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PSYCHOPATHIE OUI, PSYCHOPATHE

PAS SÛR
8 JUIN 2001 ADMIN LAISSER UN COMMENTAIRE

Jean-Louis Chassaing
Si je réfléchis un peu à la raison pour laquelle j’ai accepté, malgré la difficulté du
thème, l’invitation d’Alain BELLET, c’est bien entendu pour toutes sortes de raisons,
mais en dehors de l’amitié et du sérieux de son travail je retiendrais au moins deux
raisons essentielles :

Tout d’abord, et ceci par rapport au thème justement, il y a mon travail en institution,
environ une vingtaine d’années durant lesquelles j’ai reçu toutes sortes de patients. En
effet pour ce qui concerne la question des psychopathies je crois l’institution essentielle,
quelque qu’elle soit bien sûr, elle est consubstantielle à cette notion.

Ensuite il y a probablement mon travail clinique dans le champ des toxicomanies, et


avec les toxicomanes, je distingue bien les deux termes. Ce rapprochement, peut-être un
peu gênant car il concerne déjà deux conduites délinquantes, est cependant classique
dans toutes les études, qu’elles soient actuelles ou traditionnelles ; mais ce
rapprochement donne déjà une certaine orientation, une certaine connotation…

Je ne ferais par rapport à cela que citer :

Un souvenir déjà relativement ancien, datant d’une dizaine d’années. Je m’étais quelque
part insurgé contre le fait que, assez brutalement et sans trop d’explication, il nous était
demandé, à la fin des années 80, début des années 90, de mentionner chaque
toxicomane à la Direction Départementale de l’Action Sanitaire et Sociale, pour préciser
que ces personnes étaient bien là pour des questions de toxicomanies… Ce qui m’a
semblé quelque peu exceptionnel par rapport aux différentes pathologies Psychiatriques,
et relever quelque peu de la délation. En tout cas, il ne s’agissait pas d’une mesure
légale de dérogation au secret professionnel ; non, la raison était un mauvais usage des
différents budgets et une circulaire, circulaire administrative, circulaire n° DGS-SD
2D/90/7 du 2 octobre 1990 voulait à juste titre probablement sur le plan strictement
budgétaire, régler cela. Il était en effet évoqué qu’un certain nombre de patients des
hôpitaux, notamment les psychopathes, ne laissaient pas de traces, pas d’adresse, en
quittant l’hôpital, le plus souvent en catimini, contre avis médical, et le déficit financier
de l’hôpital était comblé en pompant sur le compte ministériel des toxicomanies. Donc
déjà, assimilation forcée…

Le deuxième fait, plus sérieux et moins administratif, est qu’avec les notions de
psychopathie et de psychopathe, on retrouve pour l’étudier aujourd’hui le même
problème, la même vaste question de la catégorie, de la dénomination. Faut-il ? Ne faut-
il pas ? Après une sentence du style « le toxicomane n’existe pas », ce qui avait une
certaine valeur critique malgré l’aspect radical de la formulation, on a vu toutes sortes
de dérives : « la toxicomanie n’existe pas »…etc. Il a été longtemps travaillé cette
question de la désignation, de la dénomination, dans le champ de la toxicomanie ; c’est
ce qui m’a amené il y a déjà pas mal de temps à m’intéresser à l’histoire de ce concept,
celui de « toxicomanie », et je rappellerais l’excellente formulation du grand clinicien,
Psychiatre français, REGIS, qui parlait de « terme générique », c’est à dire un nom privé
tombé dans le domaine public si l’on veut bien accepter cette interprétation, cette
retranscription. Ceci m’apparaît bien adéquat à la clinique.

PSYCHIATRIE CLASSIQUE
Je serais bref sur ce chapitre mais je tiens à citer deux sources relativement actuelles qui
m’ont semblé importantes. Tout d’abord l’article de Claude BALIER, Médecin Chef
dans le Service Médico-Psychologique Régional (SMPR) à la maison d’arrêt de
VARAS (38763), dont le titre est « L’Adolescent : Psychopathie et troubles des
conduites sociales », article daté de 1991. Claude BALIER est un Psychiatre très
expérimenté dans le champ médico-juridique, très apprécié je crois par les praticiens et
les théoriciens du Droit.

Le second article est l’article, célèbre, de FLAVIGNY dans la « Revue de


Neuropsychiatrie infantile et d’hygiène mentale de l’enfance » : le titre est
« Psychopathie », il est daté de janvier 1977 et FLAVIGNY mentionne à un moment
donné qu’il l’a écrit un peu plus de 10 ans auparavant.

Intéressante est la connexion établie avec l’adolescence, période assez mal définie s’il
en est, surtout pour ce qui concerne sa finitude…

Il m’a été agréable de trouver dans l’article de Claude BALIER une dimension
historique des concepts non négligeable, qui mentionne la monomanie d’Esquirol. En
effet c’est Paul BERCHERIE qui m’avait indiqué, à propos des toxikon-manies
l’origine : dans les monomanies. Je rappelle qui l’en existait trois : intellectuelle ;
affective, raisonnante ; et celle qui nous intéresse aujourd’hui qui est la monomanie
instinctive ou sans délire, dont je vous laisse apprécier le vocabulaire de la définition
suivante : « le malade est entraîné à des actes que la raison et le comportement ne
déterminent pas, que la conscience réprouve, que la volonté n’a plus la force de
réprimer »…

Cette monomanie je vous le rappelle fut assez décriée :

« … un malheur pour la science » (HENKEL)

« … une réunion artificielle de faits disparates appartenant à des catégories différentes


confondues aujourd’hui sous ce même nom » (Jules FALRET fils).

Les appellations concernant ce qui nous concerne furent diverses mais on retient bien
évidemment « la folie morale » (« moral insanity » de PRICHARD, en 1835) ; on peut
citer encore Gilbert BALLET avec ces « anesthésiques du sens moral »…, Gilbert
BALLET qui apporta une conceptualisation intéressante dans la Psychiatrie classique.

Ce que j’aimerais mentionner également dans cette recherche est la difficulté qu’ont eu
les auteurs dès l’origine de la classification psychiatrique de trouver leur place dans la
nosographie, dans la nosologie, alors que la sémiologie était parfaitement décrite.
En fait il semble que la catégorie la plus proche soit parmi ces monomanies les folies
d’impulsions, lesquelles se subdivisaient en obsessions et impulsions conscientes, et en
anomalies et perversions sexuelles. La proximité donc avec les obsessions et les
perversions est constante. On retrouve même cela chez un psychanalyste, FENICHEL,
dans un de ses chapitres intitulé « perversions et névroses impulsives ».

Alors il semblerait judicieux d’établir dans ce descriptif des distinguos entre des
symptômes, des comportements, voire des conduites, ceci pouvant générer un véritable
état maladif, mais toujours difficile à situer : appartient-il à différents champs
structuraux ou bien s’agit-il d’une entité autonome, vaste question… ? Il est intéressant
d’étudier les folies d’impulsions ; la question de l’impulsion a donné lieu classiquement
à de nombreuses études, à des discussions vives et pleines d’intérêts, par exemple
l’impulsion concerne t-elle essentiellement l’acte ou bien inclut-elle une idée à son
départ ? Ou bien encore l’impulsion est-elle purement biologique ou existe t-il à son
origine le langage, ce qui semblait être admis par les Psychiatres classiques, ce qui
rappelle le débat dont la philosophie s’est emparée à une époque donnée, plus ou moins
relancé par Jacques LACAN, avec la question de la perception ; la perception est-elle
essentiellement du registre sensoriel ou est-elle générée ou liée à partir également
d’idées ?

Les études de Gilbert BALLET, de REGIS notamment, et les vastes champs élaborés
par JANET (lequel rapprochait l’impulsion de la suggestion) sont tout à fait
intéressantes et encore actuelles.

DE QUOI S’AGIT-IL ?
En effet les auteurs semblent tergiverser sur le fait de savoir si la psychopathie est un
diagnostique psychiatrique ou non ;

POROT dans son dictionnaire rappelle le premier sens de psychopathie : pathos de


l’âme, terme donc relativement large ; terme évoqué, originellement également par Kurt
SCHNEIDER, lequel amena aux Etats-Unis cette vaste notion de psychopathie, qui se
précisera dans le sens actuel par la suite, Kurt SHNEIDER qui utilisera également d’une
manière importante le terme de « réaction », terme qui envahira le DSM 1.

POROT mentionne que ce sont les auteurs anglo-saxons qui ont amené les définitions
actuelles de psychopathie, et ceci précise t-il sur un mode assez proche des états-limites.

Pour DUGUAY et ELLENBERGER, les psychopathies sont situées dans « les troubles
de la personnalité », chapitre divisé en trois :

1.Caractères pathologiques ou personnalités morbides : structurées, par exemple


névrotique, psychotique, etc ; non-structurées par exemple passif agressif ; asthénique ;
hypochondriaque ; etc.

2.Personnalité antisociale, c’est là que se situe la psychopathie.

3.Déviations sexuelles ou paraphilies.


Enfin pour le troisième auteur, Henri EY, les psychopathies appartiennent au très vaste
chapitre des « Maladies mentales chroniques », au même titre que les névroses et
certaines psychoses.

Le grand chapitre est celui du « déséquilibre psychique » ; Henri EY rappelle que le


terme de « déséquilibre » est utilisé en France (nous le retrouvons bien antérieurement
chez Gilbert BALLET pour remplacer celui de « dégénéré » de MOREL et MAGNAN)
; le terme de « psychopathe » selon Henri EY est utilisé en Allemagne, celui de
« névrose impulsive » en Grande-Bretagne, et celui de « dys-sociaux » et « anti-
sociaux » aux Etats-Unis. Il s’agit en fait « d’un groupe de « cas difficiles » rassemblé
surtout par la facilité du passage à l’acte ».

Ce chapitre est subdivisé en 5 sous-chapitres :

I.Biographie : il s’agit d’une histoire « pleines d’histoires » ; on y trouve les


caractéristiques suivantes : rétivité, instabilité, impulsion, mensonges et fables,
inventions malignes, précocité sexuelle, actes de délinquances.

II.Circonstances d’examen : fugue ; épisode psychiatrique aigu ; épisode de délinquance


ou conduite criminelle ; délinquance et sexualité pathologiques.

III.Etude Clinique : passage à l’acte ; affectivité, culpabilité, angoisse, défenses ; l’acte


à la place du langage ; répétition (du conflit archaïque) ; transfert et contre-transfert ;
corrélations somatiques.

IV.Formes cliniques et diagnostic (on y trouve un chapitre sur la mythomanie).

Evolution, pronostic et traitement. Ce vaste chapitre, très dense, qui se poursuit par une
psychopathologie avec la génèse et la nature de la conscience morale, et des études
psychanalytiques, est suivi de deux autres chapitres toujours dans le cadre du
déséquilibre psychique des maladies mentales chroniques : un chapitre sur les
perversions sexuelles, un autre sur les toxicomanies, enfin un quatrième chapitre sur
l’alcoolomanie. Il s’agit là de conduites.

Je reviens sur cette question des « cas difficiles » en reprenant certains articles de
l’Encyclopédie Médico-Chirurgicale, notamment sur les UMD (Unité pour Malades
Difficiles). En effet ce chapitre mentionne également des « tentatives de définitions » et
notamment j’ai préféré le terme de malades dangereux à celui de malades difficiles ; les
malades dangereux peuvent être définis selon l’assise réglementaire des UMD ; il y a
différentes définitions : « ils compromettent l’ordre public ou la sûreté des personnes »
ce qui renvoie à la loi du 27 juin 1990 ; « les patients difficiles mettent l’organisation
sectorielle de la Psychiatrie en état dangereux »… ; ou alors selon la Psychiatrie les
malades difficiles sont des malades « difficile à soigner » ; nous pouvons également
noter une définition très pragmatique : « état incompatible avec leur maintien dans une
unité d’hospitalisation »… ça n’est pas la moins bonne des définitions !

« UN CONCEPT BIEN ACTUEL » :


C’est le titre premier que je souhaitais donner à mon exposé.
Le terme de concept n’est pas vraiment utilisé là au sens d’un outil bien maniable, bien
fini, désignant un ensemble, l’aboutissement et à la fois le point de départ d’une pensée,
tel que le concept de refoulement par exemple, mais je l’utiliserais ici en tant que
définition « moderne », c’est à dire comme un terme qui est celui d’une construction
plus ou moins achevée, proposée et lancée pour produire des effets.

Pourquoi actuel ? Alors que, à l’inverse, il s’agit d’un diagnostic qui présente un côté un
peu désuet ; cela révèle t-il le fait que la Psychiatrie tombe en désuétude ? Pourquoi la
Psychiatrie en désuétude ? Et bien il y a cet aspect conjoint, assez flou, à la fois d’un
abandon des études classiques, des termes, de la sémantique. Ayant travaillé dans un
CHU durant une vingtaine d’années je suis bien placé pour avoir pu apprécier
« l’évolution de la clinique traditionnelle »… et ceci est conjoint à l’empreinte
grandissante du social dans notre champ clinique, par exemple la montée de la Santé
publique, pour le meilleur et pour le pire, en est un témoignage administratif… il y a
aussi les demandes cliniques, qui sont des demandes présentant une empreinte sociale
beaucoup plus importante qu’à une époque, doublant, voire surpassant, voire donnant
l’exclusivité à ce champ social par rapport à l’individuel.

Alors la psychopathie apparaît comme un concept un peu flou mais qui semble souvent
suffisant à désigner, c’est à dire tout du moins à faire consensus, notamment dans un
manque de finesse, dans un manque d’argumentation. Je noterais là une certaine
paresse, un certain désintérêt pour la clinique voire ce que LACAN a évoqué comme
passion : l’ignorance. On peut trouver cela dans les services également au sujet de tout
concept psychiatrique à l’heure actuelle, notamment celui de l’hystérique lorsqu’il s’agit
d’un ou d’une gêneur ou gêneuse… C’est un diagnostic avant tout fait d’histoires, de
biographies ; de comportements, de conduites ; diagnostics partiels fragmentés mais
suffisamment parlants, consensuels comme je viens de le dire, suffisamment
perceptibles sans nécessité plus d’argumentation ; c’est un diagnostic avant tout qui
vient du social, et qui peut comme ça pour le pire, épargner des études individuelles
plus poussées. Cette épargne d’un diagnostic plus fin risque de situer le Psychiatre dans
l’obligation d’une prise en charge imposée, socialement imposée.

Ce qui m’intéresse et m’a toujours intéressé avant tout dans la prise en charge de ces
conduites est la place du Psychiatre, éventuellement la place du médecin, dans le social.

C’est pourquoi ce concept me semble bien actuel, dans la mesure où il épargne la


question essentielle, question maintes fois évoquée mais un peu tard dans les
toxicomanies : quelle est la demande ? C’est à dire pourquoi est-on là ? Pour quels
symptômes ? Pour quelles maladies ? C’est à dire : Qu’est-ce qu’on soigne ?

Ce terme d’actuel, que j’avais proposé, a été confirmé et ravivé avec une certaine
surprise lorsque j’ai ouvert le livre de Jean-Jacques RASSIAL, « Le passage
adolescent », dans lequel un chapitre s’intitule : « Le psychopathe comme figure
contemporaine ». Ce chapitre de Jean-Jacques RASSIAL me permet de pointer cette
nécessité semble t-il qu’il y a à « particulariser » cette question de psychopathie ; nous
retrouvons cela dans l’étude de FLAVIGNY où il précise qu’il est important de la
restreindre à des études sur le terrain, contrairement aux études institutionnelles
habituelles, étude qui chez lui s’est effectuée « dans leur milieu naturel durant 25
années ». RASSIAL quant à lui donne un point de vue quelque peu politique, social : à
partir du déclin de la fonction paternelle, du déclin des « noms du père », ce qui selon
lui facilite ce destin pathologique, il évoque la difficile question du surmoi chez le
psychopathe ; difficile question en effet car selon les auteurs les avis sont très
contradictoires, le surmoi étant tantôt absent, annihilé ou tantôt annihilant, tyrannique,
etc. RASSIAL établit un lien intéressant entre la personnalité psychopathique et
l’engagement psychopathique, notamment l’adhésion à un parti nationaliste par exemple
ou bien encore les skinhead, les supporteurs de football, et les lanceurs de pierre de
l’Intifada.

Si l’on ne veut pas rejeter d’un bloc la notion de psychopathie il serait intéressant à la
lueur de la clinique aujourd’hui d’affiner les traits communs, banalisés, consensuels
justement, d’un certain flou mais qui semble correspondrent à une réalité de la pratique,
une réalité de la psychopathologie probablement, ce qui ferait de la psychopathie un
diagnostic psychiatrique, car il existe dans toutes les études classiques ; affiner donc par
exemple le passage à l’acte, ou encore ce classique douteux d’une culpabilité absente (la
notion de culpabilité est intéressante à travailler, notamment dans son rapport à
l’angoisse) ; ou encore le fait qu’il s’agit… de cas intraitables.

En tout cas psychopathe et psychopathie sont un défi ; un défi quant à notre position de
Psychiatre dans le social ; un défi quant à l’analyse à partir de nos disciplines de
phénomènes, de demandes actuelles, modernes ou post-modernes, de ce qui fait souvent
parler de « nouvelles » pathologies. La psychanalyse étudie à l’heure actuelle, Marcel
CZERMACK en a parlé ce matin, la question difficile et passionnante du « sujet
moderne ».

Ainsi cette question « Qui est Psychopathe ? »amène à réfléchir sur le nouage de
l’individuel et du social.

Dans cet important article d’Henri FLAVIGNY paru dans ce numéro de Janvier 1977 de
la Revue de « Neuropsychiatrie infantile et d’hygiène mentale de l’enfance » consacrée
à la psychopathie, il y a d’une manière remarquable un chapitre de sémiologie
individuelle et un autre chapitre de sémiologie sociale. Par ailleurs dans le livre de Jean
Jacques RASSIAL « Le passage adolescent » la question du sur-moi est traitée d’une
manière importante et originale ; il est distingué un sur-moi si l’on peut dire intégré,
individuel et un sur-moi plus extériorisé, collectif.

Par ailleurs il est intéressant de noter en ce qui concerne les toxicomanies que Charles
MELMAN en parle tout aussi bien comme étant un symptôme social (1989) et comme
étant une maladie.

Je mentionnerais simplement les questions qui m’apparaissent restées en plan :

- Tout d’abord celle de la transgression aujourd’hui ; celle aussi du mensonge, de la


mythomanie. Comment sont définis ces termes ? Existe t-il un déplacement d’une part
de ces termes dans notre société, d’autre part ces termes prennent-ils placent dans notre
clinique ?
- Egalement le concept de volonté et celui d’aboulie faisaient parti de la Psychiatrie
classique, ils apparaissent assez peu si ce n’est sous une forme très populaire dans la
clinique Psychiatrique actuellement. Ils sont pourtant importants si on veut bien les lier
à la question de la responsabilité, à celle de la culpabilité.

- Un troisième point qui mériterait à mon avis une reprise clinique psychanalytique
importante est celui du refoulement aujourd’hui.

- Enfin le rapport de cette catégorie clinique, évidemment suspecte, avec la féminité


reste également en suspend. Dans les enquêtes épidémiologiques on peut relever aussi
une interrogation quant à la psychopathie dans les familles riches ; une autre
interrogation étant celle du devenir à la quarantaine ou à la cinquantaine.

Je rappellerais toutefois, dans un rappel de clinique psychiatrique classique, quelques


traits fondamentaux. Ainsi FLAVIGNY évoque une sémiologie individuelle et une
sémiologie sociale, avec :

a) Cinq grands traits qu’il appelle « symptômes » habituels essentiels ;

b) Des symptômes secondaires habituels ou apparaissant au cours de l’évolution ;

c) Une toile de fond.

a.Nous retiendrons parmi les cinq grands traits habituels essentiels : la passivité ; la
dépendance ; des exigences mégalomaniaques ; une impulsivité, voire une agressivité ;
et le besoin de satisfaction immédiate.

Nous retiendrons le premier « symptôme », celui de la passivité, qui rompt avec


l’impulsivité et FLAVIGNY à juste titre mentionne une plus grande importance que
cette dernière. Il évoque la difficulté de prendre des décisions, l’ennui, le patient allant
« là où les circonstances le mène »… « ils sont les jouets… ils n’ont pas d’autonomie…
ils ne peuvent rien entreprendre seuls… » ; nous saisissons là une des caractéristiques
fondamentales : cette grande dépendance à l’autre, nécessaire.

Ceci contraste (la question des contrastes est importante dans cette clinique) avec la
solitude, le sentiment d’isolement, de même que l’impulsivité contraste avec la
passivité, le caractère aboulique et apragmatique de ces sujets. Ainsi nous notons une
caractéristique fondamentale, qui dépend à la fois de ces patients mais aussi
probablement de la difficulté d’établir une clinique caractéristique, cette caractéristique
est l’écart, une certaine dysharmonie perceptible, d’une part entre la toile de fond et les
symptômes, d’autre part entre les différents symptômes, également entre les paroles et
les actes, etc… Nous pourrions dire c’est comme si ils mettent en agir dans le social
nécessairement, obligatoirement, l’envers de leur fondement ; ou bien l’inverse ; ou bien
encore ils parlent inversement de ce qu’ils agissent. Cette nécessité de l’autre, de l’autre
Réel, est concomitante, là aussi, mais à l’intérieur d’eux-mêmes si l’on peut dire d’une
certaine rupture, une cassure, d’une scission : l’autre est dans les actes à la fois un appui
et un rejet… dans les actes.
De même nous pouvons noter ce rapport particulier à la parole, notamment le peu de
poids de la parole, mais aussi l’exigence d’une « parole vraie », également ici ils exigent
un appui d’une valeur incontestable, mais la parole peut également être totalement
dévalorisée, « elle ne tient pas »…

Ainsi il faut noter ces contrastes, ces contraires, ces alternances :

◾entre le rejet et un besoin immense d’affection

◾entre l’instabilité et la fixité, l’attachement, des engagements

◾entre l’impulsivité et l’aboulie

◾entre l’aspect volontaire, décidé et le doute, l’hésitation

◾entre une identité appuyée, fut-elle fabriquée et une certaine faiblesse de cette identité

◾entre l’aspect isolé, solitaire et une grande dépendance, que l’on constate notamment
dans l’engagement dans des bandes

◾entre une vie à histoires, trépidante, fut-elle évoquée dans la mythomanie et la


mégalomanie et une certaine monotonie, un ennui

◾entre donc cette mythomanie avec une certaine luxuriance et une certaine pauvreté du
langage.

Tout ceci dans le même temps, et pas seulement dans une alternance, dans le même
temps…

Il me semble alors que tout se joue dans l’image et tout y est d’une manière
essentiellement et extrêmement labile. Egalement tout est dans la parole (« parole
d’homme »), mais à condition de n’en pas tenir compte…

Apparaît ainsi une grande labilité moïque, (« parcellaire », kaléidoscopique…) qui


semble appartenir à une certaine insuffisance de construction du moi. Pathologie du
narcissisme. Cette insuffisance pourrait expliquer la nécessité de l’autre Réel, mais
l’autre dans cette construction, Imaginaire du miroir, étant l’autre, cela expliquerait un
rejet qui lui s’effectue dans le Réel. Cela confirmerait la théorie lacanienne notamment
lorsque dans les « Ecrits techniques » LACAN évoque que la consistance du moi – le
corps dans tous ses registres (Imaginaire, Symbolique, Réel)- est ce qui vient arrêter par
des signifiants privilégiés et par des significations, la chaîne signifiante débridée, cette
consistance n’est pas, seule, essentiellement et uniquement Imaginaire, mais elle dépend
normalement et de ces signifiants et de ces significations (il s’agit notamment du détour
par l’Autre, le lieu des signifiants), elle dépend également de l’incorporation, de
l’introjection de traits particuliers qui vont faire Idéal, ces traits étant, comme Idéal du
moi, des insignes Symboliques.
Ici ces insignes manquent, d’un manque qui se situe dans le registre de la privation, ou
bien elles ont été mises à mal ; il s’agit alors de les prendre dans le Réel. Par exemple
les mères sont bien souvent décrites dans toute leur ambiguïté : à la fois elles protègent
et rejettent ; quant à la description des pères ils agissent dans un registre de sanction
souvent aberrante, jamais là où il faut, très partielle, alternant avec un laxisme souvent
aberrant.

Résumons : cette pathologie du narcissisme évoque :

◾Un moi kaléidoscopique, à géométrie variable,

◾Un Autre qui ne peut être que tout puissant mais défaillant et ne valant rien en même
temps, nécessitant un rabattement sur le Réel (le tiers policé, la recherche du bâton, de
la marque),

◾Un Idéal du moi déficient qui, dans sa recherche, ne donnera là aussi qu’un
rabattement sur un moi idéal tout prêt à l’attendre….

Il y aurait comme une quête de la stabilité de l’image mais au gré des images du fait
d’un manque fondamental d’un moi historicisé. C’est le drame en permanence en acte
de cet aspect constitutionnel en général non évident que le moi est autre, que la stabilité
du signe est arbitraire, que l’acte de parole en son énonciation « n’est qu’ »un acte…

b) La toile de fond (FLAVIGNY), nous en retrouvons l’élément essentiel chez tous les
auteurs, est le corrélat du passage à l’acte, à savoir l’angoisse. Là aussi il y a
monstration de ce que cette angoisse est liée à l’autre, directement. J’évoquerais ainsi
cet homme, toxicomane, classé psychopathe, dont le père appartenait au « milieu », et
qui malgré le trafic d’héroïne évident, patent, n’était jamais arrêté, jamais pris, jamais
capturé, jamais fixé en prison… bien évidemment ce qu’il comprenait plus ou moins
bien, il était « filé » de manière à ce que la police puisse remonter jusqu’à son père.
Pour lui c’était l’angoisse. Que veut l’Autre ? Autre ici tout puissant et défaillant dans
son côté énigmatique. Jean Jacques RASSIAL évoque dans son livre les « figures du
Surmoi ». Tout d’abord l’Autorité : Che Voi ? l’Autre tyrannique en sa demande
suscitant l’angoisse. Et puis il y a le Surmoi parental dans sa référence à un Symbolique
également féroce, mais qui peut aussi être protecteur ; Surmoi qui fonctionne comme
une loi mais désarrimée de toute signification. Et puis il y aurait le Surmoi collectif.

Ainsi on trouverait cet enchaînement que nous connaissons dans les institutions
lorsqu’un psychopathe les fréquente : la crainte, la séduction, une syntonie empathique,
des dérives pulsionnelles, des actes, une ambiance paranoïaque, les divisions
institutionnelles, les angoisses de l’institution, en résonance avec l’angoisse du patient,
des sanctions, des passages à l’acte… Tout cela d’une manière assez rapide et répétée ;
des interdits, sans cesse, des contrats, sans cesse… des appels à la rigueur… appels à
une rigueur privée qui viendraient endiguer l’angoisse. Cette angoisse liée aux
positionnements de l’autre – ou à ses défauts – à son égard à lui, l’autre étant bien Réel,
lieu Réel où viendrait se conjuguer l’Imaginaire et le Symbolique. L’angoisse est liée à
cette défaillance de l’autre – interdicteur ou pas assez – un autre qui va présentifier à la
fois un écart avec le moi idéal, et une faille mais un espoir dans un Idéal du moi, par
trop idéalisé, Imaginarisé… Insigne ou image, la question de l’objet est là, proche.

Pour ces pathologies concernant ce nouage de l’individuel et du social je fais souvent


référence à ce qu’à pu dire LACAN en reprenant, dans un contexte précis, l’analyse
d’un cas clinique où le sujet se met à devenir à un moment kleptomane ; c’est dans le
séminaire justement sur « l’Angoisse ». Il dit que ceci, la kleptomanie, a une
signification d’un intérêt particulier :… « je vous montre un objet que j’ai ravi par la
force ou par la ruse et qui veut dire qu’il y a quelque part un autre objet, le mien, le a,
celui qui mériterait qu’on le considère, qu’on le laisse un instant s’isoler ». Par la suite
LACAN insiste sur la fonction de l’isolement, de l’être seul, lequel semble jouer comme
pôle corrélatif de cette fonction du passage à l’acte voire du l’acting-out, mais aussi de
cette fonction de l’angoisse ; il y aurait à travailler cela, cela même qui est lié à la
question du désir et du manque.

Par ailleurs j’ai évoqué à un des mercredis de l’Association Freudienne, consacrés cette
année à l’adolescence, animés par Charles MELMAN et Jean-Paul MOURAS cet autre
cas clinique. Il s’agit d’un homme, tatoueur de sa profession, toxicomane, qui dès le
premier entretien nous fait part d’une rancœur haineuse à l’égard de sa famille : « on
m’a traité comme un moins que rien… et moi c’est comme ça : on me traite, on me dit
« tu es ceci, tu es cela »… je dis ok, et je leur montre jusqu’au bout ce que c’est »… Le
côté éminemment et apparemment provocateur est d’emblée sensible, en ce qu’il est
accusateur, mais, comme chez l’enfant qui se punit lui-même parfois en se privant de
certaines choses ou en faisant des actes délictueux « pour montrer aux adultes, pour les
culpabiliser », il est surprenant de noter le côté d’obéissance, d’une obéissance à leur
détriment, comme une obéissance à un ordre implacable : « tu es… ». Il y a cette
sensibilité à la désignation qui va entraîner une monstration dans un agir qui n’a pu être
exprimé par la parole. La remarque qu’en a fait Jean BERGÈS était tout à fait
intéressante : « ils vont jouir là où on leur désigne le lieu de la jouissance » ; c’est aussi
une réflexion qui ne se laisse pas prendre dans la provocation mais prend les propos à la
lettre…

Ce cas clinique montre aussi combien « je est un autre », avec ici ce côté objectivé, et le
fait moïquement d’y trouver son être fut-ce dans un passage à l’acte.

Ainsi, que ce soit l’isolement de l’objet et du sujet, ou la réponse à un ordre objectivant,


c’est bien la question de l’objet et du sujet qui est ici planté.

Enfin nous terminerons par un dernier point d’actualité. La sémiologie et la nosographie


psychiatrique actuelles font généralement peu de cas de distinguer conduite,
comportement, maladie, symptôme. Bien sûr puisque c’est l’affect qui semble
commander bien plus que la théorisation ! Alors, les lacaniens ? …. Parmi les idées
préconçues il est souvent fait remarqué que LACAN se souciait peu de l’affect.
Pourtant, dans le Séminaire « Le désir et son interprétation » nous pouvons noter ceci :
« … ce n’est pas quelque chose de purement et simplement opaque et fermé qui serait
une sorte d’au-delà du discours, une espèce d’ensemble, de noyau vécu dont on ne
saurait pas de quel ciel il nous tombe… l’affect est très précisément et toujours quelque
chose qui se connote dans une certaine position du sujet par rapport à l’être… » L’être
ainsi confronté au Symbolique ou bien le fait que dans le Symbolique survient du Réel,
et dans ce dernier cas LACAN donne comme exemple la colère : il s’agit du Réel qui
surgit dans du Symbolique bien ordonné…

« Ce qui est le propre de tout affect, de toute cette marge, cet accompagnement, ces
bordures du discours intérieur, tout au moins spécialement tel que nous pouvons le
reconstituer quand nous avons le sentiment que ce discours n’est justement pas un
discours si continu qu’on le croit, c’est que la continuité est un effet, et principalement
produit par le moyen de l’affect. A savoir que moins les affects sont motivés, plus –
c’est une loi – ils apparaissent pour le sujet compréhensible… »

L’affect serait ainsi du côté du consensus… du côté de la compréhension… c’est


d’ailleurs dans ce cadre très précis, dans cette explication psychopathologique très fine
que LACAN met en garde contre le fait de trop bien comprendre, phrase qu’on lui
reproche également souvent et qui prend ici sa pleine signification, sa pleine justesse, sa
pleine exactitude. L’affect n’est pas symptôme, ce dernier étant découpé si l’on peut
dire dans et par le Symbolique.

Alors tout ceci ne concerne t-il que la Psychopathie ? Et, pour reprendre la question qui
forme le titre de cette journée, je serais un peu « démago » et je citerais Berthold
BRECHT : « On dit d’un fleuve qu’il est violent parce qu’il emporte tout sur son
passage, mais nul ne taxe de violence les rives qui l’encernent ».

VOUS AVEZ DIT : PSYCHOPATHE ?


2 FÉVRIER 2002 ADMIN LAISSER UN COMMENTAIRE

Guy Parienté
Donc j’avais intitulé ça : « Psychopathie Quid » et puis comme je n’aime pas les gens
graves parce qu’ils ne sont pas toujours des gens sérieux, j’ai mis une petite phrase pour
vous donnez un petit peu le ton des choses. Une phrase que j’avais trouvée comme ça
dans une revue sur l’orchestre et qui dit : « Accorde bien ton instrument, tu pourras
jouer faux en toute conscience ».

Donc dans mon exercice en prison si j’ai été embauché sous la rubrique de psychiatre
dans un SMPR, ceci ne m’a pas du tout empêché d’essayer de fonctionner, je dis bien
d’essayer de fonctionner comme psychanalyste. Tant et si bien qu’en prison j’avais
deux casquettes, vous voyez ce que je veux dire. Alors pour susciter le rejet on peut pas
faire mieux. Il ne suffit pas d’être psychiatre mais bon. Et alors cet exercice comme on
vient de vous le dire c’est prolongé quelques années pour le moins, ça a duré plus de 20
ans. Alors si j’avais un conseil a donner à celui qui voudrait travailler dans de tels lieux,
ça commencerai par : Apprend le fonctionnement de la prison. En gros il faut entre six
mois et un an pour savoir quelles sont toutes les arcanes, toutes les portes, toutes les
grilles qu’il faut savoir traverser sans que ça vous coûte, pour pouvoir arriver sur votre
lieu d’exercice sans être pris par le désir de foutre le camp. Et à partir du moment où tu
sauras bien comment fonctionne la prison, le deuxième conseil, c’est à partir de là tu
pourras au moins en toute conscience te laisser avoir parce que c’est ce que tu pourras
faire de mieux.
Alors abordons, essayons d’aborder notre sujet. Le délinquant comme vous l’avez
entendu est défini par le social, c’est le pur produit de nos règles de notre société. Pour
le dire autrement, « sans droit de propriété pas de voleur ». Et le psychiatre pour le
moins n’a rien à voir avec la définition de cette catégorie sociale et c’est d’ailleurs pour
ça que les délinquants ont fait l’objet d’études comme vous l’avez entendu
criminologiques et sociologiques. La psychiatrie quant à elle, dans le colloque singulier,
qui est son champ, elle a essayé sur ce sujet, pas sur le sujet, de dégager un point de vue
collectif, mais évidemment son désir de pas l’omettre, la conduite à une définition
impossible puisque la place du psychopathe, dans son retour au collectif, elle est pour le
coup pervertie. Alors c’est vrai que le psychopathe est rarement souffrant, qu’il ne vient
pas consulter, n’oublions pas quand même que nous sommes les médecins des
« barjots » pour ne pas dire des « jobards ». Néanmoins ils y viennent. Ils y viennent
après des signalements qui peuvent venir de n’importe où, alors vraiment de n’importe
où : le juge, le directeur, les surveillants, mais aussi les assistantes sociales qu’on
appelle depuis « travailleurs sociaux », il n’y a plus en prison d’assistantes sociales, il n
‘y a plus que des travailleurs dit « sociaux » (comme si les autres ne l’étaient pas), les
infirmières, les médecins, les détenus eux-mêmes voire d’autres détenus.

Donc paradoxalement en prison nous ne rencontrons une pathologie psychiatrique


spécifique, mais celle du tout venant qui est celle qu’on peut rencontrer dans un CMP
de secteur. Non pas celle qui fait l’objet d’un suivi régulier dans un CMP de secteur,
mais celle qu’on peut recevoir dans une première consultation, « le tout venant »,
vraiment le « tout venant ». Autrement dit, si vous voulez, je suis rentré en prison très
jeune et je me suis dit, puisque je faisais beaucoup de psychiatrie de prison, « quand je
vais être dehors, je ne vais pas arriver à saisir ce qui se passe dehors, il va y avoir une
distance qui sépare le dehors du dedans ». Et bien non il n’y a pas de distance qui
sépare, du coté de la pathologie, ce qui est le dedans et le dehors. Mais je me suis dit
quand même, parce que je voyais ces murs très hauts, que ci ces murs étaient très hauts
c’était pas pour que les gens qui étaient dedans s’en échappent mais c’était peut être
pour que ceux qui étaient dehors ne voient pas ce qui s’y passait dedans.

Alors en prison le pourcentage des psychopathes n’est pas tout à fait le même que le
pourcentage des psychopathes qu’on rencontre dans les CMP, c’est bien connu, ni dans
les services dit maintenant « spécialisés ». C’est vrai ils sont en quantité plus
importante.

C’est peut être la seule raison qui me fait, en fonction de cette fréquence élevée, parler
de structure psychopathique (mais je vais revenir sur ce que j’appelle structure). Si pour
essayer de vous dire les choses je continue dans la série des paradoxes, il est quand
même paradoxal qu’en prison nous n ‘ayons pas, nous les psychiatres, à nous occuper
de la discipline, vous voyez ce que je veux dire ? Nous ne faisons pas la police, si vous
me passez le mot, d’ailleurs la police n’a pas le droit de venir à l’intérieur de la prison,
c’est la gendarmerie qui y vient. Comme on peut dire la police n’a pas droit de citer !
Alors ça, ça nous sépare radicalement de ce qui se passe en hôpital spécialisé et au
moins là on peut ne pas être « flichiatre ». Ca facilite en quelque sorte un peu notre
pratique. Alors un dernier point, mais pas des moindres, depuis que l’article 64 a été
transformé en l’article 122, les experts envoient de moins en moins les patients
psychiatriques en hôpital spécialisé, vous l’avez entendu tout à l’heure, vous avez eu
confirmation par quelqu’un qui y travaille encore. Aussi la prison recèle – t – elle de
plus en plus de grands fous, vraiment, qui sont purement et simplement laissés sans
soins. Ce qui fait que l’histoire qui vient de se passer à Draguignan risque, je le pense,
de se reproduire à l’intérieur même de l’univers carcéral. Alors il est bien évident que
s’il y a eu cette politique plus ou moins concertée, puisque nous sommes quand même
dans la confraternité, elle a eu quand même pour but d’éviter les psychopathes
délinquants dans les services spécialisés, puisque dès qu’on dit que l’hôpital spécialisé
tente à ouvrir ces portes vous voyez qu’il y a une incompatibilité puisque chaque fois
qu’il y a un psychopathe délinquant ou ce qu’on appelle un « médico-légal » ça
transforme immédiatement le service en service fermé.

Alors si on veut prendre un peut les choses par-là, la question qui se poserait c’est peut
être qu’est ce qu’ils ont dans le ventre ? Et au bout de temps d’années d’exercice, ce qui
m’est apparu quand même clairement après en être sorti (j’en suis sorti en 96) c’est que
ce n’est pas le délinquant psychopathe qui doit être analysé mais c’est l’analyste qui
doit éventuellement apprendre à mieux lire, si je peux dire, le délinquant psychopathe.
Pour simplifier les choses, je ne vais pas l’appeler tout le temps « psychopathe
délinquant » ou « délinquant psychopathe », je vais l’appeler DP (pas le contraire ).
Alors le DP ce n’est pas seulement une anomalie, parce que le mot anomalie, anoma (la
racine c’est nomos) c’est une anormalie, c’est à dire quelque chose qui n’est pas droit,
normal, normos donc, c’est quelque chose qu’il est convenu de concevoir comme une
déficience, vis à vis de ce qui ressort du sens commun, du bon sens. Alors le DP qu’est-
il ? Et bien à tout prendre s’il faut le prendre comme ça, il serait plutôt un découvreur,
pas un inventeur (il n’invente rien), il découvre. Alors qu’est ce qu’il découvre ? Et bien
il découvre le hors norme, le hors du commun. Ce que j’appelle le hors du commun
c’est ce qui est opposé au propre, ce qui lui est propre et ce qui surprend tout le monde,
c’est à dire, là où personne ne l’attend.

Alors cette façon d’être, il est bien évident qu’elle a bien des effets ravageants dans
notre activité professionnelle. C’est quoi notre activité professionnelle ? Et bien c’est
celle des braves psy que nous sommes… c’est à dire ceux qui essaient de faire ce qu’il
faut, selon la règle, et qui pour le moins là, ne sont pas payés de retour. Ces braves psy
qui n ‘y arrivent pas et qui pour le coup sont dans le ratage. Alors là les psychopathes et
nous cela devrait nous rapprocher ? Pas au bon moment, parce que quand ils ont fait
leur coup, c’est après coup, nous, que nous, nous nous en rendons compte. Alors donc
ça il ne faut surtout pas oublier de le rappeler. Et ça c’est notre expérience commune,
pas propre, commune. Et sachez qu’aucun d’entre nous, qui que nous soyons, nous y
avons échappé, nous nous y sommes tous fait prendre.

La question c’est : « comment reprendre ce qui fait qu’on s’est fait prendre ? ». Alors
vous avez entendu ce matin des choses tout à fait intéressantes, avec des noms propres
c’est le cas de le dire, avec Winnicott, Ballier. Pour moi le DP c’est un désinseré de
l’inconscient. C’est pas parce qu’il est desinséré de l’inconscient qu’il est inanalysable
comme vous l’avez entendu ce matin, pas du tout. Pesons ce point là et ne l’oublions
pas. Alors qu’est ce qu’un DP ? C’est pas un délégué du personnel. Ce n’est pas
seulement quelqu’un qui a fauté, c’est quelqu’un qui est un raté. Qu’est ce qui le
caractérise ? C’est pas d’avoir fait le coup, c’est s’être fait prendre. Et alors si vous
voyez la richesse des mots pour se faire prendre, quand ils vous le disent, ils se sont fait
« serrer », ils se sont fait « piquer » il y a comme ça une richesse du vocabulaire pour le
dire qui témoigne quand même de l’importance qu’ils accordent à la chose. Et là si vous
allez en prison et bien c’est en tant que raté de la délinquance qu’il faut vous y
intéresser. Parce qu’à ce moment là c’est pas le fait qu’il se soit fait prendre c’est
pourquoi il s’est fait prendre. C’est quand même bizarre d’aller en taxi et d’oublier sa
veste avec son portefeuille et ses papiers d’identité dedans….. mais personne ne
s’intéresse à ça. Vous avez un matériel humain absolument considérable, il n’y personne
en prison qui y va, il n’y a que les détenus bien évidemment, mais enfin même si une
prison sans détenu ça marche pas.

Donc il a fauté, d’accord, et puis il a raté sa faute, vous voyez, il suffit pas qu’il ait
fauté, il faut encore qu’il se fasse prendre. Et la justice dans sa façon d’enquêter,
d’instruire l’affaire, elle le dit de la façon dont elle interroge les gens sur le fait; Elle
substitue, c’est le cas de le dire, au « pourquoi vous avez cela »?- que pourrait d’ailleurs
poser le DP au juge d’instruction « pourquoi j’ai fait ça ? », Parce que quand même les
juges d’instruction ils ont quand même une position qu’on qualifiera « de représentant
de l’image du père ». Elles viennent du coté du « comment vous l’avez fait ? » Parce
que sur ce « comment » là, le juge pourra affirmer quoi ? L’intentionnalité, chercher la
cause, mais pas la cause pourquoi il l’a fait, mais la cause en tant que le gain qu’il peut
en tirer. Et vous aurez donc la responsabilité de l’acte qui va s’en suivre dès que vous
aurez trouvé une intentionnalité et quand vous aurez fait cette opération et bien
l’inconscient sera passé dans les dessous « unter drüken », mais ça elle va le laisser au
psychiatre particulièrement le médecin expert qui après avoir répondu au juge sur tout
ça, pourra venir expliciter, avec quelques effets de manches, aux jurés, le soit disant du
pourquoi. Ce n’est pas parce que vous cherchez le « pourquoi vous avez fait cela ? » du
DP que ceci ferait du DP un irresponsable. La recherche d’une explication ne vaut pas
comme excuse. C’est en aucune façon une façon dédramatisée, d’ailleurs « explication »
n’est pas le mot adéquat et c’est pas pour rien que je l’emploie, il serait préférable de
parler de « mode de fonctionnement » et alors là pour le coup s’introduirai le mot
« structure » en tant que la structure c’est ce avec quoi il nous faut faire, c’est à dire
notre propre contrainte.

Ne pas pouvoir faire autrement. Céder sur son désir. En quelque sorte la question qu’il
faudrait peut être se poser avant tout essai de prise en charge du DP pourrait être :
« mais quel est donc leur trait commun ? » Alors la nosographie psychiatrique reste
imprécis sur son compte. Elle a remplacé la catégorie des déséquilibrés par celle des
psychopathes, et déjà ici vous notez que la tendance est plutôt descriptive et que ceci est
privilégié au dépend de la pathogénie. Alors il est vrai que le psychopathe rencontre le
psychiatre après le passage à l’acte, soit sur lui, soit sur l’autre, avec le remue-ménage
qui s’en suit inévitablement mais celui qui passe à l’acte qui recourt à la force n’est pas
psychopathe pour autant. Dans le DSM, vous l’avez vu tout à l’heure, le repérage des
troubles mentaux est fait à partir des manifestations cliniques. Si on préfère la
description, on privilégie l’acte. Tout ce passe comme si on était au cinéma muet. A
nous d’écrire les sous titres et, on y pense jamais assez, le psychopathe pour le DSM,
mais c’est l’objet rêvé, y a pas mieux, « l’acte ». Alors vous l’avez vu tout à l’heure, il
est rangé à la rubrique « personnalité antisociale ». La personnalité rêvée puisqu’il se
fait connaître et reconnaître seulement par ses actes, donc l’invariant, comme vous
l’avez entendu ce matin, c’est l’acte. Et à partir du moment où vous avez dit « c’est
l’acte », bien évidemment la conséquence immédiate c’est que la notion de structure est
à ranger au grenier, voire à jeter aux ordures.
Donc la clinique ça se réduit à quoi ? Le mensonge, les bagarres, les vols, les fugues,
pour les enfants vous y ajoutez l’école buissonnière et vous retrouvez l’enfant
caractériel. Vous y mettez l’alcool, la drogue, l’instabilité professionnelle, l’instabilité
affective et donc vous avez une sorte de continuum de la psychopathie de l’enfant au
délinquant adulte. Vous voyez combien cette description renvoie principalement au
social, à la justice, à la morale, vous l’avez entendu ce matin. Alors tous ces gens
partent d’une population, d’un grand nombre et ils vont chercher ce qu’ils doivent
rencontrer chez tous. Bien, mais quand on est analyste, si on doit avoir quelque chose
qui nous tient, si on relit Freud (ne serait ce que les cinq analyses) manifestement il est
parti de cas particulier qu’il a mis chez tous. Et il a dit plus ou moins, dans le fond si
c’est visible chez celui là, chez les autres c’est peut être trop complexe pour que ce soit
visible mais ça n’empêche pas que ça y est quand même.

Moi quand j’essaie de répondre aux questions du questionnaire Hare, pour mon compte
« propre » et bien je dois avoir 40. Si on y répond vraiment, vous savez c’est comme la
question qu’il ne faut pas se poser : « est-ce que je suis un homme ? ». Vous savez il y
en avait un qui se baladait à Athènes en plein jour avec une lanterne allumée et on lui
disait « mais qu’est ce que tu fais ? » et il disait « Je cherche un homme, est ce qu’il y
en a au moins un qui peut répondre à ça ? »

Je ne dit pas qu’on est pas des hommes, on est tous des hommes, ou tout au moins 50%
des hommes sont des femmes. Mais est ce qu’à ces questions là vous n’avez pas failli ?
Moi si.

Alors Freud avait posé qu’il s’intéressait à ce que j’appellerai « le reste ». Je ne sais pas
si tous les analystes qui exercent avec leurs talents propres, pas communs surtout pas,
s’ils se posent la question de la sorte ou de cette façon là ? Freud avait posé que le
refoulement était la base du raisonnement dans l’abord de la pathologie mentale. S’il y a
quelqu’un qui n’est pas d’accord avec ça, il faut qu’il me le dise. Donc il avait dit, la
« Verdrängung » (refoulement) à la névrose, la verleulung(déni) à la perversion, et la
ververfung (forclusion) à la psychose, qu’on appelle « la forclusion du nom du père ».
Alors tout laisse à penser, si on prend les choses autrement un petit peu, vous savez il y
a cette petite blague de savoir qu’est ce que c’était la névrose, la psychose, et le
psychiatre ? Alors le névrosé il louait des châteaux en Espagne, le psychotique il était
dans les châteaux en Espagne et le psychiatre lui, il touchait les loyers… Alors le
névrosé il cherche la loi pour s’y soumettre, le pervers pour s’y confronter, et le
délinquant ? Et bien peut être qu’il cherche la loi pour la questionner. Alors je vous ferai
remarquer que ce matin on a entendu : « on ne leur a pas donné la parole », on leur a pas
donné du tout la parole aux détenus, aux délinquants psychopathes et qu’est ce qu’ils
ont à nous dire derrière ? Alors quand on l’interroge derrières les barreaux, la réponse,
c’est ce qui rend de temps en temps le métier un peu lassant, bien qu’on s’en lasse pas,
bien que je ne m’en suis pas trop lassé au contraire, vous savez quand on commence à
se lasser il faut partir. Alors à quoi on pourrait résumer quand on l’interroge là dessus ?
Et bien quand il répond, le délinquant, vous savez, on dit ce sont des personnalités
fragiles, moi je trouve que c’est plutôt des personnalités résistantes parce que vous
savez vous ne leur faite pas faire ce que vous voulez. Alors quand on leur pose la
question, ils répondent la plupart du temps : « c’est pas moi, c’est pas moi le coupable »
Evidemment, vous imaginez un Moi qui ne se constituerait pas sur son innocence ? Sa
responsabilité elle peut pas être engagée, sinon il se constitue comme castré. Comme ne
faisant plus un, comme divisé, comme incomplet. Alors comment faire avec l’Autre, si
ce n’est que d’essayer d’y palier, alors l’autre vous pouvez l’écrire avec un grand A et
évidemment je crois que c’est dans ce caractère nié du DP, qu’il faut peut être chercher
le coté faussièrement menteur du Moi, la nécessité de séduire, le souci de plaire à tout
coup, le côté fabulateur, mythomane et quand vous saurez tout ça et bien vous saurez
pourquoi il a des difficultés avec la mémoire qui est sa propre histoire.

Moi j’ai toujours été très surpris de voir combien le regard avait de l’importance,
permettez-moi de le dire comme ça, à leurs yeux. En permanence ,quand l’acte est
signifié en prison, c’est toujours sous forme de quelques lettres, PAP (port d’armes
prohibées), ILS, (infraction à la législation sur les stupéfiants), HV (homicide
volontaire), CBV/AFP (coups et blessures volontaires sur agent de la force publique),
dans cette chute là le reste, où il est ? Donc même si trois lettres, pas quatre, c’est trop
compliqué. Alors vous voyez que c’est une façon de les aider, dans une certaine, mesure
à nier, a refouler. Et alors dès fois même ils arrivent à l’attribuer à quelqu’un d’autre.
Ou alors, et là les avocats y participent avec leur effet de manche l’hermine au bout du
bras, on invoque des raisons naturelles, des circonstances naturelles : « c’est un pauvre
gars, il avait pas papa, il avait pas de maman »…enfin vous connaissez la chanson.
Vous voyez que l’idéal du Moi est bien au centre, au premier plan et l’inconscient qui
est derrière tout ça ? Voir Dieu, Dieu lui-même, parce que Dieu vous savez bien il fait la
pluie et le beau temps, il fait même le reste et bien Dieu il les a abandonné. Il n’a pas eu
pour eux la bienveillance que ces DP lui prêtaient. Je veux dire comme ça qu’un certain
nombre se retrouvent dans la religion, dedans, ils vont à la messe quand c’est pas
ailleurs… Alors s’ils ne peuvent pas aller vers l’idéal du Moi, ils ne leur restent plus
qu’à faire marche arrière, voire aller vers le Moi idéal. Mais alors là pour le coup, si
vous allez en sens contraire, c’est parti pour un tour, parce que c’est un pousse à la
violence incomparable, imparable et je vous assure que je ne caricature pas le trait, bien
au contraire. Alors ça, et bien ça, ça renvoie aussi, ce me semble, à notre propre défense
contre, tenez vous le pour dit, contre la réussite dans nos engagements thérapeutiques.
La crainte dans la réussite de nos entreprises, à nous les psy, vaut mieux encore l’état
dépressif. Vaut mieux encore l’état dépressif dans lequel ça nous plonge. Ah ! les
synthèses interminables autour du psychopathe, ça vous prend des matinées entières.
Les autres ? y’en a plus. D’autant qu’ils nous renvoient de nous même, la triste image
de l’échec. Vraiment ils n’ont rien pour plaire… Sans parler de tout ce qu’ils vous
mettent en évidence, sur la façon de vous y prendre…., il n’y a pas meilleur analyste
qu’un psychopathe. C’est pas la peine d’aller lui monter quelque scénario dans le
service pour essayer de le contrer, puisque vous voyez qu’il a fallu un Ben Laden pour
faire d’un Bush et de n’en faire qu’une bouchée. On aurait jamais cru qu’il aurait pu
faire ça, ce Bush là ! Alors si par hasard dans le service il y a un trou, pas un gros, un
petit, dans tous les sens du terme, une faille… sans bruit, sans une parole, ils l’agissent.
Comme ce DP qui a échappé de l’asile où il avait été envoyé d’une prison, et qui s’étant
échappé de l’asile avait adressé une carte postale de Belgique (sans enveloppe la carte
postale, parce qu’ils n’ont pas d’enveloppes les DP), pour remercier de l’aide que le
Chef de Service avait apporté à son évasion. Vous imaginez un tel truc ? Génial ! Je
n’invente rien.

Alors la difficulté pour moi dans un tel exposé c’est de ne pas vous parlez des histoires.
De ne pas vous parler de ce qu’ils ont pu me raconter, ils m’ont appris à vivre.
Contrairement à l’artiste, qui lui est bien dans l’obligation d’intérioriser peu ou prou le
regard de celui qui va venir voir ce qu’on appelle « l’œuvre » pas le chef-d’œuvre,
« l’œuvre », sa production. Le DP lui n’est pas très conscient de ça, j’ai pas dit
inconscient. Il n’est pas lucide de ce qu’il fait, il ne sait pas qu’il a pris le train, enfin il
ne l’est pas toujours et il est fort probable que son psychisme lui échappe, (j’entends là
psychisme conscient) mais je veux pas employer le mot conscient, et que son psychisme
lui échappe même s’il refuse une telle hypothèse. Parce que de l’inconscient le DP il
n’en veut rien savoir, comme chacun d’entre nous d’ailleurs ! Qu’est ce qu’on demande
à un analyste, si ce n’est de vous en débarrasser, qu’il arrête de nous tarabuster, enfin
qu’il nous laisse vivre. Alors est ce que le psychopathe serait submergé par les
processus primaires ? Est-ce que le passage à l’acte est a considérer comme le
détachement de la dite réalité ? Est ce le produit d’une déviance ? L’acte n’est-il que la
trace de la crise du champ de la conscience ? Le passage à l’acte, qu’on pourrait peut-
être essayer d’appeler « ACTING OUT » après tout, est ce qu’il guérit de la folie qui est
en lui ? Ou alors et bien voilà on l’a dit : l’acte est un auto traitement, le passage à l’acte
est un auto traitement, une forme d’hygiène mentale qui lui éviterait la psychose ou
autre chose. Vous voyez que toutes ces questions ont un invariant : distinction entre
normalité et anormalité.

Alors la prison comme l’hôpital spécialisé discréditent de telles hypothèses car, si


quelqu’un est reconnu comme malade, obligatoirement il est victime et non pas metteur
en scène. Alors c’est quoi la culture ? Et bien c’est de renoncer à ses instincts… Il ne
faut pas sauter sur la dame qui vous plait ! Keep cool. Et la culture c’est quoi aussi ? Et
bien ça consiste à interdire et à corriger ceux qui transgressent les lois. La culture ça se
doit de protéger les individus qui la composent contre la suprématie de la dite nature. Et
nous savons combien la chair est faible : l’homme face à sa propre nature. Vous voyez
que si j’essaie de vous emmener dans tout ça, la question est loin d’être résolue. Alors si
vous êtes d’accord pour dire que l’inconscient existe. Il n’a pas d’existence propre, c’est
le lieu dont on parle. Lieu au sens lieu commun. Quand vous dites c’est un lieu
commun, il n’y a pas de lieu, enfin il y a un lieu mais ce n’est pas le mot au sens où on
l’entend quand on dit : « j’habite tel lieu ». S’il y a le refoulé qui nous évite de ne pas
trop en savoir ou tout du moins qui nécessite que nous fassions une certaine démarche
selon un certain protocole pour en avoir quelques bribes. Le refoulé c’est notre station
d’épuration. Donc il y a dans le refoulé : la lubricité, l’agressivité, le cynisme, j’en passe
et des meilleurs.

Et si le contenu du refoulé vient à s’exprimer, si on a admis l’inconscient, on est donc


dans l’obligation de reconnaître qu’il faut accorder à cette expression du refoulé, valeur
du symptôme.

D’autant plus qu’il est résistant à toute dialectique. Jacques LACAN disait « la
civilisation c’est l’égout », il avait pas tort, en plus de ça il disait qu’il ne fallait pas
analyser des crapules parce que ça donnaient des pervers. , et bien oui, absolument !

Alors le DP, qu’est ce qu’on constate par ailleurs ? Et bien qu’il a les plus grandes
difficultés à essayer de reconstituer son histoire. Parce que quand on reconstitue son
histoire c’est bien évidemment une question de mémoire. Si on devait, dans les premiers
entretiens, raconter son histoire, quand les gens viennent dans les premiers entretiens
vous raconter leurs histoires, on a changé le mot traumatisme, mais donc ce qu’ils vous
racontent c’est le traumatisme puisque le traumatisme c’est ce qui marque ! C’est pas
tout à fait comme ça qu’on considère le traumatisme. Alors on a mis une certaine barre,
un certain niveau, on demande maintenant avec des échelles de douleur de nous dire
quand est ce que les malades ont mal, s’ils ont encore mal pour qu’ils puissent s’auto-
injecter je ne sais quoi… Il a le plus grand mal a reconstituer son histoire. Et pour cause
: ça va dans tous les sens. C’est pas une histoire qu’il a, c’est des histoires.

Est-ce que se serait l’effet des nombreux interrogatoires qu’il a subi au cours de son
existence pour le moins mouvementée ? Ou alors le mythe en forme de blues de
l’enfance perdue, qu’il poursuit inlassablement en jouant encore dans la cours des
grands aux gendarmes et aux voleurs. Vous voyez que la psychanalyse passe par un
certain nombres d’énoncés. Ca suppose une investigation à proprement parler de ce qui
s’appelle le passage à l’acte. La plupart d’entre nous, on ne passe pas à l’acte. Certains
analystes ont été à dire que les gens qui étaient passés à l’acte , il ne fallait pas les
analyser. Pourtant ces DP, c’est pas possible, il a quand même dû leur arriver quelque
chose par une voie qui fait que chez eux, enfin ce que nous appelons comme ça
« l’ego », ça a du jouer pour eux un tout autre rôle que le rôle simple (qu’on imagine
simple pour nous. Nous c’est le commun des mortels), une fonction dont on ne peut
rendre compte que par son mode de passage à l’acte. J’ai bien dit à l’acte, son mode.
Alors à ce moment là on s’aperçoit quand même que si on va par là, c’est qu’il est
quand même manifestement nécessaire de dire que, pour le DP, l’acte il est quand même
nécessaire à l’ego du DP et ça, ça se voit, ça ce voit dans certaines situations parce que
les DP sont parfois dans certaines situations mais tout à fait adaptées. Une adaptation
inattendue. Et untel il ira chercher ses lettres de noblesse dans quelque corps
disciplinaire, militaires (ça se fait beaucoup en ce moment), tel autre et bien il pourra
tout à fait assumer son rôle d’éducateur. Ah il ne se fera pas avoir et puis il sera aimé en
plus et puis ça marchera. C’est génial ! Et ça vous pouvez pas le programmer, vous
pouvez pas l’envoyer comme ça à l’ANPE, ou avoir quelques circuits dans lesquels
vous auriez des institutions qui auraient besoin d’éducateur spécialisé… Vous pourriez
envoyer quelques psychopathes……. C’est pas possible ça ! C’est souvent le fruit d’une
rencontre très heureuse qu’on ne peut pas prévoir, qu’ils ne peuvent pas prévoir. C’est là
où eux qui sont des découvreurs, nous, nous avons a être des inventeurs. Et bien vous
voyez combien quand on dit des choses comme ça, on marque là que le thérapeute
manque toujours de moyens, quand ce n’est pas d’idées. Parce que quand même, qu’est
ce que nous disent les DP ? Et bien que c’est vraiment des forces vives qui se gaspillent
en pures pertes ! Voilà ce que j’avais à vous dire.