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LITTÉF'1I.

TIJRE GRECQIJE

I{ISTO IRE

DT LA GI] TRRT
DU pÉl,oPolÈsn
DD T}IUCYDIDE

TRADUCTIOII T{(1UVELLE

AVEC UNE INTRODUCTION ET DES NOTES

PAR E.-À. nÉrntr


. DIREcrriuR DU cyMltÀsli DE cËNÈvE

PARIS
LIBRÀIRI!] DE t. IIACHETTE ET 0i",
BouLEvÀRD SÀINT-GERM^rN, No 77

t 863
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HISTOIRE
DE LA GUERRE
DU PÉLoPoNÈsu

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PARIS. IMPRIMERIE DE CH. LAHURE llT C'"
- Rue de Fleurus, 9
HISTOIRI]

DE LA GT] TRRT
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DT] PELOPONÈSE
DE THUCYDIDE

TRADUCTIOlI I{llUVELLE
AYEC UNE INTRODTTCTION ET DES NOTES

PAR E.-À. BÉTANT


DtRECTDUn DU CYMN^SE DE C ENr-:VE

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LIBRÀIRIE DE L. HACHETTE ET C" ' tt'

BOULEVÀRD SAINT-ûERMAIN, NO ?7 It
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A tA MÉMOIRE

DB J. CAPODISTRIAS
pnÉsronwr DE ll cnÈcu

RETIGIEUX HOMMÀGE

DE SON ANCIEN' SECRÉTAIRE

TllucyoD'Ê,
{

.i

NOTICE BIOûRAPHIQUE.

Lesseu]srenseignementscertainsqueDouspossêdionssurlaper.
se tirent de que\ues passages de son livre' Les
ro"". ït iftucydiie
"qui -notamment
il; Jooné.. se rencontrent ie .i tl, dans les deux
biocraphies, dont I'une est attribuée à lllarcellinus et
l'autre est ano-
;;;i;;;'dil;; da1. trop récenre pour avoir beaucoup d'auroriré.
6ffi,';;;i;., dans des'détails d,un intérêt secondaire, nous bor-
essentielles de lavie
nerons-nous à rapporter les circonstances les plus
;; i;6Àd", duitu" qui ont eu quelque influenoe sur sa carrière
d'historien.
comme
Thucvditle s'est nommé en plusieurs endroits de son ouYraget
,,iiuît-"rîi"i q". i.titre nà se perdlr. En têre du livre, it prend lail
illi;é d-;;it;y;* dâthènes; unË seule rois
Jt'iv, l]-1.,:l1l'crv)'
se cite lui-
iioute à son nôm ..tri Or soh père Oloros I c'est lorsqu'il
mê.e en qualité de fonctionuaire public'
- Tous les témoignages ,te t'antiquité s'accordent à représenter Thu-
.vaia.commeap-partenantparsanaissanceà]afamil|edeMiltiadeetem'
dË cimon. I.e nom même àe sotr père oloros semble
avoir été
;;r;6t;.; ancien roi de Thrace dont Miltiade devint le gendre dans
ï" i..pt où il gouvernait la Chersonèse pour Ie compte des À-théniens'
iiuir nïràiaeg"rê Thucydide était-il parônt du vainqueurde Marathon,
o'est
- ce que aucun autzur n'a eu ie ioin de nous apprend-re'-
épousa une
ielon î{arcellinus et le biographe anonyme, Thucydide
de Scapté-Hyie, ttotàee Hogesip-yte' comme la mère de Ci-
femme
mon. Il tlut à cette allianee les fameusei"otintt
d'or qu'il-posséd'ait
.rr;ïnro.u, et dont ii fait merrtion au Livre IV, chap' cv' Thucydide
if;;;i,'ne parle que tle I'exploitarion.et non de la propriété de ces
les Àthé-
minesl or, colnme dËfuis la conquète de I'tle cle Thasos'
oiàoll'eiui*nt rendus maîtres dei mines du mont Pangéer on
peut
rv NOTICE BIOSRAPHIQUE.

aussi bien crorre que Thucydide n'en était que le fermier. Àu surplus
ce détail a peu d'importance;oe qui n'est pas douteux, c'est que notre
auteur possédait une fortune considérable, qui lui assurait à la fois
I'indépendance nécessaire à I'exécution d.'un immense travail et les
moyens de se livrer à la plus vaste enquête, en pecueillant à grands frais
les matfriaux dont il avait besoin.
Pour ce qui est de son âge, Ia seule chose que Thucydide nous ap.
prenne est qu'il assista à toute la durée de la guerre du Péloponèse,
en pleine possession de toutes ses facultés (Liv. Y, chap. xxu). Selou
Marcellinus, il avait plus de cinquante ans lorsqu'il mourut I or' comme
cette mort est certainementpostérieure à la prise d'ethènes, ilfaudrait
admettre qu'au début des hostilités il avait à peine vingt-quatre ans,
ce qui ne stallie guère avec I'expérience politique et la sûreté de coup
d'æil qu'il s'attribue dès lespremières lignes de son histoire.
Aulu-Gelle (XV, xxttt) nous fournit une irrdication plus précise
et beaucoup plus probable. Il I'emprunte à Pamphila, dame romaine
qui vivait du temps de Néron , et qui avait recueilli un grand
nornbre de documents chronblogiques. c Les historiens Hellanicos,
Hérodote et Thucydide, disait-elle, fleurirent à peu près à Ia même
époque; en effet, au commencement de la guerre du Péloponèse, Hel-
Iànicos pouvait avoir soixante-cinq ans, Hérodote cinquanle-trois et
Thucydide quarante. > La naissance de ce dernier serait donc reportée
à I'an 471 av. J. C., date qui s'accorCe bien mieux que la précédente
avec les passages ci-dessus indiqués.
Nous savons peu de chose sur la jeunesse de Thucydide. Tout le
monde connaît la gracieuse anecdote qui nous ie montre assistant avec
son père à une lecture publique faite par Hérodote, et révélant sa
future vocation par des larmes d'enthousiasme et d'envie. Ce trait de
l'enfance de Thucytlide a été mis en doute. On objecle en premier
lieu qu'il ne s'appuie que sur des témoignages très-modetttes,Ies
seuls auteurs qui Ie rapportent étant Marcellinus, Suidas et Photius;
ensecoud lieu, qu'il implique un anachronisme. S'il est vrai qu'Hé'
rotlote ait lu des fragments de son histoire à Olympie ou à Athènes,
ce fait doit être nécessairement antérieur à I'an 444, oir iI quitta la
Grèce pour allcr s'établir à Thurii; nous avons d'ailleurs le témoignage
formef de Ia chronique d'Iiusèbe, qui fixe cette lecture à I'an 446 av.
J. C. Or, àcette époque, Thucydide n'était plus un enfatltl il avait au
moins vingt-cinq ans, d'aprèsladate que Pamphila assigneàsanais-
sance. linfin cette anecdote serait fort peu en harmonie avec le carac-
tère historique des deux écrivains. Loirt d'être un admirateur d'Héro-
dote, Thucydide ne Ie nomme pas tnôme; il critique ouvertement sa
méthode, et ne perd aucune occasion de relever ses erreurs' A Ia vé-
rité, cette dernière objection n'est pas sans réplique; uue admiration
juvénile excitée piir une première audition pouvant très-bien se con-
cilier avec un jugement plus sévère dicté plus tard par la réflexion e[
la maturité.
\1.
0n a également contesté une autre assertion de Marcellinus, d'après

ri

i
NOTICE BIOGRAPHIQUE. Y
laquelle Thucydide aurait étudié Ia philosophie sous Anaxagoras et
l'éloquence sous Àntiphon. En soi, le fait n'a rien d'improbable. Ces
deux hommes éminents furent Ies contemporains et les aînés d'e Thu-
cydide, et ils eurent trop d'ascendant surla jeunesse athénienne pour
qu'un esprit aussi investigateur que le sien ait pu ignorer leurs doc-
tiines ou échapper à leur actionl d'un autre côté I'opinion qui place
Thucydide à leur école peut très-bien s'être formée après coupr_ et
n'être qu'une simple irrduction tirée de la lecture de son histoire. Thu-
cydide ne cite nulle part Ânaxagorasl mais, dans ses explications des
phénomènes de la nature, iI manrfeste une telle indépendance de ju-
gement, un si grand éloignement des préjrrgés populaires, qu'on est
portê à voir en lui un disciple du philosophe spiritualiste, dont la
pensée s'éleva avec tant de hardiesse au-dessus des vieilles supersti-
iions. Pour ce qui est d'Antiphon, il n'est pâs irnpossible qu'on I'ait
clonné pour maître à Thucydide uniquement à cause du magnifique
éloge que ceiui-ci fait de cet orateur. Tout bien considéré, nous
sommes donc réduits aux conjeotures sur la manière dont Thucydide
passa les meilleures annêes de sa jeunesse I mais ce qui est hors de
ôontestation, c'est que ces années coincidèrent avec l'époque Ia plus
brillaute de I'histoire d'Athènes. Alors sous la conduite de Cimon, cetle
ville établissait au dehors son empire; puis sous I'administration
royale de Périclès, elle acquérait ce merveilleux développement inté-
rieur quilui a valu I'admiration des siècles. Assurémentr ollne s1urAit
imagintr un milieu plus farorable à I'éclosion d'utt grand génie.
Illst naturel de se demander quel était, d'entre les pattis qui divi-
saient Athènes, cetui que Thucydide préférait' Sa naissance et sa for-
tune font assez naturellement supposel qu iI inclinait vers l'aristo-
cratie; cela est d'autant plus probable qu'il avait personnellement à
se plaindre d'une démocratie sans frein. Cependant malgré les torts
de ies concitoyets envers lui, il ne laisse percer aucune amertume indi'
viduelle. S'il jette du blâme sur les partis, c'est seulement pâI crainte
des dangers qu'its font courir à la République. Pour lui, toujours dé-
voué à la patrie, il ne cesse pas de I'aimer et de la défendre , quelle
que soit ta forme cle son gouYernement. Ce n'est pas à dire qu'il soit
iudifférent à toute espÈce de pacte politique; dans un passage signi-
ficatif (Liv. VIII, cha!. xcvrr), il énonce clairement son opinion à cet
égard. Âthènes venaii d'échapper à une crise réactionnaire, et s'était
donné un régime sagement potrdéré. Thucydide ne dissimule pas sa
sympathie pour cette constitution équilibrée, qui tenait la halance
égalé entre les divers éIéments de l'État : G C'était' dit-ilr un heu-
rôux mélange d'aristocratie et de démocratie; jamais de mon vivant
les Àthéniens ne furent mieux gouvernés. ,
Du reste ce n'est pas dans Thucydide gu'il fautcherclrer I'exposition
complète d'un système politique. Il évite avec soin tout ce gui res-
semble au dogmatisme, aux formules générales et qentencieuses, à ce
que nous appellerions des professions de foi; il veut que du simple
ê^noncé dei-faits naisse la déduction des théories; en tln mot, il
vr NoÎICE BIOGRAPHIQUE.
aspire à instruire sans avoir I'air d'enseigner. Il n'est $uère plus er-
plicite sur les circonstances de sa vie active. S'il parle de lui, c'estlors-
qu'il ne peut s'en dispenser ou qu'il y voit un moyen d'inspirer plus
de confiance à ses lecteurs. Ainsi (Liv. II, chap. xlvur), à I'occasion
de la peste qui sévit à Athènes dans la deuxième année de la guerre,
ilnous apprendqu'ii fut atteint lui-même, qu'il vit souffrir d'autres
personDes, et put ainsi étudier de près la marche du fléau.
Dans la huitième année de la guerre (tr24 av. J. C.), Thucydide'fut
nommé I'un desdix genéraux d'Athènes et envoyé sur le littoral de la
Thrace &yec une escadre de sept vaisseaux. Il se trouvait dans le port
de Thasos, lorsque Amphipotis, coionie athénienne, fut attaquée à
I'improviste par le Spartiate Brasidas. Thucydide, mandé par son col-
lègue Euolès, accourut avec toute la célérité possrble; mais il ne put
prévenir la reddition de la place et se contenta de conserver aux Athé-
niens la ville malitime d'Éïon (Liv. IY, chap. crv-cvtI).
Ce contre-iemps eut pour lui les suites les plus graYes. Irrités de Ia
perte d'Àmphipolis, Ies Àthéniens condamnèrent Thucydide comme
ôoupable de trahison. D'après la loi, ce crime était puni de mort I toute-
fois, Thucydide ne parle que d'un exil de vingt années (Liv. V, ch. xxvi)
et, suivaut Pausanias., Ia sentence qui le frappait fut révoquéeaprès
cet intervalle sur Ia proposition de I'orateur Gnobios (['ausan., I, xxrtt].
Ici se rencontre une difliculté historique. Suivant les propres indi-
cations de Thucydide, la fln de son exil fut postérieure à la prise
d'Athènes par Lysandre (-Liv. V, chap. xxvl ); or on sait gu'un
des premiers actes du vainqueur à cette époque fut le rappel des exilès
(Xénophon, Hel,Iéniques, II, rr, 23). Comment donc se fait-il que
Thucydide n'ait pas été compris dans cette mesure générale, et que
les portes de sa patrie ne lui aient été rouvertes que par un décret
partlculier? Pour résoudre ce problème, il faudrait supposer que Thu-
cydide accusé de trahison, fut condamné à mort cortformément à la
loi athénienrrel mais que, prévoyant ce dénotment, il se garda de
revenir à e.thènes après son écheo d'Amphipolis et convertit lui-même
la sentence capitale en bannissement perpétuel. Dès lors il n'était pas
dans la catégorie des simples exilés, et se trouvait par conséquent
exclu de la proclamation de Lysaudre.
Quelle que soit, à cet égard, I'opinion qu'on préfère, il est con-
stant que Thucydide passa vingt années loin de son pays natal. Ce-
'pendant, pour lui comme pour tant d'autres illustres victimes des vi-
cissitudes politiques, I'exil servit la cause de la postérité, en faisant
tourner à l'éternel honneur de I'intelligence humaine les admirables
facultés qu'il erit peut-être dépensées tlans les luttes du moment.
Lors même que ses biographes ne I'aflirmeraient pas ffune manière
positive, on présumerait sans peine que Thucydide passa la majeure
partie de son exil dans son domaine de Scapté-Hylé, où iI trouvait
le calme indispensable à l'exécution du grand ouvrage qu'il avait conçu.
Peut-être cet éioignement prolongé du centre des événements con-
tribua-t-il à augmenter en lui cette sérénité impartiale avec laquelle il
NOTICE BIOçRAPHTQUE. VIr
les a jugés. frans cette retraite opulente, il recueillait les documents
alors si difficiles à se procurer; il interrogeait les témoins oculaires,
et se livrait à ce travail opiniâtre de rédaction dont, plus qu'aucun
autre, son livre porte les traces. Longtemps après la mort de Thucy-
dide, latradition populaire montrait, dans les environs de Scapté-Ilylé,
un platane vénératrle, à I'ombre duquel il aimait à composer.
Thucydide nous apprend qu'iI consacra une partie de ses loisirs à
visiter les principaux endroits du théâtre de la guerre, et que son ca-
ractère de proscrit lui ouvrit les pays de I'alliance péloponésienne. Au
défaut de son témoignage, nous en aurions une preuve sulfisante dans
I'exactitude minutieuse de ses descriptions de lieux. Qui pourrait s,i-
maginer, par exemple, que J.a topographie de la Sicile, surtout des
environs tle Syracuse, ne soit pas de première main? Cette obser-
vation n'est pas nouvellel déjà l'iristorien Timée s'en autorisait pour
soutenir que Thucytiide avait habité i'Italie, et même qu'il y avait fini
ses jours.
Il régnait chez les anciens une grande obscurité sur le lieu et sur I'é-
poque de la mort de Thucydide. On croyait généralemênt c1u'il avait
été victime d'un assassinatl mais les uns, comme Marcetiinus pla-
caient cet événement à Àthènesl d'autres, comme Plutarque, à
Scapté-Hylé en Thracel enfin selon Pausanias, il aurait pér'i pendant
son retour de I'exil. En présence de ces versions contradictoires, si l,on
ne veut se jeter tlans les hypothèses, il faut renoucer â démêlerla vé-
rité. La seule chose avérée, c'est que I'hucydide fut enterré dans le
sépulcre de la famille de Cimon, qui était Ia sienne. plutarque et
Pausanias affirment gue son tombeau se voyait encore de leur temps,
sur le chemin d'Athènes au Pirée, avec I'inscription : Ci-git Thucy-
did,e,lil,s d,'Oloros, d,u dême d'Halimuse.
Cette mort inopinée explique fort naturellement I'état d'imperfec-
tion relative oir le dernier Iivre de son histoire nous est parvenu. Il
s'arrête brusquement à la vingt et unième année de la guerre, c;uoi-
que I'auteur eût annoncé (Liv. V, chap. xxvr) qu'il conduirait son
récit jusqu'au moment où les Lacédémoniens renversèrent Ia domi-
nation d'Àthènes en s'emparant du Pirée et des longs murs. Appa-
remment Thucydide avait I'intention d'ajouter un neuviëme livre à
ceuxqui nous restent, et de compléter ainsi le nombre consacré par
les Musesd'Hérodote. Il en avait sans doute rassemblé les matériaux;
aussi a-t-il pu parler de son histoire comme d'un tout entièrement
achevé, bien gue la perfection même qu'il désirait donner à son ou-
vrage ne lui art pas laissé le temps d'y mettre la dernière main.
Il n'entre pas dans le cadre étroit que je me suis tracé d'appré-
cier littérairement I'histoire de Thucydide, d'analyser la mérhode
qu'il a suivie et de montrer avec quelles dispositions d'esprit il de-
mande à être lu. Plusieurs écrivainsfrançais ont fait cette étude d'une
manière à peu près complète; qu'il me suffise d'en indiquer ies prin-
crpaux.
NI. Daunut, a consacré à Thucydide Ie dixième volume de son cours
tIIl NOTICE BrOGRÂPHTQUE.
d'études historigues, ainsi qu,un article inséré dans la biographie de
Michaud. MM. Diilot, 2 doort, et Ri ll,iet ont pracé d.'intéressanles ïotices
en tête de leurs traductions. fuL Piemon a traité sommairement le
même sujet dans son histoire de la littérature grecque. Enfin ù1. Girard,
a publié sur Thucydide un essai remarquable récemment couronné
par I'Institut.
HI STO IRE
DE tÀ GI]ERRE

DT] PTLOPO}TESE.

TIVRE I.
Iutt'otluclion. L'auteur passe el) revus lgs temps primitifs de la Gr'èce,
afin de prouver que lâ guerre du Péloponèse a surpassé en impor-
tance toutes les guerres qui avaient précédé, chap. r-xrx. But qu'il
s'est proposé dans la rédaction rle son ouvrâge; méthode et moyens
r1u'il a employés lour y parlenir, chap. xx-xxrrr. Epidamne et
Potidée. Ér'énements qui provoqui:rent Ia guerre -du Péloponèse.
-\ffaire d'Épidamne; guerre entre Corcyre et Corinthel premier
combat naval, chap. xxrv-xxxr. Les Corcyréens obtiennent I'alliance
tl'Athènes. Discours des Corcyréens etdes Corinthiens, chlp. xxxu-
xr,rrr. Seconrlcombat naval entre les Corcyréens et les Corinthiens;
fin de la guerre de Corcyre, chap. xi.rv-Lv. Défection de Potidée;
combat livrt! sous lcs murs de cette ville et siége commencé par
les Athéniens, chap. Lvr-Lxvr. Les Lacétlémohiens, dans leur as-
semblée ordinaire, déclarent que le traité avec Athènes e-ct rompu.
Discours des Corinthiens, rles Athéniens, d'Archidamos et de Sthé-
nélaïdps, chap. r,xvlr-Lxrxylr.
- Les ci,rtquante ans. Digression sur
la période écoulée entre ies guerres médiques et celie du Pélo-
ponèse. Progrès de la puissance des Athéniens; origirre et condi-
tions de leur empire, chap. Lxxxytrr-cxv nr.
'.Les
Laçédémoniens convoquent une assemblée - Préparatifs cle guerre.
générale de leurs
alliés, et conviennent avec eux de déclarcr la guerre aux Athé-
niens. Discours des Corinthiens, chap. cxrx-cxxv. Plaintes et ré-
crirninations réciproques des Lacédémoniens et des Atliéniens. Con'
juration de Cyloni sacrilége à expier, chap. cxxvr-cxxvrr. Trahi-
son et mort tle Pausanias, chap. cxxvrrr-cxxxrv. Exil et fin de I'hé-
mistocle , chap. cxxxv-cxïxvrrr. Ultimatum des Lacédémoniens ,
chap. cxxxrx. Les Athéniens se décident à la guerre. Discours de
I'ériclès. chap. cxr.-cxl,vl.

I. Thucydide, eitoyen d'Athènes, a écrit I'histoire de la


suerre que se sont faite les Pdloponésiens et les Athéniens.
TuLctLrtrr. I
2 GUERRE DU PÉtoPoNESE.

I1 s'est mis à l'æuvre dès le début ile cette guerre, en présu-


mant qu'elle surpasserait en grandeur et en importance toutes
celles qui ont précédd. Ce qui le lui faisait croire, c'est que
ces deux nations dtaient alors au faîte de leur puissance, et
qu'il voyait le reste des Grecs ou prendre parti dès I'origine
pour l'une ou pour ltautre, ou en former le projet. Ctest en
effet le plus vaste 'conflit qui ait jamais ébranlé la Grèce, une
partie tles pays barbares et, pour ainsi dire, le monde entier.
La distance des temps ne permet pas de discerner bien clai-
rement les événements antérieurs ou d'une époque plus re-
culée; néanmoins, d'après les intlices que mes investigations
m'ont mis à même cle recueillir en rernontant jusqu'à la plus
haute antiquité, j'ai lieu de'croire que ces événements furent
peu considérables sous le rapport militaire, comme à tout autre.
égard.
II. Le pays qui porte aujourtl'hui le nom cle Grèce, ne fut pas
primitivement habité d'une manière stable, mais il fut le théâ-
tre de fréquentes migrations. On abanclonnait sans peine ses de-
meures, pour faire place à de noureaux flots d'arrivants. Comme
il n'y avait aucun comm€rce, aucune communication assurée ni
par terre ni par mer; que chacun exploitait le sol uniquement
tlans la mesure de ses besoins, sans penser à s'enrichir, sans
même faire rle plantations (car avec des vilies ouvertes, on ne
savait jamais si les récoltes ne seraient pas enlevées par rles
ravisseurs étrangers); enfin, comme orr espérait trouver partout
la subsistance jourrialière, on émïgrait sans difficulté. Aussi
la Grèce n'avait-elle ni grandes villes , ni aucun des éléments
essentiels de la puissance. La meilleure terre était celle qui
changeait le plus souvent de maîtres : parexemple la Thessalie'
et ]a Béotie actuelles e, Ia majeure partie d.u Péloponèse, à la
réserve de I'Arcadie ô, et en général les cantons les plus fertiles.
Ctest que la richesse du sol, en accroissant, les forces de quel-
ques individus, donnait naissance à des dissensions qui ruinaient
le pays, plus exposé d'ailleurs à la convoitise des étrangers.
Yoilà pourquoi l'Attique, préservée des fact jons par son inferti-
litd, a toujours eu les mêmes habitants depuisl'antiquité laplus
reculée. Et ce qui prouve combien jlai raison de clire que les
migrations crintinuelles empêchèrent les autres contrées de
prendre un semblable développement, c'est que, dans tout le
reste de Ia Grèce, les plus puissants de ceux que chassaient les
guerres ou les séditions se retirèrent à Athènes, comme en un
asile assurér. T)evenus oitoyeus, ils augnrentèrent, à cl'anciennes
LIYRE I.
dpoques, la population de cette ville, au point que dans la suite
elle fut en état d'envoyer des colonies en lonie, I'Attique ne
pouvant plus suffire à ses habitantss.
III. Ce qui achève de'me démontrer la faiblesse de l,ancienne
Q1èc.e,
c'est qu'avant la guerre de Troie on ne voit pas qu'elle
ait rien entrepris en commun. Je crois même qu'elreïe portait
pas encore tout entière le nom d'Ilellust, mais qu'avant Hellen,
fils de Deucalion, ce nom était complétement inconnu. Chaque
peuplade, et la plus étendue était celle des pélasges, donnait
son propre nom au sol qu'elle occupait. Mais lorsque I{eIIen et
ses fils furent devenus puissants en phthioticler et que diverses
villes commencèrent à les appeler à leur aide, alori, par I'efïet
de ces relations journalières, Ie'om d'Heiiènes se prôpagea de
plus en plus, bien que de longtemps il ne ptt pievitoir.. t.a
preuve en est dans Ilomère : quoique ce poête soit bien posté_
rieur à la guerre de Troie", nulle part il ne donne aux Grecs
un nom collectif I il n'appelle lIellènes que les sordats tl'achille,
yenus de Phthiotide, et les seuls à qui cette qualification
ap-
partînt primitivenientl mais il spécilie dans ses vers les Da-
naensJ les Argiens et les Achéens. Il n'emploie pas non plus le
nom de Barbares, sans doute parce que les Grecs ne se âirtin-
guaient pas encore par une dénoruination commune, en oppo-
sition aux autres peuples. Quoi qu'il en soit, ces llellénes, àônt
le nom, borné d'abord à guelquàs peuplades par)a't le même
luoglgu-, s'dtendit plus tard à toute la nation, ne firent, grâce à i
Ieur isolemenI ef à ]eur faiblesse, aucune entreprise commune
ayant la guerre de Troie; enc.re ne se 'réuirirent-ils pour {
_cette expédition que lorsqu'ils furent plus familiarisés avec
la mer.
IY. D'après la tradition, Minos est le plus ancien roi qui se soit
crié une marinet. II étendit son empire sur la prui grande I
partie de la mer présentement appelée Grecque. Ii domùa sur i

les cyclades, coionisa Ie premiei ia plupart d'. .*, îles, dont ir


chassa-les Cariens, et oir lt établrt pôur chefs,u, proprrs fils;
ennn ll purgea cette mer, autant qu'il le put, de la piraterie,
afin de s'assurer le recouvremrnt dès tlibuis. '
Y. Jadis les Grecs et ceur des Barbares qui habitaient les -. ;

îles ou les côtes du continent, ne surent pus pius tôt communi#'


quer entre eux à I'aide de vaisseaux, que, guidés par des I
hommes puissants, ils se mirent à exercer'la piiaterie,'autant
pourleur gain particulier, que pour procuter de la nourriture
aux faibles. Fondant à I'improyiste sur des villes ouyertes,
:

4 GUERRE DU PÉtoPoNÈsE.
composées de bourgades séparées, ils les pillaient et tiraient
tle 1à leur principale subsistance. cette industrie. loin tl'être
ignominieuie, ptô.orait. plutôt de I'honneur; témoin certains
p"euples continôntaux qui, encore aujourd'hui, se fontgloire d'y
à*.Ëlt.t; témoin encorà lesanciens poêtes qui ne manquent jir-
mais de'faire demander à ceux qui abordent, s'ils sont des pi-
ratest, montrant ainsi que les hommes auxquels cette question
est adressée nc désavouent pas un tel métier, et qu'elle n'est
point injurieuse ile la part de ceux qui ont leLrrs raisons pour
Ia faire.
Même sur terre on se pillait réciproquement. De nos jours
ellcore, plusieurs peuples,de la Grèce continentale, tels que
les Locriens-6zoles, les Etoliens, les Âcarnaniens et presque
tous leurs voisins, conseryent ces anciennes mceurs.I,'habitude
t1u'ils ont d'aller toujours armés est un reste de I'antique bri-
gandage.
' YI.
-Toute
la Grèce portait le fer, parce que les habitations
itaient sans défense et les communications peu sûres; jusque
dans la vie privée on imitait les Barbares, qui ne quittent jamais
leurs armes. L.s contrées de la Grèce ou cette coutume s'est
maintenue jusqu'à ce jour, prouvent qu'autrefois elle était gé-
ntlrale.
Les Athéniens furent les premiers ir déposer le fer, pour
atlopter des mæ'urs pius douces et plus polies. ll n'y a pas
I longtemps que, chez eux, Ies vieiljards de la classe aisée ont
I renàncé-auiux" de.s trrniques de iin et des cigalcs d'or dont ils
) relevaient le næud de leur chevelure r; usage qui s'est trans-
mis aux vieillards ioniens, à cause de I'affinité des deux peu-
pies. Les premiers rlui prirent un costume simple et tel à peu
Jrrès qu'on Ie porte aujourd'hui, furenb les Lacédémoniense;
à

I
cet dgurd, comnle dans toute leur manière de vivre , les plus
richei d'eltre eux ne se distinguèrelt pas de 1a multitude. Ils
furent aussi les premiers à sc dépouillcr du leurs vètements
clans les exercices pubiics, pour se montrer nus et frottés
d'huile. Autrefois, dans les jeux 011'rnpiques, Ies athlètes lut-
taient les rtlins cntourrjs d'une ceinture., et it y a peu d'années
flird cette habitude a ccssé; actueilement cncol'e, chez certains
,Ç,eupt.t barbares, surtout en Asie, on propgse des prix de lutte
fiit a* pugilat, et les cornbattants portent des ceintures. Ce n'e'st
pas le seui exemple par lequel on pourrait prouver que la Grèce
àncienne avait des mcetlr's assez conformes à celles des Barbares
de nos iours.
.
LIVRE I. 5r

VII. Les vilies fondécs plus rdcemment, à une dpoque ou la


navigation étaib plus sùre et la richesse plus générale, fureut
construites au bord de lamer et environnées de remparts;elles
occupèrent les isthmes, pour mieux assurer leur comnrerce et
être pius fortes contre leurs voisins. Au cor:traire, comme la
piraterie se maintint pendant de iongues années, les villes an-
ciennes, soit dans les îles, soit sur Ie continent, s'étaient bâties
à distance de la mer : car les pirates se pillaient en[re eux et
ddsolaient les peuples qui, sans être marins, habitaient les
côtes; c'es[ pour cela que nous vr]yons bon nombre de viiles
situées loin de la mer.
VIII. La piraterie n'était pas moins en honneur chez les insu-
laires, Cariens et Phtiniciens, race d'hornmes qrri colonisa jad.is
la plupart des îlcs, comme l'atteste le fait suivant : lorsque,
dans la guerre actuelle, Délos fut purifiée parles Athéniensa, et
que toutes les tombes qui s'y trouvaient furent è,glevées, on
constata que plus de la moitié appartenaient.à ded€ariens, à
en jugel par la forme des armes qu'elIés renfermaient, et par
la manière dont, encore aujourd'hui , ce peuple enterre les
morts e.
Quand la marine cle Minos fut organisée, Ia navigation devint
plus libre; il expulsa des lles les pirates qui les infestaient, et
établit des colonies dans la plupart d'entrà ellcs. Dès lors les
habitants des côtes commencèrent à s'errnchir et à posséder des
hebitations moins précaires; quelques-uns rnême, clônt l'aisanee
s'él,ait accrue, clrvironnèrent leurs villes de remparts. L,intérêt
engagea les faibles à accepter la domination dei forts, el les
plus puissants s'aidèrcnt de leurs richesses pour assujettir les
petites cités. Tel était I'dtat de la Grèce , lorsque plus :[ard elle
fit I'expédition de Troie.
-.
IX. Si Agamemnon parvint à rassembler une flotte, ce fut
bien plutQt, à mon avis, grâce à la supériorité rle ses forces
gu'en vertu des serments prêtés à Tyndâre par les prétendants
d'Helèner. Ceux qui ont recueilli sur le péloponèsê les tradi-
tions les plus vraisemblables assurent que ce fut au moyen des
trdsors apportés d'Âsie chez des populations indigentes, que
Pélops établit son autorité parmi elles et, quoique dtranger,
donna son nom au paysx. Ses lils virent encoie s,àccroître ieur.
p_uissance. A\-ant de partir pour l'Attique, ou il fut tué par les
Iléraclidess, Eurysthée avait conûé ie gouvernement de Mycè-
nes et tout son royâume à son oncle maternel Atrée, exilé par
son père à cause du rneurtre de Chrysippos a. Corrrme Eurysthde
6 cUERRE DU pÉLoporcÈsr.
ne revint pas, Atrée accepté par les Mycéniens, gui reclou-
taient les Héraclicles , fort d'ailleurs de son crédii ,i du l, fu-
veur p.opulaire qu'il avait su gagner, prit en mains la souve-
raineté de l\{ycènes de tous les peuples qu'Eurysthée avait
eus pour sujets. Dès -et
lorslespélopides effacèrent lesâescenilants
de Persée.
Héritier de cet empire et possesseur d'une marine plus consi-
dérable que celle des autres princes, Agamemoon ,lot à la
crainte, .plutôt qu'à. la comprafuance, de -pouvoir rassembrer
I'expédition. c'est lui qui arma Ie plus grand nombre de navi-
res;.il en fournit même aux Arcadiens, sril faut s,en rapporter
au témoignage d'Homère(a). Dans la transmission du sceptre,
ce
poëte dit encore de iui (ô):
Il régnait sur des îres nombreuses et sur tout le pays d'Argos.

Habitant le continent , s'il n'avait pas eu de marine, res


seules lles sur lesquelles il aurait po régnu. eussent étd celles
de.son voisinage, ntrturellement pâu noùbreoses. cette
expé-
dition de Troie suffit pour donnôr une idée des temps anté-
rieurs.
x. De.c-e qu9 Mycènes ou tele autre des villes d'alorô paratt
peu considérable aujourd'hui, il ne s'ensuit pas qu'on doive
ré-
voquer en doute I'importance attachée à la guerre de Troie par
l-es poëtes et par la tradition. supposé que iacédémone
devint
déserte-et qu'il n'en restât cl'autres vestiges que les temples
et
les fondements des éclifices publics, la pistérité, penËe, au_
ie
rait bien.d. lu peine à se pelsuader quà la puissânce de cette
ville ait dté à la hauteur de sa réputition. Ei pourtant Lacddé-
mone possède les deux cinquièmes du péloponèse r; elle com_
mande au reste, ainsi qu'à un grand nombre d'alliés audehors;
mais, comme elle ne forme pCs un ensemble, qu'elle ne brillé
pas par l'éclat de ses temples ou de ses monumènts. qurelle
est
composée rl'un amas de viilages à la ma'ière des ânciennes
cités grecques e, elle paraîtrait bien inférieure à sa renommée.
si au contraire Ie même sort atteignait la ville d'Athènes, le
seul aspect de ses ruines ferair présumer que sa puissance était
doubie de ce qu'elle est e{fectivement. ie doute serait donc
mal fonrlé. On doit envisager, non pas tant l,apparence des
villes que leurs forces réelles, et peàser que t'expeclition de
Troie, bien qu'au-dessous des, entreprises qui ont eu lieu par la

Iliade,II,
- (q fbid., II, t0B.
t,a) 176 er 6 t2.
LTVBE I. 7

suite, fut néanmoins plus considérable que toutes celles qui


avaient prdcédé.
s'il faut encore s'en référer sur ce point aux vers d'Homère,
qui, en sa qualité de poëte, a dù nécessairement amplifier et
urb.llir, I'infériorité hont je parle n'en demeure pas moins tlé-
-cents
montrée. Il compte douze vaisseaux, montés, ceux des
Réotiens par ceirt vingt hommes, ceux d.e Philoctète_ par cin-
quante: ce qui est apparemment une manière d''indiquer les
plus grands ei les plus petits; car ce sont les seuls ùont il men-
iionné la force dans le-Catalogue des nauiress. Tous les hom-
mes d'dquipage étaient à la fois soldats et matelots; c'est du
moins .. qù'it donne à entendre en parlant des vaisseaux de
Philoctète, dont il représente les rameurs comme autant d'ar-
chers; d'ailleurs il ntest pas vraisemblable qu'à part les_rois et
les principaux personnages, il y ett à bord beaucoup tle gens
inoccupés-, surtôut quand on se disposait à traverser la grantle
mer, uï.. un at',irail de guerre , sur des bâtiments non pontés
et construits d'après I'ancien système, comme des barques ar-
mées en course. si donc on prend une moyenne entre les plus
grands vaisseaux et les plus petits, on Teconnalt que le nombre
des troupes réunies n'était pas fort considérabler pour une en-
trepriselormée par Ie concours de la Grèce entière{'
Xl. C'Otait moint Ie manque d'hommes que le manque d'ar-
gent qui en était la cause. Faute il'approvisionnements, on n'a-
mena qutune armée médiocre, proportionnée aux ressources que
I'on espérait trouver sur le territoire ennemi. Arrivés devant
|
Troie et vainqueurs dans un premier combat (autrement ils -

û'auraient pu s'établir dans un camp retranché). les Grecs n'u-


sèrent pas même alors de la totalité de leurs forces; mais la
nécessiié de se procurerdes vivres les contraignit de cultiverla
Chersonèse et Àe courir le pays. Leur dispersion permit aur
Troyens de tenir tête à ceux qui se succédaient autour d.e leurs
muis et d'end.urer un siége de dix anndes. Si au contraire les
Grecs fussent partis bien approvisionnés, et que, sans recourir
au brigandage et à I'agriculture, ils eussent poussé la guerre
avec v-igueui, nul douie qu'ils n'eussent emporté la ville, puis-
que, toul disséminés qu'ils étaient et n'ayant devant Troie qu'une
partie de leur monde, ils ne laissèrent pas de se maintenit' Fo
i'assidgeant avec plus de suite, ils I'auraient prise en moins de
temps et aveo moins de difficulté.
Ciest ainsi que, faute d'argent, les entreprises antérieures à
cette expédition n'eurent qu'une faible importance, et que, à
8 GUERRE DU PÉLoPoNÈss.
juger par les faits, la guerre de Troie elle-même, quoique plus
cdlèbre corliparativement, ne réponcl pas à sa renommée et it
I'opinion que les poëtes nous en ont transmise.
XlI. Même après la guerre de Troie, la Grèce vit encore dcs
ddplacements et des migrations qui, en lui ôtant le repos, firent
obstacle à son accroissement. Le r*tour des Grecs après leul
longue absence occaqionnadans beaucoup de villes deitroubtès
et des séditions. Ceux qui en furent victimes allèrent s'dta-
blir aiileurs. Ainsi les Béotiens d'aujourd'hui, chassés d.'Arné
par les Thessaliens soixante ans après la prise de Troie r, se
fllèrent dans le pays appeld maintenant Bdotie et jadis
Cadméide: il y avait déjà dans ce pâys une fraction tlu mêmtr
peuple, qui envoya des guerriers au siége d'llion'. Quatrc-
vingts ans après Ia prise de Troie, les Doriens s'emparèrent du
5.
Péloponèse sous la conduite des Héraclicles Enfin,lorsqu'après
un long intervalle la Grèce, délivrée des migrations, jouit d'utr
repos assuté, eile forma d,es établissements au d.tihors: les
Atbéniens colonisèrent I'Ionie et ia plupart des lles , et les Pélo-
ponésiens, la majerrre partie de I'Italie et de la Sicile, sans
compter quelques établissements dans le reste de la Gr'èce.
Toutes ces colouies sont pos[érieures ir ]a guerre de Troie.
XIII. Cependant Ia puissance et la richesse de la Grèce gran-
clissaient cle jour en jour. A la faveur cle cette prospérité crois-
sante, on vit dans la plupart, des villes s'élever des tyrannies I ir
la place des anciennes royautés héréditaires, dont les privildges
étaient déierminésq. En même temps les Grccs formaient leur
marine et s'adonnaient de plus en plus à la navigation. Les Co-
rinthiens furent, dit-on, les premiers qui, pour les constructiotts
navales, adoptèrent un système analogue à celui d.'aujourd'hui"
C'est à Corinthe que furent construites les premières trirèmc.s
grecquess. On sait aussi que Ie constructeur corinthien Amino-
clès fit pour les Samiens quatre vaisseaux de guerre; or I'ar-
rivée d'Aminoclès à Samos eut lieu précisément trois cents ans
avant la fin de la guerre actuelle (a). Le plus ancien combat naval
dont nous ayons conservé le souvenir est celui que les Corin-
thiens livrèrent aux Corcyréensn tleux cent soixante ans atant
la même époque(b).
Corinthe, par sa position sur I'isthme, fut de bonne heure
une place de commerce. Comme autrefois les Grecs communi-
quaient entre eux plutôb par terre que par mer, c'était cetttr

(a) I.'an 704 ny. J. C. - (r) G64 av. J. C.


LIVRE I. 9
ville qui mettait en rapport les habitants de I'intérieur du
PéIoponèse et ceux du d.ehors; aussi devint-elle très-florissante,
ainsi que I'atteste le surnom ilopulente, que les anciens pcëles
lui ont d.onné6. Quand la navigation se fut étendue, les Corin-
thiens employèreat leurs vaisseaux à détruire la piraterie; et,
ouvrant un double marché au négoce, ils eurent une ville puis-
sante par ses reyÈnus,
La marine des loniens se forma plus tard, sous le règne de
Cyrus, premier roi des Perses, et sous celui de son fils Cam-
byse. Durant la guerre qu'ils soutinrent contre Cyrus, ils eurent
un moment I'empire de la mer qui les avoisine; et du temps
de Cambyse, Polycrate, tyran de Samos, fut assez fort sur mer
pour soumettre plusieurs lles, notamurent Rhénda, qu'il prit
et consacra au dieu ile Délos 6; enfin les Phocéens , à I'époque
ou ils fondaient Marseiile, remportèrent sur les Carthaginoi-.
une victoire nayale 7.
XIY. Telles furent les marines les plus puissantes de la Grèce:
or toutes, comme on le voi[, sont postérieures de plusieurs gé-
nérations à la guerre de Troie. Eiles n'avaicnt qu'un petit nom-
bre de trirèmes etse composaient, comme dans i'ancien temps,
de pentécontores et de vaisseaux longs t. Peu avant les gueres
Médiques et la mort du roi des Perses Darius, successeur de
Cambyse, les tyrans de Sicile eurent beaucoup de trirèmes, de
même que les Corcyréens t. Ce sont les dernières marines con-
sitlérables que la Grèce ait possédées, avant i'invasion de
Xerxès: celles des Éginètes, des Atheniens et de quelques au-
tres peuples étaient sans importance et presque uniquement
composées de pentécontores. Ce fut assez tard que, sur Ie con-
seil de Thémistocle, les Athéniens, alors en guerre avec les
Éginètes et dans I'attente de f invasion barbare, firent con-
struire les vaisseaux sur lesquels ils combattirent 51 et encore
ces vaisseaux n'étaient-ils pas tous pontés.
XV. Telle d,tait la marine des Grecs dans I'antiquité et à iles
époques pius rapprochées de nous. Néaumoins ies villes qui
ayaient iles flottes se rendirent doubiement puissantes, et par
les revenus qu'elles en tiraient, et par leur supériorité sur les
autres cités; au moyen de leurs yaisseaux, elles subjuguaient
les lles, surtout quand leur propre territoire ne sufiisait 1,as à
leurs besoins. Sur terrc ii ne s'alluma aucurle guerre d'ou pùt
résulter quelque agrandissement. Parfois des voisins en vinrent
aux mains les uns avec les auires; mais les Grecs rre formèrent
aucune expddition lointaine clans un esprit de conquête. On ne
l0 GuERRE Du PÉLoPonÈsr'
vovait point les petits États se grouper sous.la sujétion
des

n.'uoas ni seiéunir pour former cles entreprises communes;


"i,i.
ii;i;;;.,t qo, a.,luttes parrielles er de voisinage. uue seule
fois la Grèce se parTagea en deux camps, -opposés : ce fut
la guerre qo" *r n"Àt jadis les Cnaicidéàns et les Éré'
dans
triensr.
"'îVi.'qo.lques États rencontrèrent des obstacles à leur déve-
parvenus à un
IoppemJnt. ie* Ioniens, par exemple, étaient
;igË^;;;'"."1 a. p*otpêtité, lorJque Cyrus' à la tète tles
perses, apres uuor, 'r*nurrsé irésus et soumis toute la. contrée
le fleuve Halys et Ia mer' attaqua et. réduisit
Darius' à Ia
.o ïrrfuouge les oiti.* du Ëontinentr' Ensuite
"o,opritt'.ntre
pareillement les
il*, a. Ïa marine phénicienne, subjugua
lles.
XYII. Les tyrans établis dans les cités grecques'.uniquement
et de I'a-
o.lopJ* ae- teors intérêts, de leur sûreté person-nelle
Erandissementdeleurmaison,secontentaientdevivreensé-
:;ilT;;; a- Ieurs viues. A part.quelques entreprises
tirà"t.
contre leurs voisinr, uo"oo d'eux ne {it
rien ile remarquable;
i,exceptelestyransa.si.it.,quiélevèrenttrès-hautleurpuis.
concourut
!rrr.l,Ài"si,,pendani une tongue suite d'années,tout
ses forces pour
à mettre Ia Gïèce dans I'impoisibilité de réunir
I'esprit
;*d- grande opJtuti""; i'isolemen[ empêchait
d'e

conouête' À'rr+LÀ,et ceux gur at'a'ient si


iir[. Mais enfin- r--
les 3-+n*-
tyrans d'Athènes
Grèce furent tous ren-
t"G;;;d ôpptimé pt.tque toute,la
à des tyrans de Ia
n.rïe* pï, r.i La.eiomoliens, I'exception
par les Do-
Sic,fe t.'Quant i lal?aemone, depuis sa fondation
plus
qoî I'bubit.nt", .lL fut iravaillée de dissensions
"iïm ce qui ne 1'emp.êcha
ooto.,i*u autre viile à nous connue ; préserver de la tyrannie,
pas

Ë; ;;;;;r. â, nonoes lois er de se


ttntpt tet plus de quatre cents
plus anciens: cal'
et cela dès les
ans se sont écouléJi"tï'it Ia fin de Ia
guerre.actuelle' depu-is
5. C'est là le
que cette ville est .Ë;i; p"l la même consritution
secret de son ascendant et de sa force'
--ii Ia tyrau-
Jgtuit purre puo aannées depuis I'extinction de entre les
nie en Grèce, q"una * iio.u fu Uâtaitte cle Marathon
tle
-gïuna,Di* unr après, le Barbare s'avançaDe-
Mè6es et les ethenïens;.
nouveau avec sa armée poot asservir la Grèce.
alors les plus
vant l,immineqce dï daoger, Ies Làcédémoniens, qui s'ar-
puissants des çreÀl t.li"jnt à la tête des peuples
tandis que les Athénieus' à
ilIiu"t pour la défeirse commune;
LIVRE I. II
I'approche des Mècles, prirent le parti d'abandonner ieur ville,
cmportèrent leurs effets, et, montant sur leurs navires, clevin-
rent hommes de mer.
Lorsque le Barbare eut été repoussé par les forces combinées
de la Grèce, ceux des Grecs qui avaient secoué le joug des
Perses on pris part à la lutte ne tardèrent pas à se diviser entre
Àthènes et Lacéilémone, Ies deux États qui avaient déployé le
plus de forces, I'un sur terre, l'autre sur mer. Pendant quelgue
temps ces deux puissances marchèrent d'accord; mais ensulte
elles se brouillèrent; et, soutenues par leurs allids respectifs,
elles en vinrent à des hostilités déclarées. Dès lors le reste des
Grecs, au moindre difiérenct qui éclatait entre eux, venaient
se ranger dans I'un ou I'autre parti. De cette façon, tout I'in-
tervalle compris entre les guerres médiques et la guerre ac-
tuelle, les Lacédémoniens et'les Àthéniens le passèrent dans
une continuelle alternative ile trêves et de combats, soit entre
eux, soit avec les alliés quiles abandonnaient. Aussi acquirent-
ils une parfaite expdrience des armes en se formant à l'école des
tlangers.
XIX. Les Lacédémoniens n'exigeaient cle leurs allids aucun
tribut; ils se contentaientde veiller à ce qu'ils eussent toujours
un gouvernement oligarchiquo en harmonie avec le leur. Les
Athéniens, avec le têmps, prirent les vaisseaux des villes
aliiées, excepté ceux de Chios et de Lesbos, et ils imposèrent
à [outes une contrihution d.'argent r. C'est là ce qui .leur a
permis de déployer à eux seuls, dans la présente guerre, des
forces plus imposantes qu'à l'époque de Ieur plus grande
prospérité , alors que leur alliance n'avait encore souffert au-
cune atteinte.
XX. Yoilà ce que j'ai découvert sur I'antiquité. Au surplus, il
est dangereux d'accueillir sans examen toute espèce de témoi-
gnage: car les homrnes se transmettent de main en main, sans
jamais les vérifier, les traditions des anciens, même celles qui
concernent leur patrie. C'est ainsi que les Athéniens sont per-
suaclés qu'Hipparque exerçait la tyrannie lorsqu'il fut tué par
Harmodios et Aristogiton{;ils igr}orent que c'était Hippias qui
avait succérlé à Pisistrate son père, comme plus âEé que ses
frères Hipparque et Thessalos I qu'au'jour et à i'instailt niarqués
pour I'exécution tle leur complot, Ilarmodios et Aristogiton ,
s'imaginant qu'llippias avait été averti par un cle leurs afûdés
et se tenait sur ses gardes, renoncèrent à le frapper, mais voulu-
rent au moins faire quelque coup d'éclat avant tl'être saisisl et
Iz GUERRE Du PÉLoPoNÈse'
appelé Léocoûon" au
qu'ayant rencontré Hipparque b I'endroit
ta procession dcs Panathénées, iis lui
moment oir il organisaii
ilonnèrent Ia mort' , '

""il;;";;;nter à des temps effacés de la mémoire' on


peut
sur lesquels la Grèce entière
citer plusieurs taits-rapptoôUe* ' paf exemple que les 'rois
;:;; fil; Iæ idAes Hs ptus fausles;
deux iuffrages au-lieu d'un et
de Lacéclémon, Aotntnt'chacun Pitanatès,le-
gueles Lacétlémonien; ,rt un bataillon nommé
hommes se mon-
il;i;'^ i"*ais existé' : tant la plupart des et ilisposés
,..î,^i*à".iur,ts a""- f" ,erh.r.'he àe la vérité
à

recevoir les opinions totttes faites'


que je viens d'exposer'
XXI. Néanmoinq t;uptès les preuves mes assertions'
admeltant
on ne risque pas de t'égu"tt.-t". poëtes ou les récits
i,tiil^"ttt Ëxagérations des
;iltï ilJ;; Ce sont des choses
plus attrayants.qubvérés deJloglgraphesr' tt qui'.pour la
qui échappent tr uri àemonttrat"io"o tigoortytg'
p.roo loute créante.) parie qu'elles sont on doit
tombées
;#il'ili
dans le domarne o*t'f^lft*- nn mutigres si anciennes'
se contenter cles ;t;l;;;; que
j'ai oi-''tenus en consultant les
témoignages les ptus aotirentiqùtt; et' bien que les hommes
aient une tenaan'cJcon'iuntt ï regarder Ia guerre-dans la-
la impor!1nte.$e toubes-
suelle ils sont ."guàet-ttmnre flus
Ë;ii,i;;n;;;i- .i fi";ie, à ad*irer plutôt, ceiles d'autrefois
il suffit d'examtner les faits pour se tionaincre que celle-ci a

surPas# toutes les Précédentes' ia guerre'


XXII. Quant aux discours tenus avant ou pendant
f..-t*p.ùuire textuellement était difficile soit pour moi
'
ceux qui m'en rendaient
lorsque je les uo"i*untu"âus, soit pour
qui m'a paru le plus en
,oÀi,it."l'ai pteté à cÏ,acun ie iangase
} harmonie avec tes ii"tÀ"ttuot'* où it se irouvait placé' tout en
aussi près que pos.sible des
me tenant. poo, iu fona des idées'
réetlemeif ptooootet' Pour ce qui es[ des faits' je ne
discours
ou à mes im-
m'en suis pu, ,uplàtié au dire du premièr Yenu
racônté que ceux clont j'avais
pressions p"r*ooo".iiut;lt
spàctat.Lt "'ui
oo sur lesquels ie m'.étais procuré des
moi-même été j'avais
Or,
renseignem."t, ;;;;i, .t a oo. entière exactitude. oculaires
â" 1" p.ite à y parvenir, parce que les témoins
événement et va-
n'étaient pas toujôurs d'accùd sur le même
riaient suivant itor, ,y*pathies ou la fidélité tle
leur mé-
moire,
Peut-être mes récits, dénués du prestige des fables, Por-
dront-ils de leur intérêt; il me rotnt qo'its soient trouvés
LIVRE I. i3
utiles par quicouque vouclra se faire une juste iclée cles temps
passés, et préjuger les incidents plus ou moins semblables d.ont
le jeu tles passions humaines doit amener le retour. J'ai voulu
laisser à la postérité un monument clurable, et non offrir un
morceau d'apparat à des auditeurs d'un instant.
XXII. De toutes les guerres prdcédentes la plus consiilérable
fut celle des Mèdes; cependant deux combats sur terre et au-
tant sur mer en décidèrent promptement I'issue r. Celle-ci au
contraire a été très-longue; et, pendant sa durée, la Grèce a
éprouvé cles désastres tels qu'il n'y en eut jamais de pareils
dans un même espace de temps. Jamais tant de villes prises et
dévastées par les Barbares ou par les Grecs arrnés les uns con-
tre les autres : il en est même qui changèrent d'habitants par
suite de la conquête; jamais tant de proscriptions, tant de
massacres dans les combats ou ies émeutes. Des événements
jadis cdldbrés par la renommée, mais rarement attestds par les
faits, ont cessd d'êlre incroyables : violentes secousses ébrau-
lant à la fois une immense étenilue de terre, éclipses de soleil
plus frdquentes qu'en aucun autre temps connu; en certains
enclroits sécheresses excessives, acoompagnées de famine; en{in
le plus terrible des fléaux, la peste, qui dépeupla une partie de
le Grèce. Toutes ces calamités se réunirerit pour aggraver les
maux de cette guerre.
Les Athéniens et les Pélopondsiens la commencèrent en rom-
pant la pair de trente ans, conclue après la conquôte de I'Eu*
bée (a). J'ai exposé cl'abord les démêlés avant-coureurs tle cette
rupture, afin qu'on ne ftrt pas à se demander un jour quelle
avait été I'origine d'un si granil conflit. La cause la plus réelle,
quoique Ia moins avouée, celle qui rendit Ia guerre inévitable,
fut, selon moi, Ia crainte qu'inspirait aux Lacéilémoniens
I'accroissement de la puissance d'Athènes. Au surplus je gais
énoncer les prétextes qui furent allégués de part et d'autre
pour rompre la paix ei pour entamer les hostilités.
XXIV. Épidarnne est une vilie située à droite en entrant dans le
golfe Ionienr; près d'elle habitent les Taulantiens, Barbares de
race illyrienne. Cette ville fut fondée par les Corcyréens; Ie
chef de la colonie fut le Corinthien Phalios, fils cl'Ératoclidès et
tlescendaut d'Elercule, appelé cle la métropole suivant I'antique
usage; desCorinthiens et d'autres Grecsd'origine dorienne se
joignirent à cet établissement. Avec le temps Épitlamne devint

(a) Plr les AthÉniens. \toy. cltap, cxrv ct cxv.


14 GUERRE DU PÉtoPottÈsu.

grande et peuplde;mais, àla suite de dissensions intestines qui


tlurèrent, dit-on, de longues années, elle eut beaucoup à souË
frir cltune guerre contre les Barbares du voisinage, et perdit une
partie de sa puissance. Enfln, peu avant la guerre actuelle, le
peuple aya.nt chassé les riches, ceux-ci se retirèrent chez les
Barbares, avec lesquels ils se mirent à pilier par terre et par
mer ceur d'Epidamne. Ainsi pressés , les Épidamniens de
la ville envoyèrent cles députés à leur métropole ile Corcyre,
avec prière tle ne pas les laisser écraser, mais de les réconcilier
avec les bannis et de mettre fin à la guerre des Barbares. Ils
firent cette requête assis en suppliants dans le temple de Ju-
nont; mais les Corcyréens n'y eurent aucun égarcl et les ren-
voyèrent sans rien leur accorder.
XXV. Les Épidaû]niens, voyant qu'ils n'avaient aucune assis-
tance à espérer cle Corcyre, se trouvèrent dans un cruelembar-
ras. Ils envoyèrent à Delphes pour demander au clieu s'ils
devaient remettre ]eur ville aux Corinthiens comme à ses fon-
rlateurs et essayer d'obtenir d'eux quelque secours. L'oracle
leur répondit de se donner aux Corinthiens et de les prenrlre
pour chefs. En conséquence les Épidamniens se renclirent à Co-
rinthe; et, conformément à I'oracle, ils remirent aux Corin-
thiens la colonie, en représentant que son fondateur était de
Corinthe et en s'appuyant sur la réponse du dieu. Ils conjurè-
rent les Corinthiens d'avoir pitié de leur clétresse et de leur
accorder protection. Les Corinthiens se crurent en droit d'ac-
cueillir cette demande. Ils regardaient Épidamne comme aussi
bien à eux qu'aux Corcyréens; de plus ces derniers leur étaient
odieux, perce qu'ils les négligeaient, quoique étant leurs co-
lons: dans les solennités nationales ils leur refusaient les
ilistinctions d'usage; ils ne prenaient pas, comme les autres
colonies, un citoyen cle Corinthe pour inaugurateur des sacri-
fices; enfin ils méprisaient leur nrétropole, parce qu'à cette
époque ils rivalisaient de richesses avec les plus opulentes cités
tle la Grèce, qu'ils surpassaient même en puissance militaire.
Ils allaient jusqu'à se vanter de possécler la première force na-
vale, en qualité d'héritiers des Phéaciens qui avaient habité
Corcyre avant eux, et dont la rnarine était très-renommée r;
aussi travaillaient-ils sans relâche à augmenter leur flotte, déjà
considérable, puisqu'ils posséclaient cent vingt trirèmes quand
la guerre éclata.
XXVI. Avec tant de sujets de plainte,les Corinthiens accorilè-
rent de grand cæur le secours demanrlé. Ils invitèrent quiconque
uvRE r, 15

le vourlrarl à aller s'dtablir à Epidamne; en même temps ils y


envoyèrent une garnison composée d'Ambraciotes, de Leuca'
diens et cle Corinthiens. Cette troupe se rendit par terre à
Apollonier, colonie de Corinthe, dans la crainte que les Corcy-
réens ne lui fermnsseut la voie de mer. Quantl les Corcyréens
surent qu'il était anivé de nouveaux habitants avec une gar-
nison à Épidamne et que la colonie s'était donnée aux Corin-
thiens, ils entrèrent en courroux, et, mettant aussitôt en mel
vingt-cinq vaisseaux suivis plus tard d'une seconde flotte, ils
sommèrent outrageusement les Épidamniens de recevoir les
bannis et cle renvoyer la garnison corinthienne, ainsi que les
Douveaux habitants. En effet les bannis d'Épidamne étaient
venus à Corcyre, et là, montrant les tombeauxe et invoquaut
la communauté cl'origine, ils avaient prié qu'on les ramenât.
Comme les Épidamnierrs refusaient de rien entendre,Ies Corcy-
réens allèrent les attaquer avec quarante vaisseaux. Ils me-
naient avec eux les bannis, qu'ils vouiaient rétablirr et avaient
pris un renfort d'Illyriens, Arrivés devant la Blace, ils firent
savoir à tous, Épidamniens ou étrangers, qu'ii ne seraiù fait
aucun mal à quiconque voudrait se retirer, mais qu'autrement
ils seraient tous traités en ennemis. Sur leur refus, ils assiégè'
rent la ville, qui est cor'struite sur une presqu'île.
XXVII. A la première nouvelle du sidge d'Épid.amne, les Co-
rinthiens mirent des troupes sur pied. En même temps ils firent
publier I'envoi d'une colonie à Iipidamne , en invitant chacun
à s'y associer, sous promesse de droits égaux t; si quelqu'un
désirait participer à la colonie sans partir sur-le-champ, il
pouvait rester moyennant le dépôt de cinquante drachmes
ôorinthiennes2. Beaucoup de gens s'embarquèrent ou déposè-
rent I'argent. On pria les Mégariens de fournir une escorte
navale pour le cas ou les Corcyréens voudraient barrer le
passage à cette expédition. Les Mégarieng se tlisposèrent à
I'accompagner ayec huit vaisseaux I les Paléens de Céphallénie
avec quatre. On s'adressa aussi aux Epiilauriens, qui en four-
nirent cinq; ies l{ermionéens en d,onnèrent un, les Trézéniens
deux,les Leucadiens dix,les Âmbraciotes huit. On clemanda tle
i'argent aux Thébains ef aux Phiiasiens I aux Éiéens des vais-
seaux vicles et de I'argent. Les Corinthiens eux-mêmes prépa-
rèrent trente vaisseaux et trois mille hoplites.
XXYIU. Quand les Corcyrdens eurent vent de ces préparatifs,
ils se rendirent à Corinthe , accompagnés de députés tle Lacé-
démone et de Sicyone. Ils demandaient que les Corinthiens rap-
16 GUERRE DU PÉLoPoNÈsr.
pelassent cl'Épidamne leurs colons et leurs solclats, parce gu'ils
n'àvaient aucun droit sur cette ville. En cas de prétentions
contraires, ils olTraient de soumettre la question à celles des
villes rlu Péloponèse qui seraient choisies pour arbitres; elles
décideraient i qui app-artenait Ia colonie, et on s'en-tientlrait à
leur jugement. Iis offraient aussi de déférer à I'oracle de Delphes ;
lret, iË ne voulaient pas la guerre : a Autrement, ilisaient-ils,
ooo, ,.rorrs contraintJ par volre violence, et pour notre streté,
cle rechercher des amis qui nous agréent peu et qui ne sont pas
ceux d'aujourd'huir. r' Les Corinthiens leur répoudirent que,
s'ils retiriient d.e d.evant Epidamne leurs vaisseaux et les Bar-
bares, on pourrait délibérei; mais gue jusqu.e.-là il .n'était pas
raisonnabll que les Épidamniens fussent assiégés -et- les corin-
thiens en proièr. Les Ôorcyréens répliquèrent qo"]t le feraient,
pourvu gle de leur côtâ les Corinthiens rappelassent leurs
gens a'Épiaâmne I enlin ils étaient prêts à conclure une suspetr-
iion d"'armes, touïes choses tlemeurant en état, jusqu'à la sen-
tence des arbitres.
XXIX. Les Corinthiens n'écoutèreut aucune de ces proposi-
tions; mais à peine leurs vaisseaux furent-ils équipés et leurs
alliés présents, qu'ils firent partir un héraut chargé de déclarer
la guerre à corc-yre, Ievèrent I'ancre avec soixante-quinze vais-
r.io* et deux milte hoplites, et cinglèrent vers Épidamne, aYec
I'intention de livrer bàtaitie aux corcyréens. La flotte avait
pour chefs Aristéus {ils de Pellichos, ca}licratès flis de callias
ôt Ti*uno. fils de Timanthès; I'armée de terre, Ârchétimos fils
d'Eurytimos et Isarchidas fils d'Isarchos. Lorqu'ils. furent à Ac-
tion, sur ie territoire d'anactorion, à I'endroit où s'élève le temple
d,Apoiion et oir s'ouvre le golfe Ambracique., ils vireÛt vc-
nir à eux dans une nacelle un héraut envoyé par les Corcy-
réens pour leur défendre de passer outre. En même temps lesI
COrcyréens armaient leurs vaisseAux, garnissant cle ceintures
les plus vieux, pour su'ils fussent-en état de tenir le mer, et
radôubant les autres. Le héraut ne leur rapporta tle la part des
corinthiens aucune réponse pacifique. aussi, dès que leur flotte.
fàrte de quatre-vingts-navirLs (il y e1 avaiù-quarante. au siége
d'Épidamne), fut piete t, paltir ils appareilièrent, .et, rangés
,o iigor, engagèrônt le combat. Iis mirent les Corinthiens en
pleinË dérouie-*t 1.ot tlétruisirent quinze vaisseaux. Le hasard
iôotot que, le même jour, ceux qui assiégeaient Épidamne I'a-
m"oarrent'à capituler. On convint que les dtrangers seraient
vendus et lcs Côrinthiens mis aux fers jusqu'à nouvel avis.
LIYRE I. 17

XXX. Après ce combat naval, les Corcyréens dressèrent un


trophée à Leucimme r, promontoire de Coroyre,-et miren-t à mort
leurs prisonniers, excepté les Corinthiens, qu'ils chargèrent de
cbaînes. A dater de cette victoire et depuis la retraite des co-
rinthiens et tle leurs alliés, les Corcyréens clevinrent les maitres
de tous ces perages. Ils cinglèrent vers Leucade, colonie de
Corinthe, et ravagèrent le pays; ils allèrent ensuite brùler
Cyllène, chantier des Éléens, pour punir ces derniers d'avoir
fourni aux Corinthiens, des vaisseaux et del'argent; enfin, pen-
dant la plus grande partie du temps qui suivit le combat naval,
ils eurent I'empire de la mer et firent beaucoup de mal aux al-
liés de Corinthe. Sur la fin de l'été, les Corinthiens, voyant
leurs alliés en sou{Trance, expédièrent une flotte et une armde
e,
qui vinrent stationner à Àction et à Chimdrion en Thesprotide
pour couvrir Leucade et les autres villes amies. Les Corcy-
iéens, de Ieur côté, alièrent camper au promontoire Leucimme
avec des troupeset des vaisseauxlmais ni les uns ni les autres
ne prirent I'offensive. Ils se contentèrent de s'observer pendant
le ieste cle i'été; I'hiver venu' ils regagnèrent leurs foyers.
XXXI. Pendant toute I'année qui suivit le combat naval et
pendant une autre année encore, les Corinthiens, irrités dc la
guerre que leur faisaient ies Corcyréens, construisirent des
vaisseaui et préparèrent une flotte formidable, en rassemblant
à prix d'argènt des rameuls dans le Péloponèse et dans le
reJte de la Grèce. A la nouvelle de ces armements, Ies Corcl'-
rdens prirent peur; et comme ils n'avaient d''alliance avec au-
cun tlei Grecs, ne s'dtant. fait inscrire ni dans le traité tl'Athènes
ni tlans celui de Lacéilémonet, ils jugèrent à propos de se
rendre auprès des Athéniens pour s'allier à eux et tâcher d'en
obtenir dJs secours. Informés de ce projet, Ies Corintbiens en-
voyèrent aussi une ambassade à Athènes, clans_Ia crainte que_la
màrine athénienne venant à se joinctre à celle ile Corcyre ne les
empêchât de iliriger la guerre comme ils I'entendaient. L'as-
semblée étant conltituée-, le débat s'engagea. Les Corcyréens
parlèrent en ces termes :
XXXII. ( II est juste, Athéniens, que ceux qui viennent,
comme nous aujourtl'hui , solliciter un appui dtranger ) sans
pouvoir s'autoriier d'un service rendu ni d'une alliance anté-
rieure, fassent bien comprendre tl'aborcl que leur tlemantle
est avantageuse ou tout au moins n'est pas nuisible, ensuite
qu'ils ne Jeront pas ingrats. S'ils ne fournissent aucune de
ces garauties, ils ne doivent pas s'initer d'un refus.
18 GUERRR DU pÉroponÈsr.
rc Les Corcyreens, persuailés qu'ils peuvent yous
ofrrir
toutes les sùretés désirables, nous ont envoyés requérir votre
appui. Le système gue nous avons suivi jusqu'à ôe jour, en
même temps qu'il est difficile à justifier auprès dâ yous,
cause en ce moment tous nos malheurs. Après nous être con-
stamment tenus en dehors de toute alliance, nous venons ré-
clamer celle tl'un peuple étranger; et cela guand, par suite du
même système, nous sommes isolés dans notre guerre avec ies
corinthiens. La saEîesse que nous trouvions jadis à ne pas nous
engager dans iles périls au gré d'autrui, n'est plus mâintenant
à nos yeux qu'imprudence et faiblesse.
r< Dans Ie dernier combat naval, nous avons, il
est vrai, re_
poussé à nous seuls les corinthiens; mais clès ltinstant qu'ils nous
menacent avec des fgrces plus considérables, tirées du pélopo-
nèse et du reste de la Grèce; que nous nous yoyons dans I'im-
possibilité de leur résister par_nous-mêmes I qu'énfin il y a pour
nous un extrême tlanger à tomber entre leurs mains, foice nous
est de recourir à votre alliance ou à toute autre, et l,on ne doit
pas nous faire un. crime de ce que, par erreur de jugement
plutôt ![ue par malice, nous hasardons une démarche cùtraire
à notre précéilent amour du repos.
xxxlll a Les circonstances qui nous obligent à demander
votreprotection auront pour vous, si vous nous I'accordez, divers
avantages : d'abord vous soutiendrez des opprimds contre des
o-ppresseurs; puis en-accueillant un peuple menacé dans ses plus
chers intérêts, vous lui renrlrez un-ser-vice rront il gardera une
mémoire éternelle; enfin nous possédons, aprè, uooJ, la marine
la plus forte. Et considérez si ce n'est pas -le coup de fortune
l_e plu.s rare pour vous, le plus fâcheux pour vos ônnemis, que
de voir une puissance, dont naguère I'aôcession vous ett paru
sans prix et ett mérité votre gratitucle, venir à vous atue-
même, se donnant sans qu'il vous en cotte ni dépense ni
danger, et vous procurant l'approbation universeile, ia recon-
naissance de vos protégés et un surcroît de forces pour vous-
rqêmgs' avantages qu'il est presque sans exemple âe trouver
réunis. Rarement ceux qui sollicitent une ailiânce apportent
à leurs alliés futurs autant de gloire et de force qo'its en
reçoivent.
.
c si quelqu'un de vou.s croit qu'il l'éclatera point cle guerre
orr nous puissions vous être utiles, il s'abuse ét ne s'aierçoit
pas que
.les Lacédémoniens, par suite de la crainte que vous
leurinspirez, brtlent de prendre les armesl-tandiù'que les
LIYRE I. i9

Corintbiens, qui ont tle I'asceûdant sur eux


et qui vous sont
à nous scumettre pour vous
h;;il.;, cherchent maintenant
vous et nous' d'u-
ït"trq"ti ensuite. IIs veulerlt nous empêcher,
no, inimitiés; ils veulent saisir I'occasion de
nir contre uo*
devoir à nous'
ooot ufuinlir ou cle se fortifier eux-mêmes' Notre
;Ë d; prenclre les devants, -les uns en offrant'attaquesIes autres en
et prévenir leurs plutôt
uôiu"d cette alliance, de
que d'avoir à les repousser.
' xxxlv. < prétend.raient-ils que vous Tt'ùvez pas le ilroit de
bien
t.à*nÀit leurs colons? Qu'ils âpptentttnt qu'une co.lonie
traitée respecte sa métôpole, ïais 9.u'opprimé" ,:ll:^.,-l:"
dé-
pas I'esclave' on
tache; en quittant le sol natal, on ne tlevient
à;;;ùt; l'égat a. .io* qu'onilaisse.derrière soi' 0r il est évi-
àent que les-torts sont de leur côté ; car invités
à soumettre
âtUitrage i'affaire d'-Épiilamne, ils ont mieux aimé pour-
e
"o
roi*. leurs"griefs par les a"'nes que par les voies.Iégales' Que
setve
leur conduitJenveis nous qui sommes leurs parentsvous
et tle
de leçon et vous .mpe.ne d'êttt dupe.s tle leurs sophismes
garan-
cdder aYec empres.ement à leurs prières' La meilleure
tie de sécurité, .'rri A. s'exposer ie moins possible au repentir
d'avoir servi ses ennemis.
XXXY. < En nous accueillant' \rous n'enfreindrez aucune-
nous ne
*.oiittraité qui vous iie aux Lacédémoniens' puisque
traité porte que
sommes ailiés ni des uns ni des autres' Ce
parties con-
toute ville grecque qui n'est al-l]ée- d'aucune des
préfère. Or
iraciantes .i'eut s'adjiinttre à celle des deux qu'elle
leurs équi-
il serait étrange qoii i.ot fût permis de recruter tle la
ùSr* chez lei pôopi*. inscrits au,traité' dans le reste
Grèce et jusque .ù'à, no, sujets, tandis qu'ils nous intercli-
autre
raient I'aliianôe qui est offerte à tous les peuples, ou-tout
secours. Puis ils ui*atuitot vous faire un crime d'avoir ac-
! c'est nous au contraire qui aurons à
ouiescé à notre demantle
aurez repoussés'
i;;ïIai"d.;,;i;";; la rejetez;.car vous nouspas
nous qui somules en pOrif it qui ne sommes vos. ennemis;
adversaires et -qui
au lieu de vous .pp.;; à ceux qui sont vos
marchent contre ;;;;;ooo' 'ouf irez, ce
qui est cle toute ini-
q"itll-ô'ils tirent Jes renforts de votre propre empire' Il fau-
recruter chez vos sujets' ou nous
dtuit'o" les empêcher de se ou enfin
;;;;y.; ies rencoris qo. uoot jugerez convenables
' '
d'ans votre alliance
ce qui serait mieux encore ' nous recevoir.
et rfrus défencl're ouvertement'
-'o-co**.nous]'avonsditencommençant,nousvousprésen-
20 GuERRE ou pÉtopon*Èsr

tons plusieuri avantages : le plus grand, c'est çlue nous


avons les mêmes ennemis, et cette garantie est la meilleure d.e
toutes; sans compter gue ces ennemis, loin cl'être sans forces.
sont à même cle faire un mauvais parti à qui se détachera d'eux.
De plus, c'est une puissance maritime et non une puissance
conl,inentale qui s'offre à vous;il n'est donc pas indifférent de la
reoousser. Avant tout, s'il était possible, il vous faudrait ne per-
mettre à aucun autre peuple de posséder des vaisseaux ; sinon,
vous devez vous faire un ami de celui qui a la plus forte marine.
XXXVI. a Peut-être quelqu'un de vous, tout en dtant con-
vaincu de ces avantages, s'eIïaroucbe à I'idée de rompre Ie traitd.
Qu'il sache bien que si tout en conservant ce scrupule il aug-
mente sa force, son at.titude imposela aux ennemis; mais si,
confiant dans les traités, il s'affaiblit en nous repoussant, iI se
fera moins respecter ile puissants adversaires. Qu'il sache aussi
qu'en ce moment il délibère moins sur Corcyre que sur Athènes,
et qu'il entencl bien mal les intérêts de sa patrie, lorsqu'à la
veille d'une guerre inévitable et presqug commencée, iI n'en-
visage que I'instant présent, et hésite à s'assurer d'une place
dont I'alliance ou I'hostilité est de la dernière importance. En
effet elle est favorablement situde sur Ie chemin de I'Italie rt
de la Sicile; elle peut empècher Ia marine de ces pays cle sc
joindre à celle du Péloponèse, comme aussl faciliter à la r'ôtrt,
ce même trajet, sans parler des autres commoilités qu'ellc vous
présente.
q Pour résumer sommairement les divers motifs qui vous
engagent à ne pas nous aband,onner, nous vous rappellerons
qu'il y a en Grèce trois marines principales : la vôtre, la nôtre
et celle des Corinthiens. Si vous permettez à deux d'entre elles
de se fontlre en une et àCorinthe de nous absorbcr, lous aurez
à combattre sur merlesCorcyréens et lesPiloponésiens réunis.
Si au contraire vous nous accueillez, au jour du périi vous
au.rez, grâce à nos vaisseaux, la supériorité du nombre. o
XXXVJI. Ainsi parlèrent les Corcyréens; après eux les Cc,-
rinthiens s'exprimèrent en ces termes :
a Puisque dans leur discours les Corcyréens ici présents ne
se sont pas bornés à réclamer votre alliance, mais qu'à les
entendre nous sommes dans nos torts et nous leur faisous uDc
guerre injuste , nous devons préalablement répondre à ce
double reproche; après quoi nous aborderons le fond clc la
question, afin que'vous avisiez plus mùrement sur notre re-
quête et ne repoussiez la leur qu'ir bon escient.
LIYRE. I. 2I
( A les entendre, c'est par modération gu't,s se sont abste-
nus jusqu'ici de toute alliance. Tant s'en faut ! Cest par
scélératesse, et nullement par vertu, qu'ils ont suivi ce
système1 o'est pour n'avoir ni associé ni témoin dans leurs ra-
pines et pour s'épargner iles affronts'. Ajoutez que leur ville,
par sa position inddpendante, leur permet mieux que ne le fe-
raient des traitds de se constituer eux-mêmes les juges de ceux
qu'ils offensent , parce gue, frdquentant peu les ports étran-
gers, ils reçoi-vent très-souvent dans le leur Ies vaisseaux des
autres nations, forcés rl'y relâcber : à ceia sc réduit ce beau
principe d'isolement dont ils font étalage; ce n'est pas qu'ils
craignent de tremper dans des iniquités; c'est gu'ils veulent
ètre injustes seuls, user de violence quand ils sont les plus forts,
ravir dans I'ombre le bien d'autrui, et nier effrontément leurs
usurpations. S'ils avaient cette prbbité dontils se vantent,plus
ils sont à I'abri des attaques du, d.ehors, plus ils tienclraient à
hrrnneur de rester dans les voies légales.
XXXVIII. < Mais ils n'ont garde d'agir ainsi ni avec les
autres, ni ayec nous. Bien qutils soient nos colons, iis n'ont
cessé de se séparer de nous, et maintenant ils nous combattent,
sous prétexte qu'on ne les a pas envoyés en colonie pour être
maltraités. A notre tour nous prétendons ne pas les avoir établis
pour être enbutte à leurs insultes, mais pour être leurs chefs et
recevoir d'eux les hommages requis. Nos autres colonies nous
vénèrent, etiln'y apasde métropole plus chèreque nous àses
colons, Si donc nous sornmes bien vus du plus grand nombre.
il est clair que nous ne saurions avec justice déplaire unique-
ment à ceux-ci, et que nous ne leur ferions pas une guerre
exceptionnelle, si nous n'avions étej exceptionnellement offensés.
Et quantl nous aurions des torts, il serait beau à eux de céder à
notre colère, comme il serait honteux à nous de faire violence à
leurmodération. Mais non;pleins d'arrogance et intatués ile
leurs richesses, ils ont commis divers outrages envers nous, et
en dernier iieu iis se sont emparés de notre ville d'Épidamne,
qu'ils se gardaient bien de revendiquer quand elle était dans Ia
détresse, mais qu'ils ont prise de force quantlnous sonmes allés
à son secours.
XXXIX. < Ils prétendent avoir d'aboril offert tle s'en rapporter
à des arbitres. A quoi nous répondons que ce n'est pas parler
sdrieusement que d'invoquer la justice en prenant d'avance ses
sùretés, mais qu'il faut avant le débat mettre ses actions d'ac-
cord ayec ses parolcs. 0r ce n'est pas avant de commencer le
zz cUERRE DU pÉLopoNÈss.

siége il'Épidamne, mais seulement lorsqu'ils ont cru que nous


n'y serions pas indifférents, qu'ils ont fait I'ofire spécieuse cl'un
arbitrage. Puis, après cette première faute, ils viennent ici vous
proposer de devenir, non pas leurs alliés,maisleurs complices,
et de les recevoir quand ils se sont séparés de nous. C'était
lorsqu'ils ntavaient rien à craindre qu'il leur fallait venir à
vous, et non lorsque nous sommes offensés et qu'eux-mêmes
se trouvent en péril. Yous qui jadis n'avez point participé à
leur puissance, vous leur accorderiez aujourdthui votre protec-
tion; et, après être restés étrangers à leurs méfaits, vous par-
tageriez avec eux nos ressentimenls ! Il y a longtemps qu'ils
auraient dû mettre en commun leurs forces aveo les vôtres, pour
courir ensemble les chances des dvénements'.
XL. a Ii est donc démontré que nos plaintes sont fonclées et
que ces gens sont coupables de violence et d'usurpation. Ap-
prenez maintenant que vous ne sauriez les accueillir sans in-
justice.
a Le traité porte, il est vrai, que toute ville qui n'y est pas
inscrite, peut à son gré s'adjoindre à I'une ou à ltautre tles
parties contractantes. Mais cette clause n'a pas été introduite
en faveur des peuples qui n'entreraient dans I'alliance gue
pour nuire à autrui; elle ne concerne que ceux-là seulemerrt
qui, ayant la libre iiisposition d'eux-mêmes, se trouvent avoir
besoin ile protection, e[ qui n'apportent pas à ceux qui au-
raient I'imprudence de les accueillir, la guerre au lieu de ia
paix. Or c'est là ce qui vous arriyerait si vous ne nous écoutiez
pas. En effet, vous ne deviendrez pas seulement leurs auxiliai-
res, mais nos ennemis au lieu de nos alliés. Si vous marchez
ayec eux, nousne pouvons )es punir sans vous frapper en même
temps. Yotre devoir est avant tout de garder la neutralité, ou
mieux enrore de vous joindre à nous;car vous êtes Iiés par un
traité avec les Corinthiens, tandis qu'avec les Corcyréens vous
n'ayez jamais eu même un simple armistice.
'aD'ailleurs vous ne devez pas encourager les iléfections.
Nous-mêmes, lors de la révolte des Samiens, nous ne fùmes
pas de ceur qui I'appuyèrent par leur suffrage r. Les Pélopond-
siens étaient partagés sur la convenance de secourir Samos;
nous soutînmes hautement qué c'est à chaoun de châtier ses
propres alliés. Si vous accueillez, si vous protégez des coupa-
bles, on verra tout autant de vos sujets se joindre à nous, et la
loi que vous aurez établie tournera contrevous plusencore que
contre nous-mêmes..
LIVRE I, 23
XLI. a Tels sont les titres que nous avons à faire valoir au-
près de vous, titres suffisants d'après les lois de la Grèce. De
plus, nous pouvùns faire appel à votre reoonnaissance, et nous
autoriser d'un ancien service, dont nous demandons aujour-
d'hui la réciprocité. N'étant pas yos ennemis, iI n'est pas à
craintlre que nous nous fassioDs une arme contre Yous ile cette
rgconuaissance, et nous ne sommes pas assez vos amis pour en
abuser. Lorsque jadis, antérieurement aux guerres Médiques,
vous manquièz de vaisseaux longs pour lutter contre Egine,
yous en reçùtes vingt des Corinthiens r. Ce service, joint à celui
que nous vous renùlmes en empêchant les Péloponésiens de se-
courir Samos, vous permit de triompher des Éginètes et de
punir les Samiens. 0r cela se passait dans une de ces circon-
stances, oir les hommes, tout entiers à Ia poursuite de leurs en-
nemis, oublienttout pour ne songer qu'à la victoire; ils regar-
dent alors comme ami quiconque les sert, ftt-il auparavant leur
ennemi, et comme adversaire quiconque les contrarie, fùt-ce
même un ami I car ils sacrifient jusqu'à lçurs intérêts domes-
tiques pour satisfaire ieur passion du moment.
XLII. c Réfléchissezàces faits, et que lesplus jeunesd.'entre
vous, après les aviiir vérifiés auprès de leurs alnés, se clispo'
sent à nous payer d'un juste retour. Et qu'on ne s'imagine pas
que , si notre cause est légitime , votre intérêt, en cas de
guerre, serait difftirent du nôtre. L'intérêt bien ententlu con-
siste à faire Ie moins de fautes possible. D'aillertrs , cette
perspeetive de guerre, dont les Corcyréens vous font peur afin
de vous déoid,er à une injustice, est encore incertaine I et iI se-
rait peu sage d'encourir oour ce motif, cle la part cles Corin-
thiens, une inimitid certaine et immétliate. Mieux vautlrait
dissiper les cléfiances soulevées au sujet de Mégare r; un der-
nier service rendu à propos, quelque légen qu'il soit, suffit pour
effacer une ollense graYe.
r Ne soyez pas séduits par I'ofTre qu'ils vous font d'une ma-
rine puissante. On assure bien mieux sa position en respectant
ses égaux qu'en se laissant entratner, par uû apparent avan-
tage, à poursuivre un périlleux avenir.
XLIII. < Mais puisque nous avons rappelé ce que nous aYons
clit autrefois à Lacédémone, que chacun a le droit cle châtier ses
alliés, nous attendons de vous une tlécision semblable. Obligés
par notre su{Irage, t'ous ne voudrez pas nous nuire par Ie
vôtre. Payez-nous plutôt de retour. Songez que c'est ici le mo-
ment 0ù celui qui nous sert devient notre ami et celui qui nous
24 cUERRE DLr PÉLoPoNÈsti.

contrarie notre ennemi. Ne recevez pas malgré uous ces Corcy-


réens dans votre alliance et ne les soutenez pas dans leurs
injustices. Par là vous ferer ce qu'exigent de vous votre devoir
et vos plus chers intérêts. ,
, XLIY. Tel fut l.e iliscours des Corinthiens. Les Athéniens
écoutèrentles tleux partis et tinrent à ce sujet deux assemblées.
Dans la première ils inciinèrent en faveur des Corintbiens;
dans la seconde ils se ravisèrent. Ils ne voulurent pas conclure
avec les Corcyréens une ligue offensive et défensive, parce que,
si Corcyre venait à réclamer leur coopération contre Corinthe,le
traité avec le Péioponèse se serait trouvé rompu; mais ils for-
rnèrent avec eux une alliance iléfensive, s'engageant à se se-
courir mutuellement en cas d'attaque tlirigée contre Corcyre,
contre Athènes ou contre leurs alhés. On sentait bien que de
toute manière on aurait la guerre avec le Péloponèse : aussi
voulait-on ne pas abandonner aux Corintiriens une ville qui pos-
sédait une si forte marine; on préférait metlre ces peuples aux
prises entre eux, aSn d.'aloir meilieur nrarché de Corinthe et
des autres puissances n avales quand viendrait Ie moment de les
combattre.Enfin Corcyre paraissait favorablement située sur la
route de I'Italie et de la Sicile r.
XLV. Tels furent les motifs qui d.éterminèrent les Àthéniens
à recevoir Corcyre dans leur alliance. A peine les Corinthiens
furent-ils partis, qu'on envoya au secours des Corcyréens dix
vaisseaux commandés par Lacédémon16-c, fils de Cimon, par
Diotirnos, Iils de Strombichos, et par Protéas, fils d'Épiclès. Ils
eurent orilre de ne pas combattre les Corinthiens, à moins que
ceux-ci ne vinssent attaquer Corcyre et ne menaçassent d'une
ûescente cetteîle ou quelque place de sa dépendanceI dans ce
cas ils devaient.s'y opposer de tout leur pouvoir. On voulait,
par ce moyen terme, éviter la rupture du fraité. Ces dix vais-
seaux arrivèrent à Corcyre.
XLn. Les Corinthiens, aussitôt leurs préparatifs terminrjs,
firent voile contre Ccircyre avec cent cinquante vaisseaux, sa-
voir. dix d'Élis, douze de Mégare, dix de Leucade, vingt-sept
d'Anrbracie, uu d'Anactorion, et quàtre-vingt-dix de Corinthe,
Chacun de ces contingents avait son général particulier; les
Corinthiens en avaient cinq, et entre autres Xénoclès lils d'Eu-
thyclès. Partis cle Leucade, ils gagnèrent le continent qui fait
face à Corcyre, et allèrent mouiller à Chimérion en Thespro-
tide. C'est un port au-dessus duquel se trouve, à quelque dis-
tance de la mer, une ville nommée Éphyra, appartenant à
LIVRE I. 2b,
I'Iiléatide, ilistrict de Thesproticle. Non loin cre cette piace, le
lac Achérusien se décharge dans la mer. Le fleuve Àchéron.
après avoir traversé la Thesprotiile, va se perdre dans ce lac
et lui donne son nom. un autre fleuve,le Thyamis, arrose aussi
cette contrée et sépare la Thesprotide de la cestrine. Dans
l'espace compris entre ces tleux teuves, s'avance le cap Chi_
mérion I. ce fut sur ce point du continent que les corinthiens
aborclèrent et qu'ils établirent un camp.
XLWI. A la uouvelle de leur approche, les Corcyréens équi-
pèrent cent dir vaisseaux commandés par Miciadès.-Ésimédèi et
Eurybatos, et allèrent camper dans une des iles nommées sv-
botat. Les dix vaisseaux d'Athènes étaient présents. L'arm?e
de terre, renforcée par mille hopiites de Zaôynthe, pr.it posi-
tion sur le promo'toire rle Leucimme. De leui côté, ies corin-
thiens avaient sur le continent un grancl nombre de Barbares
auxiliaires; car les habitants de ces contrées ont de tout remps
ntïttTiiitiîiunu
,uo., dispositions furenr terminées,, r., co-
rinthiens prirent des vivres pour trois jours et quittèrent chi-
mérion penclant la nuit, tléterminés à Iivrer batailre. Ils étaient
en mer au lever de l'aurore, lorsqu'ils découvrirent au large la
flotte corcyréenne qui s'avançait contre eux. Dès qu'on sé fut
aperçu, chacune des cleux armées se mit en ordre de combat. '

A I'aile droite cles Corcyréens étaient placés les vaisseaur


d'Athènes; le reste de la ligne était formd par les Corcyréens
eux-mêmes, partagés en trois divisions, dont chacune était
commandée par un cles trois généraux. Les corinthieus avaient
à leur aile clroite les vaisseaux de Mégare et d,Ambracie, au
centre le reste de leurs alliés, chacun à son rang; les Corin-
-bâtiments
thiens eux-mêmes occupaient la gauche avec les ies
plus )estes. Ils se trouvaient ainsi en face cles Athéniens et de
i'aile droite cle la flotte corcyréenne.
XLIX. Les signaux arborés cle part et r:l'autrer, on se joignit
et I'aotion s'engagea. Des deux côtés les tillacs étaient couverts
d'hoplites, d'archers et tle gens de trait, mais rangés suivant
I'ancienne tactique et d'une manière défectueuse. On se battait
avec acharnement, mais sans art; on ett dit que I'action se
passait sur terre. Une fois aux prises, le nombre et l,entassc-
ment des vaisseaux ne permettaient pas de se dégager aisé-
ment. Toute l'espdrance cle la victoire résiilait dans les hoplites
qui,garnissaient les ponts, d'ou ils combattaient de pieil ferme,
tandis que les bâtiments restaient immobiles. On ne cherchait
Tsucynlnr. I
26 GUERRE DU PÉLOPONÈSE.

point à forcer la lign_e ennemier; mais on apportait au combat


'ptus
ae courage ei tle vigueur que d'habileté; en un mot, ce
n'étuit partout que tumulte et confusion'
-_
buor ce désOidre, les vaisseaux cl'Âthènes voyaient-ils les
Corcyréens 'généraux accouraient pour intimicler les ennemis;
pressés, ils
mais leurs évitaient de prendre I'offensive, n'osant
oas enfreindie leurs instructions. L'aile droite des Corinthiens
iut très-maltraitée. Les Corcyréens, avec vingt-trois vaisseaux,
la mirent en fuite, la dispersèrent etla poussèrent à la côte;
puis, s'ava'çant jusqutau ôamp, ils débarquèrent, brùlèrentles
ientes désertes et pillèrent Ia caisse. Sur ce point, les Corin-
thiens et leurs alliés étaient donc vaincus et les Corcyréens
vainqueurs; mais il en était tout autrement à la gauche, qu'oc-
cupaient les corinthiens eux-mêmes, et orl ils avaient un avan-
ta$e décidé; car les Corcyréens , déjà inférieurs en nombre,
étiient .o.ore affaiblis par I'éloignement de leurs vingt vais-
seaux clétachés à la pôursuite des ennemis. Les Athéniens,
voyant leurs alliés ébrânlés, les secoururent avec moins d'hési-
taiion. Jusque-Ià ils s'étaient tenus sur la réserve I mai-s, quand
la déroute fui rlécidée et que les corinthiens s'acharnèrent sur
Jeurs ennemi$, chacun prlt part à i'action; tout fut confonclu;
alors corinthiens et athéniens se vit'ent forcés d'en venir aux
'mains ensemble.
L. Après la rléfaite. les corinthiens ne s'arrêtèrent pas à re-
morqoôt les coques des.bâtiments coulés1 ils ne-s'occupèrent
qo" â"t hommes-, et ce fut pour le-s massacrer bien plus que
p'our Ies faire priionniers, Ignorant Ia défaite de leur aile clroite,
ils allaient tuant indistinctement amis et ennemis; comme les
deux flottes étaient très-nombreuses et qu'elles couvraient une
vaste étendue de mer, iI n'était pas facile dans la mêlée de dis"
cerner les vainqueurs et les vaincus. ce fut, Pluf_Ie nombre
cles vaisseaux, 1è combat naval le plus considérable que les
Grecs se fussent encore livré entre eux.
Les Corinthiens, après avoir poursuivi les corcyréens jusqu'à
terre, se mirent à iassembler les débris cles navires et leurs
propies morts. Ils en recueillirent la majeure partie et les ame-
ttgtËot aux Sybote, port ilésert de la Thesprotide, _9it étaient
postés les Barbares auxiliaires'. Cela fait, ils se rallièrent et
cinglèrent de nouveau contre les corcyréens. ceux-ci, crai-
gttuît une descente sur leur territoire, réunirent ce qui leur
iestait de bâtiments en état de service, y'joignirent ceux qui
, n'ayaient pas combattu, et , accompagnés tles vaisseaux athé-
LIVRE I. 27

niens, ils se portèrent à la rencontre de la flotte ennemie. Il


était déjà tard et I'on avait chanté le pëan e comme signal d'at-
taque, lorsque soudain les Corinthiens se mirent à recuier, en
voyant s'approcher vingt vaisseaux d'Àthènes. C'était un len-
fort gue les Athéniens avaient envoyé après le départ tle leur pre-
mière escadrel ils avaient craint, non sans raison, que les Cor-
cyréens ne fussent vaincus, et que leurs dix vaisseaux ne
fussentpas suflisants pour les défendre.
LI. Les Corinthiens furent les premiers à découvrir ces vais-
seaux; ils soupçonnèrent qu'ils venaicnt d'Athènes, et, les
croyant plus nombreux qu'ils n'étaient, ils recuièrent. Les
Corcyréens, moins bien placés pour les apercevoir, s'étonnaient
de ce mouvement rétrogratle; mais enfin quelques-uns les dis-
cernèrent et ilirent que c'étaient des vaisseaux qui s'appro-
chaient. Alors eux aussi se replièrent, car'le jour comrnençait à
baisser, et les Corinthiens par.leur retraite aYaient mis fin au
combat. Ce fut ainsi qu'ils se séparèrent, et I'engagentent se
termina à Ia nuit. Les Corcyréens avaient regagné leur campe-
ment sur la pointe de Leucimme, lorsque les vingt vaisseaux
athéniens, commandés par Glaucon, fils de Léagros, et par
Anilocidès, fils cle Léogoras, anivèrent à travers les morts et
les débris , peu après avoir dté signalés. Comme il était nuit
close, les Corcyréens eurent peur que ce ne fùt I'ennemi; mais
ensuite on les reconnut et ils entrèrent en rade.
LII. Le lentlemain, Ies trente vaisseaur tl'Athènes et tous
ceux de Corcyre qui étaient encore à flot, cinglèrent vers le
port tles Sybota, ori était mouillée la flotte corinthienne, et lui
ofTrirent le combat. Les Corinthiens levèrent I'ancre et se ran-
gèrent en ligne en avant du rivage; mais ils se tinrent immo-
biles, décitlés qu'ils étaient à ne pas accepter la bataille, à
moins d'absolue nécessité. Ils craignaienb Ie renfort de vaisseaux
intacts survenu tl'Àthènes, sans parler des difficultés qu'ils
éprouvaient pour gartler à bortl leurs prisonniers et pour réparer
leurs vaisseaux s,rr une plage déserte. Ils songeaient donc à
effectuer leur retraite, et appréhendaient que les Athéniens' re-
gardant le traité comme rompu à cause de I'engagement de la
veille, ne leurfermassent le retour.
LilI. Ils résclurent en conséquence de faire monter I
des gens
dans une nacelle et de les envoyèr sans cad'ucée auprès des
Àthéniens, afin ile sond,er leurs dispositions; ils les chargèrent
d'un message conçu en ces termes:
c Athénièns, vous avez tort de commeucer la guerre et de
zB GUERRE ou pÉtopoxùse.
rompre le traité. Yous mettez obstacle à notre juste vengeance
en tourndnt vos armes contre nous. Si votre intention est de
vous opposer à ce que nous fassions voile conJre Corcyre ou
ailleurs, à notre volonté, si vous violcz ainsi la foi jurée, pre-
nez-nous d'aboril et nous traitez en ennemis. r
A ces mots, les Corcyréens qui étaient à portée de la voix.
s'écrièrent qu'ilfallait les prenclre et lestuer; mais les Athé-
niens réponclirent :
< Péloponésiens, nous ne commençons point la guerre; nous
ne rompons point le traité; mais nous sommes venus au se-
cours des Corcyréens nos alliés. Si donc vous voulez aller quel-
que autre part, nous n'y mettons aucuû obstacle; mais si vous
menacez Corcyre ou quelqu'une de ses possessions, nous nous
y opposerons de toutes nos forces. l .

LIV. Sur cette réponse, les Corinthiens se disposèrent à re-


tourner chez eul et ilressèrent un trophée aux Sybota du conti-
nent. Les Corcyréens recueillirent les clébris et les morts que
la vague et un vent survenu pentlant la nuit avaient dispersés
et jetés sur leurs rivages. Ils dressèrent à leur tour un trophée
aux Sybota de I'île, comme vainqueurs. Ainsi chacun tles deux
partis s'attribua lavictoire : les Corinthiens, parce qu'ils avaient
eu I'ayantage dans le combat naval jusqu'à la nuit, à telles en-
seignes qu'ils avaient recueilli Ia majeure partie des rtébris et
des morts, fait plus de mille prisonniers et coulé près de
soixante-dix navires; Ies Corcyréens, parce qu'ils en avaient
clétruit une trentaine, et qu'après I'arrivée tles Athdniens, ils
avaient reoueilli les ilébris et les morts jetés sur leurs côtes ;
parce qu'enfin, la veille, les Corinthiens avaient reculé devant
eux à la vue de I'escadre athénienne, et n'avaient pas accepté
le combat qui leur était offert. Telles furent les raisons pour
Iesqueiles les tleux partis se prétendirent vainqueurs et dres-
sèrent des trophées.
LY. Les Connthiens, en se retirant, s'emparèrent par sur-
prise cl'Anactorion, ville située à I'entrée clu golfe d'Ambracie,
et qu'ils avaient fondée conjointement avec les Corcyréens.
Ils y laissèrent une colonie corinthienne et regagnèrent leurs
foyers. Parmi les prisonniers corcyréens se trouvaient huit
cents esclaves qu'ils vendirent; mais ils garilèrent prisonniers
cleux cent cinquante citoyens, et leur prodiguèrent toute espèce
<le soins, afin qu'à leur retour ils les aitlassent à soumettre
Corcyre , car la plupart d'entre eux appartenaient aux familles
les plus puissantes de cette ville. Ainsi Corcyre échappa aux
LIVRE I. 29

armes de Corinthe , et la flotte athénienne se retira. Ce fut


pour les Corinthiens un premier sujet tle guerre contre les
Athéniens, qui, en pleine paix, s'titaient joints aux Corcyréens
pour les combattre.
LYI. Bientôt après ces événements. on vit éclore de nouveaux
germes de discorrle entre les Athéniens et les Péloponésiens.
Les Çorinthiens aspiraient à se venger des Athéniens; ceux-ci,
pressentant leurs intentions hostiles, orrlonnèrent à Potidée,
ville située sur I'isthme de Pallène et colonie de Corinthe, mais
alliée et tributaire d'Athènes, d'abattre lamuraille quiregartlait
la Pallène r, de livrer des otages, enfin tle chasser les épidë-
miurgeso que Corinthe y envoyait chaque année, et d.e n'en
plus recevoir à I'avenir. Ilscraignaient que les Potidéates ne se
révoltassent à i'instigation de Percliccas et des Corinthiens, et
que leur exemple ne fùt suivi par les autres alliés du littoral
de Ia Thrace 3.
IVII. Ces mesures contre Potidde furent prises parlesAthé-
niens immddiatemcnt après le combat nayal. Les Corinthiens
ne dissimulaient plus leur animosité contre Athènes, et d'un
autre côté Perdiccas, fils tl'Âlexandre et roi de Macédoine, ve-
nait cle se brouiller avec les Athéniens, après avoir été leur
ami et leur allié. Ce qui I'avait inilisposé contre eux, c'était
I'alliance qu'ils avaient conclue avec Philippe son frère, et avec
Derdas (o), qui s'étaient ligués contre lui. Aussi la crainte lui
fit-elle envoyer des députés à Lacédémone, afin d'armer le
Péloponèse contre Athènes. Il se ménageait aussi les Corin-
thiens, en vue cle la défection de Potidée; enfin il Iït faire tles
propositions de rér'olte aux Bottiéens et aux Chalcjddens du
littoral de la Thrace. Il pensait que la guerre lui serait plus
facile, quanil il aurait pour alliés ces peuples voisins. Instruits
de ces menées, les Àthéniens voulurent prévenir les défections;
et, comme en ce moment mème ils expédiaient trente vais-
seaux et mille hoplitcs contrc Perdiccas, ils ordonnèrent à Ar-
chestratos, fils de Lycomédès, et aux quatre I autres comman-
tlants de cette flotte, de prendre cles otages à Potidée, de raser
la muraiile, et de surveiller les villes voisines pour empêôher
leur rébeliion.
LUII. Les Potitléates envoyèrent une ambassade à Athènes
pour obtenir qu'on ne prîtpas de mesures nouvelles à leur égard.
Ils députèrent aussi à Lacédémone, concurremment ayec les
(zr) Neveu de Pcrdibcas et de Philippe.
30 GUERRE DU PÉtoPouÈsn'
à tout dvénement'
Cqrinthiens, afin ile s'y ménager cles s.ecours
t..ooio I'inutilité de leurs longues ilé-
ù;il ir;rqùrils eureït
rnarchesàAthènes,-qu'ilsvirentdirigeraussicontreeuxla
autorités tle La-
flotte 4estinée pour'la'nlu.Aaoint, qu'eifiu les
leur eureri;;r*; d'ônvahir I'Attique, si Potidée
cérlémone
l'instant propice,
-tot*" alors ffoyant
â*i^;i"q"ée par iÀ ltt,aniens, les Chalcitléens
ils s'empressèrent î" une ligue avec
mettre en révolte ouverte. Pertlic-
et les Bortiéens et cle se
mari-
.u, p.rrouda aux iuaiciaeeos d'at,andonner leursrlevillesla mer,
;tr;;, d; les détruire et d'aller s'établir loin à

aont ils frraient leur place d'atmes' A ces


émigrants
ôiî"tL., avec les Àthéniens'
il d.onna, potrr touæ la durée dà Ia guerre
i;J;;ir#ce de terres à lui appartenant, et situées en Mygclo-
clonc-détruisi-
nie, aux environs du lac Bolbà '' Ces
9e.uples,
rent leurs villes, ,.l.tirèrrot dans I'intérieur et se préparèrent
à laguerre
LIX. CePenclant les trente Yarssea ux d'athènes arrivent sur
les côtes de Thracl et trouvelt Potidée, ainsi que les places
noi*io.t , en pleine insurrection' Les géneraux ' ne,se,croyant de com-
Das en mesure, avec les forces dont ils disposatent'
viiles révoltées, se tournèrent
ffi;;iï; fr;'perdiccas et les
et ten-
.ont'. ta Macédoine, premier but ile leur expédition, qui de I'in-
direntlamain i, pÀiripi,* et aux frères de Derdas,
--ii.
térieur avaient envahi la Macédoine'
r,rrsqoe le, corinthiens apprirent ia révolte de Potidée
de la Ma-
,tî;p;;;nË. d'one florte athéniânne dans les eaux leur colonie '
cédoine, ils conçurcnt tles craintes au sujet .de
;i, ;. regarCant-c0mme également menacés' ilscomposés y fi'rent passer
de vo-
,uir. ,*nîu hoplites et quaîre cents peltastes dans
iootuir* de Cïrinth, ti dt soldats iecrutés àprix.d'argent
"
ie reste du péloponèse. À la tête de ces troupes était Aristéus,
fils d.'Adimantos, dévoué de trlut temps aux Potiiléates. ce fut
pu'"ru'tionpOurcechefquelaplupartd.esvolontairesdeCo-
rinthe ie suivirent. Cette ïrmde- fui rendue sur les
côtes de
ib;. quaraute jours après Ia révoite cle Potidée.
LXI. ies Àthéiiens ne tarclèrent prrs à être informés de ces
soulèvements. Quancl ils surent qu'Âristéus' avait
conduit des
Chitcidique, ils y envoyèrent deu.x mille.hoplites
ràntorts en
par callias, ûls
rl,Athènes et quarante vaisseàux, commandés
' de Calliaclès, auec qu'ltre autres généraux' A leur arrivée en
ùacéôoine, ils trouvèrent les mille hommes ile
la première ex-
pédition maîtres de Thermé depuis quelclues jours' et farsant le
I,IVRE I. 3I
murs ile cette
siéee ile P.ydna. IIs campèrent eux-mêmes sous les
ilË- q.ti.-;.h.;;t.'.i d'investir' cependt1l-',, to,T*t ils
ils se
hâte d'atteindre Potidée, où, Àristéus était déjà'
avaient
alliance
virent forcés de conclure un accommodement et une
Parvenus à
avec Perdi.rur; poit iis quittètent Ia Macédoine'
glt.heu t, ils'friànt
unË tentative contre cette ville; mais
et prirent
n'ayant po r'"o .*pur.., ils changèrent de direction
la route de terre'foo, *urrhei bontre Potidée, avec trois cle six
mille hoplites, renfôrcés d'un gran-d nombre d'alliés et et ile
cents cavafi..t *u.eào"l*t tùt les ordtes cle Philippe
pausaniase. f" *Cme temps Ia flotte, forte. ile soixante-dix
;;il;;;;geait Ia côte. lls marcbaient à pe'tites journées' et
5,
mireni troiË jours à gagner Gigonos oir ils campèrent'
"potidéates"et
LXII. Les les eéIoponésiens d'Aristéus atten-
du cÔté
daient les Athéniens dans un camp placé sur I'isthme'
d'olynthe.0navaitétabliunmarchéhorsdelaville.Lescon-
Àristéus, et
fédérés avaient rto poor chef de toute i'infanterie
Celui-ci avait promptement
pour cUet de Ia cavaierie Perdiccas'
abandonnélesAthénienspourrevenirauxPoticléates,ets'était
le plan d'A-
commandement par lolas' Le
iuii tutpfucer auns
t.oupes
ristéus âonsistait â occupet I'isthme avec ses propres Chal-
que les
et à surveiU.r t'uùto.ftô att Athénie[s' tandis-
;td;G leurs aniei du norcl de I'isthme et les deux cents ca-
à Olynthe'.avec
valiers âe percliccas, resteraient en obserfation
,;t; de prenclrÉ-i'r*.,, I'armée atbénienne à sou premier
mouvement offensit contre Poticlée'
vers
Le général athénien Callias et ses collègues f iÎl::ttt afin de
macédonienne avec q.uelql-t:
Ofy"tfie la cavalerie illLl:
deva't ceite place; pY.i* ils le-
neutraliser les t"ffit tJ"oit*
vèrent}ecampetmarchèrentcontrePotidée.Lorsqu'ilsfurentils
à l'isthme et qu'ils virent les ennemis se ranger. en
bataille'
suivirent leur exemple, et bientôt après l'action s.'engagea'
d'élite, Co-
L,aile qo, oo**unaâit A"istéus, form?e de soldats et
rinthiens.t uot..t, *it àn fuite 1e c.rps qui lui était.opposé
potideate et pé-
le poursuivit au loîn; mais le-reste. de I'armée
et se réfugia ilans
loponésienou roi *into p"t les Athéniens
la ville.
LXlIl,Àsonretourdelapoursuite,Aristéus,voyantquecette
. partie de i,armJe avait éte aétalte, Lé.itud'abord
de quel côté
Le
il tenterait at ruit. ràïtaite, vers Olynthe ou vers Potidée'
que pos-
;";i ;;q"el il.s'arrêta, fut de serrer sa troupe autant
sibleetoeseteteràl*'oottetlansPotidde'Ilyiéussit'non
32 cUERRE Du pÉLoponÈse.
sans peine, en marchant dans la mer Ie long cle la berme r pt
sous une grêle de traits r. Il perdit quelques hommes, nrais il
sauYa le plus grantl nombre.
Quaq!_au corps pJacé en observation en avant d'Olynthe, _
cette ville s'aperçoit d-e Potidée, dont elle n'est dloignée que
de soixante stades 5, lorsqu'on eut arboré les signaux et que
l'action fut engagée, -il fit un mouvement en avant poury Fren-
ilre part; mais les cavaliers macéiloniens lui barrèrentie pas-
sage. D'ailleurs, comme la victoire se déclara promptement en
faveur tles Athéniens, I'armée d'Olynthe, voyant lés signaux
abaissés, rentra dans-la place, et les Macédoniens rejoigiirent
les athéniens. ainsi des deux côtés la cavalerie ne fut pas en-
gagde.
combat, les Athéniens érigèrent un trophée et ren_
-.Aprè1ce
dirent les morts par composition. Les potidéates ei reurs alliés
avaient perdu un peu moins de trois cents hommes; les Athé-
niens cent cinquante, avec Callias leur gdnéral.
LilV. Aussitôt les Athéniens tracèrent des lignes et blo-
quèrent la ville drr côté de I'isthme!; mais ils raissèrent libre
le côtd qui regarde la Pallène. ll leur senibrait impossible de
passer dans cette presqu'ile pour y établir des )ign-es tibsidio-
nales, tout en continuant à garder I'isthme I se diviser airisi,
c'ett été prêter Ie flanc aux attaques iles ennemis. Lorsqu'on
sut E Athènes que Putidée n'était pas investie du côté de la pal-
lène,-on qn-voya un renfort de seize cents hoplites athéniens.
sous les ordres cle Phormion, iils cl'Asopios. Ce général arriva
dans la Pallène ; et, prenantAphytis; comme poinlde départ, il
s'avança.lentement vers Potidée €n ravageantle pays. personne
ne se prdsenta pourle combattre, et il éleva une ci"convallation
du côté de la PallÈne. ainsi potidée se trouva étroitement
cemde de part et d'autre, en même temps que la flotte la blo-
quait par mer.
. t{v. Aristéus, voyant la place investie et sans espoir cle sa-
iut, à moins rl.'un secours iiu péloponèse ou de queique autre
événement iuespéré, conseilla aux potidéates de nï laùser dans
la ville que cinq cents hommes, pour ménager les vivres, et de
profiter du premier vent favorable pour faiie .sortir re reste ile
la population. Il offrait d'être lui-même au nombre des demeu-
rants: mais sou avis ne fut pas gotté. vouiant donc prendre les
tlispositions devenues nécessaires et mettre dans le meilléur
otdre possible Ies afTaires du dehors, il sortit par mer, en se dd-
robant à la croisière athdnienne. Il se rendit chez les chalci-
LIVRE I. 33

tl.dens, et lit la guerre rle concert avec eux. C'est ainsi qu'il tua
bon nombre dà Sermylienst dans une embuscacle qu'il leur
tendit sous les murs rle leur ville. En même temps, il agissait
dans le Péloponèse pour obtenir quelque secours. Après I'in-
vestissemeni d. pofiaée, Phormion prit avec lui sa troupe de
e,
seize cents hommes et alla ravager Ia chalcidique etla Bottique
ori il s'empara de quelques bourgades.
LXYI. Tels furent. elrtre Athènes et Ie Péloponèse, les griefs
qui précédèrent 1à guerre. Les Corinthiens se plaignaient q'e
lèur colonie de potidée, avec les sollats de Corinthe et du PéIo-
ponèse qu'elle renfermait, fùt assiégée par les athéniens. ceux-
li e teo" tour accusaient les Péloponésiens d'avoir insurgé une
ville alliée et tributaire d,'Athènes et d'ètre venus les combattre
ouvertement, de concert avec les Potidéates. Néanmoins, Ia
rupture n,avait pas encore éclaté; la trêve subsistait toujours;
.ur l.r corinthiens n'avaient pas agi en vertu d'une délibdra-
tion publique.
l,XVtI. ùais quancl ils virent Potiilée investie, ils ne se tinrent
plus en repos, iraignant et pour 1a. place etpour ceux des leurs
qui s'y trôuvaient,-ils invitêrent leurs atliés à se rencontrer à
iacédémone. Eux-mêmes s'y rendirent et accusèrent hautemerrt
les Àthéniens d'avoir rompu Ie traité et offensé le Péloponèse'
Les Éginètes n'osèrent pas envoyer ostensiblement une am-
bassadË; mais ils poussèient sourdernent à Ia guerre,-sous pré'
texte qulils ne jouissaient pas de I'intlépendance qui leur avait
été gaiantie pai le traité. Les Lacédém.niens, après avoir con-
uoqie .uo* àr léurs alliés qui avaient à se plaindre d'Athènes,
à quelque titre que ce fût, finrent leur assemblée ordinairer et
les invitè.ent à pârler. Piusieurs répondirent à cet appe-l et-firent
successivement entendre leurs griôts. En particulier les XIiSa-
riens articulèrent diverses accuÀations graves; ils se plaignirent
suriout de ce que les Athéniens' contrairement au traité, leur
fermaient tousies ports de leur obéissance ainsi que le marché
rl'athèness. Les corinthiens, après avoir laissé les autres alliés
aigri'"les Lacédémoniens, paruie't les derniers et s'exprimèrent
ainsi :
LXYIII. c Lacéilémoniens, la loyauté qui chez vous préside
aux relations publiques of particulières fait que Yous .n'écoutez
autrui. Si d'une
f u*.uor défiance les imputâtions ilont on charge
part cette qualité est une marque de sagesse, de I'autre elle
vous laisse clans une profonde ighorance des affaires
du ilehors'
Bien que nOus yous uyons plds d'une fois prévenus des torts que
:tu GUERRE DU PÉLoPonÈss.

les Athéniens s'apprètaient à nous faire, yous ntavez pas tenu


compte rle nos avertissements et vous les avez crus ilictés par
noire ressentiment personnel. Yoilà pourquoi ce n'est pas avant
I'offense reçue, mais seulement au moment oir le mal s'accom-
plit, que vous avez convoqué les alliés ici présents, tlevant
lesquels il nous appartient d'autant mieux de prendre la parole,
que nous avons les plus justes motifs de plainte, nous qui
sommes victimes à la fois cles outrages d'Athènes et de votre
indifférence.
a Si les ilrjustices des Athéniens envers la Grèce étaient se-'
crètes, il faudrait éclairer ceux qui pourraient les ignorer;
mais qu'est-il besoin tle longs cliscours contre tles gens qui,
vous le \oyezl ont déjà asservi les uns, dressent des embt-
ches aux àutres, surtout à nos alliés, et se sont préparés tle
longue main à la guerre? Autrement ils ne nous auraient pas
enlevé Corcyre et ils n'assiégeraient pas Poticlée, tleux places
tlont I'une est admirablement située pour favoriser toutes les
entreprises sur le littoral tle la Thrace, tandis que I'autre ett
ilonné aux Péloponésiens une marine imposante.
LXIX. . La faute en est à vous, qui leur avez permis cl'aboril
de fortifier leur ville après les guerres Métliques, puis d'élever
les longs murs, et qui n'avez cessé tle ravir la liberté, non-seu-
lement à leurs sujets, mais encore à vos propres alliés; car le
véritable auteur de I'asservissement n'est pas tant celui qui
I'impose , llue celui gui , pouvant I'empêcher, néglige de le
faire, surtout s'il aspire au titre glorieux de libérateur de la
Grèce.
t Puis c'est à grand'peine que nous avons dté assemblés,
sans même que la question soit nettement posée' II s'agiqsait
en effet de savoir, non pas si nous étions offensés, mais com-
ment nous repousserions les offenses. Ceux qui les commettent
stavancent contre nous sans retartl et avec un parti pris, tanclis
que nous tlélibérons encore. Nous connaissons par quelle
marche progressive les Athéniens potrrsuivent le cours tleleurs
empiétements; aussi longtemps qu'ils se sont flattés, grâce
à votre apathie, de rester d.ans I'ombre, ils ont modéré leur
audace; mais une fois qu'ils vous sauront instruits et indif-
férents, ils se donneront libre carrière. Yous êtes les seuls cles
Grees qui vous plaisiez dans I'inaction, qui vous cléfencliez non
par les armes, mais par I'inertiel les seuls qui, pour abattre un
adversaire, attendiez que ses forces soient doublées, au lieu ile
lnattaguer au début.
LIVRE I. 35
r Et pourtant I'on vantait la fermeté de votre politique; mals
l'éloge était peu mérité. Nous savons que le Mètle est arrivé des
extrémités de la terre jusqu'au Péloponèse, avant de rencontrer
cle votre part une résistance sérieuse; et aujourcl'hui vous
fermez les yeux sur les entreprises cles Atbéniens, qui ne sont
pas éloignds comme lui, mais qui sont à nos portes. Au lieu de
prévenir leurs attaques, vous préférez les attendre et courir les
chances ile la lutte contre un ennemi devenu plus puissant.
Vous n'ignorez pas cepenilant que le Barbare n'a tlù qu'à
lui-même la majeure partie de ses revers, et que, si nous
avons jusqu'ici résisté aux c0ups des Athéniens, c'est grâce à
leurs propres fautes bien plus qu'à votre appui; car les espé-
rances placées en vous ont déjà perdu bien des gens, qui, par
excès tle confiance, ont été pri.s au dépourvu.
c Que nul tle yous ne voie dans nos paroles des accusations
haineuses plutôt qu'une juste remontrance ; les remontrances
s'aclressent à cles amis en faute, les accusations à tle coupab)es
ennemis.
tXX. c D'ailleurs nous pensons avoir, plus que personne,
le tlroit d'infliger le blâme à autrui, car cle graves intérêts sont
engagés de notre côté, sans que vous paraissiez vous en faire
une juste iclée. Yous n'a'rez pas réfldchi non plus au caractère
de ces Athéniens que vous allez avoir à combattre, caractère
qui contraste si complétement avec le vôtre.
s Ils sont entreprenants et aussi prompts à exécuter un
projet qu'à le concevoir; yous, il vous suffit de conserver ce
que yous possédez; jamais vous ne visez au delà, jamais vous
ne prenez même les mesures indispensables. Ils ont plus d'au-
dace que de force, plus de témérité que de jugement; ils vi-
vent tl'espérance au milieu même des revers. Chez vous .au
contraire I'action ne répond jamais à la puissance; vous yous
tldfiez des choses même les plus srlres, et ne pensez jamais
pouvoir sortir dtun mauvais pas. Ils aiment le mouvement,
vous le repos;volontiers ils courent le monde, tandis qu'il n'y
a pas d'hommes plus sédentaires que vùus I sortir cle ses
foyers leur parait un moyen dtaccroltre ses possessions, à
vous de les compromettre. Vainqueurs de leurs ennemis, ils
s'élanceut à de nouvelles conquêtes; vaincus, ils ne se laissent
abattre gu'un instant,. Dès qu'il faut servir leur patrie, rien tle
moins à eux que leurs corps, rien de plus à eux que leur
esprit. Echouent-ils dans leurs desseins, ils crient qu'on les
dépouille; réussissent-ils, c'est peu en comparaison de ce qu'il's
36 GUERRE DU PÉLopoNÈsE.

prétentlent. Trompés dans leurs ellorts, ils se consolent par de


nouvelles combinaisons; pour eux seuls I'espoir est iéalisd
aussitôt que conçur tant I'action suit de près la pensée. Tout
cela se poursuit avec des fatigues et iles dangers saus fin; ils
ne se clonnent pas le temps de jouir, car ils ont hâte d.'acquérir
rlavantage. Pour eux, la meilleure fête, c'est le rlevoir accom-
pli r; une oisive tranquillité leur paraît plus à plaindre qu'une
activité laborieuse. En sorte que , pour les caractérisei d,un
seul mot, on peut dire qu'ils sont nés pour n'être jamais en
repos et n'y jamais laisser les autres.
LXXI. c Et c'est en présence de tels antagonistes que vous
vous croisez les bras I Vous ne crôyez pas que le meilleur
moyen d'assurer la paix soit de se préparer à la guerre tout en
respectant la justice, tout en se montrant résolu à ne pas en-
durer un affront. Pour vous l'équité consiste à ne pas ôffeuser
les autres et à ne pas vous exposer pour votre propre défense.
Yous y réussiriez à peine, si vous aviez des voisins qui vous
ressemblassentl mais, nous venons de le dire, vos principes
sont surannés en comparaison de ceux d'Athènes. Or il en est
de la politique comme des arts; ce sont toujouis les nouveaux
procédds qui prévalent. Pour une ville pacifique, rien de mieux
que I'immobilitd; mais, quand, on est forcé de faire face de
plusieurs côtés à la fois, il faut être fécond en ressources. Voilà
pourquoi Ia politique des Athéniens, avec leur humeur aventu-
reuse, a admis plus d'iclées neuves que la vôtre.
c Que ce soit donc ici Ie terme de vos lenteurs. Fidèles à vos
promesses, marchez à Ia défense des Potidéates et de vosautres
alliés, en entrant sans_retard en Attique; n'abandonnez pas des
amis et des frères à cl'implacables ennemis, ne nour
pas à nous jeter, en désespoir de cause, dans les bras "-éduise,
d'un
autre perple..ll n'y aurait Ià de notre part aucune injustice, ni
devant les dieux qui 'les
reçurent nos sèrments, ni clevant
hommes.de sens_; car les violateurs de la foi jurée ne sonr pas
ceur qui, alantlonnés à elx-mêmes, cherchent asile et pro-
tection, mais ceux qui délaissent leurs confédérés. Si vous
montrez de la bonne volonté, nous resterons avec vous: aussi
bien ne ferions-nous pas une action louable en changeant
dtalliés, et _nous n'en pourrions trouver de plus sympathiques.
Là-dessus délibérez avec sagesse, et faites-en soite-que, sous
votre suprématie, le Péloponèse ne descende pas du-rang ori
vos ancêtres I'ont placé. r
Lxxn. Ainsi parlèrent les corinthiens. Il se trouvait alors à
LIVRE I. 37
Lacédémone d.es députés athéniens yenus pour r|autres affaires.
Informés des discours qui se tenaient dans |assemblée, ils ju-
gèrent à propos cle s'y présenter, nullement pour repousserles
inculpations des villes, mais pour montrer qu'il ne iallait rien
décider à la bâte et sans mùr examen. Ils voulaient faire con-
naître toute l'étendue de la puissance d.'Athènes, raviver les
souvenirs des vieillard.s et instruire les jeunes gens de ce qu'ils
pouvaient ignorer; en un mot, ils espdraient ramener les iacé-
démoniens à des idées de paix. Its se présentèrent donc et di-
rent qu'ils désiraient obtenir audience, s'il n,y avait pas d'empê-
chemént. Admis dans l'assemblce, ils parur-ent à li tribune et
prononcèrent le discours suivant:
LXXIII. < Nous n'ayons pas été députés vers vous pour entrer
en lice avec ros alliés, maii pour nous acquitter de notre mis-
sion. cepenclant, informés qu'il s'élève contre nous de viorentes
clameurs, nous avons demarrdé la parole, non pour réponilie
aux villes qui nous accusent, ne sauiiez être juges
entre elles et nous, - car vous
mais afinque, dans une affaire de cette
- pas légèiement et sur leurs discours
gravité, vous ne preniez
une résolution fâcheuse. Dtailleurs nous désirons, au sujet de
la question soulevée contre nous, faire voir que ce que nous
possédons nous I'avons acquis sans injustice, ei que nôtre ville
mérite que lton compte avec elle.
a A quoi bon remonter aux temps tout à fait anciens, qui
nous sont connus seulement par de vagues traditions? Mais les
Suerres Médiques et autres dvénements dont vous avez une
connalssance personnelle, nous sommes forcés de les rappeler,
dtt-on nous reprocher d'y revenir sans cesse. Lorsquï nous
bravions le danger, c'était dans I'intérêt de tous; et, puisque
Yous avez eu votre part d,es résultats, qu'il ne nous soit pas in-
terdit d'en'rappeler le souvenir, po,rr ieu qu'il nous soii utile.
Nous parlerons bien-moins pour nous âiscuiper, que pour vous
faire voir quelle est la ville que vous aurez à comËattie, si vous
prenez une résolution frrneste.
a Disons-le donc : à Marathon nous ftmes les premiers et
les seuls à combattre Ie Barbare; et lorsqu'il vint pour la se-
conde fois, trop faibles pour lui résister sur terre, nous mon-
tâmes sur nos vaisseaux, et notre peuple tout eniier livra le
combat naval de salamine; nous empêchâmes une innombrable
flotte deravager une à une les villes du péloponèse, incapabres
tle se prêter un mutuel appui. Le roi lui-même le fiï bien voir:
vaincu sur msr, il se retira précipitamment avec la majeure
Tnucyotoe. B
38 GUERRE DU PÉLOPONESE.

partie cle ses troupes, ne se jugeant plusen état.lo ,:ontinuer ia


lutte.
tXxffi. r En cet évdnement qui montra d'une manière écla-
tante que le salut cles Grecs était dans leurs navires, nous
mimes pour notre part au service tle la Grèce les trois principaux
éléments rle succès : lesvaisseaux les plus nontbreux, le général
le plus babile et un zèIe à toute épreuve. Sur quatre cents vais-
seauxr nous en fournlmes à peuprès les deux tierst;notre gé-
ndral fut ce Thémistocle, qui obtint qu'on livrerait bataiile dans
un détroit, et qui par Ià évid.emment sauva la patrie commune:
aussi lui avez-vous décerné plus d'honneurs qu'à aucun des étran-
gers qui sont venus jamais à Lacddémone!1 enfin notre zèle fut
poussé jusqu'aux dernières limites. Quancl nous vimes que, par
terre, nul ne venait à notre aide, et que les autres peuples
jusqu'à nos frontières étaient asserYis, nous abandonnâmes
notre ville, nous détruislmes nos propriétés; et, ne voulant pas
même aiors trahir les alliés qui nous restaient encore, ou par
notre dispersion leur devenir inutiles, nous montâmes sur nos
yaisseaux pour affronter I'orage, sans vous garder rancune de
votre tiédeur à nous secourir. Aussi pouvons-nous affirmer
que nous ne fimes pas moins pour vous que pour nous-mêmes.
Quant à vous, c'est en laissant vos villes habitées, c'est pour
en conserver la possession, qu'alarmés sur votre salut bien plus
que sur le nôtre, vous Yous mttes en campagne : car tant
qu'Athènes fut debout,, rien ne vint de votre côté; tantlis que
nous, c'est en partant d'une ville qui n'existait plus, c'est en
bravant le péril ayec une bien faible espérance de la recon-
quérir, que nous aidâmes à vous sauYer en nous sauvant nous-
mêmes. Si au contraire, craignant comme tant d'autres pour
notre pays, nous nous étions d'abord soumis aux Mèdesr ou que
plus tard, nous considérant comme perdus, nousn'eussions pas
eu Ie courage tle nous embarquer, I'insuffÏsancs de votre ma-
rine vous ett empêchés de livrer une bataille navale, et le Bar-
bare ftt arrivé sans obstacle à ses fins. .
LXXY. < Après tant de preuYes de dévouement et d'intelli-
gence, est-il juste que I'empire que nous posséclons excite à ce
point la jalousie des Grecs? Nous I'avons acquis cet empire,
non par violence, mais parce que les alliés, lorsque vous refu-
sâtes d'achever la guerre contre les Barbares, nous cléférèrent
le commanclement. Nous avons été contraints dès I'aboril et
par la nature des choses tle donner à clet empire son er.tension
actuelle: en oela nous ayons écouté la crainte, l'honneur et
LIYRE I. 39

I'intérêt. En butte à la haine géndrale, forcé_s tle.réprimer des


âlir.tioor, voyant votre vieillé amitié faire place à la suspicion
.i a ru *ilo.illuo.e) nous aYcns jugé périllegx fe nous re-
ia.n." sur nos droits et de per*"ttit aux cléfectionnaires.tle
qu'en
passer de votre côté. Or nul ne peut trouver mauvals
des plus grands dangerJ on prenne soin ile ses in-
;;;;;;t;
térêts.
LXXfl' s Yous-mêmes, Lacédémoniens, vous commandez
uoi-oitt.tdu Péloponèse, en y établissant le régime -qui vous
convie"t; mais sir dans le temps, vous aviezcontinué Ia guerre
et encourur cofirrfl€ nous la haine dans le commandement,
;;rrrm; nous aussi vous auriez éxé à charge à vos alliés et
ônUgO* cle les Bouverner avec vigueur' sous peine de craindre
pourvous-mêmes.
' o Ainsi nous n'ayons rien fait tl'étrange ni. cle
i contraire
- -_r_^:- à la
nature bumaine, en acceptant un empire- qu'on nous offrait' et
en le retenant d'Ïne main ferme, dominés comme nous i'étions
partes motifs les plus puissants, I'honneur, la crainte et I'in-
igrCt. C. n'est pas nous qui avons donné un tel exemple; de tout
iàtnpt 1t * ete iA*it qq. t* plus faible ftt maitrisé par le plus
fort. D'ailleurs nous ir'oyonÀ être dignes de I'empire,.et l'ous
des vues
en ayez ainsi jugé vous-mêmcs jusqu'au moment 0u
justicc
intéressées vous ont fait mettre en avant ces principes d-e
qoi n'oot jamais empêché personne-de s'agrandir par la force'
quand I'oËcasion s'etr préientait. Ils méritent des louanges,
c'eux qui, tout en obéissànt au penchant naturel à I'homme
pour
h doàination, montrent plus d'équité {}e ne le permettrait
Ieur puissance. si Ie hasard voulait que d'autres prissent notre
place, on verrait bientôt par comparaison combien nous sommes
inoaérés. Et pourtant cette modération, loin du."9Y: valoir
de justes élogôs, n'a été pour nous qu'une source de blâme'
iXXVtI. o Noos uuon* beau, dans toutes nos contestations
avec nOs allids, nous relâcher de nos droits, et maintenir I'éga-
lité clevant la loi, nous n'en passons pas moins pour rechercher
les procèsr. personne tre se demande pourquoi l'_on ne fait
pas le
*e*r reproche à l,ous ceux qui commandent à d'autres peuples
etqui se-mOntrentmoinsmodlérés que nous enyers leurs sujets:
qo., lorsqu'on peut user de violence, on n'a que faire de
pr*eË- iVtals nos ailiéi, habitués à vivre ayec n.us sur un pied
";ràt
h'égalité, viennent-ils à éprouver quelque mécompte par suite
d'uie diïerge,nce d'opiniôn ou de I'autorité que nous ilonne
nottu prééminence, au lieu d'être reconnaissants de ce qu'on ne
40 GUERRE DU PÉLOPONÈSE'

leur ôte pasle plus, mais seulement lemoins, ils montrent plus
ile colère que si il'emblée nous eussions mis tle côté la loi et
commis des usurpations manifestes. Dans ce cas, ils n'auraient
pas mêrne songé à protester contre Ia soumission du plus faible
àu plus fort. C'est qu'apparemment on s'irrite plus de I'injustice
que de la violence : Ia première, venant d'un égal, semble être
une usurpation; la seconde, appuyée sur la force,, passe pour
une néceisité. Ainsi nos alliés, quoiqu'ils eussent à subir, sous
I'oppression du Mède, des lois bien plus rigoureuses, ne lais-
saient pas de s'y résigner, tandis que notre autorité leur parait
tyrannique. Faut-il s'en étonner? La domination présente est
toujours odieuse. Quant à vous, s'il vous anivait de nous sup-
planter et dlhériter de notre prééminence, Y0us ne tarderiez pas à
voir s'évanouir cette faveur dont vous jouissez grâce à la crainte
que nous inspirons, surtout si vous suiviez les mêmes prin-
cipes que pendant Ia courte durée de votre commandement
dans la guerre Métlique e I en effet, Yos mcÊurs sont incompa-
tibles avec celles des autres nations, sans compter que cbacun
de vous, une fois hors de son pays, ne suit plus ni les usages
ile sa patrie ni ceux du reste de la Grèc-e.
LXXVIII. < Délibérez donc mtre**it, comme Ie mérite une
question de la plus haute importance; et n'allez pas, sur des
idées et des accusations étrangères, vous jeter dans des em-
barras personnels. Avant de vous engager dans la guerre' son-
gez à la grancleur des mécomptes qu'elle entratne; en se pro
longeant, elle se plait à multiplier les chances incertaines d'ont
nos deux peuples sont encore éloignés pour le moment, sans
qu'on puisse savoir quel est celui des ileux partis que favorisera"
favenii. Quand. on entreprend une guerre, on commence par ori
I'on d.evrait finir : on d,ébute par les actions, et I'on attend
d'avoir souffert pour avoir recours aux paroles. Pour nous, qui
n'avons pas commis ce genre de faute et qui ne Yous y voyons
pas disposés, nous vous conseillons, pendant que nos résolu-
tions sont libres encore, de ne pas rompre letraité et denepas
violer les serments, rnais de régler nos différends à I'amiable,
coriformément aux conventions; autrement, nous prendrons à
témoin les dieux vengeurs du parjure, et nous tâcherons de
nous défendre en suivant la route que nous auront tracée nos
;rsresseurs. )
LXXX. Tel fut le discours des iléputés tl'Àthènes. Les La-
cédémoniens, après avoir entenclu les plaintesde leurs alliés et
la rénonse des Athéniens, les firent tous retirer et délibérèrent
LIVRE I. 4I
entre eux sur la question proposée. La majorité inclinait à
prononcer que les Athéniens étaient coupables, et qu'il fallait
leur déclarer la guerre imméiliatement. Àlors Arcbiâamos, roi
des Lacédémoniens, renommé pour ses lumières et pour sa
modération, prit la parole et dit:-
LXXX. (( J'ai traversé bon nombre de guerres, et je vois ici
bien.des gens de monâge qui p.oveni en dire aïtant; ils
n'imjteront.donc_pas le commun àes hommes qui, par ineipé-
?ienee, désirent la guerre, parce qu'ils la croie-nt profitable et
sans danger.
a celle qui fait I'objet de votre délibdration ne yous paraîtra
pas sans importance, pour peu que vous y réfléchissiô2. Aux
Péloponésiens, aux peuples de notre voisinage, nous pouvons
opposer une force égale, et ils sont à portée de nos coups;
mais comment entreprendre légèrement une lutte contre des
hom.mes qui habitent une terre éloignée , qui ont une grande
expérience de la mer, qui sont abondamment pourvus de toutes
choses, richesses privées et pubiiques, vaiiseaux, chevaux,
armes, population plus nombreuse qu'en aucune autre contrée
de la Grèce, et qui de plus ont unè foule d'alliés tributaires?
Et sur quoi compterions-nous, pour nous hâter avant d'être
suffisamment préparés? sur notie marine? Mais à cet égard
nous leur sommes infér:ieurs; et, si nous voulons nous exerser
et nous mettre en éfat de leur tenir tête, il faudra du temps.
Sur nos finances ? Encore moins ; car nous n'ayons pas de
trésor public, et nous sommes peu disposés à contribuer de nos
tleniers.
Lxxxl. < Peut-être se repose-t-on sur notre supériorité
militaire et numérique, et pense-t-on qu'il nous .r.uit facile
cle- ravager leur territoire pir des invasiôns réitérées.
Mais les
Athéniens possètlent beaucôup d'autres pays soumis à leur do-
mination, et ils se procureront par *èr-c. qui reur manque.
si nous essayons d'insurger leurs alliés, il faudra des flottes
pour les soutenir; car ils sont la plupart insulaires.
Quelle
espèce de guerre ferons-nous doncf a moins d'être tei plus
forts sur mer ou de leur enlever les revenus qui alimentent
leur marine,-nous recevrons prus de mal que noris n,en ferons.
II ne sera plus possible de quitter les almes avec honneur,
surtout après avoir été les premiers à les prendre.
s Ne nous berçons pas de I'idée que cetie guerre se terminera
promptement, si nous dévastons le pays ennemi. Je crains
bien plutôt que nous ne la transmettioos à nos enfants. tant
42 GUERRE DU PÉLoPoNÈss.

il est improbable que les Athéniens , ce peuple si ûer I sÈ r0rr-


dent esclaves de leur territoire , ou se laisseut intimicler par Ia
guene, comme si c'était chose nouvelle pour eux.
LXXXII. c Je ne prétencls pas que nous devions être insen-
sibles au malaise de nos allids, ou fermerles yeux sur les em-
bùches qui leur sont tendues; ce que je dis, c'est qu'il ne faut
pas encore faire appel aux armes, mais envoyer des députés et
articuler nos grtefs, sans menaces de guerre ni lâche condes-
)
I oendance. En attendant nous pousserons nos prdparatifs; nous
t
solliciterons I'adjonclion de nouyeaux alliés grecs ou barbares,
pour tirer d'eux des secours mari[imes ou pécuniaires. Et qui
pounait nous faire un crime, menacés comme nous le sommes
par les Athéniens, de chercher notre salut dans I'alliance des
Grecs et même iles Barbares? En même temps, cléployons toutes
nos ressources. Si les Athdniens écoutent nos réclamations, ce
sera bien; autrement, dans deux ou trois années, nous mar-
cherons contre eur, si on Ie juge à propos, avec des chances meil.
leures. Et qui sait si, voyant nos préparatifs en harmonie avec
I nos paroles, ils ne seront pas plus disposés à céder, surtout quand
nous n'aurons pas enoore entamé leur territoire, et qu'ils
) auront à clélibérer, non sur cles ruines, mais sur des biens encore
intacts? Ne croyez pas qu'entre nos mains leur pays soit autre
chose qu'un otage, d"autant plus str qu'il sera mieux cultivé. Il
nous faut donc ménaser cc pays le plus possible, et ne pas
rend.re leur cléfaite pius difficile en les poussant au ilésespoir.
Si au contraire, avec des préparati(s insuffisants et sur les
plaintes de nos alliés, nous nous hâtons de ravager I'Attique,
prenez garde que Ie Péloponèse n'en recueille de la honte et
de I'embarras. On peut accorder les querelles des Etats et
des individusl mais lorsque, pour des intérêts particuliers,
nous aurons entrepris une guerre générale et d'une issue
fort douteuse, il ûe sera pas facile tle la terminer avec hon-
neur.
LXXilII. cc N'allez pas vous imaginer que, nombreux comme
r'ous l'êtes et n'ayant affaire qu'à une seule ville, ily ait lâcheté
à ne pas I'attaquer sur-le-champ. Les Athéniens n'ont pas moins
d'alliés tributaires que nous; or la guerre dépend bien moius
des armes que cle I'argent qui en seconde le succès, surtout
quand la lutte est entre une puissance continentale et une puis-
sance maritime. Commençons donc par nous en procurer, et
ne nous laissons pas d'aborcl entrainer par les discours de nos
allids. Puisque ctest nous qui aurons la responsabilité des ré-
LIVRE I. 43
sultats, quels qu'ils soient, donnons-nous au moins le temps de
la réflexion.
LXXXIV. c Quant à cette lenteur, à cette temporfsation qu'on
nous reprocbe , gardez-vous d'en rougir; la précipitation ne
ferait que reculer Ie terme, d'une guerre entreprise sans prépa-
ratifs. D'ailleurs nous habitons une ville qui n'a pas cessé d'être
libre et granrlement illustre, et ce dont 0n nous blâme n'est autre
chose qu'une sage modération. C'est à cette qualité que nous
devons deotêtre ni insolents dans les succès, ni abattus comme
tant d'autres dans les reversl de ne pes nous iaisser précipiter
dans Ie péril par les flatteries qu'on nous adresse, et d'être
impassibles aux reproches par lesquels on essaye ile nous
irriter.
c Cette prudence nous rend à la fois propres à la guerre et
au conseil: à la guerre, parce que la modération est la source
ile I'honneur et I'honneur celle du courage; au conseil, parce
que nous ayons été élevés trop simplement pour mépriser les
lois et trop sévèrement pour les enfreindre I enfln, parce que
n'étant pas initiés aux connaissances oiseuses, nous ne possé-
dons pas ltart de critiquer en belles phrases les plans de nos
ennemis, sans nous soucier si nos actions répondront à nos pa-
roles. Nous croyons que les iclées d'autrui valent bien les
nôtres et qu'on ne peut faire d'avance la pari, de I'avenir. Il faut
toujours présumer nos adversaires bien inspirés et leur opposer
des préparatifs réels, ne point placer nos espérarrces dans les
fautes qu'ils pourront commettre, mais plutôt tlans ia justesse
de nos calculs. Ne vous figurez pas qu'il y ait une grande
clifférence entre un homme et un autre homme : s't] en est
un qui ercelle, c'est celui qui a été formé à l'école de la né-
cessité.
LXXXY. q N'abandonnons pas les maximes que nos pères
nous ont ldguées et dont nous nous sommes toujours bien
trouvés. Ne décidons pas en un seul instant du sort tle tant
d'hommes, rle tant de richesses, de tant ile villes, de tant cle
gloire; mais délibérons à loisir; nous le pouvons mieux que
d'autres parce que nous sommes forts, Envoyons à Arhènes une
première ambassaile au sujet de Potidée, une seconcle pour
exposer les plaintes de nos alliés; c'est un devoir, puisque les
Athéniens offrent I'arbitrage, et gue celui qui s'y réfère ne doit
pas être de prime abortl traité en ennemi. Pendant ce temps,
préparons-nous à la guerre; c'est le meilleur parti à prendre,
celui qui inspirera à nos atlversaires le plus de terreur. p
4ii GI'ERRE Du PÉLoPonÈsr.
lxxxÏI. Tel fut le iliscours d'archiclamos. sthénélaTdas,
uu des dphores en charge, s'avança le dernier et dit :
< Je n'entènds rien à toutes les arguties des Àthéniens. Ils
se sont donné force louanges, mais n'ont nullement prouvé
qu'ils ne portent pas atteinte âux clroits de nos alliés et 1 ceux
du Pdloponèse. si jadis leur concluite fut belle contre les Mècles
et qu'aujourd'hui elle soit coupable envers nous, ils méritent
une double peine, pour être devenus méchants de bons qutils
étaient. Pour nous, nous sommes toujours les mêmes; ei, si
n_ous sommes sages, nou's ne soulïrirons pas qu'on oflense nos
alliés; nous n'hésiterons pas à prendre leur cléfense, puisqu,on
n'hésite pas à les maltraiter. D'autres ont cle I'argent,des vais-
seaux, des chevaux en abondance : nous ayons, nôus, de braves
allié-s, qu'il ne faut pas Iivrer aux Athéniens. Il ne s'agit pas ici
de discussions ni de paroles , car ce n,est pas en pa"àlei qu'ils
sont attaqués; il faut leur porter,secours au plus tôt et ile
toutes nos forces. Qg. nous parle-t-on de délibdrer lorsqu'on
nous outrage? c'est à ceux qui méditent I'injustice à déribérer
longuement. Votez clonc Ia guerre , Lacéclém-oniens, comme il
est digne de sparte; ne laissez pas les Âthéniens s'agranrlir
davantage et ne trahissez pas vos alliés; mais, avec I'aide des
dieux, marchez contre tle perficles agresseurs. D
LXXXUI. Ildit, et, en sa qualité dréphore, il mit lui-même la
question aux voir dans I'assemblée des Lacédémoniens. or,
comme ceux-ci votent par acclamation et non au scrutin, il
prétendit ne pas discerner quel était le cri le plus fortl et vou-
Iant les exciter encore plus à la guerre en rendant le su{frage
manifeste : < Que ceux volls, dit-il, qui regarclent la païx
_dg
comme rompue et les Àthéniens comme coupables, se lèvent et
passent de ce côté; que ceux qui sont d'un àvis côntraire pas-
sent de I'autre. r Les Lacédémoniens se revèrent et se parta-
gèrent; uue majorité imposante déclara Ie traité ,o*pï. En
conséquence, ils rappelèrent les alliés, et leur dirent qu'ils
donnaient tort aux Athéniens; mais qu'ils voulaient, avant de
leur déclarer _la guerre, réunir tous lei alliés et leur soumettre
la questlon, afin d'agir d,'un commun accord. Là-dessus les alliés
s'en retournèrent; les députés d'Athènes partirent plus tard,
après s'ôtre acquittés de leur manilat. ce ïote de l'âssemblée.
qui cléclarait le traité rompu, eut lieu la quatorzième année dÉ
la paix ile trente ans, conclue après la conquête cle l'Eubée *.
r L'an 432 ayant Jésus-Chrigt.
- LIVRE I. 45

tXXtrfiII. En proclamant la rupture du traitd et en votant Ia


guerre, Ies Lacddémoniens cédèrent moins aux sollicitations cle
leurs alliés qu'à la crainte que leur causaient les Athéniens.
Ils les voyaient déjà maîtres d'une partie tle la Grèce, et ils
avaient peur qu'ils ne s'agrandissent encore tlavantage.
LXXXH. Il me reste maintenant à raconter tle quelle ma-
nière les Athéniens étaient paryenus à la suprématie qui con-
tribua tant à leur puissance.
Quancl les Mèdes eurent quittd l'Europe, vaincus par les Grecs
sur terre et sur mer; quand ceux d'entre eux qui, avec leurs
vaisseaux, evaient cberché un refuge à Mycale, eurent été dé-
truits, Léotychitlas, roi rles Lacédérnoniens, qui commanilait
Ies Grecs en cette journée, retourna.dans sa patrie avec les
alliés du Péloponèse. Les Athéniens au contraire, avec les alliés
cle I'Ionie et rle I'Hellespont déjà révoltés contre le roi, conti-
nuèrent Ia guerre et mirent le siége devant Sestos, que les
Mèiles occupaient. Ils passèrent I'hiver sous les murs cle cette
place, clont ils s'emparèrent après la retraite des Barbares.
Ensuite ils abandonnèrent I'Hellespont, et chacun regagna ses
foyers.
A peine l'Attique avait-elle été évaouée par les Barbares, gue
les Athéniens faisaient revenir rles ]ieux où ils les avaient mis
à I'abri leurs enfauts, leurs femmes etle restant deleurs effets;
après quoi ils se disposèi"ent à reconstruire leur ville et leurs
murailles. Il ne subsistait presque rien de I'ancienne enceinte I
la plupart tles maisons étaient tombées, sauf quelques-unes ,
qu'avaient occupées les principaux des Perses.
XC. Les Lacéilémoniens, informés de ce projet, envoyèrent
une ambassade à Athènes. Pour leur part, ils auraient nr avec
plaisir que ni cette ville ni aucune autre n'eùt de murailles;
mais ils obéissaient surtout aux instances de leurs alliés, in-
quiets de I'essor qu'avait pris la marine autrefois nulle cles
Athéniens, et ile I'audace deployée par eux dans la guerre
Medique. Les députés invitèrent donc les Athéniens à ne point
fortifier ieur viile, mais plutôt à se joindre à eux pour détruire
tous les remparts élevés en dehors du Péloponèse. Ils clissimu-
laient leurs intentions et leurs défiances; mais il ne fallait pas,
disaient-ils, que le Barbare, si jamais il revenait, pût trouver
une place forte qui servlt cle base à ses opérations, comme cela
s'était vu en rlernier lieu pour Thèbes'. Le Péloponèse, ajou-
taient-ils, peut oflrir à tous les Grecs une retraite et une place
d'armes suffisantes.
46 GUERRE DU PÉIOPONÈSE.

Les Àthéniens, d'après ltavis de Thémistocle, congédièrent à


I'instant cette ambassade, avec réponsequ'ilsallaient députer à
Lacédémone sur ce sujet. Thémistocle demanda d'être envoyé
lui-même sur-ie-champ. Il conseilla de ne point faire partir
aussitôt ceux qu'on lui donnerait pour collègues, mais cle les
retenir jusqu'à ce que la muraille eùt atteint Ia hauteur stricte-
ment uéceslaire pour soutenir un assaut. Toute la population,
hommes, femmeÀ et enfants, eut ordre tle mettre la main à
l'æuvre, sans épargner ni édifice public ni construction parti-
culière,' mais de démoiir indistinctement tout ce qui pouvait
servir aux travaux. Après avoir donné ces instructions et laissé
entendre qu'il ferilit Ie reste à Lacédémone, Thémistocle partit.
arrivé dans cette ville, au lieu de se rendre auprès des autorités,
il usa d,atermoiements et de défaites; et lorsqu'on lui ileman-
tlait pourquoi il ne se présentait pas à I'assemblée, iI réponclait
gu'ilàttenâait ses collègues demeurés en arrière pour terminer
quelques afTaires, mais qu'il comptait sur leur arrivée prochaine
el s'étonnait tle leur retartl.
XCI. 0n croyait Thémistocle' parce qu'on avait pour lui de
i'alfection. Cepenclant il arrivait cles gens qui annonçaient
d.'une manière positive qu'Athènes se fortifiait et que le mur
prenait déjà de l'élévation; il n'y avait plus moyen d''en douter.
Âlors Thémistocle, stapercevant de I'e{Iet procluit par ces nou-
velles, conseilla aux Lacédémoniens de ne pas ajouter foi à tle
vaines rumeurs, mais d'envoyer quelques-uns de leurs conci-
toyens les plus considérés, qui feraient un-rapport fidèle après
avbir vu leÀ choses par leurs yeux. On les fit donc partir. Thé-
mistocle mantla sous main aux Àthéniens ile retenir ces tléputés
d'une manière aussi peu apparente que possible, jusqutà ce que
lui-même et ses collègues fussent de retour (ceux-ci I'avaient
enûn rejoint et lui avaient appris que le mur était suffisamment
élevé; c'étaient Abronychos fils de Lysiclès et Aristide fils de
Lysimachos). II craignait que les Lacédémoniens, une fois
informés, ne les laissassent plus aller. Les Athéniens firent ce
qu'il demandait. Alors Thémistocle leva le masque; et, se pré-
slntant aux Lacédémoniens, il leur déclara sans tlétour qu'Athè-
nes était fortifiée et désormais en étatde protégerseshabitankl
que si les Lacédémoniens et leurs alliés voulaient y enYoyer
une tléputation, ce devait être à I'avenir comme à tles hommes
qui connaissaient également leurs propres intérêts et ceux dela
Grèoe1 qu'en eIfet, lorsqu'ils avaient jugé utile il'abandonner
le'rr ville et de monter sur leurs vaisseaux, ils aYaient su pretr-
LIYRE I. 47

dre à eux seuls cette résolution courageuse;'et que, dans les


délibérations communes, ils ne s'étaient montrés inférieurs en
intelligonce à personne. Si maintenant ils avaient trouvd bon
de fortifier leui ville, c'était clans I'intdrêt des alliés non moins
que dans le leur; car il n'étaib pas possibler avec tles positions
inégales, d'apporter dans les discussions communes un esprit
ffensemble et d'égalité. II fallait donc, ajoutait-il, ou que tous
les alliés fussent dépourvus de murailles, ou qu'on approuvât ce
qu'Athènes avait fait.
XCII. Les Lacédémoniens, à ce cliscours' ne laissèrent percer
ancune aigreur contre les Athdniens. En leur emoyant une
amhassade, ils n'avaient pas prétendu, dirent-ils, leur donner
des orclres, mais simplement un conseil dicté par I'intdrêt tle
tous. a oette époque ils étaient dans les meiileurs termes aYec
Ies Athéniens, à cause du zèle dont ceux-ci avaient fait preuve
dans la guerre Médique; toutefois ils éprouvaient un secret dé-
plaisir ùavoir manqué 1éur but. Quant aux députés, ils se retirè-
rentlesuns et Ies autres sans récriminations.
xcl[. c'est ainsi que Ies Athéniens fortifièrent leur ville dans
un court espace de tèmps. L'ouvrage porte encore aujourdthui
des traces cle la précipitation avec laquelle il fut exécuté. Les
fondements sont en pierres de toute espèce, non appareillées,
telles que ehacun les apportait. 0n y lit entrer jusqu'à tles co-
lonueJ sép.ulcrales et des marbres sr:ulptés. L'eneeinte de la
ville fut éiargie en toui senst. L'empressement faisait qu'on
remuait tout sans d istinction.
Thémistocte persuada aussi d'achever les constructions du
Pirée, prdcédemment commerrcées penclant I'année de son ar-
chontat t. Cet enclroit lui paraissait favorable à cause cle ses trois
ports naturels"; il pensalt que les Athéniens trouveraient tlans
ia marine les moyens de palvenir à une grande puissanr.e. Le
premier il osa ttiie qu'il tattait s'adonner à la mer, et iI fit aus-
iitôt mettre la mair à l'æuvre. D'après son avis, on donna au
mur l'épaisseur qu'on lui voit aujourd'hui autour clu Pirée; les
pierres étaient apportées par des ôhariots attachés deuxà deux{;
àans I'intérieur il n'y avait ni blocage ni mortier, mais le mur
consistait en grosses pierres de taille, jointes par cles crampons
defer scellés àveo du plomb. La hauteurtotale ne fut guère que
Ia moitié de ce que prbietait Thémistocle; iI ett voulu q-ue 1'é-
lévation et l'épalsseur de ces murailles déliassent tous les as-
sauts, et iI pensait que pour la défense iI suffirait tl'un petit
nombie deJhommei tes moins valirles, tanilis que les autres
48 cuERRE DU PÉtoPotlùsP.

monteraient sur làs vaisseaux. La grancle importance qu'il at-


tachait à la marine venait sans doute ile ce qu'il avait reconnu
que I'armée du roi avait I'accès plus facile par mer gue par terre.
 ,.r yeuxr le pirée était plus essentiel quela villelaute; sou-
vent if conseillait aur Athéniens, s'ils venaient à être pressés
sur teTre, de descenclre au Pirée et de s'y défendre sur leurs na-
vires envers et contre tous.
ce fut ainsi que les Athéniens élevèrent leurs remparts et
les autres constructions, immédiatement après la retraite tles
Mèdes.
iCfV. Cepenrlant Pausanias, fils ite Cléombrotos, avait été
."îoye ayec vingt vaisseaux tlu Péloponèse, en
de Làcédémone, .Grecs.
oualiié de Eénéral des Cette armée, renforcée cle trente
iui.r.uo" oihéoiuor et d'une foule tl'alliés, seporta tl'abord con-
tre l'île de cypre, qu'elle soumit en grancle partie; F ta, toujours
que
sous le même commandement, elle alla attaquer Byzancer
les Mètles occupaient, et qu'elle prit à la suite d'un siége'
XCv. Mais l-e caractèrô altief de Pausanias ne tartlapas à in-
disposerles Grecs, surtoutlesloniens ettous ceux qui s'étaient
récemment soustraits à la ilomination du roi. Ils s'adressèrent
donc auxathéniens et les prièrent, en vertu de leur commune
orig{"., de se placer à leur tète et de les protéger au besoin
.oo"trc ies violênces de Pausanias. Les Àthéniens accueillirent
ættr ar*"nde et s'occupèrent cle prenilre les mesures les plus
convenables pour être en état d'y satisfaire.
Sur ces entïefaites, les Lacéclémoniens rappelèrent Pausanias
pour lui faire son procès à I'occasion des faits dont ils avaient
été iofot*és. Les Grecs qui anivaient à Lacéclémone étaient
unanimes à I'accuser, et son généralat ressemblait fort à la ty-
rannie. II fut précisément ràppelé au moment orl les alliés ,
sauf les troupôs du Péloponèie, passaient sous les ortlres tles
Athéniens. Dô retour à Làcédémone, il fut conclamné sur quel-
ques chefs particuliers, mais absous des accusations les plus
fruo.rl on l-'accusait surtout de médismet, et le reproche fit
pa-
par-
iaissait fondé. 0n lui retira tlonc Ie commandement; on
tir à sa place, avec peu de monde, Dorcis et d'autres, dont les
alliés dèclinèrent l'àutorité. Ces chefs aussitôt se retirèrent;
dès Iors les Lacédémoniens n'en envoyèrent plus. L'exemple de
Pausanias leur faisait craindre qu'ils ne se pervertissent en
sortant du pays; d'aiileurs ils étaient las de la guerre-l\{édique;
ilr r. r.posïiéoi sur les Athéniens clu soin de la concluire. car
en ce môment les tleux peuples étaient amis'
LIVRE I. 49

xcu. Ainsi investis clu commanclement par I'aclhésion spon-


tanée des alliés, auxquels Pausanias s'était rendu oclieux, les
Athdniens cléterminèr-ent quelles villes auraient à fournir de
l,argent ou des vaisseaux pour la continuation _tle la Suerre
.ooirr les Barbares. Le préiexte fut tle ravager le pays du roi
par droit de représaillei. De cette épogue date chez les Athé-
nietts l,institutiôn des Hellënotamest, magistrats chargés de
recevrÉr le tribut, car tel fut le nomclonné à cette contribution-
ce tribut fut fixé dans I'origine à quatre cent soixante ta-
Ientse. Le trésor fut déposé à DéIos, et les assemblées se tinrent
clans Ie temple.
XCVII. piacés à Ia tête cl'alliés originairement intlépentlants
et ayant droit de suffrage dans cles assemblées générales, les
athéniens étentlirent peu a peu leur domination, soit par les
armes, soit par des mesures aclministratives, clans I'intervalle
ro*p.ir entre la guerre lvlédique et celle-ci. Ils eurent tour à
tour à combattre les Barbares, leurs propres alliés révoltés,_et
enfin les Péloponésiens, qu'ils rencontraient tlanstous leurs dif-
férencls. a ce propos je me suis permis une tligr_ession_, parce
que tous mes devànciers ont laisJé cette_périotle dans,l'ombre,
dt se sont bornés à raconter I'histoire cle la Grèce avant ou pen-
clant les guerres Mérliques. Le seul qui ait abortlé..ce sujet,
t,
HellanicoJ, dans son hisioire cl'Athènes D'â fait que I'effleurer,
sans indiqier exactement la chronologie. D'a]l_l.gu13 cet.exposé
achèvera'tle faire connaitre comment s'établit I'empite des
Athéniens.
xcYIII. D'abord, sous la conduite de cimon, -{ls de Miltiacle,
ilsassiégèrent et prirent sur les Mètles la ville d'ÉÏon, à ltembou-
chure dù Strymon. Les habitants Iurent vendus comme escla-
ves. Ensuite ils lirent subir Ie même traitement à la lopulation
de Scyros, lle de la mer Egée, habitée.par des- Dolopes' et qu'ils
trp.optO.ént par une cololtie d'nthéniènst. IIs soutinrent aussi
.oi.trË les Carystiensr une guerre, à laquellele reste tlel'Eubée
demeura étranger et qui sà termina Par u1-accommodement'
.q"p.e, cela, les ÏYaxiens-se révoltèrent ; mais ils furent
attaqué9'
aJsiages ei soumis. Ce fut la première ville atliée qui fut
privée
de la"liberté, contrairement au tlroit établil plus tartl les
autres
éprouvèrent successivement le même sort.
XCx.LesdéfectionsprovenaienttleplusieuTscauses'en
cles alliés à
particulier de la difficultè qu'éprouvaient la plupart
iournir régulièrement ltarg^ent,les vaisseaux et mëme les hom-
mes. Les Àthénirnr usaieni de rigueur, et se faisaient hair
en
50 GUERRE DU pÉLopoNÈsE.
employant la contrainte envers des gens qui n'avaient ni I'habr-
tude ni la volonté d.'endurer les fatigues de la guerre r. Leur
commandement avait cessé cl'être accepté avec plaisir: dans les
erpéilitions communes, ils ne traitaient plus les alliés en égaux,
et il leur était facile de réprirner les rébellions. La faute en
était aux allids eux-mêmes; la plupart, dans leur répugnance à
porter les armes et à s'éloignerde leurs foyers, s'étaient imposé,
place des vaisseaux à fournir, une somme d'argent équiva-
-en
lente Ainsi la marine athénienne s'accroissait avec les-fonds
fourr' s par les alliés; et lorsque ceux-ci venaient à se révolter,
ils se trouvaient engagés dans la guerre sans avoir ni I'expé-
rience'ni les forces nécessaires pour la soutenir.
C. Ce fut après ces événements que les Athéniens et leurs
alliés livrèrent un combat sur terre et un combat naval contre
Ies Mèdes à I'embouchure du fleuve Eurymédon en pamphylie.
Les Athéniens, commandés par Cimon, fils de ùtiltiade. rem-
portèrent tlans le même jour une double victoire. IIs prirent
ou détruisirent les trirèmes phéniciennes au nombre de deux
cents.
Quelque temps après eut lieu la défection des I'hasiens ,
occasionnée par un différend au sujet d,es comptoirs et des mines
qu'ils possédaient sur Ia côte de Thrace, située en face de leur
île r. Les Athéniens dirigèrent une flotte contre Thasos, furent
vainqueurs sur mer et opérèrent un débarquement.
Yers la même époque, ils envoyèrent dix mille colons, Athé-
niens et ailids, pour s'établir sur le borcl du Strymon, à I'en-
clroit alors appelé Ies Neuf-Yoies et maintenant Amphipolis r. Ils
s'emparèrent rles Neuf-Voies sur les Édoniens; mais s'étant
avancés dans I'intérieur des terres, ils furent taillés en pièces
àDrabescos dans I'Éd.onie par les forces réunies des Thraces, qui
voyaient de mauvais æil l'établissement formé aux Neuf-yoies.
CI. Cependant les Thasiens, vaincus en plusieurs rencontres
et assiégés, eurent recours aux Lacédémoniens, et les prièrent
tle faire en leur faveur une diversion en Attique. Ceux-ci leur
en firent la promesse secrète, et ils auraient ienu parole, sans
le tremblement de terre I dont les Hilotes et quelques-uns des
Périèquess, tels que les Thuriates et les Êthéens, prirent occa-
s_ion p9u1s'ins,urger et se retirer sur le mont Ithomè. La plupart
de ces llilotes descendaient des anciens Messéniens asservis dans
le tempssl c'est ce qui fit donner à tous les révoltds le nom de
Messéniens. Ainsi les Lacédémoniens eurent une guerre à sou-
tenir cc::tre les révoltés d'Ithome. Pour les Thasiens, après trois
LIYRE I. 5I

ans de siége, ils capituièrent avec les Athéniens. à condition cle


raser leuri murailles, de livrer leurs vaisseaux, de s'imposer
une contribution imméiliate et de pâyer régulièrement leur
tribut à I'avenir, enfin d'abandonner leurs mines et toutes leurs
possessions du continent,.
: ClI. Les Lacédémoniens, voyant se prolonger la guerre contre
les insurgés d.'Ithome, réclamèrent I'assistance de leurs alliés
et notamment des Athéniens; ceux-ci vinrent en grand nombre
sous la conduite de cimon. ce qui les avait fait appeler, c'était
leur réputation d'habileté dans la tactique obsidionale. Mais
comme, malgrd leur présence, le siége n'avançait pas, cette
habiieté parut en défaut; avec plus de vigueur, ils auraient tlt
emportei la place. C'est à la suite de cette campagne que les
laËédémonie-ns et les Àthéniens commencèrent à se brouiller
ouvertement. Le siégetrainant en longueur, Ies Lacédémoniens
appréhendèrent la turbulence et I'audace des Athéniens, qu'ils
rô[ardaient d'ailleurs romm€ d'une race étrangère; ils craigni-
rent qu'en restant devant Ithome, ils ne finissent par prêter
I'oreilie aux suggestions des assiégés et par opérer quelque re'
volution. Ausii- t1s congédièrent-ils seuls de leurs alliés, sous
prétexte qu'ils n'avaient plus besoin d'eux, sans.toutefois leur
iémoignei aucune d.éfrance. Lep Athéniens sentirent qu'on les
renvolait sans 1eur donner Ie véritable motif, et que I'on avait
conçu contre eux quelque soupçon. Indignés de cette offense
gtutoit., à peine fuient-ils de retour dans leurs foyers qqe' blj-
iant i'alliance conclue aYec Lacédémone contre les Mèdes, ils
se liguèrent atec les Argiens ses ennemis. Les cleux peuples
stunirent également aux Thessaliens par des serments et par une
convention.
CIII. Après dix ans de siége, les révoltés d''lthome, récluit
aux abois, capitulèrent
-foi avec les Lacéclémoniens. IIs s'engagè-
rent, sous la d'un traité, à sortir du Péloponêse et à n'y
jamais tentrer, sous peine pour celui qui serait prç d.e devenir
i'esclave de quiconqui Ie saisirait. Précédemment iI était venu
de Delphes un oracle ordonnant aux Lacédémoniens de laisser
aller te suppliant de Jupiter lthomatasr. Ils sortirent donc avec
leurs enfants et leurs femmes. Les Âthéniens, en haine cles La-
cédémoniens, accueillirent ces fugitifs, et leur céd,èrent la ville
ile Naupacte, qu'ils avaient prise depuis peu sur les Locriens-
Ozoles.
Les Mégariens entrèrent aussi dans I'alliance d'Athènes et se
détachèrent de Lacedémone, à cause de la guerre que leur fais
52 GUERRE DU PÉLOPONÈSE.

saient ies Corinthiens pour des limites territoriales. Ainsi les


Athéniens clevinrent mattres ile Mégare et de Pagæe 1 ils con-
struisirent pour les Mégariens les longs murs qui vont de la
ville à Nisdas, et en prirent eux-mêmes la garde. Ce fut le prin-
cipal motif de la haine implacable cles Corinthiens contre les.
Athéniens.
CIV. Sur ces entrefaites, le Libyen Inaros, fils de Psammi-
tichos et roi des Libyens qui confinent à I'Égypte, parti cle
Maréa, ville située au-dessus tle Pharosr, souleva contre le roi
Artaxerxès la majeure partie de l'Égypte; et, devenu souverain
de cette contrée, il appela les Athéniens. Ceux-ci se trouvaient
alors en Cypre avec deux cents vaisseaux d'Athènes et des alliés.
IIs quittèrent cette lle pour se rendre à I'invitation d'Inaros, re-
montèrent le NiI, et, maitres de ce fleuve ainsi que cles deux
tiers de Memphis, ils attaquèrent le troisième quartier, nommé
le Mur Blarrct, ou s'étaient retirés les Perses, Ies Mèdes et les
Égyptiens qui n'avaient pas pris part à la révolte.
CY. Les Athéniens, ayant fait une descente sur le territoire
des Halienst, furent battus par les Corinthiens et les Épidau'
riens; mais plus tard, ils remportèrent une victoire navale près
de Cécryphaléer sur les Péloponésiens et leurs alliés. Ensuite il
s'éleva une guerre entre les Athéniens et les Éginètes. Ces deux
peuples, assistés ile leurs alliés, se livrèrent un grancl combat
naval ilevant Égine. Les Athéniens) commandés par Léocratès,
fils de Strébos, furent vainqueurs, prirent soixante-clix vais-
seaux, descendirent à tene et ûrent le siége ile Ia ville.
Les Péloponésiens, voulant secourir les Êginètes, leur fireut
passer trois cents hoplites, qui avaient servi comme auxiliaires
des Êpiilauriens et des Corinthiens. En même temps, les Corin-
thiens occupèrent les hauteurs de la Géranies et descenclirent
en Mégaride avec leurs aliiés; ils s'imaginaient que les Athé-
niens, dont les troupes étaient en partie à Égine, en partie en
Égypte, seraient dans l'impossibilitd de secourir Mégare, ou que
du moins ils lèveraient le siége d'Egine. Les Athéniens ne rap-
pelèrent point,leur armée d'Éginel mais les vieillartls et les
jeunes gens restés dans la ville se portèrent à Mégare, sous la
conduite cle l\Iyronidès. La bataille qu'ils livrèrent aux Corin-
thiens fut indécise, et les cleux partis se séparèrent, sans que ni
I'un ni I'autre s'estimât vaincu. Les Athéniens, qui avaient eu
plutôt I'avantage, dressèrent un trophée après la retraite des
Corinthiens. Ceux-ci, taxés de lâcheté par leurs vieillards restés
à Corinthe, se préparèrent pendant clouze jours; après quoi ils
LIYRE I. 53

revinrent et se mirent, comme vainqueurs, à ériger un trophée


en face cle celui des Athéniens; mais ceux-ci accoururent de
Mégare;massacrèrent ceux qui élevaieut le trophde, en vinrent
aux mains avec les autres et les mirent en fuite.
CYI. Les Corinthiens vaincus se retiraient; un corps assez
consiclérable d'entre eux, serré de' près, mangua la route et
alla clonner dans une propriété particulière, entourée d'un
grantl fossé et sans issue. Les Àthéniens s'en aperçurent, blo-
guèrent I'entrée avec leurs hoplites, répantlirent à I'entour
leurs troupes légères, et tuèrent à coups de pierres tous ceux
qui s'y étaient engagés. Ce fut pour les Corinthiens une perte
très-sensible. Le gros de leur armde regagna ses foyers.
CYII. Yers la même époque, les Àthéniens commencèrent la
construction des longs murs qui vont tle la ville à la mer, l'un
aboutissant au Phalère, I'autre au Pirée.
Les Phocéens avaient fait une expéclition clans la Doride r,
mère-patrie des Lacétlémoniens , contre. Bæon, Cytinion et
Érinéos,etpris une de ces bourgades. Les Lacétlémoniens, sous
la coniluite de Nicomédès, fils de Cléombrotos, tuteur du jeune
roi Plistoanax , fils tle Pausanias. marchèrent au secours des
Doriens avec quinze cents de leurs hoplites et clix mille alliés.
Ils forcèrent les Phocéens à ren<lre par capitulation la ville
qu'ils avaient prise; après quoi ils se disposèrent à la retraite;
mais ils ne savaient comment I'e{fectuer. Par mer, à travers le
golfe tle Crisae, cela n'était guère possible; car la flotte athé-
nieune, en croisière dans ces parages, ne manquerait pas de
s'y opposer; par la Géranie, le danger ne leur paraissait pas
moindre, les Athéniens étant maitres tle Mégare et tle Pagæ;
en elÏet, la route de la Géranie est tliffrcile , et elle était soi-
gneusement gardée par les Athéniens, qu'on savait décidés à
refuser le passage.Ils résolurent clonc ci'attentlre en Béotie une
occasion favorable. Ajoutez à cela qu'ils étaient sollicités sous
main par quelques citoyens d'Athènes, qui espéraient abolir la
démocratie et arrêter la construction des longs murs o. Les
Athéniens, voyant leur embarras et soupçonnant leurs inten-
tions hbstiles à Ia démocratie, se levèrent en masse et mar-
ehèrent contre eux avec mille Argiens et les contingents tles
autres alliés, en tout quatorze mille hommes. Il vint aussi, en
vertu clu traité, un corps tle cavalerie thessalienne, qui pentlant
l'action passa aux Lacédémoniens.
CVI[. ta rencontre eut lieu à Tanagra en Béotie; elle fut
sanglante ; les Lacdclémoniens et leurs alliés eurent le clessus.
54 GUERRE DU pÉLopoNÈsn.

À la suite rle cette victoire, les Lacédémoniens entrèrent en


Mdgaride, abattirent les arbres, et s'en retournèrent chez eur
par la Géranie et par I'Isthme. Soixante-deux jours après cette
bataille, les Athéniens, commandés par Myronidès, marchèrent
contre les Béotiens, les défirent aux OEnophytesr, et devinrent
mattres de la Béotie, ainsi que de Ia Phocide. Ils démantelèrent
Tanagra, prirent pour otages cent des plus riches Locriens.
Opontiens, et achevèrent à Athènes Ia construction des longs
murs.
Les Éginètes capitulèrent aussi avec les Athéniens; iis rasè-
reut leurs murailles, livrùrent leurs vaisseaux et s'imposèrent
un tribut pour I'a.venir.
Les Athéniens, sous les ordres de Tolmidès, fils de Tolméos,
firent avec leur tlotte le tour du PéIoponèse; ils brtlèrent le
chantier des Lacéclémoniense, prirent sur les Corinthiens laville
de Chalciso, êt , dans une descente, battirenI les Sicyoniens.
. qlX. Cepenclaut ceux des Àthéniens et ile leurs alliés qui
étaient en Egypte s'y maintenaient encore; mais cette guene
fut mêlée pour eux de chances diverses. D'abord ils avaiént été
les maltres du pays, si bien que Ie roi Artaxerxès avait envoyé
à Lacédémone le Perse Mégabaze avec de I'argent, pour enga-
ger les Péloponésiens à faire invasion dans I'Attique, et forcer
ainsi les Athéniens à évacuer l'Égypte. Mais, comme I'affaire
n'avançait pas et que les fonds se dépensaient en pure perte,
Ildgabaze s'en retcurna en Asie avec le reste de son argent.
--Llors Ie roi envoya en Égypte le Perse Mégabyze, ûls de Zopyre,
avec une grande armée. Celui-ci arriva par terre, tléfit en ba-
taiile les Égyptiens et leurs alliés, chassa âe Memphis les Grecs,
et finit par les enfermer clans l'île de prosopitisr, ou il les tint
assiégés pentlant dix-huit mois, jusqu'à ce gu'ayant vitlé le canal
et détourné l'eau, iI mit les vaisseaux à sec, changea en terre
ferme la majeure partie de l'île, y passa à pied et s'en renclit
maitre.
CX. Ainsi furent ruinées les affaires des Grecs, après six ans
cle guerre. Les faibles restes de cette nombreuse armée se sau-
vèrent à Cyrène à travers Ia Libye: la plupart des solilats pé-
rirent, et I'Égypte retomba sous la dominâtion du roi, à l,èr-
ception des marais or) rdgnait Àmyrtée. Celui-ci échappa à
toutesles poursuites, grâce à la vaste étendue cle ces marais et au
courage des habitants,les plus belliqueux desÉgyptiens. pour
Inaros, ce roi des Libyens, l'instigateur des troubles de l'Égypte.
il fut pris par trahison et empalé.
LIVRE I. b5

Cependant cinquante trirèmes d'Athènes et des alliés, en-


voyéés en Égypte pour relever les premières, aborclèrent à la
bouche Mendésienne, sans rien savoir de ce qui s'était passd.
Assaillies simultanément par des troupes de terue et par la
flotte phénicienne, elles furent détruites pour laplupart-; il n'en
échappa qu'un petit nombre. Telle fut la fin de la grande expé'
dition d'Égypte , enlrepl'i;e par les Athéniens et par leurs
alliés.
CXI. Yers la même époque, Oreste filstl'Échécratid'as, chassé
de laThessalie iLont iI était roir, persuacla aux Athéniens de I'y'
rétablir. ceux-ci, prenant avec eux leurs ailiés de Béotie et tle
Phociile, marchèrent contre Pharsale en Thessalie;mais' con-
tenus par la cavalerie thessalienne, ils ne purent se -rendre
mattrei que duterrain qu'ils occupaient) sans s'éIoigner de leur
camp. Ili ne prirent point la ville; et, voyant s'évanouir tous
leurl projets, ils s'en retournèrent comme ils étaient vetus,
et ramenèrent Oreste avec eux.
Peu cle temps après, mille Athdniens s'embarquèrent à Pa-
gæ, place quileur appartenait alors, et suivirent la côte jus-
-sioyonle,
{u'à sous IaConcluite de Périclès fils cle Xanthippos. Ils
descendiient à teme, défirent ceux des Sicyoniens qui voulu-
rent leur résister; puis, prenaut un renfort d'Àchéens, ils pas'
sèrent sur la rive opposée et allèrent assiéger OEniades en
Acarnanie r; maiô ils ne réussirent pas à s'en emparer' et revin-
rent à Athènes.
CXII. Trois ans après ces événements (o) , une trêve cle cinq
années fut conclue entre les Péloponésiens et les Athéniens.
Ceux-ci, se trouvant en paix avec les Grecs, portèrent leurs
armes en Cypre,'avec deux cents vaisseaux d'Athènes et des
alliés, sous-lé oommandement de Cimon. Soixante bâtiments
furent rlétachés cle cette flotte pout aller en Égypte, à la tle'
mande d'Amyrtée, roi des marais. Le reste assidgea Cition ;
mais la mort de cimon et la fdmine qui survint forcèrent les
Athéniens à lever Ie siége. En passant à Ia hauteur de Sala-
mine en Cypre, ils eurent à combattre sur mer et sur terre les
phéniciens et les ciliciens. Yainqueurs dans ces deux rencon-
tres, ils regagnèrent leurs foyers. Les vaisseaux envoyés en
Égypte rentrèrent également.
ïôs Lacédémonieris firent ensuite la guerre dite sacrée. Mal-
tres du templetleDelphes, ils le remirent aurDelphiensl mais,

(a) I,'an 4bo av. J. C.


56 GUERRE DU PEIOPONESE.

après leur retraite, une armée athdnienne s'en empara de nou-


veau et le rentlit auxPhocéensr.
CX[[. A quelque temps tle là, eut lieu I'expétlition tles Athé
niens en Béotie. Les exilés béotiens occupaient Orchomène,
Chéronée et d'autres places tle ce pays. Les Athéniens, avec
mille de leurs hoplites et les contingents desalliés, marchèrent
contre ces viiles ennemies, sous la concluite de Tolmidès, fils
cle Tolméos. Ils prirent Chéronée, y mirent garnison et se
retirèrent. Ils étaient en cbemin et sur le territoire de Coronée,
lorsque les exilés béotieus d'Orchomène , soutenus par des
Locriens, par des réfugiés eubéens et par tous ceux qui étaient
de la même opinion t, les attaquèrent, les mirent en fuite, les
tuèrent ou les prirent. Pour obtenir qu'on leur rencllt leurs
prisonniers, les Athéniens firent la paix et s'engagèrent à éva-
cuer la Béotie. Les exilds béotiens rentrèrent tlonc chez eux, et
le pays recouvra son indépendance.
CXIY. Peu tle temps après, I'Eubée se souleva contre les
Àthéniens t. Déjà Périclès y.avait concluit une armée athénienne,
lorsqu'il apprit que Mégare était révoltée, que les Pdloponé-
siens menaçaient ltAttique, enfin que la garnison athénienne
avait été massacrée par les Mégariens, exceptd cequi avaitpuse
réfugier à Niséa. Les Mégariens ne s'étaient portés à la révolte
qu'après s'être assuré I'appui cle Corinthe, de Sicyone et cl'Ê-
pidaure. Pdriclès se hâta de ramener ses troupes de l'Eubée.
Les Péloponésiens, commarrdés paT Plistoanax, fils tle Pausa-
nias et roi de Lacédémone, envabirent I'Attique ; ils s'aYancè-
rent jusqu'à Éleusis et à ia plaine de Thria, qu'ils ravagèrent;
mais ils ne poussèrent pas plus loin et opérèrent leur retraite.
'repassèrent dans
Alors les Athéniens, conduits par Périciès,
I'Eubée et la soumirent en entier. Iis reçurent à composition la
plupart des villes; mais ils expulsèrent les Hestiéehse, dont ils
confisquèrent le teritoire 5.
CXY. Immédiatement après leur retour tl'Eubée, ils firent
avecles Lacédémoniens et leurs alliés une paix de treqte ans (o).
lls rendirent les portions du Péloponèse qu'ils occupaient, sa-
voir Niséa, Pagæ, Trézène et I'AchaTer.
Six ans plus tartl, il s'éleva entre Samos et Milet uile gr1s11s
au sujet de Priène. Les Milésiens, gui avaient le dessous, vin-
rent à Àthènes, jetant feu et flammes contre les Samiens' Ils
étaient secondés par quelques particuliers cle Samos qui dési-

(a) I,'an 445 av. J. C.


LIVRE I. 57

raient une révolution. En conséquence les Athéniens firent


voile pour Samos avec quarante vaisseauf et y établirent la
ilémocratie; ils prirent pour otages cinquante enfants et autant
cl'hommes qu'ils tléposèrent à Lemuos, mirent garnison à Samos
et se retirèrent. Alors un certain nombre de Samiens, qui
avaient émigré sur le continent, se Iiguèrent avec les plus
puissants de la ville et avec Pissouthnès fils d'Hystaspe ,
gouverneur de Sarcles; ils réunirent sept cents auxiliaires et
passèrent tle nuit à Samos. D'abord ils se mirent en insurrec-
tion contre le parti démocratique, dont ils triomphèrent pres-
que entièrement ; ensuite ils enlevèrent de Lemnos leurs otages
et se déclarèrent en état cle révolte. Ils iivrèrent à Pissouthnès
la garnison athénienne, ainsi que les fonctionnaires établis
dans leur ville e, et préparèrent aussitôt'une expédition contre
Milet. La ville de Byzance était complice de cette défection.
CXYI. A cette nouvelle,les Athéniens firent voile pour Samos
avec soixante vaisseaux; ils en ddtacbèrent seize, les uns vers
la Carie pour observer la flotte pbénicienne, les autres vers
Chios et Lesbos pour demander clu secours. Ce fut donc avec
quarante-quatre vaisseaux que les Athéniens, commandés par
Pdriclès êt neuf autres généraux, livrèrent bataille devant l'île
de Tragie t à soixante-dix vaisseaux samiens, dont vingt por-
taient des soltlats2. Toute cette flotte revenait tle Milet. Les
Athéniens furent vainqueurs. Ayant ensuite reçu un renfort de
quarante vaisseaux atbéniens et de vingt-cinq de Chios ou cle
Lesbos, ils deseendirent àtene; et, après un nouvel avantage,
ils cernèrent Ia ville au moyen de trois murs 3 en même temps
qu'ils la bloquaient par mer. Sur I'avis que la flotte phéni-
cienne approchait, Périclès détacha tle Ia croisière soixante
vaisseaux, avec lesquels'iI se porta rapiclement vers Caunos
et la Carie; il savait que Stésagoras et d'autres Samiens étaient
partis avec cinq vaisseaux pourla même destination.
CXVII. Sur ces entrefaites, les Samiens, étant sortis tlu port
à I'improviste, fondirent sur la croisière athénienne que rien ne
protégeaitr, et, après avoir détruit les vaisseaux de garde, ils
tléfirent le reste ile ia flotte qui vint au-devant d'eux- Durant
quatorze jours, ils furent les maitres tle la mer qui les avoisine,
et ils en profitèrent pour faire entrer et sortir tout ce qu'ils
voulurent; mais au retour de Périclès, ils furent de nouveau
bloqués par la flotte. Ensuite il arriva tL'Athènes quarante vais-
seaux de renfort, commandés par Thucyclicler, Hagnon et Phor-
mion, vingt autres cornmandds par Tldpolémos et Anticlès'en-
58 GUERRE DU PÉLOPONÈSE.
Lesbos. Les Sâmiens essayèrent encore
fin trente tle Chios et ile
d'une courte action navale; mais sentant l'irnpossibilité de te-
nir tlavantage, iLs se rendirent après un siége tle neuf mois.
Ils convinrent de raser leur muraille, cle tlonner des otages, d.e
livrer leurs vaisseaux et tle rembourser les frais de la guerre à
cles époques déterminées. Les Byzantins capitulèrent de mème.
à contlition de d,emeurer tributaires comme auparavant.
CXflII. Peu d'années s'écoulèrent ensuite jusgu'aux évdne-
ments que j'ai racontés plus haut, savoir I'a{faire d.e Corcyre,
celle cle Potiùée, et tout ce qui servit d'avant-coureur à la
guerre actuelle. Cette lutte des Grecs, soit entre eux soit avec
les Barbares, occupa une période de cinquânte ans, à dater cle
la retraite de Xerxès jusqu'au commencement de la guerre du
Péloponèser. Durant cet intervalle, Ies Athéniens a{fermirent
leur domination et parvinrent au plus haut clegré tle puis-
sance. Les Lacéclémoniens le virent et ne s'y opposèrent pas;
à part quelques efforts pâssagers, ils se tinrent généralement
dans I'inaction. Toujours lents à prendre les armes, à moins
d'yêtre forcés, ils étaient cl'ailleurs entravés par des guerres
intestines; mais en{in les progrès incessants de la puissanoe
athénienne, qui déjà touchait à leurs alliés, les poussèrent à
bout; ils crurent qu'il fallait réunir toutes leurs forces, afin de
renverser, s'il se pouvait, cet empire, et ils se résolurent à la
guerre.
Les Lacédémoniens eux-mêmes avaient ddjà décidé qu'ils
regardaient la paix comme rompue et' les Athéniens comme
coupables. Ils avaient envoyé à I'oracle de Delphes pour de-
mander si I'issue tle cette guerre leur serait favorable. Le dieu
leur avait réponclu, à ce qu'on prétend, que s'ils combattaient
à outrance, ils auraient la victoire, et que lui-même les secon-
rlerait,, qu'ils I'en priassent ou non.
CXIX. Ils résolurent de convoquer une seconcle fois leurs
alliés et de les consulter sur I'opportunité de la guerre. Les
députés rle s villes alliées étant tlonc réunis et I'assemblée consti-
tuée, chacun d'eux énonça son avis. La plupart se plaignirent
tles Athéniens et se prononcèrent pour la guerre. Les Corin-
thjens n'avaient pas attendu jusqu'alors pour solliciter cbaque
État en particulier de voter dans ce sens, à cause des craintes
qu'ils avaient au sujet d.e Potidée; en cette occasion ils s'avan-
cèreut les derniers et s'exprimèrent ainsi :
CXX. ( Nous ae pouvons plus reprocher aux Lacétléaoniens
de n'avoir pas eux-mêmes rlécrété la guerre, puisqu'ils' nous
LIVRE I. 59

ont rassefiblds dans ce but. Tel est le devojr d'une nation qui
jouit de la suprématie. Tout en respectant chez elle l'égalité,
it faut qu'elle ioit la première à veiller pour les intérêts com-
muns, de même gu'elle est la première à recevoir tous les
hommages.
n Ceux d'entre nous qui ont eu quelque démêlé avec les
Àthéniens ntont pas besoin d'avertissement pour se tenir en
garcle contre eu}. quant à ceux qui habitent dans I'inté-
rieur et loin des communications maritimes, ils peuvent être
certains que, s'ils ne soutiennent pas les habitants des côtes, ils
rencontrdront plus de dilficultés, soit pour I'exportation ile }eurs
denrées, soit p-our I'échange cles produits que la mer fournit au
continent. Ils- jugeraient clonc bien mal de la questio-n pro-
posée, s'ils croyaient qu'elle ne les intéresse pas; ils cl-oivent
ionger que, s'i1s abanâonnent les villes maritimes, le danger
s'étèndrâ jusqu'à eux, et ç[u'en ce moment ils ne délibèrent
pas moins sur leur cause que sur la nôtre.
c Pourquoi clonc appréhinderaient-ils cle faire succéiler la
guerre à la paix? Sans doute il est de la prutlence tle -rester
én repos tant que nul ne vous outrage; maiS, quantl on les of-
fense,les hommes de cæur nthésitent pas à courir aux armes'
sauf à les cléposer en temps opportun; ils ne se laissent ni
éblouir par les triomphes, ni iharmer par les douceurs ile la
paix au point de dévorer une injure. Tel qui redoute la guerre
par amoùr du repos risque cle se voir bientôt ravir, par.l'effet
âe son inertie , ia jouisiance de ce bien-être qu'il craint de
perclre I tel au contiaire qui s'acharne à la guerre, à cause de ses
Ëuccès, obéit sans s'en tlôuter à I'entralnement d'une confiance
aveugle. Souvent tles entreprises mal conçues .réussissent
grâcà à I'imprévoyance des ennemis; souvenb aussi celles qui
iemblaient lô mieux concertées n'aboutissent qu'à un résultat
cldsastreux. C'est que personne ne met à poursuivre ses pro-
jets Ia même arcleur qu'à les former; on se tlécicle avec sécu-
ritd; puis le moment-d'agir une fois venur on est retenu par la
crainte.
CXXI. a Quant à nous, c'est parce qu'on nous ofense, c'est
pour reclressér cle justes griefs, qu'aujourd'hui-nous tirons l'é-
pée; qoanilnous nous sèrons vengés des Athéniens, il sera
temps de la remettre au fotrrreau.
a Plusieurs motifs nous promettent la victoire. Nous avons
pour nous le nombre, I'expérience militaire, I'esprit de subor-
âination. Quant à la marine qui fait leur force, nous en forme-
60 cUERRE DU PÉLoPoNÈsE.

rons une, soit avec nos fiuances particulières, soit avec les
trésors de Delphes et d'Olympie. Au moyen d'un empruntt, il
nous sera facile tte rlébaucher par I'appât d'une soldeplus forte
leurs matelots étrangers. La puissance des Athéniens est mer-
cenaire bien plus que nationale; la nôtre, qui repose sur la po-
pulation plutôt que sur l'argent, est moins erposée à ce danger.
Une seule victoire navale suffit, selon toute probabilité, pour
les abattre;si leur rdsistance se prolonge, nous aurons plus cle
temps pour nous exercer à la marine; et une fois leurs égaux
en science, nous les surpasserons apparemment en valeur; car
l'avantage que nous tenons tle la nature, ils ne sauraient I'ac-
quérir par I'instruction. Cette supériorité qu'ils doivent à l'd-
tutle, il nous faut par I'exercice la rérluire à néant. L'argent
nécessaire dans ce but, nous le fournirons; autrernent il serait
étrange qu'on vlt leurs alliés ne pas se lasser de payer pour
leur propre asservissement, tandis que nous refuserions de con-
tribuer pour nous venger cle nos ennemis, pour nous sauver
nous-mêmes, enfin pour éviter d'être dépouillés de nos biens et
engloutis avec eux dans un même naufrage.
CXXII. < Nous avons encore d'autres armes à opposer aux
Athéniens, par exemple la défection cle leurS alliés, excel-
lent moyen de tarir les revehus qui alimentent leuï puissance;
la construction de forts sur leur territoire, et diverses me-
sures qu'on ne saurait préciser dès à présent; car la gueue ne
suit pas une marche détermiuée; elle se fournit à elle-même
des ressources nouyelles d'après les circonstances. L'entre-
prenrlre avec calme, c'est se ménager le succès; s'y jeter tête
baissée, c'est courir au-devant des revers.
( S'il ne s'agissait pour nous que de contestations tle dé-
tail avec nos égaux pour tles limites territoriales, on pourrait
s'y résignerl mais aujourd'hui nous avons affaire aux Athé-
niens, qui sont à même de lutter contre nos forces réunies, à
plus forte raison contre chacun cle nous isolément. Si rlonc,
nations et villes, nous ne concentrons pas contre eux tous les
efforts, nous trouvant désunis ils nous terrasssrout sans peine.
Or, sachez-le bien, quelque tlur qu'il soit de I'entendre : pour
nous, la défaite c'est I'esclavase. Et quancl ce ne serait qu'un
simple doute, il suffirait de I'énoncer pour couvrir de confu-
sion le Pdloponèse, à la pensée que tant et tant de villes au-
raient à subir Ie joug d'une seulo. Nous semblerions avoir'
méritd une telle ignominie ou la souffrir par lâcheté. Ce serait
nous montrer moins courageux quenos pèrel, qui affrancbirent
LIVRE I. ôI
Ia Grèce, au lieu gue nous n'assurons pas même notre propre
liberté. Nous laissons une ville s'ériger en tyran au milieu tle
nous, et nous avons la prétention cle renverser les tyrannies lo-
calesl Comment une pareille contluiteéchapperait-elle au triple
et sanglant reproohe tl'ineptie, de rnollesse d'imprévoyance?
C'est parce que yous n'avez pas dvité ces écueils, que vous vous
laissez aller à ce déclain superbe qui a déjà perdu bien des
gens, et qui, pour en avoir tant égaré, a changé son nom en
celui de démence.
CXXil. c Mais à quoi bon récriminer sur le passé sans pro-
fit pour les circonstances actuelles? C'est en faveur tle I'avenir
qu'il faut s'émouvoir en venant en aide au présent. Nos pères
nous ont appris à conquérir par tles travaux la bonne renom-
mde. Si vous leur êtes un peu supérieurs en richesse et en
puissance, ce n'est pas une raison pour vous départir de leurs
louables maximes; iI serait imparclonnable de pertlre par I'o-
pulence ce qui fut acquis par la pauvreté.
a Entreprenez donc cette guerre avec confTance, et cela pour
plus il'un motif : tl'abord à cause cle I'oracle du dieu qui nous
promet son assistance; ensuite parce que le re.ste de la Grèce
conrbattra pour nous, moitié par crainte, moitié par intérêt.
Enfin vous ne serez pas les premiers à rompre une paix que le
dieu lui-même, en nous excitant à la guerrer estime avoir été
violée; vous en vengerez plutôt Ia violation, car Ia rupture ne
vient pas tle ceux qui se tléfendent, mais tle ceux qui commet-
tent la première agression.
CXXIY. c Àinsi, de quelque part qu'on Ïenvisage, la guerre
se présente à vous sous un aspect favorable, et nous sommes
unanimes à vous la conseiller. Or, s'il est vrai que, pour les
États comme pour les intlividus, I'iclentité cles intérêts I soit la
plus sùre garantie, ne tardez pas à secourir les Potidéates, ces
boriens assiégés par iles loniens (c'était I'inverse jadis), et à
sauver la liberté clu reste des Grecs. 0n ne peut plus accepter
i'idée que, par I'elÏet de nos irrésolutions,.les uns soient déjà
maltraités,les autres sur le point de l'êtrd; et c'est ce qui ne
peut manquer d'arriver, si I'on apprenil que nous nous sommes
âssemblds-et n'avons pas eu le courage de porter secours à
nos alliés. Songez-y bien, la guerre est pour nous une nécessité
autant qu'un acte cle sagesse. Sachez la voter sans craintlre le
danger prochain, et par le tlésir d'une paix durable. C'est par
la gterue que Ia paix s'affermit, tandis que le reposne préserve
pal de la $uerre. Étant donc persuadés que la viile qui s'drige
'IsucvoroB. t
62 GUERRE Du PÉtoPoNÈsE.
en tyran au milieu des Grecs nous menace tous egalement,
puis[ulelle tient tldjà les uns sous sa clomination et qu'elle
âspire à y placer les autres, marchons pogr ! réduire, afin cle
vivre déioimais en sécurité et de délivrer les Grecs maintenant
^ïîTi.' aiori parlèrent les corinthiens. Quancl tous les al-
Jiés eurent dit ce qu'ils avaient à dire, Ies Lacédémoniens pri-
rent successivement ravis de chacqn cles assistants, quelle que
ftt l,importanrie de la ville qu'il représentait. la -grancle ma-
jorité fut pour la guerre. cette résolution arrêtée, il n'était pas
possible de llexéèuter sur-le-champ, car rien ntétait prêt en-
ôore. Chaque État dut se mettre en mesure dans le plus bref
clélai, toufefois une année n'était pas révolue, qu-e l9s p1ép1-
ratifs se trouvèrent terminés, 1'Attique envahie et leshostilités
commencées.
CXXYI, Penclant I'intervalle, ils envoyèrent à Âthènes iles
députés porteurs de leurs griefs, afin d'avoir un bon prétexte ile
go.rre, ii I'on refusait d'y faire clroit. Dans une première
âmbassade, Ies Lacéclémoniens 6emandèrent aux Athéniens
il'expier Ie sacrilége commis enyers la d.éesse I voici en quoi iI
consistait.
Il y avait jadis à Athènes un homme appelé Cylon, vainqueur
aux jéux glympiquesr; iI était d'une famille ancienne, noble
et puissante, ei if avait épousé la fille de Théagénès, tyran tle
Mégare. Un jour que ce Cylon consultait I'oracle de Delphes, le
dieù tui répondit âe s'emparer de I'acropole cl'A_thènes pendant
la plus grande fête de Jupiter. En conséquence cylon emprunta
tlei soldats à Théagénès, s'assura du concours de ses amis; et,
quantl vinrent les iêtes Olympiques du Péloponèse, il se saisit
de I'acropole dans le but d'usurper la tyrannie' II pensa que
c'était la plus grande fête de Jupiter, et qu'elle. leloncernait
lui-mêmel en ù qualité rle vainqueur à Otympie' Était-ce en
Afiique ou ailleurÀ qu'avair lieu Ia grande fête d,ont parlait I'o-
raclà, c'est ce qui ne vint point à I'esprit tle Cylon et ce que
le dieu n'avait point.indiqué. Or il existe à Atbènes une fête tle
Jupiter Milichios, surnommée la grancle; eile- se célèbre hors
cle'la ville, et le peuple entier y fait des sacrifices ou plusieurs,
en place d'e victimej, presentent des offrandes en usage ilans
le pïyse. Cylon, croyant bien compreudre l'oracle, exécuta son
de*rein; toàir les Athéniens n'en eurent pas plus tôt connais-
Sance qu'ilr accoururent en masse de la campagne, -cernèrent
l,acropôle et en firent le siège. Comme il tralnait en longueur,
LTVRE I. 63
les Athéniens fatigués se retirèrent pour la plupart, en laissant
auxneuf archontes le soin de le continuer, avec pouvoir tle
prendre toutes les mesures qu'ils jugeraient convenables. En ce
temps-là, c'étaient les archontes qui géraient la plus granclo
partie des affaires de l'État3. La troupe de Cyion, ainsi blo-
quée, avait beaucoup à souffrir du manque de vivres et d'eau
Cylon s'esquiva ayec son lrère; ]es autres étant serrés ile
près, quelques-uns même mourant de faim , stassirent eD
suppliants sur l'autel de I'acropole. Quand on les vit ainsi ex-
pirer dans le lieu sacré, ceux des Athéniens à qui la garde
avattété commise, Ies relevèrent avec promesse cle ne leur faire
aucun mal; mais à peine fure;rt-iis sortis qu'ils les tuèrenù;
chemin faisant, ils égorgèrent un certain nombre d'assiégés
qui s'étaient assis au pied de I'autel des déesses vénérables{.
aussi furent-ils réputés impies et entachés cle sacrildge, eux et
leurs dcscenclants. Ces rmpies furent chassés une première fois
par les Athénienss., une seconde fois par le Lacidémonien
Cldoménès, d'accord avec I'un des partis qui divisaientAthènes6.
On ne se contenta pas d'expulser les vivants; on exhuma les
ossements des morts pour les jeter hors des frontières. Cepen-
dant ces exilés rentrèrent plus tard à Athènes, et leur posté-
rité s'y trouve encore aujourd'hui 7.
CXXVII. En rdclamant cette expiation, les Lacédémoniens
avaient I'air de venger Ia majesté des dieux; mais ils n'igno-
raientpas que Périclès, fils de Xanthippos, était impliqué dans
ce sacrilége par sa mèret; et ils pensaient que, s'ils parve-
naient à Ie faire bannir, ils trouveraient les Athéniens plus
traitables. Cependant ils espéraient moins obtenir ce résultat
que discréditer Périclès auprès de ses concitoyens ? comme
étant, par sa naissance, une des causes de la guerre. Périclès
était alors l'homme le plus influent d'Athènes; il dirigeait la
république, et faisait une opposition constante aur Lacéddmo-
niens, en empêchant qu'on ne leur cédât et en soufflant le feu
de Ia guerre.
CXXVIII. Les Athdniens demandèrent en revanche I'expiation
du sacriiége de Ténare. Il faut savoir que les Lacédémoniens
avaient jadis fait leverde I'autel de Neptune, à Ténare, des IIi-
lotes suppliants, et les avaient mis à mort. C'est à cette raison
qu'ils attribuent le grand tremblement de terre de Sparte'.
Les Athéniens leur demandèrent aussi d'expier le sacrilége
'commis envers Ia déesse à maison d'airain e. Je vais clire quelle
avait étt I'occa$ion de ce sacrilége.
64 GUERRE DU PÉIOPONESE.

lacédémonien Pausanias ' tappelé


une première
Quanô le qu;il avait dans
bis par les Sparti;-Ë dt commaudement
on ne lui confia
iuirËîi,"*, #;;;-i;séJar 9uîlui-même
9l--ub'ous'
allréta une trirème
mais
plus tle mission publiqùe; il retourna
d,tlermione; et, ,"ni'l'ruuo des Lacédémoniens, mais au fonntl
dans l'Hellespont' prJtextant
la guerre cle Grèce
' le roi dans
pour continrr., tr,1ïffit' qoil avait nouéÈs avec
Grecs. L'origine d'e
ie but de s'établir "nr io*inlution sur les
toute cette affaire iut un service qu'il avait eu I'adresse de
expéditio.u'après sa
rendre au roi. Lorsque, clans sa première
Ia ville de Byeance'
retraite tle Cypre, ifi"i pris sur ies Mètles
;;h";;", pâitnir.t ptiionniers,.quelques put:lJ; et alliés clu
roi. lesi"i".ouoya
pausanias ài'insu-des ôonfétlérés' en lais-
santcroirequ'ils*utui*ntévadés'Encelailagissaitclecon-
iI avait,confré le gou-
Difence avec Gongyto* d'É"ettie, auquel
captifs'.ll envoya même
vernement de nyiance et Ia garde des
one lettre ainsi eonçue' comme
;; ilËyl;t ,"pict du roi, avec
on Ie d-écouvrit dans la suite :
"*-îrï*oiur, gé;tti âe spa"te, désirant t'être agréable' te
renvoie .u* t orriJ;-q"t ri ,'uô. a faits prisotrniers. Mon
et cle rdtluire
ta fille
intention est, si t" ilp|to"ves' d''épouser
dc Ia Grèce. Je crois
sous ton obéissance'dparte ei le'reste avec toi'
être en mesuïe a'.**"t'*t ce projet €n me concertant
é; àt* q"rtqo'ont ït *t"piopositions t'agrée' envoie vers la
rlous com-
;;;; nïmme de confiance, pir loentremise duquel
muniquerons à I'avenir' >
Xerxès en fut
CXXIX. tef etaii ie contenu de ce mess-age'-
délégua;;;t l" ;tr Artabaze'-flls de r.ha3ac-ès' avec
ravi, et r,
Ia satrapie Dascylitide
ordre de prendre i. so"r*.nement cle gouverneur' Il Ie
en était
en remplacement àe ittigulutèt.qui
chargea d,unefrtir.in,Efon*u à celle d.e Pausanias. Artabaze
en montrant le
devait au plus tôt la faire pas-ser à Byzance
quelque. demande
sceau royal ; et,-si-eaosanias lui adressait-
de son mieur et en
relative à ses propres affaires, y satisfaire
exécuta ces ordres et
toute firlélité. Dd;-;;,i artivoe, Artabaze
lransmit la lettre tlont voici la teneur :

<AinsiditleroiXerrèsàPausanias.Laconservationtles est
froà*.* ptis à Byzance et que tu m'as.1e3voVés f-oulre-mer
notre maisont' Je
ir" li.JJrt q"i a.iou"te à jamais inscrit dans
ni la nuit ni le iour
de toi. Que
me ptais ,o* pu.lGi,qlui nie.nnenr
Oani-iiac^complissement de tès promesses' Ne sois
ne t,arrêtent
retenu ni par fu iepro* dà I'or et de I'arge.t, ni pa' le.nombre
LIVRE I. (i5
des. troupes qui pourraient être necessaires mais traite
toute assu.ance ayec Artabaze, honme de bien;
en

de mes allaires et des tiennes, et règle-lcs d;J, ieovoie,


de la'façânia meit-
leu_re et la plus avantageus, à ,rooa'deux.
u
CXXX. A la réceptiàn de cette lettre, pausanias, cléjà
en
grand renom parmf les Grecs à cause du
commandeôent qu,il
avait exercé àplatde, ne mit plus cre lorr.*
a r*-ots;il. nr-
nonçant aux coutumes nationares, il sortit,de Byzanie, en cos-
|Ïy,t m9d]g_ue, et parcourut la Thrace a.vec une escorte de
rueoes et. d'Egyptiens. sa table était servie
b la manière des
rerses. Il n'avait. pius la force de dissimuler; mais,
dans res
choses de peu d'irip.ortance, il laissait
entreïoir lls granas
dçss-ei.ns qu'il avait |interrtion d'exécuter
dans la suite. Ir se
rendait inab.rdable. et affichait tant de hauteur
et d'emporte_
ment que nul n'osait plus lhpprocher. ce ne
fut pas un des
moindres motifs qui déterminèrent les aliés à p;il
du côte
cles Athéniens.
cxxxI. Informds de sa conduite, res Lacédémoniens l'avaient,
pour cette raison, rappelé une première fois.
Lorsque, sans
leur aveu, il fut sur un vaisreau d,Hermione,-ri qu,oo
le vit persdvdrer leparfi
tlans la même conduite; tor.qou,-ànusse ae
Byzance.-par les armes cl'Athènes, au lieu de retourner
à
sparte, il s'É.tablit à corones en Troade, d'ou l'on
sut qu,ir
intriguait avec les Barbares, prolongeant son séjour à
mau_
vaise. fin; alors, sans plus ta1d9r, lei dphore. rui'ààferhèrent
un héraut porteur.d'uni scytare', ét rui Ënjoignirent
âu .uuuni"
avec le héraut, s'il ne vouiait pur qo. r.r'spiriiut*
roi'ag.ru-
rassent la g,uerre.,puollnr^ul, désirânt dissiper
re, ,oufloo, et
se flattant de se tirer d'affaire avec de l'argent,
retotirira une
*.. D'abord il fut incarcéié par les éphores,
:::":j:^f:':3.1n
qur onf ce pouvoir.s'r le roi; ensuite il obtint son
éraigissel
ment et proyoqua lui-même un jugement, ollrant
de refondre
à qui voudrait l,accuser.
cxxxll. Ni les Spartiates ni res ennemis ile pausanias n,a-
vaient de preuve assez conyaincante pour sévir contre
un homme
ct. qui occupair ators un posre éminentl car it
Ll,:t:I-l?Ial
eran. rureur du Jeune roi plistarchos, fils de
Léonidas et son
cous-in germain r. Cependant sa tendance
à se placer oo_drrro,
des lois et à imiterlàsBarbares re faisait g.analmentrurprrtr"
tle vouloir atteinclre plu.s haut que sa ïortune présente.
scrutait sa conduite passée pour ddcouvrir les ului
on
permis. On se rappelait qu'autrefois, sur fe
qo'il-qou
,.etuit
trefiËA t.,
66 GuERRE Du PÉLoPoNÈsE'
à Delphes. iles prémices clu butin
enlevé
Grecs avaient consacré inscrire le distique
aux Mèd.es', iI avaii'pti*
t"t foi de iaire
suivant :
larmée des Mèdes'
Paueanias, générar
::î#ïï Ëll:îîÏîï:Ï:iti
LesLacédémoniensavaientfaitaussitôtdisparattretlutrépied
cette inscription, ;;;;;i;tt
à s-a nlace les noms cle toutes les
iu aoruitt des Barbares et consacré
villes sui avaient t;;t;;;l
^";rrrlerrirt.it pasmoins à regarder cette
;.* ;il;Jr.-O" répréhônsible; et' depuis les der-
action de Pausani*'-to*Àt a.r'uppoi des soupçons excités
nières circonstanc; ' ;ii;^;;uii intrigues auprès des Hilotes,
contre lui. On p"riuii îo*i âr ses

efrienn'étaitplusvrai;illeurpromettaitlalibertéetlabour-
avec lui et seconder tous ses
seoisie. s'iis voulaient s'insurger faites
ffiil."ùilt*, i;;iru*.tïonobstanr les révérarions point
Uilott',^ltt l*teagloniens tte voulurent
par quelqu.,
fidèles à leur coutume ùe ne
innover à son td;ï' Jt"iÀttnt
preuves sans réplique ' quand il s'a-
pas se hâter, à moins de un irrévocable arrêt'
qissait de ptonon"t-'onttu un Spartiate porter à Àrtabaze la cler-
uuuif
ilIais enfin r. *t'JugË;^ï;i .a'i étuit un Argiliens, jadis
nièrelettre de pausinias au
roi, er qoi
-toute
pausîîî"ï .1 ,r"etu de sa conflance, devint,
fort aimé de
homme' faisant réflexion qu'aucun
dit-on, sondenonclul*o"' Cet
î*ï,'e.oo:*:l*:t;,t;':HlJ:;î:ï;l-i[,1i.ïiiiïi
oo,i puoianias redemantrait sa
:l'#i:i#J;'é;;;;;iïondee
ïil;il;-ï r"itt at* ortungetp-ents' il ouvrit la missive; et'
ii y trouva Ia reconrmanclation
comme il I'avart soupçonné,
erpresse de se défaire du porteur'..
-cxxxttt^
ad;"ii *J'mi*cette lettre sous les yeux des
à se ciissiper; to-utefois ils
éphores, rerrru aoli'* commencèrent de Ia bouche même
,nto'u*Ë*toJït-qotrqu.e aveu
voulurent
D;;;;;ïu"utit*' r'Argilien s'en aIIa au Ténare
cle Pausanitt'
une"cabane à double cloison,
comme supplianii".i .o"rtruisit
î;;;iir iI cacha suelsues-uns d,es éphores'
rlans t,intérieur dL
Ie motif de sa
venu iuidemander
Aussi, Iorsquepausaniàs fut de Ia conversation' D'a-
démarche, il3 ne perdirentpas ul-mot
borcl l'Argitie" refirocha à
Pïusanias ce qu'il avait écrit sur son
reste de point en point' et finit par
compte;puis il f;i;ç".;;t le
àans ses messages auprès
lui dire qu'il ne iît'tif:t*ui' dt""oi condamné à mourir
du roi, et qu'il se voyait en récompense
67

comme t, aurni* ur, *..ltïTlr.t;"."nias convint de tout'


;;r;il d'adoucir son ressentinrent-, lui donna sa foi pour-qu'il
sortl[ du sanctuaire, et Ie pressa de partir au plus tôt, afin ile
ne pas entraver les négociatiorfs'
--ffiiin. Apte. avolr entendu tout au long cet.entretien, les
éphores se retirèrent; qqs lors, pleinement convaincus, ils pré-
pârOÀt ilans la ville I'arrestafion de Pausanias. 0n raconte
ào,uo moment d'être saisi tlans la rue, iI comprit à I'air d'un
ii"t Jpttot*s qui s'avançaient quel etait leur dessein ; et que'
,oron signe imperceptùIe que lui fit ny 3fre.clio" Ti-"111Î-1:
ces magiJtrats, il couiutvers le tempie de la déesse à la matson
d;airain", dont I'enceinte était voisiné, et parvint à s'y
réfugier'
Pour né pas être exposé aux injures du temps' il.entra
dans
premier
une cellule attenante àu temple eî y resta en repos' Au
I'ayant
instant, Ies éphores o, potuit I'attôindre; mais.ens.ui.te'
et les portes'
clécouvert dins ce réduit, ils enlevèrent le toit-Ûinrent
assiégé
l,enfermèrent dans I'intérieur, 1'y murèrent, et le
put r" faim. Lorsqu'ils virent qu'il était.p1!s-1:ltltil*i:
le,dernrer
ie lieu sacré, ils I'en retirère4t avant qu'il eùt rendu
et à peine fut-il dehors, qu'il expira'O",ttiï"le point
soupir;
â, fi jÀ*
dans Ie Céadet, commè on Jsit pour les malfa.iteurs ;

ensuite on résolut de I'enierrer dans Ie voisinage. Plus tard, le


sa
ài; d* Delphes ordonna aux Lacédémoniens d.e transférer
elle
sénulture à, t'enOroii*e*t ou iI était mort; et maintenant
I'inclique I'inscription
;;t;il i'r.ot'ô de I'enceinte, comme
qu'ils avaient
Eravée sur les ,olooo".; le ilieu déclara aussi
;;;';;-; *u.tiiesu, et enjoignit aux Lacédémoniens de rendre
"corps
à la déesse deux pbui on. Ils firent faire deux statues
â'oirain, qu'ils oonsâcrèient au lieu et place de Pausanias;
u1.11crilése'
rri*, tôt.e le clieu avait jugé. !{}'it y. avait euI'expler.
les l,ihéniens sommèrentles Lacé6émoniens de 1

CxXxY.l,esr,aceaemoniensdéputèrentcleleurcôtéàÀthè-
que
nes, pour acouser Thémistocie ilu même crime de métlisme
puor'uniur. IIs prétenttaient en avoir trouvé la preuve dans I'en-
auête relative à ce dernier, et demandaient que Thémistocle
J.ùiir- *e*. pàine. Tbémistocle, alors banni par I'ostracismer,
avait son d.omicile à Argos, tl'oir il faisait des excursions
dans
ie.urt, du péloponèse.ïe* Athéniens consentirent à se join-
aYec
âr, uo* Lacédémoniens pour le poursuivre, etenYoyèrent
quelque lieu
eux des gro, qoi uvaient ordre de I'amener, en
qu'ils le trouvassent.
CXXXVI. Thémistocle, prdvenu à temps, s'enfuit du Pélo-
68 cuERRE DU PÉtoPoNEsE. .

ponèse, et se réfugia chez les Corcyréens, qui lui avaient tles


obligations. Ceux-ci, craignant, s'ils le garclaient chez eux, de
s'attirer Ïinimitié de Lacédémone et d'Athènes', le firent passer
sur le continent qui fait face à leur lle. Suivi à la piste, il
se vit contraint, dans un moment tle clétresse, de demaniler
I'bospitalité chez Admète, roi des Molosses, qui n'était pas son
ami. Ce prince était absent. Thémistocle se constitua le sup-
pliant cle sa femme, qui lui conseilla de s'asseoir près du foyer
en tenant leur enfant dans ses bras. Admète arriva bientôt;
Thémistocle se fit connaitre, et lui représenta que, malgré
I'opposition qu'il avai[ faite aux demandes atlressées par Ail-
mète aux Athéniens, iI serait peu gdnéreux de frapper un
banni, un homme maintenant beaucoup plus faible que lui;
qu'il y avait de la grand.eur d'âme à ne se Yenger que d'un
égal;qu'enfin les requêtes d'Admète auxquelles il s'était opposd,
n'avaient qutun intérêt secondaire, tandis qutil y allait pour
lui ile la vie, s'il était livré à ses persécuteurs. Il ajouta
quels étaient leurs noms et leurs motifs.
CXXXYII. Aclmète releva Thémistocle avec I'enfant qu'il
'
continuait à tenir dans ses bras, cé qui était la supplication la
plus éloquente. Bientôt survinrent les députés d.'Athènes et de
Lacérlémone; mais malgré leurs instances, le roi refusa cle le
leur livrer; et, comme Thémistocle témoignait le désir de se
rendre auprès clu roi de Perse, Àclmète le lit concluire par terre
jusqu'à Pydna, vilie d'Alexandre, située sur I'autre rnern. Là,
trouvant un vaisseau marchand en partance pour I'Ionie, The'
mistocle s'y embarqua, et fut porté par une tempête vers le
camp des Athéniens qui assiégeaient Naxoss. Craignant de
tomber entre leurs mains, et inconnu de l'équipage, il tlécou-
vrit au patron du navire son nom et ia cause de s'ln exil;
ajoutrant que, s'il ne Je sauvait pas, il I'accuserait cle le con-
duire à prix d'argeni; que le plus sùr était de ne laisser per-
sonne sortir du vaisseau jusqu'à ce qu'on prlt reprendre la
mer; qu'enfin, s'il consentait à le servir, il serait dignement
récompensé. Le patron flt ce que Thémistocle lui clemandait,
mouilla un lour et une nuit au-clessus du camp des Athéniens,
après quoi il atteignit Éphèse. Thémistocle le gratifia d'une
somme d'argentl car il en reçut d'Athènes, d'où ses an:is lui
en firent passer, et d.'Argos ori il en avait en dépôt.
Après avoir gagné la haute Asie avec un des Perses de la
côte, il écrivit au roi Artaxerxès, {ils de Xerxès , monté depuis
peu sur le trône, une lettre ainsi conçue :
LIVRE I. 69'
( Mon nom est Thémistocle. Je viens à toi, après avoir fait
plus rle mal qu'aucun des Grecs à votre maison, aussi longtemps
rlue j'ai dt repousser les attaques de ton père; mais je lui ai
fait encore plus tle bien, lorsque je n'eus plus rien â crainclre et
qu'il fut lui-même en péril pour sa retraite. Aussi ai-je droit
à quelque reconnaissance (c'était une allusion ir I'avertissement
qu'il avait donné au roi sur Ie départ des Grecs de Salamine,
et au service qu'il lui avait soi-disant rendu en empêchant la
rupture des ponts). C'est avec le pouvoir de te servir plus efficæ
cement encore que je viens ici, victime tle mon amitié pour toi.
Je clésire attenclre un an pour te communiquer de vive voix
les motifs de ma venue. )
CXXXVIII. Le roi admira, dit-ou, la résolution cle Thén:is-
tocle, et I'invita à donner suite à son dessein. Dans l'intervalle,
Thémistocle apprit autant qu'il put la langue et les usages du
pays; puis, I'année révolue, il se présenta au roi, qui l'éleva
plus haut que pas un des Grecs yenus auprès de lui. Il dut ces
honneurs à I'estime qu'il s'dtait acquise, à I'espérance qu'il
suggérait au roi de lui assujettir la Grèce , enfin à la haute
intelligence clont il avait donné iles preuves. Thdmistocle avait
rnontré de la manière la plus frappante ce que peut la nature;
à cet égarcl, nul plus que lui ne méritait I'admiration. Grâce à
la seule force de son génie, sans étude préalable ou subséquente,
il jugeait par intuition tles affaires présentes, et prévoyait avec
une rare sagacité les événements futurs. Les questions qui lui
étaient familières, il savait les mettre dans tout leur jour; celles
qui étaient neuves pour lui, il ne laissait pas tle les résoudre.
Il discernait du premier coup d'æil les chances bonnes ou mau-
vaises cles affaires encorfrbscures; en un mot, par son inspi-
ration natu.relle et sans aucun efforl d'esprit, il excellait à
trouver sur-le-champ les meilleures résolutions.
Il mourut cle malarlie ; quelques persoDnes prétentlent qu'il
s'empoisonna volontairenient, lorsqutil eut reconnu I'impossi-
bilité de tenir les promesses qu'il avait faites au roi. Son tom-
beau.est à Magnésie tl'Asie sur la place publique. Il était gou-
verneur de cette contrée, le roi lui ayant donné pour son pain
Magnésie , qui rapportail cinquante talents de revenu annuel l
pour son vin Lampsaque, le premier vignoble d'alors; enfin
Myonte pour sa cuisine t. Ses parents assurent que, selon son
clésir, ses restes furent rapportés dans sa patrie et cléposés en
Attique à I'insu des Athéniens; cxr il n'était pas permis d'en
tcrrer un homme banni pour trahison.
70 cuERRE DU PÉtoPot{Èsr.

Àinsi finirent Ie Lacédémonien Pausanias et I'Athénien Thé-


mistocle, les deux Grecs les plus illustres de leur temps' .
CXXXiX. Tellesavaient été,lors de la première ambassatle,les
sommations faites etreçues par les Lacéùémoniens, relativement
aux sacriléges. une seconde députation vint à athènes pour
demancler li levée du siége ile Potidée et I'affranchissement
d;Égine, enfin - comme contlition absolue tlu maintien tle
fa-fraix'- I'abrogation du décret qui fermait aux Mégariens
lesiorts de 1a dimination athénienne eb le marché d'Athènes.
Les'Athéniens ne voulurent rien entendre et ne rapportèrent
point le décret. Ils accusaient les Mégariens de cultiver la
ierre sacrée et celle qui n'avait point de limitesr, comme aussi
d'accueillir les esclav-es fugitifs. Les derniers députés qui vin-
rent cle iacédémone, savoir Ramphias, Mélésippos, et Agésan-
dros, n'articulèrent aucune des réclamations précédentes, mais
rc b'ornèrent à présenter I'ultimatum suivant : tt Les Lacédé-
îIooi.o, désireni la paix; elle subsisterait si vous laissiez les
Grec.s indépendants.l t,à-aessus les Athéniens se formèrenten
assemblée, et Ia discussion s'engagea. on convint de dé]ibérer
une fois pour toutes et de donner une réponse.définitive. Di-
vers oratJurs se firententendre, et les deux opinions trouvèrent
dàs défenseurs; les uns soutenant que la guerre était nécessaire,
ies aotres que' le tlécret ne tlevàit pas être un obstacle à la
Périclès,-fiIs. de Xan-
faix et qu'if fallait le rapporter. A Ia.fin,éminent d'Athènes, le
ihippor,'qoi était alors Iàïitoy_en le_-plus
piri*'fruliiu clans la parole et dans I'action., parut à la tribune
et s'exprima en ces termes : r
cxl. c Je persiste toujours clans la pensée qu_til ne faut pas
cé6er aux péÎoponésiens, quoique je-sache que les_homlnes ne
mettent pls à poursuivre la goerre Ia même ardeur qu'à la
décréter, et que leurs opinions varient au gré des circonstances.
Je suis donc^obligé de vous répéter encore une fois les mêmes
.ànruifr; et j'espére que ceux de vous que j'aurai persuadés,
maintiendront, én caide revers, nos résolutions communes' à
moins qu,en cas de succès ils ne s'abstiennent de s'en attribuer
la gloirb. Les événements, ainsi_que
les pensées.de I'homme,
ne"suivent pastoujours une marche rationnelle; c'est pour cela
qo. oorÉ imputons à la fortune tous les mécomptes qu'il nous
at"iv. d'éprouver
o Le mâuvais vouloir dont 1es Lacédémoniens nous ont pré-
céctemment donné iles preuves est plus évident aujourd'bui _que
jamais. Bien que le trâité porte qu'on réglera les clifférends à
LIVRE I. 7I
I'amiable, chacun demeuran[ en possession de ses droits , ils
n'ont point encore clemandé d'arbitrage, et ils refusent celui
que nous offrons; ils préfèrent vider la querelle parles armes
et nous apportent, non plus tles réclamations, mais des ordres.
Ils nous enjoignent de lever le siége de Potidée, de rendre à
Egine son inilépendance,, de retin:r Ie clécret relatif à Mégare;
enfin leurs deruiers ambassad.eurs nous somment cle laisser les
Grecs inclépendants.
c N'allez pas yous imaginer que, si nous faisons la guerre,
ce sera pour une cause aussi légère que le maintien du ddcret
contre Mtigare, ce qui est ieur éternel refrain, et qu'il suffirait
de rapporter ce décretpour éviterune rupture. Ne conserrez pas
I'arrière-pensée d'avoir pris les armes pour si peu. Cette pré-
tention, minime en apparence, n'est au fond qu'un moyen de
vous sonder et de reconnaître vos tlispositions. Si vous céclez
aujourd'hui, demain vous recevrez quelque injonction plus
forte I car ils attribueront votre conilescendance à la peur;
tandis qu'en tenant fernre, vousleur ferez clairement entendre
qu'ils doivent traiter avec vous d'égal à égal.
CXLI. < Cela étant, disposez-vous ou bien à obtempérer
avant dtavoir souflert aucun donrmage, ou bien
prenez le bon parti, celui de la guerre - si vous
à ne fléchir sous
aucun prétexte, afin de ne pas éprouver- des craintes conti-
nuelles au sujet de vos possessions, car c'est toujours se laisser
asservir que de subir une prétentiou exorbitante ou légère, im-
posée avant jugement par des égaux.
< Quant à ce qui concerne cette guerre et les ressources des
cleux partis, apprenez, par le détail que je vais vous t'aire, que
nous n'aurons pas I'infétiorité. Les Péloponésiens cultivent
eux-mêmes leurs terues; ils ne possèdent ni ricbesses privées
rii richesses publiques; ils n'ont pas I'expérience des guerres
longues et transmarines, parce que leurs luttes entre eux sont
de courte durée à raison de leur pauvreté. De tels peuples ne
peuvent ni équiper des flottes , -ni expédier fréquenrment des
armées de terue, parce qu'ils se trouvent dans Ia double obii-
gation cle s'éloigner de leurs champs et de vivre de leurs ré-
coltes, sans compter que la mer leur sera fermée. Or ce sont
les trésors amassés qui soutiennent Ia guerre, bien plus
que les contributions forcées. Les hommes qui travaillent de
leurs mains sout plus disposés à payer cle leur personne que
de leurs deniers; car iis ont au moins I'espérance dtéchapper
aux périls, tandis qu'ils ne sont pas sùrs de ne pas voir leurs
72 GUERRE DU pÉropoNÈsr.
ressources prématurément épuisées , surtout si la guerre,
comme il est probable, se prolonge au delà de leurs préiisions.
c Dans un seul combat, les péloponésiens et lèurs allics
sont en état de faire tête au reste de la Grèce; mais ils ne sau-
raient soutenir la guerre contre une puissance qui la fait au-
trement qu'eux. L'absence d'un conseil unique lei empêche de
rien exécuter avec.célérité. Égaux par re-droit de iulfrage,
mais dilférents d'origine, ils poursuivênt chacun leur avantage
particulier. Il en résulte que rien ne s'achève; car les uns
veulent avant tout satisfaire leur vengeance, lei autres nuire
le moins possible- à leurs propriétés. alsembréi avec lenteur,
ils donnent peu de temps aui affaires générales et beaucoup
aux intdrêts locaux; chac.un se figure què sa propre négligencà
est sans inconvénient, qu'un autre avisera à sa piace; eicomme
ils font tous lé même calcul, il s'ensuit que, iaos [u'on s'en
cloute, I'utilité commune est sacrifiée.
CXLil. < Mais rien ne les arrêtera plus que le manque d'ar_
gent et le temps qu'ils perdront à s'en p.oruier or, à lâ guerre,
I
Ies occasions n'attendent pas. Les fortifications dont il-s nous
menacent sont aussi peu redoutables que leur marine. Il est
difficile, même en temps de paix, à une ville puissante, de
construire de semblables foriifications; à plus fôrte raison en
llls _elnemi et quancl nous leur opposeroni la même tactique.
S'ils bâtissent un fort, ils pourroni bien, par iles incursiôns,
Taveger une partie de nos terres, et provoquer des ilésertions r:
mais ils ne nous empêcheront pas de cingler contre leur terri-
toire pour y élever des forts à notre tour, et de cririger contre
eux cette marine qui fait notre force. L'habitude àe la mel
nous assure plus cl'habileté sur terre que leur expérience con-
tinentale ne leur en donne pour Ia navigation.
< Quant à la science navale, il ne leur sera pas facile de
I'acquérir. Vous-mêmes, gui yous y êtes appliqués depuis les
guerres médiques,-vous-ne I'avez pas enco,rc portée à-sa per_
fection; comment donc des peuples agr.icoles ôt nullement ma-
ritim_es, qui d'ailleurs, toujours maintenus en respect par nos
escadres, n'auront pas la ]iberté de s'exercer, obtiéndrajent-ils
quelque rdsultat? s'ils n'avaient affaire qu'à de faibles croi-
sières, peut-être, le nombre enhardissani leur ignorance. se
hasarderaient-ils à iivrer bataille; mais, bloqués pir des forces
supérieutes, ils resteront en repos; dès lors Ie défaut d'exer-
cice augmentera leur maladresse, et conséquemment reur timi-
dité. Or la marine est un art tout comme un autre : etle ne
LIVRE I. 73

souffre pas qu'on la cultive accidentellement et comme un ac-


cessoire; c'est elle au contraire qui ne comporte aucun acces-
soire.
CXLIII. <r Supposons qu'ils mettent la main sur les trésors
d.e Delphes et d'Olympie, et qu'à l'aide tl'une forte solde ils
cherchent à débaucher nos matelots étrangers : si, nous em-
barquant nous et nos métèques r, nous n'étions pas capables de
leur tenir tête, nous serions bien malheureux. C'est ià un ayan-
tage qu'on ne saurait nous ravir; et puis qui est capi-
tal - cedquipages
Dous avons des pilotes citoyens , cles plus
-
nombreux et meilleurs que n'en possècle tout le reste de la
Grèce; sans compter qu'au moment du péril aucun étranger
ne voudra, pour quelques jours de haute payte. se joindre à
eux, aver moins d'espérance et au risque de se voir exilé de
son payse.
' a Telle me paraît être, ou à peu près, la situation des Pdlo-
ponésiens; la nôtre,loin de donner prise auxmêmes critiques,
se trouve infiniment préférable. S'ils attaquent notre pays par
terre, nous ferons voile contrele leur, et le ravage de I'Attique
entière sera plus que compensé par celui d'une partie du Pelo-
ponèse. Ils n'auront pas la ressource d'occuper un autre terri-
toire sans combat, tandis que nous, nous possddons beaucoup
de terres, soit dans les lles soit sur le continent; clr c'est une
grancle force que I'empire de la mer. Je vous le demande, si
nous étions insulaires, quel peuple serait plus inexpugnable
que nous? Eh bienl il faut nous rapprocher le plus possible de
ceite hypothèse, en abandonnant nos campagnes et nos habita-
tions, pour nous borner à la défense de la mer et de notre
ville, sans que ia perte ilu reste nous inspire assez de colère
pour nous faire livrer bataille aux forces supéricures des Pé-
loponésiens. Yainqueurs, nous ne les empêcherions pas tle re-
venir en aussi granil nombre; vaincus, nous perdrions du
même coup ce qui constitue notre force, je veux d.ire nos alliés,
qui ne se tiendraient pas en repùs du moment or), ils nous ver-
raient hors dtétat de marcher contre eux. Ce qu'il laut dé-
plorer, ce n'est 1-ras la perte des maisons ni rles terres, mais
celle iles hommes; car ce ne sont p-s ces choses-ià qui ac-
quièrent les hommes, mais les hommes qui les acquièrent. Si
je me flattais de vous persuacler, je vous dirais : sortez et ra-
ragez vous-mêm,es yos campagres, nontrez aux Péloponésieus
que ce n'est pas pour de tels objets que rous v,lus humiliere:
devant eux.
TnucyornR
7I+ GUERRE DU'PÉLOPONÈSE.

CXLW'. c J'ai encore d'autres. motifs tl'espérer la victoire,


pourvu que vous renonciez à étendre votre domination durant
la guene, et que vous ne vous jetiez pas de gaieté de cæur
dans un surcroît de dangers. J'appréhende bien plus nos
propres faufes que les plans de nos aclversaires. Mais je trai-
terai ce sujet dans un autre discours, quand les opérations
auront commenct! (a) ; pour le moment, renyoyons ces ambassa-
deurs en leur répondant que nous permettron.s aux Mégariens
d'user de notre marché et de nos ports, quantl les Lacédémo-
niens cesseront d'expulser de chez eux nous et nos alliés t
I'un û'est pas plus contraire au traité que I'autre;
-
- que nous
laisserons I'ind$pendance aux villes, si elles en jouissaient
lors de la conolusion d.e la paix, et si les Lacédémoniens per-
mettent aux cités de leur ressort de se gouverner, Don pas
selon les intérêts de Lacérlémone, mais chacune comme elle.
I'entend ; que nous sommes prêts à accepter I'arbitrage selon
la teneur du traité; qrr'enfln nous ne commencerons pas la
guerre, mais que si I'on nous attaquei nous nous défendrons.
Yoiià une réponse à la fois juste et digne de notre ville.
n Au surplus, dites-vous bien que la guerre est indvitable;
que, si nous I'acceptons résoltment, nos adversaires pèseronù
moins sur nous; d'ailleurs, pour les États comme pour les par-
ticuliers, ce sont les plus granrls périls qui procurent Ie plus
d.e gloire. C'est ainsi que, dans leur lutte contre les Mèdes, nos
pères, qui étaient loin de nous égaler en ressources et qui sa-
crifièrent le peu qu'ils possédaient, trouvèrent dans leur bon
sens plus que dans leur fortune, et dans leur audace plus que
dans ieur force, Ies mo;'ens de repousser ie Barbare et d'élever
Àthènes au rang qu'elle occupe aujourd'hui.
o Ne dégénérons pas de leur vertu; défenilons-nous à ou-
trance contre nûs ennemis, et faisons en sorte de ne pas trans-
mettre cette puissance amoincirie à nos descendants. u
CXLY. Ainsi parla Périclès. Les Athéniens, convaincus que
son avis était le meilleur, votèrent ce qu'il proposait et firent
aux Lacddémoniens la réponse qu'il avait dictée. Ils déclarè-
rent qu'ils n'obdiraient poinb à des ordres, mais qu'ils étaient
prêts,, conformément au traité , à régler leurs contestations
par les voies légales et sur un pied d'egalité. Les députés se
retirèrent, et dès lors on n'en renvoya plus.
Tels furent, des deux côtis, les griefs et les dilÏéreuds qui

(a) Voy. livre II, chrp. xrrr.


LIVNE I. 75
prdcédèrent la guerre, à dater des aTfaires d'Épidamne et de
Corcyre. Cependant les relations internationales n'étaient pas
interrompues; on communiquait d'un pays à I'autre sans mi-
nistère de héraut, mais non pas sans défiance ; car il y avait dans
ce qui se passait un prétexte de guerre et une atteinte portée
aux traités.

.l

{
.TIYRE II.
première année de l,a guerce. Entreprise des Thébains contre Platée,
ch. r-vr. et alliés tles deux partis, ch' vu-rx' - Les
Préparatifs
Péloponésien,
- tattemblent à l'Isthme, ch. x' - Harargue d'Ar-
ù
d'un parlementaire à Athènes,
chidamos, ch. xr.
ch. xu.
- Inutile envoi
Périclès expOs€ aux Àthéniens son plan de guerre,, ch. xur.
- descampa[nartls dans la ville I digression sun l'ancien état
-Retraite
de I'Artique, ch. xivlxvg. -. Première invasion des Pélopcnésiens
en Attiquel enr.oi d'une flotte athénienne autour du Péloponèse,
ch. xvlll-xxv. - Expécition navale des athénienscontre Ia Locride,
ah. **ur. Expulsion tlcs 0ginètes, ch. x.x\rII' Ûclipse de -soleil,
- -
des Àthéniens aïet sitalcès, roi des odryses,
ch. xxvrrr.
-.l,lli"n""
ch. xxrx.-Les athéniens prennent sollion, Àstacos et céphallénie,
envahissent la IIlégaride et fortifient I'ile d'Âtalante, ch. xxx-xxxll.
I'hiver, expédition des corinthiens contre astacos, ch. xxxlli.
- Dans
sépulture des arhéniens morts dans les combats de l'été, ch. xxxrv.
- funèbre prononcée par Périclès, ch. xxxv-xrvt. - Deuniàme
-.Oriison l,a guerrô. Seconde invasion des Péloponésiens en Atti-
année d,e
que. Peste d'Àthènes, ch. Ïr-vti-tvtl. - Renlorts envoyis à I'armée
athénienne assiégeant Potidée,ch. lvrrr. - Irritation des Àthéniens
contre Périclès, ch. rlx. - Discours da Pêriclès, ch' r'x-r'xIv' -
Mort de Périclès et jugement porté sur son adstinistration, ch.. rxv.
nar,ale des Péloponésiens contre Zacynthe,-ch. rxvr.
- Expéditio.r de députés lacédémoniens envol'és au roi de Perse.
-Arrèsption
ch. r,xvlr. - Expétlition des ambraciotes contre Àrgos Àmphilochi-
con, ch. Lxyrrr. - Dans I'hiver, opérations maritimes des Àthéniens
,onit. le Péloponèse, la Carie et la Lycie, ch- r'xtx' - Irise dc
Potidée, ch. r,ix. - lroisiànr,e anntie de la guerre' Siége de Platée
par les Péloponésiens, ch. Lx-xr-Lxxvrrr. - Défaite des Àthéniens à
à Stratcrs, ch. r,xxx-
.'spartolos . cÉ. r,xxrx.
- Défaite des Péloponésiens
Batailles navales clans le golfe de Corinthe; 5arangues de
"i**rt. --
tsrasidas et de Phormion, clr. LXxxIIl-xcII. - Tentative des Péloponé-
siens sur le Pirée, ch. xcrrr-xcrv. - Expédition de Sitalcès en I[a.-
cédoine; digression sur Ie royaume des Odryses, ch' xcv'fi' -
Expédition de I'hormion en Acarnanie, ch- crl-cllr'

I. Ici commence la guerre entre les Athéniens e[ les Pelo-


ponésiens, souteûus [ar leurs alliés'respectifs. Penclant sa
LIYRE II. 77
durée, ils n'eurent plus de communica[ions que par rninistère
de héraut, et les hostilités une fois entamées ne disconti-
nr'èrent plus. Les évdnemerrts sont rapportds dans I'ord.re chro-
nologique, par dté et par hiver.
II. La paix de trente ans, conclue après la conquête de
i'Eubée, n'en subsista que quatorze. La quinzième annéet,
alors que Chrysis était prêîresse à Argos depuis quarante-huit
ans., Énésias éphore à Sparte, Pythodoros encore pour tleux
mois archonte à Athènes, le sixième mois après la bataille de
Potidée et au commencement du printemps, des Thébaius, au
nombre d'un peu plus de trois cents, conduits par les béo-
tarques'Pythangélos fils de Philidès et Diemporos fiIs d'Ond-
toridès, environ I'heure ilu premier sommeil, entrèrent eû
armes à Platée, ville de Béotie, alliée d'Athènes. Ce furent des
Platéens, Nauclitlès et ses adhdrentst, gui les appelèrent et
leur ouvrirent les portes. Ils voulaient, pour s'assurer I'auto-
rité, se ddfaire de leurs antagonistes et livrer la ville aux
Thébains. Le complot avait dté ourdi entre eux et Eurymachos
fils de Léontiaclès, un des hommes les plus marqtants de
Thèbes. Les Thébains, qui voyaient venir la guerre, dêsiraient,
avant qu'elle erlt dclaté, se saisir de platée, leur éternelle en-
nemie. Il ne leur fut pas difficiie d'entrer sans être aperçus;
car on ne faisait pas encore la garde. lls prirent position sur
la place publique ; mais , au lieu de se mettre aussitôt à
l'æuvre, comme I'auraieirt voulu les meneurs, et d'aller droit
aux maisons de leurs adversaires, ils préférèrent user de pro-
clamations conciliantes, afin d'amenei la ville à composiiion.
Le héraut publia que, si quelqu'un voulait entrer iùns l'al-
liance, suivant les institutions natiorrales de ia confddération
bdotienne, il ett à venir en arnles se ranger auprès d'eux.
Ils. espéraient que, par ce moyen, platée se-soumettrait sans
perne.
lII. Quancl les Platéens surent les Thébains dans leurs murs,
et ia ville occupée, ils eurent un moment de frayeur; ils les
croyaient plus nonrbreux, car Ia nuit empêchait de les voir.
Ils entrèrent clonc en accommoclement, reçurent les proposi-
tions qrri leur étaient faites et demeurèrent eu repos, d'autant
plus aisément qu'aucun d'eux n'était inquiété ; mais, durant ces
pourparlers, ils s'aperçurent clu petit nombre des Thébains et
pensèrent qu'en les assaillant ils en auraient bon marché. La
grande majorité des Platéens n'avait nulle envie de se ddtacher
d'Athénes ; I'attaque fut tlonc résolue. De peur d'être ddcou,
?8 GUERRE Du PÉtoPoNÈsE
verts en circulant rlans la ville, ils se rassemblèrent en perçant
les murs mitoyens des maisons; ils barricadèrent les rues à
I'aiile de chariots dételds, et firent cle leur mieux toutes les
d.ispositions convenables ; puis, leurs préparatifs terminés,
orofitant d'un reste tle nuit et sans attendre Ie lever tle ltau-
iore, ils sortirent des maisons, et marcbèrent aux Thébains.
En plein jour, ceux-ci eussent été plus.hardis etla partie moins
iné$ale; iandis que, cle nuit,-.les Platéens tlevaient les trouver
inti"miaes et avoir sur eux I'avantage cle Ia connaissance des
localitds. Ils les assaillirent donc sans retarcl et en vinrent im-
médiatement aux mains.
IV. Les Thébains, se voyant trompés, serrèrent leurs rangs,
firent.front de tous côtés ei repoussèrent tleux ou trois atta-
ques. Mais quand ies Platéens se ruèrent sur eux en grand
tumulte; quand, du haut des maisons, les femmes et les vale-ts,
avec d.es cris et des hurlements, fi.rent voler les pienes et les
tuiles ; quand une pluie battante vint encore augmenter.l'obsl
curité i iis furent saisis d'épouvante; et, prenant la fuite, ils
se mirent à courir à la debanclade, par la boue, tlans les tdnè-
plupart ignorant les
bres.
- la lune était
sur son déclin,
- la
clétours qui auraient pu les sauver, tanilis que leurs- ennemis,
plus expdrimentés, leur coupaient la retraite: aussi leur perte
îut-elle- considérable. Un Platéen ferma la porte par otr ils
étaient entrés et qui seule était ouverte; à cet efÏet, il se ser-
vit tl'un fer de javelot, qu'il inséra dans la barre en guise de
boulon' ; ainsi, pas même de ce côté, il n'y avait d'issue. Pour'
suivis par la ville, quelques-uns escaladèrent la muraille, sau-
tèrent ïehors et se tuèrent presque tous I d'autres avisèrent
une porte non gardée, rompirent furtivement Ia barre au
moyen d'une hiche qu'une femme leur prêta, et s'échappè-
reni, mais en peLit nontbre, car on s'en aperçut bientôt; d'au-
lres périrent çà et là dans Platée. Le gros cle la troupe ' ceur
qui étaient demeurés en corps, alla donner dans un grand
édifice ailossé à Ia muraille et dont l'entrée était ouverte;
ils la prirent pour une des portes de la ville et crurent quielle
communiquaif directement avec I'extérieur. Les Platéens, Ies
yoyant iraqués, ilelibérèrent s'ils ne les brùleraient pas tous
en mettant Ie feu à l'édifice, ou s'ils prendraient un autre
parti. Fin.alement ces Thébains et tous ceux qui étaient épars
d.ans ia ville se rendirent à discrétion, et mirent bas les armes.
Y. Tel fut le sort des Thébains entrés dans Platée. D'a'rtres
tlevaient. cette nuit mème, arriver de Thèbes en corps d'ar-
LIVRE II. 79

mée pour les soutcnir au besoin. Ils apprirent en route ce qui


se passait et pressèrent le pas. Platée est à soixante-clix stades
de thèbes ; Iiorage de la nuit retarda leur marche I le fleuve
Asopos s'enfla et âevint difficile à franchir; ils cheminèrent par
la piuie, traversèrent le fleuve à grand'peine, et n'arrivèrent
quiaprès la prise ou la mort de leurs gens. En. conséquence ils
sï mirent en devoir de dresser des embùches à ceux des Pla-
téens qui étaient hors cle la ville ; car ii y avait dans la cam-
pagne bon nombre d'hommes, avuc tout I'attirail qui s'y
irùve en temps de paix et de sécurité. Ils voulaient que ceux
qu'ils réussiraient à pren,lre leur répondissent. des captifs.
cotrl*r ils.délibéraient, Ies Platéens, ÊOupçonDant leurs_inten-
tions et alarmés poo. éeo" du clehors, envoyèrent un héraut
pour tlire aux Thèbains que c'était une impiété à.eux d'avoir
àberché à s'emparer de leur viile en pleine paili qu'ils se
gartlassent bien de toucher à ceux cle I'extérieur, s'ils ne vou-
iaient pas que les Platéens missent à mort les.priso'niers
tombés entre-leurs mains; s'engageant d.'ailieurs à les rendre
si les Thébains évacuaienî le teiritoire. C'est là du moins ce
lue aisent les Thébains, et ils ajoutent que cette.convention
fït confirmée par serment. Les Platéens au contraire soutien-
nent qu'ils n'aiaient pas promis de rendre imrnédiatement les
prisonniers, mais qu'ils étaient entrés simplemelt en^ pour-
pariers, pour essaydr d'en venir à un accord, et ils aflirment
ir,avoir'rien juré. Quoi qu'il en soit, les Thébains quittèrent
le pays sans y avoii. fait- aucun mal, tanclis que les Platéens
n'àrïnt pur plor tôt retiré dans leurs murs ce qui était tlans
les campagnôs, qu'i1s massacrèrent tous les prisonniers, au
'dJ
nombre cet t iuatre-vingts. Parmi ces derniers se trouvait
Eurymachos, le piincipal
-ils agent tle Ia trahison'
Vi. l,a-aessus dépêchèrent un cou*ier à Àthènes, per-
mirent aux Thébains d'ènlever leurs morts,, et firent clans leur
ville toutes les dispositions que réclamaient les circonstances'
Les Athénirn, tà tardèrent pas à être informds des événe-
ments cle Platée. A I'instant ilJ nrirent en arrestation tous les
Béotiens qui éLaienb en Àttique; puis ils envoyèrent aux Pla-
téens un déraut pour leur diie de ne rien.statuer sur les Thé-
bains prisonnirri, avant qu'ils en eussent déliberd eux'mêmes.
Ils neiavaient pas .trcor-. qu'ils fussent morts. Un ,premier
counier était pâr'ti de Platéè au mornent de I'entrée des Thé-
b;il;; oo ,r.otd lorsqu'ils venaient d'être vaincus et pris-; là
s'ar"êiaient les informations reçues à Athènes , et ce fut dans
80 GUERRE DU PÉLoPoNÈSE.
cette ignorance qu'on expddia re héraut. A son arrivde,
trouva les prisonniers massacrés. Les Athiniens nreni
il
passer
des troupes et cles vivres à pratée, y laissèrent g"rrirî;
et em-
menèrent les hommes les moinsvilides, ainsi "qr"i.,
rr,oo'.,
et les enfants.
vII. L'affaire de platde était une violation flagrante de la paix.
Les athénierls se préparèrent donc à la guerË;
r.* iu.àaa*o_
niens et leurs alliés eu firent autant..Les"deux.
sèrent à. en_voyer des ambassades soit en persôirrrii,,,
dispo-
,oit l â'uutres
nations barbares, de qui ils espéraient obtenir des secoo.s;
en{in
ils mirent tout en pour attirer dans leur alliance les
-æuvre
villes étrangères à leur $omination. Les Lacéda-ooiens, indd-
pendamment des vaisseaux qu'ils avaient rou, tu
*uio, com-
mandèrent aux villes d'Italie et de sicile qui avaienifris parti
pour eux d'en construire d'autres, chacune proportionnellement
à sa grandeur, en sorte que ra flotte atteignîtie chiffre de cinq
cents navires. Leurs ailiés eurent ordre àe préparer utr pre-
mier c.ontingent d'argent, et, pour Ie surpLus,^ d, -dÀuoru,
tranquilles, sans recevoir chez eux plus d;un vaisseau athé_
nien à la fois, jusqu'à ce que tout fùt prêt. Les ltt J"ià", firent
la revue de leurs alliés.et envoyèrent cles députations, particu-
lièrement aux États qui avoisinent le pé1opooèr*, à cb'rcyre,
à
céphallénie, en Acarnanie et à. zacynthe. ils sentaient bien
gue, s'ils avaient ces peuples pouramis. ils pourçaient
en toute
rqgî porter la guerre sur tous les poirrts â,, nétoponèse.
VIII. De part et d,autre on ne formait gue de -ru'rt., projet.s
et I'on était plein ile feu pour cette gue.rô. II ne faut pàs s,en
étonner: c'est toujours..au début qu'on dépioie le plus d'ar-
!e.yr. Àjoutez à cela qu.'il y avait.à cette époque, soit dans Ie
Péloponèse, soit à Athènes, une nomb.*uuà
1Ëunrrr. qui, pu,
inexpérience, ne deman$ai! pas mieux qoe d'er*uy* du tu
guerre. Tout le reste de Ja Grèce était dans l,attente,ï la veille
de ce conflit des plus puissants États. Dans les cités rivales
comme dans les autres, ce n'étaient que présages et que de_
vins qui allaient chantant des oracles. De plus,"chose'inouTe
jusqu'alors, Délos avait éprouvé, peu auparavant, une
secousse
de tremblement de tgrre r, et |on voyuit dans ôe phénomène
un pronostic des événements qui se prépar.aient. îoutes les
pariicularités de ce genre étaient recueiliies avec aviclitd. Du
reste,_la sympathie générale se prononçait hautement en fa-
veur des Lacédémoniens, surtout depuis qu'ils avaient annoncé
I'intention d'atïranchir la Grèce. villes et particuliers rivali-
LIVRE II. 8I
saient de zèle pour les seconder selon leur pouvoir, soit en
paroles soit en actions; chacun s'imaginait que les alïaires
souffriraient de son absence. Tant I'animosité contre les Àthé-
niens était grande, les uns voulant se soustraire à leur domi
nation, les autres craignant de ta subir.
IX. Ce fut avec ces préparatifs et dans ces sentiments gue la
guerre fut commencée. Il me reste à faire connattre quels
dtaient clans I'origine les alliés cles deux partis.
Les Lacécldmoniens avaient pour'eux tous les peuples du
Péloponèse situés en deçà ile l'lsthme, hormis les Argiens ei
les Achéens qui gardaient la neutralité. Les Pelléniensr furent
les seuls de I'Achaïe qui prirent tout d'aborcl le parti de Lacé-
démone ; plus taril leur exemple fut suivi par le reste des
l,chéens. En dehors du Péloponèse, les Mégariens, les Pho-
cdens, les Locriens, les Béotiens, les Ambraciotes, les Leuca-
diens, Ies Ànactoriens. Parmi ces peuples, les Corinthiens, les
Mdgariens, les Sicyoniens, les Pelléniens, les Éléens, les Am-
braciotes et les Leucadiens fournissaient cles vaisseauxl les
Béotiens, Ies Phocdens et les Locriens, de Ia cavalerie; les
autres, cle I'infanterie.
Les alliés cles Athérriens étaient Chios, Lesbos, Platée, les
Messéniens de Naupacte, Ia majeure partie des Acarnaniens,
Corcyre, Zacynthe; à quoi il faut ajouter les villes tributaires
situées en divers pays, savoir la Carie maritime, la Doricle voi-
sine de la Carie, I'ionie,l'Hellespont,le littoral de la Thrace,
toutes les lles situées à I'orient entre le Pdloponèse et la Crète,
le reste des Cyclades, excepté Mélos et Thérae. Dans ce
nombre, Chios, Lesbos et Corcyre fournissaient d.es vaisseaux;
les autres, de I'infanterie et cle I'argent.
Tels étaient les alliés et les ressources des deux partis au
début de la guerre 3.
X. Aussitôt après I'affaire de Platée, les Lacédémoniens firent
savoir à tous leurs alliés, soit tlu Péloponèse soit du dehors,
qu'ils eussent à préparer leurs troupes et le matériel nécessaire
pour une expédition hors du pays, ce qui revenait à dire qu'ou
âUait envahir I'Attique. Tout s'étant trouvé prêt pour !e mo-
ment indiqué, les deux tiers iles contingents cle chaque État se
rassemblèrenb à I'Isthme. Dès que I'armée fut réunie, Archi-
clamos, roi des Lacédémoniens et chef de cette expéilition,
convoqua les généraux. cle chaque ville, les principaux officiers
-hommes
et les les plus éminents, et leur adressa I'allocution
suivante :
82 cUERRE DU PÉLoPolrÈsu.
XI. ( Péloponésiens et alliés, pos pères ont bien des fois
porté les armes clans le Péloponèse ou au dehors, et les plus
,âgés dtentre vous ne sont pas sans expérience de la guerre.
Jamais cependant nous ne sommes entrds en campagne avec
un appareil'plus formidable qu'aujourrl'hui. Ayaut aflaire à
une ville très-puissante, nous avons voulu allier le nombre à la
valeur. On est donc en droit d'attenclre que nous ûe serons
pas moins braves que nos pères, que nous ne resterons pas au-
dessous de notre renommée. La Grèce entière. vivement émue
de notre entreprise, a les regartls fixés sur noùs et, dans son
inimitié contre Àthènes, elle fait des væux pour nos succès.
c Néanmoins, malgré notre supériorité numérique et le peu
dtapparence que I'ennemi accepte le combat, garclons-nous de
marcher sans précaution. Généraux et soldats de chaque ville
cloivent toujours être sur le qui-vive. A la guerre, rien d'as-
suré; le plus souvent les attaques sont brusques et inopinées.
Que de fois n'a-t-on pas vu des armées moindres, mais sur
leurs garcles, triompher tl'adversaires plus nombreux, mais
plongés dans une trompeuse sdcurité? Il faut toujours, en payg
ennemi, s'avancer le cæur plein de confiance, mais en réalttd
avec une circonspection.craintive; c'est Ie moyen d'assurer
I'attaque et la cléfense.
c La ville contre laquelle nous marchons, )oin d'être sans
forces, est abondamment pourvue de tout. Si jusqu'à ce jour
les ennemis sont restés immobiles, c'est que nous étions en-
core éloignés; mais tout porte à oroire qu'tis sortiront en ba-
taille du mouent qu'ils nous verront dévaster leurs propriétés.
Le spectacle d'un ilommage inaccoutumé ne manque jamais
d'enflammer la cclère; alors on ne réfléchit plus, on agit avec
emportement. Ce cloit être surtout Ie cas pour les Athéniens,
qui prétendent commander aux autres, et qui sont plus habi-
tués à rayager le pays d'autrui qu'à voir ravager le leur.
<r Puis donc que nous portons les armes contre une ville si
puissante, et que notre renommée, à nous et à nos ancêtres,
doit dépenilre de nos suscès ou de nos revers, suivez la route
qui vous sera tracée. Observez avant tout la discipline, soyez
vigilants, soyez prompts à saisir les commandements. Rien
n'est plus beau ni plus str à la fois qu'une armée nombreuse
qui se meut avec une parfaite unité. >
XII. Lorsqu'il eut achevé ce iliscours et congédié I'assem-
blée, Arcbidamos fit partir pour Athènes le Spartiate Mélésip-
pos, fils de Diacritos, a{in cle savoir si les Athéniens, voyant
LIYRE II. 83

Itarmée enmarche, se montreraient plus accomtnoilants; mais


ils ne I'admirent ni dans I'assemblée, ni même dans la ville.
Déjà en effet avait prévalu I'avis de Périclès, de ne recevoir ni
héraut ni tléputation de la part cles Lacéclémoniens en cam-
pagne. Ils [e renvoyèrent donc sans ]'entendre et avec I'ordre
de-repasser la frontière le jour même; ajoutant que, si les
Lacétldmoniens voulaient parlementet, ils eussent préalable-
ment à retouïner shez eux. On d.onna une escorte à Mélésip-
pos pour I'empêcher de communiquer avec personne. Arrivé à
iafràntière et sur Ie point cle s'éloigner, iI prononça, dit-on,
ce peu tle paroles : < Ce jour sera pour les Grecs I'origine de
grands malheurs. r Son retour à I'armée convainquit.Archi-
àamos que les Athéniens ne feraient aucune concession; en
conséquence iI donna I'ordre du départ et s'avança vers I'At-
tique. Les Béotiens avaient fourni aux Péloponésiens leur con-
tingent ile guerre et leurs cavaliers. Le reste de leurs forces
entra clans le pays tle Platée et le ravagea.
XIII. Les Péloponésiens se rassemblaient encore à I'Isthm,e ou
se mettaient en marche, lorsque Périclès fils de Xanthippos' un
iles clix généraux cl'Athènes, prévoyant 'l'invasion, se douta
qu'Archidamos, qui était son hôte, pourrait bien respecter ses
domaines, soit dé son chef pour lui être agrdable, soit d'après
I'ordre des Lacétlémoniens pour le rendre suspect, comme
lorsqu'ils avaient, à cause de lui, réclamé I'expulsion des sa-
criléges. Il déclara donc aux Aihéniens en pleine assemblée
qu'Aichiclamos était son hôtq mais qu'il n'en devait ré-sulter
a:ucun clétriment pour l'État; que, si les ennemis ne dévas-
taient passes terrel et ses maisons coû)me celles tles autres, il
en faiiait I'abandon au public, afin qu'à cet égard iI n'y ett
contre lui aucune prévention tléfavorable.
En même tempsll renouvela,, au sujet des affaires présentes'
les conseils qu'ii avait ddjà tlonnés. Il leur recommanda de se
préparer à la guerre; de retirer tout ce qui était aux champs;
àe ne pas sortir pour combattre, mais ile se borner à la dd-
fense de la ville; de tourner tous leurs soins vers ce qui fai-
sait leur force, c'est-à-dire vers la marine, et cle tenir en bridc
leurs alliés, c qui, disait-il, sont la source de notre puissance
par les subsitles qu'ils ûous fournissent;
-guerre,
or, l'âm-e
.de la
c'est I'inteliigence et I'argent. > Il les exhorta d'ailleurs
5 avoir' bonne espérànce, puisque la ville percevait , annde
commune, six cents talents cles tributs des alliést, non compris
les autres reYenus. et qu'elle aVait en réserve clanS I'acropole
84 cUERRE DU pÉLoponÈsr.
six mille talents d'argent monnayd,
- il une
mille sept cents, mais on en avaii itistrait
y en avait eu neuf
partie pour les
propyldes de I'acropole!, pour Ies autres constructions'et
le siége de Potidée; : dans cette somme ne figuraientpour pas
I'o.r et I'argent n.n monnayés, provenant des ohrand.,
fo-
'bliques.ou particulières,, res vases sacrés emptoyés-au* po*p.,
et aux jeux, les ddpouilles des Mèdesr et âutres objeis
ana-
iogues, formant ensemble une valeur au moins de cinq'cents
ta-
lents. Il ajouta que res tempres avaient des richesseË
consiae-
rables, dont on po'rrait d.isposer; qu'enfTn, poo" âerniore
ressource , on prendrait les ornements d'or de
lâ déesse, clont
la statue, à ce_qu'il leur fit connattre, était .ooorrtr-àà qou-
rante talents d'orfin_qui pouvait se détacher: mais après
s'en
être servi pour le sarut de la patrie, il faudrait ru
,Ë*pra.e,
intdgralement {.
a ces motifs cle confiance tirds de leurs richesses, péricr,is
joignit un tableau tle leurs forces militaires.
n dii gu,ils
avaient treize milre. hoplites, incrépendamment des seizermitte
placés dans les forts et le long d., ,r*purts. Ter était rrans
tjglSine,, a chaque invasion àe I'ennemi, le nombre
des
oommes de garde; c'étaient Ies vieillards, Ies jeunes
gens et
les métè.ques astreints au service c|hopliteJ'.
Ière avait trente-cinq.stacles-jusqu'à l'ànceinte
r,Ë-*"ïai pna-
de la vilre, et ra
partie de cette enceinre que fon gardait dtaiià,
stades; on laissait s.ans garde r;espace compris ;;;r;;;;-trois
àntre tà tong
mur et celui cle phalère. Les longs murs alrant au pirée
avaient quarante stadesl celui du àehors et.ii
,rlf-iardé..
L'enceinte totale cru pirée et de lr{unychie Ji.riâ.'JJxante
stades ; on n'en gardait que ra moitié r. eericles alouta
qu'on avait douze cents civaliers, y compris res
archers à
cheval8,_ seize cents archers à pi'ed et trois
cents
en état de tenir la mer. Telles éiaient, sans en rien trirèmes
rabattre,
les forces des Arhéni.nr- I'é_poque ar ra
des Péloponésiens .l fte*icrJ loîurioo
et au début de àette guerre. Enfin péricrès,
selon sa coutume, termina cette revue par diverses
rations propres à démontrer qu'on sortirait considé-
victorieux de re
Iutte.
xIV. Les athéniens se laissèrent persuacrer par
ses criscours.
Ils retirèrent des ca.mpagnes leurs' enfants, reurs
tout leur mo\ilier;_ rr*o'ËJ'ri
gnJevgrgnt jusqu,à i* .h;rp;;;
ltr et res bêtes des
maisons; les trouoeaux du rormu furent tran.plr-
tés dans I'Eubée .i drns rer rres ooiriirr.
ce dépracement leur
LIYRE II. 85
parut pénibie, accoutumés qu'ils étaient pour la plupart à la
vie champêtre.
XY. Les Âthdniens, plus qu'aucun autre peuple, avaient
adoptdce genre cle vie depuis un temps immémorial. Sous
Cdcrops et les premiers rois jusqu'à Thésée, les habitants'de
l'Àttique étaient disséminés dans des bourgades, dont chacune
avait son prytanée et ses magistratst. A part le cas de guerre,
ils ne se réunissaient point auprès clu roi pour clélibérer en
commun; ils se gouvernaient eux-mêmes et tenaient conseil
isolément. On vit mênie quelques-unes de ces bourgades faire
la guene au roi, comme il arriva aux Éleusiniens et à Eu-
molpos contre'Érechthée". Mais Thésée, qui alliait Ie génie à
la force, étant devenu roi, introduisit dans le pays diverses
améliorations : en particulier il abotit les conseils et les magis-
tratures des bourgades et réunit tous les citoyens dans la ville
actuelle, ou il institua un seul conseil et un seul prytande. Les
Athéniens continuèrent à exploiter )eurs terres comme aupara-
vant; mais il les contraignit de n'avoir que cette seule cité. Grâce
à cette centralisation, Athènes prit un rapide accroissement, et
elle était déjà considérable lorsque Thésée _la transmit à ses
successeurs. En mémoire de cet événement, t'es A.théniens célè-
brent encore aujourd'hui une fète nationale, dédiée à Minerve
et appelde Xgnæciag. Antérieurement la ville ne consistait que
tlans I'acropole et dans le quartier situé au-dessous, du côté
méridional. En veut-on Ia preuve? c'est dans I'acropole ou dans
cette partie de la ville basse que se trouvent les temples de la
plupart des divinités, par ôxemple de Jupiter Olympien,
d'Apollon Pythien, de la Terre, de Bacchus Limnéena, en
I'honneur cluquel se célèbrent les anciennes Dionysies le
douzième jour du mois Anthestérions, usage qui s'est conservd
chez les Ioniens originaires d'Athènes. ll existe dans ce quar-
tier d'autres temples anciens. Là est encore la fontaine actuel-
lement appelée aut: Neuf Bouches, par suite de la disposition
que lui donnèrent les tyrans, mais qui autrefois, quand les
sources étaient à clécouvert, se nommait Callimhoéu; comme
elle était proche, on s'en servait pour les usages principaux;
rnaintenant encore subsiste Ia coutume dtemployer I'eau cle
cette fontaine pour les cétémonies nuptiales et pour d'autres
abiutions. Enfin ce qui achève de prouver que jadis I'acropole
seule était peuplée, c'est que les Athéniens lui ont conservé le
nom de Cifd.
XYt. Ainsi, pendant longtemps. les Athéniens habitèrent
86 GUERRE DU PÉLOPONÈSE.

d.'une manière inclépentlante le territoire de l'Attique; €t,


même après leur concentration, ils gardèreui invariablement,
jusqu'à cette guerre, I'habitutle de vivre aux champs aYec
-Ce
ieuis familles. ne fut donc pas sans un vif déplaisir qu'ils
abandonnèrent leurs foyers, d'autant plus qu'ils avaient réparé
depuis peu les dommages occasionnés par les guerres métli-
quis. I[s quittaient à regret des habitations et des temples
iuxquels lei attachait une longue possession; ils allaient re-
noncl.r à leur manière cle vivre et semblaient chacun clire
adieu à leur ville natale.
XVII. Arrivés à Athènes, un petit nombre d'eutre eux y
trouvèrent des logernents ou un abri chez des amis ou des
parentsl la plupari s'dtablirent rlans les entlroits inhabités de
ia ville,'dani les enceintes consacrées aux dieux et aux héros,
partout enfin, sauf dans I'acropole, dans l'Éleusiniont et autres
iieux soiitlement fermés. Il n'y eut pas jusqu'au PéIasgiaon',
situé au pied de I'acropole, que la nécessité du moment ue
contraignit d'occuper, nonobstant les imprécations qui s'y
opposaùnt et I'oracle de Delphes qui I'avait expressément dé-
fentlu dans ce vers :
Mieux vaut que le Pélasgicon reste vacant'

Pour moi, je pense que cet otacle s'accomplit à I'inverse de


ce qu'on ivait prévu f ce ne fut pas I'occupation sacrilége_ qui
attira des maui sur Ia ville, mais ce fut la guerre qui néces-
sita I'occupation. c'est là ce que I'oracle n'avait pas expliqué;
mais il savait sans doute que ce lieu ne serait habité que dans
un temps de calamité publique. Plusieurs s'installèrent dans les
tours ttes remparts, cliacun enûn comme il put; sar la ville ne
suffisait pas à i'affluence. Tiualement on envahit I'intervalle des
longs murs t et la majeure partie tlu Pirée. En même temps les
Atb-éniens se préparaienb à la Suerre, rassemblaient leurs alliés
et armaient cent vaisseaux contre le Péloponèse.
XVil. Pentlant ces préparatifs, I'armée des Péloponésiens,
coutinuant sa marche, arriva d,evant OEnoé, première lille de
I'Attique du côté ou ils voulaient opérer l'invasion. Après avoir
assis ieur camp, ils se disposèrent à attaquer la muraille avec
des machines i et par d'autres moyens. OEnoé, située sur les
confins de I'Attique et cle Ia Béotie, était fortiflée et servait aux
Ath6ieus de plaie d'armes en temps tle guerre. Les Péloponé-
siens firent le siége de cette ville et y perclirent beaucoup-de
temps. L'arnée en prit occasion de murmurer contre Archi
LIVRE II. 87

damos. 0n lui reprochait son irrésolution, toute en faveur d.es


Athéniens, lorsqu'on avait agité la question de la guerre, son
séjour prolongé à J'Isthme, la lenteur de sa marche, enfin sa
temporisatiorr devant OEnoé. Les Athéniens, disait on, en avaien[
profité pour retirer leurs effets dans la ville, au lieu que, par
un mouvement rapide, Ies Péloponésiens auraient tout surpris
hors des murs. Sans s'émouvoir de ce mécontentement, Archi-
d.amos patientait, dans I'espoir que les Athéniens seraient plus
traitables , leur territoire étant encore intact, et qu'ils ne se
résigneraient pas à en contempler froidement Ie rayage.
XIX. Après avoir assailii sans résultat 0Enoé et tout mis en
æuyre pour s'en rendre maîtres, les Péloponésiens, ne voyant
venir cl'Athènes aucun.héraut, Ievèrent le siége et pénétrèrent
en Attique, quatre-vingts jours après I'entrée des Thébains à
Platée, et au moment ori la moisson était en pleine maturité.
Archidamos, fils de Zeuxidamos et roi de Lacédémone, les com-
mandait. Ils campèrent cl'aborcl près d'Éleusis, dans la plaine
cle Thria, ravagèrent la contrée et temportèrent un léger avan-
tage sur la cavalerie athénienne dans i'endroit appelé les Rhites.
Ensuite ils s'avancèrent, en laissant à droite le mont Égaléos,
traversèrent Cro;ries et atteignirent âcharnes, le plus grantl
cles tlèmes de I'Attique r. Ils y campèrent et étendirent leurs
raYages sur les environs.
XX. En prenant position près d.'Acharnes en ordre de bataille,
sans descendre encore dans la plaine, Archidamos espérait,
ilit-on, que les Athéniens, fiers de leur nombreuse jeunesse et
parfaitement préparés, sortiraient peut-être, et n'assisteraient
pas tle sang-froicl à la clévastation ile leur territoire. Ne les
ayant rencontrés ni à Éleusis ni dans la plaine de Thria, il vou-
lut voir si, en s'établissant près d'Acharnes, il ne les attirerait
pas en rase campagne. L'endroit lui paraissait favorable pour
y asseoir un camp. II pensait que les Acharniens, formant une
portion notable de l'État, puisqu'ils fournissaient trois mille
hoplites, ne laisseraient pas dévaster leurs terres, mais qulils
entraineraient la masse au combat. Enfin, si les Athéniens ne
s'opposaient pas à cette invasion, rien n'empècherait de rava-
ger la plaine et de pousser même jusqu'à la ville ; car il était
peu probable que les Acharniens, après la ruine de leurs pro-
priétés, misseni la même ardeur à cléfendre celles des autres; il
èn résulterait de la désunion. C'est là ce qui retenait Archida-
mos aux environs d'Acharnes.
XXI. Tant que I'armée était restée près d'Éleusis et dans la
88 cunnnr ou PÉtoPonÈsu.

plaine ile Thria, les Athéniens avaient espéré qu'eJle n'irait pas
plus loin. Ils-se souvenaient que Plistoanax, fils ile Pausanias
et roi des Lacédémoniens, lorsqu'il avait envahi I'Attique qua-
torze ans evant Ia guerre actuelle, s'était avancé jusqu'à Éleu-
sis et à Thria, mais qu'il avait rebroussé sans passer outre, ce
qui I'aveit fait bannir de Sparte, parce qu'on croyait qu'il avait
ieçu de I'argent pour battre en retraite | ; quancl ils virent I'en-
nemi campé devant Acharnes, à soixante stacles d''Athènes, ils
perdirent patience. Le spectacle de leurs campagnes ravagdes
sous leurs yeux, spectacle nouveau pour les jeunes gens et
même pour les vieillarcls depuis les guerres médiques, les fai-
sait frémir de rage. Tous, et principalement la jeunesse, deman-
daient à venger cet affront. Des groupes se formaient, on dis-
putait avec vivacité, les uns pour, les autres contre I'appel aux
armes. Les devins chantaient toute sorte d'oracles, que chacun
écoutait sous I'empire de sa passion. Les Acharniens, qui se
considdraient comme une fraction importante de la république,
voyant leur territoire dévasté, demandaient à grands cris qu'on
se mtt en campagne. L'exaspération était au comble; on jetait
feu et flammes confte Périclès ; on oubliait ses avis précédents,
on le taxait cle lâcheté, parce qu'étant général il refusait de
combattre; enfin on le regartlait comme i'auteur de tous les
maux.
XXII. Pdriclès, s'apercevant que les Athéniens étaient aigris
par les événements et que I'opinion était égarée, convaincu
d'ailleurs qu'il avait raison de s'opposer à toute sorlie, D€ coll-
voquait ni assemblée ni réunion quelconque, de peur que le
peuple ne fit gueique imprudence, s'il ne prenait conseil que de
son courroux. II se contentait de garder Ia ville et d'y mainte-
nir autant qu'il le pouvait la tranquillité; mais iI expédiait
journellement des cavaliers, pour empêcher les coureurs enne-
mis d'infester les environs d'Athèncs. Il y eut même à Phrygies
un léger engagement èntre la cavalerie béotienue et un esca-
tlron athénien, appuyé par des Thessaliens. Les Âthéniens sou-
tinrent le combat sans désavantage, jusqu'au moment oùr I'en-
nemi reçut un renfort d'hoplites, qui les força de sc replier avec
quelque perte; toutefois ils enlevèrent leurs morts le jour même
sans composition t. Le lendemain, Ies Pélopondsiens érigèrent
un trophée. Ces auxiliaires thessaliens étaient venus en vertu
de I'ancien pacte avec Athènes !; Ieur troupe se composait de
Larisséens, de Pharsaliens 5, de Cranoniens, de Pyrasiens, de
Gyrtoniens et de Phéréens. A leur tête se trouvaient Polyrnédès
v -- - - -

LIVRE II.
et Aristonoos, tous ùeux de Larisse, mais.de factions opposées,
et Ménon de Pharsale. Chaque ville avait son chôf parti-
culier.
XXIII. Les Péloponésiens , voyant les Athéniens ddter-
rninds à reluser le combat, partirent d'Acharnes et ravagèrent
quelques autres dêmes situés entre ies monts parnès et Briles-
sos. Ils étaient encore en Attique, lorsque les Athéniens en-
voyèrent autour duPdloponèse les cent vaisseaux qu'ils avaient
équipds, et qui portaient mille hoplites et quatre cènts archers.
Les commandants de cette flotte étaient Carcinos fils de Xéno-
timos, Protéas fils d'Épiclès, et Socratès fils il'Antigénès. Ils
rnirent à la voile. avec cet armement pour faire le tour du pdlo-
ponèse. Les Péloponésiens restèrent en Attique aussi longtemps
qu'ils eurent des vivres; ensuite ils opérèrent leur retraite par
la Béotie, et non par la route qu'ils avaient suivie au moment
de I'invasion t. En passant devant Oropos, iis ravagèrent la
contrée qui porte le nom cle Pdraîque e et qui appartient aux
Oropiens, sujets des Athénielrs. De retour dans le Péloponèse,
ils se séparèrent et chacun regagna ses foyers.
XXm. Après leur départ, les Athéniens établirent, sur terre
et sur mer, un système de défense pour toute la durée de la
guerre. On décréta qu'une somme de mille talents serait préle-
vée sur le trésor de I'acropole et mise en rdserve, et que le sur-
plus serait appliqué aux clépenses de la guerre. Il y eut peine de
mort pour quicorrque ferait ou mettrait aux voix la proposition
de toucher à cet argent, à moins que la ville ne fùt menacée
par une flotte ennemie et dans un danger imminent. On décréta
pareillement qu'on tiendrait en réserve cent trirèmes, choisies
chaque année parmi les meilleures, avec leuts triérarques t, pour
u'être employées qu'avec I'argent du trésor et pour Ia même
éventualité, c'est-à-dire en cas d'urgence.
XXY. Les Athéniens qui montaient les cent vaisseaux envoyds
autour clu Péloponèse avaient été rejoints par cinquante bâti-
ments cle Corcyre et par quelques autres alliés de ces parages.
Ils dévastèrent divers points rlu littoral, et en particulier ils
firent une descente à Méthone en Laconie. Déjà ils assaillaient
la muraille, qui était faible et clépourvue de cléfenseurs; mais,
dans les environs, se trouvait alors le Spartiate Brasidas flls
de Tellis, avec un corpsde troupes. Avertidu danger, il se porta
au secours de la place à la tête d'une centaine d'boplites; et,
traversant à la course I'armée athénienne, qui était éparse dans
la campagne et distraite par les travaux du siége, il se jeta dans
I

90 GUERRE DU PÉIOPONÈSE.

Méthone, sans perte sensible. Il sauva ainsi la ville et dut à ce


trait de bravouie tl'être Ie premier qui, dans ie cours de cette
guerre, obtint des éloges à-Sparte.
Les Athéniens repriient la mer et, côtoyant le rivage, aI-
lèrent descendre en Élide, non loin de Phéa, clont iis ravagèrent
le territoire pentlant cleux jours.Ils battirent trois cents hommes
I
choisis de I'illide-Creuse et quelques habitants du voisinage,
sujets des Éléens, qui étaient venus les attaquer. Surpris par
oo orugu s}r cette côte sunr port, la plupart- des Atheniens se
rembar-quèient et, iloublant le promontoire lchthys, gagnèrent
le port àe phéa. Dans I'intervalle, les Messéniens et quelques
aof*.r qui n'avaient pu monter sur les vaisseaux s'aYancèrent
par terie jusqu'à Phéa et s'en rendirent maltres' La flotte,
àprès avoii doubid le cap, les prit à bord et gagll le large en
aiandonnant la place, aù s.cou.s cle laquelle les liléens étaient
arrivés en force. Les Àthéniens continuèrent à suivre Ie rivage
et tlévastèrenb d'autres endroits.
XXW. Yers la même époque, les Athéniens enYoyèrent sur
les côtes cle Locride trenfe vaisseaux destinés à protéger l'Eu-
bée. Leur chef était cléopompos fils de clinias. Il opéra des
descentes, ïavagea divers points clu littoral.' s'empara cle Thro-
nion orl il prit cles otages, et défrt à Alopé un corps cle Locriens
- essaya de lui résister.
qui
XXVI|. Dans ce même été, les Athéniens expulsèrent les ha-
bitants d'Égine, hommes, fernmes et enfants. Ils les accusaient
d,avoir étél,ne des principales causes cle Ia guerre; d'ailleurs,
Êgine avoisinant le-Pélop-onèse, il leur semblait_pruclent il'oc-
tùf.t eux-mêmes cette île. Ils y envoyère1t .dgnc, quelque
teàps après, une colonie athénienne r. Aux Éginètes expul#s
les iacéûémoniens cérlèrent la ville et le territoire de Thyréa,
en haine tles Athéniens, comme aussi en reconnaissance d'es ser-
vices que les Éginètes avaient rendus à Lacédémone lors du
g.
trembliment cle terre et rlu soulèvement des Ilotes La Thy-
réatide est située sur les con{ins de I'argolide et de Ia Laconie ;
elle s'étend, jusqu'à la mer. un certain nombre d'Êginètes s'éta-
blirent en ôe iieu; les autres se clispersèrent dans toute Ia
Grèce.
XXVIU. Le même été, à l'époque de la pleine lune, seul
moment orl ce phénomène paraisse possible, le soleil s'éclipsa
après midi et iemplit de nouveau son disque, apr.ès.avoir pris
lâ forme d'un croissant et laissé percer quelques étoilesr.
XXIX. Ce fut encore dans ce même été que les Athéniens
LIYRE II. 9I
nommèrent proæene I et appelèrent chez eux ltAbcléritain Nyur-
phodoros fiis de Pythès, dont Sitalcès avait épousé la sæur, et
qui jouissait d'un grand crddit auprès de ce monarque. Ils I'a-
vaient jusque-là regardé comme leur ennemi; mais ils cédèrent
au clésir de gagner I'amitié de $italcès, fils tle Tdrès et roi des
Thraces. Ce Térès, père de Sitalcès, fut le fondateur de I'empire
iles Odryses, dont il étendit la domination sur la majeure partie
de la Thrace, quoiqu'un grancl nombre cle Thraces soient encore
indépenclants. Ce même Térès n'a rien de commun avec Téréus,
mari de Procné, fille de Pandion roi tl'Athènes. Ils n'étaient
point de la même Thrace. Téréus habitait à Daulis , dans le
pays aujourcl'hui dppele Phocide et peuplé jadis par des Thraces.
C'est Ià que les femmes commirent leur attentat contre ltys e ;
d'ou vient que plusieurs poëtes, en parlant du rossignol, I'ont
nommé l'oiseaw de Daulis 5. D'aiileurs iI est vraisemblable que
Pantlion chercha un gendre qui, voisin de lui, pùt clonner ou
recevoir promptement du secours, et ne s'adressa pas aux
Odryses, séparés par bien des journées de chemin. Térès, clont
le nom même diffère de Téréus, fut le premier roi puissant
tles Odryses. C'est ayec son fils Sitalcès que les Athéniens firent
alliance, afin qu'il les aidât à réduire Perdiccas et les villes clu
littoral de Ia Thrace. Nymphodoros vint à Athènes, traita pour
Sitalcès et obtint le droit de cité en faveur cle Satlocos, fils tle
ce prince. II promit de faire cesser la guerre de Thrace et
cl'engager Sitalcès à envoyer aux Athéniens des cavaliers et des
peltastes cle ce pays. Il réconcilia aussi Perdiccas avec les
Àthéniens en les deciclant à lui rendre Thermé. A I'instant Per-
diccas marcha contre les Chalcicléens, de concert avec les
Athéniens et avec Phormion. C'est ainsi que Sitalcès, fils de
Térès et roi iles Thraces, d.evint l'allié des Athéniens, de même
que Periliccas, fils d'Aiexandre et roi de Macétloine.
XXX. Cepend,ant les Àlhéùiens, ayec leurs cent vaisseaux,
croisaient autour du Péloponèse. Ils s'emparèrent cle Solliont,
place qui appartenait aux Corinthiens, et Ia donnèrent avec son
territoire aux Paléréens, à I'exclusion des autres Acarnaniens
Ils prirent aussi d'assaut Astacos, en chassèrent le tyran Éval
chos et firent entrer cette ville dans leur ailiance. De là ils cin
glèrent vers Céphallénie, qu'ils réduisirent sans combat. Cette
lle est située dans le voisinage de l'Acarnanie et de Leucade;
elle renferme quatre villes, qui sont celles cles Paléens, tles Cra-
niens, cles Saméens et des Pronnéens. Bientôt après la flotte
reprit la route d'Athènes.
92 GUERRE DU PÉLoPoNÈsT.
xxxl. L'automne finissait, rorsque ]es athéniens en corps de
nation., citoycns. et métèqles, envàhirent la Mégariile sous Ia
conduite de Pdriclès fils de xanthippos. Les cenivaisseaux.qui
avaient fait le tour du péloponèse là trouvaient alors e ngii..
Dès qu'on apprit sur cette flotte que ceux de la ville étaieit
en
m.as.se à Mégare, on fit voile pour les rejoinrrre. Jamais
armde
athénienne n'avait présenté un si magnifiqoe coup d'æil. La
ville était alors dans tout son éclat et n-aoaù pas encore souf-
fert dera peste. Les Athéniens à eux seuls ne comptaient pas
moins de dix mille hoplites, non compris les trois mitte quiïs-
siégeaient Potidée. Les. métèques falsant le service d,hôpttes
étaient près de trois m-ille; à quoi il faut ajouter la troupe, fort
considérable, des soldats armds à la légèr:e, Après qu;on eut
dévasté une bonne partie de la Mégandel on seietirJ. Dans la
suite et durant tout le cours ile ceite guerye, les Athéniens re-
nouvelèrent chaque année ces incursions en Mégaricle avec leurs
cavaliers ou avec toutes leurs forces, jusqu'au iroment ou Niséa
tomba en leur pouvoir (o).
xxxll. A la fin clu même été, les athéniens construisirent un
fort à atalante, île voisi'e des Locriens-opontiens et aupara-
vant déserte. Ils voulaient protéger I'Eubéâ contre les pirates
il'oponte et du reste de la iocride. Tels furent les évenements
quise_passêrent dans I'dté, depuis l'évacuation de I'Attique par
les Pélopouésiens.
xxxlll. L'hiver suivant, I'Acarnanien Évarchos obtint des
corinthiens qu'ils le ramenassent à Àstacos avec quarante vais-
seaux et quinze cents hoplites-, auxquels il adjoignit quelques
auxiliaires sou_cloyés par lui. a ta tête de cette expéiitioi étaient
Euphamidas fils d'Aristonymos, Timoxénos fils de Timocratès
et Eumachos fils de chrysis. Ils mirent à Ia voile et rdtablirent
Evarchos. après avoir inutilement essayd a. rou*.ii..!iurqo..
places maritimes de l'A.carnanie, ils repartirent pour
cirinthe.
Dans le trajet, ils touchèrent à céphallénie
et firent une clescente
chez les Craniens;
.mais, trompès par des poorpa.ter, àt uttu_
qugs à I'improviste, ils perdireni qoelqu., ho**.r,
se rembar-
quèrent précipitamment et opérèrént làur retraitu. '-- --
xxxlv. Le même hiver, les athéniens, contàrmdment à Ia
coutume
lo puyl, célébrèrent aux frais de r'Êtat les funlrailles
des pr.emières victimes de cette gue*e r. voici .o q"oironrrrte
la cérémouie. 0n expose res ossJments des toott, ioïs ooà
trote
(.r) Voyez liv. IV, chap. r,xvr.
LIVRE II. 93

dressée trois jours d.'avance, et chacun apporte ses offrancles à


celui qu'il a perdu. Quancl vient le moment du convoi, des
chars amènent des cercueils de cyprès, un pour chaque tribu;
les ossements y sont placés d'après Ia tribu clont les morts fai-
saient partie. Un lit vide, couvert tle tentures, est porté en l'hon-
neur des inuisibles, c'est-à-dire de ceux dont les corps n'ont pu
être retrouvés. Tout citoyen ou étranger est libre de sejoindre
au cortége. Les parentes viennenb auprès du tombeau faire
entendre Ieurs lamentations. Les cercueils sont déposés au monu-
ment public, dans le plus beau faubourg de la villee. C'est tou-
jours là qu'on enterre ceux qui ont perdu la vie dans les com-
bats; les guerriers ile N{arathon furent seuls exceptés : leur
vaillance incomparable les fit juger dignes d'être inhumés dans
le lieu même ou ils avaient trouvé Ia mort 5. Dès que les osse-
meûts ont été recouverts de terre, un orateur, choisi par la
république parmi les hommes les plus habiles et les plus consi-
tlérés, prononce un éIoge digne de ia circonstanoe; après quoi
I'on so sépare. Telle est Ia cérémonie des funérailles; I'usage
en fut régulièrement observé dans tout le cours de la guerre, à
mesure que I'occasion s'en présenta. Cette fois, ce fui Périclès
fils de Xanthippos qui fut chargé de porter la parole. Quand
lc moment fut venu, il s'avança vers une estrade élevée, d'ori
sa voix pouvait s'entenclre au loin, et il prononça le discours
suivant :
XXXY. c La plupart des orateurs qui m'ont,précédé à cette
tribune, ont fait l'éloge du citoyen qui a ajouté à la loi ce dis-
cours sur les victimes de la guerre, (:omme étant un hommage
renilu à leur tombeau t. Quant à moi, il m'ett semblé prdféra-
ble qutune vaillance qui s'est manifestée par des faits ftt seu-
lement honorée par des faits comme sont les pompes déployées
par I'Etat pour ces funérailles, plutôt que d'exposer la renom-
mée dtun si grand nombre d'hommes au talent oratoire d'un
seul. Rien n'est pius malaisé que de garder.une juste mesrrre
dans un sujet ou la vdrité est appréciée si diversement. L'au-
cliteur bien informé et favorablement prévenu trouve le clis-
cours peu d'accord avec ce qu'il sait et ce qu'il ddsire, tan-
dis que celui qui ignore les faits estime par jalousie qu'il y a
exagdration dans tout ce qui excède sa propre portée. On ue
tolère la louange cl'autrui qu'autant qu'on se crJit capable tle
faire soi-méme ce qu'on.entend Iouer; passé cette limite, I'en-
vie provoque I'incrèduiité. Néanmoins, puisque cette institution
a été j':gée bonne par nos pères, je dois me conformer à la loi
GUERRI] DU PÉTOPONÈSE.

et tâcher de rdpondre cle mon mieux aux væux e! a I'attente de


chacun de vous.
XXXU. c Je commencerai par nos ancêtres; c'est à eux
qu'appartient la première place dans ces augustes souvenirs.
s cette contrde que la même race d'hommis a toujours habi-
.
tée, ils nous I'ont transmise constamment libre, grâ.e à leur
valeur. aussi ont-ils droit à nos éloges, mais noi fères encore
plus; car à I'héritage_qu'ils avaient-reçu ils ont afouté Ia puis-
sance que nous possédons et, à force de travaux, Iront tésuée à
la génération présente I et nous, dans la vigueur de l'âgel nous
avons encore étendu cet empire et mis notre ville sur là pied le
plus_respectable pour la guerre comme pour la paix.
<r Les combats et les_ exploits qui nous ont
valu-ces conquêtes,
le courage avec^lequel, nous ou nos pères, nous avonsrepoussé
-Grecs,
les agressions des barbares ou des je les purrurâi ,oos
silence, ne voulant pas m'étendre sur un-sujet qui vous est
connu. Mais le regime qui nous a fait pa.rvenir à ce degré de
puissance, les institutions et les mæurs qui ont rendu notri ville
si florissante, c'est là ce que j'erposerai d'abord, avant de pas-
ser à l'éioge de rros gueniers, persuadé qu'un tel examen n'est
point ici hors de saison, e-t uu9 la foule entière cles citoyens et
des étrangers est intéressée à l'entendre.
xxxvll. ( La constitution qui nous régit n'a rien à envier
aux autres peuples; elle leur sert de modèle et ne ies imite
poil.l. Elle a reçu le nom de démocratie, parce que son but est
I'utitité du plus grand nombre et non -celle cliune minorité.
Pour les affaires privées tous sont égaux devant la loi mais Ia
;
consiclération ne s'ac_corde qu'à ceux qui se rlistingûent par
quelque talent. c'est le mérite personnel, bien plus qie tes d-is-
tinctions sociales, qui fraye la voie des honneurs.^Aucun ci-
toyen capable de servir la patrie n'en est empêché par I'inili-
gence ou par l'obscurité de sa condition.
< Libres dans notre vie publique, nous ne sc.rtons
pas avec
u:re curiosité soupçonneuse la concluite particulière de nos con-
citoyens; nous ne les blâmons pas cle rechercher quelque plai-
sir I nous n'avons pas pour eux de ces regards impràbatàurs qui
blessent, s'ils ne frappent pas.
< Malgré cette tolérance dans le commerce de la
vie. nous
savons respecter ce qui touche à I'orilre public; nous ,o*m.,
pleins de soumission envers les autorites etauties, ainsi qu'en-
v.ers les lois, surtout envers celles qui ont pour oblet la protec-
tion iles faibles, eI celles qui, pou] n'être'pas écrites, ne lais-
II.
LIVRE 95

sent pas cl'attirer à ceux qui les transgressent un blâme


universel.
XXXYIII. < Nous ayons ménagé à I'esprit cles tlélassements
sans nombre, soit par des jeux et tles sacrifices périoiliques,
soit, dans l'intérieur de nos maisons, par une élégance dont le
charme journalier dissipe les tristesses cle la vie. La grandeur
de notrè ville fait afiluer dans son sein les trésors tle toute
la tene, et nous jouissons aussi complétement des protluits
notre sol.
-r ile ceux de
étrangers que
XXkX. Quant à I'apprentissage tle ia guerre' nous l'em-
portons en plusieurs points sur nos rivaux. Notre ville n'est
iermée à peisonne ; il n'y a point ile loi qui, chez nous, écarte
les étran[ers d'une étude ou d'un spectacle dont nos ennemis
pourraient profiter. C'est qu'à I'heure du danger, nous comptons
moins ,or ies préparatifs, sur cles stratagèmes prémédités, que
sur notre courage naturel. Dtautres, par un laborieux exercice
commencé 6ès l;enfance, se font 6e la bravoure une vertu d'é-
ducation; nous, au contraire, sans nous astreinclre à cle rucles
fatigues, nous allrontons les perils avec une égale intrépidité.
Et là preuve, c'est que les Lacéclémoniens ne se mettent jamais
en campagne contie nous Sans se faire suivre de tous leurs
alliés; tindis que nous, pénétrant seuls chez nos ennemis, notts
triomphons, sins trop cle peine, de peuples qui tléfendent leurs
propres
- foyers.
a-D'ailleurs aucun ennemi ne s'est encoTe meSuré contre tOu-
tes nos forces, dont une partie est toujours distraite par les
exigences de notre marine et par l'envoi de nos troupes sur
ctivérs points clu continent. Et néanmoins, nos adversaires ontr
ils quelque engagernent avec une fraction de notre armée :
vainqueùrs, ilsie vantent tle nous avoir tous défaits; Yaincus'
ils piétendent n'avoir cédé qu'à nos forces réunies.
< Et quanit il serait Yrai que nous aimons mieux nous former
à la vaiilance par une vie facile que par un exercice pénible, à
I'aide des mæurs plutôt que cles lois, toujours est-il que nous
avons I'avantage d.e ne pâs nous tourmenter dtavance des peineS
à venir, et que, au moment tle l'épreuve' nous ne nous montrons
pas pour cdla moins braves que ceux tlont la vie est un travail
sans ûn.
XL. c Mais ce ne sont pas là nos seuls titres de gloire. Nous
excellons à concilier le goùt rle l'éIégance avec la simplicité, la
culture de I'esprit avec I'énergie. Nous nous servons de nos
richesses, non pour briller, mais pour agir. Chez nous, ce n'est
96 GUERRE DU PÉLOPONÈSS.

pas une honte que d'avouer sa pauvreté I ce. {}i e-n est une,
ô'est te ne rien faire pour en sortir. 0n voit ici les mêmes
hommes soigner à Ia fois leurs propres intérêts et ceux tle I'E-
tat, tle simples artisans entendre suffisamment les questions
politiques. C'est que nous regardons le_citoyen étranger aux
âffaires publiques. non comme un ami du repos, mais comme
un être inutile. Nous savons et découvrir par nous-mêmes et
juger sainement ce qui convient à l'État; nous ne croyons pas
que la parole nuise à I'action; ce qui nous paraÎt nuisible, c'est
tle ne pas s'éclairer par Ia discussion. Avant que d'agir nous
savons allier aclmirablement le calme cle la rdflexion avec la
tdmérité de I'auclace ; chez d'autres, Ia hardiesse est I'effet de
I'ignorance et I'irrésolution celui du raisonnement. 0r il est
juste de clécerner la palme du courage à ceux qui, connaissant
mieux que personne les charmes de la paix, ne reculent cepen-
dant point devant les hasatds de la guerre.
c Pour ce qui tient aux bons offices, nous offrons encol'e
un frappant contraste avec les autres nations. Ce n'est pas
en receyant, c'est en accordanÈ des bient'aits, que nous ac-
quérons des amis. Or l'amitié tlu bienfaiteur est plus solide,
parce qu'il est intéressé à ne_ pas laisser perclre le fruit d'une
reconnaissance qui lui est tlue : tandis que I'obligé a moins
d'ardeur, parce qu'il sait que, de sa part, un service rendu est
I'acquittement d'une clette plutôt qu'un mdrite. Nous obligeons
sans calcul ni arrière-pensée, mais avec une confiante généro-
sité.
XLI. r En résumé, j'ose le tlire, Athènes, prise dans son en-
semble, est l'école de Ia Grèce ; et, si I'on consiclère les indivi-
dus, on reconnaîtra que, chez nous, le même homme se prête
ayec une extrême souplesse aux situations les plus diverses.
r Pour se convaincie gue mon langage n'est pas ilicté par
une vaine jactance, mais qu'il est I'expression de la vérité, il
suffit d'envisager la puissance que ces qualités diverses nous
ont acquise. Seule de toutes les villes existantes, Athènes, mise
à l'épreuve, se trouve supérieure à sa renommée ; seule elle
peut combattre un ennemi sans qu'il s'irrite tle sa iléfaite, et
commancler à des sujets sans qu'ils se plaignent tl'avoir c['in-
ilignes souverains
< Cette grantleur de notre. république est atteslée par les plus
éclatants témoignages, qui nous vaudront I'admiration de la
' postérité aussi bien que cle la génération présente, sans qu'il
soit besoin pour cela ni des louanges d'un Homère, ni d'une
LIVRE II. 97

poésie qui pourra charmer passagèrement les oreilles, mais


rlont les mensonges seront démentis par la réalité des faits.
Nous avons forcé toutes les terres et toutes les mers à devenir
accessibles à notre audace; partout nous avons laissé des mo-
numents impérissables de nos succès ou de nos revers.
< Telle est donc cette patrie, pour laquelle ces guerriers sont
morts héroïquement plutôt que de se la laisser ravir, et pour
laquelle aussi tous ceux qui leur survivent doivent se dévouer
et souffrir.
XLU. c Si je me suis étendu sur les louanges de notre ville,
c'est pour bien constater que la partie n'est pas égale entre nous
et les peuples qui ne jouissent pas de semblables avantages;
c'est aussi pour appuyer sur iles preuves non équivoques l'éIoge
des guerriers qui font I'objet ile ce tliscours.
c A cet égard, ma tâche est à peu près accomplie ; car tout
ce que j'ai exalté dans notre république est dt à leurs vertus
et à celles de leurs pareils. Il est bien peu cle Grecs auxquels on
puisse donner cles louanges si légitimes. Rien n'est plus propre
à mettre en relief le mérite d'un homme que cette fin glorieuse
qui, chez eux, a été la révélation et le couronnement de la
valeur.
c Ceur qui, à d'autres égarcls, sont moins recommandables,
ont raison tle s'immoler clans les combats pour leur pays ; ils elfa-
cent ainsi le mal par le bien, ils rachètent par leurs services
publics les torts de leur contluite privtie. Mais tei n'a point été
le mobile de nos héros. Nul d'entre eux n'a faibli par le ilé-
'sir ile jouir pius longtemps de Ia fortune; nul, dans I'espoir
d'échapper à I'indigence et de s'enrichir, n'a voulu ajourner
I'heure tlu danger ; mais, clésirant par-ilessus tout punir tl'in-
justes arlversaires, et regardant cette lutte comme la plus glo-
rieuse, ils ont youlu, à ce prix, satisfaire tout à la fois leur
yengeance et leurs væux. Ils ont livré à I'espérance la perspec-
tive incertaine de la victoire ; mais ils se sont réservé la plus
forte par[ du péLil. Préférant se venger et mourir, plutôt que
.tle céderpour sauver leur vie, ils ont repoussé la flétrissure de
leur mémoire, bravé les chances du combat; et, dans un ra-
picle moment, ils sont sortis de la vie au plus fort de la gloire,
non à I'instant de Ia crainte.
XtIil. rr C'est ainsi que ces guerriers se sont montrés les clignes
enfants de la patrie. Quant à vous qui leur surviYez, souhaÏtez
que vos jours soient plus heureusement préservés, mais tldployez
ioutre lôs ennemis le nrème hdroîsme. Ne Yous bornez pas à
lsucrrruc.
98 GUFIRRE DU PÉLOPOTqÈST.
à la cléfense tlu pays et au
exalter en paloles les biens attachés
châtimenttleceuxquil'attaquent,-bierrsqu,ilestsuperflutl'ex-
oorrt ici,puisque vous les connaissez
d'e reste'
- mais contem-
la puissance de notre
;i;;;;;ôt fÀt, dans toute sa splendeur' e[' quancl vous
république; nounrssez-en votre éuthousiasme ;
;i##;ilË;J;;;',dévoueùentf que c'est à force ffintrépiilité'
de prudence et de
'ong" que ces héros I'ont élevée si
il,ir.ïiil;; Ë;;cès n'ait pas toujours co_uronné le.urs eË
louiu frusirer Aihènes de leur vaillance
forts, ils n'ont pas ;

mais ils lui ont payé le plus magnifi-que


tribut' En s'iutmolant
uie *ôire immortelle et trouvé
il; l; put.i., irt .ti icqt'is dans la tombe oir ils re'posent'
un superbe mausolée, -oio' tle leurs exploits' Les
que dans le souvenir toujours- vivant
nommesillustresootpoo'tombeaulaterreentière.Non.seuie-
ment leur pays conseive leurs noms gravés
sur des colonnes'
mais, iusque ouot'ùl tàgi9"1 les pluJlointaines'à défaut.d'9pi:
irpuË, rt runo*mée ereuË a leur mémoire un monument im'
'ï;;ôtenant
matériel.
donc aujo-u1d'hui,pour moclèle et plaçant le
bonheur tlans la file"tA, ta tiberté ilans le courage'-
ne reculez
pas les malheu-
pas tlevant tes trasards dÀ tu*luts' Ce ne sont
il\ p.iu,it a" r'.tpàt*nce d'un meilleurquisort' qui ont le plus
encore à perclre
âi-tËJoo ae ,u."inri il"t vie,lmais ceux ont
avantages' Pour
*i à qoi uo t.ou"* lcut ravi" d.e precieux de faiblesse est
l,homme de ,æor,-iùfÀinotioo qui suit un acte
plus poignante que oette mort ôo'ol ne sent pas' lorsqu'elle
aunt- ru- fottt le gire*ier animé par
I'espérance
it;;ff.ôp*
commune.
en-
XLIY. a Aussi n'est'ce pas iles larmes' mais plutôt.cles Ils
couragements que jt utot ofirir aux pères qui m'écoutent'
,rt'g;ai au milieu des vicissitutles delos la vie,
savent, eur qui fiIs'
que le bonheur est pour ceux qur ontiennentt comme
i"-É" r"ïiot grotiu,ite ou' oom-me Yous' le tleuil leplus glo-
de Ia féli-
rieux, et pour q"i i; t.t;e de la vie est la mesure
cité.
c Je sais quil est diffrcile de vous persuatler;
tT-:?:l::ll^'
vous Joursslez na-
bonheur d,aùtrui vous Tappellera celui dont
des biens
g;;;;- Je sais que la douieur n'èst pas dans I'absence
ceux dont on
qu'on u'a pas .orrn*,-^uit A-**.la privatioS àe
tlans
s,était faitune d;;;; nalituae. Repreuez donc courage
i'ô;it e'"voir d'autresenfants' vous- à qli
1'âS:.
tt
l:lT-:l
les familles oeux qul
encore. De nouveaux fils remplaceront dans
LIVRE II. ' 99
ne sont plus; l'État y gagnera à la fois de réparer ses pertes
et rle voir garantir sa streté; car on ne saurait apporter dans
les délibérations le même patriotisme et la même sages6e,
lorsqu'on n'a pas, comme les autres , des enfants à exposer au
danger.
r Et vous qui approchez du terme rle la canière, considérez
comme un gain d'en avoir passé b plus granrle partie tlans le
bonheur. Songez que Ie reste sera court et allégé par la gloire
de vos enfants. La passion de I'honneur est la seule qui jamais
ne vieillisse I et, clans la caducité de l'âge, le seul plaisir n'est
pas, comme on le prétentl, d'amasser des richesses, mais de
commander le respect.
XLY. c Quant à vous ici présents, fils et frères de ces guer-
riers, j'entrevois pour vous une granile lutte. Cha.cun aime à
Iouer celui qui n'est plus; et c'est à peine si, à force de vail-
lance, vous serez placés, je ne dis pas à leur niveau, mais un
peu au-dessous. L'envie s'attache au mérite vivant , tandis
que la vertu qui a cessé de faire ombrage devient I'objet il'un
culte universel.
< Peut-être convient-il tle rappeler aux femmes récluites au
veuvage quels seront ddsormais leurs devoirs. Un seul mot me
suffira : qu'elles mettent leur gloire à se montrer fidèles au
caractère de leur sexe, et à acquérir auprès des bommes le
uoins de célébrité possible, soit en bien soit en mal.
XLfl. a J'ai satisfait àla loi entlisant ceque je croyaisutile.
Des honneurs plus réels sont réseryés à ceux qu'on ensevelit
aujourrl'hui. Ils viennent d'en recevoir une partie; rle plus
leurs enfants seront, dès ce jour et jusqu'à leur adolescence,
dlevés aux dépens de la république. C'est une glorieuse cou-
ronne, offerte par elle aux victimes tle la guerre et à ceux qui
leur survivent; oar ià ou les plus grantls honneurs sont dé-
cernés à .la vaillance,Ià aussi se procluisent les hommes les plus
vaillants.
a Maintenantque chacun de vous se retire, aprèsavoir donné
des larmes à ceux qu'il a perdus.r
XLUI. Telles furent les fundraillescélébrées dans cethiver,
avec lequel finit la première année de la guerre. Dès le com-
mencement tle I'été (a), les Péloponésiens et leurs alliés, avec les
deux tiers tle leurs contingents, envahirent, comme I'année
précédente,'le territoire d.ei'Attique, sous la conduite d'Archi-

(a) Deurième année de la guerre, 430 ans av. J.G.


I00 GUERRE Du PÉroPoxÈsp.
damos, fils ile Zeuxid.amos et roi des tacéddnroniens. Ils y cam-
pèrent et y commirent quelques dégâts.
IIs étaient en Attique depuis peu de jours seulement lorsque
la peste se déclara dans Athènes r. Elle avait, dit-on, frappé
déjà plusieurs contrées, entre autres Lemnos; mais jamais on
n'avait entendu parler d'une si terrible épidémie. Les mddecins
n'étaient d'aucun secours, parce que, dans le principe, ils trai-
taient le mal sans le connaître. lls étaient eux-mèmes les pre-
mières victimes, à cause de leurs commûications avec les ma-
lades. Tous les moyens humains furent également impuissants;
en vain on fit d.es prières dans les temples, on consulta les ora-
cles, on eut recours à d'autres pratiques, tout fut inutile. On
linit par y renoncer et par céder à la violence du fléau.
XLVIII. Cette maladie commença, dit-on dans I'Ethiopie, au-
dessus de l'Égypte; de là elle étendit ses ravages sur l'É=
gypte, ia Libye et la majeure partie drs lltats du roi; puis
elle fonclit sur la ville d'Athènes et d'abord sur le Pirée, si
brusquement qu'on accusa les Péloponésiens d'avoir empoi-
sonné les puits, il n'y avai[ pas encore cle fontaines en ce
lieu, mais ce-fut rlans Ia ville haute que la mortalité fut la
-
plus grande.
Je laisse à chacun, mérlecrn ou noû, le soin d'exphquer I'ori-
gine probable tle ce fléau et de rechercher les causes capables
d'opérer une telle perturbation; je me bornerai à ddcrire les
caractères et les symptômes de cette maladie, afin qu'on puisse
;e mettre sur ses gardes, si jamais elle reparalt. J'en parlerai
en homme qui fui atteint lui-même et qui vit souffrir d'autres
personnes.
XLIX. On s'accordait à recounaltre que cette année avaitété
particulièrement exempte des maladies ordinaires I celles qui
venaient à se prod.uire finissaient toutes par celle-ci. En gé-
néral on était frappé sans aucun signe précurseur, mais àI'im-
proviste et en pleine santé. D'abord on ressentait de vives
chaleurs de tête; les yeux devenaient rouges et enflammés ; à
l'intérieur, le pbarynx et la langue paraissaient couleur de
sang; la respiration était imdguiière, I'haleine fétide. Venaient
ensuite I'éternument et I'enrouement. Bientôt le mal descendait
ilans la poitrine, accompagné d'une toux violente ; lorsqu'il
atteignait I'estomac, iI le soulevait avec des douleurs aiguès et
déterminait toutes les évacuations bilieuses qui ont été spéci-
f ées par les mddecius. La plupart des malades étaient saisis
d'un hoquet sans vomissements et tle fortes convulsions, qui
LtvRE rr. tOI
chez les unsne tartlaient pas àse calmeret qui se prolongeaient
r:hez tl'autres. A I'extérieur le corps n'était ni brtlant au tou-
cher ni blême; iI était rougeâtre, livicle, couvert tle petites
phlyctènes et il'ulcères ; mais la chaleur interne était telle
qu'on ne supportait pas même les vêtements les plus légers,
les couvertures les plus fines. Les malades réstaient nus et se
seraienb volontiers plongés dans lleau frôide, comme le firent
quelques malheureux qui, abandonnés à eux-mêmes et tlévo-
rés d'une soif ardente , se précipitèrent dans cles puits. Cette
soif était toujours la même , qu'on bùt peu ou beaucoup.
Le malaise, résultant de I'agitation et tle I'insomnie, ne lais-
sait point de relâche.
Tant que le mal était dans sa période tl'intensité, Ie corps,
loin tle clépérir, opposait à ses atteintes une résistance inatten-
due; en sorte que la plupart des malades conserYaient encore
queique vigueur lorsque, au bout de sept ou de neuf jours, ils
étaient emportés par I'inflammation intérieure; oubien, s'ils fran-
chissaient ce terme,Ie mal clescenilait dans les intestins, ety dé-
terminait de fortes ulcérations, suivies dtune diarrhée opiniâtre
et d'une atonie à iaquelle la plupart finissaient par succomber.
Ainsi la maladie, qui d'abortl avait son siége dans la tête, par-
courait graduellement tout le corps du haut en bas. Si I'on
dchappait aux accidents les plus graves, le mal frappait les
extrémités, qui, dans ce cas, gardaient les traces cle son pas-
sage; il attaquait les organes sexuels, les doigts des mains et
cles pieds. Plusieurs en furent quittes pour la perte de ces
membres, d'autres pour celle des yeux I d'autres en{Ïn étaient
totaiement privés de nrémoire et, en se relevant, ne reconnais-
saient ni
leurs proches ni eux-mêmes.
L. IIest impossible de dépeindre les mvages de ce fldau; il
sévissait avec une violenceirrésistible. Ce qui prouYe qu'il dif-
férait de toutes les affections connues, c'est que les animaux
carnassiers, oiseaux et quadrupèdes, ntapprochaient point cles
cadavres, quoiqu'il y en eùt une foule sans sépulture, oupéris-
saient dès qu'ils y avaient touché. 0n s'en aperçut ciairement
-d.isparition
à la tle ces animaux; on n'en voyait aucun autour
des corps morts ni ailleurs. Cette circonsta4ce était surtout
frappante à l'égarrl des chiens, accoutumés à vivre en société
avec I'homme.
LI. Tel était, pour laisser de côté les acciderids exceptionnels
et ies variétés dépendant des individus, ie caractère général
de cette épidémie. Aussi longtemps qu'elle régna, aucune des
102 GUERRE DU pÉropoxÈsu.

malatlies ordinaires ne se fit sentir, ou bien elles aboutissaient


toutes à celle-ci. Les uns mouraient sans secours, les autres
entourés cle soins. On ne trouva, pour ainsi dire, pas un seul
remède d'une efficacité reconnue; ce qui avait fait du bieu à
l'un faisait du mal à l'autre. Aucune constitution, forte ou
faible, ne mettait à l'abri ilu fléau ; il enlevait tout, quel que ftt
le traitement suivi.
Rien n'était plus fâcheux que I'abattement de ceux qui se
sentaient frappés. Àu lieu de se roirlir contre le mal, ils tom.
baient aussitôt dans le désespoir et dans une prostration com-
plète. La contagion se propageait par les soins mutuels, et les
hommes périssaient comme des troupeaux. Ctest Ià ce qui fit
le plus de victimes. Ceux qui,par crainte, voulaient se séques-
trer, mouraient ilans l'abandon; plusieurs maisons se dépeu-
plèrent ainsi, faute de secours. Si au contraire on approChait
des malades, on était soi-même atteint. Tel fut surtout le sort
de ceux qui se piquaient de courage; ils avaient honte de
s'épargner et allaient soigner leurs amis; car les parents eux-
mêmes, vaincus par I'excès du mal, avaient cessé d'être sen-
sibles aux plaintes des mourants. Les plus compatissants pour les
moribonilsetpourles malades étaient ceux qui avaient échappé
au trépas; ils avaient connu la soulfrance et ils se trouvaient
désormais à couvert, les rechutes n'étant pas mortelles. 0b-
jets de l'envie des autres, ils étaient, pour le moment, remplis
de joie, et nourrissaient pour I'avenir une vague espérance de
ne succomber à aucune autre maladie.
LII. Ce qui aggrava encore le fléau, ce fut.l'entassement des
campagnercls dans la ville. Les nouveaux venus eurent particu-
lièrement à souifrir. Ne trouvant plus de maisons clisponibles,
ils se logeaient, au cæur de l'été, dans des huttes privées d'air;
aussi mouraient-ils en foule. Les corps inanimés gisaient pêle-
mêle. 0n voyait iles infortunds se rouler dans les rues, autour
tle toutes les fontaines, à clemi morts et consumés par la soif.
Les lieux saints ou I'on campait étaient jonchés rle cadavres ;
oar les hommes, atterrés par I'immensité du mal, avaient perilu
le respect tles choses divines et sacrées. Toutes les coutumes
observées jusqu'ators pour les inhumations furent violées I on
etrtemait comme on pouvait. Les objets nécessaires aux funé-
railles étant devenus rares dans quelques familles, il y eut des
gens qui eurent recours à des moyens infâmes : les uns al-
laient déposer leurs morts sur cles bùchers qui ne leur appar-
tenaient pas, et. devançant ceux qui les avaient dressés, ils
LIVRE II. 103

y mettaient,le feu; d'autres, penclant qu'un premier cailavre


ùrtlait, jetaient le leur par-dessus et s'enfuyaient.
LIII. Cette malaclie donna ilans la ville le signal d'un autre
genre de désorclres. Chacun se livra plus librement à d.es excès
qu'il cachait naguère. A la vue d.e si brusques vicissitudes, de
riches qui mouraient subitement, de pauvres subitement enri-
chis, on ne pensait qu'à jouir et à jouir vite; la vie et la for-
tune paraissaient également précaires. Nul ne prenait la peine
de poursuivre un but honorable; car on ne savait si on vivrait
assez pour y parvenir. Allier Ie plaisir et le profit, voilà ce qui
ilevint beau et utile. On n'était retenu ni par la crainte des
ilieux ni par ce.lle'des lois. Depuis qu'on voyait tant de mond.e
périr indistinctement, on ne mettait plus aucune tlillérence
entre la piété et I'impiété1 d'ailleurs personne ne croyait pro-
longer ses jours jusqu'à la punition de ses crimes. Chacun
redoutait bien tlavantage I'arrêt déià prononcé contre lui et
suspendu sur sa tête; avant d'être atteint, on voulait gotter
au moins de la volupté.
LIY. Tels étaient les fléauxqui s'appesantissaientsur Abhènes :
au cledans la mortaiité, au dehors Ia dévastation. Dans le mal-
heur, selou I'usage, on se rappela une prétliction que les vieil-
lards prétenclaient avoir été chantée jatlis :

Yiendra la guerre dorienne et la peste avec elle'

A ce sujet, il s'éleva une contestation; quelques-uns soute-


naient que, dans ce vels, iI y avait anciennemegt, non pas lc
peste, mais ln faminet. Cependant le premier de ces mots
prévalut, comme de raison, à cause de la circonstance; les
hommes mettaient leurs souvenirs en harmonie avec leurs
maut. Mais quq jamais il s'allume une nouvelle guerre do-
rienner.accompagnée de famine, I'on ne manquera pas, je
pense, de préférer l'autre leçou. Les gens qui en avaient con-
aaissance se rappelaient aussi I'oracle rendu aux Lacédémo-
nienspar le dieu de Delphes, lorsque, interrogé par eux sur
I'oppoitunité de la guerre, il avait réponclu que, s'ils la faisaient
à outrance, ils auraient la victoire et que lui-même les secon'
cleraite. C'est ainsi qu'on cherchait à faire concorder l'oracle
avec les événements. Au reste Ia maladie commença immédia-
tement après I'entrée des Péloponésiens en Àttique; elle n'at-
taqua pas le PéIoponèse, au moins d'une manière sérieuse;
mais elte rlésola principalement Athènes et les endroits de
lo4 GUERRE Du pÉt.opoNÈsr.
I'Attique les plus peuplés. Telles furent les particularitds rera-
tives à la peste.
LY. Les Péloponésiens, après avoir dévasté la plaine, s'ayan-
cèrent dans le district nommé Paralost , jusqu'à Laurion, orl se
trouvent les mines d'argent cles Athéniens r. Ils ravagèrent
d'ab_ord la pqtig qui regarde le Péloponèse, ensuite celle qui
est du côté de I'Eubée et d'Andros. Périclès, qui était général,
pegai.t toujours, comme lors de la précddente. invasion,queles
Athéniens ne devaient faire aucune sortie.
LYI. Pendant que les ennemis étaient encore dans la plaine
et avant qu'ils eussent envahi le littoral, Périclès équipa cent
vaisseaux rlestinés à agir contre le Péloponè'se et mit à la voile
dès qu'ils furent prêts. Cette flotte portait quatre mille boplites
d'Athènes et trois cents cavaliers, embarqués sur iles transports
aménagds exprès et faits alors pour ia première fois avec de
vieux bâtiments. Cinquante vaisseaux tle Chios et de Lesbos se
joiguirent à I'expddition. Lorsque cette flotte appareilla, elle
laissait les Péloponésiens sur le littoral de I'Attique. Arrivés à
Épidaure dans le Péloponèse, les Àthéniens ravâgèrentla plus
grancle partie du pays et assaillirent la ville. Un instant ils
eurent I'espoir de- s'en emparer ; mais ils n'y réussirent pas. Ils
quittèrent donc Épidaure et allèrent dévaster les terres de
Trézène, des Haliens et d'Hermione, pals situés sur les côtes
du Pdloponèse. De là ils firent voile vers prasies, ville maritime
ile Laconie. Ils ravagèrent la contrde, prirent la place et la
mirent au pillage; après quoi ils rentrèrent dans-leur pays
et trouvèrent i'Attique évacuée par les Péloponésiens.
LnI. Tant que durèrent I'invasion des péloponésiens en
Attique et I'expéditionnavale des Atbéniens, lapeste ne cessa
d'exercer ses ravages dans la ville et sru Ia flotte. On a prétendu
que ia crainte accéléra la retraite des pélopon(piens, lorsqu'ils
apprirent par les transfuges que la maladie sdvissait dans
Athènes et qu'ils.virent de leurs yeux le grand nombre d.es
funérailles. Mais la vérité est que cette invasion fut la plus
Iongue et la plus désastreuse de toutes; car les ennemis ne
séjournèrent pas moins de quarante jours en Attique.
LYIll. Le même été, Hagnofi fils de Nicias et Cléopompos
lils de Clinias, collègues de Périclès, prirent avec eux le corps
cl'armée qu'avait commandd ce général, et sedirigèrent.contre
ies Chalcidéens de Thrace et contre Potidée, dont lô siége durait
encore. Dès leur arrivée, ils dressèrent des machines contre la
ville et mirent tout en æuyre pour s'en emparer I mais ils ne
LrYRE rr. 105

parvinrent ni à la prenclre ni à rien faire qÏi fùt digne iles


io.r., dont ils clispôsaient. La peste dclata dans I'armée avec
une violence telle que même lei trf[pes de la première expé-
àitioo, jusqu'alors p6in.s de santé,- furent infectées par le
,.rto* qo'Éugnoo avait amené. - Phormion et ses mille six
cents hommes n'étaient plus en chalcidique. - Haglon se rem-
barqua donc pour Athènes. Sur quatre mille hoplil;es-, il en
avaii pertlu par la peste quinze cents dans l'espace {e qu.a-
rante'jours r. L'anciËnne armée continua le siége de Potiilée-
-ifX] eprès la deuxième invasion des Péloponésiens, après
la peste qïi .n aggrava les ravages, il se fit une gr.alde révo-
]ution dans l'espriides Àthéniens-. Ils accusaientPériclès de les
ovoi. poussés à lu go.tte et d'être la cause de tons leurs
maux. Ils se montraËnt disposés à traiter avec les Lacédémo-
niens ; ils leur envoyèrent mêrne des député.s, mais sans succès'
Dans leur détresse,il, ,'.o prirent à Périclès' Lorsque celui'ci
s'aperçut qu'aigris par les ôirconstances ils réalisaient toutes
seJprôvisiàns,"il convoqua une assemblée; car iI était encore
général'. Son dessein éiait tle leur rendre courage' de calmer
Ëot .oottoux, enfin ile les ramener à plus de motlération et de
confiance. Il monta donc à la tribune et prononça le dlscours
suivan[ :
LX, ( Yotreirritation contre moi n'a rien qui me surprenue;
j'en connais les motifs. aussi vous ai-je rassemblés pouf vous
faire rentrer en vous:.mêmes, en vous ieprochant votre injuste
colère et votre découragement-
a pour ma part, j'estime que les individus sont
plus heureux,
dans une villè do;i I'ensemÉle prospère, que si l'intlividu Pros-
que soit son bien-être,
fÀre et l'État dépérit. L'indivicl_u, quel
i;u" àrtpur *oio* enveloppé dans Ie désastre de sa patrie;
tandis que, stil éprouv. aèt revers -pèrsonnel:: il,n, dun:-11
prospériié publique plus cle chances de salut. S'il est donc vrar
q". i'ft"t peot sopp'orter les infortunes de ses membres, mais
que ceux-ct o, p.ootnt supporter celles de l'Iitat, notre- devoir
i'est-il pas de nôus réunir'poo. sa cléfense ? Au lieu de cela,
vou" vôos laissez atterrer par Yos souffrances domestiques'
vous abandonnez le salut.où*uo, et vous me reprochez à moi
de vous avoir conseillé la guerr'e et à vous-mêmes d'avoir
partagé
- mon avis.
c Et pourtant vous attaquez en- ml p-ers-qnne un citoyen qut
le cède à nul autre qoana iI s'agit ïe discerner les intérêts
'e
p"nii.r et d'en être I'inierprète, d'aiileurs bon patriote et inac-
r06 cuERRE DU PÉLoPonÈse.

cessible à I'appât ilu gain. Avoir cles itlées sans le talenttleles


communiquer, autant vaudrait n'en point avoir. Supposez ces
deux mérites, si celui qùf les possècle est malintentionné pour
l'Etat, on ne saurait attendre de lui un avis salutaire I enfin
qu'il ait l'amour de la patrie, s'il n'y joint pas le désintéres-
sement, iI est capable de tout mettre à prix d.'argent. Si enfin
dhns la pensde que je réunissais plus que d'autres, n'importe
en quelle mesure, ces cliverses qualités, vous m'ayez cru lorsque
je vous ai conseillé la guerre, vous auriez tort de m'en faire un
crime aujourrl'hui.
LXI. a Lorsqu'on a Ie choix et quton est heureux, c'est une
insigne folie que d'entreprenclre la guerre; mais, si I'on est
placé dans i'alternative de subir immédiatemeut le joug de
l'étranger en lui céd.ant ou de tenter la fortune dans l)espoir
du triomphe, il y a moins de sagesse à fuir le péril qu'à le
braver.
a Pour moi, je suis toujours le même; je ne me cléclis pas.
C'egtvousqui variez, vous quipartagiez mon avis tlans la pros-
périté et {ui vous clémentez dans I'infortune. La faiblesse ile
votre entendement vous fait douter de la rectituile du mien.
Chacun de vous n'est sensible qu'à ses maux particuliers et
percl cle vue I'utiiité publique. Surpris parune grande etbrus-
que calamité, vous n'avez pas le cæur assez haut pour persé-
vérer dans vos résolutions primitives. Rien n'abat le courage
comme un mal imprévu, instantané, qui tléroute tous les cal-
culs. C'est là ce qui vous est arrivé par I'effet de cette maladie
jointe à yos autres souffrances. Cependant, citoyens d'une
puissante républiqne, élevés dans des institutions dignes d'elle,
votre devoir est d.e supporter les épreuves les plus pénibles,
plutôt que cle flétrir sa renommée; car les hommes ont autant
de mépris pour celui qui trahit iâchement sa propre gloire
que de haine pour quiconque s'anoge celie d'autrui. Imposez
donc silence à vos douleurs partioulières, pour ne yous préoc-
cuper que tlu salut cle I'État.
LXII. c Vous craignez que les fatigues de la guerre ne se
prolongent outre mesure, sans vous donner enfin la supério-
rité. Qu'il me suffise de vous répéter encore une fois que cette
crainte estmal fontlée. Mais je veux yous signalerunavantage
gue vous possédez pour I'extension de votre empire, avantage
auquel vous ne semblez pas donnersa juste valeur. Moi-même
j'ai négligé ile vous en entretenir dans mes discours précé-
dents, et aujourd'hui je ne vous présenterais pas ces réflexions
LIYRE II. I iJ7

tant soit peu ambitieuses, si je ne vous voyais en proie à un


ddcouragement exagéré.
< Yous croyez ne commander qu'àvos alliés: moi je soutiens
que des deui éléments à I'usage de l'homme, la terre et la mer,
1'un vous est pleinement assujetti dans toute I'étenclue que
vous en occupez, et plus loin encore, si yous le voulez. Avec la
marine clont vous disposez, il nty a ni grantl roi ni puissarrce
au monde qui soit capable rl'arrêter I'essor de vos flottes, C'est
là ce qui constitue votre force bien plus que ces maisons et ces
terres dont la perte vous paraît si cruelle. II n'est pourtant
pas raisonnable de regretter si amèrement des biens qui, en
regarrl cle votre empire, ne cloivent pas être plus estimés que
tle chétifs jardins ou tle vaines parures. Songez que la li-
berté, si nous Ia conservons par nos efforts, réparera facile-
ment toutes ces brèches; au lieu qu'en subissant la loi d,;
l'étranger, on compromet même ce qu'on possède.
c Nous ne devons pas en cela nous montrer moins braves
que nos pères, qui n'avaient pas hérité cle cet empire, mais
I'avaient gagnd parleurs travaux, et qui sont parvenus à nous
le transmettre. Or il est plus honteux de se laisser dépouiller
d'un bien acquis que d'échouer à sa poursuite.
c Marchez donc contre vos adversaires, non-seulement aver:
courage, mais encore avec dddain. Une ignorance heureuse
peut inspirer la fierté, même à un lâche ; mais le dédain n'ap-
partient qu'à celui gui a la conscience tle sa supériorité. Or ce
sentiment est le nôtre. A égalité de fortune, I'intelligence
puise ilans la sagesse de ses vues une audace bien plus as-
surée; elle se repose moins sur une espérance vacillante que
sur le sentiment d.e ses forces, qui lui permet d'envisager plus
nettement ltavenir.
Lxlil. c Ce respect universel que notre ville cloit à son empire
et tlont vous êtes si glorieux, votre tlevoir est de le maintenir
à tout prix , et tle ne pas renoncer eux fatigues, à moins de
renoncer aussi aux honneurs. Ne croyez pas que la question
soit uniquement de savoir si nous conserverons ou non ia li-
berté. il y a plus : il s'agit rle la perte de votre prééminence; il
s'agit des dangers qu'ont attirés sur vous les haines encourues
durant votre domination. Or il ne vous est plus possible tl'ab-
.diquer, Iors même que, par crainte et par amour du' repos,
vous seriez aujourd'hui portés à cet acte d'héroïsme. Il en est
de cette clomination comme de la tyrannie, clont il est injuste
de s'emparer et dangereux cle se dessaisir. Ceux qui yous le
108 cuERRs DU PÉtoPotriÈsr.
conseilleni, s'ils étaient écoutés, auraient bientôt conduit l'État
à sa ruine, en supposant même qu'ils fussent capables de main-
tenir la liberté. Le repos n'est assuré qu'à la condition de.
s'allier à I'dnergie : désastreux pour un État qui commancle,
il convient à un peuple sujet, auquel il garantit un paisible
esclavage.
LXIV. c Gardez-vous donc de vous laisser sécluire par de
tels citoyens. Après vous être prononcéu avec moi pour la
gueme, ne soyez pasirrités contre moi, bien que les ennemis,
envahissant votre territoire, vous aient fait suhir les maur
auxquels vous deviez yous attenclre du moment oir vous refu-
siez ile vous courber devant eux. La seule chose quton ne pou-
vait prévoir et qui est venue cléconcerter tous les calculs, c'est
cette malaclie, qui est pour beaucoup, je Ie sais, dans votre
déchaînement contre moi. En cela vous n'êtes pas justes, à
moins que vous ne vouliez m'attribuer aussi les succès im-
prévus que vous pouniez obtenir. II faut supporter avec rési-
gnation les maux que les dieux nous envoient et avec cou-
rage ceux qui nous viennent des ennemis. Telle était jadis la
maxime de notre république ; aujourd'hui ce tloit être encore
la vôtre.
c Songez que, si notre cité est parvenue au plus haut degré
de renommée, cela tientà ce qu'ellen'a pointcéilé à l'adversité;
à ce que, clans les combats, elle a tlépensé plus cle sang et d'ef-
forts qutaucune autre ville; enfin à ce qu'elle a su acquérir
la plus grande puissance qui fut jamais. Oui, lors même que
nous montrerions aujourd'hui quelque faiblesse, tout est
sujet à déchoir, le souvenir de cette puissance- subsistera
- la plus reculée. On clira que Grecs nous
jusqu'à la postérité
ayons eu en Grèce I'Empire le plus étendu; que nous avons fait
face aux ennemis les plus nombreux, soit réunis, soit séparés;
qu'enfin nous ayons habité la ville la plus opulente et la plus
illustrB.
c'Ces avantages, I'ami du repos pourra les contester; mais
Ithomnre d'action y verra un motif de rivalité. et celui qui ne
les possède pas, un objet tl'envie. Quant à la haine que vous
inspirez, elle a toujours été le partage de quiconque a pré-
tendu,à la tlomination. II y a sagesse à braver la haine dans
un noblc but; car Ia haine est de courte durée, tandis que la'
gloire, soit présente. soit à venir, est impérissable.
a Assurez-vous donc I'une et I'autre en yous ménageant dès
ce jour, par votre zèle, I'atlmiration des siècles futurs, et en
LIVRE II. IO9
évitant un désbonneur immécliat. N'envoyez point de héraut
aux Péloponésiens; ne yous montrez pas accabiés par vos souf-
frances actuelles. Ceux qui rdsistent Ie plus énergiquement à la
mauvaisefortune, peuples ou individus, sont les premiers entre
tous. I
LXY. Telles étaient les paroles par lesquelles pdriclès cher-
chait à désarmer le courroux des athéniens et à détournerleurs
esprits des calamités présentes. Le peuple céda à ses discours
et, renonçoant à toute nouvelle ambassade auprès des Lacédémo-
,
nlens, se passionna plus que jamais pour la guerre. Mais les
particuliers ne pouvaient prenilre leur parti- cle leur état de
malaise. T.e_ pauvre s'affligeait d'être privé ilu peu qu'il possé-
dait; les riches dtavoir perd.u leurs superbes domaines,-leurs
maisons, leurs meubles somptueux; tous d'avoir la guerre au
!9". 4r la paix. L'irritation ne s'apaisa que lorsqu,on eut mis
Périclès à l'amende; mais bientôtr pil une inconséquence
naturelle à la muititude, on le réélut général et on lui con-
fia le pouvoir suprême. c'est que les douleurs particurières
commençaient à stamortir et qu:on le regardait comme le seul
homme capable de faire face aux néceÀsités publiques. Tout
le temps qu'il fut à la t"ête tles affaires, durant ia paix, il
gouverna avec motlération, pourvut à la srlreté de I'Etat et
le lit parvenir au falte de la puissance; quancr la guerre éclata,
ce fut encore lui qui révéla aux Athéniôns le secret ile leurs
r0rce5.
Il survécut rleux ans et ilemi. Sa mort {it voir plus claire-
ment encore la justesse de ses calculs. Il avait dit aux Athéniens
que, s'ils restaient en repos et se contentaient de soigner leur
marine, sans chercher à étendre leur empire pendantla guerre
et.sans- exposer I'existence de la république, ils finiraient pa,
triompher. surtous ces points, ils firent-exactement l'inverse.
Pour satisfaire des ambitions et des cupidités privées, ils for-
mèrent, en dehors de la guene, rtes enireprisôs non moins fu-
nestes pour eux que pour leurs alliés. Les succès nrauraient
tourné qu'au profft et à l'honneur de quelques indiviclus,
tantlis que les revers entralnaient nécessaiiement la ruine de
I État.
La raison en est simple. Grâce à I'dlévation de son caractère,
à Ia profondeur cle ses vues, à son tlésintéressement sans bornes,
Périclès exerçait sur Athènes un incontestable ascendant. tl
restait libre tout en dirigeant la multitude. Ne devant son crédit
qu'à des moyens honnêtes, il n'avait pas besoin de flatter les
Tltucvunn. j
I l0 GUERRE DU PÉtoPonÈsr.

passions populaires I sa consitlération personnelle lui permet-


tait de les braver avec autorité. Yoyait-ilies Athéniens selivrer
à une audace intempestive, il les terrifiait par sa parole; étaient-
ils abattus sans motif, il avait I'art tle les ranimer. En un mot,
la rlémocratie subsistait de nom; mais en réalit#c'était Ie gou-
vernement du premier citoyen.
Ceux qui lui succéclèrent, n'ayant pas la même supériorité et
aspirant tous au premier rôle, se mirent à flatter lepeuple et à
lui abandonner la contluite cles affaires. De ià toutes les fautes
qu'on peut attendre d'une grande cité placée à la tête d'un em-
pire; de là entre autres l'expédition de Sieite: elle échoua bien
moins par une fausse appréciation des forcesennemies que par
I'ignorance de ceux qui la décrétèrent, et qui ne fournirent pas
à I'armée les moyens clont elle avait besoin. Uniquement oc-
cupés de leurs luttes d'amour-propre ou d'influence, ils paraly-
sèrent les opdrations et suscitèrent dans Athènes des discordes
civiles, inconnues jusqu'alors. Cependant,même après le désas-
tre de Sicile et I'anéantissement presque total de leur flotte,
les Athéniens, tout divisés qu'ils étaient entre eux, ne iaissèrent
pas de résister pendant trois années | à leurs anciens ennemis ,
renforcés par I'acljonction des Siciliens et de leurs propres sujets
révoltés pourla plupart, enfin à Cyrus fils du roi, qui fournit
aux Péloponésiens de I'argent pour leur mariner. S'ils suc-
combèrent, ce ne fut qu'après s'être épuisés par leurs disseu-
sions intestines. Tant Périclès avait la parfaite intelligence des
ressôurces d'Atbènes, qui lui paraissaient assurer le triomphe
facile tle sa patrie sur les Péloponésiens.
LXYI. Le même été, les Lacédémoniens et leurs alliés firent
une expéclition avec cent vaisseaux contre I'Île cle Zacynthe,
situde vis-à-vis de l'Élide. Cette île, colonie des Achéens ilu
Péloponèse, était alors alliée d'Athenes. La flotte portait urillo
hoplites lacéclémoniens et avait pour nauarquet le Spartiate
Cnèmos. lls firent une descente et ravagèrent une bonne
partie cle l'île; mais, n'ayant pu la soumettre, ils regagnèrent
leurs foyers.
LXVII. Surla fin tlu même dté, on vit partir pour l'Asie une
tléputation composée du Corinthien Aristéus, tlesLacétlémoniens
Anéristos, Nicolaos et Stratotlémos, du Tégéate Timagoras et
cleI'Argien Pollis, celui-ci sans caractère officiel. Ces députds
se rendâient auprès tlu roi de Perse pour solliciter de lui des
subsides et la coopération de ses armes. Ils passèrent tl'aborcl
en Thrace, afin cle décicler, s'il était possible, Sitalcès fils de
\
:IYRE II. lu
Térès à rompre avec les Athéniens et â secourir Potidée, tou-
jours assiégde par eux. Ils voulaient aussi qrt'il leur facilitât la
traversde de I'Hellespont et I'accès auprès de Pharnacès fils de
Pharnabaze, qui dcvait les acheminer yers le roi. 0r il se trou-
vait dejà près de Sitalcès .des ambassadeurs athéniens, Léarchos
fils de Callimacbos et Aminia rlès fils r1e Philémon. Ceux- ci engagè-
rent.Sadocos, fi ls de Sitalcès, naturalisé Athé n ien, à le ur livrer ces
députésennemis, afin qu'ils n'allasseni pas cliercher auprès du roi
les moyens de nuire à sa patrie adoptive. Sadocos se iaissa per-
suader, et, pendant que les député's traversaientlaThrace pour
gagner le vaisseau sur lequel ils devaient franchir I'Hellespont,
il aposta des gens pour 1es saisir et les remettre entle les mains
cle Léarchos et d'Aminiadès. Ils furent donc arrêtés avant l'em-
barquement, livrés aux députds athéniens et conduits par eux
à Athènes. Le jour même de leur arrivée, les Atlidniens) sâns
forme de procès, les mirent à mort et les jetèrent dans des
précipices. lls craignaient qu'Aristéus, s'ri venaib à s'dchapper.
ne leur fit encore plus de mal qu'auparavant ; c'était à lui qu'ils
attribuaient tous les troubles de Potidée et du iittoral de la
Thrace. D'ailleurs iis croyaient user du droit de représailles,
parce que les Lacédémoniens les premiers avaient jeté dans
des précipices les marchands athénirns et alliés qu'ils avaient
pris sur des bâtiments de commerce autour du Péloponèse.
Dans Ie commencement de l:r guerre, les Lacédémoniens mas-
sacraient comme ennemis tous ceux qu'ils saisissaient en mer,
sans faire aucune distinction des neutres ou des alliés d'A-
thènes.
LXYIil. A la même époque, c'est-à-dire sur la fln de l'été,
les Ambraciotes, renforcés d'une foule de barbares, firent une
expédition contre Argos Amphiiochicon et le reste de I'amphi-
Iochie. L'origine de leur inimitié contre les Argiens était an-
cienne. Argos Amphilochicon et toute I'Amphilochie furent
colonisds après la guerre de Troie, par Amphilochos fils d'Am-
phiaraos, qui, de retour dans ses foyers et mécontent de la
tournure des affaires à Argos t, alla fonder, sur le golfe Am-
bracique,rune ville à laquelle il rlonna le nom de sa patrie.
Cette ville devint la plus grande de I'Amphilochie et eut une
riche population. Mais, après un laps de plusieurs générations,
les Àrgiens, victimes de diverses calamités, invitèrent les Am-
braciotes leurs voisins à leurenvoyer une colonie. Ce futalors
seulement qu'iis apprirent de ces nouveauli concitoyens la lan-
gue grecque dont ils se servent aujourd'hui: le reste de I'Am,
I II2 GUERRE DU PÉtoPoNÈsE.

philochie est barbare. Avec le temps, les Ambraciotes chassè-


rent les Argiens et se mirent en possession tle la ville ;ce qui
engagea les Amphilochiens à se donner aux Acarnaniens. Les
deux peuples réunis invoquèrenI le secours il'Athènes, qui leur
snvoya le général Phormion avec trente vaisseaux. A I'aide de ce
renfort, ils prirent d'assaut A rgos et réduisirent lès Ambraciotes
en seryitude. Dès Iors les Amphilochiens et les Acarnaniens ha-
bitèrent en commun cette ville. Ce fut à la suite cle ces faits que
les Acarnaniens entrèrent dans I'alliance d'Athènes et que les
Ambraciotes conçurent contre les Argiens une haine implaca-
ble, à cause de I'esclavage ou les leurs avaient été réduits. PIus
tard, dans le cours de la présente guerre, les Ambraciotes s'u-
nirent aux Chaoniens et à d'autres barbares du voisinage pour
faire )'expédition dont nous yenors de parler. Ils s'approchè-
rent d'Argos et en. occupèrent le territoire; mais n'ayant pu,
malgré plusieurs assauts, prendre ia place, ils opdrèrent leur
retraite et chacun regagna ses foyers. Tels furent les événe-
ments tle l'été.
LXIX. L'hiver suivant, les Àthéniens envoyèrent autour du
Péloponèse vingt vaisseaux sous les ordres de Phormion, qui
alla se poster à Naupacte, afin de fermer le golfe cle Crisa aux
bâtiments tle Corinthe. Sir autres raisseaux, commandés par
Mélésandros , furent clétachés vers la Carie et la Lycie; ils
devaient lever les contributions dans ces contrées et s'op-
poser à ce que les pirates péloponésrens partissent de Ià pour
errtraver la navigation d.es bâtiments marchands venant de
Phasélis, de Phénicie et de toute cette partie du continent r.
Méldsantlros pénétra en Lycie avec les Àthéniens qu'il tira de
ses vaisseaux et qu'il renforça d'un certain nombre d'alliés;
mais il fut vaincu dans une rencontre e! périt avec une partie
rles siens.
LXX. Le même hiver, les Potidéates assiégés se trouvèrent
dans I'impossibilité de tenir davantage. Les incursions des Pé-
loponésiens n'ayaientpas rdussi à faire lever le siége auxAthé-
niens; les vivres manquaient, et la famiue était si affreuseque
Ies habitanrts en étaient venus à se manger entre eux.gls firent
clonc des propositions d'accommodement aux généraur athd-
niens, Xénophon fils d'Euripidès. Hestiodoros fils d'Aristocli-
dès, et Phanomachos fils de Callimachos, qui commandaient
I'armée de siége. Ceux-ci prêtèrent I'oreille, car ils consicld-
raien[ les souffrances de leurs soldats dans un climat rigoureux,
ainsi que les frais occasionnés à l'État par la proloneation de
\

LIVRE II. I 13
ce sidge,.et qui se montaient à deux mille talents(a). Les termes
de la capitulation furent que les assiégds, leurs enfauts, leurs
femmes et leurs auxiliaires sortiraient de Ia ville, les hommes
ayec un seul vêtement, les femmes ayec deux, et ntemportant
pour leur yoyage qu une somme cl'argent déterminde. ils sor-
tirent donc en ver[u de cette convention;ils se réfugièrent en
Chalcitlique et chacun orl il put. Les Athéniens surent mauvais
gré à leurs géndraux d.'avoir traitd sans leur aveu; ils s'atten-
daient à ce que Potidée se rendlt à discrétion. plus tard, ils ia
repeuplèrent par I'envoi d'une colonie athénienne.
Tels furent les événements de cet hiver, avec lequel se
termina la deuxième année de la guerre que Thucytlicle a ra-
contée.
LXXI. L'dté suivant (ô), les Péloponésiens et leurs alliés, au
lieu d'envahir I'Attique, marchèrent sur Platde. Archidamos,
fils de Zeuxidamos et roi des Lacédémoniens, les commandait.
Après avoir assis son camp) il se mit en clevoir de ravager la
campagne; mais les Platéens se hâtèrent cle lui envoyer des
députés qui lui dirent:
c Archidamos et vous, Lacédémoniens, ce n'est pas agir
d'une manière juste ni digne de vous et de vos pères que d'àn-
trer à main armde dans le pays des Platdens. Lorsque-le Lacé-
démonien Pausanias, fils de Cléombrotos, eut délivré la Grèce
de I'invasion des Mèrles, conjointement avec ceux des Grecs qui
prirent part au combat livré sous nos murs, il fit un sacrificè à
Jupiter libérateur dans la place publique de Platde; et là, en
présence de tous les alliés assemblés, il rendit aux Platéens la
libre possession de leur ville et de leur territoire ' , déclarant que,
si jamais personne les attaquait injustement et pour les asseï-
vir, les ailids présents les assisteraient de tout leur pouvoir.
Yoilà ce que vos pères nous garantirent en retour clu dévoue-
ment et de la vaillance que nous iléployâmes dans ces jours de
danger. Et vous, vous faites précisément le contraire. Yous ve-
nez ayec les Thdbains, nos ennemis jurés, pour nous asservir.
Prenant donc à témoin les dieux qui reçurent alors yos ser-
ments, les dieux de vos pères et ceux de notre pays, nous yous
sommons de respectr.:r le territoire ile Platde et de ne point en-
freintlre yos serments, mais de nous laisser jouir tle I'indépen-
tlance que nous octroya Pausanias. >

(a) Dix millions huit cent mitle francs.


(/,) Troisiùmc année de la guerle, 429 av. J. C
IlI} GUERRE DU PÉLOPONÈSE'

txx[.Ainsiparlèrent]esPlatéens.Arcbiclamosleurré.
pondit i ,. sue vos actions soient
c Ce que vous attes est just'e,
-pou,Ï:o que-Pausa-
d,accord a'ec vos Ë;Ë=Guraï, i'indépendance
à no-us pour affranchir
nias vous a garantiË]Àu1t lqignez-Yous
mêmes dangers ptêtèrent
ies peuples qui pttiigett"l ttg*.les '
gé*i*tent aujourù'hui sous-le tles-
Ies mêmes serment;î 'Ct t"i et cette guerre ntont
potisme dlathènes. dtunî armement d'y coôpérer
Le mieux serait
d,'autre but que teur-déiivrance'
vous-même, p*, ,u,puct pour les
serments; au moins faites ce
que nous ooo, uuoîJ aJil'proposé :.demeurez eu repos' tout en
Recevez les
cultivant vo* terr.;;i;;'àtservant la neutralité'
deux partis à titreïu*i*, sans aider
ni I'un ni I'autre de vos
I
co que nous vous demandons'
utÀ.*. C'esttout
Telle fut ta repon'se d'Archidamos' Les
députés -rentrèrent
p.;;ï';;;;'"û*' pt"prt:-ltt répliquèrent
Platéens
"" sans l'agrémeut
qu'ils ne pouvateni accepter ces pÏopositions enfants étaient à
leurs
des Athéniro*, oo'qoe lËurs femmes'et
pour I'existence cle leur
Àthènes; que d,ailËir*-ii, "ruignaient la retraite-tl-es
viilel car res attràîiens-poo"uÏ""t venir après
comme ausst
nJiÀion.i.iens et s'opposer à ce.tte.^convention; qui obligerait
se trouïànt compris dans re traité
res Trrébains,
peut-être une se-
P1atée à recevoir i*t ato* putiit'
tenteraient
conde fois de s'emparer de cet'te vttte'
--,q,rr1tidunro,
.'uifo'çu de les rassurer en leur disant:
c Eh bien, tt;;;;; aur iaceaémoniens votre ville et vos
les limites de votre territoire' le
nombre cle
maisons. lncliquez
vosarbresetcletoutcequiestsusceptibled'êtrecompté;puis
semblera-pour tout
retirez-vou. aa uot-pt"J*tt ou bon vous sera finie' nous
le temps qo, AorJ'i ttttt gueyg;,lorssu'elle
nous le gar-
fiùelité' Jïsque-là
vous restito.roo"ià*t;;-;;;t
et vous payerons
aà.on..n dépôt; nous cultiverons vos terres
I
une rente proportionnée à vos besoins'
LXilII. Les députés rentrèrent de nouveau dans Ia ville;
;utt ru multitude' ils répondirent
et, après s'être ;;;;;ibét t". 1ll:.Tens ces
qu'ils désiraient aolttatulle commu.niquer
leur assentiment'' ils
propositionr,..t i;;: ;i ;il;t àbttn'itni
ils demandèrent une suspen-
les accepterarentl En attendant' campagnes' Ar-
sion d,armes et ti ;r;;;;; po'r le tenrpsleurs
de respecter
que leur voyage de-
chidamos accorda une trêve
oe tovug.ta'point le territoire'
vait raisonnableÀent durer' et obtinrent audience ;
Athè;;;l.r-àéprt.s de Platle
Arrivés à
LIVRE II. ll5
ipuis ils rapportèrent à leurs conciboyeus la déclaration sui-
'
vante :
o pt.té.os, depuis lç jour ou vous êtes devenus leurs alliést
les Àthéniens ne vous ont jamais iaissés en butte à un outrage;
ils ne vous abandonneroni pas clavantage aujourd'hui, et ieur
appui ne vous fera pas défaut. Ils vous adjurent donc, en vertu
dàs serments de vos pères, de ne rien innover en ce qui con-
cerne l'alliance. r
LXilY. Sur ce rapport des députés, Ies Platéens ilécidèrent
de ne point trabir les Athéniens, mais de supporter au besoln
que leïrs terres fussent ravagées sous leurs lelxr et de se ré-
.^ig.r." à toutes les extrémites. ils résolurent également-de ne
pius Iaisser personne sortir de Ia ville, mais de répo^ndre du
îraut de leurJ murs qu'il leur était impossible de. satisfaire les
Lacédémoniens' Sur cette réponse, Àrchidamos invoqua en ces
termes les dieux et ies héros du pays :
q Dieux protecteursclu pays de Platée, et vous, héros,soyez-
nous témoio* qo. c'est ians aucune injustioe, et seulement
après Ie parjure de ces gens,que nous avons envabi cetteterre,
o^t, oo, p'èr"r, grâce à vius, tiiomphèrenttles Mèiles,
etor\vous
fites trouver aux Grecs un favorable champ cle bataille. Dt
cltin-
;;i"t"p;t, quoi que nous fassions, nul ne peut nous taxerrenou-
justiie; car nos propositions équitables et tant de tols
velées ne rencoutrent que des refus' Souffrez tlonc que les
offenseurs soient punis, et laissez un libre cours à notre ven-
$eâDCe. I
" ixXv. Àprès cette protestation, Archiùamos fit ses préparatifs
il'attaque,.iI et enfourer
commenga par faire abattre les arbres
ù oiffà d'une palissadË, lno a.rend.re impossibles
e
les.sorties.
Ensuite il éleva contre la muraiile une terraise ; et' vu le
grancl
nombre des bras, iI comptait que la place serait bientôt Prise.
bes tronos d'arbres, .oopdt sùr le Cithéron, frrrent placés en
long et en travers sur les deux flancs de cet ouvrage' en guis-e
;;;;rr; pour prévenir les dboulements. L'intervalle fut rempli
àà Uois, ae piet.es, de terre, enfin de tout ce qui pouvait
ser-
vir à te coàb1.". Ce travail dura soixante-dix jours et autant
de nuits sans inteffuption. Les travailleurs se relayaient à tour
les uns dormànt ou prenant leurs repas, tandis que les
à" tOfu,'aptortaient
Ntr.r des mat-ériaux. Les chefs lacédémoniens,
;;i;;d;ndaient les troupes de ohaque ville, pressaient I'ou-
vrage.
fit Platéens, voyant cette terrasse s'éIeYer, construisirent
I t6 GUERRE DU PÉLoPonùsn.

une muraille de bois sur leur rempart, à I'enclroit orï il était


menacé. IIs la garnirent de briques enlevées aux maisons voi-
sines; Ies pièces cle bois servaient tle lien et empêchaient que
la hauteur de cette construction n'en diminuât la solidité. Ils
suspendirent des peaux et des cuirs sur la face extérieure cle la
charpente, pour mettre les travailleurs et I'ouvrage à I'abri des
traits enflammés. Cette construction s'élevait à une hauteur
considérable ; mais la terrasse avançait ayec non moins de ra-
pidité. Les Platéens s'avisèrent alors d'un stratagème : ils per-
cèrent leur muraille du côté de cette terrasse et se mirent à
soutirer le remblai.
LXXYI. Les Péloponésiens, qui s'étaient aperçus de cette
manæurre, emplirent d.'argile des corbeilles de roseaux et les
jetèrent clans les interstices, d'ou elles d[aient moins faciles à
extraire. Privés de cette ressource, les assiégés creusèrent, à
partir de la ville, une galerie souterraine, qu'ils dirigèrent par
conjecture sous la temasse, et ils recommencèrent à entralner
les matér'iaux. Les assiégeants furent longtemps à s'en aperce-
voir. Ils avaientbeau entasser remblai sur remblai, c'étaif peine
perdue; la terresse, minée par-dessous, s'affaissait constam-
ment.
_ -L.t Platéens, craignant tle ne pouvoir, malgré cela, résister
à iles forces tellement ttisproportionnées, eurent recours à un
autre système. Ils cessèrent rle travailler à la grande construc-
tion opposée à la terrasse ; mais ils élevèrent un second mur,
en forme de croissant, en retrait du côté cle Ia ville, et à
partir iles deur points otr se terminait I'exhaussement de la
muraille d'enceinte. Ils pensaient que, si le grand mur venaità
être emporté, le nouveau arrêtera]t I'enneùi et le forcerait de
construire une seconcle terrasse et de n'avancer qu'en tlécou-
vrant ses flancs.
Les Pélopohésiens, tout en donbinuant leurs travaux, firent
approcher des machines. Une d'elles, placée sur la terrasse,
ébranla un pan cle la vaste sonstruction, au grand e{froi cles
assiégés; d'autres battaient divers points de la muraille. Mais
les Platéens les saisissaient avec des ncÉuds coulants et les atti-
raient à eux; ou bien ils suspenclaient par les deux bouts de
grosses poutres à des chaînes de fer, qui glissa.ient sur deux
mâtereauxinclinés en saillie sur lemur. Ils hissaient la poutre
jusqu'à ce que ses ertrémités touchassent les mâtereaux I puis,
lorsque la machine allait frapper, ils lâchaient les chaîne.s, :t
la poutre, tombant avec violence, brisait la tête clu bélier.
LIVRE II. II7
LXXYI. Les Péloponésiens, voyant que leurs machines
étaient inutiles et qu'un mur s'élevait vis-à-vis de leur terrasse,
jugèrent ces difficultds insurmontables. Ils se disposèrent d.onc
à investir Platde.
.Mais auparavant, comme la ville était petite,
ils essayèrent de I'incendier à la faveur du vent. Ils se munirent
donc de fagots, et les lancèrent d.u haut ile la terrasse, d'abord
dans I'interu,ullr qui la séparail de I'enceinte, et qui se trouva
bientôt comblé grâce à la multitud.e des bras I ensuite ils en
entassèrent dans la ville même, aussi loin qu'ils purent attein-
dre de la hauteur oir ils étaieni placés. par^-dessùs ils jetèrent
du soufre et de la poix et y rnirent Ie feu. Il en rdsulta une
conflagration telle qu'il ne s'en était jamais vu, du moins pro-
cluite de main d'homme ; caril arrive-Quelquefois, sur les mon-
tagnes, que les forêts battues par ies vents prennent spon-
tanément feu par ie frottement et deviennent la proie des
flammes. L'embrasement fut immense; et peu s'en ?allut que
les Platéens, après avoir échappé aux autres périls, ne succom-
bassent à celui-ci. Il y avait une grande pariie de la ville d,ou
I'on ne pouvait approcher: et, si le vent erlt soufflé dans cette
direction, comme I'ennemi s'y attendait, c'en était fait de pla-
tde. on prdtencl aussi qu'en ce moment il survint une forte
Av.erse, accompagnée de tonnerres, qui éteignit I'insendie et
mit fin au danger.
.. LXXYIII. Après cette tentative avortde, les péioponésiens
licencièrent une partie de leur monde ; le reste fut enrployd à
construire une circonvallation, dont chaque contingeni eut à
exdcuter une étendue déterminée. En dedans et en -dehors, ils
creusèrent un fossé dont la terre servit à faire des briques.
Lorsque le travail fut achevé, vers le lever de l'Àrctuius r.,
ils laissèrent des troupes pour garder la moitié de cet ouyrage;
I'autre moitié fut occupde par ies Béotiens. Le gros de l'armde
se retira e[ chacun regagna ses foyers. Déjà prééédemment, les
Platéens avaient fait passer à athènes ieurs enfants , leurs
femmes, les vieillards et les hommes les moins varides. Il ne
restait pour soutenir le siége que quatre cents platéens et quatre-
yingts Athéniens, aveo cent dix femmes pour faire Ie puio. tei
le nombre des défenseuri de piatée, lôrsque le
dtait, en tout,
siége commença. Il n,y avait dans la ville personne de plus, ni
esclave ni homme libre.
LXXH. Le même été, pendant les préparatiis du sidge de
Platée, les Athéniens, aveC deux mille iropiit.s et creux cents
cavaliers, firent une expédition contre les Chalcidéens du litto-
II8 GUERRE Du PÉ[oPoNÈSE.

ral de la Thrace et contre les Bottiéens. Le bié était mtr alors.


Cette armée était commandée par Xénophon fiis d'Euripidès et
par deur autres généraux. Arrivés clevant Spartolos, ville de la
Bottique,'ils lirent quelques dégâts dans la campagne. Ils s'at-
tendaient à voir la ville se rendre à eux par suite cl'intelligences
pratiquées tlans I'intérieur; mais le parti contraire s'était adressé
à Olyrithe, d'où I'on avait envoyé une garnison composée d'ho-
plites et d'autres solclats. Cette garnison fit une sortie, et le
combat s'engagea sous les murs de Spartolos e. Les hoplites
chalcidéens et un certain nombre de leurs auxiliaires furent
vaincus par les Athéniens et rejetés dans la place; mais la ca-
valerie et les troupes légères tles Chalcidéens vainquirent les
Àthéniens des mêmes armes. Les Chalcidéens avaient avec eux
des peltastes renus du pays de Crusis'.
Le conibat venait d.e fluir, lorsqu'un renfort de peltastes ar-
riva d'Olynthe. A cet aspect, les troupes ldgères de Spartolos,
déjà fières de n'avoir pas été vaincues, s'animèrent d'un nou-
yeau courage et chargèrent une seconde fois les Àthéniens avec
lds cavaliers chalcideens et Ib renfort survenu. Les Athéniens
se replièrent sur les deux corps qu'ils avaient laissés à la garde
des bagages. Quand tes Athéniens faisaient un mouvement offen-
sif, i'ennemi lâchait pied. ; venaient-ils à battre en retra.ite, il
les pressait et les criblait de javelots. I)e son côté', la cavalerie
chalciddenne chargeait quand elle en trouvait I'occasion. Elle
répandit l'elÏroi parmi les Atbéniens, les mit en furte et le.s
poursuivit au loin. Les Athriniens se réfugièrent à Poti,lée I et,
après avoir relevé leurs morts par composition, ils repartirent
pour Atbènes avec Ie reste de leur armée. Ils avaient perdu
dans cette action quatre cent trente hommes et tous leurs gd-
néraux. Les Ciralcidéens et ies Bottiéens érigèrent un tro-
phée, recueillirent leurs morts, et se dispersèrent dans leurs
villes.
LXXX. Le même tlté, peu après ces événements, les Ambra-
ciotes et Ies Chaoniens, rlésirant soumettre toute ItAcarnanie et
Ia détacher d'Athènes, obtinrent des Lacédémoniens I'arme-
ment de cent vaisseaux alliés et I'envoi de miile hoplites en
Acarnanie. Ils assuraient qu'en attaquant ce pays par mer et
par terre, on empêcherait les Acarnaniens de la côte de se
réunir à ceux de I'intérieur; qu'une fois en possession de I'A-
carnanie, on s'emparerait aisément de Zacynthe et de Céphallé-
nie , ce qui enlèverait aux Athéniens la facilité de faire le tour
du Péloponèse; qu'enfin il se pounait qu'on prît Naupacte elle-
T,IVRE II. I 19
même. Les Lacédêmoniens persuaclés envoyèrent aussitôt leurs
hoplites et quelques bâtiments sous la concluite de Cnémos,
encore navarque à cette époque r. Leurs alliés eurent ordre cle
diriger au plus tôt sur Leucade leurs vaisseaur en état de tenir
la mer. Les Corinthiens appuyaient chaudement les Ambra-
ciotes leurs colons. Les vaisseaux de Corinthe, de Sicyone et
des villes voisines étaient en armement; ceux de Leucade, d'A-
nactorion et cl'Ambracie, ariivés les premiers au rend,ez-yous,
les y attenclaient. Cnémos, ayec ses mille hoplites, trompa,
dans sa traversée, la surveillance de Phormion, en croisière à
Naupacte avec vingt vaisseaux athéniens, et prépara sans délai
son expédition de terre.
Son armée se composait cle Grecs et de barbares. Les pre-
miers étaient des Ambraciotes, des Leucadiens, des Anactoriens
et les mille Péloponésiens qu'il avait amenés. Quant aux bar-
bares, c'étaient d'ahorcl mille Chaoniens indépendants e, com-
rnanrlés par leurs chefs annuels, Photios et Nicanor, de la
famille dominante. Avec les Chaoniens marchaient des Thes-
protes égalemerrt inclépentlants. Venaient ensuite cles Molosses
et des Atintanes, commandds, par Sabylinthios, tuteur de leur
roi Thatypas encore enfant, cles Paravéens, conduits par leur
roi Orædos, auquel Antiochos, roi des Orestes, avait confié mille
hommes de cette nation. Perdiccas avait aussi envoyd, à I'insu
cles Athéniens , mille Macédoniens; mais ceux-ci arrivèrent
trop tard.
Ce fut avec cette armée que Cnémos se mit en marche, sans
attendre la flotte de Corinthe. Il traversa le pays des Àrgiens 3,
pilla Limnéa, village sans cléfense, et se porta contre Stratos,
principale ville de I'Acarnanie, dans la pensée que, s'il parye-
nait à s'en rendre maître, Ie reste clu pays se soumettrait sans
difÊculté.
LXXil. Les Acarnaniens, informés gu'une armée nombreuse
avait envahi leur territoire et que, du côté de la mer, une flotte
ennemie les mènaçait, ne réunirent point leurs forces I chacun
d'eux ne songea qu'à défentlre ses foyers. Ils firent demantler
du secours à Phormion; mais celui-ci répondit que, s'attendant
dtun jour à I'autre à voir une flotte ennemie sortir de Corinthe,
il ne pouvait pas laisser Naupacte à I'abandon.
Les Péloponésiens et leurs alliés se divisèrent en trois corps
et s'avancèrent contre Stratos, avec l'intention de camper clans
le voisinage cle cette ville et cle I'assaillir, à moins qu'elle n'en-
trât en accommodement. Ltarmée marchait sur trois colonnes
I2O GUERRE DU PÉLOPOIiÈSE.

formées, celle tlu .centre, par les Chaoniens et par les autres
barbares 1 celle de tlroite, par les Leucatliens, les Anactoriens et
leurs voisins ; celle de gauche, or) était Cnémos, par les Pélopo-
nésiens et par les Ambraciotes. Ces trois corps cheminaient à
une assez grande distance I'un de l'autre I quelquefois même
ils se perdaient de vue. Les Grecs marchaient en bon ordre,
toujours sur leurs gardes, et ne. faisant balte qu'après avoir
trouvé un campement convenable. Les Chaoniens au contraire,
pleins de confiance en eux-mêmes et renommés pour leur bra-
voure dans cette partie clu continent, n'avaient pas la patience
d'établir un camp I mais, s'avançant comme un tourbillon aYec
les autres barbares, ils s'imaginaient emporter d'emblée lavilkl
et en avoir tout I'honneur.
Les Stratiens, avertis tle leur approche, pensèrent que, s'ils
pouvaient les battre isolément, les Grecs se ralentiraient tlans
ieur attaque. Ils clressèrent donc des embuscatles autour cle la
ville; et, Iorsque les ennemis furent à portée, ils fontlirent sur
eux à la fois et ile la place et des embuscatles. Les Chaoniens
épouvantés périrent en grand nombre. Les autres barbares, les
voyant plier, lâchèrent piecl et prirent la fuite. Les Grecs des
deux corps il'armée ne s'aperçurent point cle ce combat I ils
étaient fort éloignés et présumaient que les barbares avaient pris
les ilevants pour choisir un campement. Lorsque les fuyartls
vinrent tomber au milieu d'eux, ils les recueiliirent, ne for-
mèrent qu'un seul camp, et se tinrent en repos le reste du
jour. Les Stratiens, en I'absence du renfort qu'ils attendaient,
ne les attaquèrent point en ligne; ils se contentèrent de les
harceler de loin à coups d.e fronde, ce qui les mit dans un
grancl embarras; car on ne pouvait faire un pas sans bouclier.
Les Acarnaniens excellent tlans ce genre de combat.
LXXilI. La nuit venue, Cnémos se replia rapidement sur le
Ileuve Anapos, à quatre-vingts stacles cle Stratos. Le lenclemain
il releva ses morts par composition; puis, les OEniacles I'ayant
rejoint en qualité d'amis, il se retira sur leurs terres, sans
attenclre la levée en masse cles Acarnaniens. De là chacun
regagna ses foyers. Les Stratiens érigèrent un trophée pour la
défaite des barbares.
LXXilII. Quant à la flotte des Corinthiens et de ieurs allids.
qui, du golfe cte Crisa, devait se réunir à Cnémos pour empê-
cher les Acarnaniens tle la côte cle porter secours à ceux tle l'in-
térieur, elle ne put exécuter ce projet; pentlant qu'on se battait
à Stratos, elle fut obligée tle livrer bataille à Phormion et aux
LIVRE II. LzI
vingt vaisseaux athéneins en station à Naupacte. Phormion
épiait sa sortie du golfe, avec dessein de :ltattaquer dans une
mer ouverte. Les Corinthiens et leurs alliés cinglaient vers I'A-
carnanie, peu disposés à un combat naval, encombrés de troupes
et fort éloignés rle prévoir que les vingt vaisseaux athéniens
eussent la hardiesse de se mesurer avec les leurs, tlont le nom-
bre s'élevait à quarante.sept. Ils serraient le rivage et comptaient
passer de la ville achdenne de Patres au continent d'Acarnanie.
Mais lorsqu'iis virent les Athéniens longer parallèlernent à eur
la côte opposée, puis quitter Chalcis t et I'embouchure de I'É,vé-
nos pour se porter à leur rencontre, sans que la nuit dérobât à
I'ennemi I'endroit ou ils jetaient l'ancre, force leur fut tl'accepter
la bataille au milieu même clu détroit.
Chaque ville avait ses commandants, qui firent Ieurs disposi-
tions de combat. Ceux. de Corinthe étaient Machaou, Isocratès
et Agatharchirlas. Les Péloponésiens rangèrent leurs vaisseaux
en un cercle, qu'ils étendirent le plus possible, sans toutefois
laisser passage aux ennemis, les proues en dehors, les poupes
en deilans e. Au centre ils placèrent les petits bâtiments qui les
suivaient et cinq de leurs navires les plus agiles, pour être à
portée cle secourir les points rnenacés.
LXXXW. Les vaisseaux athéniers, rangés à la file, tour-
naient autour du cercle qu'ils rétrécissaient peu à peu, en rasant
la flotte ennemie, et semblaient toujours au moment d,'attaquer.
Phormion avait tléfenclu aux siens d'engager l'action avant
qu'il ett donné Ie signal. Il prévoyait bien que la flotte ,iles
Péloponésiens ne garderait pas son ordre tle bataiile comrne
une armée de terre, mais que les vaisseaux ile guerre seraient
embauassés par les petits bâtiments; qu'enfin si le vent, qui
rl'orclinaire soufflait du golfe au lever de I'aurore, venait à s'é-
lever, la confusion se mettrait dans la flotte ennemie. Ses vais-
seaux étant plus légers, il se croyait maître de choisir le moment
de I'attaque et pensait qu'il n'y en aurait point de plus favo-
rable. Lors ilonc que la brise se fit sentir, que la flotte pélopo-
nésienne, resserrée dans un dtroit espâce, fut troublée à la fois
par le vent et par les bâtiments qui la gênaient; lorsque les
vaisseaux commencèrent à s'entre-choquer et que les équipages,
mêlant cles vociférations et iles invectives à leurs rnanæuvres,
se repoussèrent mutuellement à coups d'avirons; lorsque, sourds
aux coûrmandements et à la voix des céleustes t, ces hommes
sans expérieqce, incapables de rnanier leurs rames dans une
mer houleuse, rendirent les bâtiments rebelles aur pilotes;
122 GUERRE DU PÉtoPonÈsn.

alors Phormion tlonne le signal. Les Athdniens commencent


I'attaque et d'aborrl coulent bas un des vaisseaux commatrdants;
ensuite ils vont brisant tous ceux qu'ils peuvent atteindre; si
bien que les ennemis, sans faire rdsistance, s'enfuient en dés-
orclre à Patres et, à Dymé en Àchaïe. Les Athéniens les pour-
suivent, prennent clouze vaisseaux, et, après en avoir enlevéla
plus grande partie des équipages, font voile pour Molycrion.
Là-dessus, ils érigèrent un trophée sur le Rhion, consacrè-
rent un vaisseau à Neptune et rentrèrent à Naupacte. Le res-
tant de la flotte péloponésienne partit incontinent cle Dymé
et ile Patres pour gagner Cyllène, port des Éléèns. C'est là
qu'après la bataille ile Stratos, se rendit aussi Cnémos, venant
de Leucacle, avec les vaisseaux rlestinés à rallier ceux du
Péloponèse.
LXXXY. Les Lacérlémoniens envoyèrent à borrl de leur flotte
Timocratès, Brasidas et Lycophron, pour servir de conseil à
Cnémos, avec ordre de se mieux préparer à un nouveau combat
naval et cle ne pas se laisser fermer ia mer par un petit nombre
de navires. Comme c'était leur premier essai de bataille navale,
ils étaient surpris de leur défaite ; ils'I'attribuaient moins
à I'infériorité de leur marine qu'à une certaine mollesse,
et n'avaient garde de comparer,à lavieille expérience desAthé-
niens le temps si court cle leur apprentissage. Ce fut donc par
un mouve'ment tle dépit qu'ils déléguèrent ces commissaires.
Ceux-ci, dès leur arrivde , s'entendirent avec Cnémos pour
demander des vaisseaux aux différentes villes et pour mettre
en état ceux qu'ils avaient sous la main.
De son côté, Phormion fit parvenir à Atbènes la nouvelle tle
ces préparatifs et du succès qu'il venait cl'obtenir. Il demanclait
qu'on lui envoyât sans retard le plus de vaisseaux possible, un
nouveau combat étant immincnt. Les Athéniens lui expéclièrent
vingt vaisseaux, dont le commandant eut ordre d'aller premiè-
rement en Crète. Nicias, Crétois de Gortyne, Ieur proxène r, les
avait appelés à Cydonie, promettant cle mettre en leur pouvoir
cette ville ennemie; en même temps il voulait se rendre agréa-
ble aux Polichnites, voisins tles Cydoniens. Le commandant
de cette flotte partit tlonc pour la Crète; et, de concert avec
les Polichnites, il rayagea le territoire tles Cydoniens. Les vents
et une mer orageuse le retinrent là forb longtemps.
LXXXYI. Pendant qne les Athdniens s'attardaient en Crète,
les Péloponésiens mouillés à Cyllène faisaient leurs dispositions
pour un nouveau combat naval. Ils suivirent la côte jusqu'à
LIVRE IT. r23
Panormos en Achaïe, oir se trouvaient leurs troupes de tere,
prêtes à les seconder r. Phormion avait fait voile pour le Rhion
ile Molycrie et jeté I'ancre en dehors du détroit avec les vingt
vaisseaux qui avaient déjà combattu. Ce Rhion était clans la
dépendance des Athéniens, tandis que I'autre, situd en face,
appartient au Péloponèse 2. LTn bras de mer, Iarge de sept
stades, les sépare et forme I'entrée du golfe de Crisa. Ce fut
donc au Rhion d'Achaie, à peu cle distance de Parrormos orl était
leur armée de terre, que les Péloponésiens vinrent mouiller
avec soirante-clix vaisseaux, d,ès qu'ils eurent vu les Athéniens
en faire autant. Pendant six ou sept jours, les deux flottes res-
tèrent en présence, occupées à s'exercer et à faire leurs prépa-
ratifs de combat. Les Péloponésiens, instruits par leur échec
précédent, ne voulaient pas s'éloigner des promontoires ni's'a-
venturer en pleine mer; les Athéniens au contraire craignaient
de s'engager dans le détroit, ou ils sentaient bien que ies enne-
mis auraient I'avantage. Enfin Cnémos, Brasidas et les autres
généraux péloponésiens résolurent de ne pas attendre, pour
iivrer bataille, que la flotte athénienne eùt reçu des renforts.
Ils convoquèrent donc leurs soldats ; et, les voyant pour la piu-
part effrayés et découragés de leur récente défaite, iis leur
adressèrent I'exhortation suivante :
LXXXVII. < Péioponésiens, si i'issue clu dernier combat in-
spire à queiques-uns de vous des craintes pour ce)ui qui se pré-
pare, ces appréhensions sont cirimérigues. Vous le savez : nos
dispositions étaieut défectueuses et plutôt prises en vue d''une
expedition sur terre que ,ù'un conrbat sur mer. Joignez à cela
un concours de circonstances fortuites et défavorabies, sans
parler cles fautes que I'inexpérience a pu nous faire commettre
dans un premier engagement. Ce n'est donc pas au manque de
cæur qu'on doit imputer notre défaite; et il ne faudrait pas
qu'un ioorage qui n'a pas été terrassé, mais qui porte en lui-
ùême sa justification, se laissât éllranler par un résultat acci-
dentel. Songez que tout homme peut être trahi par Ia fortune,
mais que lei braves restent toujours les mêmes et que i'inexpd-
rience n'excuse pas la lâcheté.
c Quant à vous, votre inhabiieté esl amplement rachetée par
votre valeur; nos ennemis, grâce à cette science qrii vous
effraye, si elle s'alliait au coulage, pourraient, au moment de
I'action, se rappeler eb exécuter ce qu'ils ont appris ; rnais, sans
couragé, il nf a pas ile savoir qui tienne devant le danger : la
peur irouble la mémoire et met la science en défaut' A leur
124 GUERRE DU PÉIOPONÈSE

habileté opposez donc votre bravoure, et à la crainte provenant


tl'une première défaite, la pensée qu'alors vous étiez pris au
dépourvu. Aujourd'hui nous avons I'avantage clu nombre et nous
combattons à portée de nos hoplites, près d'une terre qui nous
appartient. Or, la victoire accompagne d'ortlinaire le parti le
plus nombreux et le mieux préparé.
a Ainsi, de quelque côté que nous tournions nos regards,
nous ne trouvons aucun motif raisonnable de crainte. II n'est
pas jusqu'à nos fautes passées qui ne nous servent tle leçon
pour I'avenir. Soyez donc pleins de conflance: que chacun.
pilote ou matelot, fasse son devoir tlans Ie combat, que nul ne
quitte son poste. Notre plan d'attaque ne le cédera point à celui
de vos anciens généraux. Nous ne donnerons à personne le pré-
tet'te de se montrer lâche. Si toutefois quelqu'un en prend fan-
taisie, il subira un juste châtiment. Les braves au contraire
recevront les rdcompenses de la valeur. r
LXXXilII. Telles furent les exhortations adressées par les
généraux péloponésiens à leurs soldats. Phormion ne redoutait
guère moins le découragement des siens, qui entre eux par-
laient avec effroi du grand nombre des vaisseaux énnemis. Ii
résolut donc de les réunir, afin de ranimer leur ardeur. Long-
temps à I'avance il avait préparé leurs esprits, leur répétant
gu'il n'y avait pas de flotte, si nombreuse fùù-elle, dont ils
ne dussent soutenir I'efiot't ; aussi les soidats s'étaient-ils faits à
l'iclée de ne jamais reculer, quelle que fùt la multitude tles vais-
seaux péloponésiens. Cependant, comme ii les voyait abattus,
il voulut relever leur courage; et, après les avoir rassemblds.
il ieur dit :
LXXXIX. a Soldats, le nombre tle vos ennemis, je le vois,
vous inspire de I'inquiétude ; aussi vorrs ai-je convoqués poul
dissiper une crainte mal fondée.
< D'abord., c'est à cause tle leur première défaite et dans
ie sentiment de leur infériorité, qu'ils ont réuni ce grand
nombre de navires, au lieu. de se mesurer contre nous ir force s
égales. Ensuite, ce qui leur inspire cette confiance aud.acieuse,
c'est uniquement leur habitude des combats sur teme ; comme
ils y sont ordinairement vainqueurs, ils se figurent que sur mer
il en sera de même. Mais ici c'est à nous qu'appartient I'avan-
tage, s'il est I'rai que sur terre it leur soit acquis. Nous ne leur
cddons point en brayoure, et I'auclace est toujours en proportion
de I'expérience.
,r Les Lacédémoniens, qui n'ont en vue que leur propre gloire,
LrvRE rr. 125

mènent au combat leurs alliés pour la plupart malgré eux. Âu-


trement ils ne revientlraient pas d'eux-mêmes à lacharge après
une si rutle tléfaite. Ne redoutez point leur valeur. C'est vous qui
leur inspirez one terreur bien plus forte et plus motivée, soit à
cause de votre première victoire, soit par la pensée que Yous
n'accepteriez pas la bataille si vous ne comptiez pas la gagner.
A la guerre, on cherche communément à s'assurer l'avantage
ilu nombre plutôt que de la valeur.Il n'y aque lesbravesqui,
malgré leur infériorité numdrique, résistent sans y être forcés.
Cette remarqde n'échappe point à nos adversaires. Ils sont
plus effrayés de notre attitude imprévue qu'ils rre le seraient
d'un armement moins clisproportionné.
c Que tle fois n'a-t-on pas vu tles armées plier ilevant des
forces comparativement moindres, par défaut tle tactique ou
de valeur ! A ce double égard, nous sommes sans inquiétude.
a A moins d'absolue nécessité, je n'engagerai pas Ie com-
bat dans le golfe; je me gartlerai même d'y entrer. A des vais-
seaux peu nombreux, mais exercés et agiles, ayant affaire à
une flotte considérabie et peu nabile à Ia manæuYre, une mer
rétrécie n'est pas ce qui convient. Faute d'espace et cle pers-
pective, on ne peut ni heurter de I'avant, ni reculer à propos
si I'on est serré cle trop près, ni faire des trouées ou virer de
boril, évolutions qui supposent des vaisseaux fins marcheurs.
Le combat naval se transforme alors en une lutte de pied ferme;
et, tlans ce cas, I'avantage est au plus grantl nombre.
< C'est mon aflaire à moi d'y pourvoir autant que possible.
Quant à vous, demeurez en bon ordre, chacun à son bord.
Soyez prompts à saisir les commandements; cela est cl'autant
plus nécessaire que l'ennemi est plus rapproché. Observez tlans
I'action la tliscipline et ie sile nce ; rien n'est plus essentiel clans
les batailles, surtout navales. Enfin montrez-Yous dignesde vos
précétlents exploits. Le moment est décisif : il s'agit ou ile
ravir aux Péloponésiehs toute espérance maritime ou de faire
craindre aux Athéniens la perte prochaine de leur empire sur
la mer.
c Encore un coup, je vous rappelle gue Yous avez tléjà battu
la plupart de ceux que vous allez combattre I or des vaincus
n'alfrontent pas tleux fois cle suite avec une arileur égale les
mêmes dangers. r
XC. C'est ainsi gue Phormion exhorta ses soldats. Les Pélo-
ponésiens, voyaut que les Athéniens évitaient de^ s'engager
clans le golfe et dans une mer étroite, résolurent ile les y at-
126 GUERRE DU PÉLoPonÈsr.

tirer malgré eux. Ils appareillèr'ent donc au lever de I'aurore


et cingièrent vers I'intérieur du golfe, dans Ia direction tle leur
propre territoire. Les vaisseaux étaient rangés sur quatre de
front, I'aile droite en tête, clans leur ortlre ile mouillage. A
cette aile ils avaient placé leurs vingt bâtiments les plus les-
tes, afin que, si Phormion, dans ltiCée quton allait attaquer
Naupacte, se portait au secours clo cette place menacée, Ies
Àthéniens ne pussent leur échapper en débordant leur aile,
mais qu'ils fussent enveloppés par ces vingt vaisseaux. Ce
qu'ils avaient prévu arriva. Phormion, craignant pour Ia place
qui était déserte, ne les eut pas plus tôt aperçus en mer, qu'il
se hâta cl'embarquer son monde et suivit à regret le rivage,
le long duquel marchait comme auxiliaire I'infanterie des I\{es-
séniens.
Quand les Pdloponésiens voient les ennemis, rangés à la file
sur un seul vaisseau, serrant la côte et déjà engagés dans le
golfe, près de la terre, comme ils le désiraient, soudain, à un
signal donné, ils font une conversion à gauche et se clirigent
de toute leur vitesse contre Ja ligne ales AthéDiens. Ils comp-
taient I'envelopper tout entière; mais les onze vaisseaux de la
tête échappent à cette évolution. Les Péloponésiens atteignent
les autres, les acculent àla côte, Ies brisent et massacrent ceux
iles matelots qui ne se sauyent pas à la nage. Déjà ils remor-
quaient un certain nombre de vaisseaux vides, un même avec
son équipage, lorsque les Messéniens, accourus le Iong clu
bold, entrent tout armés dans la mer, montent sur quelques-
uns de ces navires trainés à la remorque, et, combattant du
haut tles ponts, obligent les ennemis à lâcher prise.
XCI. Sur ce point, Ies PéIoponésiens étaient tlonc victorieux
et avaient mis hors tle combat Ia clivision ennemie. En même
temps leurs vingt vaisseaur de I'aile droite poursuivaient les
onze vaisseaux athéniens qui avaient échappd à leur mouve-
ment de conversion. Ceux-ci Ies devancent et, à I'exception
d'un seul, parviennent à gagner.Naupacte. Ils abortlent près
du temple d'Apollon, tournent leurs proues en ilehors et s'ap-
prêtent à se ddfendre, dans le cas où les ennemis viendraient
les chercher près. de terre. Les Péloponésiens arrivèrent plus
tartl; ils voguaient en chantant Ie péan, comme déjà vainqueurs.
Le vaisseau athénien rcsté en arrière était poursuivi par un
vaisseau de Leucaile, fort en avarrt des autres. A quelque clis-
tance rlu rivage, se trouvaib à I'ancre un bâtiment marchand.
Le vaisseau athénien en faitrapidement le tour, heurte deflanc
LIVRIi II. 127

le vaisseau leucadien et le coule à fonit. Ce spectacle inattendu


frappe de surprise et d'effroi les Péloponésiens, qui s'avan-
çaient en désordre et comme strs de ia victoire. Aussitôt
quelques-uns abaissent leurs rames et font halte pour attendre
le gros cle la flotte; manæuvre périlleuse en face d'un ennemi
'si rapproché ; d'autres , ne connaissant pas ces palages,
échouent. sur des bas-fonds.
XC[. Â cet aspect, les Àthdniens reprennent qaurage; ils
s'exhortent unanimement, et poussant un cri, ils fondent sur
leurs adversaires. Ceux-ci, déconcertés par les fautes qu'ils
avaient commises et par Ie désordre or} ils se trouvaient, ne
font qu'une courte résistance et bientôt s'enfuient vers Panor-
mos, d'ou ils étaient partis. Les Athéniens les poursuivent,
s'emparent des six vaisseaux les plus voisins, ressaisissent
les leurs que les Péloponésiens avaient endommagés près de la
côte et qu'ils traînaient à la remorque ; ils tuent les hommes
ou les font prisonniers. Sur le vaisseau leucadien coulé près
clu bâtimenb marchand, se trouvait Ie Lacéddmonien Timo-
cratès. Au moment ou le navire sombrait, il s'égorgea lui-
même; son corps fut porté par les vagues dans le poit de
Narrpacte.
, Les Athéniens, revenus de la poursuite, érigèrent un tro-
phée à ltendroit d'ou avait eu lieu leur retour offensif. Ils
recueillirerrt les morts et les débris jetés sur la rive et rendi-
rent par composition ceux de I'ennemi. Les Péloponésiens
dressèrent aussi un trophée pour avoir mis en fuite les Athé-
uiens et désemparé leurs vaisseaux près du rivage. IIs consa-
crèrent sur le Rhion d'Achaïe, devant leur trophée, le bâtiment
qu'ils avaient pris; ensuite, craignant I'arrivée d'un renfort
d'Athènes, ils rentrèrent tous pendant la nuit dans le golfe de
Crisa et à Corinthe, excepté les Leucadiens. Les vingt vais-
seaur athéniens, qui venaient de Crète et qui auraient clt re-
. jointlre Phormion avant le combat, arrivèrent à Naupacte peu
de temps après la retraite des ennemis. Là-dessus l'été se
termina.
XCil. Avant ile licencier I'armée uavale qui s'était retirée à
Corinthe et dans le golfe de Crisa, Cnémos, Brasidas et les autres
généraux péIoponésiens voulurent, à I'instigation des Méga-
riens et au commencement de l'hiver, faire une tentative sur le
Pirée, port d.'Athènes. Il nétait ni gardé ni fermé; ce qui n'est
pas surprenant, vu la grande supériorité de la marine athd-
nienne. Il tut résolu que chaque matelot prendrait sa rame,
128 GUERRE ou PÉloPoNÈsu.

son coussinet, sa courroier, et se rendrait à pied de Corinthe


à le mer qui est du côté cl'Athènes; qu'après avoir prompte-
ment gagne Mégare, on tirerait de Niséa, chantier cle cette
ville, quaiante vaisseaux qui s'y trouvaient,.et qu'on cinglerait
rmmécllatement contre ll
le Pirée. n'y avait tlens ce port au-
cune escadre rle garde, et I'on était loin ile s'attenclre àrrn coup
cie main si hardi. Les Athéniens n'appréhendaient.guère une
agressionouverte etpréméditée. ou, le cas échéant, ils croyaient
qu'ils ne pouvaient manquer tle la prévoir.
Leur plan arrêté, )es Péloponésiens se mirent aussitôt en
marche. Arrivés tle nuit à Niséa, ils tirèrent les vaisseaux à
la mer. Toutefois, intimidés par le clanger et contrariés, dit-
on? par le vent, ils cinglèrent, n0n plus contre le Pirée' selon
leur-première intention, mais vers le promontoire ile salamine
qui fiit face à Mégare; il y avait là un fort avec une station
tl-e trois vaissea':x âthéniens, qui tenaient cette ville bloquée.
Ils assaillirentle fort, emmenèrent les trirèmes vicles, et, grâce
à leur incursion soudaine, ravagèrent le reste de l'11e.
XCIV. Cependant les signaux d'alarme étaient élevés portr
r.
annoncer à Àthènes I'approche de I'ennemi Dans tout le cours
cle cette guerre, il n'y eut pas tle pius chaude alerte. Ceux cle
la ville croyaient que les ennemis étaient maitres du Pirée;
ceux du Piiée, que Salamine était prise et que d'un, instant
à I'autre ils allaiént être attaqués. Avec un peu plus de réso-
lution, c'eùt été chose facile, et le vent n'aurait pas été un
obstacle.
Au point du jour, les Athéniens se portèrent en _masse au
Pirée, mirent tles vaisseaux à flot, y montèrent à la hâte et en
grand tumulte; puis cinglèrent vers Salaminer laissant la garcle
du Pirée aux gens de pied. Les Péloponésiens, avertis de leur
approche, se iembarquèrent précipitamment pour Niséa, non
sâns avoir couru la plus grancle partie cle Salamine et enlevd
cles hommes, du butin et les trois vaisseaux du fort tle Bou-
doron. II est juste de d.ire qu'ils n'étaient pas sans inquiétutle
au sujet de leurs bâtiments, qui, n'ayant pas été clepuis long-
temps à ia mer, faisaient eau de toutes parts. De- retour à
Mégare, ils reprirent à pietl Ie chemin de Corinthe. Les Athé-
niens, ne les trouvarrt plus clans les eaux de Salamine' se
retiràrent également. Dès lors ils firent meilleure garde au
pirée, te tirnent fermé et prirent toutes les précautions dési-
rables.
XCV. Au commencement tle ce même hiver, Sitalcès, fils de
LIVRE II. I29
Térès et ror des'.lhraces Odryses, fit une expérlition contre
Perdiccas ûls d'Àlexandre, roi de Macéiloioe, et contre les
Qhalcidéens du iittoral de la Thrace. Il avait pour motif tleux
promesses, dont il voulait acquitter I'une et faire tenir I'autre.
Perdiccas, désirant que ce prince Ie réconciliât avec les Athd-
niens, qui dans I'origine lui faisaient une guerre désastreuse,
et qu'il n'appuyât pas les prétentions de Pbilippe, son frère et
son compétiteur au trône de Macédoine, avait pris envers
Sitalcès des engagements qu'il n'exécutail pas. D'autre part,
Sitalcès, en contractant alliance avec les Athéniens, Ieur avait
promis de pacifier la Chalciilique. Sitalcès menait avec lui le
lils de Philippe, Amyntas, qu'il voulait faire roi de Macétloine.
Il était accompagné ti'une députation athénienne, conduite par
Hagnon, et venue auprès de lui avec cette mission spéciale.
Les Athéniens devaient coopérer à cette expédition avec une
flotte et autant tle troupes que possible.
XCVI. Parti de chez les Otlryses, Sitalcès appela d'abord
aux armes ses sujets de Thrace, qui habitent en tleçà des monts
Hémus et Rhodope r, jusqu'au Pont-Euxin et à l'Eellespont;
ensuite les Gètes d,'au delà cle I'IIémus, ainsi que toutes les
nations ûxées en deçà ilu fleuve Ister, dans le voisinage du
Pont-Euxin. Les Gètes et autres peuples de ces contrées con-
finent aux Scythes et font usage des mêmes arlnes que cette
nation; ils sorrt tous archers à cheval. Sitalcès appela aussi
de leurs montagnes un granclnombre de Thraces indépendants
et armés d'épées, connus sous le nom de Diens, la plupart
habitant le Rhoilope I les uns étaient stipenrliés, les alrtres
marchaient oomme volontaires. II se recruta pareillement oher
les Agriens. les Lééens et les autres peuplades péoniennes qui
lui étaient soumises. C'étaient les tlerniers peuples de son em-
pire, lequel s'étenrlait jusqu'aux Grééens de Péonie et au
Strymon. Ce fleuve prend sa source tlans le mont Scombros.
traverse le pays tles Grééens, celui cles Lééens, et forme la limite
de I'empire de Orlryses; au clelà sont les Péoniens indépen-
dants. Du côté des Triballiens, également inclépendants, les
tlerniers peuples sujets des Odryses étaient les Trères et les
Tilatéens. Ceux-ci habitent au nord. du mont Scombros et s'é-
tendent à I'occitient jusqu'au fleuve Oskios, Iequel sort de Ia
même montagne que Ie Nestos et I'Hèbrc. Cette montagne,
graude et tléserte, est un anneau de la chalne du Rhodope.
XCVII. Du côtd tle Ia mer, I'empire des Odryses s'étend
cl'Abdère à I'embouchure de l'lster dans le Pont-Euxin. C'est,
I3O GTIERRE DU PÉLOPONÈSE.

DOUr un vaissrau rondt. un trajet cle quatre jours et de quatre


^nuits, en ligne directe et vent clebout. Par terre, en suivant
i. .nJ*i" tellus court, d'Abilère à I'lster, il y a onze iournées '
de route pour un bon marcheur. Telle est I'étendue du lir
i*ul. nn àttant de la côte vers l'intérieur des terres, dans la
Lééens
or"î gro"ae largéur, c'est-à-6ire de Byzance iusqu'aux
ii-uu"Sir'mon, il y a treize journées de route pour un bon
marcheur.
Le tribut levé annuellement sur les pêuples barbares et sur
r.'oiu,'grecques''autauxor)ilfutportéparSelthès,suc-
rÀ""ot dJSitaicès, ie montait à quatre cents talents cl'argent (o),
p"y$f.t en numéraire- A quoi il. faut ajouter les- présents'uneen
à.ït ,o argent, qu'on étaif obligg d'offrir et qui formaient
;;;*. éq"ïvalenie ; sans co.mpter les étoffes brotlées ou lisses
au roi' mais
cadeaux qolii futtuit iaire, non-seulement
et autres
;;;; aux grands et aux nobles rtu pays. chez les.o6ryses,
,ororo. chez-ie reste des Thraces, iI règne.une coutume op-
c'est de recevoir p-lutôtque de
;;;6t..U. a.r rois tle Perse: il'es-
àorrrr.r. Il est plus honteux de refuser une demantle que
;;;; refus. Les odryses ont encore exagéré cet usage, à
,.i'*" ""
à, t.ot puissance ; chez eux on ne vient à bout de rien
richesses im-
sans prdsents;.iussi leurs rois ont-ils acquis des
or.nràr. De torites les nations européennes comprises entre le
noti" lo"i.n et le Pont-Euxin, il n'y en a point dort les revenus
;;;;;pd"";e soient plus considérables. Pour la force militaire
et teiomlre des combattants, les Odryses le.cèdent beaucoup
S.Vtnes. Il n'est aucun, peuple, je ne dis pas en
Xurope"
""-
Ài. oi Asie, qui soit capable de se mesurer, àlui seul, contre
pour I'intelligence.des affaires, les
i".-s.yttt.r reunis. Mais
Scythes sontloin il'avoir la même supériorité'. , ,- ^- ,.
i.cvttt. possesseur d'un si vaste empire, srtalcès se dlsposa
donc à la guerre ; et, ses préparatifs terminés' iI se
mit en
*ur.fr, fo,i, fu Mâcédoine. iI iraversa d'aborô les pays de sa
J"*it"tii", puis la Cercine, montagne inhabitée' qui..sépare
les sintes de, péoniens. Il la passa par une route qu'il avait
précédemmentouverteenabattantclesforêts,lorsdeSa.SueTre
du pays
âe péonie. E1 franchissant cette montagne, au so-rtir
Sintes
à;r-Oà.y;.s, iI avait à ilroite les Péo'iens, à gauche.les
,i fr. lieaiens. It parvint ensuite à Dobéros, ville de Péonie.
ir;;; ..ùu *u*,he, son armée n'iprouva aucune perte' si ce
(c) Deux millions cent soirante mille francs'
LIYRE II' 131

n'est par les nraladies ; elle se grossit plutôt par I'aLdjonction


spontanée d'une, foule de Thraces indépenclants, par
-all99h-es
lô pilage. Aussi dit-on qu'elle prdsentait un effectif de cent
ciniluan"te mille combattanls, ia pluparr à pied, unùon tiers à
cheval. C'étaient les Odryses , èt après eux les Gètes , qui
avaient fourni le plus de cavaliers. Parmi ies fantassins, les
plus aguerris étaiènt les montagnards indépendants, armés
à'épérr" et descendus du Rhodope. Le reste consistait en une
maise confuse, redoutable surtout par le r:ombre'
XC1a. Rassômblds à Dobéros, ces différr:nts corps se clispo-
sèrent à envahir par les montagnes la basse Macédoine'l ou
régnait Perdiccas. A la Macédoiue appartiennent aussi les Lyn-
.uitr*, les Élimiotes, ainsi que pluiieurs peuplades. de I'inté-
rieur, alliées et sujettes des Macédoniens, mais qui ont leurs
rois particuliers, Quant au pays situé le long tle tg *91 et ap-
pelé'matntenant Macédoine, Ia conquête en fut-faite par
ilexandrn, père de Perdiccas, et par ses ancêtres les Témé-
nides', uiiginaires d'Argos. Ils y établirent leur domination
par ia âetuiir des pières, qu'ils expulsèrent tle la Piérie. Ceux-
ôi ailèrent habiter Pbagrèi et quelques autres places au pied
ilu monb Pangée, de llautre côté du Strymon' De-nos iours
encore, le pafs iitoé ao pied du Pangée, le. Io'g de la mer,
s'appelie goifà fietique. lis chassèrent aussi de la Bottie les
noitiéensl qoi habltent actùellement dans le voisinage des
chaicideens. tls conquirent sur les Péoniens une langue tle
te*e, le loug du flùve Axios, tlepuis les montagnes jusqu'à
-mer.
Pella et à Ia L'expulsion des Édoniens leur valut le pays
qu'on appeile Mygdonie
-De et qui s'étend au tlelà de I'Axios jus-
{u'au Sirymon. I'Éor6ie-ils expulsèrent pareiliement les
Éordiens i cette nation fut exterminée, le peg- qul échappa s'é-
tablit aui environs de Physca. De l'Almopie ils chassèrent les
Almopes. Ènfin ces MaCédoniens subjuguèrent tous les au-
tres peuples qui leur obéissent présentement, savoir anthé-
montô, Iï çrôstonie, la Bisaltie et une grande partie tle la
Macddbine proprement dite. L'ensemble de ces pa-J:s porte le
nom ile tUaôeaôine et avait pour roi Percliccas frls d'Alexanclre,
lors tle I'invasion de Sitalcès.
c. a I'approche d,une armée si formirlab'le, Ies Macétloniens,
désespéranfcle pouvoir tenir tête en rase campaqne, si retirèrerrt
dans ies lieux de difficile accès et tlans toutes les places fortes
du pays. Ces plares étaient rares ; ce {ut plus tard seulement
qo'Â.ihélacs fils tle percliccas, paryenu à la t'yauté, fit con-
,r
132 GUERRE DU PET.OPONESE.

struire les forteresses aujouril'hui existantes, perça des routes


droites et perfectionna toutes les branches tlu service public,
en particulier ce qui tient à I'organisation militaire. II amassa
plus de chevaux, d'armes et cle munitions ile toute espèce que
n'avaient fait, à eux tous, les huit rois ses prédécesseursr.
De Dobér;s, les Thraces entrèrent d'abord tlans I'ancien
royaume de Philippe et prirent Iclonrène de vive force. Gorty-
nie, Atalante et quelques autres places firent ieur soumission
par attachement au fils de Philippe , Amyntrs , qui se trouvait
présent. Ils assiégèrent inutilement Europos I ensuite ils péné-
trèrent dans le reste de la Macédoine, à gauche de Pella et de
Cyrrhos. Ils ne poussèrent pas jusqu'à Ia Bottiée etàlaPiérie;
mais lls saccagèrent la Mygdonie, la Grestonie et Anthémonte.
Les Macé<Loniens ne songèrent pas même à se défendre avec
leur infanterie I mais ils firent venir de la cavalerie cle chez
leurs alliés ile I'intérieur; et, malgré leut infériorité numé-
rique, ils attaquaient l.'s Thraces toutes les fois que ceux-ci
donnaient prise. Rien ne résistait au choc de ces cavaliers
habilçs et cuirassés; mais, enveloppés par des rnasses profondes.
ils couraient parfois tle grands dangers. Aussi finirent-ils par
rentrer dans i'inaction, ne se croyant pas en état cle lutter
contre des forces si d,isproportiounées.
CI. Alors Sitalcès entama tles pourparlers avec Periliccas
relativement aux motifs de son expéditioni tt, comme les Athé-
niens, comptant peu sur sa venue, ne paraissaient pas avec
Ieurs vaisseaux, mais s'étaient contentés de lui envoyer des
présents et tles ambassacleurs, il détacha une partie de sa troupe
contfe les Chalcitléens et les Bottiéens,les renferma dans leurs
murailles et ravagea leur pays. Penilant qu'ii y campait, Ies
peuples situés au mitli, tels que les Thessaliens, les Magnètes
et leurs autres sujets, enfin tout le reste des Grecs jusqu'aux
Thermopyles, craignirent que cette armée ne se dirigeât contre
eux et se mirent sur la.défensive. L'alarme se répandit pareil-
Iement au rlelà du Strymon, cbez ceux des Thraces septentrio-
naux qui habitent les plaines, c'est-à-dire cbez les Panéens,
les Odomantes, les Droens et les Derséens, tous peuples indé-
pendants. Même en Grèce, les ennemis d'Athènes appréhen-
dèrent que Sitalcèsn'ett été appelé par elle, à titre d'allié, pour
les combattre. Quant à lui, il suspendit sa marche pour dévaster
sirnultanément Ia Chalcidique, Ia Bottique et, la lllacédoine.
Mais, comme il n'atteignait aucun iles buts de son expéilition,
et que son armée, mal approvisionnée, avait beaucoup à souf-
LIVRE II. r33
frir de I'hiver, il se laissa persuader par son neyeu seuthès
fils tle-Spardacos, I'homme le plus puissant après lui, d'opérer
immédiatement sa retraite. seuthèi avait étd gagné en secret
par Perdiccas, qui lui avait promls de lui donner sa sceur en
mariage avec de grancles richesses. sitalcès crut son neyeu;
!1, ?p-t_èr une campagne de trente jours, dont huit passds en
Chalciclique, il ramena promptement son armde dans ses
foyers. Plus tard, Perdiccas tint parole à Seuthès en lui don-
nant sa sæur Stratonice. Telle fut I'expéd.ition de Sitatcès.
CIl. Ce même hjver, après le iicenciement de la flotte péIo-
ponésiennc, les Athéniens qui étaient à Naupacte mirent en
mer sous le command.ement de phormion. Ils rangèrent la côte
jusqu'à Astacos, prirent te.rre en cet endroit et plndtrèrent en
Acarnanie, avec guatre cents hoplites tirés de leur flotte et
quatre cents Messéniens. Ils chassèrent de strabos, cle coronta
et d.'autres p.lacoa les hommes d'une lidélité douteuse I et, après
avoir rétabli dans coronta cynès fils cle Théolytos, ils rega-
gnèrent leur bord. S'ils nratlaquèrent pas les-OEniades,les
seuls Acarnaniens qui leur fussent toujouis hostiles, c'est qu'ils
ne uurent pas possible de le faire pendant I'hiver. En effit te
fleuve_Achélotis, gui a sa source dans le pinde, après avoir tra-
versé.le pays des Dolopes, des Agréens et des Amphilochiens,
arrosé_la plaine cl'acarnanie et baignd les murs dé.stratos, se
jette dans la mer non loin de la vilte des oEniades et forme
autour d'elle des lagunes, qui en rendent les approches impra-
ticables en hiver. La plunarl des îles Échinadei sont situées en
face d'OEniacles, à I'embouchure rle l'Achéloùs, et constamment
ensablées pT c9 grand fleuve. Aussi quelques-unes d'entre
elle.s sont-elles déjà réunies au contineni, et-l,on peut prévoir
qu'il en sera de même pour toutes dans un avenir p-eu élôigné t.
Le courant du fleuve est rapide, abonrlant et bôurbeui; les
îles, par leur rapprochement, forment une harre qui arrêie la
vase. comme elles s'entre-croisent et ne sont pas alignées, eiles
gênent l'écoulement direct du fleuve à la mer. Àu Ëurplus ces
lles sont inhabitées et peu considérables.
Ol rapporte qu'Alcméon fils d'Àmphiaraos, Iorsqu'il errait
après le meurtre cle sa mère, reçut rl'apollon uo oruïI" qui lui
oonseillait d'habiter en cet endroit, lui âonnant à entendrl qu'il
ne serait pas ilélivré cle ses frayeurs avant d'avoir trouvd à
s'établir dans une contrde que le soleil n'éclairât pas encore et
qui n'eristât pas lorsqu'il avait commis son forfait et souillé le
reste de la terre. Alcméon, à ce qu'on assure) fut longtemps à
Tsucyopr.
ouERRE uu tÉloronùsr'
13[
comprendre le sens de cet oracle' Fnfin
il remarqua-ces allu-
que, depuis le remps où iI avait
;ir"Ë'l;-it.tei.uJ.i-p.o*, terre devait avoir pris assez de
;;**;- ron purri.ide, cette dlhabitation. Il se fixa dons aux en-
;;;ffid pôur lui seivir un royaume e[ donua à toute ]a con'
virons d'OEoiades, s'y créa
trée Ie nom de *oo,frt' Àcarnan. Telie est la trailition répanclue

- sujet-d'À1Té91'
au lAcarnanie
nnrntic ôe I'Acarnar
Les Athéniens et Pbormion, partis de
et
Cfi. au commencemeut
arrivés à Naupacte, retournèrent à Athènes
tboduis aient, i n dépendamme nt iles vaisseaux
J" ïtf"tttpt.' rf t.
qu'ils avaient ptrt,1àut ,es ôombattants de condition libre'
i-i""nir*oi.it-auo* les batailles navales. Ceux-ci ftrrent
échangés homme Pour homme'
qot la troisième année
Là-dessus ,. tutrnTou tti niott, ain'*i
racontée'
a.lu Àoutre que Thucydide a

------+
IIVRE III.
Quatrième onnde de l,a guerre. Troisième invasion de I'Atttque par
les Péloponésiens, ch. r. excepté Méthymne, se révolte
confte Iôs Àthéniens, ch.
- Lesbos,Expéditions maritimes des Athé-
-
'-vr.(Eniades et Leucade, ch. vtr. Les
niens contre le Péloponèse, -
Péloponésiens reçoivent les Lesbiens dans leur alliancel discours
des députés de Lesbos, ch. vlI-xv. d'une flotte athénienne
-Envoi
contre le Péloponèse,' ch. xvl. - Forces maritimes déployées par
Ies Àthénient, ih. xvir.
- Les Atiréniens commencent Ie
siége de
Mytilène, clt. xvrtt. Dans 1'hiver, Ies Àthéniens s'imposent une
-
prêmiQre contribution de guerre et envoient Lysiclès lever le tribut
ôhez les aliiés, ch. xrx. d'une partie des Platéens assié-
gés, ch.'rx-xxrv. - Évasion
Envoi du Lacédémonien Saléthos à Mytilène,
ôh.'*xv.
-
Cinquième année d'e la guerre. Quatrième invasion de
l'Àttique -par les Pélcponésiens, ch. xxvr. - Reddition de Mytilèr.e,
ch. xivu-xxvl[. pèloponésienne fait une apparition en
- Une flotte
Ionie, ch. xxtx-xxxtr. Pachès lui donne la chasse, ch. xxxlu-xlxlv.
-
envoie à Athènes mille Mytiléniens prisonniers, ch. xxxv. -
- II Athéniens
Les condamnent à mort tous les Mytiléniens; nouvelie
assemblée à ce sujet, ch. xxxvr.- Disoours de Oléon, ch. xxxvtr-xl.
de Diodotos, ch. xLr-xLvlII._. Les ethéniens se conten-
-tentDiscours
de punir les coupables et de confisquer les terres de-Lesbos,
ch. xr,rx-1. - Nicias s'empare de Minoa, ch. r,l. - Reddition de
Platée, ch. lri. Platéens, ch- LlIl-Lrx. - Réplique
- DiscourÀ desLes
des th'ébains, ch. Lx-LxYtI. Platéens sont mis à mort et leur
ville rasée. ch. lxvtu.
-
Sédition de Corcyre, ch. lxrr-lrxxr. -
- de la Grèce, ch. txxxtt-Lxxxv. Envoi
Digression sur les troubles
d'une flotte athénienne en Sicile, ch. Lxxxvl.
- Iecru-
llhiver,
. descence de la peste à Athènes, ch. t.xxxvrr.
-Dans
Expéditions des Àthé-
-
niens en $icile et des Rhégiens contre les îles d'Êole, ch. txxxvIIr.
de terre et inonda-
- Stûème année d'e Ia guerre. Tremblements
tions sur divers points de la Grèce, ch. Lxxxrx. - Les Àthéniens
s'emparent de Messine, ch. xc. - Expédition maritime contre Ie
Péloponèse et contre }Iélos, ch. xcr. d'Héraclée-Tra-
- Fondation
chinienne, ch. xctr-xcItr. - Expédition malheureuse de Démosthène
en Étolie, ch. xcrv-xcvrtr. Expédition ùes Athéniens contre Locres,
oh. xcrx. -
infructueuse des Lacétlémoniens et des Éto-
-'lentative
liens contre Naupacte, ch. c-crr. - Dans i'hiver. combats en Sicile.
136 GUERR'E DU PÉLoPoNÈsE.

ch. crrr. - Purification de Délos, !h. ctv. - Guerre des Acarna-


niens et des Ambraciotes, ch. cv-cxr'v. Affaires de sicile, ch. cxv.
Éruption de I'Etna, ch. cxvr.
-
-
I. L'été suivant(o), à Ïépoque de Ia maturité d'es blés, les
Péloponésiens et leurs alliés, sous la concluite tl'Archiilsmos'
fils dï Zeuxidamos et roi des Lacédémoniens, firentuneexpédi-
tion en Attique. Ils y campèrent ct rariagèrent le pays' La cava'
Ierie athéniônne saiiissai{, comme d'ordinaire, toutes les occa-
sions il,attaquer les ennemis. EIle empêchait leurs tro_upes
légères de s'écarter du camp et d'infester les enYirons ile la
vil-le. Les Péloponésiens restèrent en Attique aussi longtemps
qu'ils eurent dés vivres; ensuite ils repartirent, et chacun re-
gagna ses foyers.
" iI. I,'in"urion 6es Pdloponésiens étaît à peine' terminée ,
lorsque Lesbos, à I'exception de Méthymte, se.souleva contre
les Àthéniens t. Ce proiet, déjà conçu avant la guerre, mais
repoussé alors par les Lacédémoniens, ilut se réaliser plus tôt
qoi 6r Lesbîëni n'auraient voulu. Leur intention, étdit, avant
tiut, cl'obsl,ruer I'entrée de leurs ports, d'élever tles murailles,
cle cônstruire des vaisseaux, enfin d'attendre I'arrivde tle tout ce
qui clevait leur venir ilu Pont-Euxin,-savoir_ cles_archers, des
vivr*r et d'autres objets qu'ils avaient demantlés. Mais I'entre-
prise fut ilénoncée par les Ténéiliens, leurs ennemis, par les
ivtéthymniens et même par quelques citoyeo! d9 Mytilène.
hommes d.e parti et proxènes des Athéniens. Ils firent savoir
à Athènes qû'on forçâit tous les habitants cle Lesbos à se con-
centrer dani tVtytitène, qu'on activait Ia défection, de conceri
avec les Lacédémoniens et les Béotiens, unis aux Lesbiens par
I'ideritité de race t ; enûn que, si I'on n'y mettait ordre, Lesbos
serait perdue sans retour.
III. Les Athéniens, écrasés par la pestq et par la guerre, qui,
naissante encore, était déjà dans toute sa force, regardaient
comme une a{Taire grave d'avoir de p}us sur les bras Lesbos,
qui possédait une mirine et une puissance encore intacte' D'a-
Ëora itr refusèrent d'ajouter foi à ces accusations, par Ia seule
raison qu'ils eussent voulu les trouver fausses. Mais une am-
bassade quits envoyèrent aux Mytiléniens n'ayant pas_obtenu
4u'ils cessassent leurs prdparatifs et la concentration des Les-
6iens à Mytilène, ils conçurent des craintes et se décidèrent à

i,r) Quririùmc année de la guerre, an 428 av. J'-C.


LIVRE III. I37
prenalre les clevants. Une flotte de quarante voiles était prête à
cingler contre le Pdloponèse, sous le commandement de CIéip-
pidès fils de Dinias et de cleux autres généraux. Elle eut ordre
de se rendre immécliatement à Lesbos. On savait que les Myti-
léniens en corps de nation rlevaient célébrer, hors de leur ville,
une fête en I'honneur cl'Apollon Maléen r, et I'on pensait qu'avec
un peu cle promptitude il serait possible de les surprendre.
Si ce projet réussissait, rien de mieux; dans le cas contraire,
on ordonnerait aux Mytiléniens cle livrer leurs vaisseaux et de
raser leurs murailles; s'ils refusaient, on leur ferait la guerre.
La flotte partit. Il se trouvait alors à Athènes dix trirèmes my-
tiléniennes, venues comme auxiliaires en vertu de l'alliance.
Les Athéniens les saisirent et mirent leurs équipages en état
d'arrestation. Heureusement pour les Mytiléniens, un homme
passa d'Atbènes en Eubée, se renclit par terre à Gdrestos t, y
trouva un vaisseau marchanil qui mettait à la voile, et, favo-
risé par le vent, parvint en trois jours tl'Athènes à Mytilène 5.
Il annonça aux Mytiléniens I'attaque dont ils étaient menacés.
En conséquence, ils s'abstinrent de sortir pour la fête, et prirent
des mesures iléfensives en barricadant les travaux ébruchés
des murs et des ports.
IY. Les Athéniens arivèrent peu de temps après. Leurs géné-
raux, voyant I'état des choses, notifièrent aux Mytiléniens les
ordres dont ils étaient porteurs I et, sur leur refus d'obéir,
ils se disposèrent à la guerre. Ainsi pris au dépourvu et brus-
quement forcés de combattre , Ies Mytiléniens s'avancèrent
sur leurs vaisseaux. à quelque distance du port, dans le des-
sein d'engager la bataille; mais ils furent mis en fuite par les
Âthéniens. Ils entrèrent tlonc en pourparlers avec les généraux
pour obtenir. s'il se pouvait, à des conditions acceptables, l'é-
loignement cle la flotte. Les généra,ux athéniens y consentirent,
ne se croyant pas en mesure de faire la guerre à toute I'lle tle
Lesbos. Un armistice fut conclu. Des députés mytiléniens,
parmi lesquels se trouvait un des clénonciateurs que le repentir
avait saisi, se rendirent à Athènes pour solliciter le rappel de
la flotte, en s'engageant à rentrer dans le devoir. Mais, comme
on se défiait du succès de cette ilémarche,on fitpartir en même
temps pour Lacéclémone une trirème portant d'autres députés.
Ceux-ci échappèrent à la flotte athénienne qui mouillait à Maléa
au nortl tle la ville' ; et, après une traversée cles plus péni.
bles, ils anivèrent à Sparte, où ils réclamèrent des secours.
Y. Lps iléputés en\'oyés à Athènes revinrent'sans avoir rien
138 GUBRRE Du PÉLoPoNÈsE'

ile concert avec le


obtenu, Alors lesMytildniens plirent les armes,
foUmi
reste de I'ile, erceptd le ville de Methymne. Celle'CiaVait
et un
des renforts aux Àthéniens, de même qu'Imbros, Lemnos
certain nombre d'autres alliést. Les Mytiléniens firent une sor-
iie générale contre le camp- des. Athéniens, et engagèrent une
actiin oir ils n'eurent pas-le désavantage. Ils n'osèrent cepen-
dant pas bivaquer .uf Ie ciramp de batailler ; mais ils rentrè'
rent dans leurimurs et ajournèrent toute espèce de mou_vement
.ffà"rii:"rqu'à I'anivée àes secours qu'ils attendaient clu Pélo-
oonèse.'Meiéas d.e Lacéd,émone et Elerméondas de Thèbes Ye-
l^i*t d'aborder à Lesbos. Envoyés avant la défection, ils n'a-
vaient pu devancer Ia flotte athénienne; mais.ils-avaienf' réussi
alJoetru, clans Ie port _sur u11e trirème après le combat. IIs
coiseiltèrent tl'envoyer des députés sur une seconrle trirème;
qui
--Vi.
ce fut fait.
Cependant les Atbéniens, encourag-és par. I'inaction de
I'ennemij appelèrent à eux leurs alliés. Ceux-ci vinrent avec
d'eutant ptur a'empressement qu'ils n'entrevoyaient-pOur Les-
bos aucuïe chancà favorabie. Les Atiréniens nrouillèrent au
sucl de Mytilène, établirent tles cleux côtés ile la ville
un camp
les ports t. La mer se trouva ainsi fer-
r.ituo.ne et bloquèrent
;;; ;;; Mytiléïiens ; en re,vanche ils demeurèrent maîtres'à
ile la terre (avec les autres Lesbiens qui étaient cléjà v.enus
leur secours), hormis le rayon des canrps-a.t!re1iq5' Maléaser-
e.
uuii u"r assiJgeants d'ancrâge et de marché Telles furent les
pretuières opéiations tlu siége cle Mytilène'
vII. A la mème époque de I'été, les athéuiens envoyèrent
autour du péloponèse trànte vaisseaux commanclés par Asopios
fils de Phormion. Les Acarnaniens avaient demandé qu'on leur
donnât un fils ou un parent cle Phormion pour généralr. Cette
flotte côtoya Ie Pélopônèse et ravag_ea ie littoral de la Laconie-
gnsuite Aiopios ,.^uoyu la piupart de ses vaisseaux à Athènes,
et n'en gardï que douze avec lesquels il se rendit à Naupacte.
Il fit lever en masse les Acarnaniens et marcha contre la ville
àionoiud.. È. Lui-même remonta I'Achéloùs aYec ses vaisseaux,
i^"ai. q". I'armée de terre dévastait Ia campagne' Comme la
ville résistait, asopios licencia ses troupes3de terre et fit voile
oour Leucade. ll âlla d.r.eodre à Néricos I mais, perrdant sa
ietraite, iI fut tué, aYeo une partie de son monde, r'par les gens
à; t;)'J, joints à un tletachement de la garnison -Les Athé-
à la voile, après avoir fait avec les Leucacliens
"iuirïu"iirent
une trêve poirr enlever leurs morts.
LIVRE III. r39

vlII. Cepenclant les députés de Mytilène partis sur l.e pre-


mier vaissèau s'étaient rendus à Olympie, d'après I'invitation
des Lacéclémoniens, qui voulaient que tous les alliés les enten-
d.issent et délibérasseit sur leur requête. C'était l'olympiatle ou
r.
Doriéus de Rhod.e fut vainqueur pour la seconde fois Après
la fête. on se réunit en conférence, et les Mytiléniens parlèrent
ainsi :
IX. ,. Lacédémoniens et alliés, le principe établi chez les
Grecs nous est connu. Le peuple qui, peudant Ia guerre, se
détache 6'anciens alliés, esC chôyé par ceux qui ont intérêt à
l,accueillir; mais il ne doit pas s'at[endre à leur estime, parce
qu,ii passe pour traltre enoeis setrprécédents amis. Cette opi-
nion serait'fondée si, entre les transfuges et ceux dont ils se
séparent, il y avait réciprocité-de seDtirnents et d'affection,
eqiitilre'de ressources ét de forces, enfin absence de tout
*itif valable cle rupture I mais, entre 1es Àthéniens et.nous,
rien cle pareil. il n'est clonc pas étrange . {uê , menages
p"" uo* pàndant la paix,, nous lês abandonnions pendant la
guerre.
" X. u Nous traiteroûs d'abord. la question tle justice et ile pro-
bité, la première à considérer en fait d'alliance. Il ne peut
exisier diamitié clurable entre les indiviclus ni d''union sincère
entre les États sans une estime et une sympathie réciproques.
Du désaccortl cles opinions naissent les ilivergences tle con-
iluite.
iNotre alliance avec les Athéniens tlate du jour or), vous reti-
rant de la guerre *édiqou, vous leur Jaisiâtes le soin de la'
continuer. T-outefois nouJ entenflions alors nous allier, non pas
avec les athéniens pour asservir la Grèce, mais avec les Grecs
foo, *..ooer Ie loug des Mèdes. Tant qu'ils commandèrent
àvec équité, nous'les"suivlmes avec zèie; mais quanil nous les
vimes faire trêve à Ia haine contre les Mèdes pour marcher à
I'asservissement des alliés, nous commençâmes à concevoir des
craintes'
c Les alliés, hors tl'état cle concerte r leur défense à cause de
la trop grandâ extension du droit de suffrage, furent-suocessi-
rurornt"urservis, excepté nous et les habitants ile Chios- Dès
lors, n'ayant plus qo'ont intlépenclance et une tiberté nomi-
nales, noïs ar-ro.pignâmes lei ethéniens dans leurs expédi-
ïioos. Mais, instruiislar 1es exemples antérieurs, nous n'avions
plus d.ans lâur commandement Ia même confiance I car il n'était
ias vraisemblable qu'après avoir subjugué une parlie des
I trO GUERRE DU PÉIOPONÈSE.

confédérds, ils ne fissent pas subir le même sortaux autres, dès


qu'ils en auraient les moyens.
XI. < Si nous avions tous conservé I'indépendance, nous
aurions été moins en butte à leurs entreprises. Mais, comme ils
tenaieut ddjà sous le joug la majeure partie des alliés, et que
nous étions les seuls avec lesquels ils marchaient encore de
pair, il était naturel qu'au milieu de la soumission généiale,
ils vissent cle mauvais æii notre égalité exceptionnelle, d'autant
plus que leurs forees croissaient en proportion de notre isole-
ment. 0r une crainte réciproque est I'unique garant de toute
aliiance, parce que celui des deux associés qui pourrait avoir
quelque velléité agressive èst contenu par la pensée qu'il n'est
pas le plus fort.
c Si jusqu'à ce jour ils nous ont laissé I'inilépendance, c'était
pour se ménager un argument spécieux, et parce qu'ils espé-
rarent arriver plus aisément à leurs fins par la ruse que par la
violence. Ils n'étaient pas fâchés de pouvoir,dire, ennous mon-
trant, que jamais des alliés leurs égaux ne les eussent aidés
contre cles peuples qu'ils n'auraient pas jugés coupables. En
même temps ils poussaient les plus forts contre les plus faibles.
afin d'avoir meilleur marché de ceux qui resteraient les der-
niers, lorsque autour d'eux tout serait soumis. Si au contraire
ils eussent débuté par nous, quancl les autres alliés possédaient
encore leurs forces et avaient de plus un point d'appui, il leur
eût été moins facile de nous récluire. D'ailleurs ils n'étaient pas
sans inquiétutle au sujet de notre marine ; ils craignaient qu'un
jour elle ne se réunît à la vôtre ou à toute autre et ne devtnt
pour eux un danger.
( Pour nous maintenir, nous ayons dir prodiguer toute sorte
tle flatterie à leur multitucle et à ses chefs sans cesse renouye-
Iés. Et cependant, à juger par I'exemple cl'aûtrui, nous sentions
que cela ne pouvait clurer longtemps, si la guerre actuelle ne
fùt survenue.
XII. r Était-ce donc une amitié ou une liberté solicte que cet
échange mutuel cle procéclés peu sincères? Ils nous ménageaient
par crainte durant la guene ; nous les ménagions à notre tour
durant la paix ; et, tandis que chez les autres c'est I'afTection
qui est mêre de la fidélité, entre nous c'était la peur. Nous
étions retenus dans notre commune alliance moins par amitié
que par crainte, et la rupture devait venir de celui des tleux
que la sécurité ênharclirait.
s Il ne serait donc pas juste de nous blâmer pour ayoir pris
LIVRE UT. I4I
I'initiative, sans attenclre qu'ils se fussent rlémasqués. Si nous
eussions eui cornme eux, le pouvoir de préparer ou tle dilférer
I'attaque, notre coniluite aurait dt se régler sur la leur I mais,
comme ils étaient toujours les maltres de nous assaillir, nous
ilevions l'être aussi de nous ddfenilre.
XIII. a Telles ont été les raisons et les causes tle notre ilé-
fection. Elles prouvent clairement à qui veut les entenclre gue
nous n'avons pas agi sans tles motifs suffisants; elles justiûent
nos défiances et nos mesures de sùreté. Du reste il y a long-
temps qrre notre résolution était formée. La paix tlurait encore,
lorsque nous envoyâmes auprès de vous pour traiter de notre
défection; mais nous fùmes arrêtés par votre refus. Aujour-
d'hui, sollicités par les Bdotiens, nous ayons répondu avec joie
à leur appel. Nous avons cru devoir nous sdparer à la fois et
des Grecs r, pour ne pas coopérer plus longtemps à ieur oppres-
sion par notre aliiance avec Athènes, mais pour aider au con-
traire à leur affranchissement ; et des Athéniens, pour les pré-
venir et ne pas être anéantis par eux dans Ja suite.
< Il est vrai que notre défection s'est opdrée brusquement et
sans prdparatifs: raison de plus pour nous recevoir dans votre
alliance et nous envoyer un prompt secours. Par là vous ferez
voir que vous savez protéger ceux qui le méritent, et en même
temps causer du dommage à vos ennemis. Jamais I'occasion rie
fut plus belle. Les Athéniens sont aux abois par suite ile I'dpi-
démie et des dépenses toujours croissantes. Leurs vaisseaux
sont les uns occupés dans vos parages, les autres clestinés à
agir contre nous. Il n'est donc pas à croire qu'il leur en reste
beaucoup de disponibles, si dès cet été vous faites une nouvelle
invasion par mer et par terre. Dans ce cas, de tleux choses
I'une : ou ils ne pourrônt soutenir votre agression, ou ils éva-
cueront votre pays et le nôtre.
c Àu surplus, De yous figurez pas que vous allez courir des
dangers personneis en fayeur d'une terre étrangère. Tel qui
croit Lesbos fort éloignée, en recueillera un avantage pro-
chain; car ce n'est pas I'Attique, ainsi qu'on le pense, qui sera
le théâtre de cette guerre, mais ies pays d'ou les Athéniens
tirent leurs revenus. Or c'est de leurs allids que proviennent
leurs richesses ; elles s'augmenteront encore s'ils nous subju'
guent ; car nul ne fera plus défection et nos tributs iron[ gros-
sir ceux qu'i)s perçoivent. Notre condition sera même plus
triste que celle de leurs anciens sujets. Si, au contraire, vous
nous secourez avec zèle, vous y gagnerez ce qui vous manque
Itrz GUERRE DU PÉLoPouÈsB.

le plus, une marine puissante; vous abattrez plus facilement


les Athdniens en leur enlevant leurs alliés, car chacun passera
plus hardiment de votre côtd ; enfin vous échapperez au repro-
che qu'on vous fait de ne pas soutenir ceux qui secouent le
joug. En apparaissant comme des libérateurs' Yous vous assu-
rerez une victoire tléfinitive.
XIV. ( Respectez donc les espérances que les Grecs ont pla-
cées en vous. Resp eclez ee Jupiter Olympien, d'ans Ie temple
duquel nous sommes assis comme des suppliants. Secourez les
Myiiléniens en les recevant dans votre alliance. N'abandonnez
pis on peuple qui s'expose seul au danger, mais dont les suc-
ôès et plus-errcore les revers rejailliront sur tous les Grecs,
suivant que vous accueillerez ou rejetterez sa d'entande- Mon-
trez-vouJ tels que la Grèce I'attentl et que nos craintes le ré-
clament. D ç

XV. Ainsi parlèrent les Mytiléniens. Les Lacédémoniens et


leurs alliés, après les avoir entendus, agréèrent leur proposition
et ailmirent les Lesbiens dans leur alliance. Une invasion en
Attique fut résolue. Les alliés présents furent invités à envoyer
promptement à I'lsthme les deux tiers de leurs contingents. Les
Lacéd-émoniens s'y rendirent les premiers et préparèrent des
appareils pour trainer les vaisseaux par-dessus I'isthme.t, du
goite ae côrinthe dans celui d'Athènes ; car ils avaient I'inten-
tion d'agir à Ia fois sur terre et sur mer. IIs mettaient beaucoup
d'ardeur à ces travaux'; mais les alliés, occupés de leurs ré-
coltes et déjà las de la guerre, ne se rassemblaient gu'avet
lenteur.
XVI. Les Athéniens sentirent que ces préparatifs étaient
inspirés par I'opinion qu'on avait de leur faiblesse. Aussi vou-
lurènt-iÉ prouver qu'on s'était mépris, et que, sans rappeler
leur flotte- ùe Lesbôs, ils pouvaient aisément repo'rsser eelle
dont les menaçait le Péloponèse. IIs armèrent donc cent vais-
seaux, qu'ils montèrent eux-mêmes avec les métèquest; 1.*
e
chevalieis et les pentacosiontéd,imnes furent seuls exemptés.
Ils cinglèrent ie long de I'Isthme, Iirent montre de leurs forces
et opéièrent des deséentes sur tous les points ilu.Péloponèse ori
bon-leur sembla. Les Lacédémonien's, déconcertés à cet aspect,
se crurent trompés par les Lesbiens et jugèrent I'entreprise
inexécutable. D'ailleurs ils ne voyaient point venir leurs alliés,
et ils apprenaient que leur territoire était raYagé par les trente
5. lls prirent donc
vaisseaux en croisière autour du Péloponèse
le parti de se retirer. Plus tard ils équioèrent une flotte à desti-
LIVRE lir. 143

nation rle l,esbos, et demantlèrent aux villes alliées de fournir


quarante navires. Alciclas fut désigné comme navarque pour
cette expédition. Les Athéniens montés sur les cent vaisseaux,
voyant les Lacédémoniens efiectuer leur retraite, en firent
autant de leur côté.
XflI. Jamais, depuis le début de cette guerre) les Athéniens
ntavaient eu à la fois en activité une flotte plus magnifique et
plus nombreuse. Cent vaisseaux gardaient I'Àttique, I'Eub-de et
Salamine; ceut autres croisaient autour du Péloponèse, sans
compter ceux qui étaient à Poticlée ou ailleurs ; de sor[e que,
dans ce seul été, Athènes eut à flot rleux cent cinquante navires.
Les frais nécessités par leur entretien, de même gue par le
siége cle Potidée, corrtribuèrent surtout à épuiser le trésor.
Chacun des hoplites qui assiégeaient Potidée recevait, pour lui
et son valet, deux drachmes par jour r. lls étaient trois mille
dès I'origine, nombre qui fut maintenu penclant toute la durée
du siége (le renfort amené par Phormion était de seize cents
hommes, mais ils repartirent avant la fin). Cette même solde
était payéq à tous les vaisseaux e. Telle fut la grandeur de cet
armement naval, cause première de I'embarras des finances.
XYIII. Pendant le temps que les Lacédémoniens passèrent à
I'Isthme, Ies Mytiléniens et leurs alliés lirent par terre une
expédition contre Méthymne, dont ils cornptaient s'emparer par
trahison. Ils assaillirent la place ; mais, n'ayant pas trouvé les
facilités qu'ils attendaient, ils se retirèrent par Antissa, Pyrrha
et Érésos r. Ils mirent ces rrilles en meilleut' état cle défense et
regagnèrent prompternent leurs foyers. Après leur retraite, les
l{éthymniens firent à leur tour une expérlition contre Antissa;
mais, dans une sortie, ils furent battus parles Antissiens ei
par leurs auxiliaires. lls perdirent beaucoup de monde, le reste
se retira précipitamment.
Quand les Athéniens apprirent que les Mytiléniens étaient
maîtres de la terre et que I'armée de siége était insuffisante
pour les tenir bloqués, ils envoyèrent, dès les premiers jours
de I'automne, mille de leurs hoplites, commandés par Pachès
fils d'Épicouros. Ces soldats se rendirent à Mytilène en faisant
eux-mêmes I'office de rameurs. Dès leur arrir'ée, ils investirent
la ville d'un mur simple e et élevèreut des forts sur clivers points
des hauteurs. Mytilène se trouva ainsi étroitement cernée par
terre et par mer. Là-dessus lthiver commença.
XIX. Le besoin d'argent pour ce siége força les Athéniens à
s'imposer alors pour la première fois uLle contribution de tleur
lltlt GUERRE Du pÉLopoNrisg.
cents talents r. Ils envoyèrent, pour lever le tribut chez les al-
liés, douze vaisseaux comfnandés par Lysiclès, lui cinquièine.
ce général fit une_tournée pour s'aôquittér de sa missiori; mais,
s'étant avancé en Carie à travers la plaine ilu Méandre, depuié
$yonte jus-qu'à la colline de Santlios r, il fut assailli paf les
cariens et les Anéites 3, et pdrit ayec une grande partie de ses
solclats.
XX. Le même hiver, les Platéens, toujours assiégés par les
Péloponésiens et parles Béotiens, pressés d'ailleurs partla fa-
mine.et sans espoir de secours ni d,Athènes ni d'aùtre part,
formèrent, de concert avec les athéniens eufermés dans rJâtée,
le projet de sortir tous ensemble en franchissant de force, s'ii
dtait possible, Ia muraille cles ennemis. Ce plan fut conçu par
le devin Théénétos fils de Tolmidas et paile géndral f"umbt-
pidas fils ile Daïmachos. PIus taril la moitié d'entre eux y re-
noncèrent, intimidds par la grancleur du danger. Deux cent
vingt volontaires persistèrent seuls dans ce projet d,évasion,
qu'ils erécutèrent de la manière suivante.
IIs firent des échelles de la hauteur du mur obsicrional. La
mesure en fut prise d'après le nombre des couches 'de Llri-
ques- placées dans la partie qui les regardait, et qu'on avait
négligé de crdpir. Plusieurs à la fois comptaie't cei couches;
si quelques-uns se trompaient, la plupart ilevaient rencontrer
juste. D'a.illeurs ils répétaient souvent I'opdration, et ra distance
n'était pas si grande qu'on ne ptt apercevoir distinctement la
partie du mur qu'il s'agissait d.'examiner. C'est ainsi qurils me-
surèrent la hauteur des échelles, enla calculant cl'après r'épais-
seur d'une brique..
XXI. La circonvaliation consistait en une double enôeinte.
L'une de ses faces regardait Platée, I'autre était tournde vers
I'extérieur, pour s'opposer aux secours qui pouvaient venir
d'Athènes. Entre les deux reyers s'étenclait, un espace de seize
pieds, distribué en logements pour I'armée de siége. Ces loge-
ments étaient contigus, de telle sorte que le tout ensemble pid-
sentait I'apparence d'un gros mur unique, créneld des deur
côtés. De dix en dix créneaux s'élevaient de grandes tours,
d'une largeur égale à celle du mur et occupant tôut I'intervalre
compris entre leS deux faces. On ntavait point rdservé de che-
min de rontle en dehors des tours t ; celles-ci communirluaient
par des ouvertures pratiquées dans leur centre. La nuit, par les
temps pluvicux, Ies sentinelles abanclonuaient la garile des
crdneaux et se retiraient dans les tours, qui étaient iouvertes
Ltvuir lI1. 145

et per clistantes l'une de I'autre. Telle était la circonvallation


rle Platée.
XXII. Quand tout fut prêt, les assiégds attendirent une nuit
orageuse, où la pluie, le vent et ltabscnce de lune favorisassent
leur évasion. A leur tête marchaient les auteurs de ltentreprise.
Ils franchirent premièrement le fossd qui les environnait t;
puis ils atteignirent la circonvallation, sans être découverts
par les sentinelles, qui ne pouvaient les apercevoir dans les
ténèbres, ni les entend.re lr cause des mugi:sements du vent.
D'ailleurs ils marchaient fort écartés les uns des autres, de
peur que le choc de leurs armes ne les trahît. Ils étaient leste-
ment équipés, et chaussds du pied gauche sculement, pour
afÏermir leurs pas dans la g)aise. Ils se dirigèrent vers une
des courtines crénelées qui séparaient les tours et qu'ils sa-
vaient n'être pas garclées. D'abord ceux qui portaient les échelles
les dressèrent contre la muraille ; ensuile montèrcnt douze
hommes armés à la légère, ayec l'épée et la cuirasse, conduits
par Âmméas fils de Corebos, qui escalada le premier. Après lui
montèrent ses douze compagnons, six vers chacune des deux
tours. Ils étaient suivis par d'autres solclats armés à la légère
et munis simplement de lances, afin de ne pas être gênés dans
leur marche. D'autres, placés derrière eux, portaierrt leurs bou-
cliers, qu'ils devaient leur passer lorsqu'on serait près de
Itennemi.
La plupart étaient déjà parvenus sur la murailie, lorsqu'ils
furent découverts par les sentinelles retirées dans les tours. Un
Platéen, en saisissant un créneau. avait détaché une brique. Au
bruit de la chute, un cri s'élève;'un un clin cl'æil les assiêgeants
se précipitent sur le mur, sans savoir, dans cette nuit sombre
et orageuse, d'ou provenait I'alarme. En même temps, les Pla-
téens demeurés dans la ville font une fausse attaque contre la
partie du mur opposée à celle par ou leurs gens montaient.
Les Péloponésiens déconcertés restent immobiles, nul n'osant
quitter son poste dans I'ignorance de ce qui se passait. Cepen-
dant les trois cents hommes qui avaient ordre d'accourir en
cas d'alerte, s'avâncent en clehors du mur vers ltendroit d'orl
partent les cris. D'es signaux sont élevés pour donner l'éveil à
Thèbes; mais les Platéens de la ville élèvent sur leurs mu-
railles un grand nombre d'autres signaux préparés clans ce
but. Ils voulaient donner le change à I'ennemi et prévenir soo
anivée, jusqu'à ce que leurs gens eussent effectué leur sortie
et gagné un lieu de streté.
Trrtcvotne.
146 GUERRE DU PÉIOPOXÈSN.

XXIII. Pendant ce temps, les Platdens exécutaient leur esca-


lade. Les premiers arrivés au sommet s'emparèrent tles tleux
tours en massacrant les sentinelles, et occupèrent les passages
pour les intercepter à I'ennemi. Ensuite ils appliquèrent d'es
éohelles de ia plate-forme contre les tours et y firent monter
quelques-uns des leurs, afin d'écarter à coups de traits, d'en
haut comme d'en bas, les adversaires qui s'approcbaient. Au
même instant le reste cles Platéens dresse à la fois beaucoup
cl'échelles, arrache les créneaux et franchit Ia plate-forme. A
mesure qu'ils iraversaient, ils s'arrêtaient sur Ie bord clu fossér,
rl'oir ils lançaient des flèches et des javelots contre les ennemis
qui longeaiônt te mur pour s'oppo.ser à leur passage.-Quand
tous eu.ent traversé, ceux qui étaient dans ies tours descen-
dirent les derniers, n0n sans peine, et gagnèrent le fossé. En
ce moment les trois cents s'avançaient contre eux avec des
torches. Mais les Platéens, qui se trouvaient dans i'obscurité,
les discernaient mieux, et, du bor,l du fossé, les perçaient de
e, tan-
flèches et de javelots, en visant aux endroits découverts
dis que I'enne-mi, ébloui par la lueur des flambeaux, avait peine
à les distinguer eux-mêmes au milieu des ténèbres. Ainsi tous
les piatéens jusqu'au dernier parvinrent à franchir Ie fossé. ce
ne f't pas sàns-difficulté ni sans efforts I car il s'y était formé
une glaôe mince et sans consistance, comrne il a*jve par un
ventî'est plutôt que de nord. La neige tombée pendant la nuit
avait teileùent rempli d'eau le fossé qu'ils en eurent jusqu'aux
aisselles. Au reste, la violence de I'orage facilita leur éVa-
sion.
XXIY. A partir du fossé, les Platéens en colonne serrée pri-
rent Ie chemin de Thèbes, en laissant à main droite le monu-
ment du héros andocratès
t. Ils pensaient bien qu'on ne les
soupçonnerait pas de tenir Ia route qui menait chez leurs enne-
"cependant
mis. ils vovaient les Péloponésiens les poursuivre
avec dei flambeaux sur le chemin qui conduit à Athènes par le
2.
cithéron et lrs Dryoscéphales Duranf six ou sept stades, les
platéens suivirent ia roote d.e Thèbes ; ensuite ils Ia guittèrent
pour se jeter dans la montagne clu côte d'Érythres et d'Hysies3.
une fois sur les hauleurs, ils gagnèrent Athènes, ou ils arri-
vèrent au nombre de deux cent douze. Ils étaient partis plus
nombreux ; mais quelques-uns ét:ijent rentrés dans la ville
avant i'escalade, et t-rn archer avait étd pris sur le bord clu
fossé extérieur. Après une poursuire inutile, les Pélopol]ésiens
reprirent leurs positions. Les Platéens restés dans Ia vjlle
LIVRE IIi. lt+7

étaient dans une ignorance absolue ; et, le rapport de ceux


-sur
rebrou"ssé chemin, ils croyaient que personne n'é'
;;;;;ùt pour
à-it e.nuppé. Dès qu'il fit jour, ils^envoyèrent un héraut
I'enlèvementdesmorts;mieuxinformés'ilssetinren[tran-
u.,iit.'.C'estainsiquelesPlattlenss'évadèrententraversant
lès lignes des ennemis.
--
Xiï.'S"r ia fin riu rnême hiver, Ie Lacéddmonien Saléthos
fut envoyé de Sparte à Mytilène sur une trirème' alla abor- Il
tler ir- Pyrrha t,'6'o,i, continuant sa route par terre' il parvint
à s'introduile dans Mytilène en franchissant par-un- ravin la
circonvallation. Il apportait aux magistrais -ia-.doubie assu-
ranced'uneprochaineinvasionenAttiqueetd.e-I'env.oldequa-
rante vaisseaux à leur sccours. Ii ajoulait qu'il avait
pris les
à."r"tt pour le leur annoncer et pour s'occuperncdes autres
songèrent
rlispositions. Les Mytiléniens reprirent courage et
pt,is i traiter oo., i* Atliéniens' La-des'us l'hiver se lermina'
àt uuæ lui la qualrièrne année de ia guerre que Thucydide a
racontée.
XxvI. L'été suivant (a), les Péloponésiens expdd'ière nt leurs
quarante-deux vaisseaur'à Mytilène, sous les ordres du na-
't:o,'q,r* Alcidas, tandis qu'eux-mêmes et leurs alliés envahis-
,ut.ot l'ettique. tls vouiaient que les Abhéniens' doublement
menacés, fussent moins en dtat d'attaquer la flot[e
qui cinglait
ùyiifene' L'j:nvasion fut comtnandde par Cléom.énès' oncle
et tuteur de Pausanias fils de Piist'larias, qui était roi'
"L.t mais
encorc enfant t. Ils détruisirent tout ce qui avait reYerdi dans
Ies cantons de I'Attique antérieurement ravagés et
tout ce gu'a-
vaient épargné les iirvasions precétlentes' Celle-ci
fut' après la
seconde, ta"plus rlésastreusc pour les Athéniens I car les enne-
quelques
nl( Joit.nâant de jour en iour ir app.rendre de Lesbos
g.unA.t nouvelles de 1"ur flotte qo itt crol'aient dejà arrivée'
étenciirent leurs rat'ages sur la maJeure partie du pai's' Commi:
leurs espérances no i. réalisaient pas et que leurs provisions
étaient épuisées, I'armée fiit dissoute et chacun regagna
ses

1'oyers.
ixvtr. Cepenclant les vaisseaux péloponésicns n'arrivaietlt
pu, a Mytiiène et les vivres comrlençaient à y manquer' Une
iirconstan.e particulière hâta la capitulation. Saléthos, qui iui-
même ne coriptair plus sut I'arrivùe de la flr;tie et qui voulait
faire une sortie contre les Athéniens, d'nna des armes attx

(a) Cinquième rnnée de la guerte, 427 av' J' C'


tlrS cUERRE DU PÉLoPoNÈsE.
hommes du peuple, qui jusqu'alors en avaient etç ddpourvus r.
IIne fois armés, ils n'obdirent plus à leurs chefs; mais, s'as-
semblant turnultueusement, ils exigèrent que les riches expo-
sassent en public le blé qu'ils tenaient caché et Ie distribuassent
à chacun; ils menaçaient, dans le cas contraire, de traiter avec
les Athéniens et de leur livrer la ville.
XXWI. Les magistrats, sentant qu'il n'était plus possibie
de contenir le peuple ei qu'ils avaient tout à craindre s'ils
étaient exclus de la capitulation, traitèrent en commun avec
Pachès et son armée. Il fut stipulé que les Mytiléniens s'en
remettraient à la décision des Athéniens ; qu'ils recevraient
l'armée dans leur ville; qu'enfTn ils enverraicnt ir Athènes
d.es députés chargés de défendre leurs intérêts. Jusqu'à leur
tetour, Pachès s'engageait à ne mettre ni aux fers ni en escla-
vage ni à mort aucun Mytilénien. Tels furent les termes de
la capitulation. Néanmoins ceu\ qui avaicnt entretenu le
plus. de relations avec Lacédémone, furent saisis de frayeur
à I'entrée de I'armée ; et, ne se croyant pâs cn streté, ils allè-
rent s'asseoir au pied dcs autels. Pachès les releva sous pro-
messe de ne leur faire aucun mal, et les mit en dépôt à Ténd-
dos, jusqu'à ce que les Athéniens eussent statué sur leur sort.
I1 détacha ar:ssi quelques trirèrnes contre Antissa, dont se il
rendit maïtre, et prit toutes les mesures militaires qu'il jugea
convenables.
XXIX. Cependant les Péloponésiens montés sur les quarante
vaisseaux, au lieu de faire diligence comme ils I'auraient tlù,
perdirent beaucoup de temps autour du Peloponèse et opérèrent
leur traverstle avec lenteur. Leur départ ne fut connu à ethènes
que lorsqu'ils eurent touché à Délos. Ensuite ils atteignirent
Icaros et Myconos r, où. ils reçurent le premier avis de la retl-
dition de Mytilène. Youlant s'assurer du fait, ils allèrent des-
cendre à Embatos sur la terre d'Érythres, ou ils abordèrent
sept jours après la prise de la ville. La nouveile s'étant conlir-
mée, ils tinrent conseil sur le parti à prend.re. Teutiaplos d'Élis
prononça le discours sr.rivant :
XXX. < Alcidas et vous) gdndraux péloponésiens mes collé-
gues, mon avis est que nous cinglions sur Mytilène avant d'a-
voir été signalés. Les ennemis dtant depuis peu maîtres de la
ville, tout porte à croire que nous les trouverons faisant mâu-
vaise garde, surtout du côté de la mer, oir ils ne s'attendent pas
à être attaqués et oir nous sommes en forces. Ii est même pro-
bable que leurs soldats sont disperstls négligemment dans les
I,IVRE III. I49
maisons, suivant I'usage des vainqueurs. Si donc nous les as-
saillons de nuit et à I'improviste, j'espère qu'avec le concours
de ceux des habitants gui nous sont restés fïclèles. nous aurons
le dessus. Ne reculons pas devant le tlanger. Ii ne s'agit ni
plus ni moins que d'une surprise de guerre. Or le général qui,
étant lui-même sur ses gardes, sait tenter de pareils.ooor de
vigueur, est ordinairement victorieux. ,
XXXI. Alcidas demeura sourd à ce langage. Alors quelques
exilés ioniens, de même que lcs Lesbiens embarquéi sur la
flotte r, lui conseillèrent, à défaut de ce projet, d'oôcuper une
cles villes ioniennes ou Cymé d'Éolide,-qui ser','irait de point
rJ'appui pour insurger I'Ionie. A les entendre, il y avait eipoir
d'y réussir; car personne n'avait vu de mauvais ceil leui arri-
vée. Quoi de mieux clue de tarir la source principale des revenus
des Athéniens ou du moins de leur occaiionneï les frais d,'une
croisière e? Ce serait d'ailleurs ie moven d'attirer pissouthnès
clans i'alliances. Mais Alcidas o* gnïto pas davantage cette
proposition. Du momcnt que Nfytilène lui échappait, il n'eut
rien de plus pressé que de rogagner Ie péloponèse.
XXXII. Parti rl'Embatos, il rangea la côte et prit terre a
Myonnésos, place appartenant aux Téierrs. Là il égorg€a lir
plupart iles prisr,nniers qu'il avait faits pendant la traversde | ;
après quoi il alla mouiller à Éphèse. Alors des Samiens d'Anrja,
vinrent lui représenter qu'il s'y prenait liien mal pour ailranchir
la Grèce, en rnettant à mort des hommes qui n'avaient pas
porté les arrnes conire lui, qui ue lui étaient pas hostiles, et
que la nécessité seule retenait dans I'alliance d'Âthènes. Uno
telle conduite. rlisaient-ils, n'était guère propre à lui concilier
ses ennemis, mais bien plutôt à lui alidner ses amis. Àlcida.s
prêta I'oreille à cette remgntrance et relâcha les prisonniers
qu'il avait encore, et qui étaient de Chios et d'autres endroits.
En effet, Join de fuir à Ia vue <le ses I'aisseaux, on s'en appro-
chait au contraire, parce qu'on les croyait d'Athènes ; on n,i-
maginait pas que jamais une flotte péloponésienne pût aborder
en lonie tant que les Athéniens auraient I'empire de la mer.
XXXIII. Alcidas partit précipitamment d'Éphèse, d'ori son
retour eut I'air d'une véritable fuite. Penilant gu'il était encore
dans les eaux de Claros r, il avait été avisd par la Salaminienne
gt par la Paralienne e, qui venaient d'Athènes. Craignant donc
d'être poursuivi, il gagna le large, bien cléciilé à ne pas toucher
ailleurs qu'au Pdloponèse, à moins d'absolue nécessité.
Pachès et les Athéniens apprirent clu pays d'Srythresl'appa-
150 GUERRE DU PÉLoPorrrÈse.

rition de la flotte péloponésienne. Cettc nouvelle se confirma


bientôt de toutes parts. L'lonie étant dépourvue de places
fortes o, otr craignit granilement que les Péloponésiens ne
pillassent, même sans avoir I'intention tl'y séjourner, les villes
qui se trouvaient sur leur passage. Enfin la Salaminienne et la
Paralienne vinrent elles-mêmes anltoncer qu'elles avaient vu
les ennemis près de Claros. En conséquence Pachès leur donna
aussitôt la chasse. Il poussa même jusqu'à l'île de Patmos;
mais, ilésespérant de les atteindre, il rebroussa chemin; et,
ilès I'instant qu'il ne les avait pas rencontrés en mer, il s'estima
heureux qu'ils ne se fussent pas enfermés dans un camp, ce qui
Itett condamné à etablir un corps tl'observation et une croi-
sière.
XXXIY. Pachès revint en senant la côte et relâcha à Notion.
Cette place servait de port aux Colophoniens. Un certain nombre
d'eutrà eux s'y étaient retirés depuis que la ville haute avait
étd prise par Itamanès et par les Barbares, qu'une faction avait
appétes r. Cet événement avait coïncidé avec la seconcle invasion
aei nOtoponésiens en Attique. Établis à Notion, les réfugiés
colophoniens avaient recommencé leurs querelles. Une partie
d.'enire eux avaient obtenu de Pissouthnès un renfort d'Arca-
q
diens et de Barbares, les avaient placés dans un quartier re-
tranché ; et, tle concert avec ceux de la ville haute qui tenaient
pour les Mèdes, ils faisaient Ia loi clans Notion. Leurs adver-
iaires, fotcés de s'expatrier, appelèrent Pachès. Celui-ci de-
manda une entrevue à Hippias, chef des Arcadiens qui occu-
paieni le quarlier retranchd, sous promesse de lty réinstaller
iainet sauf, dans Ie cas où I'on ne parviendrait pas à s'entendre.
Mais I{ippias ne fut pas plus tôt sorti, que Pacbès I'arrêta, sans
toutefoiJ Ie mettre aux fcrs ; pui! il assaiilit brusquement la
citaclelle, s'en empara par surprisé, et fit main basse sur les
Arcatliens et sur les Barliares qui s'y trouvaient. Après quoi,
selon sa promesse, ii y reconduisit Hippias ; mais, aussitôt
entré, il l; fit saisir et percer cle traits. Là-clessus Pachès renrlit
Notion aux Colophoniens, à I'exclusion des partisans des Mèdes.
Plus tard les Athéniens peuplèrent Notion par I'envoi d'une co-
lonie, conformément à leurs propres lois5. Ils y réunirent tous
les Colophoniens disséminés en diffdrentes villes.
XXXY. De retotrr à Mytilène, Pachès soumit Pymha et Eré-
sos. Il prit le Lacédémonien Saléthos, caché clans Ia ville, et le
fit partir pour Àthènes en compagnie des Mytiléniens déposés à
ténétlos et ae tous ceux qu'il regardait comme auteurs de la
LIVRE III. I51

défection. Il renvoya pareillement la majeure partie de ses


troupes ; et, demeotunt avec le reste, il organisa à son gré
Mytilène et toute l'Île de Lesbos.
xxxu. À I'aruivée des Mytiléniens et cle saléthos, les toutes
Athé-
niens mirent imméùiatemeni à mort ce dernier, malgré
les offres qu'il put leur faire, notammenb d'éIoiSner de Platée
les péIoponé*i.n*, qui I'assidgeaient encore. Ils délibérèrent
ensuite sur le sort des prisonn*iers. Dans un premier accès ile
colère, ils résolurent dô faire périr, non-seulement ceux qui se
trouvaient à Athènes, mais encore tous les Mytiléniens adUltes,
et de réd.uire en esclivage les femmes et les enfants. Ils ne leur
parilonnaient pas ile s'êtie portésàlarévolte sans avoir, comme
ies autres, I'eicuse de l'asiujettissement
t' Ce qui augmentait
I'iilitation, c'était que la floite péloponésienne eût osé s'aven-
. turer en Ionie uo ,..oorc de Mytilène; on y voyait
I'indice
d'une rébellion ourilie de longue-main. une trirème fut dép,ê-
chée à Pachès pour lui notifier le démet et p-our lui
prescrire
à. purpr immédiatement les Mytiléniens au fil de l'épée' Mais,
dès'le lendemain, Ies Athéniens se prirent à considérer l'énor-
mité d'une sentence qui frappait un peuple e-rrtier. att iieu des
seuls coupables. Instrùits de ôe changement, Ies deputes myti-
léniens ef leurs amis d'Athènes obtinrent des magistrats qu'ils
remissent l'alïaire en délibération. Ils y réussirent sans peine,
car Ia majorité des citoyens désirait reYenir sur le vote précé-
dent. L'aËsemblée se forma sur-le-champ. On y entend.it plu-
sieurs orateurs, entre autres Cléon fils de Cléénétos2, le même
qui, la veille, avait fait passerle décret de mort. a cette épogtti,
Àthènffi n'avait pas de citoyen plus violent rri plus.écouté du
peuple. Il monta de nouveau à la tribune et prononça le rliscours
. suivant:
xxxYII. < Mainte fois j'ai re0onnu qu'un État d.émocratique
n'estpasfait pour commander à d'autres; m-ais rlen19leprouve
mieui que vôtre revirement actuel au sujet des Mytiléniens. Ac-
coutumés dans vos rapports journaliers à une confiance et une
-ioos
sécurité réciproques, avez les mêmes d.ispositions enYers
vos alliés; et^, Ioisque leurs discours ou la commisération
vous
ont fait commettre queique fau[e, vous ne songez pas que votre
faiblesse entraîne pôot uoor un péril, sans vous attirer de leur
part aucune reconnaissance. vous oubliez que votre dominatiou
r,
àst une véritable tyrannie imposée à des hommes malinten-
iiorrnés, qui n'obéiisent qu'à contre-cæur, qui ne Yous savent
uoron gté a.t concessionJ, onéreuses pour vous, que vous leur
152 GuERRE DU PÉLoPoNÈsn.

faites I mais qui se soumettent moins par défdrence que par nd-
cessité.
r Le pire à mes yeux serait qu'il n'y eùt rien cle stable dans
nos résolutions, et que nous ûe comprissions pas que mieur
vaut pour un Etat avoir des lois imparfaites, mais immuables,
que des lois ercellentes, mais dépourvues cle sanction; que I'i-
gnorance modeste est préférable à I'habileté vaniteuse; et gu'en
général les Etats sont mieux gouvernés par les médiocritds que
par les intelligences d'élite. En ellet les uns veulent se montrer
plus sages que les lois et, dans les assemblées, faire toujours
prévaloir leurs opinions personnelles, parce que c'est ltarène
la plus favorable à leurs talents, et voilà surtout ce qui perd
les rdpubliques; tandis que les- autres, se défiant de leurs
propres lumières,-ne croient pas en savoir plus que les lois. Ils
sont, il est vrai, moins aptes à critiquer les discours d'un haran-
gueur habiie; mais, jugeant avec plus de modestie que d'ému-
lation, ils éviteut mieux les écueils, C'est ià ce que nous devons
faire, nous autres orateurs, au lieu de nous engager dans une
lutte d'éloquence ou de génie, et de vous donner des conseils
contraires à nos propres convictions.
XXXVIII. .r Pour moi, je suis toujouls Ie même. Je m'd-
tonne qu'on ait remis elr discussion I'affaire des Mytiléniens et
provoqué des atermoiements qui sont tout en faveur des cou-
pahles. La colère de I'offensé contre ltoffenseur va en s'amor-
tissant; mais, quancl la répression suit immédiatement I'outrage,
la balance est dgale et la vengeance complète.
< Je serais curieur de savoir qui osera me contredire et
soutenir que les crimes des Mytiléniens nous sont utiles, ou
nos reyers prdjudiciables à nos alliés. Évidemment. à grand
renfort de sophismes, il s'évertuera pour établir que ce qui a
été voté ne I'a pas été; ou, séduit par i'appât du gain, il es-
sayera, par un discours captieux, tle 'rous faire prendre le
change. Par malheur, dans ces sortes ile luttes, c'est à d'autres
que la ville décerne les prix; pour elle, elle ne se résgrve que
les tlangers.
i< La faute en est à vous, qui présitlez mal aox débats; à
vous, qui vous posez en spectateurs des paroles et en audi-
teurs des actions. Vous jugez des éventualités futures d)après
le dire des beaux parleurs. Pour les faits accomplis, vous en
croyez moins vos yeux que ros oreilles. parce que vous êtes
éblouis par le prestige d.e l'éloquence. Éternellement dupes de
Ja nouveauté des discours, vous refusez de suivre une parole
LIVRE III. r53
dprouvée. Esclaves de ce qui est étrange, ilétlaigneux de ce
qui est connu, vous aspirez tous au talent oratoirel et, si vous
ne pouvez y parvenir, vous prenez le contre-pied de ceux qui
le possèilent, afin de n'avoir pas I'air de vous mettre à la re-
morque d'une opinion, mais d,'être les premiers à applaurlir à
une saillie. Prompts à courir au-devant des paroles, lents à
prévoir les résultats; cherchant je ne sais quel monde ima-
ginaire, sans jamais vous inquiéter de la réaliti; en un rnot,
fascinés par le plaisir de I'ouïe, et plus semTrlables à des
auditeurs de sophistes qu'à des citoyens délibérant sur les in-
térêts de l'État.
XXXX. r Je m'efforce de vous détourner de ces travers,
en vous montrant que les Mytiléniens vous ont fait le plus
sanglant outrage que jamais ville ait commis. Quant à moi, si
quelques cités se révoltent par impatience cle votre joug ou
par I'effet d'une pression étrangère, je suis presque tenté de
leur pardonner. Mais pour tles gens qui habitent une île, une
place fortiflée, que nos ennemis peuvent attaquer seulement
du côté de la mer, où même ils ont assez de vaisseaux pour
se défenclre; qui d'ailleurs se gouvernent par leurs propres
lois et qui étaient traités par vous avec une disiinction sans
eremple, je demanile si une pareille conduite tte constitue
pas un complot, une insunection plutôt qu'une défection,
car la défection suppose une oppression violent€,
-
enfin une
connivence avec nos plus cruels ennemis pour les
-
aid.er à nous
détruire.
c Leur crime est bien plus grancl que si, appuyés sur leurs
propres forces, ils nous eussent fait une guerre déclarée. Rien ne
Ieur a servi de leçon : ni le malheur des peuples qui. après s'être
révoltds, sont retombds sous le joug; ni Ia prospérité dont ils
jouissaient, et qui aurait dt les retenir sur le bord de I'ahime.
Pleins rle con{iance enl'avenir et d'un espoir au-dessus deleurs
forces, quôique au-dessous de leurs prétentions, ils ont entrepris
la guerre et préféré la violence à ta justice. Dès qu'ils se sont
crus les plus forts, ils nous ont assaillis sans avoir reçu d'in-
jures. Combien d'États ne voiL-on pas, brusquemeut parvenus
à une prospérité inespérée, en concevoir cle l'ârrogance? Au
contraire un bonheur qui n'a rien d'tmprdvu est moins dan-
gereux que celui gu'on n'attendail pas. Il est plus aisé de
Tepousser la mauvaise fortune que de se tlaintcuir dans l'a
bonne.
a Il y a longtemps que nous aurions drl traiter les lvlytilé-
t54 cUERRE DU pÉr,opollÈsu.
niens comme les autres. c'ett été Ie moyen ce les rendre moins
orgueilleux; car il est naturel à I'homme ile mépriser qui
le ménage et de resp-ecter qui lui tient tête. Qu'ils'reçoivent
donc aujourd'hui la juste punition de leur cànauite. "
t Et n'allez pas absoudre la multitude pour vous en prendre
aux aristocrates seuls. Ils sont tous également couîables.
IIs n'avaient qu'à recourir à vous, et ils seraient maintenant
réintégrés dans leurs droits; mais ils ont préféré s'exposer
avec les aristocrates et seconder.leur insuriection. songez-y
bien : si vous infligez le même châtiment aux alliés qui Je ré-
voltent sous la pression des ennemis et à ceux d.ont ia défec-
tion. est spontanée r croyez-vous qu'il en soit un seul qui ne
saisisse le plus léger prétexte pour s'insurger, quand iI aura
en perspeclrve, s'il réussit, le liberté; s'il ec[oue, un sort
supportable ? Nous. au contraire, il nous faudra à chaque in-
stant r'isq-'er nos biens et nos vies. vainqueurs, nous nô trou-
verons qu'une viile ruinée,-et nous perdrons à tout jamais les
revenus qui alimentent nos forces; vaincus, nous aurons de nou-
yeaux ennemis ajoutés à ceux quenous ayons ddjà; etletemps
qu'il eùt fallu employer contre ceux-ci sera mis â combattie
nos propres allids.
XL. n Il ne faut donc pas les bercer de l,espérance que,
moyennant des discours,ou de I'argent, ils obtiendront le par-
don d'une faute imputable à la nature humaine. ce n'est pas
malgré eux qu'ils ont faillil c'est sciemment qu'ils ont cherôhé
ir nous nuire. or les fautes involontaires sont les seules qui
méritent le partlon.
c Quant à moi, je- persiste à yous ne clevez pas
,penser que
revenir sur votre décision prdcétlente, si vous voulez dviter
les trois écueils les plus dangereux pour un empire, savoir Ia
pitié, le charnre des discours et I'indulgence. t â pitie ne doit
s'accorder qu'à charge de revanche, et nullemeni à ceux qui,
insensibles aux mé'ageuients, De cgsseront pas d'être nos en-
nemis mortels. Les orateurs dont lts discouri vou" enchantent
trouveront une arène dans d'autres occasions moins sérieuses
que celle-ci, où la ville, pour un instant de plaisir, éprouvera
un immense dommage, tandis qu'eux-mêmes- seront payés de
leur faconde à beaux deniers comptants. Enfin I'inàuigence
est clue aux hommes qui vous sonf et vous seront déviués,
mais non pas à ceux qui resteront toujours les mêmes, ei
qui n'en persévéreront pas moins dans leur hosi,iliié contre
YOUS.
LrYRE rrr. 155

( Je me résume en peu cle mots. Si vous suivez mes con-


seils, vous agirez avec justice envers les Mytiléniens et avec
utilité pour vous-mêmes. Dans Ie cas contraire, Yous ne ga-
gnerez point leur affection et vous aurez pl9lo19é votre propre
àé.héuo.r. En effet, si leur révolte a été iégitime, votre em-
pire ne saurair I'être; et si, lout injuste {-u'il- e1t' Yous croyez
â p"opo, de le conserver, f intérêt, sinon le clroit, vous fait un
er".i de les punir. Autrement il ne vous reste plus qu'à
vous démettre et à faire acte d'héroïsme à I'abri du danger'.
< Traitez-les donc comme ils vous eussent traités vous-mêmes.
Échappés au danger, ne vous montrez pas moins. sensibles à
footr'age que les provocateurs. Pensez à la manière dont ils
n'auraËnt-pas mair.lué d'en user envers vous' s'ils eussent
remporté lf victoire, surtout ayant eu les premiers torts. Lors-
quroï attaque sans motif, on poursuit son adversaire à ou-
tiance, pa..t qu'il y aurait du clanger à le laisser debout ; cal un
.oo.*i^grutuiiement offensé est plus redoutable, s'il échappe,
que celui envers qui les torts se balancent'
< Ne vous trabissez dono pas Vous-mêmes. Reportez-vous
par la pensée à I'instant oir vous étiez menacds. songez qu'alors
rien ne vous eùt coùté pour les rétluire. Rendez-leur la pa-
reille, saDS vous iaissef apitoyer sur leur sort actuel et sans
oubliér Ie 6anger naguère suspentlu sur yos têtes. Punissez-
les comme itJle méiitentl et par leur exemple, faites voir
clairement aux alliés que toute tléfection aura Ia mort pour
salaire. Une fois qu'ils en seront convaincus, Yotts aùtez
moins souvent à nêgliger vos ennemis pour combatpe vos
alliés. r
xLI. Ainsi parla cléon. après lui Dioclotos flls tl'Eucratès,
qui dans la précédente assemblée avait le plus.vivement com'
Ëattu le décret rle mort porté contre les Mytiléniens, monta'à
la tribune et s'exprima en ces termes :
XLII. a Ce n'est pas moi qui me plaindrai tle ce.qu'on a
remis en discussion I'affaire des Mytiléniens, ou qrri tlésap-
prÀoorrui jamais qu'on délibère plus d'une fois sur des causes
'"i":r"rui. b.o* défauts me parais-sent surtout contraires à la
Gur.r iles ddlibérations, savoir la précipitation.et Ia colère.
LË; provient de ldgèreté, I'atttre d'entêtement et tl'igno-
Tance.
--
i-quautàcelui qui soutient que le langage c'est pas.lltlll
prète iles faits, iI faut qu'il soit .ou aveugle o.u rnteresse :
jour
ào.ogtr, s'il croit qu'il existe un autre moyen de jeter clu
156 GU!]RRE DU PÉIOPONÈSE.
sur-les questi.ns obscures; si voulant proposer
_intéressé,'
glelque turpitucle et désespérant
.
d'appuyer pu. â*' rooo*,
ralsons une mauvaise_ cause, il cherchà-pai d'âd.oites
calom_
nies à intimider ses arrversaires et ses aùditeurs. naais
la pire
espèce est cele des gens qui accusent reurs ,rtrg.;irtes
de
trafiguer de l'art de ra parôre. s'ils se bornaieni ïi*
d'ineptie, la défaite feraii perdre la rdputation a'tuùiieié,
tr"r.
nbn
celle de probité; mais, devant le reproche a. .or.oliilo,
t'on
a beau.triompher, le soupçon restel et, si l,onrorËÀ*nu,
on
paraît à la fois dénué de talent et de vertu
rt Tout cela ne fait pas le compte
de la répubrique; car Ia
crainte la prive de ses conseilleis. Les iiui.l,t
cho^ses
mieux pour elle, si de tels citoyens dtaient a, moinr
lirn
--rrabiles

orateurs; ils ne I'entralneraient pas dans t3nt de fautes.


Le
citoyen n'use pas c'intimidatiôn cnvers ses adversaires bon
lutte contre eux à armcs égales et ne doit son trio*pil, I
il
qo'i
la supériorité de ses avis. be son côté, une *gà
sans refuser au mei[eur consei[er res honn.uri qo'h "ép'o-ùiqor,
*a.itu,
ne devrait pas res exagdrer. Loin d'infliger une
d;;à
teur qui succombe, elre devrait nerui temoigner'uo.uù aaro_
l,oru-
veur' De cette façon,.re vainqueur se laisùrait moins alrer,
par le désir de nouveiles distinitions, à parler.onirr-r*
,.n_
timent et pour praire.àra murtitude, comme aussi le
vaincu
n'aurait pas recours à la flatterie pôu, ,.gugner la popula_
rité.
XLIII. <, Nous faisons précisdment re contraire. ce n'est pas
to.ut : pour peu qu'un orateur soit soupçonné de vues
intéres_
sées, quelle Qug soit I'excellence de iei conseils,
noo, nou,
méfions de sa vénalité prétendue et nous privons
ainsi r'État
d'avantages réels. Les choses en sont venues au point
que
les meilleures idées, dmises sans détour, ne son' pas moins
suspectes que les pires. D'ou ir résulte que, non-seurement
l'au-
feg.r
d9^la plus dangereuse propositioÀ est obrige de recourir
à.fartifrce pour convaincre ra multitude, maii t'o.uli, i, pru,
utile a besoin du mensonge pour se faire accepter. avec- cette
humeur ombrageuse, notie ville est Ia seule qu,on ne puisse
servir ouvertement et sans la tromper. Faites t.un.t emeituoe
offre. profitable, et aussirôt |on vôus supç'nne de rechercher
secrètement quelque b-é_néfice personnel uf ptu, g.uod. --
. a. En présence de. telle.s dispositions et rôrsqu;il y va de nos
intérêts les plus graves, il nous importe à noui uoti.*
oÀiuo*
de vorr un peu prus roin gne vous. qui ne donnez qn'un
court
LIVRE III. I57
espace de temps à I'examen des affaires; car nous sommes res-
ponsables de nos avis et vous ne l'êtes pas de vos votes r. Si
du moins I'auteur d'un projet et celui qui I'aclopte avaient les
mêmes risques à courir, vos jugements seraient plus équita-
bles I mais non: si I'affaire tourne mal, vous sévissez contre
celui qui vous a persuadés et qui n'avait que sa propre opi-
nion, et yous n'avez garde de vous en prendre à vous-mêmes,
bien que votre faute ait été celle du granrl nombre.
XLIV. a Pour moi, si j'ai pris la parole au sujet des Mytilé-
niens, ce n'est pour contredire ui pour accuser person4e; car,
à considérer sagement les choses, ce n'est pas de leurs torts
qu'il s'agit, mais du ineilleur parti à prendre pour nous-mêmes.
Me fùt-il ilémontré qu'ils son0 coupables au premier chef, ce
ne serait pas pour moi une raison de conclure à la mort, si
nous n'ytrouvions pas notre avantage; comme aussi je ne leur
ferais grâce qu'en tant que Ie bien de l'État I'exigeraitr. J'es-
time que nous avons à délibérer sur I'avenir encore plus que
sur le présent. CIéon soutient que la peine capitale sera utile
dans Ia suite, parce qu'elle diminuera les défections; et moi,
la considération de nos intérêts futurs me conduit à une con-
clusion diamétralement opposée. Ne vous laissez pas engager,
par ce que son argumentation peut avoir cle specieux, à re-
pousser ce qu'il y a de vraiment utile dans la mienne. Son
discours, moiivé par votre colère contre les Mytiléniens, est
de nature à vous persuaderl toutefois nous n'avons point ici
à leur faire leur procès ni à peser la justice de leur conduite,
mais à délibérer sur ce gue réclanne notre intérêt à leur
égard.
XLY. c Dans la plupart des États, la peine de morL est éta-
blie contre plusieurs délits, dont quelques-uns sont loin cl'd-
galer en gravité le crime des Mytiléniens. Cepenriant I'espé-
rance induit à braver ce danger. C'est que tout homme qui
s'y expose compte sur laréussite de ses desseinsl comme aussi
toute viile qui entreprend r:ne révolte ne le fait qu'avec la
pensée de trouver en elle-même ou dans des alliances étran-
gères les moyens de Ia soutenir. Il est naturel à tous les
hommes de commettre des fautes, soit comrne États soit comme
intlividus, et il n'y a pas tle loi qui puisse y mettre obstacle.
On a parcouru successivement toute l'échelle des peines, en
les aggravant sans cesse pour se mettre en garde contre les
malfaiteurs. Il est à croire qu'autrefois elles étaient plus tlouces
pour les plus grands crimes; rnais, comme on les bravait, elles
158 cUERRE DU pÉropoNÈsp.
ont ûni avec le temps par aboutir pour la plupart à la mort;
et néanmoins on brave la mort elle-même-. Ii faut donc ou
trouver un meillerir système dtintimidation, ou c(,nvenir que la
peine de mort est une bamière illusoire.
c Tous les hommes sont poussés vers les dangers; le pauvre
par I'audace de Ia nécè.ssité; le riche par I'orgueil' d,e I'opu_
lence; les autres par I'irrésistible entrâtnement des passions
dont chacun dans sa position est possédé. a ces caus'rr si fé-
coniles enmalheurs, ajoutez encore |espéranceet la convoitise.
celle-ci ouvre la voie, celle-là s'y engage sur ses traces. L'une
forme des projets, I'autre compte sr:r le hasard pour les réa-
liser; et, comme elles agissent dans I'ombre, elies sont plus
redoutables que les clangers manifestes. Enfin la fortune y
joirtt ses excitations. Quelquefois elle surgit à l'improviste ei
précipite les faibles dans le pdril. c'est suitout re càs pour les
$!ats,.parce qu'il s'agit poui eux tles plus grands intêrêts, la
liberté ou I'empire;
.et qu_9 chaque citoyen, se voyant appuyé
par la masse, s'exagère follement ses propres forcei. En un mot
il est absurde, il serait d'une i'signe naivetd, de croire que la
nature humaine, une fois lancée à lapoursuite de quelque ôbjet,
se laissera maitriser par le frein des rois ou pai toute autre
crainte.
XLYI. c Il ne faut ilonc pas, par trop de confiance en I'effi_
cacité de la peine de mort, prendre une résolution fâcheuse,
en ôtant aux insurgés toute idée de repentir et d'une prompte
réparation de leur faute. Réfléchissez qoe, dans l'étai actuel
$9; gnosgs., Iorsq-u'urre ville révoltée se-uoit dans I'impossibi_
lité de résister, elle capitule pendant qu'elle est encore â même
de rembourser les frais de la guerre e[ de payer le tribut pour
I'avenir I mais,- clans. I'au-tre hypothèse, croyez-yous qott y
g1-eù!.u1e seule qui ne flt les plus granils piéparatifs ei ne se
défendit-jusqu'à la dernière extrémité, s'il ne devait y avoir
aucune différence entre une prompte soumission et uie résis-
tanoe désespérée ? Et comment ne serait-ce pas un dommage
pour nous de faire à grantls frais le siége d une place déte-r-
*r.ré.a à ne-pas se rendre, ou, si nous la prenons, de la trouver
ruinée et de_perdre, poul toujours les iubsides qu'elle nous
fournissait? ce sont pourtant ces tributs qui soutiennent notre
puissance.
n Gardons-nous donc de nous nuire à nous-mêmes en frap-
pant_les co rpables avec la dernière sévérité. cherchons ptutôt,
par des punitions mitigées, à laisser aux villes des ressôurces
LIVT{E III. I59
pécuniaires suffisantes. Plaçons notre sùrete, non dans la rigi-
dité de nos lois, mais dans la vigilance de nos actes. Aujour-
d'hui nous faisons I'inyerse. Si un peuple libre, assujetti à notre
empire, essaye c'est naturel de s'y soustraire, et
- comme
que nous parvenions à le réduire, nous- nous croyons obligés
rle le punir sévèrement. Ce qu'il faudrait, ce n'est pas de châ-
tier avec rigueur des hommes libres qui se révultent, mais ile
les garder avec rigueur avant leur rébellion, afin deleur en ôter
jusqu'à Ia pensée, ou, après les avoir soumis, de n'imputer
leur crime qu'au petit nombre.
XLflI. c Consiildrez encore quelle énorme faute vous com-
mettriez en suivant I'avis cle Cléon. Pour le moment, dans
toutes les villes, le peuple a de la sympathie pour vous; il ne
se joint pas âux soulèvements des aristocrates, ou, s'il y est
contraint, il ne tartle pas à se tourner contre ceux qui I'y ont
poussé; en sorte que yous avez un auxiliaire dans ia popula-
tion des villes que vous allez combattre. Mais si vous frappez
le peuple de Mytilène, qui n'a point trempé tlans la rébellion,
et qui n'a pas plus tôt eu des armes qu'iÏ s'est empressé de
vous ouvrir les portes, d'abord vous commettrez une injustice
en immolant des bienfaiteurs, ensuite vous donnerez beau jeu
aux aristocrates. Sitôt qu'ils voudront insurger un É,tat, ils au-
ront le peuple pour eux, parce que yous avrer. montré que Ia
même punition attend les innocents comme les coupables. Et
quand le peuple serait coupable, encore faudrait-il fermer les
yeux, afin de ne pas nous aliéner le seul allié qui nous reste,
Enfin je crois qu'il est beaucoup plus avantageux pour le main-
tien de notre empire d'endurer patiemment une offense que de
frapper, avec toule la rigueur du droit, des hommes que nous
tlevons épargner. Cléon a beau dire , il est impossible que,
dans ce châtiment, I'intérêt se rencontre avec Ia justice.
XLYIII. c Reconnaissez donc la supér:iorité de mon avis; et,
sans trop accorder à la pitié ni à I'indulgence, contre les-
quelles je serais le premier à vous prémunir, - écoutez uni-
quement la voix ile la raison. Jugez de sang-froid- ceux des
Mytiléniens que Pachès a envoyés comme coupables, et laissez
les autres dans leurs foyers. C'est pour I'avenir le parti le plus
sage, et c'est celui qui dans le prdsent effrayera ie plus nos
ennemis. Contre des adversaires, la prudence estune arme plus
stre que la force aveugle. a
XLIX. Ainsi parla Diotlotos. Les Athéniens, après avoir en-
tenclu ces ileux opinions contraclictoires, demeurèrent indécis,
160 GUIRRE DU PÉtoPoNÈsr.

et les voh se partagèrent presque }r egalitd. Ndanmoins I'avis


de Diodotos prévalut. 0n expédia donc en toute hâte une nou-
velle trirèmé, de peut que ltautre, qui avait un jour-et une
nuit 6'avance, n'airivât la première, et que les Mytiléniens ne
fussent égorgés. Les députés de Mytilène approvi.sionnèrent le
bâtiment de vin et tle farrine ; ils promirettt à l'équipage une
forte récompense s'il arrivait à temps. Aussi-les matelots
firentjls ooe teile d.iligence que, tout en ramant, ils mangeaient
de la farine délayée dàns duvin et de I'huiler, se releva.nt al-
ternativement pour ramer et pour dormir. Par bonheur' Aucun
vent ne contraiia leur marche. D'ailleurs le premier vaisseau,
porteur d'un message de- deuil, ne_s'était guère pressé, tandis
que I'autre faisait fôrce de rarnes. Le prenrier ne devança donc
là seconcl que du tc.mps nécessaire à Pachès pour.lire.le. tlécret
et se mettrb en devoir de l'exécuter; I'arrivée du second i'aryêta.
A cela tint que Mytilèrre ftt détruite.
. L. Quant aux Mytiléniens que Pachès a.vait envoyés
comme-auteurs de la révolte, les Athéniens, d'après I'avis de
Cléon, les mirent à mort' Ils étaient un peu Plus d-9 mille'
Mytilène fut démantelée et livra ses vaisseaux. Pour I',avenir,
lei Lesbiens ne furent frappés d'aucun tribut; mais tout
leur territoire, celui de Méthymne excepté, fut partagé en
trois mille lots, dont trois cents furent réservés aux dieux
et le reste distribué par la voie du sor[ à des colons tirés
d'Athènes. Les Lesbiens continuèrent à cultiver leurs terresl
mais ils durent payer une redevance annuelle de deux mines
par lotr. Les At[éniens s'emp:rrèrent aussi de toutesles,places
que Mytilène possddait sur le continent, et les soumirent à
làur domination. Tels furent ies événements de Lesbos'
LI. Le même été, après Ia réduction de Lesbos, les Athd-
niens, commandés par Nicias fiIs de Nicératos, firent une ex-
pédition contre Minoa, lle située en face ile Mégare. Les Mé-
gariens y avaient bâti une tour et en avaient fait une place
forte.
Nicias voulait que les Àthéniens se rendissent maitres
n
de
ce point, plus rapproché du continent que Boudoto-n { SaIa-
miie, et qu'ils y iinssent ganrison. Par ce moyen' les Pdlopo-
nésiens nè poupaient plus expédier clanclestinement, comme
cela s'était vu', des trirèmes ou desbâtiments armés en course,
ct Ies arrivage.s maritimes à Mdgare seraient interceptés. Ni-
cias s'empaù donc, par mer et avec cles machines, tle deux
tours.o saillie du cô1é de Niséa; et, après avoir rendu libre
LIYRE III. 16I
le passage entre l'îre et re contirrent, ir ferma par un mur
l,en-
droir par où il ftair possibre, aln'ae àÇ-pi;lito
ru* r.*
Ias-fonds, de porter iecoors à r'îr., peu
distante de la terre
ferme3. Tout ôela fur I'ouu.ug.-ai,'qo.rquàï
const'ruisit un fort dans Minoai y raisia :;;;, Nicias
gârnisôn ei repartit
avec l'armée.
LII. Presque au mêge. moment,.dans ie cours
de I,été, les
Platéens, à bout de subsistances Ët hor*
longtemps, se rendirent aux fretol,onesiens
a'at"i-au"îÀi. ptus
stances suivantes..Les assiégeants
dans Ies circon_
âvaient rivrJ un ïrruot qo,
les Platéens n'avaient pas éid .r, rl*r..
de repousser. Instruit
de l.eur faiblesse, re.géïerar to"JaJÀonien
ne vourut pas forcer
la ville; ses insrrucriàns le rui aarurariurJ.
prévoyant le cas où l'on ferait la
i;.'iiriiË*oniror,
stipulerait Ia rétrocession des ptucàr faix avec Athènes et où r,on
prises pendanir. go..ru,
avaient.voulu que_pratée fit eiceptiorl)
comrne s,étant rendue
volontairement. un héraut décraà aon" pioto'."i,
consentaienr à remettre reur vi[e aux "u* ioe, .,it*
r,aceàJmoniàîJàt i r.,
prendre pour juges? on ne punirait que les
.oopunfu. et que
personne ne serait flappé sans jugement.
assiégés -Èendant Sur ce message, Ies
aux abois se-iendireni. q;.ù;;"1:oo.r,
Peloponesiens leur fournirent de, viurer, r.,
en attendant que les
Juges, au nombre de cinq, fussenË venus de Lacédémone.
leur arrivée,'on ne formula'contre ies pratéens A
aucune accusa-
tion expresse; on se contentade res faire comf..-rir. -t oe reur
demander si, dans le cours de la présente
guerre, ils avaient
lundy quelque service aux Lacédèmoniens et à reurs ailiés.
Ils obtinreat pourtant de d.dvelopper f.u, d;f**,
confièrent le soin à deux d'entre âux, ;; ik en
estymachos firs d,Aso-
polaos et Lacon Iils d'Aimnestos, proxène
des Lacédémoniens r.
Ces déléguds parlèrent en ces termes :
LIII' a Lacédémoniens. quand nous avons rivrd notre vi'e,
nous I'avons fait par confiance en vous.
Arors nous étions loin
de nous attendre â un jugem"ni tui-qu,
cerui-ci; nous comp-
tions sur plus de formes.-Si nou, n,u,uons
ne voulons encoreJ. d'autres -;t;;ï;;
veulu, comme nous
l.rS..s qo, uou*,'Maintenàni ,o*
pensions que vous tiendriez ta-bàtance égare.
-craignons de nous être doublement nous
trompés; car nous soup_
çonnons à bon droit qu'il y va pour nôus de la vie, et nous
arons iles doutes sur. vôtre impariiarité. ce gui oour
gère, c'est d'abord I'absence de toute accusàtion pr.rir" rr, ,og-
qo,
nous auriols pu repousser; il nous a fallu demander nous_
-
Tô2 GUERRE DU PÉLOPONÈSE.

mêmes la parole; - puis la question sommaire qu'on nous


ad.resse. Vraie, notre rdponse nous conilamne; fausse, elle porte
avec soi sa réfutation. De quelque côté que nous tournions les
regards, notre embarras est le même. Nous sommes cependant
contraints, quanù la prudence ne nous en ferait pas un de-
voir, de hasartler quelques mots tle justification.. Garcler le
silence dans la situation oti nous sommes, ce serait nous ex-
poser au reproche de n'avoir pas fait tout notre possible pour
nous sauYer.
c A ces difficultés se joint encore celle cle Yous conYaincre-
si nous étions inconnus les uns aux aujres, nous pourrions al-
Iéguer en notre faveur des témoignages nouveaux pour vous;
màir voot sayez d'avance tout ce que nous pourrions dire' Ce
que nous craignons, ce n'est pas que Yous ûe jugiez n-os mé-
rites inférieurs aux vôtres, et ne nous fassiez un crime de cette
infériorité, mais bien plutôt que dans le dessein rle complaire
à d'autres, v0us ne nous fassiez plaitler une cause iléjà jugée.
LlY. ( iTéanmoins nous essayerons de nous défendre en ex-
posant, d'une part,la justice de notre conduite dans nos tld-
mêlés avec les Thébains, de !aut_re les droits que nous avons
à votre reconuaissance et à cetié de toute Ia Grèce'
a Et d'abord, quant à la question sommaire qui nous est
posée: a Avcz-vous, dans le cours de Ia guerre act-uelle, rendu
? quelque service aux Lacé6émoniens et à leurs alliés? r voici
ooire rdponse : Si c'est à des ennemis que cette question s'a-
dresse, iour ne devez pas trouver mau'ais qu'ils ne vous aient
rendu aucrin service ; Ji au contraire c'est à des amis, ce serait
plutôt vous qui seriez coupailes d'avoir tourné vos armes
ôoutre eux. Mâis ou notre conduite fut exemplaire, ce fut pen-
dant la paix et tlans la guerre contre le Barbare. Nous ne rom-
ptmes pbint celle-là les premiers, et seuls des Béotiens nous
àombatiîmes celui-ci pour la tiberté de ia Grèce. Bien qulhl-
bitant Ia terre ferme, nous primes part au combat naval ile
I'Artémision; .et, dans la journée qui eut lieu sur notre terri-
toire, nous étions près de vous et de Pausanias r. Tous les
autres dangers qui, dans ce temps, menacèrent les Grecs, nous
les partageâmes avec un zè}e au-dessus de nos forces. Lors-
quel aptès le tremblement 6e terre et la retraite cles Hilotes.
sur le mont lthome, Sparte était plongée dans la consterna-
tion, nous envoyâmes à votre secours Ie tiers ile nos ci-
toyens'. Ce sont Ià tle ces traits qui méritent cle n'être pas
oubliés.
LII-RE III. 163

LV. c Tels sont les services que nous vous rendîmes jadis.
Si depuis lors nous sommes devenus vos ennemis, c'est uni-
quement par votre faute. Lorsque, opprimés par les Thébains,
nous etmes recours à votre alliance, vous nous renvoyâtes
aux Àthéniens, sous prétexte qu'ils étaient proches et vous
trop éloignésr. Toutefois, durant cette guerre, vous rt'ayez
reçu de nous, ni de près ni de loin, aucune olTense signalée.
Il est vrai que, malgré vos instances, nous avons refusé d'aben-
donner les Athéniens. Mais comment nous en faire un crime ?
Ne nous avaient-ils pas protégés contre les Thébains, quand
vous refusiez de le faire? C'ett été urre honte de les trahin
après avoir reçu leurs bienfaits, sollicité leur appui, et obtenu
chez eux le droit de cités. Dans les ordres que les uns ou les
autres vous intimez à vos alliés, s'il y a quelque chose de ré-
préhensible, ceux qui clonnent I'impulsion vefs le mal sont plus
à blâmer que ceux qui la reçoivent.
LVI. ( Les Thébains ont commis enyers nous plusieurs of-
fenses. Yous connaissez la clernière, qui a été la cause tle tous
nos malheurs. Ils ont cherché à stemparer de notre ville en
pleine pair, dans un temps de fête t. En les punissaut, nous
n'avons fait qu'user tle cette loi universelle qui autorise à re-
pousser la force par Ia force. Aujourrl'hui vous auriez tort ile
nous sacrifier à eux. Si vous substituez à la justice votre inté-
rêt aotuel et leur inimitié pour nous, yotre sentence paraitra
fausse, inique et entachée d'égoïsme.
<r D'aiileurs, s?ils semblent aujourd'hui vous être'utiles, nous

le ftmes bien davantage, nous et les autres Grecs, dans un


temps orl vous couriez un plus grancl danger. Maintenant c'est
vous qui faites trembler les autres; mais lorsque le Barbare
apportait à tous la servitude, ils étaient avec lui. Or il est juste
de mettre en compensation de notre faute présente, si tant
est que cten soit une, notre dévouement passé. Yous le trou-
verez même d'autant plus méritoire qu'il brilla rlans un mo-
ment ou ilétait rare de voir quelqu'un des Grecs opposer de la
résistance aux armes de Xerxès. Alors on exaliait ceux qui
avaient I'héroïque imprudence de mépriser l'invasion et d'af-
fronterlepéril pour la bonne cause. Nous fùmes de cenombre;
et, après avoir été portés aux nues, nous craignons aujourd'hui
tle périr pour nous être cond.uits d'après les mêmes principes,
c'est-à-dire pour nous être attachés aux Athéniens d'après la
justice, plutôt qu'à vous d'après I'intérêt. Ii ne faut pourtant
pas avoir deux poitls et deux mesures, ni admettre que I'intérêt
164 GUERRE DU PÉLOPOUÈSN'

du moment prenne le pas sur la reconnaissance éternellement


due à de fidèles alliés.
LVII. o Consiilérez encore qu'aujourd'hui vous êtes regarilés
par Ie plus grand nombre des Grecs comme des modèles ile
vertu. Or, si yous nous condamnea contretoute justice, - cette
cause aura du retentissement, car votre renommée est grantle
et la nôtle n'est pas tout à fait nulle,
- prenez-y garcle, on ne
vous yerra pas sans horreur porter contre des bravesr vous
plus braves encore, une sentence indigne, ni suspendre dans
les temples nationaux les tlépouilles des bienfaiteurs tle la
Grècet. Il paraîtra révoltant que Platée soit détruite par les
Lacédémoniens; que vos père$ I'aient insmite sur le trépietl de
Delphes à cause cle son couragec, et que vous l'efÏaciez de la
Grèce en consiclération des Thébains. Voilà donc le degré d'in-
fortune âuquel nous sommes réduits I Si les Mèd.es eussent
triomphé, notre ruine était consommée; et aujourd'hui uous
sommes supplantés dans votre vieille amitié par les Thebains;
nous nous sommes vus aux prises avec Jes deux clangers'les
plus terribles : risquant naguère cle mourir de faim si nous ne
livrions pas notre ville, et maintenant d'être condamnésà mort.
Ces mêmes Platéens qui montrèrent pour Ies Grecs un dévoue-
ment sans bornes, sont repoussés de partout, délaissés, sans
secours. De nos alliés tl'alors nul ne vient à notre aide; et vous,
Lacdilémoniens, notre unique espérance, nous craignons que
vous ne nous donniez aucun aPPui.
LVIII. r< Au nom tles dieux qui reçurent nos serments, au
nom du patriotisme dont nous fimes preuve, nous vous conju-
rons de vous laisser fléchir et de rompre les engagements que
les Thébains ont pu vous alracher. Demanclez-leur qu'en retour
de nos services ils vous permettent cl'épargner des hommes
qu'il serait indigne d'immoler. Au lieu d'une reconnaissance
honteuse , assurez-vous une reconnaissance honorable I Èt,
par une lâche condescendance, n'attirez pas sur vous le dés-
honneur. Un instant suffit pour tlétruire nos corps ; mais ce
sera pour vous une tache indélébile; car vous frapperez en
nous, non pss des ennemis, ce qui serait juste, mais des
amis que la nécessité sp,ule a forcés d.e vous combattre. En
nous faisant grâce de la vie, vous remplirez un devoir sacré.
Rappelez-vous que notre reddition a été volontaire; que nous
vous avons tendu les mains I - orr la loi des Grecs défencl de
tuer des suppliants; qu'enfin nous avons été de tout temps
vos bienfaiteurs.
-
LIVRE IÎI. 165
a Tournez les yeux sur les tombeaux de vos ancêtres, immo-
lés par les Mèiles et inhumés dans notre tenitoire. Chaque an-
née notre ville leur ollrait des vêtements d'honneur et d. autres
sacrifices d'usage r. Nous leur présentions les prémices de
toutes nos récoltes, comme des amis au nom d'une terre amie,
comme des alliés à de vieux compagnons d'armes. Par une sen-
tence inique, vous ferez précisément I'inverse. Songez-y bien :
quand Pausanias leur donna la sépulture, il crut le.s confier à
une terre amie et à des amis; et vous, si vous nous tuez, si
vous livrez aux Thébains le pays de Platée, que ferez-vous si-
non ile priver vos pères et vos parents de l'honneur dont ils
jouissent et de les abanclonner aux mains de leurs meurtriers?
Cette terre orl les Grecs furent affranchis. la ferez-vous esclave ?
ces temples des ilieux qu'ils invoquèrent pour triompher tles
iVIèdes, les rendrez-vous déserts et Ies ddpouillerez-l'ous des
sacrifices institués par leurs fonclateurs s ?
LIX. c Lacédérnoniens, une telle concluite serait indigne de
votre gloire, contraire au droit des Grecs, injurieuse pour vos
ancêtres. Ce serait immoler des bienfaiteurs pour une inimitié
étrangère et sans motif légitime. Épargnez-nous plutôt, et que
vos cæurs s'ou\rrent à une sage commisération. Songez à I'a-
trocité du sort qui nous menace, songez au caractère des vic-
times et à I'instabilité de la fortune, qui frappe souvent ceux
qui le méritent le moins.
< Quant à nous, comme le ilevoir et la ndcessitd nous y obli-
gent, invoquant à grands cris les dieux que tous les Grecs
adorent et les serments que vos ancêtres ont prêtés, nous nous
réfugions auprès des sépulcres de vos pères; nous implorons
ceux qui ne sont plus; nous vous conjurons, au nom de notre
amitié, tle ne pas nous livrer aux Thébains, nos ennemis mor-
tels. Nous vous rappelons cette journée dont pour nous l'éclat
fut si beau, tanilis que celle-ci nous menace clu sort le plus
déplorable.
c Enfin pour terminer, chose à la fois nécessaire et pénible
pour nous, dont Ie trépas suivra peut-être la conclusion de ce
discours, nous vous disons: Ce n'est pas aux Thébains que
nous avons renris notre ville, nous eussions préféré Ia plus
homible des morts, celle de la - faim, mais c'est à vous que
nous sommes venus avec confiance. Si- donc nous ne pouvons
rien gagner sur. vous, il serait juste de nous replacer dans notre
ancienne position et de nous laisser le choix du danger. Lacé-
démoniens, nous yous en conjurons, nclus citoyens ile Platée,
166 GUERRE DU PÉIoPONÈSI].

si dévoués aux Grecs et aujourcl'hui vos suppliants; n'allez pas,


au mépris de la foi jurée, nous sacrifier aux Thdbains, nos im-
placables ennemis. Soyez plutôt nos sauveurs; et, au moment
ou yous affranchissez ies Grecs, ne devenez pas les instruments
de notre ruiue. r
LX. Lorsque les Platdens eurent fini de parler, les Thébains,
craignant I'effet proiluit surles Lacéclémoniens par leur discours,
se présentèrent eI dirent qu'ils désiraient être entendus, puisque,
contrairement à leur avis, on avait permis aux Platéens il'allon-
ger outre mesure leur réponse à la question proposée. On y con-
sentit, et ils s'exprimèrent en ces termes :
LXI. ( Nous n'aurions pas demantlé Ia parole, si les Platéens
s'étaient contentés de répondre brièvemeni à la question; en
s'abstenant cle nous mettre en cause et de présenter en leur
faveur une apologie superflue, ayec force louanges sur des
faits que nul ne songe à leur reprocher. Ceci nous oblige à une
défense et à une réplique, afin qu'iis ne tirent avantage ni tle
notre tlémérite ni de leur gloire, et que votls ne portiez un
jugement qu'après avoir entendu la vérité sur les deux parties.
c L'origine de nos démêlés avec eux remonte à I'époque où,
après nous être rendus maîtres cle la Béotie, nous constituâmes
Platée et avec elle d'autres villes dont nous aviôns exoulsé la
population mélangée r. Alors, en tldpit de la règle admise'pri-
mitivement, ils déclinèrent notre supréniatie et, seuls des Béo-
tiens, foulèrent aur pieds les lois du pays. Puis, lorsque nous
voulûmes les contraindre, ils s'unirent aur Athéniens et, con-
jointement avec eux, nous firent bien des maux, qu'à notre tour
nous leur rendîmes.
LXII. < Quand le Barbare vint attaquer Ia Grèce, ils furent,
disent-ils, les seuls des Béotiens qui ne firent pas cause com-
mune avec lui. C'est là surtout ce dont ils se prévalent pour
s'exalter eux-mêmes et pour nous insulter. Nous au contraire
nous prétendons que, s'ils ne prirent point le parti iles Mèdes,
c'est que les Athéniens ne le prirent pas non plus; et la preuve,
c'est que plus tard, lorsque Athènes menaça la liberté cle la
Grèce, ils furent en Béotie les seuls partisans des Athéniens.
D'ailleurs consitlérez queile était notre situation respective à
l'époque de ces évdnements. Notre ville n'étaib aiors gouvernée
ni par une aristocratie soumise aux lois, ni par une démocratie ;
elle subissait le régime le pius contraire à la légalité et àla
moclération, en un mot le plus voisin de la tyrannie. Une poi-
gnée cl'oligarques possétlaient seuls toute I'autorité. Ce sont eur
LIVRE III, 167
qui, dans I'espoir d'afïermir leur domination si Ie IVIètle avait
le dessus, continrent le peuple par la force et appelèrent les
Barbares t. Lorsqutelle agit ainsi,notre ville dans son ensemble
n'etait donc pas maitresse d'elle-mème; et il serait injuste de
lui imputer une faute où les lois n'eurent arlcune part. Mais
lorsque , après la retraite des Mèdes, I'ordre légal fut rétabli;
lorsque plus tard les Athéniens attaquèrent toute la Grèce ei
s'efforcèrent de subjuguer notre pays.iravaillé par les dissen-
sions, considérez si la victoire qu. nous remportâmes sur eux à
Coronée n'affranchit.pas la Béotie e, et si maintenant nous ne
contribuons pas de tout notre pouvoir à la délivrance des Grecs,
en fournissant des chevaux et un contingent plus fort que pas
un des alliés. Telle est notre réponse à I'accusation de mé-
disme n.

LXIII. c'Nous essayerons maintenant de démontrer que c'est


vous plutôt qui êtes coupables envers la Grèce et qui méritez
les clerniers châtiments. A vous entendre, c'est pou-r vous ven-
ger de nous que vous êtes devenus alliés des Athéniens et que
vous avez reçu droit de cité chez eux. Mais, s'il en était ainsi,
vous auriez dt les appeler contre nous seuls, au lieu de vous
joindre à eux pour opprimer les autres. Supposd mênre qu'ils
vous entratnassent malgré vous à leur suite, il ne tenait qu'à
vous de réclamer cette aliiance conclue avec les Lacéilémo-
niens contre les N1èdes, qui est votre éternel refrain. ElIe suf-
{isait amplement pour vous mettre à I'abri de nos attaques et
chose essentielle
-rations. - pour
Mais non, c'est
assurer la liberté de vos délibé-
de votre plein gré, sans aucune espèce
de contrainte, que vous avez pris le paiti des Athéniens. Vous
ne pouviez, dites-vous, abandonner sans honte des bienfai-
teurs. Il était bien plus honteux et plus injusre de trahir tous
le.s Grecs, qui avaient rgçu vos serments,
[ue ]es seuls Athé-
niens , dès I'instant quà ceux-ci travaillaiènt à I'asservisse-
ment, ceux-là à I'affranchissement de la Grèce. yous ne leur
lye-z pas témoigné une reconnaissance égale ni exempte cle
déshonneur ; car vous les avez app.elés, dites-vous, pou-r vous
garantir de I'oppression, et vous ïous êtes joint.'à eor poo,
opprimer les autres. Or il y a moins de honte à ne pas i'ac-
quitter d'une dette qu'à reconnaitre par des actes injustes des
services loyalement rendus.
LXry. aVous avez bien fait voir que si,dans Ie temps, vous
ne suivîtes pas le parti des Mèiles, ce ne fut point à cause des
Grecsr mais parce que les Athénîens ne le suivaient pas, et
168 GUIRRE DU PÉIOPONùSE.

palce que vous vouliez imiter les uns et faire le contraire


des

autres. Et vous prétendriez vous faire un titre d'une valeur


vous
âeri.i+, oour plaire à autrui ! cela n'est pas soutenable.
pretéré lui ethérriens ; vous devez donc partager avec eux
avà,
d'alors,
toutei les chances cle la lutte. N'alléguez pas.l'alliance y
;;;;t si elle devait vous protéger aujour{lhol'.Vous a\.ez

,àr.".E,
-Ési;Àil I'avez violde vïus-mêmes en aidant à asservir ]es
et d'autres de .vos confédérés, au lieu d'y .mettre
"ous
ofrstacte. Tout cela, vous ne l,ayez pas fait contre votre
vo-
ioote , ainsi que ooor, mais bien sous
I'empire .des lois qui
der-
vous'régissrni encore et sans la moinclre contrainte. La
oie.. r,i*mation que nous vous avons faite avant I'investis-
sement,deresterpaisiblesetneutres,vousl'avezrepoussée.
ilï-6;;;*ieux que vous mérirerair I'exécration de tous les
pour leurnuire?
Grecs,Yousqur ne iaites montre de vertu-que
qlre Yous avea fait jaclis, votre,conduite récente a prouvé
Le bien
qu'il ne vous appartenait pas, e-t I'éternel penchant de votre
Athéniens ont
i"torr *'.rt rOvÉtl dans toui son jour. Quanil les y avgl.sulvrs'
marché dans la voie de I'injustice, vous les
<YoiIàcequenousevionsàdiresurnotremédismeinvo.
sur votre libre attachement aux Athéniens'
^-îiy. etquant
lontaire
i à la dernière offense que yous pretendez avoiÏ
reçue, lorsque, selon vous! Dou-s auôns attaqué votre ville
fêlgl même
contre le droit, en-pleine paix et dans un ternps lu
à cet égard ooo, ,iu pas être plus réprehensibles que
""oyôn* dans I'in-
vous. Si de nous-*à*., ioor ètioos venus chez vous, pays'
et de ravager hostilemeilt votre
tention ile livrer bataille
que.plusieurs de
nous serions inetcosables; mais s'i-I est vrai
vos citoyens, les premieri P-a.r la fortune et par.Ia
naissance'
nous aielrt spontandment appôléspour vous
retirer d'une alliance
étrangère et vous- rattachôr à la confédération
nationale cles
oot* crime? ceirx qui donnent I'impul-
Béotiens, ou est ôoo.
sionsontplusàblâmerqueceuT,quilareçoivent.D'ailleurs,à
de la nôtre'
oo, yto",'il n'y u to at'tort ni de leur .part.ni
Citoyens comme vous' ayagt Pê*t pl.us à ptlttlill:tous
ont
nullement en
ouvert les portes et nôui oirt introduits en amis, de se
les mauvais citoyens
ennemis. IIs voulaient empêcher
qu'ils
pervertir davantage, et procurer aux honnêtes gens ce
ilil;ff;i J.-prétttdi'e. Ils voulaient corriger les esprits
sansattenteraux.p,rsonnes'vousrattacheràvosalliancesna.
I'amitid
turelles sans vous ravil votre patrie, vous concilier
générale sans vous créer aucun ennemi'
LIVRE IiI. 169

LXVI. ( La preuve de nos intentions pacifiques, c'est que,


loin d'inquiéter personne, nous avons, par une proclamation,
invité dès I'abord à se joindre à nous quiconque voulait se gou-
verner d'après les institutions nationales cle ia Béotie. Yous y
avez aclhéré cle grand cæur; et , la convention faite, vous avez
commencé par rester tranquilles. Plus tard, j'admcts que
-
nous eussions eu tort d'entrer chez vous sans I'assentiment tle
la multitucle, au moins fallait-il nous imiter en nous enga-
geant à nous -retirer sans violence. Mais non; vous n'avez pas
plus tôt reconnu notre petit nombre, que y0us nous ayez assail-
iis en dépit de la c<invention. Ceux dont uous regrettons le plus
Ia perte, ce ne sont pas tant les victimes du combat ; jusqu'à
un certain point leur mort a dté légitime I mais ceux qui vous
tenclaient les mains, ceux à qui vous aviez fait quartier et pro-
rnis la vie sauve, les avoir égorgés au mépris des plus saintes
lois, n'est-ce pas ià une atrocité? Quoi ! vous avez commis coup
sur coup trois perlïdies, rupture cle Ia convention, massacre
de sang-froid, violation de votre promesse d'épargner les pri-
sonniers si nous respections vos campagnes, et vous venez
dire que c'est nous qui sommes dans nos torts et que Yous ne
méritez aucunes représaillesÏ II nien sera rien, si du moins ces
juges font leur devoir; mais Yous recevrez le juste salaire de
votre conduite. .

LXVII. q Nous sommes entrés dans ces détails, ô Lacéclémo-


niens, afin de motiver à vos yeux la sentence que vous allez
rendre., et cle légitimer plus encore aux nôtres la vengeance
qui nous anime. Ne vous laissez pas attendrir par l'énumération
de Ieurs ancicns services, si tant est qu'ils soient réels. Les
bienfaits passés peuvent être un moyen de défense pour les
victimes d'une injustice ; mais ils doivent attirer une double
animaclversion sur les auteurs d'actes infâmes, parce que leur
crime est un tlémenti clonné à leurs mérites précédents. Que
leurs cloléances et leurs supplications ne leur soient d'aucun
secours, non plus que leurs appels aux sépulcres de vos pères
et à leur pTopre abantlon. À notre tour, nous dvoquerons notre
jeunesse impitoyablement massacrée, elle dont les pères sont
morts à Coronde pour entratner tlans votre parti la Béotie,
ou, vieux et délaissds dans leurs demeures soiitaires, vous sup'
plient bien plus fortement de les venger. La pitié n'est due qu'â
I'infôrtune imméritée ; une souffrance aussi juste que la leur
doit être au cottraire un sujet tle joie.
s Pour ce qui est de leur isolement actuel, ils ne doiveni
Tuucrnrnr:. t0
170 cuERRE DU PÉtoPoNÈss.

I'imputer qu'à eux-mêmes, Ils ont sciemment


tepoussé les

*eillrors uilidr, fould aux pieds les plus saintes lois par un
esprit ile haine plutôt que de justice. Même aujouril'hui la sa-
tisiaction qu'ils nous auront donnée ne sera pas équivalente à
leur crime ; elle sera fixée par la'loi, car ce n'est point' comme
ils le flisent, à ia suite d'un combat et les mains étendues qu'ils
se sont.livrés, mais en vertu d'une convention formelle et en
se soumettant à un jugement.
c Lacédémoniens, prêtez main forte à la loi des Grecs, qu'ils
ont violée: et. comme nous aions souffert tle cette violation,
récompensez le zèle dont nous avons fait preuve. a":il ne soit
pas dii que nous avons été supplantés dans votre amitié par la
iéduction de leurs tliscours. Montrez aux Grecs par un grancl
exemplc qu'à vos yeux le langage ne prévaudra jamais sur
le, actes: louables, une courte mention leur suffit; coupables,
il leur faub dc belles phrases pour voile. Mais si des chefs,
comme vous au-iourd'hui, savent établir contre les coupables
des jugements expéditifs, on cherchera moins à pallier des ac-
tions criminelles par des discours pompeux. D
LXYIII. Ainsi parlèrent les Thtibains. Les juges lacédémo-
niens décitlèrent qu'on s'en tiendrait à la question de savoir
si, dans le cours dè la guerre, les Platéens leur avaient rendu
quelque service. A leur avis, pour se conformer à I'ancien
traité conclu par Pausanias après la défaite des Mèdes, ils au-
raient dt rester en repos avant la guerre, et plus tard accepter
la proposition de demeurer neutres aux termes du même traité;
ce-à quoi ils n'avaient pas voulu consentir. Ils pensaient que
les Plàtéens, en repoussant leurs justes exigences, s'dtaient
mis en clehors des traités et s'étaient attiré leur infortune. Ils
les flrent donc comparaltre I'un après I'autre et leur cleman-
dèrent si, dans Ie cours de la guerre actuelle, ils ayaient rendu
quelque service aux Lacéclémoniens et à leurs alliés. Sur leur
r.eponse négative, on les emmenait à ia mort' Il n'y en eut au-
cun ,l'excepte. On égorgea de la sorte non moins de cleux cents
Platéens, ôutre vingt-cinq Athéniens qui avaient soutenu le
siége avec eux. Les femmes furent réduites en esclavage.
Quant à Ia ville, ies T'hébains la clonnèrent à habiter Ipour
une année à des Mé;ariens exilés pour cause de sedition et à
ceux des Platéens qui s'étaient déclarés pour eux et n'avaient
pas été enveloppés clans la ruine de leur patrie. Plus tard ils
iasèrent oornplétement Platée. Avec les matériaux, ils construi'
sirent près du temple de Junon un hospice de cleux cents
LIVFE III. 17 I
pieds en long et tn ltrgr, avec deux étages de logementse. Ils
employèrent à cette construction la charpente et les portes des
maisons ile PlatÉe. Les ustensiles d'airain et de fer trouvés
dans la ville servirent à faire des lits consacrds à Junon. Un
temple de marbre, large de cent pieds , fut aussi élevé en
I'honneur ile cette cléesse. Les terres furent confisqudes et af-
fermées pour dix ans au profit des Thébains.
Le motif principal, pour ne pas dire I'unique, du peu de
sympathie que les Lacédémoniens témoignèrent pour Platée,
fut le désir de conrplaire aux Thébains, dont ils croyaient
avoir besoin pour la guerre commencée récemment.
Ainsi périb P)atée, quatre-vingt-treize ans après qu'elle était
entrée dans i'alliance d'Athènes 5.
LXIX. Cependant les quarante vaisseaux peloponésiens qui
avaient été au secours de Lesbos et qui, comme on I'a vu,
avaient gagné le large pour se soustraire à la poursuite des
Athéniens, essuyèrent dans les parages de la Crète un coupde
vent qui les dispersa. Ils regagnaient isolément le péloponèse,
lorsqu'ils. rencontrèrent à Cyliène treize trirèmes de Leucade
et dtAmbracie, commandées par Brasidas fils de Tellis, placé
comme conseil auprès d'Alcidas. Les Lacédémoniens, voyant
leur expédition de Lesbos manquée, voulaient augmenter leur
flotte et cingler vers Corcyre, alors en proie aux dissensions.
Pour cet elïet, il fallait proliter de ce que les Athéniens n'a-
vaient que douze vaisseaux à Naupacte, et ne pas attendre
qu'il leur vînt des renforts. Brasidas et Alcidas se préparèrent
donc à cette entreprise^
LXX. Les troubles de Corcyre avaient pris naissance au re-
tour des citoyens faits prisonniers dans les batailles navales
d'Épidamne'. Les Ccrintbiens les ar';rient relâchés, soi-disant
'sous une caution de huit cents talents fournie par leurs pro-
xèness, mais en réalité parce que ces prisonniers promettaierit
de leur soumettre Corcyre. Ils se mirent donc à l'æuvrel et,
par }eurs démarches individuelles, ils cherchèrent à soulever
la ville contre les Athéniens.
Sur ces entrefaites, il arrivadeux vaisseaux, I'un d'Athènes,
l'autre de Corinthe, qui amenaient des députés. On tint une
assemblée, orl il fut décidé que les Corcyréens, sans rompre
avec Athènes, renoueraient leurs anciennes relations avec les
Péloponésiens. Il y avait alors à Corcyre un cerbain pithias,
proxène volontaire d.es Athénienst et chef du parti démocra-
tique. Les hommes tlont nous venons de parier le citèrent en
t-..I7 r -

172 GUERRE Du pÉLopoxÈsu.


justice, comme asservissant Corcyre aux Aihéniens. II fut ab-
sous; et, à son tour, il attaqua les cinq plus riches de ses
adversaires, les accusant de couper des échalas dans les bo-
cages de Jupiter et d'Alcinoùsr. L,amende était d'un statère
par échalas s. Coudamnés et hors d'dtat de payer cette somme
exorbitante, ils allèrent s'asseoir en suppliants tlans les tem-
ples, afin qu'on leur fixât plusieurs termes pour le payement.
Mais Pithias, qui se trouvait alors membre du conseil, obtint
qu'on appliquât la loi à la rigueur. Poussés à bout, et informés
que Pithias voulait profiter du temps ou il était encore en
charge pour engager le peuple à faile avec les Athdniens une
alliance offensive et défensive, ils formèrent un complot; et,
s'armant cle poignards, ils firent irruption dans la salle du con-
seil. Ils tuèrent Pithias, ainsi qu'une soixantaine d'autres con-
seillers ou de simplcs particuliers. Quelques rares partisans
de Pibhias se réfugièrent sur la trirème athénienne qui Ctait
encore clans le port.
LXil. Là-dessus les conjurés convoquèrent les Corcyréens
et dirent que tout était pour Ie mieux; que c'était l,unique
moyen d'échapper au joug d'Athènes; qu'à I'avenir' il fallait
rester en paix, sans recevoir à la fois plus d.'un vaisseau des
deux nations belligérantes, et, s'il s'en présentait davantage,
les traiter en ennemis. cette iléclaration faite, ils contraigii-
rent le peuple de la ratifier. Des députés furent aussirôt en-
voyés à Atnènes pour présenter la conduite des corcyréens
sous Ie jour Ie plus favorable et pour inviter les réfugiés à ne
l'aire aucune démarche intempesti'e, s'ils ne voulalent pas
exciter un soulèvement.
LXilI. A I'arrivée de ces cléputés,les athéniens les saisirent
comme tlesfactieux, ainsi.que t_ous ceux qu,ils avaient gagnés,
et les iléposèrent à Égine'. Là-dessus une trirème corinihirorre.
aborda à corcyre, avec des députés lacédémoniens. Âlors ceux
qui étaient au pouvoir attaquèrent le parti populaire et furent
vainqueurs dans un premier combat; mais, lâ nuit venue, le
peuple se retira dans ia citadelle et dans le haut de la ville, s'y
réunit et s'y retrancha.
.Il occupa aussi le por[ HyllaTque;.
Ceux du parti opposé étaient maîtr."s de I'agora, otr ia plupart
d'entré eux avaient leurs habitations, de même que du port-qui
I'avoisine et qui regarde le continent.
txXIII. Le lendemain il y eut de légères escàrmouohes.
Ch.acu-n des deur partis enyoya tlans les campagnes pour ap-
peler les esclaves en lerrr promettant la liberté. ia plipart ie
I,II'RE 1II. I73
loignirent au peuple: le parti contraire reçut du continent un
renfort cle huit cents hommes.
LXXIV. Après un jour d'irrtervalle, eut lieu un nouvel enga-
gement orl le peuple fut vainqueur, grâce à I'avantage des po-
sitions et du nombre. Les femmes secondèrent bravement les
combattants. Elles lançaient des tuiles du haut des toits et
affrontaient le tumulte avec un courage au-dessus de leur sexe.
Sur le soir, les aristocrates en déroute craignirent que Ie peuple
ne se portât au chantier de la marine, ne I'enlevât d'emblde et
ne les massacrât eux-mêmes. Pour fermer tout accès, ils mi-
rent le feu aux meisons et aux logis' qui entouraient I'agora,
sans épargner les leurs.pius que les autres. Des richesses im-
menses, appartenant au commerce, furent consumdes; et, si le
vent eùt chassé les flammes du côté de la ville, elle eùt été
complétement détruite. Cet inciilent mit {in au combat. Les
deux partis firent une trôve et passèrent la nuit sur le qui-
vive. Le vaisseau de Corinthe, voyant le peuple victorieux,
partit furtivement, et la plupart cles auxiliaires repassèrent sans
bruit sur la tene ferme.
LXXV. Le jour suivant, le gdnéral athénien Nicostratos
f,ls cle Diitréphès arriva de Naupacte avec douze vaisseaux et
cinq cents hoplites messéniens. Ii ménagea un rapprochement
entre les tleux partis. lI fut convenu grr'on mettrait en accusa-
tion les dix principaux auteurs de l'émeut€,
la fuite aussitôt;
- ceux-ci prirent
que les autres citoyens feraient Ia paix
-
entre eux et concluraient avec les Athéniens une alliance of-
fensive et défensive. Après cette négociation, Nicostratos se
clisposait à reprêndre la mer ; mais les chefs du peuple lui de-
mandèrent de leur laisser cinq de ses vaisseaux. afin de tenir
en respect leurs adversaires. Ils offraient d'équiper un pareil
nombre de leurs propres navires, qui partiraient avec lui. Ni-
costratos y consentit. Alors ils firent choix de leurs ennemis
pour composer les équipages. Ceux-ci, craignant d'être en-
voyés à Athènes, s'assirent en suppliants clans le temple des
Dioscures. Nicostratos €ssaya cle les relever et de les rassurer;
rnais ce fut en vain I aussi le peuple saisit-il ce prétexte pour
s'almer, comme si leur refus de s'embarquer cachait quelque
intention perficle. I[ enleva de leurs maisons les armes qui s'y
trouvaient I et, sans I'intervention de Nicostratos, iI aurait mas-
sacré ceux cl'entre eux qu'il rencontra dans la rue. Les autres,
témoins de ce qui se passait, allèrent s'asseoir dans le temple
ile Junonr. Ils n'étaient pas moins de quatre cents. Lt: peupie,
174 GUERRE DU pÉlopolrÈsu.

qui recloutait quelque agitation, leur persuada cle quitter cet


asile, et les transféra dans I'île située eD face du temple de
Junon, ou il leur fit passer des viyres.
IXXYI. Sur ces entrefaites, quatre ou cinq jours après la
translation de ses citoyens dans I'îIe, Ies vaisseaux pdloponé-
siens, rassemblés à Cyllène depuis leur retour d'Ionie, sur-
vinrent au nombre de cinquante-trois. Ils étaient, comme
prdcédemment, command.és par Alcidas, avec Brasidas pour
conseiller. Ils jetèrent I'ancre aux Sybota r, port du contiÀent,
et au point du jour ils cinglèrent vers Corcyre.
LXXYII. L'alarme fut extrême. Effrayés à la fois de leur
situation intérieure et de l'approche de cette flotte,les Cor-
cyréens armèrent à la hâte soixante vaisseaux; et à mesure
qu'ils étaient prêts, ils les envoyèrent contre liennemi. Les
Athdniens leur conseillaient au contraire de les laisser sortir
eux-mêmes les premiers et de venir ensuite les soutenir avec
toutes leurs forces. Les vaisseaux corcyréens s'avanQant isolé-
ment, il y en eut deux qui dès I'abord passèrent à i'ennemi:
sur d'autres les équipages se battaient entre eux et le désordré
dtait complet. Témoins tle cette confusion, les péroponésiens
opposèrent vingt vaisseaux à ceux de Corcyre; tout là reste de
leur flotte se porta contre les douze bâtiments athéniens, parmi
lesquels étaient la Salaminienne et, Ia Paraliennet.
LXXYIII. Les Corcyréens, attaquant malailroitement et avec
peu de vaisseaux à la fois, furent très-maltraités. Les Athé_
niens appréhendaient de se voir enveloppés et accablés par le
nombre. Aussi ne se portèrent-ils point, sur le gros ni sur le
oentre de Ia flotte ennemie; mais, se dirigeant sur l,une des .

ailes, ils coulèrent bas un vaisseau. Ensùte la flotte pélopo-


nésienne s'étant rangée en eercle, ils se mirent à en iairô Ie
tour, en essayant d'y jeter le désordre. Ceux qui étaient op-
posés aux Corr:yréens s'aperçurent de leur inteirtion; et, crâi-
gnant qu'il n'en ftt comme à Naupacte r, ils vinrent aû secours
des ]eurs. ainsi toute la flotte réunie se porta contre res Athé-
niens. Dès lors ceux-ci commencèrent à reculer, mais sans
tourner Ie dos, afin de donner aux Corcyréens Ie temps de se
replier, tandis qu'eux-mêmes, s'éloignant avec beauôoup de
lenteur, continuaient de fai.re tête aux ennemis. Telre fuil'is-
sue de ce combat naval, qui flnit au coucher du soleil.
LXXIX. Toute la peur des Corcyréens était que I'ennemi ne
profitât de sa victoire pour attaquer la ville, pôur enlever de
l'Île les citoyens qu'on y avait déposés ou pour pro.sgluer une
LrvRE lrr. t 75

réaction. Ils ramenèrent donc au temple de Junon les détenus


cle t'île et firent bonne garde dans leurs murs. Les Pélopo-
nésiens, quoique vainqueurs, n'osèrent pas attaquerla ville de
Corcyre; ils regagnèrerrt leur station du continent, emmenant
treizâ vaisseaux qu'iis avaient pris. Le lendemain, ils n'atta-
quèrent pas davantage la ville, bien que Ie trouble et I'alarme
y fussent au comble, et que Brasitlas insistât, clit-on, auprès
â'Alcidas pour qu'il prît ce parti. Mais son avis n'ayant pas
prévalu, lès péloponésiens sè contentèrent de faire une des-
ôente sur la pointe Leucimmer et tle ravager le pays'
LXXX. Pendant ce temps, le peuple de Corcyre, qui appré-
henclait une attaque marilime, entra en pourparlers avec les
suppliants et leur parti, pour éviter une catastrophe. Il cléter-
minï quelques-unJ d'entre eux à monter sur les trente vais-
seaux,.qu'ôn n'avait paslaissé d'équiper, dans I'attente de la
flotte ennemie. Les Péloponésiens se retirèrent après avoir
couru la campagne jusqu'âu milieu clu jour. Pen-dant la nuit,
les signaux ae ieucàae leo. anooncèrent i'approchede -soixante
vaissËaux athéniens. En effet, àla premièrenouvelle iles trou-
bles de corcyre et du prochain clépart tle la flotte d'alciilas,
les Athéniens avaient ôxpédié ce[te escadre, sous les ordres
d'EurymétloD fils de Thouctès. Les Péloponésiens se bâtèrent
donc âe partir cette nuit même. Ils serrèrent Ia côte, firent
t, palce
passer ldurs vaisseaux par-dessus I'isthme de Leucade
qu'ils craignaient d'être ilécouverts en doublant le cap, et re-
gagnèrent leurs foYers'
" f,XXXI. Quancl ies Corcyréens connurent I'artivée dp la flotte
athdnienne,-et la retraite àrs rone*is, ils firent gn-trer dans la
ville les Me'sséniens qui jusque-là étaient restés deliorS' et eu-
voyèrent dans Ie pori fiytlâique les Yaisseaux q3'tl: aYaient
Oqiipes. PeÎdaut ôe trajei,.ili égorgèrent ceux de leurs
a''1-
qu'its purent saiiir' Quant à ceux qu'ils.avaient en-
"Ëttàittt
gagés à mônteriur
'les
vaisseaix, ils les firent descendre à
ierîe et les massacrèrent jusqu'au dernier ; puis' allant au
cles sup-
temple de Junon, ils obtinreni d'une cinquantaine,
pliants qu'ils se soumissent à un jugement
-paË
et les condamnèrent
;il;;;;i: ô;;" ùi n'avaient ere leurs clupes, - c'dtait
ià pfot franJ nombie, - voyant ce qui passait' se tuèrent
-se se pendilent
mutuellement ilans te iemple même; quelques-uns
donnala mort comme lI pur'
aux arbres; enfln chacun se
Durant les sept l;;;t que la flotte d'Eurymécl-on
fut à Cor-
,y"", ft* Corcyrêeni massàcrèrent tous ceux qu'ils regartlaient
176 GuERRE DU PÉLoPoNÈsu.
comme ennemis de.la démocratie.
Quelques-uns
d'inimiriés parricurières des *eaicieÀ.
furent victimes
; r"r."i1îaî';lîî#;
ddbiteurs. La morr parui *oor o,itiu f**;;.î;"iootlrrrrnor_
reurs communes en pareille circonstanee,
qui ne fft commis.^^.,,
il.n,y en- eut point
surpassée. pè..i
on amachait des asiles sacrés ies supplia,it, t,ruitîon ru;
Tê*, !i
geait au pied des a:rrels. Enfin qo.rqi'urd; o,, oî"Ës égor-
dans re tenrple de Bacchus. Tani fut Ë;ili .oré*
atroce cette ieaition;
parut encore auuu"i"âil parce qu,eile -ia
;1[.j: rut pre_
LXXXII. prus tarrr ra Grèce en totarité fut
ébranlée. La divi-
sion résnant parrout, res chefs Ài nl,.li trprffi;îpirtui.ot
les Athéniens, i.* f,"."eO-.moniens. En gemps de
I'aristocratie
paix, on n'aurair .o^
li Je prdtexre ni ridée Jiriii*î iî,
liaires; mais, une fois ra guerre aitumee auxi_
acharnés à s'entre-détruirel re recours
.i rur-;Ë.partis
gère devint prus
à I,intervention étran-
{1c1te
aux'agitateurr. cu, créchirements
sionnèrent aux Ëtats des caramitÀr run, occa-
nombre, caramités
qui sont et seronr
l::fy Ie parrage
quoique, selon res conjoncturei.
de ta naturJ t î,triu.,
elràs puissent varier de vio-
lence ou de carac,ère. Durant ra paix^.i
États et res individus ont *.,il.i"r .*';;;;periie , f*
sont pas sous le joug d'une "o nécessitéesp.t, parce qu,ils ne
i;Ëri;;rË;tâui,
suerre' détruisant re bien-être journalier, .rtio o,rriie'irutar,to
g:t:.i*:_les passions de la mulritude sur les circonsrances
ou moment.
Les villes étaient en_proie aux dissensions.
était restée en arrière dés autres, uttr aspirait
Si l,une d,elles
à renchérir sur
e1e.mple, à imaginer de ooouruo"
Jglr
I'atrocité des ven*eances. on en vint a
excès, à raffiner sur.
crrangei*liîrîi..rr.*
l'acception des m6ts. L'audace i'.orierr,i,
rage à toute éoreuve; Ia lenteur prudente;;;ffi;;îii rou-
pour une râcheté
cléguisée; ra môdéralion pour uo'plltu"te
grande intelligence poïr.une grandu
de ta tiriàiiJ; un,
ine.tie-.'i'r*pi.ir*rrt
aveugle tletint le tràit distinci de llhomme
de
conspection. un s'éc_ieux subterfuge. L'hom;rï cæur; la cir_
fut regardd comme. t.^pl"q;r;;';?i;i qui osa* pîo, i'r.r.iur,
tui tenir têre
C;était. tuirofr.uue de finesse
l*"-U^.^.]rlj_suspecr.
r'lrer ses ennemis dans le piége et iurtout sue d,at-
de r'éluaer.iienair
on ses mesures Dour-se passer de ces
artifices, o"Jiuit tu"o au
trahison ou de pusiltanimité. Ri;;;;
valait plus d,éloges que
tle prévenir une-perfidie ou d,t;;;;i;.
celui qui n,y songeair
LME rII. 177

pas. Les liens du sang étaient moins forts que I'esprit de

irarti, parce que celui-ci inspirait plus de dévouements à toute


ept.ooe; .n .ffet, de telles âssociations n'étaient pas formées
sôus i,dgide cles 1ois, mais plutôt contre elles et dans un but
coupablà; e[es ne reposaient pas sur ]a crainte des ilieux,
maii sur la complioité du crime. Accueillait-on les ouvertures
d'un adversairef c'était par mesure de prudence eL non par
générosité. on attachait bien plus de prix à se ven8er d'une
ôff.nse qu'à ne l,avoir pas reçue. Les serments de réconcilia-
tion qu'on prêtait quelquefois n'avaient qu'une force. passagère,
ur.u.Lé, qo'il* étalentâ i'embarras des partis; mais que I'oc-
casion ftt donnée, et ie prernier qui reprenait courage en
voyant son rival sans défense I'attaquait.plus volontiers en
trahison qu'à visage découvert. Il y trouvait deux avantages:
I'un de frâpper à àup strr, I'autre ile se faire une réputation
'd'habileté én ne devant son triomphe qu'à I'astuce' Aux yeux
du vulgaire, il est plus aisé aux fripons de passer -pg-ur adroits
qu'aux-simples poue honnêtes. on rougit de la maladresse ; on
tire vanité de la méchanceté.
Tous ces maur eurent leur source dans la fureur cle tlomi-
ner, inspirée par la cupidité et par I'ambition' puis, les riva-
tités éveillées,ia passion s'en mêla. Les chefs du parti prenaient
pour mot d'ordie, ceux-ci I'égalité des droits, ceux-là une
âristocratie tempérée; et, sous le masque du bien public, ils
ne travaillaient qu'à sé supplanter mutuellement.Ils donnaient
un libre cgurs à leur audaôe et à leurs vengeances, sans nul
souci de la justice ou de l'intérêt commun, sans autre règle
que leur caprice. Une fois au pouvoir, ils s'emPTessaient, à
i;aicle de sentences iniques ou à force ouverte, de satisfaire
leurs inimités actuelles-. Ni les uns ni les autres ne respectaient
la bonne foi ; mais ceux qui, au mépris des lois tlivines, réus-
sissaient à commettre quelque noirceur, palliée d'un nom hon-
nête, étaient les plus éstimés. Les citoyens qui se tenaient à
l'écart tombaient sous les coups des cleux partis, soit parce
qu'iis refusaient de prenclre part à la lutte, soit parce qu'on
était jaloux de leur tranquillité.
LXXXIII. C'est ainsi que les tlissensions remplirent la
Grèce de toute sorte ile crimes. La candeur' compagne tle la
droiture de caractère, devint un objet de risée et disparut;
on éleva bien plus haut la duplicité cauteleuse. Ni langage ne
fut assez fort ni serment assez terrible pour cimenter une ré-
conciliation. Ne pouvant compter sur personne, op cherchait
178 cUERRE DU pÉLopotrÈsu.
à se nettre à couvert plutôt qu'à faire preuve d'une conhaute
loyauté. ceux qui avaient le plus d'avantages étaient les hom-
mes d'une intelligence bornée. La conscience de leur inhabi-
letd et du talent de leurs adversaires leur faisant crainclre d'être
tlupesdes beaux discours de leurs ennemis ou ile leursouplesse
d'esprit, ils allaient droit au but; tandis que les autres, âeaai-
gnant même de prévoir les desseins de leurs adversaires et
croyant I'action superflue là ou I'adresse semblait suffire. se
trouvaient désarmés el, succombaient.
LXXXIV. Ce fut Corcyre qui donna le signal de ces atten-
tats. On y commit tous les excès qu'on peut attendre d'un
peuple longtemps gouverné avec plus de hauteur que de sa-
gesse et qui trouve l'occasion de se venger; toutes les violences
suggérées par le désir d'echapper brusquement à une longue
misère en s'emparant du bien d'autrui; enfin toutes -les
cruautés, toutes les barbaries naturelles à des gens qui n,ont
pas l'ambitiou pour mobile, mais qui, poussés par un senti-
ment aveugle d'égalité , s'acharnent impitoyablement sur des
rivaux. En ce temps donc, toutes les lois furent renversées
dans cette malheureuse cité I la nature humaine, sesouant le
jg".S.du droit qu'elle-ne supporte gu'avec impatience, prit
plaisir à se montrer docile à la passion, rebellô à la juitice,
haineuse de toute supériorité. si I'envie n'avait pas iant de
force malfaisante, on n'ett pas préféré la vengeancô à la pitié,
l'âpreté du gain au respect du droit. C'est que les hommes,
sous l'empire d'une colère aveugle, se plaisent à violer les lois
tutélaires qui laissent au malheur quelque espoir de salut, au
risque de ne pouvoir les invoquer eux-mêmes, si jamais le dan-
ger les force d'y ayoir recours.
LXXXY. Tels furent les eflets d,es premiers troubles rle Cor-
cyrer. Eurymddon et les Atbéniens reprirent la mer. plus
tard les Corcyréens fugitifs, qui, au nombre de cinq cents,
avaient échappé au carnage, se saisirent des forts construits
sur ie continent, ainsi que de Ia côte située en face tle Corcyre
et qui lui appartenait. Partant d,e là, ils pitlèrent les habitants
de I'ile, Ieur ûrent beaucoup de mal, etréduisirent la ville à
une affreuse disette. En même temps ils députèrent à Lacédé-
mone et à Corinthe pour solliciter leur retour. Comme leurs
démarches étaient infructueuses, ils se procurèrent des moyens
cle transport et iles auxiliaires, passèrent dans l'îIe au nombre
de six cents en tout, brùlèrent leurs vaisseaux, afin ile se
mettre dans la nécessité de vaincrel puis, s'étant établis sur
LIVRE III. i 79
ie mont Istone e, rls y nâtirent un fort, infestèrent les environs
de la ville et se rendirent maitres tle la campagne.
LXXXfl. Sur la fin du même été, les Athéniens envoyèrent
en Sicile vingt vaisseaux, commandés par Lachès fils de Méla-
nopus et par Charæadès fils d'Euphilétos. Les Syracusains et
les Léontins étaient alors en guerre. Les premiers avaient pour
ailiées toutes les villes doriennes qui, dès I'origine, s'étaiént
rangées du côté de Lacédémone, sans toutefois prendre une
part active aux hostilités. Camarine seule faisait exception. Les
Léontins avaient pour eux ies villes chalcidéennes et Camarine.
En Italie, les Locriens tenaient pour Syracuse,, les Rhégiens
pour les Léontins, à cause de ienr commune originer. Les al-
liés iles Léontins députèrent à Athènes ', 0ù ils fïrent valoir
d'anciens traités et leur qualité d'Ioniens. Ils sollicitèrent I'en-
voi d'une flotte pour les secourir contre les Syracusains, qui
leur fermaient la terre et la mer. Les Athéniens accueillirent
cette requête sous prétexte cle parenté avec les Léontins, mais
au fond pour empêcher les Péloponésiens de tirer des grains
de Sicile et pour essayer ile soumettre cette lle à leur do-
mination. Ils allèrent se poster à Rhegion en ltalie, dtori ils
firent la guerre conjointement avec leurs alliés. Sur quoi l'été
finit.
LXXXUI. L'hiver suivant, il y eut à Athènes une recrudes-
cence de peste. Sans avoir complétement disparu, l'épiddmie
avait leissé quelque relâche. Cette seconde irruption dura toute
une année ; la première avait régné deux ans. Rien ne contri-
bua plus à l'affaiblissement d'Athènes. Parmi les citoyens in-
scrits au rôler, il mourut non moins de quatre mille quatre
cents hoplites et de trois cents cavaliers, et sur Ie reste de la
population, une foule incalculable. A cette époque, on ressentit
de fréquents tremblements de terre, à Athènes, en Eubée et en
Réotie, surtout à Orchomène.
LXXXVIII. Le même hiver. les Athéniens qui dtaient en
Sicile dirigèrent, de coneert avec les Rhégiens, une expédition
cle trente vaisseaux contre les lles d'Éole t. En été le manque
d'eau rendait impossible une tentative de ce Senle. Ces lles ap-
partiennent âux Lipariens, colonie de Cnide:. IIs babitent I'une
d'elles, qui a peu d'étendue et se nomme Lipara ; ils partent
ile là pour aller cultiver les autres, savolr Didyme, Strongyle
et Hiéra. Les indigènes croient que c'est dans Hiéra que Vulcain
a ses forges, parce cJu'il s'en échappe beaucoup de feu pendant
la nuit et de furnée pendant le jour. Ces iles sont situées en
i8O GUERRE DU FÉLOPONÈSE.

face du pays des Sicules et cles Messiniens; elles étaient alliées


rle Syracuse. Les Athéniens les ravagèrent; mais, n'ayant pu
Ies soumettre, ils s'en retournèrent à Rhégion. Là-dessus I'hi-
ver finit, ainsi que la cinquième année de la guerre que Thu-
cydide a racontée.
IXXXIX. L'été suivant (a), les Péloponésiens et leurs alliés,
sous Ia contluite tl'Agis fils d'Archidamos, s'avancèrent jusqu'à
I'Isthme, rlans le dessein d'envahir I'Attique ; mais ils en furent
tlétournés par tle nombreux tremblements de terre, et I'invasion
nteut pas lieu. Â l'époque de ces secousses, il se manifesta à
Orobies ! en Eubée un phénomèrrê extraordinaire. La mer s'é-
loigna ilu rivage; puis elle revint subitement à flots amoncelés,
engloutit une port,ion de Ia côte et en abanclonna une autre I en
sorte que ce qui jadis était terre fait maintenant partie cle la
mer. Beaucoup d'hommes y perdirent Ia vie; il n'échappa que
ceux qui parvinrent à se réfugier sur les hauteurs. L'île tl'Ata-
lante, voisine des Locriens-Opontiens, éprouva une submersion
sembiable, qui détruisit une partie du fort des Athéniens. Deux
vaisseaux se trouvaient à sec sur la plage; it y en eut un dc
fracassé. A Péparéthos e la mer se retira, mais sans causer d'i-
nondation; une secousse abettit un par de ]a muraille, ainsi
que le prytanée et un certain nombre de maisons. La cause de
ce fait me paraît être que, là ou les commotions furent le plus
fortes, la mer fut refoulée, et que, par un retour impétueux,
elle submergea le rivage ; sans trembl.:ment de terre, je ne
pense pas que rien de pareil puisse aruiver.
XC. Durant cet été, Ia Sicile fut le tbéâtre de divers combats
livrés soit par les Siciliens t entre eux, soit par les Athdgiens
et leurs alliés. Je me bornerai à citer ce qu'il y eut ile plus im-
portant dans ces engagements partiels. Après la mort cle Cha-
ræadès, qui périt dans une rencontre avec les Syraeusains,
Lachès eut seul le commandement de la flotte. II alla, conjoin-
tement avec les alliés, attaquer Mylæ, place dépenrlante de Mes-
sine et garrlée par deux tribus cle Messiniens. Ces gens ilres-
sèrent une embuscade aux Athénicns débarqués ; mais ceux-ci
les mirent en déroute et en tuèrent un grand nombre. Ensuite
les Athéniens assaillirent la place, et obiigèrent les habitants à
leur livrer la citadelle et à marcher avec eux contre Messine. A
I'approche de ceùte armée, les Messiniens firent leur soumission,
en donnant cles otages et toutes les stretds voulues.

(c) Sirième année tle la gur:rre, 420 avr.nt J. C.


LIVRE III. 18I
XCI. Le même été, les Athéniens envoyèrent auiour du Pé-
loponèse trente vaisseaux commandds par Démosthène fils d'Àl-
cisthdnès et par Proclès fils de Théodoros. Soixante autres
vaisseaux et deux mille hoplites furent dirigés contre Mélos,
sous les ordres de Nicias fils cle Nicératos. Quoique insulaires.
les Méiiens refusaient obstinémont d.e se soumettre et d'entrer
tlans I'alliance r. Les Athéniens avaient résolu de les y contrain-
tlre ; mais ils eurent beau ravager leur territcire, ils ne purent
les amener à composition. Ils quittèrent donc Mélos et passèrent
à 0ropos en Péraïr1ue q. Ils abordèrent de nuit, et lei hoplites
étant descendus se mirent aussitôt en marclie vers Tanagra en
Béotie. À un signal donné les Athéniens de la ville, commandés
par Hipponicos fils de Callias et par Eurymédon lils de Thou-
clès, vinrent en masse les rejoinclre par terre. Ils carnpèrent ce
jour-là dans le territoire de 1'anagra, le ravagèrent et y passè-
rent la nuit. Le lendemain, ils vainquirent en bataille les Tana-
gréens, qui avaient fait une sortie avec un certain nombre de
Thébains venus à leur secours. Ils enlevèrent des armes, éri-
gèrent un trophde, et se retirèrent les uns à Athènes, les autres
sur la flotte. Nicias, ayec ses soixante yaisseaux, suivit la côte ;
et, après avoir dévasté les rivages de la Locrid.e, iI elfectua son
retour.
XCII. Yers la même époque, les Lacédémoniens fondèrent la
colonie rl'Héraclde en Trachjnie I voici à quelle occasion. Les
Maliens I sont divisds en trois branches, sayoir les Paraliens.
les Hiéréens et les Trachiniens. Ceux-ci, écrasés par la guerre
que leur faisaient leurs voisins <lu mont OEta,, avaient d'aboril
songé à se rlonner aux Athéniens; mais ensuite, craignant de
ne pas trouver auprès d'eux tout I'appui d.dsirable, ils envoyè-
rent Tisaménos à Lacécldmone en qualité d'ambassadeur. Les
Doriens, mère patrie des Lacérlémoniens, se joignirent à cette
députation pour appuyer la demande; ils étaient eux-mêmes
inquiétés par les OEtdens. En conséquence, les Lacddémoniens
résolurent d'envoyer une colonie pour protéger à la fojs les
Trachiniens et les Doriens. La place leur semblait avantageuse-
ment située pour la guerre contre les Athéniens ; on pouvait y
construire des vaisseaux et menacer I'Eubée, qui n'est séparée
que par un bras de mer; enfin elle devait leur faciliter le pas-
sage en Thrace e. Pour ces dir.ers motifs, ils entreprirent avec
ardeur cet établissement. Ils consultèrent l'oracle de Delphes ;
et, sur sa rdponse favorable, ils eni'oyèrent des colons tirés de
leur sein ou ile leurs Périèques; ils invitèrent à s'y joinclre
Tuuctoius. ll
182 GUERRE DU PÉLC)PoNÈsr.

tous ceux d.es Grecs qui le voudraient, excepté toutefois les


Ioniens, les Achéens et quelques autres peuples. Trois Lacédd-
moniens, Léon, Alcitlas et Damagon, eurent la clirection de
cette colonie. Arrivés sur les lieux, ils rebâtireut les murailles
ile Ia ville, qui porte aujourd'hui le nom d'fléraclée. Elle est
située à quarante stacles des Thermopyles et à vingt rle la mer.
Ils y construisirent des chantiers, qu'ils commencèrent au défilé
même des Thermopyles, alTn de pouvoir les protéger plus faci-
lement.
XCIII. Les Athéniens, voyant s'élever cette nouvelle ville,
ne furent pâs sans inquiétude ; elle leur semblait menacer es-
sentieilement i'Eubée, car elle n'était séparée du cap Cénéon t
que par un carral fort étroit. Cependant ils en furent quittes
pour la peur et n'dprouvèrent aucun dommage. La raison fut
que les Thessaliens, maitres du pays ou cette ville était bâtie,
craignirent d'avoir des voisins trop puissants et ne cessèrent
de harceler ces nouveaux hôtes, jusqu'à ce qu'ils les eussent
entièrement afiaiblis. El pourtant Ia colonie avait commencé
par être florissante !; car chacun s'engageait hartliment dans
une entreprise formée par les Lacédémoniens. Les gouverneurs
envoyés de Lacédémone contribuèrent surtout à ruiner les af-
fairee et à éloigner les habitants par I'effroi qu'inspiraient Ia
rudesse et parfois I'injustice de leur conduite. Aussi les voi-
sins prirent-rls plus aisément I'avantage.
XCW. Le même été, pendant que les Athéniens séjournaient
à l\{élos, ceux d'entre eux qui, avec les trente vaisseaux, fai-
saient le tour du Péloponèse, amivèrent d'abord à Ellomène,
place appartenant aux Leucadiens. Là ils tuèrent, à la faveur
d'une embuscade, quelques soldats tle la garnison ; ensuite ils
se portèrent avec toutes leurs forces contre Leucade elle-même.
Ils avaient avec eux la levée en masse des Acarnaniens, sauf
les OEniades, un certain nombre de Zacynthiens et de Céphailé-
niens, enfin quinze vaisseaux de Corcyre, Devant une agression
si formidable, Ies Leucadiens ne lirent aucun mouvement, bien
que leurs tenes fussent ravagées, soit au delà cle f isthme, soit
en deçà, dans la partie or). se tr,ruvent la ville de Leucacle et le
temple d'Apollon. Les Acarnaniens pressaient le général athé-
nien Démosthène d'investir la place, dans I'espoir de la réduire
sans peine et cl'être ainsi délivrés d'irréconciliables ennemis.
Mais quelques Messéniens représer:tèrent à Démosthène que,
disposant de si grandes forces, il serait beau pour lui d'attaquer
les Etoiiens, peuples ennemis de Naupacte, et dont la soumis-
LrvRE rtr- 193

sion entraînerait, celle de toute cette partie du continent. Les


Étoliens, disaient-ils, sont une nation brave et nombreuse;
mais, comme iis sont armés à la légère et qu'ils habitent, des
villages non fortifiés, à une grande distance les uns des autres,
il seiait aisé de les battre isolément, avant qu'ils fussent par-
yenus à se rassembler. lls lui conseillaient d'attaquer en pre-
rnier lieu les Apodotes, puis les Optrionéens et enfin les Eury-
tanes r. Ceux-ci forment ia portiorr la plus considérable de i'Étolic,
parlent une langue tout à fait ignorde et se nourrissent, dit-on,
de chair crue. Ces peuples une fois réduits, le reste suivrait
de près.
*Cv. OOmosthène céda aux instances des Messéniens. Il se
laissa tenter par la pensée qu'à l'aide des aliiés du continent
réunis aux Étoliens, il pourrait attaquer par terre la Béotie'
sans avoir besoin des armes d'Athènes. Pour cet effet, il n'y
avait qutà trayerser Ie pays des Locriens-Ozoles, marcher sur
Cytiniàn en Doride, et, Iaissant à droite le Parnasse, descendre
chez les Phocéens. La coopération de ceux-ci paraissait assurée,
grâce à leur vieille amitié pour les Âthéniens ; et d'ailleurs otr
pouvait
- les contra.indre. Or h Phocicle touche la Béotie-
Il s'embarqua donc à Leucade atec toute son atmée, au grand
déplaisir des Acarnaniens, et suivit Ia côte jusqu'à Soilion. Il
avâit con.,muniqué son projet aux Acarnatliens ; mais ceux-ci,
mécontents cle Ce t1u'il n'avait pas voulu faire le siége de Leu-
I

crade, ayaient refusé de I'accompagner. Ce fut donc avec le reste


ûe ses troupes qu'il alla porter la guerre en Étolie, savoir avec
les Céphailénieni. les i\fesséniens, les Zacynthiens ei trois cents
r,
-\théniens, soldats de marine monteis sur leurs propres bâti-
ments ; car les quinze vaisseaux de corcyre s'étaient reiirés. Il
paltit d'OEnéon en Locrider, Les Locriens-Oz.oles, alliés d'A-
ihènes, devaient le rejoindre avec toutcs leurs forces dans l'in-
térieur du pays. Yoisins des Étoliens, habitués aux nêmes
armes, on comptait qu'ils seraient d"'un grand secours contre
ces peuples, dont ils cbnnaissaient Ia tactique et ie territoire'
X'CVI. Démosthène passa la nuit â\rec son armée dans l'en-
ceinte de Jupiter Néméen. C'est Ià, dit-on, que le poête Hésiode
fut tué par lês gens de l'endroit, un oracle lui ayant prédit qu'il
mouuail à Neméet. De grand matin, il se mit en nrarche pour
l'Étolie. Le premier jour, il prit Potidania, le second Crocylion,
Ie troisième Tichion. Là il lit halte ct envoya son butin à Eupa-
lion en Locride. son intention éta.it, quand il aurait achevé dc
subjuguer le pays, dc reYeinir à Naupacte et, cle marcher ensuite
18[ GUERRE DU PÉroPonÈsc.

contre les 0phiondens, s'ils refusaient obéissance. Mais sas prd*


paratifs n'avaient pas été tellement secrets que les Étoliens n'en
eussent eu vent dès I'origine. Aussi I'armée avait-elle à peine
mis le pietl sur leur territoire, qu'ils sc portèrent à sa rencontre.
Il n'y eut pas jusqu'aux Bomiens et aux Caliiens qui, de I'ex-
trêm-e'fronfière d.es Ophionéens, près du golfe lvlaliaque, n'arri-
q.
vassent en armes au-devant de I'invasion
XCyII. Les Messéniens d.onnaientàDémosthèneles mêmes con-
seilsqueprécédemmènt. A Ies entendre, rien n'étaitplus aisé pour
lui que la conguête de l'É,tolie, pourvu qu'il allât droit aux villa-
ges,sftns donneraux Étoliens le temps de se reconnaltre, eten se
bornant à occuper la terre qr'il foulai[, Démosthène les crut:
et, se fiant à ia fortune qui ne lui ayeit jamais fait défaut, il
n'attendit pas mênre I'anivée du ren{ori que les Locriens lui
mdnageaient, rcnforl qui lui eùt étd précieux, car i] manquait
surtout de gens de trait légèrement armés. Il marcha sur Égi-
tion, qu'il enleva d'emblée, les habitants s'étant réfugiés sur
les irauteurs voisines. Cette ville est situde sur une éminence à
quatrc-r'ingts stades de ia mer. Mais bientôt les Étoliens se
portèrent au socours d'Égition. lls attaquèrent les Athéniens et
leurs alliés, fondirent de toutes parts sur eux du haut des col-
I lines, et les criblèrent de javelots. Quand I'armée athénienne
avançait, ils cédaient le terrain; reculait-elle, ils revenaient à
la charge. Le combat se prolongea ainsi dans ces alternatives
I d.'attaque et de retraite, espèce de mauæuvre or,\ les Athéniens
avaient constarnment Ie dessous.
XtYIil. Tant que lcs archers eurent des flèches, et furent à
même de s'en servir, ils soutinrent le combat. Les Étoliens
armés à la légère se repliaient pour éviter leurs coups. Mais les
archers, privds de leur chcf, se débandèrent. Les Athéniens.
harassés par la répétition dcs mêmes mouvelnents et couverts
de traits par les Étoliens, iâchèrent pied ; et, comme leur guide,
ie Messénien Chromon, avait perdu la vie, ils se jetèrent dans
des fonclrières infranchissables, dans des lieux inconnus, où ils
trouvèrent la rnort. Les Étoliens agiles et lestement équipés
atteignirent sur-le-champ plusieurs des fuyards et les percèrent
dc javeiots. La plupart des Athéniens manquèrent la route et
s'engagèrent dans une forêt des plus épaisses; les ennemis l'en-
vironnèrent et y mirent le feu. Enfin les Athéniens en complet
désarroi s'enfuireni dans toutcs les d.irections. Ceux qui par
vinrent àr s'échapper rejoignirent ia mer et la ville d'OEnéon en
Lomidc, leur point ile départ. Il périt une foule d'alliés et nou
LiVRE IIT. 185

moins de cent vingt iiopiites athéniens, fleur de ia jeunesse


moissonnée dans cette guerre, ainsi que Proclès I'un d,es deux
généraux. Les Athdniens, après avoir relevé Ieurs morts par
composition, se retirèrent d'abord à Naupacte et ensuite à
Athènes avec le flotte. Pour Démosthène, il resta aux environs
de Naupacte ; il craignait le courroux des Athéniens après uu
désastre pareil.
XCIX. A la même époque, les Athéniens qui étaient en Sicile
flrent voile r.ers le pays de Locres t. lls vainquirent clans une
descente un corps de Locriens accouru pour les repousser, ct
prirent un fortin situé à I'embouchure du fleuve Halex,
C. Le même été, les Étoliens députèrent à Corinthe et à Lacé-
démone Tolophos I'Ophionéen, Boriadès I'Eurytane et Tisandros
l'Àpodote. Ils obtinrent l'envoi d'un corps de troupes destiné à
attaquer Naupacte, qui avait attiré contre eux les armes d'A-
thènes. Les Lacédémoniens firent partir, sur la fin de l'automne,
trois miile hoplites alliés, dont cinq cents avaient etd fournis
par la nouvelle colonie d'Héraclée-Trachinienne. Les chefs de
cette expédition étaient ies Spartiates Eurylochos, Macarios et
Ménédéos.
CI. L'armée étant rassemblée à Delphes, Eurylochos envoya
un héraui chez les Locriens-Ozoles, dont il fallait traverser le
pays pour atteindre Naupacte, et qu'ii voulait d'ailleurs déta-
cher des Athéniens. Il fut activement secondd dans ce but par
les Locriens tl'Amphissa, qui craignaient toujours les Phocéens.
Ils commenoèrent par donner eux-mêmes des otages; puis,
profitant de la terreur qu'inspirait I'approche de I'armeje, ils en-
gagèrent les autres à en faire autanf. Ils gagnèrent d'abordies
Myonéens, leurs voisins les pius proches et les maîtres des tlé-
bouchés qui conduisent en Phocide; ensuite les lpnéens, les
Messapiens, les Tritéens, les Chaléens, Ies Tolophoniens, les
Hessiens et les OEanthdens. Tous ces peuples se joignirent à
l'expédition. Les Olpéens fournirent des otages, mais point de
troupes. Les Hyéens ne livrèrent des otages que lorsqu'on leur
eut pris leur village de Polis.
CII. Quand tout fut prêt et que les otages eurent été déposés
à Cytinion en Doride, Eurylochos marcha contre Naupacte à
travers le pays des Locriens. Sur son passage, il prit les villes
tl'OEnéon et d'Eupalion, qui refusaient de se joindre à lui. Arrivé
sur le territoire de Naupacte, il opéra sa réunion avec les Éto-
liens, rayagea la contrée et prit le faubourg,{ui n'était pas
fortifid. Ensuite il s'empara de Molycrion, coTonie de Corinthe,
186 GUEnRE DU pÉlopouÈsu.

mais sujette d'Àthènes. Le gdndral athduien Ddnosthène,


r[e_
meurd à Naupacte depuis sa campagne d'Étolie, avait prévu
cette invasion. Craignant pour Naupacte, ii se rendit chez les
Acarnaniens pour en obtenir des secours. Il eut de la peine ir
y réussir, à cause de sa retraite de Leucade I cepenclanf its lui
donnèrent rnille hoplites qu'il embarqua sur ses vaisseaux. Ce
renfort sauva Naupacte, qui sans cela n'aur&it pu résister, yu
la grande étendue de I'enceinte et le petit nombre des défen-
seurs. Eurylochos, apprenant I'anivée de ces troupes, désespéra
d'enlever la ville et se relira. Au lieu de regagner le Pélopo-
nêse, il s'établit dans l'Éolid.e r, nommée aujourd'hui Calydon
ct Pleuron, dans d'autres places du voisinage et à Proschion
en Étolie. C'est que les Ambraciotes étaient venus solliciter sa
coopération contre Argos Amphilochicon et le reste de l'âm-
pbilochie. Ils assuraient que, s'il s'en rendait maitre, tout le
continent se ddclarerait en iaveur des l,acédémoniens. Eury-
lochos les crut, congédia les litoliens et demeura en repos dans
ces parages, attendant le nromenb de marcher avec ies Ambra-
ciotes à I'attaque cl'Argos, Là-dessus l'été finit.
CIII. L'hiver suivant, les Athéniens qui étaient en Sicile,
réunis aux Grecs leurs alliés et à ceux des Sicules qui avaient
embrassé leur parti pour échapper au joug cle Syracuse, atta-
ciuèrent Inessa, piace appartenant aux Sicules et d.ont la cita-
delle était au pouvoir des Syracusains ; mais, n'ayant pu s'en
rendre maitres, ils se retirèren[. Penclant ]eur narche, la gar-
nison syracusaine fondit sur I'arrière-garde dcs Athéniens, gui
était composée d'alliés, mit en fuite une partie de I'armde et lui
tua' beaucoup de monde. Plus tarcl Lachès et les Athéniens
effectuèrent quelques desccntes dans les environs de Locres et
tiéfirent près du fleuve Cicinos trois cents Locriens venus à
leur rencontre avec Proxénos fils de Capaton. Ils se retirèrent
en emportant les armes prisc,s sur I'ennemi.
Cl\'. Le nrême hiver, les Àthéniens purifièrent Dilos pour
obéir à un oracle. Déjà anciennement le tyran Pisistrate I'avait
purifide, non pas dans toute son étendue, mais seulement dans
l'horizon du tenrple. Cette fois on la purifia en entier. Torrtes
ies tombes furent enlevées ; il fut ordonné qu'à I'avenir il n'y
aurait plus dans I'ile ni décès ni accouchement, mais que les
moribonds et les femmes près de leur terrne seraient transpor-
tés à Rhénéa t. Cette dernière île est si proche cle Délos que
Polycrate, tyran de Samos, qui eut pendant un certain temps
une marine puissante et qui soumit r\ sa domination les autres
LIVRE III. 187

lles , voulant consacrer à apollon Délien Rhénéa qu'i[ avait


prise, Ia lia par une cbatne à Délos.
' cr'fot uprèr cette purification que les Athéniens célébrèrent
pour la première fois les fétes quinquennales appelées. Déli,a.
iadis il y avait à Ddlos une grande assemblée des Ioniens et
iles insuiaires du voisinage. IIs s'y rendaient avec leurs femmes
et leurs enfants, comme iujourdtËui les Ioniens aux fêtes d'É-
phêse. 0n y donnait des combats gymniques. et des concours
de musiqur, pour lesquels les villes fournissaient des chæurs.
C'es[ ce qoton peut ionclure de ces vers d'Ilomère, tirés de
l'Hymne ù Apollon:

D'autres fois, ô Phébus, c'est DéIos qui fait tes dêlices. c'est là
que les Ioniens aux tuniques llottanles,- se réunisstrnt dans tes fètes
ir,ec leurs femmes et leurs enfants. C'est là que, par Ie pugilat, par la
tlanse et par Ie chant., ils te célèbrent dans leur assemblée'

qu'on
Que clans ces fêtes il y eùt des concours de musique eJ
y vint disputer les prix, c'est ce que témoignent encore les vers
Ëuivants âmpruntéi au même poeme. Après avoir .vanté Ie
chæur des femmes de Délos, I'auteur termine par cette apo-
strophe, ilans laquelle it fait mention de lui-même:

Qu'Apollon et Diane soient propices I l':t rous toutes, adieu'


Souve-
,r.i-"oo, de moi tlans I'avenii; et si jamais sur cette terre quelque
l;oyog"r, fatigué vous interrogé en disint : c Jeunes filles, quel est ici
rle tousles chantres le plus cldux, celui qui vouscharnedavantage?"
répondez toutes d'une ioix bieûveiilante : * C'est un aveugle qui habite
la sourcilleuse Chios?. "
yoilà ce que dit Homère et ce qui pr.oqv! !1u'autrefois iliy
avait une grande assemblée et une fète à Delos. Dans la suite,
les insulaùes et les Athéniens continuèrent à envoyer des
chæurs et iles ofirandes; mais quant aux jeux, ia célebration
en fut interrompuer comme ii etait naturel, par le-m.aiheur
des
temps, jusqu'à I'époqo. ou lcs athéniens les rétablirent, en )-
a;ooianf des courses de chevaux, qui n'avaient pas lieu aupa-
ravant.
cv. Le même hiver, les Ambraciotes, conf0rmément à la pro-
messe qu'ils avaient faite à Eurylochos pour retenir son aTmée'
marcbèrent avec trois mille hôplites ôontre Argos Àmphilo-
chicon r. Ils envahirent le territôire de cette ville et s'emparà-
rent il'Olpæ, place forte, bâtie sur une éminence près de la mer'
I88 GUERRE DU pÉLopoNÈsE.
Les Acarnaniens I'avaient jadis forti{ïée pour y établir un tri-
bunal centralt. Elle est à vingt-cinq stades de la ville d'Argos,
située elle-même au borcl de la mer.
Les Acarnaniens se partagèrent: Ies uns se portèrent au se-
cours d'Argos ; les autres allèrent camper en cet endroit de
I'Acarnauie qu'on appelle Crénæ, afin d'empêcher la jonction
des Àmbraciotes avec Eurylochos et les Péloponésiens. Ils en-
voyèrent aussi vers Démosthène qui avait commandd I'armée
athénienne en Étolie, et le prièrent de se mettre à leur tête.
Enfin ils appelèrent les vingt vaisseaux athéniens qui croisaient
autour clu Péloponèse sous les ordres d.'Aristotélès {ils d,e Timo-
cratès et d'Hiérophon fils d'Antimnestos. Les Ambraciotes qui
étaient à Olpæ dépêchèrent à Àmbracie pour demander qubn
vlnt en masse à ieur secours. Ils craignaient que Ia troupe d'Eu-
rylochos ne ftt pas assez forte pour passer sur Ie corps aux
Âcarnaniens, et qu'eux-mêmes ne fussent ainsi réduits à com-
battre seuls ou à faire une retraite périlleuse.
CYl.--Eurylochos et les Péloponésiens n'eurent pas plutôt
appris I'arrivée des Ambraciotes à Olpæ qu'ils partirent de pros-
_chion et firent diligence pour les tejoindie. Ils passèrenr I'Àché-
Ioûs r et s'avancèrent à travers I'Acarnanie, déserte à cause ile
Ia concentration de ses habitants à Argos. Ils avaient à droite la
ville et sa garnison, à gauche le resle de I'Acarnanie. Après
avoir tr_avetq le pays de Stratos, ils prirent par phytia, par la
lisière de Médéon et par Limnéa; puis, quiitant i;Acarnanie,
ils entrèrent chez les Agréens, en pays ami. quancl ils eurent
atteint le Thyamos, ils franchirent cette montagne sauvage et
tlescendirent sur les terres d'Argos au moment ôri it raisaiiaela
nuit. Ils défiIèrent inaperçus entrelaviled'Argos etlesAcarna-
niens campés à crénæ, et opérèrent leur jonction avec les am-
braciotes qui étaient à Otpæ.
cul. Ainsi réunis, ils allèrent dès la pointe ilu jour prenclre
position à I'endroit appelé. Métropolis, otr ils assirent reui camp.
Peu de temps après, les vingt vaisseaux athéniens arrivèrent au
secours_ des Àrgiens dans le golfe Ambracique. Démosthène
amena deux cents Messéniens hoplites et soirante archers athé-
niens. Aussitôt Ia flotte bloqua du côté de la mer la colline sur
laquelle est Olpæ, tanclis que les Acarnaniens et quelques Am-
philochiens la plupart dtaieut retenus de forcè pai les Am-
braciotes -s'étaient déjà rassemblés à Argos et se préparaient
- Ils élurent
à combattre. Démosthène pour général des
-troupes
alliées, concurremment avec leurs piopreJchefs. Démostbêne
LIVRE IIi. 189

rapprocha son camp it'Olpæ. Un ravin profond séparait les tleux


armées.
Pendant cinq jours, on s'observa mutuellement; Ie sixièrne
on se rangea en bataille. L'armée péloponésienne, supérieure
en nombre, clébortlait la ligne des ennemis. Craignant cl'être
tourné, Démosthène embusqua, dans un chemin cleux et fourrd,
des hoplites et cles soldats armés à la légère, en tout quatre
cents hommes. IIs devaient, Ie combat engagé, se lever tout à
coup et prendre à dos I'aile qui débordait leur front de ba-
taille.
Ces ilispositïons arrêtées, on en vint aux mains. Démosthène,
avec les Messéniens et quelques Athéniens , occupait I'aile
ilroite ; le reste de s4ligne était formé par les clifférents corps
des Acarnaniens et par des Amphilochiens armés cle javelots.
Les Péloponésiens et les Ambraciotes étaient mêlés ensemble ;
les Mantinéens seuls formaient un corps distinct s'étendant sur
la gauche, urais non jusqu'à I'extrémité. Eurylochos et les siens
s'étaient réservé ce poste, en face de Démosthène et des Mes-
sdniens.
CflII. Déjà l'action était engagée et les Péloponésiens, dd-
bordant I'aile droite des ennemis, commençaient à ltenvelopper,
Iorsque les Acarnaniens. sortant de leur embuscaile, Ies prennent
à revers et les culbutent ; ils sont saisis de frayeur, se mettent
en fuite, et entraînent ilans leur déroute la plus grande partie
ile I'armde : car les Péloponésiens, voyant Ie désordre du corps
cl'élite commanclé par Eurylochos, prirent plus facilement l'é-
pouvante.
Les Messéniens , placés en cet endroit avec Démosthène ,
eurent I'honneur cle la journée. A I'aile droite,les Ambraciotes,
qui sont les plus belliqueux des peuples de ce pays, dé{irent
ceux qu'ils avaient en tête et les poursuivirent du côté d'Argos;
mais à leur retour, voyant la déroute du gros cle leur armée et
assaillis eux-mêmes par les Acarnaniens, ils se replièrent sur
Olpæ, qu'ils n'atteignirent qu'avec peine. Un grand nombre
d'entre eux perd.irent la vie au milieu de la plus horrible confu-
sion. Les Mantinéens seuls opérèrent leur retraite ett bon ordre.
Le combat finit vers le soir.
CIX. Le lentlemain Ménddéos, qui avait pris le commande-
ment depuis la mort tl'Eurylocbos et de Macarios, se trouvant
blogué par terre eb par mer, désespéra, après un si grand dé-
sastre, de poirvoir soutenir un siége ou effectuer sa retraite. ll
entra donc en pourparlers ayec Démosthène et les généraux
t90 GUERRE DU pÉLopotiÈsr.

acarnaniens pour qu'il lui ftt permis de se retirer et d'enlever


ses morts. Ils octroyèrent cette dernière demande, érigèrent un
trophée et recueillirent leurs propres morts au nombù de trois
cents. Quant à la retraite, elle fut ostensiblement refusée,à tous
;
mais en secret Démosthène et les généraux acarnaniené traitè-
rent avec les Mantinéens, avec Ménédéos, ainsi qu'avec les
autres chefs et les.plus.marquants des péroponésiensr poûr
qu'ils se retirassent au plus vite. Leur intention était d'iioler
les ambraciotes et les mercenaires étrangers,, surtout de discrd-
diter auprès des Grecs de ces contrées lès Lacédémoniens et les
Péloponésiens, en les représentant c'mme des traîtres qui n'a-
vaient songé gu'à leur propre salut. Les péloponésiens retevè-
rent leurs_mor[s, qu'ils enterrèrent à la hâte, com*e ils purent:
quoi ceux qui en avaient permission épièrent le moment
1p.è:
d'exécuter sans bruit leur retraiie.
cx. cependant Démosthène et les acarnaniens sont avertis
que les ambraciotes de la viile, sur le premier avis reçu d'Olpæ,
arrivent en masse, à travers I'Amphilochie, au ,u.oo., de leurs
compatriotes-, saus rien savoir de ce qui s'est passé. A I'instanl,
Démoshène détache une partie de seJtroup.r pour dresser des
embuscades le long de la route et pour se saisii des plus
fortes
positions. Lui-même se tient prei à marcher ou.. i. reste de
l'armée.
CXI. Pendant c,e temps, les Mantinéens et tous ceux qui
étaient compris dans la convention sortirent par petites t*opur,
sous prétexte de ramasser_des légumes et clu bois, et s'éloig-nè-
rent peu à p.*o, tout err faisant leur prétendue cueillette pluis,
;
une fois à distance d'olpæ, ils gagnèrent du chemin. Les Rm-
braciotes et la foule qui suivaiisàns autre but ne s'aperfurent
pas plutôt de leur retraite qu'ils prirent eux-mêmes'la ôourse
pour les rejoindre. Au premier monient, les Acarnaniens crurent
qu'ils partaient tous sans capitulation; aussi se mirent-ils à
leur p.oursuite I et, comme les chefs sty opposaient, disant qu'il
y avait une convention, un soldat leur lança un javelot, dans
lïdée qu'ils trahissaient. Finalemenr on laisla pur*u" les'Man-
tinéens et les Peloponésiens ; meis on fit main basse sur les
Amlraciotes. or, il s'élevait de grandes contestations, parce
qu'il n'était pas facile de les reconnattre. on en tua jusqu'à deux
cents; les autres se réfugièrent dans l'agrai,Je, puyi Iio,itrophe,
et reçurent bon a.:cueil cle Salynthios, roi des Àg.éerr..
. cxII. cependant les Ambraciotes âe la ville étaient arrivés
à Idomène I c'est le nom de deux monticules élevés. Le plus
LIVR[,. IlI. l9l
granal avait été saisi àla nuil tombante par lcl gens que Dé-
rnosthène avait envoyés en avani ; ils s'y étaient logés sans
être aperçus; I'autre se trouvait occupé par les bivacs des
Ambraciotes. Démosthène se mit en marche avec le reste cle
I'armée aussitôt après le repas du soir. Lui-même, avec la moi-
tié de son monde, s'avança vers le défilé, tandis que I'autre
moitié se dirigeait par ies montagnes de I'Amphilochie. À I'ap-
proche ilu jour, il surprit ies Ambraciotes encore couchés et
si peu srtr lcurs gardes qu'ils crurent que c'étaient des amis.
Démosthène avait eu la précaution de placer en tête les [Ies-
séniens, avec ordre de s'adresser aux avant-postes en dialecte
iloriquer, pour n'inspirer aucune défiance. D'ailleurs, on ne
pouvait se reconnaitre, car il faisait encorc nuit' Les Ambra-
ciotes furent culbutés au premier choc. Iln grand nombre fut
tué sur place; le reste se sauva sur les ntontagnes. Mais les
chemins étaient interceptés ; les Amphilochiens r qui étaient
chez eux, connaissaicnt le pays, et ils avaient sur des hoplites
I'avantage d'être légèrement armés. Les Ambraciotes, ignorant
les passages, ne sayaient de quel côté tourner; ils tombaient
dans cles ravins ou dans des embuscades et y trouvaient la
mort. lls fuyaient dans toutes les directions Quelques-uns ga-
gnèrent la mer, qui était peu éloignée; et, voyant les vaisseaux
athéniens qui rasaient la côte au moment de I'action, ils sc
jetèrent à la nage pour les atteindre, aimant mieux, dans leur
effroi, mourir, s'il lé fallait, tle la main des Athéniens que de
ceIIe d.es barbares Amphilocbiens, leurs ennemis implacables.
Ils étaient yenus en grantl nombre ; bien peu reviren[ leurs
foyers. Les Acarnaniens se retirèrent à Argos, après avoir dé-
pouillé les morts et dressé un tropbée
CXIII. Le lendemaiu arriva un héraut de la part iles Ambra-
ciotes réfugiés d'Olpæ chez les Agréens. Il demandait la per-
mission ile relever les corps des hommes tués à la suite du
premier combat, lorsque, sans y êlre autorisés, ils dtaient sor-
tis avec les Mantinéens et autres protdgés par la capitulation.
Ce héraut, voyant les armes des Ambraciotes de la ville. n'en
pouvait croire ses yeux; car il ignorait le désastre de la veille,
et prenait ces armes pour ceil's de ses compagnons. Un des
assistants, qui le croyait envoyé par ceux tl'ldomène, lui de-
manda la cause de sa surprise et combien d'hommes lls avaient
perdus. c Environ cleux cents, répondit Ie héraut'-Ce ne sont
pas là les armesde deux cents hommes, mais tle plus de mille.
Dans ce cas, ce ne sont pas c;elles tle nos gens. Ce sont
- -
192 GUERRE Du pÉLopoNÈsr.
eiles, silous avez combattu hier à klomène.
- Hierdans
vons eu aflaire avec personne; c'est avant-hier,
nous n'a-
la re_
traite.
-Et nous, c'est hier que nous nous sommes battus contre
ceux-ci qui venaient il'Ambracie. l A ces mots le hdraut com-
prit que le renfort parti tle Ia ville avait été détruit. atterré de
cette catastrophe, il poussa un profond soupir et se retira im-
médiatement, sans remplir sa mission et sans réclamer les
morts.
ce fut dans cette guerre le-plus grancl désastre dprouvé par
une grecque en si peu de jours. Je n'ai pas indiqué le
_ville_
nombre des morts, parce qu'on le fait monter â un chiflre in-
croyable, eu égard. à la grandeur de la ville. Ce que je sais
bien, c'est que si les Acarnaniens et les Amphilochiùs eussent
voulu s'emparer d'Ambracie, comme DémoÀthène et les athé-
niens leleur conseillaient, rien ne leur'ettété plus aisé: mais
ils craignirent que les_Athéniens, une fois mattrei rle cette ville,
ne fussent pour eux de dangereux voisinsr.
cxIY. Là-dessus ils assignèrent aux Athéniens le tiers des
dépouilles et partagèrent le reste entre eux. La part des athé-
niens fi{ prise enmer. Les trois cents panopriei qui se voient
aujourd'hui dans les temples de I'Attiqu-e furbnt prélevées pour
Démosthène, qui les rapporta lui-mème à son retour. cette
victoire lui pernrit de rentrer dans sa patrie avec moins de
clanger qu'il n'aurait pu Ie faire après ia malheureuse cam-
pagne d'.Étolie. Les vingt vaisseaux athéniens retournèrent à ,

Naupacte.
après le clépart des Âthéniens et de Démosthène, les acar-
n'aniens et les amphilochiens firent avec les Ambraciotes et
les Pélopondsierrs, réfugiés_d'abord auprès de salynthios,
roi
des Agréens, puis à oEniades, une convention qui leur permit
ile quitter cet asile. Ils conclurent aussi avec lôs Ambriciotes
une paix et une alliance de cent ans. Les conditions furent que
les Ambraciotes ne porteraient pas les armes avec les acarna-
niens contre le Péloponèse, non plus que res Acarnaniens avec
les Ambraciotes contre Athènes ; mais qu'ils se garantiraient
mutuellement leur territoire I que les ambraciotel renrlraient
aux acarnaniens les places et les otages dont ils étaient dé-
tenteurs; qu'enfin ils ne soutiendraient pas Anactorion, ville
ennemie des Acarnaniens. ce traité mit fin à la guerre. Dans
la suite, les corinthiens envoyèrent à Ambracie irne garnisol
de trois cents hoplites sous les ordres de xdnoclidas fi"ls d'Eu-
thyclès. ces troupes s'v rendirent par voie de terre et eurent
I,IYÂE III. r93
de Ia peine à I arrivcr. Tels furent les dvénements d)Am-
bracie.
CXV. Le même hiverr les Àthéniens qui étaient en Sicile
opérèrent une descentc sur le territoire d.'Himéra, tandis que
les Sicules faisaient de I'intérieur une incursion sur les fron-
tières du môme pays. Ils cinglèrent aussi contre les îles d'Éole.
De retour à Rhégion, ils trouvèrent Pythodoros fils d'Isolo-
chos, général athénien, qui venait remplacer Lachès dans le
commandemenb de la flottet. C'est que les alliés tle Sicile s'é-
[aient rendus auprès des Athénicns et avaient obtenu ]'envoi
d'un armement considérable. Les Syracusains, maltres de la
campagne et indignés que la mer leur fût fermée par un pelit
nombre de navires, armaient une flotte pour repousser cette
insulte. Les Athéniens équipèrent donc quarante vaisseaux pour
cette destination. Ils voyaient en cela un moyen de terminer
plus promptement )a guerre de Sicile et en même temps une
occasion d'exercer leur màrine. L'un des trois gdnéraux, Py-
thodoros, fut envoyé le premier avec quelques bâtiments; ses
tleux collègues , Sophociès fils de Sostratidès, et Euryméclon
fils de Thouclès, clevaient suivrc avec Ie reste de la flotte. Pytho'
doros, après avoir reçu des mains de Lachès le commandement,
cingla sur la fin de I'hiver contre le fortin que Lachès at'ait
pris sur les Locriens d.ans une expédition antérieuret; mais il
fut battu par les Locriens et se retira.
CXYI. Aux approches du printemps, il y eut une seconde
druption ele l.'Etna. Elle désola une parbie du territoire des
Catanéens, qui habitent au pied rie cette montâgner la plus
haute de la Sicile. 0n prétencl que cette éruption eut lieu cin-
quante ans après la précérlente et qu'il n'y en a eu que trois
depuis que la Sicile est habitée par des Grecs r.
Tels furent les événemen[s de cet hiver, âveo lequel finit la
sixième année de la guerre que Thucydide a racontée.
IIYRA IV. -
Septième annee de Lo guerre. Prise de Messine par les Syracusains,
ch. r. Cinquième invasior' des Péloponésiens en Attique. Dé-
-
mosthène fortifle Pylos, ch. u-vr.
et perdue par les_Athéniens, ch. vrr. - ÉonAttaque
en Chalcidique conquise
de Fylos parlet
I.acédémoniens, ch. vtrr-lx. -
Harangue de Démosthène à s-es sol-
rlats, ch. x. -
- Combat sous les murs de Pt'los. Une troupe de Lacé-
rlémoniens bloguée dans I'îIe tle Sphactérie, ch. xr-xrv. Armistice .
ch. xv-xyr. Discours des Lacédémoniensà Athènes,- ch. xvrr-xx.
-
des hostilités, ch. xxl-xxrri.
- Reprise
Siciie, ch. xxrv-xxv.
Événements militaires err
Cléon prend le- commandement des Athé-
-
niens à Pylos et fait prisonnlers les Lacédémoniens de Sphacté-
rie, ch. xxvr-xrr.- lixpédition navale des Athéniens en Coiinthie,
ch. xttt-xlv. à Corcl,rg; massacre du parti
- Nouveaux troubles
alistocratique, ch. xt,vr-xr.yrrr. Irrise d'Ànactorion par les ethé-
-
Iriens et les Acarnaniens, ch. xlrx.
- Dans l'hir,er, arrestation
ambassadeur du roi de Perse par les Athéniens, ch. l.
d'un
Chios dé-
mantelôe, ch. lr. -
IIuitième annd,e de la guerre. Les bannis de
llitylène s'emparent - d',{ntandros, ch. lu. Atbéniens font la
corrquète de Cythère, ch. r.ln-rv. prise-.Les
de l'hyréa par les Athé-
niens, ch. lvr. - la paix entre eux.
- Les Grecs de Sicile font
Discours d'llermocratès, ch. Lvrr-Lx\'. Les Athéniens s,emparent -
-
rle Niséa et des longs murs de l\tégare, ch. rxvl-r,rxrv. Iis re,
prennent Antandros. de Lamachos dans le pont,-ch. r,xxv.
-Revers
des Athéniens contre la Béotie, ch. r.xxvr. Brasidas
conduit par terre une armée péloponésienne en .l'hrace, -ch. r,xxvn-
-Entreprise
rxxxrr. Son expédition contre Àrrhibéos, roi des Lyncestes,
-
ch. r,xxxru.
- Brasidas
,\canthiens, ch.
s'empare d'Acanthe. Son discours aux
rxxxrv-r,xxxvrrr. Dans l'hiver, les Athéniens
lbrtifrent Délion, ch. rxxxrx-xcl.- -Harangue de pagondas aux Béo-
tiens, ch. xcrr. - Dispositions d'attaque, ch. xcur-xcrv.
rl'Hippocratès aux Àthéniens, ch. xcv. - Harangue
IJataille de Délion; défaite
-
rles Athéniensl pri,se de Délion par les Bôotiens, ch. xcvr-cl.-Bra-
sitlas s'empare d'Amphipclis, ch. ctr-cvrrr. -_ Ses progrès sur le lit-
toral de la Thrace, ch. crx.
cxvr.
- Il prend Torone et Lécythos, ch. cx-
Neuuièm,e annde cle la guerre. Trêve entre Àthènes et Lacé-
- ch. cxvn-cxrx. Défection de Scione et de Mende soutenue
rlémone,
-
plr Brasidas malgré Ia 1rêve, ch. cxx-cxxrrr. Seconde expédition
de Rrasidas et de Perdiccas contre Arrhibéos,- ch. cxxrv<xxvrrr, --
LIVRE IV. 195

Les Àthéniens reprennent Mende et assiÔgenl Scioue, clt. cxxtx-


cxxrl. - Perdiccas se réconcilie avec les Àthéniens' ch, cxxxrl. -
Les Thébains démantèlent 'Ihespies. Incendie du temple de Junott
à Argos, ch. cxxxru. Dans I'hiver, combat des Mantinéens el
-
des Tégéates, chap. cxxxtv. de Brasidas sur Potidée'
ch. cxxxv.
-'l'entative

I. L'été suivant(a), à l'époque où le blé monte en épis , dix


vaisseaux. de Syracuse et autant de Locres se rendirent à Mes-
sine en Sicile , sur I'invitation des habitants. Ils prirent pos-
session de cette ville, qui se ilétacha ainsi cle I'alliance d'À-
thènes. Ce qui détermina les Syracusains à cette entreprise,
c'est gue Messine étant i'abord de la Sicile, ils craignaient
qu'un jour les Athéniens ne s'en servissent pour 'liriger contre
eux des forces plus considérables. Le motif des Locriens était
leur haine conl.re Rhégion , qu'ils voulaient placer entre deux
ennemis'. Aussi entrèrent-ils en masse dans Ie pays des Rhé-
giens, pour les empêcher de secourir lllessine. Ils étaient d'ail-
Ieurs excités par des bannis de Rhégion, réfugiés chez eux par
suite des dissénsions qui agitaient cette ville et qui pour lors
paralysaient sa résistance ; c'est ce qui engagea d'autant plus
ies Locriens à I'attaquer. Leur armée de terre se retira après
avoir dévasté la campagne; mais la flotte resta pour garder
Messine. D'autres vaisseaux , alors en armement, devaient I'y
rejoindre et de Ià continuer Ia guerre.
iI. Vers la même époque ùu printemps et avant Ia maturité
des blés , les Péloponésiens et leurs alliés envabirent I'Attique
sous la conduite d'Agis, fils d'Archidamos, roi des Lacédémo-
niens. lls y campèrent et ravagèrent Ie pays. De .leur cô[é, les
athéniens envoyèreut en sicile les quarante vaisseaux qutils
avaient armés. Les rleux généraux restés en arrière, saYoir,
Eurymédon et Sophoclès, les commandaient; Pythodor-os , ]e
troiiième, les aviit précéclés en Sicile. lls avaient orclre de
rlonner en passant assistance aux corcyréens de la ville, expo-
|. Ceux-
sés aux brigandages des exilés établis sur Ià montagne
ci avaient été secourus par soixante vaisseaux péloponésiens;
et, comme Ia ville souffrait berucoup dela disette., ils espé-
raient s'en rendre maitres sans trop de clif{iculté. Démosthène,
resté sans emploi depuis son retour d'Acarnanie, avait obtenu
ile disposer cle cette flotte athénienne pour tenter quelque coup

(a) Septièrne annéc tle la gueue, an 49ô avant J"C'


196 GUiiItRE Du PÉLoPoNÈsE.

rle main sur telpoint de la côte du Péloponèse qu'il jugerait à


pr0p0s.
III. Arrivés dans les eaur de la Laconie et informés que la
flotte péloponésienne était déjà à Corcyre, Eurymédon et So-
phoclès avaient hâte ile s'y renrlre aussi. Dérnosthène, au con-
traire, clemantlait qu'on touchât d'aboril à Pylos et qu'on ne
reprît la mer qutaprès I'exécution des travaux nécessaires. Cet
avis rencontrait cle I'opposition, quand le hasarcl voulut qu'une
tempête poussât les vaisseaux à Pylos. Aussitôt Ddmosthène
renouvela ses instances pour qu'on fortifiât cette place, disant
ne s'être ernbarqué que dans cc but. Ii représentait que le bois
et les pierres étaient en abondance, que Ia place était fortifiée
par la nature et inhabitée, ainsi qu'une grantle partie tles envi-
rons. Pylos, située dans I'ancienneMessénie, est à quatre cents
stades de Sparte; le s Lacéddmoniens I'appellent Corypha-
sion r. A quoi I'on réporrdait que le Pdloponèse ne manquait
pas de-promontoires riéserts, dont il pouvait s'emparer, stil
voulait jeter la ville ilans rle grandes dépenses. Mais Démo-
sthène voyait clans Pylos d.es avantages particuliers. Non-seu-
Iement elle possédirit un port; mais, en s'établissant dans cette
place qu'ils sauraient bien défendre, les Messdniens, à qui elle
avait jadis appartenu et qui parlent le même dialecte que les
Lacédémoniens, leur causeraient de grands dommages.
IY. Comme il ne persuarlait ni les généraux, ni plus tarcl les
soldats lorsqu'il eut communiqué son projet aux taxiarques r,
il n'insista plus. I\{ais enfin les soldats eux-mêmes, retenus dans
I'inaction près de Pylos par les vents contraires, se prirent
d'ardeur pour la for[liier. Sur-ie-champ ils se mirent à I'æuvre.
Comme ils manquaient d'outils pour taillcr les pierres, ils les
choisissaient une à une et les assemblaient de leur mieux. Fal-
lait-il du mortier, à défatit d'auges, ils le portaient sur leur
dos, en se courbant pour le naintenir et cn croisant les bras par
ùenière pour I'empêcher de tomber. En un mot ils faisaient
toute la diligence imaginable pour fortifier les points les plus
accessibles, aïant d'être attaqués par les Lacéclémoniens. Du
reste la plus grande partic de la place était naturellement forte
et n'avait pas besoin tle murs.
V. En ce rnoment les Lacédémoniens célébraient une fête.
La nouvelle de I'occupation de Pylos les inquiéta peu; ils
croyaient n'avoir qu'à se montrer pour faire retirer les cldfen-
seurs, ou comptaient facilement emporter la position d,e vive
fouce. Les Athéniens, après avoir en six jours fortifid le flanc
LIVI1E IV. r97
regarde la terre ferme et qui était re prus exp,rsd,
_qui raissèrent
Démosthène er cinq raissearix à Ia garde
reste de la flotte remit prompteme't eà mer pour
dd ;;ilges I re
corcyre et ra
Sicile.
,
vI, Pélopondsiens qui dtaient elr. Attique n'eur.ent
^Les pas
plus tôt-appris |occu_pation de pylos, qu'ils ru natJ.rnt de re-
gagner leu_r foyers. Les Lacédémoniéni, et
t" ..i aài, à reur
tête'. re gardaie nt cette affaire c.mrne per;sonneJle.
D'a"illeurs ils
s'dtaient mis en campagne de bonne hfure; irr-ria,
core verts, les vivres rares; enfin re temps était plus
iiui.ot.o
mauvais
que de coutume et l'arrnée en souffrait. càs
diver*'*ïtir* accé-
lérèrent leur retraite et re'dirent cetie invasion
ialro, àïurte ae
toutes; car ils ne restère.t pas prus de qoinrà'joors-
tique. en at-
VII. Vers la même dpgque, Sirnoniclès, général athénien,
-it
s'e.mpêra par trahison d-,Éôn r,' ville du liitoîat à.-tu ru.r,
colonie des l\Iendéens et .nneÉi, d'Athènes.
Il avait rassembré
$llr .g but-quelques Arhénien, J b.uu.oup d,alliés du pays.
Mais attaqué oromptement par les chalcidéens
et làs-goitiéror,
il fut chasié âvec u,,e g.ande perte.
vIII' Dès que les péropondsiens furent de retour d,Àttigue,
les spartiatei et leurs périèques res-prus
voisins n'eurent rien
qu.e de marcher .ont*i Pylos; mais
9::,t,": Ol.ssé â perne
t,auetremonrens,
le reste des
revenu d.'une.autre e.rpédition, mit peu
d'ardeur à les suivie. ils firenr rouoir p";
qu'on ett à se rendre re plus tot possilte
;;;;1.'ijeiopo*eru
à eyror. rir Àpïérer*nt
leurs soixante vaisseaù uu cir;i;; cetre
flotte, transportée
par-dessus I'isthnre_-de Leucad.,"t**1ru
tu ro.uuittuoô* au,
Athdniens qui mou.iiliigit Zac,yi,ttre
et parvint à pylos. L,ar_
md9 d,e terqe y était déjà. lD'autie part
Dômostnene,lvout t,ur-
florte pelopoiésienne, ariait dépàciia ià-JvLi,
:l1::j- lr pour
r''arsseaux avertir EurTmddon et tei A.thé'iens du danger
auo*
de Pylos. Sur ce message d"e Démosthèo.,-".u*-.i-n.
pas un irrair.nt
.instant pour aller à son secours. Les Lacédémoniens se
prdparaient à attaqu..l p"" mer et par terre.
Irs espéraient
s'cmparer sans.peine d'oùvrages consiruits à la
hâte et eardés
par une poignée de défe'seurs. comnre ils s'attendaien"t
bien
à voir accourir de Zacynlhe ra, flotte athd'ienne, rrîouirott,
projet, en cas de non-réussite, rl'obstruer les enîrdes
du portr,
pour le fermer aux Athéniens. L'île de Sphactérie, qui
JOtena
un peu en avantde ce,port, le mct àr'abri desvents.i
que deux passes fort dtroites : la première,
n. ruir**
en trr. a. i'iios et
198 GUERRE D.II PÉLOPONùSS.
qu'à tleur vaisseaux de
des ouvrages athéniens, n'offre.accès en recevoir huit ou
pèut
front: la seconde, ;i;;;i; extremité'
éraii.
-boisée
et sa's chernins
Ï_rît.' ô;;t, ilr,'rir;;-ÀÀ.rte, quinze stades t' Les Lacedd-
fravés. Son étenduî *iÀ t""iton
ïifi;;r ;; ïC-^it"i i tut*tt i" pu"'* au moven tl'une
ranAée de vaisseau;;il ùt;t
en dehors' Quantà l'île' de peur
servît contre eux, ils résolurent d'yfaire
ffiï;;;ri-oïr'rn long du continent'
parrer des hoptitet *t ïtn poster ô'autres le
les Athéniens trouveraient l'îleoccupée' etla
be cette manière
de débarquement' Or'
aucun Iieu
terre ferme n. t..r-ti""litlttit point des environs oul'abord
comme la rade Otpyftt *tt le seul
pour aller au secçurs
possible, ils ne.sauiaient ou descendre emporter sans
Péloponésiens comptirient
des leurs. Atnsr tes e[
une,piace mal apprrovisionnée
combat naval' *un' danger
rJéfenclue' En conséquence ils firi:nf passer dans
insuffisamment
l'ile des hoplites ttté; ;- sort d'entre tous les bataillons' Les
relevés à tour de rôle; Ies
premiers qu'on y.l'u"tpotta {urent
enfermés' étaient au
derniers, ceux qul ltot iuta s'y trouvèrent leurs Hilotese' Le
nombre de quatre ient vingt' nott^cotpris
de Molobros'
chef de cettetroupe était Epitadas.fils sur Ie point tl'at-
IX. Démosttronèi ;;;"; ies-Lacédémoniens
.ipu* it"t' fit a son tour ses préparatifs' Lcs
taquer par mer. le rivage au pied du
sur
ùrirèmes qui rui r.Jtui."t furent_tirées
et entoure" a'unt palissad'c' Leurs matelots furent
rempart
pour ia plupart ; en effet,
ffiË;ï.;é;ù;;;. ;;uciiers,"d'osier de se procurer des
dans ce iieu oete'tl li "";tuit pas question
nrême furent empruirtées à une triacontore de
armes; celies-lâ
messéniens I'un et l'autre' que
;il;J', uïnri qu'à un brigan-tin, fournirent une quarau-
il'ffi;JJ;urii u*.n.s. c.r Messéniens incorpora parmi les siens' ll
taine d.'hopiites, lue ôemosthène
; i." rj":, î:,illî ,
*il ; iT I
ii; i
ie flanc le Ptus ïï'i ; iî J.î [î*ffi ri Tii,i avec soixante
g'nt-d'e,pied' Lui-même'
ordre de ,.poo"t'-i'*
sortit de I'enceinte et s'a-
ltprittt-tno'i.i, ti qotlq"ugs a,rchil' il présumait que les ennemis
vança vers la *.t,il;t'natoit..ou et garnie de
renteraient ta A.riÀte. C'était une iôte malaisée
9 mais ii pensait que le mur
rochers, tournée vers la haute mer ;
;;;;;i;'pr*s raii,ie-J. .. côrd, cc serair là ie point d'attaque.
en la supériorité de leur
Les Athénien., dans leur confiance
de fortilier-ce flanc' de solte que i'en-
rnarine, avaient d'e réussite' C'est
"?glig9 at'ait chance
nemi, en brusquanilid"ttnte'
le bord de la mer' Après
pourquoi Oe*orif'ïne prit position snr
"*
LIvRE Iv. lgg
avoir'
9jsposé ses hoplites de manière à faire toute la rdsistance
possible, il leur adressa l,exhortation
suivante:
x' r.solclats qui arlrontez avec moile périi de cetie journée,
que nul. de vous, en ce moment suprême,
ne s,ingénie à cal_
culer l'étentlue de^notre danger. Mirchez'
pr"mt tE;; ùaissée,
animés d,'une confiance qui ious rendra
vainqueurs. En pré-
sence d'une nécessité imp?rieuse, iI
ne faut pas'raisonour, o,oi,
aller droit au but.
< Pour moi. i'estime gue nous
avons les
leurrs, si nous ioulons feni. terme et, sanschances les meil_
nous
nombre des ennemis, ne pas trahir nos ayantages. effrayer du
La difftculté
de ltabord esb en notre fù.u". si vous restez,
ce sera un auxi-
liaire; si yous recullz, cette côte, tout ardue qu,elle
est, s,apla_
nira faute d'obstacre. D'ailreurs les ennemii seraient
craindre si, venant à être p"essés, iis se prus à
voyaient acculés à ra
mer' Tant qu'ils sont sur reurs ïaisseaux,
rien de plus aisé
que de les comba*re une fois débarqu;;', j;;#iJievient
égale.
I
- c Quant
Q-u-elque
à leur multitude, elle ne doit pas vous intimider.
nombreux qu'ils-soient, ils ne co*butt.ont
[u;en dd-
tail, grâce à la difficulté de prrrid"" irrrr. Ce nrest pas
combat
ici un
de plaine, ou, touteichoses étaut c|ailru"rr-pi.uilles,
nombre doit i,enrporter. IIs sont sur des le
vaisseau, ; o. en mer iJ
faut le concours de mille cir;onsta.ces. A mes yeux
reurs dés-
avantages. compcnsen t.ampre ment ra disprop
ortion de nos
Je parte à des athéniens : iis savent par- expérience forces.
combien
il est difûcile d'opérer
nemis résol's à I'empêcher, _un débarquement en présence d,en-
qui ie reculent
par le bruit des ramei ou par l;impétuosité tle ù,
épouvantds
l,abord.
^ r-Soyez donc fermes sur ces ,orlrers que vous atez défencrre.
sachez vous garder vous-mêmes, vous ôt te poste q"iooo,
tronfid. )
,rt
Après avoir enflammti ses sorrrats par ce rangage, Ddnro-
-xI.
sthène les fit descendre au bord de la mèr et les ,u"og".u
en ba-
taille. Les Lacédémoniens s'avancèrent alors et aliffirent
ta
par terre et par mer. Leur flotte, forre de quuràoi.-troi,
t11:"
vorles' était cornmandée par }e spartiate Thrasymdridas lils
de
cratésiclès. Elle se dirigeâ vers r'ôndroit qu;a'ait-prJ"r-rie*"-
sthène. Les Alhéniens firent face des deux côtés, ue*
nent et vers la mer. Les vaisseaux lacédémoniens,
iulonti-
écheronnés
par petits groupes pour éviter |encombrement, aitffiient
et
se reposaient to'r à tour. Les sordats déployaient
toute l,ardeur
2OO GUERRE DU PÉLOPONÈST.

imaginable, s'exhortant mutuellemeDt à se faire jour et à em-


port-er Ia place. Mais nul ne se signala autant que Brasitlal {ui
àommandiit une trirème. Voyant lcs triérarques et les pilotes
hésiter à abord.er, rnême là oir il semblait possible de Ie faire,
par crainte de briser leurs vaisseaux sur cette côte escarpée, il
Îeur criait qu'il ne fallait pas, p0ur épargner-des. planches,
laisser les ennemis se fortilier dans le pays. Il exhortait ses
compatriotes à briser leurs vaisseaux pour aborder, et les alliés
à sacriûer sans regret les leurs aux Lacédémoniens, dont ils
avaient reçu tant àe services- < Il faut, d'isait-il', se jeter à
la côte, dèbarquer à touù prix et cnlever les hommes et la
nlace. >
xII. Ctest ainsi que Brasirlas encourageait les siens. Lui-même
contraignit son piiote d'échouer son vaisseau et s'avança vers
i'dche[Ë; mais ii fut repoussé par les Athéniens. Couvert de
blessures, il tomba en cléfaillance sur i'avant ilu navire; son
bouolier glissa dans la mer; les Athéniens s'en saisirent et le
placèreniensuite dans 1e trophée élevé en commémoration de ce
ôombat. Le reste de la flotte faisait les derniers e{Ïorts pour
toucher terre, sans pouvoir y parvenir, à ctuse de I'escarpe-
ment 1e la côte et cle I'obsfinàtion iles Athéniens, qui ne cé-
daient pas ur pouce de terrain. Étrange interve.rtissement cles
rôles! ôes mêmes Athéniens qui avaient porté si haut la gloire
de leur marine, combattaient sur terre, en Laconier pour re-
pousser les Lacédémoniens. ceux-ci au contraire, si renommés
pour leur tactique continentale, venaient sur des vaisseaux
Îenter contre des Athéniens une descente dans leur propre ter-
ritoire, devenu pour eux un pays ennemi.
xlil. après avoir continué leurs attaques pendant toute la
journée ef ,tne partie du lendemain, les Lacédémoniens y re-
noncèrent. Le tràisième jour, ils envoyèrent à Asinét quelques
vaisseaux chercher des bois pour des machines, avec lesquelles
ils espéraient prendre la muraille du côté du port. c'était à la
vérité la partié la plus élevée ; mais cet inconvénient était com-
pensd par une plus grande facilité d'accès.
Sur ces entiefaitês, arrivèrent de Zacynthe les vaisseaux
athéniens au nombre de cinquantet; ils avaient été ralliés par
quelques bâtiments de Ia station de Naupacte et.par q.uatre de
inioË. Quand ils virent le continent et l'1le fourmiller d'hoplites
et le port de vaisseaux qui ne faisaient pas mine de sortir, ils
ne suient d'abortl oir prendre terre I ensuite ils gagnèrent Proté,
lle déserte et peu éloignée, où ils passèrent la nuit. Le iende-
LrvRE tv. 201

main, ils levèrent l'ancre, après avoir fait leurs prdparatifs de


combat, tlans Ia tlouble supposition que I'ennemi s'avançât au
large ou qu'ils tlussent l'alier chercher dans I'intérieur clu port.
Les Lacédémoniens ne vinrent point à leur rencontre I ils n'a-
vaient pas rlonné suite à leurprojet de barrage, mais ils étaient
tranquillement à terre, occupés à embarquer leu-rs équipages
et à se préparer, en cas d'attaque, à combattre dans le port,
assez spacieux pour cela.
XIY.- Les Athéniens s'élancent par les deux passes. Déjà ta
plupart des vaisseaux ennemis avaient démarré, la proue en
avant. Les Athéniens les assaillent, les mettent en fuite, les at-
teignent bientôt, en maltraitent un grand nombre et en pren-
nent cinq, tlont un avec son équipage. Ensuite ils fondent sur
les bâtiments qui s'étaient ietés à Ia côte; d'autres sont heurtés
pendant qu'i)s embarquent encore leur monde et avant d'avoir
démarré f enfin quelques vaisseaux abandormés de leurs équi-
pages sont saisis et remorqués par les Athéniens.
A cet aspect, les Lacéclémoniens,. désespérés d'un événement
qui enfermait leurs guerriers dans'l'11e, s'élancent tout armés
tlans la mer, ressaisissent leurs navires et les rarnènent à eux.
Chacun croit sa coopération nécessaire. Autour des vaisseaux,
c'était un épouvantable tumulte. Les tleux peuples avaient
échangé leur manière de combattre. Les Lacédémoniens, dans
leur ardeur et tlans leur trouble, livraient, pour ainsi direr un
combat naval sur la terre ferme; tandis que les Athéniens, vain-
queurs et clésireux ile poursuivre leurs avantages, combattaient
comme sur terre du haut cle leurs vaisseaux.
Enfin, après s'être fait mutuellement bien du mal et bien des
blessures, on se sépara. Les Lacéclémoniens sauvèrent leurs
vaisseaux vicles, excepté ceux qui avaient été pris au commen-
cement tle I'action. Lorsque les tleux partis se furent retirés
dans leurs camps, Ies Athéniens dressèrent un trophée, rendi-
rent les morts et recueillirent les ctébris tles vaisseaux. IIs blo-
quèrent aussitôt l'île au moyen d'uue croisière, pour s'assurer
cles hommes qui s'y trouvaient renfermés. Les Péloponésiens.
qui dtaient sur le continent et dont les renforts étaient déjà
arrivés de tous côtés, restèrent en place clevant Pylos.
XV. Quanil la nouvelle de ces événements fut parvenue à
Sparte, on déciila. comme dans les cas ile calamité graYe, gue
les magistrats se rendraient au camp' afin cle voir les choses
par leurs yeux et d'aviser saus aucun délai. Ils reconnurent
I'impossibilitd de secourir leurs gens. Voulant donc leur épar-
202 GUERRU DU pÉLoponÈsr.
gner le danger de mourir de faim ou il'être accablds par le
nombre, ils jugèrent que le mieux était rle conclure avec les
généraux athéniens, s'ils y consentaient, un armistice arr sujet
de Pylos, et d'envoyer ensuite des députés à Athènes pour
traiter d'un accommodement. Tout leur désir était rl'obtenir au
plus tôt la délivrance de leurs guerriers.
XY[. Les généraux accueillirent ces ouvertures, etl'armistice
fut conclu aux conditions suivantes : les Lacédémoniens amène-
raient à Fylos et livreruient aux Athéniens les bâtiments sur
lesqueis ils avaient combattu, de même que tous les vaissoaux
longs qui se trouvaient en Lar:onie. Ils s'abstiendraient tle
toute agression contre la place, soit par terre soit par mer. Les
Athdniens de leur côté permettraient aux Lar.édemoniens du
continent de faire pâsser à leurs guerriers de l'Île une quantité
déterminée de blé moulu, savoir deux chénices attiquei de fa-
rine par homme, cleux cotyles de vin t et de la viande, avec
demi-ration pour les valets. Ces envois auraient lieu sous' l'æil
des Athéniens, et aucune embarcation n'aborderait dans l'lle
sans leur aveu. Les Athéniens continueraient à garder I'iIe, mais
.sans y descendre. IIs s'abstiendraient de toute agression contre
I'armée péloponésienne, soit par terre soit par mer. A Ia moin-
dre infraction commise de part ou d'autre, la trêve était rompue.
Celle-ci devait durer jusqu'à ce que les ddputés lacédémorriens
fussent revenus cl'Athènes. Les Athéniens s'engageaient à les
y conduire et à les ramener sur une trirème. A leur retour la
trêve devait cesser, et les Athéniens rendre les vaisseaux dans
l'état ou ils les auraient reçus.
Telles furent les conditions cle I'armistice. Les vaisseaux fu-
rent livrés, au nombre d'environ soixante, et les députés parti-
rent pour leur destination I arrivés à Athènes, ils prononcèrent
le discours suivant :
XVII. q Lcs Lacéclémoniens nous envoient pour vous propo-
ser, au sujet des guerriers de l'ile, un amangement avantageux
pour yous et aussi tronorable pour nous que les circonstances
le permettent. Ce ne_sera pas cldroger à nos habitudes que de
prononcer un long discours, notre maxime dtant de nè dire
que' peu de- mots quand ils suffisent, et de parler plus longue-
ment quand Ie sujet I'exige. Ne prenez pas nos paroles en
mauvaise part ni comme une leçon qui vous serait donnée, mais
plutôt comme une recommandation ilont votre prudence pour-
rait se passer.
c ll ne tient qu'à yous d'asseoir votre bonheur actuel sur des
LIYRE IV. 203

bases durables, en conservant ce que vous pos#dez et en y


ajoutant une gloire éternelle. N'imitez pas les hommes sans
eipérience, {ul, surpris par la prospérité, ne mettent aucune
limite à leur ambition. Lorsqu'on a, comme vous et comme
nous, éprouvd combien la fortune est inconstante, on a le tlroit '

et le devoir de s'en défier.


XHII. < Pour vous en convaincre, iI suffit d'envisager nos
récentes disgrâces. Naguère au premier rang des Grecs, nous
venons aujouril'hui solliciter ce dorrt alors nous pensions être
les arbitrés. Et pourtant, ce changement ne provient ni. de 1a
diminution tle noi forces ni de i'insolence d'une prospérité nou-
velle. Nos forces sont ce qu'elles ont toujours été; mais nous
nous sommes trompés clani nos prévisions, comme ii peut ar-
river à chacun. Vous-mêmes.vous auriez tort r]e croire que la
puissance actuelle de votre république ei la gloire qu€ vous
ienrz dty ajouter) vous garantissent un bonheur durable. Les
hommes sages ont pour principe de regarder les avantages
comnle préCair.s et ils savenl, aussi nrieux qu9 d'autres sup-
porter lôs revers. Ils tiennent pour assuré qu'il.ntest pas pos-
tilt. ae ne prendre de la guerre que )a mesure quinou.l convient,
mais qu'il t'aut en subir les c,hances diverses. Moins éblouis par
les suôcès, ils sonb plus à I'abri des fautes, et d'au[ant plus
traitables qu'ils sont plus heureux
,r Telle Ëst, ô Athéniens, 1a conduite qu'il serait honorable
pour Tous de tenir à rotre égarrJ. Autrement il cst à craindre
qu'avec le temps, si vous éprouvez quelque revers) - et il n'y
à ia fortune vos
aurait là rien d'impossible,
- on n'attribue
avantages passés; au lieu que yous pouvez laisser à la postérité
une renommée incontestable tle pùissance et de sasesse'
XIX. ( Les Lacédémoniens vôus invitent à déposer les ar-
mes. Ils vous o{Irent Ia paix,leur alliance, une cordialité Plei_ne
et entière; en retour ils-vous demandent les guerriers de l'île.
Ne vaut-il pas mieux) pour vous comme pour nous' ûe pas
courir Ia double chance de les voir s'échapper en profitant
d'une occasion favorable, outornber, à la suite d'un siége, dans
une odieuse captivité? Le rneilleur moyeD de desarmer les
grandes haines n'est pas qu'après la lutte un rles cleux partis
ibose de sa supériorité pour imposer à ltautre cles conditions
intolérables, *ais qu'rl se nrontre généreux et trompe I'attente
du vaincu par la m-odération cle ses exigences. Dès lors I'ail-
versaire, qui n'a plus à repgusser Ia force,,_mais à reoonnaltre
un bienfaii, ..e seirt lié par un sentiment d'honneuT. C'est sur-
204 GuERRE DU PÉtoPo:vÈsn.

tout ie cas pour les inimitiés les plus fortes. 0n cède avec
plaisir à qui se relâche volontaireurent ile ses droits; mais on
résiste à outrance aux orgueilleux.
XX. a L'occasion de nous réconcilier s'ofÏre plus belle que
jamais. Ntattendons pas qu'un accident sans remède vienne
êveiller, chez lcs particuliers comme tlans l'État, une haine
imp)acable, et vous ravir les avantages que nous vous offrons
aujourrl'hui. Avant que le sort ne prononce, opérons un rap-
prochement qui doit assurer à vous de la gloire et notre amitié,
à nous les moyens d'éviler une honte et tle pallier un malheur.
Iaisons taire chez nous Ie bruit tles armes et procurons au reste
des Grecs un soulagement à leurs maux. C'est à vous surtout
qu'ils croiront en être redevables. Aujourd'hui ils supportent
la guerre sans trop savoir quels sont ceux qui I'ont provoquée;
mais si elle prencl fin et pour cela vous n'avez qu'un mot à
dire, yous acquerrez- le plus beau titre à Iettr reconnaissance.
-
En résumé, il ne tient qu'à vous d'avoir les Lacétlémoniens
pour amis fidèles; eux-mêmes vous y convient, dans I'espoir que
vous userez de condescendance plutôt que de rigueur. Songez
à tous les biens qui naitront de cette alliance. N'en iloutez pas:
une fois que nous marcherons d'accord, le concert de nos vo-
lontés commandera le respect à Ia Grèce entière, qui ne peut
rivaliser tle forces a\rec nous. n
XXI. Ainsi parlèrent les Lacdtlémoniens. Ils croyaient que
les Athéniens, naguère disposés à uu accommodement qui
n'avait échoud que tlu fait de Lacédémone, s'empresseraient
d'aocepter la paix qui leur était offerte et de rendre les guer-
riers. Mais les Athéniens, persuadés qu'ayant ces gages en leur
pou\.oir, ils seraient toujours les mattres de traiter, portaient
plus haut leurs exigences. IIs étaient surtout excités par ie
démagogue Cléon fils de Cléénétos, qui avait alors un extrême
ascend.ant dur le peupte. C'est lui qui leur persuacla d,e rdponclre
qu'il fallait préalablement que les guerriers de I'ile fussent
livrds, eux et leurs armes, et amenés à lthènes; qu'ensuite les
Lacédémoniens rendissent Niséa, Pagæ, Trézène et I'Achaier,
qui se trouvaient entre leurs mains, non par ilroit de conquête,
rnais en vertu du d.ernier traité, que le malheur des temps et le
besoin rle la paix avaient arraché aux Athdniens; qu'à c€s cot
ditions on renclrait les guerriers et I'on ferait une paix dontles
deux peuples fixeraient la durée.
XXII. Les députés ne lirent pas d'objection; mais ils cleman-
dèrent qu'on ncmmât des conrmissaires chargés de discuter à
LIVRE IV. 205

loisir avec eux ces divers articles et d'admettre ceux sur les-
quels on tomberait d'accord. Là-dessus Cléon jeta feu et flammes
contre les Lacéclémoniens, disant qu'il savait bien dès l'origine
toute leur rnauvaise foi; qu'il n'y avait plus à en douter, puis-
qu'ils refusaient de s'expliquer devant le peuple et voulaient ne
le faire qu'en petit cornité. II les soûim&, si leurs intentions
étaient droites, de les déclarer séance tenante. Les Lacédémo-
niens, quoique disposés par leurs malheurs ir faire des con-
cessions, sentaient qu'il ne leur était pas possible de s'ouvrir
en pleine assemblée. lls craignaient, si leurs oflres étaient
rejetées, de se trouver en butte à I'animadversion de leurs
alliés. Yoyant d'ailleurs que les Athdniens n'adhéreraient pas à,
des conclitions modérées, iis qriittèrent Athènes sans rien ter-
miner.
XXIII. A leur retour I'armistice cle Pylos erpirait de plein
droit. Les Lacédémoniens redemandaient leurs Yaisseaux, con-
formément à la convention. Mais les Athéniens alléguèrent une
attaque dirigée contre la place au mépris du traité et quelques
autres contraventions sans importance. Ils refusèrent de rendre
les bâiiments et se prér'alurent de la clause qui déclarait la
trêve rompue à la moindre infraction, quelle qu'elle fùt. Les
Lacéclémoniens protestèrent hautement contre I'injuste déten-
tion cle leurs vaisseaux; puis ils se retirèrent en faisant appel
aux aTmes.
La guerre autour de Pylos recommença donc de plus belle.
Pendant le jour, les Athéniens faisaient la roucle autour tle l'île
avec deux vaisseaux qui se croisaient; la nuit toute la flotte
était de gartle, sauf tlu côté cle la haute mer, quand le venf
soufflait. Ils,avaient reçu d'Athènes un renfort cle vingt vais-
seaux, ce qui avait porté leur effectif à soixante-dix trirèmes.
Les Péloponésiens, campés sur Ie continent, donnaient des
assauts à la place et guettaient I'occasion tle tlélivrer leurs
guerriers.
XXIY. Cepentlant en Sicile les Syracusains et leurs alliés,
après avoir renforcé cle tous les vaisseaux qu'ils avaient équi'
pés Ia flotte qui gartlait' Messine, continuaient la guerre en
partant de cette ville. Les Locriens les y excitaient par animo-
sité contre Rhégion; eux-mêmes étaient entrés en corps ile
nation sur son territoire. Les Syracusains étaient résolus à
tenter un combat naval. Ils voyaient que ies Àthéniens n'a-
vaient en ce moment que peu de vaisseaux dans ces paragesr
et ils savaient que Ie gros tle la flotte destinée à agir contre euxt
Tttucyorus. t2
206 GUERRE DU PÉLoPoNÈse,

se trouvait occupri à Sphaciérie. Une fois que leur marine aurait


pris le dessus, ils comptaient s'emparer aisément de Rhégion
en i'attaquant par mer et par terre, et affcrmir ainsi leur do-
minrtion. Le promontoire de Rhégion en Italie étant voisin de
Messine en Sicile, les Âthénieûs ne pourraient plus stationner
en ce lieu ni commmander le détroit. Ce détroit est formé par
le bras de mer qui sépare Rhégion et Messine. au point où la
Sicile se rapproche Ie plus du continenr. tl'est la fameuse
Charybtle, qui fut traversée, dit-on, par Ulysse!. Le peu de
largeur du passage fait que les eaux venant de ileux gtanrles
mers, celle de Tyrrhénie et celle cle Sicile, s'y engouffrent avec
vjolence et produisent des courants réputés à bon droit tlan-
sereux.
XXY. Ce fut dans ce détroit que les Syracusains et leurs al-
liés, avec un peu plus de trente vaisseaux, furent contraints
d'engager, à une heure tardive, un combat pour un bâtiment
qui traversait. Ils s'avancèrent contre seize vaisseaux d'Athè-
nes et huit de Rhégion; ils furent vaincus par ies Athéniens et
perilirent un vaisseau; après quoi, ohacun n'eut rien ile plus
pressé que de regâgner sa station de Messine ou cle Rhégion.
Le combat avait duré jusqu'à la nuit.
Lep Locriens évacuèrent ensuite le pays ile Rhégion, tandis
quc la flotte des Syracusains et de leurs alliés alla mouiller à
Péloris, place appartenant à Messine; et otr se trouvait leur
armée de terre. Les Athéniens et les Rhégiens firent voile de ce
côté. Yoyant les vaisseaux rlésarmés, ils les attaquèrent; mais
ils perdirent un de leurs bâtiments, qui lut accroché par une
mainde ferr; I'équipage se sauya à ia nage. Là-dessus les
Syracusains remirent. en mer et se haièrent Ie long de la côte
jusqu'à Messine. Attaqués derecbef par les Athéniens, ils vi-
rèrent au large, fondirent sur eux et leur ûrent perdre un se-
cond vaisseau. Ainsi les Syracusains rentrèrent dans Ie port rle
Messine, sans avoir eu le ddsavantage ni dans le trajet ni dans
ce combat.
Les Athéniens cinglèrent vers Camarine, sur la nouvelle que
cette ville allait être livrée aux Syracusains par Archias et ses
atlhérents. En même temps les Messiniens se portèrent en m&sse,
par teme et par mer, sur Naxos-Ia-Chalcidiquer, dont le terri-
toire confine ar leur. Le premier jour, ils renfermêrent les
Naxiens dans leurs murailles et coururenb Ie pays. Le lende-
main, I'armée navale stavança jusqu'à l'emboucbure de I'Acé-
sinès5 et ravagea la campagne, pendant que I'arrnée de terre
LIVRE IV. 207
assaillait la ville._Mais, sur ces entrefaites. les sicules descen-
dirent en forces de reurs_mo:rtagnes pour attaquer res Messi-
niens. A leur aspect,-les Naxiens-reprirent .oor"gu, et
s'exhor_
tant mutuellement, dans la pensée que c'étaient iôs Léontins et
d'autres Grecs alliés qui venâient à'leur secours, ils firent
une
brusque sortie, tombèrent sur les Messiniens, iu. .ir.nt
en
1'uite et en tuèrent plus de mille. Les autres
eurent bien de ra
peine à s'échapper; les Barbares leur coupèrent ra
reiraite et
les massacrèrent pour la plupart. La flottè revint à Messine;
après quoi elle fut dissoute, ei chacun regagna ses foyers.
Aussitôt les Léontins, croyant Messine"h"ors d'état de se dé-
fendre, firent une expédition contre e[e, cre concert avec ]eurs
alliés et les Athdniens. cenx-ci dirigèrent leurs attaques contre
le port, I'armée de terre contre ta vitte. Les Messiniens firent
une sortie qug]gues Locriens que commandait Démotélès.
3v9c
et qui,_après la défaite précédenreiavaient été raissés en gar-
nison.dans la_ place. Ils fondirent à l'improviste sur les Léon-
tins, les culbutèrent et en tuèrent un grand nombre. a cette
vue, les athéniens descendirent de leurs riaisseaux pour secourir
leurs alliés, et, tombant sur les Messiniens en déËordre, ils les
rejetèrent dans la ville. puis ils dressèrent un trophdJ et re-
tournèrent à Rhegion.
Depuis ce moment, les Grecs de sicile continuèrent leurs
-luttes intestines sur te*e et sur mer, sans la coopération des
Athénicns.
xxn. Revenons à Pylos. Les athdniens tenaient toujours res
Lacédémoniens blo.qués dans l'ile, tandis que l'armée pélopo-
nésienne conservait ses positions iur le continent. Le manque
de vivres et d'eau rendait aux athéniens le blocus excessive-
ment pénible. L'unique source, et encore peu abondante, était
dans la citaclelle même de pylos; aussi la plupart creusaient
des trous dans le sable sur le bord de ra mer. cf buvaient I'eau
qu'on
.peut croire. campés dans un espace étroit, ils étaient
exposés à toutes les privations. cornme il n'y avait point
de.mouillage p.ur les r'àisseaux, une partie des équipages pre*
nait s-es repas à terre, tandis que làutre restaii a l-oro. ce
qui achevait de les décourager, ô'étair de voir le blocus se pro-
longer indéfiniment. IIs avàient cru qu'il suffirait rle peù de
jours pour avoir raison de gens enfermés dans une ile àéserte
et riduits à stabreuver d'eau saumâtre. Mais les Lacécldmoniens
avaient
-olÏe$
des prix très-élevés à qui porterait dans l,île du
blé moulu, du vin, du fromage ou touie airtre esrrèce de comes-
208 GUIInRE DU PÉLoPoNÈsE.

tibles ndcessaires à des troupes assidgdes I ils avaient même


promis la liberté aux llilotes qui en introduiraient. Bien des
gens, surtout des Hilotes, y parvenaient au péril de leur vie.
Ils partaient cle tous les points ilu Péloponèse et abordaient de
nuit dans la partie de l'île qui regarde Ia haute mer. Ils profi-
taient des temps d'orage, parce qu'alors les trirèmes ne pou-
vant croiser au large, il y avait chance d'échapper. Ils s'é-
chouaient sans ménagem€nt, certains d'être indemnisés pour la
perf,e de leurs barques; d'ailleurs tous les abortls de l'ile étaient
gardés par des hoplites; mais, Iorsqu'ils se risquaient par un
temps calme, ils étaient pris. Il y avait même des plongeurs
qui traversaient le port en nageant entre deux eaux, et qui
trainaient des outres pleines de pavot emmiellé ou cle graine de
iin pilée. D'aboril ils passèrent inaperçus; mais ensuite on les
surveilla. Bref, il n'y avait pas de stratagème que les deux
partis n'imaginassent pour introduire des vivres ou pour en em-
pêcher I'introducti on.
XXYII. Lorsqu'on apprit à Athènes quel'arrnée était en souf-
fance et l'île ravitaillée, on fut dans un grand embarras. 0n
craignait que la mauvaise saison ne surprit les troupes expé-
ditionnaires, et qu'il ne devînt impossible ile leur envoyer des
vivres en faisant le tour du Péloponèse, puisqu'en été même
0n ne pouvait suf{isamment alimenter une place dénuée de
tout. La flotte ne saurait plus or) mouiller sur cette côte sans
port. Pour peu que la croisière fùt moins active, les assiégés
auraient moyen de se procurer des vivres ou même de s'échap-
per sur les embarcations qui leur en apportaient et à la faveur
d'un gros temps. On appréhendait surtout que les Lacédémo-
niens rassurés ne songeassent plus à négocier, et I'on était
aux regrets de n'avoir pas acceptd leurs propositions paci-
fiques.
Cléon, s'apercevant qu'on lui en voulait pour s'être opposé à
I'accommodement, prétentlit que les nouvelles étaient fausses I
et, comme ceux qui arrivaient ile Pylos demandaient, si on ne
les croyait pas, qu'on envoyât sur les lieur pour faire une
enquête, les Athéniens choisirent dans ce but Cldon lul-même
'et Théagénès. Alors Cléon sentit, qu'iI serait obligé de confir-
mer le rapport de ceux qu'il calomniait ou que, s'il clisait Ie
contraire, ii serait convaincu d'imposture. Yoyani tÏailleurs les
Athéniens incliner à la guerre, il leur conseilla de renoncer ir
uns snquête qui entraînerait des longueurs; mais, si les nou-
velles Ieur paraissaient vraies, de cingler immédiatement contre
LIYIiE iV. :ù9
les ennemis. Lançant ensuite une insinuation contre ie général
Nicias fils de Nicératos, dont il était I'ennemi personnel etl'ad-
versaire politique, il déclara que, si les généraux dtaient des
hommes, il leur serait aise, aYec les forces dont ils ilisposaient,
d'aller s'emparer des guerriers de l'île; ajoutant que lui-même,
s'il était général, il n'hésiterait pas à ie faire.
XXVIII. Les Àthéniens murmuraient contre Cléon et disaient :
n Que ne part-il sur-le-champ, si la chose lui paratt facile?r
Nicias, attaqué directement, réponclit que les généraux I'auto-
risaient pour leur part à prendre toutes les troupes qu'il vou-
drait et à tenter I'entreprise. Cléon, ne croyant pas d'abord que
cette offre fùt sérieuse, y clonnait les mainsl mais, lorsqu'il vit
que c'était tout de bon, il tergiversa, disant qu'après tout, ce
rt'était pas lui, mais Nicias, qui était géneral. Il commençait à
craindre, sans le eroire toutefois, qu'il nelui cédât eJÏectivement
la place. Alors Nicias, reyenant à la charge, se démit du com-
mandement cle Pylos, et en prit I'assemblée à témoin. A me-
sure que Cléon reculait et rétractait ses paroles, le peuple, par
un de ces mouvements familiers à Ia multitude, criait à Nicias
Ce se démettre, et à Cléon de partir. Ainsi pris au mot, Cldon
se ddcide à s'embarquer. II déclare devant Ie peuple qu'il n'a
pas peur des Lacéclémoniens; qu'il n'emmènera personne de Ia
ville, mais seulement les Lemniens et les Imbriens alors à
Athènest, des peltasies Yenus d'Énos en qualité d'auxiliaires, et
quatre cents archers d'autres pays. Avec ces troupes, réunies à
I'armde dejà sur les lieux, il se fait forf d'amener dans vir:gt
jours les Lacédémoniens captifs ou de les tuer sur place. Les
Athéniens riaient de Ia fatuité de ce langage; mais les gens
sensés s'applaudissaient en pensant que de deux biens I'un
était infaillible : ou d'être debarrassés de Cléon, ce qui leur
paraissait le plus probable; ou, dans ie cas contraire, de tenir
les Lacédémoniens en leur pouvoir.
XXIX. Après avoir pris toutes les dispositions dans I'assem-
blée et reçu à cel effet les suffrages du peuple, Clécn accéléra
le départ. De tous les généraux qui étaient à Pylos, il ne s'ad-
joignit pour collègue gue Démostbène. C'est qu'il avait appris
que ce général songeait Ini-mêrne à faire une desccnte dans
i'ile. Bn efTet ses soldats, qui souffraient cle leur cldntment et
qui étaient moins assiégeants qu'assiégés, brùlaient d'en venir
i une action décisive. Un incendie survenu dans l'île avait
achevé de I'y déterminer. Jusque-ià il avait craiut de s'engager
sur un terrain fotrrud, désert et sans chemins batbus. Cetle
210 cUERRE DU PÉLoPonÈsa.
circonstance lui paraissait favorable aux ennemis, qui pour-
raient, en sortant de leurs retraites obscures, faire beaucoup
de matr à une armée descendue à terre. Leurs dispositions et
les fautes qu'ils pourraient comme[tre seraient masquées par
l'épaisseur de la forêt, tandis que celles des Athéniens seraiènt
à découvert, Maltre de choisir son terrain, l'ennemi poumait,
dans un moment donnd, tomber sur eux à I'improviste. Si les
Athéniens s'elforçaient d'en venir aux mains dans le fourré, il
sentait que des troupes moins nombr.uses, mais connaissant
Ies localités, auraient nécessairement l'avantage sur des forces
plus considérables, auxquelles celte experience manquerait; en
sorte que sa grande armée courrait le risque de périr en dé-
tail, sans que les différents corps pussent se prêtei un mutuel
appui.
XXX. Ces craintes lui étaient suggérées par le souvenir de
son désastre d'Étoiie, occasionné en partie par une fcrêt. Mais
le basard voulut que, les Athéniens ayant été contraints, par
le maague d'espace, d'abord.er sur la lisière de l'île pour y pré-
parer leur repas sous la garde dtun avant-poste, un soldat, par
inadvertance, mit le feu à des broussailles; l'incendie, atiisé
par le vent, gagna de proche en proche, et la plus grand.e
partie de la forèt fut consumée. Cet accident permit à Démo-
sthène de mieux jugerdu nombre des ennemis. Il le trouva plus
considdrable qu'il ne l'avait cru d'après la quantité de vivres
qu'on leur faisait passer. Dès lors il pensa. que les Àthéniens
redoubleraient ile zèle pour une entreprise qui ne manquait
pas de grandeur ; enfin il s'assura que I'abold de l,ile ?tait
moins difûcile qu'il ne se l'était figuré; il se disposa donc à ef-
fectuer la descente. Il demanda des renforts aux alliés du voisi-
nage et fït tous les autres préparatifs.
Sur ces entrefaites CIéon, après I'avoir averti qu'il approchait
avec les troupes demandées, amive à Pylos. Aussitôt réunis, ils
envoient un héraut à l'armée du continent pour demander aux
Lacédérnoniens s'ils veulent ordonner aux guerriers de ltile de
se rendre sans combat, eux et leurs armes, à condition que les
Athéniens les tiendroni dans une captivité modérde jusqu'à la
conclusion d'un armistice ddfinitif.
XXXI. Cette proposition ayant été rejetde, les généraux athé-
niens attendirent encore un jour. Le lendemain, ils levèrent
I'ancre pendant la nuit, après avoir embarqué tous leurs ho-
plitos sur un petit nombre de vaisseaux. Un peu avant I'aurore,
ils descendirent sur les deux flancs tle l'île, âu côté delahaute
LIVR!] IV. 2ll
mer et du côté ilu port. Les hoplites, aunombre d'enYironhuit
cents, se portèrent à Ia colrrse contre lavant-poste ennemi. Les
Lacédémoniens étaient échelonnés cle la marrière suivante. Un
premier détachement se composai! d'une trentaine d'hoplites.
Àu centre de I'Îie, près de I'eaur, sur unterrain uni, était le
'gros de la troupe, commandé par Épitatlas. Une faible réserve
gardait I'extrémité tle I'île en face cle Pylos. Cet endroit était
coupé à pic d,u côté tle la mer et difficilement abortlable du
côté de la terre. Il s'y trouvait un vieux retranchement en
pierres sèches, que lesiacédémoniens comptaient utiliser rlans
ie cas ori ils seraient forcés de hattre en retraite. Telles étaient
leurs dispositions.
XXXU: Les Athéniens fontlent au pas de course sur l'avant-
poste. En un clin tltæil, ils massacrent les soltlats encore cou-
phés ou prenant à peine leurs armes. La clescente s'était opérée
aveo tant de silence que les ennemis I'avaient prise pour le
mouvement ordinaire tles vaisseaux dans leur station de nuit.
Au point du jour, le reste des soltlats, chacun selon son arme
spéciale, tlébarqua de soixante et tlix navires ou un peu plus,
sur lesquels on ne laissa que le dernier rang de rameurst. Il y
avait huit cents archers, autant cle peltastes, les Messéniens
auxiliaires, enfin toute la garnison de Pylos, excepté ceux qui
étaient de garde sur le rempart. Démosthène les distribua
par groupes de ileux cents ou davantage, auxquels il fit occu-
per ies hauteurs. Il voulait que les Lacétlémoniens, cernés de
ioutes parts, ne sussent tle quel côté faire face, assaillis en tous
sens par la multitucle, pris à tlos s'ils avançaient, en flanc s'ils
se portaient à ttroite ou à gauche. Ils ne pourraient faire un
pas sans avoir tlerrière eux les troupes légères, insaisissables
énnemis, qui les attaqueraient de loin à coups'de flèches' clê
javelots, de pierres ou ile frondes,, et qutil n'y aurait pas moyen {
âe poursuivrl I car elles triomphaient même en fuyant; et, dès
que I'unnemi rétrogradait, elles revenaient à la charge. Tel était
lè plan d'attaque précédemrnent conçu par Ddmosthène et qu'il
mit alors à exécution,
XXXIII. Les solclats tl'Épitatlas, qui formaient le gros de la
troupe, voyant leur avant-poste massacré et une armée en mou-
vement contre eux, se rângèrent en bataille et se portèrent
contre les hoplites athéniens qu'ils araient en tête, au lieu que
les troupes légères étaient rdpanclues sur leurs flancs ou derrière
eux. Mâis ilJ ne purent joindre les hoplites ni faire usage de
leur babiletd: car ils éteiànt contenus par les troupes légères,
212 GUERRE DU PÉLoPoNÈsT.
qui les couvraient de javelots; e_t les hoplites athéniens, au lieu
de marcher à leur rencontre, demeuraient immobiles.
Quand
les troupes légères s'approchaient trop, les Lacédémoniens les
mettaient en fuite ; mais ces hommeJ iestement équipés com-
battaient en se retirant et dans leur fuite prenaient iisément
I'avance; car les as!érités du sol, dans ces lieux longtemps in-
habités, rendaient la poursuite impraticable aux Lacéîémôniens
pesamment armds.
- xxxlv. Quelques mcments se passèrent ainsi en escarmou-
ches I mais bientôt les Lacéddmoniens clevinrent incapables rle
se porter. a.ssez promptement sur res points menacès, et les
troupes légères s'aperçurent qu'ils mettiient moins de vivacité
-contraire,
clans leur défense. Elles, au sentirent leur courage
cloublé en se yoyant si supérieures en nombre. Déjà elies
,,hubi-
tuaient à ne plus avoir peur des Lacédémoniens, parce qu'elles
ne les avaient pas trouvés cl'aborcl tels qu'elles s;y attenàaient.
Au premier instant, elles n'avaient pu Àe défenrlre d'un senti-
ment d'efTroi à la pensée qu'elles aliaient combattre des Lacé-
clémoniens ; mais Iâ crainfe
.fit place au dédain ; .t, pourr"rrt
un cri terrible, elles_se prdcipitèrônt sur eux en masse avec des
pierres, des traits, iles javelots, chacun avec la première
arme
venue. Leurs clameurs, iointes à cette in.cursion souilaine,
frap-
pèrent d'épouvante-des hommes peu faits à.. g.n* Ju .-Àtut.
Les cendres de Ia forêt nouvellernent consumée s'élevaient
en
tourbillons dans les airs, et, mêlées à la grêle ae iraits'et
ae
pierres, interceptaient le jour.
Dès ce moment, res Lacédémoniens se trouvèrent dans
une
position désastreuse. 'Leurs cuirasses de feutre I ne
les met-
taient pas à I'abri des flèches ; les dards aont ils-ataieJcribres
s'y enfonçaient en se brisant. Irs ne savaient otr donner de
ra
tête,incapables de rien voir devant eux et d'entendre
res com-
mandements,,.-que couv.aient les cris des ennemi..
À..u[re, a.
toutes parts, ils n'entrevoyaient aucune espérance
de se aega-
ger en combattant.
,,
xxxv. Déjà un granrl nombre d'entre eux étaient couverts de
bressures; car ils n'avaient fait que tournoyer àla même place.
Enfin, seffant Ieurs rangs, ils s'e reptierenis* f. â.1"-iË.
*u-
tranchement de l'île et. sur le p-oste qui le gardait. i*i.orp.,
légères, les voyant céder, reïoublèient d-e cris et d'audace;
elles les assaillirent dans leur retraite et tuèrent tous
ceux
qutelles purent atteinclre. La plupart cepenclant parvinrent
à
gagner le retranchement; et,-réunis à ciux qoi
t:o.cupaient,
LIVRE I\" 2I3
ils se clisposèrent à tléfendre tous ILs points accessibles, Les
Athéniens les suivirent;mais, ne pouvant tourner la position,
à cause de I'escarpement du terrain, ils l'abord'èrent cle front.
La lutte fut opiniâtre ; pendant la plus grande partie du iour,
les deux partis combattirent, malgré la lassitude , la soif et
I'ardeur clu soleil. Ils s'efforçaient, les uns d'euleverlahauteur,
Ies autres de s'y maintenir. Au surplus, la défense était plus
facile pour les Lacédémoniens depuis que leurs flancs n'étaient
plus tlécouverts.
XXXU. Comme on ne faisait aucun progrès, Ie chef des
Messéniens, s'adressant à Cléon et à Démosthène, Ieur tlit qu'on
se fatiguait en vain i gue, s'ils voulaient lui donner un certain
nombré d'archers et de peltastes, il se faisait fort de tourner
la position par Ie chemin qutrl saurait trouver et de forcer le
pas.age. ll obtint ce qu'il demandait, partit san_s bruit, et, dé-
iobani sa marche aux ennemis, il se glissa le long des escar-
pements, par tous les endroits praticables, Yers le point que
ies Lacéddmoniens avaient cru assez fort pour se passer de dé-
fense. Il y parvint à granil'peine ei après tle longs ilétours.
Tout à coup il se montta derrière eux sur la hauteur.Ilsfurent
consternds d.e cette appatition soudaine, tandis que les Athd-
niens qui i'attendaient en conçurent uue nouYelie arcleur. Dès
lors, les Lacédémoniens ., attaqués des deux côtés à la fois, se
brouvèrent, toute proportion gardde, dans la même situation
que les défenseurs des Thermopyles, quand les Perses_ le s tour-
nèrent par Ie sentier et les taillèrent en pièces. Enveloppés de
toutes parts, ils ne résistaient plus; inais, accabiés par le nom-
bre, exténués par la faim, ils recuiaient. Les Athénieus étâient
rnattres tlu passage
XXXYII. Cléon et Démosthène, sentant que, pour peu qu'ils
pliassent encore, ils seraient exterminés par I'armd-e athé-
nienne, firent cesser le combat et retinrent les leurs. Ils aspi-
raient à eoniluire à Athènes les ennemis vivants, si du moins
ceux-ci, vaincus par leurs ma,ux, humiliaient leur orgueil jus-
qu'à tlemander quartier. IIs les flrent donc sommer par un hd-
raut de mettre bas les armes et tle se rendre à discrétion aux
Athéniens.
XXXYIII. A cette proclamation, la plupart abaissèrent leurs
boucliers et agitèrent les mains en signe d'aclhésion. Une sus-
pension d'armes ayant été convenue, Cldon et Démosthène s'a'
boucbèrent avec Styphon fils de Pharax. Des chefs précédents,
Épitatlas, le premier, ava.it été tué; le second, Hippagrétas, laissd
zlk GUERRE DU pÉropomÈsn.

pour mort, quoique respirant encore. Styphon avait été dési-


gné d'après la loi pour commander en troisième, s'il arrivait
malheur arrx deux autres. D'accord avec les siens, il déclara qu'ils
ddsiraient communiquer avec les Lacédémoniens du continent
sur le parti à prendre. Les Athéniens ne permirent à personne
cle s'écarter ; mais ils appelèrent des hérauts tlu continent.
Après deux ou trois allées et venues, le dernier envoyé de la
part des Lacédémonierrs apporta cette réponse : < Les Lacédé-
moniens vous invitênt à dé]ibérer vous-mêmes sur co qui vous
concerne , sans rien faire de honteux. ,r Après s'être consultés,
iis se rendirent eux et leurs armes. Pendant ce jour et Ia nuit
suivante, les Âthéniens les tinrent sous bonne gartle ; le len-
demain ils dressèrent un trophée dans ltile, firent leurs prépa-
ratifs de départ, et confrèrent les prisonniers à la garde des
Triérarques. Les Lacédémoniens envoyèrent un héraut et obtin-
rent d'enlever leurs mor[s.
Yoici Ie chiflre de ceux qui périrent et de ceux qui furent
pris vivants. Quatre cent vingt hoplites en tout avaient passé
dans l'île; de ce nombre, deux cent quatre-vingt-douze furent
emmenés captifs; le reste avait été tué. Parmi les prisonniers
étaient cent vingt Spartiates'. La perte des Athéniens fut
légère; car on n'avait pas combattu de pied ferme.
XXXIX. La durée tolale du blocus, depuis la bataille navale
jusqu'au tlernier combat livré dans I'11e, fut de soixante et
douze jours, sur lesquels it y en eut vingt oir les Lacédémo-
niens reçurent iles vivres, savoir pendant l'absence tles envoyés
chargds de parlementer. Le reste du temps, ils ne vécurent
quo d'importations clandestines. On trouva r:ependant encore.
dans l'île du blé et d'autres substances alimentaires; car le
général Épitadas avait réduit les rations.
Les armées d'Athènes et du Péloponèse quittèrent Pylos et
rentrèrent dans leurs foyers. Air:si fut accomplie, malgré son
extravag'ance, la promesse de Cléon : en moins de vingt jours
il il ltavait promis.
amena les guerriers,, comme
XL. La nouvelle de cet événement produisit en Grèce unt:
sensation extraordinaire. On avait cru que ni la faim ni aucune
extrémité n'engagerait les Lacédémoniens à mettre bas les
armes., mais qu'ils se feraient tuer plutôt que de se rendrer
On ne pouvait se persuad.er que les captifs fussent de la même
trempe que ceux qui étaieni morts. Ii y eut même un des ai -
1iés d'Atbènes, qui, plus tard, demauda par raillerie à I'un des
prisonniers de l'île si c'étaient de braves gens que ceux qui
LIVRE IV. 2r5
avaient étd tués. A quoi l'autre rdponclit que la flèche serait
un objet sans prix, si elle savait discerner les braves; d,onnaut
ainsi à entendre que les traits et les pierres avaient frappé au
hasard.
XLI. A I'arrivée des prisonniers, les Âthéniens arrêtèrent de
les tenir aux fers en attenclant qu'une convention fùt interve-
nue, et en se réservant de les mettre à mort si jusque-là les
Lacétlémoniens envahissaient I'Attique. Une garnison fut éta-
blie à Pylos. Les Messéniens de Naupacte y envoyèrent leurs
gens les plus alertes. A leurs yeux, c'était la patrie; car Pylos
avait jadis appartenu à Ia Messtinie. IIs mirent la Laconie au
pillage et y firent d'autan[ plus de mal qu'ils parlaient le même
dialecte r. Cette guerre de brigandage était nouvelle pour les
Lacéilémoniens; leurs Hilotes désertaient ; on pouvait crainclre
que l'esprit ile révolte ne gagnât toute la ccntrée ; ils étaientdonc
fort alarmés. Aussi., tout en désirant dissimuler aux Athéniens
leurs inquiétutles, ils ne laissèrent pas de leur envoyer iles dé-
putés pour obtenir, s'il se pouvait, Ia restitution rle Pylos et
de leurs gucrriers. Mais les Àthéniens avaient des prétentions
trop élevées. Ils reçurent plusieurs ambassades qu'rls renvoyè-
rent sans rien accorder. Tel fut le dénoùment cle I'affaire de
Pylos.
XLII. Le même été, peu après ces événements, les Âthé'
niens firent une expédition contre la Corinthie. Ils avaient
quatre-vingts vaisseàux, deux mille hoplites d'Athènes et d'eux
cents cavaliers, entbarqués sur des bâtiments construits pour
cet usage. Leurs alliés cle Milet, d'Andros et tle Carystos les
accompagnaient. Cette armée était commandée par Nicias fils
de Nicératos, Iui troisième. EIle mrt à la voile au point du jour
et prit terre entre la Chersonèse el Rhitos r, au pied de cette
rnême colline de Solygie, où s'établirent jaclis les Doriens pour
faire la guerre aux Éoliens alors habitants de Corinthe r. Au
sommet se trouve aujourd'hui un viilage appelé également
Solygie. De l'eridroit ou abortlèrent les vaisseaux, il y a douze
staàes jusqu'à ce village, soixante jusqu'à la ville 6s f,odnl'he'
et vingi juiq,l'tr I'Isthme. Instruits d'aYance, par Iagvoie.d'Ar-
gos, clà I'approohe des ennemis, les Corinthiens, excepté ceux
quihabitenfen deçà de I'Isthme5, s'étaient rassemblés à I'Isthme
depuis longtemps. A part cinq cents hommes clctachés sur Am-
bricie et sur Làucadè, tous lei citoyens en armes épiaient I'en-
droit ou descenflraient les Athéniens; mais ceux-ci les mirent
en défaut et aborclèrent de nuit. A I'iustant furent élevés des
2t6 GUERRE DU PELOPONI'SE.

signaux ri'alarme ; et les Corinthiens, laissant la moitié de leur


monde à Cenchrées, pour Ie cas ou les Athéniens se dirige-
raient sur Crommyon{, marchèrent promptement à leur ren-
contre.
XLIII. Battos, I'un des tleux généraux préseuts à cette jour-
née, prit avec lui une division et alla occuper le village de
Solygie, qui n'était pas fortifié. Lycophron avec le reste des
troupes engagea le combat. D'abord les Corint,hiens atiaquèrent
I'aile tlroite des Athéniens, à peine débarquée en avant rle la
Chersonèse ; ensuite I'action devint générale. On se battit pen-
dant longtemps et toujours corps à corps. L'aile ilroite des
Athéniens et les Carystiens qui'en formaient I'extrémité, sou-
tinrent le choc cles Corinthiens et les repoussèrent non sans
peine. Ceux-ci rétrograclèrent jusqu'à une muraille située au-
dessus tl'eux, sur un terrain incliné. De là ils se mirent à lan-
cer iles pierres, chantèrenl,le Péan et revinrent à la charge.
Les Athéniens les attendirent de pied ferme et la mêlée recom-
mença. Une division de Corinthiens, venue au secours de leur
aile gauche, mit en fuite la droite des Athéniens, et la refoula
jusqutà Ia rner: mais arrivés près tles vaisseaux, Ies Athéniens
et les Carystiens firent volte-face. Le reste des tleux armées
combattit sans interuption, surtout l'aile droite tles Corin-
thiens, où était Lycophron, et qui avait afiaire à la gauche des
Athéniens. On craignait que ceux-ci ne se portassent contre le
village de Solygie.
XLIY. Pendant longtemps on fit bonne conteDance sans
broncher d'aucun côté; mais à la fin les Athéniens qui avaient
l'avantage d'être soutenus par leur cavalerie, rompirent la ligne
iles Corinthiens. Ceux-ci se replièrent sur la colline, orl ils se
mirent au repos sous les armes, sans faire mine de descendre
une seconcle fois. Dans ce mouyement rdtrogracle, leur aile droite
fut surtout maltraitée ; elle perdit entre autres son général
Lycophron. Le reste de I'armée, quoique enfoncé, ne fut que
faiblement poursuivi et eut le temps de se retirer sur les hau-
teurs, or) il s'établit. Les Athéniens demeurèrent maitres du
champ de bataille, relevèrent leurs morts, clépouillèrent ceux
de I'ennenii et dressèrent aussitôt un trophée.
L'autre moitié de I'armée corinthienne était restée en obser-
vation à Cenchrées,dans la crainte que les Athéniens ne se por-
tassent sur Crommyon. EIle n'avait pu apercevoir le combat,
dont le mont Ornéon l lui interceptait la vùe. Cependant, aver-
tie par le nuage rle poussière qui s'élevait rlu champ de bataille,
LIVRE IY. 317
eile se hâta d'accourir. En même temps, les vieillards de Corin-
the, informés de ce qui se passait, sortirent de la ville pour
aller au secours des leurs. Quand les Athéniens virent s'avan-
cer contre eux cette troupe réupie, ils crurent que c'étaient les
Péloponésiens du voisinage. Ils s'empressèrent donc de remon-
ter sur leurs vaisseaux, emportant les dépouilles et leurs morts,
excepté deux qu'ils n'avaient pu retrouver. Une fois à bortl, ils
gagnèrent les lles voisines, d'ou ils envoyèrent un héraut rede-
mander les morts qu'ils avaient laissés. Dans ce combat, la
perte des Corjnthiens fut de deux cent douze hommes; celie
des Âthéniens d'un peu moins de cinquante.
XLv. Après avoir quitté les lles, Ies Athdniens cinglèrent Ie
rnême jour vers Crommyon, place du territoire de Corinthe, à
cent vingt stades de cette ville. Ils jetèrent l'ancre, ravagèrent
ia campagne, et y passèrent la nuit. Le lendemain, ils remirent
en mer; et, longeant Ia côte, ils firent premièrement une des-
cente en ÉpirlSurie ; puis ilspoussèrent julqu'à Mélhone, qui est
située entre Epidaure et Trézène r. IIs occrrpèrent I'isthme de la
presqu'île orl est Méthone, le fermèrent d'un mur et y construi-
sirent un fort. De là ils firent des courses sur les terres de
Trézène, des Ilaliens et cl'Épidaure. Ces opérations termindes,
ils se rembarquèrent et retournèrent dans leur pays.
XLVI. Pendant que ces évdnements se passaient, Eurymd-
clon et Sophoclès, partis de Pylos pour la Sicile, avec la flotte
athénienne, étaient arrivés à Corcyre. Là, de concer[ avec ceux
de la ville, ils firent une expédition contre les Corcyréens établis
sur le mont Istone r, lesquels, après la sédition, avaient passé
dans I'lle et s'étaient rend.us mattres de la campagne qu'ils in-
festaient. Le fort fut emporté d.'assaut. Les défenseurs, retirés
ensemble sur une érninence, capitulèreni à contlitiotr ale liyrer
leurs auxiliaires, ile mettre bas les armes et de s'en rapporter
pour leurs personnes à la clécision du peuple athénien. Les
généraux transportèrent ces captifs, sous I foi d'un traitd,
dans I'ile de Ptyohia o, pour y être gardés jusqu'à ce qu'ils fus-
sent envoyés à Athènes, sous la réserve expresse que, si I'un
d'eux cherchait à s'évader, la convention serait annulée pour
tous.
Les chefs tlu peuple de Corcyre, craignant que les Athéniens
ne laissassent la vie à.ces prisonniers,-imaginèrent un strata-
gèm-e. Ils envoyèrent sous main rles hommeJdévoués, qui, avec
un faux-semblant de bienveillance , firent savoir à quelques-
uns des prisonniers que ce qu'ils ayaieht de mieux à faire-était
Tsucrnps. r3
218 cuERRE DU PÉLoPoNÈse.

cle s'échapper au plus vite suï un bâtiment qu'otr tiendrait à


leur disposition, attendu que les généraux athéniens étaient sur
le point de les livrer au peuple de Corcyte.
Xf,VU. Les prisonniers donnèrent dans le piége. Les mesures
étaient prises pour que le bâtiment qui les portait fùt capturé
à son départ. Dès lors la convention fut rompue et ils.furent
tous livrés aux Corcyréens. Les généraux athéniens se prêtèrent
à cette perficlie ; ce furent eux qui en fournirent le prétexte et
qui assuièrent toute sécurité aux auteuts de cette trame. Il fut
évident pour tout le monde que, devant part!1 eux-mêmes
pour la Sicile, ils n'avaient pas voulu laisser à cl'autres I'hon-
neur de concluire à Athènes ces prisonniers.
Les Corcyréens ne les eurent pas plus tôt en leu4 puissance,
qu'ils les enfermèrent clans un grand éclifice, d'où on les-retira
iingt par vingt, garrottés deux à deux, à travers une tlouble
haiè d'hoplites, qui les frappaient ou les piquaient à mesure
qu'ils recônnaissaient un ennemi. A leurs côtés étaient tles
hommes armés de fouets pour presser leur marche.
XIYIII. Soixante furent ainsi extraits et mis à mort à I'insu
cle leurs compagnons de captivité. Ceux-ci croyaient qu'on les
transféruit aiileurs; mais on les tlétrompa. Mieux informés, ils
invoquèrent ]es Àthéniens, les conjurant de les tue! eux'mêmes,
s'ils ie voulaient. Ils déclarèrent qu'ils ne sortiraient plus, et
qu'ils s'opposeraient de tout leur pouvoir à ce que percontre
entrât.
Les Corcyréens nteurent gartle de forcer les po-ltes; mais ils
escalatlèreni Ie toit, entr'ouvrirent le plafond, et frrent pleuvoir
rlans I'intérieur les traits et les tuiles. Les prisonniers s'abri-
taient de lcur mieux. Quelques-uns se donnaient eux-mêmes la
-mort. Ils s'enfongaient dans le gosier les flèches qu'on leur
avait lancées; ils s'étranglaient avec les sangles de quelques'
lits qui se trouvaient là, ou aveo les lambeaux de leurs vête-
ments déchirés.
penclant la plus grantle partie de la nuit qui recouvrit cette
scène de carnàge, tout fut mis en æuvre de parb et d'autre pour
donner ou pouirecevoir la mort. Le jour venu,les Corcyréens
empilèrent jes cailavres sur cles charrettes et les transpo-rtèrent
hois de la ville. On réùuisit en esclavage toutes les femmes
prisos dans le fort.
C'est ainsi que les Corcyréens ile la montagn-e fu191t- exter-
minés par le peuple. Là se termina cette grantle_sétlition, ilu
r.
moins ïo t* qui-concerne la gue*e actuelle En effet, il ne
LrvRE tv. 2lg
restait presque plus rien tlu parti. Les Athéniens mirent à Ia
voile pour la Sicile, leur première ilestination. IIs y continuè-
rent la guerre concurremment aYec leurs alliés de ce pays.
XLIX. Sur la fin cle l'été, les Athéniens qui étaient à Nau-
pacte firent, de concert evec ies Acarnaniens, une expéclition
oontre Anactorion, ville corinthienne, située à I'entrée du golfe
Ambracique. Ils la prirent par trahison. Les Corinthiens furent
expulsés et la ville repeuplée par des habitants tirés tle toute
I'Acarnanie. Sur quoi l'été finit.
L. L'biver suivant, Aristid.ès fils tl'Archippos, I'un des com-
mandants ile la flotte athénienne chargée de lever le tribut des
alliés, arrêta à Éïon, à I'embouchure du Strymon, le Perse Arta-
phernès, qui se rendait à Lacédémone aYec mission tlu roi' Ar-
taphernès fut conduit à Athènes, oir I'on d.onna lecture d.e ses
ilépêohes, après les avoir fait tra