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Colloque International

La recherche biographique aujourd’hui :


enjeux et perspectives

18-19-20 mai 2011


Lille – Nouveau siècle.

organisé par

Laboratoire CIREL - Université de Lille 3


Centre interuniversitaire EXPERICE - Universités de Paris 13/Nord - Paris 8
Laboratoire de Changement social - Université de Paris VII
Association ASIHVIF-RBE
Le sujet dans la cité. Revue internationale de recherche biographique
ENPJJ

Argument et appel à communications

La recherche biographique se donne pour objet d’étudier les processus de construction du


sujet au sein de l’espace social, c’est-à-dire de saisir les manières dont les individus donnent forme
à leurs expériences, comment ils font signifier les situations et les événements de leur existence,
comment ils agissent et se construisent dans leurs environnements historiques, sociaux, culturels et
politiques. Ce faisant, elle s’intéresse tout particulièrement aux processus de « biographisation »1,
néologisme visant à rendre compte de l’inscription de l’expérience humaine dans des schémas
temporels résultant de projets biographiques qui organisent comportements et actions selon une
logique de configuration narrative.
L’objet de ce colloque international est de tenter de mieux situer le champ et les objets de la
recherche biographique au sein des sciences humaines et sociales et d’en identifier les enjeux et les
perspectives. En d’autres termes, il s’agira de préciser quel espace de recherche peut être reconnu à
la dimension biographique dans le champ des sciences humaines et sociales. Nous interrogerons
donc l’état des recherches dans un domaine qui déborde les seules frontières de l’usage des histoires
de vie en formation et qui trouve aujourd’hui à se développer largement dans les sciences sociales
(littérature, philosophie, sciences du langage, sciences de l’éducation, anthropologie culturelle,
ethnographie, psychologie sociale, sociologie qualitative et clinique, etc. ), alors que les dernières
décennies ont été marquées par un infléchissement des approches structuralistes au bénéfice d’un
« retour du sujet » et d’une attention portée aux approches narratives.
Relativement bien représentées dans l’espace francophone dans le domaine de la formation,
ces pratiques rejoignent des courants de recherche reconnus dans les pays anglo-saxons (biography
research) et germanophones (Biographieforschung) permettant de saisir l’activité biographique

1 Delory-Momberger, Ch. (2009). La condition biographique. Essai sur le récit de soi dans la modernité avancée.
Paris : Téraèdre.
dans une perspective anthropologique élargie, susceptible de favoriser une meilleure compréhension
de la manière dont adviennent les individus dans une société en mutation rapide. Pour tenter de
mieux cerner la polysémie de ces phénomènes de biographisation, ce colloque vise donc à s’ouvrir à
l’ensemble des disciplines susceptibles de contribuer à leur éclairage.
Ainsi, dans le domaine des sciences de l’éducation, la recherche biographique s’intéresse
depuis de nombreuses années à la relation étroite entre formation, apprentissage et biographie. Il
s’agit ici de comprendre la manière dont les acteurs font signifier leurs expériences de formation et
d’apprentissage ainsi que le rôle que jouent les institutions éducatives et formatives dans les
constructions biographiques individuelles et dans les processus de socialisation. En effet, si les
situations éducatives confrontent les acteurs sociaux à des environnements communs, la manière
dont ils vivent ces expériences renvoie de fait à des disparités de représentations qui trouvent racine
dans le croisement de facteurs psychologiques, sociologiques, historiques, culturels, familiaux,
territoriaux. La recherche biographique, en cherchant à convoquer les sciences sociales dans leur
ensemble, se donne pour objectif d'approcher l’épaisseur de ces phénomènes d’entrelacements,
d’une part en respectant l’autonomie relative des savoirs constitués dans chaque discipline, d’autre
part en tentant d’éclairer la pluralité des déterminations qui affectent les trajectoires des individus
en favorisant des approches théoriques multipolaires ouvrant à la possibilité de problématisations
multiples.
Ces préoccupations rejoignent les travaux des sociologues qui se penchent aujourd’hui sur
l’étude des articulations entre processus de socialisation, de subjectivation et d’individuation pour
lesquels l’usage du biographique et de la « mise en mots de l'expérience » joue un rôle déterminant.
Dans cette perspective, l’étude des sociétés ne saurait être séparée de celle des individus et la
compréhension de la « fabrication sociale » de ces derniers s’enrichit par exemple de la prise en
compte des notions de subjectivité et d’identité.2
L’ensemble de ces questions interroge également le statut et les formes du récit de soi dans
les rapports qui s’établissent aujourd’hui entre énoncé et énonciation. L’organisation du discours, sa
construction formelle, les formes émergentes qu’il peut aujourd’hui prendre (blogs, vidéo,
photographie, etc.) s’articulent ici avec des formes d’expression de soi venant, à leur façon,
témoigner de la pluralité des expériences identitaires de l’individu contemporain.

Sans prétendre épuiser les problèmes posés par la thématique du colloque, trois axes de travail
orienteront la réflexion proposée.

Axe 1 : Recherche biographique et réflexivité


Il semble que les processus réflexifs chez l’individu contemporain aient pris une importance
toute particulière dès la seconde moitié du 20ème siècle alors que se déployaient des formes
« d’individualisme sociétal »3 caractéristiques des conditions de vie qui marquent les sociétés post-
industrielles contemporaines. Ainsi, alors que les grands discours de légitimation4 (la raison, le
progrès, l’émancipation) qui accompagnaient jusqu’alors le récit de soi perdaient de leur influence,
que les institutions régulatrices se faisaient moins prégnantes, que les assignations sociales se
diversifiaient, que les trajectoires des individus s’organisaient sur les bases d’une forte dimension
de singularité, s’est développée l’idée selon laquelle les individus, du fait même de leur activité
réflexive et interprétative, étaient susceptibles de devenir les « entrepreneurs » de leur propre
existence. L’une des conséquences de cet individualisme réflexif a été d’amener l’individu
contemporain à rechercher en lui-même les ressorts de son action et les principes de sa conduite
alors même qu’il se devait désormais de composer les motifs et valeurs susceptibles de donner sens
à son existence.

2 De Gaulejac, V. (2009). Qui est « Je » ? Sociologie clinique du Sujet. Paris : Seuil.


3 Rosanvallon, P. (1995). La nouvelle question sociale. Repenser l’Etat providence. Paris : Seuil.
4 Lyotard, J.-F. (1979). La condition postmoderne. Paris : éditions de Minuit.
Dès lors, qu’en est-il aujourd’hui des effets performatifs du récit de soi dans le contexte de
la modernité avancée ? Comment et à quelles conditions représente-t-il un des supports permettant à
l’individu de devenir « sujet » et « acteur » de son histoire ? Quelles formes prend aujourd’hui ce
récit de soi en fonction de la problématique du genre, des environnements sociaux, culturels,
territoriaux, etc. ?

Axe 2 : Recherche biographique et relations entre individus et sociétés


Si l’individualisme contemporain tend à promouvoir un sentiment accru d’autonomie et de
liberté chez certains individus, on sait combien l’incorporation massive de « l’injonction à être
soi » peut également conduire à ce que A. Ehrenberg nomme « la fatigue d’être soi »5 ou encore à
la construction d’un « faux self » destiné à répondre aux attentes d’une culture de l’
« individualisme de masse » et de l’uniformisation paradoxale de comportements supposés
singuliers. A l’évidence, l’ère de la « société biographique »6 est loin de produire des effets
homogènes, de sorte que les enjeux sociopolitiques de l’usage du récit de soi dans l’espace public
ne sauraient être ignorés. En effet, si le récit de soi peut avoir fonction de résistance7 et
d’émancipation, il peut également donner lieu à des formes plurielles d’assujettissement. Par
exemple, l’injonction sociale à la réalisation individuelle s’articule parfois avec le développement
d’une culture du « management de soi » imposant à l’acteur social de découvrir en lui-même les
ressources de son intégration sociale, de son employabilité, de sa réussite professionnelle
Dans une société désormais marquée par le risque et par la réflexivité, comment la recherche
biographique compose-t-elle avec l'injonction contemporaine à s'engager dans « le récit de soi »?
Comment inscrit-elle son action dans une perspective critique, en tant qu'elle tente d'identifier les
conditions selon lesquelles la parole se trouve parfois « empêchée » alors même qu'elle est dans le
même temps socialement sollicitée (« racontez-moi votre histoire afin que je puisse statuer sur la
recevabilité de votre demande de logement, d’aide, de subvention, d'asile politique, de
naturalisation… », par exemple). Comment et à quelles conditions la prise de parole peut-elle
également constituer un vecteur de réappropriation de son histoire, de son projet pour l’individu et
contribuer ainsi à une perspective supposée « émancipatrice »? Si oui, de quelle « émancipation »
parle-t-on? Enfin, quelles sont les perspectives de recherche et d'intervention où l'implication du
chercheur dans le recueil de la parole d'autrui renvoie à des dimensions plus « politiques »
(recherche-action, histoires de vie de collectivité, interventions auprès de populations très
paupérisées, etc.).

Axe 3 : Recherche biographique et intersubjectivité


L’idée selon laquelle le récit de soi conduirait potentiellement à un renforcement du pouvoir
d’agir de l’individu a trouvé un développement considérable dans les domaines de la formation des
adultes, du développement personnel, du conseil, du coaching, voire du soin.
Les problématiques éducatives et formatives rejoignent ici celles de l’insertion sociale et de
la santé à la faveur du déploiement de pratiques d’accompagnement attentives à la parole du sujet
sur lui-même. Il suffit ici d’évoquer les dispositifs d'accompagnement dans le secteur de la
formation des adultes (biographie éducative8, histoires de vie en formation9, autobiographie
raisonnée10), dans le domaine de l'intervention sociale (articulation entre souffrance sociale et

5 Ehrenberg, A. (1998). La fatigue d’être soi. Paris : Fayard.


6 Astier, I. & Duvoux, N. (dir.) (2006). La société biographique. Une injonction à vivre dignement. Paris :
L’Harmattan.
7 Delory-Momberger, Ch. & Niewiadomski, Ch. (dir.) (2009). Vivre-Survivre. Récits de résistance. Paris : Téraèdre.
Coll. (Auto)biographie ∞ Education.
8 Dominicé, P. (1990). L'histoire de vie comme processus de formation. Paris : L'Harmattan.
9 Pineau, G. & Le Grand, J.-L. (1993). Les histoires de vie. Paris : PUF.
10 Desroches, H. (1991). Entreprendre d’apprendre. D’une autobiographie raisonnée aux projets d’une recherche-
action. Paris : Editions ouvrières.
souffrance psychique)11 ou de la santé (développement de la clinique narrative et de la « narrative
medicine »)12 pour prendre la mesure de l’importance des effets de réorganisation ou d'allègement
des difficultés rencontrées par les narrateurs à la faveur du récit de soi, sans qu'il soit pour autant
légitime de parler de « thérapie ».
Ainsi, comment des dispositifs d’accompagnement centrés sur la parole et le récit de soi
peuvent-ils aujourd’hui contribuer à la formation professionnelle et existentielle des individus ?
Comment peuvent-ils parfois répondre à des formes de souffrance physique, psychique ou sociale
et engager des processus de réparation, d’allègement ou de réorganisation de l’existence ? Quelle
posture spécifique d’accompagnement impliquent finalement ces dispositifs ? Comment ces
questions réinterrogent-elles les frontières entre le normal et le pathologique ? Comment sollicitent-
elles les disciplines qui se penchent sur les problématiques de la gestion de l’intersubjectivité et de
l’accompagnement d’autrui ?

Les propositions de communications devront être soumises pour le 20 septembre 2010 au plus
tard. Les propositions indiqueront l'axe retenu et ne devront pas excéder 3000 signes.
Après acceptation des propositions par le comité scientifique, l'envoi des textes dans leur intégralité
est fixée au 28 février 2011

11 Niewiadomski, Ch. (2006). Mutations professionnelles, clinique psychosociale du travail éducatif et enjeux de
formation. In M. Bresson (dir.) (2006). La psychologisation de l’intervention sociale : Mythes et réalité (pp 227-240).
Paris : L’Harmattan. Coll. Logiques sociales.
12 Niewiadomski, Ch. & Bagros,P. (2003). Penser la dimension humaine à l’hôpital. Paris : Seli Arslan ; Dominicé,
P & Waldvogel, F. (2009). Dialogue sur la médecine de demain. Paris : PUF.