You are on page 1of 15

ÉGYPTE PHARAONIQUE

Une tête de reine anonyme


de la collection de l’Institut d’Égyptologie
de Strasbourg
Cet article∞∞(1) a pour objet de préciser la datation d’un fragment anépi-
graphe de statue d’une reine de la collection de l’Institut d’Égyptologie de
Strasbourg∞∞(2) (inv. IES-Spiegelberg-965) (Fig. 1-9) et d’établir la liste de
ses propriétaires possibles. Avant de procéder à l’analyse de l’œuvre, sa
description détaillée permettra de déterminer les critères de notre datation.
Voici, tout d’abord, la fiche technique de cette sculpture:
Matière: granit rose.
Hauteur conservée: 17 cm.
Technique: ronde-bosse.
État de conservation: fragmentaire. L’uræus frontal a complètement
disparu, la partie inférieure du nez est considérablement abîmée, la
majeure partie de la perruque est perdue; la partie arrière du monument a
le plus souffert. Une petite partie du cou est conservée. On observe égale-
ment des égratignures et divers dommages sur le mortier et sur le menton.
Provenance: lieu de trouvaille indéterminé. La statue a été achetée au
Caire en 1899, lors du deuxième voyage de W. Spiegelberg en Égypte∞∞(3).

(1) J’exprime ma grande reconnaissance au Prof. Frédéric Colin de l’Institut d’Égypto-


logie de Strasbourg de m’avoir permis d’étudier ce monument; cette recherche a été réali-
sée à l’occasion de mon accueil au sein de l’Université de Strasbourg, dans le cadre de
l’UMR 7044.
(2) Bibliographie: W. SPIEGELBERG, Ausgewählte Kunst-Denkmäler der Ægyptischen
Sammlung der Kaiser Wilhelms-Universität Strassburg, Strassburg, 1909, pp. 8-9; Antiqui-
tés égyptiennes, Strasbourg, 1973, p. 36, cat. 126, photo de couverture; La femme dans
L’Égypte Ancienne. Institut d’Égyptologie de Strasbourg. Musée d’Histoire de Mulhouse.
Museum d’Histoire naturelle de Colmar, Colmar, 1994, pp. 24-25, cat. 29; L. DELVAUX,
«Tête de reine», dans: Chr. KARLSHAUSEN, Th. DE PUTTER (Edd.), Pierres égyptiennes…
Chefs-d’œuvre pour l’éternité, Mons, 2000, pp. 172-175, cat. 56.
(3) W. SPIEGELBERG, Ausgewählte Kunst-Denkmäler, p. 8. Voir aussi: Fr. COLIN,
«Comment la création d’une “bibliothèque de papyrus” à Strasbourg compensa la perte des
manuscrits précieux brûlés dans le siège de 1870», La Revue de la BNU, automne 2010,
pp. 25-47.
Chronique d’Égypte LXXXVII (2012), fasc. 174 – doi: 10.1484/J.CDE.1.103126

203
ÉGYPTE PHARAONIQUE

Description iconographique et stylistique


La tête de reine porte la perruque tripartite traditionnelle surmontée du
mortier bas, composé d’une rangée d’uræus dressés. On peut admettre que
la présence au-dessus du mortier de l’attribut des reines et déesses – les
doubles hautes plumes de faucon stylisées swty – est peu probable (Fig. 5).
À l’origine, le front de la statue était orné de l’uræus qui identifiait cette
effigie comme une reine. Les dommages de la partie occipitale, les restes
d’un pilier vertical et le traitement plus soigneux du côté droit de la coif-
fure montrent que la tête en question appartenait à un groupe statuaire
pourvu d’un appui dorsal monolithe commun (Fig. 6). Ainsi on peut devi-
ner qu’originellement, à gauche de la figure de reine se trouvait une autre
effigie, probablement celle du roi.
La perruque tripartite, couverte de lignes en creux, imitant des rangées
de mèches parallèles, est typique des images traditionnelles de divinités et
de femmes dès l’Ancien Empire. La structure arrondie de la face, avec la
partie inférieure quelque peu avancée, se caractérise par des joues pleines
et un petit menton. Les yeux horizontaux relativement larges sont peu
profonds (plutôt des globes saillants si on regarde de profil), tandis que le
maquillage des paupières supérieures et des sourcils est nettement modelé
par des lignes en relief qui atteignent les tempes. Cependant, on ne peut
pas constater que le maquillage forme ici le délinéament entier (le type
«fully rimmed eyes» d’après la classification de B.V. Bothmer)∞∞(4) puisque
les paupières inférieures ne sont pas marquées d’une bande de fard en
relief. Les oreilles sont placées assez haut, collées contre la tête; le lobe
n’est pas percé. La bouche soigneusement délimitée a des lèvres char-
nues; la ligne de la lèvre supérieure pourvue d’un pli distinctif au milieu
rappelle la courbure d’un arc. Les commissures des lèvres sont assez pro-
fondes, ce qui donne au visage l’expression d’un léger sourire.

Analyse
Comme on l’a déjà mentionné plus haut, les vestiges du pilier dorsal
qui adhérait à la tête, la ligne et la forme de la cassure suggèrent que ce
portrait faisait partie d’un groupe statuaire composé probablement de deux
figures ou plus. Il est possible que la tête ait appartenu à une dyade ou

(4) B.V. BOTHMER, «Eyes and Iconography in the Splendid Century: King Amenhotep III
and His Aftermath», dans: L.M. BERMAN [Ed.], The Art of Amenhotep III: Art Historical
Analysis. Papers Presented at the International Symposium Held at the Cleveland Museum of
Art. Cleveland, Ohio, 20-21 November 1987, Cleveland, 1990, pp. 84-90, pll. 20-25.

204
UNE TÊTE DE REINE ANONYME

à une triade∞∞(5), destinée à être placée dans un temple. Il faut encore ajou-
ter que dans les dyades du Nouvel Empire la femme est souvent représen-
tée enlaçant d’un bras le torse ou l’épaule d’une figure masculine. Si, dans
notre cas∞∞(6), nous ne pouvons pas établir la position exacte du bras gauche
de la reine, on peut, par analogie avec les autres groupes statuaires de la
XVIIIe dynastie, supposer que son bras gauche était à demi plié derrière
(?) le dos de la figure voisine disparue, comme le suggère le léger relève-
ment de la perruque du côté gauche.
L’existence au Nouvel Empire de groupes statuaires royaux consistant
en deux statues assises est bien attestée depuis le temps d’Hatchepsout∞∞(7).
Bien que la dyade royale du milieu de la XVIIIe dynastie la plus connue
soit la statue représentant Thoutmosis IV et la mère-reine Tiaa du Musée
égyptien du Caire∞∞(8), il existe d’autres exemples de dyades semblables∞∞(9).
La matière dont est faite le monument – le granit rose – a été largement
utilisée dans la statuaire royale de la XVIIIe dynastie dès le temps d’Hat-
chepsout et jusqu’à la fin du règne d’Amenhotep III∞∞(10). Ce fait constitue
une indication indirecte sur les limites chronologiques les plus probables
de sa réalisation: la première moitié / le milieu de la XVIIIe dynastie. De
surcroît, le fait que la statue fut exécutée en granit rose, matière durable et
coûteuse, pourrait indiquer que cette dame était la reine / principale – Ìmt
nswt/wrt. L’absence d’inscriptions et d’uræus frontal qui auraient permis
de dater le monument nous obligent à l’attribuer principalement sur la
base des particularités stylistiques et typologiques. Comme l’a justement

(5) Les Égyptiens eux-mêmes considéraient les groupes statuaires (par exemple la
dyade) comme des statues uniques, monolithiques, et pas comme deux statues réunies:
Chr. BARBOTIN, Les statues égyptiennes du Nouvel Empire. Statues royales et divines, T. I,
Paris, 2007, p. 17.
(6) On ne peut pas déterminer si la tête de Strasbourg faisait partie d’une statue en
position assise ou debout.
(7) Voir notamment la mention de la double statue d’Hatchepsout et Amon envoyée à
Pount – Urk. IV, p. 319, 12-17 et la dyade endommagée du temps d’Hatchepsout (?) dans
le temple d’Amon-Kamoutef: H. RICKE, Das Kamutef-Heiligtum Hatschepsuts und
Thutmoses’ III. in Karnak. Bericht über eine Ausgrabung vor dem Muttempelbezirk, Kairo,
1954, pp. 6-7. Voir aussi la peinture murale du tombeau de Rekhmirê (TT 100) avec une
représentation d’atelier du sculpteur où se trouve la dyade royale: Z. HAWASS, The Lost
Tombs of Thebes. Life in Paradise, London, 2009, p. 151.
(8) JE 36336 = CG 42080 = C. ALDRED et al., L’Empire des Conquérants, Paris, 1979,
p. 156, fig. 142.
(9) PM II, p. 176. Et surtout: PM IV, p. 99 et B.M. BRYAN, The Reign of Thutmose IV,
Baltimore and London, 1991, pl. III, fig. 9.
(10) Th. DE PUTTER, Chr. KARLSHAUSEN, Les pierres utilisées dans la sculpture de
l’Égypte pharaonique. Guide pratique illustré, Bruxelles, 1992, pp. 84-85.

205
ÉGYPTE PHARAONIQUE

noté R. Tefnin, «en théorie, et pour les grands règnes, un certain nombre
de pièces témoins, attribuées sans équivoque par des inscriptions origi-
nales, devrait permettre de déterminer, pour chaque roi, un ensemble de
traits constants suffisamment cohérent pour absorber des variations diffé-
rentielles dues à divers facteurs tels que l’âge du modèle, la matière utili-
sée ou les traditions d’école. Mais en pratique, on constate souvent que
des variantes de traits ou de style peuvent atteindre une amplitude telle
que la réalité même de cet ensemble se trouve mise en question. Autre-
ment dit, il arrive qu’un seul ensemble (de traits – V.B.) recouvre partiel-
lement deux règnes successifs ou proches, tandis qu’un même règne en
accepte plusieurs, distincts∞∞(11)». Malheureusement, rares sont les exem-
plaires de statues en ronde-bosse des reines de Thoutmosis III∞∞(12),
d’Amenhotep II et de Thoutmosis IV qui ont survécu, ce qui empêche
d’avoir une vue d’ensemble de la statuaire des reines sous ces pharaons∞∞(13).
Ainsi, il faut souligner que parmi les rares statues connues des souve-
raines de la première moitié de la XVIIIe dynastie, aucune n’a de ressem-
blance physionomique, typologique et stylistique apparente avec le por-
trait de reine de Strasbourg. De surcroît, la quête des parallèles est
considérablement compliquée à cause du petit nombre d’images (ou de
fragments) de reines conservées du milieu de la XVIIIe dynastie. Nous
n’avons notamment qu’une connaissance superficielle des portraits en
ronde-bosse des épouses de Thoutmosis IV. En particulier, du règne sui-
vant (Amenhotep III) ont survécu seulement quelques exemples abîmés

(11) R. TEFNIN, «À propos d’une tête royale du Musée d’Aberdeen», CdÉ 49, 1974,
p. 13.
(12) À l’exception des statues féminines d’Hatchepsout portant des attributs du pouvoir
royal.
(13) Parmi les monuments les plus connus, notons: la statue de la reine Moutnefret,
mère de Thoutmosis II (Musée égyptien du Caire, CG 572 = I. LINDBLAD, Royal Sculpture
of the Early Eighteenth Dynasty in Egypt, Stockholm, 1984, pp. 62-63, pl. 38) et l’exem-
plaire parfaitement conservé de la statue de la reine Iset, mère de Thoutmosis III (Musée
égyptien du Caire, JE 37417 = CG 42072 = M. SALEH, H. SOUROUZIAN, J. LIEPE, Das
Ägyptische Museum Kairo. Offizieller Katalog, Mainz, 1986, cat. 137). Une autre statue
d’Iset a été trouvée dans la cachette du temple de Louxor (M. EL-SAGHIR, Das Statuen-
versteck im Luxortempel, Mainz, 1996, p. 71). À la période des Thoutmosides appartiennent
un sphinx du Musée Barracco (inv. 13) et les sculptures des reines du Musée égyptien du
Caire (JE 45076) et de Vienne (inv. 5778) = H. SOUROUZIAN, «Une tête de la reine Touy à
Gourna», MDAIK 37, 1981, pll. 73-75. En particulier de Tod provient la statue de granit de
la reine Satiâh (Musée égyptien du Caire, JE 37638 = Chr. LEBLANC, Reines du Nil au
Nouvel Empire, Paris, 2009, p. 86, fig. 101). Voir aussi le bref résumé de J. Vandier:
J. VANDIER, Manuel d’archéologie égyptienne. T. III. Les grandes époques. La statuaire,
Paris, 1958, pp. 313-316.

206
UNE TÊTE DE REINE ANONYME

de la statuaire d’une des femmes de Thoutmosis IV, la reine Moutemouia,


la mère d’Amenhotep III∞∞(14).
En retournant donc au sujet principal, nous adhérons à la datation géné-
rale de la tête proposée par W. Spiegelberg – la XVIIIe dynastie. Cepen-
dant son hypothèse d’attribution à Hatchepsout nous paraît peu
concluante∞∞(15), comme d’ailleurs la datation (pourtant sans argumentation
concrète) de ce monument dans la première moitié de la XVIIIe dynastie
affirmée par R. Lehnardt∞∞(16).
À notre avis, la statue a été sculptée plus tard, mais pas avant la fin du
règne de Thoutmosis IV: nous considérons que la tête de Strasbourg peut
être datée soit du temps de Thoutmosis IV, soit (ce qui est plus que vrai-
semblable) du temps d’Amenhotep III. Divers détails plaident en faveur
de cette datation, comme: la forme des yeux plutôt proche de celle de cer-
taines statues de Thoutmosis IV (selon la classification de B.M. Bryan)∞∞(17);
les traits ronds du visage avec ses joues pleines et ses lèvres sensuelles,
qui sont considérablement plus doux que dans la plupart des portraits
royaux de la première moitié de la XVIIIe dynastie (du temps d’Hatchep-
sout-Amenhotep II) encore empreints du style assez sobre de la statuaire
du Moyen Empire.
La perruque archaïque tripartite de la reine de Strasbourg, qui est plutôt
propre aux divinités, contraste avec les exemplaires plus tardifs de la
XVIIIe dynastie quand se développe la mode des variantes plus somp-
tueuses, avec des mèches et boucles soigneusement traitées de formes
variées. Ajoutons cependant que la perruque de la reine anonyme est
dépourvue de l’image gravée du vautour-nrt, attribut important d’une
épouse et mère de roi∞∞(18).
D’autre part, à l’encontre d’une datation du portrait de Strasbourg
à l’époque amarnienne ou post-amarnienne, témoignent les détails

(14) Les portraits de Moutemouia en ronde-bosse sont le fragment d’une tête (BM 43A
= B.M. BRYAN, The Reign of Thutmose IV, pl. XVII, fig. 48) et les statues aux jambes du
colosse d’Amenhotep III (les colosses de Memnon) à Thèbes (PM II, pp. 449-450).
(15) W. SPIEGELBERG, Ausgewählte Kunst-Denkmäler, p. 9.
(16) La femme dans L’Égypte Ancienne, p. 24-25 et dans: Antiquités égyptiennes, p. 36,
cat. 126.
(17) B.M. BRYAN, «Portrait sculpture of Thutmose IV», JARCE 24, 1987, p. 7.
(18) Cet attribut ornant presque toujours les statues des dames royales (comme durant
la première moitié de la XVIIIe dynastie et plus tard) est habituellement combiné avec de
lourdes perruques d’autres types ou avec les perruques tripartites avec les boucles de formes
différentes.

207
ÉGYPTE PHARAONIQUE

suivants: les oreilles non percées∞∞(19), l’absence de boucles d’oreille que


portent les dames royales dès la fin de la XVIIIe dynastie et surtout sous
les Ramessides∞∞(20) et l’absence d’un double uræus ornant normalement
les statues de reines dès la seconde moitié de la XVIIIe dynastie et à
l’époque ramesside∞∞(21).
Enfin, le trait le plus spécifique du portrait en question, qui n’est pas
caractéristique des statues des reines de la première moitié de la
XVIIIe dynastie, est la forme du mortier doté d’uræus dressés traités en
haut relief. Dans la ronde-bosse, ce type de mortier avec les représenta-
tions des uræus en haut relief apparaît sous Amenhotep III∞∞(22) et se répand
sous les Ramessides (voir par exemple les effigies des épouses et des
filles-reines de Ramsès II)∞∞(23); avant cela, les statues des reines avaient
habituellement un mortier de forme cylindrique dépourvu de frise d’uræus
en haut relief. Il faut encore rappeler que le mortier des statues connues de

(19) Les oreilles percées et les boucles d’oreilles rondes apparaissent dans la sculpture
seulement à partir de la période amarnienne. Notons quelques exemples (avec les lobes
percés): le portrait de Nefertiti et les têtes des princesses amarniennes (Musée égyptien de
Berlin, inv. 21220, 21223, 14113 = Staatliche Museen zu Berlin. Ägyptisches Museum und
Papyrussamlung, Mainz, 1991, pp. 110-111, 114-117); avec les boucles d’oreilles: la sta-
tue de Nefertiti debout (Musée égyptien de Berlin, inv. 21263 = Staatliche Museen zu
Berlin. Ägyptisches Museum und Papyrussamlung, pp. 108-109), le groupe d’Akhénaton et
Nefertiti (Louvre, E 15593 = Chr. BARBOTIN, Les statues égyptiennes du Nouvel Empire.
Statues royales et divines, T. II, pp. 84-86), la tête de Tiyi (Musée égyptien de Berlin, inv.
21834 = R.E. FREED, Y.J. MARKOWITZ, S.H. D’AURIA (Edd.), Pharaohs of the Sun.
Akhenaten. Nefertiti. Tutankhamen, Boston, 1999, pp. 82, 215, cat. 39).
(20) Voir par exemple les statues des reines: Moutnedjemet (Musée égyptien de Turin,
inv. 1379 = R. HARI, Horemheb et la reine Moutnedjemet, Genève, 1964, pll. 51-52, 60),
Nefertary Merytenmout (La statue de Ramsès II assis, Musée égyptien de Turin, inv. 1380
= H.C. SCHMIDT, J. WILLEITNER, Nefertari Gemahlin Ramses’ II, Mainz, 1994, p. 47. La
statue à coté du colosse de Ramsès II dans la première cour du temple de Louxor =
J. TYLDESLEY, Chronique des reines d’Égypte. Des origines à la mort de Cléopâtre, Actes
Sud, 2008, p. 147), un fragment de statuette d’Isetnefret (Musées Royaux d’Art et d’His-
toire de Bruxelles, E.5924 = H.C. SCHMIDT, J. WILLEITNER, Nefertari Gemahlin Ramses’ II,
p. 29), le fragment de statue de Merytamon, dite «la reine blanche» (Musée égyptien du
Caire, JE 31413 = H.C. SCHMIDT, J. WILLEITNER, Nefertari Gemahlin Ramses’ II, p. 31).
(21) La première statue connue d’une reine pourvue du double uræus est la statue sus-
mentionnée de la reine Iset (JE 37417 = CG 42072 = M. SALEH, H. SOUROUZIAN, J. LIEPE,
Das Ägyptische Museum Kairo. Offizieller Katalog, cat. 137), mais c’est seulement dès la
reine Tiyi qu’on a régulièrement représenté les reines avec le double uræus.
(22) Notons en particulier le type de mortier de la statue de Sekhmet in situ dans le
temple de Mout à Karnak: Aménophis III. Le Pharaon-Soleil, Paris, 1993, p. 179, fig. VII.1.
(23) Cf.: la statue de Merytamon («la reine blanche»), Musée égyptien du Caire, JE
31413 = H.C. SCHMIDT, J. WILLEITNER, Nefertari Gemahlin Ramses’ II, p. 31, la statue de
cette même reine in situ à Akhmim, la statue de Nefertary Merytenmout au pied du colosse
de Ramsès II au temple de Louxor et la statue de Bentanat au pied du colosse de Ramsès II
à Karnak = Chr. LEBLANC, Reines du Nil au Nouvel Empire, pp. 185, 217, 227-229.

208
UNE TÊTE DE REINE ANONYME

la reine Tiyi, l’épouse principale d’Amenhotep III, n’a pas de frise com-
posée d’uræus en haut relief: c’est un mortier cylindrique uni∞∞(24) (dans
certains cas avec un dessin formé de lignes verticales)∞∞(25) voire un mor-
tier haut ou bas avec des uræus et des cartouches royaux gravés sur sa
surface∞∞(26). Signalons néanmoins que la particularité typologique du mor-
tier constituant un caractère distinctif du portrait de Strasbourg ne doit pas
remettre en question la datation générale du monument. En effet un frag-
ment de statuette du Petrie Museum montre une dame royale de l’époque
d’Amenhotep III couronnée du mortier pourvu d’une frise d’uræus en
haut relief∞∞(27). Notons aussi que sur certains reliefs de la même époque la
reine Tiyi elle-même, l’épouse principale d’Amenhotep III, est représen-
tée avec le mortier décoré des uræus∞∞(28), ce qui ne permet pas d’exclure a
priori l’existence de statues de cette reine couronnée de ce type de mor-
tier. De surcroît, il est nécessaire de signaler que les traits de cette reine
anonyme nous rappellent vaguement le visage de Tiyi, bien qu’il faille
admettre que selon les indices caractéristiques comme le traitement des
yeux∞∞(29) et la bouche arquée à l’expression hautaine ils ne sont pas
conformes aux critères stylistiques des images attribuées à Tiyi. On note
encore que sur toutes les statues de Tiyi inscrites elle porte le double
uræus∞∞(30), tandis que le portrait de Strasbourg avait été orné d’un seul

(24) Par exemple la tête du Museum of Fine Arts de Boston (inv. 21. 2802) et la tête
d’une collection privée anglaise: Aménophis III. Le Pharaon-Soleil, pp. 140-141, cat. 13;
pp. 145-147, cat. 15.
(25) Le fragment d’un groupe du Louvre (inv. 2312, E 25493) = Aménophis III. Le
Pharaon-Soleil, pp. 164-165, cat. 22.
(26) Voir la statue de Tiyi trouvée en 2006 dans le temple de Mout à Karnak, Musée
égyptien du Caire, JE 99821 = Chr. ZIEGLER (Ed.), Reines d’Égypte. D’Hétephérès à Cléo-
pâtre, Monaco-Paris, 2008, pp. 186-187, 346-347, cat. 181; les représentations sculpturales
de Tiyi et Moutemouia figurant à côte des jambes des colosses de Memnon et le groupe
colossal de Médinet Habou exposé dans l’atrium du Musée égyptien du Caire, JE 33906 =
Aménophis III. Le Pharaon-Soleil, p. 35; la tête de Tiyi de Sérabit el-Khadim, Musée égyp-
tien du Caire, JE 38257 = A. WIESE, A. BRODBECK (Edd.), Toutankhamon. L’or de l’au-
delà. Trésors funéraires de la vallée des rois, Paris, 2004, pp.176-177, cat. 24.
(27) Petrie Museum, UC 16486 = A. PAGE, Egyptian Sculpture: Archaic to Saite: From
the Petrie Collection, Warminster, 1976, p. 89, cat. 96.
(28) Voir un fragment de relief de la tombe d’Ouserhat (TT 47) aux Musées Royaux
d’Art et d’Histoire de Bruxelles (inv. E.2157) = Aménophis III. Le Pharaon-Soleil, p. 255,
cat. 56 et la scène de la tombe de Kherouef (TT 192) = The Tomb of Kheruef. Theban Tomb
192. By the Epigraphic Survey in Cooperation with the Department of Antiquities of Egypt.
The Oriental Institute of the University of Chicago, Chicago, 1980, pll. 25-26.
(29) Selon le style de l’époque, les portraits de Tiyi ont les yeux étirés en amande ce qui
leur donne un air langoureux.
(30) Chr. ZIEGLER, «Notes sur la reine Tiy», dans: Hommages à Jean Leclant. Vol. I.
Etudes pharaoniques. BdE, 106/1, Le Caire, 1994, p. 540, note 94.

209
ÉGYPTE PHARAONIQUE

uræus. D’autre part, il est à noter que sur les autres images en ronde-bosse
attribuées à cette reine elle n’a toujours pas de double uræus∞∞(31). En ce
qui concerne la perruque de la tête strasbourgeoise il faut ajouter que la
perruque tripartite est moins fréquente dans la statuaire de Tiyi que la per-
ruque dite «enveloppante». Cependant, dans le relief elle porte souvent la
perruque tripartite, ce qui indique le rôle divin et rituel de la reine∞∞(32).
Malgré les différences constatées, il faut prendre en considération le fait
que la reine Tiyi ayant eu une position exceptionnellement importante à la
cour, elle a souvent été représentée en couple avec son majestueux époux.
Dans une notice de catalogue consacrée à la tête de reine de la collec-
tion strasbourgeoise∞∞(33), L. Delvaux incline à l’attribuer non à la reine
Tiyi, mais plutôt à sa fille aînée et épouse secondaire d’Amenhotep III
Satamon. Selon son opinion, cette tête faisait partie d’un groupe sculptural
constitué de trois personnages: le pharaon Amenhotep III (au centre), la
reine-principale Tiyi (à gauche) et sa fille Satamon, aussi épouse du pha-
raon (à droite)∞∞(34). «De fait, il est rare dans une statue-groupe de voir un
personnage féminin se tenir à la droite de l’homme, à moins qu’il n’y ait
une autre femme à sa gauche, ce qui rend la présence d’un troisième
personnage très probable»∞∞(35). Ainsi on peut supposer que le portrait de

(31) Voir par exemple la tête de Tiyi du Museum of Fine Arts de Boston (inv. 21.2802)
= Aménophis III. Le Pharaon-Soleil, pp. 145-146 et les statues de reine récemment décou-
vertes par l’équipe de H. Sourouzian lors de fouilles du temple mortuaire d’Amenhotep III
à Kom El-Hettan (H. SOUROUZIAN, «Recent discoveries at the temple of Amenhotep III»,
Egyptian Archaeology. The Bulletin of The Egypt Exploration Society 33, Autumn 2008,
pp. 33-35, et les sites web:
http://news.nationalgeographic.com/news/2008/03/photogalleries/Egypt-pictures/
photo7.html
http://news.nationalgeographic.com/news/2008/03/photogalleries/Egypt-pictures/index.html
http://luxortimesmagazine.blogspot.com/2012/03/revealing-newly-re-erected-colossal.
html (17.05.12)).
(32) B.M. BRYAN, «A Newly Discovered Statue of a Queen from the Reign of Amen-
hotep III», dans: S.H. D’AURIA (Ed.), Servant of Mut. Studies in Honor of Richard
A. Fazzini, Leiden-Boston, 2008, p. 37.
(33) L. DELVAUX, «Tête de reine», dans: Chr. KARLSHAUSEN, Th. DE PUTTER (Edd.),
Pierres égyptiennes, pp. 173-175.
(34) En ce qui concerne l’existence de tels groupes statuaires l’auteur se référe aux
«quelques groupes familiaux associant le roi, figuré au centre; la reine Tiyi, à sa gauche, et
une de leurs filles, répresentée à sa droite», et notamment, au fragment de la collection
George Ortiz qu’il qualifie comme «le plus bel exemple de ce type de groupes». Mal-
heureusement, L. Delvaux («Tête de reine», p. 175) ne donne pas d’autres exemples con-
crets. De plus, la reconstitution de ce groupe est assez hypothétique, ce qui ne permet pas
de l’utiliser comme parallèle.
(35) B.M. Bryan à propos de la statue de princesse Isis de la collection G. Ortiz dans:
Aménophis III. Le Pharaon-Soleil, p. 169, cat. 24.

210
UNE TÊTE DE REINE ANONYME

Strasbourg a appartenu à un groupe constitué de trois figures. L. Delvaux


fonde principalement son attribution de la tête sur les arguments suivants:
1) la dissemblance physionomique de la reine de Strasbourg par rapport
aux portraits attribués à la reine Tiyi;
2) la position atypique (et légèrement en retrait) de la reine qui se trou-
vait à droite du personnage principal;
3) les traces de la destruction intentionnelle de l’uræus (Fig. 7), ce qui
serait, selon l’auteur, un témoignage de la damnatio memoriae qu’ont
subie les images de Satamon.
Notamment à propos des traces à l’endroit de l’uræus frontal, L. Delvaux
écrit qu’il a été intentionnellement détruit: «un geste de damnatio memo-
riae qui vise à nier la légitimité royale du personnage représenté. Or,
parmi les filles d’Amenhotep III, une seule semble avoir fait l’objet d’une
telle disgrâce, la princesse Satamon, dont le nom et l’image ont été mar-
telés sur plusieurs monuments de la fin du règne, sans que nous en
connaissions précisément les raisons»∞∞(36).
Cette interprétation intéressante, reposant cependant sur des données
indirectes concernant le destin de Satamon, se fonde, à notre avis, sur des
arguments assez discutables. À un moment du règne d’Amenhotep III∞∞(37)
le rôle de Satamon était réellement assez grand et elle est souvent
mentionnée dans différentes inscriptions. De même, comme le note
Chr. Ziegler, «il est vrai que pour l’attribution de certaines œuvres on
hésite souvent entre Tiyi et Satamon»∞∞(38). Toutefois, signalons, en pre-
mier lieu, que pour le moment aucun portrait de pierre semblable, sculpté
en ronde-bosse et portant le nom de la reine Satamon n’est connu∞∞(39), ce
qui ne permet donc pas d’effectuer une comparaison directe avec le por-
trait de la reine de Strasbourg. C’est pourquoi nous préférons nous abste-
nir d’accepter la conclusion de L. Delvaux selon laquelle «la physionomie
juvénile de la reine de Strasbourg… s’accorderait parfaitement avec
l’image de cette princesse (c’est-à-dire de Satamon – V.B.)»∞∞(40).

(36) L. DELVAUX, «Tête de reine», p. 175.


(37) En particulier, après la première fête-Sed d’Amenhotep III en l’an 30.
(38) Chr. ZIEGLER, «Notes sur la reine Tiy», p. 532, note 13.
(39) À l’exception des têtes décoratives de la princesse Satamon ornant le trône de la
tombe de Youya et Touya (Musée égyptien du Caire, JE 95342 = CG 51113 = A. WIESE,
A. BRODBECK [Edd.], Toutankhamon. L’or de l’au-delà, pp. 196-201, cat. 33). Pour la liste
des autres monuments de Satamon voir: A. CABROL, Amenhotep III le Magnifique, Monaco,
2000, pp. 467-468 et L. TROY, Patterns of Queenship in Ancient Egyptian Myth and His-
tory, Uppsala, 1986, p. 166.
(40) L. DELVAUX, «Tête de reine», p. 175.

211
ÉGYPTE PHARAONIQUE

Avant d’évoquer les parallèles entre une éventuelle détérioration de


l’uræus et d’autres monuments de Satamon, il conviendrait d’abord de
prouver la réalité historique de la damnatio memoriae présumée de la fille
aînée d’Amenhotep III. Ainsi, la destruction intentionnelle des effigies de
Satamon interprétée comme la conséquence d’une damnatio memoriae est
une hypothèse fort discutable, car il faudrait admettre qu’à un moment
donné Satamon était associée à la charge royale et qu’elle était ouverte-
ment déclarée prioritaire par rapport au futur Amenhotep IV∞∞(41). Un tel
scénario repose sur l’interprétation de monuments fragmentaires, pour les-
quels on a postulé l’antique présence de Satamon, effacée par la vindicte
de son jeune frère, le prince Amenhotep, futur Akhénaton, lorsqu’il devint
roi∞∞(42); or, les documents en cause – les statues féminines qui accom-
pagnent les colosses de Memnon et celui du Xe pylône de Karnak – sont
trop abîmés pour permettre d’assurer une telle reconstitution∞∞(43). Bien sûr,
on peut supposer d’autres motivations à une damnatio memoriae de la
princessse, mais tout cela appartient à la sphère des hypothèses et, donc,
est très incertain pour être pris comme base pour l’interprétation des dom-
mages causés à son image.
À notre avis, l’argument pour l’attribution de la tête strasbourgeoise à
cette princesse fondé sur la détérioration volontaire de l’uræus frontal
durant la prétendue campagne contre Satamon est peu fiable. Sauf les
traces de l’uræus détruit de manière relativement soigneuse, le caractère
de la cassure du pilier dorsal, c’est-à-dire à l’endroit où la statue est peu
vulnérable, suggère que la tête de la reine a été probablement séparée de
la figure voisine en résultat des coups forts causés par un objet lourd
(Fig. 9). Il faut cependant signaler que, si l’uræus avait été détruit par un
ciseau à l’extrémité active large, la perruque autour de l’uræus serait aussi
touchée et garderait les traces de percussion. De toute facon, la largeur des
cavités clairement discernables (j’en ai compté quatre) à l’endroit de
l’uræus cassé est de moins de 1 cm (Fig. 8). Ainsi, on peut supposer que
les traces actuelles ont pu être causées par un ciseau à l’extrémité active
étroite où pointue∞∞(44). Néanmoins, le temps, les raisons éventuelles et la

(41) A. CABROL, Amenhotep III le Magnifique, p. 146; M. GABOLDE, «La postérité


d’Amenhotep III» dans: Akhénaton et l’époque amarnienne, Paris, 2005, p. 23.
(42) Voir: W. HELCK, «Zur Verfolgung einer Prinzessin unter Amenophis III», GM 62,
1983, pp. 23-24.
(43) D. LABOURY, Akhénaton, Paris, 2010, p. 55.
(44) Voir les ciseaux dans D. ARNOLD, Building in Egypt. Pharaonic stone masonry,
Oxford, 1991, pp. 257-258, fig. 6.10 et sur le site web du Metropolitan Museum of Art
(Theodore M. Davis Collection, inv. 30.8.115; Rogers Fund, 1925, inv. 25.3.123):

212
UNE TÊTE DE REINE ANONYME

séquence des dommages à l’image de cette reine appartiennent à la sphère


des suppositions car rien ne permet de savoir si c’est seulement le fragment
de Strasbourg qui a subi cette détérioration ou si le reste du groupe statuaire
a été également endommagé ou complètement brisé simultanément.
Ajoutons encore que si le portrait de la reine de Strasbourg fait effecti-
vement partie d’un groupe statuaire composé de trois figures et représente
une princesse (au titre de reine secondaire), il ne faut pas exclure la pos-
sibilité que cette tête ait pu appartenir à une autre fille d’Amenhotep III,
comme Henouttaneb ou Iset qui, elles aussi, furent élevées au rang
d’épouse du roi∞∞(45) et qui se présentaient aux côtés de leurs parents∞∞(46).
Notons à ce sujet que la princesse cadette Henouttaneb se distingue par le
nombre de ses attestations, presque aussi conséquentes que celles de Sata-
mon: parmi les titres et épithètes remarquables de la princesse Henoutta-
neb apparaît exceptionnellement celui de «compagne d’Horus, celle qui
est dans son cœur» (smyt Îr ímyt íb.f)∞∞(47), tandis que la princesse Iset
est, comme Satamon, «l’épouse royale» (Ìmt nswt)∞∞(48). Ce titre de la
princesse est notamment indiqué sur le pilier dorsal d’un petit groupe
fragmentaire représentant Iset à droite d’Amenhotep III (à présent la
figure de ce dernier est absente)∞∞(49); le bras gauche d’Iset, «relevé en un
geste d’affection, et le vestige d’un pied droit, plus grand, à l’extrémité
gauche de la partie conservée du socle assurent, sans le moindre doute,
qu’elle faisait partie d’un groupe familial, accompagnant certainement son
père et, selon toute vraisemblance, sa mère également»∞∞(50).
Par conséquent, il est possible de présumer que ces deux filles d’Amen-
hotep III ont pu être représentées en compagnie de leur père-pharaon en

http://www.metmuseum.org/Collections/search-the-collections/100012351?rpp=20&pg
=5&ft=egyptian+chisel&pos=86
http://www.metmuseum.org/collections/search-the-collections/100005696 (17.05.12 ).
(45) Aménophis III. Le Pharaon-Soleil, p. 34; B. VAN DE WALLE, «La princesse Isis,
fille et épouse d’Aménophis III», CdÉ 43, 1968, p. 50.
(46) Notamment sur les reliefs du temple de Soleb où sont représentées les princesses
Iset, Henouttaneb et Satamon: M.S. GIORGINI, C. ROBICHON, J. LECLANT, Soleb V. Le
Temple. Bas-reliefs et inscriptions, Le Caire, 1998, pl. 97. Les princesses Henouttaneb,
Nebetah et Iset (? – le nom de la princesse est détruit) sont aussi représentées dans le
groupe colossal de Medinet Habou (il faut noter que Satamon en est absente!).
(47) L’inscription à côté de la représentation de Henouttaneb dans le groupe de Medinet
Habou: Urk. IV, p. 1775 [633].
(48) B. VAN DE WALLE, «La princesse Isis, fille et épouse d’Aménophis III», p. 43,
fig. 2.
(49) Collection Georg Ortiz (Suisse) = Aménophis III. Le Pharaon-Soleil, p. 34, 168-
170, cat. 24.
(50) D. LABOURY, Akhénaton, p. 57.

213
ÉGYPTE PHARAONIQUE

qualité de reines secondaires∞∞(51), ce qui correspond au rôle de l’entourage


féminin du roi dans le cadre de l’idéologie solaire du règne. Ainsi, il y a
plusieurs candidatures éventuelles dans l’entourage féminin d’Amenhotep
III pour l’attribution du portrait de Strasbourg. L’inexistence de portraits
analogues ou proches ne permet pas d’établir sa propriétaire avec certi-
tude. La seule statue de princesse entièrement conservée est la statue de
Henouttaneb dans le groupe colossal de Médinet Habou susmentionné∞∞(52),
mais son portrait (comme d’ailleurs le portrait de Satamon jeune sur le
trône de la tombe d’Youya et Touya) est nettement différent du visage de
la reine de Strasbourg. Pourtant il reste encore une variante de la recon-
stitution hypothétique de ce groupe statuaire, si on admet que la tête en
question est l’image atypique de Tiyi: on peut supposer que la tête de
reine strasbourgeoise appartiendrait à la triade familiale à l’instar des
fameux colosses de Memnon∞∞(53) – Amenhotep III (au centre), la reine-
mère Moutemouia (à sa gauche) et son épouse principale Tiyi (à sa
droite) –, mais d’autres dimensions.
Pour conclure cet exposé, nous considérons que stylistiquement et
typologiquement le portrait de la reine de la collection de Strasbourg
appartient à la seconde moitié de la XVIIIe dynastie avant le règne d’Akhé-
naton et quelle que soit l’identité précise de la tête en question, elle repré-
sente de toute évidence une des reines du temps d’Amenhotep III, proba-
blement une de ses filles-épouses, sans pouvoir privilégier, ni exclure la
fameuse reine Tiyi.

Crédit photographique
Toutes les photos (Fig. 1-9) qui accompagnent le présent article sont
dues à ©Pascal Didier (CNRS), ©Institut d’Égyptologie de Strasbourg.

Vladimir A. BOLSHAKOV

(51) L’absence de la coiffure-nrt typique de l’iconographie de l’épouse principale et


mère du roi, observée sur le portrait de reine de Strasbourg, ne peut pas être un indice sûr
permettant d’affirmer qu’il s’agit d’une princesse et non d’une reine; au contraire, par
exemple sur le relief du Petrie Museum (inv. UC 14373), Satamon (en tant que l’épouse du
roi) est représentée avec une perruque tripartite ornée d’une coiffure-nrt.
(52) Aménophis III. Le Pharaon-Soleil, pp. 168-169; M. GABOLDE, «La postérité
d’Amenhotep III», p. 23.
(53) R.S. BIANCHI, «Memnonskolosse», dans: LÄ IV, coll. 23-24. Voir aussi les statues
de Tiyi de Kom El-Hettan. Il est clair que ces statues, placées à la droite de figure du roi,
formaient une triade: le roi (au centre) et deux reines à ses côtés.

214
215
UNE TÊTE DE REINE ANONYME

Fig. 1-3 – Tête de reine anonyme. Strasbourg, Institut d’Égyptologie, inv. IES-Spiegelberg-965. Côté droit, face et côté gauche.
216
ÉGYPTE PHARAONIQUE

Fig. 4 – Vue de dos. Fig. 5 – Vue plongeante Fig. 6 – Vue sur la partie occipitale
sur le mortier. et les vestiges du pilier dorsal.
UNE TÊTE DE REINE ANONYME

Fig. 7-8 – Les traces de percussion à l’endroit de l’uraeus disparu.


Les flèches montrent les traces de ciseau. Dans les cadres rectangulaires est indiquée
la largeur de ces traces.

Fig. 9 – Vue sur la partie occipitale


et les vestiges du pilier dorsal (côté gauche).

217