats hérédi-
taires, et laisse à ses descendants assez d'influence pour que
la couronne impériale ne sorte plus de sa maison. En France,
en{in, Louis XI continue l'æuvre de Charles VII, et achève de
mettre les rois hors de pair.
2. T-ta France en 1461. A la mort de Charles VII, la
-
royauté, victorieuse des Anglais, aimée du peuple, maitresse
d'une armée permanente et de revenus assurés, disposait
d'une puissance considérable. Cependant la féodalité, re-
constituée par le funeste usage des apanages, comptait en-
core de redoutables représentants. tes principaux étaient les
ducs d'Orléans, de Bourbon, d'Anjou, de Bretagne et de
Bourgogne, qui possédaient de vastes tenitoires et y exer.
çaient à peu près tous les droits régaliens. Le dernier sur-
tout, qu'on appelait le grand-duc d'Occident, avait fondé
entre la France et I'Allemagne une puissance qui semblait
devoir auêter tout agrandissement du côté de lo, l\{euse et du
Rhin; il possédoit la Bourgogne, la Franche-Comté, I'Artois,
la Flandre, le Hainaut, la Hollande et beaucoup d'autrcs fiefs.
Allié à plusieurs rois étrangers, maître d'un trésor considé-
rable, disposant de la chevs.lerie lrourguignonne et de l'in-
fanterie flamande, il paraissait dans le monde avec plus
d'éclat, sinon avec plus de puissance que le roi de France.
3. I-,ouis XI. Louis XI s'attoqua à cette féodalité
princière. C'était un- roi actif, réfléchi, rusé, irnpitoyable et
superstitieux. Il voulait tout voir, tout savoir, tout fairc :
< il portait avcc lui tout son conseil, lr suivant I'expression
du sire de Brézé. Son esprit, d'une mobilité incroyable,
< subliliait jour et nuit nouvelles pcnsées, n qui toutes
avaient pour but I'alfranchissement dc son pouvoir et
I'anéantissement de ses ennemis.
4. Ligue du Bien public ({465). Dès son avène-
ment, Louis mécontenta tout le monde - peuple, en B,ug-
: le
mentant les impôts I I'Université, en lui défendant de se
mêler de politique; les parlementq, en restreignont leurs
ressorts ; I'Eglise, en abolissant lo pragmatique sanction ; la
noblesse, en lui enlevant le droît de chasse ; le duc de Bre-
tagne, en soumettant à la juridiction du parlement de Paris
les arrêts de son parlement de Rennes ; le comte de Charo-
IOUIS XI ET THARTES IE TÉMÉRÀIRE. 2II
lais, Charles Ie Téméraire, en rachetant au vieux duc Phi-
lippe le Bon, sonpère, les villes de lo Somme. Saint-Quentin,
Péronne, Amiens et Abbeville, lo barrière de la France du
côt6 du nord,
avaient été cédôes
par Charles VII au
traité d'Arras , à
condition qu'elles
pourraient ôtre rs-
rt l auih\=tl
\a
/ .qFN"
--.;É*---
Y'
chetées pour qus,-
tre cent mille écus
:;.,..-ç,
t',iiiP" /!H
d'or. Louis s'em- {lnÎ ron '
pressa de proposer 'n
le rachat. Ce coup "
était bien joué;
mois, comme le Lr
roi s'était attaqué ssÀû
--ticùE-l
* I-(trmpes
à tout le monde o' o

en môme temps, BIEN P UBLIC


146t-14ô{
tout Ie monde se
tourna contre lui, et, prr sa, témérité, il mit la royauté en
grand péril. Plus de cinq cents princes et barons formèrent la
ligue du Bien public.
5. llraitée de Conflans et de Saiat-Maur ({465).
- IIs prirent pour chef le jeune duc de Berry, frère du roi,
et répandirent un
menifeste adressé 1;...,.1
' ' :-.( !r r ur o
S'Pol - o,^ RIL\S
OARILâ,:
au tiers état, dans o
lequel ils décla- -7rtlr7z,tr;, ^, l),rullcns
raient qu'ils pre- I
ttqn! -' I. I L
naient les &rmes ô ^ t'('ront)e
pour soulager la nryIE 1n5.tti.,,rararc_ \
France et le peu- \ t*'ul,' t'
ple si misérable
-. ^-'liii.{ilj*
ïëîll
LLES D€ LASOÀ
( sous le discord Cidics par Jc
R.1ITE D'ÂRII
et piteux gouYer-
nement tlu roi
Louis XI ). Tandis que Charles Ie Téméraire, François
de Bretogne et Charles de Berry marchaient vers Paris, le
roi fondit sur les conjurés du Midi, que commandait le
duc de Bourbon, et leur imposa le traité de Riom. Puis
il revint vers s& capitale livrer au Téméreire la bataille
gI? HISTOINE DE FNÀNTE.
indécise de Montlhéry, et s'enferm& dans Paris où il
fut aussitôt assiégé. Entouré de trahisons, il se résolut à
signer les traités de Conflans et de Saint-Maur, et accorda
sux révoltés toutes leurs demandes : à Charles de Beruy la,
Normandie, à Charles de Bourgogne la Picardie, à Fronçois
de Bretagne les droits régaliens dans son duché, au comte de
Saint-Pol I'épée de connétable. I\Iais, en signant les traités,
Louis songeoit déjà à les violer. Il détacha de la ligue le duc
de Bourbon en lui ilonnant le gouvernement de toute la
Fronce méridionaie; il excita la rivalité des deux ducs de
Bretagne et de Normantlic, et s'empart sans coup férir de le
grande province gu'il venait de céder à son frère.
6. Entrevue de Péronne (1468). - Le Téméraire,
devenu duc de Bourgogne par la mort de son père, Philippe
le Bon,, forma une nouvelle ligue entre les seigneurs.
Louis XI, qui préférait les conférences &ux botailles, commit
I'imprudence d'aller trouver son ennemi à Péronne, &u mo-
ment même où il envoytit des émissaires pour soulever les
Liégeois, sujets du duc. Au moment où sa ûnesse et ses
bonnes paroles commengaient à adoucir l'âme farouche de
Charles, des courriers amivèrent, annonçant que Liège était
en pleine révolte, ct que les agents frangais avaient tout fait.
Aussitôt ordre fut donné de fermer les portes de Péronne et
d'emprisonner le roi dans le château où llerbert de Verman-
dois avsit laissé mourir Charles le Simple. Au premier mo-
ment, Chsrles voulait le foire tuer; puis il songea à le tenir
en prison perpétuelle et à le remplacer p&r son jeune frère.
I\{ais, sur les instances de ses conseillers, et surtout de
Philippe de Commines, son secrétaire, il se radoucit et
consentit à écouter des propositions. Le traité de Péronne fut
un nouveau traité de ton{lans. Le roi renongrit à toute juri-
diction sur la Flandrc, à tout impôt sur la Picardie; il don-
nait lo Champagne et la Picardie à son frère, et, s'engageail, à
aider le duc de Bourgogne contre les Liégeois.
7. Nouvelle ligue contre T-,ouis )(I (l tr72).
Echappé des mains de son ennemi après la prise de Liège, -
Louis Xi punit ses traîtres conseillers, l'évèque de Verdun et
le cardinal Balue qui tôchaient d'accordcr contre lui Charles
de France et Charles de Bourgogne, fit accepter par son frère
la Guycnne à la place de la Champagne, placée trop près des
Elats du Témérairc, conyoqua les états généraux à Tours
pour cesser le traité de Péronne et envahit brusquement la
\

t0uts rt ET cHÀntEs tE rÉMÉRalnn. 213

Picardie. Une grande ligue se formo oontre lui : le roi d'An-


gleteme, Edouard IV, beou-frère de Charles le Téméraire'
les ducs de Guyenne, de Bretagnc et de Bourgogne, le roi
d'Arogon, et presque toute la grande féodolité franEaise
s'unirent pour démembrei la France. < J'aime mieux le bicn
I du royaume qu'on ne pense, disait le Téméraire, car, pour
un roi qu'il y &, j'en voutlrais six. u A Bordeaux on disait
que ( Anglais, Bourguignons, Bretons allaient coume sus au
roi, et qu'on meltrait tont de lôvriers à scs trousscs, qu'il ne
saurait de quel côt6 fuir >. Un seul événemcnt pouvait le
sauver en déconcertant les conjurés du l\{idi, c'él,ail, la mort
de son frère. Son frère tomba malade. Louis fit pricr pour
lui dans toutes les églises, et envoya des troupcs sur les
frontières dc Guyenne; le duc languit longtemps et s'étei-
gnit à Bordeaux. Son apanage fut occupé sans résis-
tance (U*72).
8. Siège de Beauvais.
- Charles le Téméruife, &ccu-
ssnt le roi d'avoir empoisonné son frère, envahit aussitôt la
France et mit le siège devant Nesle. Il la prit d'ass&ut, et,
entrant à cheval dans l'église inondée de sang, il s'éoria
< qu'il voyait moult belles choses, et qu'il avail avec lui de
moult bons bouchers )). tsientôt il se présenta devant Benu-
vais, comptant surprendre cette ville mal fortifiée et mal
garnie. Mais les habitants, qui uaignuient le sort de Nesle,
prirent les armes et se rangèrent sur les remparts; les femmes
apportaient les munitions et jetaient sur les assaillants des
pierres et de I'eau bouillante. L'une d'elles, une jeune lille
nommée Jeanne Hachetter, prit à la bataille une part hé-
roïque : eile saisit la banniàre ennemie déjà plantée sur la
muraille et I'arrachn, méritant ainsi de laisser un nom po-
pulaire après celui de Jeanne d'Arc. Bientôt des renÏorts ac-
coururent. En vain le duc Charles multiplia-t-il les assauts
pendant dix jours : ses soldats furent repoussés, son artillerie
iut prise, et il décampo à I'approche dù comte de Dammar-
tin. Il échoua encore devnnt Dieppe et Rouen, tandis que le
roi lui enlevait son plus sege conseiller, Philippe de Com-
mines. Charles avait plus d'impétuosité que de constance:
battu à I'ouest, il se tournû vers I'est, signa aveo Louis XI
la trêve de Senlis et alla a se heurter contre les Alle-
magnes, qui sont chose plus grande et plus redoutable

l. Êoa qom est, Jsrnuo Lain6.

t-.
2I+ EISTOIRE DE SRANCE.
qu'on ne pouvait uoire r. Le roi lui laissa le champ libra
9. Projets du duo de Bourgogne.
- - Dès {469,
Chorles avait occupé I'Alsace engagée parSigismond d'Au-
triche. En t,173t le vieux duc de Gueldre déshérite, &u
profit du due, son propre ûls, Adolphe le Parricide. Le, même
année, il demanda la couronne royale à I'empereur Fré-
déric III, et alla assiéger la ville de Neuss, dans le pays de
Cologne. Mais Louis XI fournit de I'orgent à Sigismond
pour dégager I'Alsace, dissuada I'Empereur d'accorder le
titre royal et Iït conclure une alliance défensive entre les
viiles alsaciennes, Ies cantons suisses et les princes alle-
mands de la Souabe, que I'ambition bourguignonne men&-
çait égalemcnl. i
10. Invasion des Ang1aia, traité de Pdcquigny
(t hit). - Tandis que Charles s'opiniâtrait au siège de
Neuss, il formait con[re la Franee une nouvelle ligue avec les
princes aponagés et les rois d'Angleterre et d'Aragon. Jean II,
roi d'Aragon, avait engagé le Roussillon à Louis XI pourune
forte somme, et il voulait reprendre le gage sans payer la
dette. Louis envoya. des troupes dans le Roussillon qu'il con-
$erva, et se porta au-devant d'Edouard IV, qui venait de
débarquer à Calais. II lui envoye un héraut qui lui démontra
que la France était en défense, le duc de Bretagne vaincu, le
duc de Bourgogne ruiné, et olfrit de I'indemniser de ses dé-
penses. Les lords reçurent des cadeaux et des pensions, les
soldats furent nourris par les soins de Louis XI et tous << trou-
vèrent ees ouvertures très bonnes >. Le traité fut signé à
PE[uigny. En même temps, le Téméraire consentait à lo
trève de Soleure : le roi livrait la Lorraine, le duc livrait le
connétable de Saint-Pol, qui trahissait tous les partis, et que
le roi tt décapiter, tandis que Charles établissait sa capitale
à Nancy. < Il venait dorénavant de Hollande jusqu'auprès de
Lyon, toujours sur s& teue. >>

ll, Mort de Charles le Téméraite (lt*77).


- Ce
fut son dernier succès. Les Suisses avaient décapité
sire le
de Hagenbach, son gouverneur de Brisgau, et vaincu à Hé-
ricourt le maréchal de Bourgogne; il résolut de punir ces
paysans. Ils lui envoyèrent des députés qui lui dirent :
< Monseigneur, vous n'&vez rien à gegner contre nous ; notre
pays est pûuvre.et stérile, les éirerons et les mors de vos che-
vaux valent plus d'argent que tous les hommes denotre ter-
ritoire n'en s&ur&ient payer pour leurs rençons. > Charlos
ÀDMINISÎRÀTION DE TOUIS TI. 2I5
n'écouta rien et pessa le Jura (t&76).Il mit le siège devant
Gr&nson, promit la vie souve à la garnison et la ût pendre.
Vingt miile Suisses arrivèrent pour venger leurs morl,s, dis-
persèrent au premier choc I'armée bourguignonne, et ie roi
s'enfuit avcc cinq cavaliers. Tout fut pris, sauf lcs hommes :
les tapisseries d'Arras furent coupées et partagées à I'aune I
le gros diamant du duc, qui orne aujourd'hui la tiore du
ptpe, fut vendu un florin. Quelques mois après, le Téméraire
revint assiéger Morat. Les Suisses le battilent après un com-
bat acharné et lui tuèrent douze mille honrmes. Le vaincu,
sombre et désespéré, s'enferma au chôleau de la Riviùre et
u'en sortit que pour venir assiéger Nancy rér'oltée. Son at-
l,aque fut repoussée et les Suisses, qui accouraient au secours
de la pla,ce, le battirent et le tuèrent. Le surlendemain de la
bataille, on trouva sur Ie bord d'un étang glacé un corps nu
et mutilé, traversé de coups de lance et dont la tête était à
moitié dévorée par les loups : c'était le grand-duc d'Occident
(3 janvier t.e77).
12. Mariage de Marie de Bourgogne. Le duc
de Bourgogne laissait entre les mains de sa fiile- l\Iarie ses
Etats de Bourgogne et de Franche-Comté, de Gueldre, de
Picardie, d'Artois, de Flandre, de Luxembourg et des Pays-
Bas. Prisonnière des Gantois, menacée ps.r eux d'un mariage
forcé avec Adolphe le Panicide, << la demoiselle de Bour-
gogne r connut les périls de la fortune avant d'en sentir les
jouissances. Louis XI se hûta de la dépouiller ; il occupa
avec raison la Bourgogne, la Picardie, I'Artois, provinces
françaises qui devaient revenir à la couronne à défaut d'un
héritier mâle. I\{ais il mit également la main sur la Franche-
Comté, le Hainaut et voulut prendre les Pays-llas, sur les-
quels il n'avait pas dc droits. Il abusait en môme temps de
sa conliance pour la trahir et livrer ses conseillers à la bru-
talité des Gantois. I\{arie se décida à se donner un protecteur
et épousa l\{aximilien d'Autriche, Iils de l'empereur Fré-
déris III. l\[oriage funeste, d'où vint I'hostilité dcs maisons
de France et d'Autriche. I\laximilien commenga aussitôt une
guerpe souvent interrompue par des négociations. Les trou-
pes frangaises, commandées par le sirc d'[squerdes, livrè-
rent la bataille indécisc de Guinegûte, et, lorsque I\Iarie
fut morte des suites d'une chute de cireval , son mari
signa le traité d'Amas ({4S2). Contrain[ par les Flamands,
llconsentait à céder I'Artois et la Franche-Comt6 comme
216 HISTOIRE DE trNÀNCE.
dot de sa lille Marguerite, qui était fiancée au Dauphin.
13. Fin d.e la maison d'Anjou. Dcns le même
-
temps, Louis XI poursuivait en France le cours de ses ven-
geances et de ses confiscations. Il livra au supplice Jacques
â'Atm"gnac, duc de Nemours ; il emprisonna le duc d'Alen-
con I il se tt déclarer héritier de la Provence par le roi de
Si.i[r, Rcné d'Anjou, et du Maine et de I'Anjou par Charles
du Maine.
14. Administration de Louis XI. - Le royaume
était maintenant trop vaste pour être régi uniquement par le
roi et son conseil. Louis institua trois parlements nouYea,utrt
à Grenoble, à Bordeaux et à Dijon, remphqant ainsi par des
oorps judiciaires soumis à sa direction le Souvernement des
princes du sang. Pour donner à sa puissance une action plus
iapide, il institua les postes (t&ô&). Il porta le-s troupes per-
manentes de 25000 hommes à 50000: il abolit lo milice
des francs orchers tombée en discrédit et la remplaga par
des corps de piquiers et d'arquebusiers soldés, au-xquels il
joignit 6OOO Suisses et des compagnies écossaises. Il.perfec-
iionno I'artillerie, qui devint la meilleure de I'Europe, institua
I'usage des camps d'instruction où les troupesétaie,nt exercées
pendint la paii à des manceuvres d'ensemble. Les impôts
furent portés de {800000 livres à 4000000.
15. Industrie et commerce. - La France, unie sous
un gouvernement arbitraire, mais vigilant, se livra avec ar''
deui aux travaux de la paix, et le roi seconda de tout sort
pouvoir les progrès de I'industrie et du commerce. Des lois
prohibitives défendirent fimportation des étoffes et des mar-
àhandises apportées de I'Inde sur les vaisscaux vénitiens I
par contre, i'èxporta[ion des produits français.-fut favorisée
ou, on traité de commerce &ve0 la ligue des villes commer-
ôiuler de I'Allemagne du Nord appeiée hanséatique. Les frCues
marchand,es de Peàquigny et de Soleure affermirent la liberté
des échanges aveC I'Angleterre et les Pays-Bas. Les foires
de Caen àt ae Lyon furent rétablies, celle de Bayonne
instituée ; un édit permit aux nobles de faire le commerce
sans déroger, et une manufacture de soieries s'établit à
Tours.
-
16. rmprimerie ds Paris ({469). - Eniin c'est à
Louis XI que le Flance doit, sa première imprimerie; le plus
despotiqué de ses rois lui donna_le.p-lus puissan-t instrument
Oe la tiÉerté. Trois Alleman4s, Ulrich Gcring, I\fartin Knantz
ADUTNISTRÀTION DE IOUIS II. ?I?
et Michel Feyburger, obtinrent do lui I'eutorisation d'éta-
blir leurs presses à lo Sorbonne. Il les exemptu du droit
d'aubaine, < ayant considération de la peine et labeur qu'ils
ont pris pour lcdit art et industrie de I'impression, et att
prolit et utilité qui en vient et en peut venir à toute la chosc
publique, tent pour I'augmentation de lo science que autre-
ment. u
17. Mort de I-rouig XI (f
-483). Le cerveau de
Louis XI, toujours en travail, méditait bien d'autres projets,
quand lo mort vint soisir le roi au milieu de ses réformes.
Frappé d'epoplexie en {481, il vécut encore deux ans dans
son' chôteau de Plessis-lez-Tours, toujours plein d'ambi'
tion et possionné pour le pouvoir. Il suspectait totrt le
monde, même son tls, qu'il faisait garder étroitement à Am-
boise. Il vivait avec Olivier le Diable, trésorier général dcs Ii-
n&nces, Tristan I'Hermite, son prévôt, chargédefaire pendre
tout homme arrêlé aux environs du châteatt, et son médecin
Jacques Coittier, dont il supportait les brutalités ct à qui il
donnait jusqu'à dix mille écus par mois. Il comblait de dons
les églises, il
s'entourait de reliques et faisait venir de
Paola, en Colabre, un ermite, appelé Frangois, qui pas-
sait pour avoir le don des miracles. Il prit cependant cou-
rege eu moment fatal et mourut tranquillement. a Qu'on
I'appellq si I'on veut, un tyran, dit I'historien Duclos, ce fut
un roi. n

LECTURE.
- Le traitô de Péronne.
Le Roy qui se vit enfermé dans ce cbasteau et force archers à la porte,
n'étoit p'oirit sans doute (inquiétude): et se voyant logé rasibusï'une
grosse tour, oir un comte de Vermandois flt mourir un sien prédécesseur
iov de France (Charles le Simnle).
Iædit duc, qirand il vit les furfes fermées, fit saillir (sortir) les gens
de sa chambre, et dit à aucuns que nous estions, que le Roy estoit venu
là pour le trahir, et qu'il avoit dissimulé ladite venu0 de toute sa puis-
sance. et qu'elle s'estoit faite conlre son vouloir : et va eonter ses nou-
velles de Liège, et comme le Roy I'avoit faite conduire par ses ambas-
sadeurs : et comme toutes ces gens avoienI esté tuet, et estoit
terriblement esmeu contre le Rov. et le menaeoit fort : et croy vérita-
blement que, si à cette heure là'ii erit trouvé ceur à qui il s'alressoit,
nrests à le conforter ou conseiller de fairo au Rov une mauvaise com-
ilasnie. il en eùt esté ainsi fait: et pour le môins eût esté mis en
èet"te giosse tour. Nous u'aigrismcs riei, nous adoucismes à nolre pou-
voir. Tost après tint aucunes de ces paroles à plusieurs, et coururent
par toute la ville jusques en la chanbie oùr estoil, le Roy, lequel fut fort
ellrayé...
EIST. DE FR. C. COIPL. l0
2I8 SISTOIRE DE FRÀN0E.
Ces porteb_ainsi fermées et gardées par ceux qui y estoient commis,
-
furent ïinsi deur ou trois.jours.: et ceirendant le?lit Tuc de Bourgogne
ne vit point .le. Rgyj n'y n'entroit_des gèns du Rgy_qu ch.asteau, que peu,
et par le guichet de la porte, Nuls des gens dudit seigneur nè furent
ostèz d'auprès de luy, màis peu, ou nuls de eeur du duc alloient parler
à luy, ny en sa chambre, au moins de ceux qui avoient aucune authorité
avecluy. Le premier jour ce fut tout effroy e[ murmure par la ville.
Le second jour ledit duc fut un peu refroidy; il tint conseil'la pluspart
du jou.r et partie de la nuict- Le Roy faisoit parler à tous ceïx {u'il
pouvoit penggr qui lui pourroient aidèr, et ne îailloit pas à prometlre,
et ordonna distribuer quinze mille escus d'or; mais celuy qul en eut la
charge en retint une pàrl,ie et s'en acquitta rhal, commd Iè Roy sceut
0eDuls.
Leste nuict. gui fut la tierce, ledit duc ne se dépouilla oncsues. seu-
lement se coùclia par deur ou irois fois sur son lii, et puis sô poirrme-
noit (car telle estoit sa façon, quand il estoit troublé). je coucfiay cette
nuict en sa chambre, et me pourmenay avec luv par plusieurs foi-s. Sur
le matin, se trouva én plus grande colère que jïmais, en usanl des me-
naees et prest à exécuter grand'chose. Toutesftiis il se réduisit gue si
le Roy juroit la pair, et vouloit aller avec lui à Liège, pour lui aider à
yenger monseigneur de Liège, qui estoit son proche paient, il se con-
tenteroit : et soudainem-ent partit pour aller en la chambre du Roy, et
Iui porter ses pa.roles,. Le,R.o.y euiquelque amy qui l'en adveriit, iias-
seuTant oe n'avorr nut mat s'lt accoroott ces deur Dolncts, mars que en
faisant le contraire, il.se nettoit en si grand péril, que riul plus^grand
ne luy nourroit advenir.
Coririre le duc arriva en sa présence, la voix luv trembloit. tant il
estoit esmri et prest de se courrôucer. Il Ît humble côntenance d'e corns.
mais son geste-et parole estuient aspres, demandant au Rov s'il voulbi[
tenir le tiaité de paix qui avoit esié eÉcript et accordé, ei si ainsi le
vouloitlurer; etle Royluy responditque ouy. A la vérité il n'v avoit
rien esté renouvellé de ce qui avoit csté fait devant Paris, touchant le
duc de Bourgogne, 0u peu du moins : et touchaut le duc dé Normandie,
lui estoit amendé beaucoup, car il estoit dit qu'il renonceroit à la duché
de Normandie, e[ auroil Charnpagne et Brie, et autres pièces voisines,
pour sott partage. Après luy demanda ledit duc s'il.ne vouloit point
venir avec luy à Liège, pour aider à.revancher la trahison que lcs-Lié-
geois luy avoient faite, h cause de lui et de sa venue; et âussi il luv
dit la prochaineté du lignage, qui estoit entre le Rov et l'évesoue dé
Liège (car il estoit de limàison-de Bourbon). A ces pâroles le Rov res-
pondit que ouy,..m.ais que la paix fust jurée (ce qri'il désiroit) : qu'il
estoit content d'aller avec lrty à Lièee, ct d'v mencr des gens. en si
petit ou si grand nornbre rtue bon luvlemblerôit. Ces naroleis éiôuircnt
fort ledit d-uc, et incontinént fut apforté ledit traité 'de paix ": et fut
tirée des coffres du Roy_ la-_vraye crbir, que sainct Charlemàgne portoit,
qui s'appelle la Croiz de Victoire, et jurèrent la paix, et ta[tost furent
sonnées les cloches par la ville : et tout le monde fut fort é.iouy. Austres
fois a plù au Roy me faire cet honneur de diLe que j'avois bien servy
à cette paciûcatioï. Couurles, Iilémotres.

EXERCICES ORAUX ET ÉCRITS

l. S4rlioatton des mots. Franche-Comté, aneienne province, qui


r formé les départemêots -du Doubs, Jura, Haute-Saône. Artois,
-
CEANI,ES VIII ET ANNE DE BEAUJEU. 2r9
ucienne province qui a fomé le Pas-de-Calais. - Saint-Quentin,
sous-préfecture de I Aisne, P€ronne, Ahbeuillc, villes de la Somme.
Conflans, Saint-Maur, -villages près de Paris.
-rrovinie qui a formé le département de la Somme. - Picordie, ancienne
Beauaais, chef-
Iieu de l'0ise. - Naney,pré-
- Gransoi,ie.Morat,
fecture de Meurthe-et-Mosel
villes-de la Suisse..-
P le s s is-le z-T our s, villa ge d'Inilrri-et-
Loire. -
8. tuestlonnaire. Indiquez pourquoi les rois de France deviennent
plus puissants au guinzièmè siècle. ' 0uel était l'état de la royauté
-
francàise en ll6t?-- Quel était l'état de la féodalité? Faites-con-
naltfe le caractère de Louis XI. Comment fit-il des -mécontents au
début de son règne? -
Qu'est-ce que la ligue du Bien public? - Quels
en furent les chefs? - Quels traités signa-t-il avec eur?
I'entrevue de Péronne. - - Racontez
Que flt Louis XI après son retour de Pé-
-
ronne?
- Quels sont les membres de la ligue formée contre lui en14721
Quel fut le sort de Charles de Guyennc? - Que se passa-t-il à la
-prise de Nesle? le siëge de Beauvais. - Que llt Jeanne
ilachette? - Racontez
Pourquoi Louis XI accorda-t-il la trêve de Senlis?
-
Faites eonnaltre les projets de Charles le Téméraire. -
Que fit le roi
pour s'v opposer? Racontez I'invasion d'Edouard IV. - traité
-
le roi signâ--t-il avec lui? - Quel
Quelles furent les conditions de la trève
de Soleure? Pourguoi le- Téméraire envahit-il la Suisse? Racontez
-
Ies batailles de Granion et de Morat. Comment mourut- Charles le
Téméraire? -
frt alors la conduite de Louis XI? - Quel fut le
- Quelle
par que la bataille
mariage conclu -le l\larie de llourgogne? - Qu'est-ee
de Guinesate et traité d'Arras?-- Comment s'éteigirit la maison
d'Anjou?'- Quels sont les parlements créés par Louis Xi? - En quelle
année institua-t-il les postes? réformes introduisit-il dans
- Quelles
I'armée? A quel chiffre porta-t-il
trie et le -commêrce?
I'impôt?
- Que fit-il pour I'indus-
Quels sont les trois imprimeurs qu'il établit à
-
Racontez sa mort. les principales dates de sou
Parrs?
règne. - Quelles s.ont les provinces - Donnezqu'il a réunies au domaine royal?
- son legne.
- 3.Apprecrez
Ïevoirs à rédiger. Erposer et apprécier la politique de
Raconter la -lutte iie Louis Xi'et de Charlès le
-Témé-
Louis XI.
raire. -
Résumer I'histoire de la maison de Bourgogne depuis t363
jusqu'en- 1477.

n
CEARILES VIII & ANNE DE BEAIIi'EII
(l{E}r190)

rEçon
l. f,dgenoe d'Anue de Beaujeu. - Charles VIII, euccesseur do
Louis Xl, gouverne d'abord sous ls tutelle de sa sæur, Anne
de Bqaujeu.
2. Etats généraur de Teure. 0uerre folle.
avoir convoqué les états eénéraur à lours - La régente, après
(f481); réprima la
révolte des sêigneura, appelie la guerre folle. '
/

220 EISTOIRE DB IRANCE.


L Annedon ile la DretagDo. - Elle prépara I'annexion de la
Bretagne à la couronne, par le marlage de Charlcs VIII avec
AuueTe Bretagne.

RÉCIT

l. Charles VIII (f 183-t198). Réaction féodale. -


Lo mort de Louis XI pouvait être en France le signal de
grands désordres. A un maître dont ls {inesse s-oupqonneuse
icrriliait jusqu'à ses conseillers, succédait un enfant de treize
ans, CharleJVIII, sans esprit ni instruction. L'aristocratie
crut un moment que son heure était enlin venue : le comte
du Pcrche sortit, de se cege de fer et recouvrs son duché
d'Alençon, le duc Jean de Bourbon regut l'épée de conné-
table, lê comte de Dunois eut le Souvernement du Dauphiné
Bvec une forte pension, le duc d'Orléans obtint la charge de
licutenant général de I'Ile-de-France, Ia Picardie et la Cham-
legner le duc de Lorraine reprit le comté de Bar, et fut gra-
iinô ae trente-six mille livres per an. En même temps, les
agents les plus compromis du dernier règne tombaient vic-
times des piinces triomphants : Coittier eut ses biens confis-
qués et fut condamné à cinquante mille écus d'amende; Jean
Dnyat, jadis payé par Louis XI pour espionner le duc de
tsourbon, son bienfaiteur, fut bettu de verges et perdit les
oreilles et la langue I enlin, 0livier le Daim ou le Diable,
I'ancien barbier, devenu comte de Meulan et trésorier géné-
rsl des financcs, fut pendu ou gibet de Montfaucon. La réac-
tion qui ovait suivi la mort de Philippe le Bel se renouvela
à I'avènement de Charles VIII, et les fourches patibulaires
recevaient le cadavre d'0livier le Diable, comme ellcs aveient
-2.celui d'Enguerrand de l\{arigny.
reçu
Anne d-e Bear{erl. - Mais Ia réaction s'arrêtt
bientôt, cat, si le roi éteit faÏble, lo royauté était forte, et
Louis XI avait laissé au jeune Charles une tutrice énergique
et habile, sa lille aïnée Anne, mariée au comte de Beaujcu,
frère du duc de Bourbon. a l\Iadame Anne, disait-il en don-
nant à son langage le ton sarcastique qui lui était habituel,
est la moïns folle femme que je connaisse; csr de femme
sage il n'y en r point. p Le duc d'Orléans, premier prince du
sang et présidenf du conseil du roi, eurait voulu lo réalité
ilu pouvbir, dont il n'avait que I'epparence. Il demanda la
convocation tles états généreux' et Anne y consentit. Mais
CEÀRTES VIII ET ÀNNE DE BEAUJEU. 22I
elle sut se les rendre favorables. Au lieu d'oppeler seulement
au vote lcs feudataires immédiats de la royauté, prélats, ba-
rons et représentants des bonnes villes, elle tt voter les élec-
teurs par bailliages et sénéchaussôes, et admit jusqu'aux
paysans aux opérations électorales.
3. Etats généraux do Tours
semblée
(14S4).
- à Aussi
qui se réunit à Tours éteif-elle décidée
I'as.
se pronon-
cer contre les prétentions de I'oligarchie princière. Il y eut
même des membres, comme Philippe de lÀ Roche, sénôchal
de Bourgogne, qui, non contents d'attaquer les fauteurs de
ligues_du Bien public, osèrent, après le règne de Louis XI,
revendiquel les droits souverûins de lo nation, et inviter les
états à prendre eux-mômes le gestion des offaires. Mais ces
hommes libéraux, qui rêvoient un gouvernement constitu-
tionnel, furent en minori&é et ne purent se faire écouter par
des auditeurs qui nc comprenaient pas leurs paroles. Des
princes égoistes, des seigneurs légers, des bourgeois roya-
listes et des paysans ignorants, n'étaient pasfaits pour prèter
I'oreille à ces échos des républiques antiques. Lei étati ap-
plaudirent à la harangue de Philippe de la Roche, préscn-
tèrent au roi leurs cahiers de doléances, votèrent I'impôt, dé-
clarèrent que le comte et la dame de Beaujeu se tiendraient
près du roi comme aupûravent, et se sôparèrent, sans même
obtenir leur convocation périodique.
4. Gueme folle (t487). Le duc Louis d'Orléans,
-
frustré dans ses espéranccs, seconcerta, rvec lesautresprinces
du sang et s'unit eu duc de Bretagnc, au roi d'Angleteme et
à llluximilien, roi. des Romains. L'héritier présomptif de le
eouronne s'alliait contre le roi avec les ennemis du royaume,
le premier prince du sang combattoit le chef de la famille :
aussi a-t-on appelé cette prise d'&rmes h guerte folle, La,
tutrice, qu'on appele régente bien que le roi ftt maje.ur dès
son avènementr, prit la première I'olfensive. Au nord, le
maréchal d'Esquerdes battit les Allemands et souleva la
Flsndrc tout entière ; 0,u midi. I'armée royale occup& les châ-
teaux du duo d'Orléans et la seigneurie d'Albret; à I'ouest,
Louis de la Trémouille attaqua la principale armée des
princes à Saint-Aubin-tlu-Cormier et lit le due d'Orléans lui-
môrne prisonnicr. Frangois de Dretagne se hâta de signer le

1. Une ordonuuco ds Charlog V avail fll6 à treizo ans r6volus lc majorit6


dor roir.
222 EIBTOINE DE TNÀNCB.
traité ale Sabl6: il s'engageoit à ne pes marier sr ûllo Anne
sans le eonsentement de son suzelsin (te88).
5. Marlage de Charloe \[III avec Anne do Bre-
tagne (l,t*gt).Bientôt la mort de ['rangois II ouvrit la
-
successiou de Bretagne, of suscita contre la France I'Empe-
reur et les rois d'Angleterre et d'Aragon. Ils vouloient donner
un mari à la jeune duchesse Anne, ranimer la guerre féodale
ù peine éteinte et reprendre les provinces gagnées per
Charles VII et Louis XI. Anne de Beaujeu profita avec déci-
sion des embauas de Maximilien qui guerroyait en Hongrie
et qui ne put venir épouser la duchessc de Bretagne. Elle lit
entier des troupes dens le duch6, assiégea I'héritière dons
Rennes, et lui ût déclarer par Charles VIII que se promesse
de mariage à Maximilien faite sans I'ossentiment de son
suzeroin et contrairement au traité de Sablé étoit nulle. Le
roi I'épouso lui-même, réservant par controt I'indépendance
administrative du duché, et obligeant la duchesse à n'épou-
ser que I'héritier du trône. Ce mariage achevait l'@uvre com-
mencée par Chorles V, tu treité de Guérande.

IECTURE.
- Étatg gén6raur de 1484. '

La mort de Louis XI narut une délivrance universelle et fut suivie de


la convocation dcs états généraux du royaume. Ce fut le 5 janvier t484
que se réunit cette assemblée, à qui était remis d'un commun accord
l'e pouvoir de juger souverainement l'æuvre du dernier règne, d'en con-
damner ou d'en absoudre les actes, de faire et de défaire après lui.
Jamais à aucune tenue des trois états les conditions d'une véritable re-
présentation nationale n'avaient été aussi complèternent remplies; toutes
les orovinces du royaume. langue d'0Tl et langue -pourd'0c, se trouvaicnt
réuriies dans une sriule eo'nvocàtion ; l'élection led trois ordres,
s'était faite au chef-lieu de chaque bailliage, et les paysans eux-mêmes
y avaient pris part; enfin, au sein des états, la délibération eut lieu,
iron par ofdresi mais par'têtes dans sir bureaur correspondants à au-
tant de'régions terril,oiiales. Jamais aussi, depuis de 1356,
-si I'assembléeposée
la auestion du pouvoir des états n'avait été nettement et si
har'rliment débaftue. Il y eut des éclairs de volonté et d'éloqïence poli-
tiques, mais tout se passa en paroles qui ne purent rien, 0u presque
ridn, contre les faits accomplis. On eut beau vouloir en quelque sorte
effacer le règne de Louis X[, et reporter les choses au point oùr
Charles VII les avait laissées eu mourant; I'impulsion vers la centralité
administrative une et absolue était trop forte, et, de ces discussions,
pleilres de vie et d'urtérêt dans le journal qui nous en reste, il ne Lé-
iulta de fait que quelque tempérament, des promesses et des espérances
bientôt démenties.
Parmi les discours prononcés ilans ce[te assemblée, il en est un
qu'0n ne peut liro aujourrl'hui saus étonnement, ce,r ii contient des
Érrrs oÉuÉnrur DE 1484. 2?3
propositions telles que celles-ci : a La royauté est un office, non un
i, h'éritage. C'est le peuple souverain tiui, dans l'origine,'créa les
-
r rois. L'Etat est Ia ehose du penple; la soureraineté n'appartient
-
D pas aux princes, qui n'eristent qrie pàr le peuple. Ceux qui tiennent
-
r Ie Douvoir Dar force ou de toute autre manière sans le consentement
u du'peuple iont usurpateurs du bien d'autrui. En cas de minorité
r ou à'inbapacité du orïnce. -
la chose oublique retourne au Deuple, qui
'siennrj.
n la reprenT comme Le peuple,-c'est I'universalité Tes h1a.
-
du rovaume : les états sênéiaux sont les dépositaires de h
'r bitanis
I volonté commilne. un fait ne îrend force de loi qire Dar la sanc'
-
u tion des états; rien n'est saint ni sblide sans leur aveu. , Cès maximes,
d'oir devaient sôrtir nos révolutions modernes, furent proclamées alors,
non par un mandataire des classes plébéiennes, mais par un gentil-
homme, le sire de la Roche, député de la noblesde de Boùrgogne; elles
n'étaient autres nour lui que ceJ traditions de caste rendues qénéreuses
Dar nne raison ^êlevée e[ oar quelque notion de I'histuire grecque et
iomaine. Mais les traditioris du'tierï état ne lui disaient rièn qui pùt
le conduire à un pareil symbole de foi politique; jl était encore trop
près de ses orisine!. trop âttaché à ses eiremeirts héréditaires. II laissa
ilasser les prinéipes qui, trois siècles après, devinrent son arme dans
Ia grande lutte rivolutionnaire, et il ne se passionna que pour le re-
dreisement de griefs matériels, et pour la question des taxes perma'
nentes et arbitrâires. C'est sur ce p'oint seuhiment que fut soutdnu par
les députés de la roture le droit des états généraux qùe d'autres posaient
c,omme librer et souverains eu toute matière.
Le mouvement politique de l35l n'était plus possible en 1484; il
avait eu oour nrin'cioe l'esorit de liberté mrinicinàle à son plus haut
desré d'éiersie. Le rève d'Elienne ùlarcel et de se's amis étart' une con-
fédération dà villes souveraines ayant Paris à leur tête, et gouvernanl
le pavs par une diète sous la suzeraineté du roi. 0r, ce vieil esprit de
la boùrgèoisie franqaise avait graduellement disparu pour faire place à
un autr"e moins désireur de drôits locaux et d'inâénendance persônnelle
qued'ordre public et de vie nationale. Aur états de 1484, ldbureau où
votaient les ïéputés de Paris fut le premier à faire des cdncessions qui
obligèrent I'ass'emblée à lever le taui de la somrne d'argent qu'elle avâit
résolu d'accorder. En tout, les représentants de la bourgeoisie, autant
qu'on Deut distineuer leur' narl dàns des résolutions votées par tÔte et
fon oai ordre. s'a"ttachèrent'aur choses purement pratiques ei d'intérèt
présènt. 0n ie les vit point, comme l'échevinaie ei I'université de
Daris en {413, présenter rin sydtème nouveau d'administration; le règnc
de Louis XI ri'âvait rien laisËé à concevoir eu ce genre d'imÉortant- ni
de nossible. II n'v avait plus qu'à qlaner après lui ou qu'à- détendre
Ies ressorts du gôuvernement ûu'il ivait fôrcés sur tous les points,
0u'à demander l'àccomplissement de ses urqiets restés eu arrièrè, et la
juérison des maux qu'il avait causés par'la ibugue et les inadvertances
de sa volonté. Les drincipaux articles'du chapitie du tiers état dans le
cahier général des ti'ois drdres furent : la dibinution des impôts et la
réduction des troupes soldées. la sunpression de la taille comme tare
arbitraire. la reprise des poriions aiiénées du domaine royal, la mise
en vigueùr des âctes garad[issant les libertés de I'Eglise gallicane, et
la rédaction par écrit dcs coul,umes, qui devait ètre uu premier pas Yers
I'unité de loi.
L'assemblée de l{81 eut soin de ne voter aucun subside qu'à titre de
don et d'octroi. Elle denanda la conyocation des états gériéraur 80us
-

T.t EISÎOIRE DE FNANCE.


deux ans, et elle ne se sôpara qu'après en avoir reQu la promesse. Mais
lcs ouatoize années du rèËne dê Cnarles YItl s'écôulèreht sans que les
étati eusseut été une secônde fois convoqués, et les tares furènt de
ttouveau levées par ortlonnance et réparties sans contrôle. A en juger
par le zèle des trois ortlres à faire une loi de leur consentement, ei par
Ie tableau que leurs cahiers traqaicnt de la misère du peuple accablé
sous le faix dcs impôts, ce fut une grande déception; toui semblait dire
que la monarchie absolue mcnait le pays à sa nrine, et pourtant il n'en
fut rien. Le pays resta sous le régime arbitraire; il eut à supporter
encore les ab'us, souvent énormes,-de ce régime; ii soutirit sans'doute,
mais. loin de décliner, ses forces vitales s'accrurent par un progrès sourd
et irricnsible. Il v a'nour le peuple des souffrancei fôconles-cornme il
v en a de stérikis: fa distinôtioi des unes et des autres échanpe aur
iénérations qui les subissent; c'es[ le sccret de la Providence, qui ne
Ie révèle ou'iu iour marqué Dour l'accomplissement de ses desïeins.
Chose singulièrel ce fut dans lô temp; mèmè oùr la voix publique venait
de proclamer ayec amertume l'épuisement prochain dd royaume, que
fut-résolue, par un coup de tète follcment héroïque de Chrrles VIII,
I'invasion du'sud de I'ltâlie, Ia plus lointaine erpéilition que la Franre
eùt encore faite. ll fallut dépasset en armements les dôpenses du règne
de Louis XI; une longue paix semblait être le seul moyen de salrrt, et
l'ère des grandes guer-res È'ouvrit pour la natiun, sans trise au detlans
et avec bonneur au dehors.
Aug. Turennr, Essai sur l'histoire du tiers ê(,at,

EXERCICDS ORAUX EÎ ÉCAITS

f- Erplioatiou des mots. Tours, préfecture de l'lndre-et-Loire.


- chef-lieu de canton de I'llle-et-Vilaine.
Saiit- Aul,in-d,u- Cormær,
- Sablé, chef-lieu de canton de la Sarthe. Rennes, préfecture de
-l'llle-et-Vilaine. -
1. 0uestiounaire. - Erposez la réaction féudale qui signala I'arène-
ment de Cbarles VIII. - Quel fut le sort des agents de Louis XI? -
Pourquoi cette réaction ne tlura-t-elle pas? - Qu'est-ce qui demanda
la curivocation des états généraux?
Racoulez I'histoire des états de Tours.
Beaujcu y con-
- I'ourquoi Anne de Pourquoi
sentit-elle?
ils pas oblenu - de réformes? Qu'cst-ee que la guerre folle? n'ont-
-
- - Quel
en fut le résultat?
- Quelle était l'imporllnec de la Bretagne? - Ra-
conlcz le mariage de Charles VIII avec I'béritièrc de ce duché.
3. Ilevoir à iédiger. - Exposer la régence d',lnne de Beaujeu.
CIIAPITRE YI
IES GUERBES O'ITILIE.
- IT BE]ITISSA]ITE
(1{9G1516)

I
. CEÂRLES VIII A NÂPLES
rEç0N

l. Préparatlls de 0harles VIil.- Er 1490, Charles YIII se débar-


rasso de la lutelle de-sa s@ur, signa les traitée onéreur d'Etaples,
de Narbonne et de Senlis et-paitit, pour Naples.
i. Conquête de.l{aples. ll tèrrifia-les Eta[s.italiens par l'op-
- -et
oareil de sa puissance. battit les Napolitaine à San-Germano
'entra triomphalement'dans la capitale.
9. BataiUe de Eornoue.
- il
Mais se lassa de sa conquête,
laissa une ligue se former derrière lui et s'ouvrit glorieustimeni,
la route de France à l'ornoue.
{. Insuooès de I'erpédition. Toutefois il abantlonna les restes
-
de son armée eu ltalie et n'osa pas recommencer son expédition.

nÉur

l. Etst de l'Italie vere lB fln du quinzième


siècle. L'historien italien Guichardin ouvre son histoire
- le tableau le plus flatteur de I'ltalie à la Iin du
er treçant
quinzième siècle. < Jamais, dit-il, cette contrée n'avait ét6
aussi llorissante que vers l'année t 492, Une poix profonde
régnait dans toutes ses provinces ; les montagnes et les fleuves
rivalisaient de fécondité. Riche, bien peuplée, ornée de nom-
breuses et magnitques villes, relevée encore pur le majesté
du siège de la religion, la péninsule pouvait lever sa tête in-
dépendante parmi les nations. l Rien de plus merveilleux en
effet que cette culture savante qui faisait de le vsllée du Pô
un vaste jardin, et que cette activité commerciale qui faisait
sortir tous les ans de lo. d,ominanle Venise trois ou quatre
mille vaisseoux. Fière de sa prospérité matérielle, I'ltalie
était éblouie par l'éclot de sa civilisetion. EIle rayonnsit olors
de toutes les splendeurs de la Renaissance. A Florence, à
Milan, à l\{antoue, ù Ferrare, à Urbin, à Bologne les princes
t0.
226 EISTOIRE DI TRANCE.
rivalisaient ile générosité pour les lettres et les arts. A Ronre
même, le culte de I'antiquité poienne semblait être I'unique
préoccupation des Nicolos V et des Pie II.
2. Décadence mor&le. Et cependant on oper-
cevait à trovers cette trompeuse-prospérité Is décadenee de
I'Italie. Aucune unité politique; tandis que les nations
voisines, sorties de I'onarchie et de la faiblesse du moyen
âge, se donnaient une forte organisotion politique et mili-
taire, I'Italie éteit encore divisée en une foule d'Etats rivaux
et elle dédaignait Ia puissance militaire. Les condottieri ou
soldots d'aventure promenaient leurs troupes indisciplinées,
toujours prêtes à passer sous le drapcau opposé pour la
moindre augmentation de solde. L'Itolie, tout entière à
l'&rt, n'ovû.it rien de ce qui fait la force des Etats, ni reli-
gion, ni petrie, ni armée.
3. Anarchie politique. - Aussi le mot d'un am-
bassadeur florentin sur les tuemes d'Italie est-il profondé-
ment vrai : < Ce fut un coup plus italien que frangais. r
L'Italie elle-même appeleit les barberes. A Milan, Ludovic
Sforze, dit Ie More, usurpateur de la couronne ducole sur
son neveu Jean Galéas et menocé por Alphonse II de Naples
dont Galéos avait épous6 la fille Isabelle, appelait à son
secours les Frangais; à Florence, le dominicain Jérôme
Savonarole avait renversé les Médicis et dans ses ardentes
prédications faisait eppel au bras de l'étranger pour châtier
I'Italie I à Rome, un parti puissant, dirigé par le cardinal
Jtrlien de la Rovère, espérait que I'interven[ion françeise
délivrerait I'Eglise des scandales du pontilicot d'Alexan-
dre VI; enlin à Noples, le parti angevin, vaincu et persé-
cuté, allait chercher en France des vengeurs contre Ferdi-
nand d'Aragon.
4. Préparatifs de Gharles VIII. - Chorles VIII,
alfrauchi de la tutelle de sa scÊur, se rendit eux væux de
I'Italie. Nouui de la lechrre des rom&ns de chevalerie, il avoit
Io tête pleine de chimères : il rêvait la conquête de Naples,
héritage de lo maison d'Anjou, et, eprès Naples, celle de
Constantinople et de Jérusalem. Il se hâta de faire la paix
&vec ses voisins, en leur cédant tous les objets en litige, alin
d'être libre de partir pour I'Italie. Avec Henri VII, roi d'An-
il signa le traité d'Etaples et s'engagea à lui pûyer
gleterre,
750000 écus d'or (1492); evec Ferdinand, roi d'Aragon,
celui de Narbonne, par lequel il cédait le Roussillon et la
caaRtas vllt' 227

Cerdogne i evec Maximilien d'Autriche, celui de Senlis, par


lequeùl r|ndait l'tutois et la Franche-Comté, ilot de la jeune
Marguerite de Flandre, qu'il venait de - renvoyer à son
pèrel t'li Anne de Beaujeu, ni les états n'avaient été con-
iultés sur ces transoctioirs désastreuses. Le roi n'ovait pris
conseil que de sa jeune noblesse, qui a frétillait d'entrer eu
Italie l.
5. Départ de Charlee \IffI pour l'Italie (1493)' -
Débagas[6 de ses ennemis par deJ troités, excit6 par le-duc
d'Orléans et la jeune nobles-se, appelé por le régent.du. Mila-
nais, Ludovic ie More, et par les seigneurs-napolitains du
porti angevin, courtisé par la république de. Venise, le pape
ilexandîe VI et Pie*ô de Médicis, dont I'autorité sur Flo-
rence était menocée par les prédicetions du dominicain Savo-
narole, il s'a.bandonia à ses- rêves de conquêtes, rossembla à
Lyon une ermée de cinquente mille hommes. En vain, le
ni.o* maréchal d'Esquerâes essaya-t-il de lui démontrer les
dangers d'une expédition faite à quatre cents lieues de
Fraice. < La gronàeur et le repos duroyaume, disait-il, dé-
pendent de liposscssion des Poys-Bas I e'est de ce côté q_u'il
îout porter touî nos eforts, bien plutôt que contre un Etat
rtont la position, ioin de nous être avantageuse, ne pourrait
que oooï affaib[ir. > Le roi préférait à ces sages et. patrio-
tiques conscils les prophéties des visionnaires qui lui pro-
môttaient I'empire-du monde &u nom de l'Eternel' Une
avant-garde de trois cents lances occupeAsti, et le_duc d'or-
téans partit pour Gênes aveo trois mille hommes. Il assaillit
à Rap'alo une petite armée napolitaine qu-e .Le prince Fré-
aéric de Tarentè venait, d'y débarquer. Les Italiens, enfoncés
au pnemier choc, furent massacrés sans merci pendant et
np.èt le combat, et les cond,ottieri tremblèrent dès lors
à I'idée de rencontrer des ennemis qui ne faisaient pas de
guartier.
' 6. Conquête de Naples (1495). Le roi lui-même
-
descendit ôn piémont à Ia têtb de sa noblesse, a gaillarde
compagnie, dit Commines, mais de peu d'obéissance >: Il
danJa I Turin avec la duchesse de Savoie, lui emprunta ses
bijoux et les mit en Sege pour douze mille ducats' ( Et
ndoutt voir quel commenoement de Euerre e'était, si Dieu
ir'eùt guidé l'@uvre. I Requ à Asti par Ludovic le More, evec
des dérnonstrations de joiè aussi vlves que peq sincèr-es, le
roi ehtra ensuite en Tosiane, qccupr les pltces fortes, ohtssa
238 HISTOIRE DE rRANCE.
devant lui les Napolitains qui occupaient les terres pontill-
cales, et parut sous les murs dc Rome, tandis que le pape
s'enfe rmait dans le château Saint-Ange. Le 3 t dÀcembrà au
soir, I'arm6e franchit la portc du peuple, tambours btttonts
et trompcttes sonnantcs, et dôIila pendant six heures, à la
lueur des torctres, uu milicu des Romains frappôs dc tcrreur

et d'admiration. A I'approche du roi, les Napolitains se sou-


levèrent, lcs soldnts de Ferdinand d'Aragon se dispcrsèrent
à San-Gcrmano, dès que porut ,'uuuo1-garde frangnise; le
roi Ferdinand abdiqua, e[ son lils, le duc de Calabre. ne prit
la couronne qu€ pour I'emportcr en e.ril. charles vill câtra
rlans Naples sous des arcs dc triomphe c[ nu milieu d'un
peuple en délire.
7. Ligue de Venise contre Charles \IIft. Tant
- puis-
de succès. effrayôrent les ennemis de la Flancc e[ les
sûnces italiennes; une gnandc liguc se forma à Venisc côntre
cHAntEs YI I l' 210
Charles VIII entre le pape, le duc de l\'Iilan, I'empercur
Maximilien, les rois d'Aragon et d'Angleteme et la répulLliquc
de Venisen tous ceux qui avaicnt traité avec le roi ct tous
ceux qui I'avaicnl, appelé. Ils se proposaient d'enfermcr le
vainqueur dans sa conquête et d'envahir sonroyoume. Com-
mincs, ambassadeur à Vcnise, nc connut ces dangereuses
menôes qu'après lo signaturc du traité, et fut joué par I'as-
tuce its,lienne. ll se hùta de les dénoncer à son maître. Déjà
Charles VIII était las des Napolitains comme ils étaient las
de lui. Sa prodigalité avait ruiné les Iinances, I'indiscipline
des Napolitains avait désorgonisé les troupes, la jactancc et,la
Iégèreté frnnçaises avaient indigné une population omlrra-
geuse et passionnée. Lcs villss maritimes, rassurées par la
présence de la flotte, relevèrent le drapcau d'Aragon, et le
roi résolut de partir ôu momcnt où sa présence él,ait le plus
nécessainr.
8. Bataille de Fornoue (1495). ll laissa onze mille
hommes sous lc commandemcnt du -duc dc i\Iontpeusier,
vice-roi de Neples, et de Stuart d'Aubigny, connétable, et
traverso rapidemcnt Rome, Florence ct Pise. Il amiva au
pied du col de Pontremoli, dans les r\pennins, ar:ec ncuf
mille combo.ttants, fatigués par la marche, Ie sok:il et la
faim. L'armée italienne, commandée par le marquis de l\{an-
toue, laissa le passage libre et campa au nord de la mon-
tagne, non loin de Fornoue; elle comptait trente-cinq mille
soldats. Avec une patience admirable, les Frangais et les
Suisscs traînèrent à bras leurs conons, portèrcnt leurs bou-
lets ct leurs paquets dc poudrc, ct, après cinqjours d'clforts,
ils parurcnt dans la plaine lombardc, vic{,orieux de la nal,ure.
[[al commandés, divisôs en Lrois corps qui pouvaienl, facile-
men[ êtreémasés tour à tour, occablés defatigue et inférieurs
en nombre, ces braves gens lirent lcur dcvoir : en moins
d'une heure, ils tnèrent près de quaire mille hommcs sttns
en perdre plus dc dcux ccnts, ct tronipèrcnt, à force de cou-
rage, toules les prévisions de I'armée italicnnc.
9. Perte du royaume de Naples (t496).
Charles VIII était maîtrc dc I'ltalic : il pour,ait détrôner Lu-
dovic, affrontcr Pisc, occuper Florence ct Rome. Il nc songea
môme pas à rcster dans ce pa5's qu'il avait jadis convoité,
et, marchanl, vcrs lcs r\ipes, il côda Novore aux lfilanais,
délivra le duc d'Orléans assiégé dans Asti, et, rentro en
I'ronce pour r&conter ses r hauts faits q ès chombres des
230 BISTOIRE DE FRANTE.
dames r. En son ebsence, lq révolte des Napolitains se pro-
pegea, des Calabres dans le reste du royeume, et futfavorisée
par le débarquement du roi Ferdinand à la tête d'une armée
espagnole. Ce fut en voin que d'Aubigny fut vainqueur à,
Seminara : Naples regut Ferdinand comme elle avoit regu
Charles VIII, eveo de bruyontes protestations d'a,mour, et
le vice-roi Gilbert de Montpensier, privé de secours et dénu6
d'orgent, capitula à Atella, et mourut de le peste sur la
plage malsaine de Pouzzoles. Il ne restait rien aux Français
en ltolie.
I0. Mort de Charles \rufl (1498).- Le jeune roi, de
retour dans ses Etats, songes a à vivre désormais selon lcs
commandements de Dieu, à mettre la justice, I'Eglise et les
finances en bon ordre, en sorte qu'il ne leva plus sur son
peuple que I U00000 francs de taille, outre son domaine r.
II avait institué une oudience publique pour écouter tout le
monde, et spéciolement les pauvres ; il avait cassé ceux
de ses officiers qui étaient convaincus de malversations.
r Etont le roi en 0e bon vouloir, > il vint chercher la reine
pour Ia mener au jeu de poume dans les fossés du château
d'Amboise. En passant dans une galerie obscure, il se
heurta contre la porte et tomba à ls renverse. 0n le coucha
sur une pauvre paillasse dans un galetas voisin, et il y mou-
rut : il n'avait pas vingt-huit B.ns, et ses trois enfants
étaientmorts avantlui. aIl était, dit Commines, peuentendu,
mais si bon, qu'il n'était point possible de voir meilleure
oréeture. r
IECTURE.
- Bataille de tornoue.
L'armés des alliés était forte de trente mille hommes; elle n'était
Das tout entière composée d'Italiens. Ludovic le ltore v avait mêlé des
Âllenauds et des Suisses; Yenise, des Stradiotes. Les cÏefs étaient tous
Italiens. Gonzague, marquis de Mantoue, commandait en chef sous la
surveillance de deur provéditeurs de Yenise, Luca Pisani et Marco
Trevisani : sous lui étaient le condottiere nilanais CaTazzo et le roma-
snol Montéfeltro. L'armée était camDée en plaine sur la rive droite du
Taro, qui descend des Apennins porir se jet'er dans le Pô, â trois milles
au{essous de Fornovo, village situé au pied de I'Apennin; elle était
couverte par uD petit bois qui bordait la rivière. Charlès Vlll avait ecrit
qu'il pass-erait ti qui que Ie veuilte voir ,. ll desccndit sans obstacle
I'Apenuin, â travers les bois, occupa Fornovo et se disposa à passer
le i'aro, dont les ennemis lui laissàient ainsi I'accès à peu près'libre.
Quelques ltaliens, Jacques Trivulzio et Camille Vitelli, é[aieni avee lui.
Charles VIII, le 6 juillet {495, par une pluie intense. ordonna au ma-
réchal de Gié de passer aveo i'âvant-gaide, malgré l'a fatigue des sol-
lours rrl. 23t
dats; un peu en arrière, le roi suivitlui-même à quelquedistan-ce avec
le cfos dô I'armée: eufrn la Trémouills tvec I'arrière-garde et 0det de
Rib-érac traversèreit un peu plus haut avec les bagages pour marcher
par la montagne.
' Anrès une âssez vive canonnade, vers trois heures, les généraur ita-
lieni se décidèrent à attaquer, eh voYant les trois corps de I'armé€
francaise assez éloisnés les uns des autres. Le marquis de l\lantoue,
oubliant ses devoir'B de général, chargea brillamment, avec les gens
d'armes vénitiens, le corps-du roi. r. II éstinpossible, dit-Commines, de
nlus hardiment dônner ôu'on donna des deui côtés. r, llais, écrivit un
brovéditeur vénitien. les Francais sont plus que des hommes. La ba-
faille n'eùt pas été pôrdue si leË Stradiotris de Gonzague' apprenant que
leurs camaiades nillaient les bagages de I'arrière-garde, qu'ils étaient
chargés d'attaquei. n'eussent acÉevé la déroute en allant les rejoindre,
nouiêtre au sâin blutôt qu'à la bataille. A cinq heures, toute I'armée
italienne avaii repâssé leTaro, laissant douze mille morts. La route de
France était libre. Zrllnn, Italie et Renaissance.

EXERCICES ORAUX ET ÉCRITS

l. Xrplioation des mots. - Naples, Tuyin, Florence, Fornoue,


villes ditalie. Sen/fu. sous-préfeôture de l'Oise. - Amboise, chef-
lieu de canton -de I'Indre-et-Loire. - San-Germano, province de Ca-
serte. au oied du mont Cassin, sur le Rapido.
3. îuesiionuaire.
- Quellds étaient lés visées de Charles VIII? -
Exnosez et annréciez les trois traités gu'il conctut avant son départ.
-
Qu'els étaienf ôes droits sur Naples? Quelle était I'opinion du maré-
-
chal d'Esquerdes sur I'expéditiôn de Naples? Que se passa-t-il à
-
Rapallo?' Que lit le rôi à Turin, à A'sti, en Toscane, à-Rome?
Coinment conquit-il Naples? Quelle ligue se forma contre lui?
- Bacontez la bataille de Fornoue. -
Pourquoi quitla-t-il Naples?
Comment lè rovaume deÏaples
-fut-il perdu? -
étaient les desseins
du roi en Frarice? Comment noirrut-il?
- Quels
Donnez les principales
dates de son règne.-
-
8. Itevoir à rédiger.
- Raconter I'erpédition de Charles YIII en ltalie.

il
LES GTIERRES D'ITALIE SOT'S LOUIS :rN
(r.{08-r515)

tEç0!r

l. Louls III. 0ouquôto rlu filanais. - Louis XII. cousin de


Charles VIII, lui succétlo sane opposition. Il -épgusg An-ne de
Bretasne et'sonsea à la conguête ôe Milan et de Naples. Il par-
tagea"le Milanais" avec les Vénitiens et se I'assura grôco à la tra'
hison tles Suisses qui livrèrent Ludovic Sforza.
23t IIISTOIRE DE TNANCE.
l. Partage et perte du royaume de Naplcs.
- Il
partasea Ie
royaurle de Naples avec Ferdinand le Cafholique, enfra eu"lutte
avèc lui et fut chassé après les défaites de Seôinâra et de Ceri-
gnola. Itlularle et tlécouragô, il signa lcs désastreux traités do
lllois, que les états généraux de Tours lui ûrent c&sser.
3. Ligue oontre Venise. Yictoiro d'Aguadel. Ail.artué Dar scs
enucDois, il punit Gêues révol[ôe, s'unit avec - scs àtlve'rsairee
contre les Vénitiens, scs alliôs nuturels, et les chassa dans leurs
laguncs par Ia victoire d'Agnatlel.
_ {. la_Sainte-_Ligue. :: -Le ;lap.c, Jules Il, formo contre lui la
Sainte-Ligue : Louis, d ab.ord vàinqueur- grâce à Gaston de Foix,
perdit lc.rll.ilanais, et vit la F'rance-envahie par les Anglais et Ieé
Suisscs. ll traita avec tout le monde.
5. Gouvernemoot do Louis XII. Ce prince. mauvais politioue.
fut un bon roi, et uréritaletitrc- de PiSre du'peuple, par la doul
ceur de son gouYernement.

NÉCIT

l. Louis XII (t498). Avec Cherles VIII s'éteignit Ia


famille dcs l/olois ùirects;- a.vec Louis XII, tls de tharles
d'Orléans, le prisonnier d'Azincourt, petit-tls de Louis d'0r-
léans,- la victime de Jeon sans Peur, elle fut rcmpla,cée ps,r
celle des Valois-ùrléans (t 498-t 5 t 5).
Personne ne songes. à disputer le couronne au duc d'Or-
léans, prcmim prince du sang, et le nouveau roi p