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Rapport en vue de la soutenance de doctorat de Mme Hana

Šlechtová : La position et le rôle de l’enfant dans la


socialisation familiale

Mme Hana Slechtova présente une thèse en vue de l’obtention d’un doctorat sous le double
sceau de l’université de Paris 5, René Descartes et de l’université Masarykova. Ce document
de 315 pages est composé de quatre chapitres, d’une introduction et d’une conclusion, d’une
bibliographie et de trois annexes regroupant la liste et les principales caractéristiques des
personnes enquêtées et la grille d’entrevue. L’objet de la thèse est de définir le processus de
socialisation familiale en privilégiant le rôle socialisateur de l’enfant sur les parents.
Le premier chapitre est consacré à la méthodologie de l’enquête. L’auteur a fait le choix d’une
méthode qualitative d’entretien sur un échantillon raisonné de 108 parents appartenant à 61
familles (29 en Tchéquie et 32 en France), en tentant autant que possible d’obtenir le double
point de vue de l’homme et de la femme. L’auteur a défini plusieurs critères pour sélectionner
les cas étudiés : pour accéder au rôle des interactions entre enfants, toutes les familles ont trois
enfants. Pour homogénéiser, l’auteur a également choisi de se concentrer sur des couches
moyennes éduquées : au moins un des parents a fait des études supérieures, et d’écarter les cas
de ménages complexes : familles monoparentales, recomposées, homoparentales, couples
mixtes. La comparaison y est présentée comme une source de diversification, plus que comme
un objet en soi de la thèse. Il n’est pas question, par exemple, de prétendre sur cette base
réaliser une comparaison des différences culturelles. Ce souci d’homogénéisation est utile,
même si l’on peut être surpris par la place réservée dans cette recherche aux familles
nombreuses, alors que la Tchéquie est confrontée surtout à un très bas niveau de fécondité.
Le chapitre 2 est consacré à la question de l’individualisation respective des parents et des
enfants. En s’appuyant sur des extraits d’entrevue, l’auteur nous donne accès aux
représentations que les parents se font de l’autonomie de décision de leur(s) enfant(s), de la
préservation de ses choix, ou encore du « bonheur » et de ses conditions. Elle souligne les
effets paradoxaux d’être un parent responsable d’enfants qui doivent être autonomes.
Toutefois, plutôt que d’insister sur le coût psychologique de cette individualisation comme
« fatigue d’être soi », l’auteur aurait sans doute pu privilégier la question des conditions de
possibilité de l’individualisation, et donc des contraintes, notamment matérielles, qu’imposent
le choix et l’autodétermination pour les individus.
Ce chapitre aborde également la question du choix d’avoir des enfants, combien et à quel
moment, ce qui semble un peu en décalage avec la thématique générale du chapitre. Il aurait
peut-être été plus judicieux de l’aborder dans un chapitre à part consacré au choix des parents
d’avoir des enfants, dans deux contextes de « normes démographiques » contrastés (un peu
plus d’un enfant par femme en Tchéquie ; près de deux en France).
Le chapitre 3 est consacré à l’enfant comme « facteur de création identitaire ». Comme
l’indique l’auteur, il s’agit du cœur de la thèse. Cet effet identitaire de l’enfant sur les adultes
est envisagé à la fois avant la naissance, dans la mesure où l’enfant « contribue à la
socialisation » des parents par le fait d’être attendu, et bien sûr après. L’enfant produit ainsi un
effet de décentrement des adultes (et en particulier des pères) de leur identité professionnelle,
mais aussi plus globalement un décentrement de soi, tout comme le suggère la notion de
générativité chez G.H. Mead, qui aurait pu être mobilisé par l’auteur. Il est également
question dans ce chapitre du regard des autres (voire de la pression normative qu’ils exercent)
sur l’exercice de la parentalité. L’auteur y suggère enfin une idée forte de la thèse sur le
nouveau rôle de l’enfant dans la seconde modernité : celui d’autrui significatif, émancipé des
codes sociaux (du fait de son ingénuité) ; un autrui significatif par excellence, en quelque
sorte.
Le dernier chapitre, enfin propose une typologie des différents configurations familiales et
parentales rencontrées : le modèle de l’entreprise familiale (la plus traditionnelle dans ses
références, que ce soit en ce qui concerne les rôles des sexes, les rôles parentaux, la place de
l’enfant, etc) ; le modèle de la famille à deux générations de pairs, fondé sur une identité de
pair ou de copain et sur un principe d’égalité, et enfin, le modèle « couple et enfant »,
privilégiant l’unicité des identités et l’adaptation des relations éducatives à la singularité de
chaque enfant (modèle le plus en phase avec l’hypothèse de la seconde modernité).
La conclusion synthétise les principaux apports de la thèse.
Nous sommes tout à fait favorable à la venue en soutenance de cette thèse, dont on peut saluer
la qualité compte tenu de l’obstacle considérable que représente son écriture dans deux
langues. Nous reviendrons dans la discussion sur un certain nombre d’apports
complémentaires qui auraient pu être mobilisés, également sur la sous-utilisation qui est faite
de la notion d’individualisation et de construction identitaire et enfin sur la question des
conditions de possibilité du modèle de la seconde modernité pour certaines des familles du
premier et du second type ; conditions qui peuvent renvoyer non seulement à des variables
culturelles, mais surtout aux différences de la « condition parentale ».

Claude Martin, sociologue, directeur de recherche au CNRS


UMR 6051 - Science Po Rennes et université de Rennes 1
Directeur du Laboratoire d’analyse des politiques sociales et sanitaires de l’Ecole des hautes
études en santé publique, Rennes, France