Вы находитесь на странице: 1из 4

Questions de communication

6 | 2004
Intellectuels, médias et médiations. Autour de la
Baltique

Raymonde MOULIN, Le marché de l’art.


Mondialisation et nouvelles technologies
Paris, Flammarion, coll. Champs, 2003, 204 p.

Daniel Jacobi

Éditeur
Presses universitaires de Lorraine

Édition électronique Édition imprimée


URL : http:// Date de publication : 1 décembre 2004
questionsdecommunication.revues.org/6011 Pagination : 390-392
ISSN : 2259-8901 ISBN : 978-2-86480-848-0
ISSN : 1633-5961

Référence électronique
Daniel Jacobi, « Raymonde MOULIN, Le marché de l’art. Mondialisation et nouvelles technologies »,
Questions de communication [En ligne], 6 | 2004, mis en ligne le 29 mai 2012, consulté le 30 septembre
2016. URL : http://questionsdecommunication.revues.org/6011

Ce document est un fac-similé de l'édition imprimée.

Tous droits réservés


Notes de lecture

l’éthique, on peut entrevoir ce que D’une façon générale, les variations


Stéphane Olivesi appelait « démarches temporelles sont intéressantes. En
communicationnelles » (La communication comparant les contenus de la première et
au travail. Une critique des nouvelles formes de la deuxième édition de l’ouvrage, on
de pouvoir dans les entreprises, Grenoble, peut suivre l’avancée (très) relative de ce
Presses universitaires de Grenoble, 2002). qui peut être, ici, un effet culturel (ou
religieux) et ailleurs, un effet de mode. Ce
La culture de l’entreprise et celle du pays mouvement devra s’adapter à d’autres
où cette dernière est implantée, pensées facteurs comme l’évolution rapide des
par l’auteur comme « un ensemble technologies de l’information et de la
complexe de valeurs, de croyances, de communication. Les règles de
symboles, de pratiques qui définissent la comportement étant formalisées, les
manière dont une entreprise réalise ses accusations auront plus d’impact et seront
activités » (p. 33), sont des éléments plus vite diffusées, ce qui ne manquera pas
déterminants pour l’institution de l’éthique de modifier la nature des relations entre
dans les entreprises. Ainsi peut-on les acteurs. Loin d’augmenter la légitimité
remarquer une divergence significative de ceux qui ont le pouvoir, l’éthique
d’un pays à l’autre. Aux États-Unis, pourrait l’amoindrir, si ce n’est la détruire.
l’éthique fait partie de la vie de toutes les En outre, la plupart du temps, l’éthique est
entreprises et 90 % des plus grandes « immorale » car elle n’est pas une fin en
entreprises l’ont formalisée. Cette soi, mais un moyen visant d’autres
démarche s’est développée à la suite de objectifs. Elle ne résulte pas non plus d’un
pressions juridiques, mais les patrons choix vraiment démocratique. Dans ces
américains y voient aussi une source de conditions, il n’est pas certain que l’éthique
profit supplémentaire : « Ethics is good for soit un indicateur de performance des
business ». C’est encore un outil entreprises. Ainsi comprise, la notion n’est
stratégique pour faire face à la nullement ce que les penseurs
concurrence mondiale. Au Japon, société occidentaux ont appelé « éthique » au
où le droit est fortement implicite, seules cours de l’Histoire.
40 % des grandes entreprises ont Jamila Ysati
formalisé leurs règles. Leur contenu ne CREM, université de Metz
comporte que des déclarations de nature Jamila.Ysati@univ-nancy2.fr
philosophique faisant référence à des
normes culturelles générales qui Raymonde MOULIN, Le marché de l’art.
transcendent l’entreprise. L’Europe, quant Mondialisation et nouvelles technologies.
à elle, n’a pas une vision uniforme. Chaque Paris, Flammarion, coll. Champs, 2003,
pays essaie de trouver sa propre manière 204 p.
d’envisager la place de l’éthique dans
l’entreprise, même si plusieurs d’entre eux Un petit livre destiné à devenir un
cherchent à imiter les pratiques classique ! Tous les chercheurs qui
américaines. Culturellement différente des s’intéressent à la culture et à leurs publics
États-Unis, la France a bien du mal à définir connaissent Raymonde Moulin. L’ouvrage
une vision partagée et les patrons qu’elle a dirigé il y a déjà vingt ans et qui a
cherchent leur voie entre idéalisme et été réédité il y a déjà quelques années (La
utilitarisme. Les pays protestants sociologie des arts, Paris, Éd. La
(Allemagne, Pays-Bas et pays scandinaves) Documentation française, 1986), a
donnent plus d’importance à l’éthique que profondément renouvelé les idées
les pays de l’Europe latine et catholique. La convenues sur la diffusion de la culture. Il
Grande-Bretagne est assez sensible au est vrai que celles-ci continuent d’être
phénomène puisque 60 % de ses entachées d’opinions simplificatrices et
entreprises possèdent un document réductrices. Soit on prend pour argent
éthique en 2000, contre 18 % en 1987 et comptant les apories volontaristes sur la
47 % en 1995. démocratisation de l’accès à l’art ; et dans
ce cas, l’on confond les slogans de la

390
questions de communication, 2004, 6

communication officielle sur quelques de certains artistes, mais aussi d’assurer


événements phares (les journées du leur promotion auprès des collec-
patrimoine par exemple) ou le succès de tionneurs fortunés et les conservateurs
fréquentation remporté par quelques des grands Musées. Les conservateurs –
grandes expositions temporaires ou plutôt « curateurs » (amusante
organisées à Paris, avec l’impact réel, très francisation de l’anglais curator) – sont
en deçà des apparences, des efforts de aussi à l’occasion commissaires (ne
diffusion de la culture artistique savante. faudrait-il pas dire auteurs ?) de grandes
Soit, au contraire, dans le droit-fil des expositions temporaires qui officialisent et
théories néo-marxistes de Pierre consacrent le talent, l’inscrivent dans
Bourdieu sur les inégalités et la l’ordre de l’écrit par l’édition simultanée
reproduction, on dénie toute efficacité aux de luxueux et savants catalogues. Certes,
rares efforts de médiation à destination le marché de l’art n’est pas indépendant
d’un plus large public. Raymonde Moulin du talent. Mais il n’est en rien réductible à
fait partie du petit nombre de chercheurs celui-ci. En raison des prix atteints par les
qui ont contribué au renouveau des tableaux de quelques artistes, l’art est
recherches sur la réception, avec une devenu indissociable de la spéculation
vision qui n’est ni angélique, ni désolée ou financière qui considère les chefs-d’œuvre
désespérée. comme des placements avantageux,
paradoxe qui les conduit dans les coffres-
Mais l’auteur est surtout une spécialiste forts des banques par peur du vol, de la
reconnue des rapports singuliers et mal destruction ou à cause du coût
connus qui se tissent entre la création extravagant des assurances.
artistique, les prix exorbitants
qu’atteignent certaines œuvres de grands Pourtant, comme le signale Raymonde
peintres et ces institutions tutélaires et a Moulin, rien de tout cela n’est très assuré :
priori désintéressées que sont les musées seuls quelques artistes anciens et de rares
(cf. L’artiste, l’institution et le marché, Paris, contemporains intéressent les
Flammarion, 1992). Son aisance à passer spéculateurs. Les stratégies des musées,
du domaine de la sociologie à celui de concurrents les uns des autres ou co-
l’économie y contribue sans doute producteurs d’événements artistiques
beaucoup. L’approche économique, parce mondiaux, ne confèrent une
que les données empiriques analysées reconnaissance officielle et une expertise
dans la durée sont têtues, contredit vite fragile et provisoire qu’à quelques-uns des
les idées reçues, comme celles sur le prix soubresauts de la création. Les vrais agents
réel des œuvres d’art compte tenu de de cette dynamique sont un petit nombre
l’inflation ou comparativement à d’autres de grands galeristes internationaux et des
placements moins prestigieux. intermédiaires, sortes de courtiers qui
sont seuls capables de promouvoir de
Dans Le marché de l’art, en analysant nouveaux artistes au plan mondial. Les
finement les rapports entre les artistes, cours sont établis et réajustés par les deux
une poignée de directeurs de galeries, les grands groupes de vente par enchères qui
riches collectionneurs des pays se partagent le marché mondial auquel
développés et les conservateurs qui n’accèdent que de riches collectionneurs
dirigent ces vénérables et anciennes et les institutions, qu’elles soient publiques
institutions que sont les grands musées de ou dépendantes de fondations ailleurs
beaux-arts, Raymonde Moulin établit qu’en France.
comment fonctionne, par à-coups, le
marché de l’art. Elle signale au passage L’essentiel du propos repose, pour le seul
comment en France, l’État s’est substitué domaine de l’art contemporain, sur la
aux grands collectionneurs d’art description très suggestive de ce monde
contemporain. Elle montre que de rares et de l’art, de son marché et de ses acteurs.
influents intermédiaires se chargent, non Il est donc d’abord une reprise de son
seulement de commercialiser les œuvres ouvrage précédent qui est ainsi résumé et

391
Notes de lecture

actualisé. Ce qui en soi est déjà utile et très page. Derrière des affirmations parfois
enrichissant. Le sous-titre Mondia-lisation et péremptoires et faussement
nouvelles technologies, sorte de coup de simplificatrices, se cache une réelle
chapeau à l’actualité et à la mode, constitue connaissance des travaux les plus récents
un utile prolongement au saisissant tableau et de la littérature sur l’art contemporain.
dressé par l’auteur. Mondial, le marché de Sans prendre grand risque, on peut
l’art l’était déjà depuis près de cinquante pronostiquer que ce Marché de l’art est
ans. Et les nouvelles technologies ne l’ont destiné à devenir un irremplaçable
au mieux qu’accompagné en contribuant à classique et qu’il le mérite amplement.
son fonctionnement. Ni les grandes Daniel Jacobi
biennales ou les foires internationales, ni LCC, université d’Avignon
l’emploi à des fins plastiques de la vidéo, ni et des pays du Vaucluse
les enchères par l’internet ne sont daniel.jacobi@univ-avignon.fr
parvenus à remodeler le marché de l’art.
Toutefois, un chapitre est réellement Laurent MUCCHIELLI, Mythes
original : celui consacré à la « sauvegarde et histoire des sciences humaines.
de la rareté ». La photographie, la vidéo, Paris, Éd. La Découverte,
l’art sur l’internet sont par définition coll. Recherches, 2004, 343 p.
multipliables à l’infini tout en préservant les
qualités de l’œuvre unique originale. Avant tout, il convient de dire ce qu’est et
Comment garantir et l’aura de l’œuvre ce que n’est pas ce livre, c’est-à-dire
unique et la rareté qui, seule, justifiait du d’expliciter son titre. Laurent Mucchielli,
coût élevé ? L’estampe et la photographie sociologue, est déjà l’auteur – entre autres
ont depuis longtemps montré la voie en productions – d’un ouvrage rétrospectif sur
édifiant les règles de l’édition originale, en sa discipline (L. Mucchielli, M. Borlandi, dirs,
série limitée et numérotée, tandis que l’art La sociologie et ses méthodes. Les règles de
conceptuel imposait le certificat signé du Durkheim un siècle après, Paris, Éd.
créateur et donnant l’autorisation à un L’Harmattan, 1995) et de deux ouvrages
régisseur d’actualiser la pièce ou d’histoire des sciences (Histoire de la
l’installation conçue par son créateur. Criminologie française, Paris, Éd. L’Harmattan,
1994 ; La découverte du social. Histoire de la
Ce petit opus se lit avec une réelle facilité sociologie en France : 1870-1914, Paris, Éd. La
et ce, en dépit des multiples emprunts, non Découverte, 1998). Ce qu’il entend par
seulement à la sociologie et à l’économie, sciences humaines doit être clairement
mais aussi au jargon de l’art contemporain. circonscrit : ici, il s’agit fondamentalement de
Pour aider le lecteur, un glossaire d’une la sociologie (allemande et française), de ses
quarantaine d’entrées est disponible en fin liens avec l’anthropologie raciale au
de volume. Environ un tiers d’entre elles moment de l’affaire Dreyfus, la psychologie
sont consacrées aux termes économiques. entre 1890 et 1940, et d’une étude sur la
Les autres correspondent à la langue de naissance de la « nouvelle histoire ».
spécialité de l’art contemporain et, en
particulier, des grands courants de On comprendra donc qu’on ne se trouve
création. La relative simplicité ne doit pas en face ni d’un traité, ni d’un ouvrage de
cacher l’ambition du propos ni son synthèse sur l’ensemble des sciences
originalité. Le format et la collection dans humaines et les relations entre l’histoire de
lesquelles le précédent livre avait été celles-ci et les mythes qu’elles se donnent
publié explique pourquoi l’ouvrage comme fondateurs, mais d’un recueil de
ressemble à un manuel avec des travaux publiés depuis une dizaine d’années
affirmations quelque peu dogmatiques, une et rassemblés pour l’occasion. On n’y
absence de présentation des méthodes cherchera d’éléments ni sur la linguistique, ni
permettant de dresser ce tableau et sur la sémiotique, ni sur les sciences de
aucune discussion concernant les auteurs l’information et de la communication (SIC),
cités qui sont plus nombreux qu’il n’y comme une lecture extensive du titre
paraît à consulter les rares notes de bas de pourrait le laisser attendre.

392

Оценить