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UNIVERSITÉ de CAEN BASSE-NORMANDIE

U.F.R. LANGUES VIVANTES ÉTRANGÈRES

MASTER LLCE Langues Européennes

METHODOLOGIE DE LA RECHERCHE EN CIVILISATION


HISTOIRE DU LIVRE

Travail présenté par :

Danitza CORNEJO MUÑOZ

Titre :

Esquisse pour l’étude d’un livre de récits graphiques


sur la violence politique au Pérou :
« Chungui, violencia y trazos de memoria »,
d’Edilberto Jiménez

Professeur : Me Silvia FABRIZIO-COSTA

ANNÉE UNIVERSITAIRE 2014-2015


METHODOLOGIE DE LA RECHERCHE EN CIVILISATION
HISTOIRE DU LIVRE

Esquisse pour l’étude d’un livre de récits graphiques


sur la violence politique au Pérou:
« Chungui, violencia y trazos de memoria »,
d’Edilberto Jiménez

Introduction

Ceci est une esquisse des éléments à prendre en compte lors de l’analyse de l’édition et
de la réception du livre péruvien Chungui, violencia y trazos de memoria1, d’EDILBERTO
JIMENEZ, publié pour la première fois par la COMMISSION DES DROITS DE L’HOMME
(COMISEDH) en 2005 à Lima et réédité en 2009 et 2010 par l’INSTITUT D’ETUDES PERUVIENS
(IEP) et la COMISEDH en association avec le DEUTSCHER ENTWICKLUNGSDIENST – ZIVILER
FRIEDENSDIENST (DED-ZDF).

Ce livre a comme thème central les horreurs que les habitants de Chungui, une
localité reculée du département d’Ayacucho au Pérou, ont subi pendant les années de la
violence politique (1980 – 2000) qui opposa deux stratégies de guerre : celle de la subversion
de la guérilla maoïste Sentier Lumineux et celle de la contre-subversion mené par l’Etat
péruvien.

Nous nous sommes intéressées à ce livre non seulement parce que le thème qu’il
aborde, à savoir, la violence politique au Pérou à partir de 1980 jusqu’en 2000, constitue le
sujet de notre travail de recherche pour l’obtention du Master. Nous l’avons aussi choisi parce
que ce livre avait à nos yeux deux qualités particulières : la première de ces qualités est
d’être le premier récit graphique des années de la violence politique au Pérou qui ait

1
Nous traduisons ce titre comme « Chungui, violence et traits de mémoire », où l’on joue avec le double sens du
mot « trait », entendu au sens propre par allusion aux dessins de l’Edilberto Jiménez, et au sens imagé en
référence aux marques que la violence laisse dans la mémoire.
transcendé les frontières du pays et qui ait eu une réception et acceptation bien plus large que
le RAPPORT FINAL de la COMMISSION DE VERITE ET RECONCILIATION NATIONALE (CVR)2, auprès
du grand public péruvien. La deuxième, parce qu’il a été produit dans un moment postérieur
au Rapport final de la CVR, à partir des témoignages directs d’une population dont la langue
maternelle est le quechua, recueillis par M. Edilberto Jiménez, un anthropologue locuteur
natif de cette langue qui, à l’origine, n’était pas censé de faire ce travail. Nous nous sommes
donc intéressés à cet aspect non programmé du récit qui jaillit de la mémoire collective
d’une population, devant une personne qui ne vient pas au nom de l’Etat et qui lui ressemble
au moins par la langue maternelle qu’elle partage avec lui.

Plus tard, nous avons découvert d’autres raisons pour continuer à nous intéresser à ce
livre. D’une part, le constat que l’édition princeps du livre signé par Edilberto Jiménez avait
subit une importante évolution dans sa deuxième édition, mettant ainsi en évidence
l’importance que les nouveaux éditeurs, l’Institut d’Etudes Péruviens (IEP) en tête,
accordaient à la publication du livre. D’autant plus que la préface, rédigée par M. Carlos Ivan
Degregori, membre proéminant de l’IEP et spécialiste en thèmes de violence politique au
Pérou, oriente le lecteur dans le sens du discours du RAPPORT FINAL de la CVR, dont il a été
le rédacteur en chef.

D’autre part, nous remarquons que l’Institut d’Etudes Péruviens (IEP), désormais
maison d’édition du livre Chungui, violencia y trazos de memoria d’Edilberto Jiménez est, au
même temps, un de plus prestigieux centres de recherche en sciences sociales, présent au pays
depuis 1964 –la maison vient de fêter son 50° anniversaire. En effet, l’IEP est le plus grand
producteur d’études sur le phénomène de la violence politique au Pérou et également le plus
grand éditeur des livres en sciences sociales, ce que lui confère une place fondamentale dans

2
La COMMISSION DE VERITE ET RECONCILIATION NATIONAL (CVR) a été nommé le 13 juillet 2001 par le
gouvernement de transition de M. Valentin Paniagua, gouvernement qui succéda celui d’Alberto Fujimori, qui
avait fuit le pays au milieu de graves accusations de corruption et génocide. Le gouvernement Paniagua
désigna douze hauts représentants pour cette commission, parmi lesquels se trouvent Carlos Iván Degregori,
chercheur pour l’IEP, spécialiste en études sur les mouvements paysans, la violence politique et le Sentier
Lumineux ; et Carlos Tapia, directeur de l’Ong CEPRODEP, théoricien de la conformation des Comités
d’autodéfense et consultant d’organismes militaires depuis longue date. La CVR reçoit, dès le départ,
l’assistance technique et le financement de l’USAID. Chiffrer le phénomène de violence politique fut dès le
départ l’objectif primordial de la CVR. S’ériger en référent officiel de l’Etat péruvien, au détriment des
données collectées par d’autres organismes d’Etat tel que DEFENSORIA DEL PUEBLO ou la COMMISSION
NATIONALE DE DROITS DE L’HOMME, fut aussi parti de son programme. Le RAPPORT FINAL de la CVR a été
rendu public le 28 août 2003, sous le gouvernement de M. Alejandro Toledo.
l’orientation de la recherche dans le pays. Nous considérons donc légitime de regarder de
plus près son histoire et son parcours.

Enfin, puisque nulle donnée ne nous semble banale dans l’analyse d’une production
éditoriale qui a eu de l’impact sur la formation de subjectivités autour de la mémoire
collective du pays -impact qui est encore à définir-, il nous semble important de relever que
l’auteur de Chungui, violencia y trazos de memoria, nous fait prendre acte, dans le livre, de
ses remerciements aux personnes suivantes : M. Daniel Huamán, alias Delta, M. Edgard
Arones, alias Tiro-fijo, et M. Octavio Coronado, tous les trois membres du
Comité d’autodéfense de Chungui3. Les personnes citées ont donné protection et conduit M.
Edilberto Jiménez lors de ses visites à ce district, ce que pour nous constitue une donnée de
première importance puisque cela peut comporter, à notre avis, une incidence sur la
perception que l’auteur se fait sur la réalité qu’il nous décrit.

Les années de violence politique au Pérou

Entre 1980 et 2000, on dénombre au Pérou environ 70 000 morts et 13 000 disparus
comme résultat de la violence politique qui opposa l’Etat au groupe maoïste Sentier
Lumineux. Ces chiffres ont été établis par la COMMISSION DE VERITE ET RECONCILIATION
NATIONALE (CVR), nommé en 2001 par l’Etat péruvien sous recommandation de l’OEA,
commission qui a publié son RAPPORT FINAL en août 20034.

D’après le RAPPORT FINAL, la tragédie des victimes, d’origine principalement quechua


mais aussi asháninka, habitants des Andes et d’Amazonie, n’a pas émue l’opinion publique
nationale lors de la phase la plus meurtrière du conflit ni après, ce qui serait révélateur du
caractère excluant et raciste de la société péruvienne envers ces populations.

D’après les résultats obtenus par la CVR, le 75% des victimes avaient pour langue
maternelle le quechua, le 79% vivaient dans des zones rurales et le 56% s’occupaient des
3
Les Comités d’autodéfense ont aussi été appelés par la CVR « rondes paysannes contre-subversives ». D’après
le RAPPORT FINAL de 2003, « à partir de décembre 1983, les Forces armées se chargèrent du combat contre-
insurgeant à Ayacucho, peu après les Marines s’installèrent à Huanta (Ayacucho). Une des premières mesures
prises par les militaires fut l’organisation des paysans en Comités de défense civile dans chaque village […] ».
Ces Comités de défense civile se sont ensuite appelés Comités d’autodéfense.
4
Ces résultats sont en réalité une estimation à partir des 23 969 victimes reportées par la CVR, estimation faite
avec la méthode systèmes multiples (SMP, pour ses sigles anglaises), méthode qui fut objet de controverse.
Malgré tout, aujourd’hui l’Etat a reconnu devant l’OEA un chiffre de 15 721 disparus, comptabilisés par
l’Institut de Médecine Légale.
activités agricoles. Au département d’Ayacucho, la CVR a registré le 40% de victimes, mais
ce pourcentage est du 85% si l’on ajoute les départements de Junin, Huánuco, Huancavelica,
Apurimac et San Martin, c’est-à-dire, les départements les plus pauvres du pays. C’est aussi
dans ces zones où le plus grand pourcentage de fosses communes a été répertorié, lesquelles
se dénombraient en plus de 4000 d’après le RAPPORT FINAL en 2003, et avaient augmenté à
5
6400 en 2013, selon le Ministère public .

Dans le RAPPORT FINALE, la CVR responsabilise au groupe maoïste Sentier Lumineux


d’être l’agent le plus meurtrier du conflit : 46% des morts et disparitions contre 30% attribués
à l’Etat et 24% à d’autres agents6. Ces résultats ont été pourtant mis en doute dès le moment
même de sa publication. En effet, les résultats obtenus par la CVR ont inversé ceux qui étaient
jusqu’alors connus : en 1996, le bureau de Defensoría del Pueblo7 publiait son rapport N° 55,
où cet important organisme public dénonçait que les Forces armées péruviennes étaient
responsables de la plus grande partie d’assassinats, massacres, tortures et disparitions forcées
de cette guerre, sans pour autant dédouaner le Sentier Lumineux.

Dans le cas de Chungui, district reculé du département d’Ayacucho, le résultat de cette


période de violence politique s’est traduit par la diminution drastique de la population : de
8,257 habitants dénombrés en 1981, ils sont passés à moins de 4,000 en 2005 (Jiménez 2009 :
77-78). D’autre part, le nombre de victimes, entre morts et disparus, dans la période de 1983 à
1994, avait atteint le chiffre de 1,381 personnes (CVR 2003 : 586), ce que représente le 17%
de la population locale au début du conflit. Chungui serait aussi la zone avec le plus grand
nombre de fosses communes, en nombre supérieur à 400, d’après le RAPPORT FINAL de la
CVR, ce qui nous dit long du degré de violence que la population a dû endurer.

5
La Fiscalía de la Nación est l’organisme du Ministère public régenté par le Procureur ou Fiscal. Les chiffres
concernant les fosses communes dont l’Etat péruvien a connaissance, après le RAPPORT FINAL de 2003, ont été
publiées par les organismes de droits humains, nationaux et internationaux. Ici, nous prenons le communiqué
d’Amnesty International du 30 août 2013, mais ce chiffre coïncide avec celui du directeur de l’Institut péruvien
d’anthropologie médico-légale (EPAF), M. José Pablo Baraybar, qui estime que le nombre de fosses
communes ou clandestines est de plus de 6 mille, plusieurs d’entre elles situées dans des bases militaires.
6
La responsabilité sur ce 24% de morts et disparus se partage entre les Rondes paysannes, Comités
d’autodéfense, groupes paramilitaires, situations d’affrontement armé direct, Mouvement Révolutionnaire
Tupac Amaru (MRTA) et des agents non identifiés.
7
La Defensoría del Pueblo est un organisme à caractère public mais indépendant de l’Etat. Créé par la
Constitution de 1993, son plus haut représentant est le Défenseur du Peuple, nommé avec le vote d’au moins
deux tiers d’élus au Parlement pour un mandat de 5 ans.
Le livre

Le livre Chungui, violencia y trazos de memoria, de M. Edilberto Jiménez, a été tout


d’abord édité en 2005 par la Commission des Droits de l’Homme (COMISEDH), date à
laquelle le livre se composait de 209 pages et avait un format plus petit (17cm x 24cm) que
les éditions suivantes. L’édition du 2005 était préfacée par Carlos Ivan Degregori, membre de
l’IEP, et comptait avec un essai introductoire par Abilio Vergara, anthropologue originaire de
la région d’Ayacucho, ayant travaillé un temps à l’Université de Huamanga, ville de résidence
d’Edilberto Jiménez.8

Révisée et augmentée, la deuxième édition est un volume qui se compose 418 pages9,
signé désormais par deux éditeurs et un organisme associé (?), dans l’ordre suivant : l’Institut
d’Etudes Péruviens (IEP), la Commission des Droits de l’Homme (COMISEDH), et le
Service allemand pour le développement (DED, Deutscher Entwicklungsdienst) à travers son
Programme de service civile pour la paix (ZDF, Ziviler Friedensdienst). Le nouveau format
du livre (24cm x 24cm), broché et à couverture cartonnée, permettrait d’accueillir avec
souplesse les dessins de M. Jiménez, élément central de la publication. Ce format sera
désormais la version finale du livre, dont la troisième édition a vu le jour en 2010, avec un
tirage de 1500 exemplaires.

Quant à la structure du livre, nous distinguons la partie des éditeurs et celle de


l’auteur. Il est nécessaire de bien souligner cette particularité car, à différence de l’édition de

8
Nous ne savons pas si c’est l’auteur, M. Edilberto Jiménez, ou les éditeurs, qui ont demandé la participation
d’Abilio Vergara pour l’introduction au livre, introduction titré « La mémoire de la barbarie en images ». M.
Vergara, actuellement professeur à l’ENAH, École nationale d’anthropologie et histoire au Méxique, a mis en
exergue à son essai trois extraits, dont l’un est le refrain d’une valse créole péruvienne très connue, mais qu’ici
constitue un élément totalement étrange et même opposé à l’univers des habitants de Chungui. Nous ne
pouvons pas éviter de relever le fait que M. Vergara, spécialiste en anthropologie urbaine, avoue « ne
malheureusement pas connaître Chungui », reculé district rurale à la frontière des Andes avec l’Amazonie.
9
Noter que d’une édition à l’autre, le livre a doublé en nombre de pages. Nous supposons que le rajout le plus
important correspond surtout au chapitre « Chronologie », qui se compose de 91 pages, réalisée par les
éditeurs, mais nous nous demandons quelles autres parties ont été « augmentées et corrigées ». En ce qui
concerne les « Présentations » du livre par les éditeurs, celles-ci occupent 5 pages, suivies de la « Préface » de
Carlos Ivan Degregori, membre de l’IEP, à 18 pages ; l’ « Essai introductoire » d’Abilio Vergara occupe à lui
seul 32 pages ; tandis que le « Glossaire » et la « Bibliographie » font 10 pages. En ce qui concerne le travail
de l’auteur, Edilberto Jiménez, il est responsable de l’écriture de 63 pages, entre les « Remerciements », les
« Données de base » et son essai « La violence » ; outre la partie consacrée aux récits graphiques et textuels,
appelée « Traits et témoignages », lesquels occupent 206 pages (49% du livre), dont 93 planches de dessins.
2005, le poids des éditeurs sur celle de 2009 est beaucoup plus grand : sur les 418 pages, seul
263 sont de responsabilité de l’auteur.

Rappelons-nous que la première édition ne contient que 209 pages, ce que nous amène
à supposer que la part de l’auteur a aussi été augmentée de manière considérable. Nous
sommes prévenus, dans la présentation par les éditeurs, que « la deuxième édition, corrigée et
augmentée, inclut des cartes, des nouveaux dessins et témoignages et […] quelques données
sur l’évolution de Chungui après la violence et sur son actuelle situation ». Nous nous
demandons alors si ces rajouts modifient-ils aussi l’interprétation du phénomène de violence à
Chungui par les lecteurs ? Dans ce sens, nous croyons que l’analyse du discours des éditeurs
devrait être comparée à l’analyse du discours de l’auteur et à l’étude de l’image, pour la
première et la deuxième édition.

Quant à la partie produite par l’auteur, elle se compose, d’un côté, des remerciements
aux institutions et personnes qui ont participé d’une manière directe ou indirecte, dans la
production des dessins et dans la mise en forme du livre. Il s’en suit une description
géographique, démographique, sociale et historique du district de Chungui, district auquel
l’auteur nomme aussi « Oreja de Perro »10 ; ainsi qu’un essai historiographique sur la violence
à Chungui. En réalité, cette partie contient aussi le propre récit de témoignage de l’auteur,
lequel donne ses propres impressions sur la période de violence politique qu’il avait vécu
étant habitant de Huamanga (Ayacucho) et, à l’époque, journaliste d’une radio locale.

D’un autre côté, Edilberto Jiménez nous présente un récit graphique contenant 93
planches dessinées à l’encre noire, accompagnées chacune, dans une page différente, d’un
texte dont la thématique correspond à l’image présentée. Les textes sont les transcriptions des
récits oraux que M. Jiménez a recueillis auprès des victimes de la violence politique à
Chungui. Cet ensemble constitue la partie centrale du livre, la « colonne vertébrale »
(Degregori 2009 : 22) autour de laquelle les autres parties s’organisent.

10
Oreille de chien est le surnom que les militaires donnèrent au district de Chungui, car sur la carte politique du
département d’Ayacucho, qui aurait la forme d’un chien assis, Chungui se situe en ce qui correspondrait à
l’oreille du chien. Il est aussi à noter qu’au moment de nous présenter le phénomène de la violence politique
dans le district, l’auteur reprend pour beaucoup le langage du discours militaire pour définir les actions liées
aux militants de Sentier Lumineux : « incursion » pour arrivée, « apologie subversive » et « endoctrinement »
pour prosélytisme politique, etc. Ce qui est compréhensible du fait que ses guides dans la zone, qu’il connaît
peu, sont des membres des Comités d’autodéfense, liés aux Forces armées péruviennes dans la logique contre-
subversive.
Nous avons tenté un premier classement de ces 93 planches dessinées d’après l’agent
producteur de violence que les dessins dénoncent. Ainsi, nous nous retrouvons face à 30
planches illustrant la violence exercé par les subversifs de Sentier Lumineux ; 28 planches sur
la violence exercé par les Forces armées ; 13 planches de la violence exercé par les Comités
d’auto-défense (Défense civile) et les Rondes paysannes, en coopération avec les Forces
armées ; 8 planches illustrant les affrontements entre les camps de la subversion et la contre-
subversion ; 2 planches sur la violence sexuelle contre les femmes, perpétrés par les deux
camps ; 1 planche sur la tuerie d’indigènes amazoniens ashaninka où l’agent n’est pas
identifiable ; 2 planches montrant la mise en esclavage des populations liées au camp
subversif par les Forces armées ; 4 planches sur d’autres séquelles pour la population ; 3
planches sur les perspectives envisagées ; et finalement, 2 planches illustrant des traditions
existant à Chungui.

L’auteur

Nous avons recueilli les données biographiques de l’auteur à travers de nombreuses


sources journalistiques et à travers le propre récit que l’auteur a consigné dans le livre
Chungui, violencia y trazos de memoria.

Né en 1963 à Alcamenca (Ayacucho), Edilberto Jiménez est membre d’une famille


d’artisans locaux d’artefacts de culture populaire appelés « retablos »11. Septième fils du
célèbre rétabliste, don Florentino Jiménez Toma, l’auteur de Chungui, violencia y trazos de
memoria est considéré par les leurs comme « l’intellectuel de la famille », du fait qu’il a été le
seul à faire des études supérieures.

En effet, il a étudié de l’anthropologie à l’Université de Huamanga (Ayacucho), après


quoi il a travaillé pour différents organismes non gouvernementaux (ONG), dans des
différentes stations de radio locales et, plus tard, il a collaboré avec la CVR vu l’importance
des témoignages qu’il avait réussi à recenser. Actuellement il est membre de l’IEP et travaille
avec des associations de droits humains, ainsi qu’avec des ONG basées en Ayacucho.

11
Les « retablos » sont des artefacts d’expression de la culture populaire d’Ayacucho depuis l’arrivée des
Espagnols. Il s’agît de boîtes avec des portes, dans lesquelles l’on transportait le Saint protecteur des
commerçants transhumants. Les artisans d’Ayacucho ont fini par transformer leur usage, et depuis la
deuxième moitié du XX siècle, ces boîtes contiennent aussi des représentations de la vie quotidienne et des
traditions. A partir de 1970, les luttes politiques des paysans contre les grands propriétaires terriens et l’armée
y sont aussi réprésentées. Chez M. Jiménez, ces « retablos » racontent, en plus, la souffrance des paysans
dans les années de la guerre interne.
M. Jiménez a aussi travaillé à son compte dans l’art du « retablo ayacuchano », tout
comme ses frères et ses sœurs, mais il n’a jamais vendu ses productions artistiques. Ainsi,
plusieurs de ses « retables » ont été repérés par l’anthropologue Carlos Ivan Degregori et, en
vertu à l’amitié qui les unissait, ces productions artistiques font aujourd’hui l’objet d’une
collection qui est en exposition permanente dans les locaux de l’IEP à Lima.

M. Edilberto Jiménez est arrivé pour la première fois en 1996 à Chungui, avec la
mission de recenser les traditions et chansons populaires de ce district éloigné, en tant que
chercheur et salarié du Centre pour le développement agricole (CEDAP). Ses visites à
Chungui s’étendirent pendant les sept années suivantes et c’est pendant ces années-là que M.
Jiménez réussit à gagner la confiance de la population de Chungui, laquelle lui délivre peu à
peu ses souffrances et ses souvenirs des horreurs de la guerre interne. Récits qui lui sont pour
beaucoup insupportables au point qu’il renonce à continuer d’enregistrer les témoignages et
en échange réalise de dessins suivant les récits de l’horreur.

Avant avoir pris la forme d’un livre, les dessins de M. Edilberto Jiménez ont été
exposés en 2004 à Nuremberg et en 2005 à Tokio. Au même temps, la COMISEDH organisa
en 2004 une exposition itinérante dans des différentes localités du département d’Ayacucho
dont le district de Chungui à l’occasion de la présentation du RAPPORT FINALE de la CVR.

Le quechua et la tradition orale

Nonobstant que la « colonne vertébrale » du livre est composé des récits de personnes
dont la langue maternelle est le quechua, rapportés sous forme de dessin et de texte par M.
Edilberto Jiménez, le livre Chungui, violencia y trazos de memoria a été seulement publié en
langue espagnole. La langue quechua apparaît uniquement dans le texte par la transcription
phonétique des chants populaires que l’auteur a insérée, puis traduit, avant et après les récits
graphiques.

La langue quechua est deuxième langue la plus parlé au Pérou d’après le dernier
recensement national en 2007, avec 3 millions 261 mille locuteurs, soit le 13,2% de la
population nationale. Dans le département d’Ayacucho, deuxième département où le quechua
est prédominant, ce pourcentage atteint le 63%, et pour le district de Chungui, il est de 93%.

Le quechua est une langue orale, sans antécédents d’écriture. Elle était la langue
officielle de l’empire Inca avant l’arrivé des européens. Les traditions, l’histoire et les mythes
des populations quechua sont jusqu’à aujourd’hui transmis d’une génération à l’autre à travers
l’oralité et les chants. Une riche variété de genres musicaux est entretenue par ces populations
qui racontent à travers leurs chants collectifs leur quotidien, leurs rapports forts avec les
éléments de la nature et leurs sentiments.

Cette caractéristique s’exprime dans Chungui, violencia y trazos de memoria, à travers


la transcription qu’Edilberto Jiménez a fait à travers l’écriture phonétique de 13 chants insérés
dans son propre récit au moment de l’évocation de son passage par les villages et hameaux de
cette zone rurale. Il faut signaler ici que M. Jiménez, lui-même locuteur natif de langue
quechua, n’appartient pas au groupe socioculturel des habitants de Chungui. De son
expérience professionnelle en tant qu’animateur d’un programme de radio appelé
Rimaykusunchik (« Parlons-en »), nous apprenons que « cette expérience me conduit à me
rapprocher beaucoup de la population paysanne et à connaître de plus près sa réalité »
(Jiménez 2009 : 89).

Couverture de la 2° édition du livre d’Edilberto Jiménez publié en 2009


Corpus bibliographique

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aumentada), Lima, IEP / COMISEDH / DED, 2009.

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