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● GT 1 : Portrait du personnage romanesque du 17ème à nos jours

○ LA 1 : La Princesse de Clèves, Mme de La Fayette p 72


○ LA 2 : Madame Bovary, Flaubert manuel p 77
○ LA 3 : La Jalousie, Robbe Grillet manuel p 79
○ LA 4 : Magnus, Germain (papier)
● OE 1 : Le rapport de Brodeck, Claudel
○ LA 5 : Chapitre 1 → Incipit du roman
○ LA 6 : Chapitre 7
○ LA 7 : Chapitre 40 → Excipit du roman
● OE 2 : Roberto Zucco, Koltès
○ LA 8 : Tableau 1 → “L’évasion”
○ LA 9 : Tableau 3 → “Sous la table”
○ LA 10 : Tableau 15 → “Zucco au soleil”
● GT 2 : Rire libérateur, rire dénonciateur
○ LA 11 : Dom Juan (V, 2), Molière (papier)
○ LA 12 : En attendant Godot, Beckett p.184
○ LA 13 : Les règles du savoir-vivre, Lagarce manuel p 188
● GT 3 : Le poète et sa terre natale
○ LA 14 : Heureux qui comme Ulysse, Du Bellay manuel p.272
○ LA 15 : Milly ou la terre natale, Lamartine manuel p.274
○ LA 16 : Joal, Senghor manuel p.278
● OE 3 : Alcools, Apollinaire
○ LA 17 : Zone (v.1 à 24)
○ LA 18 : Les colchiques
○ LA 19 : Nuit rhénane
● GT 4 : Utopies et Dystopies dans la littérature
○ LA 20 : Gargantua, Rabelais p.418
○ LA 21 : Les Aventures de Télémaque, Fénelon (papier)
○ LA 22 : Travail p.449
○ LA 23 : W ou le Souvenir d’enfance livre p.219-220

LA 1 : Mme de La Fayette, La Princesse de Clèves, (1678) (p.72)

CONTEXTE : A fréquenté la cour du roi, les salons de Mlle de Scudéry et le duc de


La Rochefoucauld. 1662 : La Princesse de Montpensier/ 1678 : La Princesse de Clèves. Roman
historique (cour d'Henri II) et d'analyse / Classicisme et à la préciosité.

SITUATION : Début du roman (après l'incipit) → effet d'attente

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Quel portrait la romancière propose-t-elle de son héroïne ?

Dans quelle mesure ce portrait exprime-t-il une vision de la société ?

AXES : → Les attentes du lecteur sont prolongées

→ Un personnage idéal

→ Une vision de la cour

■ Un portrait retardé

tournures impersonnelles, indéfinis, statut ou identité maternelle → nommée


tardivement

« Mlle de Chartres » (l.29).

→ Insiste sur sa jeunesse, beauté et noblesse / personnage apparaît


progressivement.

Champ lexical de la vision / portrait physique retardé

Canons (=normes) de la beauté classique ↔ ni individualisée / ni singularisée

→ Pas de portrait physique ou moral détaillé

■ Un personnage idéalisé

Portrait élogieux : effet de surprise, étonnement → personnage exceptionnel

Registre élogieux, laudatif, épidictique (=éloge ou blâme)

l.5 à 23 : analepse permettant de revoir l'éducation / omniprésence de la mère

Éducation différente des autres mères (l.13) : Amour ≠ sujet tabou

Valeurs : honnêteté, vertu, méfiance (hommes / elle-même), raison

→ idéal moral.

■ La cour de Henri II (comparable à la cour contemporaine de l'auteur)

Femmes < Hommes : fragilité, infériorité.

l.16 : portrait dévalorisant des hommes → femmes victimes des hommes

Devoir des femmes : être vertueuse et avoir de « l'éclat » → aimer et être aimées

2
Mariage = seule source de bonheur féminin

Champ lexical du regard → cour : lieu d'exposition, dangereux

Gloire ou déchéance / hypocrisie, dissimulation

CONCLUSION :

Mlle de Chartres perçue comme une héroïne

Portrait original : influence de la mère / double entrée (roman et cour)

Portrait légèrement théâtralisé : mise en scène + attente

Lance l’intrigue et pose la question de l’avenir de cette héroïne (vertueuse) à la cour


(dangereux).

COMPLÉMENT : Les Liaisons dangereuses, Laclos, 1782

Marquise de Merteuil : maîtrise la dissimulation, l’hypocrisie ; manipulatrice, arrogante,


orgueilleuse car révoltée contre sa condition

Points communs : Évolution dans un milieu dangereux, hypocrite (héroïne consciente)

Vision de la société proche : condition de la femme // société hypocrite

Différences : Princesse vertueuse ≠ marquise

Princesse résiste à la cour ⇒ vertus

Marquise ⇒ hypocrisie, mensonges

Héroïnes opposées : marquise ⇒ “anti-héroïne” (= contre exemple)

3
LA 2 : Flaubert, Madame Bovary, 1857 (p.77)

CONTEXTE : (1821-1880) Après son baccalauréat, il suit des études de droit., qu’il
arrête en 1844 pour cause de maladie nerveuse. En 1849, il fait un voyage en Orient et
écrit Madame Bovary à son retour, paru en 1857).

SITUATION : Emma mariée à Charles → assistent aux Comices agricoles


(=réunions), qui récompensent des agriculteurs ⇒ Emma séduite par Rodolphe

Quelles sont les fonctions de ce portrait ?

AXES : → Portrait réaliste d’une vieille paysanne

→ Dimension critique du portrait

■ Un portrait réaliste
● Cadre réaliste : Comices (solennelles / milieu rural)

2 milieux sociaux : paysanne (Catherine Leroux) et bourgeois :


“habit noir”, “croix d’honneur” (l.16)

● Choix narratifs & progression description :

Points de vue variables : début → externe : narrateur ⇔ spectateur

↳ Verbes de perception / modalisateurs ⇒ Vue d’ensemble de la paysanne

Mvt description (milieu) : plus détaillée, bas vers haut → gros plan sur ses
mains

expression du visage plus générale

↳ Omniscient : impression que la paysanne est dévisagée par la foule

● Caractéristiques du personnage :

Physique : lexique spécialisé (galoches, béguin = coiffe, potasse = engrais) ⇒


classe sociale

↳ vêtements de travail = paysanne pauvre

vieillesse, usure : “se ratatiner” = travail douloureux ; “petite vieille” ;


“pomme flétrie” (⇔ rides / fin de vie | rappel du travail )

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⇒ Portrait réaliste, sans embellir, idéaliser ; insiste sur ses défauts
(accentués)

5
Moral : Moins précis développé que le physique; paraît calme

Comparée aux animaux qu’elle connaît (indifférence + calme)

● Point de vue interne : présentée comme craintive, dans l’incompréhension


(questions au discours indirect)

■ Dimension critique du portrait

réalisme objectif

● Le personnage de la paysanne devient un symbole :


➢ Importance accordée aux mains
○ se réduit à son travail
➢ Comparaison du visage à une pomme
○ Déshumanisation + animalisation “craintif” + l.13
➢ Métonymie “½ siècle de servitude”.
○ ⇒ aliénation = autre
➢ héroïne car devenu un symbole.
○ martyre → mains entrouvertes (“humilité”)
○ → rigidité monacale.
● Une satire de la bourgeoisie :
➢ Opposition entre paysanne / bourgeois
○ position, vêtements, → peur, incompréhension /
contentement
○ différence des classes sociales
➢ Différences de 2 classes sociales
● Spectacle : mise en scène
➢ Bourgeois se faisant passer pour de bons patrons.
○ Bourgeois hypocrites récompensent plus la docilité que le
travail
○ → cruel car humiliation de plus pour la paysanne.
➢ Antithèse “½ siècle de servitude” ≠ “bourgeois épanouis” →
ironie
➢ Portrait clos par “½ siècle de servitude” → hommage à la
paysanne.

CONCLUSION :

● Portrait réaliste d’une paysanne insiste sur l’usure, la vieillesse, la laideur,


mais il permet de grandir le personnage et de rendre hommage à tous les
serviteurs exploités.
● Flaubert condamne les bourgeois qui sont à l’origine de cette aliénation.

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Ouverture : ex : La Rempailleuse, Maupassant

LA 3 : Robbe Grillet, La Jalousie, 1957 (p.79)

CONTEXTE : Ingénieur agronome, il publie Les Gommes en 1953, et devient


conseiller littéraire des Editions de Minuit. Il publie La Jalousie en 1957, qui obtient le
prix des critiques. Il a aussi été scénariste pour Alain Resnais ⇒ expérience de
cinéma.

SITUATION : Roman en 9 parties, nombreuses descriptions, n’est pas


chronologique. Il y a 4 personnages : A…, le mari de A…, les voisins Franck et Christiane.
Plus tard, narrateur ⇒ Mari de A… (narrateur personnage). Extrait : description de A…
mystérieuse.

En quoi ce portrait est-il caractéristique du Nouveau Roman ?

AXES : → Portrait lacunaire, déroutant.

→ Narrateur indéterminé intriguant.

■ Portrait lacunaire et déroutant


● Refus des caractéristiques habituelles

Évoque une femme par son initiale (A…), avec un portrait physique énigmatique :
incomplet, peu d’adjectifs, personnage vu de dos, MAIS /

Chevelure (l.8 à 17): “masse noire” (l.8), “ondulée” (l.12), “boucles” (l.17), etc.

Main : fine, doigts “effilés”, souple, agile.

Refuse les conventions habituelles (=permettent de découvrir, visualiser, imaginer le


personnage); portrait moral inexistant

● Le corps ...

Position et actions de la femme : “assise”, “penchée en avant”, mouvements du corps et


des doigts autonomes, presque mécaniques. Aucune pensée de A… délivrée. Le côté
énigmatique de A… est accentué par le fait qu’il soit assimilable à un corps animé et
automatique.

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■ Narrateur mystérieux
● Point de vue narratif :

3ème personne mais n’est pas omniscient (pas de pensées) ⇒ semble


interne :

présent d’énonciation, passé composé → actions en train de se dérouler


(“maintenant”): vision limitée du personnage : que de dos.

● Un observateur minutieux

Narrateur : grand sens de l’observation → attentif aux moindres gestes de A…

→ plusieurs descriptions du même genre ⇒ obsession ?

● Lecteur actif

Lecteur obligé d’imaginer : A… en train d’écrire ? Pourquoi tous les regards sont braqués
sur elle ?

Le titre du livre (La Jalousie) est possiblement un indice, qui s’appliquerait au narrateur et
qui expliquerait cette “obsession”; jalousie = lames de bois utilisés dans les fenêtres pour
voir sans être vu, celle par laquelle le narrateur observe A… et aussi le sentiment qui naît
dans l’auteur.

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LA 4 : Magnus, Sylvie Germain, (2005) (fiche)

CONTEXTE : Philosophe, fait référence à la Seconde Guerre Mondiale (1939-1945).


Ce texte ne suit pas de plan précis, et est rédigé selon une écriture instinctive.

SITUATION : Situé dans les premières pages, avec, en ouverture, “un homme à la
mémoire lacunaire”, et auparavant (fragment 2), une présentation de Franz-Georg. Sa
mère, Théa Dunkeltal n’aime pas Magnus (l’ours en peluche de Franz-Georg), mais aime
beaucoup son fils. On nous présente aussi Magnus, brièvement.

En quoi le portrait du père permet-il de comprendre et de compléter le portrait du


fils ?

AXES : → Portrait de l’enfant

→ Portrait subjectif du père (vu par l’enfant)

■ Le portrait de l’enfant
● Enfant rêveur, contemplatif : champ lexical de l’observation l.1, de l’effort :
“travail très sérieux” + l.42 : “travail long, laborieux”. Curieux (l.6 à 13) :
attentif au monde extérieur, à la nature (couleurs, lumière). Il est sensible à
ce qu’il voit, entend. Il y a un rythme ternaire (3 temps) : grain, timbre,
volume.
● Enfant solitaire, difficultés à communiquer : l.27 : “enfant unique”.
Difficultés à communiquer : incompris des adultes (“on le dit” →
paraît), timide (l.41-42), ne comprend pas les adultes (l.21-22) : peur
ressentie mais pas exprimée. Enfant solitaire (enfant unique) et
perplexe face aux adultes.
● Enfant marqué par l’angoisse : poudreuse, volatile ≠ solidité minérale.
Allusion à la nuit : l.12 → “nuit qui engloutit”, etc. // obscurité du
passé ⇒ se rassure grâce à Magnus (métaphore du bouclier) : ours
protecteur. L.62 : “chrysalide” : isolation nécessaire pour surmonter
ses peurs.

Personnalité complexe : apparaît fragile, sensible et marqué par un passé qu’il a


oublié; on devine aussi une certaine obstination pour expliquer, comprendre, et se
reconstruire.

■ Le portrait subjectif du père : restreint car vue à travers l’enfant (pdv


interne). + de la moitié de l’extrait consacré au père (⇒ personnage central
du texte). Aspect extérieur (médecin) et intérieur (père).
● Admiration du père : l.26 : “il les aime de tout son coeur” : registre

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laudatif (l.31 : “allure majestueuse” → homme important). Hyperboles
qui qualifient son métier (l.32 à 35). Il est l'antithèse du fils (timide,
manque de confiance en soi ≠ assurance, prestige). Lorsqu’il chante :
“roi prodigue” (puissance / généreux)
● Transfiguration par le chant : soirs “magiques”, “enchantés” :
transforme la réalité pour la rendre meilleure. L.58 : “maître de la
nuit”, “terrasser” ⇒ chant de son père : pouvoir de guérison (l.62 :
“chrysalide vocale” = protection). Éléments météo : nuit, soleil
d’orage, soleil nocturne.
● Versant sombre : Distance physique et affective (l.37 à 40).
Reproches : fils n’étant pas à la hauteur. Portrait nuancé : “mais”,
“tant pis” (l.65) ⇒ ambivalent, inquiétant. Champ lexical “domination”
: “maître”, “dompter”. L.55 : des indices sur le nazisme de son père
(& l.29 à 37 : évocation des camps de concentration). Oxymores :
“soleil sombre”, “soleil d’orage”.

Point de vue interne : portrait du père subjectif → innocence et naïveté


enfantine. Distance pere-fils ⇒ création d’une “légende” par le fils. Il
parvient à saisir le côté sombre de son père.

CONCLUSION : Portrait insistant sur la mémoire de l’enfant, sa sensibilité


aux lumières, aux couleurs et aux voix. Met en place des thèmes importants.
Contraste entre l’enfant et son père. Références historiques implicites,
particulièrement à la Seconde Guerre Mondiale ⇒ mystère plus ou moins
inquiétant, en attente d’un drame.

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LA 5 : Claudel, Le Rapport de Brodeck, Chapitre I

CONTEXTE :(1962-Ø) Son père était résistant durant la Seconde Guerre Mondiale
(FFI = Front Français de l’Intérieur). Il pratiquait intensément l’alpinisme. Il écrit Le Rapport
de Brodeck en 2007, et obtient le prix Goncourt des lycéens la même année.

SITUATION : Incipit du roman : ouvre le récit.

Comment cet incipit éveille-t-il l’intérêt du lecteur ?

AXES : →Délivre des informations essentielles mais lacunaires.

→ Brodeck, mystérieux et insaisissable.

→ L’Anderer et l'Ereigniës : une atmosphère inquiétante

■ Des informations lacunaires


● Le personnage éponyme : narrateur : 1ère phrase → Brodeck. Il est
instruit et permet de le distinguer des autres + détient une machine à
écrire (= symbolise ce savoir). Présenté comme “l’intellectuel du
village”, mais n’adhère pas à l’idée (minimise ses études). ⇒ humilité,
qui nuance son portrait (des villageois)
● Cadre spatio-temporel : se réfère à la guerre (l.48-49), pas de dates précises.
Lieu “flou” : Auberge Schloss, dialecte → territoire proche de l’Allemagne.
⤷ Village perché, isolé, inaccessible, “comme des œufs dans des
nids” ; éloigné de la civilisation, de la société. Spatio-temporel réaliste mais
lacunaire.
● Rapport au centre de l’intrigue : (Cf. titre : le “Rapport”). Imposé par les
villageois (“forcé”) → Utilisation du futur (valeur : ordre) : mots sont et
seront importants. Brodeck comme auteur car il est cultivé (= études)

Incipit ambigu : donne les infos essentielles mais elles sont lacunaires. Provoque un
questionnement chez le lecteur, ce qui le laisse en activité.

■ Brodeck : personnage et projet mystérieux


● Personnage paradoxal : Censé trouver les bons mots, écrire clairement
MAIS beaucoup d’ellipses (“flashbacks” de sa mémoire + action en temps
réel). Euphémismes atténuants : l.62 : “évènements”, “drames”,
“incidents” // “Ereignies” → Terme indirect (ne parle pas directement).
⇒ Dialecte : difficulté à trouver les mots (ex l.64 : “Ereignies” : “plein de
brume”, “fantomatique”). Appartient à la communauté : nombreux “nôtre,
nous” MAIS se distingue : 1ère phrase : “je”, “Moi, je” (les autres le
différencient : “toi”). ⇒ Brodeck s’assimile à l'Anderer (un étranger).
Veut oublier les évènements mais forcé d’écrire.

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● Projet d’écriture : Rapport → demande du village, 3 mois avant (=
associé à la peur : forcé, personnification de la mémoire, comparée à
une fouine). Peur de la vérité : peut couper les mains, etc., souffrance
physique : ne peut plus vivre avec → rapport : vérité ou non ?.
Autobiographie : roman ressemblant à un journal (1ère personne +
présent de narration). Commence par s’innocenter ⇒ biographie ≠
rapport + ambiguïtés : “vous” ⇒ récit parallèle au rapport.

■ L’Anderer et l'Ereigniës
● Anderer : identité mystérieuse : Apparaît à la l.23 (Anderer associé à sa
fin). Désigné par des surnoms, expressions inventées, il traduit des
différences : voix, regard, origine géo. Son identité reste inconnue, car
mort. Modalisateurs du doute : “peut-être”, “je crois” ⇒
incompréhension sur les raisons de sa venue. Soupçons sur le village :
“Pourquoi notre village” (l.52), l.52 : “comme ça, d’un coup”.
● Ereignies : événement inquiétant : dire l’indicible : associé à la guerre et
ses répercussions. l.47 : sous-entendus sur la guerre → arrivée de
l’Anderer → Répercussions → Ereignies : crime collectif de tous les
villageois (sauf Brodeck).

CONCLUSION : Atmosphère mystérieuse et inquiétante → génère des


attentes chez le lecteur, déstabilisé (risque de l’auteur). Annonce les thèmes
importants du roman :

● Culpabilité et ignorance
● Mémoire (souvenirs)
● Écriture de l’autobiographie, cachée par le rapport

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LA 6 : Claudel, Le Rapport de Brodeck, Chapitre VII

SITUATION : Début du chapitre 7 : portrait de l’Anderer

Comment le portrait de l’Anderer qui est ici ébauchée s’avère-t-il original ?

AXES : → L’originalité du portrait à deux voix

→ Le portrait de l’Anderer : personnage mystérieux et inquiétant

→ Révélation de la personnalité de Gunther et des villageois

■ Un portrait à deux voix


● Le récit et la voix de Brodeck : langage devenu familier = littéraire,
soutenu, poétique → description du paysage, à l’arrivée de l’Anderer :
lexique des couleurs, personnification du soir, du vent, des nuages (⇒
sensibilité de Brodeck, regard poétique) / Métaphore des houles l.7 :
témoignage précis. / Sens de la précision : date, heure, paysage,
actions de Gunther et lieu ; paroles de Gunther au discours direct
(exactitude) ou indirect (l. 96 à 100) pour prendre des distances
“paraît-il”. Voix de Brodeck devenue familière (présent d’énonciation
+ digressions.
● Voix de Gunther : Crée une discordance : opposition avec celle de
Brodeck : niveau de langue familier, style oral, vulgarité → colère de
Gunther, comparaisons enfantines (l.41-42; l.71-73; l.99-100).

Syntaxe → oralité du discours : phrases longues, décousues (=hésitations).


Langage poétique ≠ langage trivial ⇒ portrait subjectif, annoncé par
Brodeck.

■ Le portrait de l’Anderer : personnage mystérieux et inquiétant

● Une arrivée surprenante : Arrivée Anderer = événement :


➢ route où plus rien ne se produit, route maudite qui n’est plus utilisée
(accumulation “où personne ne va plus, où personne n’aurait l’idée
d’aller”) : d’après Gunther, seuls les gens égarés ou des marchands
sont susceptibles de venir au village (l.45-47) : la venue de cet
homme singulier est donc inexplicable.
➢ Insiste sur la surprise : champ lexical de l’étonnement : “tellement
intrigué” (impression de surprise) + lexique de la peur “frisson”

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➢ L’Anderer → homme singulier ⇒ vêtements (l.69-73) parle à ses
bêtes (l.98) interpelle Gunther
➢ reprise du terme “apparition” l.68, l.96 → impression d’irréalité
○ Gunther semble douter que c’est un homme
➢ Énigme = Arrivée de l’Anderer
● Portrait dévalorisant :
➢ Description faite par Gunther termes dépréciatifs, seulements
les défauts. → LENTEUR
➢ Comparaison dévalorisante au Cirque foire l.70-73 ≠ ambiance
d’après-guerre du village
➢ “ça” → déshumanisation (et l.24-41, et l.49)
● Dramatisation de Brodeck → l’Anderer personnage inquiétant :
➢ Date et heure ⇒ importance de l’événement
➢ Pause narrative descriptive du paysage → jour mémorable
➢ opposition saisons Arrivée de l’Anderer : Printemps / témoignage de
Gunther : Hiver
○ Contraste qui insiste sur l’inexorable du mouvement du
temps
■ Le village marqué par l’arrivée de l’Anderer ⇒
atteint un point de non-retour.
■ Révèle la personnalité de Gunther, des villageois
● Gunther = rustre : homme pauvre, misérable, vit seul avec son père dans
une maison (s’apparente à une tanière, “puant”). Personnage pragmatique
(= qui est adapté à l'action concrète, qui concerne la pratique) →
lenteur = défaut ; ne comprend pas l’Anderer, ni son comportement.
Gunther marqué par la guerre : haine envers les Fratergekeime (=
envahisseurs).
● Villageois depuis la guerre : Digression l.74-95 décrit l’esprit des
villageois, marqués par la guerre. “On” : englobe la communauté,
mais reste distant (“on”≠”nous”). Absence de chevaux : mangés
(=famine) remplacés par des animaux moins humains. Village
régressé : “autre époque”, etc. → régression technique, avec
pratiques anciennes, archaïques. Comparaison l.9-95 : retour en
arrière dans la civilisation.

Villageois ont lâché leur humanité après la guerre : se comportent comme des animaux
(guerre les a animalisé).

CONCLUSION : Portrait original :

● Deux voix narratives mêlées (Brodeck, Gunther) → mise en abîme


● Portrait de l’Anderer subjectif, révèle le regard dévalorisant de Gunther sur
lui, sans pour autant le connaître
● Le lecteur saisit mieux l’atmosphère du village, hostile et fermé, marqué par
la guerre, au moment ou l’Anderer arrive.

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LA 7 : Claudel, Le Rapport de Brodeck, Chapitre VII

SITUATION : Excipit du roman (fin, conclusion)

Quels sont les enjeux de cet excipit ?

AXES : →Marque la fin du roman : départ et adieux de Brodeck

→ Une renaissance pour Brodeck

→ Fin énigmatique, voire fantastique

■ Départ et adieux de Brodeck


● Adieu aux lieux : éloignement progressif, pauses aux lieux symboliques
: ferme du maire/porcs (cadavre de l’Anderer), Staubi : rivière
(animaux de l’Anderer), pont (Ohnmeist = chien/renard), plateau de
Haneck (prise de distance), fôret (études de Brodeck), chaumes
(Altitude, changement de paysage), calvaire au christ étrange (village
minuscule → hauteur).

Brodeck fait ses adieux aux lieux (et non aux hommes). Il part de nuit, discrètement, sans
prévenir. Le seul qui le salue est l’Ohnmeist.

● Départ ≠ fuite : Brodeck prend le temps, semble s'arrêter plusieurs


fois : temps utilisé → passé composé (valeur durative) ; 1ère phrase
longue, nombreuses reprises, rythme lent, bien-être; pause à la
Staubi : différence de Brodeck (seul qui écoute la nature : “les gens
n’écoutent jamais ce que leur racontent les rivières, etc.”) → dilate le
temps du départ (répétition “temps” et “pourtant”).

Contraste avec l’ambiance du roman : sérénité (excipit) ≠ peur (roman).

■ Impression de renaissance pour Brodeck


● Affirmation de Brodeck : Ne subit plus, il agit (départ) : répétition de
“je”, accumulation de verbes d’action au passé composé → Brodeck
se prend en main. Il part avec Fédorine (sa mère adoptive), Emélia (sa
femme) et Poupchette (la fille d’Emélia) sur le dos (comparaison à
Enée, héros troyen, qui part avec son père Anchise sur le dos). Insiste
sur l’absence de fatigue. Bordeck n’est plus soutenu, il est devenu le
pilier de sa famille : Fédorine li laisse prendre la décision seul.
● Sentiment de plénitude : Atmosphère de bien-être : la nuit, lenteur,
nature (l.12-19) → Sensations agréables : métaphore des fleurs (l.31)
⇒ nature : complice et bienveillante. L.45-46 : Brodeck est heureux.
Départ ⇔ dernière étape vers la libération, après confession et

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rédaction du rapport // bio.

■ Fin énigmatique
● Ohnmeist (“le chien sans maître”) : Personnage récurrent du roman,
souvent associé à l’Anderer, et mise en évidence de son importance :
3x dans un même paragraphe, jeu de lumière l.37, pronom “nous”
l.27-35, lexique mélioratif “royaume”, “très beau”, “souple et
gracieux”. Présence → presque fantastique : comportement humain,
suit Brodeck (= salut ?), semble se métamorphoser en renard ⇒ Qui
est-il ? → Dernier renard (les autres ont disparu), “chien Brodeck” des
camps, etc. Auteur qui ne tranche pas.
● Disparition du village : l.54 : village qui semble avoir disparu → our de
départ inhabituel, car point de vue différent : “MAIS ce matin, je n’ai
rien vu de tout cela”. “Étrange” (l.49) → Fantastique : répétition : “je
n’ai rien vu” / accumulation l.59-61 : effet d’effacement brutal.
Brodeck est incapable d’expliquer ce phénomène. Métaphore filée du
décor : village = décor de cinéma / théâtre, tableau ? Lecture donne
vie à l’histoire ⇒ lorsque lecture terminée, l’histoire est terminée
aussi.
● Fin ouverte : Que devient Brodeck ? Ou part-il ? Qu’est-il arrivé au
village ? etc. Derniers mots renvoient au début du roman “Je
m’appelle Brodeck et je n’y suis pour rien.” : continue à affirmer son
innocence, interpelle avec distance, répète son prénom 4 fois ⇒
“devoir de mémoire” : ne pas l’oublier, ni le village, son histoire, etc.

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LA 8 : koltès, Roberto Zucco, Tableau I

SITUATION : 1er tableau : correspond à un incipit ⇒ scène d’exposition

Dans quelle mesure ce premier tableau s’avère-t-il original ?

AXES : → Ne répond pas à toutes les attentes du lecteur

→ Mélange les genres

→ Scène symbolique annonçant un héros hors du commun

■ Ne répond pas aux attentes du lecteur / spectateur


● Cadre spatio-temporel : Didascalie initiale : littérale (pas d’ordre
d’action) : destinée au lecteur / visée informative : chemin, prison,
toits (lieu inhabituel, problèmes de mise en scène). / Scène nocturne :
atmosphère étrange, limite fantastique ⇒ Cadre spatio-temporel
étrange et flou.
● Personnages et action : Gardiens désindividualisés (pas nommés),
dialogues vides et pas d’action (majeure partie du tableau) → bruit
entendu (hallucinations ?), nuance entendu - idée d’avoir entendu ⇒
gardiens peu fiables. / réflexion pseudo-philosophique (univers
intérieur) / utilité de leur présence, de leur métier / réflexion sur les
prisonniers . Caractères différents : 1er gardien : terre-à-terre,
sceptique, rationnel ≠ 2nd gardien : intuitif, irrationnel / Absence
d’actions , répétition de “rien”. Zucco ; 1 seule apparition ⇒ une
silhouette / nommé + actes commis, évasion rythmée (réelle au
moment où Zucco disparaît).

Donne des informations sur Zucco, mais restent partielles, lancent l’action mais avant :
ambiance étrange, déroutante.

■ Mélange des genres et des registres


● Scène comique : comique de caractère : personnalités opposées,
caricatures, dispute infantile. Gardiens simplets, balourds. (// Vladimir et
Estragon, En attendant Godot). Comique de langage : répétition de certains
mots, description des différents types de sexes + accumulation d’adjectifs.
Comique de situation : prison moderne, infranchissable → présence de
gardiens, decrescendo (“grilles”/”passoires”/”tamis”), métaphore
“liquide”. Evasion réelle (crédibilité des gardiens détruite) → rôle et
situation : ne voient rien, évasion “réelle” lorsqu’elle est terminée.
● Registre tragique : RZ : parricide (cf. tragédie : mythe d’Oedipe) / huis clos :
impression d’enfermement (prison, chemin de ronde circulaire). / vie des
gardiens = semblent vides et aveugles.

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● Registre fantastique : dès le départ “hallucinations”, verbes de perception,
champ lexical des sens, modalisateurs du doute (“j’ai l’impression”, etc.). RZ
décrit comme un spectre (cf. Hamlet : 2 sentinelles / gardes + spectres)

Koltès mélange les genres et les registres : comique, tragique, fantastique.

■ Symboles, qui présente un héros hors du commun


● Zucco le meurtrier : p.10-11 : “un tout petit prisonnier”, “petit comme
un rat”, “être liquide”, “bras liquide” → surhumain, animalité. / Après
apparition : crimes, “bête furieuse”, “bête sauvage” ≠
“tranquillement”. Placé au-dessus des gardiens. Homme? Animal?
Surhumain ?
● Symbolique : Gardiens : bas, prison, pesants // Zucco : haut, en dehors,
léger Nuit, hallucinations, rêves ⇒ mise en abîme du théâtre. (nuit =
moment où ont lieu les pièces de théâtre, rêves, hallucinations,
gardiens ≈ spectateurs.

CONCLUSION : Scène d’exposition étonnante : ne respecte pas toutes les


conventions :

● renvoie à un meurtrier MAIS commence par un dialogue léger,


humoristique
● intrigante : présente le héros par sa disparition
● “L’évasion” → Celle de RZ, mais aussi celle du spectateur / lecteur

18
LA 9 : Koltès, Roberto Zucco, Tableau III

SITUATION : suite à l’évasion de la prison et du meurtre de sa mère.

Dans quelle mesure cet extrait vient-il compléter le portrait de Zucco en


présentant une autre facette du personnage ?

AXES : → Rencontre de deux personnages enfantins

→ Scène de tension : aveu du nom, question de vie ou de mort

■ Rencontre de deux personnages enfantins : deux personnages opposés


● Deux enfants ? : tutoiement + questions spontanées de la gamine. Zucco se
met à son niveau / Entêtement de la gamine pour connaître le nom de
Zucco p.25 / Vocabulaire + syntaxe simple, répétitif, voir limité. Ton
“relâché”, car discussion orale. Présence de répétitions, de démonstratifs.
● Deux personnages atypiques : Zucco anticonformiste (“je ne fais pas ce
que fait tout le monde”) = gamine (les deux affirment leur différence).
Zucco revendique sa liberté, sa différence // gamine fait quelque
chose d’interdit ≠ pureté évoquée par sa soeur; elle refuse tous les
noms d’oiseaux affectueux, car surveillée dans sa famille. ⇒ Refus de
son assimilation à l’enfance, la fragilité et la protection de sa famille.
● Différents de par leur rêve → voyages en Afrique / “secret” très
présent dans le dialogue. Afrique = neige sur les montagnes +
“tellement” intensif → échappatoire à la réalité terrestre -- froid,
blancheur : idéal de pureté et d’innocence. Confidence de Zucco
“moi”, “je préfère” → Gamine a les mêmes rêves ⇒ Moment de
complicité entre les deux personnages.

Zucco se met à la portée de la gamine (? manipulation) et retombe un peu en enfance.

■ Rencontre de deux personnages enfantins :


● Interrogatoire de Zucco : Rapport de force inéquitable, temps de parole
équivalent, interrogatives dans les paroles des deux personnages
MAIS impression de direction de la part de la gamine → Impératif dès
le début, pose la première question. Curiosité → interrogatoire ⇒
Zucco cherche à ne pas répondre : prisonnier du questionnement ;
après rêves, gamine revient à son interrogatoire → Stichomythies :
gamine l’oblige à donner son nom, en allant jusqu’au chantage (Nom
censé être secret et le rester).
● Un “Jeu” dangereux : arme → interrogatoire = gamine le provoque en
minimisant son poignard, Zucco rappelle son danger tranquillement.
Nom → question de vie ou de mort : refus catégorique → détourne la
question et cache son véritable nom. Gamine qui comprend qu’il ment
et Zucco devient sincère → aveu mortel mais finit par avouer. (Obéit à
la gamine : enlève ses chaussures et se cache sous la table).

19
CONCLUSION : Scène complexe : relation Zucco-gamine ambigüe →
communion, partage des rêves et tension. Echange malgré rapport de force : aveu
du nom de Zucco et don de la virginité de la gamine. Préfigure l’arrestation finale
de Zucco (Scène 9,14)

LA 10 : Koltès, Roberto Zucco, Tableau XV

SITUATION : Ce tableau se situe à la fin de la pièce. Zucco a été arrêté par la police
après avoir été démasqué par la gamine.

Comment cette scène finale permet-elle à Zucco d’accéder au statut de héros ?

AXES : → Un dénouement ambigu

→ Le rôle des voix qui rappellent un chœur antique

→ Zucco devient un héros

■ Un dénouement ambigu
● Références à l’exposition : didascalie : même décor : prison position de
Zucco Voix des 2 gardiens dans l'anonymat 2e gardien a des propos
similaires, répliques du tableau I (écho), même plan d’évasion.
➢ Effet de circularité (Boucle temporelle), prison = incapacité de Zucco
à vivre en société
➢ Mais retournement par rapport au tableau I :
○ Lumière heure : nuit (début) / jour (fin)
○ Zucco pas caché : il parle, visible centre de la conversation dès
le début du tableau, au centre de l’attention.
● Mort ou renaissance ?
➢ Contradictions : Annonce de la fin du personnage “il est fichu” ;
histoire de Zucco = oraison funèbre, Zucco “torse et pieds nus” donc
vulnérable. Mais soleil au zénith (soleil = vie), lumière aveuglante
(mort de Zucco invisible didascalie p. 95) signes contraires se
manifestent.
○ Titre : “Zucco au soleil” → connotations positives de la
lumière ⇒ pouvoir penser à réelle évasion de Zucco
(expression “se faire une place au soleil” = avoir une
situation qui permet de bénéficier d’avantages ;
connotation de bien être, vacances.) Références à la
liturgie :
■ Mithra : (“le sexe du soleil”) Dieu solaire puissant, culte
= sacrifice du taureau ; la participation au culte
garantit la vie éternelle Mithra apporte aux hommes la
vie au-delà de la mort

20
■ Scène représentant la renaissance plutôt que la Mort.

■ Rôle des voix rappelant un choeur antique


● Voix mêlées : Personnages réduits à des voix, invisibles. Répliques courtes,
dynamiques, haletant. Zucco au centre de la conversation : annoncent son
entrée en scène. 3 étapes :
➢ p.92 : commentent l’histoire, voix de gardiens et de prisonniers.
Gardiens vouvoient et prisonniers tutoient (distance ≠
proximité) Opposition de ces types de voix génère un aspect
comique.
➢ p.92-94 : Portent un jugement sur Zucco. Changement (“Mais
ton père, et ta mère”) → Voix moralisantes, une doxa qui
condamnerait Zucco (présent de vérité générale, etc.) ou
expression d’une misogynie (“toujours une femme pour trahir”,
etc.)
➢ p.94-fin : Manifestent une ignorance, une incapacité à voir, à
comprendre, annoncent la chute de Zucco.
● Un choeur antique : Antiquité : citoyens qui dansent et chantent. Choeur
placé dans l’orchestre, en bas de la scène. Nombreux éléments qui
rappellent un choeur : voix invisibles, effet de chant, voix rappellent
évènements, dialoguent et commentent. CEs voix qualifient Zucco de
“Héros”.

■ Zucco accède au statut de héros


● Un héros mythique : évènements naturels présents et déchaînés
(crescendo didascalie) → donnent à ce dernier tableau un aspect
solennel (registre épique). Zucco est transfiguré. Références bibliques
explicites : Samson, trahi par Dalida, Goliath, un géant terrassé par une
simple fronde ; mais aussi mythologiques : Icare, fils de Dédale, il n’a pas
écouté son père et s’est brulé les ailes, grâce auxquelles il s’est échappé du
labyrinthe de Minos, Prométhée, Oedipe, etc. Zucco est entrainé par un
destin qu’il ne contrôle pas.
● Une chute ascensionnelle : Apparaît comme un personnage surhumain :
mouvement inéluctable (= Qu'on ne peut empêcher, éviter) : mouvement
ascendant; puissance animale, force brute sans agressivité; solitude;
absence de morale (amoral et non immoral)

21
Zucco semble donc être une créature surhumaine : il est un personnage solaire lié aux
éléments, il est le seul à comprendre certaines choses. Même lorsqu’il tombe, son esprit
fait une ascension.

22
LA 11 : Molière, Dom Juan, V, 2 (1665)

CONTEXTE : Molière est un célèbre auteur du classicisme et du baroque. Dom


Juan : personnage “moderne”, pas d’unité spatio-temporelle respectée,
évènements surnaturels → baroque. 1664 : Tartuffe → vise les faux-dévots (St
Sacrement) mais censuré. 1665 : Dom Juan → fait passer le même message en
remplaçant le Tartuffe.

SITUATION : Dom Juan : haut aristocrate séducteur, décrit comme “Grand


Seigneur, méchant homme”, se décrit conquérant. La scène avant, son père vient le voir et
Dom Juan (semble) changer d’attitude.

Comment cet extrait de comédie permet-il à Molière de faire une critique


cinglante de la société de son temps ?

AXES : → Une scène de comédie

→ Un éloge paradoxal de l’hypocrisie

→ La critique de la société et des faux-dévots

■ Une scène de comédie


● Sganarelle, valet de comédie : Sgannare = ouvrir les yeux ⇔ celui qui ouvre
les yeux / qui fait ouvrir les yeux. Il subit les insultes de son maître car
naïf. Change émotionnellement dans l’extrait : l.2 → content ≠ l.7 →
étonnement, déception. Comique de mots : “quoi?”, “quel homme”
répétés. Bon sens populaire : l.11-12 : “croire ce qu’il a vu [statue]”.
● Couple Maître-Valet : Rapport social inégal : peuple / aristocratie
(“tu”/“vous”). Méprise son valet (arrogance l.5-6) MAIS valet confident
→ l.19 : “confidence”. Apostrophe l.19 laisse le valet à sa place. Il
condamne MAIS admire son maître (question rhétorique l.21-22)
● Dom Juan = comédien : joue devant son père et son valet un rôle → fils
repenti ⇒ père et valet tombent dans le piège. Se démasque
rapidement (l.5-6). Champ lexical du théâtre, de l’illusion. Dom Juan
maîtrise le théâtre et la comédie : hypokrisis = celui qui joue un rôle
(connotation négative tardivement)
■ Eloge paradoxal de l’hypocrisie :
● Discours maîtrisé et éloquent : Présent de vérité générale → généralise
sa conduite. (+ “on”, “il faut”, etc → tournures impersonnelles). Tirade
structurée, rythmée : présence des connecteurs → étapes du
raisonnement. L.38-41 : Question rhétorique large → but : convaincre
et démontrer les bienfaits de l’hypocrisie. L.26 : Syllogisme →
Hypocrisie = vertu.

23
● Procédés de l’éloge : Lexique valorisant : “art”, “privilégié” +
Hyperboles. Oppose les autres vices à l’hypocrisie (l.30-32). Champ
lexical de la morale, de la protection; métaphores du bouclier. Blâme
la sincérité l.36 : lexique dévalorisant. ⇒ Eloge paradoxal → doxa (=
opinion publique), dénoncer l’hypocrisie grâce à la double-énonciation
(sur scène - au-delà).
■ Critique virulente de la société des faux-dévots
● Satire de la société de son temps : Dom Juan → opportuniste, égoïste ⇒
Molière critique les opportunistes. Références à sa société : “à la
mode”, “aujourd’hui”. Société figée, incapable de réagir.
● Pamphlet contre la “cabale des dévots” : Cabale des faux-dévots : entité
dans la société (l.33-34 + l.47). Puissant, menaçant : nombreuses
hyperboles, accumulation verbale au futur. Faux-dévots comparés à
des mauvais comédiens l.42-43. L.48 : “règlement de comptes”, met
en abyme sa propre situation. Question rhétorique l.38 : allusion
Prince de Comti + Registre polémique l.51. ⇒ Démasque les faux-
dévots : utilisent la religion pour des fins personnelles, dénonce une
attitude blasphématoire (confondre les faux-dévots)

24
LA 12 : Beckett, En attendant Godot (1952)

CONTEXTE : (1906-1989), Beckett suit des études de philosophie, auteur


romanesque et dramaturge irlandais. Appartient au nouveau théâtre ou théâtre de
l’absurde : rupture avec les conventions, pessimisme.

SITUATION : 2 actes, sans scènes. 2 personnages : Vladimir et Estragon, deux


vagabonds qui se retrouvent et qui attendent Godot.

Comment le dialogue révèle-t-il le vide existentiel des personnages ?

AXES : → Une scène vide d’action et dialogue inconsistant

→ Personnages comiques et tragiques à la fois

■ Une scène vide d’action et un dialogue inconsistant


● Une scène vide d’action : vagabonds errant dans la campagne : décor
poussiéreux costumes délabrés démarche claudicante
● Actions : manger (action trivial que le théâtre classique évitait de montrer) :
choix de l’aliment, quiproquos carotte/navet jeu pour tuer le temps,
dégustation de la carotte (détaillée), partage de la carotte. Il n’y a pas de
réelle action, mais l’accentuation sur la carotte permet de comprendre les
personnages sur l’action de se nourrir, et puis c’est leur dernière carotte.
● Une conversation vide : Différents thèmes : Nourriture (l.1-18), échange sur
question d’Estragon (GOGO) (l.14) qu’il a oublié (l.21) qu’il se souvient (l.26)
et résolution (l.27-35), échange et divergence de point de vue à partir de
« proverbe » « plus on va, moins c’est bon » qui peut s’appliquer à la carotte
ou à la vie à cause du présent de vérité générale, le spectateur peut
s’attendre à une confrontation d’idées. Échos et reprises de l.47-54. La
situation n’a pas avancée car Estragon propose la carotte à Vladimir qui
renvoie au problème ligne 2.
● Ce passage forme une boucle autour de De de l’objet (la carotte). ⇒
accent mis sur la platitude quotidienne → mécanique du Langage.

■ Personnages comiques et tragiques


● Deux personnages comiques : Ressemble à un sketch. Délectation de la
carotte ressemble à un lazzi (action bouffonne : jeu de scène, gestuelle,
etc.). Comique de langage : répétitions “liés”, “ta carotte” désignant l’un et
l’autre des personnages). Se rapproche un peu de la vulgarité et de la
sexualité.
● Personnages et situation tragique : Situation précaire : presque plus rien

25
à manger, condamnés à passer le temps. Estragon mange une carotte
(qu’il préfère) pour tenter de retrouver le goût (de vivre ?) MAIS
constat pessimiste. Veulent se rassurer : Vladimir dit que rien ne les
lie à Godot, nuanc par “Pas encore”...Conversation devient grave : jeu
avec la carotte devient une réflexion philosophique sur le sens des
actions, mais leur constat conduit au désespoir (tentent même de se
pendre pour tuer le temps) ⇒ Reprise de l’idée pascalienne (cf. Blaise
Pascal, auteur des Pensées) : l’homme se divertit pour oublier sa condition.

CONCLUSION : Centre de la conversation : sujets triviaux → banalité de ces


sujets, abordés de manière comique, grotesque ou ironique. MAIS questions
existentielles soulevées, objet prend dimension symbolique. Comique vient
souligner la tragédie de l’existence : attendre Godot ⇔ attendre la mort.

26
LA 13 : Lagarce, Les règles du savoir-vivre dans la société moderne (1994)

CONTEXTE : (1957-1995) JL Lagarce est un comédien, metteur en scène, directeur


de troupe et dramaturge français. Il écrit Les règles du savoir-vivre dans la société moderne
en 1994.

SITUATION : C’est une sorte de copie du texte de la Baronne Staffe, décrivant


l'attitude à avoir durant la vie d’une personne, qui est ici détournée ironiquement. Ici,
nous étudierons le passage dédié aux fiançailles.

Comment Jean-Luc Lagarce tourne-t-il en dérision les codes d’une société


bourgeoise et conformiste ?

AXES : → Des règles strictes qui codifient les fiançailles

→ Brosse le portrait de la bourgeoisie et reprend les principales


caractéristiques

→ La satire d’une société bourgeoise

■ Des règles strictes codifiant les fiançailles


● Protocole : des étapes à respecter : Fixe le cadre et les étapes :
➢ Bouquet / bague / dîner / déclaration / horaires / “surveillance” des
fiancés.
➢ Les objets : bouquet → Fleurs blanches favorites / la bague →
pierre favorite.
➢ Les vêtements
➢ Le plan de table
● Règles qui semblent tout imposer : Tournures et/ou expressions
injonctives : “doit”, “indispensable”, “ne faut pas”, etc. + champ
lexical de l’autorité + gaieté indispensable. Présent de vérité générale
→ règles immuables. Protocole impose les vêtements de la fiancée et
des invités, mais aussi l’attitude et les réactions : découverte de la
bague, invités à l’annonce, baiser du fiancé.
■ Les caractéristiques de la société bourgeoise
● Une réputation des rôles déterminée et figée : Répartition des rôles dans
les fiançailles = répartition des rôles dans la société. Le fiancé est
plus sollicité que la fiancée : l’homme a plus de responsabilités →
actif, la femme passive.
● Homme décide, Femme reçoit, ressent (l.3, l.8, l.15) alors que le
ressenti de l’homme semble secondaire. Femme qui porte la marque
d’appartenance de l’homme (port de la bague) → différence des sexes
bien établie comme dans la société, pureté de la jeune fille gardée,
amour permis, mais morale préservée (l.56-57)

27
● Une société étroite, qui cultive l’entre-soi : Cérémonie avec famille, avec
invités triés sur le volet. « des amis de la veille » → comportement
élitiste de chaque familles bourgeoise ⇒ créer un cercle d’amis. La
structuration sociale se fait autour des initiés → protéger la fiancée
des « yeux et commentaires » (répétitions l.4,5), c-à-d rumeurs et
critiques. Expressions « intimité rigoureuse » « délicate discrétion » ⇒
mise en valeur de qualités attribuées à la famille bourgeoise.
Discrétion et délicatesse prouvées par fiancé choix des fleurs et de la
pierre de la bague (« il a consulté discrètement ») : comportement
transmis aux enfants.
● Union arrangée : Amour ? Il n’apparaît qu’à la fin l.56 « amour désormais
permis » : sous-entendu que l’amour n’était pas permis plus tôt, et ne faisait
pas parti de la décision. Présence de « négociateurs » désignés par
euphémisme « ambassadeurs » à la table des convives prouve ce système
“matrimonial” : les unions sont prévues, négociées entre familles. L.20, la
dame précise que l’anneau a scellé un engagement « qu’on ne peut plus
rompre que pour des motifs très graves ». Il que les sentiments des jeunes
gens ne sont pas pris en compte.

■ La satire de la société bourgeoise


● Texte vivant et comique : Aucune didascalie, mais le texte suggère des
intonations, gestuelle, temps de pause, etc. Comique de répétition : “AH…”
de surprise ↔️ “AH…” d’émerveillement. Suggère des sentiments artificiels,
exagérés. Certaines répliques peuvent e$tre prononcées ironiquement.
● Confusions de la dame : lignes 25-38, description du plan de table
confuse : répétition “le père” et “la mère” 4 fois + périphrases qui
complexifient + syntaxe plus difficile + commentaires ironiques. Elle
se contredit : “si l’on veut bien faire un effort” ≠ “je n’insiste pas,
c’est clair”. ⇒ Dame ridiculisée, et ses règles aussi.

● Caricature de la bourgeoisie : Sens du texte renversé : sérieux → ironie,


dérision. La dame donne des conseils, ses avis.

CONCLUSION : Texte de Jean-Luc Lagarce est ironique et décalé : la dame énonce


des conseils, costumes et recommandations qu’elle explique. Ces règles deviennent
absurdes, et la dame elle-même semble dépassée.

28
LA 14 : Du Bellay, Heureux qui comme Ulysse (1558)

CONTEXTE : Renaissance → Humanisme (En Europe) = homme placé au


centre du sujet // imite l’Antiquité. Du Bellay : poète français de la Renaissance, il
forme la Pléiade avec d’autres poètes (ex : Pierre Ronsard). Il compose d’abord en
décasyllabes, puis en alexandrins (ex : Les Regrets → Heureux qui comme Ulysse).

SITUATION : Les Regrets expriment la nostalgie de l’auteur de la France, et plus


particulièrement de son village (ex: Heureux qui comme Ulysse), mais aussi les doutes et
aspirations du poète. Écrit durant son exil forcé (professionnel) à Rome.

Comment ce sonnet met-il en valeur son village natal ?

AXES : → L’expression de la douleur de l’exil

→ Comparaison et Opposition de Rome et Liré

→ Poème révélateur de l’humanisme de Du Bellay


■ Un poème qui exprime la douleur de l’exil
● Dimension autobiographique : Premier quatrain → Voyage et retour
(impersonnel : 3ème personne) / Deuxième quatrain + tercets : “je” +
possessifs → Dernier tercet : références au Loir, Liré, à l’Anjou +
Références à Rome : lieu ou il se trouve.
● Poème élégiaque : Élégie = chant du deuil ⇒ Plainte, deuil, mélancolie,
etc. Ponctuation expressive : “?”, “!”. 2ème quatrain : regrets,
répétitions “reverrais-je” + futur (= incertitude) + indicateurs de
temps. / Enjambements : accélération (v. 5-6 et 6-7) → impatience.
“Hélas” v.5 mis en valeur. Musicalité : allitérations en [m], [é] et [è],
anaphores “reverrais-je”, “plus”, “me plait”.
■ Compare et oppose Rome et Liré :
● Structure des tercets : Liré : v.9 + 11 (2°) + 12 (1°) + 13 (1°) + 14 (2°) //
Rome : v.10 + 11 (1°) + 12 (2°) + 13 (2°) + 14 (1°). Anaphore “Plus” :
comparatif de supériorité → éloge de Liré.
● Eloge de Liré et blâme de Rome : Termes affectifs : “me plaît” + lexique
valorisant : “douceur”. Opposition Liré-Rome = opposition simplicité,
modestie ⇔ grandeur, orgueil, séjour ⇔ palais, aïeux ⇔ audacieux, etc.
Attachement du poème / Métonymie “la cheminée” qui représente le
village entier, inverse “maison” - “province
■ L’humanisme de Du Bellay
● Références à l’Antiquité et à l’Italie : sonnet (inspiré des poètes italiens) /
1er quatrain : “Ulysse” → réf. à l’Odyssée, héros parti pendant 20 ans et
“Jason” → toison d’or, beaucoup de temps pour rentrer ⇒ figures de
l’exil : Du Bellay insiste sur le retour. Traduit le goût des humanistes

29
pour la culture romaine.
● Thème du voyage et enjeux : éloge du voyage “Heureux”, “beau”, etc.
Exclamative → magnifie le voyage. Strophes suivantes : auteur
impliqué → admiratif de l’Antiquité. Voyage à Rome : regard critique
sur la ville.

30
LA 15 : Alphonse de Lamartine, Milly ou la terre natale (1830)

CONTEXTE : Alphonse compose ce recueil quand il était secrétaire d’ambassade en


Italie, puis plus précisément à Florence. C’est un extrait, un fragment du poème dédié à
Milly, son village natal (Bourgogne, près de Mâcon.)

SITUATION : expriment la nostalgie de l’auteur de de son village.

Comment le lyrisme romantique permet-il à Lamartine d'exprimer la nostalgie de


sa terre natale ?

AXES : → Le souvenir fait surgir un tableau vivant

→ La nostalgie du poète

■ Le souvenir du village fait apparaître un véritable tableau vivant


● Une description organisée :
■ La description du village débute dès la 2ème § jusqu’à la 4ème.
⇒ Imparfait de description. 3 § = 1 phrase
■ Poème construit sur accumulation d’apostrophes qui présente la
composition de Milly :
● Nature : montagnes, vallons, saules, coteaux, sentier
● Construit par l’homme : vieilles tours, murs noircis, fontaine,
chaumière, toit.
■ Remarque une progression dans la description :
● effet de rapprochement : Vue d’ensemble vers le cœur du
village.
■ § 2 = incantation : parallélisme (nom + pronom relatif) →
impression que le poète appelle les lieux, non seulement pour
leur rendre hommage, mais aussi provoquer leur visualisation
■ § 3 et 4 sont plus précises, plus de détails
■ Description très visuelle effet de découverte progressive.
● Un tableau vivant :
■ Relief géographique (montagnes, vallons, …)
■ Couleurs et lumière : Tons nuancés et adoucis
● oxymore : « le soir dorait » produit un clair/obscur auquel font écho
les couleurs de l’automne (v 5), du foyer (v 13)
■ Village à différentes époques : automne, hiver, matin, soir → moments
où le village est le plus pittoresque
■ le, la, les ⇒ familiarité
■ Présences humaines : « l’émondeur » « les pasteurs » et « le pèlerin »
■ assonance en [ou] v 10-12, appuyée par répétitions « tour à tour » et
« goutte à goutte » ⇒ rythme calme, apaisé (enjambement→ ralenti le
rythme)

31
■ Description figée, mais vivante.

■ La nostalgie du poète
● La douleur de l’éloignement :
■ Douleur de l’éloignement § 1 par l’interrogative (v 1) : le nom du
village a été prononcé ⇒ déclenchement de la nostalgie.
■ Démonstratif et périphrase pour désigner Milly comme si Lamartine n’osait
le prononcer de nouveau, à cause de souffrances que cela lui inflige.
■ Si le mot Milly n’est plus prononcé, l’assonance et la rime en [i] le
rappellent à chaque vers, de plus ces termes se rattachent au village
ou aux sentiments du poète. Le vers 3 → conséquence sur le poète.
■ Comparaisons v 4 annoncent la personnification des § suivantes
(apostrophes) et insistent sur la dimension affective que prend le village. Lui
manque comme un ami ou un être familier.
■ Lieu protecteur, procure sentiment de bien-être : lieu protéger par les
montagnes… Un lieu d’accueil pour pasteurs et pèlerins,
lieu chaleureux (v 13). Lamartine coupé de ce lieu, il se sent en
« exil » : son éloignement est volontaire, lié aux activités
professionnelles ⇒ d’où le « brillant » exil : Lamartine n’oublie pas
l’honneur qu’il a de travailler à Florence, berceau de la Renaissance
des arts et des lettres.*
● Le lyrisme :
■ Expression des sentiments par le lyrisme
■ Présence du poète discrète : pas de « je » mais pronoms possessifs « mon »
qui manifestent sa présence. Lexique des sentiments :
« frémi, cœur, âme attendrie ».
■ Présence de la nature particulièrement importante → personnifiée par
les apostrophes, ainsi que par la question v 15-16. → Lamartine
s’adresse aux « objets inanimés », et pose un sujet philosophique.
« notre » → Lamartine parle au nom des hommes, et suggère qu’il
existe une communication entre les objets et les hommes. Fruit de
ses recherches « donc ».
■ Le lyrisme de Lamartine prend une dimension universelle. Les sentiments
liés aux choses sont transposés aux hommes en général.

CONCLUSION : Milly renaît à travers le souvenir et la description du


poète. Célébration du village natal et hommage à la nature. Le poème
contient des caractéristique du Romantisme : Lien avec la nature,
expression de la nostalgie, mélancolie, lyrisme. Lyrisme personnel
traduit sur l’universel : expérience personnelle → Lamartine retire une
réflexion existentielle susceptible de concerner tous les humains.

32
LA 16 : Senghor, Joal (1945)

CONTEXTE : (1906-2001) Poète, écrivain et homme politique français et sénégalais.


A l’origine de la négritude, aux côtés d’Aimé Césaire.

SITUATION : Joal est écrit en 1945, et publié dans Les Chants d’Ombre. Il y décrit ici
son pays natal, le Sénégal.

En quoi cette célébration nostalgique du pays natal est-elle originale ?

AXES : → Une célébration de l’Afrique

→ La nostalgie du poète

■ Célébration de l’Afrique
● Paysages et décors de l’Afrique natale : “Joal!” : référence directe. 2nd vers :
souvenir et succession des visions. Différentes évocations de l’Afrique se
succèdent. V.3 : référence à la chaleur et constructions typiques pour être à
l’abri du soleil, “verte” : végétation , nature mais impression bizarre (“ombre
verte”). Son souvenir semble idéaliser son pays natal.
● Les hommes et femmes de l’Afrique : Présence humaine au vers 3 :
“signares”_(x2) → Afrique coloniale + enfance du poète. Femmes
singulières : regard, etc. Le roi du Sine est présent (Koumba
N’Dofène), mis en valeur par l’assonance en [ou]. Éléments
prestigieux représentés : couleurs, lien entre les hommes et la nature,
etc. Dans la suite, célèbre les corps et la vigueur des jeunes
● La culture africaine : Il se souvient aussi des rites et de la culture
africaine : rites → mort associée au festin, sacrifice ; présence des
“griots” (=conteurs africains) → tradition orale; danse, combats →
enthousiasme du poète (“Oh!”), métaphore du choeur (= importance
de la musique).

Le poète se remémore les lieux de son enfance, et souvenir rafraîchi par la vivacité des
sensations.

■ Expression originale de la nostalgie


● Lyrisme original et moderne : Poème construit sur l’anaphore “je me
rappelle”, avec accélération du rythme (v.1-2 et 18-19 : vers plus
courts). Anaphore → effet incantatoire permettant au souvenir de se
développer. Vers libre : renouveau de lyrisme. Musicalité riche ([r] et
[l]; [f]; [è] et [ou].
● Deux cultures mêlées : Nostalgie exprimée : Afrique , mais marquée par
le métissage culturel (“signares” → colonies + v.12-13). Garde en
mémoire les missions catholiques et mélange des rites catholiques-
païens. Le poète se replonge dans ses souvenirs de l’Afrique coloniale

33
(= mélange culturel faisant parti de son enfance)
● Douleur du poète africain exilé en Europe : Répétition “Je me rappelle …” →
rupture dans le poème : derniers vers le replonge en Europe. Rupture
forte : champ lexical de la tristesse, expression de l’ennui, de
monotonie.

LA 17 : Apollinaire, « Zone » p. 8, Alcools (1913)

CONTEXTE : Apollinaire (1880-1918) est un poète français. Passage à la


guerre. Ses amours etc.

SITUATION :

En quoi ce poème exprime-t-il une tension entre le passé et la modernité ?

AXES : → Le rejet du passé

→ La célébration de la modernité

■ Le rejet du passé
● Le rejet du passé dès le 1er vers : débute par « À la fin » → surprendre le
lecteur, à l’ouverture du recueil ; le poète marque la fin d’une période,
époque / Provocation ? → Choix paradoxal de l’alexandrin régulier ⇒
ironie ? ↪️ Rejet difcile car le passé infuence encore le présent / Vers qui
exprime l’ennui, lassitude du monde « ancien » (mis en valeur par la diérèse)
et dont les sonorités font écho au terme « fin » ⇒ Semble vouloir en finir
avec le passé et souhaite un renouvellement.
● Le poète remet en cause les valeurs esthétiques passées : Champ lexical
de l’ancien : « fin, ancien (2 fois à la rime), etc. ≠
celui de la nouveauté : « neuve, matin (6 fois environ) ». Monde
ancien désigné comme une « fin », opposition à une aube nouvelle,
celle de la modernité. v.3 : Paris = « antiquité grecque et romaine » =
référence au néoclassicisme, en vogue à cette époque ; critiquerait alors
une esthétique qui peine à se renouveler, et qui reprend ce qui est déjà fait.
v.4 : vise les automobilistes, emblème de la modernité, nuancé
par« on l’air » → apparences (ressemblances avec les anciens
carrosses trop présentes ?) → renouvellement toujours à atteindre ⇒
présent donc pas révélateur de modernité → appartient déjà au passé
⇒ Moderne = Avenir
● Un passé plus difficile : Passé autobiographique : se désigne par la 2ème
personne du singulier, comme s’il se parlait → mise en distance. Passé
semble le hanter : regrets, remords v 9-10 : champ lexical de la
religion « honte, église » ⇒ péché. / « fenêtres » → métonymie : les
habitants des immeubles, leurs regards sur lui leurs jugement. / Ne

34
révèle pas la cause de la honte, montre le reste vivace du passé, qu’il
agit sur le présent du poète. « retient » → verbe qui induit que ces
souvenirs l’empêchent d’avancer.
■ La célébration de la modernité
● La religion modernisée
■ Surprenant que la religion soit dans un éloge de la modernité, mais
elle renvoie au passé du poète, à son enfance (v 26-31).
■ « religion » terme qui encadre le vers 5 (placé au début et à la rime),
symétrie renforcée par l’assonance en [eu] et la présence du mot
« rester » conjuguer au passé composé, repaire immuable dans un
monde transitoire et changeant.
■ Comparaison vers 6 : jeu du mot « ascension » (aux vers 41-45, le
Christ est comparé à un aviateur ou à un oiseau)
■ Parallélisme aux vers 7-8 : le caractère moderne de la religion
(v 6, v 7) de manière paradoxale (Pie X → opposition au monde
moderne et bénédiction de celui-ci). Apollinaire pense peut-être
au livre Monoplan du pape publié en 1912...
● Éloge de la ville moderne
■ lexique valorisant pour la ville moderne
(« jolie, neuve et propre grâce ») → rue dans paris banlieue,
quartier industriel récent ; la métaphore du « clairon » fait de
cette rue l’annonce d’une aube nouvelle
■ Apollinaire privilégie les éléments les plus modernes de Paris :
« tour Eiffel » (modernité en 1913, scandale à son installation).
accumulation vers 17 → activités industrielles et tertiaires.
Réalités de la ville moderne : géographiques (v 23-24) sociales
(v 13) et sonores.
■ Le charme de la ville tient au bruit → assonance en [i] champ
lexical du bruit, et au mvt → rythme des vers 17-18 : la vie est
restituée par les métaphores animales (animalisation). Le poète
évoque une réalité triviale, matérielle, qu’il transforme aussitôt
en la poétisant.
● Le renouvellement artistique
■ Renouvellement de la poésie. vers 11-14 : une poésie nouvelle
envahit le quotidien, celle des « prospectus, catalogues, affiches » qui
« chantent tout haut » ; les couleurs vives, une utilisation nouvelle du
langage (slogans, poésie, titres) viennent animer l’espace urbain ; la
poésie n’est plus sélective, elle n’est plus cet art destiné à une élite.
■ La presse (apparition des journaux à scandale) fait partie de ce
renouvellement littéraire (celui de la prose) : cette forme est
accessible, ouverte (« mille titres divers »)
■ Choix du vers libre et abandon de la rime au profit d’échos sonores
Apollinaire choisit le vers libre et la forme irrégulière : image
nouvelle métaphore v 2, et choix de l’esthétique cubiste.

CONCLUSION : Désillusion du poète par rapport au monde dans lequel il vit : il

35
attend et appelle un renouvellement profond :

● désillusion du poète par rapport à son monde : veut un renouvellement profond.


● Renouvellement proposé dans le poème préliminaire : intermédiaire (“zone”) entre
passé et modernité
● Poème manifeste : propose et exprime un art poétique nouveau.

36
LA 18 : Apollinaire, « Les Colchiques », Alcools (1913) p.22

SITUATION : Les colchiques sont liées à la Colchide, la région de la sorcière Médée,


une empoisonneuse. Elle est aussi surnommée “tue-chien”.

Comment Apollinaire renouvelle-t-il le lyrisme amoureux et le rapprochement


femme-fils ?

AXES : → Poème composé d’une succession de 3 tableaux champêtres

→ Le colchique = symbole de la fleur

→ Le renouvellement poétique

■ 3 tableaux champêtres qui se succèdent


● 1) Paysage champêtre simple : v.1: Antithèse → alexandrin avec césure
(régulier), 2 termes séparés avec “mais”. v.2 : Vaches (lourd, lent),
animal inhabituel → Calme (= allitération [en]). v.3 : Deux termes longs.
v.2+3 : Alexandrin coupé. Tableau automnal : “automne” + couleur mauve
abordée.
● 2) Arrivée des enfants : Animation brutale → bruit + allitération [qu] et
[t]. v.8_: silence → bruit ⇒ rupture sonore. Jeunesse dans le poème, vie
et mouvement.
● 3) Départ des vaches : Changement de rythme / son : lenteur. Présence
humaine absente au premier. v.15 : “mal fleuri” → oxymore ; alexandrin
(césure) ; même rime “automne”.
■ Que symbolise le colchique ?
● Une fleur attrayante : Lexique valorisant : “joli”, “fleurir”, etc. v.4 : couleur,
encadré : colchique | lilas ⇔ automne | printemps. v.5 : “fleurir”, “fleur”.
1°/2° : attraction sur les vaches / les enfants : naïfs, ignorants ⇒
Mouvement circulaire : lien 1°-15° vers - écho : répétitions
“lentement”, “automne” …
● Une fleur dangereuse : Lexique poison et péjoratif (= “Violâtre”). Fleur = mal
(moral). 2° strophe : enfants inquiétants → ramassent des fleurs
toxiques. Colchiques → Prolifération (v.11). Changement de rythme→
rapide v.12 “dément”, “folie”.*
■ Rapprochement femme-fleur :
● Rapport femme-fleur : Cliché. Fleur couleur “cerne” → Yeux. + “couleur
de tes paupières” ⇒ fleur comparée à un oeil. v.5 : tes yeux “comme
cette fleur”, “comme leur cerne”. Confusion oeil-fleur : battement
(fleur - paupières), fleurit (tes yeux) ⇒ Analogie fleur-oeil.
● Sonnet déstructuré : v.2 associé au 3 = 14 vers (= sonnet) + rimes suivies.
Alexandrins réguliers : v.1, 2+3, 4, 5, 7, 13, 15. Sonnet : dernier tercet (chute

37
du poème).
● Lyrisme renouvelé : 1° + 2° personne = possessifs (v.7) :
rapprochement (2 dans même hémistiche). Mélancolie : automne,
douleur. Abandon (v.14) : rupture. Mort (v.14-15) “pour toujours” → fin
de l’amour. Lenteur : ambiguïté des sentiments (= vache/pré).
Gardien du troupeau = part d’Apollinaire.

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LA 19 : Apollinaire, « Nuit rhénane », Alcools (1913) p.22

SITUATION : 1ère partie de la section “Rhénanes” → séjour en Allemagne en


1901. Poème qui donne la présence de l’ivresse, il fait donc référence au titre du
recueil.

Comment ce poème retranscrit-il l’éloignement du poète vers un univers


imaginaire, irréel ?

AXES : → Ivresse : Point de départ vers l’irréel

→ Basculement du réel vers l’irréel

→ Pouvoir incantatoire de la poésie

■ Ivresse : point de départ vers l’irréel


● Expérience de buveur : Impression d’être dans une taverne, avec des
chanteurs et buveurs, ambiance festive : champ lexical du vin,
“verre”, impératif → s’adresse à quelqu’un. Ivresse crescendo :
mouvements de l’ivresse, suggérées par le Rhin et ses méandres ou
encore une flamme. “trembleur” : mais qui tremble mais vin
responsable du tremblement. Ivresse semble gagner le Rhin et
paysage (v.9). Langage affecté : allitération en [v] v.1-4, répétition :
“le Rhin le Rhin”, assonance en [i] v.9 + rythme vers 9 2-4-4-2 ⇒
paroxysme au vers 9.
● Tristesse du buveur : Boit pour oublier amour malheureux ? Marques du
lyrisme : 1ère personne, impératif + femmes qui “incantent” → amour
malheureux : référence aux sirènes (séduisent et entraînent les
marins).
● Ivresse et pouvoir de transformation : Paysage affecté, décor transformé :
Rhin dédoublé (v.9) + paysage mouvant, vertigineux : vignes “se mirent”, or
des nuits “tombe en tremblant”, etc. Confusion entre le ciel, la terre et le
Rhin. Poète semble ivre (Pourquoi ?) et le poème bascule petit à petit dans
le fantastique.
■ Basculement du réel vers l’irréel
● Références à la mythologie allemande : Nombreuses références :
personnage du batelier, “filles du Rhin” qui garde un trésor, et les
“fées aux cheveux verts” (⇔ “ondines” ou “Lorelei” → gros rocher du
Rhin où les bateaux peuvent s’écraser) ⇒ envol hors de la réalité.
● Le glissement vers le fantastique : Cadre réaliste de départ mais certains
détails deviennent fantastiques : nuit, lune, voix inquiétante des
“fées”. Lecteur hésite : poète victime d’hallucinations ? → MAIS
ivresse provoquée par l’alcool ? PCQ : compare ses poèmes à des
“Alcools”.
■ Pouvoir incantatoire

39
● Pouvoir du chant : Poème circulaire : chant du batelier → élément
central du poème + celui des clients, fées, poète. Chant s’arrête vers
13, car le verre (=vers) se brise.
● Ivresse de l’inspiration poétique : Se plonge dans les légendes. Ivresse :
métaphore de ce mouvement. Chute = retour brutal dans la réalité.

40
LA 20 : Rabelais, “L’abbaye de Thélème”, Gargantua (1534) p.418

BIOGRAPHIE : A étudié le latin, le grec. A d'abord été moine et traducteur avant


d'exercer les fonctions de médecin puis d'écrivain. Il a allié, sa vie durant, foi en Dieu,
discours anticléricaux, pensée humaniste et sens de la farce. Ses deux principaux héros
littéraires, des géants, père et fils, sont issus de la littérature du Moyen Age.

SITUATION : Pour remercier Frère Jean des Entommeures d’avoir participé à la


guerre contre Picrochole, Gargantua lui permet de construire son abbaye : Thélème.

Quels principes font de cette abbaye un lieu idéal ? Quelles en sont toutefois les
limites ?

AXES : → Une société idéale

→ Un anti-monastère

→ Les limites du système

■ Une société idéale


● Liberté au coeur de l’abbaye : Thélème ⇔ Bon vouloir. Règle présentée
comme une clause : “Fais ce que tu voudras” : société sans lois, sans
limites. Formule (impérative) → Négation de la contrainte // Chp.
lexical de la liberté abondant + Présent de vérité générale : respecte
la nature humaine (oppression → violation des règles)
● Qualités et vertus : Concerne les gens “bien-nés” (chevaliers / dames).
Respectent des valeurs innées : honneur, vertu, respect des autres,
altruisme → fondation de la communauté.
● Lieu d’éducation : Les thélémites sont “bien éduqués” : activités culturelles
variées et complètes : jeux, chants, musiques, langues, etc. Les Thélémites
pratiquent des activités “nobles” : former une société raffinée. “L’éducation”
reçue contribue à épanouir le corps et l’esprit.
■ Anti-Monastère ?
● Lieu religieux ? Thélème ne ressemble pas à un lieu religieux → Abbaye
+ champ lexical vertu détourné du religieux : pas de mention de Dieu,
pas de prières, lieu ouvert, que l’on peut quitter. Thélème ⇒ Lieu de
transition
● Principes à l’encontre du religieux : Egalité homme - femme, mixité et
mariage présenté comme “amitié de coeur”, liberté, raffinement, luxe. Vont
à l’encontre des voeux monastiques : rabelais à vécu en monastère e
critique les excès de ces contraintes.
■ Les limites du système :
● Paradoxes : “Fais ce que tu voudras” → “Fais ce que l’autre veut faire”
⇒ Dictature de l’altruisme.

41
● Lieu réservé : Non accessible à tous (accumulation “libre, bien nés, bien
éduqués…” Ces personnes semblent parfaites, et donc irréelles, sachant
qu’ils sont censés réintégrer la société et se passer de lois ne semble
qu’illusoire, car il faudrait que l’homme soit vertueux.

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LA 21 : Fénelon, “Les Aventures de Télémaque”, (1699)

BIOGRAPHIE : Issu de famille noble (dordogne). A suivi des études de théologie ;


homme d’église : a travaillé dans un institut de jeunes filles (issues de familles de
protestants convertis au catholicisme), ce qui lui a inspiré le Traité sur l’éducation des filles
(1681) ; a été le précepteur du Duc de Bourgogne (petit-fils de Louis XIV). Les Aventures de
Télémaque : rédigé pour son élève ; le roman didactique / apologue a été écrit entre 1694
et 1696, puis publié en 1699. Louis XIV a fait arrêter la publication, considérant cet
ouvrage comme une critique de son régime ; Fénelon a été banni de la cour.

SITUATION : Télémaque et son précepteur Mentor (double de Fénelon?) voyagent,


errent à travers différents différents pays de l’Antiquité. Ils y constatent partout des
problèmes (guerres, pauvreté…) et Mentor prodigue ses conseils. Extrait du livre 7 : extrait
du discours d’Adoam (paroles rapportées ; il décrit la Bétique)

Comment le recours à la fiction permet-il à Fénelon de critiquer la société de son


temps ?

AXES : → La description géographique de la Bétique

→ Une société idyllique

→ Les intentions de Fénelon

■ La description géographique de la Bétique


● L’ancrage spatio-temporel : référence au fleuve “Bétis” (nom fictif →
donne cependant une impression de réalité, peut correspondre à
l’Andalousie, Adoam est un témoin qui utilise des périphrases / termes
qui renvoient à l’Antiquité → impression d’éloignement temporel :
“Colonnes d’Hercule” “terre de Tharsis”. On peut donc situer ce pays
du côté de Gibraltar (références au détroit, à la péninsule ibérique et
à l’Afrique). Ancrage géographique réaliste MAIS références à
l’Antiquité → ancrage temporel flou, voire mythologique : “semble
avoir conservé les délices de l’âge d’or” (période mythologique
idyllique). Présent de vérité générale (valeur renforcée par les
répétitions des adverbes “toujours” “jamais”). Saisons pas
véritablement marquées (“heureux hymen du printemps et de
l’automne”, comme si aucun cycle ne venait rompre la monotonie ⇒
Lieu hors du temps, comme figé à une époque ancienne, voire
mythologique.
● Un climat doux et propice : Climat : lexique de la modélisation : “tièdes,
tempérée, … “. L’antithèse “l’ardeur de l’été / zéphyrs rafraîchissants”
équilibrée par le terme “tempérée” en milieu de proposition.
Personnification des saisons (l.7-8) : image de l’union (“hymen” “semblent se

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donner la main”) // restrictive (“Toute l’année n’est qu’un heureux hymen”)
renforcent l’impression d’harmonie. La négative (“les rigoureux aquilons n’y
soufflent jamais” atteste que le climat est mesuré, que le pays ne connaît
aucun excès. (cf : idéal classique de la mesure et de la modération).
● Une nature fertile et généreuse : pays qualifié de “fertile” (l.1). La nature
→ prodigue : répétitions “toujours”, hyperboles (“double moisson” ;
accumulation de pluriels “arbres toujours verts et toujours fleuris”).
Eléments naturels sujets des verbes (“les montagnes sont couvertes
de troupeaux, qui fournissent des laines” : nature semble produire
d’elle même. Différents règnes présents (animal ; végétal ; minéral).
Divers paysages et formes de relief (campagnes ; montagnes ;
vallées). Tout mène à l’harmonie : ce pays prodigue est un lieu idéal
pour l’homme.
● Adoam résume la présentation géographique en le qualifiant de “beau
pays” (un pays où il fait bon vivre, un pays agréable).
■ Une société idyllique
● Harmonie rappelant les sociétés primitives : mènent une “vie simple et
frugale” “simples et heureux dans leur simplicité” :vivent de ce que la nature
leur apporte (agriculteurs ou pasteurs) (l.19, 20-21). Harmonie et concorde
règnent entre les hommes : hypallages “ciel doux qui est toujours serein”
“heureux hymen”. Société basée sur le troc, les échanges (l.18). Harmonie
entre hommes, et la nature rappelle celle des sociétés primitives (de l’âge
d’or ; du paradis terrestre …).
● Qualités et valeurs des habitants de la Bétique : Habitants méprisent les
richesses (“ne daignent pas seulement compter l’or et l’argent”) : or
et argent considérés pour leur utilité physique (l.16-17). Travail de la
terre et élevage → autosuffisance (“ne faisaient aucun commerce au-
dehors”). Lexique de l’utilité repéré (“besoins, nécessités,
nécessaires”) parfois appuyé par l’adjectif “véritable” ou adverbe
“véritablement”. Peuple, dans sagesse, ne privilégie que ce qui est
utile (l 14-15) & délaisse le superflu. Société harmonieuse, sage, qui
se caractérise par sa modération, sa simplicité.
■ Les intentions de Fénelon
● Apologue qui donne à réfléchir : Fonctions : divertir, plaire et instruire,
transmettre une morale ou amener à réfléchir. Extrait correspond à
fonction que voici. Discours, de Adoam, organisé :
1. Commence par décrire le pays (l1-22) : description organisée, précise
; registre laudatif (vise à faire rêver le lecteur).
2. Compare aux autres peuples (l 23-26 : registre laudatif en
apparence) ; rapporte au discours direct l’avis des habitants sur
autres peuples (l 26-35) → critique argumentée, appuyée par
vivacité apportée par discours direct, le registre oratoire
(exclamatives, questions rhétoriques) et le registre polémique
(lexique dévalorisant). Structure oriente la réflexion du lecteur.
● Une critique de la politique de Louis XIV : Penser que France désignée par
périphrase “qui ont l’art de faire des bâtiments superbes” et accumulation

44
qui suit : France caractérisée par son goût du luxe, des arts et de
l’ostentation. Hyperboles et champ lexical du luxe sèment déjà le doute, par
opposition à l’idéal de simplicité qui vient d’être présenté. Critique se Faire
plus directe à partir de la ligne 26 et de l’exclamation indignée “Ces peuples
sont bien malheureux … !”. Retrouver caractéristiques registre polémique :
1. questions rhétoriques
2. restrictives l 29-30 (“un bien superflu qui ne sert qu’à rendre les
hommes mauvais”)
3. accumulation de termes dépréciatifs l 27 et l 32-34 ; lexique du vice
(“corrompre, amollit, enivre, tente, mauvais, jaloux, lâche et noire
envie, avarice ... “)
4. métaphore de l’esclavage l 34-35
● Donc voir critique de politique Louis XIV (ce qui explique d’ailleurs le
bannissement de Fénelon) et une mise en garde : le luxe délite le lien social
(l 31), il ôte aux hommes leur liberté et toute possibilité de bonheur (l 31).
● Les limites de cet idéal : Adverbes (toujours/jamais) et hyperboles
rappellent que ce lieu n’est qu’un idéal, un rêve, ce que confirme la
référence à l’âge d’or. Société uniforme malgré ses nombreux aspects
positifs : climat monotone, mêmes métiers pour presque tous les habitants.
L’industrie, pourtant source de développement, n’existe pas, activité réduite
à l’agriculture. Aucune perspective de progrès envisagée (moi perso ça ne
me dérange pas et est normal). Que dire d’une société sans art ? Le pays
Bétique vit en autarcie, renfermé sur lui-même. Cette société, comme
l’abbaye imaginée par Rabelais, présuppose que l’homme est vertueux.
■ En prolongement …
● choix argumentation indirecte (apologue) pour inviter à réflexion critique
et/ou contourner la censure (utopies de l’Eldorado dans Candide de
Voltaire, ou des troglodytes dans Lettres persanes de Montesquieu)
● autre genre argumentatif possible : argumentation directe ; Voltaire, Le
Mondain (1736) (poème qui fait l’éloge du luxe et des arts dans la société) ;
Rousseau, dans le Discours sur les sciences et les arts (1750) défend un
point de vue totalement opposé en dénonçant la corruption générée par le
luxe.

LA 22 : Zola, Travail, (1901)

BIOGRAPHIE : Journaliste, romancier naturaliste et auteur engagé. Travail : 2° de


4 romans, avec Fécondité, Vérité et Justice (non-terminé) ⇒ Quatre Evangiles.

SITUATION : Oeuvre d’anticipation construite sur la volonté générale de progrès


social et sur les évolutions industrielles de la fin du 19ème.

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Comment Zola parvient-il à concilier travail et bonheur dans la description de la
Cité idéale ?

AXES : → La réflexion d’une cité utopique

→ Les réflexions issues de cette conception nouvelle de la Cité

■ La description d’une cité utopique


● Caractéristiques de la description : imparfait de description (l.1),
progression descriptive dans l’espace → connecteurs ⇒ coeur vers
l’extérieur, selon des plans différents (cf cinéma : plans + travellings),
variation des points de vue (omniscient, interne), ancrage
géographique réelle.
● Une cité idéale : utopie avec anaphore et qualificatifs valorisants.
Situation géographique idéale. Harmonie : lieu artificiel mais
avènement semble logique. Métaphore valorisante du coeur central
comme source de vie”, etc. → usine : base de la société, primordial.
“Heureuse demeure d’une humanité heureuse” : chiasme → bonheur
immuable. Luc (fondateur) renvoie à l’évangéliste : créateur de la cité
et présenté comme visionnaire.
● Cité en expansion : métaphore filée de la marée, lexique du mouvement et
de l’expansion, métaphore de la conquête, de la floraison et construction
des phrases (amplitudes, etc.) Cité idéale en mouvement, et colle à l’image
du progrès, mouvement irrépressible.
■ Les réflexions issues de cette conception nouvelle de la Cité
● Rejet d’une société passée : Opposition Cité - Abîme (détruit) = zone de vide
autour de la ville. Opposition Cité - “vieux Beauclair” = dépréciatif, antithèse
passé-futur l.26-27
● Références à la réalité sociale contemporaine : l.1-2 → noblesse originelle
du travail, oubliée, pervertie (cf. Germinal ou L’Assommoir : conditions de
travail, exploitation par la bourgeoisie, travail n’appartient pas aux

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travailleurs) // l.3 : bonheur absent de la société contemporaine qu’il reste à
conquérir (à son époque)
● Réflexion sur le travail et le bonheur de l’homme : Propose de réfléchir sur
: bonheur collectif, bien-être des hommes, l’harmonie homme /
travail, usine et travail capable de transformer une réalité sordide en
un idéal (⇔positivisme).

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LA 23 : Perec, W ou le Souvenir d’enfance, 2° partie, chapitre 36 (1975)

BIOGRAPHIE : Écrivain français, membre du groupe Oulipo. La disparition et la


quête identitaire sont des thèmes essentiels de son oeuvre. Ses parents ,juifs polonais,
décèdent tous les deux durant la guerre. Sa mère, avant d'être déportée, envoie son fils
en zone libre, où son nom est francisé. Il est ensuite élevé par une partie de sa famille
paternelle, mais reste marqué par la disparition de ses parents.

SITUATION : W ou Le souvenir d’enfance est un roman séparé en deux parties :


fiction et autobiographie. Le chapitre 36 de la 2° partie clôture la partie fictive du récit, où
W représente un idéal olympique, mais contient des éléments évoquant les camps de
concentration.

Comment Georges Perec, à travers la fiction, représente-t-il l’univers


concentrationnaire ?

AXES : → L’olympisme sombre dans la dystopie

→ W, métaphore des camps de concentration

→ Fiction comme témoignage

■ L’olympisme sombre dans la dystopie


● Références au sport / olympisme : “Athlètes” : majuscule → importance.
1° moitié du 1° paragraphe. Champ lexical des disciplines
olympiques, caricature de “sportifs 1900” (l;2-3) → régression ⇒
Tableau satirique.
● Tableau sombre, angoissant de l'univers sportif : Description satirique :
“caricature” (l;2), “grotesque” (l.4), sportifs ridicules. Impression de
malaise : fin 1° paragraphe l.25 : contre-performances. Idéal
olympique perverti → représente et dénonce les camps.
■ W : métaphore des camps (dernier paragraphe)
● Références explicites aux camps : Avant le texte : “Dieux du stade” JO de Berlin,
mise en valeur des aryens. Tenues rayées : prisonniers + l.5 : “boulets”.
Humiliations subies dans les camps : “fosse à purin”, “rescapés”,
juges armés → SS, etc. Déchéance physique des prisonniers ⇒ Sportifs
= prisonniers + 2° paragraphe : accumulation des objets → juifs
dépouillées.
● Dénonciation d’un système monstrueux : 1§ → Ton de plus en plus
dénonciateur : construction → 2 phrases courtes + 1 longue;
anaphores, accumulations (+ l.20)
■ La fiction : façon détournée d’évoquer le passé
● Enjeux autobiographiques de la fiction : Dernier paragraphe : articulation
fiction-réalité + annonce la partie suivante. Forteresse : métaphore de
la mémoire (Futur + “celui” → Perec ?). Cheminement dans la
forteresse ⇔ Chemin d'écriture : pièces vides → manque de

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souvenirs // Bruits de pas, etc → travail de remémoration //
profondeurs du sol → profondeur de la mémoire
● Fiction → devoir de mémoire collectif : Anaphore → Formule injonctive
pour voir, regarder les athlètes, les marques indélébiles ; lutte contre
le négationnisme, forteresse = camp, pièces = chambres à gaz.

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