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Le psychologue, la faute et l’erreur - des difficultés de rédaction du rapport d’évaluation

psychologique

Mission Impossible : l’examen psychologique

S’il est une opposition qui ne s’est pas forcément révélée féconde mais tout du moins
structurante dans le paysage épistémologique de la psychologie, il s’agit bien de celle concernant le
comportementalisme et la psychanalyse ; soit l’antagonisme fondamental du geste et du verbe dans
le cadre d’une dualité corps-esprit indépassable. L’analysé, tel le rêveur, s’abstrait de ses
contingences corporelles pour accéder par voie royale à une subjectivité dialectique pure permettant
de dégager la réalité essentielle du sujet par-delà les failles de son propre discours. A contrario,
l’agissant travaille sur ses schémas comportementaux en dépit d’un quelconque discours pouvant s’y
rapporter transformant par renforcement progressif l’économie de son système de récompense.

Voilà présentées de manière synthétique et caricaturale les grandes lignes de tensions qui
ont traversé le champ de la psychologie ces dernières décennies. Pourtant, ces deux disciplines
partagent une parenté improbable, elles sont en réalité sœurs ennemies et représentent les deux
faces opposées d’une même pièce. En effet, la psychanalyse tout comme le comportementalisme
proviennent, découlent et procèdent d’une même position épistémologique selon laquelle le Sujet
avec un grand S serait par nature Inconnaissable avec un grand I . Autrement dit, l’acte fondateur sur
lequel reposent ces deux disciplines est donc bien un déni de la psychologie et même de la possibilité
d’une psychologie véritable. Qu’il s’agisse de boite noire ou d’inconscient, Ça ne veut pas Se savoir, et
l’expérience éphémère d’une réalité incertaine ne pourrait que nous induire en erreur sur le chemin
de la lumière et de la connaissance telle l’humanité enchainée au fond de la caverne platonicienne.
Dans des circonstances si délicates, on serait en droit de se demander si l’examen psychologique est
seulement possible, ou s’il relève d’une simple chimère.

Chimère et réalité de l’examen psychologique

Pour aller plus loin, on pourrait se demander finalement si la pratique même de l’évaluation
psychologique serait fondamentalement et intrinsèquement dans l’erreur. Bien évidemment, on
pourra remarquer qu’à la même époque où Skinner et Freud posaient les fondations de leurs
disciplines respectives, Rorschach, Jung, Binet et Spearman posaient de leur côté les premiers jalons
de l’examen psychologique, ce qui permet de montrer que cette question a été pensée autrement.
Pourtant, la problématique que nous évoquons (l’évaluation psychologique est-elle seulement
possible ou nécessairement dans l’erreur ?) permet de faire apparaitre un point aveugle des discours
tenus sur l’évaluation psychologique ; à savoir la question de l’erreur. C'est-à-dire qu’à s’interroger
moins grossièrement, il ne s’agira pas de se demander si la démarche d’évaluation dans son
ensemble est erronée ou non, mais plutôt de savoir quand, comment et sur quels éléments précis un
psychologue commet une erreur dans un rapport d’évaluation. Et finalement, ce n’est peut-être pas
tant la question de l’erreur en elle-même qui va poser problème ici plus que la question de la
responsabilité professionnelle ou tout du moins de la déontologie du psychologue qui est engagée
dans le cadre d’un examen psychologique dont certaines conclusions se révèleraient erronées.

Jugement clinique et examen


Cette question est intéressante car à certains égards, le recours à l’examen psychologique et
plus largement à l’évaluation psychologique peut se concevoir comme une béquille, un point d’appui
servant à étayer un jugement clinique trop humain pour être infaillible (subjectif, biaisé, manquant
de fiabilité inter-juge etc.). En résumé, si on adopte une position épistémologique selon laquelle il est
possible d’apprendre à connaitre l’autre, l’examen psychologique n’étant pas fondamentalement
dans l’erreur et constituant précisément un recours contre les biais d’un jugement
clinique « désarmé » ; la question de l’erreur dans le cadre de l’examen psychologique devient
particulièrement délicate. Cela reviendrait à fournir des béquilles fendues à une personne devant se
déplacer avec une jambe dans le plâtre …

Devant une telle difficulté, plusieurs positionnements sont possibles en termes d’évaluation
psychologique (avec ou sans tests). Certains diront, « Le jugement clinique est sûrement faillible,
mais pas le mien » , d’autres prétendront « le jugement clinique ne saurait être faillible, car il n’est
pas un jugement de vérité », d’autres encore estimerons que « le jugement clinique est
nécessairement faillible, et nous devons donc nous abstenir de juger afin de ne point faillir », certains
enfin stipuleront que « le jugement clinique est un processus et non un résultat, ne cessons donc
jamais de nous interroger pour ne jamais trancher, ou prendre de décision ». Car à la limite, ce n’est
pas tant les failles du jugement clinique qui pose problème, c’est là l’affaire de débats de spécialistes.
La difficulté critique est celle de la prise de décision pour un patient, un élève, un client ou un usager
et du caractère potentiellement néfaste et préjudiciable de ces décisions. Après tout, si l’activité de
jugement clinique est profondément faillible mais qu’elle mène à des décisions cliniques sans
conséquences ni porté, le psychologue se trouverait alors impuissant et la pratique de l’examen
apparaîtrait dans toute la vanité de son exercice.

Si on considère au contraire que la psychologie est une science et que la pratique clinique qui
en découle peut apporter des bénéfices aux personnes qui consultent les psychologues, c’est-à-dire
qu’elle porte à conséquence et qu’elle ne sert pas à rien ; il faut admettre que le psychologue puisse
se tromper dans le cadre d’un examen et partant qu’il puisse prendre (ou aider à faire prendre) des
décisions potentiellement nuisibles pour les personnes qui le consultent. La question devient donc,
comment se prémunir contre de tels préjudices, quelle attitude prophylactique adopter afin de ne
pas nuire à ceux à qui on cherche à venir en aide. Si cette question n’est pas posée de manière
extrêmement claire et explicite, elle risquera de parasiter implicitement la rédaction du rapport
d’évaluation psychologique et ce sous différentes formes :

La prophétie :

Il est difficile d’évaluer à l’avance les conséquences que vont avoir pour une personne les
décisions qui seront prises sur la base d’un rapport d’évaluation. En effet, le rapport d’évaluation se
situe généralement dans une zone grise de secret professionnel partagé et à partir du moment où il
constitue une pièce du dossier scolaire, médical, social d’une personne, il échappe en quelque sorte à
son auteur. C’est alors que le poids des mots utilisés dans un rapport peut accabler le psychologue
qui le rédige, empreint d’une culpabilité à venir pour des décisions qui ne relèveront pas de sa
responsabilité. Ce sentiment de toute puissance – l’entière responsabilité des décisions futures
incombant au seul psychologue ayant rédigé un rapport d’évaluation – doit être combattu avec la
dernière énergie. Quelle que soit la qualité des outils qu’il utilise, et quelle que soit la finesse et la
pertinence de son analyse ; un psychologue n’est pas le détenteur du destin secret de la personne
qui le consulte.

 Un rapport d’évaluation est contextuel : il a une signification à un moment donné de


l’évolution d’une personne et il répond à une problématique spécifique. Le psychologue est
responsable des conclusions du rapport, et des décisions ou des conseils qui en découlent
directement. Dans le cadre de l’évaluation psychologique, la responsabilité du psychologue
commence avec les questions qui lui sont posées et elle s’arrête avec les réponses qu’il
fournit.

Le rapport sibyllin

Par nature, la rédaction du rapport d’évaluation psychologique est un acte de


communication qui vise un ou plusieurs destinataires. Idéalement, le rapport devrait s’adresser en
priorité à la personne concerné par ce dernier (patient, élève, client, usager…), même si dans un
nombre important de cas la demande d’examen n’émane pas de cette personne (médecin, parents,
thérapeute, juge…). Dans ces cas où la demande n’est pas formulée par l’intéressé, le rapport
d’évaluation devrait également être rédigé à l’attention du demandeur. Là encore, le psychologue
pourra craindre le poids des mots et leurs effets délétères en termes de stigmatisation voire de
traumatisme, et une façon de se prémunir contre de tels effets est l’utilisation d’un jargon, c’est-à-
dire d’un langage savant réservé à des initiés. Que révèlerait une telle attitude ? L’utilisation du
jargon, voire d’un langage sibyllin dans un rapport d’évaluation entraine de manière quasiment
automatique une rupture du contrat de communication entre le psychologue, le demandeur de
l’examen et la personne examinée. De tels rapports sont écrits pour ne pas être compris par les
personnes directement concernées (le demandeur et l’intéressé), ce qui traduit une conviction
profonde que ces personnes « ne pourraient pas comprendre… » ou autrement dit, là encore, un
déni de la fonction même du psychologue. Il est certainement possible que toute vérité ne soit pas
bonne à dire, et que la vérité crue, ou plus précisément l’expression d’un savoir autoritaire peut se
révéler blessante et nuire directement à la personne concernée par l’examen ; mais c’est bien tout le
travail du psychologue de parvenir à trouver les mots, le vocabulaire adapté pour répondre aux
questions qui lui sont posées. A partir du moment où une personne a accepté de se prêter à un
examen psychologique, le psychologue se doit de faire partager ses conclusions non seulement au
cours d’un entretien de restitution mais également dans l’écriture du rapport d’évaluation. Dans de
telles situations, ce n’est pas tant l’erreur que les effets potentiellement délétères de la vérité que le
psychologue redoute. Néanmoins, un bénéfice secondaire du rapport sibyllin est d’empêcher la
détection d’une erreur d’interprétation de la part du psychologue, car un tel rapport est
incompréhensible en dehors du cercle d’initié qui partage la langue du psychologue, ce qui interdit
tout examen critique.

 Un rapport d’évaluation psychologique s’adresse aux demandeurs de l’examen et à la


personne examinée. Il s’agit d’un acte de communication qui vise à transmettre les
conclusions de l’examen aux principaux intéressés, et il doit donc être rédigé dans un langage
compréhensible par ces derniers (Code de déontologie - Article 16 : Le psychologue présente
ses conclusions de façon claire et compréhensible aux intéressés). Dans un rapport
d’évaluation, le psychologue met son expertise au service de la personne examinée et du
demandeur afin d’apporter un éclairage bénéfique quant aux difficultés pour lesquelles il a
été consulté.

Le rapport-type

Certains rapports donnent parfois l’impression d’être rédigés à la manière d’un manuel de
psychiatrie ou d’un traité de psychopathologie. Il est souvent délicat au cours de la rédaction d’un
rapport d’évaluation de composer avec la multiplicité des résultats, les contradictions apparentes
entre différentes données sans compter les attentes des différents acteurs de l’évaluation
mentionnées ci-dessus. Dans ce cadre, chaque interprétation du psychologue, chaque décision qu’il
devra prendre face à des données complexes à intégrer représenterons autant d’erreurs d’inférence
possibles. Une façon de gérer de telles difficultés pourra être la réduction à un schème familier et le
recours à un argument d’autorité. Pour peu que le patient, l’élève, le client ou l’usager présente une
problématique principale ou un diagnostic psychiatrique relativement clairement établies, les
discordances éventuelles révélées par l’examen pourront être amendées afin de rédiger le rapport à
la manière de figures éminentes de la psychologie ou de la psychiatrie : « Le patient est clairement
schizophrène, voilà ce que dit Untel de la schizophrénie, je ne fais que rapporter ses propos ». Le
problème principal que pose ce genre de rapport est que la demande d’examen intervient
généralement lorsque la situation psychiatrique ou psychologique d’une personne est problématique
et que des éléments de réponse sont recherchés. Il arrive certainement qu’au terme de la démarche
d’évaluation toutes les ambiguïtés, les incertitudes et les discordances ne soient pas levées ou
éclaircies auquel cas le psychologue se devra d’en faire part. Quand bien même cela pourrait
représenter un coup d’épée dans l’eau, cela vaudra mieux que de plaquer un discours type sur une
personne, simplifiant ainsi la complexité de la situation qu’elle rencontre.

 Le rapport d’évaluation psychologique se doit d’être individualisé. Il vise à décrire la


spécificité du fonctionnement psychologique et des dysfonctionnements éventuels d’une
personne au-delà de la problématique générale qu’elle présente.

Le rapport brut ou pythagoricien

On rencontre parfois certains rapports d’évaluation qui sont composés comme une
juxtaposition de résultats d’examen accolés de phrases interprétatives liminaires. Ces écrits frappent
généralement par leur caractère exhaustif, détaillé et rigoureux. Difficile dans ce cas de reprocher la
moindre erreur à un tel rapport. Néanmoins, la difficulté que pose le rapport d’évaluation brut est
qu’en dépit de sa rigueur apparente il ne permet pas d’apporter un éclairage ou les réponses
attendues quant aux problématiques et aux questions qui ont suscité la demande d’examen, alors
même que le psychologue n’a commis aucune erreur sur le plan technique. Dans ce type d’écrits, le
psychologue se cantonne en fait à un rôle de psychotechnicien et délègue à d’autres la responsabilité
de l’interprétation des données de test. Si le rapport-type procède d’un recours à un argument
d’autorité sur le versant synthétique de la rédaction du rapport d’évaluation, le rapport brut relève
de la même démarche sur le versant analytique : « voilà les tests que j’ai fait passer, voici les
résultats obtenus, et ce qu’en dit le manuel d’interprétation ». Ici, les chiffres, donnés comme vérité
dernière, sont censés parler d’eux même et révéler la nature profonde du sujet dans une attitude
qu’on pourrait qualifier de pythagoricienne.
 L’analyse des résultats bruts de test est un acte psychotechnique qui représente souvent une
part importante d’un examen psychologique. Néanmoins, la démarche d’évaluation en elle-
même relève de la psychologie clinique et vise à produire une synthèse des résultats de tests
et des données d’observation en référence explicite à la problématique et aux questions qui
ont suscité la demande d’examen (Code de déontologie - Article 23 : La pratique du
psychologue ne se réduit pas aux méthodes et aux techniques employées. Elle est
indissociable d’une appréciation critique et d’une mise en perspective théorique de ces
techniques).

Le rapport dimensionnel auto-rapporté

Parmi l’ensemble des instruments disponibles à des fins d’examen psychologique, on trouve
un nombre conséquent de questionnaire auto-rapportés construits selon une approche
dimensionnelle. Chacun de ces instruments présente ses intérêts propres et ses limites qu’il n’est pas
question de discuter ici. En revanche, il existe un certain type de rapport d’évaluation psychologique
fondé uniquement sur ce type de questionnaire ce qui peut se révéler problématique dans certains
cas. Si finalement un des problèmes principaux que peut poser la rédaction d’un rapport d’évaluation
est le caractère potentiellement subjectif des conclusions formulées par le psychologue, l’utilisation
de questionnaires auto-rapportés présente un avantage certain : la personne examinée assume seule
la responsabilité de la part subjective de l’évaluation et le psychologue se charge de la part objective.
C’est-à-dire que dans le cadre de questionnaires auto-rapportés l’activité de jugement clinique est
déléguée à la personne examinée alors même qu’elle doit porter de multiples jugements sur elle-
même sans connaissances particulières en psychologie, psychopathologie ou psychiatrie. Il n’est pas
question dans cet article de remettre en cause l’intérêt certain de ce type d’outils mais plutôt de
s’interroger sur un recours excessif aux questionnaires auto-rapportés et qui traduirait une réticence
du psychologue à exercer l’activité de jugement clinique qui lui incombe en raison de son caractère
subjectif, faillible et incertain. Un autre écueil de ce type d’outils est le recours excessif à une
approche dimensionnelle car celle-ci permet de ne jamais se tromper complètement, mais
simplement de formuler des conclusions plus ou moins probables. En effet, si toute hypothèse doit
être réfutable pour être scientifique, il en va de même pour les hypothèses cliniques ou
diagnostiques si l’on veut définir la psychologie clinique comme une science appliquée.

 Les questionnaire auto-rapportés présentent leurs intérêts et leurs limites propres.


Néanmoins, il existe deux écueils quant à leur utilisation : (1) une réticence à exercer
l’activité de jugement clinique qui incombe au psychologue et (2) une difficulté à formuler
des conclusions réfutables dans le cadre d’une approche dimensionnelle.

Conclusions :

Par nature, l’activité de jugement clinique comporte un risque d’erreur intrinsèque et


consubstantiel, l’un ne pouvant pas aller sans l’autre. S’il semble naturel à tout psychologue d’être
prudent quant à ses conclusions – avec un recours parfois excessif du conditionnel dans les rapports
d’évaluation – il existe certains mécanismes de production du rapport vise à prémunir le psychologue
contre la possibilité de l’erreur. Tant que ces mécanismes sont à l’œuvre, la prudence affichée par un
psychologue dans son rapport est superflue car la possibilité de l’erreur a été écartée par la forme
même du rapport d’évaluation quel que puisse être son contenu. L’activité de jugement clinique au
cœur de la pratique du psychologue est alors mise en péril : refus de transmettre des informations
clés au patient par crainte de l’avenir (prophétie), transmission de ces informations par messages
codés (rapport sibyllin), manque de précision et de spécificité (rapport type), accumulation de
résultats et défaut de synthèse (rapport brut) et réticence à exercer l’activité de jugement clinique
qui lui incombe (rapport auto-rapporté).

Seule une référence constante au code de déontologie des psychologues permettra d’éviter
ces écueils. Le principe 6 du code indique que l’intervention du psychologue doit respecter le but
qu’il lui est assigné. Le but de l’évaluation psychologique est de communiquer à la personne
examinée et aux demandeurs éventuels des informations sur le fonctionnement psychique de la
personne afin de rendre un avis ou d’aider à la prise de décisions concernant cette personne. Le
principe 3 stipule que le psychologue est responsable et autonome et qu’il répond personnellement
du choix et de l’application des méthodes et techniques qu’il conçoit et met en œuvre et des avis
qu’il formule. Le principe 4 mentionne qu’en toute rigueur, les modes d’intervention choisis par le
psychologue doivent pouvoir faire l’objet d’une explicitation raisonnée et d’une argumentation
contradictoire de leurs fondements théoriques et de leur construction. Si de plus, l’intervention du
psychologue se limite à un champ où il est effectivement compétent (principe 2) et qu’elle respecte
les droits fondamentaux la personne examinée (principe 1) ; alors le psychologue aura tout mis en
œuvre pour mettre ses connaissances et son savoir-faire au service de la personne qui le consulte.
Autrement dit, sa déontologie permettra au psychologue d’assumer la possibilité de l’erreur car il
n’aura pas commis de faute.

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