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La réalité et les chiffres sur les animaux

que nous consommons


MENTIONS LÉGALES

L’Atlas de la viande est une publication de la


Heinrich-Böll-Stiftung Berlin, Allemagne, et des
Amis de la Terre Europe (Friends of the Earth Europe), Bruxelles, Belgique

Partenaires de cette publication :


Agricultural and Rural Convention – Arc2020
Les Amis de la Terre France
Les Amis de la Terre Belgique (Wallonie et Bruxelles)

Directeurs exécutifs :
Christine Chemnitz (Heinrich-Böll-Stiftung)
Stanka Becheva (Friends of the Earth Europe)

Directeur de la rédaction : Dietmar Bartz


Graphisme : Ellen Stockmar

Traductions : Muriel sprl, Bruxelles ; Samuel Féret, Paris


Rédaction : Dietmar Bartz, François Girard, Berlin
Rédacteurs des recherches : Bernd Cornely, Stefan Mahlke, Berlin

Contributeurs : Michael Álvarez Kalverkamp, Wolfgang Bayer, Stanka Becheva,


Reinhild Benning, Stephan Börnecke, Christine Chemnitz, Karen Hansen-Kuhn,
Patrick Holden, Ursula Hudson, Annette Jensen, Evelyn Mathias,
Heike Moldenhauer, Carlo Petrini, Tobias Reichert, Marcel Sebastian, Shefali Sharma,
Ruth Shave, Ann Waters-Bayer, Kathy Jo Wetter, Sascha Zastiral

Éditeur responsable : Annette Maennel, Heinrich-Böll-Stiftung, Berlin

Première édition française, décembre 2014

Imprimé par AZ-PRINT s.a. Grâce-Hollogne, Belgium


100% papier recyclé

Cet ouvrage, outre le texte protégé par le droit d‘auteur des pages 64-65, est sous licence
Creative Commons “Affectation 4.0 International” (CC BY 4.0). Pour les accords de
licence, voir http://creativecommons.org/licenses/by/4.0/legalcode, ainsi qu’un résumé
(et non un produit de substitution) à : http://creativecommons.org/licenses/by/4.0

POUR LES TÉLÉCHARGEMENTS


Heinrich-Böll-Stiftung : http://on.boell.de/atlasdelaviande
Arc2020 : www.arc.2020.eu/front/2014/10/atlas-viande-faits-et-chiffres-sur-les-animaux-que-nous-mangeons
Friends of the Earth Europe : www.foeeurope.org/meat-atlas
Les Amis de la Terre Belgique : www.amisdelaterre.be/spip.php?article2195
Les Amis de la Terre France : www.amisdelaterre.org/atlasviande.html
La réalité et les chiffres sur les animaux que nous consommons

2014
TABLE DES MATIÈRES
6 INTRODUCTION 22 POURQUOI LES FERMES
TUENT LES POISSONS : LA PERTE
8 LEÇONS À TIRER DE BIODIVERSITÉ
La surfertilisation nuit aux plantes et aux
10 LA HAUSSE DU MARCHÉ MONDIAL animaux. Les nitrates présents dans les eaux
Le nombre d’agriculteurs dans le monde déve- souterraines sont cancérigènes. Ils
loppé ne cesse de baisser alors que celui des peuvent produire des « zones mortes »,
animaux augmente de plus en plus. Ils appro- privées d’oxygène, dans les eaux côtières.
visionnent des supermarchés éloignés au lieu
de produire pour le marché local. La produc- 24 UNE PLANÈTE PAUVRE EN ESPÈCES
tion d’animaux d’élevage dans le monde en Les données génétiques des animaux
développement prend la même voie. d’élevage sont de plus en plus réduites. Elles
reposent sur quelques races spécialisées
12 CONCENTRATION : DES ÉCONOMIES comme les vaches laitières Holstein Frison
D’ÉCHELLE AVEC MOINS DE pie-noir, élevées dans plus de 130 pays.
DIVERSITÉ
Les impératifs économiques sont à l’origine 26 DE FUNESTES ANTIBIOTIQUES
du renforcement de la concentration de Pour empêcher la prolifération fulgurante de
l’industrie mondiale de la viande. À savoir maladies parmi les animaux et afin d’accélé-
davantage d’efficacité dans la production, rer leur croissance, les producteurs utilisent
mais aussi la concentration du pouvoir du de grandes quantités de produits pharma-
marché dans les mains de quelques-uns, au ceutiques. Mais les bactéries développent une
grand détriment des petits exploitants. résistance à des médicaments essentiels dans
le traitement des maladies chez les humains.
14 LA FABRICATION DE
PRODUITS CARNÉS : L’INDUSTRIE 28 QUAND LE RÉSERVOIR SE VIDE
DE L’ABATTAGE L’expansion de l’industrie de l’élevage ne fera
Pour obtenir un steak de bœuf, celui-ci qu’aggraver la surexploitation des rivières
doit mourir. L’abattage est aujourd’hui très et des lacs. À cause des grandes quantités
industrialisé, un travail dur exécuté dans d’eau qu’exige la culture des céréales et des
de mauvaises conditions. L’industrie s’est fourrages, et du fait de la présence de nitrates
installée hors des villes, à l’abri des et de résidus d’antibiotiques qui polluent
regards. Les groupes de défense des droits les eaux souterraines.
des animaux mettent en cause
l’éthique de l’industrie de l’abattage. 30 LES CÉRÉALES DANS L’AUGE
Ruminants et êtres humains ne se
16 ROUGE ÉCARLATE DANS LES FRIGOS concurrencent pas sur la nourriture.
Adieu au boucher du quartier et bienvenue Augmenter la production de viande exige
aux chaînes de supermarché. Aujourd’hui, toujours plus de céréales pour nourrir les
la grande distribution envahit les pays en animaux. Si nos cultures locales ne suffisent
développement. Les exigences des classes pas, il faut les importer de l’étranger.
moyennes émergentes fixent l’ordre du jour.
32 L’ÉMERGENCE D’UN EMPIRE
18 LIBRE ÉCHANGE VS ALIMENTS SAINS SUD-AMÉRICAIN DU SOJA
En cours de négociation, le partenariat En Argentine, le boom mondial des prix
transatlantique de commerce et d’investis- du soja a donné naissance à un nouveau type
sement (TTIP) entre les États-Unis et l’Union d’agriculteurs. Aussi, il a fortement
européenne peut menacer les lois existantes augmenté les recettes fiscales. Les
relatives à la protection des consommateurs  ; conséquences sociales et écologiques
et ce des deux côtés de l’Atlantique. des changements structurels sont graves.

20 LES COÛTS CACHÉS DU STEAK 34 LE COÛT CLIMATIQUE DU BÉTAIL


Le prix mentionné sur l’étiquette d’un Directement ou indirectement, le bétail
paquet de viande ne reflète pas le coût réel est responsable d’un tiers des émissions de
de sa production. Si les coûts cachés pour gaz à effet de serre dans le monde. Pourtant,
l’environnement et le contribuable étaient agriculteurs et scientifiques affirment
inclus, les coûts de l’élevage de bétail seraient qu’avec une gestion appropriée le bétail ne
probablement en perte nette. serait plus un fardeau pour le climat.

4 L’ATLAS DE LA VIANDE
36 LES ÉLEVEURS DE LA FORÊT 50 L’ÉLEVAGE URBAIN BOUDÉ
TROPICALE Nombreux sont ceux qui voient un oxymore
Le deuxième cheptel bovin et la plus grande dans l’expression « élevage urbain ».
forêt tropicale au monde se rencontrent L’élevage n’est-il pas une activité rurale ?
dans la région amazonienne du Brésil. Une Les villes ne doivent-elles pas interdire le
mauvaise nouvelle pour la forêt. bétail à cause de l’odeur, du bruit et de la
Après les bûcherons arrivent les éleveurs. pollution ? Pourtant l’élevage en milieu
urbain est, pour de nombreux habitants, un
38 DES HAMBURGERS AU GLYPHOSATE moyen crucial de subsistance.
Nous finissons par consommer les résidus
indésirables que laissent les pesticides, 52 DE BROUSSAILLE À PROTÉINES
les herbicides ou les médicaments dans la Dans le monde, une grande partie de
viande, le lait et les œufs. Des lacunes dans la l’élevage de bétail, de sa viande, du lait et des
recherche créent une incertitude sur les effets œufs sont entre les mains de producteurs
du glyphosate sur notre corps – un herbicide non-industriels. Beaucoup d’entre
utilisé dans la culture du soja transgénique. eux élèvent leurs animaux sur des terres
inadaptées à la culture, en optimisant l’usage
40 SURABONDANCE DE VOLAILLES : des ressources locales. Leur survie
LES POULETS PRENNENT LE DESSUS est pourtant de plus en plus menacée.
La consommation de poulet, dans les pays
développés, est supérieure à celle de la 54 À LA RECHERCHE DE LA QUALITÉ
viande bovine. La demande de poulet en Dans les pays riches, les consommateurs
Asie connaît une hausse rapide, ce qui fait le avertis font face à un dilemme. Ils
bonheur de ceux qui ne mangent ni porc ni veulent de la viande de qualité, produite de
bœuf. manière éthique et respectueuse
de l’environnement. Mais comment assurer
42 OÙ L’ÉLEVAGE DE POULETS EST LE cela de la meilleure manière ?
TRAVAIL DES FEMMES
En Afrique et en Asie, beaucoup de femmes 56 VÉGÉTARISME : BEAUCOUP DE
dépendent de leur mari pour les décisions RACINES, BEAUCOUP DE POUSSES
importantes. Quelques poules, poussins et Dans les pays industrialisés, le pourcentage
œufs leur apportent assurance et autonomie de végétariens ou végétaliens se
et contribuent à l’approvisionnement en déclarant comme tel est faible. Ces modes de
viande. vie sont plus répandus dans les régions
où les religions jouent un rôle majeur.
44 EN AFRIQUE, L’IMPORTATION Dans la plupart de celles-ci, les fidèles sont
D’AILES DE POULET DÉTRUIT LES d’une façon ou d’une autre censés s’abstenir
ENTREPRISES de manger de la viande.
La transformation des dérivés de l’abattage 26 sujets et
en aliments destinés aux animaux est 58 QUE FAIRE ET COMMENT LE 80 graphiques sur
interdite aux entreprises européennes de FAIRE ? INDIVIDUS ET GROUPES
volaille. Dès lors elles les exportent à bas prix Les individus peuvent choisir d’autres notre façon de
vers les pays en développement. modèles de consommation et rompre produire et consom-
avec leurs habitudes. Et les groupes mer de la viande
46 INQUIÉTUDE DANS LES PAyS RICHES peuvent exercer des pressions en faveur
Dans les pays développés, la demande de d’un changement.
viande est à son apogée et commence à bais-
ser lentement. Les scandales dans l’industrie 60 PLUS DE VERT POUR L’EUROPE
alimentaire renforcent les inquiétudes des La Politique agricole commune européenne
consommateurs sur la salubrité des aliments. (PAC) a, pendant des décennies, dénaturé
Les clients sont perplexes. Et le produit n’est la production agricole. D’un soutien à la
pas forcément meilleur. production à grande échelle, elle est passée à
une prise en compte progressive de
48 UN DEMI-MILLIARD DE l’environnement. Toutefois, les problèmes
NOUVEAUX CONSOMMATEURS, DE demeurent. Une PAC plus verte devrait
RIO À SHANGHAI encourager une production animale plus
Le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique saine socialement et écologiquement.
du sud – le BRICS – sont cinq grands
pays émergents partant de bases différentes. 62 AUTEURS ET SOURCES
Confrontés aux modes de consommation DES DONNÉES ET GRAPHIQUES
occidentaux, ils pourraient très bien ne pas
s’y retrouver. 64 RESSOURCES

L’ATLAS DE LA VIANDE 5
INTRODUCTION

L
a nourriture est plus qu’un besoin, elle est les animaux, les dommages écologiques et les im-
une affaire très personnelle. On y trouve sou- pacts sur la société sont mis sous le tapis.
vent plusieurs sentiments  : la familiarité, la Une personne sur sept dans le monde a un
détente, la routine, ou encore le stress. Nous man- accès restreint à la nourriture. Nous sommes très
geons dans toutes sortes de situations différentes loin de l’application du droit reconnu au niveau
avec nos propres préférences, assez personnelles. international, de l’accès à une nourriture quan-
Nous sommes en même temps de plus en plus titativement et qualitativement suffisante. Au
éloignés de ce qui se trouve dans nos assiettes, contraire, près d’un milliard de personnes dans le
sur la table et dans nos mains. Vous demandez- monde souffrent de la faim. Et ce en grande par-
vous parfois d’où viennent le steak, la saucisse ou tie à cause de l’émergence d’un élevage intensif à
le hamburger que vous mangez  ? La satisfaction grande échelle et d’industries alimentaires pour
personnelle reflète des décisions éthiques et les répondre à la demande insatiable de viande des
préoccupations privées sont par nature très poli- classes moyennes.
tiques. À chacun de nous de décider ce que nous Les consommateurs de nombreux pays en ont
voulons manger. La consommation responsable assez d’être trompés par l’industrie agroalimen-
est demandée par un nombre croissant de per- taire. Ils préfèreraient qu’au lieu de subvention-
sonnes qui ont donc besoin d’informations sur les- ner les fermes industrielles – comme aux États-
quelles fonder leurs décisions. Unis et dans l’Union européenne – l’argent public
Comment des consommateurs normaux soutienne des politiques raisonnables favorisant
peuvent-ils comprendre les effets causés par leur une production d’animaux d’élevage saine, éco-
consommation de viande ? Combien de personnes logique, sociale et éthique. Une des principales
réalisent que notre demande de viande est direc- préoccupations de la Heinrich-Böll-Stiftung est de
tement responsable du défrichement de la forêt donner des informations sur les effets de la pro-
amazonienne  ? Sommes-nous conscients des im- duction de viande et de proposer des alternatives.
pacts de l’élevage industriel sur la pauvreté et la Les gouvernements des pays développés
faim, les déplacements de populations et la migra- doivent changer radicalement de direction et
tion, sur le bien-être animal, ou sur le changement résister au lobby agricole, tandis que les pays en
climatique et la biodiversité ? développement doivent éviter les erreurs com-
Au supermarché, les paquets de viande et de mises partout ailleurs. Conscients des effets de la
saucisses ne révèlent aucune de ces préoccupa- production intensive de viande, ils peuvent, pour
tions. Les grandes entreprises agroalimentaires le futur, mettre en place un type de production
tentent, au contraire, de minimiser les effets né- socialement, éthiquement et écologiquement res-
fastes de notre surconsommation de viande. Dans ponsable. Au lieu de tenter d’exporter leur modèle
les pays développés, la publicité et les emballages défaillant, l’Europe et les États-Unis devraient plu-
transmettent l’image d’animaux heureux dans tôt montrer que le changement est à la fois néces-
des fermes plaisantes. La souffrance endurée par saire et possible.
Des alternatives existent. La production de
viande avec des animaux élevés en pâturage
plutôt que parqués dans des bâtiments et une


production locale de nourriture plutôt que des
DES ALTERNATIVES EXISTENT expéditions à des milliers de kilomètres en sont
des exemples. Les engrais ne doivent pas endom-
mager la nature ni la santé de la population locale.
Dans beaucoup de pays, les On peut ne l’utiliser que sur les champs du fermier
consommateurs en ont assez d’être afin d’enrichir son sol.
trompés par l’industrie agroalimentaire. Notre atlas vous convie à un voyage autour
du monde. Il vous donne des aperçus sur les liens
Ils préfèreraient que l’argent public soutienne
globaux créés par notre consommation de viande.
des politiques raisonnables favorisant Seuls des consommateurs informés et critiques
une production d’animaux d’élevage saine, peuvent prendre les bonnes décisions et exiger les
écologique, sociale et éthique au lieu changements politiques nécessaires.
de subventionner les fermes industrielles.

Barbara Unmüßig
Présidente, Heinrich-Böll-Stiftung

6 L’ATLAS DE LA VIANDE

PROVOQUER LE DÉBAT

Le système industrialisé, dirigé

L
a nourriture est une nécessité, un art, un luxe. par les entreprises privées, est
Mais le système global de production alimen- voué à l’échec. Si nous voulons nourrir
taire est défaillant. Des gens, dans certaines
une population mondiale croissante
parties du monde, n’ont pas assez à manger, alors
que d’autres souffrent d’obésité. Des millions de
sans détruire la planète, il nous faut
tonnes de nourriture sont gaspillées et jetées, et revoir radicalement l’alimentation et
paradoxalement des cultures sont converties en l’agriculture.
biocarburants pour alimenter les voitures en Eu-
rope et dans les Amériques. semences soient sous le contrôle des entreprises
Au même moment, nous abîmons et détrui- privées et sans produits chimiques. L’agriculture
sons le monde naturel dont nous dépendons tous. durable existe grâce aux agriculteurs de nom-
Avec notre demande croissante en ressources, qui breuses petites exploitations qui produisent de
prend le pas sur la nécessité de protéger la bio- la viande et des produits laitiers, cultivent leurs
diversité et les écosystèmes vitaux de la planète, propres céréales pour nourrir leurs animaux et les
nous outrepassons les limites écologiques. Nous laissent paître librement.
défrichons des forêts et des habitats précieux en Il existe des millions de marchés locaux et
faveur de monocultures immenses afin d’alimen- de nombreuses petites entreprises alimentaires
ter les pays industrialisés. L’agriculture est intensi- innovantes. L’agriculture durable bénéficie d’un
fiée et la faune et la flore détruites à des taux sans énorme soutien public : un système mondial alter-
précédent. natif basé sur la souveraineté alimentaire qui ga-
La dépendance du système alimentaire mon- rantit le droit de chacun à une alimentation saine,
dial à des ressources bon marché, aux pulvérisa- nourrissante, durable et culturellement appro-
tions chimiques et aux médicaments a fortement priée, est en train d’être mis en place.
augmenté ces cinquante dernières années. Ce sys- La non-viabilité du système industrialisé ac-
tème est de plus en plus contrôlé par une poignée tuel, dirigé par des entreprises privées et voué à
de multinationales. Les impacts sociaux de ce sys- l’échec, est de plus en plus reconnue au plan inter-
tème sont dévastateurs  : partout dans le monde, national. Si nous voulons nourrir une population
des petits agriculteurs sont chassés de leurs terres ; mondiale croissante sans détruire la planète, il
l’obésité et la pauvreté alimentaire sont monnaie nous faut revoir radicalement l’alimentation et
courante  ; les crises alimentaires se suivent, les l’agriculture. La préoccupation fondamentale de
contribuables et citoyens en paient de plus en plus ce système doit être la souveraineté alimentaire.
souvent la facture. Ce système alimentaire sous Cette publication met en lumière les impacts
contrôle d’entreprises privilégie toujours les pro- de la production de viande et laitière. Son objectif
fits avant la population et la planète. est de provoquer un débat sur la nécessité d’une
Rien n’incarne mieux la défaillance de notre alimentation et d’une agriculture de meilleure
système d’alimentation et d’agriculture que le qualité, plus sûres et plus durables. Notre espoir
secteur de l’élevage et la quête d’une viande étant d’inspirer les personnes à revoir leur propre
abondante et bon marché. Les dernières années, consommation, et les politiciens de tous niveaux
un grand nombre des pandémies dans le monde à prendre des mesures afin de soutenir les agri-
trouvent leur origine dans les fermes industrielles. culteurs, les industries de transformation des ali-
L’élevage est l’un des plus grands émetteurs de ments, les détaillants et les réseaux qui participent
gaz à effet de serre et il consomme dans le monde à la réalisation de ce changement. Nous devons,
d’énormes quantités de céréales et d’eau. Le bétail en tant qu’espèce, nous montrer plus intelligents.
est de plus en plus élevé dans des conditions exi- Révolutionner la façon dont nous produisons et
gües et cruelles. Les animaux passent leur courte consommons la viande n’en est que le début. Il
vie dans la lumière artificielle et reçoivent de nous faut créer un monde qui utilise les ressources
fortes doses d’antibiotiques et d’hormones de naturelles de manière plus efficiente. Nous devons
croissance, jusqu’au jour où ils sont abattus. veiller à la distribution équitable de ces ressources
Le vrai scandale c’est qu’il peut ne pas en être et garantir l’accès de chaque habitant de cette pla-
ainsi. Même avec la hausse de la population mon- nète à une alimentation sûre, suffisante, durable
diale, nous produisons suffisamment de calories et nourricière, aujourd’hui et demain.
pour nourrir tout le monde.
Nous avons les capacités de faire de l’élevage
sans détruire l’environnement, sans imposer des Magda Stoczkiewicz
conditions cruelles aux animaux, sans que les Directrice, Les Amis de la Terre Europe

L’ATLAS DE LA VIANDE 7
LEÇONS À TIRER
SUR LA VIANDE ET LE MONDE

L’ALIMENTATION N’EST PAS


1 QU’UNE AFFAIRE PRIVÉE.
Les véritables répercussions de chaque
repas sur la vie des populations dans
le monde, sur l’environnement, la
biodiversité et le climat, ne sont toujours
pas prises en compte au moment où
on s’attaque à un morceau de viande.

L’eau, les forêts, l’utilisation des sols, le climat et la biodiversité :


2 L’ENVIRONNEMENT POURRAIT ÊTRE FACILEMENT
PROTÉGÉ en mangeant moins de viande et en la produisant autrement.

PARTOUT DANS LE MONDE,


LES CLASSES MOYENNES
3
CONSOMMENT TROP DE VIANDE.
Non seulement en Amérique et en Europe,
4 mais de plus en plus en Chine, en Inde et
également dans d’autres pays émergents.
LA SURCONSOMMATION DE
VIANDE MÈNE À
L’INDUSTRIALISATION
DE L’AGRICULTURE.
Seules quelques sociétés
internationales profitent 5
de ce marché et tentent
La consommation augmente parce que
d’y étendre leur pouvoir.
LES CITADINS MANGENT
DAVANTAGE DE VIANDE. La hausse
de la population y joue un rôle mineur.

8 L’ATLAS DE LA VIANDE
Comparativement à d’autres secteurs
agricoles, la production de volaille,
dominée par de grands producteurs,
bénéficie des liaisons internationales LA PRODUCTION INTENSIVE
les plus fortes, et des taux de croissance 7 DE VIANDE N’EST PAS SAINE –
les plus élevés. LES
PETITS en raison de l’usage d’antibiotiques et
PRODUCTEURS, LA VOLAILLE ET d’hormones, du fait
L’ENVIRONNEMENT SOUFFRENT. également de la
surconsommation
6 de produits
chimiques dans
la production
alimentaire.

L’élevage urbain et rural à petite échelle


peut contribuer de manière importante
à la RÉDUCTIONDE LA 8
PAUVRETÉ, À L’ÉGALITÉ ENTRE
LES SEXES, ET À UNE 9
ALIMENTATION SAINE – et
pas seulement dans les pays LA CONSOMMATION DE VIANDE NE DEVRAIT
en développement. PAS NUIRE AU CLIMAT ET À L’ENVIRONNEMENT.
L’utilisation rationnelle des terres agricoles par les
animaux peuvent au contraire apporter des bienfaits à
10
l’environnement.
Des alternatives existent. De
nombreuses initiatives et systèmes 11
de certification actuels
MONTRENT À QUOI POURRAIT LE CHANGEMENT EST
RESSEMBLER UN MODE POSSIBLE. Certains affirment
DE PRODUCTION DE VIANDE qu’on ne peut pas changer les modes
DIFFÉRENT – un mode respectueux de consommation de viande.
des questions environnementales et de Pourtant, grand nombre de gens
santé et qui traite les animaux de ma- ont tendance à manger moins de
nière appropriée. viande ou pas de viande du tout. Il ne
s’agit pas d’un sacrifice ; pour eux,
UN MODE
cela s’inscrit plutôt dans
DE VIE MODERNE ET SAIN.

L’ATLAS DE LA VIANDE 9
LA HAUSSE DU MARCHÉ MONDIAL
Le nombre d’agriculteurs dans le monde développé ne cesse de baisser alors
que celui des animaux augmente de plus en plus. Ils approvisionnent des
supermarchés éloignés au lieu de produire pour le marché local. La production
d’animaux d’élevage dans le monde en développement prend la même voie.

D
e manière générale, la demande mondiale d’élevage du monde développé envahissent les
de viande augmente mais à des taux diffé- pays en développement – et sont intégrés dans les
rents selon les régions. La consommation, chaînes de valeur mondiales. Le sort d’un porce-
en Europe et aux États-Unis, les deux plus grands let nouveau né est déjà scellé : ont sait dans quel
producteurs de viande au 20ème siècle, croît len- supermarché, dans quelle ville et avec quel type
tement ou stagne. En revanche, la croissance du de marketing ses côtelettes seront vendues.
secteur de la viande dans les économies en plein Mais les conditions actuelles de production
essor, en Asie et ailleurs, serait d’environ 80 % d’ici sont très différentes des précédentes. En Europe
2022. En raison de l’énorme demande des nou- et aux États-Unis, l’élevage industriel a com-
velles classes moyennes, ce sont la Chine et l’Inde mencé au moment où les aliments, l’énergie et la
qui connaîtront la plus forte croissance. terre étaient bon marché. Ces trois éléments sont
Le modèle de production prend la même voie. rares aujourd’hui et leurs coûts ont augmenté.
L’Asie du Sud et de l’Est entreprennent la même En conséquence, la production totale de viande
Les marchés du
transformation rapide que celle menée par de connaît une croissance plus lente qu’auparavant.
porc et de la volaille nombreux pays industrialisés, il y a quelques L’extension du marché repose exclusivement sur
sont en croissance ; décennies. Dans les années 1960, la majorité l’élevage de porcs et de volaille. Ces deux espèces
ceux du bœuf et du des animaux en Europe et aux États-Unis, ras- se nourrissent de fourrages et peuvent être par-
mouton stagnent semblés en cheptels petits ou moyens, étaient quées dans des espaces réduits. En 2022, presque
gardés en pâturage. Ils étaient abattus et trans- la moitié de la viande la plus consommée sera de
formés à la ferme ou dans un abattoir proche. La la volaille.
viande et les saucisses étaient produites dans la Par ailleurs, la production bovine croît à peine.
même localité ou région. Aujourd’hui, ce mode Les États-Unis restent le plus grand producteur de
de production a presque disparu. Entre 1992 et bœuf au monde, même si l’industrie de la viande
2009, le nombre d’éleveurs de porcs aux États- sur place décrit sa propre situation comme étant
Unis a diminué de 70 %, tandis que la population dramatique. Selon elle, la baisse prévue en 2013
porcine n’a pas bougé. Durant la même période, de 4 à 6 %, comparé à 2012, devrait se prolonger
le nombre de porcs vendus par une ferme est pas- en 2014. Dans d’autres régions productrices tradi-
sé de 945 à 8 400 par an. Et le poids d’un animal à tionnelles, dont le Brésil, le Canada et l’Europe, la
l’abattage est passé de 67 kg dans les années 1970, production stagne ou baisse.
à environ 100 kg aujourd’hui. L’Inde est la star du jour, grâce à sa production
En Chine, plus de la moitié de la production de viande de buffle qui a quasi doublé entre 2010
porcine est assurée par des petits exploitants. Tout et 2013. Selon le Ministère de l’Agriculture amé-
cela est en train de changer très rapidement. Les ricain, l’Inde était en 2012 le plus grand exporta-
technologies et les investissements de capitaux teur mondial de viande bovine – juste devant le
prédominants dans la production d’animaux Brésil. L’élevage de buffles est peu coûteux. Leur

Production Commerce Commerce Consommation

Monde, prévision 2013, Monde, prévision 2013, Monde, prévision 2013, Monde, par habitant,
FAO

FAO

FAO

FAO

millions de tonnes million tonnes pourcentage prévision 2013, kg par an

13,8 0,9 9,9


68,1 8,6
7,2 33,3

114,2 308,2 30.2 100 43,1

106,4 13,3 90,1 79,3

Bœuf, veau Porcs Autre Bœuf, veau Porcs Autre Consommation domestique Développé Monde
Volaille Ovins, caprins Volaille Ovins, caprins Exportation En développement

10 L’ATLAS DE LA VIANDE
Production mondiale de viande

FAO
50,4
23,0 3,2
2,5 17,1
19,2 2,1
12,4 0,6 1,7
11,4 0,9 0,2 6,5
1,4 8,1 0,4 1,4
1,2 Russie 4,1
1,3
10.2 Ukraine 0,5
1,0
Canada
1,6 1,7 1,0
0,1 UE 0,5
13,1 0,2 0,3 0,4 Japon
0,3
États-Unis 0,7
9,7
0,3 Turquie
Iran 2,9 2,9 Corée
0,1 0,2 Chine
0,8 0,5 0,3
3,3 Algérie 0,9
2,8 Arabie
1,8 0,7 0,1 1,7
Saoudite Inde
Egypte 1,5 0,7
1,5 0,8
1,2 0,2 0,5 0,1
0,1 0,5
Pakistan Malaisie Indonésie
Mexique 0,2
0,1 0,2 0,2

Brésil 0,3 Bangladesh 2,1


1,0
0,9 1,5
0,3
2,6 0,2 0,6
0,6
0,5
0,5 Afrique du Sud Bœuf, veau
1,8 Australie
Volaille
0,2
Uruguay Porcs
0,3 0,6 0,5
Chili Millions de tonnes, moyenne 2010–2012, Ovins, caprins
0,1 0,2
données estimées pour 2012
Argentine Nouvelle Zélande

viande coûte un dollar de moins par kilo que la Si les pays développés restent dominants, la
viande bovine. Les éleveurs de bétail brésiliens, croissance dépend désormais des pays en dévelop-
confrontés à la cherté des aliments pour animaux, pement. Seul un dixième de la viande mondiale
se tournent vers la culture du soja. fait partie du commerce international, car les pays
Les Africains consomment aussi plus de exportateurs doivent répondre aux exigences de
viande, même si l’offre et la demande ne bougent qualité des pays importateurs. Ceux-ci craignent
pas autant que dans d’autres parties du monde. les maladies comme celle de la vache folle, la
Un Africain moyen ne mange que 20 kg de viande fièvre aphteuse et la grippe aviaire. L’interruption
par an – bien en dessous de la moyenne mondiale. temporaire du marché de la volaille en Asie et
Les importations de viande de volaille bon mar- l’effondrement des exportations de viande bovine
ché sont en hausse, au détriment bien souvent des britannique montrent que le commerce interna-
producteurs locaux. tional peut disparaître d’un jour à l’autre.

Envolée de la production de volaille Une perspective stable – si la spéculation est limitée

Production de viande, tendances et prévisions, Prix réels de la viande, tendances et prévisions,


OCDE/FAO
OCDE/FAO

millions de tonnes dollars par tonne


Bœuf, veau Volaille Bœuf, veau Volaille
140 Porcs Ovins, caprins 5.000 Porcs Ovins, caprins
120
4.000
100
80 3.000

60 2.000
40
1.000
20
0 0
1995 1999 2003 2007 2011 2015 2019 2021 1991 1996 2001 2006 2011 2016 2021

L’ATLAS DE LA VIANDE 11
CONCENTRATION : DES ÉCONOMIES
D’ÉCHELLE AVEC MOINS DE DIVERSITÉ
Les impératifs économiques sont à l’origine du renforcement de la concentration
de l’industrie mondiale de la viande. À savoir davantage d’efficacité dans
la production, mais aussi la concentration du pouvoir du marché dans les mains
de quelques-uns, au grand détriment des petits exploitants.

E
n septembre 2013, la holding Shuanghui In- mentation, comme Unilever, Cargill et Danone.
ternational Ltd – principal actionnaire de la Les chiffres qui suivent donnent une idée de l’am-
plus grande firme agroalimentaire de Chine pleur de JBS sur le terrain des abattoirs : ses capa-
– a acheté la firme Smithfield Foods basée aux cités mondiales lui permettent d’abattre 85  000
États-Unis, le plus grand producteur de porc au têtes de bétail, 70 000 porcs et 12 millions de vo-
monde, pour un montant de 7,1 milliards de dol- laille quotidiennement. Dès le désossage effectué,
lars. Cette vente illustre un nouveau type de fusion la viande est distribuée dans 150 pays.
au-delà les frontières. Le sens de l’investissement Les marges bénéficiaires dans le secteur de la
est en train d’évoluer : aujourd’hui, il se dirige glo- viande étant étroites, les compagnies recherchent
balement du Sud vers le Nord. C’est un reflet des désespérément des économies d’échelle. À savoir
Marges étroites : changements liés à la croissance économique, une production plus efficace à moindre coût. C’est
l’industrie s’expose à la demande des consommateurs, aux compé- la raison pour laquelle le secteur se concentre
à la volatilité des tences en gestion et à la confiance des entre- de deux manières. À travers des fusions et des
prix et aux tensions prises lors de ces deux dernières décennies. acquisitions, les compagnies s’agrandissent – une
À la fin des années 2000, JBS SA, une compa- expansion par dela les frontières et les espèces
commerciales
gnie de viande bovine basée au Brésil, occupait animales.
le devant de la scène avec l’acquisition d’entre- La production de viande s’intensifie aussi de fa-
prises de production de viande et de volaille aux çon à pouvoir parquer plus d’animaux et les « trai-
États-Unis, en Australie et en Europe, ainsi qu’au ter » plus rapidement et avec moins de déchets. En
Brésil. JBS est aujourd’hui le plus grand produc- se basant sur des résultats récents, quelques ana-
teur mondial de viande bovine. Il est aussi, depuis lystes financiers soulignent toutefois qu’en raison
l’acquisition de Seara Brasil en 2013, une unité de procédés et cultures différents qui posent des
de la société rivale Marfrig Alimentos SA, le plus défis aux nouveaux arrivants, la stratégie multi-
grand producteur de poulets de la planète. JBS espèces de l’industrie de la viande présente un
fait partie des dix premières compagnies interna- risque inhérent qui pourrait se retourner contre
tionales d’alimentation et de boisson au monde, elle. En d’autres termes, le savoir-faire dans les
avec des ventes de produits alimentaires s’éle- domaines de l’élevage, de l’abattage, de la trans-
vant, en 2012, à 38,7 milliards de dollars, plus que formation et du transport de bétail ne se traduit
ceux des principaux acteurs mondiaux de l’ali- pas aisément en opérations de gestion de volaille.

Prix mondiaux comparés de la viande Prix mondiaux comparés des denrées alimentaires

Indices, 2002 – 4 = 100 Indices, 2002–4 = 100


FAO

FAO

Bœuf, veau Porcs


Volaille Ovins, caprins
220 220

190 190

160 160
Viande
130 130 Produits laitiers
Aliments
100 100

70 70
2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013 2006 2008 2009 2010 2011 2012 2013

12 L’ATLAS DE LA VIANDE
Les dix premiers acteurs de l’industrie de la viande au niveau international

Classement des sociétés par montant total de ventes de nourriture (2011-13),

Leatherhead/ETC
en milliards de dollars
7
3 Smithfield Foods.
Fondée en 1936 ; chiffre d’affaires 9
Cargill. Entreprise
en 2012 : 13,1 milliards de dollars. Plus
familiale fondée en 1865. Danish Crown AmbA.
33 grand producteur et transformateur
Chiffre d’affaires en 2013 : 32,5 Fondée en 1998 après plusieurs
de porc des USA. Vendu à la
milliards de dollars. Une part de fusions. Chiffre d’affaires en 2012 :
holding chinoise Shuanghui, avec un
22 % dans le marché de 10,3 milliards de dollars. Principales
chiffre d’affaires en 2013
33 la viande aux USA, le plus de 6,2 milliards 13 10 Danish Crown AmbA
filiales aux USA, en Pologne et en
grand exportateur en Suède. Le plus grand producteur
de dollars.
Argentine. Vion européen de viande et le plus
9 grand exportateur mondial
Cargill 13 5
de porc. 13
5
Smithfield Foods Nippon Meat Packers
3 Vion. Fondée en 2003
après plusieurs fusions. Chiffre
Tyson Foods 7 6
d’affaires en 2011 : 13,2 milliards
8 Hormel Foods de dollars. Le transformateur
2 39 le plus important en Europe,
10 croissance rapide (1 milliard
de dollars en 2002).

2
TysonFood. 6
Fondée en 1935 ; chiffre Nippon Meat Packers.
d’affaires en 2012 : 33,3 milliards 1 Fondée en 1949 ; chiffre
de dollars. Le plus grand d’affaires en 2013 : 12,8 milliards
15 JBS JBS. Fondée en 1953 ; chiffre
producteur mondial de viande de dollars. Plus connu sous le
d’affaires : 38,7 milliards de dollars.
et deuxième transformateur de nom de Nippon Ham. Opère
BRF La société la plus importante au
volaille, bœuf et porc. dans 59 régions dans 12 pays,
monde de transformation d’aliments,
13 1 principalement en Asie et
leader en capacité d’abattage.
10 4 en Australie.
Marfrig A racheté récemment le secteur
Hormel Foods. bovin de Smithfield Foods et les
Fondée en 1891 ; chiffre d’affaires unités de volaille et de
8 4
en 2012 : 8,2 milliards de dollars. porc de Malfrig.
BRF. Fondée en 2009 8
40 installations de fabrication et
de distribution. Propriétaire de comme Brasil Foods, après la Marfrig. Fondée en 2000 à
« Spam », un produit de viande fusion de Sadia avec Perdigão. la suite de plusieurs fusions.
précuite ; se concentre sur la Chiffre d’affaires : 14,9 milliards de Chiffre d’affaires en 2012 :
nourriture ethnique. dollars (2012), 60 installations 12,8 milliards de dollars. Le plus
au Brésil, présente gros producteur bovin mondial.
dans 110 pays. A vendu ses secteurs de volaille et
de porcs à JBS en 2013.

L’instabilité des prix des céréales fourra- les choix des consommateurs. La concentration,
gères s’ajoute au risque financier du secteur de à travers les économies d’échelle, offre un plus
la viande exposé aux manipulations des marchés grand potentiel de profit aux actionnaires et aux
spéculatifs. Ajoutons à cela le rôle joué par les financiers  ; pour d’autres parties prenantes, en
biocarburants sur les prix du soja et du maïs, et revanche, elle augmente les risques pour la santé
la volatilité du prix des engrais. Goldman Sachs, humaine, pour la sécurité alimentaire, le bien-
banque d’inves­tissement et géant du commerce être de l’animal, l’environnement, la sécurité de
de matières premières, était omniprésent dans l’eau, la main-d’œuvre et l’innovation.
La possibilité
l’opération de Shuanghui-Smithfield. La banque, La logistique des grandes unités de produc-
recrutée pour conseiller Smithfield sur les possibi- tion est de nos jours gérable, cependant plus d’avoir des prix
lités de vente, détient 5 % de Shuanghui. On estime le système est grand, plus il est vulnérable. plus bas augmente
que Goldman Sachs aurait, en 2012, engrangé Les agents pathogènes se propagent plus vite les risques pour la
1,25 milliard de dollars grâce au commerce de et plus facilement d’un animal à l’autre, que société
matières premières. ce soit dans le parc d’engraissement ou lors du
Pourquoi la taille est-elle importante  ? Les transport. Il en est de même à l’abattoir avec l’ac-
implications de la concentration de l’industrie célération du processus de traitement. En outre,
de la viande à deux niveaux – consolidation des en cas de catastrophe, comme une inondation, le
entreprises et intensification de la production de système ne sera pas en mesure de maintenir sa ca-
viande – sont de grande envergure. Il est pratique- pacité. La demande des consommateurs tendant à
ment impossible pour cette industrie de coexister baisser, les entreprises dont la marge de sécurité
avec les petits producteurs. Ces structures mul- est faible risquent de s’effondrer. En conséquence,
tinationales non seulement anéantissent une le rôle des compagnies d’assurance en mesure
source essentielle de revenu pour les pauvres du d’évaluer les risques pour la clientèle devient im-
monde, ils restreignent également radicalement portant dans l’industrie moderne de la viande.

L’ATLAS DE LA VIANDE 13
LA FABRICATION DE PRODUITS
CARNÉS : L’INDUSTRIE DE L’ABATTAGE
Pour obtenir un steak de bœuf, celui-ci doit mourir. L’abattage est aujourd’hui très
industrialisé, un travail dur exécuté dans de mauvaises conditions. L’industrie
s’est installée hors des villes, à l’abri des regards. Les groupes de défense des droits
des animaux mettent en cause l’éthique de l’industrie de l’abattage.

L
a ville de Chicago était, au début du 20ème Dans les pays plus pauvres, l’introduction
siècle, le berceau de l’industrie de l’abattage. d’abattoirs publics ou privés est la première étape
Avec l’utilisation de lignes de production sur d’un traitement plus hygiénique des animaux.
rails, tuer une vache, l’éviscérer et la découper ne Les usines à bon rendement, qui sont la norme
prenait que 15 minutes. Jusqu’à 12 millions d’ani- dans les pays industrialisés, se multiplient dans
maux étaient abattus chaque année. L’efficacité les pays émergents. Les scandales alimentaires
de ce système était telle qu’Henry Ford l’adopta périodiques liés à ces installations imposent des
pour le montage de ses voitures. mesures d’hygiène plus strictes et coûteuses.
L’industrialisation a centralisé ce proces- La bataille pour obtenir les prix les plus bas pos-
sus d’abattage dans le monde entier. Plusieurs sibles se fait aux dépens des travailleurs. Les abat-
conglomérats dominants ont émergé aux États- toirs emploient des millions de personnes dans le
Unis durant la Grande Dépression des années monde entier  ; personne n’en connaît le chiffre
Les travailleurs trente, suivie d’une longue période de déconso- exact. Leur travail est considéré comme «  sale  ».
lidation. À partir de la déréglementation et du Leur reconnaissance sociale est faible et ils sont
en abattoirs boom du marché financier des années 1970, le mis à l’écart, surtout dans les pays occidentaux in-
sont peu reconnus secteur s’est à nouveau rapidement concen- dustrialisés. Bas salaires et mauvaises conditions
et leurs salaires tré. Le nombre d’abattoirs aux États-Unis est de travail sont la règle plutôt que l’exception. Un
très bas passé, entre 1967 et 2010, d’environ 10  000 à travail monotone à haut risque exécuté à grande
moins de 3 000. vitesse, le risque d’accident avec les équipements
Aujourd’hui, dix sociétés d’abattage traitent et des produits chimiques, le dos et les membres
88  % du nombre total de porcs. La capacité glo- surmenés, rendent toute cette structure extrême-
bale de ces entreprises est difficile à imaginer : la ment stressante. D’autres facteurs interviennent
société américaine Tyson Foods, deuxième après aussi, comme la chaleur ou le froid, la constance
la brésilienne JBS, abat 42 millions de poulets, du bruit, le risque de maladies infectieuses.
170 000 bovins et 350 000 porcs – chaque semaine. La manipulation et l’abattage des animaux
Ces animaux proviennent des unités d’élevage de rajoutent du stress aux travailleurs. Beaucoup
l’entreprise, sont traités dans ses propres usines de travailleurs assurent que pour accomplir leur
et vendus le plus souvent sous sa propre marque. travail, ils doivent être particulièrement « durs ».
Le seul objectif de cette stratégie est la réalisation L’industrialisation a également introduit un pro-
maximale de profits dans les maillons de la chaîne cessus de déqualification et de mécanisation. Les
« du champ à la fourchette  ». L’abattoir traite aussi migrants vers l’Amérique du Nord originaires du
les animaux d’autres entreprises. Mexique, et ceux de l’Est vers l’Europe de l’Ouest

Abattoirs et concentration du marché aux USA

Nombre d’abattoirs Part de marché de 4 entreprises d’abattage de bovins et porcs.


Denny

12.000 80
70
10.000
60
8.000
50
6.000 40
Bovins
30
4.000 Porcs
20
2.000
10
0 0
1967 1977 1987 1997 2007 1965 1975 1985 1995 2005

14 L’ATLAS DE LA VIANDE
Nombre d’animaux abattus dans le monde

Données officielles et estimations, 2011, par têtes

517 58 110
1 383 000 000
000 000
296
000 000
24 000 000 000 000
430 654
000 000

2 817
Buffles Poulets 000 000
Bovins Canards
Caprins Dindes
Ovins Oies et
Porcs pintades

000 000
Abattage par pays, 4 plus importants, 2011, par têtes

649
35 108 100 8 954 959 000
46 193 000
USA Bovins et USA 11 080 000 000
Chine
buffles Chine
21 490 000
Inde 5 370 102 000
Volaille 2 049 445 000 000 000
39 100 000 Indonésie
Brésil
Brésil

59 735 680 273 080 000


110 956 304 Allemagne 661 702 976 84 110 000 Chine
USA Chine Inde
38 600 000
44 270 000 28 980 000
Porcs Ovins et Nigeria
Vietnam Bangladesh
caprins

FAOSTAT
travaillent dans des abattoirs pour des périodes Enfin, le traitement des animaux dans les
très courtes, et restent absolument sans défense abattoirs est l’objet de critiques sur deux fronts.
face aux exigences des entreprises. Les syndicats Le mouvement de protection du bien-être des
de l’industrie de la viande étaient encore très in- animaux proteste contre les fréquentes violations
fluents dans les années 1960 ; les contraintes sont des règlements et la cruauté subie par les bêtes,
plus fortes ces deux dernières décennies. comme la longueur des transports, les anesthésies
Dans la plupart des pays industrialisés, les inappropriées, ou les coups donnés lors de leur
abattoirs ont été déplacés des villes en périphérie entrée dans l’abattoir.
Le mouvement des droits des animaux,
Nous avons
rurale, afin d’épargner aux yeux et aux oreilles
des consommateurs la cruauté de l’abattage, les d’un autre côté, critique par principe l’abat- rompu le lien entre
images de sang et les hurlements d’animaux. Le tage massif des bêtes : il proclame que la pro- les animaux vivants
reflet d’une norme sociale moderne  : bannir la duction de viande est toujours associée à une et les produits
violence de la vue du public. Rendre l’abattage et violence à l’encontre les animaux. Les militants présentés
la boucherie invisibles à la majorité. Le lien entre des droits des animaux ne veulent pas réformer
la viande et l’animal vivant transporté vers la ville l’abattage, ils veulent l’abolir complètement. Se-
pour mourir dans l’abattoir a été rompu. Ce que la lon eux, l’industrie de la viande ne considère les
plupart des consommateurs voient aujourd’hui animaux que comme des produits, tandis que la
n’est qu’un produit carné emballé sous vide dans société devrait reconnaître leur individualité et
l’étalage d’un supermarché. leur capacité de souffrance.

L’ATLAS DE LA VIANDE 15
ROUGE ÉCARLATE DANS LES FRIGOS
Adieu au boucher du quartier et bienvenue aux chaînes de supermarché.
Aujourd’hui, la grande distribution envahit les pays en développement. Les
exigences des classes moyennes émergentes fixent l’ordre du jour.

S
ouvenez-vous de ces bouchers qui, pour Un processus bien préparé. La première vague a
leur clients, découpaient des côtes de bœuf débuté en Amérique du Sud, chez les tigres asia-
ou de porc dans une arrière-salle carrelée, tiques comme la Corée du Sud et Taiwan, et en
et vendaient rôtis et saucisses sur un comptoir de Afrique du Sud au début des années 1990. La part
marbre dans une pièce à l’avant. Dans l’ensemble de marché de ces supermarchés est passée, entre
du monde développé, ils font partie de l’histoire. 1990 et 2005, de 10 à 50-60 %. La deuxième vague,
Aujourd’hui, la viande, pré-refroidie à 0-4°C, est li- de la moitié à la fin des années 1990, s’est concen-
vrée aux supermarchés par le grossiste ou directe- trée sur l’Amérique centrale et l’Asie du Sud-est. En
ment par l’abattoir. Le personnel du supermarché 2005, la part des supermarchés s’élevait à 30-50 %.
«  Déserts n’a plus qu’à disposer les produits dans les com- Commencée en 2000, la troisième vague a balayé
partiments réfrigérés, et les clients choisissent la Chine et l’Inde, ainsi que de grands retardataires
alimentaires » : eux-mêmes les articles préemballés dans les comme le Vietnam. Dans ces pays, les ventes des
où plats préparés rayonnages. Pour qu’ils gardent leur appa- supermarchés sont passées, en quelques années
et fast-foods rence de fraîcheur plusieurs jours, les articles seulement, de 30 à 50 % par an.
font la loi en libre-service, côtelettes de porc et poitrines L’augmentation du pouvoir d’achat des classes
de poulets sont emballés sous vide dans un envi- moyennes n’est pas la seule raison de ce chan-
ronnement le plus possible préservé des germes. gement gigantesque qui est aussi lié à des chan-
L’emballage est ensuite rempli d’un gaz riche en gements plus fondamentaux dans la société. Au
oxygène qui donne au bœuf et au porc une couleur Pakistan, par exemple, les villes se développent si
rouge qui suggère la fraîcheur – même si ceux-ci rapidement que les systèmes traditionnels d’ap-
sont déjà entreposés depuis plusieurs jours. provisionnement de viande et produits laitiers
Il y a seulement 10 ou 20 ans, la viande, dans de ne sont pas capables de répondre à la demande.
nombreuses régions du monde, était un luxe. Au- La ville de Lahore gagne 300  000 habitants par
jourd’hui, elle fait partie de l’alimentation quoti- an. La pénurie des produits et leur mauvaise qua-
dienne d’un nombre croissant de personnes dans lité en sont la conséquence. Facteurs qui, selon le
les pays émergents. Les chaînes de supermarchés quotidien pakistanais Tribune Express, poussent
comme Walmart aux États-Unis, Carrefour en les classes moyennes dans les supermarchés. Les
France, Tesco au Royaume-Uni et Métro en Alle- femmes qui travaillent et qui s’occupent encore
magne sont en train de conquérir le monde. Leur de la cuisine pour leurs familles, n’ont pas le temps
expansion a suscité d’énormes investissements d’aller de boutique en boutique pour vérifier la
de la part des chaînes de supermarchés locales. qualité de la viande ou marchander les prix.

Ralentissement en Chine Mode d’expansion en Inde

Évolution annuelle en pourcentage du développement des magasins, 2010–14, Chaînes et magasins d’alimentation au détail, et
Business Standard
Euromonitor

et des parts de marché, 2012 prévisions de croissance


12
Existants, 2012/13
11 6,5
Prévus, 2013/14
10

9 2,3
84,1 1,5 + 125 + 250
8 0,6
7 0,4 602
0,3
6 4,3 500
5

4
+38–50
Indépendants
3
Yum!* Hua Lai Shi 166
Chaînes
2 McDonald’s Shigemitsu
1 Ting Hsin Kungfu Domino’s McDonald’s Yum!*
0 Autres chaînes fast-food
2010 2011 2012 2013 2014 Indépendants en fast food *Kentucky Fried Chicken, Pizza Hut, Taco Bell
(estimation)

16 L’ATLAS DE LA VIANDE
Dans les villes qui concentrent des milliers La croissance des réfrigérateurs de supermarchés
de clients potentiels, investir localement dans
des magasins spacieux en vaut la peine. Dans les Valeur au détail, 2012/13, en millions de dollars pour chaque type de produits, par pays

Euromonitor
lieux où le taux de mobilité est élevé, les banlieues
américaines par exemple, les pauvres n’ont pas 600 + 150–299 Croissance zéro
accès à des épiceries de proximité proposant des 300–599 0,1–149 Croissance négative
produits frais. La seule alimentation disponible
sont les plats cuisinés proposés par les chaînes de
fast-food. Les chercheurs appellent ces zones des CA UK
« déserts alimentaires ». CN
FR DE
La vente de produits standardisés simplifie la US
publicité et donne aux chaînes de supermarchés Produits carnés en conserve
un pouvoir important sur le marché, qui leur
permet d’imposer leurs prix aux fournisseurs. En
même temps, les chaînes de supermarchés entrent
en compétition les unes avec les autres. Ce qui en-
traîne une baisse des prix et relègue les produits RU
locaux dans des créneaux particuliers. Incapables FR
US TR IR
de gérer les volumes nécessaires pour justifier CN
des chambres froides appropriées ou garantir le Viande transformée réfrigérée
refroidissement permanent de la viande, des œufs
et du lait, des millions de petits détaillants ont dis- AR
paru avec l’ouverture des marchés mondiaux.
Les guerres des prix et le dumping provoquent
RU
périodiquement des scandales sur la viande ven-
UK DE UA
due après les dates limites, produite avec des hor-
US IR
mones, ou mal étiquetée. La transformation des FR
TR
produits par les chaînes d’approvisionnement MX VE SA Fromage
NG
mondiales est particulièrement complexe. De la BR
viande d’âne, de buffle d’Asie et de chèvre est ven-
due en guise de viande de boeuf en Afrique du Sud AR
et, en Europe, de la viande de cheval est distribuée
sous l’appellation «  viande bovine. La viande éti- RU
DE
quetée viande de buffle en Inde provient en réalité US
IR CN
de l’abattage illégal de bovins. FR
IN
En Chine, la demande de viande en supermar- Boissons laitières MX VE NG
ID
chés est en hausse et représente aujourd’hui 10 %
des ventes totales de viande. Ces produits consi- BR ZA
AR
AU
dérés comme « occidentaux » sont de plus en plus
populaires. Ils sont bon marché et associés à la fraî-
RU
cheur, l’hygiène et au confort. Ainsi des chaînes de
UK DE
restauration rapide tels McDonald’s et Kentucky US CN
Fried Chicken (KFC) ouvrent chaque jour de nou- FR
TR IR
velles succursales : McDonald’s possède près de 1 Volaille transformée congelée
700 restaurants et KFC, le leader du marché, an-
nonce l’ouverture de son 4 500ème point de vente.
Les engagements pris par ces chaînes, assu-
rant la certification et le contrôle constant de
RU
leurs fournisseurs, sont bien connus des clients. UK
Il n’empêche que l’appétit des consommateurs FR
US
IR
a été coupé à plusieurs reprises par les scandales
liés à la nourriture. KFC a dû faire face, fin 2012 et Plats cuisinés (avec ou sans viande) DZ
début 2013, à deux cas différents de contamina-
BR
tion de viande de volaille par des antibiotiques,
provoquant une chute de 10  % du volume d’af-
faires. Les ventes de McDonalds ont également
diminué. Et toutes les grandes chaînes ont été tou- AR Argentine DE Allemagne IR Iran
AU Australie DZ Algérie MX Mexique
chées en 2014 par le scandale Husi Food (falsifica-
BR Brésil FR France NG Nigéria TR Turquie US États-Unis
tion d’étiquettes et commercialisation de viandes CA Canada ID Indonésie RU Russie UA Ukraine VE Venezuela
périmées). Les détaillants doivent craindre les CN Chine IN Inde SA Arabie saoudite UK Royaume-Uni ZA Afrique du Sud

consommateurs – même en Chine.

L’ATLAS DE LA VIANDE 17
LIBRE ÉCHANGE VS ALIMENTS SAINS
En cours de négociation, le partenariat transatlantique de commerce et
d’investissement (TTIP) entre les États-Unis et l’Union européenne
peut menacer les lois existantes relatives à la protection des consommateurs  ;
et ce des deux côtés de l’Atlantique.

L
a libéralisation du marché devrait théorique- décisions sur des bases « scientifiques solides » et
ment augmenter l’activité économique, per- sur des analyses coûts-bénéfices.
mettre la création d’emplois et la croissance En 2013, malgré la différence entre leurs ré-
économique pour tous. La réalité peut toutefois se gimes de sécurité alimentaire et les préférences
révéler tout à fait différente. Les accords de libre- des consommateurs, l’Union européenne et les
échange ne concernent plus uniquement les quo- États-Unis ont entamé des négociations sur un
tas et droits de douane. Ils peuvent considérable- partenariat transatlantique de commerce et
Une poignée
ment affecter la capacité des gouvernements à d’investissement (TTIP). Destiné à renforcer leurs
de fonctionnaires fixer des normes pour la production de viande conjonctures défavorables, cet accord bilatéral
négocie à huis et à réglementer l’industrie mondiale de la de libre échange pourrait se révéler le plus impor-
clos le futur du viande – du bien-être de l’animal aux questions tant de l’histoire. Les États-Unis sont le plus grand
commerce de santé, de l’étiquetage à la protection de l’en- marché d’exportation agricole de l’UE et celle-ci
vironnement en passant par les droits juridiques est le 5ème plus grand partenaire commercial des
des entreprises de l’industrie. États-Unis pour les produits agricoles. Des deux
La sécurité alimentaire est souvent appro- côtés de l’Atlantique, de puissants lobbies des in-
chée différemment d’un pays à l’autre. Les règles dustries agricoles, alimentaires et agrochimiques,
de sécurité pour l’alimentation et les produits font tout pour imposer un accord qui éliminerait
chimiques de l’Union européenne se basent sur le les obstacles au commerce dans le secteur agroali-
« principe de précaution ». Cette pierre angulaire mentaire, y compris celui de la viande.
permet à l’UE de restreindre provisoirement les Un accord de cette sorte entraînerait des chan-
importations qui pourraient comporter un risque gements drastiques quant aux normes sur l’usage
pour l’être humain ou l’environnement dans des des antibiotiques dans la production de viande,
domaines où la science ne s’est pas encore expri- sur les organismes génétiquement modifiés, sur
mée. Les États-Unis déclarent qu’ils fondent leurs le bien-être de l’animal, et d’autres questions.

Les gagnants et perdants des négociations commerciales transatlantiques

Pourcentage des gains et pertes prévus dans le revenu réel par habitant, en raison de la concurrence accrue sur les principaux marchés.

IFO
Cas où les barrières tarifaires et non tarifaires sont supprimées, et cas où d’autres régimes commerciaux restent inchangés.

7,3
Suède 6,2
9,7 Finlande
Canada 6,9
UK
-9,5 Irlande
2,6
13,4 France
USA 6,6
Espagne

Mexique
-7,2

-9,5–-6,1
-6,0–-3,1
-3,0–0,0
0,1–3,0 Australie
3,1–6,0 -7,4
6,1–13,4
Sans données

18 L’ATLAS DE LA VIANDE
Pour développer le commerce entre les États-Unis Le commerce de la viande entre les USA et l’UE
et l’UE, «  une cohérence des cadres réglemen-
taires  » est à priori prometteuse. Les questions Importations et exportations, en millions de dollars

USDA ERS
restent toutefois complexes. Des deux côtés de
2010 2011 2012
l’Atlantique, les consommateurs doivent se pré-
occuper de la capacité du TTIP à faire avorter les
tentatives de renforcement de la sécurité alimen- 946 1,154 988
taire et le bien-être des animaux dans l’industrie
Marché total
de la viande. Celle-ci cherchera, des deux côtés, à
de la viande
ce que les normes fixées soient les plus basses afin
d’élargir ses marchés.
Durant des années, les États-Unis ont tenté de 1.652 2.031 2.154
contrer les restrictions de l’UE sur les organismes
génétiquement modifiés et sur l’usage controver- USA UE
sé d’additifs dans la nourriture et les fourrages. Ce
qui est le cas de la ractopamine, additif alimen- Bœuf, veau 136 231 223
taire utilisé aux États-Unis pour augmenter la
production de viande maigre porcine et bovine. 298 326 355 Porc
L’utilisation de ce produit est interdite dans 160
pays, y compris dans l’Union européenne. L’im- Volaille, œufs 219 218 199
portation de viande d’animaux traités à la racto-
pamine est actuellement interdite par l’UE. Pour
les multinationales, le TTIP est aussi l’opportu- 741 868 845 Fromage
nité de contourner l’opposition des citoyens euro-
péens aux aliments transgéniques, dont un grand
nombre sont interdits dans l’UE.
Le gouvernement américain et les entreprises
alimentaires contestent ces règles, qui, à leurs gouvernements que le TTIP, au lieu de conduire à
yeux, sont des « obstacles techniques » déloyaux au une baisse drastique des normes, soit au contraire
commerce. La crainte aujourd’hui est qu’au travers l’occasion de les renforcer et de réglementer ri-
de négociations à huis clos et non transparentes, goureusement l’industrie de la viande. Dans le cas
l’UE se serve du TTIP pour justifier l’abaissement contraire, il leur faudrait interrompre les négo-
des normes sur l’usage d’organismes génétique- ciations ; ou sinon abandonner complètement les
ment modifiés. De son côté, l’UE vise l’annulation pourparlers.
de l’embargo américain sur les importations de
viande bovine européenne. Les États-Unis inter-
disent l’utilisation ou l’importation d’ingrédients Le commerce de grains, huiles et aliments du bétail entre les USA et l’UE
pour l’alimentation animale, connus pour trans-
mettre l’encéphalopathie spongiforme bovine Importations et exportations, en millions de dollars

USDA ERS
(ESB, ou « maladie de la vache folle »). 2010 2011 2012
Les mesures de sécurité alimentaire pour-
raient, en outre, être contestées en vertu du Grain (maïs) 43 239 18
mécanisme «  de règlement des différends entre
investisseurs et États  ». Présente dans de nom- Sorgho 38 239 1
breux accords commerciaux, cette clause auto-
rise les entreprises à poursuivre les gouverne- Aliments et
ments et à réclamer des indemnisations du fait 320 492 265
fourrage
de règlements qui affectent leurs bénéfices. Les
entreprises agroalimentaires font pression pour USA UE
qu’à travers ce mécanisme prévu dans le TTIP,
les normes de sécurité alimentaire deviennent Graines
2.072 1.632 2.676
oléagineuses
«  pleinement exécutoires  ». Ce mécanisme, oc-
troyant aux investisseurs internationaux le droit Soja 1.108 795 1.481
juridique à «  des conditions d’investissement
stables  », rend d’éventuelles modifications de la Aliments et
217 270 265
loi sur la santé environnementale ou animale fourrage
beaucoup plus difficiles.
Il en serait de même concernant les questions Graines
872 928 1.016 oléagineuses
relatives aux influences négatives de la produc-
tion animale industrielle sur l’environnement, la 847 897 976 Huile d’olive
société et la santé. Les consommateurs et activistes
Américains et Européens devraient exiger des

L’ATLAS DE LA VIANDE 19
LES COÛTS CACHÉS DU STEAK
Le prix mentionné sur l’étiquette d’un paquet de viande ne reflète pas le coût réel de
sa production. Si les coûts cachés pour l’environnement et le contribuable
étaient inclus, les coûts de l’élevage de bétail seraient probablement en perte nette.

E
nviron 1,3 milliard de personnes dans le à calculer. Des économistes et des comptables
monde vivent de l’élevage – la plupart ont développé, sur les trois dernières décennies,
d’entre eux dans les pays en développement. leur propre «  comptabilité environnementale et
La majorité fait paître leurs animaux sur les terres économique  » capable d’estimer financièrement
autour du village, certains se déplacent avec leurs les dommages causés à la nature. Elle englobe
troupeaux d’un endroit à l’autre, d’autres gardent des coûts de l’élevage industriel qui ne figurent
quelques poulets, bovins ou porcs à proximité de pas dans le bilan de l’entreprise, comme l’argent
leurs maisons. Dans le monde développé et dans économisé par le parcage des animaux dans des
des économies à croissance rapide, le nombre de conditions épouvantables. Les coûts encourus par
bergers de bétail diminue. Le secteur de l’élevage la nature sont liés à la surfertilisation causée par
Les dommages s’industrialise et les sociétés de production de l’épandage de fumier et de lisier sur les terres, et
causés à la nature viande sont en pleine expansion. par l’usage d’engrais pour la culture du maïs four-
sont financièrement Les profits réalisés par ces sociétés ne sont rager et autres produits.
difficiles à pas que le résultat de leurs propres efforts. Ils Les coûts d’une baisse de qualité de l’eau d’un
se sont également développés par le fait que les puits, en raison de sa haute teneur en nitrates,
évaluer
entreprises ne s’acquittent pas des coûts liés aux sont difficiles à évaluer : on ne les prend souvent
dommages causés à l’environnement par l’agri- en compte que lorsqu’on doit boucher le puits
culture industrielle et ceux de l’usage des four- et ramener l’eau potable d’un autre endroit.
rages. Elles reçoivent, en outre, des subventions D’autres externalités – coûts qui ne figurent pas
de l’État. Leur répartition est la plupart du temps dans le prix de consommation – surviennent
conforme à la devise suivante  : plus grande est quand, en raison d’une surfertilisation, le sol ne
l’entreprise, plus importante est la subvention. Il filtre plus l’eau de pluie ; quand, en raison d’une
n’existe aucune comptabilité économique et éco- baisse de la biodiversité, l’érosion s’étend, ou
logique consolidée, mais on peut cependant en quand la prolifération d’algues tue les poissons et
discerner les grandes lignes. L’achat d’un produit dissuade les touristes.
animal implique trois prix : un payé par le consom- Toutefois, la majorité des dommages les plus
mateur, un autre par le contribuable et le dernier vastes se produisent loin de leur cause. Les com-
par la nature. Pour juger la valeur de l’article, le posés d’azote comme l’ammoniaque, relâchés
consommateur ne perçoit que le premier prix. dans l’atmosphère par l’élevage intensif, contri-
Les coûts supportés par l’environnement buent nettement au changement climatique.
sont sans doute les plus importants et difficiles Selon l’Evaluation européenne pour l’azote de

Différentes régions, différents niveaux de soutien

Pourcentage des recettes agricoles


OCDE

brutes du gouvernement
pour le bétail, par région,
24,3
classification de l’OCDE,
2010–12

12,5 Commonwealth
d’États indépendants
4,8 Europe

14,4
Amérique du nord
Asie

2,61

Hémisphère sud

20 L’ATLAS DE LA VIANDE
Subventions directes aux produits carnés et fourrages

Pays industrialisés (membres de l’OCDE), estimations pour 2012, en milliards de dollars

OECD
Œufs

1,5 Lait

7,3 15,3
18,0
Viande de porc

Volaille
1,1

Bœuf et veau 2,3


6,5 Ovins

Soja

2011, ces dommages s’élevaient autour de 70 à Peu de pays pauvres sont capables d’octroyer
320 milliards de dollars en Europe. La conclusion de telles subventions à leurs agriculteurs. Ils ont
des auteurs de cette étude était que cette somme plutôt tendance à les soutenir par des lois auto-
pourrait excéder tous les bénéfices réalisés dans risant l’exploitation des personnes et celle de Les pays
le secteur agricole du continent. Si elle était prise l’environnement. Ces gouvernements auto-
en compte, l’ensemble du secteur serait en déficit. risent des conditions de travail proches de l’es-
pauvres aident
En Chine, les coûts immédiats annuels de surferti- clavage pour un maigre salaire  ; ils louent à l’industrie via des lois
lisation sont estimés à 4,5 milliards de dollars. Le des taux insignifiants des terres publiques aux et des contrôles
fumier et les matières fécales, remplacés en qua- producteurs de grande taille et ne parviennent laxistes
lité de fertilisant par l’azote synthétique, doivent pas à lutter contre les déforestations exclusi-
maintenant être évacués – dans les rivières, des vement autorisées afin que les propriétaires de
décharges, ou transportés par camion là où ils ranch se les approprient.
peuvent être utilisés.
L’autre grande inconnue du prix réel de la
viande sont les subventions financées par des fonds Revenus des agriculteurs issus de l’argent public
publics. Un paquet de subventions est constitué de
différents composants. L’Union européenne offre Pays industrialisés (membres de l’OCDE), pourcentage des recettes agricoles brutes,
OCDE

des subventions aux cultures fourragères et prend par produit animal


en charge jusqu’à 40  % du coût d’investissement
1995–97
dans des nouveaux bâtiments pour animaux. Un 50
2010–12
fonds de crise, mis en place en 2013, existe pour
soutenir les fermes industrielles, et l’exportation 40
de viande et de lait en poudre, par exemple.
Les contribuables nationaux supportent des
30
charges supplémentaires. Les coûts des infrastruc-
tures de transport, comme les ports nécessaires
à la gestion des échanges de nourriture. Le taux 20

de TVA de la viande, dans de nombreux pays, est


réduit. Les bas salaires dans les abattoirs contri- 10
buent à la production d’une viande bon marché.
D’un point de vue politique, on pourrait les consi-
0
dérer comme des subventions. C’est effectivement Bœuf, veau Porcs Volaille Ovins Lait Œufs
parce que l’État n’impose pas de salaire minimal
légal que les entreprises engagent à bas prix.

L’ATLAS DE LA VIANDE 21
POURQUOI LES FERMES TUENT LES
POISSONS : LA PERTE DE BIODIVERSITÉ
La surfertilisation nuit aux plantes et aux animaux. Les nitrates présents dans
les eaux souterraines sont cancérigènes. Ils peuvent produire des « zones mortes »,
privées d’oxygène, dans les eaux côtières.

M
ettez beaucoup d’azote dans un plan carrés de mer autour des embouchures du Missis-
d’eau et sa teneur en oxygène diminue. La sippi se sont transformés en «  zone morte  » dans
gravité d’un tel problème peut être mesu- laquelle crevettes et poissons ne peuvent survivre.
rée à la vue des eaux côtières du Golfe du Mexique. En 2011, des chercheurs ont constaté une présence
Par manque d’oxygène, près de 20  000 kilomètres accrue de spermatozoïdes dans les cellules sexuelles
des poissons femelles, due au manque d’oxygène
qui affectait leur équilibre enzymatique.
La part de l’agriculture dans l’impact environnemental total L’origine de cette désolation marine est la
surfertilisation du bassin du Mississippi, là où se
Pays industriels (membres de l’OCDE), 2007–09, en pourcentage concentrent presque toute la production d’ali-

OCDE
mentation animale et les fermes industrielles
américaines. Le fleuve entraîne l’azote et le phos-
2 phore dans le Golfe. Arrivés là, ces nutriants sti-
35 mulent la croissance d’algues, de plantes et de
45
70 bactéries aquatiques, lesquelles profitent de l’oxy-
gène dissous dans l’eau de mer. En général, un litre
Zone utilisée Eau utilisée Énergie utilisée Achat de pesticides d’eau de mer contient environ 7 milligrammes
d’oxygène dissous ; ce taux est inférieur à 2 milli-
grammes près des embouchures du Mississippi.
8
Les seuls organismes actifs y subsistant sont ceux
dont la survie ne dépend pas de l’oxygène.
75 Peter Thomas, biologiste marin américain,
90
affirme que dans le monde, environ 250  000 ki-
lomètres carrés d’eaux côtières souffrent d’une
Émissions Émissions de Émissions de gaz grave carence saisonnière en oxygène. En Asie,
d’amoniaque bromure de méthyle à effet de serre
nuisible à l’ozone dans les zones côtières de Chine, au Vietnam et en
1 Thaïlande, les fermes d’élevage de porc et de vo-
40 lailles polluent la mer de Chine méridionale avec
70 de l’azote. La partie nord de la mer Caspienne
est chargée d’azote qui descend de la Volga. Un
Oxyde Méthane Dioxyde grand nombre des mers qui entourent l’Europe
d’azote de carbone
sont détériorées  : la mer Baltique, la mer Noire,
la mer d’Irlande, la côte espagnole et l’Adria-
tique ont toutes des «  zones mortes  ». L’azote et
Pollution de l’eau : le phosphore ne sont pas les seules causes de ces
30* problèmes de pollution, le potassium, les résidus
80* de médicaments, des organismes causant des
70*
maladies et des métaux lourds en font également
partie.
Nitrates à la Nitrates dans les Nitrates dans
surface de l’eau eaux souterraines les eaux côtières
La production industrielle de bétail n’endom-
mage pas que la mer, mais aussi la terre. Le lisier
et le fumier des zones de production d’animaux
d’élevage sont souvent, et sans discernement,
50* déversés sur les sols. Ils représentent même une
70* menace plus grande que la surexploitation des
engrais minéraux, en particulier sur les sols bien
Phosphore à la Phosphore dans les drainés. La pénétration des nitrates dans les eaux
surface de l’eau eaux souterraines * valeur maximale
souterraines peut entraîner la contamination de
l’eau potable et nuire à notre santé. Ils peuvent,
dans nos corps, se transformer en nitrosamines,

22 L’ATLAS DE LA VIANDE
susceptibles d’être à l’origine des cancers de Champs de fourrage et la zone morte du golfe du Mexique
l’œsophage et de l’estomac. La surfertilisation
menace l’habitat d’à peu près toutes les espèces Bassin de drainage du Mississippi, utilisation des terres et pollution de l’eau

FAO
en voie de disparition répertoriées sur la Liste
rouge de l’Union internationale pour la conserva-
tion de la nature. L’utilisation excessive d’engrais,
de pesticides et d’herbicides chimiques détériore
les organismes dans le sol et l’eau.
La biodiversité des forêts tropicales humides
est particulièrement riche. Plus d’un cinquième
de la forêt amazonienne a néanmoins déjà été dé-
truit. L’élevage en est une des causes principales
du fait du défrichement pour créer des pâturages
ou cultiver du soja pour nourrir les animaux.
Une grande partie des pâturages, après quelques Terres cultivées
années, se transforment en champs de soja. La gé- dédiées au fourrage
néralisation de cette conversion de pâturages en Moins de 5 %
terres cultivables pour la production d’aliments Moins de 20 %
en Amérique du Sud et en Europe réduit forte- 20-50 %
ment la biodiversité. Effectivement les prairies Plus de 50 %
hébergent généralement plus d’espèces et offrent
Zone hypoxique liée aux charges d’azote et de phosphate
un meilleur habitat aux insectes et autres petits
animaux. Mais, dans la mesure où les agriculteurs
sèment de nouveaux types d’herbe plus utiles que
les fourrages, le pâturage intensif entraîne sou-
vent une perte d’espèces indigènes. Ce qui mar- cheptel lui-même est généralement très réduite.
ginalise d’autres espèces. La mise en clôtures des Les animaux sont plutôt élevés pour s’adapter
espaces ouverts pour les transformer en ranchs aux conditions uniformes des bâtiments d’éle-
L’empreinte
peut couper les voies de migration des animaux vage, dont la température, l’humidité et la des fermes marquée
sauvages, les tenir loin des points d’eau, et provo- lumière sont soigneusement contrôlées, et ils par l’augmentation
quer un surpâturage local. sont nourris avec des aliments trouvés sur le des fourrages
Dans ces systèmes industriels, les agriculteurs marché global. En d’autres termes, la biodiver-
et lisier
du monde entier n’ayant accès qu’à quelques sité dans un atelier d’élevage industriel est à son
races reproductrices, la diversité génétique du plus bas niveau.

L’azote sur terre et dans le système aquatique

Sources principales d’azote, 2005

ENA
Bétail
Engrais

L’ATLAS DE LA VIANDE 23
UNE PLANÈTE PAUVRE EN ESPÈCES
Les données génétiques des animaux d’élevage sont de plus en plus
réduites. Elles reposent sur quelques races spécialisées d’animaux, comme les
vaches laitières Holstein Frison pie-noir, élevées dans plus de 130 pays.

E
n domestiquant 30 espèces de bétail, l’hu- volailles et les porcs, entraînant une limitation de
manité a créé une incroyable variété de la diversité génétique de ces animaux.
races  : jusqu’à aujourd’hui environ 8  000 Les années 1950 marquent l’avènement de
selon l’Organisation des Nations Unies pour la production commerciale de viande à grande
l’alimentation et l’agriculture (FAO). Un grand échelle et la perte concomitante de la diversité gé-
nombre de ces races appartiennent à de petits nétique. Les entreprises d’élevage se sont concen-
Un coq peut éleveurs – dont une majorité de femmes. Ils pro- trées sur la maximisation de la production et les
duisent la majeure partie de la viande tout en aspects commerciaux utiles, comme la croissance
engendrer 28 préservant la diversité du bétail mondial. Pour rapide, l’efficacité de la conversion alimentaire
millions de rejetons un grand nombre de ménages pauvres, les et des rendements élevés. Il en résulte des races
génétiquement animaux, en particulier les poulets, les mou- génétiquement uniformes à haut rendement qui,
similaires tons et les chèvres, sont une source importante pour survivre, nécessitent des aliments riches en
de revenus. Ils choisissent des races indigènes, protéines, des produits pharmaceutiques coûteux
polyvalentes, plus adaptées aux conditions lo- et des bâtiments à température contrôlée.
cales souvent difficiles. Aujourd’hui, un petit nombre d’entreprises
La production industrielle intensive utilise transnationales fournit des races commerciales
huit types d’animaux d’élevage  : bovins, porcs, pour une part toujours croissante dans les marchés
moutons, chèvres, poulets, dindes, canards et la- mondiaux. Ces entreprises dominent également
pins. Quelques races parmi celles-ci ont été davan- la recherche et le développement dans l’industrie
tage développées. L’industrie en a fait des lignées très concentrée de la génétique animale, notam-
à haut rendement, les a croisées pour produire les ment pour les volailles, les porcs et les bovins.
animaux que nous consommons. Cette reproduc- Un tiers de l’approvisionnement en porc du
tion hybride est particulièrement utilisée pour les monde, 85 % des œufs commercialisés et les deux
tiers de la production de lait proviennent de ces
races. Quatre entreprises se partagent 97  % de la
Les deux gagnants de la mondialisation recherche et du développement du secteur de
la volaille. Trois sociétés contrôlent 95  % du mar-
Présence de la vache laitière Holstein Frison pie-noir ché du poulet. La part des deux compagnies qui
FAO

contrôlent le cheptel de reproduction de pon-


deuses commerciales est estimée à 94 %. L’appro-
visionnement de toute la génétique de dindes
commerciales est pratiquement assuré par deux
entreprises. Et les quatre entreprises en tête de
liste représentent les deux tiers du total de l’indus-
trie de recherche et de développement des porcs
et des bovins.
La plupart des fournisseurs mondiaux de ma-
tériel génétique animal sont des sociétés privées.
Celles-ci ne publient pas de chiffres sur les revenus
Présence du porc Large-White ou les investissements, et ne fournissent pas non
plus l’inventaire de leurs germes de protoplasme
déposés ou leur assortiment de reproduction de
cheptel. Peu d’informations sont ainsi rendues
publiques concernant la taille des marchés du sec-
teur privé de la génétique animale, les ventes et les
prix des matériaux génétiques. Comparé au mar-
ché des semences commerciales, son homologue
agricole, il est clair que le marché de la génétique
animale commerciale est minuscule.
Le plus grand consommateur mondial de
viande est aujourd’hui la Chine. La demande de
porc, la source de protéine la plus populaire du

24 L’ATLAS DE LA VIANDE
L’industrie de génétique animale : les sept grands éleveurs mondiaux

Entreprises et profils

ETC GROUP/USDA
Genus
5
Hendrix Genetics Hendrix Genetics.
Vente de poules pondeuses, de
3 EW Group dindes, de porcs ; aquaculture.
5 Compagnie privée, 2 400 employés
Smithfield Foods Groupe Grimaud 2 (2012). Accord de
développement conjoint avec
Tyson Foods 4
2 Cobb-Vantress, la filiale de
6 3 Tyson Foods.
EW Group. Premier
7 Genus. Vente de porcs,
de vaches laitières et de bovins. acteur mondial de la génétique
7 Recettes de 550 millions de dans l’aviculture industrielle. Vente Charoen Pokphand Group
Tyson Foods. dollars en 2012. Opère dans de poulets, de poules pondeuses, de
Poulets vendus pour 30 pays, et commerce avec dindes ; aquaculture. Anciennement 1
33 milliards de dollars en 2012. 6 40 autres. 2 100 Groupe Erich Wesjohann. Compagnie
Distribution de poulets employés (2012). privée, pas de chiffre d’affaires
Smithfields Foods.
reproducteurs à plus de publié ; 5 600 employés 1
Le plus grand transformateur
90 pays, via sa filiale (2011).
et producteur de porc au monde. Charoen Pokphand Group.
Cobb-Vantress. 4 Vente de poulets et de porcs ;
13 milliards de chiffre d’affaires
(2012) ; racheté en 2013 par Shuanghui, Groupe Grimaud. aquaculture. Géant de l’agroalimentaire
le plus grand transformateur de viande Vente de poulets, de poules et des télécoms avec des recettes annuelles
chinois, pour la somme de 7,1 milliards pondeuses, de porcs ; aquaculture. de 33 milliards de dollars, et des revenus
de dollars, y compris la filiale Compagnie privée ; de 11,3 milliards de dollars (2013) en
de reproduction de 330 millions de dollars de chiffre produits alimentaires et agricoles,
porc. d’affaires (2011), dont comprenant notamment les
75 % en commerce élevages d’animaux et les
international. unités porcines.

pays, explose. La grande majorité de l’approvision- mondiale, et la rendre disponible aux générations
nement en viande de porc en Chine provient en- futures.
core de producteurs d’arrière-cour. Les politiques Selon la mise à jour de 2012 de la FAO sur l’état
chinoises favorisant l’intégration verticale, là où de la biodiversité du cheptel animal, près d’un
une entreprise gère plusieurs étapes du proces- quart des 8  000 races uniques d’animaux d’éle-
sus de production, il est fort probable qu’en 2015, vage est menacé d’extinction. L’étroitesse de la
la moitié des porcs du pays soient fournis par des diversité génétique des races animales commer-
fermes industrielles. Même si la Chine, plus que ciales accroît leur vulnérabilité aux insectes et aux
tout autre pays, est la patrie de la diversité porcine, maladies. En excluant des options de réponse aux
les fermes industrielles chinoises reposent sur un défis environnementaux futurs, aux conditions du
cheptel de reproduction importé. De nombreuses marché et aux besoins de la société, tous imprévi-
entreprises de génétique porcine ont récemment sibles, elle comporte aussi un risque à long terme
annoncé des accords avec la Chine. Suite au rachat pour la sécurité alimentaire. Face au changement
en 2013 de Smithfield Foods par le plus grand climatique, la viabilité à long terme des commu-
transformateur de viande chinois, Shuanghui nautés d’élevage, ainsi que des systèmes d’élevage
international, pour la somme de 7,1 milliards industriels, est menacée par la perte de diversité
de dollars, cette tendance a de fortes chances de génétique animale.
s’accélérer. La société filiale de reproduction de
porc, Smithfield Premium Genetics, fait partie de
la transaction. Prépondérance dans l’industrie de l’élevage
Les droits bien protégés de propriété et de
contrôle de la reproduction du cheptel pour la Part du marché de la production des races laitière, bovine et porcine aux États-Unis,
MEDILL

production industrielle à grande échelle mena- en pourcentage


cent la survie de millions de petits exploitants agri-
coles, de pêcheurs et d’éleveurs. Dans un monde
qui fait face au changement climatique, des races
résistantes à la sécheresse, à l’extrême chaleur 60
ou aux maladies tropicales sont, en tant que res- 83 75
sources de matériel génétique unique pour les Angus,
Holsteins Hereford,
programmes de reproduction, d’une importance de trois
Simmental
potentielle majeure. En 2007, 109 pays ont signé variétés
la Déclaration d’Interlaken sur les Ressources
zoogénétiques. Cette déclaration confirme leur
engagement à utiliser la biodiversité du monde
animal pour promouvoir la sécurité alimentaire

L’ATLAS DE LA VIANDE 25
DE FUNESTES ANTIBIOTIQUES
Pour empêcher la prolifération fulgurante de maladies parmi les animaux et afin
d’accélérer leur croissance, les producteurs utilisent de grandes quantités de
produits pharmaceutiques. Mais les bactéries développent une résistance à des
médicaments essentiels dans le traitement des maladies chez les humains.

C
ause de la mort  : genou griffé. Ce qui res- bétail est estimée à plus de 100 000 tonnes par an
semble à une fiction pourrait bientôt deve- – la plupart du temps sans contrôle. La production
nir réalité. L’Organisation mondiale de la de bétail aux États-Unis a nécessité 13 000 tonnes
santé (OMS) lance des avertissements sur l’usage d’antibiotiques en 2009, à peu près 80 % de tous les
d’antibiotiques dans l’élevage des animaux, sus- antibiotiques utilisés dans le pays.
ceptible de nous faire entrer dans une ère post-an- Les antibiotiques ont été un des principaux
tibiotique dans laquelle des maladies facilement moteurs de la rapidité du processus d’intensifica-
curables aujourd’hui deviendraient mortelles. tion de l’agriculture industrielle ces dernières dé-
Malgré cela, peu de pays abordent la question cennies. Leurs deux fonctions : aider les animaux
des antibiotiques dans l’élevage. Ils sont utilisés à supporter les conditions lamentables de la pro-
pour que les animaux supportent les conditions duction de bétail jusqu’à l’abattage, et provoquer
Des contrôles
de l’élevage industriel jusqu’à l’abattage. Une la croissance rapide des animaux. Selon l’OMS, la
plus stricts grande part des antibiotiques sert aussi à dou- quantité d’antibiotiques donnée à des animaux
sont nécessaires pour bler la rapidité de la croissance. Par exemple, sains est plus grande que celle administrée à des
contrer l’abus de les porcs auxquels on administre des anti- malades. L’utilisation d’antibiotiques comme mo-
médicaments biotiques atteignent leur poids de marché en teur de croissance est légale dans de nombreuses
consommant de 10 à 15 % de nourriture en moins. parties du monde, et presque toute la production
En 2006, l’interdiction par l’Union européenne de viande à grande échelle dans les pays dévelop-
des antibiotiques pour accélérer la croissance n’a pés impliquait, jusqu’à récemment, l’administra-
pas eu de répercussion significative sur leur uti- tion continue d’une faible dose d’antibiotiques
lisation dans les fermes. Des enquêtes systéma- dans l’alimentation animale.
tiques ont révélé que 8 500 tonnes de matières Les antibiotiques donnés au bétail sont généra-
antimicrobiennes avaient été distribuées dans lement les mêmes que pour les humains. À chaque
25 pays européens en 2011. La consommation la antibiotique administré, il existe une chance
plus forte (au classement général) revient à l’Alle- que les bactéries développent une résistance. Les
magne, avec 1 600 tonnes par an. Le Danemark, «  superbactéries  » – agents pathogènes comme
où les vétérinaires sont soumis à des contrôles la bactérie Escherichia coli, la salmonelle ou la
stricts, se situe à un tiers du taux allemand par tête Campylobacter qui peuvent aussi infecter les hu-
de bétail. mains – sont résistantes à plusieurs antibiotiques
Dans d’autres régions du monde, il est rare que différents, et sont par conséquent particulière-
l’utilisation de ces précieux médicaments soit sou- ment difficiles à traiter. L’utilisation imprudente
mise à quelque réglementation ou restriction. En d’antibiotiques dans la production de bétail ag-
Chine, la somme des antibiotiques administrés au grave le problème de la résistance. Généralement

Où nous en sommes – distribution d’antibiotiques et résistance des bactéries aux USA

Ventes d’antibiotiques, millions de livres/kilo L’Enterococcus faecalis résistant aux antibiotiques, détecté dans les
EWG

supermarchés, 2011, pourcentage de tous les échantillons confondus


livres kilogrammes

29,9 13,6

10 81 69
20
dinde porc
pour la production de viande et de volaille
pour le traitement des malades
10
7,7 3,5
55 39
bœuf poulet
0
2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011

26 L’ATLAS DE LA VIANDE
Ventes européennes d’agents antimicrobiens pour l’alimentation animale
6
Ventes en milligrammes par kilo de viande de cheptel Islande

EMA
biomasse, 2011, y compris les chevaux 24
4 Finlande
Norvège
51 14
66
Usage systématique des antibiotiques Royaume-Uni Suède
35 Estonie
pour combattre les maladies dans les 114 43
fermes industrielles Lettonie
49 Danemark
Pays-Bas 120 42
Irlande Lituanie
Les bactéries se « défendent » en 175 211 Pologne
mutant et deviennent alors plus
résistantes aux antibiotiques 83
Belgique Allemagne
République 44
79* 54 Tchèque Slovaquie
Les bactéries résistantes peuvent
pénétrer le corps humain quand 117 Suisse Autriche 43
on consomme de la viande Slovénie 192
France
104
161 249 Hongrie
Les antibiotiques utilisés Bulgarie
dans le traitement des 370
êtres humains sont Portugal Espagne
inefficaces contre les
bactéries résistantes Italie 408

* Ventes suisses non vérifiées


Chypre

administrés dans les aliments ou l’eau de cheptels grais sur les champs. Une fois dans le sol, les bac-
entiers, il est impossible de garantir que la dose téries seront emportées vers les rivières et les lacs.
absorbée par un animal soit suffisante. Les tests Elles évoluent et se reproduisent, en échangeant
de diagnostic sont rarement utilisés pour vérifier des informations génétiques. Ce faisant, elles dé-
l’adéquation des antibiotiques. veloppent un réservoir de bactéries qui résistent
Le passage des super bactéries de l’animal à aux antibiotiques autrefois puissants.
Les fermes
l’homme peut s’effectuer de plusieurs manières. La production de viande est étroitement
Une des plus évidentes est par la chaîne alimen- liée aux transports à travers le monde. Ces liens engendrent de
taire. Durant l’abattage et la transformation des permettent aux bactéries résistantes de se pro- nouvelles souches
animaux dans l’abattoir, les superbactéries colo- pager rapidement. Selon les termes de l’OMS, de bactéries
nisent la viande et sont donc transportées dans les superbactéries sont des « globe-trotters no- dangereuses
les cuisines des consommateurs. Les bactéries toires ». L’utilisation imprudente d’antibiotiques
résistantes peuvent être projetées à plusieurs cen- dans une partie du monde représente une me-
taines de mètres par les ventilateurs d’extraction nace non seulement pour la population humaine
des bâtiments d’élevage. Elles sont aussi abon- locale, mais aussi pour la santé des personnes sur
dantes dans le fumier, celui dispersé comme en- l’ensemble de la planète.

Où nous en sommes – résistance aux antibiotiques par bactérie et par type de viande en Allemagne

Pourcentage d’échantillons. Un grand nombre d’agents pathogènes dans ces groupes de bactéries peuvent, chez les humains,
BVL

provoquer des diarrhées graves et même entraîner la mort.


Nombre de types
100 d’antibiotiques
auxquels
80 résistent les
Salmonelle Escherichia coli bactéries :
60 4 ou plus
3
2
40 Campylobacter jejuni
1
20
Pathogènes
non encore
0 résistants :
viande de dinde dinde dinde poulet de chair viande de dinde dinde viande de dinde dinde veau engraissé poulet de
(détaillant) (abattoir) (ferme) (ferme) (détaillant) (abattoir) (détaillant) (abattoir) (ferme) chair (ferme)
prédisposés

L’ATLAS DE LA VIANDE 27
QUAND LE RÉSERVOIR SE VIDE
L’expansion de l’industrie de l’élevage ne fera qu’aggraver la surexploitation
des rivières et des lacs. À cause des grandes quantités d’eau qu’exige
la culture des céréales et des fourrages, et du fait de la présence de nitrates et
de résidus d’antibiotiques qui polluent les eaux souterraines.

A
u cours du siècle dernier, la consommation dont la culture exige beaucoup d’eau. Ajoutons à
de la forme de nourriture la plus impor- cela les 24 m³ d’eau potable et les 7 m³ pour le net-
tante au monde – l’eau douce – a été multi- toyage de l’étable – par animal.
pliée par huit. Sa hausse progresse deux fois plus L’Organisation des Nations Unies pour l’ali-
vite que le taux de croissance de la population mentation et l’agriculture (FAO) indique que la
humaine. Il en résulte qu’un tiers de l’humanité production de 1  000 calories de nourriture sous
manque d’eau et qu’1,1 milliard de personnes forme de céréales nécessite environ un ½ m³ d’eau.
2,5 milliards de
n’ont pas accès à l’eau potable. Les lacs, les ri- Le même nombre de calories sous forme de viande
personnes vivent vières et les océans sont remplis de nutriants en exige 4m³ ; et 6 mètres cubes pour les produits
déjà dans des zones et de polluants. Et dans de nombreuses parties laitiers. Rappelons néanmoins que les vaches ne
sujettes à un stress du monde, la nappe phréatique s’appauvrit sont pas toutes logées à la même enseigne : celles
hydrique considérablement. À cause des prélèvements issues de l’élevage intensif consomment beau-
d’eau, de grandes rivières, comme le Colorado coup plus d’eau que celles élevées en pâturage. Et
aux États-Unis et le fleuve Jaune en Chine, mettent partout dans le monde, les animaux sont plutôt
des mois à atteindre la mer. élevés à l’intérieur qu’à l’extérieur.
L’agriculture est le plus grand consommateur L’impact de l’élevage sur l’eau ne se limite pas à
d’eau et la cause principale de la crise mondiale sa consommation. La pollution de l’eau causée par
de l’eau. Elle utilise 70  % de l’eau douce dispo- les nitrates et le phosphore présents dans le fumier
nible dans le monde, alors que les ménages (10 %) et les engrais est une autre préoccupation pour
et l’industrie (20  %) en utilisent beaucoup moins. l’industrie de l’élevage. La surfertilisation est, dans
Un tiers de la part de l’agriculture va à l’élevage beaucoup de zones, un problème plus important
de bétail. Non que les vaches, les porcs et les pou- que le manque d’engrais. Les plantes ne pouvant
lets soient particulièrement assoiffés, mais parce pas absorber tous les nutriments qui se propagent
qu’ils consomment de l’eau indirectement, à tra- dans le sol, ceux-ci finissent dans les eaux souter-
vers céréales et fourrages. raines ainsi que dans les rivières et les lacs.
Selon une étude du WWF, la production d’un Les nitrates des eaux souterraines se re-
seul kilo de bœuf exige 15 500 litres d’eau (15,5 trouvent souvent par la suite dans des puits et des
mètres cube). Une petite piscine pour quatre sources. Les gens peuvent éviter de boire ces eaux
steaks ? Un chiffre surprenant, jusqu’à ce que si les autorités vérifient les niveaux de nitrates.
nous examinions ce qu’une vache mange durant Malheureusement, ces contrôles ne sont effectués
sa vie  : 1 300 kg de grain, 7 200 kg de fourrage, que dans peu de zones. D’autres problèmes sont

Condensation dans la production de nourriture, de fourrages et de fibres


Hoekstra/Mekonnen

Millimètres par année

0–10
10–100
100–500
> 500

28 L’ATLAS DE LA VIANDE
Quantité d’eau utilisée par la production de viande dans les pays du G20

Pays développés et pays émergents les plus importants ; mètres cubes utilisés par personne et par an

Hoekstra/Mekonnen
Australie
Brésil
1.000

USA
Arabie saoudite

Canada

Italie
Afrique du Sud

France

Moyenne mondiale
Argentine
750

Mexique
Royaume-Uni

Russie
Corée du sud

Allemagne
500

Japon
Chine
Turquie
Indonésie

250
Inde

la contamination par les antibiotiques issus de la L’eau virtuelle


grande quantité de médicaments utilisés dans les
fermes industrielles, de même que l’appauvris- Quantité d’eau nécessaire dans la production d’1 kilo ou d’1 litre de :
sement de la nappe phréatique dans une large
partie de l’Asie, en raison du pompage des puits. Bœuf
L’approfondissement nécessaire des puits secs
peut conduire à atteindre des roches à teneur éle-
vée en fluor et en arsenic, substances susceptibles 15.455 L
de nuire à la fois à l’homme et la faune.
Selon le Worldwatch Institute, la quantité
d’eau nécessaire à la culture des aliments pour
animaux devrait doubler d’ici le milieu du siècle.
Le taux de croissance de la population mondiale à
Fromage
lui seul implique une recherche de solutions plus
économiques quant à la consommation, car c’est 5.000 L
la même quantité d’eau dont devront se servir
un nombre croissant de personnes. Faut-il, pour Riz
préserver l’élevage de bétail, continuer à pomper 3.400 L
une ressource de plus en plus rare ? Quelques 2,5
milliards de personnes vivent déjà dans des zones
Œufs
soumises à un stress hydrique ; en 2025 plus de la 3.300 L
moitié de l’humanité connaîtra une aggravation
des conflits liés à l’accès à l’eau.
Sucre 1.500 L

Une industrie assoiffée Blé 1.300 L

Eau utilisée en 2011 par Nippon Ham, la 6ème plus


Nippon Ham

grande compagnie de viande au monde, Lait 1.000 L


100 % = 12,5 millions m3

1,5
Pommes 700 L
9,7

Bière 300 L
32
56,8
Une baignoire contient
Pommes 255 L environ 140 litres d’eau
de terre
waterfootprint.org

Tomates 184 L
Plantes alimentaires Centres de reproduction
Usines de transformation animale et parcs
de viande fraîche d’engraissement Carottes 131 L
Autre

L’ATLAS DE LA VIANDE 29
LES CÉRÉALES DANS L’AUGE
Ruminants et êtres humains ne se concurrencent pas sur la nourriture. Augmenter
la production de viande exige toujours plus de céréales pour nourrir les
animaux. Si nos cultures locales ne suffisent pas, il faut les importer de l’étranger.

B
ovins, ovins et caprins sont des ruminants. l’alimentation et l’agriculture (FAO), la nourri-
En tant que tels ils sont en mesure d’ingé- ture donnée au bétail se compose de 20 à 30 % de
rer les hydrates de carbone indigestes pour concentrés. L’auge d’un cochon peut contenir
l’homme – comme la cellulose par exemple. Et entre 6 et 25 % de graines de soja, en fonction de
pourtant ces animaux sont en concurrence avec son âge. Toutes espèces confondues, l’herbe, le
les humains  ; et ce justement concernant la foin et l’ensilage à base d’herbes ou de maïs, repré-
Un tiers des
nourriture. L’herbe, le fourrage et le foin étant sentent en moyenne seulement 40 % de l’alimen-
terres cultivées dans pauvres énergétiquement, les animaux, afin tation animale.
le monde est d’en tirer le meilleur parti, sont nourris avec de Le bétail, que ce soit en Europe, aux États-
dédié aux aliments grandes quantités d’aliments concentrés : soja, Unis, ainsi qu’au Mexique et d’autres parties
pour le bétail maïs et autres céréales. Ceux-ci contiennent d’Amérique latine et même dans des pays comme
des protéines qui améliorent leur fertilité et l’Égypte, ne sont plus nourris en pâturage. Ils
leur croissance, développent leurs muscles et mangent également du maïs, du blé et du soja.
stimulent la production de lait. Mais pauvres en Dans le monde entier, et malgré d’importantes
fibres, ils augmentent la production d’acide dans différences d’une région à l’autre, 57 % de la pro-
le rumen des animaux. Pour compenser cela, des duction d’orge, de seigle, de millet, d’avoine et de
additifs sont ajoutés dans l’alimentation. maïs servent à nourrir les animaux.
Que mangent alors les animaux de ferme  ? Même aux Etats-Unis où une grande quantité
Selon l’Organisation des Nations Unies pour de maïs sert à la production d’éthanol, 44  % de

Commerce virtuel des terres utilisées pour la culture du soja pour l’Union européenne

En millions d’hectares, 2008–2010, moyenne nette

WWF
Importations
Exportations

Amérique du nord
-1,6
Océanie
Asie
Communauté 0,0
d’Etats -2,0
indépendants

-0,2

Amérique du sud
Superficie totale des terres en dehors de l’UE utilisées
autre +0,2 pour le soja, en millions d’hectares
-0,1 16
Moyen-Orient/
Afrique du nord
Paraguay 14

Brésil
-0,9 12
Argentine
-12,8
+0,1 10

-6,4 Afrique
-5,4 subsaharienne 8

0
2001 2005 2010

30 L’ATLAS DE LA VIANDE
celui-ci finit pourtant dans les auges. Il en va de Prairies et garrigues converties en terres cultivées et pâturages
même pour 45 % du blé dans l’UE. En Afrique, au
sud du Sahara, où le risque de famine est le plus

FAO
Pourcentage du stock naturel converti   Terres cultivées   en pâturages
élevé, de tels chiffres sont impensables. Sur place,
la population consomme 80  % des moissons de
céréales ; les animaux mangent ce qu’ils trouvent
dans les pâturages. Amérique
du sud
À l’échelle mondiale, plus de 40 % de la moisson
annuelle de blé, de seigle, d’avoine et de maïs sont Amérique
du nord
destinés à l’alimentation animale. Cela représente
près de 800 millions de tonnes. Ajoutons à cela les Pacifique
250 millions de tonnes d’oléagineux, principale- (développé)
ment le soja. Ce dernier pourrait être remplacé
Europe
par des légumineuses indigènes tels les haricots,
les pois ou la luzerne, lesquels fixent également Asie (y compris
l’azote de l’air et restituent à la terre les précieuses l’ancienne Union
soviétique)
substances nutritives des plantes.
Malheureusement dans l’UE, ces cultures ne Afrique
représentent qu’à peu près 20  % des protéines
utilisées dans les fourrages. Près d’un tiers des 14 0 2 4 6 8 10 12 0 2 4 6 8 10 12
milliards d’hectares de terres cultivées dans le
monde sont en général utilisés pour la culture de auparavant prairie ou savane auparavant garrigue
fourrages. Si on y ajoute les autres sous-produits
agricoles qui le composent, comme la paille et les
tourteaux de soja, de colza ou de moûts de raisins,
la part des terres agricoles dédiées, d’une façon ou tion stagnent – y compris en Australie, en Argen-
d’une autre, à l’alimentation du bétail, s’élève aux tine, au Guatemala, au Maroc, au Kenya et dans
trois quart des terres cultivées. les États de l’Arkansas et du Texas en Amérique. À
On a séparé la production de fourrages de l’échelle mondiale, la stagnation des rendements
l’élevage. Avant de parvenir aux animaux, les affecte les quatre types de céréales qui fournissent
récoltes destinées à leur alimentation parcourent les deux tiers des calories : le maïs, le riz, le blé et
aujourd’hui de longues distances, et traversent le soja. Les rendements de ces quatre cultures L’expansion
souvent des océans. Ce qui a pour conséquence n’augmentent que de 0,9 à 1,6 % par an.
Les auteurs de l’étude du Minnesota en
des terres cultivées
première qu’un grand nombre d’éleveurs ne
peuvent plus se débarrasser écologiquement du attribuent la cause aux efforts consacrés à causerait plus
fumier. Son épandage nécessite ainsi un trans- la production de fourrages pour animaux et de dommages à
port supplémentaire, obligeant les fermiers qui aux cultures de biocarburants. Ils soutiennent l’environnement
cultivent les fourrages à utiliser de grandes quan- qu’une utilisation plus efficace des terres arables
tités d’engrais et de pesticides chimiques pour que actuelles et des régimes de gestion améliorés dans
la récolte soit bonne. le monde entier seraient un début de solution au
Dans certaines régions, les productions de problème. Alors que l’expansion des terres culti-
céréales ont, en outre, cessé de croître. Selon une vées augmenterait au contraire les coûts environ-
étude de l’Université du Minnesota, les rende- nementaux, comme la perte de biodiversité et la
ments d’un quart à un tiers des zones de produc- hausse des émissions de carbone.

Combien de terrain pour un déjeuner ?

Superficie de terre nécessaire à la production de plats typiques à base de viande, en m²/personne


WWF

3,61
3,38
3,12 2,26
2,23 Surface totale
1,96
nécessaire
1,36
Nécessaire aux
0,66 0,76 composants de
0,38 0,35 la viande
Nécessaire au soja
0,11

Rôti de porc Hamburger Poulet au curry Saucisse grillée

L’ATLAS DE LA VIANDE 31
L’ÉMERGENCE D’UN EMPIRE
SUD-AMÉRICAIN DU SOJA
En Argentine, le boom mondial des prix du soja a donné naissance à un nouveau
type d’agriculteurs. Aussi, il a fortement augmenté les recettes fiscales. Les
conséquences sociales et écologiques des changements structurels sont graves.

L
e nouveau fermier argentin est devenu un rassemblés en «  pools céréaliers  » en étaient les
manager international. Il suit l’évolution pionniers. Ils voulaient que l’État et les grands
du prix du soja sur les marchés mondiaux propriétaires terriens leur louent des terres pour
depuis son bureau climatisé et organise sa pro- la culture de soja à grande échelle. Le plus sou-
duction par ordinateur et téléphone portable. vent, ces investisseurs opèrent depuis des bureaux
L’achat des graines, les semailles, l’application situés dans la capitale, Buenos Aires. Ce qui crée
des engrais, des pesticides et des herbicides, tout également plusieurs sortes de problèmes. Fonc-
Avec plus comme la moisson et le transport sont délégués tionnant sur grande échelle avec des récoltes plus
à des prestataires de service spécialisés. Des importantes, ils peuvent se permettre des loyers
de cultures, plus
entreprises internationales fournissent des plus élevés que les petits et moyens producteurs.
de pulvérisations semences, un ensemble complet de produits En Argentine, les pools céréaliers gèrent
d’herbicides – et chimiques. Grâce au maintien du prix élevé du jusqu’à 40 % des champs de soja. Ils ont, en 2012,
plus de cancer soja, cette sorte d’agriculture sans intervention payé l’équivalent de 1,6 à 2,5 tonnes de soja par
est rentable même pour les exploitations de taille hectare de loyer – c.-à.d. entre 594 et 825 dollars
moyenne d’environ 100 hectares. Les proprié- annualisés. Depuis lors, des paysages entiers sont
taires fonciers évaluent les coûts de sous-traitance dégradés par des monocultures à grande échelle
à environ 340 dollars par hectare. En fonction de la sur des dizaines de milliers d’hectares. Les grands
météo, la récolte de soja peut osciller entre 2,5 et pools peuvent travailler 100 000 hectares ou plus,
4 tonnes. Pour une ferme de 100 hectares, un prix tandis que les plus moyens oscillent entre 15 et
« modéré » de 300 dollars la tonne rapporte entre 30 000 hectares au maximum. Entre 2008 et 2012,
485 et 980 dollars par hectare, c.-à-d. un bénéfice le bénéfice des pools céréaliers a été estimé entre
annuel de 50 000 à 100 000 dollars. Après déduc- 16 et 21  % par an –un peu plus dans certains cas.
tion des taxes agricoles spéciales de 40 %, ajoutées Leurs bénéfices ont chuté de 3,6 à 5 % (mesure en
à celles sur la terre et les revenus, les recettes per- dollars) depuis l’entrée en vigueur des nouvelles
mettent encore au propriétaire de ne pas se salir règles sur les transactions de 2012. Aujourd’hui,
les mains. certains pools céréaliers se développent au Para-
Ce modèle d’entreprise agricole s’est géné- guay, au Brésil et en Uruguay, ou renégocient de
ralisé ces 10 dernières années. Des investisseurs nouveaux accords de leasings (crédit bail) .

Chiffres-clés de l’économie du soja en Argentine

Culture de soja, Production de soja Consommation de soja et exportations


millions d’hectares millions de tonnes millions de tonnes, prévisions 2013
25 50
52 52 10

20 40
9
19

15 30
33

10 20
9 20

5 10
4 10

0 0 2
1988 2000 2012 1988 2000 2012

32 L’ATLAS DE LA VIANDE
La plupart des pools céréaliers ne labourent Le centre de l’empire du soja
plus la terre, ils sèment les graines directement
dans le sol. Cet « ensemencement direct » préserve Exportations par province

INDEC
sans doute l’eau et le sol. Il fait gagner du temps, en Argentine, revenus 2010
ce qui rend possible une deuxième voire une troi-
sième moisson dans une année. La première mois- Millions de dollars
son donnera 2,5 à 3 tonnes à l’hectare, les deux Dollars par personne
suivantes probablement moins. En revanche, avec
plusieurs récoltes, le désherbage exige des pulvé- 340
risations répétées d’herbicides, le glyphosate en 150
particulier. Seul le soja transgénique tolère le gly- Chaco 150
300
phosate ; semées sur d’immenses superficies, ces Santiago
variétés OGM ont d’importants impacts sociaux et del Estero
environnementaux.
Les victimes du boom du soja sont les petits
agriculteurs. Entre 1988 et 2008, le nombre
d’exploitations agricoles est passé de 421  000 à 2.900
270  000. Aujourd’hui, 2  % des fermes agricoles
3.600
contrôlent plus de 50 % des superficies ; les petites
Córdoba
entreprises, qui représentent jusqu’à 57 % de l’en-
320
semble, n’exploitent que 3 % de la terre. Beaucoup
de grandes entreprises, en raison du prix élevé des
1.090 400
terrains dans la région centrale, se déplacent dans 9.300 Entre Ríos
les zones périphériques du pays et achètent à l’Etat Santa Fe
des terrains à bas prix. Une fois encore, les petits
propriétaires terriens et les métayers sont en train Buenos Aires
d’être brutalement expulsés de leurs terres. Les
conflits armés se multiplient. En Argentine et au
Paraguay, le soja rémunérateur, ainsi que le maïs,
déplacent l’élevage dans des zones plus éloignées 150
310
et les zones boisées, renforçant la pression sur les
communautés autochtones en ces lieux. 100 2.300
Depuis 1990, la superficie du soja a quadruplé. La Pampa Province de
L’utilisation d’herbicides, dans certaines régions, Buenos Aires
a été multipliée par onze. Les effets en sont dra-
matiques. Le nombre de fausses couches et de
malformations congénitales, dans des régions
rurales, a augmenté. La moyenne des décès cau-
sés par le cancer en Argentine est de 19  %, alors
qu’elle dépasse les 30 % dans ces régions.

USDA, FAOSTAT, INDEC

Taux des exportations Taux des exportations de soja Part des taxes d’exportations
d’Argentine dans le monde, de soja,
pourcentage, 2012 pourcentage, 2012 pourcentage, 2011
Non traité, vers la Chine
Argentine
Biocarburant et autre
6
22 soja
24 T axes sur le soja

3
Fourrage
Bœuf et volaille
35 Recettes totales du gouvernement

Reste du monde

Bétail

L’ATLAS DE LA VIANDE 33
LE COÛT CLIMATIQUE DU BÉTAIL
Directement ou indirectement, le bétail est responsable d’un tiers des émissions de
gaz à effet de serre dans le monde. Pourtant, agriculteurs et scientifiques affirment
qu’avec une gestion appropriée le bétail ne serait plus un fardeau pour le climat.

L
es éleveurs ne sont pas que des victimes du de l’agriculture (FiBL), la production globale an-
changement climatique, ils y contribuent nuelle de 125 millions de tonnes d’engrais azotés
aussi. En fonction du type de calcul, l’élevage relâche 800 millions de tonnes de dioxyde de car-
est responsable de 6 à 32 % des émissions de GES. bone. Ce qui représente 2  % des émissions mon-
Selon l’Organisation des Nations Unies pour l’ali- diales de gaz à effet de serre.
mentation et l’agriculture (FAO), il est de 14,5  %. La forte demande en alimentation animale im-
La différence entre ces estimations dépend du pose l’expansion de la production agricole. Forêts
critère de base des mesures : doit-on les baser uni- tropicales et garrigues sont souvent défrichées
De l’herbe quement sur les émissions directes provenant du pour la culture. Rien qu’au Brésil, selon la FAO,
bétail, ou doit-on y inclure également le total chaque kilogramme de soja cultivé libère près de
et de l’ail
des émissions dues à la production d’aliments, 7,7 kg de gaz à effet de serre. Une autre portion
pourraient aider à la production d’engrais et de pesticides, le la- d’émissions rarement prise en compte provient
réduire les rejets bour, la déforestation pour cultiver le soja, et le des changements dans l’utilisation des terres. Lors
de méthane drainage des tourbières ? du labour d’une prairie, l’humus se décompose
L’utilisation de fourrage et la production de et libère d’énormes quantités de dioxyde de car-
produits animaux ou laitiers tels que les œufs, le bone. Une tonne d’humus peut retenir jusqu’à 3,7
lait et le beurre, ne sont pas toujours repris dans le tonnes de gaz – dont 35 % se dispersent dans l’at-
calcul de l’empreinte carbone de la viande. Mais la mosphère lorsque le sol est labouré. Un autre 4 %
fabrication et l’utilisation d’engrais minéraux et des émissions de gaz à effet de serre imputables à
organiques est responsable de plus d’un tiers des l’agriculture a lieu au moment du labour des sols
gaz à effet de serre issus de la production de bétail. de tourbes drainées. Il s’agit du type d’agricul-
Le plus coupable est l’oxyde nitreux, ou N2O, plus ture le plus nuisible au climat  : chaque hectare
connu sous le nom de gaz hilarant, un gaz à effet de matière organique accumulée dans les marais
de serre 300 fois plus puissant que le dioxyde de pendant des siècles peut annuellement libérer 40
carbone. Quand les agriculteurs répandent trop tonnes de dioxyde de carbone.
d’engrais minéral, de fumier ou de purin, ou s’ils L’élevage des bovins ne doit pas forcément
les utilisent au mauvais moment, les plantes sont être nuisible au climat. La garde des animaux en
incapables d’absorber les nutriments. Le gaz se re- pâturage est avantageuse  : la transformation de
trouve alors dans l’atmosphère ou est converti en champs cultivés en friches permet de retenir les
nitrates qui, eux, polluent les eaux souterraines. plus grandes quantités de dioxyde de carbone
Selon l’Institut suisse de recherche biologique dans les 30-40 premières années. On ne devrait

Émissions dues aux produits d’origine animale consommés aux USA Émissions issues de la production de viande aux USA

Kilogramme de C02 équivalent par kilogramme de viande Kilogrammes de CO2 équivalent par kilogramme de viande consommable
EWG

EWG

40 8
CH4 (digestion)
39,2
Production 7,51 Bœuf
35 7
Transformation, transport, Volaille
30 commerce, préparation, 6
CH4 Méthane
élimination des déchets Production de fourrage
27,0 N20 Oxyde nitreux (gaz hilarant)
25 5
4,67
20 4
N20
15 3 (fumier)
Transport
13,5 d’ingrédients additionnels
10 12,1 2
10,9 CH4 Énergie
1,75 1,64
5 6,9 1 1,26 (fumier) 0,23
4,8 0,26
0,28 0,55 0,59
0 0
Agneau Bœuf Fromage Viande Dinde Poulet Œufs
de porc

34 L’ATLAS DE LA VIANDE
Ce qui n’est pas visible dans votre assiette : les émissions de GES issues des chaînes mondiales d’approvisionnement en bétail

Par produits d’origine animale, en milliards de tonnes équivalent-CO2

FAO
Fumier pour cultures non alimentaires,
1,4 million de tonnes d’azote
Transport après élevage Abattage de produits dérivés Breuvage, fibres et fumier
et transformation 0,4
0,2 comme combustible

Production Bœuf
3,5 2,9
de bétail

7,0
Lait de bovins 1,4

Ovins et caprins
0,4
Production
3,3 Lait et viande de buffle 0,6
de nourriture
Viande de porc 0,7
Viande de volaille 0,4
Œufs de poule 0,2
Produit non alimentaires

pas surfertiliser ces prairies avec un trop grand Des équipes de scientifiques cherchent des
nombre d’animaux ou de grandes quantités d’en- moyens de réduire l’impact du bétail sur le cli-
grais chimiques, et laisser les systèmes de racines mat. Valorex, une société française de recherche,
des plantes se développer sans contrainte. Les a remplacé l’alimentation courante de maïs et
bovins rejettent du méthane : les fermes bovines de soja par un régime composé de luzerne, de
et laitières dont les animaux produisent 28  % de graines de lin et d’herbe. Résultat : une baisse de
ce gaz particulièrement nuisible au climat, sont 20 % de la teneur en méthane dans les rots bovins.
souvent blâmées pour cette raison. Mais si les Les scientifiques de l’Université d’Aberystwyth au
bovins paissent en pâturage, presque tous ces gaz Pays de Galles pensent qu’un mélange d’aliments
peuvent être retenus dans le sol. Et les animaux avec de l’ail réduirait de moitié les émissions bo-
ne devraient pas recevoir de céréales ou du soja vines d’azote : l’ail attaque les micros organismes
comme aliment complémentaire. qui produisent de l’azote dans les intestins.

Un cocktail de gaz : le changement climatique au départ des champs et de l’étable

Par catégorie d’émission, pourcentage


FAO

Bœuf Volaille

Lait de vache Porcs


Œufs

Fumier, appliqué et déposé, N2O Changement d’utilisation de la terre : soja, CO2 Digestion, CH4 Énergie directe et
Résidus de fertilisants et moissons, N2O Changement d’utilisation de la terre : Gestion du fumier, CH4 indirecte, CO2
Aliments, CO2 pâturage expansion, CO2 Gestion du fumier, N2O Post-ferme, CO2

L’ATLAS DE LA VIANDE 35
LES ÉLEVEURS DE LA FORÊT TROPICALE
Le deuxième cheptel bovin et la plus grande forêt tropicale au monde
se rencontrent dans la région amazonienne du Brésil. Une mauvaise nouvelle
pour la forêt. Après les bûcherons arrivent les éleveurs.

S
elon l’Institut brésilien de géographie et de vente de bois couvre les coûts de l’abattage des
statistiques (IBGE), le nombre de bovins sur arbres et la conversion en pâturages. La faiblesse
le territoire, fin 2012, à savoir 211 300 000 des coûts d’investissement favorise l’usage illé-
têtes de betail, était supérieur à celui de la popula- gal de cette terre, parfois à court terme. La plus
tion du pays, qui s’élève à 201 millions d’habitants. grande partie de la déforestation est, selon des
Ce nombre, légèrement en baisse en 2011, en rai- lois brésiliennes strictes sur la forêt, illégale ou
son de la hausse du coût des fourrages, avait tou- en zone grise juridique. La pression destructrice
tefois augmenté de 9 millions par rapport à 2008. sur la forêt tropicale est renforcée par l’intensifi-
Le parcage de ces animaux nécessite d’énormes cation de l’agriculture sur tout le territoire, due
surfaces de terre : plus de 172 millions d’hectares, au développement de la culture du soja pour
soit 70 % des terres agricoles du Brésil. l’alimentation et celle de la canne à sucre pour la
Le Brésil favorise
Selon une étude par image satellite de l’Ins- fabrication d’éthanol.
les grands cheptels, titut national de recherche spatiale (INPE), Ce processus de conversion des terres doit
les pâturages à 62,2  % des terres déboisées deviennent des changer. Quelques nouvelles sont encoura-
haut rendement et pâturages pour le bétail. 21 % sont à l’abandon geantes. Le taux moyen de déforestation, autour
les hormones et recouvertes de repousses secondaires. Seules de 20  000 kilomètres carrés par an, a chuté de
4,9  % sont cultivées. On assiste à la destruction manière significative. Le gouvernement a élargi
programmée de la plus grande forêt tropicale au les zones protégées et renforcé les contrôles sur
monde dans le but de nourrir principalement du le déboisement. En raison des difficultés écono-
bétail. Malgré la baisse récente du taux de défo- miques, la demande intérieure de viande bovine
restation, l’élevage exerce encore beaucoup de est faible. Mais le gouvernement soutient les prix
pression sur la forêt tropicale. Le nombre de bo- et verse des subventions pour les grands trou-
vins au nord du Brésil s’élève aujourd’hui à plus peaux et les pâturages à haut rendement. Les re-
de 40 millions. Entre 1975 et 2006, le volume des cettes d’exportation augmentent d’environ 20  %
terres de pâturage a augmenté de 518 %. par an. Avec environ un tiers du total des expor-
Les raisons de cette hausse sont multiples. tations, la Russie est le client le plus important.
L’élevage de bovins est rentable, même dans des La part de Hong Kong a doublé en une seule an-
régions éloignées avec peu d’infrastructures. La née pour atteindre 20 %. Suite à une interdiction

Oxygène pour tous : le rôle vital de la forêt verte

Entreposage de carbone de dioxyde en milliards de tonnes, estimations Millennium Ecosystem Assessment

1990
2000
2010

42 43 45

Europe 37 37 36

Asie
60 58 56
38 39 40
Afrique 11 11 10
Amérique du nord et centrale
Océanie

110 106 102

Amérique du sud
Déforestation massive
Zone de forêt stable
Légères hausses de terres boisées

36 L’ATLAS DE LA VIANDE
Taches dans les poumons du monde

Pertes de forêts tropicales liées au déblaiement et au pâturage

FAO
Plus de
60 % des terres
déboisées sont
dédiées à l’élevage
bovin

Bétail au km2
0
1–300
> 300

Limites historiques de
la forêt tropicale

d’importation imposée par la Chine après un cas En 2014, le ministère de l’Agriculture des États-
de vache folle dans un État du sud du Brésil, une Unis prévoit 5 millions de bovins supplémentaires
grande part de ce commerce passe aujourd’hui sur les pâturages brésiliens. Des groupes de pro-
par Hong Kong. tection de l’environnement, à l’aide de données
Le Brésil n’arrive pas à fournir le tiers du vo- recueillies par satellite, ont remarqué en 2013 une
lume autorisé par le quota spécial de l’Union eu- hausse importante des zones de déforestation.
ropéenne sur les importations de bœuf de grande
qualité. Les exportateurs préfèrent du coup
approvisionner l’Asie et l’Amérique du Nord. Déboisement de la forêt : en baisse, mais toujours trop élevé
Lors de l’autorisation de la ractopamine sur les
bovins par le gouvernement brésilien en 2012, la Perte de forêt annuelle dans la région amazonienne, en km2
INPE

Commission européenne et la Russie sont restées


30.000
vigilantes. L’importation de viande porcine est
interdite dans l’Union européenne, la Russie ou la 25.000
Chine en raison de l’utilisation de cette hormone 20.000
de croissance sur les porcs. D’autres marchés
15.000
restent cependant attrayants  : 27 pays, dont les
États-Unis, le Canada, l’Afrique du Sud, la Corée 10.000

du Sud et le Japon, autorisent ces importations. Le 5.000


Brésil assure aux pays où l’hormone est interdite 0
qu’il exportera uniquement du bœuf élevé sans 1990 1992 1994 1986 1998 2000 2002 2004 2006 2008 2010 2012

l’aide de ractopamine.

L’ATLAS DE LA VIANDE 37
DES HAMBURGERS AU GLYPHOSATE
Nous finissons par consommer les résidus indésirables que laissent les pesticides,
les herbicides ou les médicaments dans la viande, le lait et les œufs. Des lacunes
dans la recherche créent une incertitude sur les effets du glyphosate sur notre corps
– un herbicide utilisé dans la culture du soja transgénique.

L
a production de masse d’animaux dans bicides, dont la grande majorité sont des variétés
l’Union européenne repose en grande par- Roundup Ready de Monsanto. En 2012, près de la
tie sur leur alimentation en soja, et spécia- moitié des cultures transgéniques dans le monde
lement le soja transgénique (OGM). Le seul effet étaient du soja Roundup Ready. Le soja résistant
«  positif  » de cette modification génétique est la au glyphosate, cultivé en Amérique du Sud et
résistance de la plante de soja au glyphosate. Un du Nord sur à peu près 85 millions d’hectares, et
herbicide non sélectif qui tue n’importe quelle principalement exporté vers la Chine et l’Union
Producteurs,
plante des champs – à moins qu’elle ne soit gé- européenne, est utilisé pour nourrir la volaille, les
habitants locaux et nétiquement modifiée pour le tolérer. porcs et les bovins dans la production intensive de
consommateurs : Le glyphosate est l’herbicide chimique le bétail.
tous sont exposés plus vendu au monde. Breveté par la société Pourquoi les mangeurs de viande devraient-ils
aux herbicides américaine Monsanto dans les années 1970, s’en inquiéter  ? Parce qu’ils pourraient consom-
il est commercialisé sous la marque Roundup. mer de faibles doses de résidus de glyphosate pré-
Monsanto, le plus grand producteur de semences sents dans les produits carnés, et que ceci remet
au monde, produit plus de la moitié du glypho- en cause l’innocuité du glyphosate. Ce qui pose
sate mondial. En 2011, celui-ci représentait 27  % problème est que le glyphosate est un herbicide
des ventes totales de la société. L’expiration du systémique. Ce qui signifie qu’il se dissémine dans
brevet hors des États-Unis en 1991 et dans l’Union toute la plante, les feuilles, les graines ou encore
européenne en 2000, a poussé Monsanto à déve- les fruits. On ne peut pas l’éliminer par lavage, ni
lopper une nouvelle stratégie pour défendre sa le faire disparaître par la cuisson. Les résidus de
part de marché. Monsanto a introduit les cultures glyphosate, qu’ils soient surgelés, séchés ou trans-
«  Roundup Ready  » génétiquement modifiées – formés, restent stables dans la nourriture et les
résistantes au glyphosate. Avec la promesse d’un pâtures pendant une année, voire plus.
programme de désherbage facile, Monsanto en- Des études menées par des industries
courage les agriculteurs cultivant le soja, le maïs montrent que si le taux de glyphosate dans les
et la betterave sucrière de type Roundup Ready, à fourrages reste dans les marges autorisées, celui
leur acheter l’herbicide adéquat. des résidus dans le lait, les oeufs, le foie et les reins,
Le soja résistant au glyphosate fait partie des reste faible. L’Autorité européenne de sécurité
meilleures ventes mondiales de cultures transgé- des aliments (EFSA) a prévu d’examiner la ques-
niques. Aujourd’hui, environ 85 % des cultures gé- tion des résidus de glyphosate dans les produits
nétiquement modifiées sont résistantes aux her- animaliers. Compte tenu de l’ampleur de l’utilisa-

Glyphosate – une accélération soudaine

Utilisation par année et par culture aux USA, Cultures résistantes au glyphosate aux USA,
USDA ERS

millions de livres/kilogrammes, par pourcentage de terre cultivée

100
2009
2008 90
2007
2006
Soja
80
2005 Maïs
2004 70
2003
2002 60
2001
2000
Maïs 50
1999 Soja 40
1998
1997 Autres 30
1996
1995 20
1994
1993 25 50 75 100 10
kilogrammes
livres 0
0 50 100 150 200 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008

38 L’ATLAS DE LA VIANDE
Acceptation et refus des cultures transgéniques

Zones de cultures OGM

FAO, centerforfoodsafety.org
Millions d’hectares

Plus de 9
3–9
1–3
0,01–1
0

Réglementation sur les aliments (OGM)


transgéniques (fourrages non compris)

Interdit

Étiquetage exigé :

 ous les produits végétaux doivent être étiquetés,


T Concerne de nombreux produits. Étiquetage non
à une exception près : jusqu’à 0,9 %, une nécessaire si le niveau de matières transgéniques
contamination est considérée « accidentelle et ne dépasse pas 1 % du produit fin
techniquement inévitable » Cultures d’OGM interdites
Produits issus d’animaux nourris avec des OGM : Quelques produits concernés, avec beaucoup dans les pays européens
aucun étiquetage (oeufs, viande, lait). d’exceptions

tion de glyphosate sur les cultures fourragères, on et augmentant le risque de cancer. Des études me-
peut, selon l’EFSA, s’attendre à « une importante nées sur les herbicides à base de glyphosate utili-
exposi­tion des cheptels au glyphosate […] qui en- sés dans la lutte contre la production de cocaïne,
traînera un report des résidus dans l’alimenta­tion en Équateur et en Colombie, ont révélé l’existence
d’origine animale », y compris la viande. de dommages génétiques et un taux de fausses
Les agriculteurs
En 1996, l’Agence américaine de protection couches plus élevé lors des périodes de pulvéri-
de l’environnement a augmenté la limite légale sation. Dans la région argentine de Chaco, où
utilisent plus de
des résidus de glyphosate dans le soja de 0,1 mg le soja est cultivé, les taux de cancer ont triplé produits chimiques,
/ kg à 20 mg / kg. Cette dose a par la suite été fixée dans les dix dernières années. Dans toutes les et les limites légales
comme taux international maximal de résidus ; ce zones de culture de soja d’Amérique du Sud, le augmentent
changements est intervenu l’année des premières taux de malformations congénitales augmente.
cultures OGM. Une étude menée au Paraguay révèle que les
L’épandage de glyphosate peut, pour diffé- femmes vivant dans un rayon d’un kilomètre au-
rentes raisons, causer d’autres problèmes. Le tour des champs pulvérisés au glyphosate, étaient
produit est, dans certaines parties du monde, deux fois plus susceptibles de donner naissance à
pulvérisé sur d’immenses surfaces de champs. Ce des bébés avec des malformations congénitales.
procédé ne tient pas compte des autres cultures
ou de la végétation aux alentours des champs de
soja. La biodiversité locale diminue par consé- Utilisation de pesticides en Argentine
quent de façon spectaculaire. En outre, le produit
chimique se répand dans les eaux souterraines. Millions de kilogrammes vendus, dont la plupart contiennent des glyphosates
REDUAS/CASAFE

Les personnes vivant dans les environs ou se trou-


vant dans la zone au moment du traitement, sont 2013
régulièrement exposées à la pulvérisation.
Ce qui peut avoir de graves conséquences. Il 2009
est prouvé que le glyphosate affecte le système
hormonal humain, qu’il est donc susceptible de 2005

provoquer des effets irréversibles à des étapes par-


2001
ticulières de la vie, comme pendant la grossesse. Il
est aussi démontré que des herbicides contenant 1997
du glyphosate sont « génotoxiques », ce qui signi-
fie qu’ils interfèrent avec la capacité d’une cel- 0 50 100 150 200 250 300 350
lule à copier et reproduire l’ADN avec précision,
conduisant à d’éventuelles mutations génétiques

L’ATLAS DE LA VIANDE 39
SURABONDANCE DE VOLAILLES :
LES POULETS PRENNENT LE DESSUS
La consommation de poulet, dans les pays développés, est supérieure à celle
de la viande bovine. La demande de poulet en Asie connaît une hausse rapide,
ce qui fait le bonheur de ceux qui ne mangent ni porc ni bœuf.

L
a production industrielle de volaille est le reste juste derrière. Une croissance moyenne infé-
secteur de l’industrie de l’élevage mondiali- rieure est prévue pour les Etats-Unis (16 %) et l’UE
sée dont la croissance et l’évolution sont les (4 %). Le changement dans la demande de viande
plus rapides. En 2020, la production mondiale de de volaille le plus spectaculaire aura lieu en Asie
volailles atteindra 124 millions de tonnes – une du Sud, où la hausse devrait être multipliée par
hausse de 25  % en 10 ans seulement. Celle de la sept d’ici 2050. La raison en est la croissance de
Chine sera la plus importante, avec une augmen- la demande en Inde, où la consommation devrait
tation de 37 % par rapport à 2010 ; le Brésil (28 %) être multipliée par dix, passant de 1,05 à 9,92 mil-
lions de tonnes par an. Selon l’Organisation des
Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture,
Volaille élevée dans les systèmes d’élevage intensif cette explosion est davantage liée à la hausse de la
consommation par habitant qu’à la croissance de
Nombres et proportions, 2005/2010 * la population.
FAO

Pourquoi les gens préfèrent-ils le poulet aux


Nombre total de volaille Part de la volaille en Pourcentage des Pourcentage autres types de viande ? Le prix en est une des rai-
(milliards) systèmes intensifs systèmes intensifs, des systèmes sons. Produire de la volaille coûte moins cher que
(milliards) région/pays intensifs, monde d’autres viandes. Même avec la hausse prévue du
7,3 5,8 79 46 coût de la production de volaille, liée à celle des
fourrages, le taux de conversion de la volaille (ou
indice de consommation) reste plus efficace que
38 celui des autres animaux. Contrairement au bœuf
5,3 4,7 90
et au porc, il existe peu de restrictions religieuses
ou culturelles sur le poulet.
Asie de l’Est et du Pacifique, dont la Chine La production de volaille évoluera en consé-
5 quence. Aujourd’hui, un grand nombre de poulets
1,2 0,6 48 sont élevés à petite échelle dans des arrière-cours.
Europe de l’Est et Asie centrale Ces petites unités risquent d’être remplacées par
12
de plus grandes. Moins de marchés d’oiseaux vi-
vants et moins de vendeurs ambulants. Les abat-
2,3 1,5 64 toirs plus grands et les points de vente remplace-
ront de plus en plus la multitude des petits lieux
Amérique latine et Caraïbes
d’abattage et de détaillants.
5 La production de volaille en Chine s’industria-
1,0 0,6 57 lise rapidement, avec 70 % de poulets de chair et de
Moyen-Orient et Afrique du Nord poules pondeuses. L’expansion des supermarchés
1,1 0,3 3 et des fast-foods, comme McDonalds et Kentucky
30
0,8 0,1 16 Fried Chicken, a contribué à stimuler la demande.
1
Asie du Sud, dont l’Inde Des millions de petits producteurs de volailles
ont disparu  ; 70 millions entre 1985 et 2005. Les
29 2 petites exploitations perdent de leur importance.
0,9 0,3
Afrique subsaharienne En 1998, les fermes de moins de 2 000 oiseaux pro-
duisaient 62 % des poulets du pays ; en 2009, elles
n’en produisaient plus que 30  %. Les immenses
28 élevages, avec un rendement annuel de plus de
4,0 3,5
100 millions d’oiseaux, sont passés dans le même
86
laps de temps de 2 à 6 %.
Pays aux revenus élevés Sur la question de la sécurité alimentaire,
la gestion de tels cheptels est loin d’être aisée.
* Classification par pays à partir de 2010, données 2005, la plus récente n’est pas disponible
Pour empêcher la propagation des maladies et
accélérer la croissance de la volaille, beaucoup

40 L’ATLAS DE LA VIANDE
Les poulets dans l’assiette

Consommation de poulets

DSW, FAO
25,3
estimée par personne, 2012, 50,1
en kilogrammes. 36,5
(Poids de la
carcasse parée)
23,6 Russie
19,1
Canada 14,0

UE-27 16,9
31,0 USA Chine Japon

Corée du Sud
2,4

Mexique 38,5 Inde 50,5


7,3
37,8 Indonésie

38,6
Brésil

Australie
Afrique du Sud

Argentine

de producteurs industriels mêlent aux aliments en 1996 chez les oies d’élevage dans le sud de la
des antibiotiques et autres additifs. La Chine dis- Chine, cette maladie s’est depuis propagée à 60
pose d’une longue liste d’interdictions d’additifs pays. La Chine signale presque chaque année des
alimentaires (dont un grand nombre sont utilisés foyers de grippe aviaire.
aux États-Unis) mais sa mise en application et la Dans les pays qui développent le secteur, la
surveillance restent faibles. En décembre 2012, la production de volaille, les marchés et les instal-
20 milliards
télévision nationale chinoise dénonçait le scan- lations de transformation sont de plus en plus
dale « du poulet instantané » lié à Liuhe, une filiale contrôlées par quelques très grandes entre- de poulets :
de New Hope, la plus grande entreprise d’aliments prises. Ces tendances affecteront tous ceux qui l’espèce d’oiseaux la
en Chine. Pas moins de 18 antibiotiques ont été vivent du secteur de la volaille. En particulier plus nombreuse
trouvés dans les « cocktails » ajoutés aux fourrages les femmes, celles qui aujourd’hui gardent la au monde
afin d’accélérer la croissance des poulets. Les oi- majorité des poulets dans leurs arrière-cours. Et
seaux peuvent, en 40 jours, passer de 30 grammes ces développements auront également une inci-
à 2,5 kg. Liuhe est l’un des principaux fournisseurs dence sur la qualité des produits que les consom-
de KFC. Yum Brands (la société mère de KFC) a été mateurs mangent.
forcé d’admettre la présence excessive de résidus
médicamenteux dans une « partie » de la volaille
fournie par Liuhe en 2010. Envolée du nombre de volailles
Le scandale a provoqué une vague d’indigna-
tion dans les médias chinois, et les ventes de KFC Milliards d’oiseaux
FAO

ont plongé. KFC a donc mis en place davantage


Poulets Oies et pintades
de contrôles sur sa chaîne d’approvisionnement.
Canards Dindes
La firme a annoncé qu’elle allait mettre en place
un « système contrôlé ». Ce modèle n’inclut pas les
petits producteurs indépendants ou les fermiers 20

sous contrat, acteurs typiques d’une industrie ver-


ticale. Le propriétaire de l’ensemble des initiatives 15

est l’entreprise de transformation de la viande,


laquelle contrôle la terre et les ressources en eau, 10
emploie les producteurs de poulets, et transforme
essentiellement les fermes en usines. 5
Pour réponse aux questions liées à la sécurité
alimentaire, la Chine, plutôt que de sortir d’un
0
modèle industriel, intensifie davantage sa pro- 2000 2002 2004 2006 2008 2010
duction de volaille, et ce malgré l’apparition de
la grippe aviaire. Détectée pour la première fois

L’ATLAS DE LA VIANDE 41
OÙ L’ÉLEVAGE DE POULETS EST
LE TRAVAIL DES FEMMES
En Afrique et en Asie, beaucoup de femmes dépendent de leur mari pour
les décisions importantes. Quelques poules, poussins et œufs leur apportent
assurance et autonomie et contribuent à l’approvisionnement en viande.

L
es chiffres concernant la production et le chose. Au mieux, ils se nourrissent eux-mêmes
commerce de l’industrie mondiale de la et exigent très peu d’investissement. Les enfants
viande à grande échelle sont impression- pouvant aussi s’occuper des oiseaux, les femmes
nants. Ne négligeons pas pour autant les petits peuvent combiner élevage de poulets et autres
producteurs locaux. Dans les pays émergents, tâches. Les petits revenus tirés de la vente des
une part considérable de la production de viande œufs et de la viande leur permettent de couvrir les
est prise en charge par les formes traditionnelles dépenses quotidiennes, comme l’achat de livres
d’élevage de bétail. Cela est particulièrement vrai scolaires, de médicaments et de sel. Les oiseaux
pour la volaille, dont une grande partie est élevée sont une sorte « d’épargne sur pattes ». Vendus ou
par des petits producteurs. Des familles élèvent abattus pour les fêtes et les enterrements, ils per-
souvent quelques poulets en plein air dans leurs mettent des achats plus importants ou de parer
arrière-cours. Des recherches systématiques ont à des imprévus. Les avantages sociaux sont, pour
confirmé l’ampleur de cette forme de produc- les femmes, tout aussi importants que les avan-
tion : au Bangladesh, 98 % des viandes de volaille tages économiques.
Par la valeur et des œufs proviennent de petits producteurs ; L’élevage d’autres types d’animaux, en par-
et 99 % en Ethiopie. Au Nigeria, le pays le plus ticulier des chèvres et du petit bétail, comme
de leur viande, les
peuplé d’Afrique, ce taux était de 94  % avant des lapins et cochons d’Inde, donne les mêmes
poulets fonctionnent l’envol des importations en provenance de avantages aux femmes. Les troupeaux de bovins
comme des banques l’Union européenne. appartiennent généralement aux hommes, les-
d’épargnes ailées En Afrique australe, 85  % des ménages quels ont tendance à se sentir responsables d’eux.
élèvent des poulets, et 70  % d’entre eux appar- Les hommes et les femmes peuvent tous deux
tiennent à des femmes. L’élevage de poulets, dans posséder des vaches laitières. Peu importe à qui
les pays où les femmes sont traditionnellement appartiennent les vaches, ce sont les femmes qui
désavantagées, est une source de revenus par- prennent soin d’elles et qui perçoivent les revenus
ticulièrement importante. Dans de nombreux de la viande lorsqu’elles sont abattues.
pays, elles ne sont toujours pas autorisées à pos- Quand elles réussissent dans l’élevage, les
séder des terres en leur nom propre, ni même femmes constituent leurs cheptels. Avec l’obten-
conjointement avec leurs époux. La plupart du tion d’un prêt auprès d’un groupe d’entraide ou
temps, elles travaillent dans les champs de leurs une institution de microfinance, elles deviennent
maris ; la parcelle, s’ils en possèdent une, est par- indépendantes. Elles peuvent acheter plus d’ani-
fois juste assez grande pour un jardin potager. Les maux, investir dans une étable ou un hangar,
hommes touchent les revenus du reste de la terre en apprendre davantage sur l’hygiène et les ali-
et le dépensent à leur guise. ments. Ces activités prenant beaucoup de temps,
Ce qui signifie que dans les sociétés tradition- elles ont besoin d’employer d’autres personnes. Si
nelles, les femmes dépendent économiquement le commerce est bon et que la situation juridique
des hommes. L’élevage de poulets à petite échelle le permet, elles peuvent acheter de la terre et
est leur travail. Les poulets n’exigent pas grand- mettre en place leur propre entreprise.

Quand les femmes possèdent du bétail, l’alimentation s’améliore

Mois d’approvisionnement adéquat, par année et type de bétail, Afrique orientale et australe Foyers où les femmes possèdent ces animaux Foyers où les

140
Bovins
98

156
Caprins
114

42 L’ATLAS DE LA VIANDE
Entre l’absence de droits et la domination du marché

Répartition du travail, prise de décision et propriété des poulets dans quatre


régions d’Afrique et d’Asie, par genre et relations familiales, en pourcentage
Assembleur
11
Détaillant
36
100
89 64
100 Prise de décision Grossiste
Ventes de volaille
80

60 Provinces du nord du Vietnam

40

20

0 Khulna District, Bangladesh


Vente d’œufs Consommation d’œuf

70 100

60 Répartition des tâches dans l’élevage de poulets 80

50
60 Répartition des tâches dans l’élevage de poulets
40
40
30
20
20
0
10 Alimentation Confinement Traitement
nuit
0
Construction Nettoyage Alimentation Arrosage Vente de Vente Soins de santé
de hangar du hangar poulets d’œufs

Foyers ruraux, division ouest-africaine, Gambie

13
7
8
53 18
27

Possession de poulets 74
Foyers ruraux à Dodoma, Tanzanie
Possession de poulets

9 15

Femmes
Achat et vente de poulets Hommes
76 Enfants
Famille
Femmes et enfants
Femmes et hommes
FAO

femmes n‘en possèdent pas 98 Nombre de repas incluant cette viande


ILRI

208
Poulets
exotiques 166

125
Poulets locaux
109

L’ATLAS DE LA VIANDE 43
EN AFRIQUE, L’IMPORTATION D’AILES
DE POULET DÉTRUIT LES ENTREPRISES
La transformation des dérivés de l’abattage en aliments destinés aux animaux est
interdite aux entreprises européennes de volaille. Dès lors elles les exportent à bas
prix vers les pays en développement.

P
our une grande partie de la population dans le développement d’une production semi-in-
des pays en développement, manger de la dustrielle de volaille et de porc.
viande est un luxe. Sur les marchés locaux, Les petits producteurs ont également été sou-
le coût d’un kilo de viande varie de trois à sept tenus par des donateurs étrangers et des prêts éta-
euros – le salaire de plusieurs jours. En revanche, tiques bon marché. La situation était alléchante :
la consommation de viande des classes moyennes une demande de viande en hausse et une stabilité
Le poulet urbaines est en hausse. Pour les mieux lotis, la des prix dans les villes à un niveau élevé. Comme
consommation de viande est un symbole de à la fin des années 1980, l’approvisionnement en
vendu à bas prix
réussite. Toutefois, les gens qui consomment viande bovine des éleveurs sur les marchés lo-
au Bénin parvient de la viande le font la plupart du temps dans caux dans toute l’Afrique était faible ou de courte
à moitié congelé un cadre festif. durée. Ce qui explique l’attrait pour l’aviculture.
au Nigeria La consommation de viande reflète l’écart Toutefois, au moment où le Ghana rejoint l’Orga-
économique entre les pays développés et les nisation mondiale du commerce, les importa-
pays émergents. Le besoin en protéines des popu- teurs inondent le marché de viande congelée et
lations dans les pays développés est pour plus de la bon marché, en provenance d’outre-mer.
moitié (56 %) satisfait par des produits carnés alors Quelle est la cause de cette inondation de
que dans les pays en développement, la viande viande au Ghana et d’autres pays de l’Afrique de
ne répond qu’à 18 % de ce besoin. Une des consé- l’Ouest  ? Aucun subside pour l’exportation de
quences de la crise de la dette des années 1980  : volaille n’existait en Afrique, excepté en Angola.
la pression exercée par la Banque mondiale et le À l’image des subventions régionales à la produc-
Fonds monétaire international sur les privatisa- tion d’aliments en Europe, ou des programmes
tions et les réductions des dépenses publiques, ont de soutien aux nouveaux bâtiments agricoles,
forcé les gouvernements à supprimer leur soutien certaines subventions de l’UE ont contribué au
à la production alimentaire. Afin d’améliorer dumping commercial. Elles restent moins impor-
les approvisionnements en protéines pour leurs tantes dans la production de volaille que dans
citoyens, un certain nombre de pays ont investi d’autres secteurs agricoles. Le déclencheur en est

Les grands importateurs de volaille en Afrique

en milliers de tonnes
indexmundi/USDA

Angola Bénin Congo RD du Congo Ghana Afrique du sud Importations totales de volaille
en Afrique
300

250 NA
1.300
200 1.254

150
995
763
100
680 705
513 612
50

0
2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013

Pays 2013 : estimation. Afrique 2012 : révision de la FAO, Afrique 2013 : non disponible

44 L’ATLAS DE LA VIANDE
Des éleveurs affamés

FAO
Éleveurs, en millions, 2010

+0,41 -2,05
+3,75
17 12 170

Europe de l’Est
et Asie centrale 50
258
-1,42
Asie orientale
105
+3,35
+4,62
106 +0,89
23 7
13
dont la Chine
Moyen-Orient 328
et Afrique dont l’Inde
-1,48 219 du Nord
28 160
10

Amérique 150
centrale et latine
Afrique
subsaharienne

Asie du Sud

En dessous du seuil national de En dessous de Variation annuelle de la part d’éleveurs pauvres


pauvreté pour les zones rurales 2 dollars/jour 2000-2010, en pourcentage

l’encéphalopathie spongiforme bovine (ESB), ou caux n’ont aucun moyen de rivaliser. Les prix de
maladie de la vache folle. En 1996, l’Union Euro- gros de ces morceaux de poulet importés dans les
péenne a restreint l’utilisation des farines ani- capitales comme Accra ou Monrovia sont si faibles
males dans l’alimentation des animaux, avant de que les producteurs locaux ne couvrent que la
l’interdire définitivement. moitié de leurs coûts de production. Aucun pays
Ce qui a provoqué l’essor des exportations. émergent n’a encore réussi à imposer l’interdic-
Sur les marchés européens, les différentes parties tion de ces pratiques de dumping par le biais de
d’un poulet ont des niveaux de rentabilité diffé- l’Organisation mondiale du commerce.
rente. Les filets par exemple financent toutes les Les États « fragiles » qui se remettent de guerres
autres parties de la volaille, y compris les cuisses civiles, comme le Libéria, le Congo et la Sierra Outre les
et les ailes. Pour le producteur, à l’exception de la Leone, commencent tout juste à investir dans
filets de poulet,
poitrine, tout est déchet. L’industrie alimentaire leur agriculture. Mais à cause de ces importa-
avait l’habitude de transformer toutes ces ma- tions bon marché en provenance d’Europe, rien n’a de valeur
tières riches en protéines en aliments. L’interdic- ils n’investissent pas dans l’élevage. Certains dans la riche
tion a éliminé ces produits dérivés du marché, et pays, le Cameroun, le Sénégal et le Nigeria, ont Europe
les producteurs ont même dû les détruire à leurs réussi à limiter les importations. Ce qui a attiré
propres frais. les contrebandiers qui, durant la semaine que
Mais aujourd’hui apparaissent de nouveaux durent les transports, obtiennent des pays voi-
clients. Des exportateurs s’arrachent ces mor- sins, comme le Bénin, les morceaux de poulet en
ceaux de poulet à très bas prix, congelés, en pro- provenance de l’UE. Dans les zones où ces impor-
venance directe de l’abattoir, et parfaitement tations n’existent pas encore, la volaille est une
appropriés à la consommation humaine. Une fois source de revenu stable pour de nombreux petits
déduits les coûts d’expédition vers l’Afrique de agriculteurs, en particulier les femmes. Au Ghana
l’ouest, ils peuvent encore être vendus 60 % moins et au Bénin, en revanche, l’industrie du poulet est
cher que les poulets locaux. Les producteurs lo- loin d’avoir disparu.

L’ATLAS DE LA VIANDE 45
INQUIÉTUDE DANS LES PAyS RICHES
Dans les pays développés, la demande de viande est à son apogée et commence
à baisser lentement. Les scandales dans l’industrie alimentaire renforcent
les inquiétudes des consommateurs sur la salubrité des aliments. Les clients sont
perplexes. Et le produit n’est pas forcément meilleur.

D
ans les pays industrialisés, la production et ce qu’elle considère être « une propagande contre
la consommation de viande ont traversé ces la viande ». En 2012, la consommation de viande
50 dernières années une époque charnière. annuelle par personne en Allemagne a baissé de
Au Royaume-Uni, en 1950, une personne consom- plus de 2 kg. L’industrie a rapidement mis cette
mait en moyenne quelque 20 grammes de poulet baisse sur le compte des intempéries et la diminu-
par semaine, et 250 grammes de viande de bœuf. tion des grillades estivales.
Aujourd’hui, elle mange 250 grammes de poulet Il s’agit sans doute d’un facteur, mais il semble
et seulement 120 grammes de bœuf. malgré tout que les consommateurs des pays
Le choix : Dans la plupart des pays industrialisés tou- industrialisés commencent à prêter attention à
tefois, il semble y avoir une double tendance. la qualité de leur viande. Un plus grand nombre
de la viande bon Un petit nombre de gens mangent moins d’entre eux s’interrogent sur son origine, son type
marché ou des de viande  : les régimes alimentaires sains et de production, son hygiène. Aujourd’hui, certains
produits éthiques pauvres en viande sont devenus à la mode. En articles de magazines vantent la modernité et les
mais plus chers revanche, beaucoup d’autres n’ont pas accès à bienfaits des régimes pauvres en viande. Une série
une alimentation fraîche et de bonne qualité et de scandales est sans doute une des raisons à l’ori-
ne peuvent pas forcément choisir entre un régime gine de cette tendance. Les consommateurs mé-
avec ou sans viande. fiants ne croient pas aux systèmes de contrôle et
Dans les pays industrialisés, la consomma- n’ignorent plus les effets négatifs de l’industrie de
tion de viande a tendance à stagner, même si elle la viande sur l’environnement, la santé humaine
reste généralement élevée. Dans certains d’entre et le bien-être animal.
eux, pour la première fois depuis des décennies, En réponse à cette baisse, les fournisseurs de
la consommation de viande a même diminué. produits carnés ont développé des labels mar-
L’industrie de la viande aux États-Unis s’inquiète keting afin d’informer les consommateurs sur
énormément de la baisse de 9 % de la consomma- certaines normes de bien-être pour l’animal et
tion entre 2007 et 2012. Elle se sent menacée par sur celles liées à la sécurité alimentaire. Alors

Consommation de nourriture par groupes de pays

Kcal par personne et par jour

WHO, FAOSTAT
Produits végétaux et carnés Pays industrialisés Pays en développement

2.947 3.065 3.206 3.380 3.440 3.500

2.054 2.152 2.450 2.681 2.850 2.980

1964–66 1974–76 1984–86 1997–99 2015 2030


estimation estimation

Produits uniquement d’origine animale Pays industrialisés Europe États-Unis Pays moins développés (cette année là) Chine

1,200

1,000
1.005 1.049 1.013
929 971 977 958 964
800 923 925 694
833 976 594
600

400

132 141 191 160 178


200 90
0
1963 1983 2003 2009

46 L’ATLAS DE LA VIANDE
La demande des pays riches est rassasiée

Consommation de viande par habitant, kilogrammes, moyenne 2010–12 (estimation) et 2022 (prévision)

OCDE/FAO
33,7
32,6
32,3
31,7
20,2
16,7 15,3
18,2 21,2 12,8
15,8 14,9
20,8 12,7
45,6 6,8 7,3 0,2 0,2
0,9 0,8 44,4 11,1
11,0 Japon
Canada 2,0 1,7

Union européenne 39,6


38,8
26,5
24,7 21,1
20,8
22,9
21,5
22,1
20,0
0,4 0,3

USA 8,6
8,4 32,5
31,6
Australie
2010–
2012 2022 19,1
16,8 15,7
Bœuf, veau 15,5
Charcuterie 10,2
Volaille 8,8
Ovins, caprins
Nouvelle Zélande

que ceux-ci pourraient plus simplement adopter ner, alors qu’un régime plus végétarien ou pauvre
certains systèmes de certifications. Des organisa- en viande s’avérerait bien moins onéreux.
tions de la société civile ont déjà prévenu que ces Pour que la production de viande devienne
nouvelles «  normes  » ne feraient que perturber durable, il faut que les classes aisées en consom-
les consommateurs et ne contribueraient pas à ment moins. Il faut aussi nous alimenter différem-
l’amélioration de la qualité de la viande. Le « bio » ment, passer à la production et la consommation
serait une alternative prenant en considération de viande d’animaux élevés en pâturage. L’équi- Il est plus facile,
la défiance des consommateurs. Les animaux éle- libre de graisses et d’oligo-éléments est plus
vés ainsi ne sont pas nourris avec du soja transgé- sain chez ces derniers que chez ceux nourris
dans un monde
nique. Un large pourcentage de leur alimentation aux grains. Et ils peuvent également transfor- industrialisé, d’avaler
doit provenir de la ferme d’élevage  ; les antibio- mer une substance que nous ne mangeons pas, un hamburger
tiques sont totalement interdits ou autorisés sur à savoir l’herbe, en lait et en viande. qu’une salade
la base de sévères restrictions. Malgré cela, moins
de 2 % de la viande vendue dans la plupart des pays
industrialisés est d’origine biologique. Après l’apogée aux USA
Le prix en est peut-être l’une des raisons  : la
production de viande biologique coûte environ Consommation de viande par habitant, kilogrammes,
CME

deux fois plus cher. La viande conventionnelle sans déchets et aliments pour animaux domestiques.
est moins chère parce qu’une partie de ses coûts 2013 et 2014 : estimations
85
est cachée au public, tout comme les avantages
fiscaux dont bénéficient les agriculteurs indus-
80
triels, les coûts environnementaux externes, ou
les dommages causés aux consommateurs par
75
des régimes alimentaires de mauvaise qualité. A
notre époque, où la pauvreté croît et l’écart entre
70
riches et pauvres ne cesse d’augmenter, un grand
nombre de personnes a du mal à dépenser davan-
tage pour l’alimentation. La pression créée par ce 0
1966 1978 1990 2002 2014
mode de vie nous fait perdre le goût des légumes.
D’ailleurs, nous ne savons plus comment les cuisi-

L’ATLAS DE LA VIANDE 47
UN DEMI-MILLIARD DE NOUVEAUX
CONSOMMATEURS, DE RIO À SHANGHAI
Le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du sud – le BRICS – sont cinq
grands pays émergents partant de bases différentes. Confrontés aux modes de
consommation occidentaux, ils pourraient très bien ne pas s’y retrouver.

L
a croissance économique au sein du BRICS, de fermes industrielles, comme dans les pays in-
le groupe formé des initiales des cinq plus dustrialisés dans les années 1950. La question de
grands pays émergents, se reflète dans leur l’alimentation de tous ces animaux se pose. Pro-
consommation de viande. Ensemble, ils représen- duire de la viande exige d’immenses quantités de
tent 40 % de la population mondiale. Leur consom- céréales fourragères, y compris du soja, dont la
mation de viande a augmenté, entre 2003 et 2012, production annuelle devrait à peu près passer de
de 6,3 % par an. Et une croissance annuelle supplé- 260 à 515 millions de tonnes.
mentaire de 2,5 % est prévue entre 2013 et 2022. Les habitudes de consommation des deux pays
En Inde,
La hausse de la consommation de viande les plus peuplés au monde diffèrent sensiblement.
“Non-veg” est est une conséquence de la croissance démo- En Inde, le mode de vie végétarien est profondé-
devenu symbole graphique et de celle de l’urbanisation. En ment ancré culturellement et socialement. Des
d’un statut social général, les citadins disposent de plus de reve- sondages indiquent que 25  % des Indiens, voire
élevé nus que la population rurale. Ils mangent da- plus, se déclarent végétariens. Mais le nombre de
vantage et différemment de leurs cousins de la mangeurs de viande augmente avec l’émergence
campagne. Ils ont tendance à consommer plus de d’une classe moyenne qui, depuis le boom éco-
produits carnés. En 2011, les paysans chinois ont nomique du début des années 1990, aspire à un
consommé 26,1 kg de viande, de lait et d’œufs, mode de vie occidental consommateur de viande.
soit 12,4 kg de plus qu’en 1990. Leurs homologues L’appellation «  Non-veg  », en Inde, est devenu
urbains en ont, quant à eux, consommé 48,9 kg, le symbole d’un statut social parmi les couches
soit une hausse de 19,1 kg. Selon l’Organisation de la population. La consommation de viande y
des Nations Unies pour l’alimentation et l’agricul- reste néanmoins faible – inférieure aux 10 % de la
ture, d’ici 2050, les marchés émergents couvriront consommation en Chine par personne.
46 % de leur apport calorique grâce aux céréales ; En Russie, le plus grand importateur mondial
et 29 % par la viande, les œufs, le lait et le fromage. de bœuf, la demande dépend de la prospérité liée
Pour répondre à cette demande, les agricul- au pétrole et des recettes d’exportation de gaz.
teurs et les entreprises agricoles du monde entier L’adhésion du pays à l’Organisation mondiale du
devront augmenter leur production de 300 à 470 commerce en 2012 n’a pas du tout stimulé le com-
millions de tonnes de viande d’ici 2050. Ce qui merce. Il est dit que le respect strict des règles de
suppose la mise en place d’un plus grand nombre l’OMC ralentit la volatilité des flux commerciaux,

La volaille en Chine et en Inde : déterminée davantage par le mode de vie que par la croissance de la population

Demande de viande de volaille, 2000 - 2030, en pourcentage, avec une population estimée à 1,4 milliard
FAO

en 2000 en 2030 Attribuable à la croissance de la population Attribuable au changement de mode de vie


Croissance due aux deux à la fois
population population

1,4 1,4
11 11 5 27
1,2 1,2
78
1,0 1,0
68
0,8 0,8

0,6 Chine 0,6 Inde


0,4 0,4

0,2 0,2

0 Consommation par habitant 0


0 2 4 6 8 10 12 14 16 18 (kg/an) 0 2 4 6

48 L’ATLAS DE LA VIANDE
Une forte augmentation de la demande dans les pays en développement

Consommation de viande par habitant, kg, moyenne 2010-12

OCDE/FAO
(estimation), et 2022 (prévision) dans les pays du BRICS (Brésil, 29,2
Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) 24,2
22,5
19,7
34,1
14,2
13,6 29,2

1,2 1,5
47,0
Russie
41,5 13,6
11,1
2,7 2,7
45,2 3,4 3,8
30,4
29,3 Chine

1,0 1,2 0,2 0,2 2,0 2,6 0,6 0,7


32,2
Inde
12,3
11,1
0,4 0,4
14,4
Brésil
12,6

5,4 5,8
3,2 3,4
2010– Afrique du Sud
2012 2022
Bœuf, veau
Viande de porc
Volaille
Ovins

soit à partir des pays fournisseurs de viande, soit parition. En Inde, des études de marché prévoient
en termes de quantités et variété de produits. une multiplication par cinq des ventes de tous les
Par ailleurs, le secteur de la transformation ré- produits bio, passant ainsi de 190 millions en 2012
pondant lentement aux nouvelles tendances de à 1 milliard de dollars en 2015. Les ventes au Bré-
consommation rend le marché russe difficile. sil ont atteint 550 millions de dollars en 2011. En
L’offre ne répond qu’à une demande faible et Chine, où les exigences de certification pour les
n’est donc pas rentable. D’un point de vue éco- produits biologiques sont parmi les plus strictes
nomique, l’Afrique du Sud et le Brésil dépendent au monde, les ventes devraient varier entre 3,4 et
aussi du prix mondial des matières premières. 9,4 milliards de dollars à partir de 2015.
Pourtant la production animale dans ces pays,
contrairement à la Russie industrialisée, n’est pas
minime. Bien après la fin de l’apartheid, les rela- Russie : la consommation en crise
tions économiques dans de nombreuses commu-
nautés d’Afrique du Sud se basaient sur l’élevage Consommation de produits carnés, en calories, par jour, par habitant, lait et œufs inclus.
FAOSTAT

et la viande, pas uniquement comme élément


800
commercial, mais aussi comme moyen de paie-
ment. Si, au Brésil, la viande est bon marché, elle 750
est onéreuse en Afrique du Sud. À la suite de plu- Les revers
de la crise
sieurs crises économiques, la demande croissante 700
financière ont
de viande est presque entièrement limitée au Une inflation duré jusqu’en
élevée détruit 2011
650
poulet bon marché. l’épargne privée ;
des conglomérats Le boom pétrolier
A cause de la grippe aviaire, du lait conta- et gazier stimule les
600 industriels
miné, des porcs morts retrouvés dans les rivières, anciens en crise dépenses publiques
et renforce la
de nombreux consommateurs asiatiques ont ou- 550
La crise bancaire a une
confiance des
incidence sur
vert les yeux sur l’industrie de la viande- comme l’investissement étranger ;
entreprises privées.

cela s’est produit dans les pays industrialisés. 500 réapparition de l’inflation

La demande en produits alimentaires bios est


0
en hausse. Dans les grandes villes, de nouvelles 1992 1994 1996 1998 2000 2002 2004 2006 2008
chaînes de magasins de détail et des rayons d’ali-
mentation bio dans les supermarchés font leur ap-

L’ATLAS DE LA VIANDE 49
L’ÉLEVAGE URBAIN BOUDÉ
Nombreux sont ceux qui voient un oxymore dans l’expression « élevage urbain ».
L’élevage n’est-il pas une activité rurale ? Les villes ne doivent-elles pas interdire
le bétail à cause de l’odeur, du bruit et de la pollution ? Pourtant l’élevage en
milieu urbain est, pour de nombreux habitants, un moyen crucial de subsistance.

D
ans de nombreux pays émergents, l’élevage Dans de nombreuses villes africaines et asia-
d’une grande variété de bétail se pratique tiques, le lait pasteurisé est cher et difficile à se
au sein de la ville. Les lapins, les cochons procurer. Et les personnes préfèrent souvent le
d’Inde et la volaille font partie des animaux de lait frais à la variété des laits pasteurisés. Pour
petite taille. Ils donnent de la viande ou des œufs s’approvisionner en lait frais, les habitants des
que leurs propriétaires mangent ou vendent. Les villes élèvent de plus en plus souvent des bo-
Parfois dans animaux de taille moyenne, comme les mou- vins, des buffles et des chameaux. Les citadins
tons, les chèvres et les porcs, sont élevés entre pauvres élèvent aussi des chevaux et des ânes
les villes, l’élevage les habitations, dans les cours et sur le bord des comme moyens de transport. Beaucoup d’entre
de vaches laitières routes. Ils servent principalement à fournir de eux n’ayant pas les moyens de s’acheter un véhi-
est la seule source la viande. Les musulmans abattent les moutons cule automobile, le transport par chariots est un
de lait frais – mâles de préférence – lors de fêtes religieuses, moyen de gagner sa vie. Tirés par des chevaux,
en guise de sacrifice. Le prix du mouton aug- ceux-ci servent de taxis dans les petites villes éthio-
mente fortement à l’approche du jour solennel. piennes. Les ânes sont utilisés pour le transport de
La seule façon pour les ménages les plus pauvres matériaux, même dans la capitale Addis-Abeba.
de se payer un animal pour cette occasion est de La gestion et l’alimentation des animaux éle-
l’acheter plusieurs mois à l’avance, quand les prix vés dans les villes sont très variées. Les bovins, les
sont bas, de le garder chez eux et de le nourrir moutons et les chèvres sont souvent parqués dans
jusqu’au grand jour. des arrière-cours ou des terrains vagues. Ils sont

Pays émergents : un panorama de la production informelle

Exemples recueillis de 1985 à 2008

BANQUE MONDIALE, FAO


6 500 bovins et buffles,
3 700 porcs officiellement
On estime que (nb de porcs estimé :
25 000 bovins, 120 000), et
1 500 bovins,
9 500 porcs et 5 700 ovins, caprins
22 600 porcs et
53 000 ovins et 11 % des ménages
19 300 ovins et
caprins produisent du bétail
caprins vivant
dans la zone vivent en ville
métropolitaine
63 000 porcs
vivent dans la ville Kathmandu
Mexico City La Havane Dhaka
Hubil-Dhawad

Cagayan de Oro
4 000 bovins,
Nairobi 80 % des habitants de 12 400 porcs
15 000–20 000 Dhaka sont signalés
Dans certaines zones de et 3 250 caprins
Porcs contribuent Dar es Salaam comme gardant du bétail
bidonvilles, à peu près en ville
Lima à 6 % de la production
48 % des ménages font de nationale de viande
l’agriculture urbaine, Harare
La Paz de porc
majoritairement dans l’élevage
de petit bétail
Maputo
Plus d’un tiers des
ménages gardent du 16 % de la consommation de lait
Montevideo bétail, surtout des poulets en ville provient de la production
mais aussi des lapins, des urbaine
Jusqu’à 55 %
pigeons, des canards et 44 % de la production périurbaine
des ménages élèvent
du petit bétail pour des dindes 29 % des ménages
leur propre consommation élèvent du bétail

50 L’ATLAS DE LA VIANDE
Pays développés : le retour du bétail en ville

Résultats d’une étude réalisée aux USA en 2011. 134 personnes sondées.

PLUCKANDFEATHER.COM
Raisons de l’élevage, Fréquence de la consommation de viande, Impact sur les voisins
en pourcentage en pourcentage
Consolidation de la Nuisance sonore
20
2 communauté Odeur
12
Bruits des animaux Crainte de
13 15 Engagement blessure/maladie
44 multigénérationnel
1 32
2 44 10
Éducation
4
5

Meilleure source de viande Coût depuis le début de l’élevage


Éducation Écologie Moins de viande Plus 0
Consolidation de la communauté Culture Inchangé Positif Négatif

en pâturage le long des routes et près des voies fournir une occupation utile. Selon les chercheurs
ferrées. Les pauvres laissent leurs poulets man- sociaux, l’élevage urbain stimule la confiance en
ger dans les poubelles dehors, ou les gardent en soi, le désir d’apprendre et fournit du travail aux
cages. Qu’ils paissent ou fassent les poubelles, jeunes qui vivent dans les bidonvilles des grandes
les animaux mangent de la végétation dans des villes, comme New York.
parcelles non occupées et consomment ordures, Néanmoins, quand les gens et les animaux
restes de nourriture et « pertes » organiques dans vivent proches les uns des autres dans les villes,
les rues. le risque de maladie augmente très fortement.
Quelle est l’importance de l’élevage urbain  ? Cela ne se limite pas à la grippe aviaire. Au cours
Celui-ci étant surtout informel et souvent illégal, des 10  000 dernières années, cette interaction
la réponse n’est pas simple. À Kibera, le plus grand entre personnes et animaux d’élevage a favorisé
bidonville de Nairobi, au Kenya, près de 70  % des la résurgence de maladies humaines comme la
ménages pratiquaient l’agriculture urbaine dans grippe, la variole, la peste, la rougeole, la tuber-
les années 1980 et, par la force des choses, un culose et le choléra. De bonnes pratiques vétéri-
grand nombre d’éleveurs n’étaient pas réperto- naires devraient réduire l’incidence des maladies
riés. Vingt ans plus tard, la densité de l’espace animales et le risque de transmission à l’homme.
d’habitat urbain rendait la culture presque impos- Pour quelles raisons autoriser l’élevage ur-
sible. En revanche, l’élevage de volaille et de porcs bain  ? Il s’agit d’abord d’une importante stra- Une
perdure, même dans ces zones urbaines très en- tégie permettant de sortir des crises écono-
combrées. Les animaux prennent moins de place miques. L’élevage transforme aussi les déchets
importante
que les cultures. en ressources et permet la production de stratégie permettant
Les pauvres ne sont pas les seuls à élever du viande, de lait et d’oeufs. Dans les sociétés où de sortir des crises
bétail dans les villes. À Addis-Abeba, les ménages les animaux jouent un rôle culturel important, économiques
possèdent en moyenne neuf animaux. Quant aux il revalorise le statut social et l’estime de soi des
plus pauvres, ils gardent plutôt de la volaille et gens pauvres. Enfin, il est crucial pour la sécurité
quelques moutons ou chèvres. Consommer leurs de groupes vulnérables, comme les personnes
propres animaux lors de circonstances spéciales âgées ou les ménages dirigés par des femmes.
est, pour ces familles, parfois la seule occasion de
manger de la viande.
L’élevage urbain croît généralement lorsque Population rurale et urbaine
les temps sont durs. Lors des derniers bouleverse-
ments politiques en Ouganda, le nombre d’ani- Population dans le monde développé et émergent,
BANQUE MONDIALE, FAO

maux dans la ville de Kampala a explosé. En Asie en millions


Rurale, émergent Urbaine, émergent
centrale, suite à l’effondrement de l’Union sovié- Rurale, développé Urbaine, développé
tique, un plus grand nombre de citadins s’est lancé 5.000

dans l’élevage d’animaux. Les villes européennes 4.000


3.000
ont connu la même situation après la Seconde
2.500
Guerre mondiale. Le développement de l’élevage 2.000
urbain est, semble-t-il, le signe d’une détresse éco- 1.500
nomique et d’une crise politique. 1.000
Dans les pays développés, l’élevage urbain 500

dans son sens le plus large inclut l’apiculture, la 0


1950 1960 1970 1980 1990 2000 2010 2020 2030
pisciculture et la production de compost. Son ob-
jectif principal étant de générer des revenus et de

L’ATLAS DE LA VIANDE 51
DE BROUSSAILLE À PROTÉINES
Dans le monde, une grande partie de l’élevage de bétail, de sa viande, du lait et
des œufs sont entre les mains de producteurs non-industriels. Beaucoup d’entre eux
élèvent leurs animaux sur des terres inadaptées à la culture, en optimisant l’usage
des ressources locales. Leur survie est pourtant de plus en plus menacée.

P
lus de 40  % des terres sur notre planète de base. De courts séjours dans chaque lieu favo-
sont trop arides, trop montagneuses, trop risent le renouvellement de la végétation et le
chaudes ou trop froides pour permettre maintien du niveau de parasites au plus bas. Dans
les cultures. Ces zones présentent un avantage ces zones pastorales, des dispositions spéciales ré-
stratégique pour les éleveurs : la conversion, par gissent l’accès à la terre et l’eau. Les Borana du sud
les animaux, de la végétation locale en nourri- de l’Ethiopie, par exemple, disposent d’un réseau
ture et énergie. Leurs méthodes de production complexe d’institutions et de comités qui super-
doivent s’adapter aux conditions locales ; celles- visent les déplacements de troupeaux et coor-
Les éleveurs
ci exigent l’élevage de races spécifiques, une donnent l’utilisation des ressources avec d’autres
pratiquent compréhension approfondie des besoins des groupes transhumants de la région.
l’élevage sur des animaux et de la situation locale. Ce qui en fait La transhumance est plus productive à l’hec-
terres inadaptées des méthodes durables. tare que l’élevage en ranch, et plus rentable que
à la culture Les éleveurs pastoraux sont des experts en d’autres types d’utilisation des terres, plus inten-
la matière. Ce sont des bergers transhumants sifs. Pourtant les systèmes pastoraux rencontrent
qui s’occupent, sur les mêmes terrains, de grands de plus en plus de difficultés à cause des restric-
troupeaux de bovins, de moutons, de chèvres, de tions migratoires incluant notamment l’expan-
chameaux, de rennes, de yaks, de lamas et d’alpa- sion des cultures, la privatisation et les fermetures
gas. Leurs races, développées au cours des siècles, de terrains auparavant ouverts, de même que les
sont bien adaptées à la végétation clairsemée dans restrictions gouvernementales sur la transhu-
les zones arides, aux bords des routes, dans les mance.
champs moissonnés et autres environnements ra- Dans des zones un peu plus favorables, les pe-
boteux. Grâce à la transhumance, ces éleveurs ont tits agriculteurs combinent culture et élevage de
survécu pendant des siècles dans les régions les bétail. Ils possèdent ou louent quelques hectares
plus inhospitalières sans épuiser leurs ressources pour les cultures et font paître leurs animaux sur
des terres communes. Ils utilisent les ressources
locales et se procurent parfois des intrants comme
Viande et lait issus des pâturages saisonniers compléments alimentaires. Leur bétail se com-
pose de races locales ou issues de croisements avec
Part mondiale en pourcentage. 2000/2010* des races dites à haut rendement. Ils laissent leurs
ILRI/Herrero

animaux récupérer les ordures (par ex. les poulets


de basse-cour), les mettent en troupeau le long des
9 7 routes et dans les champs moissonnés (moutons,
13 chèvres, bovins, buffles) ou donnent les fourrages
15
aux animaux gardés dans des enclos et des étables
50 Bœuf 59 Lait (vaches laitières et buffles, moutons, chèvres, etc.).
17 Les petits exploitants recyclent les nutriments
19
dans leurs fermes. Ils alimentent le bétail avec les
4 résidus de récolte et utilisent le fumier des ani-
7
maux comme engrais dans les champs et comme
carburant. Ce qui, avec la main-d’œuvre familiale,
leur permet de réduire leurs coûts de production
Agro pastoral (production semi- et d’avoir un bon rapport coût-efficacité. Le coût
nomade en pâturages saisonniers) du bétail produit par unité est moindre que sur les
28 Extensif mixte (cultures et élevage) grandes exploitations. Ils n’ont, en revanche, pas
28
Intensif mixte (cultures et bétail, les moyens de rivaliser avec celles-ci en raison du
Agneau irriguées)
petit volume de leur production.
Autre
5 Les données sur le nombre d’éleveurs pasto-
18 Pays développés
raux et de petits exploitants agricoles sont plutôt
21 vagues. Plus de 45 groupes définis comme pasto-
* Données : 2000. Année de publication : 2010
Données plus récentes non disponibles raux sont enregistrés dans plus de 40 pays. Mais
il est fort probable que l’élevage pastoral appa-
raisse dans un plus grand nombre de pays, sous

52 L’ATLAS DE LA VIANDE
Éleveurs pastoraux dans le monde

Élevage, par pays et par espèces majeures. Exemples choisis

FAO
Bétail Ovins Caprins Dromadaires Chameaux de Ânes, Yaks Buffles Rennes Lamas Vigognes
Bactriane chevaux

une forme ou une autre. Le nombre d’éleveurs lement suivis par les moutons transhumant sur le
pastoraux à travers le monde, selon des orga- continent européen sont parmi les lieux les plus
nismes internationaux, s’élève de 120 à 200 mil- riches en biodiversité. Les troupeaux de moutons
lions. Celui des petits exploitants agricoles dans aux Pays-Bas contribuent à maintenir les digues ;
les pays émergents atteint 500 millions pour un en Allemagne, ils empêchent les paysages ouverts
nombre global de 600 millions. La plupart d’entre – ceux qui attirent les touristes – de se transformer
eux possède au moins du bétail. en forêt.
Selon l’Initiative mondiale pour un pasto- Éleveurs pastoraux et petits exploi­tants ne
L’autorisation
ralisme durable, les éleveurs pastoraux produi- font que peu de lobbying auprès des milieux
saient en 2006 65 % du lait éthiopien – sans comp- politiques. Au contraire, on leur conseille for- de suivre les
ter leur propre consommation – et contribuaient tement d’adopter les nouvelles technologies routes ancestrales
à hauteur de 9 % au produit intérieur brut (PIB) du et d’augmenter leur production. Alors que ce de migration est
pays. En Ouganda, leur contribution s’élevait à dont ils ont besoin est une reconnaissance et indispensable
8,5 % du PIB, au Mali 10 % et, en Mongolie, à envi- une législation qui autorise la transhumance
ron 30 %. L’apport des éleveurs pastoraux dans le ainsi qu’une garantie d’accès aux ressources, à
PIB agricole de leurs pays respectifs s’élevait à 80 % l’information et aux marchés. Ils devraient obte-
au Soudan, au Sénégal et au Niger, et atteignait nir une juste rétribution de leurs services dans la
les 50 % au Kenya. gestion du paysage et la conservation de la bio-
Non seulement les éleveurs pastoraux et petits diversité. Si l’ensemble des éleveurs pastoraux et
exploitants produisent beaucoup de nourriture, petits agriculteurs ne souhaitent pas forcément
mais ils protègent aussi l’environnement et pré- perpétuer ce mode de vie, ceux qui le désirent
servent la biodiversité. Les sentiers traditionnel- doivent en avoir la possibilité.

L’ATLAS DE LA VIANDE 53
À LA RECHERCHE DE LA QUALITÉ
Dans les pays riches, les consommateurs avertis font face à un dilemme. Ils veulent
de la viande de qualité, produite de manière éthique et respectueuse
de l’environnement. Mais comment assurer cela de la meilleure manière ?

L
e premier «  hamburger cultivé en labora- systèmes. Cette tentative est en réalité une sorte
toire  » a été consommé à Londres en août de nouveau point critique dans l’aliénation des
2013. Une substance fabriquée, dans une personnes par rapport à leurs sources d’alimen-
boîte de Pétri, à partir de cellules souches de pro- tation et aux cycles de la nature dont nous faisons
téines provenant d’un animal vivant. Comme le tous partie. Une alternative plus bénéfique serait
La viande revendiquent les producteurs, beaucoup d’ef- une baisse de la consommation et une agriculture
forts ont été réalisés pour le goût, la couleur écologiquement saine.
de laboratoire ne
et la texture de la viande, afin qu’on ne puisse Une telle alternative produit non seulement
nous pose peut-être pas, lors d’un test aveugle, la distinguer de la des aliments nutritifs, mais préserve aussi l’agri-
pas de dilemme mais véritable viande. L’idée est de faire bénéficier culture comme source de revenus et comme mode
ignore l’écologie le consommateur de la protéine, de la saveur et de vie. Cependant la lutte des agriculteurs fidèles
de la texture de la viande, sans pour autant nuire aux méthodes écologiques, en vue de rivaliser
à l’animal ni à l’environnement. avec les producteurs industriels obsédés par la vi-
Le coût de ce premier «  labburger  » s’élève à tesse et la quantité, est considérable. Ces derniers
environ 250  000 dollars. Outre les questions pra- ne prenant pas en compte les coûts externes, à
tiques, cette approche pose des problèmes plus savoir les dommages à l’environnement, aux ani-
fondamentaux. Cette «  viande  » de laboratoire, maux et à la santé humaine, peuvent se permettre
même si elle reproduit le goût et la texture, nie de vendre à bas prix.
le rôle important et complexe que jouent les ani- Les consommateurs n’ont pas accès à de véri-
maux, en particulier les ruminants, dans nos éco- tables informations sur la viande qu’ils achètent.

Agriculture biologique certifiée

Pourcentage des terres arables en 2009

FAO

Données non disponibles

Jusqu’à 0,49 %
0,49–3 %
Plus de 3 %

0,12 0,94 0,25 5,76 3,11 0,78

Afrique Amériques Asie Europe Océanie Monde

Nombre de paysans dans le monde, n’ayant pas accès aux engrais et pesticides chimiques, produisent de façon biologique mais non certifiée

54 L’ATLAS DE LA VIANDE
Attitudes d’une société riche envers la viande

Positions de consommateurs allemands sur des questions individuelles et éthiques de consommation de viande. Échantillon. 2011.

KAYSER ET AL.
Faible consommation de viande Consommation moyenne de viande Grande consommation de viande
Pourcentage de sondés

Pourcentage de viande dans l’alimentation totale 7,12 19,00 38,31

Préférence pour la viande

Confiance dans le secteur agro-alimentaire

Sensibilisation à l’environnement Fortement positif


Sensibilisation à la santé de +16 à +58 points d’indice
Négatif modéré
Sensibilisation aux chiffres -2 à -15 points d’indice
Alimentation des animaux Fortement négatif
-16 à -40 points d’indice
Sensibilisation au bien-être animal7

990 sondés, dont 34 (3 %) ont été exclus en tant que végétariens

Les étiquettes sur la viande et la charcuterie ments qu’ils mangent, et élargissent leurs réseaux
conformes aux exigences juridiques européennes sociaux. Les agriculteurs bénéficient de soutiens
sur les normes biologiques, n’informent pas suf- financiers et pratiques, et acquièrent le sens de la
fisamment sur le lieu où l’animal a été élevé, sa communauté pour laquelle ils travaillent. Plus
race, son bien-être, l’abattage, les méthodes de Les entreprises ne doivent pas être les seules
transformation, elles ne fournissent que peu d’in- à fixer les règles du marché alimentaire. La réa-
d’informations sont
formations sur la conservation et l’utilisation de la lisation d’un véritable changement exige plus nécessaires pour
viande. Un étiquetage exhaustif restaure la valeur d’informations, plus de communication ainsi exiger une meilleure
concurrentielle d’un produit, en faisant la distinc- que la collaboration des producteurs et des alimentatio
tion entre ceux qui prodiguent des informations consommateurs en tant que «  coproducteurs  ».
pertinentes et fondamentales, et les autres. Elle ne se fera pas sans une prise de conscience de
Inventé il y a quelques années, le terme «  co- notre rôle dans l’écosystème mondial.
producteur  » veut attirer l’attention du consom-
mateur sur sa capacité à sortir de son rôle passif
et à devenir un protagoniste actif et influent dans Une alternative : l’agriculture soutenue par la communauté (ASC)
le processus de production. Un coproducteur est
partie prenante avertie du système alimentaire. Nombre de fermes américaines de producteurs et consommateurs

MCFADDEN
Il fait des choix en toute conscience, il connaît le qui partagent les risques et les bénéfices, estimations
producteur et sa façon de produire.
L’ «  agriculture soutenue par la communau-
6 000–6 500 2013
té » est un modèle qui met ce concept en pratique.
Il s’agit d’un mécanisme qui garantit aux agricul-
teurs des moyens de subsistance et qui soutient
les pratiques de production responsables comme
l’élevage d’animaux en pâturage extensif. Dans ce
3 600 2009
système, un groupe de personnes garantit l’achat
des produits saisonniers de la ferme, à savoir
légumes, viande, produits laitiers, miel, etc. Ces
personnes partagent aussi le risque des proces-
sus naturels. Le paiement anticipé contribue au
financement des coûts de production en cours. 1 000 2000
Différents pays pratiquent ce système. Son nom en
allemand est Solidarische Landwirtschaft, l’Asso- 60 1990
ciation pour le maintien d’agriculture paysanne
en français, et Gruppo di acquisto solidale, en ita- 2 1986
lien. Les clients reçoivent des produits frais de qua-
lité. Ils en connaissent l’origine et la façon dont ils
ont été produits ; ils apprennent à connaître les ali-

L’ATLAS DE LA VIANDE 55
VÉGÉTARISME : BEAUCOUP DE
RACINES, BEAUCOUP DE POUSSES
Dans les pays industrialisés, le pourcentage de végétariens ou végétaliens se
déclarant comme tel est faible. Ces modes de vie sont plus répandus dans
les régions où les religions jouent un rôle majeur. Dans la plupart de celles-ci, les
fidèles sont d’une façon ou d’une autre censés s’abstenir de manger de la viande.

L
e végétarisme est une vieille tradition en thodoxes profondément religieux jeûnent aussi le
Asie du sud. Il est encore très répandu, no- mercredi. Les églises orthodoxes d’Europe de l’Est
tamment dans plusieurs religions indiennes. et du Sud-est et celles du Nord-ouest de l’Afrique
Rien qu’en Inde, un quart de la population ne reconnaissent plusieurs périodes de jeûne dans
mange pas de viande. La croyance en la réincar- l’année. Les 35 millions de fidèles de l’église éthio-
nation et le respect de la non-violence dans le pienne Tewahed respectent un régime végétalien
bouddhisme, et spécialement dans l’hindouisme, le mois qui précède Noël, les 55 jours qui précè-
amènent les gens à refuser la consommation de dent Pâques, 16 jours en été, et les mercredis et
Les raisons viande et l’abattage des animaux. Une grande vendredis qui ne coïncident pas avec un jour de
variété de religions vont dans le sens de cette fête – soit un total de six mois environ dans l’an-
d’éviter la viande
stricte observance, dont la plus extrémiste est née. Une interprétation maximaliste des règles
sont nombreuses : le jaïnisme, dont les moines épargnent même prescrit 250 jours de jeûne par an. Des ordres reli-
l’èthique, la santé, les insectes les plus petits afin d’éviter de les gieux et des ermites en Europe pratiquent l’ascé-
l’écologie … écraser. La majorité des sectes bouddhistes tisme pour atténuer leurs désirs face au monde
autorisent le lait et les produits laitiers, certaines qui les entoure. Les œufs et le lait étant toutefois
la consommation de poisson et d’autres la viande admis, ils sont en réalité ovo-lacto végétariens.
quand l’animal est abattu par un non-bouddhiste. Davantage inspiré par la philosophie que la re-
Même si sa pratique baisse dans la région, le végé- ligion, le végétarisme est né dans l’ouest de la ré-
tarisme reste toujours considéré comme vertueux gion méditerranéenne. Hésiode, Platon et Ovide,
et exemplaire dans de nombreuses régions du poètes grecs et romains de l’Antiquité, évoquent
Sud et de l’Asie de l’Est. le mode de vie végétarien comme une particulari-
Les religions musulmane et juive interdisent té des tous premiers temps. Dans l’empire romain,
le porc. La raison historique en est probablement c’est Apollonius de Tyane qui, au 1er siècle après
le risque de trichinose, une maladie humaine cau- JC, répand l’idée de renoncer à la viande. Ce philo-
sée par la présence de vers parasites dans la viande sophe, un des premiers végétaliens, dénonçait les
de cochons infectés. Certains chrétiens observent sacrifices d’animaux et refusait de porter du cuir
des jours de jeûne et consomment du poisson, à ou de la fourrure.
la place de la viande, le vendredi. Certains prati- Deux siècles plus tard, le savant Porphyre de
quants catholiques et de nombreux chrétiens or- Tyr composait un hymne en l’honneur du végé-

Végétariens : une minorité en hausse en Occident, une force majeure en Inde

Personnes se décrivant comme végétariennes ou végétaliennes, en pourcentage de la population


GALLUP, NVS, SNS

USA 4 Hommes Végétariens


Végétaliens
7 Hommes et femmes
2 Hommes et femmes
UE 2–10 Hommes et femmes, estimation
Inde 31 Hommes et femmes

Millions de végétariens

USA 15
UE 10–50 375
Inde

56 L’ATLAS DE LA VIANDE
145

123 « Végétarisme » et « véganisme » – pages trouvées sur Wikipedia

Taux de clics mensuels chaque mois d’août, par versions linguistiques, en milliers

STATS.GROK.SE
99 25
95 95 27
25 25
22 23
89 20 12 19 19
19 12
85 16 17 11 16 16
0 6 8
13 13 5
11 11
(sept.)

0 10 10 9
73 Allemand 6 Français Russe
69 2009 2010 2011 2012 2013 2009 2010 2011 2012 2013 2009 2010 2011 2012 2013
65

« végétarisme »
49
« véganisme »
44
Seuls les taux de clics supérieurs à 5 000 par mois, par
versions linguistiques
La majorité des usagers des pays émergents utilisent
Anglais 31 l’anglais de wikipedia

25
20 20
7 3 4
16 16 15 3 6
10 13 3
68 12 11 12
10 10 5 9 9 9
8
Espagnol 5 Portugais Japonais
2009 2010 2011 2012 2013 2009 2010 2011 2012 2013 2009 2010 2011 2012 2013 2009 2010 2011 2012 2013

tarisme. Dans son essai De Abstinentia (Sur l’abs- maux. Inspiré par les idées des Indiens, il préconi-
tinence), il rejetait la consommation de viande  : sait dans ses livres non seulement la pacification
il est injuste de manger un animal sensible, et des relations humaines mais également la non-
la complexité de la préparation et la digestion violence envers tous les types d’animaux.
distrairaient un philosophe frugal de ses autres Des clubs et des associations de végétariens ont
tâches. Tant l’inventeur Léonard de Vinci (1452- vu le jour en Angleterre au 19ème siècle. Le terme
1519) que l’homme d’état Benjamin Franklin «  végétarien  » a lui-même été inventé au cours
(1706-1790) étaient végétariens. Le marchand de cette période. L’opposition des végétariens,
et écrivain anglais Thomas Tryon (1634-1703) a, dégoûtés par les conséquences de la révolution in-
dès la première heure, défendu les droits des ani- dustrielle, constituait au départ un mouvement En Occident,
romantique. Le végétarisme, en se basant sur
l’ascétisme et la protection de l’animal, dépas-
le végétarisme se
Quelques variétés de végétariens sait de loin une critique de la civilisation en base plus sur la
s’opposant par exemple aux expérimentations philosophie que sur
Œufs
sur des animaux vivants. la religion
Lait, Le mouvement pour les droits des animaux et
produits le végétalisme politique qui soutiennent le renon-
Ovo- Ovo- laitiers
végétarisme lacto- cement à la consommation de viande sont les plus
vég. récents dans les pays plus riches. Ce mouvement
Lacto- prône l’égalité entre les humains et les animaux
Végétarisme végétarisme comme éléments d’une même société  ; il refuse
l’utilisation et l’exploitation des animaux. Le vé-
gétalisme développe des arguments sur l’éthique,
Végétalisme l’environnement et l’antimondialisation. Issu du
végétarisme, il évite également l’utilisation de
produits d’origine animale tels la laine et le cuir,
Certains excluent
ou tout produit contenant des ingrédients d’ori-
Pescetarisme
les pescetariens gine animale, comme les cosmétiques. Le végéta-
du végétarisme
Viande Poisson lisme est de plus en plus accepté comme mode de
vie dans les pays industrialisés.

L’ATLAS DE LA VIANDE 57
QUE FAIRE ET COMMENT LE FAIRE ?
INDIVIDUS ET GROUPES
Les individus peuvent choisir d’autres modèles de consommation et
rompre avec leurs habitudes. Et les groupes peuvent exercer des pressions
en faveur d’un changement.

D
ans les pays développés, un nombre res- l’aide d’autres organisations internationales,
treint mais croissant de personnes sont en comme le Fonds mondial de recherche contre
train de faire un choix : ils mettent l’accent le cancer, ils font pression pour que la quantité
sur des produits respectueux de l’environnement de viande dans l’alimentation occidentale dimi-
et du bien-être animal. Beaucoup commencent nue et que des établissements publics comme les
à préférer des régimes «  flexitariens  », moins de hôpitaux et les écoles proposent des menus équi-
viande mais de meilleure qualité et plus de pro- librés. Le mouvement «  les lundis sans viande  »
téines végétales. Les organismes des Nations gagne du terrain et existe aujourd’hui dans 29
La production
Unies reconnaissent la nécessité d’un change- pays à travers le monde.
animale devrait ment. En 2010, l’Organisation pour l’alimen- La question du bien-être de l’animal attire
être respectueuse tation et l’agriculture (FAO) définissait l’ali- également l’attention, et pas seulement dans les
des personnes et mentation durable comme «… celle ayant peu sociétés occidentales :
de la nature d’impacts environnementaux et qui contribue • Eurogroup for Animals rassemble, à travers l’Eu-
à la sécurité alimentaire et nutritionnelle et à rope, 40 organisations pour la défense du bien-
une vie saine pour les générations présentes et être des animaux.
futures. Des régimes alimentaires durables pro- • L’objectif du Réseau chinois pour la protection
tègent et respectent les écosystèmes, ils sont ac- des animaux, composé de plus de 40 groupes, est
ceptables culturellement, accessibles, équitables de baser les efforts de protection des animaux sur
économiquement et abordables  ; suffisamment la science plutôt que sur l’émotion.
nourrissants, sûrs et sains, tout en optimisant les • Le Conseil indien pour la protection des ani-
ressources naturelles et humaines. » maux, conseiller du gouvernement, est depuis
Nombre d’organisations de la société civile les cinquante dernières années le visage du
et de mouvements d’agriculteurs exigent un sys- mouve­ment dans le pays.
tème alimentaire et agricole différent  : respec- Les exigences de toutes ces organisations
tueux à la fois des personnes et de la nature. Avec s’adressent clairement aux consommateurs aisés

Via Campesina, une organisation mondiale de petits agriculteurs

Nombre de pays comptant des adhérents, 2013 VIA CAMPESINA

164 organisations
dans 79 pays

58 L’ATLAS DE LA VIANDE
des classes moyennes dans le monde entier. Au- Alternatives protéiniques : les plantes aquatiques
cune n’évoque toutefois le milliard de personnes,
dont certaines parmi les plus pauvres au monde,

FAOSTAT
et qui dépendent de l’élevage de toutes sortes Production,
d’animaux domestiques, des poulets aux yaks, millions de tonnes 16,5
issus soit des élevages pastoraux, soit des systèmes par an
agricoles mixtes. Les organisations de petits agri- Approvisionnement
culteurs à travers le monde unissent leurs efforts alimentaire,

1,3
10,8
pour préserver cette méthode d’agriculture. kilogrammes
• Une des plus grandes organisations, La Via par habitant
Campesina, est une alliance internationale de par année
petits producteurs agricoles qui rassemble envi- Approvisionnement
ron 164 organisations locales et nationales dans protéinique,
79 pays. Elle représente environ 200 millions grammes
d’agriculteurs au total. Elle s’oppose fortement à par habitant
par jour
0,8
l’agriculture industrielle et aux sociétés transna-
tionales nuisibles aux personnes et la nature.
7,9
• Plus et mieux est un réseau international de
mouvements sociaux, d’organisations non gou-
0,2 0,6
vernementales et de campagnes nationales
0,2
issus du monde entier. Sa priorité est le soutien 1,6
à l’agriculture, au développement rural et l’ali-
Japon Corée du sud Chine
mentation dans les pays émergents.
• Le Food Sovereignty Movement (Mouvement
pour la souveraineté alimentaire) défend le
droit des communautés au contrôle de leurs développé est encore loin d’envisager une ali-
systèmes. Il prône d’autres formes de culture, en mentation courante à base d’insectes, un certain
particulier la consommation d’aliments locaux nombre de start-up en envisage toutefois les possi-
de saisons de haute qualité et la suppression des bilités. À Londres, avec des produits de style sushi,
aliments transformés. Ento conduit la science culinaire vers de nouvelles
Les populations aisées ont les moyens de directions. À New York, Exo a conçu une plaquette
se procurer une alimentation saine – sans ou de protéines qui contient de la farine de grillons.
avec peu de protéines animales – ou de passer à Ces insectes émettent 80 % moins de méthane que
d’autres sources de protéines comme les plantes les bovins et contiennent deux fois plus de pro-
aquatiques. Comme le suggère un rapport des Na- téines que le poulet et le steak. La priorité pour les
tions Unies assez récent, les protéines à base d’in- particuliers et les gouvernements doit être la « du-
sectes sont une autre option. Même si le monde rabilité » de la consommation de viande.

Alternatives de protéine : l’efficacité du grillon Insectes comestibles

Pourcentage comestible de l’animal Espèces d’insectes par pays


FAO

FAO

55
80

Grillons Volaille

40
55

1–100 200–300
Porcs Bovins 100–200 Plus de 300

L’ATLAS DE LA VIANDE 59
PLUS DE VERT POUR L’EUROPE
La Politique agricole commune européenne (PAC) a, pendant des décennies,
dénaturé la production agricole. D’un soutien à la production à grande
échelle, elle est passée à une prise en compte progressive de l’environnement.
Toutefois, les problèmes demeurent. Une PAC plus verte devrait
encourager une production animale plus saine socialement et écologiquement.

U
n des principaux moteurs de l’industria- exportateurs, lesquelles couvraient la différence
lisation et de la mondialisation de la pro- entre les prix internes et externes de l’Union. Ces
duction de bétail a été la Politique agricole subventions sont devenues le principal sujet de
commune de l’Union européenne. Celle-ci ga- conflit dans le commerce international. Les expor-
rantissait pour le bétail des prix très supérieurs à tations de l’UE donnaient l’impression que sa pro-
Deux étapes ceux du marché, et ce jusqu’au début des années duction agricole était volontairement excéden-
1990. Ce qui a incité les agriculteurs européens taire. La question de la hausse des importations
pour une solution :
à accroître la production. Dans le même temps, d’aliments liée à ces exportations a été fortement
soutenir le pâturage la PAC garantissait des prix élevés pour les cé- négligée dans le débat.
et la culture réales mais pas pour les graines oléagineuses. En 1992, une modification importante de la
fourragère locale La politique commerciale suivait le même politique, ne garantissant plus les prix mais sub-
modèle, des tarifs élevés pour le bétail et les cé- ventionnant selon les secteurs, eut des effets limi-
réales, et des droits de douane faibles ou nuls pour tés. Les céréales locales reprirent le pas sur les four-
les graines oléagineuses et les stocks de fourrage. rages. En revanche, la baisse des prix garantis de
Cette politique a donc favorisé une production la viande bovine a rendu la production porcine et
d’élevage intensive basée sur l’importation des avicole plus intéressante. Et ceux-ci exigeant plus
aliments aux dépens d’une alimentation, basée de protéines et donc plus de soja dans leur régime
sur les pâturages, développée localement. alimentaire, les importations de soja explosent.
Il y a quelques décennies, l’UE était un expor- Aucune subvention pour les prairies n’existe, au
tateur net de viande et de produits laitiers. Les prix contraire d’une prime allouée pour chaque hec-
communautaires supérieurs à ceux du marché tare de maïs ensilage. Il s’agit d’une incitation à
mondial étant garantis, les exportations n’étaient passer à un système de production intensive et à
possibles que grâce à des « ristournes » faites aux transformer les prairies en champs cultivés.

Bénéficiaires de garanties et de subventions – les 15 premières compagnies de viande de l’UE

Production de viande, en milliers de tonnes. 2010/11

GIRA
497 1 Vion Food Group, NL
2 Danish Crown AmbA, DK
7 3 Tönnies, DE
355 4 Bigard, FR
2.040 5 Westfleisch, DE
362 14
6 LDC, FR
2.525
7 HKScan, FI
2 8 Gruppo Verones, IT
13 353
416 9 Cooperl, FR
15 727 10 Groupe Doux, FR
Bœuf et veau 11
Porcs 470 11 Plukon Food Group, NL
1
450 410 5
3 12 Terrena, FR
Volaille
Ovins 10 9 13 Irish Food Processors/ABP, IE
12 14 Moy Park (Marfrig), UK
4 1.546
6 15 2 Sisters Food Group, UK
941
558

487

60 L’ATLAS DE LA VIANDE
Densité de l’élevage dans l’Union européenne

Animaux pour la production de viande. Unités de gros bétail,

EUROSTAT
en 2011, par hectare de terre arable 0,50
Finlande

0,57 0,35
Suède Estonie
1,72 0,28
0,86
Densité du bétail Danemark Lettonie Calculs d’unités de gros
Royaume-Uni
1,42 bétail par Eurostat
Supérieur à 3 0,39
Irlande 3,35 (exemples) :
2–3 Lituanie 0,4 Veau
2,75 Pays-Bas
1–2 0,72 1,0 Vache laitière
Belgique 1,06 Pologne 0,1 Ovins
0,5–1 1,22 Allemagne 0,5 Truie de reproduction
0,58
Inférieur à 0,5 Luxembourg République Tchèque 0,007 Poulet de chair
0,38
Slovaquie
0,77 0,56
0,82
Autriche Hongrie
France
0,43
1,13 Roumanie
0,58 Slovénie
Portugal 0,40
0,57
Espagne 0,77 Bulgarie
Italie
0,64
Grèce
1,68
4,80 Chypre
Malte

La dernière modification importante, onze vement. Ce qui impliquerait un traitement indi- Étapes
ans plus tard, étend les subventions par secteurs viduel des animaux sur la base d’un diagnostic
suivantes : assurer
à tous types de terres agricoles, y compris les prai- vétérinaire.
ries (découplage des aides directes). Une mesure Quatrièmement, renforcer les règles sur le bien-être animal.
qui a conduit à la suppression des principaux obs- le bien-être des animaux. Instaurer une mé- Bannir l’abus
tacles aux formes d’élevage moins industrielles. thode d’élevage appropriée à chaque espèce d’antibiotiques
La tendance à convertir les prairies en terres appartenant au bétail. L’UE devrait aménager
cultivées s’est malgré tout maintenue, notam- des lois visant à ce que les animaux soient gardés
ment en raison des nouvelles incitations à culti- en cheptels ou troupeaux leur permettant de dé-
ver le maïs pour produire du biogaz. La dernière velopper et maintenir le caractère et les relations
réforme de la PAC, adoptée en 2013, reconnaît propres à leur espèce.
cependant que ces pertes de prairie sont un vrai Irréaliste et naïf  ? Ces règles sont pourtant
problème. Aujourd’hui, les agriculteurs doivent appliquées par de très nombreuses associations
conserver les prairies existantes pour toucher les d’élevage bio depuis de longues années. Un mo-
subventions auxquelles ils ont droit. En outre, les dèle de gestion durable des animaux existe déjà
États membres de l’UE et les différentes régions depuis fort longtemps.
peuvent accorder un soutien supplémentaire à
des formes d’élevage durables, comme le pâtu-
rage et la production biologique, via le Fonds Ce qui arrive quand les mesures incitatives ne fonctionnent pas
européen agricole pour le développement rural.
À quoi pourrait ressembler une politique euro- Stockage public de la surproduction de bœuf et de beurre dans le cadre de la
EU

péenne qui concentrerait ses efforts sur l’élevage Politique agricole commune de la Communauté européenne. En milliers de tonnes
durable afin de mettre en place une agriculture 1.400
socialement et écologiquement saine  ? Quatre Stocks d’intervention de beurre
1.200
étapes sont nécessaires. Stocks d’intervention de viande
Premièrement, la Commission européenne 1.000 de bœuf
pourrait arrêter de financer la construction d’ate- 800
liers d’engraissement intensif.
600
Deuxièmement, l’UE devrait exiger que les
agriculteurs produisent au moins la moitié de la 400
nourriture destinée à leurs animaux dans leur
200
propre ferme. L’UE pourrait interdire l’utilisation
0
du fourrage génétiquement modifié.
1983 1985 1987 1989 1991 1993 1995 1997 1999 2001 2003 2005 2007 2009 2011 2013
Troisièmement, interdire l’usage d’antibio-
tiques dans les aliments et les systèmes d’abreu-

L’ATLAS DE LA VIANDE 61
AUTEURS ET SOURCES
DES DONNÉES ET GRAPHIQUES
10–11 24–25
LA HAUSSE DU MARCHÉ MONDIAL UNE PLANÈTE PAUVRE EN ESPÈCES
par Christine Chemnitz par Kathy Jo Wetter
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2013-2022 Investments and Market Structure in the Food
Processing, Agricultural Input, and Biofuel
12–13 Industries Worldwide, USDA ERS, 2011. Sarah
CONCENTRATION : DES ÉCONOMIES Beth Moore et al., Heritage breeds : Saving
D’ÉCHELLE AVEC MOINS DE DIVERSITÉ chickens and cows from extinction, Rapports de
par Kathy Jo Wetter Medill, 3 juin, 2011
p.12 : FAO Food Outlook, Juin 2013. p.13 :
Leatherhead Food Research, ETC Group 26–27
DE FUNESTES ANTIBIOTIQUES
14–15 par Kathrin Birkel
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CARNÉS : L’INDUSTRIE DE L’ABATTAGE supermarkets, Avril 2013. P. 27 : EMA, Sales of
par Marcel Sebastian veterinary antimicrobial agents in 25 EU/EEA
p. 14 : Riva Caroline Hodges Denny, Between the countries in 2011, Third ESVAC report,
Farm and the Farmer’s Market : Slaughterhouses, 2013. BVL, Zoonosen-Monitoring, Berichte zur
Regulations, and Alternative Food Networks. Lebensmittelsicherheit, 2010
(«  Entre la ferme et le marché fermier : abattoirs,
réglementations, et réseaux alimentaires alterna- 28–29
tifs ») Auburn, Alabama 2012. p. 15 : FAOSTAT QUAND LE RÉSERVOIR SE VIDE
par Manfred Kriener
16–17 pp. 28-29 : A. Y. Hoekstra, M. M. Mekonnen,
ROUGE ÉCARLATE DANS LES FRIGOS The water footprint of humanity, Twente 2011.
par Annette Jensen p. 29 : Nippon Ham Annual Report FY 2011.
p. 16 : Euromonitor international, Fast food in www.waterfootprint.org
China, 2013. V. S. Pinto, Are store additions by
food retail chains sustainable? Business Standard, 30–31
Mumbai, Sept. 13, 2013. p. 17 : Euromonitor : A LES CÉRÉALES DANS L’AUGE
Panorama of Packaged Food, Oct. 10, 2013 par Stephan Börnecke
pp. 30-31 : WWF, Meat eats land, 2011. p. 31 :
18–19 FAO : Challenges and opportunities for carbon
LIBRE ÉCHANGE VS ALIMENTS SAINS sequestration in grassland systems, 2010.
par Shefali Sharma
p.18 : Bertelsmann-Stiftung, Die Transatlantische 32–33
Handels- und Investitionspartnerschaft (THIP), L’ÉMERGENCE D’UN EMPIRE
2013. p.19 : base de données USDA ERS SUD-AMÉRICAIN DU SOJA
par Michael Álvarez Kalverkamp
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is up, Share of World Exports is Down, Global
22–23 AgInvesting, 26 sept., 2013. p. 33 : Indec database
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par Tobias Reichert LE COÛT CLIMATIQUE DU BÉTAIL
p. 22 : OCDE, Politiques agricoles : suivi et évalua- par Stephan Börnecke
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Sources, Effects and Policy Perspectives, 2011 Change through livestock, 2013

62 L’ATLAS DE LA VIANDE
36–37 48–49
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par Thomas Fatheuer CONSOMMATEURS, DE RIO À SHANGHAI
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38–39 50–51
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par Heike Moldenhauer par Wolfgang Bayer et Ann Waters-Bayer
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Synthesis Project. p. 39 : FAO Statistical Agriculture, For Sustainable Poverty Alleviation
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Red universitaria de ambiente y salud, com, Urban Livestock in Oakland, 2011
El consume de agrotóxicos en Argentina aumenta
continuamente, 23 juin, 2013 52–53
DE BROUSSAILLE À PROTÉINES
40–41 par Evelyn Mathias
SURABONDANCE DE VOLAILLES : LES p. 52 : ILRI/Mario Herrero, Food security,
POULETS PRENNENT LE DESSUS livelihoods and livestock in the developing
par Shefali Sharma world, 2010. p. 53 : FAO, Pastoralism in
p . 40 : FAO, Global livestock production the new millenium, 2001, with additions
systems, 2011. p. 41 : rapport DSW, 2012 ; FAO,
Perspectives de l’alimentation, 11/2012. FAO, 54–55
Annuaire statistique 2013 À LA RECHERCHE DE LA QUALITÉ
par Ursula Hudson et Carlo Petrini
42–43 p. 54 : FAO Annuaire statistique, 2012.
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TRAVAIL DES FEMMES in Meat Consumption Patterns. International
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India : Hindu-CNN-IBN State of the Nation Survey,
44–45 2006. p. 57 : stats.grok.se
EN AFRIQUE, L’IMPORTATION D’AILES
DE POULET DÉTRUIT LES ENTREPRISES 58–59
par Francisco Marí QUE FAIRE ET COMMENT LE FAIRE ?
p. 44 : Indexmundi/USDA database. p. 45 : INDIVIDUS ET GROUPES
FAO, Livestock sector development for poverty par Ruth Shave et Stanka Becheva
reduction, 2012 p. 58 : viacampesina.org. p. 59 : FAOSTAT
database. FAO, Edible insects, 2013
46–47
INQUIÉTUDE DANS LES PAyS RICHES 60–61
par Patrick Holden PLUS DE VERT POUR L’EUROPE
p. 46 : WHO/ FAOSTAT base de données ; par Tobias Reichert
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Philosophical Transactions of the Royal Society, dynamics of the European Meat Industry,
Biological sciences, 2010. p. 47 : OCDE FAO Pers- 2010/11-2015, Brussels 2012. p. 61 : Eurostat/
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Livestock report,Dec. 20, 2011, with USDA, Lives- Agricultural Policy explained, 2004, and
tock, Dairy, and Poultry Outlook, Nov. 15, 2013 DairyCo Market Information, 26 Nov., 2013

L’ATLAS DE LA VIANDE 63
RESSOURCES
RAPPORTS D’ONG

Alimen- Glyphosate, une raison de


tation et s’inquiéter, 2013
climat au
Royaume-
Une recherche de Dutch Une analyse de la Uni, 2010 De la forêt à la fourchette :
soy coalition : un production chinoise de Soja, bétail et sucre au
baromètre du soja, 2012 porc, 2013 Brésil, 2010

LIVRES Jeu interactif sur


notre consommation,
2009

Une enquête façon


thriller – et comment
cela aurait pu Sur les luttes pour
être évité, 2009 l’autonomie et la Pour un élevage
Problèmes éthiques durabilité des sociétés paysan et biologique,
autour de la viande, 2009 paysannes, 2009 2012

Crédits photos de couverture : © WWF UK (How low can we go). Friends of the Earth (From forest to fork ; Introducing glyphosate). Little, Brown and Company (Eating animals). Stuart
(Animal machines). Earthscan (New peasantries). Houghton Mifflin Company (Fast food nation). Penguin Press (Omnivore’s dilemma)

SITES INTERNET www.pouruneautrepac.eu www.landmatrix.org


www.confederationpaysanne.fr www.cirad.fr
Agriculture www.reseau-coherence.org Terre et investissement
www.fnab.org
www.arc2020.eu www.civam.org www.moreandbetter.org/fr/
De meilleures politiques européennes www.agriculture-durable.org Alimentation, agriculture, et
de développement rural www.terredeliens.org développement rural
Transformer l’agriculture et changer la
www.amisdelaterre.org/ politique agricole commune www.familyfarmingcampaign.
www.amisdelaterre.be/ net/ /fr/accueil
www.atquebec.org/ www.fibl.org/fr/portrait.html 2014, Année internationale
Une réseau écologiste mondial Recherche sur l’agriculture biologique de l’agriculture familiale

www.agrecol.de/?q=fr/ www.viacampesina.org/fr www.etcgroup.org/fr


Agriculture et écologie Agriculture à petite échelle Nouvelles technologies et pauvreté

64 L’ATLAS DE LA VIANDE
RAPPORTS OFFICIELs
et une réponse informelle

Rapport
Rapport de la de la Rapport de
FAO. L’ombre FAO. Le la FAO. Lutter
de l’élevage point sur contre le chan-
Soutien aux petits sur la planète, l’élevage, gement clima-
exploitants, 2013 UNCTAD. Rapport sur le 2006 2009 Analyse critique. L’élevage tique grâce à
commerce et le détraqué, 2012 l’élevage, 2013
développement, 2013

FILMS

Jean-Paul Jaud Documentaire L’élevage


sur les de Robert Kenner urbain à
Documentaire de pesticides à Louange d’une alimen- sur l’entreprise L’industrie de la Détroit par
Manu Coeman, Belgique usage tation à base de plantes, agricole aux restauration rapide, par Mark MacIn-
2011 agricole, 2008 de Lee Fulkerson, 2011 USA, 2008 Morgan Spurlock, 2004 nis, 2011

Crédits photos de couverture et affiches : © HLPE (Investing). UNCTAD (Review). FAO (FAO livestock reports). Paul Mundy (Livestock out of balance). Kathbur Pictures, ican films gmbh (Seed warriors).
J B Séquence (Nos enfants nous accuseront). Monica Beach (Forks over knives). Magnolia Pictures, Participant Media, River Road Entertainment (Food, inc.). The Con (Super size me). Tree Media Group (Urban roots).

www.iatp.org www.worldvegfest.org www.eurogroupforanimals.org


Agriculture, alimentation, politique www.vegetarisme.fr www.lesspadefrance.org
commerciale et mondialisation Union végétarienne internationale, Le bien-être de l’animal
Organisation végétarienne en France
Alimentation www.iucn.org/fr/wisp
www.organicresearchcentre.com www.efncpu.org
www.sustainablefoodtrust.org www.ypard.net/fr/ Un pastoralisme durable
Le défi de nourrir le monde Rudiments biologiques et meilleure
pratique www.petafrance.com
www.slowfood.fr Traitement éthique des animaux
Le plaisir de s’alimenter Animaux

www.jeudiveggie.be www.themeatrix.com/intl/france
www.unjoursansviande.be alliancecepec.free.fr/ www.boell.de/en
Végétaliser la Belgique Lutte contre les élevages industriels www.foeeurope.org

L’ATLAS DE LA VIANDE 65
Heinrich-Böll-Stiftung Promouvoir la démocratie et faire respecter les
droits humains, agir pour empêcher la destruc-
tion de l’écosystème mondial, promouvoir l’éga-
lité entre les femmes et les hommes, assurer la
paix par la prévention de conflits, et défendre la
liberté des personnes contre le pouvoir excessif de
l’État et de l’économie – voilà les objectifs qui sous-
tendent les idées et les actions de la Fondation
Heinrich Böll. Nous entretenons des liens étroits
avec le Parti Vert allemand (Alliance 90/Les Verts).
Comme groupe de réflexion, nous appartenons
à un réseau international englobant plus de 160
partenaires de projets dans environ 60 pays.
La Fondation fonctionne de manière indépen-
dante et observe une attitude d’ouverture intellec-
tuelle. Nous entretenons un réseau mondial de 30
bureaux internationaux. Les programme d’études
incluent un soutien à des étudiants particulière-
ment talentueux et des académiciens, la promo-
tion de tout travail théorique présentant un inté-
rêt sociopolitique.
Nous nous conformons volontiers à l’exhorta-
tion aux citoyens faite par Heinrich Böll de s’impli-
Heinrich-Böll-Stiftung quer dans la politique et aimerions encore en ins-
Schumannstr. 8, 10117 Berlin, Allemagne, www.boell.de pirer d’autres à faire de même.

LES AMIS DE LA TERRE EUROPE Réunissant plus de 30 organisations nationales et


des milliers de groupes locaux, les Amis de la Terre
Europe (FoEE) est le plus grand réseau écologiste
d’Europe. Nous sommes la branche européenne
des Amis de la Terre International, une fédéra-
tion de 74 organisations nationales affiliées, de
quelques 5  000 groupes de militants locaux et
plus de deux millions de sympathisants dans le
monde entier.
Nous menons des campagnes sur les pro-
blèmes environnementaux et sociaux les plus
urgents d’aujourd’hui. Nous contestons le modèle
actuel de mondialisation économique et commer-
ciale et assurons la promotion de solutions pour
des sociétés durables écologiquement et socia-
lement justes. Nous défendons une agriculture
écologique et équitable qui protège la faune et
les ressources naturelles, qui soutient les fermes
familiales et réduit notre impact sur les pays émer-
gents. Nos engagements sont la protection de la
biodiversité, la réforme de la Politique agricole de
l’Union européenne, et également de mettre un
terme de la culture de plantes transgéniques et
empêcher l’expansion des agrocarburants.
Nous œuvrons pour une justice environne-
mentale, sociale, économique et politique et pour
l’accès équitable aux ressources et l’égalité des
Les Amis de la Terre Europe (FoEE) chances aux niveaux local, national, régional et
Rue d’Edimbourg 26, 1050 Bruxelles, Belgique, www.foeeurope.org international.

66 L’ATLAS DE LA VIANDE
North America

Dans-1.6les abattoirs, la lutte pour les prix les


Oceania
plus bas se fait aux dépens des travailleurs. Asia
Commonwealth 0.0
dans FABRICATION DE PRODUITS CARNÉS, page 14
of Independent -2
States
L’élevage est directement ou indirectement responsable d’un 2013
-0.2
tiers environ des émissions de gaz à effet de serre dans le monde.
South America 6,000–6,500 2009
dans LE COÛT CLIMATIQUE DU BÉTAIL, page 34

beef, veal pig +0.2 Total land outside EU used for soybeans, million hectares
poultry sheep, goats
5000
Middle East/
16 3.600
4000
North Africa
Paraguay 14
3000
Brazil
-0,9 12
2000 Argentina
1000 -12,8 1.000
+0.1 10
0
015 2019 2021 1991 1996 -6,4 2001 2006 2011 Sub-Saharan
2016 2021 60
8
Africa
1986
0 2
Dans les fermes industrielles de grande taille, les agents
2001 2005 2010

pathogènes se propagent plus vite d’un animal à l’autre.


dans ÉCONOMIES D’ÉCHELLE AVEC MOINS DE DIVERSITÉ, page 13

Sur le marché mondial, 25 % de la viande bovine est en


fait de la viande de buffle en provenance d’Inde.
dans LA HAUSSE DU MARCHÉ MONDIAL, page 10

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