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’:HIKLPI=]U[ZU\:?k@o@i@a@a"

A Yazd, Bam,

Inde
ET DÉMESURE
NOCES, KITSCH
Des paysages
VOIR LE MONDE AUTREMENT

Téhéran, Ispahan... en pleine mutation

DE LA
ESPAGNOL
Les conseils

AU ROYAUME
NOUVEAU

GASTRONOMIE
de nos reporters

PAYS BASQUE
millénaire
Un patrimoine
CAHIER PRATIQUE IRAN

DE PERSÉPOLIS À INSTAGRAM
L’IRAN

vers demain

Xinjiang
MADE IN CHINA
Une société tournée

ENQUÊTE DANS L’ENFER


NO 480. FÉVRIER 2019
CHEZ

NOUS AVONS LE SENS


DES RESPONSABILITES !
Pour l’environnement
Nos pomiculteurs sont engagés dans une démarche
de production responsable en réduisant chaque jour l’impact
de leur activité sur la nature.

Pour la qualité
Nos pommes sont sélectionnées pour leurs
qualités, sans rien gaspiller et font l’objet
de contrôles réguliers par l'organisme
de certification Bureau Veritas.

Pour nos producteurs


Un modèle qui rémunère équitablement les 2600
producteurs adhérents et sécurisent leurs revenus
grâce à la signature de contrats annuels.

Pour nos terroirs


Notre production est cultivée sur des terroirs d’exception
choisis pour leur climat et la qualité de leurs sols.
Elle contribue également au maintien d’une activité sociale
et économique locale et à la préservation
© Illustration : Eiko Ojala • Pink Lady®

des paysages traditionnels.

Pour plus d’informations, rejoignez-nous sur :


www.pinkladyeurope.com

Tellement plus qu’une pomme


ÉDITORIAL

Derek Hudson
Cohabiter avec
la nature sauvage

P
Découvrez
eut-on encore croire à l’existence le désir de protéger la nature ou l’édito vidéo
d’une nature sauvage ? J’en ai douté de la soumettre davantage ? en scannant
cette page.
en suivant le récit, ces dernières Ces questions sont rassemblées (Voir mode
semaines, du Français Matthieu dans un livre* dans lequel l’auteure, d'emploi p. 12)
Tordeur, qui a effectué une traver- chercheuse en philosophie de l’en-
sée du continent antarctique. Seul sur ses skis. vironnement au CNRS, met en garde contre
Au trente-troisième jour de sa longue (1 150 kilo- l’approche fataliste qui considérerait que
mètres) marche dans le «Grand Blanc», Mat- l’homme a définitivement pris le contrôle sur
thieu a vu fondre vers lui trois gros points noirs. la nature et que sa tâche serait de cultiver au
Trois énormes 4 x 4. Des touristes asiatiques mieux une planète qu’il a soumise à sa puis-
qui revenaient du pôle Sud… J’entends déjà les sance. Intolérable. Tout comme le serait l’ap-
cris d’indignation. Arrêtons là ces folies ! Pré- proche qui viserait à multiplier les espaces où
servons de la souillure humaine les espaces de l’homme serait exclu. L’histoire montre que ce
nature sauvage ! 25 % seulement des terres point de vue a conduit jusqu’à priver de leur
émergées et 13 % des océans peuvent encore terre et de leur mode de vie des êtres humains
être considérés comme sauvages ! Il y a urgence ! (les Twas en Ouganda, les Massaïs au Kenya…).
Mais qu’est-ce qu’un espace sauvage ? A quel Entre les deux ? Des voies existent, nécessitant
stade de développement faut-il se référer pour humilité et discernement. Préserver des espaces
définir cette notion ? Un état antérieur à toute où la nature vit sans les hommes. Mais ne pas
trace humaine ? Faudrait-il revenir au Pléisto- forcément s’abstenir de relations avec ces
cène ? Il est vrai que l’écologie dite de «restau- mondes-là, ne pas couper le lien. Aller à leur
ration» a, pour réparer les dégâts commis par rencontre, les découvrir, les observer, les admi-
l’homme ou pour freiner l’extinction des rer. Sans les contrôler ni les exploiter. N’y faire
espèces, de beaux jours devant elle : le por- que passer, accepter qu’ils possèdent leur sou-
tage d’embryon d’un animal en danger par une veraineté. Qu’ils soient des royaumes qui nous
«mère» issue d’une espèce domestique ; la échappent. Dont nous sommes, au mieux, les
«résurrection d’espèces» en créant des clones invités, et dont, après la visite, il convient de
à partir de l’ADN d’animaux disparus ; la cir- partir, discrètement, sans laisser de traces. C
culation de courants électriques pour faire * la Part sauvage du monde,
renaître des coraux… Ces projets reflètent-ils par Virginie Maris, coll. Anthropocène, éd. du Seuil

ÉRIC MEYER RÉDACTEUR EN CHEF

AU XINJIANG, SOUS LA COUPE DE PÉKIN


C’est une région mythique dans l’histoire de la route de la soie. Mais, aujourd’hui aussi,
hélas !, une région où la Chine mène une politique de répression hors norme à l’encontre
de la population ouïgoure. Notre reporter, Simon Leplâtre, a réussi à s’y rendre malgré
tout. Il y a recueilli des témoignages édifiants, puis a été intercepté à un poste de contrôle
alors qu’il s’approchait de l’un des camps où seraient détenues un million de personnes.
Il a alors été suivi par des policiers en civil. «Au début, ils étaient quatre, raconte Simon.
En fin de reportage, à Kashgar, quinze ! Quand je sortais des zones touristiques, ils faisaient
appeler les deux policiers municipaux en charge des étrangers, qui m’accueillaient
invariablement par un “Welcome to Kashgar !” tout en m’empêchant d’aller plus loin !»

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F É V R I E R 2 0 1 9 � NO 4 8 0

AGE / Photononstop

SOMMAIRE

A Persépolis, merveille de la Perse antique,


on peut encore voir les vestiges de la salle d’audience
de Darius Ier, datant de la fin du VI siècle av. JC.

62
ÉVASION
L’Iran Avec ses déserts et ses forêts verdoyantes, ses palais des mille et une nuits et ses
sites antiques, ses mosquées aux dômes chatoyants et ses traditions millénaires,
ce pays est attaché à la splendeur de ses paysages et à son héritage persan. Découverte.

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F É V R I E R 2 0 1 9 � NO 4 8 0

SOMMAIRE
ÉDITORIAL 7
VOUS@GEO 12

Mahesh Shantaram / Agence Vu


PHOTOREPORTER 16
Trois photographes livrent les dessous

48
de leurs images fortes.

LE MONDE QUI CHANGE 22


Au revoir Vénus de Milo ?

LE GOÛT DE GEO 24
La tsampa : le porridge nourricier des Tibétains.

L’ŒIL DE GEO 26
A lire, à voir sur le thème de la faune.

DÉCOUVERTE 28
Pays basque espagnol : le goût du voyage
Entre Atlantique et Pyrénées, bienvenue au
royaume de la gastronomie ! Pintxos sans façon
ou créations aventureuses, c’est dans l’assiette
que les habitants affirment ce qu’ils sont :
basques, passionnément.
Gonzalo Azumendi / REA

REGARD 48

28
L’Inde à la noce Colorés et fastueux, les
mariages des familles indiennes aisées fascinent
le photographe Mahesh Shantaram. Il en a
documenté des dizaines à travers le pays et
pose un regard critique sur cette institution.

EN COUVERTURE 62
L’Iran Visite de Yazd, berceau du zoroastrisme,
enquête sur le sublime lac d’Ourmia menacé par
l’assèchement, portraits d’une jeunesse accro
à Instagram et assoiffée de liberté… Et un guide
pratique complet sur les traces de nos reporters.

LE MONDE EN CARTES 122


Remuez-vous, les enfants !

GRAND REPORTAGE 126


Bienvenue dans l’enfer made in China
Une surveillance hors norme, un million de
Patrick Wack / Laïf - REA

personnes en camp de rééducation… La Chine

126
pratique désormais au Xinjiang une politique
totalitaire. Nos reporters sont parmi les rares
journalistes à avoir pu se rendre ces derniers mois
dans cette région ultrafermée. Leur enquête
Couverture : Feng Wei / Gettyimages. En haut : Jorge Fernandez Garces / Agefotostock. En bas et de g. à d. : témoigne de la répression sans précédent que
Mahesh Shantaram / Agence Vu ; Gonzalo Azumendi / Andia ; Patrick Wack / REA. Encarts marketing : subit sur place l’ethnie majoritaire, les Ouïgours.
cartes abo recto-verso sur kiosques en national, régional, Belgique et Suisse ; carte recto-verso reliures sur
une sélection d’abonnés ; Post-it multi-titres collé sur C1 ; lettre Welcom Pack sur une sélection d’abonnés ;
lettre Hausse ADI sur abonnés.
LES RENDEZ-VOUS DE GEO 146
LE MONDE DE… Nils Tavernier 150

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À LA RADIO À LA TÉLÉ SUR INTERNET
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


Parce que nous sommes soucieux de


l’avenir de nos enfants, nous avons tous
envie de faire un geste pour contribuer à
la transition énergétique en souscrivant
une offre d’électricité verte. Qu’y a-t-il
exactement derrière le terme « offre
d’électricité verte » ? Comment m’assurer
qu’en choisissant cette offre, je contribue
au développement de la production
d’électricité d’origine renouvelable ?

ISTOCK
Faisons toute la lumière sur ce sujet !

 
 
LE SAVIEZ-
  VOUS ?
  La France est l’un des
  principaux producteurs
d’électricité d’origine
  hydraulique de l’Union
  européenne, avec plus
 de 2 000 installations
  sur le territoire. En 2016,
 l’hydraulique représente
  62 % de la production brute
d’électricité renouvelable de
  la métropole.
  Source : Chiffres clés des énergies
  renouvelables, Service de la donnée et
des études statistiques (SDES), 2018
 

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d’électricité souscrit par un client particulier, à l’exclusion et pourra représenter sur cette période une baisse maximum et le week-end du vendredi minuit au dimanche minuit
de l’offre électricité Happ-e, ENGIE achète l’équivalent de 7 % du prix par kWh HTT à la date de souscription. En par rapport aux Heures Pleines de l’offre Élec Weekend
de la quantité d’électricité consommée par le client en ce qui concerne votre abonnement HTT, il est indexé sur la 2 ans d’ENGIE. Offre de marché électricité indexée sur
Garantie(s) d’Origine(s) émise(s) par des producteurs part fixe du tarif d’utilisation du réseau public d’électricité le tarif réglementé, réservée aux clients disposant d’un
d’énergie renouvelable. Une Garantie d’Origine certifie qui évolue une fois par an à la hausse ou à la baisse. Il est compteur LinkyTM.
que de l’électricité a été produite à partir d’une source également révisé dans les conditions indiquées sur la fiche En souscrivant à une offre à prix de marché, vous restez
d’énergie renouvelable et injectée sur le réseau électrique. descriptive de l’offre (cf. « Prix de l’offre »). libre de revenir, à tout moment et sans frais, au tarif
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13, rue Henri-Barbusse,
92624 Gennevilliers Cedex.
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2. Repérez les pages


contenant le logo signalant un
bonus en réalité augmentée.

Bettina Zourli
Le grand bouddha
(15 m) du temple Wat
Si Chum, à Sukhothai,
en Thaïlande.

UN VOYAGE AVEC UN BON KARMA


Après que je me suis installée en Thaïlande sans trop savoir 3. Scannez l’article :
positionnez votre smartphone
pourquoi, on m’a posé pas mal de questions sur l’expatriation. J’ai
alors partagé mes adresses, les activités à faire loin des touristes… au-dessus de la page et appuyez sur le
bouton rouge. Bonne découverte !
Quelques semaines après mon arrivée, j’ai même rencontré
mon mari. Le karma ! Aujourd’hui, nous vivons au Guatemala.
homeiseverywhereiam.com Dans ce numéro, scannez les pages
7, 45, 60, 92, 107, 143

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PHOTOREPORTER

VÁGAR, ÎLES FÉROÉ

UNE ÎLE PLEINE


D’ILLUSIONS

E trange géographie. Sur l’île


de Vágar, le Sørvágsvatn,
plus grand lac de l’archipel des
Féroé – entre Islande et Nor-
vège –, semble surplomber fiè-
rement l’Atlantique. En réalité,
il s’agit d’un effet d’optique,
l’étendue d’eau de 3,4 kilo-
mètres carrés étant située bien
plus bas que la crête de ces fa-
laises et à 30 mètres seulement
au-dessus du niveau de l’océan.
C’est l’angle choisi par le pho-
tographe italien Marco Grassi,
face aux à-pics de 100 mètres
de haut, qui crée l’illusion. «La
lumière et les conditions cli-
matiques étaient fantastiques,
avec la formation de divers
arcs-en-ciel», remarque Marco.
Pour accéder à ce superbe lieu,
il suffit d’une randonnée de
35 minutes depuis la ville de
Miðvágur, connue pour être le
meilleur endroit des îles Feroé
pour chasser la baleine.

Marco GRASSI
Cet autodidacte italien spécialisé
dans la prise de vue de paysages
anime des ateliers de photographie
dans le monde entier.
GEO 17
Marco Grassi Photography
PHOTOREPORTER

SUD LUANGWA, ZAMBIE

UNE BONNE RAISON


D’OUVRIR SA GUEULE

C ’est en ouvrant leur im-


mense mâchoire que les
hippopotames communiquent.
Le degré d’ouverture et la fré-
quence des bâillements infor-
ment sur la place que tel ou tel
individu occupe parmi ses
congénères. Un gros bâilleur est
ainsi le chef du troupeau. «Nous
avons choisi ce cadrage pour
mettre en avant les terrifiantes
canines de celui-ci, affûtées
comme des sabres», expliquent
les photographes français Jean-
Louis Klein et Marie-Lucie
Hubert. Les hippopotames,
bienveillants et sociables en
apparence, se tiennent en réa-
lité toujours prêts au combat.
Sur le fleuve Luangwa, où se
trouve celui-ci (photo), comme
20 % de l’effectif mondial de
l’espèce, ils sont menacés par
un projet de barrage hydroélec-
trique qui détruirait une partie
de l’écosystème du parc natio-
nal du Sud Luangwa.

J.-L. KLEIN et M.-L. HUBERT


Depuis leur rencontre en 1993 au
Groenland, ces photographes
animaliers français observent la
faune d’Afrique, d’Arctique ou d’Asie.
GEO 19
J.L.Klein et M.L. Hubert / Naturagency
Patrick Pleul / DPA / Abaca

20 GEO
PHOTOREPORTER
ODERVORLAND, ALLEMAGNE

ÉCLAIR DE GÉNIE

P our capter ce phénomène


électrique – qui dure à
peine quelques millisecondes –
en toute sécurité, le photo-
graphe allemand Patrick Pleul,
amoureux des tempêtes, a sa
solution : «Je place l’appareil sur
un trépied. Ensuite, je pro-
gramme la caméra pour qu’elle
prenne une photo toutes les
cinq secondes. Je peux donc at-
tendre à l’abri dans ma voiture.»
Ce soir-là, par chance, il ne pleu-
vait pas mais le vent soufflait
fort et il y avait de l’électricité
dans l’air, comme pour symbo-
liser celle que produisent les
trente éoliennes du grand parc
d’Odervorland, à l’est de Berlin.
A la clé, l’image dont rêvait Pa-
trick, parfaite pour illustrer ce
type d’installations fréquentes
en Allemagne, où les éner-
gies renouvelables, encou-
ragées par l’Etat fédéral,
comptent pour un tiers dans la
consommation électrique.

Patrick PLEUL
A 48 ans, ce photographe de l’agence
de presse allemande DPA couvre
tout sujet lié à l’environnement :
incendies, nucléaire, animaux…
LE MONDE QUI CHANGE

Ces statues
royales du
XIXe siècle
(ici au musée
du quai Branly)
avaient été
pillées par
la France en
1892 après la
colonisation
du royaume
de Dahomey.
Le Bénin vient
d’obtenir qu’on
les lui restitue.

Au revoir par un équipage anglais en 1868. L’Egypte du ma-

Vénus
réchal al-Sissi, elle, vient de renouveler sa de-
mande de restitution de biens culturels en pré-
vision de l’ouverture en 2020 du Grand Musée

de Milo ?
égyptien, à Gizeh. Dans sa liste : la pierre de Ro-
sette exposée au British Museum et le buste de
Néfertiti du Neues Museum de Berlin. La Grèce,
elle, rêve de récupérer la Vénus de Milo, une star
du Louvre. Les musées sont pour l’instant frileux :

J
malgré un arrêt de la Cour de cassation italienne
e cherche Dinkowawa, trône d’Ashanti/Il est ordonnant en décembre la restitution d’un bronze
à Paris, répond la Lune/Je cherche Togon- du IV siècle av. JC, le Getty Museum de Los Ange-
gorewa, buste du Zimbabwe/Il est à New les refuse de rendre la statue à l’Italie. Indéfen-
York, répond la Lune», dit un poème du Ni- dable ? Felicity Bodenstein, chercheuse en his-
gerian Niyi Osundare, grande voix de la poé- toire de l’art à la Technische Universität Berlin,
sie en Afrique. Par ces mots s’achève le rapport précise : «La restitution est un processus qui doit
pour la restitution du patrimoine culturel africain se faire dans le dialogue.» Monique Jeudy-Ballini,
remis au président Emmanuel Macron en no- ethnologue au CNRS, propose quant à elle une
vembre dernier. Les auteurs y pointent l’acquisi- solution pour la France : pourquoi ne pas échan-
tion d’œuvres par les musées français pendant la ger ces objets «contre des œuvres françaises, telles
période coloniale lors de raids militaires et d’ex- des sculptures religieuses anciennes provenant
péditions punitives ou «scientifiques». Et, c’est d’églises» ? Autre option évoquée par les spécia-
une première, ils ont convaincu de rendre au Bé- listes : le prêt longue durée. Ainsi, trois statues
nin vingt-six œuvres d’art pillées par la France. nok et sokoto rendues au Nigeria resteront au
Assiste-t-on au début d’un vaste mouvement de Louvre, mais pour vingt-cinq ans renouvelables.
restitution d’objets d’art à leur pays d’origine par A l’inverse, le Quai Branly, lui, a accepté d’envoyer
les grands musées occidentaux ? L’enjeu est di- à la Nouvelle-Calédonie des objets du patrimoine
plomatique, mais aussi touristique, donc écono- kanak. Pas de «restitution», mais un prêt qui pour-
Philippe Wojazer / Reuters

mique. En novembre 2018, une délégation de l’île rait bien devenir permanent. C
de Pâques s’est rendue à Londres pour réclamer
le retour du moai Hoa Hakananai’a, emporté Gaétan Lebrun

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participant et sous réserve d’acceptation du dossier par CREDIPAR/PSA Finance France, locataire gérant de CLV, SA au capital de 138 517 008 €, RCS Nanterre
n° 317 425 981, 9 rue Henri Barbusse CS 20061 92623 Gennevilliers Cedex. Citroën C5 Aircross est éligible à la prime à la conversion gouvernementale (conditions sur
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LE GOÛT DE GEO

La
tsampa

TIBET

Le porridge
nourricier ce plat réunit nomades et sédentaires, riches
et pauvres, jeunes et moins jeunes, habi- LES BONS GESTES

des Tibétains tants de l’U-Tsang, de l’Amdo et du Kam


– les trois régions qui composent le Tibet
historique. Les Tibétains en font d’abon-
Pour qui n’a jamais savouré
cette spécialité tibétaine,
il y a quelques règles à
observer. UN FROMAGE DUR
dantes réserves afin de ne jamais en man-
COMME LA PIERRE et fort
quer. La tsampa accompagne aussi les fêtes

L
en goût, le chura, est rapé par
bouddhistes et les grands événements de la maîtresse de maison,
es Tibétains de la diaspora se plient la vie. A l’occasion d’une naissance, d’un qui le place au fond d’un bol,
du mieux possible au rituel de sa mariage ou d’un anniversaire, on jette la fa- y ajoute une noix de beurre
préparation, une façon de se rap- rine dans les airs, pour se placer sous les de yak, puis demande à
l’invité s’il souhaite sa tsampa
procher de chez eux. Le dalaï- meilleurs auspices. Présente aux enterre-
sucrée ou salée, avant de
lama lui-même, exilé en Inde, dit ments, elle indique, pendant les quarante- verser une boisson chaude,
apprécier la tsampa au petit déjeuner, agré- neuf premiers jours de deuil, le chemin vers du thé noir par exemple.
mentée de thé et de lait de dri (la femelle du l’au-delà aux âmes défuntes. Des pratiques À L’AIDE D’UNE CUILLÈRE
yak). Deux étudiants d’origine tibétaine de qui remonteraient au VII siècle, à l’arrivée EN BOIS, elle dépose ensuite
l’université de Virginie viennent, quant à eux, du bouddhisme, quand les Tibétains, alors dans le bol de la farine d’orge
contenue dans le tsamgam,
de lancer la marque Tsampa Tsnacks desti- animistes, demandaient protection aux
la boîte dédiée. Elle mélange
née à commercialiser cet en-cas aux Etats- dieux de la montagne en modelant des fi- avec le doigt, en cherchant
Unis. «Un plein d’énergie tibétaine pour le gurines à base de farine d’orge et de beurre. le geste le plus harmonieux.
corps et l’esprit», affirme leur slogan. Mais c’est pour la fête du nouvel an tibé- Les Tibétains y voient une
La tsampa, spécialité à base d’orge, d’eau tain, le Losar, qui tombe cette année le 5 fé- forme de méditation, une
ou de thé, de beurre et parfois d’un peu de vrier, que le plat national entre en piste de danse éternelle qui n’a besoin
d’aucun ustensile. Tout l’art
sucre ou de sel, apporte du réconfort aux la façon la plus spectaculaire : les habitants
réside dans un bon dosage
bergers golok, aux éleveurs menba et aux se frottent le corps avec des boules de entre farine et liquide, pour
montagnards sherpa soumis au rude climat tsampa pour se purifier, puis les trans- que le mélange devienne
tibétain, à 4�� 900 mètres d’altitude. Versés portent, avec ce qui reste de la soupe pré- une pâte homogène.
dans une boisson chaude, les grains d’orge parée à l’occasion des fêtes, loin de leurs ON MANGE AVEC LES
grillés, préalablement réduits en poudre au maisons nettoyées de fond en comble. Ils DOIGTS ou à la cuillère, en
fonction de la consistance.
moulin à eau du village, exhalent une déli- chassent ainsi les mauvais esprits, et l’an-
Peter Bohler/ Redux - Rea

cate saveur de noisette. Peu onéreux, nutri- née peut commencer sereinement. C
tif, facile à préparer, à transporter (et à di-
gérer puisque les céréales sont torréfiées), Carole Saturno

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L’ŒIL DE GEO
Notre sélection de films, expos, livres et DVD sur un thème.
ESSAI
Etre bête
LA FAUNE ou ne pas être
C’est un essai
déroutant.
Le vétérinaire
anglais
Charles
Foster
raconte
comment il s’est glissé
dans la peau de cinq
animaux différents,
apprenant à vivre dans un
terrier comme le blaireau,
à écumer les rivières
comme la loutre, à fouiller
les poubelles comme le
Bertrand Stofleth / Musée des Confluences

renard, à se faire chasser


comme le cerf et à migrer
comme le martinet…
Dans la peau d’une bête, de Charles
Foster, éd. JC Lattès, 19 €.
Coléoptères, insectes
extraordinaires, au musée THEÂTRE
des Confluences, à Lyon,
jusqu’au 28 juin. Contact : Invasion barbare
museedesconfluences.fr
Un jour, un
rhinocéros
EXPOSITION déboule en

LES COLÉOPTÈRES,
ville, terrifiant
la population.
Mais de plus

CES PRODIGES MAL�AIMÉS en plus


d’habitants se mettent à
se transformer en bêtes

S
à corne, dans l’indifférence
carabées, charançons… En Occident, les bijou d’Amérique centrale (Chrysina res- grandissante. Bérenger
coléoptères, jugés nuisibles aux cultures plendens), dont la carapace brille comme l’or. est le dernier à résister à
et à la salubrité publique, ont mauvaise L’Occident considère aujourd’hui les coléop- la barbarie. Seul en scène,
presse. L’exposition Coléoptères, au musée tères comme une source de protéines dans un Stéphane Daurat livre une
des Confluences, à Lyon, les met à l’honneur. monde où les besoins dépasseront bientôt les puissante interprétation
de cette pièce d’Eugène
Champions de l’adaptation grâce aux élytres capacités des élevages traditionnels. Au Japon, Ionesco sur la menace
qui protègent leurs ailes, ils sont apparus sur en revanche, ils ont le statut d’animaux de du conformisme.
terre il y a 250 millions d’années. On compte compagnie et les lucioles, abritant les âmes Rhinocéros, d’Eugène Ionesco,
387 000 espèces, partout sauf en Antarctique, des défunts, sont célébrées en juin. En Amé- au théâtre Essaïon, à Paris,
jusqu’au 25 mars. Contact :
ce qui en fait l’un des groupes d’animaux les rique latine, ils servent d’ornement symbo- essaion-theatre.com, «Théâtre»,
«A l’affiche cette saison».
plus importants au monde. Certains sont do- lique, tel le makech, populaire sur les marchés
tés de capacités extraordinaires : le scolyte mexicains, décoré et porté vivant en broche :
BEAU LIVRE
d’Amérique du Nord, par exemple, résiste à une mode cruelle, lointain écho d’une légende
des températures inférieures à moins 40 °C maya qui en fait le gardien du grand amour. C Une histoire
grâce à des molécules antigel. D’autres sont de l’art animal
d’une beauté sidérante, à l’image du scarabée Faustine Prévot
L’homme a
toujours
cherché à
représenter
l’animal.
SPECTACLE
Cet ouvrage
relate cette aventure, des
Des chevaux et des hommes peintures pariétales

A u son des flûtes, les chevaux galopent, se roulent par terre, se


mordillent l’encolure… Bartabas, fondateur du théâtre équestre
Zingaro, présente sa dernière création, Ex Anima. Ensemble, équidés,
préhistoriques aux clichés
numériques d’embryons,
des estampes de tortue
Marion Tubiana

dans la lumière, et cavaliers, vêtus de noir, retracent l’histoire de leur du Japonais Hokusai
compagnonnage. Une histoire ponctuée de moments d’harmonie, aux pochoirs de rats
comme celui où maître et monture s’assoupissent l’un contre l’autre. anticapitalistes du roi
Ex Anima, par la compagnie Zingaro, De réalités plus difficiles aussi, comme celle des bêtes de trait
au fort d’Aubervilliers, jusqu’au du street art, Banksy.
3 mars. Contact : bartabas.fr/zingaro descendues au fond de la mine ou des étalons exhibés dans les cirques. Animal, éd. Phaidon, 50 €.

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PAYS BASQUE ESPAGNOL

LE GOUT
DU VOYAGE
Entre Atlantique et Pyrénées, bienvenue au royaume de la gastronomie !
Pintxos sans façon ou créations aventureuses, c’est dans l’assiette
que les habitants affirment ce qu’ils sont : basques, passionnément.
PAR SÉBASTIEN DESURMONT (TEXTE)
Juan-Carlos Munoz / Biosphoto

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DÉCOUVERTE

Une vague ondule sur les vignobles de la Rioja Alavesa… Dans cette région viticole au sud de Bilbao, l’architecte star Santiago
Calatrava a imaginé, en 2001, le design des chais de la bodega Ysios, mêlant le bois des barriques et l’aluminium des cuves.

GEO 29
DÉCOUVERTE
Roland Gerth / Sime / Photononstop

ENTRE TERRE ET MER SE DESSINE LA

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Dépôt sédimentaire
vieux de 110 millions
d’années, le flysch,
une alternance de
grès et de marne,
a sculpté ce paysage
fascinant sur le littoral

BEAUTÉ DES MATINS CANTABRIQUES cantabrique, entre


Zumaia et Deba.

GEO 31
DÉCOUVERTE

O n l’appelle «la gilda». Comme


s’il s’agissait d’une chanteuse
d’opéra. Au Pays basque espa-
gnol, il n’y a pas un soir sans
qu’on lève son verre en prononçant avec gourman-
dise ce beau prénom de séductrice… Les aficiona-
dos qui la pratiquent depuis des lustres, de Saint-
Sébastien à Bilbao, ont même forgé une expression
devenue proverbiale pour décrire son caractère :
guerre civile (1936-1939) et la dictature franquiste
s’attaquait aux fondamentaux de notre culture,
avec notamment l’interdiction de parler le basque.»
Dès l’origine, ajoute-t-il, «ces pintxos furent
payants, car ils étaient beaucoup plus élaborés que
les classiques tapas qui étaient alors de simples
grignotages (morceaux de chorizo, de fromage,
olives en vrac, restes de paella…) offerts par le
tenancier du bar.» Depuis, les locaux ont élevé ces
«verte, salée et un peu piquante» («verde, salada encas de comptoir au rang d’œuvre d’art gastro-
y un poco piquante»). Ces connaisseurs ajoutent nomique. Et la gilda s’est entourée de centaines
qu’il n’est pas concevable d’entrer en Euskadi, dans de nouvelles préparations culinaires, toujours plus
ce territoire bascophone coincé entre Atlantique sophistiquées. Ici, une salade de poireaux aux
et Pyrénées, sans prendre le temps de la dévorer anchois et aux câpres posée sur une rondelle de
au moins une fois. Et pas seulement du regard ! pain ; là, ce sont les très recherchées kokotxas
Inspiré d’un film de 1946 avec la très hollywoo- (joues de morue) qu’un jeune chef aussi tatoué
dienne Rita Hayworth, gilda est le sobriquet donné que barbu sert emmaillotées dans un succulent

CUISINE ET INDÉPENDANCE : ICI, BOIRE ET

à un amuse-gueule imaginé par la Casa beignet à l’ail et au persil ; plus loin, on


Vallés, un établissement mythique de tombe à la renverse en mordant dans
Saint-Sébastien. La recette ? Sur une un champignon farci, coiffé d’une
banderille (pique en bois), il s’agit d’en- espuma (écume) de chorizo.
filer deux olives vertes, puis cinq guin- «Si vous voulez comprendre le Pays
dillas, ces petits piments doux macé- basque, il faut commencer par aller d’un
rés au vinaigre dont raffole l’autochtone, bar à un autre, de pintxo en pintxo»,
et enfin un bel anchois luisant, sorti de recommande le grand chef Martín Bera-
préférence des profondeurs de cette sategui, 58 ans, auréolé de dix étoiles
mer Cantabrique qui baigne le sud du dans la dernière édition du guide Miche-
golfe de Gascogne. Le tout, que l’on lin, ce qui en fait la toque la plus pri-
engloutit pour environ deux euros dans mée d’Espagne. Il n’y a qu’à voir les rues
tous les bars de la région, se doit d’être de Saint-Sébastien, sa ville natale, pour
généreusement arrosé d’une bonne huile d’olive. Natif de Saint- le croire… En ce samedi soir, alors que la cathé-
Ici, boire et manger ne sont jamais des actes ano- Sébastien, Martín drale del Buen Pastor vient de sonner vingt heures,
Berasategui,
dins. Cuisine et indépendance. Bienvenue au chef le plus étoilé la ville entière semble s’être donné rendez-vous
royaume du gueuleton identitaire, où partager d’Espagne, tient sa pour célébrer un culte étrange dédié au petit dieu
quelques mets entre amis ou en famille est une passion d’une mère de la bonne bouffe autant qu’à celui de la bonne
façon d’exprimer sa «basquitude», un rite social cordon-bleu. Fidèle humeur. Dans les bars surchauffés, sur les trot-
aux produits locaux
pour se sentir d’une même communauté et res- (chipirons, joue de toirs, dans le centro où s’élèvent de somptueux
serrer les liens. Au cœur de ce sentiment, il y a le merlu…), il a ennobli immeubles Belle Epoque, dans les artères sombres
rituel des pintxos (prononcer «pinetchosse»), nom la cuisine de terroir. du vieux quartier, près du port, ou encore du côté
désignant de petites portions à déguster sur le de Gros, arrondissement branché où aiment se
pouce tout en buvant un verre. Un phénomène retrouver les surfeurs, partout, les verres tintent,
typiquement basque qui débuta dans les années se remplissent et se vident pendant que l’ébou-
1940 avec la fameuse gilda. «A l’époque, il s’agis- riffante diversité des pintxos défile comme à la
José Luis López de Zubiría

sait des premières tapas à la sauce basque. Tout parade. «Désormais, chaque bonne maison a sa
un symbole ! rappelle Josema Azpeitia, chroni- spécialité, explique le très averti Josema Azpeitia,
queur gastronomique et spécialiste de l’histoire auteur de plusieurs guides sur le sujet. Il faut comp-
culinaire locale. L’Espagne sortait de l’enfer de la ter entre trois et quatre euros pour les prépara-

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C’est chez Víctor
Montes (ci-contre),
à Bilbao, que fut
signé en 1997,
en présence de
l’architecte Frank
Gehry, le projet du
Guggenheim, musée
qui fait la renommée
de la ville. A Saint-
Sébastien (en bas),
Portaletas est un

MANGER EXPRIMENT LA �BASQUITUDE�


bastion des pintxos,
les tapas locales.
Photos : e n haut, Danièle Schneider / Photononstop. En bas, Anna Watson / Photononstop

tions les plus élaborées. Pour une jolie tournée de


dégustation, le rituel consiste à s’arrêter dans cinq
ou six adresses au cours de la soirée…»
Etape obligatoire, bien sûr, la Casa Vallés, où est
née la gilda. Côté saveurs, aussi huileuses que vinai-
grées, aussi iodées que végétales, cette dernière se
révèle un concentré des terroirs d’une contrée où
les montagnes s’échouent abruptement dans
l’Océan. En somme, tout un récit gustatif, mêlant
histoire et géographie, à expérimenter à l’heure de
l’apéro, debout dans le joyeux brouhaha des habi-
tués, en l’escortant – autre conseil d’aficionado –
d’un txakoli (prononcer «tchakoli»), ce blanc sec
dont les gens d’ici aiment rappeler avec fierté qu’il
s’agit de l’un des vins les plus anciens du monde…
Douze siècles au moins, selon certains ! Un trésor
ancestral. Comme l’euskera, la langue des basques,
qui serait le plus vieil idiome d’Europe de l’Ouest.
Ou comme le vénérable fromage de brebis d’Idia-
zabal, sorti des brumes de la préhistoire. Murs lam-
brissés de bois sombre, plafonds hauts presque
obstrués de gros jambons ibériques, le décor de la
Casa Vallés lui aussi semble immuable. Et les fidèles
de ce troquet sans prétention sont toujours aussi
nombreux. Arrimé à la pompe à bière, l’œil aux
aguets, distribuant ses ordres aux serveurs, le
patron, Antxon Vallés, 55 ans, revendique d’être
pour ainsi dire «né dans un pintxo». «Cette mode
lancée par mon grand-père s’est considérablement
raffinée depuis un demi-siècle, explique-t-il.
DÉCOUVERTE
Gonzalo Azumendi / Laïf - REA

LE RITUEL CONSISTE À S’ARRÊTER DANS CINQ

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Non loin de la frontière
avec la France, le joli
village médiéval de
Fontarrabie aligne ses
maisons de pêcheurs
aux balcons peints.
En été, du matin
au soir, les amateurs

OU SIX ADRESSES DANS LA SOIRÉE de pintxos envahissent


la rue San Pedro.

GEO 35
DÉCOUVERTE

Pour autant, l’état d’esprit est resté. Il s’agit tou- étoilée, une institution fondée par son aïeul en 1897
jours de partager dans une ambiance conviviale et dans laquelle, dit-on, tout Basque digne de ce
des bouchées qui permettent à chacun de retrou- nom se fait un devoir d’aller casser la croûte au
ver un peu de ses racines.» Une madeleine de moins une fois dans sa vie. Huîtres plates braisées
Proust, en somme. L’occasion de passer en revue à l’ail fermenté, gambas marinées à la citronnelle
les influences qui forgent la culture locale : océa- escortées d’un croustillant de krills – ces minus-
niques et pastorales, mais aussi méditerranéennes, cules crevettes pêchées dans les eaux nordiques –,
orientales, voire nordiques et américaines, les ou encore maïs, foie gras et miel du cru… Chaque
Basques étant d’infatigables voyageurs. création raconte des paysages et des voyages qui
Ainsi vont les nuits de Saint-Sébastien… Courtes, ont nourri l’identité du peuple basque. Mais Juan
copieuses, échevelées et passablement arrosées. Mari Arzak, qui fit jadis ses classes chez Bocuse,
«Pour qui sait pousser les bonnes portes [voir notre Troisgros et Senderens, ne s’en cache pas : la proxi-
carnet d’adresses], il y a de quoi vivre une expé- mité de la frontière avec la France fut décisive pour
rience gustative unique en Europe», jure un autre mener la révolution des casseroles. Le passage par
connaisseur, Alberto Arizkorreta, producteur d’une les brigades hexagonales eut pour lui un effet libé-
émission culinaire sur la EITB, la chaîne publique ratoire, dopant sa maîtrise des gestes techniques,
en basque. Et l’on peut en dire autant de Bilbao, la et faisant peu à peu naître l’idée qu’un jour une
capitale économique, de la festive Pampelune, cité élite basque serait capable d’aller elle aussi décro-
à l’âme basque posée en pleine Navarre, ou des cher les étoiles. C’est dans cet état d’esprit que fut
bourgs plus modestes de l’intérieur de la Biscaye, rédigé, en 1970, avec l’aide des meilleurs chefs fran-

LA CRISE A RENFORCÉ LA CULTURE DU �MANGE�DEBOUT�

du Gipuzkoa et de l’Alava, ces trois pro- çais (Bocuse en tête), un premier «mani-
vinces qui forment la Communauté feste pour la nouvelle cuisine basque».
autonome basque. Une vitalité dopée Il fallait oser ! Apolitique mais haute-
par le nombre croissant des touristes ment subversif pour l’Espagne de
alléchés (plus de deux millions en 2018). l’époque, insistant sur la mise en valeur
Mais la crise financière de 2008, qui a des produits locaux et allant jusqu’à
lourdement touché l’Espagne, a aussi affirmer une modernité typiquement
renforcé ce que les sociologues nom- basque dans la façon de travailler les
ment la culture du «mange-debout». plats, ce texte émergea en même temps
«Faute de moyens, beaucoup se sont que la montée des revendications poli-
rabattus sur les bars à pintxos, dans les- tiques en faveur, sinon de l’indépen-
quels les portions sont vendues à la dance, au moins d’un début d’autono-
pièce, ce qui s’avère moins coûteux que mie. Dans la population, la sauce, si l’on
les menus de n’importe quelle table gastronomique, A Saint-Sébastien, peut dire, prit rapidement… Ainsi, alors qu’à la
confirme Josema Azpeitia. Cela a servi d’aiguillon l’hôtel María Cristina, même époque l’organisation séparatiste ETA (Eus-
institution fondée
à la créativité. Ce n’est pas un hasard si quelques- en 1912, propose kadi Ta Askatasuna, «Pays basque et liberté»), créée
uns des comptoirs les plus novateurs du moment des masterclass en 1959, commençait à se radicaliser, avant de som-
sont tenus par des jeunes chefs formés dans les culinaires à ses brer dans le terrorisme, une autre bataille, plus
meilleurs établissements étoilés du pays.» clients. Dans ses réjouissante, plus discrète et plus bourgeoise aussi,
vastes cuisines
A l’origine de cette ébullition, l’histoire retien- (500 m² !), on se déroula dans les marmites, réussissant ce qu’au-
Photo : Soularue / hemis.fr ; Illustrations : Sandrine Lucas

dra peut-être le combat visionnaire mené par apprend l’art de cun discours politique ne parvint jamais à accom-
quelques trublions des fourneaux. Après la nais- la marinade plir ici : unir tout un peuple autour d’une même
ou de la coupe du
sance des pintxos dans les bistrots, ce furent les jambon ibérique. cause. Dans ce troublant parallèle, les deux mou-
grandes tables qui s’éveillèrent à partir des années vements prirent de l’ampleur après le décès de
1960-1970, au crépuscule de la dictature franquiste. Franco en 1975, puis au fil des années 1980, durant
Parmi les précurseurs de ce renouveau gastrono- lesquelles la péninsule renoua avec la démocratie
mique, Juan Mari Arzak, 76 ans aujourd’hui. Bon et instaura le système des provinces autonomes.
pied bon œil, c’est avec sa fille Elena que le De nos jours, si l’on s’en tient aux nota-
«patriarche», comme on l’appelle ici, tient à Saint- tions du guide Michelin et au classement
Sébastien la barre de la maison Arzak, triplement World’s 50 Best Restaurants (qui désigne les

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Les
incontournables

Le cidre naturel UN VIN DE POMMES ET DE FÊTE


Une forte acidité, de puissantes notes fermentées. (cidreries) lors des fêtes géantes célébrant la
Depuis plus de cinq siècles, le sagardoa (vin de nouvelle cuvée. C’est le moment où le txotx,
pommes) figure au cœur de la vie sociale. Les un petit bout de bois fermant la barrique,
producteurs se concentrent à Astigarraga, mais on est retiré par le maître de chai. Et le cidre jaillit.
en trouve jusqu’en Navarre. Plus de quatre-vingts COMMENT ? Cul-sec, par petites rations dans
variétés de pommes anciennes sont utilisées. un grand verre. La cuvée se boit dans l’année.
OÙ ? Dans les bars à l’heure du pintxo. De janvier à COMBIEN ? Environ 3 € la bouteille.
mai, au pied des barriques dans les sagardotegias Repérer la capsule rouge signalant l’AOC.

L’idiazabal UN FROMAGE QUI VAUT DE L’OR


Un chant basque traditionnel dit qu’il s’agit d’«un OÙ ? Au marché d’Ordizia, qui a lieu tous
fromage aussi vieux que l’Euskal Herria» (la terre les mercredis matin depuis 500 ans.
des Basques). Son processus d’élaboration remonte En mai, les meilleures meules y sont vendues
à huit mille ans : du lait cru de brebis des races aux enchères jusqu’à 12 000 euros.
anciennes latxa et carranza, et deux mois de COMMENT ? Les amateurs l’accompagnent
maturation minimum. Cette pâte dure est citée d’un peu de pâte de coing.
dans moult récits évoquant la vie rude des bergers COMBIEN ? Au moins 23 € le kilo. Le
d’Aralar et d’Aizkorri, les sierras qui dominent le bandeau rouge sur l’étiquette garantit
bourg d’Idiazabal, dans la province du Gipuzkoa. l’appellation d’origine.

Les piments VERTS OU ROUGES, ET INDISPENSABLES


Ils sont aux couleurs de l’ikurriña, le drapeau basque. OÙ ? Dans les bars à pintxos. Le piment est l’un
En tête des variétés, la verte guindilla, dite la des ingrédients phares de la cuisine de comptoir.
«crevette» pour sa petite taille, sa tendreté et sa COMMENT ? A peine piquants, les plus gros,
forme, et qui vient d’Ibarra (Gipuzkoa). Conservée comme celui de Lodosa, sont cuisinés farcis de
dans le vinaigre, elle escorte les charcuteries. Goûter morue ou de chipirons. Un régal.
aussi le piquillo de Lodosa, charnu, cueilli à maturité COMBIEN ? 4 à 6 € la conserve. Ou frais, au marché,
quand il est bien rouge. Enfin, celui de Guernica, env. 12 €/kg. Deux variétés (Guernica et Ibarra) ont
récolté vert, puissant en goût, et consommé frit. reçu l’Eusko Label qui garantit qualité et origine.

Les chipirons NOIR C’EST NOIR !


Ces encornets (txipiroi en basque) constituent OÙ ? Dans les bars à pintxos si on les aime à la
un mets très recherché. Surtout en saison, de plancha. La Casa Vallés à Saint-Sébastien les sert
fin mai à fin août, quand ils inondent les étals avec une vinaigrette et une purée à se damner.
du grand marché de la Ribera à Bilbao ou ceux COMMENT ? A l’encre ! C’est la recette star,
des petits ports. On oublie alors les chipirons la plus délicate aussi. Ce plat noir, fort en goût,
congelés. Les puristes considèrent que seuls qui mijote longtemps, est l’occasion de plusieurs
les petits calmars pêchés à la ligne le long de la grands concours en Biscaye.
côte sont dignes de figurer au menu. COMBIEN ? 24 €/kg le kilo en moyenne.

Le bacalao LE POISSON SACRÉ DES VOYAGEURS


Bénédiction venue des mers froides, car très OÙ ? On l’achète à Bilbao, près du marché
économique et facile à garder, la morue séchée et de la Ribera, chez Gregorio Martín, fournisseur
conservée au sel est le pilier de la cuisine du littoral, des meilleurs morceaux depuis 1931.
en particulier sur la côte biscayenne. L’Eglise l’imposa COMMENT ? Après l’avoir dessalée depuis la veille,
comme plat principal lors du carême. Une tradition on la prépare en omelette ou à la biscayenne (avec
qui est restée, avec des centaines de recettes au piments, ail et oignons) ou encore al pilpil (huile
répertoire des Basques. Dans la morue tout est bon : d’olive et gélatine issue de la peau du poisson).
la queue, la mâchoire, le foie… COMBIEN ? Entre 10 et 20 €/kg, selon le morceau.

GEO 37
DÉCOUVERTE
Architecte Franck Gehry / Duffour / Andia.fr

DEPUIS VINGT ANS, LE MUSÉE GUGGENHEIM FAIT

38 GEO Abonnez-vous sur geomag.club


Il a fallu onze ans
à l’artiste américain
Richard Serra
pour réaliser la
Matière du temps,
qui déroule ses
monumentales
volutes d’acier dans
la grande salle

RAYONNER BILBAO SUR LE MONDE du musée, inauguré


à Bilbao en 1997.

GEO 39
La gastronomie
basque a son
académie : le
Basque Culinary
Center a ouvert
ses classes en 2011
à Saint-Sébastien
afin de former des
professionnels
des arts culinaires.
L’école accueille
300 étudiants
venus d’Espagne
et d’ailleurs. LES APPRENTIS CUISTOTS FONT MIJOTER LES
Photos : en haut, AGE / Photononstop. En bas, Cédric Pasquini / hemis.fr

cinquante meilleures tables de la planète), le


Pays basque espagnol est la région qui réunit la
plus forte concentration au monde de restaurants
récompensés. Quant à l’ETA, l’organisation a
annoncé officiellement en mai dernier sa dissolu-
tion, reconnaissant sa responsabilité dans la «souf-
france démesurée» causée par le terrorisme (plus
de 800 morts). Fin d’une époque. Selon un son-
dage de décembre 2017 publié par le quotidien
espagnol El País, seuls 15 % des Basques soutien-
draient encore l’idée de l’indépendance.
Le séparatisme par l’assiette ? «Dorénavant, la
façon dont on fait ses courses constitue un geste
plus politique que bien des manifestations»,
observe le chroniqueur gastronomique Josema
Azpeitia. «Chez nous, beaucoup de gens acceptent
de payer quelques euros de plus pour privilégier
un paysan ou un artisan du cru, surtout si sa pro-
duction s’attache à préserver nos paysages et nos
traditions», confirme le producteur Alberto Ariz-
korreta. Depuis cinq ans, l’émission de télévision
qu’il diffuse quotidiennement, à quinze heures,
avec en vedette le présentateur Zigor Iturrieta,
44 ans, en est la preuve : environ 300 000 télé-
spectateurs sont chaque jour au rendez-vous pour
suivre les prouesses du sémillant Zigor. Voix de
stentor, anneau à l’oreille façon Corto Maltese et
œillades charmeuses, ce sportif de haut niveau qui
a aussi ses diplômes de cuisinier détaille en eus-
kera (non sous-titré) une recette de saison tout en
DÉCOUVERTE

devisant en compagnie d’un invité dont le premier marmite traditionnelle en grès, «comme les
critère de sélection est qu’il sache articuler l’idiome anciens». Aucun des deux ne gagnera cette année.
du pays. Cette langue, étendard de la fierté basque, Mais qu’importe ! L’ambiance et la fierté de faire
dont l’origine reste un mystère et qui compte goûter sa réalisation aux plus vénérés des chefs
aujourd’hui quelque 700 000 locuteurs… «Même basques constituent déjà une récompense. Sans
ceux qui ne la comprennent pas bien nous suivent !» compter le copieux banquet, rassemblant près de
s’étonne-t-il. Le programme cartonne particuliè- 500 personnes, qui suit la remise des trophées.
rement quand l’animateur reçoit des chefs ou des Au fil des saisons, chaque week-end, tout ce qui
producteurs locaux et quand il revisite les recettes se mange ou presque possède ainsi sa rencontre,
traditionnelles. Grâce à lui, des charcutiers, des viti- la morue al pilpil, le marmitako (thon et pommes
culteurs, des fermiers, des maraîchers, bénéficient de terre), le boudin noir, le chipiron à l’encre, l’as-
d’un écho pour mieux vendre leur production. perge, les cèpes ou l’artichaut. «C’est un phéno-
Comme la maison Astarbe, la plus vieille cidrerie mène unique au monde par son ampleur et par les
de la région (1563) : dirigée par le benjamin de la passions qu’il suscite, observe Zigor Iturrietta. Aux
famille (la quinzième génération !), Joseba Astarbe alentours de Bilbao, on trouve même des associa-
Galparsoro, 29 ans, l’entreprise vient de lancer un tions où, à l’instar d’un club de sport, on s’entraîne
breuvage que les anciens regardent encore avec toute l’année en prévision de ces compétitions.»
suspicion… Une sorte de «champagne de pomme» D’autres peaufinent plutôt leur recette au sein
qui, grâce à la mise en avant de la télé locale, s’im- d’un txoko («tchoco»), mot qui signifie «petit lieu»
pose peu à peu dans les soirées branchées. et désigne ce qu’on appelle ici avec de faux airs de

HARICOTS AVEC UNE PRÉCISION DE CHIMISTE

A cet engouement pour les pépites du conspirateurs «les sociétés gastrono-


terroir, s’ajoute une autre spécificité : miques». A mi-chemin entre le club
les concours culinaires. En ce dimanche privé et la confrérie culinaire, ces assem-
matin, c’est à Tolosa que ça se passe. Il blées secrètes existent depuis au moins
est neuf heures. Dans ce joli bourg de un siècle et demi. Rien qu’à Saint-Sébas-
l’intérieur des terres, des concurrents se tien, il y en aurait encore une centaine.
préparent à suer quatre heures d’affilée Elles sont réservées aux hommes
devant leur faitout. Thème du jour : l’alu- (même si certaines, sous la pression des
bia de Tolosa. Un haricot noir, rondouil- plus jeunes, ouvrent de temps en temps
lard et luisant, de la taille d’un grain de leur porte aux femmes). En faire par-
café, considéré comme le caviar de la tie procure une grande fierté, car n’y
légumineuse, ce qui justifie son prix entre pas qui veut : il faut être coopté
exorbitant (jusqu’à seize euros le kilo). puis accepté à l’unanimité. Ou, à défaut,
Infatigable défenseur du terroir, le chef Martín Truffe, champignon hériter la place de son père quand il décède. L’ori-
Berasategui a fait le déplacement pour présider fermenté, vinaigre gine des txokos reste floue. L’hypothèse la plus cré-
de Jerez… ce
un jury composé de sept experts. «En bouche, ce petit chef-d’œuvre dible évoque un lieu où jadis les pêcheurs atten-
haricot est une merveille, remarque-t-il. A condi- culinaire est une daient la fin de la tempête en se préparant à
tion de savoir le faire cuire !» Et c’est précisément des recettes- manger… Cachées derrière de lourdes portes, à l’abri
phares du chef
l’objet de ce tournoi, qui en est à sa trentième édi- Martín Berasategui,
de fenêtres aveugles, les txokos occupent souvent
tion. Sous deux immenses chapiteaux, les vingt- à la carte de les rez-de-chaussée des immeubles près du port.
huit finalistes (sur une soixantaine de prétendants son restaurant A l’intérieur, on y trouve de longues tables de bois,
au départ) font mijoter le petit grain avec des pré- de Lasarte. des réserves de vin pour un régiment, mais surtout
cautions de chimistes. Qui sont-ils ? Des cuistots une monumentale gazinière digne des cuisines
du dimanche, des passionnés. Au stand 23, pen- d’un grand restaurant. «Moyennant 150 euros par
ché devant son réchaud, il y a Emilio Ayaso, la cin- an, chaque membre est libre de venir quand il veut
quantaine, chauffeur d’autocar, qui participe pour avec ses provisions pour y faire la tambouille pour
José Luis López de Zubiría

la première fois et veut simplement «prendre du les autres sociétaires», explique José Ramón
bon temps». Stand 25, voici Augusto Fagundes, Mendizábal, 60 ans, le truculent président de Gaz-
66 ans, retraité. Pour sa septième participation, il telubide, l’un des txokos les plus actifs de Saint-
teste une cuisson un peu particulière dans une Sébastien, avec 250 inscrits. «Ces sociétés

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DÉCOUVERTE
Melba Photos Agency / Alamay / hemis.fr

EN NAVARRE, LES JOALDUNAK FONT FUIR LES

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Chaque année en
janvier, les joaldunak
– sonneurs de
cloches – revêtent
peaux de brebis et
jupons de dentelle
pour ouvrir le carnaval
dans les rues d’Ituren
et de Zubieta, en
Navarre. Une tradition
inscrite sur la liste du

MAUVAIS ESPRITS DEPUIS DES SIÈCLES patrimoine immatériel


de l’humanité.

GEO 43
Les
commandements du pintxo
5

Phénomène gastronomique inventé à Saint-Sébastien, l’art de déguster des


bouchées apéritives en buvant un verre debout au comptoir des bars est le meilleur
moyen de comprendre le Pays basque espagnol. Conseils d’aficionados.

1 TU MANGERAS AVEC LES DOIGTS


Si le patron du bar vous tend une assiette pour vous inviter à vous servir comme au buffet d’un hôtel,
méfiance ! «C’est une nouvelle tendance, inventée pour pousser les touristes à la consommation»,
regrette Josema Azpeitia, auteur du best-seller la Route des pintxos (éd. Zum, en français). «Tout le
contraire de l’esprit des pintxos : on les déguste toujours un par un, au fil de l’apéritif, avec la main, et
généralement debout. C’est pour cela qu’ils sont posés sur un bout de pain, avec une banderille (une
pique en bois).» D’où le terme de pintxo, dérivé du castillan pinchar, «piquer».

2 TU TE POINTERAS À LA BONNE HEURE


Avaler un pintxo à l’heure de la sieste. Impensable ! Entre quinze et dix-huit heures, les bars qui ne
s’adressent pas aux touristes seront fermés. Un bon repère. «Ce n’est toutefois pas qu’un rituel du
soir», insiste Iñigo Mas Lago, de l’Azkena, à Saint-Sébastien. Le pintxo du matin, le plus authentique,
s’appelle hamaiketako, «celui de onze heures». Le soir, ambiance assurée entre 20 h 30 et minuit.

3 TU SERAS INFIDÈLE
«Hartu gutxi eta maiz» («On en prend peu mais souvent»), disent les Basques. A Saint-Sébastien,
environ 200 établissements méritent le détour, alors pourquoi se contenter d’un seul ? «Chaque
bonne maison a sa spécialité», rappelle Antxon Vallés, le patron de la Casa Vallés, l’une des plus
anciennes de la ville. Pour Josema Azpeitia, «cinq ou six adresses est le chiffre idéal d’une bonne
tournée». On se contente d’une ou deux spécialités du lieu, accompagnées d’un zurito (demi-verre
de bière), de trois doigts (jamais plus) de cidre ou d’un petit verre de txakoli (vin blanc).»

4 TU N’OUBLIERAS PAS «CEUX DE LA CUISINE»


Outre les pintxos dit «de comptoir», généralement froids, il y a «ceux de la cuisine», chauds, élaborés
à la demande, souvent plus chers (4 à 5 euros), et se consommant parfois avec des couverts. Parmi
les immanquables, les croquettes (de fromage ou de jambon), les fruits de mer a la plancha (chipiron,
bonite), les fritures (artichauts notamment).

5 TU TE TIENDRAS AU COMPTOIR
L’approche du bar est parfois chaotique. Patience et courtoisie sont pourtant les règles d’or. «Dans
un bon bar à pintxos, les serveurs expérimentés sont sur tous les fronts et mémorisent ce que vous
consommez», explique Luis María Castro, le patron de la Espiga, à Saint-Sébastien. En outre, pour
des raisons d’hygiène, il est mal vu de se servir soi-même. Le barman, muni d’une pince, tendra la
portion souhaitée. «Si l’on ne sait que choisir, on demande au patron de servir celle dont il est le plus
fier, conseille Antxon Vallés. Le meilleur moyen d’être choyé !»

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DÉCOUVERTE

gastronomiques sont avant tout des clubs de par son nom en basque apparaissait comme une
copains, explique-t-il. Et c’est l’honneur de chacun forme de résistance. C’est resté dans les esprits.
d’y être reconnu pour telle ou telle spécialité.» Pour mesurer ce lien entre nourriture et souvenir,
Mais pourquoi ripailler en groupe est-il à ce point un passage par le marché du lundi à Guernica (Ger-
important ? «Des anthropologues sont venus nous nika en basque) s’impose. Au cœur des escarpe-
le demander, on n’a pas su leur répondre, sourit ments verdoyants de la Biscaye, à quelques kilo-
José Ramón. Cela nous paraît si naturel. Ici, tout se mètres de Bilbao, dans la réserve de biosphère
termine en partageant quelque chose à manger, d’Urdabai où les itinéraires de randonnées sont
qu’il s’agisse de la signature d’un contrat, d’une réu- enchanteurs, la petite commune (16 000 habitants)
nion entre collègues, d’un match de foot ou même n’a plus le charme de jadis, mais sa puissance sym-
de funérailles.» Pour le chef Bittor Arguinzoniz, bolique saisit dès que l’on approche des étals…
dont l’établissement, l’Asador Etxebarri (au départ, Impossible de ne pas y penser : ce fut aussi un
un simple restaurant de grillades, dans les mon- lundi, jour de marché, qu’eut lieu le bombarde-
tagnes de la Biscaye), figure dans le top 10 des meil- ment du 26 avril 1937 mené par l’aviation nazie en
leures tables du monde, cette manie de casser la appui du coup d’Etat nationaliste. Représenté dans
croûte à la moindre occasion est peut-être «une un célèbre tableau de Picasso, ce massacre visant
résurgence des structures familiales d’autrefois». les populations civiles (le nombre des victimes,

UN PASSAGE PAR LE MARCHÉ DE GUERNICA S’IMPOSE

«C’est notre manière de ne pas perdre entre 150 et 1 500 selon les sources, fait
nos repères, dit-il. Traditionnellement, toujours débat) toucha alors à un double
on se retrouvait tous au sein du case- emblème. D’abord, les bombes tom-
rio, la ferme basque, dont l’organisation bèrent sur un site quasi sacré, puisque
était régie par la mère de famille, figure c’est à Guernica, autour d’un chêne, sym-
centrale de notre société et gardienne bole des libertés locales, que se réunis-
des savoir-faire culinaires.» Chemin fai- saient deux fois l’an, depuis le Moyen
sant, on se rend compte que la bonne Age, les chefs de villages de la région. Ils
chère de ce côté des Pyrénées consiste faisaient sous cet arbre le serment de
plus qu’ailleurs à défendre un mode de respecter les lois et les droits ancestraux
vie. Quant aux ingrédients des repas, ils consacrant le principe d’une autonomie
ont un point commun : les déguster juridique et fiscale des provinces
revient à ouvrir le grand livre de l’his- basques. Ensuite, il s’agissait de frapper
toire des Basques. C’est vrai du bacalao (morue au Des olives, des la vie quotidienne, en ciblant l’un des marchés les
sel), pilier de la cuisine populaire depuis l’âge d’or anchois et des plus actifs de la région – il l’est encore, une grande
guindillas, petits
de la pêche aux XVI et XVII siècles. Sa place raconte piments verts foire d’octobre aimante tous les ans quelque
la puissance de l’Eglise catholique dans la région, marinés, le tout 100 000 badauds. De cette attaque vient sans doute
laquelle imposait jadis cent jours de carême par planté sur une pique la place particulière qu’occupe aujourd’hui dans
A gauche : Quadra Images/ Photononstop. A droite : Agefotostock

de bois : les
an. C’est vrai aussi du cidre local, appelé ici sagar- ingrédients de
les menus le délicieux petit poivron vert de Guer-
doa (littéralement «vin de pomme»). Autrefois la gilda, le pintxo nica. Un mets délicat que les puristes dégustent
breuvage des marins basques embarquant sur les le plus célèbre avec la plus grande sobriété : simplement frit dans
baleiniers – car on lui attribuait le pouvoir de pré- de Saint-Sébastien, de l’huile d’olive et, règle d’or, sans jamais piper
ici au comptoir
server du scorbut –, sa production fit la fortune de du Xarma. mot… en signe de recueillement. C
nombreuses familles. De nos jours, quand la récolte
de l’année est bonne à boire, entre janvier et mai, Sébastien Desurmont
les sagardotegias (cidreries), dont les chais peuvent
accueillir jusqu’à 600 personnes, sont le théâtre
de festins où l’on chante en basque, haut et fort. Découvrez notre vidéo
Après la guerre civile et jusque dans les années en scannant cette page
1970, le simple fait de nommer un produit du cru Retrouvez le mode d’emploi p. 12

GEO 45
DÉCOUVERTE

DU TXIKITEO À L’ASADOR, DIX EXPÉRIENCES

O C É A N

A T L A N T I Q U E

6 7 Saint- Bayonne
Sébastien 10
CANTABRIE Guernica
1 9
Irun F RA N C E Pau
5 8
Bilbao BISCAYE
1 GUIPÚZCOA
5
Tolosa
PAYS BASQUE Py
2 ré

es

ÁLAVA Vitoria- Pampelune


Gasteiz 1
Treviño Estella

3 NAVARRE
CASTILLE-
LEÓN Logroño
ARAGON
E S PAG N E
LA RIOJA

Tudela
4

25 km

1 LE RITUEL DU TXIKITEO monuments de la ville. ses halles jouent le rôle d’une moins connue, la Bodega
Avec plus de 200 bars, A Bilbao, la tradition du bourse : les prix pratiqués Viña Real (cvne.com), œuvre
Saint-Sébastien est la txikiteo (aller de bar en bar) servent de référence pour les du français Philippe Mazières,
capitale des pintxos. Deux se perpétue autour de la autres marchés d’Euskadi. impressionne par son chai
Plaza Nueva, où se trouvent ordiziakoazoka.eus en rotonde. Puis, direction le
types d’adresses : les
anciens et les modernes. une demi-douzaine de bars. village d’Elciego, fief de
Pour les premiers, direction Notre favori : Zuga (au no 4) 3 DES CAVES DIFFÉRENTES la maison Marqués de Riscal
la Casa Vallés (10, Reyes et ses pintxos à se damner. Musarder à travers la (marquesderiscal.com).
Católicos), réputée pour A Pampelune (Iruña en province de l’Alava permet En 2000, l’architecte
sa gilda et sa tortilla de basque), le plus populaire de découvrir un autre Pays américain Frank Gehry
morue. La Espiga (48, San de tous est le Bar Gaucho basque : celui des grands (concepteur du Guggenheim
Martzial Kalea) mérite (7, calle Espoz y Mina). Le vins rouges de la Rioja à Bilbao) y a posé un
aussi une escale pour ses frito de pimiento, boulette Alavaise. L’endroit est devenu vaisseau tout en tôles
pintxos, considérés parmi frite farcie de piment rouge et en quelques décennies le froissées. A la fois hôtel
les meilleurs de la ville. Les de viande, mérite le voyage. territoire de bodegas (bars de luxe, restaurant étoilé,
avant-gardistes, eux, ont à vins) futuristes. Escale spa de vinothérapie, musée,
leur repaire : La Cuchara de 2 UN PANIER DE FRAÎCHEUR à Laguardia, adorable boutique et cave, le bâtiment
San Telmo (28, calle 31 de Les marchés sont des village médiéval perché semble flotter au-dessus
Agosto). Surprise garantie bastions de l’âme basque. sur une colline. A ses pieds des vignes. Chaque bodega
aussi chez Zeruko (Calle Une chanson du répertoire s’étend un chai aux allures organise des visites avec
Pescadería). Enfin, au sous- folklorique énumère même d’Angkor Wat du XXI siècle, dégustation (appeler avant
sol du marché de la Bretxa, les plus beaux : «Le lundi dessiné par l’architecte pour réserver sa place).
le stand 36 accueille le Bar à Guernica, le mercredi à Santiago Calatrava pour
Azkena. La cuisinière imagine Ordizia, le samedi à Tolosa.» la Bodega Ysios (visitas. 4 AU PARADIS DU LÉGUME
des pintxos qui rendent Celui d’Ordizia existe depuis pernodricardbodegas.com Dans la très belle cité de
hommage aux différents 500 ans. Noires de monde, / rubrique Ysios). A côté, Tudela se tient au printemps

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POUR FAIRE LE PLEIN DE SAVEURS
un festival intitulé les à 180 euros). Partout, d’Urdaibai, située à l’ouest basque. Le week-end, les
Journées d’exaltation du l’asador reste un lieu pour les de Bilbao, est un paradis réservations se prennent trois
légume. Tout est dit ! Sous grandes occasions. Le port où l’on passe sans cesse de mois à l’avance, mais
le soleil de la Navarre, on a de Getaria s’est hissé comme la terre à la mer. Il existe de en semaine, on peut trouver
la passion de l’asperge, de sa capitale, avec plusieurs nombreux circuits à pied ou à une place en appelant dix
l’artichaut ou des cogollos adresses renommées, VTT. Près de la commune de jours avant. Parmi nos lieux
(laitues sucrines). La ville comme Elkano (90 euros Kortezubi, on marche jusqu’à favoris, les maisons Astarbe
est connue pour être celle env., restauranteelkano.com). la Forêt peinte d’Oma, (astarbe.eus), qui expose
où l’on mange le mieux sans œuvre de land art du peintre des artistes dans son chai,
se ruiner dans la péninsule 6 LA MER EN BOÎTE et sculpteur Agustín et Alorrenea (alorrenea.
ibérique. Goûter aux poivrons Ibarrola. Cartes et itinéraires com), qui sert son menu
Le port de Bermeo est le
en cocotte, à la soupe de dans les offices de tourisme. festif toute l’année. A ne pas
sanctuaire des pêcheurs visiturdaibai.com
haricots, au restaurant manquer, le musée du Cidre
basques depuis le Moyen
Remigio, qui sert un menu (sagardoarenlurraldea.eus)
Age. Il en est resté une 8 COINCER LA BULLE… DE CIDRE
du midi à 17 euros. Service à Astigarraga, village où se
tradition de conserveries
aux petits oignons. De janvier à mai, quand la concentrent la majorité des
hostalremigio.com qui fait la fierté des
récolte automnale a enfin producteurs.
habitants. Ce sont encore
fermenté, un verre à la main,
5 DU FEU POUR LES PAPILLES majoritairement les femmes
on fait la queue dans le chai 9 AU «HARVARD»
qui y travaillent. On peut
«L’asador évoque le lien des cidreries et, arrivé face
viscéral que nous, les
visiter ces établissements
au tonneau, on en saisit au
DE LA GASTRONOMIE
plus que centenaires, comme Un bon plan pour bien
Basques, avons avec vol le jet de cidre frais qui en
Zallo (zallo.com) ou Arroyabe manger sans se ruiner sur les
le feu», estime le chef jaillit. Maladroits, s’abstenir !
(arroyabe.es), et y faire hauteurs de Saint-Sébastien.
Bittor Arginzoniz, dont le L’ambiance est celle d’une
ses emplettes de boîtes Dans ce bâtiment flambant
restaurant, l’Asador Etxebarri grande réunion d’amis. Pour
de bonite, d’anchois, de neuf, qui ressemble à des
(asadoretxebarri.com), situé accompagner les libations,
maquereau… assiettes empilées, le Centre
dans le village d’Axpe, est les producteurs proposent
culinaire basque forme l’élite
considéré comme l’un des tous le même menu à
7 DE L’ART EN PLEINE NATURE gastronomique de demain.
dix meilleurs du monde. 30 euros, constitué de tortilla,
Le restaurant d’application
Cuisine au feu de bois Plages cachées, bosquets, de morue aux piments frits,
se divise en deux parties : un
pour un voyage gustatif prairies, torrents, falaises, d’une colossale txuleta
côté brasserie, un autre plus
inoubliable, mais addition au estuaires sauvages… (côte de bœuf), de fromage
gastronomique. Comptez
diapason (menu fixe La réserve de biosphère de brebis et de gâteau
une dizaine d’euros pour le
premier, 25 pour le second
(menu dégustation). Ce
Cédric Pasquini / hemis.fr

sont les élèves qui cuisinent


et servent. Réservation
indispensable.
bculinaryclub.com

10 EMBARQUEMENT
POUR AUTREFOIS
Près du port de Pasaia, une
équipe de passionnés s’est
mis en tête de reconstruire
à l’identique le San Juan,
ce galion qu’utilisaient les
marins basques il y a cinq
siècles pour aller pêcher la
morue et chasser la baleine
du côté de Terre-Neuve.
Ce musée-chantier, en
perpétuelle évolution, est
passionnant. Visite guidée du
Dans la baie de Pasaia, la fondation Albaola retape le San Juan, un galion qui disparut il y a 450 ans au large mardi au dimanche.
du Canada. Son histoire rappelle que les Basques dominaient alors l’industrie navale et la pêche à la baleine. albaola.com

GEO 47
Photos : Mahesh Shantaram / VU

Drapée comme le veut la coutume dans un sari rouge, les bras parés de henné, cette jeune épouse de New Delhi quitte la fête et ses proches

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REGARD

L’ INDE
à la noce
Colorés et fastueux,
les mariages des familles
indiennes aisées fascinent
le photographe Mahesh
Shantaram. Il en a documenté
des dizaines à travers
le pays et pose un regard
critique sur cette institution.
PAR NADÈGE MONSCHAU (TEXTE) ET
MAHESH SHANTARAM (PHOTOS)

pour s’installer le jour même dans sa belle-famille.

GEO 49
Les parents des mariés sont prêts à se ruiner pour recevoir des centaines, parfois des milliers de personnes. Ici, une réception kitsch

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REGARD

D es extravagances
dignes de Bollywood
pour afficher
son statut social

Au Bengale, la promise est portée jusqu’à


la scène par ses frères. Au Pendjab, le marié est
paré d’une guirlande de billets de banque.

à Chennai, dans le sud-est, sur le thème d’Alice aux pays des merveilles.

GEO 51
REGARD

Selon le rituel hindou, les futurs époux se rejoignent sur une estrade, où chacun passe un collier
de fleurs autour du cou de l’autre, avant qu’ils soient acclamés, sous une pluie de pétales.

U n astrologue choisit la date propice pour

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La salle de réception, où dominent les couleurs vives et le carton-pâte, est souvent
compartimentée en plusieurs espaces séparant convives ordinaires et invités VIP.

les festivités, qui dureront plusieurs jours

GEO 53
Selon une ancienne coutume appelée baraat, le futur marié ne rejoint la noce qu’après une interminable procession dans les rues,

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REGARD

L e fiancé arrive
tel un prince, à cheval,
à dos d’éléphant ou
en carrosse étincelant

Les décors exubérants pourraient faire


penser à des mariages de contes de fées.
Mais en Inde, la plupart sont arrangés.

comme ici, à Jalandhar, au Pendjab (nord du pays).

GEO 55
REGARD

Encore jonché de pétales et de paillettes, ce podium à Ernakulam, dans


le Kerala (sud-ouest du pays), rappelle les excès de la veille.

A près le départ des invités, le père de la

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Un couple vient de se marier sur cette estrade, à Kolkata. Leur union a été, comme souvent
en Inde, le fruit de longues tractations financières entre les deux familles.

mariée doit régler la facture, patriarcat oblige

GEO 57
REGARD

MAHESH SHANTARAM | PHOTOGRAPHE


Diplômé en informatique, Mahesh Shantaram, 41 ans,
s’est tourné vers la photographie en 2006. Son thème
de prédilection : les subtilités de la société indienne, qu’il
explore au cours de projets de longue haleine. Après sa
série sur les mariages, rassemblée dans un livre intitulé
Matrimania (éd. Hatje Cantz), il se consacre au racisme,
notamment à travers le quotidien des Africains en Inde.

U
ne explosion de couleurs, de fleurs et de paillettes. revanche, quelle que soit la région, la misogynie
Une surenchère de décors kitsch. Des processions, et la perpétuation du système patriarcal font par-
des buffets monstres… En Inde, où dix millions tie intégrante du mariage. Le cœur même de la
d’unions sont célébrées chaque année, le mariage, cérémonie hindoue, sept vœux que le religieux
plus qu’une simple fête, est pour les familles l’oc- prononce, est un manifeste sexiste embarrassant
casion d’afficher leur rang dans la société. En douze qui ne devrait plus avoir sa place aujourd’hui. Ils
ans, Mahesh Shantaram a photographié 150 noces, sont en sanskrit, donc personne ne comprend
dans toute leur démesure. vraiment ce qui se dit, mais ces textes ne se placent
que du point de vue de l’homme, qui prend une
femme dans sa vie et promet de lui donner un
GEO Comment vous est venue l’idée de documenter avenir. La femme, elle, ne fait pas de vœu ! De
les mariages en Inde ? nombreuses coutumes proviennent en fait d’une
Mahesh Shantaram Après avoir terminé mes études époque où le mariage des enfants était la norme.
de photo à Paris, en 2006, je suis rentré chez moi, Imaginez un «homme» de 18 ans arrivant à che-
à Bangalore, pour travailler comme journaliste. Un val depuis son village pour épouser une petite fille
jour, invité à un mariage, je me suis mis à prendre de 8 ans. Le rituel au cours duquel le père donne
des photos comme si j’avais été missionné pour sa fille à son futur gendre s’appelle d’ailleurs
un reportage. Ces clichés étaient assez radicaux kanyadaan, «le sacrifice de la vierge»…
pour l’époque, car je me focalisais sur des détails,
des symboles ou ceux qui s’activaient en coulisses… Les décors extravagants, le nombre de convives, qui
Mais après cela, j’ai eu rapidement des clients, avec peut atteindre le millier… Vos photos ont été prises lors
qui j’ai négocié la liberté de photographier ce que de l’union de familles plutôt aisées, non ?
je voulais, et de révéler l’envers du décor. Car c’est C’est vrai mais, riches ou pauvres, les Indiens ont
comme si tous les problèmes sociaux épineux en tendance à aller trop loin pour un mariage. Que
Inde – le patriarcat, les castes ou le fossé entre penser d’une société qui trouve plus important de
riches et pauvres – se donnaient rendez-vous lors préparer une femme à sa noce que planifier son
des mariages. J’ai beaucoup appris sur mon pays. éducation ? Dans les familles qui en ont les moyens,
comme la mienne, une fille va à l’université, mais
Chennai, Delhi, Jaisalmer, Ahmedabad… Votre qu’elle apprenne un métier importe peu. Elle sera
«album de mariages» se déroule dans des zones de toute façon mariée peu après l’obtention de son
géographiques très variées. Avez-vous noté diplôme, et sa vie d’après dépend du bon vouloir
des différences de traditions selon les régions ? du mari et de la belle-famille. Bien sûr, je com-
En effet. La noix de coco, par exemple, est omni- prends que l’on veuille organiser une immense
présente dans les rituels sacrés d’Inde du Sud, car fête. Mais le problème est que les parents agissent
elle constitue là-bas un élément essentiel de la comme s’il s’agissait de leur fête à eux ! De plus,
vie quotidienne. Alors qu’au Bengale ou en Assam dans ce système patriarcal, c’est toujours le père
[dans l’est du pays], où le fleuve Brahmapoutre de la fille qui paie la facture de la noce. Si le jeune

L
influence grandement le folklore, le poisson est couple était capable d’agir de son propre chef, je
un motif récurrent lors des célébrations… En pense que les choses seraient différentes.

« es parents détestent l'idée


que leurs enfants puissent s’unir par amour»

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REGARD

Entre 80 et 90 % des mariages en Inde avec à peine quelques proches. La famille de la


seraient encore arrangés, dit-on ? jeune femme n’a pas approuvé, et n’est pas venue…
Effectivement. Les noces ici sont des événements Certes, de plus en plus d’Indiens défient les normes.
au cours desquels deux familles annoncent leur Mais les mariages entre confessions et castes dif-
alliance en public. Rien à voir avec l’amour. Les férentes sont tout sauf communs. Comme les
parents ont même en horreur l’idée que leurs couples sont obligés de publier les bans un mois
enfants puissent s’unir par amour – et, pire encore, avant la noce, ceux qui s’opposent à leur union
si cette union dépasse les frontières des castes et ont largement le temps de faire barrage.
des religions –, parce que cela signifierait perdre
la face. Si jamais deux personnes se rencontrent, Que peut-il arriver à ceux qui franchissent ce pas ?
par exemple à l’université, et tombent amoureuses, Le couple risque d’être renié par les siens. Parfois,
la famille interviendra pour reprendre la main. Et, on déplore des conséquences fatales. En novembre
dans ce cas, des critères dernier, par exemple, deux
comme la caste, la religion, amoureux de castes diffé-
la langue [plus de 200 rentes, mariés en secret,
idiomes sont parlés dans ont été attachés ensemble
le pays], le statut ou encore et abandonnés dans une
l’apparence physique et rivière du Tamil Nadu, où
l’horoscope devront être ils se sont noyés. Le même
respectés. Si jamais les mois, dans l’Andhra Pra-
familles ne trouvent pas, desh, deux jeunes qui
dans leur cercle social, de n’avaient pas l’aval de leur
partenaire idéal pour leur famille se sont jetés sous
progéniture, elles font un train en marche… C’est
appel à des sites Web spé- la réalité : dans l’Inde du
cialisés, équivalents de XXI siècle, des gens tuent
l’application Tinder, mais et se font tuer au nom de
à destination des parents, l’honneur de la famille
avec, comme paramètre [selon les Nations unies, un
fondamental, la caste. En millier de «crimes d’hon-
fait, chaque aspect du neur» sont commis dans ce
mariage est infantilisant pays chaque année]. Ou se
pour ses principaux protagonistes. Un couple Le sangeet, une suicident plutôt que d’accepter les «règles morales»
envoyant des invitations pour ses propres noces soirée qui se tient un de leurs parents et de la société. Sous le vernis des
jour ou deux avant
ne serait pas pris au sérieux. Ce sont les parents, la noce, permet
fêtes fastueuses, il y a donc ces transactions, qui
ou même les grands-parents, qui choisissent et aux membres des sont au fond une question de vie ou de mort.
convoquent les invités. Et si jamais les futurs mariés deux familles de
ne peuvent pas assister à leurs fiançailles, par lier connaissance Parmi ces transactions, il y a notamment la dot.
tout en se défoulant.
exemple parce qu’ils travaillent à l’étranger, les Et de s’entraîner Même si elle a été officiellement abolie par la loi
familles signeront cet accord en leur absence ! Le avec des danseurs en 1961, elle reste répandue. La femme demeure
taux de divorce, extrêmement bas [autour de 1 %], professionnels ! considérée comme le fardeau de l’homme et, par
est souvent présenté comme la preuve que la conséquent, la famille de l’époux demande une
méthode indienne en matière de mariages réus- certaine somme pour le mariage, plus ou moins
sit mieux que l’occidentale. Mais ce chiffre met élevée selon son statut. L’une de mes images, le
surtout en évidence un manque d’autonomie des portrait d’un jeune marié au torse recouvert de bil-
jeunes Indiens, qui ne peuvent pas prendre eux- lets de banque, est à mes yeux le symbole du pou-
mêmes les décisions qui les concernent. voir de l’argent et du mâle. Mais cet homme est
vulnérable lui aussi, puisqu’il joue un rôle qu’il n’a
Avez-vous rencontré des mariés qui sont passés pas choisi. Tout le monde dans un mariage en Inde
outre à cette pression sociale ? joue un personnage qu’on lui a imposé, selon un
Oui. Par exemple, une femme qui a choisi de se script écrit il y a des milliers d’années. C
marier en dehors de sa caste et qui portait même
un sari couleur pêche le jour de sa noce, alors que Propos recueillis par Nadège Monschau
le rouge est normalement de rigueur. Son père a
refusé de venir à la fête. Idem pour un autre couple,
qui s’est marié par amour. Comme le veut la cou- Découvrez plus de photos
tume, ils ont célébré leur union dans la ville natale en scannant cette page
de la mariée, mais c’était un événement très intime, Retrouvez le mode d'emploi p. 12

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RC S PARIS 792 111 551
EN COUVERTURE

La mosquée Agha
Bozorg de Kashan,
ville oasis sur la route
de la soie, au sud de
Téhéran, est coiffée
par un des plus grands
dômes en brique
du pays. Elle abrite,
au rez-de-chaussée,
L’IR
DOSSIER
DIRIGÉ
PAR CYRIL
GUINET

LES LARMES DE SEL LES JEUNES IRANIENS


AGE / Photononstop

une école coranique. DU LAC D’OURMIA ACCROS À INSTAGRAM

P. 78 P. 90
62 GEO Abonnez-vous sur geomag.club
AN
À YAZD, LE FEU DE ZARATHOUSTRA
BRÛLE TOUJOURS

P. 96
AVEC SES DÉSERTS ET
SES FORÊTS VERDOYANTES,
SES PALAIS ET SES CITÉS
D’ARGILE, CE PAYS EST ATTACHÉ
À LA SPLENDEUR DE LA PERSE
ET TOURNÉ VERS DEMAIN.
GUIDE PRATIQUE : SUR LES TRACES
DE NOS REPORTERS

P. 109
GEO 63
EN COUVERTURE | L’Iran
DES RUINES DE PERSÉPOLIS, VINGT�CINQ SIÈCLES NOUS CONTEMPLENT
Colonnes, fragments de murs,
têtes de chevaux sculptées…
Il ne subsiste aujourd’hui
que 5 % du vaste complexe
palatin érigé au VI siècle
avant notre ère sur une
terrasse monumentale au
pied de la montagne Kuh-e
Rahmat, à environ 60 km au
nord-est de la ville de Chiraz.
Dans les années 1960 et 1970
s’y organisait un célèbre
festival, à l’initiative du chah
Mohammad Reza Pahlavi.

Jorge Fernandez Garces / Agefotostock

GEO 65
Günter Gräfenhain / Sime / Photononstop

66 GEO
EN COUVERTURE | L’Iran
À ISPAHAN, CINQUANTE NUANCES DE TURQUOISE DÉFIENT L’AZUR DU CIEL
L’élégante mosquée du Chah,
aux célèbres faïences bleues
et aux proportions parfaites,
dresse sa coupole et ses
minarets du XVII siècle dans
le ciel d’Ispahan. Sous le
dôme se trouve une dalle
noire possédant une
caractéristique particulière :
les mots que l’on prononce
debout à cet endroit sont
répétés sept fois par l’écho.
Frédéric Soreau / Photononstop

68 GEO
EN COUVERTURE | L’Iran
AU SON DU TAMBOUR, LES VALEUREUX PAHLAVAN RIVALISENT DE FORCE
Réunis dans l’arène d’un
zurkhaneh («maison de la
force»), ces athlètes, appelés
pahlavan, se lancent en
musique dans une série de
pompes, une des épreuves
du varzesh-e pahlavani
(«sport des héros»). Cet
entraînement physique – des
lutteurs notamment – requiert
puissance, adresse, mais
aussi courage et abnégation.
EN COUVERTURE | L’Iran
Parpix / ABC / Andia.fr

70 GEO
UN DÉCOR DE WESTERN ? NON, LE DÉSERT LE PLUS BRÛLANT AU MONDE
Le vent, qui souffle environ
120 jours par an sur le grand
désert salé du Dacht-e Lout,
dans le sud-est du pays,
a sculpté ces formations
rocheuses appelées kalout.
En 2017, une expédition
iranienne y a relevé la
température au sol la plus
élevée jamais enregistrée à la
surface de la Terre, soit 78 °C.
EN COUVERTURE | L’Iran

À L’AUBE, LE SOLEIL FAIT SON ENTRÉE DANS LA MOSQUÉE ROSE DE CHIRAZ


Chaque matin, le soleil qui
filtre par les vitraux offre
aux visiteurs un spectacle
fabuleux. La mosquée chiite
Nasir-ol-Molk (du nom du
seigneur qui la fit bâtir),
dite «mosquée rose», située
à Chiraz, ville des poètes,
de la culture et de l’art,
date de la fin du XIX siècle.
AGE / Photononstop

Elle doit son surnom à la


couleur de son carrelage.

72 GEO
EN COUVERTURE | L’Iran
À CHIRAZ, UNE SYMPHONIE DE MOSAÏQUES ATTEND LES PÈLERINS
L’éclairage de nuit fait briller
de mille feux le dôme de
la superbe Shah Cheragh
(«roi de la lumière»). Ce haut
lieu de pèlerinage couvert
de mosaïques se compose
d’une mosquée et d’un
mausolée abritant le tombeau,
ceint de grilles d’argent
massif, d’Amir Ahmad et
de Mir Muhammad, deux
frères chiites persécutés et
tués au IX siècle à Chiraz
sur ordre du califat sunnite.

Blend / Image Source

GEO 75
BAM, CITADELLE D’ARGILE ET DE PAILLE, A RETROUVÉ SA SUPERBE
Gigantesque cité forteresse
au mur d’enceinte hérissé de
67 tours de guet, Bam a été
construite au V siècle av. JC,
en adobe (de l’argile mêlée
à de l’eau et de la paille),
dans le sud-est du pays.
Dévasté par un séisme en
2003, le site, magnifiquement
restauré par des experts
internationaux, est à
nouveau accessible au public.
Eric Lafforgue / GettyImages

76 GEO
EN COUVERTURE | L’Iran
EN COUVERTURE | L’Iran

Comme une marée


qui ne reviendra jamais,
les eaux du grand lac
salé de la province de
Fatemi Hossein / Panos - Rea

l’Azerbaïdjan occidental
ont reculé de plusieurs
centaines de mètres,
laissant ce navire échoué,
rongé par la rouille.

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LES LARMES
DE SEL
DU LAC D’OURMIA
CE JOYAU DU NORD DU PAYS EST
MENACÉ DE DISPARAÎTRE, VICTIME D’UNE
GESTION HASARDEUSE DE L’EAU
EN IRAN. UN DÉFI POUR TÉHÉRAN.
PAR GHAZAL GOLSHIRI (TEXTE)
EN COUVERTURE | L’Iran

Cet homme allongé


au bord du lac
d’Ourmia s’est couvert
de boue salée. Riche
en minéraux, le limon
aurait en effet des
Fatemi Hossein / Panos - Rea

propriétés curatives,
en particulier pour
les affections cutanées
et rhumatismales.

80 GEO
EN COUVERTURE | L’Iran

Sur les berges, toute


vie a disparu. Le lac
était jadis parsemé
d’une centaine d’îlots
Fatemi Hossein / Panos - Rea

rocheux, refuges
pour les oiseaux.
Aujourd’hui, flamants,
pélicans et ibis ont fui.

82 GEO
EN COUVERTURE | L’Iran

L’activité touristique
du lac se maintient avec
de rares baigneurs
Fatemi Hossein / Panos - Rea

– tels ces hommes qui


s’enduisent de boue –
venus principalement de
la ville voisine de Tabriz.

84 GEO
EN COUVERTURE | L’Iran

L’ANCIEN PARADIS DES


TOURISTES ET DES OISEAUX

D
A AUJOURD’HUI DES
ALLURES DE ZONE FANTÔME

site du ministère iranien de reçu 151 millimètres de pluie, soit


l’Energie sont alarmants : la su- une diminution d’environ 30 %
perficie d’Ourmia, initialement par rapport à la moyenne habi-
5 200 kilomètres carrés, n’était tuelle à cette saison (215 milli-
plus que de 1 844 kilomètres car- mètres). Pourtant, les spécialistes
u lac d’Ourmia, Farzad veut gar- rés en décembre 2018. En dix ans, s’accordent pour reconnaître que
der un souvenir heureux. Celui son niveau a perdu huit mètres. la raison principale de la mort
du temps où les bateaux qui re- En réalité, l’assèchement frappe programmée de nombreux lacs
liaient les deux provinces d’Azer- aujourd’hui l’Iran en entier. Les et rivières du pays est ailleurs.
baïdjan oriental et occidental rivières s’évaporent, les étangs C’est la surexploitation des res-
(nord-ouest de l’Iran) venaient s’évanouissent, les nappes phréa- sources, nappes phréatiques et
doucement s’amarrer à quai pour tiques s’amenuisent… Au centre eaux superficielles, qui serait à
délivrer leurs flots de passagers. du pays, cela fait une dizaine l’origine du désastre. Ainsi, pour
A cette époque, dans les années d’années que la Zâyandeh-Roud le climatologue iranien Nasser
1990, Sharafkhaneh, la ville na- («fleuve fertile», en persan), dé- Karami, de l’université de Bergen,
tale de ce commerçant iranien de tournée en amont au profit de ré- en Norvège, le changement cli-
33 ans [qui préfère taire son nom gions assoiffées, ne coule plus matique n’est responsable de l’as-
de famille], était le port lacustre que quelques jours par an à Ispa- sèchement du lac d’Ourmia qu’à
le plus important de l’Azerbaïd- han, l’ancienne capi tale 15 %. Les plus grands cou-
jan oriental et un lieu de villé- perse. Il en est de même pables restent, explique ce
giature très prisé. «Les touristes pour les lacs de Bakhtegan, chercheur, «la construction
se rendaient ici en très grand de Maharlou et de Hamoun, de barrages sans évaluations
nombre», concède-t-il avec re- dans le Sud-Est. Volatilisés, COMME UNE PEAU techniques préalables,
gret. Des familles entières ve- changeant à jamais le vi- DE CHAGRIN… l’accroissement des terres
naient faire la fête, canoter sur sage de ces régions. Des En 1984, la surface agricoles sans prise en
les flots bleus du lac ou se baigner phénomènes qui illustrent maximale du lac compte de leur potentiel,
d’Ourmia atteignait
dans ses eaux salées aux vertus bien l’immense menace qui 5 200 km². Trente ans et des modes de culture
thérapeutiques. «Faute de voya- pèse sur l’Iran : la pénurie plus tard, on estime inefficaces».
geurs, le train qui reliait deux fois d’eau, dans ce pays dont qu’elle s’est réduite Après l’instauration de la
par jour la ville d’Ourmia (capi- la population a doublé d’environ 90 %. Il de- république islamique, il y a
meure néanmoins le
tale de l’Azerbaïdjan occidental) depuis la révolution de plus grand lac salé du quarante ans, les autorités
à Sharafkhaneh a purement et 1979, pour atteindre quatre- Moyen-Orient. ont encouragé les agricul-
simplement été supprimé», pour- vingts millions d’habi- teurs à développer leurs
suit Farzad. Grands hôtels et pe- tants cette année. Un défi Surface du cultures, dans le but de ga-
lac d’Ourmia
tites auberges sont désertés. Les pour Téhéran. en 1984 rantir au pays une autono-
Surface
plages, abandonnées. Avec ses pé- Alors, pourquoi ? Comme en 2014
mie alimentaire. De nom-
dalos échoués sur le sol asséché, le reste de la planète, l’Iran breux barrages et digues ont
ses épaves rouillées gisant sur le subit certes le changement alors été construits, parfois
flanc, la station balnéaire a des al- climatique. Entre 1968 et sans études préliminaires.
Pont
lures de ville fantôme. 2016, la température a aug- Sous la présidence de l’ul-
C’est au début des années 2000 menté en moyenne de 2 °C traconservateur populiste
que le niveau a commencé à dans le pays, rapportent les Mahmoud Ahmadinejad
Ourmia
baisser. Inexorablement. Petit à experts locaux. Cette hausse (2005-2013), les chantiers
petit, ce lac que les Azéris ira- s’accompagne d’une réduc- se sont multipliés. Dans le
niens surnomment «le solitaire tion dramatique des préci- pays, les barrages sont pas-
30 km
turquoise» s’est effacé du pay- pitations. Entre septembre sés d’une dizaine avant la
sage. Les chiffres publiés sur le 2017 et mai 2018, l’Iran a révolution à 647 aujourd’hui.

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Gilles Barbier / Biosphoto
Les provinces d’Azerbaïdjan son – 88 000 selon les dernières Au I siècle avant sur des piliers de béton gris
oriental et occidental en comptent estimations, dont une grande notre ère, les Perses comme un trait d’union géant
construisaient
à elles seules quatre-vingt-deux, moitié illégalement – épuisant déjà des barrages
entre Tabriz et Ourmia, capitales
dont deux sur les cours de la Si- les ressources souterraines. Du- pour irriguer les des deux provinces d’Azerbaïd-
minehroud et de la Zarinehroud, rant les deux mandats consécu- cultures. Ces canaux jan. Moderne, imposant et sans
les plus importants affluents du tifs de Mahmoud Ahmadinejad, de Shushtar, dans âme, ce pont a été ouvert à la cir-
lac d’Ourmia : ils fournissaient ils ont eu le droit d’enregistrer ces le sud-ouest de culation en 2008. «Cela a été le
l’Iran, creusés sous
plus de la moitié de son eau. puits sauvages pour les rendre lé- Darius I, sont coup de grâce», soutient Farzad,
gaux et… d’en creuser davantage ! inscrits au patrimoine le commerçant de Sharafkhaneh.
Les arbres fruitiers ont fini par mondial en 2009.
D’autres ont installé des pompes Les spécialistes confirment. Le
mourir, étouffés par le sel
directement dans le lit des rivières projet manquait «d’une analyse
Ces ouvrages ne sont pas seuls qui alimentent le lac. Autour environnementale», écrit Behrouz
en cause. Dans l’Azerbaïdjan ira- d’Ourmia, les paysans ont com- Dehzad, enseignant à l’université
nien, la superficie des champs mis une autre erreur, rarement Shahid Beheshti à Téhéran, dans
cultivés a quadruplé, voire quin- mentionnée : ils ont arraché la un rapport datant de 2011. Le prin-
tuplé en quarante ans, selon l’or- vigne des parcelles avoisinant le cipal problème, selon lui, est que
ganisation de la Défense de l’en- lac pour planter des pommiers, le fameux pont a divisé le lac en
vironnement, équivalent du de la betterave ou des céréales, deux moitiés, accélérant encore
ministère de l’Environnement. des cultures plus rémunératrices, l’évaporation de l’eau en agissant
Principal bassin d’agriculture en mais aussi beaucoup plus con- comme un marais salant.
Iran, la région s’est couverte de sommatrices d’eau. Ahmad [qui préfère rester ano-
champs et de vergers. Pour irri- Au-dessus de la partie la plus nyme], 43 ans, habitant du port
guer ces nouvelles terres, les agri- étroite du lac, un ruban d’asphalte de Sharafkhaneh et propriétaire
culteurs ont foré des puits à foi- d’un kilomètre et demi se déroule d’un terrain de vingt hectares,

GEO 87
EN COUVERTURE | L’Iran

cultivait avec sa famille d’usine, il retourne avec son ap- ner ? Mieux vaut, dans ce cas, al-
pommes, pêches, poires et con- pareil le long des berges du lac. ler dans les montagnes.»
combres, irrigués grâce à l’eau Avant le désastre, il aimait flâner Le tourisme et l’environnement
d’un puits. Aujourd’hui, son ver- pour photographier les flamants Cette femme et ne sont pas les seules victimes du
ger couvert de crevasses n’est plus roses, les pélicans, les aigrettes ou son fils traversent manque d’eau. Telles les sept
qu’une terre désolée et agoni- croiser une des 200 espèces d’oi- le lit asséché de plaies d’Egypte, une cohorte de
la Zâyandeh-Roud,
sante. Et pour cause. A mesure seaux migrateurs qui faisaient es- à Ispahan. Le retour maux s’abat sur cet Iran qui a soif :
que le lac d’Ourmia s’assèche, ses cale dans la région. Terminé. «J’ai de l’eau, quelques affaiblissement de l’économie,
eaux deviennent plus salées des vidéos qui les montrent en jours par an, sous exode rural, ou encore troubles
– jusqu’à 40 % de sel. (A titre de train de s’ébattre dans le lac, sou- le pont de Si-o- sociaux… En mars 2018, de vio-
seh Pol, vieux de
comparaison, ce pourcentage os- pire-t-il. Mais, aujourd’hui, les 400 ans, donne lieu lents affrontements ont ainsi op-
cille entre 2 et 4 % dans l’eau de oiseaux sont partis pour ne plus à des explosions posé la police aux agriculteurs de
mer.) Le vent soufflant sur les revenir. Alors, à quoi bon y retour- de joie dans la ville. la province d’Ispahan qui refu-
terres asséchées donne naissance saient de partager leurs ressources
à des tempêtes de sel. Un fléau de en eau avec les habitants de Yazd,
plus pour l’agriculture dans la ré- plus au centre. En Azerbaïdjan ira-
gion. «Les arbres fruitiers sont nien, foyer de la communauté
morts à petit feu, explique Ah- LA SAUVEGARDE DU irano-azérie, les difficultés à pro-
mad, étouffés par le sel que le vent téger le lac d’Ourmia sont aggra-
a soufflé sur leurs feuilles.» Alors, �SOLITAIRE TURQUOISE� vées par le contexte politique. Ces
depuis quatre ans, Ahmad a aban- derniers mois, dans un pays où il
donné l’agriculture pour devenir… DEVIENT UN est risqué de manifester, des cen-
photographe pour les entreprises. taines de personnes sont descen-
Quand il ne réalise pas des clichés ENJEU POLITIQUE dues dans la rue et ont affronté les

Vahid Salemi / Sipa

88 GEO Abonnez-vous sur geomag.club


forces antiémeutes afin d’exhor- nien actuel, le modéré Hassan Ro- une partie des eaux stockées der-
ter le gouvernement à agir pour la hani, a adopté une approche plus rière le barrage de Kani Sib, à une
sauvegarde du «joyau de l’Iran». mesurée que son prédécesseur. centaine de kilomètres au sud,
Une situation inquiétante pour Durant sa campagne électorale, jusqu’au lac. Pour diminuer, voire
Téhéran car aux revendications en 2013, il a mis l’environnement, empêcher les tempêtes de sable
écologistes se superposent par- et tout particulièrement le sort du et de sel, les autorités font intro-
fois des exigences concernant les lac d’Ourmia, au centre de ses pro- duire, sur des milliers d’hectares,
droits culturels, économiques et messes. Après son élection, Ro- des plantes halophytes (adaptées
politiques de la minorité azérie. hani a créé un comité national aux milieux salés) qui aident à
«Entre 2009 et 2013 [pendant le pour la sauvegarde du lac en stopper l’érosion et à restructurer
second mandat de Mahmoud Ah- même temps qu’un plan gouver- les sols. Et, face à l’urgence, les ex-
madinejad], une chape de perts proposent diverses so-
plomb s’est abattue sur lutions : arrêter les cultures
notre région, qui est turco- gourmandes en eau, privi-
phone, se souvient Farzad. légier des méthodes d’irri-
A l’époque, toute personne gation économiques. «C’est
évoquant le sauvetage du lac le début de la renaissance
se voyait soupçonnée de du lac», affirmait fin dé-
vouloir semer le trouble, ou cembre un expert du gou-
de prôner le panturquisme vernement à l’AFP. Mais
[c’est-à-dire de chercher à beaucoup d’agriculteurs ré-
réunir les peuples de lan- pugnent encore à changer
gues turques au sein d’un leurs méthodes de travail.
même Etat].» L’élection de Botaniste et enseignant à
Hassan Rohani, ensuite, a l’université de Téhéran,
été perçue comme une Hossein Akhani, lui, pro-
bonne nouvelle et le climat pose une approche plus ex-
s’est détendu sous sa prési- péditive. «Pour diviser par
dence. Mais l’arrestation deux la consommation
d’une dizaine de militants d’eau, il faut demander aux
écologistes depuis le mois de fé- L’eau ne manque pas nemental, à échéance 2027, avec agriculteurs de produire 50 % de
vrier 2018 inquiète. Ils ont été ac- partout en Iran ! pour objectif de faire remonter le moins, recommande-t-il. Mais
cusés d’espionnage par les A 500 km à l’est des niveau des eaux. En novembre que le gouvernement achète leur
terres désertiques
Gardiens de la révolution (la prin- d’Ourmia, ces rizières 2014, il a débloqué un budget de production deux fois plus cher.»
cipale force armée du pays, abondamment 7 300 milliards de rials (151 mil- La télévision iranienne, elle,
dépendant directement du Guide irriguées bénéficient lions d’euros), notamment pour s’attaque à un autre problème : le
suprême de la république isla- du climat tempéré moderniser les méthodes d’irri- gaspillage. Les Iraniens consom-
de la province de
mique, Ali Khamenei) et incar- Gilan (nord-ouest). gation dans l’agriculture. Pourtant, ment, paradoxe effrayant, deux
cérés malgré le soutien de l’or- observateurs et écologistes – et fois plus d’eau que la moyenne
ganisation de la Défense de même certains membres de ce mondiale. Cela fait maintenant
l’environnement. Signe que le comité ! – ne cessent de se une quinzaine d’années que des
dossier est au centre de fortes ten- plaindre de l’arrivée tardive ou spots pédagogiques montrent de
sions entre l’Etat et les Gardiens partielle des fonds alloués. Le re- petits enfants fermant bien le ro-
de la révolution. tour des sanctions américaines binet après utilisation. «Il y a de
contre l’Iran, depuis août 2018, l’eau, mais pas beaucoup !» répète
Des spots télé invitent les
laisse présager de nouveaux re- à l’envi le slogan de cette cam-
habitants à fermer le robinet
tards. Pire, les sommes promises pagne contre la gabegie.
Si l’assèchement du lac d’Our- pourraient ne jamais être versées, Pendant ce temps, l’été, sous le
mia continuait, redoutent les au- les mesures de rétorsion améri- double effet du soleil et de l’ex-
torités iraniennes, l’exode de cinq caines portant un coup dur à la trême salinité, des microalgues et
millions d’habitants des provinces vente du pétrole, première res- des bactéries se développent à
avoisinantes serait à prévoir. A source financière pour l’Iran. Ourmia et les flots jadis bleus et
Giovanni Mereghetti / Luz / Cosmos

Sharafkhaneh, la population est Il existe cependant des raisons translucides prennent une teinte
passée de 11 000 à 3 000 habitants d’espérer. Des pluies abondantes rouge vif. Comme si, en imitant
en dix ans. «Dans ma famille, l’automne dernier, mais surtout la couleur du sang, le lac voulait
beaucoup sont partis s’installer certains projets visant à sauver le nous dire, symboliquement, qu’il
soit à Shabestar (une grande ville lac d’Ourmia et qui sont en cours est en train de mourir. C
de la région), soit à Téhéran», re- de finalisation, dont le creuse-
marque Farzad. Le président ira- ment d’un canal qui ramènera Ghazal Golshiri

GEO 89
De gauche à droite et de haut en bas : Hossein Esmaeli ; Mehdi Ghasemi ; Omid Akhavan ; Hamed Nazari ; Babak Alipour ; Marzieh Kazemi ; Sajjad Mosali ; Bahar Khodami ; Saeed Shirkhani ; Mehdi Jahanafroozian ; Mehran Mafi Bordbar
Paysages, portraits, gros plans… Faits de la
vie quotidienne ou événements excep-
tionnels, ils nourrissent chaque jour le
compte Instagram @EverydayIran, créé en
mars 2014 afin d’aller à l’encontre des
stéréotypes sur le pays.

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EN COUVERTURE | L’Iran

LES JEUNES
IRANIENS ACCROS
À INSTAGRAM

C
PHOTOGRAPHE, ARTISTE,
ENSEIGNANT… ILS SONT LES HÉROS
DU RÉSEAU SOCIAL LE MOINS
CENSURÉ DU PAYS. PORTRAITS.
GHAZAL GOLSHIRI

uisinière qui expose ses plats appétissants, artiste street art qui immortalise ses
œuvres, photographes qui postent leurs clichés de la vie quotidienne à Téhéran… Certains comptent
quelques dizaines d’abonnés, d’autres des centaines de milliers. Peu importe. Depuis son arrivée en
Iran, en 2013, Instagram est devenu un formidable espace d’audace et de liberté. Le réseau social qui
permet d’échanger photos et vidéos fait figure, pour les Iraniens, de fenêtre ouverte sur le monde.
Alors ils sont nombreux à s’y précipiter. En février 2018, on comptait, selon les autorités, 24 millions
d’utilisateurs, soit 30 % de la population. La comparaison avec la France (18 %) donne la mesure du
phénomène. Cet engouement est facile à expliquer : en Iran, contrairement à Twitter, Facebook ou
YouTube, Instagram a jusque ici été relativement épargné par la censure.
Depuis l’avènement de la république islamique, en 1979, les Iraniens ont appris à avoir deux vies.
La première dans l’espace public, respectueuse des lois strictes imposées par le pouvoir, et la seconde,
privée et plus débridée. L’irruption d’Instagram leur a permis d’échanger sur leurs passions, leurs
amours, d’exposer leurs œuvres, leurs corps, leurs modes de vie. Alors que dans les rues, le port du
foulard est obligatoire et la danse interdite, de jeunes femmes se sont montrées sur Instagram en train
de se déhancher sans voile, à leurs risques et périls. En 2014, sur le compte @therichkidsoftehran, des
fils et des filles de familles fortunées ont publié des photos qui ont fait scandale : sylphides alanguies
au bord de piscines, playboys au volant de cabriolets, fêtes au champagne… Cette page Instagram a
choqué l’opinion publique, mais elle n’a curieusement pas été suspendue par la Fata, la cyberpolice
iranienne. Car quand la répression frappe, en Iran, c’est soudainement, violemment et sans logique.
Pourquoi tel internaute plutôt qu’un autre�? Pourquoi maintenant�? En 2016, une dizaine de femmes
mannequins devenues célèbres grâce à Instagram ont été arrêtées. Et l’an dernier, Maedeh Hojabri,
18 ans, fan de Rihanna, qui postait des vidéos d’elle dansant sur ses musiques préférées, a été inter-
pellée et son compte supprimé. Le 8 juillet 2018, elle est apparue à la télévision vêtue d’un tchador,
pour regretter publiquement ses «actes immoraux». Cette confession forcée a suscité une vague de
soutien, accompagnée sur Instagram du hashtag «Danse pour que nous continuions à danser».
Malgré ces affaires, Instagram est resté longtemps accessible en Iran. Le président Rohani et l’aya-
tollah Khamenei sont eux-mêmes détenteurs d’un compte. Mais cela pourrait ne pas durer : début
janvier, les autorités ont annoncé un prochain filtrage du réseau. C

GEO 91
Sina Shiri
ALI KAVEH //
L’IRAN AU-DELÀ DES CLICHÉS

L
’idée de départ était simple : saisir puis publier sur Instagram des instants de la vie quotidienne en Iran
pour combattre les stéréotypes négatifs. Le résultat est exceptionnel : à la fin de l’année 2018, soit
quatre ans après son lancement, @EverydayIran compte un peu plus de 200 000 abonnés. Installé au
café Type, aux murs décorés de photos en noir et blanc de l’Amérique des années 1930, un des lieux
favoris de la jeunesse de Téhéran, Ali Kaveh, un de ses fondateurs, fait défiler les images sur son ordinateur
portable. On peut y voir des villageois faisant sécher des fleurs de safran, dans le nord-est du pays. Des
femmes décorant une voiture en vue d’un mariage, dans le Kurdistan iranien. Deux apiculteurs récoltant le Découvrez
plus de photos
miel à Bodjnurd (nord)... Repas de famille, jeux d’enfants, amoureux dans le métro, tout est prétexte à mon- en scannant
trer un Iran différent de celui qui fait habituellement la une des journaux occidentaux. «Dans vos médias, on cette page
ne voit généralement que des images liées à la guerre et aux crises, explique Ali Kaveh. Il est toujours ques- Retrouvez le
tion de tremblement de terre, d’attaque à l’acide ou de violences envers les femmes. Nous voulions montrer mode d'emploi p. 12.
avec subtilité et un brin de poésie un Iran magnifique.»
L’équipe se compose de cinq membres, tous Iraniens. Mais
Ali Kaveh, photographe de formation, est le seul à vivre en
Iran, les quatre autres se sont exilés aux Etats-Unis. Chaque
jour, ils sélectionnent ensemble, parmi la centaine de photos
reçues de tout le pays, celle qui sera publiée sur la page.
Leurs statistiques sur Instagram autorisent certains rêves.
Ali Kaveh se verrait bien éditer un recueil des plus belles pho-
tos. Ou, comme il le dit en riant, continuer à alimenter encore
pendant dix ans @EverydayIran «jusqu’à ce que ces images
soient tellement banales qu’elles n’étonnent plus personne».
En attendant, en 2018, trois millions d’Instagrameurs visitaient
chaque mois la page @EverydayIran. Pied de nez à l’actualité
récente, un tiers de ces visiteurs viennent… des Etats-Unis.

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EN COUVERTURE | L’Iran
Sina Shiri

MADMAZEL //
ELLE CHANTE LE BLUES… ET LA LIBERTÉ

C
’est en reprenant, il y a une dizaine d’années, Mademoiselle chante le blues, le tube de Patricia Kaas,
que cette chanteuse iranienne de 31 ans a gagné son nom de scène, Madmazel. A l’époque, une poi-
gnée d’initiés connaissaient ses chansons, diffusées sur Internet de manière illégale, les femmes
n’ayant pas le droit de chanter en solo en république islamique d’Iran. Les rares fois où l’artiste par-
venait à se produire en public, dans un bar ou dans son salon, le nombre de spectateurs ne dépassait pas la
centaine. Le compte Instagram qu’elle a ouvert en 2014 a été pour elle à la fois une vitrine et une scène vir-
tuelle, et pour ses 25 000 abonnés, un trou de serrure sur sa vie privée. «En consultant ma page, les gens
ont pu se rendre compte des difficultés que j’éprouve pour faire de la musique avec peu de moyens», explique
celle qui continue de travailler en tant que graphiste pour gagner sa vie. Le local déniché dans le centre de
Téhéran pour se réunir et répéter avec ses musiciens n’a rien d’un palace : la bâtisse est à moitié en ruines.
Cela n’entame en rien l’enthousiasme de la chanteuse. «Nous allons en faire un lieu de rencontres pour les
musiciens et y organiserons des concerts», se réjouit-elle.
Sur sa page, Madmazel publie des extraits de ses compo-
sitions et de ses clips, des clichés de son mariage ou de ses
voyages… Instagram, observe Madmazel, lui a permis de com-
prendre que d’autres Iraniens vivent les mêmes choses qu’elle.
Et que même avec les gens qui ne lui ressemblent pas, elle a
des points communs. «Je reçois des messages de filles cou-
vertes de la tête aux pieds qui, paradoxalement, me compli-
mentent sur mes chansons. J’ai aussi des échanges avec des
étudiants en théologie. A priori, je ne pensais avoir aucun point
commun avec eux. Mais j’ai découvert que, comme moi, ils
défendent la cause des animaux.» Madmazel en est certaine :
en permettant aux Iraniens de dialoguer librement, Instagram
a permis de recoller les pièces de son pays.

GEO 93
Sina Shiri
MEGHDAD BAGHERZADEH //
L’INSTIT DES ENFANTS NOMADES

E
n quelques mois, Meghdad Bagherzadeh est devenu l’enseignant le plus connu d’Iran. Fin 2018,
quelque 54 000 abonnés suivaient le compte Instagram @mbs.counselor de ce jeune instituteur de
29 ans et de sa classe pas comme les autres : une dizaine d’enfants, âgés de 8 à 12 ans, appartenant
à des tribus nomades de la région de Shirvan (dans le nord-est de l’Iran). Meghdad reconnaît ne pas
avoir été lui-même un étudiant modèle et avoir écopé de plusieurs avertissements. Cela ne l’a pas empê-
ché de finir premier de sa promotion en 2011 et de pouvoir ainsi choisir son affectation. Il s’est porté volon-
taire pour s’occuper de ces enfants au mode de vie pas comme les autres. «Je me suis juré de rester leur
instituteur jusqu’à ce que je me marie», dit-il. Un trajet de quarante minutes à moto sépare son domicile de
l’école où il officie. «Parfois, il y a des loups sur le chemin, explique-t-il. Et oui, ça fait peur.»
C’est en 2015 qu’il a l’idée de raconter son quotidien sur Instagram. Ses posts montrent les dictées, les
exercices au tableau, les rondes dans la cour. Et toujours la même joie, les mêmes sourires parfois édentés.
Il évoque rarement les difficultés de son métier. Son année
scolaire est rythmée par les saisons. Au sortir de l’hiver, il suit
les nomades qui quittent Shirvan pour se rendre à 330 kilo-
mètres de là, dans la province du Golestan, près de la fron-
tière avec le Turkménistan. «Les enfants et les femmes partent
en voiture et commencent à construire les maisons en argile,
raconte-t-il. Les hommes arrivent un mois plus tard à pied
avec les troupeaux. En avril, tous retournent à Shirvan.»
Grâce à sa notoriété, Meghdad reçoit des dons qui per-
mettent d’acheter des fournitures scolaires. Un neurochirur-
gien iranien a même offert à la classe un ordinateur. Comment
ne pas être ému en voyant, sur Instagram, le sourire de Nilou-
far, 8 ans, le jour où elle a appris à bien lire et écrire ? «Fierté !»
s’est réjoui l’instituteur en légende de la photo.

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EN COUVERTURE | L’Iran
Sina Shiri

REIHANE TARAVATI //
LA BUSINESSWOMAN QUI N’A PEUR DE RIEN

A
ujourd’hui, Reihane Taravati est une femme d’affaires accomplie : à 27 ans, elle dirige une société
de production de publicité, Reihanet, qui emploie une dizaine de personnes. Une trentaine de clients
réguliers lui font confiance. Parmi eux, de grandes marques de mode iraniennes et étrangères. Cette
success story – qui doit beaucoup à Instagram : le compte @reihanet est suivi par presque 200 000
abonnés – aurait pu ne jamais exister. En mai 2014, la jeune femme, alors photographe, est en effet arrêtée,
avec six amis, pour avoir diffusé sur YouTube une version iranienne du clip Happy, tube du chanteur améri-
cain Pharrell Williams. Dans cette vidéo, les femmes ne portent pas de roussari (foulard, en persan), obliga-
toire en Iran. Cinq mois plus tard, Reihane est condamnée à six mois de prison ferme et à quatre-vingt-dix-
neuf coups de fouet avec sursis. «Après ça, j’ai décidé de me tourner vers le cinéma, et de photographier les
festivals ou les coulisses des tournages, explique-t-elle. C’était moins risqué car les femmes y sont toujours
voilées. Et cela m’a permis d’obtenir plus d’abonnés.» Forte de cette notoriété, il y a deux ans, la jeune Ira-
nienne s’est lancée dans la publicité, toujours sur Instagram.
Reihane et son équipe tourneront bientôt, dans son appar-
tement atelier du centre de Téhéran, un spot publicitaire pour
une application iranienne, Ostadkar (maître), qui permet de
programmer l’intervention d’un plombier ou d’un électricien.
Reihane y incarnera la femme moderne iranienne, qui tra-
vaille, sort et trouve le temps de s’occuper de sa maison.
La réussite n’a pas étouffé sa liberté d’expression. En juillet
2018, elle a pris la défense de Maedeh Hojabri, poursuivie pour
avoir dansé sans voile dans une vidéo postée sur Instagram.
Elle a aussi relayé la campagne #sanctionstargetme («les
sanctions me visent») qui dénonce l’embargo américain,
rétabli à l’encontre de l’Iran en août 2018. Star des réseaux
sociaux, Reihane ne veut pas pour autant vendre son âme.

GEO 95
EN COUVERTURE | L’Iran
Bruno Barbier / AKG Images

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À YAZD, LE FEU
DE ZARATHOUSTRA
BRÛLE TOUJOURS
AUX PORTES DU DÉSERT, LA CITÉ OASIS
ENTRETIENT DEPUIS DES MILLÉNAIRES
LE PREMIER CULTE MONOTHÉISTE CONNU
DE L’HISTOIRE. REPORTAGE.
PAR GHAZAL GOLSHIRI (TEXTE)

De lourds nuages gris


s’amoncellent au-dessus
de cet étrange bâtiment,
une «tour du silence»,
à la sortie de Yazd. Sur
ces plateformes de
pierre et de boue séchée
étaient célébrées jadis les
funérailles zoroastriennes.
EN COUVERTURE | L’Iran

Tel un château de
sable géant surgissant
du désert se dresse
la forteresse de Sar
Yazd, à 35 km de la ville.
Construite au VII siècle,
Bruno Barbier / AKG Images

elle servait à protéger


l’or et les joyaux lorsque
la cité était attaquée.

98 GEO
EN COUVERTURE | L’Iran

Dans le sanctuaire
de Chak Chak rougeoient
les braises d’un feu qui
ne doit jamais mourir. Les
trois lumières, en arrière-
plan, symbolisent le
Bertrand Rieger / hemis.fr

credo zoroastrien : bonnes


pensées, bonnes paroles
et bonnes actions.

100 GEO
EN COUVERTURE | L’Iran

Les minarets de
la mosquée Jameh
sont les plus hauts
d’Iran (48 m). A
l’intérieur de celui
de droite s’enroulent
deux escaliers en
colimaçon, un pour
monter, l’autre
pour descendre.
L’ARCHITECTURE A ÉTÉ
PENSÉE AVEC INGÉNIOSITÉ

M
POUR FAIRE FACE AUX
TEMPÉRATURES DU DÉSERT

l’histoire : le zoroastrisme, dont


la communauté de fidèles,
30 000 personnes à peine sur
80 millions d’Iraniens, continue
de faire vivre des traditions re-
ains calleuses, visage buriné, Ab- montant bien avant la conquête
bas Mehdinejad fait penser à un islamique du VIIe siècle. Au grand
paysan qui travaille toute la jour- dam des conservateurs.
née aux champs, sous l’ardent so- Yazd a été pensée pour faire face
leil perse. Et dans son regard, on aux températures extrêmes. Ses
peut lire la patience de ceux qui, maisons, construites partielle-
depuis des générations, scrutent ment en sous-sol, parfois jusqu’à
le ciel dans l’espoir d’y voir quatre étages, vont chercher
apparaître un nuage. Il y a la fraîcheur sous terre. Un
deux ans, cet homme de gigantesque réseau de ca-
42 ans a acheté et restauré naux souterrains (les cé-
une maison à Yazd, au lèbres qanat) achemine
centre du grand plateau ira- l’eau des montagnes pour
nien, pour en faire un petit abreuver les citernes. Les
hôtel. Avec courage, il a re- badguir («attrape-vent» en
levé les murs d’argile ocre, persan) se dressent dans le
restauré le toit plat typique ciel sans nuage pour s’em-
de la région. «La maison de parer du moindre souffle.
la pluie» – c’est le nom Aux heures brûlantes, l’air
qu’Abbas a donné à son éta- qui s’engouffre dans ces im-
blissement – offre aux voya- posantes cheminées rectan-
geurs un fascinant pano- gulaires, ancêtres de nos
rama sur le quartier de clim, est refroidi grâce à un
Fahadan, dans le cœur his- bassin d’eau situé dans la
torique de la ville. En cette maison sous la cheminée,
fin de journée de novem– avant d’être ventilé dans les
bre 2018, tandis qu’au loin ré- manité. Ses origines restent mys- En fin de journée, différentes pièces de l’habitation.
sonne l’appel du muezzin invi- térieuses. «Il existe plusieurs hy- les Iraniens apprécient Après le déjeuner, les ruelles écra-
la fraîcheur du paisible
tant les fidèles à la prière, ses pothèses, explique l’historien ira- bassin et du jardin
sées par la chaleur se vident. La
hôtes se sont installés sur le toit- nien Hossein Masserat. Mais enchanteur du palais plupart des boutiques baissent
terrasse. Ils sirotent un thé brû- certains affirment que le mot Yazd de Dowlat-âbâd. leur rideau. Une chape de silence
lant, en photographiant les der- (qui signifie “pur et sacré”) était L’édifice fut bâti au s’abat sur la ville. Ces heures
XVIII siècle par le
nières lueurs du jour qui couvrent gravé sur la paroi des montagnes creuses sont le moment idéal pour
gouverneur de la ville.
de reflets mordorés le dédale de avoisinantes et vieilles de… visiter la mosquée Jameh, où s’en-
ruelles s’étendant à perte de vue. 12 000 ans ! La ville aurait donc tremêlent les origines zoroas-
Photos : Bruno Barbier / AKG Images+

Ville oasis à 600 kilomètres au déjà existé à cette époque !» Son triennes et musulmanes de la cité.
sud de Téhéran, entre deux grands architecture ancestrale a été pré- C’est en Médie, au nord-ouest de
déserts, le Dasht-e Kavir au nord servée comme peut-être nulle part l’Iran, aux alentours de l’an 1000
et le Dasht-e Lout au sud, Yazd et ailleurs. Son labyrinthe de ruelles avant notre ère, qu’un prophète
ses façades en pisé aux lourdes et de passages voûtés abrite de- nommé Zarathoustra (ou Zo-
portes en bois est une des plus an- puis des millénaires le plus an- roastre, en grec) réforma le maz-
ciennes cités de l’histoire de l’hu- cien culte monothéiste connu de déïsme, une antique religion

Abonnez-vous sur geomag.club GEO 103


EN COUVERTURE | L’Iran

I1 I I4 I
Les

7
PRIER UN DIEU UNIQUE LUTTER CONTRE L’OPPRES�
Ahura Mazda («le seigneur SION Le zoroastrisme rejette
sage») est le dieu unique, abs- toute forme de soumission et,
trait et transcendant de la reli- en premier lieu, l’esclavage.
gion prêchée par le prophète Dans cette religion, la femme
Zarathoustra. Selon l’Avesta est l’égale de l’homme. Il est du
– l’ensemble des textes sacrés devoir des adeptes de se sou-
zoroastriens, dont une partie, lever contre l’oppression.
les gatha, aurait été rédigée
par Zarathoustra –, cet être
suprême est le créateur du ciel
piliers du I 5I
et de la Terre, de l’homme, ainsi
que des quatre éléments, l’eau,
la terre, l’air et le feu.
zoroastrisme RESPECTER TOUTES LES
FORMES DE VIE L’homme, en
charge du monde créé par
Ahura Mazda, ne doit pas faire
Egalité hommes-femmes,
I2 I combat contre l’oppression,
de mal aux animaux. Le sacri-
fice de ces derniers, considéré
FAIRE LE BIEN AUTOUR DE défense de la cause animale, comme un crime, est prohibé.
SOI Le code de conduite zoroas- la philosophie de Zarathoustra
trien se résume ainsi : Humata,
hukhta, huvarshta, «bonnes
est tout à fait d’actualité. I 6I
pensées, bonnes paroles, bon- REJETER L’IDOLÂTRIE Les
nes actions». En effet, en créant adeptes du zoroastrisme ne
l’homme, Ahura Mazda lui a doivent pas vénérer la pierre, les
accordé le libre arbitre, mais une statues, ou tout autre lieu qui a
seule voie, celle de la droiture, été construit. Dieu, dans la pen-
conduit au bonheur. Attribués à sée zoroastrienne, n’habite pas

Zoroastre, les 17 hymnes dans un sanctuaire édifié par


expliquent que «le sage choisit l’homme, mais dans le cœur de
le bien, et l’ignorant le mal». ce dernier. Une idée qui a pu
influencer le christianisme, qui

I3 I Le Farvahar est le symbole


considère le corps comme
temple de l’esprit.
VÉNÉRER LE FEU Trois des du zoroastrisme. Les trois
éléments divins (l’air, l’eau et la
terre) existent sans le concours
rangées de plumes des ailes
rappellent les principes
fondamentaux de «bonnes
I7I
de l’homme. Au contraire du feu pensées, bonnes paroles CULTIVER LA JOIE DE VIVRE
qui, lui, doit être alimenté pour et bonnes actions». Les deux L’enseignement de Zarathoustra
continuer à vivre. Dans les jambes latérales, la dualité insiste sur l’importance de l’hu-
Frédéric Soreau / Photononstop

«temples du feu», les flammes entre le bien et le mal. milité, de la solidarité envers son
Le grand cercle,
sacrées, qui ne doivent jamais l’infini de l’univers et
prochain, mais aussi… sur la
s’éteindre, sont protégées sous le petit, l’amour. bonne humeur. Faire une fête
un globe ou derrière une vitre une fois par mois, être joyeux et
pour ne pas être souillées par le rire autant que possible sont des
souffle des hommes. préceptes zoroastriens.

104 GEO Abonnez-vous sur geomag.club


indo-iranienne, pour donner
naissance à ce qui reste le premier
culte monothéiste connu. Cette
philosophie ne fut promue au rang
de religion d’Etat qu’au IIIe siècle,
sous le règne des Sassanides (224-
651), avant de décliner après la
conquête du pays par les Arabes
musulmans, au VIIe siècle. Fuyant
l’expansion de l’islam, une grande
partie des pratiquants s’exilèrent
Manolo Espaliu

dans le nord de l’Inde. D’autres se


replièrent dans la province de
Yazd, où ils perpétuèrent, en se-
cret, leurs rites sacrés.
Bâtie sur les vestiges d’un
temple zoroastrien, la mosquée
Jameh a été transformée et agran- jet de pierre du centre-ville. Le bâ- Cette large artère de Mechhed (est) furent éteints.
die au gré des dynasties. Ses deux timent moderne à la façade claire, de Yazd rappelle «Seul le feu de Shiraz a pu
la double origine
minarets sont les plus hauts d’Iran, soutenu par six colonnes, se re- cultuelle de la ville : être sauvé, poursuit la guide. Les
et son portail, paré de céramiques flète dans l’eau cristalline d’un elle porte le nom fidèles ont ensuite secrètement
bleues éblouissantes, est comme grand bassin circulaire. Sur le fron- de Salman le Perse, entretenu ce feu dans une grotte
un miroir de l’azur du ciel. C’est ton de l’édifice, un bas-relief re- un jeune zoroastrien pendant sept siècles, avant de le
qui renia la foi
dans la rue juste en face qu’Ali, présentant un homme-oiseau de son père pour
transmettre aux prêtres d’un ha-
42 ans [qui préfère rester ano- déployant des ailes démesurées devenir l’un des meau près de Yazd.»
nyme, comme la plupart de nos attire le regard. «Il faut être pur compagnons du
prophète Mahomet. A Chak Chak, les pèlerins
témoins en Iran], a ouvert il y pour entrer dans le sanctuaire»,
célèbrent Nik Bânou
a cinq ans sa boutique de tapis précise Mahtab, avant de grimper
persans. Après la prise de fonc- les marches qui mènent à ses Au détour des montagnes et des
tion du président Hassan Rohani, portes. A l’intérieur, derrière une dunes arides, le village de Pir-e
en août 2013, et l’accord sur le nu- vitre, un brasero accueille un feu Sabz, appelé Chak Chak, est un
cléaire iranien conclu deux ans qui, dit-on, brûle sans interrup- îlot de verdure qui surgit soudain,
plus tard avec la communauté in- tion depuis 1 500 ans. Cinq fois comme une bonne nouvelle inat-
ternationale, il avait espéré, par jour, un prêtre, le bas du vi- tendue. Ce bourg isolé à soixante-
comme tant d’autres, que ses af- sage masqué d’un voile pour évi- dix kilomètres de Yazd est un site
faires deviendraient florissantes ter que son souffle ne souille la prisé des touristes iraniens, en
grâce au retour des touristes. Il a flamme, vient alimenter le foyer même temps qu’un lieu de pèle-
vite déchanté. «Cela commençait avec du bois d’amandier ou de rinage pour les zoroastriens.
à aller mieux, explique-t-il. Mais prunier, en récitant des prières ri- Chaque année aux mêmes dates
depuis l’an dernier, avec les nou- tuelles. Puis il se retire, après s’être – entre les 14 et 18 juin –, ils af-
velles sanctions américaines, il y enduit le front de cendre. fluent par milliers pour célébrer
a beaucoup moins de visiteurs.» L’histoire raconte qu’au moment Nik Bânou, princesse perse zo-
Mahtab fait le même constat. de la conquête arabe, les feux roastrienne, fille du dernier em-
«L’année dernière, entre octobre sacrés d’Ourmia (nord-ouest) et pereur sassanide Yazdgard III et
et novembre, j’ai eu huit groupes héroïne d’une légende digne des
de touristes, dit cette jeune guide Mille et une nuits : après les dé-
zoroastrienne de 27 ans. Cette an- faites des armées de son père face
née, pour la même période, deux aux Arabes, elle aurait pris la fuite
seulement.» Les autorités ira- DANS UN BRASERO pour ne pas tomber aux mains
niennes reconnaissent une chute des envahisseurs. Acculée dans
de 40 % du nombre de visiteurs BRÛLE UN FEU la montagne, Nik Bânou aurait
européens et américains. supplié Ahura Mazda de lui venir
Etape obligée du circuit de ININTERROMPU en aide. En réponse à ses prières,
Mahtab, le grand «temple du feu», la montagne se serait alors mira-
lieu de culte des zoroastriens, à un DEPUIS 1 500 ANS culeusement ouverte pour la

GEO 105
EN COUVERTURE | L’Iran

À CHAM, LA VEDETTE retour d’un zoroastrien, Sepanta


Niknam, 32 ans alors, au Conseil
EST UN CYPRÈS DE PLUS DE de la ville. Elu un an plus tôt,
l’homme avait été suspendu de
3 000 ANS, LIEN SACRÉ ses fonctions après que le Conseil
des gardiens – composé de six
ENTRE DIEU ET LES HOMMES membres du clergé chiite et d’au-
tant de juristes – avait invalidé son
élection, au prétexte qu’en Iran,
les membres des minorités reli-
gieuses ne sont pas autorisés à gé-
rer les affaires des musulmans.
protéger. Les guerriers lancés reux parfum embaume la pièce. Ceci alors que le zoroastrisme est
à la poursuite de la princesse, ef- Des bâtonnets d’encens se consu- reconnu par la Constitution ira-
frayés par le prodige, préférèrent, ment sur un autel en forme de nienne et que cette communauté
dit-on, prendre leurs jambes à leur fleur. Au milieu danse un feu qui, est représentée par un député (sur
cou. Depuis, à l’endroit où dispa- lui non plus, ne doit jamais 290) au parlement. Cette affaire
rut Nik Bânou, de l’eau coule en s’éteindre. Dans le sanctuaire, des au retentissement national a gran-
goutte-à-goutte (chak chak, en pèlerins prient, les mains levées. dement ému les zoroastriens, mais
persan) de la montagne, telles les Une jeune femme serre contre elle aussi la majorité des Iraniens,
larmes de la princesse. un sac sur lequel sont brodés des qui rêvent que, dans leur pays,
Le temple de Chak Chak se mé- cyprès courbés par la brise, un mo- tous les citoyens bénéficient des
rite. Il faut gravir une centaine de tif typiquement iranien. «J’apporte mêmes droits, quelle que soit leur
marches à flanc de montagne pour des fruits secs en offrande, dit-elle religion ou leur ethnie.
découvrir le bâtiment en briques, un peu gênée. Je suis musulmane,
Sur les tours du silence, les
adossé à la roche. Deux lourdes Dans ses alcôves, mais j’avais fait une prière ici pour
vautours dévoraient les morts
portes dorées protègent le lieu le le complexe Amir que mon père malade guérisse, et
plus saint du site : la grotte qu’un Chakhmaq (du nom mon vœu s’est réalisé.» Jamais, En plein désert, à une vingtaine
d’un gouverneur de
berger, toujours selon la légende, la ville du XV siècle) peut-être, les rapports avec les mu- de kilomètres au sud-ouest de
aurait creusée après avoir reçu la regroupe une sulmans n’ont été aussi apaisés. Yazd, Cham est une bourgade en
visite de Nik Bânou en songe. mosquée, un bazar, Ainsi, à Yazd, fin 2017, après des pisé habitée exclusivement par
A l’intérieur de cette caverne coule un caravansérail, années de procédure et de ten- des zoroastriens. A l’entrée du vil-
des bains publics,
la source miraculeuse – les larmes un puits d’eau sion, le Conseil de discernement, lage, une plaque rappelle que le
de Nik Bânou – jusque sur le sol fraîche et plusieurs la plus haute instance politique hameau comptait 116 habitants
recouvert de marbre. Un douce- restaurants. d’arbitrage du pays, a permis le dans les années 1940. Il ne reste
aujourd’hui qu’une poignée de
personnes âgées qui entretiennent
le petit temple du feu du village
et veillent sur leur «vedette» : un
gigantesque cyprès – arbre sacré
pour tous les Iraniens, car il relie
le ciel et la terre, c’est-à-dire, mé-
taphoriquement, les hommes et
Dieu. Le vénérable aurait, dit-on,
entre 3 000 et 3 500 ans. A la sor-
tie du bourg, sur un monticule ro-
cheux, se dresse un étrange bâti-
ment : une tour plus large que
haute, percée à sa base d’une seule
porte. Ces dakhma, ou «tours du
silence», servaient jadis aux zo-
roastriens à célébrer le rite mor-
tuaire des «funérailles célestes».
La terre et le feu, éléments sacrés
Alessio Mamo / Redux - Rea

dans la tradition, ne devant pas


être souillés par un cadavre, les
morts n’étaient ni inhumés ni in-
cinérés, mais disposés par des
prêtres croque-morts – les nasa-

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Pascal Mannaerts / Barcroft / Gettyimages
salar – au sommet de la tour où j’aime trop mon pays pour le quit- Conçu pour ma pâleur maladive.» C’est-à-dire,
ils étaient dévorés par les vautours. ter. Aujourd’hui, les mentalités ont se protéger de la symboliquement : «J’échange ma
chaleur, le labyrinthe
Depuis que cette pratique a été évolué dans le bon sens», observe de ruelles et de
faiblesse contre ta force.»
interdite pour des raisons sani- Shahin. Avant de reconnaître qu’il passages voûtés ne A Yazd, fief zoroastrien, Norouz
taires par le chah à la fin des an- reste du chemin pour apprendre laisse passer les est célébré avec davantage de fer-
nées 1960, le dakhma est devenu à vivre ensemble. Ainsi, elle a été rayons du soleil que veur encore. Les festivités com-
un objet de curiosité pour ceux taxée de «mécréante» par certains par intermittence. mencent cinq jours avant la fin de
qui ont le courage de gravir la col- professeurs du lycée de Yazd où l’année (le 15 mars). Aux pre-
line. En ce début novembre 2018, elle travaillait, car elle avait évo- mières lueurs du jour de l’an, un
Shahin, enseignante de 52 ans qui qué son admiration pour Cyrus le prêtre embrase un bûcher sur le
vit à Yazd, est de retour à Cham. Grand, fondateur de l’Empire toit du temple du feu. C’est le si-
Comme chaque année, elle est ve- perse au VIe siècle avant notre ère. gnal. Une myriade de brasiers il-
nue dans son village natal pour luminent les toits de la cité millé-
«Donne-moi ton rouge et
arroser les grenadiers qui poussent naire. A la veille de fêter l’année
prends ma pâleur maladive»
dans la cour de la maison de son 3556 du calendrier zoroastrien, la
enfance, non loin du grand cyprès. Malgré l’ostracisme, les zoroas- flamme allumée il y a plusieurs
Découvrez notre
Shahin peut témoigner des discri- triens voient avec fierté des rites vidéo en scannant
milliers d’années par Zarathous-
minations dont peuvent être vic- inspirés de leur religion rythmer cette page tra n’est pas près de s’éteindre. C
times les adeptes de Zarathous- la vie des Iraniens. C’est le cas du Retrouvez le mode
tra. «Ma mère, quand j’étais petite, nouvel an du calendrier persan, d’emploi p. 12 Ghazal Golshiri
se voyait souvent traitée d’“im- Norouz, célébré à l’équinoxe de
pure” par les commerçants mu- printemps (le 20 ou 21 mars). Des
sulmans à Yazd. Ils l’empêchaient feux sont allumés dans la rue et Retrouvez ce dossier dans Echos du
de toucher les fruits.» Les sœurs les Iraniens sautent par-dessus les monde la chronique de Marie Mamgioglou,
début février sur Télématin, présenté
de Shahin ont préféré s’installer flammes en criant : «Donne-moi par Laurent Bignolas, du lundi au samedi, sur France 2.
au Canada et aux Etats-Unis. «Moi, ta belle couleur rouge, et prends

GEO 107
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, UNE IRRÉSISTIBLE ENVIE DE CONNAÎTRE LE MONDE


EN COUVERTURE | L’Iran

GUIDE
SUR LES TRACES DE NOS REPORTERS

Tibor Bognar / Agefotostock


Place Imam Khomeini, palais Ali Qāpu, à Ispahan, voir p. 111

SEIZE ÉTAPES INOUBLIABLES EN IRAN

TÉHÉRAN, UNE HALTE CAPITALE

UN VOYAGEUR AVERTI …

POUR FAIRE CE VOYAGE

LA GASTRONOMIE IRANIENNE

SOUVENIRS, SOUVENIRS…

TROIS LIVRES, DEUX FILMS


PAR GHAZAL GOLSHIRI ET CYRIL GUINET

Abonnez-vous sur geomag.club GEO 109


GUIDE
SUR LES TRACES DE NOS REPORTERS

SEIZE ÉTAPES
INOUBLIABLES
DÉCORS LUNAIRES, FORÊT DANS LES NUAGES,
ÎLE ARC-EN-CIEL, PLAGES ROUGE SANG, POISSONS MARCHEURS
ET DANSES DERVICHES… NOS PLUS BELLES DÉCOUVERTES.

1 ture d’arêtes, de pentes et de cor- 4


niches aériennes en hiver ou à
QESHM : UNE FORÊT ENTRE TERRE ET MER l’automne. Ou encore s’y rendre MASOULEH : AU BAZAR DU GOÛT
Sur le littoral de l’île de Qeshm, les en fin de journée, une autre façon Voir les pittoresques maisons en
mangroves s’étendent à perte de de moins souffrir de la chaleur, et pisé de ce bourg de la province de
vue. L’hôte le plus répandu dans l’occasion de profiter du coucher Gilan émerger de la brume est un
cet écosystème est un arbre de de soleil sur le désert. spectacle inoubliable. Déambuler
trois à six mètres de haut : le harâ dans ses ruelles étroites et ses
3
ou palétuvier gris. Partir en barque nombreux escaliers, une balade
avec les pêcheurs locaux est l’oc- KHALED NABI : L’ÉTRANGE VALLÉE hors du temps : bâti en espaliers
casion d’apercevoir pélicans, fla- DES SEXES DE PIERRE à flanc de montagne (de façon à
mants roses, aigles ou encore les ce que le toit d’une habitation
étonnants poissons marcheurs qui Niché dans les plaines verdo– serve de cour à celle du dessus),
vivent sur les rives boueuses. Il est yantes du Golestan, dans le nord le village est – fait unique en Iran –
également possible de se baigner du pays, le site de Khaled Nabi est interdit à la circulation. Au bazar,
ou de faire de la plongée. unique pour ses centaines de il faut absolument goûter aux pâ-
stèles phalliques. Les plus an- tisseries à la vanille et au miel, et
2
ciennes dateraient d’un millier à une spécialité locale, le kolou-
CHAHKOOH : LE GRAND CANYON, d’années tandis que la plus ré- cheh, un régal de galette fourrée
VERSION PERSE cente aurait été érigée il y a… aux noix et à la cannelle.
soixante-dix ans ! Selon le seul ar-
5
L’île de Qeshm, la plus grande du chéologue à avoir étudié ce site, il
golfe Persique, abrite un décor lu- s’agit d’un cimetière. Et ces trou- ORAMAN : MONTAGNE ET DERVICHES
naire qui n’est pas sans rappeler blantes colonnes, dont certaines
les paysages de l’Ouest américain : atteignent trois mètres de haut, Ce qui frappe d’emblée ici, c’est
le canyon de Chahkooh. Ici, le auraient été dressées par un l’omniprésence de la pierre.
vent et la pluie ont, depuis des peuple qui vénérait la virilité. La A Oraman, hameau accroché à la
millénaires, sculpté des champi- route qui mène de Gonbad-e Qa- chaîne montagneuse de Zagros
gnons géants de pierre (appelés bus à Khaled Nabi (quatre-vingt- dans le Kurdistan iranien, tout
«demoiselles coiffées»), modelé cinq kilomètres) traverse des vil- près de la frontière irakienne, les
des piliers de grès tendre et accu- lages turkmènes et des prairies maisons, les moulins, les murets
mulé le sable en de spectaculaires couvertes de coquelicots et de des jardins, les enclos du bétail,
montagnes ocre. En raison des fleurs de colza, pendant les pre- tout est minéral ! Deux fois par
fortes températures, mieux vaut mières semaines du printemps an, en février et en avril, ce pitto-
s’aventurer dans cette architec- (fin mars et début avril). resque village organise un festi-

110 GEO Abonnez-vous sur geomag.club


EN COUVERTURE | L’Iran

val, nommé Pir-e Shaliar, qui per- rante-huit mètres de haut) fut Profiter de l’éblouissante perspec-
pétue les cérémonies et les rites construit en face de la mosquée tive sur la place Naghsh-e Jahân et
ancestraux de la région. Pendant du Sheikh Lutfallah par le chah sur la ville. Poursuivre pour décou-
trois jours, prières, concerts de daf (roi) Abbas le Grand, à la fin du vrir, au quatrième étage, le harem
(un grand tambour sur cadre, XVIe siècle. On y trouve d’abord les et, au cinquième, la chambre du
c’est-à-dire sans caisse de réso- communs, réservés autrefois aux roi. Le salon de musique, au
nance) et danses des derviches soldats et aux domestiques. Au ni- sixième niveau, est à ne pas man-
rythment alors la vie du bourg. veau suivant, les salles utilisées quer, avec son plafond orné de
pour les réceptions royales et moulures en plâtre, en forme de
6
autres divertissements. Le troi- vases. On n’y joue plus de musique,
ALI QĀPU : UN PALAIS ENCHANTEUR sième palier s’ouvre sur une large mais en élevant la voix ou en ta-
terrasse couverte, au plafond mar- pant dans les mains, on mesure
A Ispahan, cet étonnant bâtiment queté soutenu par dix-huit co- immédiatement l’excellente
cubique sur six niveaux (et de qua- lonnes de bois décorées de miroirs. acoustique de la pièce.
Alamy / Hemis.fr

7 CHEHEL SOTOUN : LE GARDIEN DES SAFAVIDES


Son nom signifie «aux quarante colonnes». Etonnant, puisque ce joyau d’Ispahan, chef-d’œuvre
de l’architecture safavide datant du XVIIe siècle, n’en possède que vingt ! A moins que l’on n’y ajoute
leur reflet dans le grand bassin d’albâtre juste en face… A l’intérieur du palais, de grandes fresques
murales, représentant banquets, réceptions et batailles exaltent la grandeur et le courage
guerrier des chahs (rois) qui imposèrent le chiisme en Iran et firent d’Ispahan la capitale du pays.

GEO 111
EN COUVERTURE | L’Iran Bakou

AZERBAÏDJAN
ARMÉNIE

Mer
Ardabil
Tabriz Caspienne
TURQUIE Lac ARDABIL
d’Ourmia
AZERBAÏDJAN
Ourmia ORIENTAL
Rasht
MASOULEH
4
AZERBAÏDJAN GILAN
OCCIDENTAL Zanjan Ch Forteresse
14 aî d’Alamut Amol
ne
TAKHT-E SULEIMAN
ZANJAN
d e MAZANDARAN
Qazvin l’Elb
ALBORZ
ourz
KURDISTAN
QAZVIN Karaj Téhéran
Sanandaj TÉHÉRAN
ORAMAN TAKHT 5 HAMEDAN

Hamadan
QOM
KERMANSHAH MARKAZI Qom
Kermanshah Arak
Kashan
Khorramabad ISPAHAN

Bagdad ILAM
LORESTAN

PALAIS D’ALI QĀPU 6


C PALAIS DE CHEHEL SOTOUN 7 Ispahan
E
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RO E
CATHÉDRALE ARMÉNIENNE 13

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I DE VANK

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A CHAHARMAHAAL-
IRAK KHOUZISTAN

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ET-BAKHTIARI

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IRAN Ahvaz

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I Q KOHGILUYEH-ET-
U E BUYER AHMAD

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Bassora
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O c é a n
NAQSH-E ROSTAM 15
I n d i e n
PERSÉPOLIS 16

Z
KOWEÏT
Chiraz
Immense pays de montagnes a
Koweït g
et de déserts, l’Iran est riche
de deux façades maritimes et de BOUCHEHR r
o s
nombreux sites archéologiques,
palais et mosquées, dont certains
Golfe
protégés par l’Unesco. Cette
nation de 88 millions d’habitants Persique
SIRAF 11
vit depuis 1979 sous une stricte
loi religieuse. Les visiteurs y sont
bienvenus, à condition de se
ARABIE
conformer aux règles d’usage
(bras et jambes couverts, SAOUDITE
BAHREÏN
foulard pour les femmes, pas de
contact physique en public, etc).

Q ATA R

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GUIDE
SUR LES TRACES DE NOS REPORTERS

T U R K M É N I S TA N

Achgabat
3
CIMETIÈRE DE KHALED NABI
GOLESTAN
KHORASSAN
DU NORD
Gorgan
8 JANGAL-E ABR (FORÊT DES NUAGES)
Sabzevar Mechhed
Shahroud
Nishapur

KHORASSAN
RAZAVI
SEMNAN Torbat-e
Kashmar Heydarieh
r
Dasht-e Kavi
Hérat
12 DÉSERT DE MESR
D é

A F G H A N I S TA N
IRAN Birjand
s e

KHORASSAN
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DU SUD

Yazd
d u

YAZD
L o u t

Zabol

RUINES DE SHAHR-E SOKHTEH 10


Kerman

KERMAN
Zahedan
Bam

HORMOZGAN
SISTAN-ET-

FORÊT DE MANGROVE Bandar Abbas


BALOUCHISTAN PA K I S TA N
DE QESHM 9 VALLÉE DES STATUES, ÎLE D’ORMUZ
1
2
t ro i
CANYON Dé t d’ O
DE CHAHKOOH
rm
uz

100 km
É M I R AT S
ARABES UNIS

Golfe
d’Oman
OMAN GEO 113
EN COUVERTURE | L’Iran

des traces de chirurgie du cerveau. vir est également d’une beauté


8
Un ancêtre du dessin animé, po- ensorcelante. Le village de Mesr
ABR : LA FORÊT DANS LES NUAGES terie du IIIe millénaire avant notre (200 habitants environ), à 500 ki-
ère sur laquelle figurent cinq lomètres au sud-est de Téhéran,
Vision féerique : telles des échar– dessins décomposant le mouve- est l’endroit idéal pour profiter du
pes cotonneuses, les nuages s’en- ment d’un bouquetin bondissant spectacle : après le coucher du so-
roulent autour de la cime des (aujourd’hui conservée au musée leil sur les ergs dorés, dans la nuit
arbres, recouvrant la frondaison national d’Iran à Téhéran). C’est d’un noir profond, les étoiles cli-
d’un édredon vaporeux. Cette fo- dire combien les habitants de gnotent, si proches qu’on a l’im-
rêt de 35 000 hectares est située Shahr-e Sokhteh (la «ville brûlée») pression de pouvoir les toucher !
dans la partie centrale des mon- étaient avancés. Après une pro- Pour profiter pleinement de cette
tagnes d’Alborz, à une quarantaine menade dans les anciennes expérience à l’automne, il est pré-
de kilomètres de la ville de Shah- ruelles, découvrir le musée de la férable de passer la nuit dans une
roud. Des terrains de camping, ville où sont conservés poteries, des petites auberges du village.
comme le camp de Jangal-e Abr, ossements, tissus, bijoux et outils
13
permettent de planter sa tente à main, trouvés lors des fouilles.
dans cet endroit magique et d’y VANK : LA SIXTINE ORTHODOXE D’ISPAHAN
11
passer la nuit quand le thermo-
mètre ne descend pas trop bas. SIRAF : D’ÉNIGMATIQUES VESTIGES Crucifixion et résurrection du
Les meilleures périodes pour en HISTORIQUES Christ, scènes du paradis et de
profiter pleinement sont fin oc- l’enfer, terrible Jugement dernier…
tobre, début novembre ou au dé- Avec son climat doux durant l’au- Voici quelques-unes des fresques
but du printemps. tomne et l’hiver, ses sources d’eau datant du XVIIe siècle que l’on peut
minérale, sa proximité avec les admirer à l’intérieur de la cathé-
9
îles touristiques du golfe Persique, drale orthodoxe Vank (ou cathé-
ORMUZ : VOYAGE ONIRIQUE SUR L’ÎLE sa faune et sa flore caractéris- drale Saint-Sauveur), au cœur de
AUX MILLE ET UNE COULEURS tiques, la province de Bouchehr la Nouvelle-Djoulfa, le quartier ar-
(sud du pays) ne manque pas d’at- ménien d’Ispahan. Une fantasma-
Certains la surnomment l’île arc- trait. A noter, l’architecture ances- gorie de couleurs, sur fond d’or, re-
en-ciel. Plages rouge sang, collines trale du port de Siraf (proche de haussée par les lumières des
déchiquetées vertes, brunes, la ville de Kangan), fondé sous la lustres et des cierges. Etablis prin-
noires ou bleutées… Les paysages dynastie sassanide (IIIe-VII siè– cipalement à Téhéran et à Ispa-
d’Ormuz, au nord-ouest du détroit cle). Il faut prendre le temps de han, les Arméniens représentent
du même nom, ont effectivement découvrir, au nord de la ville de la plus importante minorité chré-
de quoi enflammer l’imagination. Siraf, les étranges excavations tienne d’Iran (entre 200 000 et
Au centre de l’île, la vallée des Sta- creusées dans les collines. On a 400 000 personnes). Le sanc-
tues, veine étroite rougie par la longtemps cru qu’il s’agissait de tuaire, ouvert tous les jours sauf
présence d’oxyde de fer, est une tombes, avant de comprendre que pendant les offices réservés aux
curiosité à ne pas manquer : les ces fosses à ciel ouvert étaient en fidèles, abrite également un mu-
éléments y ont façonné la roche, réalité des réservoirs d’eau. sée consacré à l’histoire des Ar-
lui donnant des formes d’animaux méniens de la Nouvelle-Djoulfa,
12
ou de personnages. une imprimerie ancienne et une
MESR : UNE ESCALE MAGIQUE bibliothèque regroupant quelque
10
DANS LE DÉSERT 700 manuscrits arméniens.
SHAHR-E SOKHTEH : UN PRODIGIEUX 14
VOYAGE DANS LA NUIT DES TEMPS A l’infini, des marais et des lacs
salés asséchés par un soleil impi- TAKHT-E SULEIMAN : UNE IMMERSION
Les fouilles effectuées sur ce site toyable. Plus de 200 000 kilomè- DANS LE ZOROASTRISME
de 275 hectares datant d’environ tres carrés (presque un tiers de la
5 000 ans sur une rive de la rivière France) de dunes de pierres et de L’incroyable beauté du paysage à
Helmand, dans l’est du pays, ont sable balayés par le vent. Sauvage 1 500 mètres d’altitude explique
livré des trésors. Un crâne portant et hostile, le désert de Dasht-e Ka- peut-être que l’endroit ait été

114 GEO Abonnez-vous sur geomag.club


CSP-Leonid Andronov / Agefotostock
GUIDE
SUR LES TRACES DE NOS REPORTERS

15 NAQSH-E ROSTAM, DERNIÈRE DEMEURE DE DARIUS Ier


A cinq kilomètres de Persépolis se situe le site archéologique de Naqsh-e Rostam (le
«portrait de Rostam»), les Perses pensant que les bas-reliefs sassanides sous les tombes
représentaient Rostam, un héros mythique perse. La nécropole regroupe quatre
sépultures royales creusées dans la falaise, dont celle, clairement identifiée, de Darius Ier.

perçu comme sacré par les civili- jamais éteints censés exister de- lossaux (5,5 mètres) encadrant la
sations anciennes d’Iran. Au cœur puis l’aube de la création. porte des Nations se dressent tou-
d’une mosaïque de champs, à jours comme un défi au temps. Le
16
400 kilomètres à l’ouest de Téhé- point de vue qu’offre le Kuh-e
ran, se dressent aujourd’hui les PERSÉPOLIS : L’INDESTRUCTIBLE RÊVE Rahmat («la montagne de la mi-
ruines de ce qui fut l’un des plus DE DARIUS LE GRAND séricorde», toute proche) permet
importants centres culturels du d’embrasser du regard le com-
zoroastrisme, la religion des Perses Dans un excès de fureur guerrière, plexe palatin. L’escalier monu-
avant l’arrivée de l’islam [voir Alexandre le Grand avait envoyé mental, le palais des Cent co-
notre reportage à Yazd]. Parmi les ses troupes brûler et raser – en lonnes, l’apadana (la salle
vestiges de Takht-e Suleiman, lit- une seule journée, prétend la d’audience de Darius), l’allée des
téralement «le trône de Salomon», chronique – Persépolis, la capi- Processions… chantent encore la
une magnifique tour du silence tale de l’empire perse, comme gloire, le faste, la splendeur de la
(dakhma) où les adeptes aban- pour l’effacer à jamais de la mé- grande cité antique. Persépolis
donnaient leurs morts aux vau- moire des hommes. C’était en 331 semble bien telle que l’avait rê-
tours, ainsi qu’un temple qui, dit- avant notre ère. Mais vingt-trois vée Darius Ier, son premier bâtis-
on, abritait un des trois feux sacrés siècles plus tard, les taureaux co- seur : immortelle.

GEO 115
GUIDE
SUR LES TRACES DE NOS REPORTERS

TÉHÉRAN,
UNE HALTE CAPITALE
ARCHITECTURE, HISTOIRE, DÉGUSTATION, SHOPPING
ET MÊME NATURE, LA VILLE SURNOMMÉE «CITÉ DES SOIXANTE-DOUZE
NATIONS» MÉRITE LARGEMENT QU’ON S’Y ATTARDE.

À F A I R E tiques, les bazari (commerçants) UNE JOURNÉE


proposent leurs produits à la dé- À LA MONTAGNE
gustation : prunes cuites, pâtes de
LE SHOPPING RAFFINÉ,
fruits, confiseries à l’eau de rose… L’un des plus grands atouts
C’EST COMODE «On peut tout acheter au bazar, du
3
– méconnu – de la capitale
Dans le quartier chic de Fe- lait de poule à l’âme d’un homme», est sa proximité avec la chaîne
1
reshteh, les gratte-ciel ont affirme un proverbe iranien. Les montagneuse de l’Elbourz… et la
poussé comme des champignons. dix kilomètres d’allées étroites re- neige. Au départ de l’avenue Velen-
Parmi ces buildings, qui rivalisent gorgent de produits frais, de fleurs, jak, dans le nord de la ville, le té-
d’audace architecturale, le Sam d’épices, mais aussi d’étoffes, de léphérique dépose la jeunesse do-
Center, élégant et flambant neuf tapis, de papier, de cuivre… On y rée de Téhéran en trente minutes
(il a été inauguré en 2011), est l’un trouve également des banques, des au pied des pistes de Tochal, sa
des centres commerciaux les plus restaurants, une église, une caserne station favorite. Autre option : à
en vogue de la capitale. Au pre- de pompiers et des mosquées. Une une heure de route, le domaine de
mier étage, au milieu des maga- visite matinale, entre 9 heures et Shemshak, idéal pour les ama-
sins luxueux, se trouve la boutique 12 heures, évitera bien des désa- teurs de ski alpin, ou la poudreuse
Comode où, dans un décor mini- gréments à ceux qui redoutent la de Dizine, parfaite pour le snow-
maliste, élégant et raffiné, des créa- cohue et les bousculades. board. Praticables entre novembre
teurs iraniens proposent bijoux, et avril, très ensoleillées et bon
vases, vêtements, maroquinerie, marché, ces pistes attirent de nom-
souvent inspirés. A des prix deve- breux Iraniens de la diaspora qui
nus très attractifs pour les visiteurs ne reviennent au pays que pour
étrangers (la monnaie iranienne, skier. Mieux vaut donc éviter les
le rial, a perdu 50 % de sa valeur jours fériés et le week-end (c’est-
entre mai et décembre 2018). à-dire les jeudis et vendredis) pour
en profiter pleinement.
UN PETIT TOUR AU GRAND BAZAR
DE TAJRISH DÉGUSTATION CONVIVIALE
SUR L’AVENUE 30 TIR
Un tourbillon de couleurs,
2
d’odeurs et de saveurs : dans En plein cœur de Téhéran,
4
le nord de Téhéran, à quelques pas l’avenue 30 Tir est l’une des
Dupuis / Andia.fr

de la station de métro Tajrish, le rares chaussées pavées de la capi-


grand bazar est un labyrinthe fas- tale. Célèbre pour ses monuments
cinant. Sur le seuil de leurs bou- historiques (Musée national, siège

116 GEO Abonnez-vous sur geomag.club


Mt Tochal
Télécabines 3 942 m

EN COUVERTURE | L’Iran

Mt Tochal
3 942 m

STATION DE SKI Quartier de loisirs


DE TOCHAL 3 de Darband
1 900 M Complexe historique
de Saadabad

2 BAZAR DE TAJRISH

Prison d’Evin
1 SAM CENTER
Centre international
des expositions

li Asr
Avenue Va
5 PONT NATURE

Tour Milad

Musée du tapis Ancienne ambassade


MUSÉE D’ART CONTEMPORAIN 8 des États-Unis

Tour Azadi Musée du Verre et de la Céramique


Mosquée Vali Asr
7 MUSÉE FARMANFARMAIAN
Aéroport
international AVENUE 30 TIR 4 Musée national des joyaux de la Couronne
Musée national archéologique
Mehrabad Place Hasan Abad
Place Imam Khomeini
Park-e Shahr (parc de la ville) 6 PALAIS DU GOLESTAN
9 VERS LA TOUR DE TUGRUL
Grand Bazar
2 km

du ministère des Affaires étran- airs joyeux de grand restaurant à Construite en 2014, cette passe-
gères, ou encore le petit mais su- ciel ouvert. Pendant les périodes relle réservée aux piétons s’est ra-
blime musée du Verre et de la Cé- de fête, comme Norouz, le jour de pidement imposée comme l’un
ramique), elle est en vogue depuis l’an persan, ce quartier prisé des des édifices les plus populaires
quelques années pour une autre Téhéranais attire des musiciens de de la capitale. Equilibriste de
raison : dès le matin, une armada rue. Ambiance festive garantie. 2 000 tonnes, elle surplombe à
de food trucks envahissent les plus de 40 mètres du sol l’auto-
trottoirs et proposent sandwichs, À V O I R route Modarres pour relier le parc
pizzas, kebabs ou des spécialités de Taleghani, à l’est, à celui d’Ab-
iraniennes comme la glace à la TABIAT BRIDGE, LE PONT NATURE : o-Atash dit «de l’eau et du feu», à
pistache, au safran ou à l’eau de FUTURISTE ET ENCHANTEUR l’ouest. Et se compose de trois ni-
rose. Que l’on déguste debout de- veaux : le premier est un lieu de
vant le camion ou assis à l’ombre Ce rêve de poutrelles d’acier, convivialité où l’on trouve cafés et
5
d’un parasol en terrasse, l’endroit de câbles et de haubans en- restaurants. Le deuxième, un lieu
idéal pour manger à petit prix chevêtrés est sorti de l’imagina- de passage réservé aux flâneurs,
et prendre le pouls de la ville. La tion d’une architecte iranienne de aux cyclistes, voire aux cavaliers.
nuit tombée, l’avenue prend des 26 ans à l’époque, Leila Araghian. Le troisième niveau est dédié

GEO 117
GUIDE
SUR LES TRACES DE NOS REPORTERS

MUSÉE D’ART CONTEMPORAIN :


LES TRÉSORS OUBLIÉS DE L’OCCIDENT
Comment ne pas être im-
8
pressionné par la collection
conservée dans cet édifice inau-
guré deux ans avant la révolution
de 1979, à l’architecture inspirée
des constructions traditionnelles
iraniennes ? Les neuf galeries
(5 000 mètres carrés) de ce mu-
sée situé à l’ouest du parc Laleh,
dans le centre de la capitale, ac-
cueillent des tableaux de Miró,
Dalí, Gauguin, Van Gogh, Monet,
Munch ou encore Jackson Pollock,
Andy Warhol et Francis Bacon.
Profiter du café, lumineux et

UIG / Getty Images


agréable, qui ouvre sur le jardin des
Sculptures où l’on peut admirer
des œuvres de Magritte, Giaco-
metti, Ernst et Henry Moore. En

LE FABULEUX PALAIS DU GOLESTAN


cours de rénovation, le musée rou-
6 vrira ses portes en avril 2019.

A l’abri derrière une enceinte qui le préserve des embouteillages LA TOUR DE TUGRUL : ÉTONNANTS
de la capitale, cet ensemble de bâtiments témoigne de la JEUX DE SON ET LUMIÈRE
gloire de la dynastie des Qadjars qui régna sur l’Iran de 1796
à 1925. L’architecture grandiose du palais du jardin des fleurs Pour se rendre sur le site de
– c’est la traduction de son nom – mêle les influences 9
la tour de Tugrul, dans le
orientales et européennes. Ne manquez sous aucun prétexte quartier de Ray, au sud de Téhé-
la splendide salle du Trône de marbre et la salle des Miroirs,
ran, en évitant les embouteillages,
inspirée de la galerie des Glaces du château de Versailles.
emprunter la ligne 1 du métro
jusqu’à la station Shahr-e-Ray puis
prendre un taxi. Il est conseillé
d’arriver deux heures avant le cou-
à la contemplation. On peut restan, rendez-vous des amoureux cher du soleil, puisque cet édifice
y apprécier la vue sur Téhéran, sur et des flâneurs en quête de tran- de vingt mètres de haut fonctionne
les espaces verts et la forêt, ainsi quillité, un bâtiment expose dé- comme un cadran solaire. Mais la
que sur les reliefs de l’Elbourz. sormais cinquante et une créations tour est surtout un monument fu-
de cette presque centenaire (elle néraire qui doit son nom au fon-
LE MUSÉE ENCHANTEUR DE est née en 1922). Fascinantes et dateur de la dynastie seldjoukide
MONIR SHAHROUDY FARMANFARMAIAN hypnotiques, ses estampes abs- (XIe-XIIe siècle), Tugrul-Beg, sur-
traites, ses figures géométriques nommé le Prince Epervier, dont
Cette dame aux allures de sur verre et ses mosaïques miroirs elle abriterait la sépulture. Ce po-
7
paisible grand-mère est une puisent dans l’histoire lointaine de lygone de vingt-quatre angles a
grande artiste. Monir Shahroudy l’Iran et de la Perse pour en reflé- perdu le dôme qui le coiffait au-
Farmanfarmaian est la première ter la subtilité. Un univers à décou- trefois dans un tremblement de
femme iranienne à avoir eu l’hon- vrir, avant de goûter, au restaurant terre. L’acoustique, à l’intérieur, est
neur, en 2017, de voir un musée à du parc, à un moment de calme et étonnante : un murmure au centre
son nom inauguré pour accueillir de sérénité, en dégustant une in- de la tour est audible de toutes les
ses œuvres. Dans le jardin Nega- fusion d’herbes et de fleurs. personnes alentour.

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EN COUVERTURE | L’Iran

UN VOYAGEUR POUR FAIRE


AVERTI… CE VOYAGE
… EN VAUT DEUX. COMMENT SE COMPORTER VISA, MEILLEURES SAISONS
EN IRAN ? NOS CONSEILS ET ORGANISATION, TOUT CE QU’IL FAUT
POUR NE PAS COMMETTRE D’IMPAIRS. SAVOIR AVANT DE PARTIR.

U
n inconnu vous cède sa place dans le métro de QUELLES FORMALITÉS ?
Téhéran ? Un quidam propose de vous héberger
chez lui ? Au bazar, le client d’une pâtisserie Un visa touristique est nécessaire pour séjourner
vous offre les gâteaux qu’il vient d’acheter ? Ne en Iran. Le formulaire de demande est à télécharger
vous étonnez pas. Vous faites l’expérience du taarof, un sur le site e_visa.mfa.ir. Comptez trois semaines
mélange d’hospitalité, de courtoisie et de politesse à pour obtenir la réponse de Téhéran. Vous pouvez
l’iranienne. Un code social si solidement ancré dans également faire une demande de visa touristique
l’âme perse qu’il est préférable de l’assimiler pour pro- à l’arrivée à l’aéroport Imam-Khomeini de Téhéran.
fiter pleinement de son séjour. Règle de base : refuser Attention : depuis le rétablissement des sanctions
au minimum trois fois tout ce qu’on vous propose. Si américaines, un décret oblige les Européens ayant
votre interlocuteur ne réitère pas son offre ou son invi- voyagé en Iran à demander un visa pour pouvoir
tation au-delà, c’est qu’il n’était pas sincère et n’obéis- se rendre aux Etats-Unis. Certains contournent cet
sait qu’aux impétueuses règles du taarof. Voici trois inconvénient en passant par une agence de voyages
situations auxquelles vous pourriez être confronté. iranienne, qui établit un visa sur feuille volante.

Vous prenez un taxi. Arrivé à destination, QUAND PARTIR ?


le chauffeur refuse que vous régliez la course.
Insistez jusqu’à ce qu’il accepte l’argent. Pendant la haute saison (mars-mai), les
températures sont idéales. L’affluence des touristes
De même lorsqu’un commerçant prétend que
fait cependant flamber les prix, surtout pendant
vos achats sont gratuits ! les fêtes de Norouz (21 mars-3 avril). Pour fuir
les grosses chaleurs (juin-octobre), qui peuvent
dépasser les 40 °C, les zones montagneuses,
Vous êtes invité à prendre le thé chez des Iraniens plus fraîches, sont à privilégier. A la basse saison
dans l’après-midi. Au moment du départ, on (novembre-février), un froid glacial sévit
vous propose de rester pour le dîner. Attention ! dans l’ouest et le nord-est du pays. Il y a alors moins
Montrez votre détermination à ne pas vouloir vous de touristes, les prix des hébergements chutent
imposer afin d’estimer si vos hôtes ont réellement de 10 à 50 %... et c’est la bonne période pour skier.
le désir de prolonger la soirée avec vous.
PEUT-ON VOYAGER SEUL ?

Au moment où vous entrez dans une boutique, Efficacité des transports (avion, train, bus),
un groupe de personnes s’apprête à en faire hospitalité des Iraniens qui sauront souvent vous
autant, les uns offrant aux autres de franchir renseigner en anglais : partir en Iran sans agence
la porte en premier, à grand renfort de befarmaid de voyages ne présente aucune difficulté, pour
les hommes comme pour les femmes, pour
(s’il vous plaît), une phrase que vous entendrez les personnes seules ou pour les groupes. Faire
souvent. Ne passez pas devant tout le monde. appel à un guide local ou à un guide chauffeur
Rien ne serait plus impoli alors que les autres indépendant (avec licence) est idéal, car il sera plus
sont engagés dans une compétition de taarof. souple qu’un voyage organisé et moins onéreux.

GEO 119
GUIDE
SUR LES TRACES DE NOS REPORTERS

LA GASTRONOMIE
IRANIENNE
SOUPES, PLATS MIJOTÉS OU DOUCEURS
SUCRÉES, LES RECETTES TRADITIONNELLES
LOCALES À GOÛTER ABSOLUMENT.

LE GHORMEH-SABZI LE FESENDJOUN
Le plat national ! Un mélange d’herbes aromatiques Ce ragoût à base de poulet, de noix et de jus de
(persil, civette, feuilles de fenugrec), de haricots grenade est servi avec du riz, souvent safrané.
rouges, d’oignons et de viande de mouton ou En Iran, on prétend que le fesendjoun a le goût du
d’agneau. Mais l’ingrédient indispensable – qui lui paradis, d’où est originaire la grenade. Selon la
donne son goût unique ! – est la «lime noire» : préparation, le goût sucré du plat peut prendre le
un citron vert séché en plein air sous dessus sur l’acidité de la grenade, ou vice versa.
le soleil du golfe Persique. Comme
presque tous les plats iraniens,
le ghormeh-sabzi est servi avec du
riz safrané et de l’oignon frais.

Ghormeh-sabzi LE FALOUDEH
Servi chez tous les glaciers
Fesendjoun du pays, ce dessert originaire
de la région de Chiraz (où
on l’appelle faloudeh shirazi,

L’ABGOUSHT Abgousht c’est-à-dire «de la ville de


Chiraz») est constitué de
vermicelles de riz glacés et
Cette soupe copieuse à base de d’eau de rose. Il est servi avec
viande de mouton, de pois chiches,
d’oignons et de pommes de terre
Faloudeh du jus de citron ou de cerise.
Des Iraniens aiment y ajouter
est le plat le plus populaire du pays. un peu de la délicieuse crème
Les Iraniens le dégustent en deux
étapes : d’abord le bouillon, dans Sohan glacée traditionnelle à la
pistache et à l’eau de rose.
lequel ils trempent des morceaux Un mélange recommandé
de pain. Puis les aliments solides, notamment pendant
qui sont consommés écrasés à les chauds mois d’été.
l’aide d’un goosht-koob (un
«mortier à viande»). Au restaurant,
vous pouvez entreprendre
vous-même cette tâche ou la LE SOHAN
confier au serveur. L’abgousht se
savoure accompagné de torshi, des Cette confiserie à base de blé, d’amandes, de pistaches, de safran,
légumes marinés dans le vinaigre. de sucre et de cardamome accompagne traditionnellement
une tasse de thé, à la fin du repas. Produit principalement à Qom,
la ville sainte du chiisme, à 150 kilomètres au sud-ouest de
Téhéran, ainsi qu’à Ispahan, le sohan est vendu dans des
boîtes métalliques… Idéal pour en rapporter dans sa valise !

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EN COUVERTURE | L’Iran

SOUVENIRS, TROIS LIVRES,


SOUVENIRS… DEUX FILMS
OBJETS ARTISANAUX, ÉPICES, AVANT DE PARTIR OU AU RETOUR,
FRUITS SECS… DES CONSEILS POUR CONTINUER LE VOYAGE AVEC
TOUTES LES BOURSES. NOTRE SÉLECTION CULTURELLE.

ALAMUT
Fondé sur des faits historiques, cet imposant roman retrace
l’épopée de la secte chiite des Assassins. Ces tueurs fanatisés
et drogués par un chef cruel surnommé «le Vieux de la Montagne»
combattirent, au XIe siècle, les sultans sunnites de Bagdad.
A lire avant de visiter la forteresse d’Alamut, à une centaine de
kilomètres de Téhéran. De Vladimir Bartol, Libretto, 12,80 €

L’IRAN EN 100 QUESTIONS


Qui étaient les Perses ? Pourquoi l’Iran est-il devenu
Le prix d’un TAPIS PERSAN dépend de la qualité des chiite ? Qui est Hassan Rohani ? Culture, art, gastronomie,
matériaux de la trame et du velours (laine, soie…), de la histoire… Deux spécialistes reconnus de l’Iran donnent
finesse des motifs et de la densité des nœuds. Les prix les clés pour comprendre ce pays qui inquiète et fascine
vont de quelques dizaines d’euros à 2 000 euros. Com- à la fois. De Thierry Kellner et Mohammad-Reza
parez les tarifs et marchandez. Vous pouvez aussi vous Djalili, Tallandier, 10 €.
rabattre sur un KILIM, tapis sans velours à motifs géo-
métriques, brodé et non noué. Attention : les douanes CENT UN GHAZALS AMOUREUX
peuvent vous réclamer une facture à votre retour.
Il chantait l’amour et le vin. Six siècles après sa mort, Hâfez de
Les MARQUETERIES les plus réputées proviennent de
Chiraz reste le plus célèbre et le plus aimé des poètes de langue
Chiraz et d’Ispahan. Vous trouverez de jolies boîtes à bijoux,
cadres ou plateaux de bois, d’os et de métal incrustés. persane. Cette traduction d’une centaine de ses poèmes amou-
Mais aussi des PIERRES PRÉCIEUSES ET SEMI-PRÉ- reux évoquant les thèmes mystiques du soufisme (ghazals)
CIEUSES, telle la TURQUOISE, réputée porte-bonheur permet de découvrir cette littérature si différente de la nôtre.
et antistress. La POTERIE est une tradition ancestrale en De Hâfez de Chiraz, Gallimard, 18,20 €.

En haut : Dmytro Smolyenko / Barcroft / Getty Images ; en bas : Agostini Picture Library / Getty Images
Iran que perpétuent des villes comme Meybod (province
de Yazd) ou Natanz (province d’Ispahan). Celles en forme À PROPOS D’ELLY…
de grenades, de chevaux ou d’oiseaux sont typiques.
La vie d’un groupe de trentenaires en vacances
Les gourmands pourront ramener des PISTACHES émon-
bascule lorsque la belle Elly disparaît mystérieuse-
dées, salées, au citron ou au SAFRAN. Vous trouverez
ment. Un thriller palpitant, un regard sur ces Ira-
«l’or rouge», justement, très utilisé dans la cuisine ira-
niens nés après la révolution de 1979, et un voyage
nienne, entre 1 et 15 euros, dans tous les bazars du pays.
sur les rives de la mer Caspienne. D’Asghar
Farhadi, DVD de 114 min, 12,06 €

TAXI TÉHÉRAN
Ours d’or au festival de Berlin en 2015, ce film entre fiction et
documentaire suit les pérégrinations d’un taxi dans les rues
animées de Téhéran. Les clients qui se succèdent et qui se
confient au chauffeur dressent le portrait de la société iranienne
actuelle. De Jafar Panahi, DVD de 82 min, 14,98 €

GEO 121
LE MONDE EN CARTES

REMUEZ�VOUS,
LES ENFANTS !
PAR ANNE CANTIN (TEXTE) ET HUGUES PIOLET (ILLUSTRATION)

C
’est une épidémie mondiale ! tions de capteurs placés sur eux. Ce-
Une étude parue en no- pendant, le constat général est déso-
vembre dernier démontre lant : les trois quarts des pays
que les 6-18 ans ne bougent obtiennent, pour le critère «activité CANADA
pas assez. 517 experts (uni- physique globale», les notes D – ce qui
versitaires et professionnels spécia- signifie que seuls 20 à 39 % de leurs
listes de la santé, du sport ou du mou- enfants bougent au moins une heure
vement, regroupés dans l’ONG Active par jour – ou F (moins de 20 % des en-
Healthy Kids Global Alliance) ont ana- fants). Une catastrophe car, selon l’Or-
lysé l’activité physique des enfants de ganisation mondiale de la santé, ces ÉTATS-UNIS
quarante-neuf nations selon dix cri- soixante minutes d’activité quoti-
tères donnés, tels que le temps passé dienne sont le gage d’une bonne santé
à jouer en plein air ou devant les physique et mentale, de capacités co- MEXIQUE
écrans, celui consacré au sport ou en- gnitives performantes et d’un moindre
core l’utilisation d’un mode de trans- risque de dépression. Avec un D, la
port actif (marche, vélo…) pour aller à France figure elle aussi parmi les VENEZUELA
l’école. Difficile d’en tirer des compa- cancres. En cause, notamment, le peu
ratifs précis, les méthodes de collecte de temps consacré au sport à l’école : COLOMBIE
des données n’étant pas harmonisées, trois petites heures hebdomadaires ÉQUATEUR
certaines reposant sur les déclarations en moyenne en primaire, quatre au BRÉSIL
des enfants, et d’autres, sur les indica- collège et… deux au lycée. C

L’étude utilise le système de notation scolaire américain. Les pays reçoivent


A, B, C, D ou F en fonction du pourcentage d’enfants remplissant un critère donné.
Un F (de fail, échec) correspond à la plus mauvaise note.

A Plus de 80 % B De 60 à 79 % C De 40 à 59 % D De 20 à 39 % F Moins de 20 %
CHILI

URUGUAY
Source : AHKGA (Active Healthy Kids Global Alliance)

NE RRE LIE
E MAG L ETE TRA SIL LI NE
TRANSPORT Pourcentage d’enfants utilisant ALL ANG AUS BRÉ CHI CHI
un mode de transport non motorisé
pour se rendre à l’école ou à leurs activités. D
C C D
F C B
F C
ÉCRANS Pourcentage d’enfants passant
moins de deux heures par jour devant D D D
C D
F D
C D
F
un écran (recommandation de l’OMS).

122 GEO
ACTIVITÉ PHYSIQUE GLOBALE :
POURQUOI LA SLOVÉNIE
SEULS NEUF PAYS OBTIENNENT EST-ELLE LA PREMIÈRE
UNE NOTE ACCEPTABLE DE LA CLASSE ?
Dans les écoles slovènes, le sport
est roi. Depuis la création du pays,
il y a trente ans, le ministère de
l’Education et du Sport favorise
SUÈDE l’activité physique en milieu
DANEMARK
FINLANDE scolaire en imposant cinq journées
obligatoires par an entièrement
PAYS-BAS consacrées au sport, en
ESTONIE
LITUANIE promouvant des compétitions
ÉCOSSE
entre établissements et en créant
PAYS DE GALLES POLOGNE des écoles en pleine nature.
ANGLETERRE RÉP. TCHÈQUE Aujourd’hui testée dans
FRANCE CORÉE 155 établissements, la pratique
SLOVÉNIE
DU SUD obligatoire d’une heure de sport
ESPAGNE BULGARIE
par jour devrait être généralisée
PORTUGAL ALLEMAGNE CHINE d’ici à trois ans. Déjà, 86 % des
LIBAN TAÏWAN garçons et 79 % des filles
NÉPAL
HONGKONG bougent 60 min par jour (sport,
QATAR BANGLADESH déplacements, jeux), soit la
E.A.U. recommandation de l’OMS : la
THAÏLANDE
Slovénie est le seul pays de l’étude
INDE à obtenir une bonne note : B.
ÉTHIOPIE
NIGERIA

AUSTRALIE
ZIMBABWE
NOUVELLE-
ZÉLANDE
AFRIQUE DU SUD

Cette carte illustre la proportion


des 6-18 ans pratiquant au
moins 60 minutes d’activité
physique modérée à intense par
jour, soit la recommandation de Trop sédentaires ! L’étude a évalué
l’OMS pour être en bonne santé. la proportion de scolaires utilisant
Bilan : peut mieux faire. Aucun
pays n’obtient la note maximale. un mode de TRANSPORT NON
MOTORISÉ pour se rendre à l’école
ou à leurs activités. Parmi les
pays les mieux notés, le Japon (A)
où, depuis 1953, les trajets école-
domicile (marche des écoliers en
groupe, dénonciation des individus
suspects sur le chemin des
écoliers…) sont sécurisés.
Certaines villes rendent même
S obligatoire le fait de venir à l’école
EMA
RK
SSE UNI DE
NCE GKO
NG A AS IE WE
TS- LAN E ON AL ERI S-B VÉN DE BAB à pied ! L’OMS recommande aussi
DAN ÉCO ÉTA FIN FRA HON IND JAP NÉP NIG PAY SLO SUÈ ZIM
que les enfants passent MOINS
B C D
C B C B F A
B A
B B B C C A DE DEUX HEURES PAR JOUR
DEVANT UN ÉCRAN. Parmi les
pays développés, seule la Slovénie
D D
F D D D C B
C C B B
F B
C B B
C B obtient un score satisfaisant.

GEO 123
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GRAND REPORTAGE

Comme la plupart des


routes transfrontalières
partant du Xinjiang,
la Karakoram Highway est
hautement stratégique
pour la Chine. Allant jusqu’à
Photos : Patrick Wack / REA

Islamabad (Pakistan), elle


fait partie du futur corridor
économique dans lequel
Pékin investit 62 milliards
de dollars pour se garantir
un accès à la mer d’Arabie.

126 GEO Abonnez-vous sur geomag.club


XINJIANG

CHINE

BIENVENUE
DANS L’ENFER
made
in China
UNE SURVEILLANCE HORS NORME, UN MILLION
DE PERSONNES EN CAMP DE RÉÉDUCATION… LA
CHINE PRATIQUE DÉSORMAIS AU XINJIANG UNE
POLITIQUE TOTALITAIRE. NOS REPORTERS SONT
PARMI LES RARES JOURNALISTES À AVOIR PU SE
RENDRE CES DERNIERS MOIS DANS CETTE RÉGION
ULTRAFERMÉE. LEUR ENQUÊTE TÉMOIGNE DE LA
RÉPRESSION SANS PRÉCÉDENT QUE SUBIT SUR
PLACE L’ETHNIE MAJORITAIRE, LES OUÏGOURS.
PAR ALEXANDRE MANDRI, AVEC SIMON LEPLÂTRE (TEXTE) ET PATRICK WACK (PHOTOS)

GEO 127
GRAND REPORTAGE

Pour contrôler le territoire, les autorités veulent anéantir

Entre 2009 et 2013, le vieux Kashgar a été presque entièrement rasé (65 000 maisons détruites).
Officiellement pour protéger des séismes ses habitants, à 80 % Ouïgours. D’après ceux-ci, Pékin a voulu
effacer des mémoires cette ville née au I siècle av. JC, qu’ils voient comme leur capitale culturelle.

128 GEO Abonnez-vous sur geomag.club


l’identité des musulmans turcophones

Cette scène se passe en plein cœur de Kashgar, en décembre 2017. Pas sûr qu’il soit encore
possible de prendre une telle photo. Les femmes ouïgoures sont de plus en plus incitées par les
autorités à se passer de foulard. Le port du voile, lui, a même conduit à des emprisonnements.

GEO 129
GRAND REPORTAGE

Une étroite
surveillance
numérique
permet un
contrôle
de chaque
instant

Pour les Ouïgours,


telle cette femme
marchant dans le
centre de Kashgar,
posséder un
Smartphone n’est
pas gage de liberté.
Plusieurs d’entre
eux ont été internés
au motif qu’ils
disposaient de la
messagerie
cryptée WhatsApp.

130 GEO Abonnez-vous sur geomag.club


GRAND REPORTAGE

Les déserts
du Xinjiang
regorgent de
ressources
vitales pour
l’économie
du pays

A Karamay (qui
signifie «huile noire»
en ouïgour), une
armée de derricks
pompent le
plus grand champ
pétrolifère du
Xinjiang. La région
recèle les principales
réserves de pétrole
et de gaz de Chine,
d’où l’obligation,
pour Pékin, d’y
maintenir l’ordre.

GEO 133
La mythique Kashgar des caravansérails, des bazars, des venelles en pisé n’est plus (ci-dessus, une
photo de 2016, ci-dessous, une vue de 1983). Avant d’être modernisée par les Chinois, elle était
l’un des rares vestiges encore préservés des villes oasis qui jalonnaient l’ancienne route de la soie.
Philippe Grangereau
GRAND REPORTAGE

L
e train K179 file dans le bassin du dants des premiers occupants des oasis d’Asie cen-
Tarim, l’immense zone désertique trale, ils résistent en effet à la domination chinoise
qui occupe le sud de la région auto- depuis l’annexion de leur région, en 1884, par la
nome du Xinjiang. On est ici encore dynastie Qing et à l’assimilation forcée que le
en Chine et déjà en Asie centrale. régime leur impose. Ces dernières années, la mul-
Sur les rideaux du wagon-restau- tiplication des campagnes idéologiques stigmati-
rant, des chameaux brodés rap- sant la religion et les coutumes locales a attisé les
pellent qu’au temps de la route de tensions. Or le Xinjiang est plus que jamais stra-
la soie – et jusqu’au milieu du tégique pour la Chine. Pour ses ressources minières
XX siècle, des caravanes sillonnaient toujours ce et pétrolières, d’abord. Ensuite parce qu’il est censé
territoire, cheminant d’une oasis à l’autre pour servir de tête de pont aux «nouvelles routes de la
rejoindre le Kazakhstan ou le Kirghizistan tout soie», maillage d’autoroutes et de voies ferrées
proches. Par la fenêtre, une alternance de plaines rapides en cours de construction destiné à connec-
pelées, de champs de maïs et de pomme de terre ter le pays à l’Europe. Pas question donc d’accep-
en fleur. Des peupliers droits comme des «i» ter une rébellion. Mais aujourd’hui, un cap a été
bordent les chemins. Au loin, des collines mar- franchi. Pékin a mis en place une politique tota-
tiennes, rouges et ocre, sans végétation. Quand le litaire, épiant tous les faits et gestes de la popula-
train arrive enfin à son terminus, Kashgar, il a par- tion ouïgoure, confi-
couru 3 700 kilomètres en 47 heures depuis son nant les suspects dans
point de départ, la ville de Xi’an, dans la province des camps. Un Big Bro-
du Shaanxi. Kashgar n’est pas seulement l’une des Des ther à la chinoise.
agglomérations les plus excentrées de la répu-
blique populaire de Chine, c’est un lieu mythique
instituteurs Fraîchement débar-
qués sur le quai de
pour les voyageurs. Etape phare de la route de la
soie, car idéalement située entre les dangereux
viennent Kashgar qu’éclairent
de puissants projec-
monts du Pamir et la fournaise du désert du Takla- enseigner teurs, Zhang Xueyou et
makan, c’était hier un havre où se croisaient mar-
chands et aventuriers afghans, tadjiks, kirghiz, le mandarin, Wu Ailin [pour proté-
ger l’anonymat de nos
kazakhs… Son économie flamboyante profitait aux
maîtres du lieu, les Ouïgours. Aujourd’hui, cette
désormais interlocuteurs sur
place, tous les noms
ville d’environ 500 000 habitants est toujours obligatoire ont été modifiés], un
reconnue comme l’épicentre de la culture de ce couple d’instituteurs
peuple turcophone et musulman. La rue Seman, hans de 20 et 21 ans, se
qui mène à la grande mosquée Id Kah, tourbil- tiennent par la main, à
lonne de vie. Dans la multitude de petits restau- côté de leurs valises à roulettes. Ils viennent «ensei-
rants en plein air, on s’affaire autour de barbecues gner le mandarin pour cinq ans». L’apprentissage
où grillent des morceaux de mouton. Abdul Shukri, obligatoire de la langue officielle fait partie de la
le chamelier, a tendu une toile rouge à quatre pieux politique d’assimilation des minorités. Les deux
pour protéger du soleil ses clients qui attendent jeunes profs ont-ils peur ? «La sécurité est bonne,
sur de petits tabourets avant de déguster un lait il n’y a plus de troubles», dit le garçon. Yang Ziqiong
de chamelle, piquant et énergisant. Sur sa buvette et Liu Yuling, deux femmes d’une cinquantaine
de fortune, il a apposé un grand poster où appa- d’années, reviennent quant à elles d’un voyage
raissent tous les dirigeants chinois communistes d’affaires. Chinoises hans, elles vivent à Kashgar,
depuis Mao Zedong. l’une depuis vingt-sept ans et l’autre depuis sa
Sage précaution. En Chine, les onze millions de naissance, et sont toutes deux filles de «pionniers».
Ouïgours, dont la grande majorité vit au Xinjiang, Ainsi désigne-t-on ceux qui sont venus du reste
composent l’ethnie la plus opprimée par le régime, de la Chine à partir des années 1960, volontaire-
qui les considère comme indomptables. Descen- ment ou de force, pour défricher les terres

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GRAND REPORTAGE

Adossé au plateau du Pamir, le lac Baisha est l’une des attractions du Xinjiang. Avec ses déserts immenses et ses oasis,
la région séduit les Chinois. En 2018, alors qu’elles emprisonnaient des centaines de milliers de Ouïgours, les
autorités se félicitaient de l’essor touristique de la région (78 millions de visiteurs – surtout hans – les six premiers mois).

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incultes du Grand Ouest. «On vivait dans des
diwozi, des cavernes creusées dans le sol !» dit
l’une d’elle, en parlant de son enfance. Ces habi-
tats troglodytiques de fortune étaient économiques
et simples à réaliser. Idéal pour loger rapidement
les centaines de milliers de personnes qui étaient
à l’époque subitement parachutées en plein désert
pour y travailler, et submerger par leur nombre les
nomades et paysans locaux auxquels ils étaient
censés transmettre la culture han en vivant à leurs
côtés. Résultat, la part des Hans dans la popula-
tion du Xinjiang a bondi de 6 % en 1949 à 40 %
aujourd’hui. Les Ouï-
gours, eux, ne repré-
sentent plus que 45 %
Le paysage du total des habitants
de la région (les 15 %
aride et restants étant kazakhs,

fascinant mongols, kirghiz ou


huis). Et le mot d’ordre
de ce Far reste le même : il faut
continuer à siniser la
West attire région. En 2017, un mil-
lion de cadres et de
les Chinois fonctionnaires hans
de l’Est ont été envoyés plu-
sieurs jours durant
dans des familles ouï-
goures pour des séjours
«d’échanges interethniques». Leur mission : se ren-
seigner sur les habitudes religieuses de leurs hôtes,
sonder leur opinion du gouvernement, et expli-
quer l’idéologie et les réalisations du parti.
Du passé de Kashgar subsistent quelques quar-
tiers où l’on déambule sous des balcons à loggia
en bois sculpté. Le reste de cette grosse agglomé-
ration a deux visages. D’un côté la ville nouvelle,
impersonnelle, copié-collé en plein désert des
municipalités de l’intérieur de la Chine, avec sa sta-
tue de Mao, ses austères bâtiments administratifs,
ses commerces un peu tapageurs… De l’autre, un
centre-ville rénové, imitation en brique du vieux
Kashgar, dont certaines parties, proprettes et pour-
vues de jolies boutiques, ne sont plus destinées
qu’à attirer les touristes. Au début de la décennie
2010, 65 000 bâtiments, certains vieux de plusieurs
siècles, ont, en effet, été détruits au nom de la pré-
vention des séismes. «L’habitat traditionnel était
pourtant conçu pour résister aux mouvements tel-
luriques», observe la géographe spécialiste Marie-
Françoise Courel. Mais pour les autorités, l’objec-
tif était aussi d’effacer des mémoires un symbole
de la fierté ouïgoure. «Cette ville, habitée à 80 %
par des Ouïgours alors qu’Urumqi – la capitale
régionale – est à 75 % han, est intimement liée à
l’identité ouïgoure, explique la sociologue

GEO 137
GRAND REPORTAGE

Repères

DEUX SIÈCLES ET DEMI


DE RÉBELLION ET DE RÉPRESSION
La situation totalitaire que vit le Xinjiang n’a pas surgi spontanément. La Chine a eu du
mal à soumettre ce territoire après l’avoir annexé au XIXe siècle. Mais l’envoi massif
de colons, la politique d’anéantissement de la culture ouïgoure (l’ethnie majoritaire de
la région), les discriminations et les exactions policières ont avivé les rancœurs. Et
depuis trente ans, les revendications se sont muées en menace terroriste. Ce que Pékin
utilise comme prétexte pour réprimer davantage, nourrissant une spirale de violences.

1759-1884 1954-1986 gours sont réprimées à balles Et un mois plus tard, une
réelles. Bilan, selon les Ouï- attaque suicide à la gare
PREMIÈRE CONQUÊTE, TROIS DÉCENNIES DE gours : plus de 100 morts, d’Urumqi fait trois morts, du-
PREMIÈRES RÉVOLTES COLONISATION FORCÉE 1 600 arrestations et 8 000 rant la visite au Xinjiang du
En 1759, l’Empire chinois Pékin charge 175 000 anciens «disparus». président Xi Jinping. En réac-
chasse les Mongols de la ré- soldats de former des bing- tion, celui-ci déclare la guerre
gion et nomme celle-ci Xin- tuan, unités chargées de dé- Années 2000 au terrorisme.
jiang («nouvelle frontière»). fricher le Xinjiang et de pré-
INTERNATIONALISATION
Mais de multiples révoltes parer l’arrivée de colons
ET RADICALISATION 2016-2017
(principalement d’ethnies appartenant à l’ethnie han,
musulmanes d’origine indo- majoritaire en Chine. L’ap- Après les attentats du 11-Sep- L’ŒIL DE PÉKIN EST
pakistanaise ou turco-mon- prentissage du mandarin de- tembre aux Etats-Unis, les PARTOUT
gole) affaiblissent son em- vient obligatoire. Pendant la autorités chinoises justifient Un programme inspiré du Ti-
prise. Il perd le territoire avant Révolution culturelle (1966- la répression au nom de la bet est mis en place : multi-
de le reconquérir en 1884. 1976), les mosquées sont pro- lutte contre le terrorisme isla- plication des points de con-
fanées et fermées. Au cours miste, alors que les attentats trôle et des postes de police,
1933-1949 des années 1980, l’implanta- sont perpétrés par des sépa- arrestations secrètes et dé-
tion de civils hans s’accélère ratistes et que le seul grou- tentions dans des camps de
DE COURTES PÉRIODES et seul un islam contrôlé par puscule djihadiste ouïgour, centaines de milliers de per-
D’INDÉPENDANCE Pékin est autorisé. réfugié au Pakistan, est sonnes. La cybersurveillance
Guerre civile, agression japo- peu actif. La diaspora com- s’intensifie : obligation de
naise… la Chine nationaliste 1987-1997 mence à faire entendre sa voix télécharger une application
est en plein chaos. Ce qui fa- auprès des grandes instances mouchard sur les Smartpho-
vorise la création de deux INTENSIFICATION DE inter nationales. En 2009, nes, collecte systématique
brèves républiques indépen- LA RÉBELLION ET des affrontements entre Ouï- des données biométriques…
dantes au Xinjiang : dans le DE LA RÉPRESSION gours et Hans ensanglantent
sud à Kashgar (1933-1934) Retrait des troupes sovié- Urumqi, la capitale du Xinjiang. 2018
puis dans le nord à Yining tiques d’Afghanistan, indé-
PRISE DE CONSCIENCE
(1944-1949). En 1934, les au- pendance du Tadjikistan, du 2013-2014 INTERNATIONALE
torités désignent l’ensemble Kirghizistan et du Kazakh-
des tribus turco-mongoles stan… Le vent de renouveau MENACE TERRORISTE L’existence des camps est ré-
musulmanes de la région qui souffle sur les pays fron- SUR TOUTE LA CHINE vélée par des ONG, la dias-
sous l’appellation «Ouïgours». taliers radicalise le mouve- Le 28 octobre 2013, à Pékin, pora ouïgoure et des images
ment séparatiste ouïgour, sur la place Tian’anmen, le satellites : un million de per-
1949 qui mène une centaine de centre symbolique du pouvoir sonnes seraient incarcérées.
plasticages et d’attaques chinois, une voiture fonce En août, des experts des Na-
RECONQUÊTE PAR LE de 1987 à 1990. De leur côté, dans la foule, faisant cinq tions unies appellent à la libé-
RÉGIME COMMUNISTE les autorités multiplient per- morts et quarante blessés, ration des Ouïgours internés.
La nouvelle Chine de Mao Ze- quisitions et arrestations, attentat revendiqué par des En octobre, Pékin reconnaît
dong reprend la région. Des alimentant attentats et pro- djihadistes ouïgours. En mars l’existence de «camps de for-
organisations ouïgoures ré- testations. Le 5 février 1997, 2014, à 3 700 km du Xinjiang, mation professionnelle» pour
clament l’indépendance pour à Yining, des manifestations à Kunming, trente et une per- «éduquer et transformer» les
ce qu’elles nomment le et émeutes déclenchées par sonnes sont assassinées individus influencés par une
«Turkestan oriental». l’arrestation d’étudiants ouï- au couteau par des Ouïgours. «idéologie extrémiste».

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UNE ZONE FRONTIÈRE À LA FOIS RICHE ET STRATÉGIQUE

La géographie du Xinjiang explique en


partie les tensions qui y règnent. Gisement de pétrole Oléoduc
Région administrative la plus grande
et la plus à l’ouest du pays, ce terri- Gisement de gaz Gazoduc
toire riche en pétrole et en gaz fait Zone d’essais d’armes atomiques
office de zone tampon entre la Chine Altay Bingtuan : zone de développement économique
et l’Asie centrale avec laquelle il par- KAZAKHSTAN gérée par des unités paramilitaires
tage plus de 5 700 km de frontières.
A ses portes, surtout des pays musul- Territoires occupés par la Chine, revendiqués par l’Inde
mans que Pékin voit comme des dan- Voie rapide Autre route
gers potentiels, craignant une conta- Tacheng Projet «nouvelles routes de la soie» :
mination islamiste. Mais le régime doit Voie rapide Voie ferrée
aussi s’en faire des alliés, puisque le
Xinjiang est le point de départ des Dzoungarie
Karamai
«nouvelles routes de la soie» rêvées
par Xi Jinping : un axe Chine-Europe MONG OLIE
par lequel il compte affirmer la puis-
sance économique de son pays. Khorgos Shihezi
Ghuljia
Urumqi
Almaty Dabancheng
Hami
Bishkek Turpan

Kuqa
K I R GH I ZI STA N RÉGION AUTONOME DU
Aksu XINJIANG Lob Nor Liuyuan

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QINGHAI

AFGHANISTAN
INDE
RÉGION AUTONOME DU TIBET 100 km
P A K IS TA N

GEO 139
GRAND REPORTAGE

franco-ouïgoure Dilnur Reyhan, qui travaille Kashgar) a vécu en direct l’intensification de la


sur l’identité et le nationalisme ouïgours à l’Inalco, pression sur les pratiques religieuses. «En janvier
à Paris. Elle fut le siège de plusieurs royaumes isla- 2016, des groupes de surveillance ont été créés
miques aux XVIII et XIX siècles, et même d’une dans chaque mosquée pour observer qui venait
éphémère république islamique en 1933.» prier, explique-t-il aujourd’hui depuis la Turquie
Au centre de la ville, deux écrans géants : l’un où il s’est réfugié. Puis, ils sont allés chez les gens
diffuse des pubs en ouïgour pour du thé glacé et pour compter le nombre de corans et de tapis de
des voitures, l’autre, un diaporama avec des pho- prière. Quand il y en avait plus que d’adultes, ils
tos du président chinois Xi Jinping. Ils encadrent brûlaient ceux qui étaient en surnombre. En
la mosquée Id Kah, l’une des plus anciennes de la octobre, les passeports de tous les Ouïgours ont
région, construite en 1442. Le vendredi, son majes- été confisqués. Plus tard, ceux qui avaient voyagé
tueux portail jaune continue d’attirer une foule à l’étranger ont dû se rendre au bureau de police
d’hommes portant la barbe et coiffés de la doppa, deux fois par jour.» Pour cette escalade de brima-

Les mosquées (ici, celle de Turpan) sont de moins en Une élégante quittant le train à Kashgar en 2016.
moins fréquentées. Caméras de surveillance Aujourd’hui, elle courrait le risque d’être convoquée
et campagnes contre l’islam découragent les fidèles. à une session de «raccourcissement» de sa robe.

calotte réservée à la prière. La plupart sont âgés. des, pas d’explication officielle. En réalité, ce dur-
Les hommes de 20 à 45 ans, les plus visés par la cissement relativement récent fait suite à plusieurs
répression, n’osent pas prier en public par crainte événements que le gouvernement chinois a jugés
d’une arrestation. Sur les hauteurs de Kashgar, une intolérables. En 2009, d’abord, des affrontements
autre mosquée, frêle celle-ci. Son croissant en fer interethniques firent près de 200 morts, en grande
forgé a été arraché (en Chine, un grand nombre majorité hans. De quoi déstabiliser l’économie de
d’églises ou de mosquées ont été privées de leurs la région en décourageant des colons hans de s’y
signes religieux depuis l’arrivée au pouvoir de Xi implanter. Puis vint le choc : en 2013 et 2014, les
Jinping, en 2012). Un grand slogan en mandarin premiers attentats-suicides perpétrés par des Ouï-
barre sa façade : «Aimons le parti, aimons le pays.» gours en dehors du Xinjiang, à Pékin, puis à Kun-
Sous le portail pend une lanterne chinoise frappée ming. En 2014, la présence en Syrie de combat-
de l’idéogramme meng, «rêve» en mandarin. Des tants ouïgours du parti islamique du Turkestan, un
caméras surplombent l’entrée. Peu de fidèles y groupe terroriste du Xinjiang comptant quelques
entrent. La sécurisation des lieux de culte est une milliers de membres, fit craindre au régime une
façon de décourager les gens de venir prier… contamination djihadiste.
Tursun Rehim, pharmacien originaire de En 2016, Pékin a donc riposté. Nouveau secrétaire
la région de Hotan (à 500 kilomètres au sud de général du parti, Chen Quanguo fut nommé à la

140 GEO Abonnez-vous sur geomag.club


tête de la région. Cet ancien militaire venait de pas- Aux abords de Ghulja, une ville du nord-ouest de
ser cinq ans au Tibet où il avait maté toute tenta- la région, les voitures attendent en file indienne
tive de rébellion. Et il eut tôt fait d’importer au Xin- devant ce qui ressemble à un barrage de péage :
jiang un système inspiré de son expertise tibétaine un poste de contrôle fraîchement construit. Chauf-
fondé sur une surveillance omniprésente. feurs et passagers descendent, passent leurs
A Kashgar, la «méthode» Chen Quanguo est bien bagages aux rayons X, puis leur carte d’identité à
visible. Au check point situé près des remparts de puce sur un lecteur, tandis que leur visage est scruté
la vieille ville, une «voie verte», c’est-à-dire sans par un système de reconnaissance faciale : le Xin-
contrôle, est réservée aux touristes hans qui se jiang devient un territoire d’expérimentation tech-
dirigent droit vers les échoppes d’une petite place nologique de la surveillance la plus sophistiquée
où ils se régaleront, pour les plus audacieux, de au monde. «Si, au passage de votre carte à puce à
cervelle de mouton bouillie. Les Ouïgours, que les l’entrée d’une ville, d’une administration ou d’un
préposés à la sécurité repèrent facilement à leur commerce, la machine repère un problème, rien
ne va plus, explique Alim Osman, un Ouïgour habi-
tant à Ghulja. Au cas où elle indique une précé-
dente arrestation, par exemple, on peut vous empê-
cher de prendre le train ou d’entrer dans l’hôtel
où vous alliez. Dans ce
cas, il faut aller au
commissariat pour
Un ancien demander un laissez-

militaire passer spécifique.» La


fameuse carte d’iden-
qui a maté tité con tient bien
d’autres informations.
les révoltes La population ouïgoure
a, en effet, été fichée
au Tibet dans des bases de don-
est aux nées biométriques
incluant le scan de l’iris
manettes et l’ADN. Ce dernier
ayant été prélevé en
secret dans le cadre
Près de 200 000 habitants en 2007, deux fois plus d’une opération de
en 2015. Karamai, ville gérée par un bingtuan bilans de santé gratuits en 2017, a récemment
(unité paramilitaire), est peuplée à 75 % de Hans. révélé l’ONG Human Rights Watch. La police ins-
pecte aussi inopinément les Smartphones des Ouï-
gours : photos, courriels, messages postés sur les
réseaux sociaux, musique écoutée. Pour cette rai-
physique apparenté à celui des Turcs, doivent se son, Alim Osman a l’habitude de laisser le sien
prêter, eux, à la routine de la fouille. A quelques chez lui et de sortir avec un téléphone tout simple.
rues de là, un boucher passe la viande à ses clients En fait, ce qui se passe ici n’est que le reflet exa-
par une lucarne aménagée dans une lourde porte cerbé d’une course à la cybersurveillance engagée
métallique. A l’intérieur de la boutique dans à l’échelle du pays entier. Le président chinois Xi
laquelle il est ainsi confiné, couteaux et hachoirs Jinping, désormais rééligible à vie et concentrant
sont retenus par une chaîne, pour éviter que qui- tous les pouvoirs – il est chef du parti, président
conque ne s’en serve pour une attaque. Le cas de de la République et règne sur l’armée –, a, en effet,
Kashgar n’est pas unique. Dans les grandes villes une obsession du contrôle. Pékin veut tout savoir,
du Xinjiang, d’innombrables postes de police, des et pose ses yeux partout. Une des manifestations
préfabriqués à deux étages, ont surgi, édifiés à les plus visibles étant ces quelque 170 millions de
quelques centaines de mètres à peine les uns des caméras publiques qui opèrent dans le pays (objec-
autres. Chaque commerce, han ou ouïgour, emploie tif, 680 millions en 2020). Au Xinjiang, elles sautent
un vigile. Dans les postes, banques, supermarchés, aux yeux : elles sont omniprésentes, disposées en
cinémas, hôpitaux, l’agent de sécurité dispose en grappes, par dizaines, pour éviter tout angle mort.
plus d’un bouclier et d’un casque antiémeutes, Mais il y a aussi ce que l’on ne peut pas voir (sauf
d’une matraque et d’une fourche antiassaillant. par satellite), parce qu’il est interdit de s’en

GEO 141
GRAND REPORTAGE

approcher : des camps d’internement flam- UN CONTRÔLE


bant neufs. Avec le logiciel Google Earth, on en
distingue un, par exemple, dans le désert vers DE CHAQUE INSTANT
Dabancheng, une ville proche d’Urumqi : douze
bâtiments à l’intérieur d’un grand périmètre rectan- Depuis 2017, le Xinjiang est une prison à ciel ouvert. Les
gulaire. Les images satellitaires ont confirmé les privations de liberté et la répression y sont plus fortes encore
témoignages de la diaspora, qui, depuis l’automne qu’au Tibet, dont la situation est pourtant plus médiatisée.
2017, signalait l’envoi massif de proches à des
«cours de formation professionnelle». Elles ÊTRE OUÏGOUR AUJOURD’HUI, C’EST :
appuient aussi les travaux de chercheurs ayant NE PAS ÊTRE MAÎTRE DE SON APPARENCE
analysé les dépenses de sécurité et les appels
Porter le voile ou une barbe «anormalement développée»
d’offres pour travaux au Xinjiang, qui en avaient risque de conduire à une arrestation. Et les femmes
conclu que plusieurs qui revêtent une robe longue traditionnelle peuvent être
dizaines de camps convoquées à une session de raccourcissement.
étaient en construc-
Des images tion. On estime jusqu’à ÊTRE BRIMÉ DANS SA PRATIQUE RELIGIEUSE
un million le nombre
satellitaires de Ouïgours aujour-
Jeûner pour le ramadan est mal vu, et interdit pour
un fonctionnaire. Les épiceries ouïgoures sont obligées de

révèlent d’hui internés. Le


«centre de formation
vendre de l’alcool. Le commerce de produits halal est
de moins en moins toléré. Les prénoms «trop religieux»

plusieurs professionnelle» dans


lequel Tursun Rehim,
sont bannis. Exemples : Mohammed, Arafat, Medina, Mecca,
Islam. Il est interdit de recourir à un imam pour un mariage

dizaines de le pharmacien de la
ou des funérailles. Les couples qui s’étaient unis de manière
traditionnelle sont forcés de se remarier «à la chinoise».

camps de
région de Hotan, a été
envoyé en avril 2017 et DEVOIR LIVRER SES DONNÉES BIOMÉTRIQUES
rééducation dont il a pu s’échapper
en simulant une infec-
Pour payer un plein d’essence, il faut passer sa carte d’identité
dans un scanner et se présenter face à une caméra de
tion grave, avait, à part reconnaissance faciale. Chaque couteau acheté est gravé d’un
le nom, tout d’une pri- QR Code renvoyant vers la fiche d’identité biométrique du
son : «Il y avait des murs d’enceinte, des systèmes client. Ces mesures ne concernent généralement pas les Hans.
de surveillance, des membres des forces spéciales,
des gardes armés, énumère l’ homme. ÊTRE FORCÉ DE LOGER DES CADRES ET FONCTIONNAIRES HANS
L’“entraînement” commençait à six heures du Ceux-ci s’installent plusieurs jours dans les foyers ouïgours
matin. Il fallait faire son lit au carré, puis sa toilette au nom de l’harmonie ethnique et de la connaissance
mutuelle et réciproque. Ils sont, en fait, chargés d’enquêter
en trois minutes. Pour le petit déjeuner, un naan
sur les familles et d’en dénoncer les pratiques «déviantes».
(pain) et de l’eau bouillie. A huit heures commen-
çaient les cours de mandarin, consistant à ÊTRE SURVEILLÉ DANS TOUS SES MOUVEMENTS
apprendre par cœur des chants communistes.»
A la campagne, des check points fixes ou volants contrôlent
L’endoctrinement durait toute la journée. «On nous
tous les véhicules. En ville, les points de contrôle équipés
enseignait que le gouvernement offre au peuple de scanners vérifient systématiquement l’identité des
la sécurité et les soins médicaux, poursuit-il. Et Ouïgours. Ceux-ci sont régulièrement convoqués dans l’un
aussi qu’aimer Dieu est une superstition à laquelle des postes de police présents tous les 200 mètres environ.
il faut regretter d’avoir cédé.» Comme tous les
détenus, Tursun avait l’interdiction de parler ouï- ÊTRE TRAQUÉ SUR SON SMARTPHONE
gour et subissait chaque soir des interrogatoires. Le seul réseau social autorisé aux Ouïgours est WeChat,
Aux antipodes de Hotan, dans l’extrême est de qui permet à la police d’accéder à tous les appels,
la région, la zone de libre-échange de Khorgos, textes ou photos échangés. Dans certaines municipalités,
posée à la frontière avec le Kazakhstan, attire les les Ouïgours sont contraints de télécharger Jingwang
weishi («nettoyage de l’Internet»), une application espion
citoyens des deux pays venus acheter des produits
qui repère textes, images ou vidéos jugés dangereux
pour un maximum de 8 000 yuans (1 000 euros). par le régime. On peut aussi devoir à tout moment montrer
Des petits commerçants kazakhs en quête de vête- le contenu de son Smartphone à la police.
ments, draps, faux sacs Vuitton à revendre. Des
employés chinois à la recherche de cosmétiques NE PLUS AVOIR DE CONTACTS AVEC L’ÉTRANGER
en duty free. Ville-champignon, Khorgos prépare Discuter avec un étranger ou quelqu’un ayant
l’avenir : elle se rêve en étape clé du pharaonique séjourné à l’étranger, c’est risquer
projet, lancé par Xi Jinping en 2014, de relier la l’internement en camp de rééducation.
Pour maintenir une certaine stabilité dans la région, le régime y stimule l’emploi en implantant des industries comme celle du coton
(ici un saisonnier ouïgour, vers Luntai). Le Xinjiang a fourni 78 % des 6 millions de tonnes produites par la Chine en 2018.

Chine à l’Europe par des routes et voies ferrées aux bingtuan, un corps paramilitaire constitué
ultramodernes. Mais pour l’instant, la plupart des d’unités d’anciens soldats. Cette entité a cultivé les
trains passent par une autre ville, située plus au terres et exploité les ressources de la région (gaz,
nord. Et ont pour terminus Duisbourg, en Alle- pétrole, uranium, terres rares), au point de comp-
magne, et aussi Lyon, en France, que les marchan- ter aujourd’hui officiellement pour 17 % dans le PIB
dises chinoises atteignent en douze à seize jours, du Xinjiang et d’employer 2,6 millions de personnes
contre quarante par la mer. (sur 23 millions d’habitants). Les bingtuan gèrent
Alors, pour l’instant, parkings et entrepôts du même des villes, comme Karamay et Shihezi, bâties
port franc de Khorgos semblent surdimensionnés. l’une sur l’exploitation des hydrocarbures et l’autre
Un transitaire étranger travaillant ici y voit une sur l’agriculture intensive du coton et de la tomate.
autre raison : «Les routes de la soie ? En rêve ! per- Le Xinjiang, avec une croissance de 7,5 % en 2017,
sifle-t-il. Ici, les formalités de sécurité compliquent supérieure à la moyenne nationale (6,8 %), devient
tout, bien plus que si on passait par la voie mari- un paradis économique. Pour les Ouïgours, en
time.» Il est ainsi interdit, sous peine de prison, de revanche, il a désormais tout d’un enfer. C
faire transiter par le Xinjiang le moindre couteau,
même en céramique et destiné à la cuisine, comme Alexandre Mandri, avec Simon Leplâtre
le pays en exporte partout dans le monde.
Pourtant, dans ce Far West de la Chine, essor éco-
nomique et ultrasécurisation ne sont pas, pour l’ins- Découvrez plus de photos
tant, incompatibles. Au contraire ! Depuis les années en scannant cette page
1950, le régime confie le développement de la région Retrouvez le mode d'emploi p. 12

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qui permettent d’approfondir un sujet spécifique. * Prix de vente au numéro. ** informations obligatoires, à défaut votre abonnement ne pourra être mise en place. (1) Offre Durée
indéterminée : Je peux résilier cet abonnement à durée indéterminée à tout moment par appel ou par courrier au service clients
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tout moment. (2) Offre Durée Déterminée : Engagement d’une durée ferme. Après enregistrement de mon abonnement, je serai
de vie nordique, en passant par le légendaire Tour prélevé en une fois du montant de l’abonnement annuel. Photos non contractuelles. Offre réservée aux nouveaux abonnés de
France métropolitaine. Délai de livraison du 1er numéro : 8 semaines environ après enregistrement du règlement, dans la limite
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des stocks disponibles. Les informations recueillies font l’objet d’un traitement informatique par le Groupe Prisma Media à des
de France, GEO Hors-série satisfera votre curiosité ! fins d’abonnement à nos services de presse, de fidélisation et de prospection commerciale. Conformément à la loi informatique
et liberté du 6 janvier 1978 modifiée, vous disposez à tout moment d’un droit d’accès, de rectification, d’effacement, de limita-
tion du traitement, de portabilité des données qui vous concernent, ainsi qu’un droit d’opposition au traitement pour des motifs
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LES RENDEZ-VOUS DE GEO

EN LIBRAIRIE
BALI, UN PARADIS AUX MILLE FACETTES
Bali a le don de charmer tout visiteur, qu’il soit hédoniste
en quête d’eau turquoise, d’hôtels avec piscine à déborde-
ment et de bonnes tables, surfeur venu traquer la vague, cu-
rieux féru d’architecture sacrée ou mystique épris d’ésoté-
risme oriental. Victime de son succès, ce petit paradis tropical
doit aujourd’hui protéger ses ressources naturelles. En re-
vanche, son identité culturelle semble résister à toute uni-
formisation. Les Balinais perpétuent des traditions commu-
GEOGuide
nautaires qui ont fait d’eux des riziculteurs hors pair ainsi Coups de cœur, Bali,
que les rites hindouistes teintés d’animisme qui ont peuplé éd. GEO/Gallimard,
14,90 €, disponible
leur île d’une infinité de temples et de sanctuaires. en librairie

GEO et les éditions Gallimard ont conçu un guide com-


plet pour permettre au visiteur de voyager au plus près de
ses envies à Bali. Nos auteurs voyageurs ont sélectionné une hindous à Besakih, gravir le deuxième plus haut volcan d’In-
foule d’adresses pour découvrir l’étonnante diversité de l’ar- donésie, s’offrir un festin de prince au palais de Kerambi-
tisanat local, le patrimoine culturel et religieux de l’île des tan, randonner dans les rizières de Sidemen ou pousser
Dieux et de l’île Piment ainsi qu’une sélection des plus belles jusqu’à Lombok, pour surfer à Kuta-Lombok et plonger avec
plages. Lézarder sur le sable de Canggu, honorer les dieux les raies manta aux Gili : les possibilités sont infinies.

LE GUIDE INDISPENSABLE POUR LES GLOBE�TROTTERS


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compagne dans vos voyages. Pour cette édition pays et cet ouvrage vous aide à choisir les régions
anniversaire, GEOBook se réinvente. Avec plus à visiter en fonction de la saison. Vous rêvez d’une
de 400 photos, ce guide vous aidera dans l’orga- destination peu fréquentée par les Français ?
nisation de vos prochaines vacances en répon- Pourquoi pas le Suriname, idéal pour qui sou-
dant à toutes vos questions. Par exemple : vous haite s’éloigner des sentiers battus�?
partez en Thaïlande ? Des différences climatiques GEOBook, 120 pays, 7 000 idées, 29,95 €, disponible en librairie

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SEPT MERVEILLES CHOISIES PAR GEO UN HIVER PLEIN D’AVENTURES
Il a fallu nombre d’auteurs, de poètes
et de voyageurs – Hérodote, Pline
COLLECTION g L E M O N D E V U P A R L E S G R A N D S P H O T O G R A P H E S
Adrénaline, découvertes, engage-
ment… Avec ce nouveau numéro,
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DÉCEMBRE 2018 - FÉVRIER 2019

l’Ancien, Philon de Byzance – pour LES MERVEILLES GEO Aventure continue de raconter AVENTURE
DU MONDE
Au plus près de la nature
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nous léguer la célèbre et première les incroyables périples des grands L’HIVER, 100% PLAISIR !
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Insolites. Accessibles. Ou complètement givrées.
Les Sept Merveilles du monde

liste des œuvres architecturales et voyageurs d’aujourd’hui. Vous y dé-


AVENTURE

artistiques les plus extraordinaires couvrirez deux funambules partis


du monde�: les jardins de Babylone, tendre leurs fils sur les îles Mar-
le colosse de Rhodes… La rédaction quises, un étudiant vétérinaire et un
de GEO, qui fête cette année ses photographe au Kamtchatka, en Si-
Île de Pâques, la science avance - Lalibela, Jérusalem d’Afrique - Yuanyang, rizières modèles
ENGAGEMENT La bonne doudoune ?
Venise, malgré la foule - Le patrimoine de terre crue du Mali - Angkor derrière le décor - Les îles musées du Japon ECHAPPÉE Adrénaline
Lyon-Canton à… Nos experts
Ils ont traversé le vous highlines aux
Kamtchatka à cheval VÉLO SOLAIRE conseillent îles marquises

40 ans d’existence, a effectué sa bérie, sur la trace des ours, ou en-


AUTRES ACTUS PHOTO : L’ASIE PENDANT LA MOUSSON - À LIRE, À VOIR...

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propre sélection. Sept lieux qui continuent à nourrir l’ima- core un rallye entre Lyon et la Chine à vélo solaire �! A lire
ginaire de nos journalistes et photographes, à retrouver aussi, un guide «virées givrées» et un récit du raid Laté-
dans ce superbe numéro de GEO Collection. coère 2018 sur les traces de Saint-Exupéry.
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comme la profondeur de champ, Le samedi à 17 h 00
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juifs, chrétiens et musulmans, même l’évacuation
de votre appareil. des déchets peut être source de conflits religieux. Un
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Rediffusion. Dans une société proscrivant les tatouages,
une jeune Tunisienne veut remettre au goût du jour les
motifs des tatouages traditionnels
berbères qui ornent encore les

M. Bo-Saha / MedienKontor
beaux visages des grands-mères.
23 février Arnica, la reine
des Vosges (43’). Inédit.
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Martinique, Guadeloupe, Saint- Mais la récolte de cette fleur des
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toire plonge dans les grandes heures de


la France caraïbe. Indiens kalinagos, fli-
LES
ANTILLES DES PIRATES DU XVIIE SIÈCLE

À LA RADIO
JUSQU’À AUJOURD’HUI,
QUATRE SIÈCLES D’HISTOIRE DES

bustiers sur la route de l’or, premiers CARAÏBES FRANÇAISES

explorateurs, colons européens dont le


système esclavagiste mit en coupe réglée
les territoires et les hommes… cette épo-
pée fascine mais interroge également.
Guadeloupe, Martinique, Saint-Domingue…
Et aussi : Guyane, les dernières heures du bagne Retrouvez la chronique
L’occasion de revenir sur les fondements
L’ACTU DE L’HISTOIRE : LES PHOTOS OUBLIÉES DE TIAN’ANMEN �1989�
Planète GEO sur
Franceinfo, chaque dimanche : en quatre minutes,
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de l’identité créole, de dresser le portrait des figures majeures un reportage raconté par un journaliste de GEO.
mais aussi de confronter l’histoire de la métropole avec celle
des possessions d’outre-mer. Un numéro passionnant. Ce mois-ci : C Dossier : l'Iran C Chine : l’enfer du Xinjiang C La
gastronomie au pays Basque espagnol C Noces indiennes
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Russie : Tél. 00 7 095 937 60 90 - e-mail : gruner_jahr@co.ru

RÉDACTION GEO
13, rue Henri-Barbusse, 92624 Gennevilliers Cedex
Standard : 01 73 05 45 45
(Pour joindre directement votre correspondant, composez le 01 73 05
+ les 4 chiffres suivant son nom)
Rédacteur en chef : Eric Meyer
Secrétariat : Corinne Barougier (6061)
Rédactrice en chef adjointe : Catherine Segal
Directrice artistique : Delphine Denis (4873)
Directrice photo : Magdalena Herrera (6108)
Chefs de service : Anne Cantin (4617), Cyril Guinet (6055),
Aline Maume-Petrović (6070), Nadège Monschau (4713), Mathilde Saljougui (6089),
geo.fr et réseaux sociaux : Claire Frayssinet, responsable éditoriale (5365) ;
Thibault Cealic (5027), responsable vidéo ; Emeline Férard (5306) et
Léia Santacroce (4738), rédactrices ; Elodie Montréer, cadreuse-monteuse (6536) ;
Marianne Cousseran, social media manager (4594) ;
Claire Brossillon, community manager (6079)
Service photo : Nataly Bideau (6062), Fay Torres-Yap / Bluedot (E-U)
Maquette : Béatrice Gaulier (6059), Christelle Martin (6059)
et Dominique Salfati (6084), chefs de studio ;
Patricia Lavaquerie, première maquettiste (4740)
Premier secrétaire de rédaction : Vincent de Lapomarède (6083)
Cartographe-géographe : Emmanuel Vire (6110)
Comptabilité : Carole Clément (4531)
Fabrication : Stéphane Roussies (6340), Anne-Kathrin Fischer (6286)
Ont collaboré à ce numéro : Alice Checcaglini, Delphine Dias,
Gaétan Lebrun, Hugues Piolet et Miriam Rousseau.

Magazine mensuel édité par


13 rue Henri-Barbusse, 92624 Gennevilliers Cedex
Société en nom collectif, au capital de 3 000 000 € d’une durée de 99 ans,
ayant pour gérant Gruner + Jahr Communication GmbH.
Ses principaux associés sont Média Communication S.A.S.
et G+J Communication GmbH

NUMÉRO ANNIVERSAIRE
Directeur de la publication : Rolf Heinz
Directrice exécutive Pôle Premium : Gwendoline Michaelis
Directrice Marketing et Business Développement : Dorothée Fluckiger

40 ANS
Chef de groupe : Hélène Coin
Directrice des Evénements et Licences : Julie Le Floch-Dordain
(Pour joindre directement votre correspondant,
composez le 01 73 05 + les 4 chiffres suivant son nom)
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Directeur exécutif PMS : Philipp Schmidt (5188)
Directrice exécutive adjointe PMS : Anouk Kool (4949)
Directeur délégué PMS Premium : Thierry Dauré (6449)
Brand solutions director : Arnaud Maillard (4981)
Automobile & Luxe brand solutions director : Dominique Bellanger (4528)
Account director : Florence Pirault (6463)
1979 : l’Armée rouge envahit l’Afghanistan, la Senior account manager : Evelyne Allain Tholy (6424),
Sylvie Culerrier Breton (6422)
première fusée Ariane s’envole de Guyane, mère Trading manager : Tom Mesnil (4881), Virginie Viot (4529)
Directrice exécutive adjointe innovation : Virginie Lubot (6448)
Directrice déléguée creative room : Viviane Rouvier (5110)
Teresa obtient le prix Nobel de la paix... Et GEO Directeur délégué Data room : Jérôme de Lempdes (4679)
Planning manager : Rachel Eyango (4639)
voit le jour ! Premier rendez-vous pour saluer, Assistante commerciale : Catherine Pintus (6461)
Directeur délégué Insight room : Charles Jouvin (5328)

en 2019, cet anniversaire, un numéro qui revient


MARKETING DIFFUSION
Directrice des études éditoriales : Isabelle Demailly Engelsen (5338)
Directeur marketing client : Laurent Grolée (6025)
sur ces quatre décennies, en plus de quatre Directrice de la fabrication et de la vente au numéro : Sylvaine Cortada
Direction des ventes : Bruno Recurt (5676). Secrétariat : (5674)

sujets inédits, emblématiques du magazine. PHOTOGRAVURE ET IMPRESSION


MOHN Media Mohndruck GmbH, Carl-Bertelsmann-Straße 161 M,
33311 Gütersloh, Allemagne.
Provenance du papier : Finlande, Taux de fibres recyclées : 0%,
Eutrophisation : Ptot 0,005 Kg/To de papier.
Dans ce numéro : © Prisma Média 2019. Dépôt légal février 2019
Diffusion Presstalis - ISSN 0220-8245
Création : mars 1979. Commission paritaire : n° 0918 K 83550
C Dossier. Exploration des sites fascinants du «royaume-ermite» : la Corée du Sud.
C Enquête. Une espèce végétale sur cinq est menacée. Sauvons les graines ! Notre publication adhère à

C Regard. Quand la fonte de l’Arctique fait le bonheur des touristes. autorité de


régulation professionnelle
Notre publication adhère à de la publicité et s’engage à suivre ses
C Grand reportage. Magie du corridor du Wakhan : l’Afghanistan, loin de la guerre.
recommandations en faveur d’une publicité loyale et respectueuse du public.
Et s’engage à suivre ses
Recommandations en faveur
Contact : contact@bvp.org oud’une
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loyale et Saint-Florentin -75008 Paris
respectueuse du public.

C Spécial anniversaire. Quarante années de reportages et d’images.


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marque réalise des accessoires Hiver dans un vrai teint d’un halo chaleureux, pour une
souci du détail : finition main, coutures invisibles, peau éclatante de vie. Leur parfum
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en Italie, propose aussi depuis cette saison une ligne un fond boisé musqué.
de bonnets, sacs et pochettes Made in France.
Disponibles en pharmacies, parapharmacies,
E-shop : www.pipolaki.com grands magasins et sur www.nuxe.com
LE MONDE DE… NILS TAVERNIER

J’admire l’état
d’esprit, serein
et solidaire,
des Sénégalais
DR

L
e réalisateur Nils Avec une ONG, Asao, attaché à cette population. Très
Tavernier, dont le sur l’île de Gorée, elle touché notamment par la pensée
dernier film l’Incroyable fait travailler 150 brodeuses. animiste, plus forte encore que
Histoire du Facteur Votre rapport à ce pays la religion : pour les Sénégalais,
Cheval vient de sortir en est donc indissociable un arbre a une âme et je trouve
salles, est tombé amoureux de votre engagement ? cela très beau. J’admire
du Sénégal durant Oui. Je travaille depuis vingt ans aussi leur rapport à la vieillesse.
l’enfance. Agé aujourd’hui à Thiès, la deuxième ville du En Occident, des millions de
de 53 ans, il continue à pays. Avec Nelly Robin, nous personnes dépendantes sont
s’engager pour ce pays. avons introduit la pratique de placées dans des «parcs à vieux»
GEO Vous dites que le Sénégal l’escrime pour les mineurs à cause de notre individualisme
a changé votre vie. Pourquoi ? criminels incarcérés et leur taux exacerbé. Le «vieux» au Sénégal
Nils Tavernier J’y suis allé pour de récidive est tombé à 4 % est respecté et, surtout, il reste
la première fois à 12 ans, quand seulement, ce qui est unique au à la maison. Enfin, je trouve
mon père [le cinéaste Bertrand monde. J’ai réalisé un film sur éblouissant le principe solidaire
Tavernier] tournait le film Coup cette expérience, la Liberté en de l’impôt familial : celui qui
de torchon. Là-bas, j’ai fait la prime (2015). Avec l’association, gagne de l’argent doit aider les
rencontre simultanée d’une nous avons construit l’an siens. Un Sénégalais qui vient
population et… de la caméra. dernier un secteur dans la prison en France fait vivre sept
J’ai alors voulu arrêter l’école pour protéger les mères personnes restées sur place.
et produire de l’image, ce emprisonnées avec leur bébé. Il reste de cinq à sept ans jusqu’à
que j’ai d’ailleurs fait peu de Je crois en l’éducation des ce qu’il ait stabilisé sa famille
temps après. Depuis, je n’ai femmes. Il est nécessaire qu’elles avec ce qu’il a gagné, puis il
jamais cessé de me rendre au acquièrent une indépendance rentre au pays. Contrairement
Sénégal. Il y a vingt ans, j’ai financière pour pouvoir dire non à ce que disent certains
réalisé dans ce pays les Enfants à leur mari. Mais le Sénégal va qui pointent toujours le flux
de Thiès, un documentaire sur dans le bon sens. Cette année, migratoire subsaharien
l’action de la Française Nelly pour la première fois, le taux en direction de l’Europe,
Robin. Cette géographe a fondé de réussite au bac a été le même la majorité retournent chez eux.
l’association le Sourire d’un chez les filles et les garçons. Là-bas, vous prenez parfois
enfant, qui s’occupe des gamins C’est une victoire formidable. aussi des vacances ?
des rues et travaille en prison. Qu’est-ce qui vous touche Oui. A Gorée, je suis capable
Je suis resté très proche d’elle particulièrement dans ce pays ? de ne rien faire. Je contemple
et je continue d’accompagner J’aime sa terre rouge, la même ma femme, heureuse et entourée
son travail. Avec son que dans le sud du Mali. d’enfants, et ma fille de 10 ans
association, je suis investi La manière dont les gens se qui se balade et commence
en milieu pénitentiaire et comportent vis-à-vis de leurs à parler un peu wolof. Je peux
je me bats également pour le difficultés, en prenant les choses me poser des journées entières
respect du droit à l’avortement du bon côté. Un je-m’en- au café à regarder passer
quand la vie de la mère est foutisme absolument délicieux, les bateaux. Cette île, avec
en danger. C’est aussi au comme l’acceptation du son charme et sa lumière
Sénégal que j’ai rencontré ma non-résultat. Une gentillesse indescriptible, est l’une des plus
femme, Ondine, qui y est née. innée. Je suis profondément belles que j’aie jamais vues. C

Propos recueillis par Audrey Nait-Challal

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LA REVUE DES EXPLORATEURS
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l’aventure et à l’exploration,
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écrivains, photographes ou
historiens à nous raconter
les mondes d’hier et de
demain dans un esprit
de curiosité permanent.

Dossier GALAXIES
Hubert Reeves, Pierre Léna,
Aurélien Barreau,
Anne-Marie Lagrange
Entretien avec Isabelle Autissier
Aparté avec Raymond Depardon
Trésors Photographiques
avec Anna Atkins

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Une affiche originale illustrée

6 cartes issues de la rubrique


Entretien avec Hubert Reeves « Naturalistes »

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