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LUCIUS CAECILIUS FIRMIANUS LACTANTIUS DIVINAE INSTITUTIONES

LACTANCE

INSTITUTIONS DIVINES.

LIBER QUARTUS. DE VERA SAPIENTIA ET RELIGIONE. CAPUT PRIMUM. De priore hominum religione, et quomodo error transfusus sit in omnem aetatem, ac de septem Graeciae sapientibus. Cogitanti mihi, Constantine imperator, et cum animo meo saepe reputanti priorem illum generis humani statum, et mirum pariter, et indignum videri solet, quod unius saeculi stultitia religiones varias suscipientis, deosque multos esse credentis, in tantam subito ignorationem sui ventum est, ut ablata ex oculis veritate, neque religio Dei veri neque humanitatis ratio teneretur, hominibus non in coelo summum bonum quaerentibus, sed in terra. Quam ob causam profecto saeculorum veterum mutata felicitas est. Coeperunt enim, relicto parente et constitutore omnium Deo, insensibilia digitorum suorum figmenta venerari. Quae pravitas quid effecerit, aut quid malorum attulerit, res

LIVRE IV. DE LA VRAIE SAGESSE ET DE LA VRAIE RELIGION.

I. Quand je considère, empereur Constantin, l'état des premiers temps, et que je vois que la folie d'un siècle a répandu de si épaisses ténèbres sur l'esprit des hommes qui oui vécu dans les siècles suivants, qu'ils se sont oubliés eux-mêmes jusqu'à chercher sur la terre l'objet de leur culte et de leur bonheur, au lieu de le chercher dans le ciel, je n'en conçois pas moins d'indignation que d'étonnement : ce monstrueux dérèglement a changé leur félicité en disgrâce, lorsque abandonnant Dieu, l'auteur de toutes les créatures, ils ont commencé à adorer les ouvrages de leurs mains. En se détournant du souverain bien, sous prétexte qu'il ne peut être vu, touché ni compris, et en s'éloignant de la pratique des vertus par lesquelles ils le pouvaient posséder, ils

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ipsa declarat. Aversi namque a summo bono, quod ideo beatum ac sempiternum est, quia videri, tangi, comprehendi non potest, et a virtutibus ei bono congruentibus, quae sunt aeque immortales, ad hos corruptos et fragiles deos lapsi, et studentes iis rebus, quibus solum corpus ornatur, alitur, delectatur, mortem sibi perpetuam cum diis et cum bonis corporalibus quaesierunt; quia morti corpus omne subjectum est. Insecuta est igitur hujusmodi religiones injustitia et impietas, sicuti fuerat necesse. Desierunt enim vultus suos in coelum tollere: sed deorsum mentes hominum depressae, terrenis ut religionibus, sic etiam bonis inhaerebant. Secutum est dissidium generis humani, et fraus, et nefas omne; quia spretis aeternis atque incorruptis bonis, quae sola debent ab homine concupisci, temporalia et brevia maluerunt, majorque hominibus ad malum fides fuit, qui pravum recto, quia praesentius fuerat praetulerunt. Sic humanam vitam prioribus saeculis in clarissima luce versatam caligo ac tenebrae comprehenderunt; et quod huic pravitati congruens erat, postquam sublata sapientia est, tum demum sibi homines sapientum nomen vendicare coeperunt. Tum autem nemo sapiens vocabatur, cum omnes erant. Utinamque nomen illud aliquando publicum, quamvis ad paucos redactum, tamen vim suam retineret. Possent enim fortasse pauci illi vel ingenio, vel auctoritate, vel assiduis hortamentis

ont recherché des dieux corruptibles et fragiles, et, n'ayant soin que des choses qui peuvent servir à parer, à nourrir et à réjouir le corps, ils sont tombés dans une mort éternelle. Leur superstition a été accompagnée d'injustice et d'impiété; car ayant tourné leur esprit aussi bien que leur visage vers la terre au lieu de les tourner vers le ciel, ils se sont attachés à des religions et à des biens qui n'ont rien que de terrestre. C'est de là que sont venues les querelles et les guerres, la mauvaise foi, et tous les crimes que la mauvaise foi traîne après elle. Les hommes ont méprisé les biens éternels et incorruptibles, pour jouir des biens temporels et périssables, et ont préféré le mal présent au bien à venir. Voilà comment, après a voir joui de la lumière, ils ont été enveloppés de ténèbres, et ce qui est plus étonnant, voilà comment ils ont commencé à se faire appeler sages aussitôt qu'ils ont perdu la sagesse. Personne ne s'attribuait ce nom au temps auquel tout le monde le méritait. Plut à Dieu que, maintenant qu'il est si rare, au lieu qu'autrefois il était si commun, ceux qui le prennent sussent ce qu'il signifie ! ils pourraient peut-être, par leur esprit, par leur autorité et par leurs conseils, retirer le peuple des erreurs et des vices où il est engagé. Mais ils sont tous fort éloignés de la sagesse, et la vanité avec laquelle ils en prennent le nom ne montre que trop qu'ils n'en ont pas l'effet. Avant néanmoins que la philosophie commune dont on parle tant

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liberare populum vitiis et erroribus. Sed adeo in totum sapientia occiderat, ut ex ipsa nominis arrogantia nullum eorum, qui vocarentur, appareat fuisse sapientem. Et tamen prius, quam haec philosophia, quae dicitur esse, inveniretur, septem fuisse traduntur, qui primi omnium, quia de rebus naturalibus quaerere ac disputare sunt ausi, sapientes haberi appellarique meruerunt.

O miserum calamitosumque saeculum,

quo per orbem totum septem soli fuerunt, qui hominum vocabulo cierentur; nemo enim potest jure dici homo, nisi qui sapiens est. Sed si caeteri omnes, praeter ipsos, stulti fuerunt, ne

illi quidem sapientes, quia nemo sapiens

esse vere judicio stultorum potest. Adeo ab his abfuit sapientia, ut ne postea quidem increscente doctrina, et multis magnisque ingeniis in id ipsum semper intentis, potuerit perspici veritas et comprehendi. Nam post illorum septem sapientum gloriam, incredibile est, quanto studio inquirendae veritatis Graecia omnis exarserit. Ac primum, nomen ipsum sapientiae arrogans putaverunt, seque non sapientes, sed studiosos sapientiae vocaverunt. Quo facto, et illos, qui temere sapientum sibi nomen asciverant, erroris stultitiaeque damnaverunt, et se quoque ipsos ignorantiae, quam quidem non diffitebantur. Nam ubicumque rerum natura ingeniis eorum quasi manus opposuerat, ne rationem possent aliquam reddere, testificari solebant,

fût inventée, on dit qu'il y a eu sept hommes qui, pour avoir recherché les premiers les secrets de la nature, ont mérité d'être appelés sages. Oh ! le malheureux siècle où il ne s'est

trouvé que sept tommes ! car nul n'est homme s'il n'est sage. Si tous les autres ont été fous, ces sept-là n'ont pas été sages, parce que pour l'être en effet, il ne le faut pas être selon te jugement des fous. Tant s'en faut qu'ils aient été sages, que, dans les siècles suivants, où les sciences ont fait de notables progrès et où elles ont été cultivées par d'excellents esprits, la vérité n'a pu être découverte! Depuis le temps de ces sept sages, les Grecs ont brûlé d'un désir incroyable d'apprendre, et au lieu néanmoins de s'attribuer le nom superbe de sages, ils se sont contentés de celui d'amateurs de la sagesse. Ainsi ils ont couronné la folie et l'orgueil des autres, et ont reconnu en même temps leur propre ignorance; car toutes les fois qu'ils ont trouvé de l'obscurité dans les questions qu'ils traitaient, et qu'ils ont vu que la nature se couvrait comme d'un voile pour les empêcher de pénétrer ses secrets, ils ont avoué franchement qu'ils ne voyaient rien ; en quoi ils ont sans doute été plus sages, en reconnaissant leur peu de lumières et de suffisance, que ceux qui se sont persuadés eux-

mêmes

de

l'être.

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nihil scire se, nihil cernere. Unde multo sapientiores inveniuntur, qui se aliqua ex parte viderunt, quam illi qui se sapere crediderant.

CAPUT II. Ubi quaerenda sit sapientia; quare Pythagoras et Plato non accesserunt ad Judaeos. Quare, si neque illi fuere sapientes, qui sunt appellati, neque posteriores, qui non dubitaverunt insipientam confiteri:

quid superest, nisi ut alibi sit quaerenda sapientia, quando non est, ubi quaerebatur, inventa? Quid autem putemus fuisse causae, cur tot ingeniis totque temporibus summo studio et labore quaesita non reperiretur; nisi quod eam philosophi extra fines suos quaesierunt? Qui quoniam peragratis et exploratis omnibus, nusquam ullam sapientiam comprehenderunt, et alicubi esse illam necesse est; apparet, illic potissimum esse quaerendam, ubi stultitiae titulus apparet; cujus velamento Deus, ne arcanum sui divini operis in propatulo esset, thesaurum sapientiae ac veritatis abscondit. Unde equidem soleo mirari, quod cum Pythagoras et postea Plato, amore indagandae veritatis accensi, ad Aegyptios, et Magos, et Persas usque penetrassent, ut earum gentium ritus et sacra cognoscerent (suspicabantur enim, sapientiam in religione versari) ad Judaeos tamen non accesserint, penes quos tunc solos erat, et quo facilius ire potuissent. Sed aversos esse arbitror

II.

Si les premiers qui ont pris le nom de sages ne l'ont pas été en effet, et si les seconds qui n'ont point fait difficulté d'avouer qu'ils ne l'étaient pas, ne l'étaient pas en effet, il s'ensuit nécessairement qu'il faut chercher ailleurs la sagesse. D'où vient que tant d'excellents esprits qui l'ont cherchée avec tant de soin, durant tant de siècles, ne l'ont put trouver, si ce n'est qu'ils l'ont cherchée hors des limites où elle se renferme? Ils ont fait divers voyages pour découvrir le pays où elle s'était retirée; elle est cependant quelque part, et il est évident que Dieu, par un ordre incompréhensible, a caché ce trésor sous l'apparence de la folie. Je me suis souvent étonné de ce que Pythagore et Platon, qui sont allés jusqu'en Egypte et en Perse pour apprendre les cérémonies et les mystères de la religion de ces pays-là, sous lesquels ils se doutaient que la sagesse était cachée, ne sont pas allés dans la Judée qui était plus proche d'eux et où ils pouvaient uniquement trouver la sagesse. Je me persuade qu'ils en furent détournés par la divine providence, de peur qu'ils ne connussent la vérité, parce que la justice de Dieu et

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divina providentia, ne scire possent veritatem; quia nondum fas erat alienigenis hominibus religionem Dei veri justitiamque notescere. Statuerat enim Deus, appropinquante ultimo tempore, ducem magnum coelitus mittere, qui eam perfido ingratoque populo ablatam, exteris gentibus revelaret. Qua de re in hoc libro aggrediar disputare, si prius ostendero, sapientiam cum religione sic cohaerere, ut divelli utrumque non possit.

CAPUT III. Sapientia et religio divelli non possunt; necessarium est ut naturae Dominus sit uniuscujusque pater. Deorum cultus, ut in priore libro docui, non habet sapientiam, non modo quia divinum animal hominem terrenis fragilibusque substernit, sed quia nihil ibi disseritur, quod proficiat ad mores excolendos vitamque formandam: nec habet inquisitionem aliquam veritatis, sed tantummodo ritum colendi, qui non officio mentis, sed ministerio corporis constat. Et ideo non est illa religio vera judicanda; quia nullis justitiae virtutisque praeceptis erudit efficitque meliores. Ita philosophia, quia veram religionem, id est summam pietatem non habet, non est vera sapientia. Nam si divinitas, quae gubernat hunc mundum, incredibili beneficentia genus hominum sustentat, et quasi paterna indulgentia fovet, vult profecto gratiam sibi referri, et honorem dari: nec

la véritable religion devaient encore alors être cachées aux étrangers. Dieu avait résolu d'envoyer dans les derniers

temps un grand maître, qui ôtât la vérité

à la nation ingrate et perfide des Juifs

pour la révéler aux autres. C'est ce que je me propose de faire voir dans ce livre- ci, après néanmoins que j'aurai montré la liaison directe qu'il y a entre la religion et la sagesse.

III.

Le culte des dieux n'est nullement conforme à la sagesse, comme je l'ai fait voir dans le premier livre, non seulement parce qu'il abaisse au-dessous des créatures les plus terrestres l'homme, qui est descendu du ciel, mais aussi parce qu'il ne contient aucunes maximes qui servent à la réforme des mœurs et à la conduite de la vie; et qu'au lieu de se rapporter à la connaissance de la vérité, il ne se termine qu'à un ministère purement extérieur. Il n'appartient point

à la véritable religion, parce qu'il ne

donne aucun précepte de vertu et de justice, et ne nous rend point meilleurs. La philosophie ne nous conduisant pas à la religion, n'a garde de contenir la

sagesse. Dieu, qui gouverne le monde et qui comble continuellement les hommes

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constare homini ratio pietatis potest, si coelestibus beneficiis extiterit ingratus; quod non est utique sapientis. Quoniam igitur, ut dixi, philosophia et religio deorum disjuncta sunt, longeque discreta, si quidem alii sunt professores sapientiae, per quos utique ad deos non aditur, alii religionis antistites, per quos sapere non discitur; apparet, nec illam esse veram sapientiam, nec hanc religionem. Idcirco nec philosophia potuit veritatem comprehendere, nec religio deorum rationem sui, qua caret, reddere. Ubi autem sapientia cum religione inseparabili nexu cohaeret, utrumque verum esse necesse est; quia et in colendo sapere debemus, id est scire, quid nobis et quomodo sit colendum, et in sapiendo colere, id est re et actu, quod scierimus, implere. Ubi ergo sapientia cum religione conjungitur? Ibi scilicet, ubi Deus colitur unus; ubi vita et actus omnis ad unum caput et ad unam summam refertur; denique iidem sunt doctores sapientiae, qui et Dei sacerdotes. Nec tamen moveat quemquam, quia saepe factum est, et fieri potest, ut philosophus aliquis deorum suscipiat sacerdotium: quod cum fit, non tamen conjungitur philosophia cum religione; sed et philosophia inter sacra cessabit, et religio, quando philosophia tractabitur. Illa enim religio muta est, non tantum, quia mutorum est, sed quia ritus ejus in manu et digitis est, non in corde, aut lingua, sicut nostra quae vera

de ses bienfaits, veut qu'ils lui en rendent des actions de grâces: aussi n'y a-t-il ni piété, ni sagesse sans reconnaissance. La philosophie et la religion sont séparées parmi les païens ; ceux qui font profession de s'adonner à l'étude de la sagesse ne s'ingèrent point du service des dieux, et ceux qui sont employés au ministère des temples n'entreprennent point d'enseigner la sagesse. Il paraît par là qu'ils n'ont point de vraie sagesse ni de vraie religion. Voilà pourquoi leur philosophie n'a pu comprendre la vérité, et pourquoi leur religion n'a pu rendre raison de son culte, parce qu'il n'en a en effet aucune. Quand la sagesse et la religion sont unies, elles sont toutes deux véritables. Notre religion doit être éclairée; parce que nous sommes obligés de connaître ce que nous adorons ; mais notre connaissance doit aussi être agissante, c'est-à-dire qu'elle nous doit faire pratiquer le bien que nous connaissons. Mais où est-ce que la sagesse et la religion sont unies, si ce n'est où l'on n'adore qu'un Dieu, et où les prêtres qui lui offrent des sacrifices enseignent la sagesse ? Que personne ne doute de la vérité de ce que je dis, sous prétexte qu'il se peut faire, et qu'il est même peut-être arrivé, que les philosophes ont été prêtres des dieux. Alors la philosophie a été oisive durant l'exercice de la religion, et la religion est demeurée muette pendant que la philosophie a parlé. Cette religion- là est en effet muette, non seulement

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est. Idcirco et in sapientia religio, et in religione sapientia est. Ergo non potest segregari; quia sapere nihil aliud est, nisi Deum verum justis ac piis cultibus honorare. Multorum autem deorum cultus non esse secundum naturam, etiam hoc argumento colligi potest et comprehendi: Omnem Deum, qui ab homine colitur, necesse est inter solemnes ritus et precationes patrem nuncupari, non tantum honoris gratia, verum etiam rationis; quod et antiquior est homine, et quod vitam, salutem, victum praestat, ut pater. Itaque et Jupiter a precantibus pater vocatur, et Saturnus, et Janus, et Liber, et caeteri deinceps; quod Lucilius in deorum concilio irridet:

Ut nemo sit nostrum, quin pater optimus divum; Ut Neptunus pater, Liber, Saturnus pater, Mars, Janus , Quirinus pater, nomen dicatur ad unum. Quod si natura non patitur, ut sint unius hominis multi patres (ex uno enim procreatur) ergo deos etiam multos colere contra naturam est, contraque pietatem. Unus igitur colendus est, qui potest vere pater nominari. Idem etiam dominus sit necesse est; quia sicut potest indulgere, ita etiam coercere. Pater ideo appellandus est, quia nobis multa et magna largitur: dominus ideo, quia castigandi ac puniendi habet maximam potestatem. Dominum vero eumdem esse, qui sit pater, etiam juris civilis ratio demonstrat. Quis enim poterit filios educare, nisi habeat in eos

parce que les idoles qu'elle révère le sont, mais aussi parce que tout son exercice consiste dans les mains et non dans la langue ni dans le cœur comme celui de la noire. La sagesse est parmi nous dans la religion, et la religion dans la sagesse : elles ne se séparent point. Etre sage n'est autre chose que de rendre à Dieu le culte qui lui est dû. Pour ce qui est du culte de plusieurs dieux, il est contraire à la nature, comme il est aisé de le prouver par cet argument. Dans les prières que l'homme fait à Dieu, il l'appelle père, et il en doit user ainsi non seulement par honneur, mais par raison, parce que Dieu est supérieur à l'homme, et qu'il lui donne la vie et les aliments qui la conservent. C'est donc pour cela que Jupiter, Saturne, Janus, Bacchus et les autres, sont appelés pères par ceux qui les prient, ce dont Lucilius se moque dans l'assemblée des dieux, comme d'une extravagance qui rendrait les dieux les pères communs de tous les hommes et tous les hommes les enfants communs de tous les dieux. Que s'il est contre la nature qu'un homme ait plusieurs pères, il est contre la nature et contre la piété qu'il adore plusieurs dieux; il ne doit adorer que celui qu'il peut appeler véritablement son père et son seigneur. Dieu est père parce qu'il répand sur nous les biens en abondance; il est seigneur parce qu'il a un pouvoir absolu de nous châtier. Tout père est seigneur par le droit civil ; il ne pourrait

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domini potestatem? Nec immerito paterfamilias dicitur, licet tantum filios habeat: vindelicet nomen patris complectitur etiam servos, quia familias sequitur, et nomen familiae complectitur etiam filios, quia pater antecedit: unde apparet eumdem ipsum, et patrem esse servorum, et dominum filiorum. Denique et filius manumittitur tamquam servus, et servus liberatus patroni nomen accipit, tamquam filius. Quod si propterea paterfamilias nominatur, ut appareat eum duplici potestate praeditum, quia et indulgere debet, quia pater est, et coercere, quia dominus; ergo idem servus est, qui et filius; idem dominus, qui et pater. Sicut igitur naturae necessitate non potest esse nisi unus pater, ita nec dominus nisi unus; quid enim faciat servus, si multi domini diversa imperaverint? Ergo contra rationem contraque naturam sunt religiones multorum deorum; siquidem nec patres multi possunt esse, nec domini: deos autem et patres, et dominos nuncupari necesse est. Teneri ergo veritas non potest, ubi homo idem multis patribus dominisque subjectus est, ubi animus in multa dispersus, huc atque illuc divagatur. Nec habere ullam firmitatem religio potest, quando certo et stabili domicilio caret. Cultus igitur deorum veri esse non possunt, eodem modo, quo matrimonium dici non potest, ubi mulier una multos viros habet sed haec aut meretrix, aut adultera nominabitur; a qua enim pudor, castitas, fides abest,

élever ses enfants s'il n'avait sur eux un pouvoir absolu. C'est pour cela qu'on appelle père de famille ceux mêmes qui n'ont point d'enfants. Le nom de père s'étend jusqu'aux esclaves, et le nom de famille s'étend jusqu'aux enfants. Le même homme est le père de ses esclaves et le seigneur de ses enfants; il affranchit son fils de sa puissance aussi bien que ses esclaves, et un esclave affranchi prend le nom de son patron, de la même manière qu'un fils prend le nom de son père. On l'appelle père de famille pour marquer le double pouvoir qu'il a entre les mains, et pour l'avertir d'user quelquefois de l'indulgence d'un père, et quelquefois aussi de la rigueur d'un maître. L'esclave est comme le fils de son maître, et le maître est comme le père de son esclave. Comme par l'ordre de la nature on ne peut avoir qu'un père, on ne peut aussi avoir qu'un maître. Que ferait un serviteur qui aurait plusieurs maîtres, desquels il recevrait en même temps des commandements différents? Le culte de plusieurs dieux est donc également contraire à la raison et à la nature, puisque les dieux doivent être appelés et nos pères et nos seigneurs, et qu'il est impossible que nous en ayons plusieurs. L'homme ne peut arriver à la connaissance de la vérité, quand il a l'esprit partagé et qu'il obéit à plusieurs pères et à plusieurs maîtres. Une religion qui n'a point de demeure stable et certaine ne peut subsister. Le culte qui nous soumet à plusieurs dieux ne peut

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virtute careat necesse est. Sic et religio deorum impudica est incesta, quia fide caret, quia honos ille instabilis et incertus, caput atque originem non habet.

être véritable, non plus que le mariage qui lierait une femme à plusieurs hommes. Ce ne serait pas une femme légitime, ce serait ou une adultère ou une prostituée qui n'aurait ni pudeur, ni chasteté, ni fidélité, ni vertu. Ainsi la religion qui sert plusieurs dieux est une impudique et une infâme, qui n'a point de fidélité et qui ne leur rend point d'honneur certain ni solide.

CAPUT IV. De sapientia itidem et religione, atque de jure patris et domini. Quibus rebus apparet, quam inter se conjuncta sint sapientia et religio:

sapientia spectat ad filios, quae exigit amorem; religio ad servos quae exigit timorem. Nam sicut illi patrem diligere debent et honorare, sic hi dominum colere ac vereri. Deus autem, qui unus est, quoniam utramque personam sustinet, et patris, et domini; et amare eum debemus, quia filii sumus, et timere quia servi. Non potest igitur nec religio a sapientia separari, nec sapientia a religioni secerni; quia idem Deus est, qui et intelligi debet, quod est sapientiae, et honorari, quod est religionis. Sed sapientia praecedit, religio sequitur:

quia prius est, Deum scire, consequens, colere. Ita in duobus nominibus una vis est, quamvis diversa esse videatur. Alterum enim positum est in sensu, alterum in actu. Sed tamen similia sunt duobus rivis ex uno fonte manantibus.

IV.

Ce que je viens de dire fait voir fort clairement, si je ne me trompe, combien la sagesse et la religion sont étroitement unies. La sagesse regarde les enfants et exige d'eux de l'amour. La religion regarde les serviteurs et exige d'eux de la crainte. Les premiers doivent avoir de l'amour pour leur père, et les seconds de la crainte pour leur maître. Nous devons de la crainte et de l'amour à Dieu, parce qu'il est tout ensemble et notre maître et notre père. Ce qui rend la sagesse et la religion inséparables, c'est que la sagesse fait connaître Dieu et que la religion le fait honorer. La sagesse précède, parce qu'il faut connaître Dieu avant que de lui pouvoir rendre l'honneur qui lui est dû. La sagesse et la religion, ne sont qu'une même chose, bien qu'elles paraissent différentes:

l'une consiste dans la connaissance et

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Fons autem sapientiae et religionis, Deus est: a quo hi duo rivi si aberraverint, arescant necesse est; quem qui nesciunt, nec sapientes esse possunt, nec religiosi. Sic fit, ut philosophi, et qui deos colunt, similes sint aut filiis abdicatis, aut servis fugitivis; quia neque illi patrem quaerunt, neque hi dominum: et sicut abdicati haereditatem patris non assequuntur, et fugitivi impunitatem: ita neque philosophi immortalitatem accipient, quae est regni coelestis haereditas, id est summum bonum, quod illi maxime quaerunt, neque cultores deorum poenam sempiternae mortis effugient, quae est animadversio veri domini adversus fugitivos suae majestatis ac nominis. Deum vero esse patrem, eumdemque dominum, utrique ignoraverunt, tam cultores deorum, quam ipsi sapientiae professores: quia aut nihil omnino colendum putaverunt, aut religiones falsas approbaverunt, aut, etiamsi vim potestatemque summi Dei intellexerunt, ut Plato, qui ait unum esse fabricatorem mundi Deum, et M. Tullius, qui fatetur hominem praeclara quadam conditione a summo Deo esse generatum; tamen ei debitum cultum tamquam summo patri non reddiderunt, quod erat consequens ac necessarium. Deos autem neque patres, neque dominos esse posse, non tantum multitudo, ut supra ostendi, sed etiam ratio declarat: quia neque fictum esse a diis hominem traditur, neque deos ipsos antecedere originem hominis invenitur;

l'autre dans l'action. Ce sont comme deux ruisseaux qui procèdent de Dieu comme d'une même source, et qui ne peuvent être séparés de lui sans être en même temps desséchés. Les hommes qui ont le malheur d'être séparés de lui par leur ignorance, n'ont ni sagesse, ni piété. Les philosophes qui adorent plusieurs dieux sont semblables à des enfants abdiqués qui n'aiment plus leur père, et à ces esclaves fugitifs qui ne servent plus leur maître. Mais comme ces enfants qui ont été abdiqués n'ont plus de part à la succession et que les esclaves qui se sont échappés ne sont pas assurés pour cela de l'impunité, ainsi ces philosophes n'ont point de part à l'immortalité, qui est en effet le souverain bien qu'ils recherchent et la succession que Dieu donne à ses enfants dans son royaume, et ne seront point exempts du châtiment éternel dont il punit l'infidélité et l'insolence de ceux qui refusent de lui rendre le service et le culte qu'ils lui doivent. Ceux qui ont adoré plusieurs dieux, et ceux même qui ont fait profession de sagesse, n'ont connu Dieu ni en qualité de père, ni en qualité de maître; les uns ont cru qu'il ne fallait rien adorer ; les autres ont suivi la religion du peuple. Ceux qui ont reconnu l'unité de Dieu, comme Platon qui a déclaré qu'il n'y a qu'un Dieu qui a fait le monde, et comme Cicéron qui a dit que Dieu a produit l'homme d'une manière particulière, ne lui ont pas rendu le culte qu'ils lui devaient comme à leur père et

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siquidem fuisse in terra homines, antequam Vulcanus, et Liber, et Apollo, et ipse Jupiter nascerentur, apparet. Sed neque Saturno fictio hominis, neque Coelo patri ejus assignari solet. Quod si nullus eorum, qui coluntur, formasse a principio atque instituisse hominem traditur; nullus igitur ex his pater hominis nuncupari potest, ita ne Deus quidem. Ergo fas non est venerari eos a quibus non sit homo generatus; quia neque a multis generari potest. Unus igitur ac solus coli debet, qui Jovem, qui Saturnum, qui Coelum ipsum, terramque antecessit. Is enim necesse est hominem figuraverit, qui ante hominem coelum terramque perfecit. Solus pater vocandus est, qui creavit; solus dominus nuncupandus, qui regit, qui habet vitae ac necis veram et perpetuam potestatem; quem qui non adorat, et insipiens servus est, qui dominum suum aut fugiat, aut nesciat, et impius filius, qui suum verum patrem, vel oderit, vel ignoret.

comme à leur maître, non seulement la pluralité des dieux fait voir, comme je l'ai déjà dit, qu'ils ne peuvent être ni nos pères, ni nos maîtres, mais la raison en peut convaincre avec une entière évidence, parce qu'il ne paraît point que les dieux aient fuit l'homme, ni qu'ils aient été avant le temps auquel il a été fait. Il est certain qu'il y avait des hommes sur la terre avant que Vulcain, que Bacchus, qu'Apollon et que Jupiter fussent nés. On n'a pas même la coutume d'attribuer ni à Saturne, ni à Cœlus son père, la formation de l'homme. Que si nul de ceux que l'on adore n'a formé l'homme, nul ne peut être appelé ni son père, ni son Dieu. Il n'est donc point permis de révérer ceux qui n'ont pu faire l'homme, qui n'a pu être fait que par un seul, et il ne faut révérer que celui qui a précédé Jupiter et Saturne, et qui est avant le ciel et la terre. Il n'y a que celui-là qui ait pu faire l'homme. Il n'y a que lui qui doive être appelé son père et son maître ; il n'y a que lui qui le gouverne avec un droit absolu de vie et de mort. Quiconque ne l'adore pas est un esclave insensé, qui ne connaît pas son maître et qui s'est échappé d'entre ses mains, ou un fils impie qui fuit en la présence de son père.

CAPUT V. Oracula prophetarum sunt inspicienda; et de temporibus eorum, atque judicum et regum. Nunc, quoniam docui sapientiam et religionem non posse diduci, superest ut de ipsa religione ac sapientia disseramus. Sentio quidem, quam sit difficilis de rebus coelestibus disputatio:

sed tamen audendum est, ut illustrata veritas pateat, multique ab errore atque interitu liberentur, qui eam sub velamine stultitiae latentem aspernantur ac respuunt. Sed prius quam incipiam de Deo et operibus ejus dicere, mihi pauca de prophetis ante dicenda sunt, quorum testimoniis nunc uti necesse est; quod in prioribus libris ne facerem, temperavi. Ante omnia, qui veritatem studet comprehendere, non modo intelligendis prophetarum vocibus animum debet intendere, sed etiam tempora, per quae quisque illorum fuerit, diligentissime inquirere; ut sciat et quae futura praedixerint, et post quos annos praedicta completa sint. Nec difficultas in his colligendis inest ulla; testati sunt enim sub quo quisque rege divini Spiritus fuerit passus instinctum. Multique scriptos libros de temporibus ediderunt, initium facientes a propheta Moyse, qui trojanum bellum septingentis fere annis antecessit. Is autem, cum per annos quadraginta populum rexisset, successorem habuit Jesum, qui septem et viginti annis tenuit principatum. Exinde sub Judicibus fuerunt per annos trecentos septuaginta. Tum

V.

Il est temps de traiter de la religion et de la sagesse, après avoir montré, comme j'ai fait, qu'elles ne peuvent se séparer. Je n'ignore pas combien il est difficile de parler des choses du ciel. Il faut néanmoins entreprendre d'éclaircir la vérité, afin que ceux qui la méprisent et qui la rejettent, parce qu'elle leur paraît pleine de folie, soient délivrés de l'erreur et évitent le danger où ils sont de périr. Mais, avant que de parler de Dieu et de ses ouvrages, je suis obligé de dire quelque chose des prophètes, dont je ne puis me dispenser de rapporter ici les témoignages, comme je m'en suis dispensé dans les livres précédents. Quiconque désire s'instruire de la vérité doit non seulement s'efforcer de pénétrer le sens de leurs paroles, mais encore examiner avec soin le temps qu'ils ont vécu, pour savoir ce qu'ils ont prédit et combien d'années se sont écoulées depuis leurs prédictions jusqu'à l'accomplissement qui les a suivies. Il n'y a pas grande difficulté à distinguer les temps de la sorte, parce que chaque prophète a marqué le règne sous lequel il a été inspiré par l'esprit de Dieu. On a outre cela entre les mains une quantité de livres, de chroniques qui commencent au temps de Moïse, qui a vécu près de neuf cents ans avant la guerre de Troie. Il gouverna durant quarante années le peuple Juif et eut pour successeur Josué, qui le gouverna vingt autres années.

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mutato statu, reges habere coeperunt:

quibus imperium tenentibus per annos quadringentos quinquaginta usque ad Sedechiae regnum, oppugnati a rege Babylonio, captique Judaei, diuturnum servitium pertulerunt; donec septuagesimo post anno eos Cyrus major terris ac sedibus suis redderet, qui per idem tempus in Persas suscepit imperium, quo Romae Tarquinius Superbus. Quare cum omnis temporum series, et ex Judaicis, et ex Graecis Romanisque historiis colligatur, etiam singulorum prophetarum tempora colligi possunt; quorum sane ultimus Zacharias fuit, quem constat sub Dario rege, secundo anno regni ejus, octavo mense cecinisse. Adeo antiquiores etiam Graecis scriptoribus prophetae reperiuntur. Quae omnia eo profero, ut errorem suum sentiant, qui Scripturam sacram coarguere nituntur, tanquam novam et recens fictam, ignorantes ex quo fonte sanctae religionis origo manaverit. Quod si quis collectis perspectisque temporibus, fundamentum doctrinae salubriter jecerit, et veritatem penitus comprehendet, et errorem cognita veritate deponet.

Ce peuple fut ensuite sous la conduite de juges pendant trois cents soixante-

dix ans. Ils changèrent après cela la

forme de leur gouvernement et obéirent à des rois. Ils vécurent de la sorte

l'espace de quatre cent soixante ans, jusqu'au règne de Sédéchias, sous lequel ils furent emmenés captifs à Babylone où ils demeurèrent soixante-

dix ans, jusqu'à ce que Cyrus, qui

régnait parmi les Perses au même temps

que Tarquin le Superbe régnait parmi les

Romains, daigna les rétablir dans leur pays. Ainsi il est aisé de trouver dans les

histoires des Juifs, des Grecs et des Romains la suite des temps, et de marquer précisément celui de chaque prophète. Il est constant que Zacharie, le dernier de tous, a écrit ses prophéties au huitième mois de la seconde année du règne de Darius ; et partant, les prophètes sont plus anciens que tous les auteurs grecs. Je dis tout ceci à dessein

de faire en sorte que ceux qui, ne

sachant point l'origine de notre religion,

ont la témérité de mépriser l'Écriture

sainte, comme si elle était fort nouvelle,

reviennent de leur égarement. Je ne doute point que quiconque prendra la peine de faire un calcul exact des temps ne reconnaisse la vérité et ne renonce à l'erreur.

CAPUT VI. Deus omnipotentem genuit Filium; atque de eo testimonia Sibyllarum et Trismegisti. Deus igitur machinator constitutorque rerum, sicuti in secundo libro (scilicet, cap. ) diximus, antequam praeclarum hoc opus mundi adoriretur, sanctum et incorruptibilem spiritam genuit, quem Filium nuncuparet. Et quamvis alios postea innumerabiles per ipsum creavisset, quos angelos dicimus, hunc tamen solum primogenitum divini nominis appellatione dignatus est, patria scilicet virtute ac majestate pollentem. Esse autem summi Dei Filium, qui sit potestate maxima praeditus, non tantum congruentes in unum voces Prophetarum, sed etiam Trismegisti praedicatio, et Sibyllarum vaticinia demonstrant. Hermes in eo libro, qui λγος τλειος inscribitur, his usus est verbis:

Κριος κατν πντων ποιητς ν Θες καλεν νενομκαμεν, πετν δετερον ποησε θεν ρατν καασθητν δφημι οδιτασθσθαι ατν, περγρ τοτου οκ στι πτερον ατς ασθοιτο, λλ' τι ες ασθησιν ποπμπει καες νον. πετοτον ποησε πρτον, καμνον, καὶ ἕνα, καλς δατοί ἐφνη, πληρστατος πντων τν γαθν, γαστε καπνυ φλησεν ς διον τκον. Sibylla Erythraea in carminis sui principio, quod a summo Deo exorsa est, filium Dei Ducem et Imperatorem omnium his versibus praedicat:

VI.

Avant que Dieu commençât à travailler au merveilleux ouvrage de l'univers, il engendra un esprit saint, incorruptible et irrépréhensible, qu'il appela son fils. Bien qu'il ait créé depuis quantité d'autres esprits, que nous appelons des anges, il n'a donné le nom de Dieu qu'à ce premier-né, qui lui est égal en grandeur et en puissance, non seulement les prophètes s'accordent à publier que Dieu a un fils qui possède un pouvoir infini, mais Trismégiste et les sibylles le témoignent. Voici comment Trismégiste en parle dans un livre qui a pour titre : Discours parfait. « Le Seigneur et le Créateur de l'univers, que nous avons coutume d'appeler Dieu, a fait un Dieu visible et sensible. Quand je l'appelle visible et sensible, je n'ai pas l'intention de faire croire qu'il tombe sous les sens, je veux seulement marquer que c'est de lui que procède le sentiment et l'intelligence. Dieu l'a produit le premier comme son Fils unique; il l'a fait paraître comme le plus grand de tous les biens, et l'a aimé comme sa chère production. » La sibylle Erythrée l'appelle le chef et le général des hommes, le conducteur et le gardien des fidèles. Une autre sibylle enseigne qu'il n'y a rien de si nécessaire que de le connaître comme Dieu, et comme Fils naturel et légitime de Dieu. C'est le même Fils de Dieu qui, parlant par la bouche de Salomon, le plus sage de tous les rois, et rempli du Saint-Esprit, a rendu de lui-

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Παντοτρφον κτστην, στις γλυκ

πνεμ'

Κττετο, χ' γητρα Θεν πντων ποησε. Et rursus in fine ejusdem carminis:

λλ' ν δωκε Θες πιστος νδρσσι γεραρειν. Et alia Sibylla praecipit hunc oportere cognosci: Ατσν γνωσκε Θεν Θεουἱὸν ἐόντα. Videlicet ipse est Dei Filius, qui per Salomonem sapientissimum regem divino spiritu plenum locutus est ea quae subjecimus:

« Deus condidit me in initio viarum suarum, in opera sua ante secula. Fundavit me in principio, antequam terram faceret, et antequam abyssos constitueret; priusquam prodirent fontes aquarum: ante omnes colles genuit me Deminus; fecit regiones, et fines inhabitabiles sub coelo. Cum pararet coelum, aderam illi; et cum secerneret suam sedem, cum super ventos faceret validas nubes, et cum confirmatos poneret montes sub coelo: quando fortia faciebat fundamenta terrae, eram penes illum disponens. Ego eram, cui adgaudebat; quotidie autem jucundabar ante faciem ejus, cum laetaretur orbe perfecto. » Idirco autem Trismegistus δημιουργν τοΘεοdixit, et Sibylla σμβουλον appellat, quod tanta sapientia et virtute sit instructus a Deo Patre, ut et consilio ejus, et manibus uteretur in fabricatione mundi.

πασι

ν

même ce témoignage : « Le Seigneur m'a possédé au commencement de ses voies; avant qu'il créât aucune chose, j'étais dès lors. J'ai été établi dès l'éternité et dès le commencement, avant que la terre fût créée; les abîmes n'étaient point encore, lorsque j'étais déjà conçu; les fontaines n'étaient point encore sorties de la terre; la pesante masse des montagnes n'était pas encore formée; j'étais enfanté avant les collines. Il n'avait pas encore créé la terre, ni affermi le monde sur ses pôles. Lorsqu'il préparait les deux, j'étais présent ; lorsqu'il environnait les abîmes de leurs bornes, et qu'il leur prescrivait une loi inviolable; lorsqu'il affermissait l'air au-dessus de la terre, et qu'il dispensait dans leur équilibre les eaux des fontaines; lorsqu'il renfermait la mer dans ses limites, qu'il imposait une loi aux eaux, afin qu'elles ne passassent point leurs bornes ; lorsqu'il posait les fondements de la terre, j'étais avec lui, et je réglais toutes choses. J'étais chaque jour dans les délices, me jouant sans cesse devant lui, me jouant dans le monde. » Trismégiste l'a appelé l'ouvrier, et la sibylle l'a appelé le conseiller de Dieu, parce qu'il a reçu une si grande sagesse et une si grande puissance de son père, qu'il s'est servi et de son conseil et de ses mains quand il a voulu faire le monde.

CAPUT VII. De nomine Filii; atque unde Jesus et Christus appellatur. Fortasse quaerat aliquis hoc loco, quis sit iste tam potens, tam Deo carus, et quod nomen habeat, cujus prima nativitas non modo antecesserit mundum, verum etiam prudentia disposuerit, virtute construxerit. Primum scire nos convenit, nomen ejus ne Angelis quidem notum esse, qui morantur in coelo, sed ipsi soli, ac Deo Patri; nec ante id publicabitur, ut est sanctis litteris traditum, quam dispositio Dei fuerit impleta. Deinde nec enuntiari posse hominis ore; sicut Hermes docet, haec dicens:

Ατα δτοτου τοατου τοθεου γαθοβολησις, θεν προνεγκεν, οτὸ ὄνομα οδναται νθρωπνστματι λαληθναι. Et paulo post ad filium:

στι τις, τκνον πόῥῤητος λγος σοφας, σιος περτομνου κυρου πτων, καπροεννοουμνον Θεο, ν επεν πρ νθτρωπν στι. Sed quamvis nomen ejus, quod ei a principio pater summus imposuit, nullus alius praeter ipsum sciat, habet tamen et inter Angelos aliud vocabulum, et inter homines aliud. Jesus quippe inter homines nominatur: nam Christus non proprium nomen est, sed nuncupatio potestatis et regni; sic enim Judaei reges suos appellabant. Sed exponenda hujus nominis ratio est propter ignorantium errorem, qui eum immutata littera Chrestum solent dicere. Erat Judaeis

VII.

Quelqu'un demandera peut-être en cet endroit le nom de ce fils, si puissant et si chéri de Dieu, qui non seulement est avant le monde, mais qui l'a créé par sa force infinie, et en a rangé les parties en ordre par sa sagesse. La première leçon que nous devons apprendre à cet égard, est que son nom n'est connu que de lui et de Dieu son père, et qu'il ne l'est point des anges qui sont dans le ciel, et qu'il ne sera point déclaré, selon que l'Écriture le témoigne, que les desseins de Dieu n'aient été entièrement accomplis. Trismégiste assure que ce nom-là ne peut être prononcé par la bouche d'un homme ; voici ses paroles :

« La volonté de ce bien divin est le principe de ce principe; c'est elle qui a produit un Dieu dont le nom ne peut être prononcé par la bouche d'un homme. » Et, un peu après, il ajoute ce qui suit

:

« On ne saurait expliquer, ô mon fils ! la sagesse de Dieu ; son nom est au- dessus de toutes les paroles des hommes, » Mais quoique le nom que le père lui a donné dès le commencement ne soit point connu, il en a néanmoins un autre parmi les anges, et un autre parmi les hommes. Il a parmi les hommes le nom de Jésus ; celui de Christ n'est pas un nom propre, c'est une marque de puissance et de royauté, et c'est ainsi que les Juifs appellent leurs rois. Je crois devoir l'expliquer, à cause de ceux qui le corrompent par ignorance, et qui, en changeant une lettre, disent Chrest au

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ante praeceptum, ut sacrum conficerent unguentum, quo perungi possent ii, qui vocabantur ad sacerdotium, vel ad regnum. Et sicut nunc Romanis indumentum purpurae insigne est regiae dignitatis assumptae: sic illis unctio sacri unguenti nomen ac potestatem regiam conferebat. Verum, quoniam Graeci veteres χρεσθαι dicebant ungi, quod nunc λεφεσθαι, sicut indicat Homericus versus ille:

Ατος δδμωαλοσαν, καχρσαν λαίῳ ; ob hanc rationem nos eum Christum nuncupamus, id est, unctum, qui hebraice Messias dicitur. Unde in quibusdam graecis scripturis, quae male de Hebraicis interpretatae sunt, λειμνος scriptum invenitur, πτοῦ ἀλεφεσθαι. Sed tamen utrolibet nomine rex significatur: non quod ille regnum hoc terrenum fuerit adeptus, cujus capiendi nondum tempus advenit; sed quod coeleste ac sempiternum, de quo disseremus in ultimo libro. Nunc vero de prima ejus nativitate dicamus.

CAPUT VIII. De ortu Jesu in spiritu et in carne; de spiritibus et testimoniis Prophetarum. In primis enim testificamur, illum bis esse natum; primum in spiritu, postea in carne. Unde apud Hieremiam ita dicitur: Priusquam te formarem in utero, novi te. Et item apud ipsum:

lieu de Christ. Les Juifs avaient reçu ordre de faire un baume pour sacrer ceux qui étaient élevés à la dignité soit sacerdotale, soit royale. Ce sacre était autrefois parmi eux âne marque de la souveraine puissance, comme la pourpre en est une aujourd'hui parmi les Romains. Les anciens Grecs se servaient du verbe χρεσθαι, pour signifier l'onction du sacre, comme leurs descendants se sont servis depuis de celui d'λεφεοσθαι. Homère en rend témoignage, en exprimant dans ses poésies la manière dont cette cérémonie s'observait. C'est pour cela que nous appelons le Fils de Dieu Christ, c'est-à- dire oint, et en hébreu Messie. On trouve λεμμενος dans quelques livres grecs mal traduits de l'hébreu. De quelque mot que l'on se serve, il est certain que l'on ne désigne point qu'il soit roi de la terre, parce que le temps de prendre possession de ce royaume-là n'est pas encore arrivé ; mais on marque qu'il est roi d'un royaume céleste et éternel, dont je parlerai dans le dernier livre de cet ouvrage. Maintenant je dirai quelque chose de sa première naissance.

VIII.

Nous déclarons d'abord qu'il a deux naissances, l'une spirituelle et l'autre corporelle. C'est pour cela que le prophète Jérémie a dit ces paroles : « Je vous connaissais avant que de vous avoir formé dans mon sein; » et ces autres: « Il était heureux avant que d'être né. » Il est certain que ni les unes

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Beatus qui erat, antequam nasceretur; quod nulli alii contigit, praeter Christum. Qui cum esset a principio Filius Dei, regeneratus est denuo secundum carnem: quae duplex nativitas ejus magnum intulit humanis pectoribus errorem, circumfuditque tenebras etiam iis, qui verae Religionis sacramenta retinebant. Sed nos id plane dilucideque monstrabimus, ut amatores sapientiae facilius ac diligentius instruantur. Qui audit Dei Filium dici, non debet tantum nefas mente concipere, ut existimet, ex connubio ac permistione foeminae alicujus Deum procreasse, quod non facit nisi animal corporale, mortique subjectum. Deus autem, cum solus sit, cui permiscere se potuit? aut cum esset tantae potestatis, ut quidquid vellet, efficeret, utique ad creandum societate alterius non indigebat: nisi forte existimabimus, Deum, sicut Orpheus putavit, et marem esse et foeminam, quod aliter generare nequiverit, nisi haberet vim sexus utriusque; quasi aut ipse secum coierit, aut sine coitu non potuerit procreare. Sed et Hermes in eadem fuit opinione, cum dicit ατοπτορα, καατομτορα. Quod si ita esset, ut a Prophetis pater dicitur, sic etiam mater diceretur. Quomodo igitur procreavit? Primum nec sciri a quoquam possunt, nec enarrari opera divina: sed tamen sanctae Litterae (Sap. XVIII) , docent, in quibus cautum est, illum Dei Filium, Dei esse sermonem, sive etiam rationem; itemque caeteros angelos Dei spiritus

ni les autres ne peuvent convenir à d'autre qu'à Jésus-Christ qui, étant Fils de Dieu dès le commencement, a reçu dans le temps une seconde naissance selon la chair. La confusion que plusieurs ont faite de ces deux naissances les a extrêmement embarrassés, bien qu'ils eussent été instruits de nos mystères. Je les distinguerai si clairement que personne ne pourra plus s'y tromper. Quiconque entend nommer le Fils de Dieu, ne doit pas s'imaginer qu'il l'ait engendré avec une femme à la manière des animaux. Dieu étant seul ne pouvait se joindre à personne, et étant tout- puissant il n'avait besoin ni de compagnie ni de secours pour produire un fils. Croirons-nous avec Orphée qu'il était tout ensemble et mâle et femelle, et que s'il n'avait eu les deux sexes il n'aurait pu engendrer son semblable? Trismégiste semble avoir été dans ce même sentiment, quand il a appelé Dieu père et mère de soi-même. Si cela était véritable, les prophètes n'auraient pas manqué de l'appeler mère, comme ils n'ont pas manqué de l'appeler père. Comment est-ce donc qu'il a engendré son fils. Il faut avouer d'abord que les œuvres de Dieu ne peuvent être ni comprises ni expliquées. L'Écriture nous enseigne pourtant que le Fils de Dieu est son verbe, et que les anges sont son esprit et son souffle. Le Verbe est un souffle mêlé avec des paroles qui signifient quelque chose. Mais parce que le souffle sort du nez, et que la parole sort de la bouche, il y a grande

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esse. Nam sermo est spiritus cum voce aliquid significante prolatus. Sed tamen quoniam spiritus et sermo diversis partibus proferuntur, siquidem spiritus naribus, ore sermo procedit, magna inter hunc Dei Filium, et caeteros angelos differentia est. Illi enim ex Deo taciti spiritus exierunt; quia non ad doctrinam Dei tradendam, sed ad ministerium creabantur. Ille vero cum sit et ipse spiritus, tamen cum voce ac sono ex Dei ore processit, sicut verbum, ea scilicet ratione, quia voce ejus ad populum fuerat usurus; id est, quod ille magister futurus esset doctrinae Dei et coelestis arcani ad hominem proferendi:

quod ipsum primo locutus est, ut per eum ad nos loqueretur, et ille vocem Dei ac voluntatem nobis revelaret. Merito igitur sermo et verbum Dei dicitur; quia Deus procedentem de ore suo vocalem spiritum, quem non utero, sed mente conceperat, inexcogitabili quadam majestatis suae virtute ac potentia in effigiem, quae proprio sensu ac sapientia vigeat, comprehendit, et alios item spiritus suos in angelos figuravit. Nostri spiritus dissolubiles sunt, quia mortales sumus. Dei autem spiritus et vivunt, et manent, et sentiunt; quia ipse immortalis est et sensus, et vitae dator. Nostrae voces, licet aurae misceantur, atque evanescant, tamen plerumque permanent litteris comprehensae:

quanto magis Dei vocem credendum est, et manere in aeternum, et sensu ac virtute comitari, quam de Deo patre,

différence entre le Fils de Dieu et les anges. Les anges sont sortis de Dieu comme un souffle sans qu'il ait prononcé aucune parole, parce qu'ils n'étaient destinés qu'à l'exécution de ses ordres, et non à la publication de sa doctrine. Mais le fils est sorti de la bouche de son père, et comme un souffle, parce qu'il est pur esprit, et comme une parole, parce qu'il devait faire entendre aux hommes les volontés de Dieu, et leur révéler les mystères. C'est pour cela qu'on l'appelle et parole et verbe; c'est un souffle mêlé de voix que Dieu a conçu non dans son sein, mais dans son esprit, et qu'il a poussé de sa bouche tout rempli et tout animé de la grandeur et de la majesté de sa sagesse et de sa puissance. Il a aussi fait, comme je l'ai dit, les anges de son souffle. Le souffle des hommes se dissipe en un moment, parce que les hommes sont sujets à la mort ; mais le souffle de Dieu subsiste et

conserve la vie et le sentiment, parce que Dieu est immortel et qu'il donne le sentiment et la vie. Bien que nos paroles se dissipent et se perdent en l'air lorsque nous les prononçons, elles se conservent néanmoins par l'écriture quand nous les attachons à des caractères sensibles. Il

y a beaucoup plus de sujet de croire que la parole de Dieu demeure

éternellement, et qu'elle conserve

toujours le sentiment et la force qu'elle

a reçue de lui, comme un ruisseau reçoit

son eau de sa source. Que si quelqu'un

s'étonne qu'un Dieu ait engendré un Dieu, en poussant son souffle et en

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tamquam rivus de fonte traduxerit. Quod si quis miratur, ex Deo Deum prolatione vocis ac spiritus potuisse generari, si sacras voces Prophetarum cognoverit, desinet profecto mirari. Salomonem patremque ejus David potentissimos reges fuisse, et eosdem prophetas, etiam iis fortasse sit notum, qui divinas litteras non attigerunt; quorum alterum, qui posterius regnavit, trojanae urbis excidium centum et quadraginta annis antecessit. Hujus pater divinorum scriptor hymnorum, in Psalmo XXXII, sic ait: Verbo Dei coeli solidati sunt, et spiritu oris ejus omnis virtus eorum. Item rursus in Psalmo quadragesimo quarto: Eructavit cor meum verbum bonum, dico ego opera mea regi. Contestans videlicet, nulli alii opera Dei esse nota, nisi Filio soli, qui est Verbum Dei, et quem regnare in perpetuum necesse est. Item Salomon ipsum verbum Dei esse demonstrat, cujus manibus opera ista mundi fabricata sint. Ego, inquit, ex ore Altissimi prodivi ante omnem creaturam; ego in coelis feci ut oriretur lumen indeficiens, et nebula texi omnem terram. Ego in altis habitavi, et thronus meus in columna nubis. Joannes quoque ita tradidit: In principio erat Verbum, et Verbum erat apud Deum, et Deus erat Verbum. Hoc fuit in principio apud Deum. Omnia per ipsum facta sunt, et sine ipso factum est nihil.

prononçant sa parole, il cessera de s'étonner quand il aura lu les livres des prophètes. Peut-être que plusieurs personnes qui n'ont jamais rien lu de l'Écriture ne laissent pas de savoir que David et Salin non son fils ont été deux puissants rois, qui ont joint à la souveraine puissance le don de la prophétie. Le dernier a vécu cent quarante ans avant la ruine de la ville de Troie. David son père dit dans le psaume trente-deuxième ce qui suit : « Les cieux ont été formés par sa parole, et toute leur beauté par le souffle de sa bouche. » Et dans le psaume quarante- quatrième, il dit : « Mon cœur, dans l'ardeur qu'il ressent, prononce une bonne parole; et c'est pour la gloire du Roi que je compose ce cantique, n Il témoigne par ces paroles que les œuvres de Dieu ne sont connues à nul autre qu'a son fils, qui est son verbe et qui régnera éternellement. Salomon déclare que le verbe a travaillé i la création du monde quand il dit : « Je suis sorti avant toute créature de la bouche du très Haut. J'ai fait lever dans le ciel une lumière qui luit toujours. J'ai enveloppé la terre d'un nuage. J'ai habité dans les lieux hauts, et j'ai mis mon trône sur une colonne de nuée. » Saint Jean l'évangéliste en parle aussi en ces termes; « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu. Il était au commencement en Dieu. Toutes choses ont été faites par lui, et rien de ce qui a été fait n'a été fait sans lui. »

CAPUT IX. De Verbo Dei. Sed melius Graeci λγον dicunt, quam nos verbum, sive sermonem; λγον enim et sermonem significat, et rationem, quia ille est, et vox, et sapientia Dei. Hunc sermonem divinum ne philosophi quidem ignoraverunt. Siquidem Zeno rerum naturae dispositorem atque opificem universitatis λγον praedicat, quem et fatum, et necessitatem rerum, et Deum, et animum Jovis nuncupat; ea scilicet consuetudine, qua solent Jovem pro Deo accipere. Sed nihil obstant verba, cum sententia congruat veritati. Est enim spiritus Dei, quem ille animum Jovis nominavit. Nam Trismegistus, qui veritatem pene universam nescio quomodo investigavit, virtutem majestatemque verbi saepe descripsit, sicut declarat superius illud exemplum, quo fatetur esse ineffabilem quemdam sanctumque sermonem, cujus enarratio modum hominis excedat. Dixi de nativitate prima breviter, ut potui. Nunc de secunda, quoniam controversia est in ea maxima, latius disserendum est; ut veritatem scire cupientibus lumen intelligentiae praeferamus.

IX.

Les Grecs l'appellent λγος et ce terme-là est plus propre que celui de parole ou de verbe dont nous nous servons, parce qu'il signifie non seulement la parole, mais aussi la raison. Or le Fils de Dieu est la raison et la sagesse de son père, aussi bien que sa parole. Cette parole divine n'a pas été tout à fait inconnue aux philosophes. Zénon dit qu'elle a créé l'univers et rangé en ordre les parties qui le composent. Il l'appelle destinée, nécessité de Dieu, et esprit de Jupiter. Mais il ne faut point faire de difficulté sur les termes, puisque le sens est conforme à la vérité. Ce qu'il appelle l'esprit de Jupiter, c'est l'esprit de Dieu. Trismégiste qui a découvert, je ne sais comment, presque toutes les vérités, a décrit en plusieurs endroits la force et la majesté du Verbe, comme il paraît par le passage que j'ai cité, où il déclare que c'est une parole qui ne peut être expliquée par la bouche des hommes. J'ai parlé le plus brièvement et le mieux qu'il m'a été possible de la première naissance du Fils de Dieu. Je parlerai maintenant un peu plus au long de la seconde, touchant laquelle de notables difficultés existent, et je tâcherai de porter la lumière devant ceux qui cherchent la vérité.

CAPUT X. De Jesu adventu; de Judaeorum casibus ac eorum regimine usque ad Passionem Dominicam. In primis igitur scire homines oportet, sic a principio processisse dispositionem summi Dei, ut esset necesse, appropinquante saeculi termino, Dei Filium descendere in terram, ut constitueret Deo templum, doceretque justitiam: verumtamen non in virtute Angeli, aut potestate coelesti, sed in figura hominis, et conditione mortali, ut cum magisterio functus fuisset, traderetur in manus impiorum, mortemque susciperet, ut ea quoque per virtutem domita, resurgeret, et homini, quem induerat, quem gerebat, et spem vincendae mortis afferret, et ad praemia immortalitatis admitteret. Hanc ergo dispositionem ne quis ignoret, docebimus praedicta esse omnia, quae in Christo videmus esse completa. Nemo asseverationi nostrae fidem commodet; nisi ostendero, Prophetas ante multam temporum seriem praedicasse, fore aliquando ut filius Dei naceretur sicut homo, et mirabilia faceret, et cultum Dei per totam terram seminaret, et postremo patibulo figeretur, et tertia die resurgeret. Quae omnia cum probavero eorum ipsorum litteris, qui Deum suum mortali corpore utentem violaverunt, quid aliud obstabit, quominus veram sapientiam clarum sit in hac sola Religione versari? Nunc a principio totius sacramenti origo narranda est.

X.

Il n'est permis à personne d'ignorer le décret que Dieu a porté dès le commencement, d'envoyer vers la fin des siècles son verbe sur la terre, afin qu'il y élevât un temple, et qu'il y enseignât la justice, et de l'envoyer non avec la force et avec le pouvoir d'un ange, mais sous la figure d'un homme, et dans un corps mortel, afin qu'après qu'il aurait publié sa doctrine, il fût livré aux impies, il souffrit la mort, il en triomphât, et que par sa résurrection il donnât l'espérance de l'immortalité aux hommes dont il avait pris la nature. Pour faire connaître à tout le monde cet ordre merveilleux des desseins de Dieu, je montrerai que tout ce qui a été accompli par Jésus-Christ avait été prédit par les prophètes. Que personne n'ajoute foi à mes paroles, qu'après que j'aurai prouvé, d'une manière invincible, que les prophètes avaient prédit que le Fils de Dieu naîtrait comme un homme, qu'il ferait des miracles, qu'il établirait le culte de son père sur toute la terre, qu'il serait crucifié, et qu'il ressusciterait trois jours après. Quand j'aurai prouvé toutes ces choses par les livres de ceux-là mêmes qui ont outragé leur propre Dieu couvert d'un corps mortel, ne sera-t-il pas évident que la véritable sagesse ne se trouve que dans la religion que nous pratiquons? Je suis obligé d'expliquer ici ce mystère, et de le reprendre dès son origine.

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Majores nostri, qui erant principes Hebraeorum, cum sterilitate atque inopia laborarent, transierunt in Aegyptum rei frumentariae gratia, ibique diutius commorantes, intolerabili servitutis jugo premebantur. Tum misertus eorum Deus eduxit eos, ac liberavit de manu regis Aegyptiorum post annos quadringentos et triginta, duce Moyse, per quem postea illis lex a Deo data est: in qua eductione ostendit virtutem suae majestatis Deus. Trajecit enim populum medio Mari Rubro, praecedente angelo, et scindente aquam, ut populus per siccum gradi posset, quem verius (ut ait poeta) Curvata in montis faciem circumstetit unda. Qua re audita, tyrannus Aegyptiorum cum magna suorum manu insecutus, et mare adhuc patens temere ingressus, coeuntibus aquis cum omni exercitu deletus est. Hebraei vero ingressi in solitudinem multa mirabilia viderunt. Nam cum sitim paterentur, ictu virgae rupe percussa, prosiliit fons aquae, populumque recreavit. Quo rursus esuriente, coelestis alimenti pluvia descendit. Quin etiam coturnices in castra eorum ventus invexit, ut non modo pane coelesti, sed etiam instructioribus epulis saturarentur. Pro his tamen divinis beneficiis honorem Deo non reddiderunt, sed depulsa jam servitute, jam siti fameque deposita, in luxuriam prolapsi, ad profanos Aegyptiorum ritus animos transtulerunt. Cum enim Moyses dux eorum

Nos ancêtres, les chefs des Hébreux, étant pressés de la famine et d'une

disette de vivres allèrent en Egypte pour

y acheter du blé, et y gémirent longtemps sous le joug d'une

insupportable servitude, jusqu'à ce que Dieu, ayant pitié de leur misère, les en délivra après trois cent trente ans par le ministère de Moïse, dont il se servit encore pour leur donner la loi. Dieu fit éclater dans cette délivrance sa majesté et sa grandeur, en envoyant un ange qui sépara la mer et fit passer le peuple à travers, de sorte que l'on pouvait dire alors, plus véritablement que le poète

n'a dit en une autre occasion, que :

Les eaux s'étaient élevées et étaient

escarpées comme une montagne.

Le roi d'Egypte ayant eu la témérité

de les poursuivre, fut enseveli avec son

armée sous les flots qui avaient repris leur place. Les Hébreux virent dans le désert des miracles fort surprenants. Moïse, frappant une roche avec sa baguette, en fit sortir une source d'eau qui désaltéra tout le peuple : Dieu fit pleuvoir une manne miraculeuse qui le rassasia ; et pour le traiter avec pus de délicatesse et plus de magnificence, il lui envoya sur les ailes des vents des cailles jusque dans son camp. Mais, au lieu de reconnaître ses bienfaits et de lui en rendre de très humbles actions de grâce,

dès qu'ils furent délivrés de la captivité,

de la soif et

de la faim, ils

s'abandonnèrent à la débauche, et

tombèrent dans les superstitions et dans

les impiétés des Égyptiens. Pendant que

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ascendisset in montem, atque ibi quadraginta diebus moraretur, aureum caput bovis, quem vocant Apin, quod eos in signo praecederet, figurarunt. Quo peccato ac scelere offensus Deus, impium et ingratum populum pro merito poenis gravibus affecit, et legi, quam per Moysen dederat, subjugavit. Postea vero cum in deserta quadam parte Syriae consedissent, amiserunt vetus nomen Hebraei: et quoniam princeps examinis eorum Judas erat, Judaei sunt appellati, et terra, quam incoluere, Judaea. Et primo quidem non dominio regum subjecti fuerunt: sed populo ac legi civiles Judices praesidebant; non tamen in annum constituti sunt, sicut romani consules, sed perpetua jurisdictione, subnixi. Tum sublato Judicum nomine, potestas regalis inducta est. Verum Judicibus regimen eorum tenentibus, pravas religiones saepe susceperant; atque offensus ab his Deus, toties eos alienigenis subjugabat, donec rursus poenitentia populi mitigatus liberaret eos servitute. Item sub regibus finitimorum bellis ob delicta vexati, postremo capti, abductique Babylonem, poenas impietatis suae gravi servitio pependerunt; donec Cyrus veniret in regnum, qui statim Judaeos restituit edicto. Exinde Tetrarchas habuerunt usque ad Herodem, qui fuit sub imperio Tiberii Caesaris; cujus anno quinto decimo, id est, duobus Geminis Consulibus, ante diem decimam calendarum aprilium Judaei Christum

Moïse était sur la montagne où il demeura quarante jours, ils élevèrent la tête du veau qu'ils appelèrent Apis, pour la porter devant eux. Dieu punit très rigoureusement leur impiété et leur ingratitude, et les assujettit à l'observation de la loi qu'il leur donna par le ministère de Moïse. Lorsqu'ils se furent établis dans une partie déserte de la Syrie, ils quittèrent le nom d'Hébreux pour prendre celui de Juifs, du nom de Judas l'un de leurs chefs. Ils furent d'abord gouvernés par des juges, qui ne changeaient pas chaque année comme les consuls de Rome, mais qui exerçaient cette fonction leur vie durant. Le peuple tomba plusieurs fois dans l'idolâtrie durant ces temps-là, et fut réduit sous la puissance de ses ennemis, jusqu'à ce qu'ayant conçu un sérieux repentir de ses crimes, Dieu eut la bonté de le remettre en liberté. Lorsque ensuite ils furent commandés par les rois, ils s'attirèrent des guerres, et ils furent vaincus et menés captifs à Babylone, où ils souffrirent tous les mauvais traitements que méritait leur impiété, jusqu'à ce que Cyrus, étant monté sur le trône de Perse, daigna les rétablir. Ils furent après cela gouvernés par des tétrarques jusqu'à Hérode, qui vécut au temps du règne de Tibère, en la quinzième année duquel les Juifs crucifièrent Jésus-Christ sous le consulat des deux Geminius, le vingt-deuxième jour du mois de mars. Voilà l'ordre des temps, tel que l'Écriture sainte le décrit. Maintenant, pour

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cruci affixerunt. Hic rerum textus, hic ordo in arcanis sanctarum Litterarum continetur. Sed prius ostendam, qua de causa in terram venerit Christus, ut fundamentum divinae Religionis et ratio clarescat.

CAPUT XI. De causa Incarnationis Christi. Cum saepe Judaei praeceptis salutaribus repugnarent, atque a divina lege dosciscerent, aberrantes ad impios cultus deorum, tum Deus justos et electos viros Spiritu sancto implebat, prophetas in media plebe constituens, per quos peccata ingrati populi verbis minacibus increparet, et nihilominus hortaretur ad poenitentiam sceleris agendam, quam nisi egissent, atque abjectis vanitatibus ad Deum suum rediissent, fore, ut testamentum suum mutaret, id est, haereditatem vitae immortalis ad exteras converteret nationes, aliumque sibi populum fideliorem ex alienigenis congregaret. Illi autem a prophetis increpati, non modo verba eorum respuerunt, sed quod sibi peccata exprobrarentur offensi, eos ipsos exquisitis cruciatibus necaverunt:

quae omnia divinae litterae signata conservant. Dicit enim propheta Jeremias: Misi ad vos servos meos prophetas: ante lucem mittebam, et non audiebatis me, neque intendebatis auribus vestris, cum dicerem vobis: « Convertatur unusquisque a via sua mala, et a nequissimis affectionibus vestris, et habitabitis in terra ista, quam dedi vobis

découvrir le fondement de notre religion, je dirai le sujet pour lequel le Fils de Dieu est descendu sur la terre.

XI.

Pendant que les Juifs méprisaient les commandements de Dieu et qu'ils violaient sa loi en se prosternant devant les idoles des étrangers, il choisissait d'excellents hommes dont il animait le zèle et dont il remuait la langue, pour faire qu'ils reprochassent à ce peuple son ingratitude, qu'ils l'exhortassent à l'expier par une sérieuse pénitence, et qu'ils le menaçassent que, s'il n'apaisait promptement sa colère, il changerait son testament, c'est-à-dire qu'il donnerait la succession de la vie immortelle et bienheureuse à une autre nation plus fidèle qu'il assemblerait d'entre les

païens. Les Juifs ne se contentèrent pas de mépriser les avertissements des prophètes, ils s'offensèrent de la généreuse liberté avec laquelle ils reprenaient leurs crimes, et inventèrent de nouveaux supplices pour les faire mourir, comme les livres sacrés le témoignent. « Je vous ai envoyé les prophètes mes serviteurs, dit Dieu par la bouche du prophète Jérémie, je vous les ai envoyés avant le jour, et vous ne les avez pas écoulés. Vous bouchiez vos oreilles, lorsque je vous disais : que chacun de vous se convertisse en quittant ses mauvaises voies, et en

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et patribus vestris a saeculo usque in saeculum. Nolite ambulare post deos alienos ut serviatis eis, et ne incitetis me in operibus manuum vestrarum, ad disperdendos vos. » Esdras etiam propheta, qui fuit ejusdem Cyri temporibus, a quo Judaei sunt restituti, sic loquitur: Desciverunt a te, et abjecerunt legem tuam post corpus suum, et prophetas tuos interfecerunt, qui obtestabantur eos ut reverterentur ad te. Item Helias in libro Βασιλεν tertio:

Aemulando aemulatus sum Domino Deo omnipotenti, quia dereliquerunt te filii Israel, et altaria tua demolierunt, et prophetas tuos interfecerunt gladio, et remansi ego solitarius, et quaerunt animam meam auferre a me. Propter has illorum impietates abdicavit eos in perpetuum: itaque desiit prophetas mittere ad eos. Sed illum filium suum primogenitum, illum opificem rerum, et consiliatorem suum delabi jussit e coelo, ut religionem sanctam Dei transferret ad gentes, id est, ad eos, qui Deum ignorabant; doceretque justitiam, quam perfidus populus abjecerat; quod jampridem denuntiaverat se esse facturum, sicut Malachias propheta indicat, dicens: Non est mihi voluntas circa vos, dicit Dominus, et sacrificium acceptum non habebo ex manibus vestris; quoniam a solis ortu usque ad occasum clarificabitur nomen meum apud gentes. Item David in psalmo XVII:

Constitues me in caput gentium:

populus, quem non cognovi, serviet

renonçant à ses inclinations corrompues, et vous habiterez dans cette terre que je vous ai donnée à vous et à vos pères jusqu'à la fin des siècles. Ne courez pas après des dieux étrangers, et ne m'excitez pas, par le culte que vous rendez à l'ouvrage de vos mains, à vous châtier et à vous perdre. » Le prophète Esdras, qui a vécu au temps de Cyrus, qui permit aux Juifs de retourner en leur pays, parle de cette sorte : « Ils se sont éloignés de vous; ils ont rejeté votre loi et tué vos prophètes qui les conjuraient de revenir à vous. » Elie s'écrie dans le troisième livre des Rois : « Je suis transporté du zèle du Seigneur tout-puissant, parce que les enfants d'Israël vous ont abandonné, qu'ils ont abattu vos autels, et qu'ils ont fait mourir vos prophètes, tellement que je suis demeuré seul, et qu'ils me cherchent encore pour me mettre à mort. » Dieu, ayant réprouvé les Juifs en punition de ces impiétés, et ayant cessé de leur envoyer des prophètes, a fait descendre du ciel son premier-né, son fidèle conseiller, qui a Ira vaille à la création de l'univers, afin qu'il portât la religion aux nations, qu'il fit connaître Dieu à ceux qui ne le connaissaient point, et qu'il leur enseignât la justice que le peuple ingrat et perfide des Juifs avait rejetée. Dieu les avait avertis auparavant qu'il les traiterait avec cette rigueur, et le prophète Malachie l'avait marqué très clairement par ces paroles :

» Vous ne m'êtes point agréables, dit le Seigneur, et je ne recevrai point de

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mihi. Esaias quoque sic loquitur: Venio colligere omnes gentes, et linguas, et venient, et videbunt claritatem meam, et dimittam super eos signum, et mittam ex his conservatos in gentes quae longe sunt, quae non audierunt gloriam meam, et nuntiabunt claritatem meam in gentes. Volens igitur Deus metatorem templi sui mittere in terram, noluit eum in potestate et claritate coelesti mittere, ut ingratus in Deum populus in errorem maximum induceretur, ac poenas pro facinoribus suis lueret, qui dominum ac Deum suum non recepisset; quod olim prophetae cecinerant, sic esse facturum. Esaias enim, quem ipsi Judaei serra confectum crudelissime necaverunt, ita dicit: Audi coelum, et percipe auribus terra, quoniam Dominus locutus est:

Filios genui, et exaltavi; ipsi autem spreverunt me. Agnovit bos possessorem suum, et asinus praesepium domini sui; Israel autem me non cognovit, et populus meus me non intellexit. Hieremias quoque similiter ait:

Cognovit tempus suum turtur et hirundo, et ruris passeres custodierunt tempora introitus sui: populus autem meus non cognovit judicium Domini. Quomodo dicitis, sapientes sumus, et lex Domini nobiscum est? Incassum facta est metatura; falsi scribae, et confusi sunt; sapientes trepidaverunt, et capti sunt, quoniam verbum Domini reprobaverunt. Ergo (ut coeperam dicere) cum statuisset Deus doctorem virtutis mittere ad homines, renasci eum

sacrifice de vos mains ; mon nom sera glorifié parmi les nations depuis l'orient jusqu'à l'occident. » Le prophète David dit encore dans le psaume seizième: « Vous m'établirez comme chef des nations; le peuple que je ne connaissais pas me servira. » Isaïe dit: « Je viens pour recueillir toutes leurs œuvres et toutes leurs pensées, et pour les assembler avec tous les peuples de quelque pays et de quelque langue qu'ils puissent être. Ils comparaîtront tous devant moi et ils verront ma gloire. Dieu ayant donc résolu d'envoyer sur la terre celui qui devait tracer le plan de son temple, ne voulut pas l'envoyer environné de puissance et de gloire, afin que le peuple qui, par son ingratitude, s'était éloigné de son Seigneur et de son Dieu, tombât dans l'erreur, et portât le châtiment qu'il méritait. Les prophètes avaient prédit beaucoup auparavant que

cela

Isaïe, qui fut scié et mis à mort par les Juifs, en parle de cette sorte : « Cieux, écoutez, et toi, terre, prête l'oreille, car c'est le Seigneur qui a parlé. J'ai nourri des enfants, et je les ai élevés; et après cela ils m'ont méprisé. Le bœuf connaît celui à qui il est, et l'âne l'étable de son maître ; mais Israël ne m'a point connu, et mon peuple a été sans entendement.

devait

arriver.

»

Jérémie en parle dans le même sens : « La tourterelle, dit-il, sait son temps, l'hirondelle et les passereaux de la campagne observent les saisons ; mais mon peuple n'a point connu le jugement

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denuo in carne praecepit, et ipsi homini similem fieri, cui dux, et comes, et magister esset futurus. Sed tamen quoniam clemens est et pius erga suos Deus, ad eos ipsos eum misit, quos oderat, ne illis in perpetuum salutis viam clauderet; sed daret his liberam facultatem sequendi Deum, ut et praemium vitae adipiscerentur, si secuti fuissent, quod plurimi eorum faciunt, atque fecerunt, et culpa sua in poenam mortis incurrerent, si regem suum repudiassent. Apud illos igitur, et ex eorum semine regenerari eum jussit, ne, si fuisset alienigena, justam possent excusationem de lege praetendere, quod eum non suscepissent; simul, ut nulla omnino gens esset in terra, cui spes immortalitatis negaretur.

du Seigneur. Comment dites-vous :

Nous sommes sages, et la loi du Seigneur est avec nous? C'est en vain que l'on a pris de fausses mesures. Les docteurs de la loi ont été confondus; les sages ont tremblé et ont été trompés, parce qu'ils ont rejeté la parole du Seigneur. » Dieu, ayant donc résolu, comme je l'ai dit, d'envoyer aux hommes le docteur de la vertu, ordonna qu'il eût une naissance temporelle, et qu'il devînt semblable à l'homme à qui il devait servir de compagnon, de chef et de maître. Comme il a néanmoins une bonté et une clémence infinies, il l'envoya à ceux-mêmes qui le haïssaient pour ne leur pas ôter la voie du salut, mais pour leur laisser la liberté de suivre Dieu, et pour leur donner une récompense éternelle, au cas qu'ils le suivissent, comme plusieurs le suivirent en effet, et pour faire en sorte que ceux qui s'éloigneraient de lui n'encourussent que par leur faute un châtiment éternel. Il voulut qu'il naquît parmi eux, et de leur nation, de peur que s'il avait été étranger ils n'eussent trouvé dans leur loi une excuse raisonnable de ne l'avoir point reçu, et afin aussi qu'il n'y eût aucun peuple sur la terre qui ne pût espérer de parvenir à l'immortalité.

CAPUT XII. De Jesu ortu ex Virgine, de ejus Vita, Morte, et Resurrectione; atque de iis rebus testimonia Prophetarum. Descendens itaque de coelo sanctus ille Spiritus Dei sanctam Virginem, cujus utero se insinuaret, elegit. At illa divino Spiritu hausto repleta concepit, et sine ullo attactu viri repente virginalis uterus intumuit. Quod si animalia quaedam vento et aura concipere solere omnibus notum est, cur quisquam mirum putet, cum spiritu Dei, cui facile est quidquid velit, gravatam esse Virginem dicimus? Quod sane incredibile posset videri, nisi hoc futurum ante multa saecula Prophetae cecinissent. Salomon ita dicit:

Infirmatus est uterus virginis, et accepit foetum, et gravata est, et facta est in multa miseratione mater Virgo. Item propheta Esaias, cujus verba sunt haec:

Propter hoc dabit Deus ipse vobis signum; Ecce Virgo accipiet in utero, et pariet filium, et vocabitis nomen ejus Hemanuel. Quid hoc manifestius dici potest? Legebant ista Judaei, qui eum negaverunt. Si quis nos haec fingere arbitratur, ab his requirat, ab his potissimum sumat. Satis firmum testimonium est ad probandam veritatem, quod ab ipsis perhibetur inimicis. Hemanuel autem nunquam vocitatus est, sed Jesus, qui latine dicitur salutaris, sive salvator; quia cunctis gentibus salutifer venit. Sed propheta declaravit hoc nomine, quod Deus ad homines in carne venturus esset.

XII.

L'esprit de Dieu étant descendu du ciel, choisit une vierge dans le sein de laquelle il se répandit ; elle conçut aussitôt sans avoir jamais connu aucun homme. Que personne ne s'étonne de ce que nous disons qu'une vierge est devenue enceinte par l'opération de l'esprit de Dieu, à qui tout ce qu'il veut faire est aisé, puisque quelques animaux ont la coutume de concevoir de l'air ou du vent. Cela pourrait néanmoins paraître incroyable, s'il n'eût été prédit longtemps auparavant par les prophètes. Salomon dit dans le dix- neuvième cantique : « Le sein de la Vierge a reçu la fécondité et le fruit; la Vierge est devenue mère par une grande miséricorde ? » Le prophète Isaïe dit : « C'est pourquoi le Seigneur vous donnera un signe ; une vierge concevra, et elle enfantera un fils qui sera appelé Emmanuel. » Que peut-on dire de plus clair ? Les Juifs, qui ne l'ont point voulu reconnaître, ont lu ces prophéties. Si quelqu'un s'imagine que nous les avons faites a plaisir, qu'il les leur demande, et qu'il consulte leurs livres: il n'y a point de si fort témoignage pour établir la vérité que celui que l'on tire de ses propres ennemis. Il n'a jamais été appelé Emmanuel, mais Jésus, qui signifie salutaire ou sauveur parce qu'il est venu sauver tous les peuples. Le prophète a seulement eu l'intention de marquer, par ce terme d'Emmanuel, que Dieu devait prendre un corps et converser avec les hommes; car

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Hemanuel enim significat, nobiscum Deus; scilicet quia illo per virginem nato, confiteri homines oportebat Deum secum esse, id est, in terra, et in carne mortali. Unde David in psalmo LXXXIV. Veritas, inquit, de terra orta est; quia Deus, in quo veritas est, terrenum corpus accepit, ut terrenis viam salutis aperiret. Item Esaias ipse: Ipsi autem non crediderunt, et exacerbaverunt spiritum sanctum, et conversus est eis ad inimicitiam. Et ipse expugnavit, et recordatus est dierum saeculi, qui suscitavit de terra pastorem ovium. Quis autem futurus esset ille pastor, declaravit alio loco, dicens: Exultent coeli desuper, et nubes induant justitiam: aperiatur terra, et pullulet Salvatorem. Ego enim Dominus Deus creavi eum. Salvator vero est, ut supra diximus, Jesus. Sed et alio loco idem propheta sic praedicavit: Ecce natus est nobis puer, et datus est nobis filius:

cujus imperium super humeros ejus; et vocatum est nomen ejus, magni consilii nuntius. Idcirco enim missus est a Deo Patre, ut universis gentibus, quae sub coelo sunt, singularis et veri Dei sanctum mysterium revelaret, ablatum perfido populo, qui adversus Deum saepe deliquit. Daniel quoque similia praelocutus est. Videbam, inquit, in visu noctis; et ecce in nubibus coeli ut filius hominis veniens, et usque ad vetustum dierum pervenit. Et qui assistebant, obtulerunt eum, et datum est ei regnum, et honor, et imperium, et omnes populi, tribus, linguae servient ei; et potestas

Emmanuel signifie : Dieu est avec nous. Depuis en effet que Dieu était né d'une vierge, les hommes devaient reconnaître qu'il était avec eux, qu'il vivait sur la terre et dans une chair mortelle : c'est sur ce sujet que David a dit : « La vérité germera de la terre. » Dieu dans qui la vérité est renfermée, a tiré un corps de la terre pour montrer le chemin du salut aux hommes qui sont sur la terre. Isaïe en parle en ces termes: « Ils ont irrité sa colère; ils ont affligé l'Esprit saint; il est devenu leur ennemi, et il les a lui-même détruits. Il s'est souvenu des siècles anciens, et a suscité le pasteur de son troupeau. » Il déclare en un autre endroit quel est ce pasteur, en disant: a Cieux, envoyez d'en haut votre rosée, et que les nuées fassent descendre le juste comme une pluie; que la terre s'ouvre et qu'elle germe le Sauveur, et que la justice naisse en même temps ; je suis le Seigneur qui l'ai créé. » Le sauveur, c'est Jésus, comme je l'ai déjà dit. Le même prophète a parlé dans un autre endroit de cette manière: " On petit enfant nous est né, et un fils nous a été donné ; il portera sur son épaule la marque de sa principauté, et il sera appelé l'ange du grand conseil. Il a été envoyé par son père, pour révéler à toutes les nations qui sont sous le ciel le mystère et l'unité d'un Dieu, qui a été celé au peuple perfide et ingrat qui s'est rendu si souvent criminel. » Daniel a prédit quelque chose de semblable: « J'avais, dit-il, une vision durant la nuit, et je

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ejus aeterna, quae nunquam transibit, et regnum ejus, quod non corrumpetur. Quomodo igitur Judaei et confitentur, et sperant Christum Dei? qui hunc idcirco reprobaverunt, quia ex homine natus est. Nam cum ita sit a Deo constitutum,

ut idem Christus bis adveniat in terram,

semel, ut unum Deum gentibus nuntiet, deinde rursus, ut regnet: quomodo in secundum ejus adventum credunt, qui in primum non crediderunt? Atqui propheta utrosque adventus ejus paucis verbis comprehendit. Ecce, inquit, in nubibus coeli ut filius hominis veniens. Non dixit, ut filius Dei, sed filius hominis, ut ostenderet, quod carne indui haberet in terra, ut suscepta hominis

figura, et conditione mortali, doceret homines justitiam; et cum mandatis Dei functus, veritatem gentibus revelasset, multaretur etiam morte, ut inferos quoque vinceret ac resignaret, atque ita demum resurgens, ad Patrem

proficisceretur in nube sublatus. Adjecit enim propheta, et ait: Et usque ad antiquum dierum pervenit, et oblatus est ei. Antiquum dierum appellavit Deum summum, cujus aetas, et origo non potest comprehendi; quia solus a saeculis fuit, et erit semper in saecula. Christum autem post passionem ac resurrectionem ascensurum esse ad Deum patrem, David in psalmo centesimo nono contestatus est his verbis: Dixit Dominus Domino meo, sede

a dextris meis; quoadusque ponam

inimicos tuos suppedaneum pedum tuorum. Qui propheta, cum rex esset,

voyais sur les nué et du ciel comme le Fils de l'homme qui s'avançait, et il arriva jusqu'à l'ancien des jours. Ceux qui étaient présents le lui présentèrent; et l'honneur, le royaume et l'empire lui

furent donnés; et tous les peuples, toutes les langues et toutes les tribus le suivirent. Sa puissance sera éternelle et ne passera point; son règne n'aura point de fin. » Comment est-ce que les Juifs avouent qu'il y aura un oint ou seigneur, et comment est-ce qu'ils espèrent qu'il viendra, puisqu'ils ont refusé de le reconnaître pour Messie, sous prétexte qu'il était né d'une femme? Dieu, ayant résolu que le Messie descendrait deux fois sur la terre, une fois pour annoncer son nom aux nations, et une autre fois pour les gouverner avec une autorité absolue, pourquoi croient-ils le second avènement, et ne croient-ils pas le premier? Le prophète a marqué les deux avènements en peu de paroles, quand il

a dit : « Qu'il s'avancerait sur les nuées

non comme le Fils de Dieu, mais comme le Fils de l'homme. « Il a dit qu'il devait prendre sur la terre la forme et la

condition d'un homme, afin d'enseigner la justice aux hommes, pour subir la mort, descendre aux enfers, les ouvrir, ressusciter, s'élever au-dessus des nues, et retourner à son père. Quand le prophète a dit qu'il est parvenu jusqu'à

l'ancien des jours, et qu'il lui a été offert,

il a entendu par l'ancien des jours, Dieu

qui est seul avant tous les siècles, et qui

sera éternellement. Le prophète David déclare expressément dans le psaume

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quem appellare dominum suum posset, qui sederet ad dexteram Dei, nisi Christum Filium Dei, qui est rex regum, et dominus dominorum? Quod Esaias apertius ostendit dicens: Sic dicit Dominus Deus Christo domino meo, cujus tenui dexteram; obaudire ante eum gentes faciam, et fortitudinem regum disrumpam. Aperiam ante illum portas, et civitates non claudentur. Ego ante te ibo, et montes deplanabo, et fores aereas conteram, et seras ferreas confringam; et dabo tibi thesauros absconditos et invisibiles, ut scias quia ego sum Dominus Deus, qui voco nomen tuum, Deus Israel. Denique ob virtutem ac fidem, quam Deo exhibuit in terra, datum est ei regnum, et honor, et imperium; et omnes populi, tribus, linguae, servient ei; et potestas ejus aeterna, quae nunquam transibit, et regnum ejus non corrumpetur. Quod quidem duobus modis intelligitur: quia et nunc habet perpetuam potestatem, cum omnes gentes, et omnes linguae nomen ejus venerantur, majestatem confitentur, doctrinam sequuntur, virtutem imitantur; habet imperium atque honorem, cum omnes tribus terrae praeceptis ejus obtemperant: et idem postea cum rursus advenerit in potestate ac claritate, ut omnem animam judicet, et justos restituat ad vitam, tunc vere totius terrae regimen obtinebit; tunc sublato de rebus humanis omni malo, aureum saeculum (ut poetae vocant), id est justum ac pacificum tempus orietur. Sed haec uberius in

cent neuvième : qu'après que le Christ aura souffert la mort et qu'il sera ressuscité, il montera à son père. Voici ses paroles : « Le Seigneur a dit à mon seigneur, asseyez-vous à ma droite jusqu'à ce que j'aie réduit vos ennemis à être foulés sous vos pieds. » David, qui était roi, aurait-il pu appeler son seigneur un autre que le Christ et que le Fils de Dieu, qui est le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs ? Isaïe en parle encore plus clairement: « Voici, dit-il, ce que dit le Seigneur au seigneur qui est mon Christ, que j'ai pris par la main pour lui assujettir les nations, pour mettre les rois en fuite, pour ouvrir devant lui toutes les portes sans qu'aucune lui soit fermée. Je marcherai devant vous, j'humilierai les grands de la terre, je romprai les portes d'airain, et je briserai les gonds de fer, je vous donnerai les trésors cachés et les richesses secrètes et inconnues, afin que vous sachiez que je suis le Seigneur, le Dieu d'Israël qui vous a appelé par votre nom. Enfin l'honneur et l'empire lui ont été donnés en vue de la puissance et de la félicité que Dieu a fait paraître sur la terre, et toutes les tribus, et toutes les langues le serviront; son pouvoir ne passera point et son règne n'aura point de fin. » Ces paroles peuvent être entendues de deux manières : l'une est que Jésus-Christ possède un grand pouvoir dès ce temps- ci, puisque tous les peuples révèrent son nom, reconnaissent sa grandeur, suivent sa doctrine, et imitent sa vertu. Il jouit déjà de l'honneur et de l'empire, puisque

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ultimo libro disseremus, cum de secundo adventu loquemur: nunc de primo, ut coepimus, explicemus.

CAPUT XIII. De Jesu Deo et homine; atque de eo prophetarum testimonia. Summus igitur Deus ac parens omnium, cum religionem suam transferre voluisset, doctorem justitiae misit e coelo, ut novis cultoribus novam legem in eo vel per eum daret: non sicut ante fecerat per hominem: sed tamen nasci eum voluit tamquam hominem, ut per omnia summo Patri similis existeret. Ipse enim pater Deus, et origo, et principium rerum, quoniam parentibus caret, πτωρ atque μτωρ a Trismegisto verissime nominatur, quod ex nullo sit procreatus. Idcirco etiam filium bis nasci oportuit, ut et ipse fieret πτωρ atque μτωρ. In prima enim

toutes les tribus obéissent à ses commandements. L'autre manière d'expliquer ces paroles est de dire qu'il possédera véritablement l'empire de l'univers, lorsqu'il viendra une seconde fois environné de gloire et de majesté pour réduire tous les peuples à son obéissance, pour juger tous les hommes et pour ressusciter tous les justes. Toute sorte de mal étant alors ôté de dessus la terre, on verra un siècle d'or, comme disent les poètes, c'est-à-dire un temps où la justice et la paix régneront. J'expliquerai toutes ces choses plus au long dans le dernier livre de cet ouvrage où je parlerai du second avènement du Messie ; mais j'achèverai maintenant ce que j'avais commencé à dire touchant le premier.

XIII.

Lorsque l'unique Dieu et le commun père des hommes eut résolu de leur révéler la véritable piété, il fit descendre du ciel le Docteur de la justice, et par son ministère donna une nouvelle loi à des observateurs nouveaux. Il ne la donna pas par un homme, comme il avait fait la première fois, mais par son Fils qu'il fît naître sur la terre comme un homme, afin qu'il fût tout à fait semblable à lui. Dieu le père est le principe et l'origine de toutes choses; il n'a point été produit, et Trismégiste a eu raison de dire qu'il était sans père et sans mère. Il a fallu que son fils pour lui être semblable eût deux naissances, et qu'il fût en quelque sorte et sans père et sans mère. Il a été sans

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nativitate spiritali μτωρ fuit, quia sine officio matris a solo Deo Patre generatus est. In secunda vero carnali πτωρ fuit, quoniam sine patris officio virginali utero procreatus est, ut mediam inter Deum et hominem substantiam gerens, nostram hanc fragilem imbecillemque naturam quasi manu ad immortalitatem posset educere. Factus est et Dei filius per spiritum, et hominis per carnem; id est, et Deus et homo. Dei virtus in eo ex operibus, quae fecit, apparuit; fragilitas hominis, ex passione quam pertulit:

quam cur susceperit, paulo post docebo. Interim et Deum fuisse, et hominem ex utroque genere permistum, prophetis vaticinantibus discimus. Esaias Deum fuisse testatur his verbis: Fatigata est Aegyptus, et negotiatio Aethiopum, et Sabaim: viri alti ad te transgredientur, et tui erunt servi; et post te ambulabunt vincti compedibus, et adorabunt te, et in te precabuntur, quoniam in te Deus est, et non alius Deus praeter te. Tu enim Deus es, et nesciebamus, Deus Israel salvator. Confundentur, et reverebuntur omnes, qui adversantur tibi, et cadent in confusionem. Item propheta Hieremias sic ait: Hic Deus noster est, et non deputabitur alius absque illo, qui invenit omnem viam prudentiae, et dedit eam Jacob puero suo, et Israel dilecto sibi. Post haec in terris visus est, et cum hominibus conversatus est. Item David in psalmo XLIV: Thronus tuus Deus in saecula saeculorum: virga aequitatis, virga regni tui. Dilexisti justitiam, et odio habuisti injustitiam:

mère dans sa première naissance, qui est une naissance toute spirituelle qu'il a tirée de son père seul. Il a été sans père dans la seconde, qui est une naissance corporelle qu'il a tirée d'une vierge; ainsi il a réuni en sa personne la nature divine

et la nature humaine pour rendre cette

dernière immortelle. Il a été fait Fils de Dieu par l'esprit et fils de l'homme par la chair, et ainsi il est Dieu et homme tout ensemble. La puissance de Dieu a paru

dans les miracles qu'il a opérés, et la

faiblesse de l'homme dans la mort qu'il

a soufferte. Je dirai les raisons pour

lesquelles il s'y est soumis; mais il faut citer auparavant ici les témoignages des prophètes qui nous assurent qu'il était Dieu et homme tout ensemble. Voici les paroles par lesquelles Isaïe proteste qu'il était Dieu. « L'Egypte avec tous ses travaux, l'Ethiopie avec son trafic, et Saba avec ses hommes d'une haute taille, tous ces peuples passeront vers

vous, ô Israël ; ils seront à vous, ils marcheront après vous, ils viendront les fers aux mains, ils se prosterneront devant vous, et il n'y aura point d'autre Dieu que le vôtre. Vous êtes vraiment le Dieu caché, le Dieu d'Israël et le Sauveur. » Jérémie en parle de cette sorte: « Celui-ci est votre Dieu, et il n'y en a point d'autre que lui, qui a trouvé toute prudence, et l'a donnée à Jacob son fils, et à Israël son bien-aimé. Il a depuis paru sur la terre et a conversé avec les hommes. » Voici encore ce que David en dit dans

le psaume quarante-quatrième: « Votre

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propterea unxit te Deus, Deus tuus oleo exultationis. Quo verbo etiam nomen ostendit: siquidem (ut supra docui) ab unctione appellatus est Christus. Deinde hominem fuisse eumdem, Hieremias

docet, dicens: Et homo est; et quis cognovit eum? Item Esaias: Et mittet eis Deus hominem qui salvabit eos, et judicans sanabit eos. Sed et Moyses in numeris ita loquitur : Orietur stella ex Jacob, et exurget homo ex Israel. Propterea Milesius Apollo consultus, utrumne Deus, an homo fuerit, hoc modo respondit:

Θνητς ν κατσρκα, σοφς,

τερατδεσιν

λλ' πχαλδαων πλοις συναλωθες, Γμφοις κασκολπεσσι πικρν ντλησε τελευτν. Primo versu verum quidem dixit: sed argute consultorem fefellit, sacramentum veritatis penitus nescientem. Videtur enim negasse illum Deum. Sed cum fatetur secundum carnem fuisse mortalem, quod etiam nos praedicamus, consequens est, ut secundum spiritum Deus fuerit, quod nos affirmamus. Quid enim fuerat necesse carnis facere mentionem, cum satis esset dicere fuisse mortalem? Sed veritate pressus, negare non potuit quemadmodum res se haberet; sicut illud, quod ait, fuisse sapientem. Quid ad hoc, Apollo, respondes? Si sapiens est; ergo doctrina ejus sapientia est, nec ulla alia, et sapientes, qui sequuntur, nec ulli alii. Cur igitur vulgo pro stultis, et vanis, et ineptis habemur, qui sectamur magistrum, etiam ipsorum

ργοις,

trône, ô Dieu, sera un trône éternel, et le sceptre de votre empire sera un sceptre d'équité et de justice. Vous aimerez la justice et haïrez l'iniquité; c'est pourquoi le Seigneur votre Dieu vous oindra d'une huile de joie, en une manière plus excellente que tous ceux qui participeront à votre gloire. » Par le mot d'onction, il désigne son nom de Christ. Le prophète Jérémie déclare qu'il est homme, quand il dit: « Il est homme, et qui est-ce qui l'a connu? » Isaïe dit :

» Dieu leur enverra un homme et les sauvera, et il les guérira en les jugeant. » Moïse dit dans le livre des Nombres: « Une étoile se lèvera de Jacob, et un homme sortira d'Israël. » Quelqu'un ayant consulté Apollon de Milet, et lui ayant demandé si Jésus-Christ était Dieu ou homme, il répondit de cette sorte:

« Il était sujet à la mort selon sa nature d'homme, mais il faisait des miracles par sa puissance divine. » Ιl fut arrêté par le commandement des princes et des juges des Juifs, condamné et exécuté à mort. Il dit la vérité dans les premières paroles; mais dans la suite, il trompe par une subtilité celui qui le consultait et qui ne savait rien du mystère de la vérité. Il semble nier qu'il soit Dieu ; mais puisqu'il confesse que selon la chair il est sujet à la mort, comme nous le disons aussi, pour parler conséquemment, il doit reconnaître avec nous que selon l'esprit il est Dieu ; car qu'était-il besoin de parler de la chair ? C'était assez de dire qu'il était sujet à la mort ; mais étant pressé par la vérité, il

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deorum confessione sapientem? Nam quod ait, portentifica illum opera fecisse, quo maxime divinitatis fidem meruit, assentiri nobis jam videtur, cum dicit eadem, quibus nos gloriamur. Sed colligit se tamen, et ad daemoniacas fraudes redit. Cum enim verum necessitate dixisset, jam deorum ac sui proditor videbatur; nisi quod ab eo veritas expresserat, mendacio fallente, celasset. Ait ergo, illum fecisse quidem opera miranda, verum non divina virtute, sed magica. Quid mirum, si hoc Apollo veritatem ignorantibus persuasit, cum Judaei quoque, cultores (ut videbantur) summi Dei, hoc idem putaverint; cum ante oculos eorum quotidie fierent illa miracula, quae eis Prophetae futura esse praedixerant, nec tamen tantarum virtutum contemplatione impelli potuerunt, ut Deum crederent, quem videbant. Propterea David, quem praeter caeteros Prophetas vel maxime legunt, in psalmo XXVII, sic eos damnat: Redde illis retributionem eorum, quoniam non intellexerunt in operibus Domini. Ex hujus ipsius domo Christum generatum iri secundum carnem, et ipse David, et alii Prophetae annuntiaverunt. Apud Esaiam ita scriptum est: Et erit in die illa radix Jesse, et qui exurget principari in nationes: in eum gentes sperabunt, et erit requies ejus in honore. Et alio loco:

Exiet virga de radice Jesse, et flos de radice ejus ascendet, et requiescet super eum Spiritus Dei, spiritus sapientiae et intellectus, spiritus consilii et

n'a pu s'empêcher de déclarer la chose telle qu'elle est, non plus qu'il n'a pu se dispenser d'avouer qu'il était sage. Que dites-vous à cela, Apollon? S'il est sage, sa doctrine est la sagesse et ses disciples sont les sages ; et il n'y a point d'autre sagesse que sa doctrine, ni d'autres sages que ses disciples. Pourquoi nous prend-on d'ordinaire pour des imprudents et pour des insensés, nous qui suivons un maître qui, par le propre aveu des dieux est fort sage ? Quand il dit qu'il a fait des actions miraculeuses, par lesquelles sa divinité a éclaté, il semble être d'accord avec nous; mais à l'heure même il se reprend être-tourné à ses ruses diaboliques. Il semblerait s'être trahi lui-même et les autres dieux, s'il n'avait altéré, par le mélange de diverses faussetés, ce que la vérité avait tiré, malgré lui, de sa bouche. Il dit qu'il a fait des œuvres merveilleuses; mais qu'au lieu de les faire par la puissance de Dieu, il les a faites par magie. Faut-il s'étonner qu'Apollon ait fait croire ce mensonge à ceux qui ignoraient la vérité, puisque les Juifs qui adoraient le vrai Dieu ont été prévenus de la même erreur ? Ils ont vu ces miracles de leurs propres yeux, et n'ont pu croire que celui à qui ils les voyaient faire était Dieu. David, dont ils lisent plus souvent les prophéties que celles des autres, les condamne pour ce sujet, par ces paroles du psaume vingt- septième: « Rendez-leur ce qu'ils méritent, puisqu'ils ne reconnaissent point les ouvrages du Seigneur. » David

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fortitudinis, spiritus scientiae et pietalis; et implebit eum spiritus timoris Domini. Jesse autem fuit pater David, ex cujus radice ascensurum esse florem praelocutus est; eum scilicet, de quo Sibylla dicit νθσει δ' ντος καταρν. Item in βασιλειν libro secundo, propheta Nathan missus est ad David volentem Deo templum fabricare; et fuit verbum Domini ad Nathan dicens. Vade, et dic servo meo David: Haec dicit Dominus omnipotens; Non tu aedificabis mihi domum ad inhabitandum: sed cum impleti fuerint dies tui, et dormieris cum patribus tuis, suscitabo semen tuum post te, et parabo regnum ejus. Hic aedificabit mihi domum in nomine meo:

et erigam thronum ejus usque in saeculum; et ego ero ei in patrem, et ipse erit mihi in filium, et fidem consequetur domus ejus, et regnum ejus usque in saeculum. Sed haec ut Judaei non intelligerent, illa fuit causa, quod Solomon filius David Deo templum aedificavit, et civitatem, quam de suo nomine Hierosolyma nuncupavit. Itaque ad ipsum, quae a Propheta dicta sunt, retulerunt. Solomon autem ab ipso patre suo imperii regimen accepit. Prophetae vero de eo loquebantur, qui tum nasceretur, postquam David cum patribus suis requievisset. Praeterea Solomonis imperium perpetuum non fuit; annis enim XL regnavit. Deinde quod nunquam filius Dei dictus est, sed filius David; et domus quam aedificavit non est fidem consecuta, sicut Ecclesia, quae est verum templum Dei, quod non

et les autres prophètes ont prédit que le Messie descendrait, selon la chair, de la maison de David ; voici le témoignage qu'en rend Isaïe : « En ce jour-là le rejeton de Jessé sera exposé comme un étendard devant tous les peuples; les nations viendront lui offrir leurs prières, et son sépulcre sera glorieux. » Il dit dans un autre endroit: « Il sortira un rejeton de la tige de Jessé, et une fleur naîtra de sa racine, et l'esprit du Seigneur se reposera sur lui, l'esprit de sagesse et d'intelligence, l'esprit de conseil et de force, l'esprit de science et de piété, et il sera rempli de l'esprit de la crainte du Seigneur. » Jessé fut le père de David, et c'est de sa tige qu'il a été prédit que la fleur sortirait. C'est de cette même fleur que la sibylle a dit, qu'une fleur pure fleurira. Il est rapporté dans le second livre des Rois que Nathan fut envoyé à David, au temps auquel ce prince méditait de faire bâtir un temple. Dieu dit à Nathan:

« Va, et dis à David mon serviteur : Voici ce que dit le Seigneur tout-puissant:

Vous ne me bâtirez point une maison pour demeurer, mais lorsque vos jours auront été accomplis, et que vous vous serez endormi avec vos pères, je vous susciterai un fils après vous, et je préparerai son royaume ; il élèvera une maison en mon nom ; et j'élèverai son royaume. Je serai son père, et il sera mon fils, et il aura la foi, lui et sa maison, durant tous les siècles. » Comme les Juifs n'entendaient pas ce passage, Salomon, fils de David, a élevé un

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in parietibus est, sed in corde ac fide hominum, qui credunt in eum, ac vocantur fideles. Illud vero Solomonium templum, quia manu factum est, manu cecidit. Denique pater ejus in psalmo CXXVI, de operibus filii sui prophetavit hoc modo: Si Dominus non aedificaverit domum, in vanum laboraverunt, qui illam aedificaverunt: si Dominus non

custodierit civitatem, in vanum vigilavit,

eam custodivit.

qui

temple en l'honneur de Dieu, et fondé une ville qu'il a appelée Jérusalem, de son nom. Cela a été cause que les Juifs ont cru que ces prophéties avaient été accomplies en sa personne. Cependant

Salomon a succédé à David son père, au lieu que celui dont les prophètes ont parlé ne devait naître que depuis que David serait endormi avec ses pères ; de plus, le règne de Salomon n'a duré que quarante ans. Salomon n'a jamais été appelé le fils de Dieu, il n'a été appelé que le fils de David. La maison que Salomon a fait bâtir n'a pas eu la foi comme l'Église, qui est le véritable temple de Dieu, qui est bâti non sur la terre avec des pierres, mais dans le cœur par la foi. Le temple de Salomon a été ruiné parce qu'il avait été bâti par la main des hommes. Enfin, Dieu a parlé de cette sorte des ouvrages de son fils dans le psaume cent vingt-sept : « Si le Seigneur n'édifie lui-même une maison, en vain travaillent ceux qui s'efforcent de l'édifier; si le Seigneur ne garde lui- même une ville, c'est en vainque veille

celui

qui

la

garde. »

 

XIV.

CAPUT XIV. De Jesu sacerdotio a Prophetis praedicto. Quibus ex rebus apparet, prophetas omnes denuntiasse de Christo, fore aliquando, ut ex genere David corporaliter natus constitueret aeternum templum Deo, quod appellatur Ecclesia,

Il paraît, par le témoignage de ces prophètes, que Jésus-Christ devait naître, selon la chair, de la race de David ; qu'il devait élever en l'honneur de Dieu un temple éternel, qui est l'église, et

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et universas gentes ad religionem Dei veram convocaret. Haec est domus fidelis, hoc immortale templum, in quo si quis non sacrificaverit, immortalitatis praemium non habebit. Cujus templi, et magni, et aeterni quoniam Christus fabricator fuit, idem necesse est habeat in eo sacerdotium sempiternum. Nec potest nisi per eum, qui constituit templum, et ad aditum templi, et ad conspectum Dei perveniri. David, in psalmo CIX, id ipsum docet, dicens: Ante luciferum genui te. Juravit Dominus, et non poenitebit eum: tu es sacerdos in aeternum secundum ordinem Melchisedech. Item in Βασιλειν libro primo: Et suscitabo mihi sacerdotem fidelem, qui omnia, quae sunt in corde meo, faciat; et aedificabo ei domum fidelem, et transibit in conspectu meo omnibus diebus. Quis autem futurus esset, cui Deus aeternum sacerdotium pollicebatur, Zacharias etiam nomine posito apertissime docuit; sic enim dixit:

Et ostendit mihi Dominus Deus Jesum sacerdotem magnum stantem ante faciem angeli Domini, et diabolus stabat ad dextram ipsius, ut contradiceret ei. Et dixit Dominus ad diabolum: Imperet Dominus in te, qui elegit Hierusalem; et ecce titio ejectus ab igne: et Jesus erat indutus vestimentis sordidis, et stabat ante faciem angeli, et respondit, et dixit ad circumstantes ante faciem ipsius, dicens: Auferte vestimenta sordida ab eo, et induite eum tunica talari, et imponite cidarim mundam super caput ipsius; et cooperuerunt eum vestimento,

qu'il devait y assembler toutes les nations pour y faire profession de la véritable religion. C'est la maison fidèle et le temple éternel, où celui qui ne sacrifiera pas ne remportera jamais le prix de l'immortalité. Jésus-Christ doit nécessairement être le prêtre de ce temple éternel dont il a été l'architecte. On ne peut obtenir l'entrée de ce temple, ni être admis à la vue de Dieu que par lui, comme David l'enseigne par ces paroles du psaume 109 : « Je vous ai engendré dans mon sein avant l'aurore. Le Seigneur a juré, et son serment demeurera immuable, que vous serez le prêtre éternel selon l'ordre et l'exemple de Melchisédech. » Il a été écrit dans le premier livre des Rois: » Je susciterai pour moi un prêtre fidèle, qui agira selon mon cœur et selon mon âme. Je lui établirai une maison stable, et il marchera toujours devant mon Christ. » Zacharie a désigné clairement celui à qui Dieu promet un sacerdoce éternel; car voici comme il le nomme : » Le Seigneur, dit-il, m'a montré Jésus le grand prêtre, qui était debout en présence de l'ange du Seigneur, et le diable était debout à la droite, à dessein de s'opposer à lui; et le Seigneur dit au diable : que le Seigneur, qui a choisi Jérusalem, vous commande. Et à l'heure même le tison fut jeté hors du feu, et Jésus était vêtu d'un habit fort sale, et il était debout en présence de l'ange; et l'âme dit en sa présence à ceux qui étaient autour de lui: Otez-lui ses vêtements sales, et revêtez-le d'une

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et imposuerunt cidarim mundam super caput ejus; et angelus Domini stabat, et testificabatur, ad Jesum dicens: Haec dicit Dominis omnipotens: si in viis meis ambulaveris, et praecepta mea servaveris, tu judicabis domum meam, et dabo tibi, qui conversentur in medio horum circumstantium. Audi itaque, Jesu sacerdos magne. Quis non igitur captos mentibus tum fuisse Judaeos arbitretur, qui cum haec legerent, et audirent, nefandas manus Deo suo intulerunt? Atqui ab eo tempore, quo Zacharias fuit, usque ad annum quintum decimum imperii Tiberii Caesaris, quo Christus crucifixus est, prope quingenti anni numerantur; siquidem Darii et Alexandri adolevit aetate, qui fuerunt non multo priusquam Tarquinius Superbus exactus est. Sed illi rursus eodem modo falsi deceptique sunt, putantes haec de Jesu esse dicta filio Nave, qui successor fuit Moysi, aut de sacerdote Jesu filio Josedech: in quos nihil congruit eorum, quae Propheta narravit. Non enim sordidati illi umquam fuerunt, cum alter eorum princeps potentissimus fuerit, alter sacerdos: aut perpessi sunt aliquid adversi, ut tamquam titio ejectus ex igne putarentur. Aut aliquando in conspectu Dei et Angelorum steterunt, aut Propheta de praeteritis loquebatur potius, quam de futuris. Locutus est igitur de Jesu Filio Dei, ut ostenderet eum primo in humilitate et carne esse venturum. Haec enim est vestis sordida, ut pararet templum Deo, et sicut titio

tunique qui lui tombe jusque sur les talons, et mettez-lui sur la tête une tiare éclatante. Et à l'heure même on le revêtît d'un habit, et on lui mit sur la tête une tiare éclatante. Et l'ange du Seigneur était debout, et disait à Jésus avec solennité : Voici ce que dit le Seigneur tout-puissant : Si vous marchez dans mes voies, et que vous gardiez mes préceptes, vous jugerez ma maison, et je vous donnerai ceux qui se convertiront d'entre ceux qui sont ici debout. Écoutez ceci, ô Jésus ! grand prêtre. » Qui ne croira que les Juifs avaient perdu l'esprit, quand, après avoir lu et entendu ces paroles, ils attentèrent à la vie du Sauveur? On compte près de cinq cents ans depuis le temps où vivait Zacharie, jusqu'à la quinzième année de l'empire de Tibère, en laquelle Jésus fut crucifié. Ce prophète était dans la fleur de son âge au temps de Darius et d'Alexandre, qui vécurent peu de temps après que Tarquin le Superbe eut été chassé de Rome. Les Juifs se sont trompés en expliquant ces passages, ou de Jésus fils de Navé, Sauveur de Moïse, ou de Jésus prêtre fils de Josedech ; bien que nulle des circonstances qui ont été marquées par les prophètes ne leur puisse convenir. Jamais ils n'ont été couverts d'ordures, l'un ayant été prince, et l'autre prêtre. Jamais ils n'ont souffert de traitement injurieux pour être comparé à un tison tiré du feu. Jamais ils n'ont été debout en présence de Dieu et des anges, et, s'ils y avaient

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igni ambureretur; id est, ab hominibus cruciamenta perferret, et ad ultimum extingueretur. Titionem enim vulgus appellat extractum foco torrem semiustum, extinctum. Quomodo autem, et cum quibus mandatis a Deo miteretur in terram, declaravit Spiritus Dei per Prophetam, docens futurum, ut cum voluntatem summi Patris fideliter et constanter implesset, acciperet judicium, atque imperium sempiternum. Si in viis meis, inquit, ambulaveris, et praecepta mea servaveris, tu judicabis domum meam. Quae fuerint viae Dei, et quae praecepta ejus, nec ambiguum, nec obscurum est. Deus enim cum videret malitiam et falsorum deorum cultus per orbem terrae ita invaluisse, ut jam nomen ejus ex hominum memoria fuisset pene sublatum (siquidem Judaei quoque, quibus solis arcanum Dei creditum fuerat, relicto Deo vivo, ad colenda figmenta irretiti daemonum fraudibus aberrassent, nec increpiti per prophetas, reverti ad Deum vellent), Filium suum legavit ad homines, ut eos converteret ab impiis et vanis cultibus, ad cognoscendum et colendum Deum verum: item ut eorum mentes a stultitia ad sapientiam, ab iniquitate ad justitiae opera traduceret. Hae sunt viae Dei, in quibus ambulare eum praecepit. Haec praecepta quae servanda mandavit. Ille vero exhibuit Deo fidem. Docuit enim quod Deus unus sit, eumque solum coli oportere; nec umquam se ipse Deum dixit, quia non servasset fidem, si missus

été, le prophète aurait parlé du passé au lieu de prédire l'avenir. Il a parlé du premier avènement de Jésus, fils de Dieu, qui devait paraître dans un état d'humilité et de bassesse sous un corps mortel. C'est ce qui est marqué par le vêtement couvert d'ordures dont il s'était revêtu, pour préparer un temple au Seigneur, et par le tison tiré du feu, qui est comme une image de ses souffrances et de sa mort ; car, en langage populaire, on appelle tison un morceau de bois tiré du feu et éteint. L'esprit de Dieu a déclaré, par la bouche du prophète, les commandements qu'il devait recevoir lorsqu'il serait envoyé sur la terre, afin qu'après avoir fidèlement exécuté les ordres du père, il reçût en récompense le pouvoir de juger, et un empire éternel. « Si vous marchez, dit-il, dans mes voies, et que vous gardiez mes commandements, vous jugerez ma maison, » Il est aisé de savoir quelles sont ces voies et ces préceptes. Quand Dieu vit que l'idolâtrie et les autres crimes avaient inondé de telle sorte toute la terre, , que son nom n'y était presque plus connu, et que les Juifs, auxquels seuls il avait révélé ses mystères, s'étant laissé tromper par les démons, adoraient les idoles, et n'écoutaient plus la voix des prophètes qui les rappelaient à la véritable religion, il envoya son fils, comme son premier ambassadeur, aux hommes, afin qu'il les retirât de la superstition et de l'impiété, qu'il leur enseignât la justice, et qu'il leur

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ut deos tolleret, et unum assereret, induceret alium, praeter unum. Hoc erat, non de uno Deo facere praeconium, nec ejus qui miserat, sed suum proprium negotium gerere, ac se ab eo quem illustraturus venerat, separare. Propterea quia tam fidelis extitit, quia sibi nihil prorsus assumpsit, ut mandata mittentis impleret, et sacerdotis perpetui dignitatem, et regis summi honorem, et judicis potestatem, et Dei nomen accepit.

CAPUT XV. De Jesu vita et miraculis; atque de iis testimonia. Quoniam de secunda nativitate diximus, qua se hominibus in carne monstravit, veniamus ad opera illa miranda, quae cum essent coelestis indicia virtutis, magum Judaei putaverunt. Cum primum coepit adolescere, tinctus est a Joanne propheta in Jordane flumine, ut lavacro spiritali peccata non sua, quae utique non habebat, sed carnis, quam gerebat, aboleret; ut quemadmodum Judaeos suscepta circumcisione, sic etiam gentes baptismo, id est purifici roris perfusione salvaret. Tunc vox audita de coelo est:

inspirât la sagesse. Voilà les voies qu'il lui ordonna de tenir, et les préceptes qu'il lui commanda d'observer. Il a gardé la fidélité à son père, en enseignant qu'il est le seul Dieu qu'il faut adorer, et en ne se nommant jamais Dieu lui-même. Il aurait aussi manqué de fidélité, si, ayant été envoyé pour détruire la pluralité des dieux, il en avait prêché plus d'un. Il n'aurait plus prouvé la gloire d'un seul Dieu qui l'avait envoyé ; il aurait recherché ses propres avantages, et se serait séparé des intérêts de celui dont devait publier la grandeur et la majesté. Mais parce que, sans s'attribuer aucun honneur, il a suivi avec une parfaite fidélité les ordres de celui qui l'avait envoyé, il a reçu en récompense la dignité de prêtre, la puissance de roi, la qualité déjuge, et le nom de Dieu.

XV.

Après avoir parlé de la seconde naissance, par laquelle le Fils de Dieu s'est rendu visible aux hommes dans un corps mortel, parlons maintenant de ses actions merveilleuses, qui, bien qu'elles fussent des preuves de sa puissance divine, n'ont pas laissé d'être prises par les Juifs pour des effets de l'art magique. Dès sa jeunesse il fut baptisé par le prophète Jean, dans le fleuve du Jourdain, pour effacer, par une eau spirituelle, non ses propres péchés, car il n'en avait point, mais les péchés de la nature qu'il avait prise, et pour sauver les gentils par le baptême, comme il avait sauvé les Juifs par la circoncision.

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Filius meus es tu; ego hodie genui te. Quae vox apud David praedicta invenitur. Et descendit super eum Spiritus Dei formatus in speciem columbae candidae. Exinde maximas virtutes coepit operari, non praestigiis magicis, quae nihil veri ac solidi ostentant, sed vi ac potestate coelesti quae jampridem prophetis nuntiantibus canebantur. Quae opera tam multa sunt, ut unus liber ad complectenda omnia satis non sit. Enumerabo igitur illa breviter, et generatim, sine ulla personarum ac locorum designatione, ut ad exponendam passionis ejus crucisque rationem possim pervenire, quo jamdudum festinat oratio. Virtutes ejus fuerunt, quas Apollo portentificas appellavit: quod quacumque iter faciebat, aegros et debiles, et omni morborum genere laborantes, uno verbo unoque momento reddebat incolumes, adeo ut membris omnibus capti, receptis repente viribus roborati, ipsi lectulos suos reportarent, in quibus fuerant paulo ante delati. Claudis vero ac pedum vitio afflictis, non modo gradiendi, sed etiam currendi dabat facultatem. Tunc quorum caeca lumina in altissimis tenebris erant, eorum oculos in pristinum restituebat aspectum. Mutorum quoque linguas in eloquium sermonemque solvebat. Item surdorum patefactis auribus insinuabat auditum: pollutos, ac aspersos maculis, repurgabat. Et haec omnia non manibus, aut aliqua medela, sed verbo ac jussione faciebat, sicut etiam Sibylla (Serm. 8 , post med.) praedixerat:

On entendit alors une voix du ciel qui disait : « Vous êtes mon fils, je vous ai aujourd'hui engendré. » Ce sont des paroles qui avaient été prédites auparavant par le prophète David. L'Esprit-Saint descendit à l'heure même sur lui en forme de colombe. Il commença aussitôt à faire des miracles, non par l'art magique qui n'a que des illusions, mais par la puissance divine, comme les prophètes l'avaient prédit. Le nombre décès miracles est si grand, qu'à peine un livre entier les pourrait-il contenir. Je me contenterai de les marquer en termes généraux, sans exprimer les circonstances des lieux ni des personnes, pour faire ensuite le récit de ses souffrances et de sa mort, sujet dont j'ai impatience de traiter. Apollon a appelé ses opérations prodigieuses, parce qu'en passant dans quelque lieu que ce fût, il guérissait en un moment et d'une seule parole toute sorte de maladies, si bien que des paralytiques qui avaient perdu l'usage de tous leurs membres le recouvraient en un moment, et remportaient les lits sur lesquels on les avait apportés eux-mêmes. Il rendait aux boiteux non seulement le pouvoir de marcher, mais aussi la force de courir ; il rendait la jouissance de la lumière à des yeux qui semblaient être condamnés à de perpétuelles ténèbres; il rendait la parole aux muets, l'ouïe aux sourds. Il purifiait ceux qui étaient tachés de la lèpre, et faisait toutes ces merveilles par sa seule parole, comme la sibylle l'avait marqué, quand elle avait dit que

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Πντα λγω πρττων, πσν τε νσον θεραπεων. Nec utique mirum,

quod verbo faciebat mirabilia, cum ipse esset Dei Verbum, coelesti virtute ac

potestate subnixum

quod vires imbecillis redderet, debilibus integritatem, quod aegris et languentibus sanitatem, nisi etiam mortuos suscitaret, velut e somno solutos, ad vitamque revocaret. Quae videntes tunc Judaei, daemoniaca fieri potentia arguebant, cum omnia sic futura, ut facta sunt, arcanae illorum litterae continerent. Legebant quippe cum aliorum prophetarum, tum Esaiae verba dicentis (cap. XXV) : Confortamini manus resolutae, et genua debilia consolidamini. Qui estis pusilli animi, nolite timere, nolite metuere. Dominus noster judicium retribuet; ipse veniet, et salvos faciet nos. Tunc aperientur oculi caecorum; et aures surdorum audient. Tunc saliet claudus sicut cervus, et plana erit lingua mutorum, quia rupta est in deserto aqua, et rivus in terra sitienti. Sed et Sibylla eadem cecinit his versibus:

Νεκρν δὲ ἀνστασις σται,

Καχωλν, δρμος στ' κς, κακωρς

; Nec satis fuit

κοσει

Κα, τυφλοβλψουσι, λαλσουσ' ολαλοντες. Ob has ejus virtutes, et opera divina, cum magna illum multitudo sequeretur vel debilium, vel aegrorum, vel eorum qui curandos suos offerre cupiebant, ascendit in montem

;

pour chasser les maladies il ne se servait que de sa voix. Il ne faut pas s'étonner de ce qu'il faisait des merveilles par sa parole, puisqu'il était la parole de Dieu, soutenue par une force toute-puissante. Mais ce n'était pas assez qu'il eût rendu la force aux paralytiques et la santé aux malades, il fallait qu'il rendit encore la vie aux morts. Quand les Juifs voyaient toutes ces merveilles, ils les attribuaient à la puissance du démon, bien qu'il y eût dans leurs livres des prophéties par lesquelles ces circonstances étaient marquées. Ils avaient ces livres-là entre les mains; ils les lisaient continuellement, et surtout ces paroles d'Isaïe : « Fortifiez les mains languissantes et soutenez les genoux tremblants. Dites à ceux qui ont le cœur abattu : Prenez courage, ne craignez point ; voici votre Dieu qui vient vous venger, et rendre aux hommes ce qu'ils méritent. Dieu viendra lui-même, et il vous sauvera : alors les yeux des aveugles verront le jour, et les oreilles des sourds seront ouvertes. Le boiteux bondira comme le cerf, et la langue des muets sera déliée, parce que des sources d'eau sortiront de terre dans le désert, et que des torrents couleront dans la solitude. » La sibylle a renfermé la même prédiction dans les paroles qui suivent :

Les morts sortiront du tombeau, les huileux marcheront d'un pas φerme et assuré, les sourds entendront la voix des

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quemdam desertum, ut ibi adoraret. Ubi cum triduo moratus esset, ac fame populus laboraret, vocavit discipulos, quaerens quantos secum cibos gestarent. At illi quinque panes et duos

pisces in pera se habere dixerunt. Afferri ea jussit, ac multitudinem per quinquagenos distributam discumbere. Quod cum discipuli facerent, frangebat ipse panem minutatim, carnemque piscium comminuebat, et utraque in manibus ejus augebantur. Et cum apponere illa populo discipulis imperasset, saturata sunt quinque hominum millia, et insuper duodecim cophini de residuis fragminibus impleti. Quid aut dici, aut fieri potest mirabilius? At id Sibylla futurum cecinerat olim, cujus versus tales feruntur:

Εν ρτοις μα πντε, καὶ ἰχθεσσι δοιοσιν νδρν χιλιδας ν ρμπντε κορσσει Κατπερισσευντα λαβν μετ

κλσματα

Δδεκα πληρσει κοφνους ες λπδα πολλν. Quaero igitur quid hic potuerit ars magica moliri, cujus peritia ad nihil aliud quam ad circumscribendos oculos valet. Idem, secessurus orandi gratia, sicut solebat, in montem, praecepit discipulis, ut naviculam sumerent, seque praecederent. At illi, urgente jam vespere profecti, contrario vento laborare coeperunt. Cumque jam medium fretum tenerent, tum pedibus mare ingressus consecutus est eos, tamquam in solido gradiens; non ut

πντα,

autres hommes et entreront en conversation arec eux, lis aveugles verront le jour et la lumière, et les muets reprendront l'usage de la langue. Comme le nombre et la grandeur de ses miracles attiraient autour de lui une foule incroyable de personnes qui imploraient son secours, il monta un jour sur une montagne à dessein d'y adorer, et, après y être demeuré trois jours durant lesquels le peuple qui l'avait suivi était pressé par la faim, il appela ses disciples et leur demanda quelles provisions et quelles vivres ils avaient. Quand ils lui eurent dit qu'ils n'avaient que cinq pains et deux poissons, il commanda qu'on les lui apportât et que l'on rangeât le peuple par troupes, dont chacune fut de cinquante personnes, et qu'on les fît asseoir. Pendant que ses disciples exécutaient ses ordres, il rompit les pains et les poissons par morceaux qui croissaient et se multipliaient entre les mains. Cinq mille hommes en furent rassasiés, et il se trouva encore des restes pour remplir douze corbeilles. Que peut-on faire et que peut-on jamais dire de si surprenant? La sibylle avait parlé de cette merveilleuse multiplication, quand elle avait dit qu'avec cinq pains et deux poissons il apaiserait la faim dont cinq mille personnes seraient pressées dans le désert, et que les restes seraient encore si abondants, qu'ils rempliraient douze corbeilles, et suffiraient au besoin d'une nombreuse multitude.

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poetae Orionem mentiuntur in pelago incedentem, qui, demersa corporis parte, Humero supereminet undas. Et rursus cum obdormisset in navi, et ventus usque ad extremum periculum saevire coepisset, excitatus e somno, silere ventum protinus jussit; et fluctus, qui maximi ferebantur, conquievere, statimque sub verbo ejus tranquillitas insecuta est. Mentiuntur fortasse Litterae sanctae, docentes tantam fuisse in eo potestatem, ut imperio suo cogeret ventos obsequi, maria servire, morbos cedere, inferos obedire. Quid quod eadem Sibyllae carminibus suis ante docuerunt? quarum una, cujus supra fecimus mentionem, sic ait:

Τος νμους πασει τε στρσει δθλασσαν Μαινομνην, ποσν ερνης πστει τε πατσας. Et rursus alia, quae dicit:

Κματα πεζεσει, νσον νθτρπων πολσει Στσει τεθνητας, πσεται λγεα πολλὰ Ἐκ δμις πρης ρτου κρος σσεται νδρν. His testimoniis quidam revicti, solent eo confugere, ut aiant non esse illa carmina Sibyllina, sed a nostris ficta atque composita. Quod profecto non putabit qui Ciceronem Varronemque legerit, aliosque veteres, qui Erythraeam Sibyllam caeterasque commemorant:

quarum ex libris ista exempla proferimus: qui auctores ante obierunt

Je voudrais bien que l'on me dit ce qu'aurait pu faire en cette occasion l'art magique dont on sait que tous les effets se terminent à tromper les sens et à éblouir les yeux? En se retirant un jour sur une montagne pour y faire la prière selon sa coutume, il commanda à ses disciples de prendre une barque et d'aller devant lui. Ils partirent sur le soir, et eurent le vent contraire. Comme ils étaient environ au milieu du détroit qu'ils voulaient traverser, il marcha à pied sur les eaux, et non de la manière que les poètes feignent qu'Orion marcha sur la mer, ayant une partie du corps caché sous les flots et l'autre dehors. Il s'endormit ensuite dans le vaisseau ; et une tempête s'étant élevée durant son sommeil et ayant épouvanté ceux qui étaient avec lui, il s'éveilla, commanda aux vents et aux flots de s'apaiser, et rétablit le calme. On dira peut-être que l'Écriture en impose, quand elle témoigne que la mer, les vents, les maladies, la mort et le tombeau obéissaient à sa voix. Mais que dira-t-on de ce que la sibylle a rendu le même témoignage à son avantage ? Celle dont nous avons ci-dessus parlé a prédit clairement qu'il adresserait sa parole aux vents, et que les vents lui obéiraient et arrêteraient leur violence ; qu'il abaisserait l'orgueil des vagues, et qu'après les avoir rendues aussi unies qu'un marbre poli, il marcherait dessus avec les pieds de la foi. Une autre a assuré qu'il marcherait sur les eaux, qu'il

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quam Christus secundum carnem nasceretur. Verum non dubito quin illa carmina prioribus temporibus pro deliramentis habita sint, cum ea nemo tum intelligeret. Denguntiabant enim monstruosa quaedam miracula, quorum nec ratio, nec tempus, nec auctor designabatur. Denique Erythraea fore

ait, ut diceretur insana, et mendax. At enim:

. Μαινομνην ψευστεραν πν δγνηται παντα Τηνκα μου μνμην ποισετε, κ' οκ τι μ' οδες Μαινομνην φσει με θεομεγλοιο προφτιν. Jacuerunt igitur multis saeculis; postea vero animadversa sunt, quam Christi nativitas et passio patefecit arcana: sicut etiam voces prophetarum, quae cum per annos mille quingentos, vel eo amplius lectae fuissent a populo Judaeorum, nec tamen intellectae sunt, nisi postquam illas Christus, et verbo, et operibus interpretatus est. Illum enim prophetae annuntiaverunt; nec ullo modo poterant, quae illi loquebantur, intelligi, nisi fuissent universa completa.

Σιββλν

Φσουσι

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.

.

.

rendrait la santé aux malades, la vie aux morts, et qu'il rassasierait ceux qui seraient pressés de la faim. Quelques-uns ne sachant que répondre à des témoignages si formels, ont recours à une défaite, qui consiste à dire que ces vers-là n'ont pas été composés par les sibylles, mais qu'ils ont été faits à plaisir par quelques-uns de notre religion. Mais quiconque aura lu Cicéron, Varron et les autres anciens qui étaient morts avant que le Sauveur naquit, et qui ont parlé et de la sibylle Erythrée et des autres dont nous avons rapporté quelques passages, ne se persuadera jamais que ce soient des ouvrages supposés. Je ne doute pas néanmoins que ces poésies-là n'aient été prises pour des rêveries dans les premiers temps où personne ne les entendait. Elles ne contenaient que des miracles fort extraordinaires, sans marquer ni leur auteur, ni la manière, ni le temps auquel ils devaient être faits. Enfin, la sibylle Erythrée a prédit d'elle- même que plusieurs croiraient qu'elle avait perdu l'esprit, et qu'elle n'avançait que des impostures. Je ne doute point, dit-elle, que ceux qui verront mes prédictions ne m'accusent d'avoir dessein d'en imposer et de triompher; mais ceux qui en verront l'accomplissement, reconnaîtront que j'ai reçu, par l'inspiration de Dieu, la connaissance des choses les plus secrètes. Ce sont des mystères qui, après avoir été cachés durant plusieurs siècles, n'ont

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CAPUT XVI. De Jesu Christi passione; quod fuerit praedicta. Venio nunc ad ipsam passionem, quae velut opprobrium nobis objectari solet, quod et hominem, et ab hominibus insigni supplicio affectum et excruciatum colamus; ut doceam eam ipsam passionem ab eo cum magna et divina ratione susceptam, et in ea sola et virtutem, et veritatem, et sapientiam contineri. Neque enim, si beatissimus in terra fuisset, et per omnem vitam in summa felicitate regnasset, quisquam illum sapiens aut Deum credidisset, aut honore divino dignum judicasset: quod faciunt verae divinitatis expertes, qui caducas opes, et fragilem potentiam, et alieni beneficii bona non tantum suspiciunt, verum etiam consecrant, et scientes memoriae mortuorum deserviunt, fortunam jam extinctam colentes; quam ne vivam quidem praesentemque sapientes colendam sibi umquam putaverunt. Nec enim potest aliquid in rebus terrenis esse venerabile

été enfin révélés qu'au temps de la vie et de la mort du Sauveur ; de même que les prédictions des prophètes; qui ont été lues par les Juifs l'espace de plus de quinze cents ans, n'ont pourtant été entendues que depuis que notre maitre les a expliquées par ses paroles et par ses actions. Il est vrai que les prophètes l'annonçaient; mais ce qu'ils disaient ne pouvait être entendu avant qu'il eût été accompli.

XVI.

Je crois devoir parler maintenant de la passion du Sauveur, qu'on nous reproche, comme si ce nous était une chose fort honteuse de révérer un homme qui a souffert le dernier supplice. Je montrerai au contraire qu'il l'a souffert pour d'importantes raisons, et que ses souffrances contiennent des preuves convaincantes de sa sagesse et de sa puissance, et de la vérité de la doctrine qu'il a enseignée. S'il avait été heureux durant toute sa vie, nul homme sage ne l'aurait reconnu pour un Dieu et ne lui aurait rendu les honneurs divins. Ce qui est fort opposé à la pratique de ceux qui, n'ayant aucune teinture de la véritable religion, admirent les richesses et la puissance, et révèrent la mémoire de ceux qui leur ont fait du bien; au lieu que tout ce qu'il y a de gens éclairés et habiles ne daignent pas seulement estimer leurs personnes durant leur vie. Il n'y a rien, en effet, qui mérite nos respects, parce qu'il n'y a rien qui soit digne du ciel. Il n'y a que la vertu et la

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coeloque dignum: sed sola est virtus, sola justitia, quae potest verum bonum, et coeleste, et perpetuum judicari; quia nec datur cuiquam, nec aufertur. Qua virtute ac justitia quoniam Christus instructus venit in terram, immo vero, quoniam ipse virtus, et ipse justitia est, descendit ut eam doceret, hominemque formaret. Quo magisterio ac Dei legatione perfunctus, ob eam ipsam virtutem, quam simul et docuit, et fecit, ab omnibus gentibus, et meruit, et potuit Deus credi. Ergo cum magnus populus ad eum, vel ob justitiam quam docebat, vel ob miracula quae faciebat, subinde conflueret, et praecepta ejus audiret, et a Deo missum Deique Filium crederet:

tum primores Judaeorum et sacerdotes ira stimulati, quod ab eo tamquam peccatores increpabantur, et invidia depravati, quod, confluente ad eum multitudine, contemni se ac deseri videbant, et (quod caput sceleris illorum fuit) stultitia et errore caecati, et immemores praeceptorum coelestium ac prophetarum, coierunt adversus eum, impiumque consilium de eo tollendo cruciandoque ceperunt: quod prophetae multo ante descripserant. Nam et David, in principio Psalmorum suorum, providens in spiritu quantum facinus admissuri essent, Beatum esse ait, qui non abierit in consilio impiorum. Et Salomon in libro Sapientiae, his verbis usus est:

Circumveniamus justum, quoniam insuavis et nobis, et exprobrat nobis peccata legis: promittit se scientiam Dei

justice, que nous devions considérer comme un bien stable et solide, qui ne peut nous être ni donné ni ôté par personne. Le Sauveur est descendu sur la terre avec cette vertu et cette justice dont je parle. Il a lui-même la justice et la vertu, et il est venu pour les enseigner aux hommes. Il s'est excellemment acquitté de cette fonction, et a prêché et pratiqué la vertu d'une manière qui l'a rendu digne d'être adoré comme un Dieu par les peuples de l'univers. Comme la sainteté de sa doctrine et l'éclat de ses miracles attiraient autour de lui une foule incroyable de personnes de toute condition, les principaux des Juifs et des prêtres, émus de colère de ce qu'il leur reprochait leurs crimes, dévorés de jalousie de ce que le peuple les méprisait et les abandonnait pour le suivre, aveuglés par l'ignorance qui avait effacé de leur mémoire les commandements de la loi et les prédictions des prophètes, s'assemblèrent contre lui et formèrent le dessein impie de lui faire souffrir la mort. David ayant prévu par la lumière de l'esprit de Dieu l'énormité de cet attentat, s'écrie dès le commencement de ses psaumes : « Heureux est l'homme qui ne se laisse point aller aux conseils des médians. » Salomon a décrit le même conseil dans le livre de la Sagesse. Voici ses paroles : « Faisons tomber le juste dans nos pièges, parce qu'il nous est incommode, qu'il est contraire à notre manière de vivre, qu'il nous reproche les violations de la loi, et qu'il nous déshonore en décriant les

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habere, et filium Dei se nominat: factus est nobis in traductionem cogitationum nostrarum: gravis est nobis etiam ad videndum; quoniam dissimilis est aliis vita illius, et immutatae sunt viae illius:

tamquam nugaces aestimati sumus ab eo: continet se a viis nostris, quasi ab immunditiis, et praefert novissima justorum, et gloriatur patrem se habere Deum. Videamus ergo si sermones illius veri sint; et tentemus quae ventura sunt illi. Contumeliis et tormentis interrogemus eum: ut sciamus reverentiam illius, et probemus patientiam illius, morte turpissima condemnemus eum. Haec cogitaverunt, et erraverunt. Excaecavit enim illos stultitia ipsorum; et nescierunt sacramenta Dei. Nonne ita descripsit nefarium illud consilium ab impiis initum contra Deum, ut plane interfuisse videatur? Atqui a Salomone, qui haec cecinit, usque ad id tempus, quo gesta res est, mille ac decem anni fuerunt. Nihil nos affingimus, nihil addimus. Habebant haec, qui fecerunt: legebant, in quos haec dicta sunt. Sed et nunc haeredes nominis ac sceleris illorum haec et habent, et damnationem suam prophetarum voce praedictam quotidianis lectionibus personant; nec aliquando in cor suum, quae pars est et ipsa damnationis, admittunt. Increpiti ergo a Christo saepe Judaei exprobrante illis peccata et injustitias, et a populo pene deserti, concitati sunt ad eum necandum.

fautes de notre conduite. » Il assure qu'il

a la science de Dieu et qu'il s'appelle le

Fils de Dieu. Il est devenu le censeur de nos pensées même; sa seule vue nous est insupportable, parce que sa vie n'est point semblable à celle des autres, et qu'il suit une conduite toute différente. Il nous considère comme des gens qui ne s'occupent que de niaiseries ; il s'abstient de notre manière de vivre comme d'une chose impure; il préfère ce que les justes attendent à la mort, et se glorifie d'avoir Dieu pour père. Voyons donc si ses paroles sont véritables. Eprouvons ce qui lui arrivera, et nous verrons quelle sera sa fin ; car s'il est véritablement Fils de Dieu, Dieu prendra sa défense et le délivrera des mains de ses ennemis. Interrogeons-le par les outrages et par les tourments, afin que nous reconnaissions quelle est sa douceur, et que nous fassions l'épreuve de sa patience. Condamnons-le à la mort

la plus infâme, car Dieu prendra soin de lui, si ses paroles sont véritables. Ils ont eu ces pensées, et ils se sont égarés, parce que leur propre malice les a aveuglés, et qu'ils ont ignoré les secrets de Dieu. Salomon n'a-t-il pas fait une aussi fidèle description de ce conseil tenu par les impies contre Dieu, que s'il

y eut assisté ? Cependant mille et dix ans

se sont écoulés depuis le temps où Salomon a fait cette prophétie, jusqu'à celui où l'on en a vu l'accomplissement. Je n'invente rien, je n'ajoute rien. Les Juifs qui ont commis cet attentat avaient entre les mains le livre où la prédiction

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Cujus rei audaciam dedit illis humilitas ejus. Nam cum legerent, cum quanta virtute et claritate Filius Dei venturus esset e coelo, Jesum autem cernerent humilem, quietum, sordidum, informem, non credebant filium Dei esse, ignorantes duos ejus adventus a prophetis esse praedictos: primum in humilitate carnis obscurum, secundum in fortitudine majestatis manifestum. De primo David in psalmo septuagesimo primo sic ait: Descendet sicut pluvia in vellus, et orietur in diebus ejus justitia, et abundantia pacis, donec extollatur luna. Sicut enim pluvia, si descendat in vellus, animadverti non potest, quia strepitum non facit: ita Christum in terram sine cujusquam suspicione venturum esse dixit, ut justitiam doceret et pacem. Esaias quoque ita tradidit:

Domine, quis credidit auditui nostro, et brachium Domini cui revelatum est? Annuntiavimus coram ipso sicut pueri, et sicut radix in terra sitienti: non est figura ejus, neque claritas; et vidimus illum, et non habuit figuram, neque decorem: sed figura ejus sine honore, et deficiens praeter caeteros homines. Homo in plaga positus est, sciens ferre imbecillitatem, quia aversus est, et non est computatus. Hic peccata nostra portat, et pro nobis hic dolet; et nos putavimus ipsum esse in dolore, et in plaga, et in vexatione. Ipse autem vulneratus est propter facinora nostra, et infirmatus est propter peccata nostra:

doctrina pacis nostrae super illum; livore ejus nos sanati sumus. Omnes sicut oves

est contenue. Ceux-là mêmes contre qui elle a été faite la lisaient. Leurs successeurs, qui portent leur nom et qui imitent leur crime, ont chaque jour le même livre entre les mains, et répètent la condamnation prononcée contre eux par la bouche des prophètes, sans y faire jamais d'attention, ce qui est un des plus terribles effets de la condamnation même. Les Juifs se portèrent donc à faire mourir Jésus-Christ en haine de la liberté avec laquelle il leur reprochait leurs crimes, et de dépit d'être méprisés et abandonnés par le peuple. Il est vrai que l'état de bassesse où il paraissait leur donna la hardiesse de commettre cet attentat; car quand ils lisaient d'un côté que le fils de Dieu devait descendre du ciel environné d'éclat et de gloire et plein de puissance et de majesté, et que de l'autre ils ne voyaient rien dans Jésus-Christ qui ne fut bas, sale et difforme, ils ne pouvaient se persuader qu'il fut le Messie. Ils ne savaient pas que les prophètes avaient prédit qu'il devait venir deux fois : que la première, il paraîtrait dans l'obscurité et dans la faiblesse de la chair, et la seconde, dans l'éclat et dans la force de la divinité. David parle de ce premier avènement dans le psaume soixante- onzième. « Il descendra, dit-il, comme la pluie tombe sur la toison, et comme l'eau du ciel qui arrose la terre ; car comme la pluie tombe sur la toison sans faire de bruit, ainsi le Sauveur est descendu sans bruit et sans être aperçu de personne, lorsqu'il est venu enseigner la justice et

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erravimus, et Deus tradidit illum pro peccatisnostris. Et Sibylla eodem modo locuta est:

Οκτρς, τιμος, μορφος, κ οκτρος λπδα δσει. Propter hanc humilitatem, Deum suum non agnoscentes, inierunt consilium detestandum ut privarent eum vita, qui ut eos vivificaret advenerat.

la paix. » Le prophète Isaïe en parle aussi de cette sorte: « Qui a cru à notre parole, et à qui le bras du Seigneur a-t- il été révélé? Il s'élèvera devant le Seigneur comme un arbrisseau, et comme un rejeton qui sort d'une terre sèche. Il est sans beauté et sans éclat. Nous l'avons vu, et il n'avait rien qui attirait l'œil, et nous l'avons méconnu. Il nous a paru un objet de mépris, le dernier des hommes, un homme de douleurs qui sait ce que c'est que souffrir. Son visage était comme caché, il paraissait méprisable, et nous ne l'avons point reconnu. Il a pris véritablement nos langueurs sur lui, et il s'est chargé lui-même de nos douleurs. Nous l'avons considéré comme un lépreux, comme un homme frappé de Dieu et humilié ; et cependant il a été percé de plaies pour nos iniquités, il a été brisé pour nos crimes. Le châtiment qui nous devait procurer la paix est tombé sur lui, et nous avons été guéris par ses meurtrissures. Nous nous étions tous égarés comme des brebis errantes : chacun s'était détourné pour suivre sa propre voie ; et Dieu l'a chargé lui seul de l'iniquité de nous tous. » La sibylle a décrit d'une manière fort semblable l'état où le Sauveur devait paraître. Il sera dans la difformité et dans l'infamie, mais il ne laissera pas de soutenir encore alors l'espérance de ceux qui seront dans l'affliction. La bassesse de cet état ayant mis sur les yeux des Juifs comme un bandeau qui les empêchait de reconnaître leur

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Dieu, ils ont condamné a la mort celui qui était venu pour leur apporter la vie.

CAPUT XVII. De Judaeorum religionibus, ac eorum odio in Jesum. Sed irae atque invidiae suae, quam in cordibus suis gerebant intus inclusam, alias causas praeferebant; quod legem Dei per Mosen datam solveret, id est, quod sabbatis non vacaret, operans in salutem hominum; quod circumcisionem vacuefaceret, quod abstinentiam suillae carnis auferret. In quibus rebus judaicae religionis sacramenta consistunt. Ob haec itaque caetera pars populi, quae nondum ad Christum secesserat, a sacerdotibus incitabatur, ut impium judicaret eum, quod legem Dei solveret, cum hoc ille non suo judicio, sed ex Dei voluntate et secundum praedicta faceret

prophetarum. Micheas enim (cap. 4, V. 2) novam legem daturum denuntiavit hoc modo: Lex de Sion proficiscetur, et sermo Domini ex Hierusalem, et judicabit inter plurimos populos, et revincet, et deliget validas nationes. Illa enim prior lex, quae per Mosen data est, non in monte Sion, sed in monte Choreb data est, quam Sibylla fore ut a Filio Dei solveretur, ostendit:

λλ' τε τατ' ν παντα τελειωθ

επον

περ

Ες ατν ττε πς λεται νμος. Sed et ipse Moses, per quem datam sibi legem dum pertinaciter tuentur,

XVII.

La colère et la jalousie dont les Juifs étaient animés contre le Sauveur leur firent chercher des prétextes pour le mettre à mort avec quelque apparence de justice, et le plus spécieux qu'ils trouvèrent fut de l'accuser de violer la loi donnée par Moïse, c'est-à-dire de travailler le jour du sabbat, en guérissant des malades, d'abolir la circoncision, et de permettre de manger de la chair de porc. C'était dans l'observation et dans l'abstinence de ces choses que consistait principalement la religion des Juifs. Ceux du peuple qui n'avaient pas suivi Jésus-Christ furent excités par les Juifs à le condamner comme un impie et comme un transgresseur de la loi, bien qu'il ne fit rien que de conforme à la volonté de Dieu et aux prédictions des prophètes. Michée avait prédit la publication d'une loi nouvelle. « La loi, avait-il dit, sortira de Sion, et la parole de Dieu de Jérusalem, et elle jugera plusieurs peuples. » La loi de Moïse a été donnée sur la montagne d'Oreb et non sur celle de Sion, et la sibylle a prédit qu'elle serait abolie par le Fils de Dieu, en disant qu'après que tout ce qu'elle avait expliqué aurait été accompli, alors la lui sérail abolie.

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exciderunt a Deo, et Deum non agnoverunt, praedixerat fore, ut propheta maximus a Deo mitteretur, qui sit supra legem, qui voluntatem Dei ad homines perferat. In Deuteronomio ita scriptum reliquit: Et dixit Dominus ad me: Prophetam excitabo eis de fratribus eorum, sicut te, et dabo verbum meum in os ejus; et loquetur ad eos ea quae praecepero ei: et quisquis non audierit ea quae loquetur propheta ille in nomine meo, ego vindicabo in eum. Denuntiavit scilicet Dominus per ipsum legiferum, quod Filium suum, id est, vivam praesentemque legem missurus esset, et illam veterem per mortalem datam soluturus, ut denuo per eum, qui esset aeternus, legem sanciret aeternam. Item de circumcisione solvenda Esaias ita prophetavit: Haec dicit Dominus viris Juda, qui habitant in Hierusalem: Renovate inter vos novitatem, et ne seminaveritis in spinis. Circumcidite vos Domino Deo vestro, et circumcidite praeputium cordis vestri, ne exeat ira mea sicuti ignis, et exurat, et non sit qui extinguat. Item Moses ipse:

In novissimis diebus circumcidet Dominus cor tuum ad Dominum Deum tuum amandum. Item Jesus Nave successor ejus: Et dixit Dominus ad Jesum: Fac tibi cultellos petrinos nimis acutos, et sede, et circumcide secundo filios Israel. Secundam circumcisionem futuram esse dixit, non carnis, sicut fuit prima, qua etiam nunc Judaei utuntur, sed cordis ac spiritus, quam tradidit Christus, qui verus Jesus fuit. Non enim

Moïse même, dont les Juifs, défendent la loi avec une opiniâtreté si aveugle qu'elle les porte jusqu'à méconnaître Dieu, avait prédit que Dieu enverrait un grand prophète, qui serait au-dessus de la loi et qui enseignerait la volonté de Dieu aux hommes. Voici ce qu'il en a laissé par écrit dans le Deutéronome: « Le Seigneur m'a dit : Je leur susciterai un prophète d'entre leurs frères, comme je vous ai suscité ; je mettrai ma parole dans sa bouche. Il leur dira ce que je lui aurai commandé, et quiconque n'aura pas écouté ce que ce prophète aura dit en mon nom sera châtié. » Voilà comment le Seigneur a déclaré, par le ministère du législateur ancien, qu'il enverrait son Fils comme une loi vivante pour abolir l'ancienne, et pour en donner une qui serait éternelle. Isaïe a prédit en ces termes que la circoncision serait abolie : « Voici ce que dit le Seigneur aux hommes de Juda qui habitent dans Jérusalem : Rappelez parmi vous la nouveauté et ne semez point sur des épines; circoncisez-vous au Seigneur votre Dieu, et circoncisez le prépuce de votre cœur, de peur que ma colère ne s'allume comme un feu, et que personne ne la puisse éteindre. » Moïse dit aussi : « Dans les derniers jours le Seigneur fera la circoncision de votre cœur, afin que vous l'aimiez. » Jésus Navé, successeur de Moïse, a parlé de cette manière du même sujet : « Le Seigneur a dit à Jésus : Faites des couteaux de pierre fort tranchants, asseyez-vous et circoncisez une seconde

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Propheta sic ait: Et dixit Dominus ad me, sed, ad Jesum; ut ostenderet quod non de se loqueretur, sed de Christo, ad quem tunc Deus loquebatur. Christi enim figuram gerebat ille Jesus: qui cum primum Auses vocaretur, Moses futura praesentiens, jussit eum Jesum vocari;

ut quoniam dux militiae delectus esset

adversus Amalech, qui oppugnabat filios Israel, et adversarium debellaret per nominis figuram, et populum in terram promissionis induceret. Et idcirco etiam Mosi successit, ut ostenderet novam legem per Christum Jesum datam veteri legi successuram, quae data per Mosen fuit. Nam illa carnis circumcisio caret utique ratione; quia si Deus id vellet, sic

a principio formasset hominem, ut

praeputium non haberet. Sed hujus secundae circumcisionis figura erat, significans nudandum esse pectus, id est, aperto et simplici corde oportere nos vivere; quoniam pars illa corporis, quae

circumciditur, habet quamdam similitudinem cordis, et est pudenda. Ob hanc causam Deus nudari eam jussit, ut hoc argumento nos admoneret ne involutum pectus haberemus, id est, ne quod pudendum facinus intra conscientiae secreta velemus. Haec est cordis circumcisio, de qua prophetae loquuntur, quam Deus a carne mortali ad animam transtulit, quae sola mansura est. Volens enim vitae ac saluti nostrae pro aeterna sua pietate consulere, poenitentiam nobis in illa circumcisione

proposuit, ut si cor nudaverimus, id est,

si peccata nostra confessi satis Deo

fois les enfants d'Israël. » IL a dit qu'il y aurait une seconde circoncision ; mais il n'a pas dit que ce serait une circoncision de la chair, comme la première que les Juifs observent encore aujourd'hui, parce que ce devait être une circoncision du cœur et de l'esprit. Le Sauveur qui l'a apportée est le véritable Jésus ; car le prophète n'a pas dit : « Le Seigneur m'a dit, » mais : « il a dit à Jésus, » pour montrer qu'il parlait non de lui-même, mais de Jésus-Christ dont il n'était que la figure. Moïse, qui connaissait l'avenir par la lumière de la prophétie, ordonna qu'au lieu qu'il changeât son nom d'Anses en celui de Jésus, afin qu'ayant été choisi pour aller à Amalech qui avait attaqué les enfants d’Israël, il le vainquît par la force du nom de celui dont il était la figure, et mit le peuple en possession de la terre qui lui avait été promise. Il fut aussi choisi pour succéder à Moïse, afin de faire voir que la loi que donnerait Jésus, dont il portait le nom et dont il était la figure, succéderait à celle que Moïse avait donnée. La circoncision de la chair n'avait pas été ordonnée sans raison. Dieu aurait pu créer l'homme sans prépuce, s'il l'avait jugé à propos. Il l'a créé avec un prépuce, afin que la circoncision qui en serait faite fût la figure d'une seconde circoncision par laquelle le cœur est découvert. La partie qui est retranchée par la circoncision, est une partie qui est honteuse et qui a du rapport avec le cœur. La cérémonie par laquelle on le retranche nous apprend que nous devons avoir le cœur

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fecerimus, veniam consequamur; quae contumacibus et admissa sua celantibus denegatur ab eo qui non faciem, sicut homo, sed intima et arcana pectoris intuetur. Eodem spectat etiam carnis suillae interdictio; a qua cum eos abstinere Deus jussit, id potissimum voluit intelligi, ut se a peccatis atque immunditiis abstinerent. Est enim lutulentum hoc animal, et immundum; nec umquam coelum aspicit: sed in terra toto et corpore et ore projectum, ventri semper et pabulo servit; nec ullum alium dum vivit praestare usum potest, sicut caeterae animantes, quae vel sedendi vehiculum praebent, vel in cultibus agrorum juvant, vel plaustra collo trahunt, vel onera tergo gestant, vel indumentum exuviis suis exhibent, vel copia lactis exuberant, vel custodiendis domibus invigilant. Interdixit ergo ne porcina carne uterentur, id est, ne vitam porcorum imitarentur, qui ad solam mortem nutriuntur; ne ventri, ac voluptatibus servientes, ad faciendam justitiam inutiles essent, ac morte afficerentur. Item ne se foedis libidinibus immergerent, sicut sus, quae se ingurgitat coeno; vel ne terrenis serviant simulacris, ac se luto inquinent. Luto enim se oblinunt, qui deos, id est, qui lutum terramque venerantur. Sic universa praecepta judaicae legis ad exhibendam justitiam spectant, quoniam per ambagem data sunt; ut per carnalium figuram spiritualia noscerentur.

découvert, et ne cacher rien de honteux dans les replis de nos consciences. Voilà la circoncision du cœur qui a été prédite par les prophètes, transférée par le Sauveur du corps à l'âme, et qui durera toujours; car ayant eu la bonté de vouloir procurer notre salut, il nous a proposé cette seconde circoncision comme une pénitence, afin que si nous découvrons notre cœur par une confession sincère de nos péchés et que nous apaisions la colère de Dieu par une rigoureuse satisfaction, nous obtenions le pardon que n'obtiennent point les désobéissants elles rebelles, qui cachent leurs crimes comme s'ils pouvaient tromper celui qui regarde non le visage comme font les hommes, mais le cœur. La défense de manger de la chair de porc tendait à la même fin. Le principal

dessein que Dieu a eu quand il l'a faite,

a été de faire entendre qu'il se faut

abstenir du péché et se préserver de toute sorte d'ordures. Le porc est un

animal immonde, qui ne regarde jamais

le ciel et qui est toujours attaché à la

terre pour y chercher de quoi se remplir.

Il ne peut rendre aucun service, comme font d'autrεs animaux qui portent l'homme, ou qui traînent des chariots, ou

qui labourent la terre, ou qui fournissent du lait, ou des matières pour faire des étoffes et des habits, ou qui gardent les maisons. Quand Dieu a défendu d'imiter

la vie de ces animaux, qu'on ne nourrit

que pour les tuer, il a défendu de rechercher les plaisirs du corps, de peur de devenir incapable de faire le bien et

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CAPUT XVIII. De passione Dominica, et quod ea praenuntiata fuerit. Cum igitur ea quae Deus fieri voluit, quaeque per prophetas suos multis saeculis ante praedixit, Christus impleret, ob ea incitati, et divinas litteras nescientes, coierunt ut Deum suum condemnarent. Quod cum sciret futurum, ac subinde diceret oportere se pati, ac interfici pro salute multorum, secessit tamen cum discipulis suis, non ut vitaret quod necesse erat perpeti ac sustinere, sed ut ostenderet quod ita fieri oporteret in omni persecutione, ne sua quis culpa incidisse videatur; ac denuntiavit fore ut ab uno eorum proderetur. Itaque Judas, praemio illectus, tradidit Filium Dei Judaeis. At illi comprehensum, ac Pontio Pilato, qui tum legatus Syriam regebat, oblatum, cruci affigi postulaverunt, objicientes ei nihil aliud, nisi quod diceret se Filium Dei esse, et regem Judaeorum: item quod dixerat: Si solveritis hoc templum, quod

d'encourir ainsi b mort. Il a défendu de se plonger dans la débauche, comme le porc se vautre dans la boue, et d'adorer des statues qui ne sont que de terre et de limon. C'est en effet se salir de boue que de révérer des dieux qui ne sont que de la boue. Les autres commandements de la loi judaïque ont, aussi bien que celui-ci, un sens caché qui se rapporte à l'observation de la justice, et qui, sous une figure grossière et sensible, cache des biens spirituels et éternels.

XVIII.

Les Juifs irrités de la fidélité avec laquelle Jésus-Christ observait ce que Dieu lui avait ordonné et ce qu'il avait prédit longtemps auparavant par ses prophètes, et ne sachant rien des mystères qui étaient contenus dans l'Écriture, s'assemblèrent à dessein de condamner leur Dieu. Bien qu'il n'ignorât rien de ce qui lui devait arriver, qu'il eût souvent déclaré qu'il était nécessaire qu'il souffrît et qu'il fût mis à mort pour le salut de plusieurs, il se relira néanmoins avec ses disciples, non pour éviter ce qu'il était obligé d'endurer, mais pour montrer la conduite que nous devons tenir, lorsqu'il s'élève quelques persécutions contre nous, et pour nous apprendre à ne pas l'attirer par notre imprudence. Il prédit aussi qu'il serait trahi par un de ses disciples. Judas se laissa en effet gagner par argent, et le livra aux Juifs. Ils se saisirent de lui et le menèrent devant Ponce-Pilate, gouverneur de Syrie. Ils l'accusèrent

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aedificatum est annis XLVI, ego illud in triduo sine manibus resuscitabo; significans brevi futuram passionem suam, et se a Judaeis interfectum tertio die resurrecturum. Ipse enim erat verum Dei templum. Has voces ejus tamquam infaustas et impias insectabantur. Quae cum Pilatus audisset, et ille in defensionem sui nihil diceret, pronuntiavit nihil in eo damnatione dignum videri. At illi injustissimi accusatores cum populo, quem incitaverant, succlamare coeperunt, et crucem ejus violentis vocibus flagitare. Tum Pontius et illorum clamoribus, et Herodis Tetrarchae instigatione metuentis ne regno pelleretur, victus est. Nec tamen ipse sententiam protulit:

sed tradidit eum Judaeis, ut ipsi de illo secundum legem suam judicarent. Duxerunt ergo eum flagellis verberatum, et priusquam cruci affigerent, illuserunt; indutum enim coloris punicei veste, ac spinis coronatum, quasi regem salutaverunt, et dederunt ei cibum fellis, et miscuerunt ei aceti potionem. Post haec, conspuerunt faciem ejus, et palmis ceciderunt. Cumque ipsi carnifices de vestimentis ejus contenderent, sortiti sunt inter se de tunica et pallio. Et cum haec omnia fierent, nullam vocem ex ore suo tamquam si mutus esset, emisit. Tum suspenderunt eum inter duos noxios medium, qui ob latrocinia damnati erant, crucique affixerunt. Quid ego hic in tanto facinore deplorem? aut quibus verbis tantum nefas conquerar?

d'avoir dit qu'il était Fils de Dieu et roi des Juifs. Ils l'accusèrent encore d'avoir dit : « Si vous abattez ce temple qui n'a été bâti qu'en quarante-six ans, je le rebâtirai en trois jours, sans mains d'hommes, » marquant par là la mort que les Juifs lui feraient bientôt souffrir et sa résurrection qui arriverait trois jours après. Il était en effet le véritable temple de Dieu. Les Juifs s'élevèrent néanmoins à cette parole, comme si c'eût été un blasphème. Quand Pilate eut écouté l'accusation, et qu'il eut vu que Jésus ne répondait rien pour sa justification, il prononça qu'il ne trouvait aucune raison de le condamner; mais ses très injustes accusateurs s'écrièrent confusément avec le peuple qu'ils avaient soulevé, et demandèrent qu'il fût crucifié. Pilate se rendit alors à leurs clameurs et aux sollicitations d'Hérode le tétrarque, qui appréhendait d'être chassé de son royaume. Il ne jugea point néanmoins le Sauveur; mais il le mit entre les mains des Juifs, afin qu'ils le jugeassent selon leur loi. Ils le fustigèrent et lui firent cent affronts ; ils le revêtirent d'une robe de pourpre, le couronnèrent d'une couronne d'épines, le saluèrent par raillerie en qualité de roi, lui donnèrent du fiel à manger et du vinaigre à boire; ils lui crachèrent au visage, lui donnèrent des soufflets; tirèrent sa tunique et son manteau au sort, pour décider la contestation qu'ils avaient eue à ce sujet. Il ne parla non plus durant ces mauvais traitements que

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Non enim Gavianam crucem describimus, quam Marcus Tullius universis eloquentiae suae nervis ac viribus, velut effusis totius ingenii fontibus, prosecutus est, facinus

indignum esse proclamans, civem Romanum contra omnes leges in crucem esse sublatum. Qui quamvis innocens fuerit, et illo supplicio indignus, mortalis tamen, et ab homine scelesto, qui justitiam ignoraret, affectus est. Quid de hujus crucis indignitate dicemus, in qua Deus a cultoribus Dei suspensus est atque suffixus? Quis tam facundus, et tanta rerum verborumque copia instructus existet? quae oratio tantae affluentiae ubertate decurrens, ut illam crucem merito deploret, quam mundus ipse et tota mundi elementa luxerunt? Haec autem sic futura fuisse, et prophetarum vocibus, et Sibyllinis carminibus denuntiatum est. Apud Esaiam ita scriptum invenitur: Non sum contumax, neque contradico: dorsum meum posui ad flagella, et maxillas meas ad palmas: faciem autem meam non averti a foeditate sputorum. Similiter David in psalmo XXXIV:

Congregata sunt super me flagella, et ignoraverunt: dissoluti sunt, nec compuncti sunt: tentaverunt me, et deriserunt derisu; et striderunt super me dentibus suis. Sibylla quoque eadem futura monstravit:

Ες νμων χερας καὶ ἀπστων

στερον

ξει

Δσουσι δθει απσματα χερσν νγνοις

s'il eût été muet. Ils le crucifièrent après cela entre deux criminels qui avaient été condamnés a mort pour vol. Ou trouverai-je des paroles pour déplorer un si funeste malheur et pour me plaindre d'un si cruel attentat? Je n'ai pas ici à faire la description du supplice de Gavius Consanus, où Cicéron employa autrefois toutes les forces de son éloquence et de son esprit, déclamant avec une véhémence tout extraordinaire, et criant que c'était un crime atroce d'avoir crucifié un citoyen romain contre toutes sortes de lois. Quoique ce Consanus fût innocent et qu'il n'eut point mérité ce supplice, il était pourtant sujet à la mort, et il n'y fut condamne que par un scélérat qui ne savait rien de la manière dont on doit rendre la justice. Mais que dirai-je de l'indignité du supplice, que des gens attachés par leur loi au culte de Dieu firent souffrir à un Dieu? Qui aurait une assez grande abondance de pensées et de paroles pour déplorer, autant qu'elle le mérite, une mort qui a été pleurée par toute la nature et par les éléments les plus insensibles? Cependant les circonstances principales de cette mort avaient été marquées dans les livres des prophètes et dans les vers des sibylles. Voici ce qui est écrit dans les prophéties d'Isaïe : « Le Seigneur mon Dieu m'a souvent ouvert l'oreille, et je ne lui ai point contredit ; je ne me suis point retiré en arrière. J'ai abandonné mon corps ;i ceux qui me frappaient, et mes joues à

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Καστμασιν μαροσι τπτσματα φαρμακεντα Δσει δ' ες μστιγας πλς γνν ττε ντον. Item de silentio ejus, quod usque ad mortem pertinaciter tengrit, Esaias iterum sic locutus est: Sicut ovis ad immolandum ductus est, et sicut agnus coram tondentibus se sine voce, sic non aperuit os suum. Et Sibylla supra dicta:

Κακολαφιζμενος σιγσει, μτις πιγνΤς λγος, πτεν λτεν να φθιμνοισι λαλσνι Καστφανον φορσει τν κνθινον. De cibo vero et potu, quem, antequam eum figerent, illi obtulerunt, David in psalmo LXVIII sic ait: Et dederunt in escam meam fel; et in siti mea potum mihi dederunt acetum. Idem hoc futurum etiam Sibylla concionata est:

Ες δτβρμα χολν, καες δψαν δωκαν

ξος

Τς φολιξενης τατην δεξουσι τρπεζαν.

Et alia Sibylla Judaeam terram his versibus increpat:

Ατγρ δσφρων, τν σν θεν

νησας

οκ

Παζοντα θνητοσι νομασιν λλκαὶ ἀκνθαις στεψας στεφνωι, φοβερν τε χολν κρασας. Fore autem ut Judaei manus inferrent Deo suo, eumque interficerent, testimonia prophetarum haec antecesserunt.

ceux qui m'arrachaient le poil et la barbe; je n'ai point détourné mon visage de ceux qui me couvraient d'injures et de crachats. » David en parle de la sorte dans le psaume trente-quatre : « Les hommes vils se sont assemblés contre moi sans que j'en susse le sujet. Ils m'ont déchiré et n'ont point cessé de médire de moi. Ils ont frémi des dents contre moi avec des hypocrites qui font les bouffons dans les festins. » La sibylle a prédit la même chose :

Dieu tombera, dit-elle, entre les mains des Injustes et dis infidèles. Ils lui donneront des soufflets avec leurs mains impies, et lui cracheront au visage avec leurs bouches exécrable. Ils déchargeront les coups de leur fureur sur ses épaules saintes et innocentes, Isaïe a prédit le silence qu'il a gardé jusqu'à la mort : « Il sera mené à la mort comme une brebis qu'on va égorger. Il demeurera dans le silence comme un agneau est muet devant celui qui le tond. » La même sibylle l'avait aussi prédit par ces paroles :

Pendant qu'on lui donnera des soufflets, il gardera le silence, de sorte que personne n'entendra la moindre parole de sa bouche. Il sera couronné d'une couronne d'épines. David parle, dans le psaume soixante-douze, de ce que les Juifs lui présentèrent à boire et à manger avant de rattacher à la croix : « Ils m'ont donné pour mets du fiel très amer, et lorsque j'ai eu soif ils m'ont donné du vinaigre à boire. » La sibylle avait dit :

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Apud Esdram ita scriptum est: Et dixit Esdras ad populum: Hoc pascha Salvator noster est, et refugium nostrum. Cogitate, et ascendat in cor vestram, quoniam habemus humiliare eum in signo, et post haec sperabimus in eum, ne deseratur hic locus in aeternum tempus, dicit Dominus Deus virtutum. Si non credideritis ei, neque exaudieritis annuntiationem ejus, eritis derisio in gentibus. Unde apparet Judaeos nullam aliam spem habere, nisi se abluerint a sanguine, ac speraverint in eum ipsum quem negaverunt. Esaias quoque facinus eorum designat, et dicit: In humilitate judicium ejus sublatum est. Nativitatem ejus quis enarrabit? quoniam auferetur a terra vita ejus; a facinoribus populi mei adductus est ad mortem. Et dabo malos pro sepultura ejus, et divites pro morte ejus: quia facinus non fecit, neque insidias ore suo locutus est. Propterea ipse consequetur multos, et fortium dividet spolia; propterea quod traditus est ad mortem, et inter facinorosos deputatus est: et ipse peccatum multorum pertulit, et propter facinora illorum traditus est. David quoque in psalmo XCIII:

Captabunt in animam justi, et sanguinem innocentem condemnabunt, et factus est mihi Dominus in refugium. Hieremias: Domine, significa mihi, et cognoscam: tunc vidi meditationes eorum; ego sicut agnus sine malitia perductus sum ad victimam: in me cogitaverunt cogitationem, dicentes:

Venite, mittamus lignum in panem ejus,

Ils lui prépareront des repas désagréables ; lui donneront du fiel à manger et du vinaigre a boire. Une autre sibylle a reproché aux Juifs leur ingratitude et leur cruauté en ces termes :

Nation folle et insensée, tu ne reconnais pas le Dieu que tu dois adorer. Au contraire, tu lui mets sur la tête une couronne d'épines, et tu lui présentes l'amertume du fiel. Plusieurs prophètes avaient prédit que les Juifs se saisiraient de leur Dieu et le mettraient à mort. Voici ce qu'il y a dans Esdras. Esdras

a dit au peuple : « Cette pâque est notre salut et notre refuge. Songez bien que nous devons l'humilier par le bois, et après cela nous espérerons en lui, afin que ce lieu-ci ne soit point abandonné pour toujours. Voilà ce que dit le Seigneur Dieu des vertus ; si vous ne le croyez et que vous n'écoutiez sa parole,

vous serez exposés à la risée des nations. » Il paraît par ce passage que les Juifs n'ont aucune espérance de salut, à moins qu'ils ne se lavent du sang dont ils se sont souillés, et qu'ils n'invoquent celui-là même auquel ils ont renoncé. Isaïe explique leur attentat en ces termes : « Il est mort au milieu des douleurs, ayant été condamné des juges. Qui racontera sa génération ? Car

il a été retranché de la terre des vivants.

Je l'ai frappé à cause des crimes de mon peuple, et il donnera les impies pour le prix de sa sépulture, et les riches pour la récompense de sa mort, parce qu'il n'a

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et eradamus e terra vitam ejus, et nomen ejus non erit in memoria amplius. Lignum autem crucem significat, et panis corpus ejus, quia ipse est cibus, et vita omnium qui credunt in carnem quam portavit, et in crucem qua pependit. De qua tamen apertius ipse Moses in Deuteronomio ita praedicavit: Et erit pendens vita tua ante oculos tuos, et timebis die ac nocte, et non credes vitae tuae. Idem rursus in Numeris: Non quasi homo Dominus suspenditur, neque quasi filius hominis minas patitur. Zacharias, etiam sic tradidit: Et intuebuntur in me, quem transfixerunt. Item David in psalmo XXI: Effoderunt manus meas et pedes meos, dinumeraverunt omnia ossa mea: ipsi autem contemplati sunt, et viderunt me, diviserunt sibi vestimenta mea, et super vestem meam sortem miserunt. Quae utique Propheta non de se locutus est. Fuit enim rex, et numquam perpessus est illa. Sed Spiritus Dei per eum loquebatur, qui fuerat illa passurus post annos mille et quinquaginta. Tot enim colliguntur anni a regno David usque ad crucem Christi. Sed et Solomon, filius ejus, qui Hierosolymam condidit, eam ipsam perituram esse in ultionem sanctae crucis prophetavit: Quod si avertimini a me, dicit Dominus, et non custodieritis veritatem meam, rejiciam Israel a terra quam dedi illis: et domum hanc, quam aedificavi illis in nomine meo, projiciam illam ex omnibus; et erit Israel in perditionem, et in improperium populo:

point commis d'iniquités, et que le mensonge n'a jamais été dans sa bouche. Mais le Seigneur l'a voulu briser dans son infirmité. S'il livre son âme pour le péché, il verra sa race durer

longtemps, et la volonté de Dieu s'exécutera heureusement par sa conduite. » Voici ce que David en dit dans le psaume quatre-vingt-treize : « Ils ont conspiré contre la vie du juste, ils ont condamné le sang innocent; mais le Seigneur a été ma forteresse : mon Dieu

a été le rocher où j'ai mis ma confiance.

» Jérémie en parle aussi de cette sorte :

« Révélez-moi la vérité, Seigneur, et je

la saurai. Alors j'ai vu leurs pensées. J'ai été mené au sacrifice comme un agneau

sans tache. Ils ont formé de mauvais desseins contre moi, et ont dit : Venez mettons du bois dans son pain, et effaçons sa vie de dessus la terre, et que l'on perde la mémoire de son nom. » Le bois signifie sa croix et le pain signifie son corps, parce qu'il est l'aliment et la vie de ceux qui croient au corps qu'il a porté, et à la croix à laquelle il a été attaché. Mais il a parlé encore plus clairement dans le Deutéronome, de cette croix et de cette mort. « Votre vie, dit-il, sera comme suspendue devant vos yeux; vous appréhenderez le jour et la nuit, et

ne serez point assuré de votre vie. » Il a encore dit ceci dans le livre des Nombres

: « Le Seigneur n'est point attaché à la

croix comme un homme, et ne souffrira point de menaces comme un fils de l'homme. » Zacharie a dit aussi : « Ils

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et domus haec erit deserta; et omnis qui transibit per illam, admirabitur, et dicet:

Propter quam rem fecit Dominus terrae huic et huic domui haec mala? Et dicent:

Quia reliquerunt Dominum Deum suum, et persecuti sunt regem suum dilectissimum Deo, et cruciaverunt illum in humilitate magna, propter hoc importavit illis Deus mala haec.

me regarderont, moi qu'ils ont percé. » David a exprimé la même chose par ces paroles du psaume vingt-un : « Ils ont percé mes mains et mes pieds. On pourrait compter mes os. Ils ont pris plaisir à me considérer. Ils ont partagé mes vêtements, et ils ont jeté au sort à qui aurait ma robe. Il est certain que David ne parlait pas de soi-même parce qu'il était roi, et qu'il n'a jamais souffert ces mauvais traitements. L'esprit de Dieu parlait par sa bouche, au sujet de ce Dieu qui devait souffrir ces traitements mille cinquante ans après. Ceux qui ont fait ce calcul ont en effet trouvé ce nombre-là depuis le règne de Darius jusqu'au temps auquel le Sauveur a été crucifié. Salomon, fils de David, fit bâtir la ville de Jérusalem, et prédit qu'elle serait détruite en punition du crime des Juifs qui crucifieraient le Sauveur : « Que si vous vous détournez de moi, dit le Seigneur, et que vous ne gardiez pas ma vérité, je chasserai Israël de la terre que je lui ai donnée, et je rainerai la maison que je lui ai édifiée en mon nom. Israël sera ruiné et couvert d'opprobres, et cette maison sera déserte, et quiconque passera auprès, dira avec étonnement : Pourquoi le Seigneur a-t-il fait ce mauvais traitement à cette terre et à cette maison? Et on lui répondra : C'est par ce qu'ils ont abandonne le Seigneur leur Dieu, qu'ils ont persécuté leur roi très chéri de Dieu, et qu'ils l'ont tourmenté d'une manière très humiliante. Voilà pourquoi Dieu leur a envoyé ces maux-

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là.

»

CAPUT XIX. De Jesu morte, sepultura et resurrectione; atque de iis rebus praedicta. Quid amplius jam de facinore Judaeorum dici potest, quam excaecatos tum fuisse, atque insanabili furore correptos, qui haec quotidie legentes neque intellexerunt, neque quin facerent cavere potuerunt? Suspensus igitur atque affixus exclamavit ad Dominum voce magna, et ultro spiritum posuit. Et eadem hora terrae motus factus est. Et velum templi, quod separabat duo tabernacula, scissum est in duas partes; et sol repente subductus est, et ab hora sexta usque in nonam tenebrae fuerunt. Qua de re Amos propheta testatur: Et erit in illo die, dicit Dominus, occidet sol meridie, et tenebrabitur dies lucis; et convertam dies festos vestros in luctum, et cantica vestra in lamentationem. Item Hieremias: Exterrita est quae parit, et taeduit animam; et subivit sol ei, cum adhuc medius dies esset; confusa est, et maledicta: reliquos eorum in gladium dabo in conspectu inimicorum eorum. Et Sibylla:

Ναοδσχισθτπτασμα, καὶ ἤματι μσσωι Νξ σται σκοτεσσα πελριος ν τρσιν ραις.

XIX.

Que peut-on dire après cela des Juifs, si ce n'est qu'ils ont été aveuglés et transportés d'une folie incurable qui les empêchait d'entendre ces prophéties qu’ils lisaient tous les jours, et d'éviter le crime qu'ils ont commis ? Le Sauveur étant donc attaché à la croix cria à haute voix et rendit l'esprit. A l'heure même la terre fut ébranlée par un tremblement, le voile du temple qui séparait les deux tabernacles fut rompu, le soleil s'éclipsa,

et la terre fut couverte de ténèbres

depuis six heures jusqu'à neuf. Le prophète Amos a rendu témoignage de toutes ces choses. « Voici ce qui arrivera en ce jour-là, dit le Seigneur : le soleil se couchera en plein midi, et le jour disparaîtra, et je changerai vos fêtes en

deuil et vos cantiques en lamentations. » Le prophète Jérémie en rend un semblable témoignage : « Celle qui enfante, dit-il, a été épouvantée et saisie de tristesse et de déplaisir. Le soleil s'est couché pour elle au milieu du jour; elle

a été chargée de honte et de

malédictions. Je ferai passer le reste de

ses enfants par le tranchant de l'épée de

leurs ennemis. » La sibylle avertit que le voile du temple sera rompu depuis

le haut jusqu'au bas, et que, pendant trois heures, l'air sera couvert d'obscurité et de ténèbres.

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Cum haec facta essent, ne prodigiis quidem coelestibus facinus suum intelligere quiverunt. Sed quoniam praedixerat se tertio die ab inferis resurrecturum, metuentes ne a discipulis surrepto et amoto corpore, universi resurrexisse eum crederent, et fieret multo major in plebe confusio, detraxerunt eum cruci, et conclusum in monumento firmiter militari custodia circumdederunt. Verum tertio die, ante lucem terrae motu facto, repente patefactum est sepulcrum, et custodibus, quos attonitos obstupefecerat pavor, nihil videntibus, integer e sepulcro ac vivus egressus, in Galilaeam profectus est, ut discipulos suos quaereret: in sepulcro vero nihil repertum est, nisi exuviae quibus involutum corpus incluserant. Illum autem apud inferos non remansurum, sed die tertio resurrecturum, prophetae cecinerant. David in psalmo XV: Non derelinques animam meam apud inferos, nec dabis sanctum tuum videre interitum. Item in tertio: Ego dormivi et somnum cepi, et resurrexi; quoniam Dominus auxiliatus est mihi. Oseas quoque primus XII prophetarum de resurrectione ejus testificatus est: Hic filius meus sapiens; propter quod nunc non resistet in tribulatione filiorum suorum, et de manu inferorum eruam eum. Ubi est judicium tuum, mors, aut ubi est aculeus tuus? Idem alio loco:

Vivificabit nos post biduum die tertio. Et ideo Sibylla impositurum esse morti terminum dixit post tridui somnum:

Les Juifs ne purent reconnaître leur crime par tant de prodiges qui paraissaient au ciel et sur la terre. Comme le Sauveur avait prédit qu'il ressusciterait trois jours après sa mort, ils appréhendèrent que ses disciples n'enlevassent son corps et ne fissent croire qu'il était ressuscité, et qu'ainsi ils n'excitassent un plus grand trouble parmi le peuple qu'auparavant ; et pour l'empêcher, ils le détachèrent de la croix et le mirent dans un tombeau qu'ils firent garder par des soldats. Cependant le troisième jour, avant le lever du soleil, la terre ayant été ébranlée, le tombeau ouvert, les gardes épouvantés, le Seigneur en sortit sain et entier, et alla chercher ses disciples en Galilée. Ou ne trouva dans le sépulcre que les linceuls où le corps avait été enseveli. Or les prophètes avaient prédit qu'il ne demeurerait pas dans le tombeau et qu'il ressusciterait le troisième jour. Voici ce que David en dit dans le psaume quinzième : « Vous ne laisserez point une âme dans les enfers, et vous ne permettrez point que votre saint éprouve la corruption. » Et dans le psaume troisième il dit encore ces paroles : « Je me suis couché et me suis endormi, je me suis levé parce que le Seigneur m'a soutenu. » Osée, le premier des douze prophètes, a rendu ce témoignage de la résurrection du Sauveur ; « Celui-ci est mon fils; il ne résistera point dans l'affliction de ses enfants. Je le retirerai d'entre les mains de la mort. Maintenant, ô mort, où est

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Καθαντου μοραν τελσει, τρτον

πνσας

Καττ' ποφθμενον ναλσας ες φος ξει Πρτος ναστσεως, κλητος ρχν ποδεξας. Vitam enim nobis acquisivit morte superata. Nulla igitur spes alia consequendae immortalitatis homini datur, nisi crediderit in eum, et illam crucem portandam patiendamque susceperit.

μαρ

CAPUT XX. De Jesu in Galilaeam post resurrectionem profectione; atque de utroque Testamento, Vetere et Novo. Profectus ergo in Galilaeam (noluit enim se Judaeis ostendere, ne adduceret eos in poenitentiam, atque impios resanaret), discipulis iterum congregatis Scripturae sanctae litteras, id est prophetarum arcana, patefecit; quae antequam pateretur, perspici nullo modo poterant, quia ipsum passionemque ejus annuntiabant. Idcirco Moses, et iidem ipsi prophetae legem, quae Judaeis data erat, Testamentum vocant; quia nisi testator mortuus fuerit, nec confirmari testamentum potest, nec sciri quid in eo scriptum sit, quia clausum et obsignatum est. Itaque nisi Christus

ton jugement ? où est ton aiguillon? » Et dans un autre endroit, il dit : « Et deux jours après, il nous vivifiera dans le troisième jour. » C'est pour cela que la sibylle a dit qu'après trois jours de sommeil il mettrait des bornes à la mort. Il demeurera endormi pendant trois jours du sommeil de la mort; mais après ce temps, il se réveillera et sortira du sein des ténèbres pour jouir de la lumière, et te fera le premier et le chef des ressuscités. Le Sauveur nous a acquis la vie par la victoire qu'il a remportée sur la mort; nous ne saurions espérer obtenir l'immortalité qu'en croyant en lui et en nous chargeant de sa croix.

XX.

Le Sauveur étant donc allé en Galilée, car il ne voulut pas se montrer aux Juifs de peur de les attirer à la pénitence et de les guérir de leur impiété, il assembla

ses disciples et leur expliqua l'Écriture qu'ils n'avaient pu entendre avant sa passion, parce qu'elle parlait de cette passion même. Voila pourquoi Moïse et les autres prophètes ont donné le nom de Testament à la loi que les Juifs avaient reçue ; car le testament n'est confirmé que par la mort du testateur ; il demeure scellé et secret, et on ne sait point ce qu'il contient jusqu'à ce que cette mort soit arrivée. Avant la mort de Jésus-Christ, le Testament ne pouvait être ouvert; c'est à-dire que le mystère de Dieu ne pouvait être révélé.

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mortem suscepisset, aperiri testamentum, id est, revelari et intelligi mysterium Dei non potuisset. Verum Scriptura omnis in duo Testamenta divisa est. Illud quod adventum passionemque Christi antecessit, id est lex et prophetae, Vetus dicitur; ea vero quae post resurrectionem ejus scripta sunt, Novum Testamentum nominantur. Judaei Veteri utuntur, nos novo: sed tamen diversa non sunt, quia Novum Veteris adimpletio est, et in utroque idem testator est Christus, qui pro nobis morte suscepta nos haeredes regni aeterni fecit, abdicato et exhaeredato populo Judaeorum; sicut Hieremias propheta testatur, cum loquitur talia: Ecce dies veniunt, dicit Dominus; et consummabo domui Israel et domui Juda testamentum novum, non secundum testamentum, quod disposui patribus eorum in die qua apprehendi manum eorum, ut educerem illos de terra Aegypti; quia ipsi non perseveraverunt in testamento meo et ego neglexi eos, dicit Dominus. Item alio loco similiter ait: Dereliqui domum meam; dimisi haereditatem meam in manus inimicorum ejus. Facta est haeriditas mea mihi, sicut leo in silva: dedit ipsa super me vocem suam; ideo odi eam. Cum sit haereditas ejus, coeleste regnum, non utique ipsam haereditatem se dicit odisse, sed haeredes, qui adversus eum ingrati et impii extiterunt. Facta est, inquit, mihi haereditas mea, sicut leo: id est, praeda et devoratio

Toute l'Écriture se divise en deux Testaments: l'Ancien contient la loi et les prophètes, et tout ce qui a précédé la naissance et la passion du Sauveur; le Nouveau contient ce qui a été écrit depuis sa résurrection. Les Juifs se servent du premier et nous du second. Ce ne sont pas cependant deux testaments différents, parce que le dernier n'est que l'accomplissement et l'exécution de l'autre. Ils ont tous deux été faits par le même testateur, qui est mort pour nous et qui nous a laissés héritiers de son royaume dont il a privé les Juifs, selon le témoignage que Jérémie en rend en ces termes : « Voilà que le temps arrive, dit le Seigneur, auquel je ferai nu nouveau testament pour la maison d'Israël et pour la maison de Juda; ce ne sera pas le même que je fis en faveur de leurs pères, lorsque je les pris par la main pour les tirer de l'Egypte, parce qu'ils n'ont pas persévéré dans mon testament ; et c'est pour cela que je les ai négligés, dit le Seigneur. » Et dans un autre endroit, il dit ce qui suit: « J'ai abandonné ma maison; j'ai partagé ma succession et l'ai mise entre les mains de mes ennemis. Mon héritage est devenu a mon égard comme un lion dans une forêt ; il a levé la voix contre moi, et pour cela je l'ai en aversion. » Il entend par son héritage qu'il a en aversion, non le royaume du ciel, mais ses héritiers qui ont été ingrats et impies envers lui. « Mon héritage, dit-il, est devenu à mon égard comme un lion. » C'est-à-dire, je suis devenu la proie et la

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factus sum haeredibus meis, qui me immolaverunt sicut pecus. Dedit super me vocem suam; id est, sententiam adversus me mortis crucisque dixerunt. Nam quod superius ait consummaturum se domui Juda testamentum novum, ostendit, vetus illud testamentum, quod per Mosem est datum, non fuisse perfectum; id autem, quod per Christum dari haberet, consummatum fore. Domus autem Juda et Israel non utique Judaeos significat, quos abdicavit, sed nos, qui ab eo convocati ex Gentibus, in illorum locum adoptionemque successimus, et appellamur filii Judaeorum; quod declarat Sibylla, cum dicit:

ουδαων μακρων θεον γνος ορανινων. Quos autem futurum esset id genus, Esaias docet (cap. XLII) , apud quem Pater summus ad Filium loquitur, dicens:

Ego Dominus Deus, vocavi te ad justitiam, et tenebo manum tuam, et confirmabo te, et dedi te in testamentum generis mei, in lucem gentium, aperire oculos caecorum, producere ex vinculis alligatos, et de domo carceris sedentes in tenebris. Cum igitur nos antea tamquam caeci, et tamquam carcere stultitiae inclusi, sederemus in tenebris, ignorantes Deum et veritatem, illuminati ab eo sumus, qui nos testamento suo adoptavit, et liberatos malis vinculis, atque in lucem sapientiae productos, in haereditatem regni coelestis adscivit.

pâture de mes héritiers qui m'ont tué comme on immole une bête. « Il a élevé sa voix contre moi. « C'est-à-dire, mes héritiers ont prononcé contre moi un arrêt de mort ; ils m'ont condamné à être crucifié. Quant à ce qu'il avait dit auparavant « Qu'il ferait un nouveau testament pour la maison de Juda, » c'était à dessein de marquer que l'Ancien Testament qui avait été donné par Moïse n'était pas parfait, au lieu que celui qui devait être donne par Jésus-Christ le serait. « Par la maison d'Israël et de Juda, » il n'entend pas les Juifs qu'il avait rejetés, mais il nous entend nous autres qu'il avait assemblés d'entre les nations et adoptés en la place des Juifs, comme la sibylle le témoigne quand elle assure que la nation juive est une nation heureuse, qui descend du ciel, et qui est chère à Dieu sur toutes les autres. Isaïe nous apprend quelle est cette nation, quand il met ces paroles dans la bouche de Dieu le père: « Je suis le Seigneur qui vous ai appelé dans la justice, qui vous ai pris par la main et vous ai conservé, qui vous ai établi pour être le réconciliateur du peuple et la lumière des nations, pour ouvrir les yeux des aveugles, pour tirer des fers ceux qui étaient enchaînés, et pour faire sortir de prison ceux qui étaient assis dans les ténèbres. » Nous étions assis comme des aveugles dans les ténèbres, et enfermés dans la prison de notre propre folie avant que nous eussions été instruits par celui qui nous a adoptés par

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CAPUT XXI. De Jesu ascensione, eaque praedicta; et de discipulorum praedicatione et gestis. Ordinata vero discipulis suis Evangelii ac nominis sui praedicatione, circumfudit se repente nubes, eumque in coelum sustulit, quadragesimo post passionem die, sicut Daniel fore ostenderat, dicens: Et ecce in nubibus coeli ut filius hominis veniens, usque ad vetustum dierum pervenit. Discipuli vero per provincias dispersi fundamenta Ecclesiae ubique posuerunt, facientes et ipsi in nomine magistri Dei magna, et pene incredibilia miracula; quia discedens instruxerat eos virtute ac potestate, qua posset novae annuntiationis ratio fundari, et confirmari: sed et futura aperuit illis omnia, quae Petrus et Paulus Romae praedicaverunt, et ea praedicatio in memoriam scripta permansit; in qua cum multa alia mira, tum etiam hoc futurum esse dixerunt, ut post breve tempus immitteret Deus regem, qui expugnaret Judaeos, et civitates eorum solo adaequaret, ipsos autem fame sitique confectos obsideret. Tum fore ut corporibus suorum vescerentur, et consumerent se invicem; postremo ut capti venirent in manus hostium, et in conspectu suo vexari acerbissime

son testament, qui a brisé nos fers, qui nous a éclairés de la lumière de la sagesse, et mis en possession de son royaume.

XXI.

Après que le Sauveur eut ordonné à ses disciples de publier son Évangile, il s'éleva au ciel et fut environné d'une nuée, quarante jours après qu'il eut souffert la mort, comme Daniel l'avait prédit par ces paroles : « Il vient comme le Fils de l'homme sur les nuées et arrive jusqu'à l'Ancien des jours. » Ses disciples s'étant répandus aussitôt dans les provinces, y fondèrent des églises et firent des miracles incroyables en son nom et par la puissance qu'il leur en avait donnée, afin que la vérité de leur prédication fût confirmée par leurs œuvres. Avant que de monter au ciel il leur prédit tout ce qui devait arriver; et Pierre et Paul le publièrent à Rome, et ce qu'ils publièrent a été conservé par écrit. Parmi les autres merveilles qu'ils découvrirent aux Romains, ils leur déclarèrent que Dieu enverrait bientôt un de leurs empereurs qui entrerait à main armée sur les terres des Juifs, qui raserait leur ville et assiégerait la capitale ; qu'ils seraient pressés de la faim et de la soif, et réduits à se manger les uns les autres; qu'ils tomberaient entre les mains de leurs ennemis ; qu'ils verraient prostituer leurs femmes, violer leurs filles, écraser leurs enfants, mettre leur pays à feu et à sang, et qu'enfin ils en seraient arrachés eux-mêmes en

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conjuges suas cernerent, violari ac prostitui virgines, diripi pueros, allidi parvulos, omnia denique igni ferroque vastari, captivos in perpetuum terris suis exterminari; eo quod exultaverint super amantissimum et probatissimum Dei Filium. Itaque post illorum obitum, cum eos Nero interemisset, Judaeorum nomen et gentem Vespasianus extinxit, fecitque omnia quae illi futura praedixerant.

CAPUT XXII. Argumenta Infidelium contra Jesu incarnationem. Confirmata sunt, ut opinor, quae falsa et incredibilia putantur ab iis, quos vera coelestium litterarum doctrina non imbuit: sed tamen ut refellantur a nobis etiam illi, qui nimium non sine malo suo sapiunt, rebusque divinis fidem detrahunt, argumentis quoque illorum coarguamus errorem; ut tandem aliquando quando pervideant ita fieri oportuisse, sicut nos ostendimus factum. Et quamquam apud bonos judices satis habeant firmitatis vel testimonia sine argumentis, vel argumenta sine testimoniis; nos tamen non contenti alterutro sumus, cum suppetat nobis utrumque, ne cui perverse ingenioso, aut non intelligendi, aut contra disserendi locum relinquamus. Negant fieri potuisse, ut naturae immortali quidquam decederet. Negant denique Deo dignum, ut homo fieri vellet, seque infirmitate carnis oneraret; ut passionibus, ut dolori, ut

punition de l'attentat qu'ils avaient commis contre le bien-aimé fils de Dieu. La prédiction de Pierre et de Paul fut accomplie après leur mort; et quelque temps après que Néron la leur eut fait souffrir, Vespasien extermina la nation des Juifs, avec toutes les circonstances que ces saints apôtres avaient marquées.

XXII.

J'ai établi fort solidement, si je ne me trompe, tout ce qui paraît incroyable ci éloigné de la vérité à ceux qui ne sont pas instruits de la doctrine du ciel. Il ne

reste plus qu'à répondre aux arguments de ceux qui, pour vouloir avoir trop de subtilité, n'ont point de foi, et de les convaincre par eux-mêmes que les mystères ont dû être accomplis de la manière dont j'ai prouvé qu'ils l'ont été en effet. Bien que ce soit assez, devant des juges équitables, de produire des témoignages sans apporter de raisons, ou d'apporter des raisons sans produire de témoignages, nous ne séparerons point, en cette occasion, ces deux moyens de soutenir la vérité, et ainsi nous ôterons à ceux qui usent mal de leur esprit tout prétexte ou de ne la pas reconnaître ou de la combattre. Ils disent qu'une nature immortelle, telle qu'est celle de Dieu, n'a jamais pu souffrir de diminution, ni se dégrader en quelque sorte elle-même; qu'il était indigne de la majesté d'un Dieu de se

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morti se ipse subjiceret: quasi non facile illi esset, ut citra corporis imbecillitatem se hominibus ostenderet, eosque justitiam doceret (siquidem id volebat) majore auctoritate, ut professi Dei. Tunc enim cunctos fuisse praeceptis coelestibus parituros, si ad ea virtus ac potestas Dei praecipientis accederet. Cur igitur (aiunt) ad docendos homines non ut Deus venit? Cur se tam humilem imbecillemque constituit, ut ab hominibus et contemni, et poena affici posset? cur vim ab imbecillis, et mortalibus passus est? cur non manus hominum, aut virtute repulit, aut divinitate vitavit? cur non majestatem suam sub ipsa saltem morte patefecit? sed ut invalidus in judicium ductus est, ut nocens damnatus, ut mortalis occisus. Refutabo haec diligenter, nec quemquam patiar errare. Illa enim magna et mirabili ratione sunt facta; quam quicumque perceperit, non tantum mirari desinet Deum ab hominibus esse cruciatum, verum etiam facile pervidebit ne Deum quidem potuisse credi, si ea ipsa quae arguit facta non essent.

faire homme et de se charger d'un corps pour devenir sujet aux souffrances, aux douleurs et à la mort, puisqu'il lui était aisé de paraître sans prendre toutes ces faiblesses et d'enseigner la justice avec toute l'autorité que la manifestation de sa grandeur lui aurait donnée; que personne n'aurait osé violer des commandements qui auraient été soutenus par une puissance infinie. « Pourquoi donc, ajoutent-ils, n'est-il pas venu entouré de tout l'éclat de sa gloire? Pourquoi s'est-il rendu méprisable par la bassesse et par la faiblesse dont il s'est couvert? Pourquoi a-t-il souffert tous les outrages que des hommes mortels lui ont voulu faire? Pourquoi ne les a-t-il pas ou évités par sa providence, ou repoussés par sa force ? Pourquoi n'a-t- il pas découvert sa majesté, au moins au temps de sa mort ? Et pourquoi a-t-il été mené devant des juges comme un homme qui n'est pas le plus fort, condamné comme un coupable, exécuté comme un mortel? » Je répondrai si exactement à ces objections et les ruinerai de telle sorte, que personne ne pourra plus demeurer dans l'erreur. Toutes ces choses ont été faites par des raisons si merveilleuses que quiconque les aura une fois comprises, non seulement cessera de s'étonner que Dieu ait voulu subir les tourments que les hommes lui ont fait souffrir, mais avouera qu'il n'aurait pu être reconnu pour Dieu s'il ne les eût soufferts.

CAPUT XXIII. De praecipiendo et agendo. Quicumque praecepta dat hominibus ad vitam, moresque fingit aliorum, quaero debeatne ipse facere quae praecipit, an non debeat? Si non fecerit, soluta praecepta sunt. Si enim bona sunt quae praecipiuntur, si vitam hominum in optimo statu collocant, non se debet ipse praeceptor a numero coetuque hominum segregare inter quos agit; et ipsi eodem modo vivendum est, quo docet esse vivendum, ne si aliter vixerit, ipse praeceptis suis fidem detrahat, levioremque doctrinam suam faciat, si reipsa resolvat, quod verbis nitatur adstringere. Unusquisque enim, cum audit praecipientem, non vult imponi sibi necessitatem parendi, tamquam sibi jus libertatis adimatur; respondet itaque doctori hoc modo: Non possum facere quae jubes, quoniam sunt impossibilia. Vetas me irasci, vetas cupere, vetas libidine commoveri, vetas dolorem, vetas mortem timere: sed hoc adeo contra naturam est, ut his affectibus animalia universa subjecta sint; vel si adeo putas repugnari posse naturae, et tu ipse quae praecipis fac, ut sciam fieri posse. Cum autem ipse non facias, quae insolentia est, ut homini libero imponere velis leges quibus ipse non pareas? Prius disce, qui doces, et antequam mores aliorum corrigas, tuos corrige. Quis neget justam esse hanc responsionem? Quin etiam in contemptum veniet hujusmodi doctor, et

XXIII.

Je voudrais bien que l'on me dise si ceux qui donnent des préceptes aux autres pour la conduite de leur vie et de leurs mœurs, sont obligés de les observer eux-mêmes. S'ils ne les observent pas, les voilà absolument abolis; car si ces préceptes sont utiles et qu'ils puissent servir à régler notre conduite, celui qui les donne ne se doit pas distinguer des autres, en tenant une manière de vivre différente de celle qu'il enseigne ; autrement il démentira sa doctrine par ses actions, et perdra toute sorte de créance. Tout le monde est jaloux de sa liberté; il n'y a personne qui aime qu'on lui commande, ni qu'on lui impose la nécessité d'obéir. Il y aura donc sans doute quelqu'un qui dira au législateur : « Je ne saurais exécuter ce que vous me commandez, parce qu'en effet cela est impossible. Vous me défendez de me mettre en colère, de souhaiter de devenir riche, d'être touché du plaisir, de fuir l'occasion de souffrir, et d'appréhender la mort: ce que vous me défendez de faire est si conforme à la nature, que tous les animaux s'y portent par l'instinct qu'elle leur a donné. Que si vous prétendez que cette inclination puisse être surmontée, convainquez-m'en par votre exemple. Tant que vous ne ferez rien de ce que vous ordonnerez, j'aurai droit de soutenir que c'est une manière d'agir trop impérieuse, que de vouloir donner à des hommes libres des lois de l'observation desquelles vous vous

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deludetur vicissim, quia videbitur et ipse deludere. Quid ergo faciet ille praeceptor, si haec ei fuerint opposita? quomodo adimet excusationem contumacibus, nisi ut praesentibus factis doceat, possibilia se docere? Unde evenit, ut philosophorum praeceptis nullus obtemperet. Homines enim malunt exempla, quam verba; quia loqui facile est, praestare difficile. Utinam quidem tam multi bene facerent, quam multi loquuntur bene. Sed qui praecipiunt, nec faciunt, abest ab iis fides. Et si homines fuerint, contemnentur ut leves; si Deus, opponetur ei excusatio fragilitatis humanae. Superest ut factis verba firmentur, quod philosophi facere nequeunt: itaque cum ipsi praeceptores vincantur affectibus, quos vinci praedicant oportere, neminem possunt ad virtutem, quam falso praedicant, erudire; ob eamque causam putant, neminem adhuc perfectum extitisse sapientem, id est, in quo summae doctrinae ac scientiae summa virtus et perfecta justitia consenserit, quod quidem verum fuit. Nemo enim post mundum conditum talis extitit, nisi Christus, qui et verbo sapientiam tradidit, et doctrinam praesenti virtute firmavit.

dispensez. Apprenez ce que vous voulez enseigner aux autres, et réformez-vous avant que d'entreprendre de les réformer. » Qui peut douter que cette réponse ne soit fort juste et fort raisonnable? Ne la pourrait-on pas faire à un législateur qui n'observerait rien de ce qu'il commande, et ne pourrait-on pas se moquer de lui, comme il semble qu'il aurait voulu se moquer des autres? Enfin comment ôterait-il à des esprits désobéissants et rebelles le prétexte de mépriser ses lois, si ce n'est en faisant voir par ses propres actions qu'il n'est pas impossible de les observer. C'est pour cela que les préceptes des philosophes sont si généralement méprisés. On aime mieux des exemples que des paroles. Aussi est il aisé de parler, au lieu qu'il est malaisé d'agir. Plût à Dieu qu'il y eut autant de personnes capables de bien agir, qu'il y en a de capables de bien parler! Quiconque ne fait rien de ce qu'il ordonne ne peut trouver aucune créance. Si c'est un homme, on le méprise comme un esprit léger ; si c'est un Dieu, on lui apportera l'excuse ordinaire tirée de la fragilité humaine. Il faut donc confirmer les paroles par des actions, ce que les philosophes ne sauraient faire. Ils succombent aux passions qu'ils disent qu'il faut surmonter; ils n'inspirent à personne la vertu qu'ils enseignent mal, et ils avouent aussi qu'il n'y a jamais eu de sage parfait, c'est-à-dire qui possédât la science, la vertu et la justice, dans un

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degré fort éminent. Cela était très véritable; car depuis que le monde est créé, il n'y a jamais eu que Jésus-Christ qui ait enseigné la véritable sagesse et qui ait soutenu la vérité de sa doctrine par les efforts merveilleux de sa puissance.

CAPUT XXIV. Eversio argumentorum supra objectorum. Age, nunc consideremus, an doctor e coelo missus possit non esse perfectus. Nondum de hoc loquor, quem venisse a Deo negant. Fingamus aliquem de coelo esse mittendum, qui vitam hominum rudimentis virtutis instituat, et ad justitiam formet. Nemini dubium potest esse, quin is doctor, qui coelitus mittitur, tam scientia sit rerum omnium quam virtute perfectus; ne nihil inter coelestem terrenumque differat. Nam in homine interna et propria doctrina esse nullo pacto potest. Nec enim mens terrenis visceribus inclusa, et tabe corporis impedita, aut comprehendere per se potest, aut capere veritatem, nisi aliunde doceatur. Et si maxime possit, summam tamen virtutem capere nequeat, et omnibus vitiis resistere, quorum materia in visceribus continetur. Eo fit, ut terrenus doctor perfectus esse non possit. At vero coelestis, cui scientiam divinitas, virtutem immortalitas tribuit, in docendo quoque, sicut in caeteteris, perfectus et

XXIV.

Considérons maintenant s'il est possible qu'un docteur descendu du ciel ne soit pas parfait. Je ne parle point ici de celui que les infidèles ne veulent pas reconnaître comme envoyé de Dieu. Je suppose qu'il y en ait un qui doive être envoyé pour instruire les hommes et pour leur apprendre à garder la justice ; personne ne doute qu'un docteur descendu du ciel ne doive être parfait en science et en vertu, parce qu'autrement il ne serait pas fort différent d'un docteur de la terre. L'homme ne saurait être savant de lui-même. Un esprit engagé avec le corps et accablé sous la pesanteur de la matière ne comprendra jamais la vérité sans que quelqu'un la lui enseigne. Quand il la pourrait comprendre, il ne pourrait acquérir une vertu parfaite, ni résister à quantité d'erreurs dont il a le principe au milieu de soi. Un docteur descendu du ciel étant d'une nature divine et éternelle, possède au contraire l'éminence de la science et de la vertu, et a tout ce qui est nécessaire pour enseigner parfaitement. Il ne peut pourtant s'acquitter de ce

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consummatus sit necesse est. At id omnino fieri non potest, nisi mortale sibi corpus assumat. Cur autem fieri non possit, ratio clara est. Nam si veniat ad homines, ut Deus, ut omittam, quod mortales oculi claritatem majestatis ejus conspicere ac sustinere non possunt, ipse certe Deus virtutem docere non poterit, quia expers corporis non faciet, quae docebit, ac per hoc doctrina ejus perfecta non erit. Alioqui si summa virtus est, dolorem patienter pro justitia officioque perferre, si virtus est, mortem ipsam et intentatam non metuere, et illatam fortiter sustinere; debet ergo doctor ille perfectus, et docere ista praecipiendo, et confirmare faciendo; quia qui dat praecepta vivendi, amputare debet omnium excusationum vias, ut imponat hominibus parendi necessitatem, non vi aliqua, sed pudore, et tamen libertatem relinquat, ut et praemium sit constitutum parentibus, quia poterant non parere, si vellent, et non parentibus poena, quia poterant parere, si vellent. Quomodo ergo poterit amputari excusatio, nisi ut qui docet, faciat quae docet, et si quasi praevius, et manum porrigat seculuro? quemadmodum autem potest facere quae docet, si non sit similis ei quem docet? Nam si nulli subjectus sit passioni, potest ei docenti homo sic respondere: Volo equidem non peccare; sed vincor; indutus sum enim carne fragili, et imbecilla; haec est, quae concupiscit, quae irascitur, quae dolet, quae mori timet. Itaque ducor invitus, et

devoir sans prendre un corps mortel ; et la raison en est évidente. S'il paraît comme Dieu, des yeux aussi faibles que les nôtres ne seront pas capables de soutenir l'éclat de sa majesté. De plus, il n'enseignera pas la vertu parce qu'il ne la pratiquera pas; et ainsi il manquera quelque chose à sa doctrine. C'est une vertu de souffrir la douleur pour la défense de la justice, de mépriser les menaces de la mort, et même de la subir. Un docteur, pour être parfait, doit non seulement faire ces commandements-là, mais aussi les confirmer par son exemple. Quiconque donne des préceptes, doit ôter toute sorte d'excuses de ne les point observer. Il faut qu'il impose la nécessité d'obéir, non par aucune violence, mais par une honnête preuve qui ne détruise point la liberté, et qui n'empêche point que ceux qui obéissent ne reçoivent leur récompense, parce qu'ils pourraient ne pas obéir, et que ceux qui n'obéissent pas ne reçoivent leur châtiment parce qu'ils pouvaient obéir s'ils avaient voulu. Il faut donc que celui qui veut enseigner fasse ce qu'il enseigne ; qu'il marche le premier, et qu'il tienne par la main celui qui le suit. Mais comment pourra-t-il faire ce qu'il enseigne, s'il n'est pas semblable à celui qu'il enseigne? Si celui qui enseigne est exempt de passions, celui qu'il enseigne lui pourra répondre :

« Je voudrais bien ne point pêcher, mais je succombe à la tentation. Je suis environné d'une chair faible et fragile qui forme de mauvais désirs, qui entre en

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pecco, non quia volo, sed quia cogor. Sentio me et ipse peccare: sed necessitas fragilitatis impellit, cui repugnare non possum. Quid ad haec respondebit praeceptor ille justitiae? quomodo confutabit ac redarguet hominem, qui delictis suis excusationem carnis obtendet, nisi et ipse carne fuerit indutus, ut ostendat, etiam carnem posse capere virtutem? Contumacia enim redargui non potest, nisi exemplo. Nam habere non possunt, quae doceas, firmitatem, nisi ea prior feceris; quia natura hominum proclivis in vitia, videri vult non modo cum venia, sed etiam cum ratione peccare. Oportet magistrum doctoremque virtutis homini simillimum fieri, ut vincendo peccatum, doceat hominem vinci ab eo posse peccatum. Si vero sit immortalis, exemplum proponere homini nullo modo potest. Existet enim constans aliquis, ac dicet:

Tu quidem non peccas, quia liber es ab hoc corpore; non concupiscis, quia immortali nihil est necessarium. Mihi vero multis rebus opus est, ut tuear hanc vitam. Mortem non times, quia valere in te non potest. Dolorem contemnis, quia nullam vim pati potes. At ego mortalis utrumque timeo, quia cruciatus mihi gravissimos inferunt, quos tolerare carnis infirmitas non potest. Doctor itaque virtutis etiam hanc excusationem debuit hominibus auferre; ne quis, quod peccat, necessitati potius adscribat, quam culpae suae. Ergo ut perfectus esse possit, nihil ei debet opponi ab eo qui docendus est; ut si forte dixerit:

colère, qui se laisse abattre par la douleur, qui appréhende la mort. Je suis entraîné malgré moi, et je pèche par contrainte plutôt que par choix. Je sais fort bien que je fais mal, mais je ne saurais surmonter ma mauvaise inclination. » Que répondra le docteur de la justice, et comment montrera-t-il que l'excuse tirée de l'infirmité de la chair est une excuse vaine et frivole, s'il n'a lui- même une chair, et qu'il ne fasse voir par son exemple qu'elle n'est point incapable de vertu ? L'expérience est le meilleur de tous les moyens pour confondre les esprits désobéissants et rebelles. Jamais vous ne ferez recevoir votre doctrine si vous ne la pratiquez le premier. Les hommes sont portés d'eux- mêmes au vice, et quand ils le commettent, ils tâchent de faire croire non seulement qu'ils ont des excuses qui méritent le pardon, mais encore qu'ils ont des raisons auxquelles on ne saurait refuser des louanges. Il est donc nécessaire que celui qui entreprend d'enseigner la vertu soit semblable à l'homme, afin qu'en surmontant le péché il fasse voir par son exemple que le péché n'est pas insurmontable. S'il est immortel, jamais il ne servira d'exemple. Il se trouvera toujours des esprits rebelles et opiniâtres qui lui diront: « Vous ne faites point de mal, parce que vous n'avez point de corps. Vous ne désirez rien, parce qu'étant immortel vous n'avez aucun besoin. Mais moi, j’ai besoin de beaucoup de choses pour conserver ma vie. Vous n'appréhendez

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Impossbilia praecipis; respondeat: Ecce ipse facio. At ego carne indutus sum, cujus est peccare proprium. Et ego eamdem carnem gero; et tamen peccatum in me non dominatur. Mihi opes contemnere difficile est, quia vivi aliter non potest in hoc corpore. Ecce et mihi corpus est; et tamen pugno contra omnem cupiditatem. Non possum pro justitia nec dolorem ferre, nec mortem, quia fragilis sum. Ecce et in me dolor ac mors habet potestatem, et ea ipsa quae times vinco, ut victorem te faciam doloris ac mortis. Prior vado per ea, quae sustineri non posse praetendis; si praecipientem sequi non potes, sequere antecedentem. Sublata est hoc modo omnis excusatio; et fateri hominem necesse est, sua culpa injustum esse qui doctorem virtutis, et eumdem ducem non sequatur. Vides ergo quanto perfectior sit mortalis doctor, quia dux esse mortali potest, quam immortalis, quia patientiam docere non potest, qui subjectus passionibus non est. Nec hoc tamen eo pertinet, ut hominem Deo praeferam: sed ut ostendam, neque hominem perfecta doctrina esse posse, nisi sit idem Deus, ut auctoritate coelesti necessitatem parendi hominibus imponat; neque Deum, nisi mortali corpore induatur, ut praecepta sua factis adimplendo, caeteros parendi necessitate constringat. Liquido ergo apparet, eum, qui vitae dux et justitiae sit magister, corporalem esse oportere; nec aliter fieri posse, ut sit illius plena et perfecta doctrina, nisi habeat radicem ac

point la mort, parce qu'elle n'a pas de pouvoir sur vous. Vous méprisez ta douleur, parce que vous êtes au-dessus de toutes les violences qui peuvent venir de dehors. Mais j'appréhende la douleur et la mort, parce qu'elles sont très sensibles à une chair aussi faible que la mienne. « Celui qui voulait enseigner la justice, a dû ôter cette excuse, par laquelle les hommes prétendaient que, quand ils faisaient mal, c'était plutôt par nécessité que par leur faute. Il faut que, pour être un docteur parfait, son disciple n'ait rien à lui reprocher, et que s'il lui objecte que ce qu'il commande est impossible, il lui puisse répondre : « Cela n'est pas impossible puisque je l'accomplis. » S'il lui dit : « Je suis revêtu d'un corps auquel le péché semble propre et comme naturel ; » qu'il lui réponde: « Je suis aussi revêtu d'un corps semblable, et cependant le péché ne domine point en moi. » S'il lui dit : « il ne m'est pas aisé de mépriser les richesses, parce que l'on ne saurait se nourrir à moins que d'avoir du bien ; » qu'il répande : « J'ai un corps à nourrir, et je combats pourtant contre les désirs des biens de la terre. » S'il dit : « Je suis trop faible pour supporter la douleur et la mort pour l'intérêt de la justice; » qu'il lui réponde : « La mort et la douleur ont le même pouvoir sur moi que sur vous, et cependant je les surmonte pour vous apprendre à les surmonter. Si je me contentais de commander, vous auriez quelque prétexte de désobéir ; mais puisque je marche le premier, vous ne

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fundamentum, stabilisque apud homines ac fixa permaneat: ipsum autem subire carnis ac corporis imbecillitatem, virtutemque in se recipere, cujus doctor est, ut eam simul, et verbis doceat, et factis. Item subjectum esse morti, et passionibus cunctis; quoniam et in passione toleranda, et in morte subeunda virtutis officia versantur: quae omnia, ut dixi, consummatus doctor perferre debet, ut doceat posse perferri.

sauriez vous dispenser de nie suivre. » Ainsi l'homme n'a plus d'excuse. Il est obligé d'avouer que s'il est injuste, c'est par sa faute, et qu'il n'est pas moins coupable d'avoir méprisé les exemples que d'avoir violé les lois. Il paraît, par tout ce que je viens de dire, combien un docteur mortel qui peut servir de modèle est meilleur qu'un immortel qui n'en peut servir, et qui, étant exempt de toute sorte de maux, ne saurait enseigner la patience avec laquelle on les souffre. Je ne prétends pas par là préférer l'homme à Dieu ; je prétends seulement montrer deux choses: l'une, qu'un homme ne saurait être docteur parfait, s'il n'est aussi Dieu et s'il n'a une autorité divine pour se faire obéir ; l'autre, que Dieu ne le saurait être non plus, s'il ne se revêt d'un corps, afin d'obliger les hommes par son exemple à l'observation de ses lois. Il est donc clair que celui qui veut enseigner la justice doit avoir un corps, et que sans cela jamais sa doctrine ne pourrait s'établir solidement parmi les hommes. Ce corps, tout faible qu'il est, le rend capable de pratiquer les venus qu'il conseille, en l'assujettissant à la douleur et à la mort, ou lui fournit la matière de la patience et des autres vertus, dont il ne saurait persuader la pratique autrement qu'en faisant voir par ses actions qu'elle n'est pas impossible.

CAPUT XXV. De Jesu adventu in Carne, et Spiritu, ut Deum inter et hominem mediator esset. Discant igitur homines, et intelligant, quare Deus summus, cum legatum ac nuntium suum mitteret, ad crudiendam praeceptis justitiae suae mortalitatem, mortali voluerit eum carne indui, et cruciatu affici, et morte multari. Nam cum justitia nulla esset in terra, doctorem misit, quasi vivam legem, ut nomen ac templum novum conderet; ut verum ac pium cultum per omnem terram verbis et exemplo seminaret. Sed tamen, ut certum esset a Deo missum, non ita illum nasci oportuit, sicut homo nascitur ex mortali utroque concretus:

sed ut appareret etiam in homine illum esse coelestem, creatus est sine opera genitoris. Habebat enim spiritalem patrem Deum; et sicut pater spiritus ejus Deus sine matre, ita mater corporis ejus virgo sine patre. Fuit igitur et Deus et homo, inter Deum atque hominem medius constitutus. Unde illum Graeci μεστην vocant, ut hominem perducere ad Deum posset, id est, ad immortalitatem: quia si Deus tantum fuisset (ut supra dictum est) exempla virtutis homini praebere non posset; si homo tantum, non posset homines ad justitiam cogere, nisi auctoritas, ac virtus homine major accederet. Etenim cum constet homo ex carne et spiritu, et oporteat spiritum justitiae operibus emereri, ut fiat aeternus; caro quoniam terrena est, ideoque mortalis,

XXV.

Que les hommes tâchent donc de comprendre la raison que Dieu a eue, en envoyant son ambassadeur sur la terre pour y enseigner la justice : de vouloir qu'il fût revêtu d'un corps passible, et qu'il souffrit en effet les tourments et la mort. Au temps où il n'y avait point de justice sur la terre, il y a envoyé un docteur, afin qu'il fût comme une loi vivante qui élevât un temple nouveau, et qui, par ses paroles et par ses actions, établit un culte véritable. Néanmoins, afin que les hommes fussent assurés qu'il avait été envoyé de Dieu, il ne fallait pas qu'il naquit comme les autres et par la voie de la génération ordinaire. Il était né sans père, afin que l'on sût que, bien qu'il eût pris une humanité, il ne laissait pas d'être Dieu: il avait Dieu pour père; et comme Dieu lui avait donné sans mère la naissance spirituelle, la Vierge lui avait donné, sans pure, la naissance corporelle. Il était Dieu et homme, médiateur entre l'homme et Dieu, pour conduire l'homme à une vie immortelle. S'il n'avait été que Dieu, il n'aurait pu donner des exemples; s'il n'avait été qu'homme, il n'aurait point eu l'autorité nécessaire pour obliger les désobéissants à l'observation de ses lois. L'homme est composé de corps et d'âme. Cette dernière ne peut mériter l'immortalité que par de bonnes actions. Cependant elle est attachée à un corps terrestre qui l'entraîne par son poids vers la mort. Un esprit dégagé du corps n'aurait pu conduire l'homme à la vie

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copulatum sibi spiritum trahit secum, et ab immortalitate ducit ad mortem. Ergo spiritus carnis expers dux esse homini ad immortalitatem nullo pacto poterat:

quoniam caro impedit spiritum, quominus Deum sequatur. Est enim fragilis, et subjecta peccato: peccatum autem pabulum mortis est. Itaque idcirco mediator advenit, id est Deus in carne, ut caro eum sequi posset, et eriperet morti hominem, cujus est dominatio in carnem. Ideo carne se induit, ut desideriis carnis edomitis, doceret non necessitatis esse peccare, sed propositi ac voluntatis. Una enim nobis, et magna, et praecipua cum carne luctatio: cujus infinitae cupiditates premunt animam, nec dominium retinere patiuntur: sed eam voluptatibus et illecebris suavibus mancipatam morte afficiunt sempiterna. Quibus ut repugnare possemus, Deus nobis viam superandae carnis, et aperuit, et ostendit. Quae virtus perfecta, et omnibus numeris absoluta, coronam vincentibus et mercedem immortalitatis impertit.

CAPUT XXVI. De cruce Jesu et caeteris tormentis, et de Agni legalis figura. Dixi de humilitate, et fragilitate, et passione, cur haec Deus subire maluerit:

nunc ipsius crucis ratio reddenda est, et vis enarranda. Quid summus pater a principio disposuerit, et quemadmodum cuncta quae gesta sunt ordinarit, non tantum divinatio Prophetarum, quae in

éternelle, parce que le corps retient l'esprit et l'empêche de suivre Dieu. Le corps est faible et sujet au péché, et le péché est la proie de la mort. Le médiateur est venu ; c'est-à-dire que Dieu s'est revêtu d'un corps, afin que le corps le pût suivre, et que ceux qui prendraient empire sur leur corps fussent délivrés de la mort. Il a pris un corps pour dompter les désirs du corps, et pour faire voir que ceux qui pèchent, pèchent par un effet de leur volonté, et sans aucune nécessité. Nous avons un combat continuel à livrer au corps, qui presse l'âme par une infinité i de mauvais désirs, et qui, l'empêchant de retenir l'empire qu'elle doit avoir sur les plaisirs, la fait tomber dans la mort. Voilà pourquoi Dieu nous a montré le moyen de vaincre le corps par une vertu parfaite, qui mérite une couronne qui ne se flétrisse point.

XXVI.

J'ai rapporté les raisons pour lesquelles Dieu a voulu prendre un corps faible et passible ; je dirai maintenant celles pour lesquelles il a subi le supplice de la croix, et je découvrirai la puissance qui est cachée sous l'apparence, de la faiblesse de sa mort. Il n'a rien souffert

en vain. Toutes ses souffrances ont leur mystère et sont des signes de quelque

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Christum vera praecessit, sed etiam ratio ipsius passionis docet. Quaecumque enim passus est, non fuerunt inania, sed habuerunt figuram et significantiam magnam, sicut etiam divina illa opera, quae fecit: quorum vis et potentia valebat quidem in praesens, sed declarabat aliquid in futurum. Aperuit caecorum lumina coelestis virtus, et lucem non videntibus reddidit. Et hoc facto significabat fore, ut conversus ad gentes quae Deum nesciebant, insipientium pectora illuminaret luce sapientiae, et ad veritatem contemplandam oculos cordis aperiret. Vere enim caeci sunt, qui coelestia non videntes, et tenebris ignorantiae circumfusi, terrena et fragilia venerantur. Patefecit aures surdorum. Non utique hactenus vis illa coelestis operata est: sed declarabat brevi fore, ut qui erant veritatis expertes, et audirent, et intelligerent divinas Dei voces. Vere enim surdos dixeris, qui coelestia et vera, et facienda non audiunt. Mutorum linguas in eloquium solvit admirabilis, etiam cum fieret, potentia: sed inerat huic virtuti alia significatio, quae ostenderet mox futurum, ut rerum coelestium nuper ignari, percepta sapientiae disciplina, de Deo, et veritate dissererent. Nam qui rationem divinitatis ignorat, is vere elinguis et mutus est, licet omnium disertissimus. Lingua enim cum verum loqui coeperit, id est, virtutem majestatemque Dei singularis interpretari, tum demum officio naturae suae fungitur. Quamdiu autem falsa

vérité importante. Sa passion a ce rapport et cette conformité avec ses actions que, bien qu'elles aient produit sur-le-champ de fort notables effets, elles ont présagé de plus rares

événements qui devaient arriver en un autre temps. Il a rendu la vue aux aveugles par sa puissance ; mais en la leur rendant, il a marqué qu'il rendait celle du cœur aux nations qui étaient ensevelies dans l'aveuglement et l'erreur. Il a rendu l'ouïe aux sourds; mais sa puissance ne s'est pas arrêtée là; il a marqué qu'il ferait bien retentir la voix du ciel à l'oreille intérieure de ceux qui n'avaient jamais entendu parler de la vérité. Il a rendu la parole aux muets ; c'était sans doute un merveilleux effet de sa puissance ; mais cet effet-là même n'était qu'un signe d'un changeaient plus surprenant, qui devait être bientôt accompli en ceux qui, ayant vécu jusque alors dans, une profonde ignorance des choses de Dieu, en devaient être instruits tout d'un coup et en parler avec une rare éloquence. Le plus fameux orateur du monde n'est qu'un muet quand il ne sait rien des mystères ; mais dès qu'il apprend à parler de la grandeur

et de la majesté de Dieu, il commence à

faire l'usage qu'il doit de sa langue. Quand elle ne dit que des faussetés, elle ne fait pas la fonction qui lui est propre, et quiconque ne sait pas parler des choses de Pieu est comme un enfant qui ne fait que bégayer, Quand le Seigneur

a redressé les boiteux, il a sans doute donné une preuve évidente de sa

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loquitur, in usu suo non est; et ideo infans sit necesse est, qui divina proloqui non potest. Pedes quoque claudorum ad officium gradiendi reformavit laudabilis divini operis fortitudo: sed figura id continebat; quod cohibitis erroribus vitae secularis ac deviae, iter veritatis aperiretur, per quod graderentur homines ad Dei gratiam consequendam. Is enim vere claudus existimandus est, qui caligine ac tenebris insipientiae implicatus, et quo tendat ignarus, offensibilibus et caducis gressibus per viam mortis incedit. Item labes et maculas inquinatorum corporum repurgavit, non exigua immortalis potentiae opera: verum id portendebat haec vis, quod peccatorum labibus, ac vitiorum maculis inquinatos, doctrina ejus purificatura esset eruditione justitiae. Leprosi enim vere atque elephantiaci debent haberi, quos vel infinitae cupiditates ad scelera, vel insatiabiles voluptates ad flagitia compellunt, et dedecorum maculis inustos labe afficiunt sempiterna. Jacentia mortuorum corpora erexit, eosque nominibus suis inclinatos a morte revocavit. Quid congruentius Deo? Quid miraculo dignius omnium saeculorum, quam decursam vitam resignasse, completisque hominum temporibus tempora adjecisse perpetua, arcana mortis revelasse? Sed haec inenarrabilis potestas imago virtutis majoris fuit, quae demonstrabat tantam vim habituram esse doctrinam suam, ut gentes in orbe toto, quae alienae a Deo,

puissance infinie; mais il a donné en même temps une figure d'un plus grand miracle, qu'il a depuis accompli en ceux qu'il a retirés des égarements de la vie du siècle et qu'il a mis dans le chemin de la vérité, afin qu'en le suivant ils arrivassent heureusement à la grâce. Les véritables boiteux sont ceux qui, étant embarrassés par leur propre ignorance, ne font que de faux pas dans le chemin de la mort. Le Sauveur a effacé les taches de la lèpre : c'était certainement un effet sensible du pouvoir absolu qu'il exerçait sur les maladies les plus malignes; mais c'était aussi un signe de la force que sa doctrine aurait d'effacer les taches du péché et de guérir les véritables lépreux qui, étant plonges par leur cupidité dans les plaisirs les plus infâmes, sont tout couverts de taches qui font autant de honte que d'horreur. Le Sauveur a rendu la vie aux malades, et les appelant par leur nom, il les a retirés du tombeau et de la corruption. Il n'y a point de miracle si convenable à la grandeur de Dieu, ni si digne de l'admiration de tous les siècles, que de rendre la vie à ceux qui l'uni une fois perdue, que d'ajouter des années à d'autres années dont le nombre semblait limité, que de révéler le secret de la mort. Mais cette puissance, tout inexprimable qu'elle est, n'est que l'image d'une autre plus, grande que sa doctrine devait avoir ; d'appeler à la lumière de la vie une infinité de peuples qui étaient ensevelis sous les ténèbres de la mort. En effet, y

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subjectae morti fuerunt, cognitione veri luminis animatae, ad immortalitatis praemia pervenirent. Eos enim recte mortuos existimaveris, qui datorem vitae Deum nescientes, atque animas suas a coelo in terram deprimentes, in laqueos aeternae mortis incurrunt. Quae igitur tum faciebat in praesens, imagines erant futurorum; quae in laesis affectisque corporibus exhibebat, ea spiritalium figuram gerebant, ut et in praesenti virtutis non terrena opera monstraret, et in futurum potestatem coelestis suae majestatis ostenderet. Ergo sicut opera ejus significantiam quoque majoris potestatis habuerunt, ita etiam passio non simplex, nec supervacua, nec fortuita praecessit. Sed ut illa, quae fecit, magnam virtutem ac potestatem doctrinae ejus significabant:

sic ea, quae passus est, odio futuram esse sapientiam nuntiabant. Aceti enim potus, ac fellis cibus, acerbitates et amaritudines in hac vita sectatoribus veritatis pollicebatur. Et quamquam passio ipsa per se acerba et amara specimen nobis futurorum tormentorum dabat, quae morantibus in hoc saeculo virtus ipsa proponit; tamen illius modi potus, et cibus in os doctoris nostri veniens, pressurarum nobis, ac laborum et miseriarum praebebat exemplum. Quae omnia tolerare ac perpeti necesse est eos, qui veritatem sequuntur; quoniam veritas acerba est, et invisa omnibus, qui virtutis expertes, vitam suam mortiferis voluptatibus dedunt. Nam corona spinea capiti ejus imposita

a-t-il des morts plus déplorables que ceux qui ne connaissent point Dieu, qui est le principe de la vie, et qui au lieu de s'élever vers le ciel, qui est le lieu de leur origine, s'abaissent vers la terre qui n'est qu'une région de mort. Ainsi les actions les, plus merveilleuses du Sauveur étaient des figures de l'avenir. Les miracles qu'il a faits pour guérir les corps étaient des images de ceux qu'il devait faire pour guérir les âmes, et des preuves non seulement du pouvoir qu'il exerçait sur la nature, mais de celui qu'il avait de communiquer les dons célestes de sa grâce. Sa passion, n'a pas été moins mystérieuse que ses actions : elle n'a rien, çu de fortuit ni d'inutile. Comme les actions miraculeuses qu'il a faites en faveur des corps uni signifié celles qu'il ferait en faveur des âmes; ainsi les tourments qu'il a soufferts par la cruauté des Juifs, signifiaient les persécutions que ceux qui seraient animés de l'esprit de la sagesse souffriraient par l'injustice des juges et par la violence des peines. Le vinaigre qu'on lui a donné à boire, le fiel qu'on lui a donné à manger, ne promettaient que de l'aigreur et de l'amertume durant tout le cours de cette vie à ceux qui auraient le courage de soutenir la vérité. Ses souffrances, qui d'elles-mêmes étaient fâcheuses et amères, nous représentaient les peines et les afflictions auxquelles la vertu est exposée sur la terre. Ce mets et ce breuvage mis dans la bouche de notre maître, nous apprennent combien ceux qui défendent la vérité doivent supporter

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id declarabat, fore ut divinam sibi plebem de nocentibus congregaret. Corona enim dicitur, circumstans in orbem populus. Nos autem, qui ante cognitionem Dei fuimus injusti, spinae, id est mali et nocentes eramus, ignorantes quid esset bonum; et a justitiae notione atque operibus alieni, omnia scelere ac libidine polluebamus. Electi ergo ex dumis et sentibus sanctum Dei caput cingimus; quia convocati ab ipso, et circumfusi undique ad eum, magistro ac doctori Deo, assistimus, regemque illum mundi et omnium viventium Dominum coronamus. Quod vero ad crucem spectat, magna in ea vis ac ratio est, quam nunc conabor ostendere. Deus namque (sicut superius exposui) cum statuisset hominem liberare, magistrum virtutis legavit in terram, qui et praeceptis salutaribus formaret homines ad innocentiam, et operibus factisque praesentibus justitiae viam panderet, qua gradiens homo, et doctorem suum sequens, ad vitam aeternam perveniret. Is igitur corporatus est, et veste carnis indutus, ut homini, ad quem docendum venerat, virtutis et exempla, et incitamenta praeberet. Sed cum in omnibus vitae officiis justitiae specimen praebuisset, ut doloris quoque patientiam mortisque contemptum, quibus perfecta et consummata sit virtus, traderet homini, venit in manus impiae nationis, cum et vitare potuisset scientia futuri quam gerebat, et repellere eadem virtute, qua mirabilia faciebat.

de misères ; car la vérité est odieuse à ceux qui vivent dans les plaisirs. La couronne d'épines qui fut mise sur sa tête, signifie qu'il assemblerait autour de soi un peuple innocent qu'il avait choisi parmi des coupables. On appelle couronne une assemblée de peuple qui est disposé en rond. Avant que nous connussions Dieu, nous n'étions que des épines, c'est-à-dire des injustes et des coupables. Nous étions éloignés de toutes sortes de bonnes œuvres et capables seulement de faire le mal. Nous avons été cueillis sur les buissons et sur les ronces, et mis sur la tête de notre Dieu, c'est-à-dire que nous sommes assemblés autour de lui, que nous l'écoutons comme notre maître, que nous le respectons comme notre roi. Pour ce qui est de la croix, elle renferme une puissance admirable que je tâcherai d'expliquer. Dieu ayant résolu de délivrer les hommes de la servitude du péché sous laquelle ils gémissaient, envoya sur la terre un excellent docteur pour leur enseigner la route et pour leur montrer le chemin de la justice par où ils pourraient arriver à la vie éternelle. Il se revêtit d'un corps pour pouvoir donner à l'homme l'exemple des vertus qu'il lui voulait enseigner. Il s'acquitta, dans le cours de sa vie, de tous les devoirs de la justice ; mais pour enseigner aux hommes la patience dans la douleur et le mépris de la mort qui consomme la perfection et la vertu, il voulut bien tomber entre les mains d'une nation impie, bien qu'il lui

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Sustinuit ergo cruciatus, et verbera, et spinas. Postremo etiam mortem suscipere non recusavit, ut homo illo duce subactam et catenatam mortem cum suis terroribus triumpharet. Cur autem summus pater id potissimum genus mortis elegerit, quo affici eum sineret, haec ratio est. Dicat enim fortasse aliquis: cur si Deus fuit, et mori voluit, non saltem honesto aliquo mortis genere affectus est? cur potissimum cruce? cur infami genere supplicii, quod etiam homine libero, quamvis nocente, videatur indignum. Primum quod is, qui humilis advenerat, ut humilibus et infimis opem ferret, et omnibus spem salutis ostenderet, eo genere afficiendus fuit, quo humiles et infimi solent, ne quis esset omnino, qui eum non posset imitari. Deinde ut integrum corpus ejus conservaretur, quem die tertio resurgere ab inferis oportebat. Nec enim hoc cuiquam ignorandum est, quod ipse ante de sua passione praedicans etiam id notum fecerit, habere se postestatem, cum vellet, deponendi spiritum et resumendi. Suffixus itaque quia spiritum deposuerat, necessarium carnifices non putaverunt, ossa ejus suffringere (sicut mos eorum ferebat) sed tantummodo latus ejus perforaverunt. Sic integrum corpus patibulo detractum est, et sepulcro diligenter inclusum. Quae omnia idcirco facta sunt, ne laesum ac diminutum corpus ad resurgendum inhabile redderetur. Illa quoque praecipua fuit causa, cur Deus crucem

fût aisé ou de les éviter par la connaissance qu'il avait de l'avenir, ou d'en échapper par la force qu'il avait de faire des miracles. Il souffrit les coups, les tourments, la couronne d'épines, afin que l'homme, suivant son exemple, triomphât de la mort et des tourments qui l'environnent. Dieu le père a eu d'importantes raisons pour choisir principalement ce genre de mort. Quelqu'un dira peut-être : « S'il était Dieu et s'il voulait mourir, que ne mourait-il d'un genre de mort qui fût plus honorable ? Pourquoi est-il mort d'un supplice aussi infâme qu'est celui de la croix, et si indigne d'un homme libre, quand même il serait criminel? » C'est qu'étant venu dans un état de faiblesse et de bassesse, pour secourir les hommes qui n'avaient rien que de faible et de bas, et pour leur faire voir qu'il n'y en avait aucun qui ne dût avoir part à l'espérance du salut, il choisit le genre de mort que l'on faisait souffrir aux personnes les plus viles et les plus méprisables, il eut encore une autre raison, qui fut : de conserver son corps entier, parce que trois jours après il le devait tirer du tombeau. Personne ne doit ignorer qu'il avait prédit, bien avant sa passion, qu'il avait le pouvoir de rendre son esprit et de le reprendre quand il lui plairait. Quand il eut rendu l'esprit sur la croix, les bourreaux ne crurent pas qu'il fût nécessaire de lui casser les os, comme ils avaient accoutumé de les casser aux autres crucifiés, mais ils se contentèrent

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maluerit, quod illa exaltari eum fuit necesse, et omnibus gentibus passionem Dei notescere. Nam quoniam is, qui patibulo suspenditur, et conspicuus est omnibus, et caeteris altior, crux potius electa est, quae significaret illum tam conspicuum tamque sublimem futurum, ut ad eum cognoscendum pariter et colendum, cunctae nationes ex omni orbe concurrerent. Denique nulla gens tam inhumana est, nulla regio tam remota, cui aut passio ejus, aut sublimitas majestatis ignota sit. Extendit ergo in passione manus suas, orbemque dimensus est, ut jam tunc ostenderet, ab ortu solis usque ad occasum, magnum populum ex omnibus linguis et tribubus congregatum, sub alas suas esse venturum, signumque illud maximnm, atque sublime, frontibus suis suscepturum. Cujus rei figuram Judaei etiamnunc exhibent, cum limina sua de, cruore agni notant. Deus enim percussurus Aegyptios, ut ab ea plaga immunes faceret Hebraeos, praeceperat his, ut agnum candidum sine macula immolarent, ac signum liminibus suis de sanguine ejus imponerent. Itaque cum Aegyptiorum primogenita una nocte interissent, Hebraei soli signo sanguinis tuti fuerunt; non quia cruor pecudis tantam in se vim gerebat, ut hominibus saluti esset: sed imago fuerat rerum futurarum. Agnus enim candidus sine macula Christus fuit, id est innocens, et justus, et sanctus, qui ab iisdem Judaeis immolatus, saluti est omnibus qui

de lui percer le coté. Ainsi, son corps fut détaché entier de la croix, et enfermé dans le tombeau, afin qu'il fût plus disposé à ressusciter. Il y a encore une autre raison pour laquelle il a préféré la croix aux autres supplices : c'est qu'elle le devait élever, et comme l'exposer a la vue de toutes les nations. Ceux qui sont attachés à une croix sont vus de tout le monde. Le Sauveur y a été attaché pour marquer qu'il serait un jour si fort élevé et dans un état si éclatant que les peuples les plus éloignés viendraient en foule le reconnaître et l'adorer. Il n'y en a point aussi de si reculé ni de si barbare qu'il ne sache quelle a été sa passion, et quelle est la gloire dont il jouit. Il étendit les mains sur la croix et embrassa en quelque sorte tout le monde, pour montrer qu'une multitude prodigieuse, dans laquelle il se trouverait des peuples de toutes sortes de langues et de toutes sortes de tribus, viendrait d'Orient et d'Occident s'assembler sous ses bras et recevoir son signe au front. On a une figure de cette merveille dans une cérémonie que les Juifs pratiquent encore aujourd'hui, quand ils marquent le seuil de leur porte avec le sang de l'agneau. Quand Dieu voulut frapper de mort les Égyptiens et préserver les Hébreux de ce fléau, il leur commanda d'immoler un agneau sans tache et de faire une marque sur le seuil de leurs portes avec son sang. Ainsi tous les premiers nés des Égyptiens furent tués en une nuit sans que les enfants des hébreux souffrissent aucun mal. Ce n'est

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signum sanguinis, id est crucis qua sanguinem fudit, in sua fronte conscripserint. Frons enim summum limen est hominis; et lignum sanguine delibutum crucis significatio est. Denique immolatio pecudis ab iis ipsis, qui faciunt, pascha nominatur, πτοπσχειν, quia passionis figura est, quam Deus praescius futurorum tradidit per Mosen populo suo celebrandam. Sed tum figura valuit in praesenti ad depellendum periculum; ut appareat, quantum veritas ipsa valitura sit, ad plebem Dei protegendam in extrema totius orbis necessitate. Quomodo autem, vel in qua plaga tuti omnes sint futuri, qui signum hoc veri et divini sanguinis in summo corporis sui notaverint, in novissimo libro docebo.

pas que le sang d'une bête eût la force de les sauver; mais c'est que l'agneau que les Juifs immolèrent alors était la figure de Jésus-Christ, qui est l'agneau sans tâche, innocent, juste et saint, qui,

ayant été immolé par les Juifs, sauve tous ceux qui mettent sur leur front le signe de son sang, c'est-à-dire le signe de la croix sur laquelle il l'a répandu. Le front est comme le seuil de l'homme. Le bois marqué avec du sang est une image de la croix. Le sacrifice de l'agneau est appelé pâque, c'est-à-dire passion. Quand il a été célébré de la manière que Dieu l'avait ordonné par le ministère de Moïse, il a servi à préserver les enfants des Hébreux de la mort du corps, mais il

a été une figure de la force qu'aurait le sacrifice de Jésus-Christ pour sauver tout son peuple. J'expliquerai dans le dernier livre de cet ouvrage de quelle façon seront préservés ceux qui auront sur la partie la plus haute et la plus

apparente de leur corps le signe du sang

d'un

Dieu.

CAPUT XXVII. De mirandis per Crucis virtutem effectis, ac de Daemonibus. Nunc satis est, hujus signi potentia quantum valeat, exponere. Quanto terrori sit daemonibus hoc signum, sciet qui viderit quatenus adjurati per Christum de corporibus, quae obsederint, fugiant. Nam sicut ipse, cum inter homines ageret, universos

XXVII.

Je me contenterai de faire voir en ce lieu la grandeur et la puissance de la croix. Ceux qui ont vu de quelle manière les démons abandonnent les corps qu'ils possédaient [dès qu'on les conjure au nom de Jé-sus-Christ, savent quelle est

la force de ce signe. Comme le Seigneur

chassait les démons par sa parole durant sa vie, et qu'il rendait la raison elle bon

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daemones verbo fugabat; hominumque mentes emotas, et malis incursibus furiatas, in sensus pristinos reponebat:

ita nunc sectatores ejus eosdem spiritus inquinatos de hominibus, et nomine magistri sui, et signo passionis excludunt. Cujus rei non difficilis est probatio. Nam cum diis suis immolant, si assistat aliquis signatam frontem gerens, sacra nullo modo litant. Nec responsa potest consultus reddere vates. Et haec saepe causa praecipua justitiam persequendi malis regibus fuit. Cum enim quidam ministrorum nostri sacrificantibus dominis assisterent, imposito frontibus signo, deos illorum fugaverunt, ne possent in visceribus hostiarum futura depingere. Quod cum intelligerent aruspices, instigantibus iisdem daemonibus, quibus prosecant, conquerentes profanos homines sacris interesse, egerunt principes suos in furorem, ut expugnarent Dei templum, seque vero sacrilegio contaminarent, quod gravissimis persequentium poenis expiaretur. Nec tamen ex hoc ipso caeci homines intelligere possunt, aut hanc esse veram religionem, cui ad vincendum tanta vis inest, aut illam falsam, quae subsistere, aut congredi non potest. Sed aiunt, hoc deos non metu, verum odio facere; quasi quisquam possit odisse nisi eum, qui aut noceat, aut possit nocere. Immo vero congruens majestati fuit, ut eos, quos oderant, praesentibus poenis afficerent potius,

sens aux esprits qu'ils avaient troublés par leur violence ; ainsi ses disciples mettent en fuite les mêmes démons par

le nom de leur maître, et par le signe de

la passion. La preuve en est fort aisée,

car les païens ne sauraient ni offrir leurs sacrifices, ni tirer aucune réponse de leurs oracles en présence d'une personne qui ait le front marqué de la marque du Sauveur. C'est de là que les méchants princes ont pris le plus souvent prétexte de nous persécuter; des chrétiens, qui avaient des charges à la cour des empereurs et des rois, et qui, par la nécessité de leurs fonctions, assistaient aux sacrifices que faisaient ces princes, ont souvent dissipé les démons par la force du signe qu'ils avaient sur le front, et empêché qu'ils ne fissent paraître dans les entrailles des victimes aucun présage de l'avenir. Les augures, excités par les démons dont ils étaient les ministres, se plaignirent qu'il

y avait des profanes qui troublaient les

sacrifices, et excitèrent une si furieuse colère dans le cœur de leurs princes, qu'ils attaquèrent le temple de Dieu, et commirent des sacrilèges, qui ont depuis été suivis de rigoureux châtiments. Cependant les païens ont été assez aveugles pour ne pas reconnaître que notre religion, qui remporte de si glorieuses victoires, est véritable, et que la leur qui n'ose ni combattre ni même paraître, est fausse. Ils disent que c'est par haine et non

par crainte que les dieux se retirent en notre présence. On n'a de la haine que

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quam fugerent. Sed quoniam neque accedere ad eos possunt, in quibus coelestem notam viderint, nec iis nocere, quos signum immortale munierit tamquam inexpugnabilis murus; lacessunt eos per homines, et manibus persequuntur alienis: quos profecto si esse confitentur, vicimus. Necesse est enim veram esse hanc religionem, quae et rationem daemonum novit, et astuciam intelligit, et vim retundit, et eos spiritalibus armis domitos ac subactos cedere sibi cogit. Si negant, testimoniis poetarum ac philosophorum refellentur. Quod si esse, et malos esse, inficias non eunt, quid superest, nisi ut alios dicant esse deos, alios daemones? Exponant igitur nobis differentiam generis utriusque, ut sciamus quid colendum, quid execrandum sit; habeantne inter se aliquod consortium, an vero inimici sint. Si sunt aliqua necessitudine copulati, quatenus eos discernemus? aut quomodo utriusque generis honorem cultumque miscebimus? Si autem sunt inimici, cur aut daemones deos non timent, aut dii daemones fugare non possunt? Ecce aliquis instinctu daemonis percitus dementit, effertur, insanit: ducamus hunc in Jovis optimi maximi templum; vel, quia sanare homines Jupiter nescit, in Aesculapii vel Appollinis fanum. Jubeat utriuslibet sacerdos, dei sui nomine, ut nocens ille spiritus excedat ex homine: nullo id pacto fieri potest. Quae igitur vis deorum est, si subjectos sibi daemonas non habent? At vero

pour ceux qui nuisent ou qui peuvent nuire ; mais puisque les dieux avaient de la haine pour les chrétiens, ils auraient eu une conduite plus digne de leur grandeur si, au lieu de s'enfuir, ils les eussent punis sur-le-champ. Ils ne pourraient s'approcher de ceux sur le front desquels ils voient le sceau de Dieu, ni leur faire de mal, parce que ce sceau est comme un rempart qui les couvre, et pour cela ils les persécutent par la main des hommes. Si ces hommes-là confessent qu'ils sont les ministres des démons, nous avons remporté la victoire; car il faut nécessairement qu'une religion qui découvre les ruses des démons, qui repousse leur violence, qui les dompte par des armes spirituelles, soit la religion véritable; s'ils le nient, il sera aisé de les confondre par les témoignages des poètes et des philosophes. S'ils avouent qu'il y a des démons, et que ces démons sont de médians esprits, il faut qu'ils mettent quelque différence entre les démons et leurs dieux. Qu'ils nous expliquent donc quelle est cette différence, afin que nous sachions quels sont ceux que nous devons haïr et ceux que nous devons adorer; s'ils ont quelque habitude entre eux, ou s'ils n'en ont pas et qu'ils soient ennemis. S'ils ont des liaisons, comment les discernerons- nous, pour, éviter de rendre aux unies respects que nous n'avons intention de rendre qu'aux autres? Si au lieu d'avoir quelque liaison entre eux, ils n'ont que de l'inimitié et de la haine, d'où vient que

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iidem daemones, adjurati per nomen Dei veri protinus fugiunt. Quae ratio est, ut Christum timeant, Jovem autem non timeant, nisi quod iidem sunt daemones, quos vulgus deos esse opinatur? Denique si constituatur in medio et is, quem constat incursum daemonis perpeti, et Delphici Apollinis vates, eodem modo Dei nomen horrebunt; et tam celeriter excedet de vate suo Apollo, quam ex homine spiritus ille daemoniacus, et adjurato fugatoque deo suo, vates in perpetuum conticescet. Ergo iidem sunt daemones, quos fatentur execrandos esse, iidem dii, quibus supplicant. Si nobis credendum esse non putant, credant Homero, qui summum illum Jovem daemonibus aggregavit:

sed et aliis poetis ac pbilosophis, qui eosdem modo daemonas, modo deos nuncupant; quorum alterum verum, alterum falsum est. Illi enim nequissimi spiritus, ubi adjurantur, ibi se daemonas confitentur; ubi coluntur, ibi se deos mentiuntur, ut errores hominibus immittant, et avocent a veri Dei notione, per quam solam potest mors aeterna vitari. Iidem sunt, qui dejiciendi hominis causa, varios sibi cultus per diversa regionum condiderunt, mentitis tamen assumptisque nominibus, ut fallerent. Nam quia divinitatem per seipsos affectare non poterant, adsciverunt sibi nomina potentium regum, sub quorum titulis honores sibi deorum vindicarent. Qui error discuti potest, et in lucem veritatis protrahi. Nam si quis studet

les démons n'appréhendent point les dieux, et que les dieux ne mettent point les démons en fuite? S'il se trouve quelqu'un qui, étant agité par les démons, ait perdu l'usage de la raison, menons-le au temple de Jupiter dont la grandeur est égale à la bonté, ou plutôt, comme Jupiter n'a pas le pouvoir de guérir les maladies, menons-le à celui d'Esculape ou d'Apollon : le prêtre de l'un ou de l'autre de ces dieux commandera à cet esprit impur et criminel de sortir du corps qu'il possède, et il ne sera point obéi. Où est la puissance des dieux, si les démons n'y sont point assujettis? Cependant ces mêmes démons s'enfuient dès qu'ils sont conjurés au nom de Dieu. D'où vient qu'ils appréhendent Jésus-Christ et qu'ils n'appréhendent point Jupiter, si ce n'est que les démons et ceux que le peuple prend pour des dieux sont les mêmes? Enfin, si l'on mettait d'un côté ces possédés du démon et de l'autre une prêtresse d'Apollon de Delphes, l'un et l'autre redouteront également le nom de Dieu ; et dès qu'on l'aura prononcé la prêtresse sera abandonnée par Apollon et réduite au silence, et le possédé sera délivré du démon. Il est donc clair que les démons, que vous avouez être dignes d'exécration et d'horreur, sont les mêmes que les dieux auxquels vous rendez un souverain culte. Si vous ne nous en croyez pas, croyez-en Homère qui met Jupiter au rang des démons; croyez-en les autres poètes et philosophes qui les appellent

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altius inquirere, congreget eos, quibus peritia est ciere ab inferis animas. Evocent Jovem, Neptunum, Vulcanum, Mercurium, Appollinem, patremque omnium Saturnum. Respondebunt ab inferis omnes, et interrogati loquentur, et de se ac Deo fatebuntur. Post haec evocent Christum, non aderit, non apparebit; quia non amplius quam biduo apud inferos fuit. Quid hac probatione certius proferri potest? Ego vero non dubito, quin ad veritatem Trismegistus hac aliqua ratione pervenerit, qui de Deo Filio locutus est multa, quae divinis continentur arcanis.

tantôt démons et tantôt dieux; en quoi ils s'approchent en partie de la vérité et en partie s'en éloignent. Quand ces abominables esprits sont conjurés, ils confessent qu'ils ne sont que des démons. Quand ils sont adorés par les païens, ils supposent faussement qu'ils sont des dieux pour les engager dans l'erreur, afin de les détourner de la connaissance du vrai Dieu, par laquelle seule ils pourraient éviter la mort éternelle. Ce sont eux qui, pour perdre les hommes, ont inventé divers moyens de se faire adorer par les peuples sous le nom des princes anciens. Il n'y a rien de si aisé que de découvrir ces artifices et cette imposture. Il n'y a pour cela qu'à assembler ceux qui font profession de rappeler les âmes des enfers ; qu'ils rappellent Jupiter, Neptune, Vulcain, Mercure, Apollon, et Saturne qui est plus ancien et le père de tous les autres; ils viendront, ils répondront, ils déclareront la vérité. Que ces mêmes personnes appellent Jésus-Christ, et qu'ils tachent de l'évoquer, il ne paraîtra point, parce qu'il n'a été que deux jours dans les enfers. Il n'y a point de preuve plus certaine que celle-là. Je ne doute pas que Trismégiste n'en ait eu quelque connaissance, quand il a dit de Dieu le père, tout ce que l'on en peut dire, et qu'il a dit beaucoup de choses du Fils, fort conformes à ce que nos mystères nous en enseignent.

CAPUT XXVIII. De spe et vera religione, atque de superstitione. Quae cum ita se habeant, ut ostendimus, apparet nullam aliam spem

vitae homini esse propositam, nisi ut abjectis vanitatibus, et errore miserabili, Deum cognoscat, et Deo serviat, nisi huic temporali renuntiet vitae, ac se rudimentis justitiae ad cultum verae Religionis instituat. Hac enim conditione gignimur, ut generanti nos Deo justa et debita obsequia praebeamus; hunc solum noverimus, hunc sequamur. Hoc vinculo pietatis obstricti Deo et religati sumus; unde ipsa Religio nomem accepit, non ut Cicero interpretatus est,

a relegendo, qui in libro de Natura

deorum secundo ita dixit: « Non enim philosophi solum, verum etiam majores nostri superstitionem a religione separaverunt. Nam qui totos dies precabantur, et immolabant, ut sui sibi liberi superstites essent, superstitiosi sunt appellati. Qui autem omnia, quae ad cultum deorum pertinerent, retractarent, et tamquam relegerent, ii dicti sunt religiosi, ex religendo, tamquam ex eligendo elegantes, et ex deligendo diligentes, et intelligendo intelligentes. His enim verbis omnibus inest vis legendi eadem, quae in

religioso: ita factum est in superstitioso

et religioso, alterum vitii nomen, alterum

laudis. » Haec interpretatio quam inepta sit, ex re ipsa licet noscere. Nam si in iisdem diis colendis, et superstitio, et religio versatur, exigua, vel potius nulla

XXVIII.

Ces vérités étant aussi incontestables que nous l'avons fait voir, l'unique espérance de l'homme consiste à renoncer à l'erreur, à connaître Dieu et à le servir ; le plus important et le plus nécessaire de tous nos devoirs, est de nous instruire des règles de la justice et des préceptes de la véritable religion. Nous n'avons été mis au monde qu'à condition que nous rendrions nos hommages à Dieu qui nous y a mis ; c'est une obligation étroite et indispensable par le lien de laquelle nous sommes attachés à Dieu, et c'est de là même que vient le mot de religion. Il ne vient pas du verbe relegere comme Cicéron l'a prétendu dans les livres de la Nature des dieux, où il parle de cette sorte : « Ce ne sont pas seulement les philosophes qui ont mis une grande différence entre la superstition et la religion, ce sont généralement tous les anciens. On a appelé superstitieux ceux qui passent des jours entiers à faire des prières et à offrir des sacrifices pour obtenir que leurs enfants leur survivent. On appelle religieux ceux qui relisent et repassent dans leur esprit ce qui regarde le culte des dieux. On a fait le nom de religieux du verbe relegere, comme on a fait celui d'élégant du verbe eligere, celui de déligent du verbe deligere, celui d'intelligent du verbe intelligere. Tous ces mots sont sortis du verbe legere, comme de leur racine. Ainsi l'usage a voulu que l'on ait introduit les noms de superstitieux et de religieux, dont l'un ne

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distantia est. Quid enim mihi afferet causae, cur precari pro salute filiorum semel, religiosi, et idem decies facere, superstitiosi esse hominis arbitretur? Si enim semel facere optimum est, quanto magis saepius? Si hora prima; ergo et tota die. Si una hostia placabilis, placabiliores utique hostiae plurimae, quia multiplicata obsequia demerentur potius quam offendunt. Non enim nobis odiosi videntur ii famuli, qui assidui et frequentes ad obsequium fuerint, sed magis chari. Cur igitur sit in culpa, et nomen reprehensibile suscipiat, qui aut filios suos magis diligit, aut deos magis honorat, laudetur autem qui minus? Quod argumentum etiam ex contrario valet. Si enim totos dies precari et immolare criminis est; ergo et semel. Si superstites filios subinde optare vitiosum est, superstitiosus igitur est et ille, qui etiam raro id optaverit. Aut cur vitii nomen, si ex eo tractum, quo nihil honestius, nihil justius optari potest? Nam quod, ait religiosos a relegendo appellatos, qui retractent ea diligenter, quae ad cultum deorum pertineant, cur ergo illi, qui hoc saepe in die faciant, religiosorum nomen amittant; cum multo utique diligentius ex assiduitate ipsa relegant ea, quibus dii coluntur? Quid ergo est? Nimirum religio veri cultus est, superstitio falsi. Et omnino quid colas interest, non quemadmodum colas, aut quid precere. Sed quia deorum cultores religiosos se putant, cum sint superstitiosi, nec religionem possunt a superstitione discernere, nec

marque qu'un vice et l'autre exprime une vertu. » Les choses mêmes dont Cicéron parle en cet endroit font voir clairement combien cette étymologie et cette explication sont ineptes. La superstition et la religion ont, selon son sentiment, le même objet, qui est de rendre aux dieux le culte qui leur est dû ; et ainsi il n'y a point de différence, ou il y en a peu. Quelle raison m'apporterait-il pour montrer que ce soit un acte de religion de prier une fois les dieux pour la conservation de la vie des enfants, et que ce soit un acte de superstition de prier dix fois pour le même sujet? Si c'est bien fait de prier une fois pour obtenir cette grâce, c'est encore mieux fait de prier plusieurs fois. Si c'est bien fait de prier une heure, c'est encore mieux fait de prier tout le jour; si une victime apaisé la colère des dieux et les rend favorables, plusieurs victimes les rendront encore plus favorables : des vœux redoublés plaisent plutôt qu'ils n'offensent ; bien loin de haïr les serviteurs qui sont assidus à leur devoir, on les aime. Quelle raison y aurait-il de blâmer ceux qui chérissent plus tendrement leurs enfants que ne font les autres, et ceux qui rendent aux dieux des devoirs plus fréquents, et de louer ceux qui tiennent une conduite différente ? On peut encore proposer le même argument de cette sorte : si c'est un crime d'employer tout le jour à faire des prières et à offrir des sacrifices, c'en est un d'y employer un seul moment ; si c'est une superstition de demander

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significantiam nominum exprimere, diximus nomen Religionis a vinculo pietatis esse deductum, quod hominem sibi Deus religaverit, et pietate constrinxerit; quia servire nos ei ut domino, et obsequi ut patri necesse est. Melius ergo id nomen Lucretius interpretatus est, qui ait, religionum se nodos exsolvere. Superstitiosi autem vocantur, non qui filios suos superstites optant (omnes enim optamus;) sed aut ii, qui superstitem memoriam defunctorum colunt, aut qui parentibus suis superstites, colebant imagines eorum domi tanquam deos penates. Nam qui novos sibi ritus assumebant, ut deorum vice mortuos honorarent, quos ex hominibus in coelum receptos putabant, hos superstitiosos vocabant. Eos vero, qui publicos et antiquos deos colerent, reliogiosos nominabant. Unde Virgilius:

Vana superstitio, veterumque ignara deorum. Sed cum veteres quoque deos inveniamus eodem modo consecratos esse post obitum; superstitiosi ergo qui multos ac falsos deos colunt. Nos autem religiosi, qui uni et vero Deo supplicamus.

souvent que vos enfants vous survivent, c'en est une de le demander rarement. Mais pourquoi donne-t-on le nom de religieux à ceux qui relisent et qui étudient ce qui concerne le culte des

dieux? Ceux qui le relisent plusieurs fois en un seul jour, et avec plus de soin et plus d'application que les autres, doivent-ils perdre ce nom? où est donc

la différence? La différence est en ce que la religion

a la vérité pour objet, au lieu que la

superstition n'a pour objet que la fausseté et le mensonge : il importe davantage de savoir ce que vous adorez, que d'examiner la manière dont vous l'adorez. Ceux qui adorent les dieux croient avoir de la religion, bien qu'ils n'aient que de la superstition : leur erreur procède de ce qu'ils ne connaissent pas la force de ces deux termes, et qu'ils ne savent pas la différence des choses qu'ils signifient. Le

nom de religion vient du lien dont nous sommes attachés à Dieu : la piété nous

tient comme liés à lui, et nous oblige à

le servir comme notre maître et de lui

obéir comme à notre père. Lucrèce l'a mieux expliqué, quand il a dit qu'il dénouait les nœuds de la religion. Les superstitieux sont ceux non qui souhaitent que leurs enfants leur survivent, car tous les pères le souhaitent, mais ceux qui révèrent la mémoire des morts, et ceux qui ayant survécu à leurs parents gardent leurs

images dans leurs maisons et les vénèrent comme des dieux domestiques

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CAPUT XXIX. De religione christiana, et de Jesu cum Patre conjunctione. Fortasse quaerat aliquis, quomodo, cum Deum nos unum colere dicamus, duos tamen esse asseveremus, Deum Patrem et Deum Filium: quae asseveratio plerosque in maximum impegit errorem. Quibus cum probabilia videantur esse, quae dicimus, in hoc uno labare nos arbitrantur, quod et alterum, et mortalem Deum fateamur. De mortalitate jam diximus: nunc de unitate doceamus. Cum dicimus Deum Patrem, et Deum Filium, non diversum dicimus, nec utrumque secernimus; quia nec Pater sine Filio esse potest, nec Filius a Patre secerni, si quidem nec Pater sine

» Ceux qui ont inventé de nouvelles cérémonies en l'honneur des hommes qu'ils s'imaginaient avoir été reçus dans le ciel et admis au rang des dieux, ont été appelés superstitieux, au lieu que cent qui conservaient le culte qui avait été introduit par l'antiquité et autorisé par l'usage public étaient appelés reli- gieux ; c'est pour cela que Virgile a dit que La vaine superstition ne connaît point les anciens dieux. Les plus anciens d'entre les dieux n'ayant été consacrés que depuis leur mort, ceux qui les adorent sont des superstitieux, et il n'y a que nous, qui servons l'unique et le véritable Dieu, qui nous acquittons des devoirs de la religion et de la piété.

XXIX.

Quelqu'un demandera peut-être en cet endroit, d'où vient que, n'adorant qu'an seul Dieu, nous ne laissons pas de dire qu'il y en a deux ; savoir, le père et le fils. Cette difficulté a extrêmement embarrassé plusieurs personnes qui, trouvant fort probable le reste de notre doctrine, se persuadent que nous nous trompons, en ce que nous confessons d'un doté que Dieu est éternel et de l'autre qu'il est mort. J'ai assez parlé de la mort du Sauveur; je dirai maintenant quelque chose de l'unité de Dieu. Quand nous disons que le père est Dieu et que le Fils est Dieu, nous ne les séparons point, et nous n'admettons point deux dieux. Le père ne saurait être sans le fils,

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Filio nuncupari, nec Filius potest sine Patre generari. Cum igitur et Pater Filium faciat, et Filius Patrem, una utrique mens, unus spiritus, una substantia est:

sed ille quasi exuberans fons est, hic tamquam defluens ex eo rivus; ille tamquam sol, hic quasi radius a sole porrectus. Qui quoniam summo Patri et fidelis, et carus est, non separatur: sicut nec rivus a fonte, nec radius a sole; quia et aqua fontis in rivo est, et solis lumen in radio: aeque nec vox ab ore sejungi, nec virtus, aut manus a corpore divelli potest. Cum igitur a prophetis idem manus Dei, et virtus, et sermo dicatur, utique nulla discretio est; quia et lingua sermonis ministra, et manus in qua est virtus, individuae sunt corporis portiones. Propiore uti exemplo libet. Cum quis habet filium, quem unice diligit; qui tamen sit in domo, et in manu patris, licet ei nomen domini potestatemque concedat, civili tamen jure et domus una, et unus dominus nominatur. Sic hic mundus una Dei domus est; et Filius ac Pater, qui unanimes incolunt mundum, Deus unus, quia et unus est tamquam duo, et duo tamquam unus. Neque id mirum, cum et Filius sit in Patre, quia Pater diligit Filium, et Pater in Filio, quia voluntati Patris fideliter paret, nec unquam, faciat aut fecerit, nisi quod Pater aut voluit, aut jussit. Denique unum Deum esse tam patrem, quam filium, Esaias in illo exemplo, quod superius posuimus, ostendit, cum diceret: Adorabunt te, et in te

ni le fils sans le père. Le père et le fils ont un rapport réciproque ensemble. Le père est le principe du fils, et le fils est le terme du père. Ils n'ont tous deux qu'une âme, qu'un esprit et qu'une substance. Le père est connue une fontaine qui répand ses eaux avec abondance, le fils est comme un ruisseau qui en coule. Le père est comme le soleil, et le fils comme rayon. Le fils est fidèle à son père et est chéri de lui, et n'en peut non plus être séparé que ruisseau de la source, que le rayon du soleil, que la voix de la bouche, que la main du corps. Le fils est appelé par les prophètes la main du père, sa forme, sa parole. Il ne peut donc être séparé de lui, parce que c'est de la bouche que sort la parole, et que c'est de la main que vient là force. On peut se servir encore d'un autre exemple, qui est plus familier et plus propre à exprimer cette pensée. Quand un père a dans sa maison et sous sa puissance un fils qu'il chérit uniquement, on ne reconnaît, selon la disposition du droit civil, qu'une maison et qu'un maître. Le monde est la maison de Dieu. Le père et le fils qui y habitent ne sont qu'un, lis sont l’un l'autre. Le père est dans le fils, parce que le fils obéit si fidèlement à la volonté du père, qu'il n'a jamais rien fait que ce qu'il lui a commandé. Le fils est dans le père, parce qu'il est aimé de lui. Je vous prouve, par l'exemple que j'ai rappelé ci- dessus, que le père et le fils ne sont qu'un Dieu, quand il dit : « Ils se prosternèrent devant vous, et ils vous

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precabuntur, quoniam in te Deus est; et non est alius Deus praeter te. Sed et alio loco similiter ait: Sic dicit Deus rex Israel; et qui eruit eum Deus aeternus:

Ego primus, et ego novissimus; et praeter me non est Deus. Cum duas Personas proposuisset, Dei regis, id est, Christi; et Dei Patris, qui eum post passionem ab inferis excitavit, sicut ostendisse diximus Oseam prophetam, qui ait: Et de manu inferorum eruam eum: tamen ad utramque Personam referens, intulit, Et praeter me non est Deus, cum posset dicere praeter nos:

sed fas non erat plurali numero separationem tantae necessitudinis fieri. Unus est enim solus, liber, Deus summus, carens origine, quia ipse est origo rerum; et in eo simul et Filius, et omnia continentur. Quapropter cum mens et voluntas alterius in altero sit, vel potius una in utroque, merito unus Deus uterque appellatur, quia quidquid est in Patre, ad Filium transfluit, et quidquid in Filio, a Patre descendit. Non potest igitur ille summus, ac singularis Deus nisi per Filium coli. Qui solum Patrem se colere putat, sicut Filium non colit, ita ne Patrem quidem. Qui autem Filium suscipit, et nomen ejus gerit, is vero cum Filio simul et Patrem colit, quoniam legatus, et nuntius, et sacerdos summi Patris est Filius. Hic templi maximi janua est, hic lucis via, hic dux salutis, hic ostium vitae.

prièrent avec soumission ; et ils dirent :

il n'y a de Dieu que parmi vous, et il n'y

a point d'autre Dieu que le vôtre. » Il dit

encore en un autre endroit « Voici ce que dit le Seigneur, le roi d'Israël, et son rédempteur le seigneur des années : Je suis le premier et le dernier, et il n'y a de Dieu que moi seul. » Après que ce prophète a proposé deux personnes, savoir : Dieu qu'il appelle roi, c'est-à- dire Jésus-Christ, et Dieu qu'il appelle le Père, qui a tiré son fils des enfers, comme Osée le témoigne par ces paroles: a Je l'arracherai d'entre les

mains de l'enfer; » il conclut au singulier.

« Il n'y a point d'autre Dieu que moi, »

et ne conclut pas au pluriel en disant : «

Il n'y a point d'autres dieux que nous, »

parce qu'il n'est pas permis de faire cette différence ni cette séparation. Il n'y a qu'un Dieu, qui est libre, indépendant, souverain et éternel, qui n'a point d'origine, qui est l'origine de toutes

choses, et qui comprend et son fils et toutes choses. L'esprit et la volonté de

l'un, sont l'esprit et la volonté de l'autre

; ou plutôt le même esprit et la même

volonté sont dans l'un et dans l'autre, et tous deux ensemble ne sont qu'un Dieu, parce que le père n'a rien qu'il ne communique a son fils, et que le fils n'a rien qu'il ne rapporte à son père. Le père ne peut être adoré ni honoré qu'au nom du fils. Quiconque se propose de n'adorer que le père, n'adore ni l'un ni l'autre. Mais quiconque adore le fils,

adore aussi le père, parce que le fils est l'ambassadeur du père, la porte du

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CAPUT XXX. De Haeresibus et Superstitionibus vitandis, et quae sit sola et vera Ecclesia Catholica. Sed quoniam multae haereses extiterunt, et instinctibus daemonum populus Dei scissus est: determinanda est nobis veritas breviter, et in suo proprio domicilio collocanda; ut si quis aquam vitae cupiet haurire, non ad detritos lacus deferatur, qui non habent venam, sed uberrimum Dei noverit fontem, quo irrigatus perenni luce potiatur. Ante omnia scire nos convenit, et ipsum, et legatos ejus praedixisse, quod plurimae sectae et haereses haberent existere, quae concordiam sancti corporis rumperent, ac monuisse, ut summa prudentia caveremus, ne quando in laqueos et fraudes illius adversarii nostri, cum quo nos Deus luctari voluit, incideremus. Tum dedisse certa mandata, quae in perpetuum custodire deberemus: quorum plerique immemores, deserto itinere coelesti, vias sibi devias per anfractus et praecipitia condiderunt; per quas partem plebis incautam et simplicem, ad tenebras mortemque deducerent: quod quatenus acciderit, exponam. Fuerunt quidam nostrorum vel minus stabilita fide, vel minus docti, vel minus cauti, qui discidium facerent unitatis, et Ecclesiam dissiparent. Sed ii, quorum fides fuit lubrica, cum Deum nosse se et colere

temple, le chemin de la lumière, le guide du salut, l'entrée de la vie.

XXX.

Comme il y a des erreurs et des hérésies et que la malice du démon a mis la division parmi le peuple de Dieu, il est à propos de décrire en peu de paroles le lieu où se trouve In vérité, afin que ceux qui désirent boire de l'eau qui donne la vie éternelle, la puisent dans la source qui est Dieu même, au lieu de la puiser dans des lacs où elle ne conserve point sa pureté. Il faut savoir avant toutes choses, que le Sauveur et les apôtres ont prédit qu'il s'élèverait des sectes et des hérésies, qui rompraient l'union du corps des fidèles, et nous ont avertis d'éviter les pièges que nous dresse l'ennemi contre lequel nous sommes obligés de combattre, sans nous laisser jamais tromper par ses ruses. Plusieurs, au lieu de suivre ces avis si salutaires, ont pris des chemins écartés et bordés de précipices où ils ont traîné une foule de personnes simples et ignorantes jusqu'à la mort éternelle. Les ailleurs d'une si funeste division ont été des hommes qui, n'étant pas assez fermes dans leur foi, assez solides dans leur doctrine, assez prudents dans leur conduite, ont brûlé d'un désir ardent de posséder des richesses, et de jouir des honneurs, et ont porté leur ambition sacrilège jusqu'à la dignité la plus sacrée, qui est celle du sacerdoce ; en ayant été exclus par d'autres qui en étaient plus dignes qu'eux, ils ont mieux aimé se retirer

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simularent, augendis opibus et honori studentes, affectabant maximum sacerdotium, et a potioribus victi, secedere cum suffragatoribus suis maluerunt, quam eos ferre praepositos, quibus concupierant ipsi ante praeponi. Quidam vero non satis coelestibus litteris eruditi, cum veritatis accusatoribus respondere non possent, objicientibus vel impossibile, vel incongruens esse, ut Deus in uterum mulieris includeretur, nec coelestem illam majestatem ad tantam infirmitatem potuisse deduci, ut hominibus contemptui, derisui, contumeliae et ludibrio esset, postremo etiam cruciamenta perferret, atque excecrabili patibulo figeretur: quae omnia cum neque ingenio, neque doctrina defendere ac refutare possent (nec enim vim rationemque penitus pervidebant), depravati sunt ab itinere recto et coelestes litteras corruperunt, ut novam sibi doctrinam sine ulla radice ac stabilitate componerent. Nonnulli autem falsorum prophetarum vaticinio illecti, de quibus, et veri prophetae, et ipse praedixerat, exciderunt a doctrina Dei, et traditionem veram reliquerunt. Sed illi omnes daemoniacis fraudibus irretiti, quas prospicere et cavere debuerant, divinum nomen et cultum per imprudentiam perdideruat. Cum enim Phryges, aut Novatiani, aut Valentiniani, aut Marcionitae, aut Anthropiani, aut Ariani, seu quilibet alii nominantur, christiani esse desierunt, qui Christi nomine amisso, humana et externa

avec ceux de leur parti que de se soumettre a ceux qui leur avaient été préférés. D'autres n'étant pas assez instruits de la science de l'Église, pour répondre aux ennemis de la vérité qui leur objectaient qu'il était impossible qu'un Dieu se fût enfermé dans le sein d'une femme, qu'il se fût exposé au mépris, aux railleries, et aux outrages, qu'il eût souffert les tourments les plus cruels et la mort la plus infâme, et que toutes ces faiblesses et ces misères ne convenaient nullement à l'excellence ni à la grandeur de sa nature; et n'ayant jamais compris les véritables raisons de ces mystères, ils se sont éloignés du bon chemin, ont corrompu l'Écriture, et ont inventé une doctrine qui n'a aucun fondement. Quelques-uns, trompés par de faux prophètes, selon que les véritables prophètes l'avaient prédit, ont renoncé à la doctrine du Sauveur et à la tradition de son Église. Toutes ces personnes étant malheureusement tombées dans les pièges du démon, qu'elles devaient éviter, ont perdu le nom de chrétiens. En effet, quand on les appelle phrygiens, novatiens, valentiniens, marcionites, anthropiens, ariens, ou de tout autre nom particulier autre que celui de chrétiens, on marque très clairement qu'ils sont retranchés de la société des fidèles. Il n'y a qu'une Église catholique qui conserve le vrai culte:

c'est la source de la vérité, le domicile de la foi, le temple de Dieu, où quiconque n'entrera pas, et d'où

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vocabula induerunt. Sola igitur catholica Ecclesia est, quae verum cultum retinet. Hic est fons veritatis, hoc domicilium fidei, hoc templum Dei, quo si quis non intraverit, vel a quo si quis exiverit, a spe vitae ac salutis aeternae alienus est. Neminem sibi oportet pertinaci concertatione blandiri. Agitur enim de vita et salute: cui nisi caute ac diligenter consulatur, amissa et extincta erit. Sed tamen quia singuli quique coetus haereticorum se potissimum Christianos, et suam esse Catholicam Ecclesiam putant, sciendum est illam esse veram, in qua est confessio et poenitentia, quae peccata et vulnera, quibus subjecta est imbecillitas carnis, salubriter curat. Haec interim paucis admonendi gratia retuli, ne quis errorem fugere cupiens, majori implicetur errore, dum penetrale veritatis ignorat. Postea plenius et uberius contra omnes mendaciorum sectas proprio separatoque opere pugnabimus. Sequitur, ut, quoniam satis de religione vera et sapientia locuti sumus, in proximo libro de justitia disseramus.

quiconque sortira sera privé de l'espérance du salut éternel. Que personne ne se flatte dans l'opiniâtreté avec laquelle il soutient ses sentiments. Il s'agit de la vie éternelle et du salut, on ne saurait avoir trop de soin de les conserver. Il n'y a point cependant d'assemblée hérétique, qui ne donne à ceux qui la composent la qualité de chrétien, et qui ne croie être l'Église catholique. La véritable est celle où se trouve la confession et la pénitence, par laquelle les péchés, qui sont les blessures de l'âme, sont guéris. J'ai bien voulu donner cet avis, comme en passant, et pour que ceux qui souhaitent d'éviter l'erreur n'y tombent pas par ignorance. Je réfuterai plus au long et dans la suite les mensonges et les impostures de toutes les sectes. Maintenant, après avoir parlé de la véritable religion et de la véritable sagesse, je m'en vais parler de la justice.

judicavit?

judicavit

[1] Ovide, Métamorphoses, livre I. [2] Lucrèce, De la nature des choses, livre VI, v. 51. [3] Lucrèce, De la nature des choses, livre V, v. 1197. [4] Cicéron, De la nature des Dieux, livre I.

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