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Poésie raisonnée, raison poétique: comprendre le génie de Buffon au regard de Jean

Starobinski
Author(s): Hanna Roman
Source: MLN, Vol. 128, No. 4, French Issue (September 2013), pp. 828-838
Published by: The Johns Hopkins University Press
Stable URL: https://www.jstor.org/stable/24463518
Accessed: 25-03-2019 07:20 UTC

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Poésie raisonnée, raison poétique:
comprendre le génie de Buffon au
regard de Jean Starobinski
*

Hanna Roman

Dans ses réflexions sur le rôle du langage dans l'œuvre du grand


naturaliste de l'époque des Lumières, le comte de Buffon, Jean Sta
robinski souligne la question de la rupture apparente entre raison et
poésie, et nous permet de reconsidérer celle-ci à travers la définition
contemporaine du langage poétique et sa mise en pratique. Dans
un article paru en 1977, intitulé « Langage poétique et langage
scientifique », Starobinski aborde le sujet qui captivait autant qu'il
troublait beaucoup de philosophes de l'ancien régime : celui de la
perte, après l'expulsion d'Adam et Eve du jardin, et de la récupération
possible d'une langue première et naturelle, c'est-à-dire une forme de
communication dans laquelle les mots refléteront exactement et les
idées et les choses. Au sujet de cette langue paradisiaque, Starobinski
écrit : « [L]a première langue que les hommes ont parlée fut tout
ensemble musique, poésie, science. Au commencement, un même
verbe, enseigné par Dieu ou dicté par la Nature, sut dire les choses,
les sentiments, les lois. [ . . . ] [L]a première langue alliait la pléni
tude d'un savoir à la plénitude musicale de son pouvoir expressif »
(« Langage poétique » 139). Mais depuis, « la pleine lumière du sens
s'est obscurcie, » et à la place du sens parfait ont apparu des mythes,
des théories de l'origine et de la corruption du langage pur et des
méthodes cherchant comment reconstruire le pont entre l'idée et la
représentation écrite et verbale (139).

MLN128 (2013): 828-838 © 2014 by The Johns Hopkins University Press

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l'ordre de l'esprit » (146). Toujou


des Lumières symbolise le mome
science. A cet égard Starobinski t
des Lumières insistent « trop s
conflit » et d'un choix obligatoi
point où « l'on oublie que l'oppos
manifestation de la vie des idées
intéressant de chercher à discerner comment certaines redistributions

se sont opérées, et moyennant quels ajustements compensateurs les


hommes se sont accomodés de l'autorité et de l'efficacité croissantes

de la pensée scientifique » (147). En effet, afin d'arriver à la signi


fication et à l'utilité de la poésie au dix-huitième siècle, Starobinski
soutient que nous ferions mieux d'examiner l'activité intellectuelle
par laquelle un auteur aurait pensé l'observation et la représentation
d'un sujet. Suivant cette voie, nous pourrions commencer à imaginer
une concordance, voire une coexistence indispensable, de la poésie
et du savoir analytique à l'époque des Lumières.
Cette hypothèse donne l'occasion de relire des œuvres de philo
sophie naturelle sous la lumière du rapport essentiel entre savoir et
langage. Dans le cadre de cet article, nous aborderons cette question
autour de la notion du « génie » dans l'étude du monde naturel. Au
dix-huitième siècle, le sens de ce terme était loin d'être fixé. Certes,
il impliquait du talent, mais il provoque également toute une suite
de questions et de débats philosophiques, intellectuels, esthétiques
et moraux. D'où vient ce talent ? S'il ne vient pas de Dieu, par où
trouve-t-il son autorité ? Qui peut le posséder et comment ? Serait-il
la caractéristique propre d'un homme de lettres, c'est à dire, l'un des
aspects principaux qui donnent une voix légitime aux philosophes ?
La rhétorique de l'Histoire naturelle du comte de Buffon fournit
un exemple canonique de cette voix géniale. Cet article examinera,
guidé par les réflexions de Starobinski, les conditions qui rendaient
poétique l'étude de la nature. Car Buffon n'était pas reconnu de son
temps tout simplement comme grand écrivain, membre de l'Académie
française, mais également comme figure intellectuelle importante,
ce qui allait précisément de pair avec son aptitude à manipuler la
langue de manière persuasive et même sublime. Pourquoi dans Y His
toire naturelle faut-il de la rhétorique et de l'adresse pour observer et
systématiser la nature ? Ou, pour le dire autrement, pourquoi une
telle étude rigoureuse de la nature était-elle perçue au dix-huitième
siècle comme essentiellement poétique ? Buffon n'était pas le seul
philosophe de son temps à vouloir mettre à l'épreuve le rapport entre

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le savoir nature
entre ces deux d
en tant qu'auteu
ticulière, comme
d'histoire naturelle.

Le Génie et la raison poétique

Analysons maintenant comment la lecture de Buffon par Starobinski


nous permet d'observer et d'étudier le processus par lequel le dis
cours poétique contribue à l'observation et la représentation du
monde naturel. Car, nous allons le voir, l'expression et la rhétorique
de l'œuvre buffonienne forment une partie intégrale de sa pensée
rationnelle. Selon Starobinski, dans le monde naturel Buffon « voit
une confirmation des pouvoirs souverains de la raison. C'est la nature
qui a fait l'homme civilisé et qui l'incite à se civiliser » (« Rousseau
et Buffon » S80). L'homme observe la nature et utilise sa raison
pour trouver l'ordre et l'analogie entre les parties du monde. Mais
en écrivant Y Histoire naturelle, Buffon fait plus que retransmettre cet
ordre à ses lecteurs. Il leur montre, en même temps, la méthode par
laquelle il l'a appris, une méthode qui évolue, se développe et se crée
à travers les volumes du texte. Lire VHistoire naturelle, c'est non seule
ment étudier la nature, mais c'est aussi suivre l'histoire de la pensée
du naturaliste et partager son expérience de la manière de raisonner.
L'acte de lire le langage de Buffon permet au lecteur de connaître le
monde naturel aux niveaux à la fois rationnel et sensible. On apprend
à considérer la nature non seulement grâce à l'ordre logique, mais
également grâce à une peinture mouvante et lyrique dont les gestes
ne sont pas ceux du pinceau, mais ceux des mots. Selon Starobinski,
à travers l'expression écrite, la nature redevient vivante dans l'esprit
du lecteur (Diderot dans l'espace des peintres 24).
Cette aptitude à peindre la nature appartient, nous le découvrons
au cours de Y Histoire naturelle, non pas au naturaliste, mais au génie.
Dans son célèbre essai, le Discours sur le style, prononcé lors de son
entrée à l'Académie française en 1753, Buffon souligne qu'en écrivant
au sujet de l'homme et de la nature, le langage employé non pas par
l'historien ou le naturaliste, mais par l'orateur et le poète, les véritables
auteurs de l'histoire naturelle, doit être sublime :

Mais le ton de l'orateur ou du poète, dès que le sujet est grand, doit toujours
être sublime, parce qu'il est le maître de joindre à la grandeur du sujet
autant de couleur, autant de mouvement, autant d'illusion qu'il lui plaît ;

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et que devant toujours peindre et t


partout employer toute la force et
(Supplément à l'Histoire naturelle 4 :

De cette manière Buffon lie le travail de l'observateur de la nature à

celui du poète et du génie. Ce dernier incarne une voix, nous allons


le découvrir, qui permet au lecteur d'apercevoir le monde non pas
d'après un ordre analytique, mais comme un tableau vivant, la somme
lyrique de toutes ses parties.
J'aimerais arrêter brièvement le cours de mon argument pour exa
miner la signification du terme « génie » au dix-huitième siècle, afin de
mieux comprendre l'opération de cette voix dans un texte d'histoire
naturelle. Un observateur quelconque n'est probablement pas capable,
même après beaucoup d'étude, d'articuler la marche fondamentale
et subtile de la nature, car il lui manque l'intuition et la sensibilité
qui n'appartiennent qu'au génie. Le livre d'histoire naturelle a donc
besoin d'un guide qui dirige sa lecture, et d'une voix qui est à la fois
plongée au sein de la nature et flottante au-dessus. L'édition de 1762
du Dictionnaire de l'Académiefrançaise définit le génie comme « [t]alent,
inclination ou disposition naturelle pour quelque chose d'estimable,
& qui appartient à l'esprit » (n.p.), c'est-à-dire une qualité innée
basée sur l'aptitude naturelle. Dans l'article « Génie (Philosophie et
Littérature) » de l'Encyclopédie (écrit, l'on pense, par Jean François de
Saint-Lambert), on lit que ceux qui ont ce talent naturel peuvent être
distingués d'autres membres de la communauté intellectuelle, surtout
les philosophes, à cause de leur manière de penser et de percevoir
le monde. Selon cet article, l'esprit du philosophe « ne s'[accorde]
guère avec la chaleur de l'imagination » du génie (7 : 583). Chez le
philosophe, la nature est organisée et interprétée selon le cours logique
de sa raison. Le génie, par contre, « est frappé de tout, » animé et
« subjugué par l'enthousiasme » (583). Il n'observe pas le monde de
la même manière ordonnée que le fait le philosophe, mais plutôt avec
une énergie qui lui permet d'apercevoir ce que les autres ne peuvent
pas reconnaître. D'après l'article de Y Encyclopédie, le génie «jette sur
la nature des coups-d'œil généraux & perce ses abîmes. Il recueille
dans son sein des germes qui y entrent imperceptiblement, [ . . . ] il
observe rapidement un grand espace, une multitude d'êtres » (583).
Cependant, dans le cas de Buffon, l'image du génie comme vision
naire, vivant dans le domaine de l'imagination, ne contredit pas sa
capacité de partager et transmettre du savoir rationnel. A la différence
du philosophe, explique Starobinski, le poète ne peut pas se retirer du
monde. Son travail a lieu au sein de la nature, et ce n'est que plongé

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M LN 833

dans l'activité du
(« Langage poéti
revenir sur le pas
la nature, afin donc de connaître le monde et d'en faire une étude
rigoureuse, doit l'habiter et doit donc être poète. Chez le génie, écrit
Starobinski, il existe un mélange parfait, mais mystérieux, de poésie
et de raison (152). Le génie rassemble deux forces et deux modes
opposés de penser et de s'exprimer ; le tangible et le mécanique
vont de pair avec l'impalpable et la poétique. Les hommes ordinaires
éprouvent la séparation entre raison et imagination, cœur et esprit,
« sous la forme du combat, de l'opposition, du conflit intérieur »
(« La Réaction » 217). Le génie arrive à accorder ces deux sphères
opposées dans un équilibre délicat (220).
Vers la fin de sa vie, Buffon décrivit le génie comme la voix à qui seul
« il appartient de généraliser les idées particulières, de réunir toutes
les vues en un faisceau de lumière, de se faire de nouveaux aperçus,
[ . . . ] de s'élever enfin assez haut, et de s'étendre assez loin pour
embrasser à la fois tout l'espace qu'il a rempli de sa pensée » (Histoire
naturelle des minéraux 2 : 346). Le génie de Buffon est capable de lire
au niveau de ce que ce naturaliste nomma auparavant « la Nature en
grand » (Histoire naturelle 1 : 66). Il conçoit ainsi le monde comme
une machine énorme, autrement dit comme l'interaction générale
de toutes ses parties particulières. De cette façon le naturaliste réunit
l'esprit philosophique et l'esprit génial dans son discours. D'ailleurs,
l'énergie de son langage sert non seulement à communiquer l'ordre
du monde naturel, mais à reconstruire ce monde comme entité
vivante dans l'esprit du lecteur. Le discours du génie ne transmet pas
uniquement les objets naturels, mais leur force et leur dynamisme
essentiels ; son texte reproduit la nature en forme de mots. Souvent,
comme nous allons maintenant le voir, la poétique géniale fait plus
qu'enseigner et recréer. ! Elle est capable d'inventer, d'aller plus loin
que la nature et de créer à sa place, afin de la rendre encore plus
vivante, belle, et efficace qu'elle ne l'était. L'invention géniale inspire
le lecteur à réaliser cette beauté dans le monde qui l'environne.

Réunir savoir et poésie

Nous pouvons voir comment cette puissance linguistique se développe


dans un passage de l'Histoire naturelle. Étant le génie de l'histoire
naturelle, Buffon a le don de percevoir plus loin que le philosophe.
Avec ses « coups-d'œil généraux », il monte presque au sommet du

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monde, quasiment à la place de


le travail de la nature dans un t
vue » (1764). La nature, nous
de Dieu. Elle est comme son c
la grande échelle de rapports
causes et effets. La nature inscrit l'histoire de Dieu sur « l'édifice du
monde. » Elle est à la fois l'œuvre de Dieu et son ouvrier immortel :

« un ouvrage perpétuellement vivant, un ouvrier sans cesse actif [ .


. . ] : le temps, l'espace et la matière sont ses moyens, l'Univers son
objet, le mouvement et la vie son but » (Histoire naturelle 12 : iii). La
nature sculpte temps, espace et matière en « des millions de globes
opaques, [qui] circulans autour des premiers, [ . . . ] composent
l'ordre et l'architecture mouvante » (v-vi).
De cette façon Buffon découvre la marche invisible du monde
naturel, et rend ensuite cette activité lisible aux yeux des lecteurs.
Pourtant, son discours transmet plus que l'ordre de l'univers. Il com
munique aussi le dynamisme du monde et l'activité à travers laquelle
il se construit. D'ailleurs, si la nature incarne le langage du monde,
le génie, en traduisant ce langage dans ses propres termes poétiques,
remet à ses lecteurs non seulement son organisation et son fonction
nement, mais les incite à et les persuade de mettre ce savoir à l'œuvre
et à laisser, comme avait fait la nature, l'empreinte de leur espèce sur
la face du monde. Faisant son travail d'observation et de réflexion,
l'homme existe, nous dit Buffon, « pour seconder la Nature [...];
seul entre tous, capable de connoître et digne d'admirer, Dieu l'a fait
spectateur de l'Univers et témoin de ses merveilles » (xi). La lumière
de Dieu, communiquée par la nature, permet à l'homme d'étudier
le monde. A l'aide de cette lumière, rendue visible par le texte du
génie, l'homme « voit et lit dans le livre du monde » (xi).
Cependant l'homme fait plus qu'observer, lire et contempler. Dans le
monde autour de lui, soutient Buffon, il « établit entre les êtres vivans
l'ordre, la subordination, l'harmonie ; il embellit la Nature même, il
la cultive, l'étend et la polit » (xi). Car il y a des coins abandonnés de
la nature, sauvages, farouches, inondés des marécages et de mauvaises
herbes. Selon Buffon, il est du devoir de l'être humain de les changer
et des les rendre habitables. D'un ton persuasif, Buffon engage les
hommes à agir, en leur montrant d'abord l'état triste et impuissant
des êtres humains qui ne surent pas « [lire] dans le livre du monde : »
Nulle route, nulle communication, nul vestige d'intelligence dans ces lieux
sauvages ; l'homme obligé de suivre les sentiers de la bête farouche, s'il veut
les parcourir ; contraint de veiller sans cesse pour éviter d'en devenir la

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proie ; effrayé de
solitudes, il rebrousse le chemin et dit : la Nature brute est hideuse et
mourante ; c'est Moi, Moi seul qui peux la rendre agréable et vivante : desséchons
ces marais, animons ces eaux mortes en les faisant couler, formons-en des
ruisseaux, des canaux ; employons cet élément actif et dévorant qu'on nous
avoit caché et que nous ne devons qu'à nous-mêmes ;[...] bien-tôt au lieu
du jonc, du nénuphar, dont le crapaud composoit son venin, nous verrons
paroître le renoncule, le treffle, les herbes douces et salutaires ; des trou
peaux d'animaux bondissans fouleront cette terre jadis impraticable ; ils y
trouveront une subsistance abondante, une pâture toujours renaissante ; ils
se multiplieront pour se multiplier encore : servons nous de ces nouveaux
aides pour achever notre ouvrage ; que le bœuf soumis au joug, emploie
ses forces et le poids de sa masse à silloner la terre, qu'elle rajeunisse par
la culture ; une Nature nouvelle va sortir de nos mains, (xii-xiii ; je souligne)

L'homme imprime ses actions sur la terre sous la forme des animaux
apprivoisés, de l'agriculture et de l'architecture, à tel point que le
monde, « notre ouvrage, » devient presque autant sa création que celle
de Dieu. Ce passage commence avec « l'homme » solitaire, accablé par
la puissance de la nature, et passe ensuite au « Moi, » la conscience
générale de l'espèce humaine au moment où elle apprend comment
retravailler le monde. Mais cette conscience ne sera pas complète
sans celle du génie. A travers son texte, l'homme reçoit l'énergie
créatrice, « cet élément actif », qui l'aide à modifier la nature et à
transformer ses parties laides, terrifiantes et chaotiques en les entités
compréhensibles d'« une Nature nouvelle. » Grâce au discours génial,
écrit Starobinski, « l'objet [naturel] n'est plus captif de la figuration, il
devient disponible pour la main, pour l'usage pratique » (Diderot 26).
En lisant ce passage sur le pouvoir de l'homme, on se rend donc
compte du pouvoir du génie. Le génie représente l'idée classique du
poète. Starobinski le décrit comme possédant « la raison [ . . . ] et
l'aptitude à se laisser guider, parfois emporter, par une ivresse mysté
rieuse,—"fureur" où une puissance divine est supposée se substituer
à la conscience du poète » (« Langage poétique » 152). Mais comme
l'on voit dans l'exemple de Buffon, pour créer son art ce poète n'est
plus obligé de se plier devant « [1] 'ivresse mystérieuse » d'un dieu. Il
est capable, par sa propre lumière, de recréer l'analogie ou le langage
de la nature : « la faculté créatrice du poète ne tarde pas à se libérer
de toute soumission imitative à l'égard de la nature : l'artiste crée
comme la nature, et non d'après la nature » (152). De cette manière
le poète naturaliste effectue la transmission aux lecteurs d'un corps
de savoir ordonné à travers le discours poétique.

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Dans ce mouvement entre arti


n'est pas imitatif, mais plutôt co
savoir, l'on trouve un exemple d
poésie et science que cherche Sta
génie enseigne à l'homme le syst
le transporte jusqu'au cœur de
aurait fait au jardin d'Eden, « par
tout instant impliqué » (155). D'a
« dans le livre du monde », mais
saisi l'activité naturelle, la rempl
son geste créatif et créateur, le g
Cette union n'existe pas seuleme
son essai sur l'esthétique des Salo
comment la force énergétique du
nature et poète, se trouve aussi c
[P]our Diderot, la jouissance esthét
pourquoi [ . . . ] il ne lui déplaît pas
belle peinture est celle qui fait conn
variété sensible des phénomènes [..
d'un même élan, la figure des objet
révélera doublement : les choses du
rejoindre. [Diderot 31-32)

Cette experience d apercevoir a la


de saisir et sa structure et son
l'union entre poésie et savoir nat
ne se déroule ni au registre relig
de la perception particulière de l
expérience représente le triomph
où ces êtres saisissent et le systèm
où cette compréhension peut pas
du bien. Car enfin la nature, adm
œuvre, Les Époques de la nature (
l'avait cru auparavant. Elle est sou
ultime de la planète, et toute vie
de glace. L'homme ne peut rien co
dans le temps qu'il lui reste, il pe
par le savoir, le langage et les acti
« sa vraie gloire est la science, et
ment 5 : 254). La conclusion de S
poétique » reflète aussi cette con
jamais la langue perdue du para

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ouvre à nos consc


elle suscite un app
percevoir. [ . . . ]
est capable d'offr
préfigurée, analog
des consciences, [
heureuse. De cela,
que sa présence so

Dans les siècles


même, le projet
pas dans sa tota
d'imagination, r
pas scientifiquem
un guide au sujet
en ne comprenan
fois la plus bienf
poésie, la science
en y inscrivant
rôle dans la ratio
considérer scien
et hors de comp
tous les deux à l
en action. Et en
la poésie comme
enfin de la fluid
peindre Buffon c
The Johns Hopkins Univ

ŒUVRES CITEES

D'Alembert, Jean, et Denis Diderot. Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des scien


des arts et des métiers. The ARTFL Encyclopédie : Project for American and Fre
Research on the Treasury of the French Language (ARTFL). University of Chicag
Chicago IL., n.d. <http://encyclopedie.uchicago.edu/>. 01 août 2013.
Dictionnaire de l'Académie française. Quatrième Edition. Paris : Brunet, 1762. Dictionn
d'autrefois : Project for American and French Research on the Treasury of the French Lang
(ARTFL). University of Chicago, Chicago IL., n.d. <http://artfl-project.uchic
edu/content/dictionnaires-dautrefois>. 01 août 2013.

Buffon, Georges Louis Leclerc, comte de, et Louisjean-Marie Daubenton. His


naturelle, générale et particulière, avec la description du Cabinet du Roy. 15 vols. Par
1749-1788. Buffon et l'histoire naturelle : l'édition en ligne. Paris : Centre nation
d'études scientifiques, n.d. <http://www.buffon.cnrs.fr/>. 01 août 2013.

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838 HANNA ROMAN

. Histoire natuelle des minéraux. 5 vols. Pa


l'édition en ligne. Paris : Centre nation
buffon.cnrs.fr/>. 01 août 2013.
Histoire naturelle, générale et particulièr
Paris, 1774-1789. Buffon et l'histoire natur
d'études scientifiques, n.d. <http://ww
Condillac, Etienne Bonnot de. La langue
Chouillet. Lille : Presses Universitaires de Lille, 1981.
. Traité des sensations. Paris : Fayard, 1984.
Starobinski, Jean. Diderot dans l'espace des peintres, suivi du Sacrifice en rêve. Paris : Réunion
des musées nationaux, 1991.
« Langage poétique et langage scientifique. » Diogène : Revue internationale des
sciences humaines. 100 (octobre-décembre 1977) : 139-57.
. « La réaction et la machine animale (Hobbes, Glisson, Buffon). » Annie Becq,
Charles Porset et Alain Mothu eds. Amicitia Scriptor : Littérature, histoire des idées,
philosophie. Mélanges offerts à Robert Mauzi. Paris : Champion, 1998. 205-20.
« Rousseau et Buffon. » Jean-Jacques Rousseau : La transparence et l'obstacle, suivi
de sept essais sur Rousseau. Paris : Gallimard, 1971. 380-92.

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