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Methodos

Savoirs et textes
12 | 2012
Un siècle de chimie à l'Académie royale des sciences

De Husserl à Sartre. La structure intentionnelle de


l’image dans L’Imagination et L’Imaginaire
Vincent de Coorebyter

Édition électronique
URL : http://journals.openedition.org/methodos/2971
DOI : 10.4000/methodos.2971
ISBN : 978-2-8218-1231-4
ISSN : 1769-7379

Éditeur
Savoirs textes langage - UMR 8163

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Référence électronique
Vincent de Coorebyter, « De Husserl à Sartre. La structure intentionnelle de l’image dans L’Imagination
et L’Imaginaire », Methodos [En ligne], 12 | 2012, mis en ligne le 28 mars 2012, consulté le 28 juin 2018.
URL : http://journals.openedition.org/methodos/2971 ; DOI : 10.4000/methodos.2971

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De Husserl à Sartre. La structure intentionnelle de l’image dans L’Imaginatio... 1

De Husserl à Sartre. La structure


intentionnelle de l’image dans
L’Imagination et L’Imaginaire
Vincent de Coorebyter

NOTE DE L’ÉDITEUR
Cet article reprend la substance d’une communication présentée à la journée d’étude
« Autour de L’Imaginaire de Jean-Paul Sartre : phénoménologie, esthétique, littérature »
organisée par l’UMR « Savoirs, textes, langage » (STL) à Université de Lille 3, le 10 février
2011.

1 L’objet de cet exposéest à la fois très modeste et assez difficile.


2 Très modeste, car nous nous focaliserons sur deux textes seulement. D’une part, le
dernier chapitre de L’Imagination, dont le titre est « Husserl » ; d’autre part, ce que l’on
peut considérer comme étant le premier chapitre de L’Imaginaire, à savoir la première
section (« Description ») de la première partie de L’Imaginaire, qui est intitulée à la fois
« Le certain » et « Structure intentionnelle de l’image ». En outre, pour resserrer encore
davantage notre propos, nous centrerons l’analyse de ces chapitres de Sartre sur un seul
thème : la manière dont Sartre comprend, exploite et dépasse la théorie husserlienne de
l’image.
3 Ce propos aux contours très modestes conduit à des questions assez difficiles. D’abord
parce qu’il n’existe pas, dans les cinq livres de Husserl travaillés par Sartre 1, de doctrine
dûment développée de l’image : on a plutôt affaire à un patchwork de suggestions dont la
cohérence est réelle, mais qui ne se laissent pas aisément synthétiser. Ensuite, et surtout,
parce qu’on ne peut pas tenir pour acquis que Sartre entretient le même rapport à l’égard
de Husserl dans l’un et l’autre texte, quoi qu’on en dise généralement.

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4 Nous devons nous expliquer sur ce dernier point, car il pourrait apparaître comme un
faux problème. On sait en effet, depuis la publication des Ecrits de Sartre de Michel Contat
et Michel Rybalka en 1970, que L’Imagination et L’Imaginaire constituaient, à l’origine, un
seul et même ouvrage. Henri Delacroix, qui avait dirigé le diplôme d’études supérieures
de Sartre intitulé « L’image dans la vie psychologique : rôle et nature » (1927), avait invité
Sartre à rédiger un livre sur le thème de l’image. De cet ouvrage volumineux, l’éditeur,
Félix Alcan, n’a retenu que la partie historique, qui paraîtra en 1936 sous le titre
L’Imagination, tandis que la suite, plus personnelle, paraîtra en 1940 sous le titre
L’Imaginaire, avec une conclusion rédigée peu avant la publication.
5 Le premier chapitre de L’Imaginaire constitue donc, en théorie du moins, la suite
immédiate du dernier chapitre de L’Imagination, ce qu’attestent d’ailleurs les textes eux-
mêmes. Le chapitre consacré à Husserl dans L’Imagination s’achève en effet sur la
nécessité, « avant tout », « d’acquérir une vue intuitive de la structure intentionnelle de
l’image », et de commencer le réexamen de la question de l’image en repartant « de
zéro », c’est-à-dire « par la description éidétique »2. La dernière page de L’Imagination3
annonce ainsi le programme exact du début de L’Imaginaire, au point que les derniers
mots du premier ouvrage (« la voie est libre pour une psychologie phénoménologique de
l’image4 ») correspondent presque littéralement au sous-titre du second (« Psychologie
phénoménologique de l’imagination »). Sartre entame ainsi L’Imaginaire en se donnant pour
objectif d’établir dans le détail la thèse sur laquelle avait débouché L’Imagination en
s’appuyant sur les Ideen I de Husserl : l’image possède une structure intentionnelle, et ne
constitue donc, au rebours de la psychologie pré-husserlienne longuement réfutée dans
L’Imagination, ni une pensée confuse ni une sensation affaiblie. L’image n’est pas un
contenu inerte de conscience : c’est un acte et non une chose, écrivait Sartre dans
L’Imagination5 — un acte dont la portée est livrée par la première phrase de L’Imaginaire, à
savoir que l’imagination constitue « la grande fonction “irréalisante” de la conscience 6 ».
6 Pourtant, la continuité des deux textes sur le fond est loin de sauter aux yeux, et
singulièrement quant au sort réservé à Husserl.
7 Pour bien comprendre en quoi ce constat devrait interpeller, il faut se rappeler que, après
une analyse dévastatrice des théories de l’image qui se sont succédé depuis le XVII e siècle,
Husserl bénéficie d’un traitement d’exception à la fin de L’Imagination. C’est le seul auteur
qui fasse l’objet d’un chapitre entier, dont le titre se borne à l’énoncé de son nom. Les
Ideen I, ou Idées directrices pour une phénoménologie, y sont présentées d’entrée de jeu
comme « le grand événement de la philosophie d’avant-guerre7 », ce qui permet de
ménager une place, le cas échéant, à Sein und Zeit pour l’entre-deux-guerres, mais qui
relègue en tout cas le bergsonisme au second rang, alors que l’on sait que Sartre est entré
en philosophie à la lecture de Bergson. L’œuvre de Husserl est appelée, précise encore
L’Imagination, « à bouleverser la psychologie » « autant que la philosophie »8 : on a
rarement vu un penseur rendre un hommage aussi lyrique à l’un de ses devanciers,
hommage que Sartre détaille longuement.
8 Certes, le chapitre consacré à Husserl dans L’Imagination s’achève sur un ton plus critique.
Mais l’examen des « obscurités9 » que Husserl n’aurait pas dissipées se limite à deux
thèmes seulement : d’une part, il manque chez Husserl « une description d’essence » qui
permette de comprendre « de quelle nature est l’intention de l’image » et en quoi elle
diffère « de celle de la perception »10 ; d’autre part, Husserl laisse « sans solution » « un
problème essentiel », à savoir celui de la matière de l’image mentale11.

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9 Ces deux réserves ne sont assurément pas négligeables, puisque la première vise
l’intention imageante, et la seconde, la matière de l’image mentale : Sartre confirme ce
qu’il avait annoncé en début de chapitre, à savoir que les remarques de Husserl sur
l’image, qui ont été faites « en passant », « demandent à être approfondies et
complétées »12. Mais l’hommage rendu à Husserl en 1936 est tellement vibrant qu’on
s’attend à voir L’Imaginaire s’inscrire dans les pas de Husserl, remplir en quelque sorte les
blancs de cette « théorie des images entièrement neuve » dont « les bases », selon
L’Imagination, figuraient déjà dans les Ideen13.
10 Or, le lecteur qui passe de L’Imagination à L’Imaginaire ne peut qu’être surpris : le second
ouvrage ne cite Husserl qu’à sept reprises en tout et pour tout, et il le fait, une fois sur
deux, de manière critique. En outre, le nom de Husserl n’apparaît pas une seule fois dans le
chapitre qui nous retiendra ici, à savoir dans la description de la structure intentionnelle
de l’image : ce premier chapitre de l’ouvrage établit les quatre caractéristiques éidétiques
de l’image sans citer Husserl, et sans même y faire allusion. Ni l’exposé de la méthode (qui
ouvre le chapitre) ni celui de la doctrine ne se réfèrent à Husserl, Sartre se bornant à
annoncer, à la fin de son exposé méthodologique, et en termes très vagues, qu’il va
d’abord « tenter une “phénoménologie” de l’image14 » — le terme de phénoménologie
étant mis entre guillemets, comme si Sartre comptait en faire un usage impropre, voire
subversif.
11 Husserl s’efface donc pratiquement dans L’Imaginaire, et cette rupture est d’autant plus
troublante que, comme nous l’avons rappelé, cet ouvrage constitue la seconde partie d’un
livre plus ample intitulé L’Image, dont les éditions Alcan ont retenu la première partie
pour la publier en 1936 sous le titre de L’Imagination, tandis que L’Imaginaire sera élaboré
« par la suite en reprenant la partie rejetée par Alcan15 ». Les deux ouvrages devraient
donc présenter une parfaite continuité, ce qui rend d’autant plus frappant le hiatus qui
apparaît entre eux à propos de Husserl. On peut dès lors s’étonner que ce hiatus n’ait pas
davantage retenu l’attention, alors que, depuis la parution des Carnets de la drôle de guerre
en 1983, nous savons que Sartre en était conscient. Sartre y note en effet, à propos de
Husserl : « J’écrivis tout un livre (moins les derniers chapitres) sous son inspiration :
L’Imaginaire. Contre lui, à vrai dire, mais tout autant qu’un disciple peut écrire contre son
maître16. »
12 On pourrait bien entendu supposer que, entre la publication de L’Imagination et celle de
L’Imaginaire, Sartre a eu tout le temps d’approfondir sa réflexion et de changer d’avis sur
les apports de Husserl. De fait, selon Contat et Rybalka, L’Imaginaire constitue une version
« largement remaniée17 » du texte non retenu par les éditions Alcan en 1936. Mais il serait
trop simple de tout attribuer à l’écart de quatre ans qui sépare la publication des deux
ouvrages : concernant le texte qui nous occupe, l’écart n’est en réalité que deux ans au
grand maximum, et ne suffit donc pas à expliquer le contraste apparent avec le dernier
chapitre de L’Imagination. La première partie de L’Imaginaire, en effet, avait été publiée dès
octobre 1938 dans la Revue de métaphysique et de morale, et ce, déjà sous le titre de
« Structure intentionnelle de l’image18 » que Sartre reprendra tel quel pour baptiser la
première partie de L’Imaginaire. Les deux textes étant identiques à quelques détails près
(un alinéa d’introduction modifié, des croquis et un sous-titre ajoutés dans le volume et
des coquilles variant d’une version à l’autre), ils rendent encore plus profonde — puisque
plus précoce, attestée dès 1938 — la rupture de continuité entre L’Imagination et
L’Imaginaire à propos de Husserl.

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13 Dès lors, on ne peut que poser une hypothèse radicale : à savoir que Sartre, dès le départ,
dès la reconnaissance de dette à l’égard de Husserl dans L’Imagination, était en désaccord
profond avec ce dernier sur la théorie de l’image, désaccord qui explique le voile jeté sur
Husserl dans le premier chapitre de L’Imaginaire. Si cette hypothèse radicale est exacte, le
premier chapitre de L’Imaginaire doit donc se laisser lire, non comme un prolongement de
Husserl, mais comme une théorie concurrente, voire, sur des points majeurs, comme une
théorie adverse, l’opposition entre les deux auteurs devant affleurer, paradoxalement,
dans l’hommage appuyé rendu à Husserl à la fin de L’Imagination.
14 Il n’est pas possible d’exposer ici, successivement, la théorie de Husserl, celle de
L’Imagination et celle de L’Imaginaire, et de les comparer entre elles19. Nous devrons nous
borner à évoquer rapidement, de manière assez dogmatique, les éléments les plus
saillants de la doctrine sartrienne, et de faire ressortir ce qu’ils reprennent et ce qu’ils
contestent chez Husserl, en laissant au lecteur le soin de revenir aux textes pour vérifier
ce que nous aurons pu avancer.
15 A strictement parler, la dette de Sartre à l’égard de Husserl se limite, sur la question de
l’image, à trois points seulement.
16 1/ La première dette, fortement marquée dans L’Imagination — mais occultée dans
L’Imaginaire —, concerne l’unification opérée par Husserl entre deux domaines laissés
disjoints jusque-là, à savoir entre l’image mentale et l’image physique, entre l’imagination
libre, sans support externe, et la visée imageante appuyée sur un support physique tel
qu’une photo, un dessin, une sculpture... L’Imagination rend un vibrant hommage au fait
que Husserl a été le premier à percevoir la structure commune à ce que Sartre appellera,
dans L’Imaginaire20, « la famille de l’image », l’ensemble enfin unifié de tous les types
d’image.
17 Nous n’insisterons pas davantage sur ce point, car il est développé par Sartre dans la
section de L’Imaginaire qui suit celle qui nous intéresse. Mais il faut souligner que cette
première dette est très étroitement liée à la deuxième et à la troisième dette, et en est
même inséparable.
18 2/ Dire qu’il en va de l’image mentale comme de l’image physique revient en effet à dire
que, dans l’un et l’autre cas, l’image est un analogon au travers duquel nous visons l’objet
posé en image. Nous tenons ici la deuxième dette de Sartre à l’égard de Husserl : ce
dernier est l’inventeur de la notion d’analogon dont Sartre fera un usage massif dans
L’Imaginaire et dans des livres plus tardifs.
19 3/ Cette deuxième dette, à son tour, conduit d’elle-même à la troisième : du simple fait
d’avoir reconnu un analogon à l’œuvre dans l’image mentale comme dans l’image
physique, la question du statut de l’image mentale est réglée : il suffit de suivre le
parallèle entre les deux types d’image pour déboucher sur la thèse, cruciale aux yeux de
Sartre, du caractère intentionnel de l’imagination. Lorsqu’il s’agit de l’imagination à
support physique — lorsque, par exemple, nous nous représentons Napoléon à l’aide d’un
buste de l’empereur —, il n’y a pas de doute sur le caractère intentionnel de l’acte
imageant : le buste qui sert d’analogon est extérieur à la conscience, et il sous-tend la visée
d’un objet lui-même extérieur à la conscience, à savoir Napoléon en personne. Or il en va
de même, souligne Husserl, lorsque l’analogon est purement mental, psychique. L’image
que je peux former d’un oiseau en son absence n’est pas un double de l’oiseau, un portrait
ou un tableau qui serait dans ma conscience et que je contemplerais pour lui-même : par
son analogon, je vise l’oiseau en plein vol, en plein ciel ; tout autant que l’image physique,

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l’image mentale m’envoie hors de moi, au cœur des choses. Comme le dit Husserl dans les
Recherches logiques : « L’expression simpliste d’images internes (par opposition aux objets
extérieurs) ne doit pas être tolérée dans la psychologie descriptive (ni a fortiori dans la
phénoménologie pure)21. » Même mentale, l’image est un acte de visée de ce dont elle est
image.
20 On peut même ajouter, avec Sartre, que le caractère intentionnel de l’imagination est plus
manifeste encore, plus pur en quelque sorte, dans le cas de l’imagination libre ou mentale
— alors que, dans la tradition philosophique, c’est au contraire l’existence d’images
mentales qui a pu conduire à identifier les sensations des objets perçus autour de nous à
des images de ces objets en nous, avec l’effondrement de l’intentionnalité qui en a résulté.
Dans L’Imagination, Sartre cite longuement la réponse de Husserl à l’objection mortelle qui
découle de la tradition : quand nous imaginons un centaure jouant de la flûte, fiction que
nous formons librement, ce centaure n’est-il pas un assemblage de représentations en
nous, une image strictement mentale ? A quoi Husserl répond que, bien entendu, le
centaure est une pure invention de l’esprit, mais qu’il n’est pas pour autant dans l’esprit :
« Le centaure lui-même n’est (…) rien de psychique, il n’existe ni dans l’âme ni dans la
conscience, ni nulle part ; il n’existe pas du tout, il est tout entier invention » — et l’on ne
peut pas confondre l’acte psychique de l’invention « avec ce qui, par elle, a été inventé comme
tel »22. Remarque profonde, dont Sartre a compris toute la portée. Alors que le
psychologisme profite de l’existence d’images sans répondant réel pour « laisser [les]
êtres mythiques à leur néant et (…) ne tenir compte que des contenus psychiques », Sartre
souligne que, grâce à Husserl, il est possible de renverser l’argument du centaure :
« Néant tant qu’on voudra : mais par cela même il n’est pas dans la conscience » 23.
Précisément parce que le centaure est un être fictif, il n’est certainement pas un contenu
psychique : un néant ne peut pas exister, même sous forme d’image ; il peut seulement
être visé en tant que fictif, de sorte que Husserl « restitue au centaure sa transcendance au
sein même de son néant24 ».
21 L’hommage ainsi rendu à Husserl est spectaculaire, mais il enveloppe, en lui-même, une
série de ruptures radicales. Recourir de manière privilégiée à des êtres fictifs, comme le
fait Sartre, pour démontrer l’intentionnalité de l’imagination revient à affirmer que
l’imagination et la perception sont parallèles, mais aussi à creuser un gouffre entre elles,
un gouffre qui oppose Sartre à Husserl.
22 Le parallélisme entre imagination et perception correspond à la première des quatre
caractéristiques de l’image détaillées au premier chapitre de L’Imaginaire. La perception et
l’imagination sont simplement deux manières différentes de viser un même objet, deux
actes strictement intentionnels en ce qu’ils s’épuisent dans cette visée elle-même. Si je vise
mon ami Pierre en son absence, écrit Sartre, « la conscience imageante que j’ai de Pierre
n’est pas conscience de l’image de Pierre : Pierre est directement atteint, mon attention
n’est pas dirigée sur une image, mais sur un objet25 ». Or, précisément à cet endroit,
Sartre reprend en note l’objection de la chimère, de la visée imageante d’un être fictif, en
esquissant la réponse que développait L’Imagination sur l’exemple du centaure :
l’intentionnalité de l’image n’est pas menacée, mais au contraire portée à l’extrême,
quand l’objet de l’acte imageant est un irréel. L’imagination, en d’autres termes, requiert
toujours un analogon, qu’il soit mental ou physique, mais, à la différence de la perception, elle
peut parfaitement se passer de la présence effective de l’objet visé, au point que, nous
l’avons vu, son objet peut être purement fictif, ce qui n’aurait aucun sens dans le cas de la
perception. Autant dire que l’imagination, à l’inverse de la perception, se définit comme la

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visée d’un être absent ou inexistant, d’un être existant ailleurs ou n’existant pas, bref,
d’un objet posé « comme un néant26 », ce qui constitue très exactement la troisième
caractéristique de l’image au premier chapitre de L’Imaginaire.
23 Cette troisième caractéristique, qui assimile l’image à la position d’un néant, permet à
Sartre de combler les deux lacunes que le dernier chapitre de L’Imagination imputait à
Husserl (voir supra). D’une part, elle rend compte de l’intention propre à l’acte imageant,
qui se distingue fermement de l’intention de la perception en visant un être absent et non
présent. D’autre part, elle annonce une doctrine originale de la matière de l’acte imageant,
qui doit forcément présenter des traits spécifiques une fois que l’image entraîne la
position, non plus d’un être physique ou d’un contenu psychique, mais d’un néant.
24 Par contraste, on devine ainsi que le mérite de Husserl, aux yeux de Sartre, n’est pas
d’avoir dégagé l’essence originale de l’imagination, ce qui constitue pourtant la tâche de la
phénoménologie : ce que Husserl a réussi à faire, c’est au contraire rapprocher
l’imagination de la perception, et ce de trois manières. D’abord, en montrant qu’elles ont
en commun d’être des actes intentionnels, de constituer deux façons de viser un objet.
Ensuite, en indiquant que l’imagination et la perception peuvent avoir la même matière,
comme l’illustre le cas de la gravure de Dürer, Le Chevalier, la Mort et le Diable, dont les
traits d’encre noire peuvent être aussi bien perçus en tant que tels, comme objet offert à
notre regard, que saisis comme analogon de trois figures emblématiques auxquelles la
gravure renvoie, ce qui a ouvert la voie au rapprochement entre image physique et image
mentale. Enfin, en séparant l’imagination, à la fois, du registre du concept et du registre
du signe, de la signification, pour reconnaître en elle, comme dans la perception, une
modalité de l’intuition, un mode de donation de l’objet dans sa singularité physique, dans
son irréductibilité individuelle.
25 Or, ces deux derniers rapprochements entre l’image et le perçu, qui sont salués aussi bien
dans L’Imagination que dans L’Imaginaire, ont précisément empêché Husserl, selon Sartre,
de développer une authentique phénoménologie de l’imagination. Insister, comme le fait
Husserl, sur l’idée que l’image est une forme de remplissement intuitif d’une signification
— comme lorsque, pensant au concept de merle, l’image d’un merle en train de voler me
vient à l’esprit —, c’est rapprocher l’image, comme Husserl le fait dans la plupart de ses
textes, de la perception, du souvenir et de l’attente, et dès lors la traiter comme un plein
indexé sur la perception. L’image n’est certes pas, sous la plume de Husserl, une sorte de
perception intérieure qui fonctionnerait à la manière d’un contenu psychique : nous
avons vu qu’elle est strictement intentionnelle. Mais Sartre a beau jeu de montrer que, en
faisant de l’image une modalité du remplissement intuitif (et, ajouterions-nous pour
notre part, en la concevant d’abord comme un souvenir modifié, comme un souvenir dont
la thèse d’existence aurait été neutralisée), Husserl ne distingue pas radicalement
l’intention de l’image de l’intention de la perception. Il les inscrit au contraire toutes
deux au registre de la quête de plénitude, de la volonté de saisir l’objet dans sa
singularité, sans montrer réellement en quoi l’image et la perception contrastent et
s’opposent, à savoir que l’une vise son objet comme absent et l’autre comme présent.
L’imagination, chez Husserl, fait partie des actes qu’il appelle « fondés », fondés sur la
perception et donc tributaires d’elle, conçus en fonction d’elle — et résultant en
l’occurrence d’une modification simple ou double, selon le cas : soit, dans le cas de l’image
externe, d’une modification du perçu en figuratif, des lignes gravées en personnages
emblématiques chez Dürer ; soit, dans le cas de l’image mentale, [1] d’une modification de
la perception en souvenir, [2] et d’une modification du souvenir en souvenir neutralisé

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c’est-à-dire en image, en « simple représentation » non porteuse d’une thèse d’existence 27


. Par quoi Husserl s’approche de la thèse sartrienne, de la conception de l’image comme
néant d’être, mais ne fait précisément que s’en approcher, et ce en partant de la perception,
en restant rivé à cette dernière par le double thème du remplissement intuitif et du jeu
des modifications du perçu, jeu qui suppose que quelque chose reste constant dans ce qui
se transforme, à savoir précisément l’intention de remplissement. Sartre, lui, voit au
contraire l’imagination comme une rupture radicale, comme une inversion de l’intention
de la conscience, qui pose crânement l’objet imaginé comme absent ou comme inexistant,
bref, comme néant.
26 Ce dernier élément est sans doute le point le plus faible de L’Imaginaire. A force de vouloir
creuser un gouffre entre l’imagination et la perception, la première partie de L’Imaginaire
passe à côté d’une thèse esquissée par Husserl et développée par Freud, à savoir que
l’image mentale est aussi un fantasme — le terme est souvent utilisé par Husserl, alors que
Sartre se contente du terme d’analogon —, un fantasme dont le pouvoir d’attraction tient
au fait qu’il ne pose précisément pas clairement son objet comme inexistant, mais qu’il
accède au contraire, dans le meilleur des cas, à la consistance du presque vécu, du
quasiment ressenti. C’est d’ailleurs, sans doute, la raison pour laquelle les parties
ultérieures de L’Imaginaire, et surtout la quatrième, atténueront la thèse de la
néantisation imageante afin de faire une place à la vie imaginaire, et notamment au rêve et
à l’hallucination, lieux d’expression par excellence du fantasme, et ce, sans rien concéder
pour autant à la psychanalyse — ce que l’on peut tenir aussi bien pour une aberration que
pour un tour de force.
27 Quoi qu’il en soit sur ce point, on peut accorder à Sartre qu’il a tiré profit de son sens des
contrastes pour développer le second thème laissé dans l’ombre par Husserl : la spécificité
de la matière de l’image, et en particulier de l’image mentale. Cette seconde lacune
reprochée à Husserl dans L’Imagination a particulièrement retenu l’attention de Sartre.
Sur les huit pages énonçant ses réserves à l’égard de Husserl, seules les neuf premières
lignes sont consacrées au problème de l’intention imageante28, alors que tout le reste porte
sur la question de la matière de l’image 29. La critique de Sartre, sur ce thème, est donc
fermement développée dès 1936, fût-ce de manière respectueuse : Sartre, qui à l’époque
n’ose pas encore liquider purement et simplement la notion de matière ou de hylé 30,
multiplie les hypothèses qui permettraient d’exempter Husserl de tout reproche, et paraît
conclure à regret qu’il n’y a décidément pas moyen de le soustraire à la critique.
28 C’est que, ici encore, c’est une des grandes percées de Husserl qui le fait sombrer dans
l’erreur. Sartre a en effet été particulièrement frappé par cette page des Ideen dans
laquelle, sur l’exemple déjà cité de la gravure de Dürer, Le Chevalier, la Mort et le Diable,
Husserl montre que les mêmes lignes gravées se prêtent aussi bien à une visée perceptive
qu’à une visée imaginative qui, à travers les trois figures représentées par la gravure, se
tourne vers les réalités figurées, vers les trois personnages « en chair et en os », mais en
les posant, pour reprendre la traduction de Ricœur, « comme quasi-étant, selon la
modification de neutralisation de l’être »31.
29 Dans L’Imagination, Sartre ne conteste pas le fait qu’une même matière sensorielle sous-
tend ces deux32 attitudes de la conscience. Mais, faute de trouver chez Husserl une
description spécifique de la matière de l’image mentale (et, de fait, une telle description
ne figure pas dans les livres de Husserl lus par Sartre, ou alors sous une forme générale et
négative, qui répète que l’imaginaire diffère du perçu), Sartre en conclut que pour
Husserl cette matière n’importe pas réellement. Soit, comme dans le cas d’une image

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De Husserl à Sartre. La structure intentionnelle de l’image dans L’Imaginatio... 8

physique, c’est la même matière qui sous-tend l’imagination et la perception. Soit, comme
dans l’exemple de l’oiseau imaginé en train de voler, ou encore du souvenir du théâtre
éclairé dans les Leçons pour une phénoménologie de la conscience intime du temps, l’image
mentale, à l’instar du souvenir, est une présentification de l’objet visé, un analogon, que
Husserl distingue de la présentation caractéristique de la perception — l’objet est absent
dans l’image ou dans le souvenir, alors qu’il est présent dans le cas de la perception —,
mais sans préciser ce que cette différence implique, et sans décrire en tant que telle la
matière de l’image mentale, qui n’est même pas différenciée de celle du souvenir. Dès
lors, pour Sartre, non seulement Husserl ne livre pas une véritable phénoménologie de
l’imaginaire, qui devrait décrire l’essence de l’image et son mode d’apparition comme
analogon ; mais, en outre, Husserl renoue malgré lui avec les doctrines antérieures : « On
voit que l’image-souvenir n’est pas autre, chose, ici [dans l’exemple du théâtre éclairé],
qu’une conscience perceptive modifiée, c’est-à-dire affectée d’un coefficient de passé. Il
semblerait donc que Husserl (...) soit resté prisonnier de l’ancienne conception, au moins
en ce qui concerne la hylé de l’image qui resterait chez lui l’impression sensible
renaissante33. »
30 Sur la différence entre la matière de l’image mentale et celle du souvenir, Sartre ne sera
pas plus clair que Husserl dans L’Imaginaire, ouvrage auquel il manque soit une théorie du
temps, soit une théorie de la passivité (voire les deux, ce qui n’implique pas que le temps
soit nécessairement auto-affection). Mais le premier chapitre de L’Imaginaire marque au
moins fortement, en particulier par la deuxième et par la quatrième des caractéristiques
attribuées à l’image, en quoi la matière de l’image mentale rompt radicalement avec la
matière de la perception.
31 Alors que la première caractéristique de l’image est la structure intentionnelle de
l’imagination, et la troisième le fait qu’elle pose son objet comme un néant, la deuxième
caractéristique réside dans le fait que l’image mentale ne se prête qu’à une quasi-
observation. Ce n’est pas une sorte de tableau interne, de décalque de la réalité, mais un
analogon schématique, d’une grande pauvreté — comme le faisait remarquer Alain, si je
peux imaginer le Panthéon, je ne suis pas capable d’en compter les colonnes en mon for
intérieur —, et qui ne nous apprend jamais rien car nous forgeons nous-mêmes toutes ses
composantes. Quant à la quatrième caractéristique de l’image, elle tient précisément dans
la claire conscience que nous possédons, au plan préréflexif, d’être les auteurs de nos
images mentales, qui relèvent de notre spontanéité et non de notre réceptivité. Or, cette
deuxième et cette quatrième caractéristiques, qui sont étroitement liées entre elles, ne
sont que le revers de la première et de la troisième, l’ensemble formant une « structure »
ou une « essence »34 en définitive unitaire de l’image, et radicalement opposée à la
perception, dans son intention comme dans sa matière. Si l’on tente de synthétiser au
plus court le premier chapitre de L’Imaginaire, on peut ainsi avancer la proposition
suivante : l’image est la visée (première caractéristique : c’est une conscience
intentionnelle) d’un objet absent, inexistant ou fictif (troisième caractéristique : elle pose son
objet comme un néant) qui, dès lors, se donne en image par la grâce de notre spontanéité
(quatrième caractéristique : la conscience imageante est créatrice), de sorte que nous ne
pouvons saisir, dans l’image, rien de plus que ce que nous y mettons (deuxième caractéristique :
l’image mentale ne peut faire l’objet que d’une quasi-observation). Sa matière est donc
d’une pauvreté insigne et ne nous apprend rien ; elle se donne tout entière d’un seul coup
et ne se laisse pas détailler, à la différence de la perception qui, elle, laisse tout loisir à

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De Husserl à Sartre. La structure intentionnelle de l’image dans L’Imaginatio... 9

l’objet perçu de nous montrer successivement ses différentes facettes et de nous révéler
des aspects inattendus de lui-même, face auquel nous restons passifs.
32 A ce stade du raisonnement, on pourrait objecter à Sartre que cette description de
l’essence de l’image ne vaut que pour l’image mentale, et non pour l’image physique — qui,
elle, [1] est un plein, [2] se laisse observer [3] et s’adresse à notre réceptivité : en première
approximation au moins, trois caractéristiques de l’image physique sont inverses de
celles de l’image mentale. Sartre ne répond pas explicitement à cette objection, mais si
elle lui avait été présentée, il aurait sans doute répliqué que c’est bien là un des
problèmes laissés irrésolus par Husserl. Car pour Sartre, c’est de deux choses l’une : en
rapprochant image mentale et image physique, Husserl soit a laissé entendre que la
matière de l’image mentale était une sorte de tableau, de chose parmi les choses — ce que
le phénomène de la quasi-observation d’un objet posé comme néant rend impossible —,
soit n’a pas vu que, même dans le cas de l’image physique, la matière de l’acte imageant ne
peut pas être semblable à la matière de l’acte perceptif.
33 Comme Sartre l’indique dans la Conclusion de L’Imaginaire à propos d’un portrait de
Charles VIII, les lignes et les couleurs posés sur la toile, et que nous pouvons percevoir et
scruter pour eux-mêmes, ne sont pas l’image de Charles VIII 35. Tant que nous percevons ces
lignes et ces couleurs en tant que tels, Charles VIII n’apparaît pas, tandis que le simple fait
de reconnaître Charles VIII à travers son portrait fait du tableau, non plus un ensemble
réel de traits perçus, mais l’analogon d’un être irréel — ce qui nous empêche de voir
simultanément les lignes et les couleurs en tant que tels, dépouillés de leur dimension
imageante. La matière semble être la même dans les deux cas, mais on ne fait pas sa part à
l’intentionnalité imageante, qui ronge l’objet visé par sa portée irréalisante.
Contrairement à ce que disait Husserl à propos de la gravure de Dürer, qu’il présentait
comme pouvant faire l’objet d’une visée perceptive, imaginative ou esthétique sans que
cela modifie autre chose que la thèse de réalité ou d’irréalité accompagnant cette visée, la
perception d’un objet comme formant une image physique altère la matière sensorielle
elle-même, qui ne reste pas identique à soi comme le croyait Husserl. Parce que la thèse
d’irréalité « ne se surajoute pas à l’image mais qu’elle en est la structure la plus intime 36 »,
elle frappe jusqu’à la matière de cette image. La joue de Charles VIII en portrait, par
exemple, ne peut pas être plus ou moins pâle, ou plus ou moins éclairée, comme pourrait
l’être une joue réelle : le peintre a fixé une fois pour toutes, dans l’imaginaire — par une
bougie irréelle posée à telle distance du visage peint, et qui explique la pénombre relative
dans laquelle le roi apparaît —, l’éclat de la joue de Charles VIII, qui ne peut plus être
modifié, même en l’éclairant violemment — alors que l’aplat de couleur figurant la joue et
réellement posé sur la toile, lui, peut voir son degré d’éclairement changer : « Tout ce que
peut faire un projecteur réel c’est éclairer la partie du tableau réel qui correspond à la
joue de Charles VIII37. »
34 Selon Sartre, même l’image physique possède une matière spécifique, irréductible à celle
de la perception : dès lors, l’unification réalisée par Husserl entre image mentale et image
physique risque de s’avérer trompeuse si on la pose d’entrée de jeu. C’est sans doute la
raison pour laquelle, au premier chapitre de L’Imaginaire, dans sa description de la
structure intentionnelle de l’image, Sartre se fonde exclusivement sur l’imagination libre
ou sur l’image mentale, réservant à la section suivante, intitulée « La famille de l’image »,
l’introduction des images physiques et leur mise en parallèle avec l’imagination libre.
Jusque dans sa manière de séparer d’abord ce que Husserl avait eu le génie de réunir,
L’Imaginaire creuse avec Husserl un gouffre silencieux dont les motifs étaient déjà donnés,

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De Husserl à Sartre. La structure intentionnelle de l’image dans L’Imaginatio... 10

en leur principe, dans l’hommage vibrant mais très sélectif que lui avait rendu
L’Imagination.

NOTES
1. Lus par Sartre en allemand, à l’époque, et parus depuis sous les titres français suivants :
Recherches logiques, Idées directrices pour une phénoménologie, Leçons pour une phénoménologie de la
conscience intime du temps, Logique formelle et logique transcendantale, Méditations cartésiennes.
2. Jean-Paul Sartre, L’Imagination, « Quadrige », PUF, Paris, 1981, p. 158-159.
3. Si l’on fait abstraction de la brève conclusion qui suit le chapitre consacré à Husserl.
4. L’Imagination, op. cit., p. 159.
5. Ibid., p. 162.
6. Jean-Paul Sartre, L’Imaginaire. Psychologie phénoménologique de l’imagination,édition revue par
Arlette Elkaïm-Sartre, « Folio Essais », Gallimard, Paris, 1986, p. 13.
7. L’Imagination, p. 139.
8. Ibidem.
9. Ibid., p. 150.
10. Ibidem.
11. Ibid., p. 151.
12. Ibid., p. 143-144.
13. Ibid., p. 143.
14. L’Imaginaire, op.cit., p. 17.
15. M. Contat et M. Rybalka, Les Écrits de Sartre. Chronologie, bibliographie commentée, Gallimard,
Paris, 1970, p. 55.
16. Jean-Paul Sartre, Carnets de la drôle de guerre. Novembre 1939 – Mars 1940, Gallimard, Paris, 1983,
p. 226 (Carnet XI, 1er février 1940).
17. M. Contat et M. Rybalka, « Chronologie », in Jean-Paul Sartre, Œuvres romanesques,
« Bibliothèque de la Pléiade », Gallimard, Paris, 1981, p. LI.
18. Jean-Paul Sartre, « Structure intentionnelle de l’image », Revue de métaphysique et de morale,
45e année, n° 4, octobre 1938, p. 543-609.
19. A l’aide d’une multitude de mises au point et de notes, un tel exercice a déjà été réalisé, mais
de manière non cursive, dans le bel ouvrage de Maria Manuela Saraiva sur L’Imagination selon
Husserl (Martinus Nijhoff, La Haye, 1970). Notre dette à son égard est considérable, mais nous ne
voudrions pas lui imputer la démonstration qui nous retiendra ici, et qui accentue la distance
prise par Sartre à l’égard de son maître.
20. Et non dans l’article de 1938, qui omet le sous-titre que nous relevons ici.
21. Edmund Husserl, Recherches logiques, PUF, Paris, 1969, t. II, vol. 2, p. 229 (V e Recherche,
appendice aux §§ 11 et 20).
22. Texte traduit et cité par Sartre dans L’Imagination, p. 147 ; pour une traduction plus exacte, cf.
Edmund Husserl, Idées directrices pour une phénoménologie, Gallimard, Paris, 1950, p. 76 (§ 23).
23. L’Imagination, p. 147.
24. Ibidem.
25. L’Imaginaire, p. 22.
26. Ibid., p. 30.

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27. Pour tout ceci, nous renvoyons au livre de Maria Manuela Saraiva déjà cité.
28. Cf. L’Imagination, p. 150-151.
29. Ibid., p. 151-158.
30. Nous avons développé ce point dans Sartre face à la phénoménologie. Autour de
« L’intentionnalité » et de « La transcendance de l’Ego », Ousia, Bruxelles, 2000, p. 57-66.
31. Idées directrices pour une phénoménologie, op. cit., p. 373 (§ 111).
32. La question reste ouverte quant à savoir si Husserl ne distingue pas plutôt, au total, trois
attitudes possibles, l’abord purement esthétique se distinguant alors de la visée imageante. Sartre
en tout cas, dans L’Imagination, retient le seul contraste entre la perception et l’image : citant le
passage même où Husserl évoque la mutation du regard vers une « contemplation esthétique » de
la gravure, il en conclut que « ce texte peut être à l’origine d’une distinction intrinsèque de
l’image et de la perception », sans plus. De fait, même à supposer que Husserl entende distinguer
entre l’imaginatif et l’esthétique, c’est une seule et même métamorphose qu’il souligne dans l’un
et l’autre cas : « précisément celle de la neutralisation ». Sur tout ceci, cf. L’Imagination, p. 149-150,
et Idées directrices pour une phénoménologie, p. 373-374.
33. L’Imagination, p. 152.
34. Sartre emploie indifféremment les deux termes dans ce chapitre de L’Imaginaire, sans jamais
s’en expliquer : il manque à cette éidétique de l’image une théorie des essences.
35. L’Imaginaire, p. 351-352.
36. Ibid., p. 351.
37. Ibid., p. 352.

RÉSUMÉS
Les deux livres de Sartre sur l’image posent un problème d’interprétation rarement traité. Le
premier, L’Imagination, s’achève sur un vibrant hommage à la théorie husserlienne de l’image. Le
second, L’Imaginaire, qui faisait initialement partie d’un même volume, propose une théorie
inédite de l’imagination qui ne cite pas une seule fois Husserl, et qui s’en démarque fortement.
Sartre a-t-il changé de point de vue d’un livre à l'autre ? Ou faut-il comprendre que son hommage
à Husserl était d’emblée un hommage critique, porteur de lourds désaccords explicités par
L’Imaginaire ? Cet article répond à ces questions en cernant les lignes de fracture décisives entre
les deux auteurs.

Sartre’s two books about the image are difficult to interpret, even it is rarely noticed. Indeed the
first book, L’Imagination, ends with a glowing tribute to the Husserlian theory of image. The
second one, L’Imaginaire, initially combined with the firth in a single volume, offers a new theory
of imagination without any reference to Husserl and which distances itself from the Husserlian
theory. Did Sartre change his point of view between his two books? Or, should we interpret his
first tribute to Husserl as a critical tribute, which leads to an explicit discrepancy in L’Imaginaire?
This paper answers these questions by analyzing the decisive divisions between Sartre and
Husserl.

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De Husserl à Sartre. La structure intentionnelle de l’image dans L’Imaginatio... 12

INDEX
Keywords : Husserl, imagination, intentionality, nothingness
Mots-clés : image, néant, Sartre, intentionnalité (voir aussi intentionalité)

AUTEUR
VINCENT DE COOREBYTER
Bruxelles/Centre de Recherche et d’Information Socio-Politique

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