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TRIBUNAL ADMINISTRATIF

DE LA POLYNÉSIE FRANÇAISE

N° 1800213 RÉPUBLIQUE FRANÇAISE


___________

SYNDICAT DE LA FONCTION PUBLIQUE


___________ AU NOM DU PEUPLE FRANÇAIS

Mme Meyer
Rapporteure
___________ Le tribunal administratif
de la Polynésie française
M. Retterer
Rapporteur public
___________

Audience du 13 novembre 2018


Lecture du 27 novembre 2018
___________
36-10-01
C

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 juillet 2018 et des mémoires enregistrés les 10 octobre
et 8 novembre 2018, présentés par Me Usang, le syndicat de la fonction publique (SFP) demande
au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté n° 496 PR du 2 mai 2018 par lequel le président de la Polynésie
française a accordé une prolongation d’activité au-delà de la limite d’âge à M. Patrick H. ;

2°) de mettre à la charge de la Polynésie française une somme de 200 000 F CFP au titre
de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- l’intervention de M. H. est irrecevable car il ne dispose d’aucun mandat pour défendre
les intérêts de la Polynésie française ;
- il a intérêt à agir et justifie de sa qualité pour agir ;
- il n’était pas lié par l’avis de son représentant à la commission administrative paritaire
(CAP) ;
- aucun rapport circonstancié et motivé n’a été transmis aux membres de la CAP, en
méconnaissance des dispositions de l’article 57 de la délibération n° 95-215 AT du 14 décembre
1995 ;
- l’arrêté n’est pas motivé ;
- l’administration ne justifie pas d’un manque de personnel qualifié dans les fonctions
administratives de catégorie A occupées par M. H. , qui ne présentent pas un haut niveau de
technicité ; ainsi, la prolongation d’activité au-delà de la limite d’âge est entachée d’erreur de
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droit, et de détournement de pouvoir dès lors qu’elle n’a pas été décidée dans un but d’intérêt
général.

Par des mémoires présentés par Me Jannot, enregistrés les 4 septembre et 7 novembre
2018, M. H. conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge du SFP
une somme de 226 000 F CFP au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- le SFP n’a produit ni ses statuts, ni les justificatifs de leur dépôt conformément aux
dispositions de l’article LP 211-4 du code du travail de la Polynésie française ; sa contestation
systématique des prolongations d’activité relève d’une orientation politique de la compétence de
l’assemblée générale ; ainsi, la requête est irrecevable ;
A titre subsidiaire :
- l’article 87 de la délibération n° 95-215 AT du 14 décembre 1995 n’impose pas qu’un
rapport circonstancié et motivé soit transmis aux membres de la CAP ;
- la prolongation d’activité au-delà de la limite d’âge n’est pas au nombre des décisions
soumises à l’obligation de motivation ;
- M. H. est l’unique spécialiste polynésien de l’hygiène dentaire reconnu au niveau
international, il occupe les fonctions d’adjoint au chef du service d’hygiène bucco-dentaire,
chargé de la mise en place d’une nouvelle formation en hygiène dentaire, et justifie des
compétences nécessaires.

Par des mémoires en défense enregistrés les 6 septembre, 21 septembre et 31 octobre


2018, la Polynésie française conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :


- dès lors que le représentant du SFP à la CAP a émis un avis favorable à la
prolongation d’activité de M. H. , le SFP n’a pas intérêt à agir ;
A titre subsidiaire :
- les membres de la CAP ont eu connaissance des éléments nécessaires à
l’accomplissement de leur mission ;
- l’arrêté n’avait pas à être motivé ;
- le secteur de la santé bucco-dentaire manque de personnel qualifié, M. H. est
chirurgien-dentiste et présente un haut niveau de technicité dans le domaine de la santé publique,
les tâches de formation, d’enseignement et de recherche qui lui sont confiées nécessitent de
l’expérience professionnelle, aucun chirurgien-dentiste de la direction de la santé ne s’est porté
volontaire, et ainsi, les moyens tirés de l’erreur de droit et du détournement de pouvoir ne sont
pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la loi organique n° 2004-192 du 27 février 2004 ;
- la délibération n° 95-215 AT du 14 décembre 1995 ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :


- le rapport de Mme Meyer, rapporteure,
- les conclusions de M. Retterer, rapporteur public,
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- et les observations de M. Toumaniantz, représentant le SFP, celles de M. Le Bon,


représentant la Polynésie française, et celles de Me Jannot, représentant M. H. .

Une note en délibéré présentée par la Polynésie française a été enregistrée le 19


novembre 2018.

Considérant ce qui suit :

Sur la recevabilité de l’intervention de M. H. :

1. M. H. a été appelé en cause par le tribunal en sa qualité de bénéficiaire de la


prolongation d’activité contestée. Par suite, le SFP n’est pas fondé à contester la recevabilité de
son intervention.

Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :

2. Dès lors que le SFP attaque un arrêté relevant de l’application du statut de la fonction
publique de la Polynésie française, la fin de non-recevoir tirée de l’absence de preuve de
réalisation des formalités exigées par les dispositions de l’article LP 2211-4 du code du travail de
la Polynésie française, qui réglemente les relations de travail de droit privé, ne peut qu’être
écartée.

3. Aux termes de l’article 4 de ses statuts, le SFP a pour objet la défense des droits ainsi
que des intérêts matériels et moraux, tant collectifs qu’individuels, des agents publics. Ces
derniers, énumérés à l’article 8 des mêmes statuts, sont notamment les fonctionnaires des
fonctions publiques de la Polynésie française. Le fait de prolonger l’activité d’un fonctionnaire
au-delà de la limite d’âge est de nature à préjudicier aux intérêts des agents ayant vocation à
occuper l’emploi qui aurait dû se trouver vacant du fait de son admission à la retraite. La
circonstance que le maintien en activité de M. H. au-delà de la limite d’âge a donné lieu à un
avis favorable à l’unanimité des membres de la CAP, dont un représentant du SFP, est sans
incidence sur l’intérêt à agir de ce syndicat.

4. Il ressort des pièces du dossier que lors de sa réunion du 7 juin 2018, le conseil
d’administration du SFP a donné mandat à M. Toumaniantz, secrétaire général, pour attaquer
l’arrêté de prolongation d’activité de M. H. . Par suite, la fin de non-recevoir tirée de l’absence
de qualité pour agir doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

Sans qu’il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête :

5. Aux termes de l’article LP 87 de la délibération du 14 décembre 1995 portant statut


général de la fonction publique de la Polynésie française : « La limite d’âge pour les
fonctionnaires et fixé au dernier jour du mois au cours duquel l’âge de soixante ans est atteint. /
Les fonctionnaires ne peuvent être maintenus en fonction au-delà de cette limite d’âge, sauf dans
les cas suivants : / (…) / la limite d’âge peut être reculée à la demande de l’autorité compétente,
et après accord du fonctionnaire, lorsque l’agent occupe un emploi dans un secteur où
l’administration de la Polynésie française manque de personnel qualifié (…). Le recul de la
limite d’âge ne peut être décidé que pour des agents occupant des fonctions nécessitant un haut
niveau de technicité ou difficiles à pourvoir du fait de la situation géographique de leur lieu
d’exercice et doit être précédé de l’avis de la commission administrative paritaire compétente.
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(…). » Ces dispositions posent le principe de l’interdiction de maintenir en fonctions les agents
ayant atteint la limite d’âge et permettent d’y déroger dans des circonstances particulières dont
l’administration doit justifier.

6. Par l’arrêté attaqué, le président de la Polynésie française maintient en activité au-


delà de la limite d’âge M. H. , chirurgien-dentiste hors classe de la fonction publique de la
Polynésie française, adjoint au chef du service de l’hygiène dentaire, pour la réalisation d’une
mission consistant à mettre en place un programme de formation des hygiénistes dentaires, en
définir le contenu, les méthodes et les moyens pédagogiques, et en assurer la mise en œuvre. Il
ressort des pièces du dossier que l’expertise de M. H. en matière d’hygiène dentaire se rattache à
diverses activités remontant aux années 1983 à 1997, et que les fonctions administratives et
ministérielles qu’il a occupées ultérieurement, pour éminentes qu’elles aient été, n’étaient
susceptibles de lui conférer un haut niveau de technicité ni au regard de sa qualification initiale
de chirurgien-dentiste, ni en matière de conception et de mise en œuvre de formations
professionnelles. La Polynésie française, qui ne peut utilement se prévaloir de l’insuffisance du
nombre de chirurgiens-dentistes imputable aux suppressions de postes résultant de ses propres
décisions de gestion, ni faire valoir qu’aucun chirurgien-dentiste ne s’est porté volontaire pour la
mission en cause dès lors qu’elle ne démontre pas avoir lancé un appel à candidatures, admet
expressément dans ses écritures que la direction de la santé comporte 25 chirurgiens-dentistes,
dont la technicité pour mener à bien la mission confiée à M. H. n’est pas sérieusement contestée.
Par suite, le SFP est fondé à soutenir que l’arrêté attaqué est entaché d’erreur de droit au regard
des dispositions de l’article LP 87 de la délibération du 14 décembre 1995, et, dès lors, à en
demander l’annulation.

Sur les frais liés au litige :

7. M. H. , qui est la partie perdante, n’est pas fondé à demander qu’une somme soit mise
à la charge du SFP au titre des frais qu’il a exposés à l’occasion du présent litige. En revanche, y
a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre une somme de 150 000 F CFP à la charge de
la Polynésie française.

DECIDE:

Article 1er : L’arrêté n° 496 PR du 2 mai 2018 par lequel le président de la Polynésie française a
accordé une prolongation d’activité au-delà de la limite d’âge à M. Patrick H. est annulé.

Article 2 : La Polynésie française versera au syndicat de la fonction publique une somme de


150 000 F CFP au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié au syndicat de la fonction publique, à la Polynésie


française et à M. H. .

Délibéré après l'audience du 13 novembre 2018, à laquelle siégeaient :

M. Tallec, président,
Mme Meyer, première conseillère,
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Mme Zuccarello, première conseillère.

Lu en audience publique le 27 novembre 2018.

La rapporteure, Le président,

A. Meyer J-Y. Tallec

La greffière,

D. Germain

La République mande et ordonne au haut-commissaire de la République en Polynésie


française en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les
voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente
décision.

Pour expédition,
Un greffier,