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L

a violence de maître Mōtōbū

P
our ceux qui n’auraient pas lu problèmes psychiques. Je suppose décroché en fin d’après-midi en raison
mes deux Chroniques précé- que vous l’aviez compris. du Sabbat, n’était pas mort, dit-on (il
dentes, je précise que nous Le karaté est l’un des rares arts fallait environ deux jours de croix
nous posons la question de savoir si, martiaux où l’on invite les pratiquants, avant de mourir), ce qui facilité la
dans une vie de pratiquant d’arts jusqu’à la ceinture noire, et même « résurrection » ; il serait alors
martiaux, et de karaté en particulier, après, à essayer d’utiliser la totalité de retourné là où il avait été initié durant
une étape de « violence » peut leur force physique dans les exercices son absence, entre treize et trente
incarner « la   voie » pour atteindre (kihōn, kata) ; et, comme on est ans. Dans cette région du Cachemire,
l’essence des arts martiaux, et par toujours au-dessous de sa force il aurait fondé une famille, et serait
suite, au but du dō. Le dō qui est physique réelle lorsqu’on y met « les décédé à l’âge de soixante-deux ans.
l’éveil ou, pour être moins ambitieux, tripes », on est invité à dépasser ce La chose est d’autant plus troublante
qui est ce qui nous permet de ne pas que l’on considère comme ses limites. que l’on n’en fait aucun tapage au
perdre le petit quelque chose qui nous Limites supposées dépassées … qui Cachemire, bien que ce soit connu de
distingue de l’animal (voir la pensée seront toujours très au-dessous de tous. S’il y avait fumisterie, on
du mois dernier). votre force réelle, puisque (je monterait cette chapelle en épingle.
En karaté, selon les circonstances, et l’espère) vous n’êtes ni fou à lier, ni en Tout ceci dit en passant pour
face à des agresseurs voulant notre pleine crise d’épilepsie, ni en état de l’anecdote, car de toute façon, Jésus
peau (ou un adversaire en combat désespérance, comme si vous étiez est un symbole, qu’il ait été ou non
singulier), l’idéal de perfection qu’est bloqué dans un incendie, ou autres ressuscité. On a dit de même pour
l’anticipation (proche de la catastrophes du même style. Jeanne d’Arc (on aurait brûlé une
transmission de pensée) ne peut être Nous avons pris l’exemple de maîtres pauvre fille à sa place), et même pour
atteint que si l’on arrive à être à la fois célèbres en aïki et ken­jūtsū Hitler.
« viril », solide, violent, énergique … (sabre), et nous allons poursuivre le
et « féminin », c'est-à-dire être léger, débat au travers de maîtres de karaté Mais revenons au
mobile, souple devant la force, fluide. également célèbres … ce qui ne karaté et à la
Il s’agit de reproduire les deux fins de signifie pas forcément les maîtres les « violence » de maître
course, positif-négatif du yang­yin, plus élevés, mais ceux ayant « réussi » Motobu
ou du balancier, le juste milieu (le leur promotion. En karaté, il est un maître, célèbre au
neutre par rapport au positif-négatif), Parfois involontairement … Japon, dont personne n’avait parlé en
pour un balancier, étant l’immobilité Lorsque j’aborde cette question avec Europe avant que je ne le mentionne
et l’inefficacité. C’est la même chose mes élèves, je me plais à rappeler qu’à dans une de mes Chroniques. C’est
dans la vie. l’époque de Jésus-Christ, un maître de
maître Mōtūbū. Sans lui, le karaté
À propos de neutralité, il ne faut pas sagesse qui a réussi par la promotion
n’aurait peut-être jamais été introduit
se méprendre. Il est exact qu’en de ses disciples (mais je vais me faire
au Japon, où les maîtres d’arts
combat de survie, il faut avoir un écorcher par les intégristes, si je dis
martiaux (būdōkūkan) avaient un
esprit neutre, vigilant, qui n’est ni cela …), si l’on veut bien mettre entre
profond mépris pour le tōde
offensif, ni défensif, seule chance de parenthèses l’aspect « fils de Dieu »,
d’Okinawa (main de Chine, en
percevoir les intentions des il y eut des dizaines de maîtres (c’est
okinawaïen). Maître Fūnakōshi, qui
agresseurs et d’anticiper. Mais cette ainsi que ses disciples le nommaient :
neutralité n’en est pas vraiment une. n’était pas un combattant, subit en
mullah, qui signifie « maître »), des
C’est un état de non-mental bien effet un échec cinglant, lorsqu’il fut
maîtres de même qualité, et même délégué d’Okinawa pour cette
particulier, sans état d’âme, sans probablement de qualité supérieure
vanité, l’esprit tournant au maximum, démonstration parce qu’il était cultivé
(comment juger ?), dont Jean le et parlait japonais. Leur conclusion fut
au lieu d’être immobile, sans que rien Baptiste, à qui Jésus demanda le
ne soit visible à l’extérieur, comme que le karaté n’était pas un art martial
Baptême. Pour l’anecdote, et toujours
une toupie semble immobile (jūtsū), mais une sorte de danse
à propos de Jésus, il existe au
lorsqu’elle tourne à son maximum. folklorique. Bing, au panier !
Cachemire une chapelle, où le corps
Le Būdōkūkan était (et est encore)
de Jésus serait enterré à côté de trois
L’art de « se défoncer » autres maîtres, à égalité donc. La un organisme officialisant les diverses
À nouveau, et pour éviter des chapelle est gardée par un homme qui tendances d’arts martiaux. Il fut créé
confusions, je précise que par se dit descendant de Jésus. Marie est lorsque le Japon sortit du Moyen-âge,
enterrée dans une chapelle à 50 Km vers les années 1900, et il était
« violence », je veux dire la force
de là, et serait morte un peu avant composé, à l’époque, des plus grands
violente, et non pas la violence
d’arriver à destination. Jésus fut mis maîtres des bū­jūtsū du moment.
gratuite de ceux qui ont des
sur la croix un vendredi à midi et, Maître Mōtōbū fut, comme maître
Fūnakōshi, un élève de maître exact et la date ; ce n’est pas très tekki ne formaient qu’un seul kata
Itōsū. Maître Mōtōbū était très fort important pour cette Chronique, mais (connu, à cette époque et à Okinawa,
physiquement, mais aussi, exception- les faits sont rigoureusement exacts, sous le nom de naïfanchi ou
nellement agile. On le surnommait et j’ai les preuves !). Lorsqu’il vit deux naïhanchi), et c’était son kata
« le   singe », non pas pour son jū­jūtsūka vigoureux écrasés, favori (en règle générale, dans le
physique, mais pour son agilité. Il était emportés en civière, le sang de maître passé, les maîtres ne pratiquaient
le second fils d’un noble okinawaïen Mōtōbū ne fit qu’un tour. Il faisait qu’un seul kata, mais à fond).
extrêmement fortuné et propriétaire souvent un tour à ce genre de
d’un grand fief. En raison du droit rencontres, d’ailleurs, car il adorait la Et maintenant, montre-
d’aînesse, en tant que second fils, il bagarre (à l’âge de soixante ans, il
défia encore un champion de boxe à moi ce que tu fais,
était très aisé et sans responsabilités.
Il consacrait sa vie au karaté et à la Honolulu). Il monta sur le ring et Gichin ?
détente. Il voyageait aussi beaucoup. annonça qu’il acceptait le défi. Il Bien que maître Fūnakōshi lui ait
Comme pour la plupart des maîtres demanda s’il avait le droit de frapper été peu reconnaissant (selon maître
okinawaïens, il appréciait la culture de du poing et du pied. On lui dit que Mōtōbū et d’autres maîtres), ils se
maître Fūnakōshi, mais le courant non. Il demanda s’il pouvait frapper de revoyaient tout de même assez
passait mal. la paume. On lui dit que oui. Le souvent. Pour s’engueuler sur le plan
Ceci, non seulement parce que maître combat débuta alors. Maître karaté ! Des passionnés …
Fūnakōshi considérait le karaté Mōtōbū, pantalon, chemise et Un des grands maîtres du karaté,
comme étant surtout un art culturel (il cravate (car à l’époque, on faisait maître Ryōsūke   Kōnōshi, raconte
n’organisa jamais de kūmite, ni de civilisé si on était habillé à dans ses mémoires qu’il avait un jour
l’occidentale … avec chapeau haut de invité les maîtres Mōtōbū et
combats), parce qu’il avait des
forme), fut insaisissable et, soudai- Fūnakōshi  chez lui. Comme à
connaissances intellectuelles que les
nement, il frappa le russe de la paume
autres n’avaient pas (notamment en l’accoutumée, vers la fin du repas, les
de la main (où ? on ne le dit pas). Le
chinois et en japonais), parce qu’il deux maîtres parlèrent de la
russe s’écroula. C’était la première
était un poète apprécié (Shōtō était
fois que ce champion du monde technique du « vrai » karaté. Comme
son nom de poète) et que, paraît-il, il réputé était battu. Toute la presse en tous deux avaient été élèves du même
était, disons, assez bêcheur à parla, présenta cette victoire comme maître (Itōsū), il n’y avait pas entre
l’époque. Peut-être pour compenser la résurrection de la race jaune, et eux la courtoisie qui est de règle,
un salaire très modeste de japonaise en particulier, et annonça habituellement, entre un inférieur et
fonctionnaire … son supérieur. En un mot, chacun se
que maître Mōtōbū avait utilisé le
tōde, sous titrant pour que les sentait supérieur à l’autre … ce qui n’a
Le défi qui introduisit le lecteurs comprennent : « le kenpō­
pas changé de nos jours. Maître
karaté au Japon Fūnakōshi ayant dit à maître
jūtsū des îles Ryū­Kyū ».
Le karaté était peu connu au Japon, et Mōtōbū qu’il ne connaissait pas le
On demanda à maître Mōtōbū de
ceux qui le connaissaient un peu en vrai karaté parce qu’il utilisait trop de
donner des cours, ce qu’il fit, mais
avaient un franc mépris. Or, un force, et que le vrai karaté, ce n’était
rapidement, la nécessité d’être
événement exceptionnel se produisit. pas ça … Maître Mōtōbū sauta sur
ponctuel lui pesa. Il suggéra à maître
Un Russe (Padoubni), ex-champion maître Fūnakōshi, le souleva de
Fūnakōshi de venir au Japon, en lui
du monde de lutte, mesurant près de terre à bout de bras par les deux
laissant entendre qu’il pourrait y faire
2 m et pesant 120 kg, se faisait de revers … et lui dit, avec ironie, tandis
carrière et devenir célèbre. Maître
l’argent en lançant des défis un peu que maître Fūnakōshi gesticulait, à
Fūnakōshi démissionna de son
partout dans le monde. Il était passé moitié étranglé « Vas­y,   Gichin,
par la Chine, écrasant tous ses poste d’instituteur, peu payé, et après
une année d’étude des katas (selon montre­moi   ce   que   tu   fais
adversaires, et il était arrivé au Japon
où, là aussi, il avait écrasé tous ceux l’usage, il n’en connaissait qu’un), il maintenant,   avec   ton   vrai
qui l’avaient défié. C’était l’époque où vint au Japon. Certains disent que son karaté ! ».
départ fut facilité par une mésentente
les « jaunes » se sentaient profon- Mais, comme le confirme son défi
avec son épouse, ce qui est bien
dément humiliés par l’avance techno- avec le géant russe, maître Mōtōbū
possible, puisqu’il ne revient la voir
logique occidentale … et la coloni- était aussi un karatéka très mobile et
qu’une vingtaine d’années après (il le
sation de l’Asie. Pour faire face au fluide, pouvant se rendre insaisissable
dit dans ses mémoires). Pour
géant russe, on avait opposé des et intouchable s’il le voulait, en
l’histoire, c’est grâce à maître
sūmōtōri et des jū­jūtsūka. Maître général, pour s’amuser, avant de
Mōtōbū  que nous ont été transmis,
Mōtōbū, qui ne ratait aucune fête, ni mettre l’imprudent dans les pommes
via maître Fūnakōshi, les trois d’un seul coup. Comme pratiquement
aucun spectacle, alla assister au défi
tekki, à peu près dans leur forme tous les grands maîtres reconnus
(c’était à Ōsaka, en 1918 ou 1920, je
crois, j’ai des coupures de journaux actuelle, en Shōtōkan (il existe trois comme tels, maître Mōtōbū eut,
japonais de l’époque … mais je n’ai autres formes). Il était le seul à les dans sa jeunesse, une longue période
pas le temps de rechercher le lieu connaître dans cette forme. Les trois de karaté dur et violent, tout en force.
Avec des mises en application dans cela, que vous y parviendrez. En plus, de la puissance de rotation du buste,
des bagarres mémorables ! À tel point cela ne comporte aucuns risques comme en fin de tsūki correct).
qu’à deux reprises, le maître Itōsū ne graves. Si l’on vous demande jōdan, Donc, ne vous illusionnez pas, il ne
voulut plus lui enseigner. Mais à ne faites pas l’idiot, ne touchez pas au sera pas plus facile de faire un vrai
chaque fois, une intervention du père visage, mais frappez au front. Il aura blocage-offensif qu’un tsūki  réelle-
noble de Mōtōbū le fit réintégrer une bosse, et cela sera également bon ment efficace. C’est pourquoi je vous
rapidement … pour lui. suggère de le travailler très sérieuse-
Maître Mōtōbū ne fut pas le seul Comme disait Coluche, « la   misère ment. Quant au « blocage   sans
maître de karaté à la fois fort, violent c’est beau … quand c’est bien fait », douleur » (blocage-esquive), il serait
et fluide. Dans son premier livre écrit un coup « bien   fait » au front peut bien vaniteux de penser que vous
au Japon, le maître Fūnakōshi mettre K.O. sans conséquences. Je allez y parvenir sans passer par une
termine ses descriptions des katas en étape (de plusieurs années) de force
parie que vous avez pensé « avec le
donnant plusieurs anecdotes de violente.
maîtres anciens d’une puissance et poing ». Je pensais ça aussi, car je
La pensée du mois
d’une agilité incroyable. Ce qui, aux vous connais. C’est pour vous montrer
« Chacun s’efforce d’apprendre ce qu’il
yeux de maître Fūnakōshi, comment il est facile d’induire en
ne connaît pas, mais ne cherche pas à
représentait manifestement l’idéal erreur, que j’ai dit « peut   mettre approfondir ce qu’il connaît déjà.
(bien que petit et refusant tout K.O. ». Avec le poing, c’est incertain, C’est de là que vient le grand
combat, maître Fūnakōshi était mais avec la paume, c’est presque désordre. »
très, très musclé, et l’était encore à facile. Lorsqu’à l’époque héroïque du Tchouang-Tseu
soixante ans, lorsqu’il cessa karaté, on expérimentait tout, j’avais
d’enseigner). Je publierai un jour ces essayé. Deux fois, deux K.O.
anecdotes. J’aime en particulier celle Ce fut même si facile, et si inquiétant,
où un vieux maître d’Okinawa, dont je que ne n’ai plus essayé, puisque j’en
n’ai plus le nom sur la langue, qui est connais l’efficacité. De même, avec le
attaqué une nuit, dans le noir, par un shūtō à la nuque.
jeune karatéka, lui saisit le poing au Autre suggestion : lorsque vous
vol, le maintient au sol, et lui tâtant les attaquez tsūki, que l’adversaire vous
testicules, s’exclame « Hum,   encore bloque, essayez de mettre de la force
un jeune prétentieux ! ». dans tout votre bras et votre buste,
Dans ma prochaine Chronique, je vous de façon à ce que votre bras ne dévie
parlerai des violences de maître d’un millimètre. C’est possible. Cela
Egami, le créateur du style surprend et fait réfléchir. Fort, c’est
fort. N’oubliez pas qu’il y a des
« Shōtōkaï », le style le plus coulé
hommes deux ou trois fois plus forts
des divers karatés, et même des kung-
que vous. On a tendance à oublier
fu chinois.
qu’il y a des hommes d’une force
herculéenne. Il arrive même que cela
Le conseil du mois :
ne se voit pas ; comme il y a des faux
Comme je l’ai déjà dit, au dōjō, durant
maigres, il y a des faux faibles,
les cours, vous devez strictement faire
question de vêtements et d’allure, ou
ce que demande votre professeur. La
de qualité musculaire anormale (des
seule chose que vous pouvez vous
mutants ou des préhistoriques ?).
permettre, c’est d’introduire dans vos
Pour les blocages, faites de même.
techniques une certaine qualité
Bloquez en frappant au maximum de
résultant de vos recherches hors des
votre force, avec l’idée de
cours … ou de mes suggestions.
déséquilibrer l’adversaire. Alors, on
N’ayez aucun complexe à utiliser
sent ce qu’est un vrai blocage-offensif.
toute votre force, de temps en temps,
Quand même, n’oubliez pas que le
comme test. Par exemple, lorsque
summum du vrai karaté, c’est de ne
vous êtes le partenaire qui attaque,
pas avoir à bloquer, ou qu’un vrai
tout en respectant la hauteur, si l’on
blocage ne soit pas faire mal à
vous demande d’attaquer shūdan …
l’adversaire … parce que vous
frappez à fond. Même si l’autre a le esquivez en fluidité en même temps,
souffle coupé, c’est bon. raison pour laquelle on vous dit de
Bon pour lui, car pour une fois, il aura bloquer en mettant les épaules de
reçu une vraie attaque. Pour vous, car trois quarts ou de profil (par contre,
… vous verrez qu’il n’est pas facile de en blocage-offensif, les épaules
produire un vrai kime qui coupe le devraient être de face en fin de
souffle. Mais c’est seulement comme blocage, parce qu’il est accompagné