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Communiquer

Revue de communication sociale et publique


14 | 2015
Varia 2015

Genres, sexualités et médias : enjeux politiques,


identitaires et disciplinaires dans l’université
francophone
Entretien avec Marie-Hélène/Sam Bourcier, réalisé par Élisabeth Mercier
Gender, sexuality and media: political, identity and disciplinary issues in the
Francophone university

Marie-Hélène/Sam Bourcier et Élisabeth Mercier

Édition électronique
URL : http://journals.openedition.org/communiquer/1805
DOI : 10.4000/communiquer.1805
ISSN : 2368-9587

Éditeur
Département de communication sociale et publique - UQAM

Édition imprimée
Pagination : 71-80

Référence électronique
Marie-Hélène/Sam Bourcier et Élisabeth Mercier, « Genres, sexualités et médias : enjeux politiques,
identitaires et disciplinaires dans l’université francophone », Communiquer [En ligne], 14 | 2015, mis en
ligne le 31 décembre 2015, consulté le 01 mai 2019. URL : http://journals.openedition.org/
communiquer/1805 ; DOI : 10.4000/communiquer.1805

© Communiquer
Marie-Hélène/Sam Bourcier

Genres, sexualités et médias : enjeux politiques,


identitaires et disciplinaires dans l’université
francophone

Entretien réalisé par

Élisabeth Mercier, Ph. D.


Professeure, Faculté de sociologie
Université Laval, Canada

Résumé
Marie-Hélène/Sam Bourcier a contribué de manière signiicative à faire connaître les études queer en France et ailleurs
dans la francophonie. Ce champ d’études y demeure néanmoins fortement associé aux traditions de recherche anglo-
saxonnes, au même titre que les cultural studies et les autres approches critiques dites « minoritaires » (postcoloniales,
trans, black, etc.). Dans cet entretien réalisé lors du 7e Congrès international des recherches féministes dans la
francophonie, nous avons abordé le travail de chercheur et d’activiste de Marie-Hélène/Sam Bourcier ainsi que la
réception, l’apport et la politique des études critiques des genres et des sexualités au sein de l’université francophone.
Mots-clés : Marie-Hélène/Sam Bourcier, queer, genre, sexualité, entretien.

Gender, sexuality and media: political, identity and disciplinary issues in the Francophone university
Abstract
Marie-Hélène/Sam Bourcier made a considerable contribution to queer studies in France and elsewhere in the
francophonie. Nevertheless, this ield of study remains strongly associated with Anglo-Saxon traditions of research,
as well as to cultural studies and other critical approaches linked to minority issues (postcolonial, trans, black,
etc.). This interview, conducted at the 7e Congrès international des recherches féministes dans la francophonie, irst
expands on the work, and its reception, of Marie-Hélène/Sam Bourcier as a researcher and activist. Also, it discusses
the political contributions of critical studies directed on gender and sexuality within the francophone university.
Keywords: Marie-Hélène/Sam Bourcier, queer, gender, sexuality, interview.

Certains droits réservés © Élisabeth Mercier et Marie-Hélène/Sam Bourcier (2015)


Sous licence Creative Commons (by-nc-nd).
ISSN 2368-9587 communiquer.revues.org
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Marie-Hélène/Sam Bourcier (MHB/Sam) est certainement l’une des igures de proue des
études queer françaises, bien que le principal intéressé s’en défende, afirmant sans détour
que les études queer sont pratiquement inexistantes en France. Maître de conférence à
l’université Lille III, MHB/Sam enseigne pourtant les théories queer et féministes ainsi
que les cultural studies en plus d’avoir publié, entre autres, la trilogie Queer Zones : Queer
Zones 1, Politique des identités sexuelles et des savoirs (2001), Queer Zones 2, Sexpolitiques
(2005) et Queer Zones 3, Identités, cultures, politiques (2011). Sociologue de formation, son
parcours académique et personnel l’a amené à travailler sur des questions liées aux médias
et aux politiques de représentation. Celles-ci renvoient notamment aux luttes de pouvoir
autour des pratiques signiiantes par lesquelles les groupes sociaux sont représentés et qui
participent en retour du traitement social qui leur est réservé. Il a également été amené à
penser la post-pornographie qui se réfère autant aux pornographies (féministes, queer) qui
se sont développées en marge de la pornographie dominante qu’à un ensemble de rélexions
théoriques, de performances et d’actions politiques qui remettent radicalement en question
les régimes de vérité du sexe et de la sexualité.

À la fois chercheur, enseignant et activiste queer, MHB/Sam s’identiie également


comme « minoritaire » (Bourcier, 2006, p. 91). Cela détonne et dérange dans le contexte
sociopolitique et académique français où l’expression et la production de savoirs minoritaires
sont généralement perçues comme allant à l’encontre de l’universalisme républicain. Selon
lui, c’est ce qui expliquerait la méiance persistante à l’égard des approches critiques des
genres et des sexualités, ou encore de la postcolonialité, bien souvent considérées comme un
ensemble de questions, d’objets et de sujets marginaux par les disciplines institutionnalisées
telles que la sociologie et la communication. Néanmoins, MHB/Sam a contribué de manière
signiicative à faire connaître, en France et ailleurs dans la francophonie, des champs
d’études qui sont habituellement associés aux traditions de recherche anglo-saxonnes :
cultural studies, queer studies, trans studies, critical race studies, etc.

De passage à Montréal dans le cadre du 7e Congrès international des recherches


féministes dans la francophonie organisé à l’UQAM au mois d’août 2015, MHB/Sam nous
a accordé cet entretien au cours duquel nous avons abordé tant son travail de chercheur et
son rôle d’activiste que l’état, l’apport et la politique des études critiques des genres et des
sexualités au sein de l’université francophone en général et française en particulier.
Propos recueillis par Élisabeth Mercier, ses interventions sont en caractère gras.

Dans Queer Zones 3 (2011), vous retracez vos débuts de chercheur en sociologie
dans les années 1990 en France. À l’époque, vous souhaitiez travailler sur la
télévision qui n’était pas considérée comme un objet de recherche légitime,
et les outils offerts par la sémiologie, notamment, ne vous permettaient pas
de mener le type d’analyse qui vous intéressait. Vous évoquez un contexte
intellectuel avec, d’une part, une « sociologie qui parlait de la télévision sans la
regarder » (p. 95) et, d’autre part, un féminisme matérialiste qui n’envisageait
la télévision et les autres objets de la culture populaire qu’à travers le prisme
de la domination et de l’aliénation. Ce que vous appelez « l’opium des connes »
(p. 65). Puis vous avez découvert les études culturelles anglo-saxonnes et leurs
approches féministes portées par des auteures comme Angela McRobbie (1991)
et Janice Radway (1984). Pouvez-vous nous parler de votre cheminement et de
votre découverte, déterminante, des cultural studies ?
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J’ai eu une formation plutôt littéraire et philosophique à l’École normale supérieure. Mais
pendant tout ce temps, je cherchais la politique, ou, plutôt je cherchais le féminisme, mais
je ne le savais pas encore. Je me suis donc dirigé vers la sociologie parce que je pensais que
c’était une manière d’être plus dans le social, dans le monde.

À la même époque, je m’identiiais comme « butch » et je commençais à aller en


Angleterre où je fréquentais les festivals gays et lesbiens. C’est là que j’ai découvert les
cultural studies, en tombant pour la première fois sur des livres qui portaient sur la culture
populaire, le cinéma, la télévision. J’ai donc découvert les études culturelles par rapport
aux médias d’abord, puis en lisant un livre comme Television Culture de John Fiske (1987),
dans lequel il y avait un chapitre sur les genres. J’ai commencé à m’intéresser aux médias
queer, aux subcultures, aux politiques de la représentation.
Je me suis donc inscrit en thèse en voulant travailler sur la télévision, mais je me suis
rendu compte que c’était un objet sale, pour ne pas dire abject. On ne parlait jamais de
contenus, de codes et encore moins de culture télévisuels. À la rigueur, on s’inquiétait de la
multiplication des chaînes de télé et de l’éclatement du lien social qu’elle ne manquerait pas
de provoquer. À l’époque, l’un des rares chercheurs français qui travaillait sur la télévision
était un sociologue, Dominique Wolton, et c’est avec lui que j’ai fait ma thèse. Il n’était peut-
être pas le sociologue le plus disciplinaire qui soit, mais, en même temps, son essai sur la
télévision s’intitulait La folle du logis (1983). Ce titre, avec le recul, implique plein de choses
que je ne réalisais pas à l’époque !

Ainsi, on vous associe spontanément aux études queer, mais votre « école »,
c’est d’abord celle des études culturelles et médiatiques ?

Oui, ma première découverte a été celle des cultural studies. Puis, forcément, à l’intérieur
des cultural studies, les gender studies appliquées aux médias, à la télé, au cinéma.

Mais ce n’est qu’après avoir soutenu ma thèse que j’ai enin compris où était le féminisme,
celui que je n’avais pas trouvé en France. J’ai découvert Monique Wittig chez Judith Butler,
ça donne une idée ! J’ai toujours eu un intérêt pour les politiques de la représentation, mais
ce que je découvrais avec les cultural studies, c’était une vraie liberté dans la manipulation
des références et des univers référencés. La façon dont Butler utilisait Wittig ou qu’elle re-
sexualisait Foucault dans Gender Trouble (1990), c’était une concaténation que nous, à
l’époque, on ne se serait jamais autorisé à faire. L’intérêt premier de reprendre la théorie
queer anglo-saxonne venait donc des permissions qu’elle nous donnait et des choses qu’elle
nous apportait et qu’on ne trouvait évidemment pas chez Derrida, Lacan et les autres
auteurs à qui on avait été formé. Ces gens-là faisaient l’écriture féminine de n’importe quoi
alors que nous, on avait plutôt besoin de politiques des identités.

D’ailleurs, comme vous l’avez déjà fait remarquer, les Hélène Cixous, Luce
Irigaray, Julia Kristeva et autres grands noms de « l’écriture féminine » ne se
sont jamais positionnées en tant que « féministes » (2011, p. 22). De même que
« les féministes matérialistes françaises n’ont jamais perçu ou voulu percevoir
le potentiel de la culture populaire, de la culture de masse, pour ne pas parler
des micro- ou des subcultures » (p. 68).

Oui, et j’ai donc voulu récupérer la théorie queer – qui, pour moi, fait partie des cultural
studies minoritaires –, mais d’un point de vue « français », c’est-à-dire dans un effort de
politisation et de re-sexualisation identitaires dans un contexte républicain allergique aux
revendications minoritaires et aux politiques des différences. C’est comme ça qu’on a fondé
le Zoo, en 1996, ain de développer les études queer en France, mais aussi de « queeriser »
l’université et les savoirs français. Le Zoo traduisait des ouvrages en français, organisait
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des séminaires queer et des évènements culturels. En partant de l’idée, un peu bête, que les
politiques de la représentation ça passe par la visibilité, le Zoo voulait organiser des festivals
de cinéma, par exemple une grosse rétrospective sur Genet. Faute de moyens, nous n’avons
pas pu faire tous ces évènements.

Il reste que ce sont les festivals qui m’ont politisé. Je pense qu’il s’agit de dispositifs
vraiment très intéressants. C’est en allant au festival gay et lesbien de Londres que j’ai
découvert non seulement les cultural studies mais aussi le féminisme, les études queer et
leur re-sexualisation de ladite théorie française à laquelle j’avais été formée et dont certains
des principaux auteurs n’étaient jamais sortis du placard.

Bien que les études culturelles soient de plus en plus pratiquées dans les
universités francophones, il semble que les objets de la culture populaire et la
méthodologie culturaliste suscitent encore de la méiance et de la résistance
au sein de ce que vous appelez « la francité intellectuelle hexagonale » (2006,
p. 87). Comment expliquez-vous cela ?

Quand j’ai commencé, avec le Zoo, à introduire les études queer, mais aussi les études
culturelles et médiatiques en France, je pensais sincèrement pouvoir changer les choses. À
tout le moins, je croyais que certaines choses allaient passer. Sauf que rien n’est passé, ni les
études culturelles ni les études queer. Les « studies » poussées par des minoritaires n’ont
pas passé. Quant aux études médiatiques, elles se sont en partie inféodées à la sociologie,
qui a par ailleurs une politique disciplinaire très forte.

Il faut dire que la France est un pays nationaliste qui a une politique identitaire
républicaine, universaliste, française. Donc, si je parle pour la France, la résistance au niveau
universitaire en est d’abord une aux politiques de la diversité et aux études des minoritaires,
contrairement aux États-Unis où, dans la foulée des luttes pour les droits civiques, les
Noirs sont entrés à l’université, mais aussi les gays, les lesbiennes, les féministes. Des
départements de black studies, de chicana studies, de sexuality studies ont été créés par
des sujets minoritaires pour étudier les minorités ethniques, sexuelles, de genre, sans être
assimilés aux canons des disciplines traditionnelles.

Donc je crois qu’il faut d’abord resituer cette résistance par rapport à la question de la
nation. Sans faire de clivage gauche-droite, en France, vous avez par exemple des homos
normatifs, qui militent pour le mariage, la famille, les enfants, et des homos nationalistes,
qui, au nom de l’égalité comme valeur républicaine constitutive de la nation, se découvrent
féministes et dénoncent le communautarisme, l’homophobie et la barbarie sexuelle des
« Rebeus », etc. Ces gens-là sont en amour avec la nation !

Oui, et comme vous l’expliquez bien, le projet des études culturelles en est
précisément un de « dénationalisation permanente » (2011, p. 89), tant sur
les plans théorique que politique. Par ailleurs, vous vous intéressez depuis
longtemps à la pornographie et en particulier au mouvement post-porno, y
voyez-vous un potentiel critique similaire ?

J’ai lancé le terme de « post-porn » en 2000, à la suite d’un évènement médiatique somme
toute assez banal : la censure du ilm Baise-moi de Virginie Despentes. Cela relevait donc en
partie d’une réaction à l’actualité, mais aussi d’un projet intellectuel de déconstruction du
porno moderne. Mais j’étais loin de pouvoir imaginer ce que ça allait donner aujourd’hui.

Au-delà d’une critique des politiques de la représentation, le post-porn s’est développé


en une forme d’activisme, de « porn-activisme ». Ce que fait, par exemple, un groupe
comme Post-Op à Barcelone, c’est d’utiliser la performance pour mener des actions de
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contestation et de re-sexualisation de l’espace public. Dans le post-porn, la dimension de la


performance est devenue centrale et elle ne se résume pas à la performance du genre, mais
inclut aussi l’occupation de l’espace public, la désobéissance civile, etc. Encore une fois,
j’étais loin d’imaginer que le post-porn européen, en Espagne ou encore en Italie, servirait,
par exemple, à contrer la gentriication.

Pour ma part, j’ai fait, pendant deux ans, le Paris Porn Film Festival, en collaboration
avec le Porn Film Fest de Berlin. Notre position était différente parce qu’on présentait
toutes les formes alternatives de pornographie, y compris hétérosexuelle. L’idée derrière
le festival était donc de faire revenir des publics en salle et, sur le plan de la politique des
représentations, de présenter d’autres formes de porno : faire du porno autrement, du point
de vue des minoritaires, puisque le porno traditionnel ne convient pas et qu’il est resté
coincé dans la classiication sexuelle du 19e siècle. Ce porno reproduit cette classiication,
par exemple, en représentant systématiquement les trans comme des « shemales ».

Outre les travaux pionniers de Linda Williams (1989), Richard Dyer (1985), ou
encore Ruwen Ogien (2003) sur la pornographie, le champ des porn studies
se développe actuellement sous l’impulsion de chercheurs et chercheures
comme Feona Attwood (2010). Les éditions Amsterdam ont également fait
paraître une anthologie des porn studies en français sous le nom de Cultures
pornographiques (Vörös, 2015). Cependant, il est frappant de constater
à quel point la pornographie demeure un objet très peu étudié au sein de la
communication et des études médiatiques. Il s’agit pourtant d’une industrie
culturelle et créative majeure, qui a dû négocier le tournant numérique et
qui convoque un ensemble de pratiques culturelles, économiques et (bio)
politiques : des pratiques de consommation, de production, de circulation,
de représentation, de réception, etc. La pornographie est en outre très peu
enseignée dans les programmes universitaires bien qu’elle soulève une foule
d’enjeux pertinents, à commencer par celui de l’éducation critique aux médias.
Pourquoi, selon vous, ce tabou persistant autour de la pornographie en tant
qu’objet de recherche ?

Oui, les éditions Amsterdam se sont enin décidées à publier un recueil de textes que je leur
propose depuis 2003 ! C’est bien, d’autant plus que tout le monde consomme du porno ! Sauf
bien sûr quand on n’a rien à se mettre sous la dent. C’est donc vrai que les enjeux de media
literacy sont très importants. Je le vois quand je fais un cours sur le porno à l’université : il est
primordial de pouvoir décoder les représentations, de formuler notre propre appréciation,
de distinguer ce qui nous plaît, ou pas, d’étudier les critiques féministes du porno. Il est
essentiel que les gens arrivent à décoder la pornographie, mais aussi à penser que c’est une
industrie culturelle et que ça peut être plein d’autres choses.

Par contre, il faut bien admettre que c’est une matière qui n’est pas simple à enseigner.
C’est un sujet sensible, ça crée de l’inconfort et ça engendre potentiellement de la résistance,
non seulement de la part de l’institution universitaire ou d’une quelconque doctrine
disciplinaire, mais aussi de la part des étudiants. Par exemple, je donne un cours de
performance de genre et un des exercices consiste à rendre une performance dans l’espace
public. Les étudiants partent en équipe tourner quelque chose dans Lille et il est arrivé
que certaines propositions aient trait au porno. Jusqu’à l’année dernière, ça marchait très
bien, mais, pour la première fois, dans un contexte universitaire de privatisation et dans un
contexte social post-mariage gay en France, les étudiants m’ont dit que mon cours était un
cours sur l’homosexualité et que ça ne les intéressait pas – alors que c’est un cours qui fait
la généalogie des catégories aussi bien sexuelles que raciales depuis le 19e siècle. Et puis ils
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ont fait circuler une pétition m’accusant de « porniier » la Faculté et de montrer des choses
pas possibles dans mes cours.

Mon cours n’en est même pas un de porn studies, mais cette réaction des étudiants
m’indiquait que l’idée de décrypter le porno, de l’approcher comme une culture ou
différentes subcultures ne fonctionne pas pour eux. Encore une fois, cela doit se comprendre
dans le contexte particulier de la France, après l’affaire du mariage pour tous, où le mariage
et la famille ont été à nouveau normalisés, valorisés à l’échelle nationale. En ce moment, le
simple fait de travailler sur les genres, dans un cours comme le mien où tout le monde est
amené à interroger son genre par exemple, c’est reçu comme « un truc de pédé ».

Vous considérez le post-porno comme l’« un des futurs du féminisme »


(2013). Cette proposition est pour le moins provocatrice au sein des études
féministes francophones, dont les courants majoritaires condamnent encore
la pornographie dans une perspective abolitionniste, de violence sexuelle,
d’oppression de genre, et selon le paradigme des effets des médias.

Ce n’est même pas de la provocation : la culture post-porn n’est pas un futur du féminisme,
elle est féministe. Le porno convoque tellement de représentations « naturelles » de ce
qu’est le corps, et je ne parle même pas ici du plaisir, que je ne vois pas pourquoi on ne s’en
saisirait pas. Le post-porn c’est du porno dont se sont saisi les minoritaires. C’est du porno
féministe, point.

Après, il importe peu que cela soit accepté ou pas, inclus ou pas par les féministes
majoritaires. Il faut arrêter de demander à se faire inclure. De toute façon, qui inclut qui, dans
quoi ? Qu’est-ce que ce management de la diversité néolibéral ? La culture post-porn, elle est
féministe au départ, il n’y a pas à l’expliquer ou à le justiier. Ça revoie plutôt à la question
essentielle du féminisme : qui est le sujet du féminisme ? Est-ce que ce sont uniquement les
femmes ? Quels types de femmes ? Est-ce que l’unique horizon du féminisme, c’est « la »
femme ? Bien sûr que non, et je pense qu’il est plus que temps de passer à autre chose.

Internet et les médias numériques ont permis une démocratisation des


moyens de production ainsi que de la consommation pornographiques. Ce
qui était autrefois réservé aux hommes adultes est désormais accessible à
tout le monde, ou presque. La pornographie en ligne apparait ainsi comme
le fait d’amateurs et elle offre des contenus spécialisés, nichés, rendant
visibles différentes sexualités qui contreviennent aux codes hétéronormatifs
de la « bonne sexualité » (Rubin, 2001). À cet égard, le festival post-porn est
effectivement un media ou un dispositif intéressant : il s’agit d’un point de
rencontre qui n’offre pas l’anonymat d’Internet, mais qui réunit néanmoins
des publics beaucoup plus diversiiés que ne pouvaient le faire les salles de
cinéma érotique ou les clubs vidéo d’antan.

C’est l’histoire même de la pornographie : le secret, l’élitisme, empêcher l’accès des classes
populaires, des femmes, des personnes mineures aux représentations explicites de la
sexualité. À cet égard, les festivals sont importants d’abord parce qu’ils sont des lieux de
diffusion importants. Ce n’est pas vrai qu’on peut tout trouver sur Internet. Par exemple, un
festival va diffuser des documentaires autoproduits qui sont inédits ailleurs. Surtout, l’idée
est de réunir des gens, de faire venir du monde en salle. Après le virage numérique, où soi-
disant tout est désormais disponible en ligne, on n’imagine mal que des gens puissent sortir,
aller dans un cinéma pour regarder du porno. Je me souviens d’un moment particulièrement
fort, à Athènes, où l’on présentait des ilms dans une salle de concert avec deux bars et des
portes battantes par lesquelles chaque spectateur pouvait rentrer et sortir une fois qu’il avait
payé son ticket, recréant en quelque sorte le dispositif du porno 24/24.
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Cette expérience collective d’un public queer, mais aussi hétéro, c’est en soit un dispositif
qui est très intéressant : des corps, un auditoire, de la consommation d’images... et tout ça
donne des choses différentes, mais pas que forcément des ilms différents. Parce que dans
un festival, il y a à la fois des ilms, des ateliers, des performances, et c’est précisément ça
l’idée du post-porn : montrer que la pornographie ne se résume pas à des ilms, à de l’image
ou à une culture visuelle, mais qu’elle offre aussi un vrai potentiel de transformation, de
travail sur les subjectivités, d’action collective.

C’est la tension entre une pensée égalitariste et « l’utopie des minorités »


(2013, p. 44) qui expliquerait, en partie, la méiance persistante à l’égard des
approches critiques dites « minoritaires » (féministes, queer, postcoloniales,
etc.). Or des tensions existent au sein même de ces champs d’études autour
d’enjeux de savoir/pouvoir, de diversité, de multiplicité des sujets et des lieux
d’oppression, de parole subalterne, et autres. Notamment, vous identiiez une
« deuxième vague queer » (2011) à l’avant-plan de laquelle se trouvent les Queers
of Color, qui mettent l’accent sur l’intersectionnalité des questions de genres,
de racisme, de sexualités, de classe sociale, de colonialisme. Ils dénoncent en
outre certains problèmes actuels, dont celui de l’homonationalisme, c’est-à-
dire de l’instrumentalisation des droits LGBT pour soutenir des politiques
anti-immigration et islamophobe.

Cette appellation de deuxième vague se situe surtout par rapport à la théorie queer états-
unienne, à son hégémonie et au fait qu’elle est blanche, privilégiée : la génération des Judith
Butler, Teresa de Lauretis et même Eve Sedgwick dans une certaine mesure. On a cru, au
début, qu’elles tentaient de répondre à la question du « Nous » du féminisme, de dire qu’il
ne pouvait pas inclure que « les femmes ». Mais, dans les faits, elles ont reproduit une
certaine hégémonie blanche.

Le travail de quelqu’un comme Gloria Anzaldúa (1987), qui a été l’une des premières,
sinon la première, à utiliser le terme queer, ç’a été la note de bas de page de la théorie queer
blanche américaine de la in des années 1990. De fait, ce qui explose en ce moment, ce sont
les théories et les critiques Queers of Color – je le vois bien, étant donné que je travaille
beaucoup en Amérique latine et au Brésil.

Il reste que l’on résume encore souvent la théorie queer aux questions de
genres. Pourtant, des auteurs et auteures queer ont cherché dès le début à
théoriser la sexualité, à en faire un axe d’analyse distinct du genre et à montrer
comment la sexualité est un impensé du féminisme (Sedgwick, 2008).

En effet, la sexualité c’est ce qui saute tout le temps. Le féminisme, c’était une révolution
sexuelle, mais c’est resté en partie comme la théorie de l’oppression de genre. Cela dit,
même dans les études queer, la sexualité disparaît souvent. C’est pour ça que le post-porn
est intéressant : avec lui, impossible d’évacuer la sexualité !

Non seulement la sexualité est-elle fréquemment évacuée des études sur le


genre, mais le genre n’est pas une garantie critique ou politique en lui-même.
Pour Joan Scott (2007), si le genre a déjà permis aux féministes d’accomplir
« un travail conceptuel radical de dénaturalisation et d’historicisation de la
différence sexuelle », il est désormais une catégorie d’analyse domestiquée :
« une méthodologie familière, […] une réponse, ou une étiquette (le genre
comme synonyme de femmes, de sexe, de rôles sexués, renaturalisé et non
dénaturalisant) plutôt qu’une interrogation » (p. 287).
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Oui, et a fortiori dans la sociologie des normes pratiquée en France qui passe son temps
à expliquer qu’il y a des « normes de genre ». Les anthropologues, les sociologues et les
psychiatres ont été les premiers à utiliser la notion de genre dans un sens plus conservateur
et non féministe. Ce sont les féministes qui ont tout changé en re-politisant la notion de
genre. Mais, après, on va répéter combien de fois que le genre est juste une construction
sociale ? Tout est construction sociale, ce n’est pas particulier au genre. À mon sens, il faut
quand même paradigmatiser : genre comme construction, genre comme performance,
genre comme travail, genre comme technologie, etc. Le problème, c’est que le genre comme
performance et performativité, par exemple, ce n’est pas un input sociologique. C’est
compliqué : c’est à la fois philosophique, linguistique, post-structural, hyper-constructiviste.
C’est là où on voit le corps qui passe à l’acte.

Si on pense au genre comme travail, par exemple, il y a des collectifs queer italiens
comme Smaschieramenti 1 qui sont sur des concepts comme celui de « grève du genre ».
C’est d’autant plus intéressant qu’il s’agit de reprises : la grève a été très utilisée par le
féminisme, tout comme le travail a été approprié par le féminisme matérialiste. Ce sont
aussi ces collectifs qui font la théorie queer. Ils travaillent sur des questions comme celles
de l’université, produisant des analyses très ines des façons par lesquelles on exploite ton
affect militant à l’université ; ils s’inscrivent dans des traditions d’occupation des buildings,
des centres sociaux, etc. Et comme ils sont dans la critique, ils ont un agenda qui prend en
compte le néolibéralisme, le biopolitique, l’économie, la redistribution des richesses.

Une des clés ne résiderait-elle pas justement dans le point de vue plutôt que
dans l’objet : penser avec le genre avant de penser le genre ? Par exemple, le
genre comme travail plutôt que simplement le genre au travail et ses thèmes
de recherche récurrents que sont les inégalités de genre dans le monde du
travail, la division sexuelle de certains corps de métiers, ou encore le « plafond
de verre ».

Voilà bien des exemples qui montrent exactement la manière dont le genre peut être
acceptable à partir du moment où il coïncide avec une problématique de droits et où l’on
fait croire aux gens que ce sont les lois, anti-discrimination, paritaires, ou autres, qui vont
changer quelque chose. C’est très bien, mais ça fait perdre de vue d’autres enjeux reliés,
comme ceux du racisme ou du sexisme épistémiques, de l’exclusion des trans qui n’entrent
pas dans l’équation « genre = femmes ».

Cela participe d’une politique de gender mainstreaming supranationale sur laquelle


doit s’interroger le féminisme. Il y a entre autres des connivences, parfois actives, parfois
passives, entre les politiques de gender mainstreaming et le néolibéralisme, dont l’une
des caractéristiques est justement de s’occuper des problématiques de genres, dans une
logique de privatisation, plutôt que de s’y opposer. Les minoritaires deviennent alors des
populations à manager, à mettre au travail, à rendre productives. Et ce sont les sociologues
majoritaires qui prennent en charge ces questions, plutôt que les minoritaires eux-mêmes.
Heureusement, on voit quand même des études de genres qui s’inscrivent dans des logiques
de résistance, d’éclatement des carcans disciplinaires, de véritable transformation sociale
et politique.

Ce qui nous amène à la question du rôle politique de la recherche ou de ce


que vous appelez l’« épistémopolitique » (2011, p. 110). L’un des postulats de
base des approches critiques telles que les études culturelles les pratiquent,
notamment, consiste à ne pas dissocier université et politique : tant l’institution
universitaire que la pratique intellectuelle, la démarche de recherche et

1. https://www.facebook.com/lab.smaschieramenti ?fref=ts
Genres, sexualité et médias : enjeux politiques, identitaires et disciplinaires
dans l’université francophone | 79

la subjectivité du chercheur ne sont pas en dehors du champ social et des


rapports de pouvoir qui y ont cours. Or ce genre de posture demeure contesté
au sein des disciplines traditionnelles en sciences sociales et les critiques
s’en prennent tout particulièrement à certaines méthodes mises de l’avant
(autoethnographie, performance, etc.) qui attesteraient d’un manque de
scientiicité.

Reste que ces disciplines feraient bien de faire leur propre généalogie. Le sociological
gaze, c’est d’abord un male gaze de surveillance des classes « dangereuses » au 19e siècle.
Les interviews sont un dispositif confessionnel pas toujours réléchi, les méthodes de
restitution sont écœurantes quand elles ne sont pas collaboratives... Et tout ça au nom d’un
statut d’expert légitime de la société, ou autres, qui aurait tout de suite un sens utilitaire.
En plus de leurs moyens, la dimension identitaire épistémologique de ces disciplines, leur
épistémopolitique, c’est d’être des sciences humaines positivistes dans leurs méthodes. Leur
raison d’être, c’est d’abord de passer pour une science. Ce faisant, la sociologie moderne
et les autres « sciences de l’homme » désocialisent ou dépolitisent. Elles effacent certains
sujets de savoir et certains objets d’étude. Les cultural studies appuient donc là où ça fait
mal : en montrant le caractère excluant, straight et raciste de ces disciplines.

Quand ces disciplinaires disent qu’on n’a pas de méthode, ils mettent le doigt sur
leurs propres problèmes méthodologiques qui, à mon avis, relèvent de l’objectivation
sans rétribution. Les gens qu’ils interviewent ne sont considérés que comme étant des
objets de savoirs. Je comprendrais de faire la grève des données, de refuser de répondre
à ces enquêtes, comme on le ferait pour les enquêtes marketing. Les gens ne sont pas des
réservoirs à données !

Dans les groupes queer auxquels je participe, à Bologne par exemple, on réléchi
beaucoup aux questions d’exploitation dans l’université telle qu’elle devient. Que ce soit
pour notre CV, pour une présentation qu’on doit faire, un article qu’on doit écrire, on va
exploiter quelqu’un et son histoire. Ça ne changera pas sa vie de participer à notre étude. À
l’inverse, le travail académique des minoritaires est à la fois exploité, invisibilisé et contraint
dans l’université néolibérale, ce qui est une forme de violence à la fois épistémique et
biopolitique. Moi je dis toujours « épistémopolitique » justement parce qu’on ne peut pas
les séparer.

En terminant, j’aimerais aborder la question de l’écriture et de votre style


singulier qui allie néologismes, emprunts linguistiques et causticité. Dans un
texte particulièrement intéressant qui conceptualise le processus d’écriture
comme étant en soit une méthode de recherche, Laurel Richardson (2005)
afirme que les styles d’écriture ne sont jamais ixes, a-historiques et neutres,
mais qu’ils sont toujours situés, relétant les rapports de pouvoir changeants
et contingents d’écoles de pensée et de paradigmes particuliers (p. 960). Or
l’une des premières résistances que rencontrent bon nombre de chercheurs
et chercheures culturalistes, queer, féministes ou antiracistes concernent
précisément l’écriture : refus de s’y intéresser et de jouer avec ses codes, rejet
d’une écriture inclusive, à la première personne, etc.

Mais le « nous », il est tellement abusif, indéterminé, inexact... C’est encore une manière de
dépolitiser les sujets minoritaires du savoir et d’invisibiliser leur travail. Les cultural studies
ont été très importantes dans ma manière d’aborder ces enjeux. La visée transformative
des études queer et des études culturelles poussées par des minoritaires ne concerne pas
uniquement les contenus et les objets de la recherche : queeriser, dédisciplinariser ça passe
aussi par l’écriture.
80 | E. Mercier et M.-H./S. Bourcier Communiquer, 2015(14), 71-80

Pour ma part, j’ai choisi un style que les gens peuvent juger vulgaire ou sexuel, mais je
n’allais quand même pas employer des mots comme pénis. Mon style d’écriture vient en
partie d’une volonté de ne jamais utiliser de termes médicalisants ou pathologisants. C’est
un choix qui s’est imposé par rapport à la généalogie des identités sexuelles et du genre
pathologisés. Ce n’est pas une simple coquetterie de style : c’est aussi une manière de casser
les codes de la scientiicité. C’est comme ça qu’on peut écrire différemment, à mon avis.

Au-delà du style d’écriture, vous publiez beaucoup en dehors des presses


scientiiques et universitaires, sur les blogues, les réseaux sociaux, et vous
rendez la plupart de vos textes accessibles gratuitement en ligne. Cela fait aussi
partie de votre « scholactivisme » ?

Bien sûr, c’est cohérent avec le travail que je mène en ce moment sur la privatisation en
cours de l’université et sa conversion néolibérale. Puis, de toute façon, les articles ne nous
sont jamais payés et ils ne sont accessibles qu’à raison de 15 $ ou par des abonnements
universitaires hors de prix !

Références

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