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Le mot «hypnose » laisse rarement indifférent : il suscite tantôt la curiosité, une certaine fascination,

tantôt l'ironie, le scepticisme ou le rejet. Ces réactions trouvent en grande partie leur origine dans les
représentations véhiculées par l'hypnose de spectacle, dans laquelle le sujet paraît soumis à
l'hypnotiseur et semble perdre volition et conscience. De telles représentations sociales apparaissent
dès le xviie siècle et se perpétuent jusqu'à nos jours, aussi bien dans la littérature - enfantine ou
destinée aux adultes - que dans le cinéma'. Les idées reçues que diffusent les

156

L'HYPNOSE D'INSPIRATION ERICKSONIENNE

et patients, que ce soit dre le controle, voir émerger etc.) ou, au


contraire, du de la part du sujet, qui s'en rem e dernier pouvait
procéder à une ses comportements le dispensant
remet

biais dans la communication entre soignants et par raison


des craintes inspirées par l'hypnose (perdre le des
souvenirs refoulés, ne pas se réveiller, etc.) qu'elles
encouragent une certaine passivité de la par totalement à
l'hypnothérapeute, comme si ce dernier « reprogrammation
» de son cerveau ou de ses comp de tout engagement
personnel dans la thérapie.
De nombreuses controverses, ainsi qu'une alternance en
déclin et de réhabilitation marquent l'histoire de l'hypno sont
associés en Occident au nom de Franz Anton Mesme
article se dispense d'un rappel historique qui serait jalonné
de Mesmer, Charcot, Janet, Bernheim, Liébault, Coué, Dell
(que le lecteur trouvera facilement ailleurs : voir notamment
et Melchior, 1998) pour entrer directement dans le vif du sui
médicale et clinique telle qu'elle est pratiquée aujourd'hui en
dans le monde, s'inscrit en effet davantage dans le sillage
du ren psychothérapies outre-Atlantique au siècle dernier,
avec des représentar que Carl Rogers, Virginia Satir ou
Frits Perls, que dans celui des illus pionniers européens. Et
c'est aux Etats-Unis que se produisent à partir des années
1930 les transformations majeures qui ont favorisé la
réhabilitation de l'hypnose en médecine et en
psychothérapie à l'époque contemporaine. L'un des
principaux initiateurs dans ce domaine a été le psychologue
behaviouriste Clark L. Hull (1884-1952), mais la figure la
plus marquante demeure incontestablement celle son
élève, Milton Hyland Erickson (1901-1980). C'est en
référence à ce thérapeute « hors du commun » que la
dénomination d'hypnose ericksonienne s'est généralisée,
de manière à distinguer cet usage thérapeutique de
l'hypnose d'autres pratiques, plus autoritaires ou destinées
à amuser la galerie.
ernance entre des périodes de re de l'hypnose, dont les
débuts ton Mesmer (1734-1815). Cet
ait jalonné par les noms Coué, Delbeuf ou Freud notamment
Carroy, 1991 le vif du sujet. L'hypnose
urd'hui, en France et le sillage du renouveau des
nts tels

e d'hypnose ericksonienne. C'est la


Il est utile de préciser d'emblée que la notion d'hypnose
ericksonienne recouvre des pratiques assez diverses : ces
dernières dépendent en effet autant des instituts de
formation que de la manière dont chaque praticien
s'approprie la technique et la met au service de ses
patients. Il n'existe donc pas « norme » ou d'orthodoxie en
matière d'hypnose ericksonienne.
le j ai adopté dans cet article, à la suite de François
Thioly raison pour laquelle j'ai adopté dans cet article,
à la s
ination d' « hypnose d'inspiration ericksonienne », qui i
(2007), la dénomination d'« hypnose d'inspiration er paru
plus adéquate dans la mesure où Milton Erickson s'est toujo
ickson s'est toujours refusé à
théoriser sa pratique et à la systématiser.
157
LE FONDATEUR : MILIO
Milton H. Erickson

UR : MILTON HYLAND ERICKSON


qui avaient été

H. Erickson insistait beaucoup sur les élér avaient été déterminants dans
sa pro

la vie des « grands hommes >> leurs ceuvres, mais, dans le cas d'L
indispensable pour apprécier la pratique de l'hypnose.

Il naît dans le Nevada à dans une ferme du Wisconsi frère


et de ses sept sce sensoriel et perceptif : il es musical et
son daltonisme n
aucoup sur les éléments autobiographiques dans sa propre pratique
thérapeutique. Connaître mmes » n'est pas toujours pertinent pour
comprendre

cas d'Erickson, on peut dire que c'est quasiment porécier la manière


dont il a contribué à révolutionne

revolutionner la

Nevada à Arum, en 1901. Ses parents s'installent par la suite Wisconsin,


où Milton passe son enfance aux côtés de son

At il présente divers troubles dans le domaine

charge à son époque, ont pour des cadres de référence


huma considérant chaque individu e
сои

de ses sept scurs. Très tôt, il présente divers troubles

erceptif : il est dyslexique, incapable de reproduire un il dira plus tard que


ces handicaps, qui ne seront

daltonisme ne lui permet d'apprécier que la couleur violette.


andicaps, qui ne seront évidemment pas pris en on époque, ont pour
effet de l'amener à réaliser très tôt la diversité

de référence humains, un fait sur lequel il insiste dans sa pratique nt


chaque individu comme unique et doué de ressources propres.

tres épreuves l'attendent : à l'âge de dix-sept ans, il est victime


grave attaque de poliomyélite, qui le laisse paraplégique et à la
suite de
lie il se rééduquera entièrement seul. Trois ans après cette attaque,
au curs de l'été 1922, Milton entreprend en solitaire, avec
seulement cing dollars en poche au départ, un périple de près de 2
000 kilomètres en

i dans la région des Grands Lacs, qui le conduira du lac


Mendota jusqu'au Mississipi. Durant ce voyage, il a
découvert spontanément ce qu'il nommera plus tard
l'auto-hypnose. Il poursuit ensuite ses études à
l'université du Wisconsin, où il obtient en 1928 son
doctorat de médecine et un Master de psychologie.
C'est dans ce cadre qu'il découvre l'hypnose, en suivant
les enseignements de Clark L. Hull, mais les deux
hommes se trouveront rapidement en désaccord sur le
plan théorique : Clark Hull est l'un des pères fondateurs
de la psychologie expérimentale et cherche à en
appliquer les principes le plus rigoureusement possible
dans le domaine de l'hypnose, tandis que Milton
Erickson s'attache à prendre en compte les particularités
individuelles, ce qui constitue un obstacle majeur à une
pratique standardisée. Erickson se tournera ensuite vers
le psychologue Joseph Jastrow et le neurologue Hans
Rees.
Il se spécialise en psychiatrie au Colorado Psychopatic
Hospital, avant de rejoindre l'équipe du Worcester State
Hospital dans le Massachusetts en 1930, puis d'occuper
divers postes dans le Michigan. Durant la Première
Guerre mondiale, il conduit des recherches pour le
compte du gouvernement des Etats-Unis sur la structure
de personnalité des Japonais et sur les effets de la
propagande nazie. C'est également à cette époque qu'il
entre en contact
ec les anthropologues Margaret Mead et Gregory Bateson,
ainsi qu'avec

mbres de la future « école de Palo Alto », Don D.


Jackson, Jay Haley
et John Weakland.
stolisationnelle a
sche utilisal
158
En 1948, des problèmes de santé le conduisent à s'établir à
Phænix, dans l’Arizona, où il ouvre une consultation privée
et fonde la Société d'hypnose clinique et expérimentale en
compagnie du psychologue André Weitzenhoffer et de
l'obstétricien William Kroger. À partir de 1950, il est invité de
plus en plus souvent à participer à des séminaires et à des
conférences, aussi bien aux Etats-Unis qu'à l'étranger, et sa
renommée s'accroît. Malgré une seconde attaque de
poliomyélite en 1952, qui le laissera très affaibli et
handicapé, il demeure très actif, conduisant des
expériences sur les états de conscience avec l'écrivain
Aldous Huxley ou sur la distorsion du temps en hypnose
avec la psychiatre Linn F. Cooper pour le compte de la
future NASA (alors nommée NACA). Sa collaboration avec
Gregory Batson et l'équipe de Palo Alto s'intensifie
également jusque dans les années 1960, et l'ensemble de
ses expériences le conforte dans l'idée qu'une alternative
aux recherches expérimentales en laboratoire est possible.
À cette fin, il crée en 1957 - toujours avec W. Kroger - la
Société américaine d'hypnose clinique, ainsi que l’American
Journal of Clinical Hypnosis, qu'il dirige jusqu'en 1968.

Surnommé le Wizard (« magicien >>) par ses élèves, en


raison de l'efficacité exceptionnelle de ses interventions
thérapeutiques, Milton Erickson n'a pas théorisé sa
pratique : ce sont ses élèves et collègues (Jay Haley,
John Weakland, Ernest Rossi, Jeffrey Zeig, parmi
d'autres), ainsi que les fondateurs de la Programmation
neuro-linguistique (PNL) Richard Bandler et John
Grinder, qui ont cherché à dégager les structures de ses
interventions afin de favoriser leur transmission. C'est
notamment l'ouvrage de Jay Haley Uncommon Therapy
qui contribue à faire connaître Milton Erickson au grand
public à partir de 1973. Ce dernier met fin à son activité
de thérapeute en 1974 pour consacrer les six dernières
années de sa vie à l'enseignement, accueillant chez lui
des élèves du monde entier. Il décède en mars 1980,
peu de temps avant le First International Congress on
Ericksonian Approaches to Hypnosis and
Psychotherapy, qui s'est déroulé à Phænix en décembre
1980.
Plus qu'à l'action d'un magicien, son approche est
parfois comparée aujourd'hui à celle d'un « guérisseur »
doublé d'un médecin :
« Erickson, comme les grands chamans indigènes, les
praticiens de médecine chinoise et les yogis, était un être
humain extrêmement rigoureux, doué d'une sensibilité,
d'une conscience et d'une créativité fantastiques, ainsi que
d'un extraordinaire respect pour autrui (...) Erickson n'était
ni un magicien, ni un défenseur de la recherche de
techniques et de compréhension standardisées. C'était un
scientifique empirique, un naturaliste qui, avec attention,
patience et sagesse, observait la nature, l'humain et
d'autres choses'. >>
159

161
du remaniés sous hypnose

e le rapport s'établissa hamp de conscience flato

capable sous

connaît le patient, capable

détente, et une attention ac s qui sont présentes à un mo éléments est


absent, on ne pe

patient doit être en état hypnotique et dan


un moment I on ne peut pas

le et dans une relation

longé dans l'état hypnotique

l'ensemble des aspects psychiques de l'individu te sociation


psychique), la relation hypnotique entre un hypnopraticien et son
patient et er

praticien et son patient et enfin le champ envoie à l'état de "veille


paradoxale" que connaît

pnose à la fois de connaître une forme de détente


notamment pour l'ensemble des perceptions qui son donné
». Ils ajoutent enfin : « Si l'un de ces élémen parler
d'hypnose : le patient doit être en é avec le praticien. Si le
patient est "seulement” plongé on parlera de dissociation du
champ de la consci simple. Si le patient est simplement en
relation avec l'h être en état hypnotique, on parlera de
communication de relation thérapeutique simple », mais pas
d'hypnose a
L'expression « veille paradoxale » pour rendre compte de
aujourd'hui entrée dans le vocabulaire courant des
praticiens Elle a été introduite par François Roustang, le
théoricien de plus important dans le monde francophone,
voilà plus de trente ouvrage Qu'est-ce que l'hypnose ?, par
analogie avec l'expressid paradoxal ». Après avoir souligné
à différentes reprises, dès Influ. et à l'instar de nombreux
auteurs, le caractère inadéquat du mot « huna230) dans la
mesure où, contrairement à ce que laisse supposer l'étuma
sujet sous hypnose ne dort pas, Roustang avance la
proposition suivante
d'état hypnotique

vec l'hypnopraticien sans wunication de type hypnotique ou


d'hypnose à proprement parler,

note de l'hypnose est


aticiens de l'hypnose éoricien de l'hypnose le is de trente
ans dans son
l'expression « sommeil es, dès Influence (1990)

« Comme l'hypnose est prélevée sur le temps de veille et


que le dialogue s'instaure avec le thérapeute suppose l'état
de veille, il serait préférable de la nommer “veille
paradoxale”. De même que le sommeil est dit paradoxal
parce qu'il est sommeil plus profond et qu'il est marqué par
l'activité corticale de la veille, de même, l'hypnose pourrait
s'appeler veille paradoxale parce que le corps y apparaît
sous les traits du sommeil et que les caractères de la veille,
comme on le verra, s'y manifestent avec plus de force et
d'ampleur » (Roustang, 1994, p. 18).

Dans le même esprit, Roustang oppose la « veille


restreinte » de la conscience - celle qui nous permet
de nous adapter à toutes les circonstances de la vie
ordinaire et aux impératifs matériels aussi bien que
sociaux du quotidien – à une veille qu'il qualifie de «
généralisée », où les perceptions explicites seraient
étendues à tout ce avec quoi l'individu entre en
rapport. L'une ne saurait exister sans l'autre et il
convient de veiller a respective de chacune et à leur
équilibre. À la veille restreinte corresp les perceptions
claires et distinctes qui forment un ensemble co
viennent s'inscrire dans une « manière d'être au
monde (veille gem où la variété des différences est
rassemblée », L'hypnose
c est utile de nous rapprocher de cette
veille ge insupportable à certains
égards pour la conscience en realit «
veille restreinte, qui se dit claire et
distincte, mais qui, dans
un ensemble cohérent et qui
nde (veille généralisée)
e nous permettrait
lle veille généralisée, ce en réalité limitée, cette is
qui, dans son infirmité,
DE MULTIPLES DÉFINITIONS DE L'HYPNOSE
La difficulté à offrir une définition claire et englobante de
l'hypnose se reflète dans la multiplicité des définitions qu'en
offre la littérature sur le sujet. Elle provient en particulier du
fait que le mot « hypnose » désigne à la fois une procédure
technique - la manière dont est induit l'état d'hypnose - et
l'état hypnotique lui-même!

Voici la définition succincte que donnait en 2014 la


Société d'hypnose psychologique, trentième section de
l'American Psychological Association :
« Un état de conscience impliquant une attention focalisée et
une moindre sensibilité à l'environnement, caractérisée par une
capacité accrue de réponse à la suggestion.? »

Cette définition est considérablement simplifiée par


rapport à celle que proposait la même instance quelques
années plus tôt (Green et al., 2005: traduction française
par Bioy et al., 2010, p. 5); en particulier, la notion
d'interaction entre deux individus - un sujet et un
opérateur – n'est plus explicitement mentionnée dans la
définition.
Cette dimension fondamentale avait pourtant été prise
en compte dès 1982 dans la définition forgée par John
F. Kihlstrom, qu'il a conservée jusqu'ici à quelques
variantes près, et qui avait d'ailleurs servi de canevas à
l'ancienne définition de la Société d'hypnose
psychologique :
« L'hypnose est un processus dans lequel une personne,
que l'on désigne comme l'hypnotiseur, suggère à une autre
personne, que l'on désigne comme le sujet, des
expériences d'imagination qui entraînent des modifications
dans la perception, la mémoire et l'action,
Nous retiendrons ici la définition synthétique d'Antoine Bioy,
Chantal Wood et Isabelle Célestin Lhopiteau (2010, p. 7),
qui caractérisent l'hypnose comme un « état de
fonctionnement psychologique par lequel un sujet, en
relation avec un praticien, expérimente un champ de
conscience élargi». Les auteurs précisent que « [ll'état de
fonctionnement psychologique recouvre
160

161
LES PARADIGMES PSYCHANALYTIQUES ET EXISTENTIELS

ne peut supporter à la fois entre elles que quelques lie

des possibles, ne se

acceder en

be peut faire

Spille généralisée, dans laquelle s'ouvrent i

ssibles, ne serait pas souhaitable, car le dinaires s'en trouveraient


compliquée

C'est, dit encore Roustang


fois que quelques représentations et ne peut faire les liens ». Cependant, accéder en
permanence la laquelle s'ouvrent indistinctement tous les cha

haitable, car les rapports sociaux et les actions compliqués, voire deviendraient
impossible.

e Roustang, l'imagination qui fait le lien entre les de

L'imagination, comme présentatrice du entre veille généralisée et veille


restreinte.
l'imagination reste la folle di aux chimères, mai

à jour notre stock d'habitudes, d'idées tout

reçues. Du point de vue de l. quelques liaisons inouïes

résentatrice du pouvoir du possible, fait le lien

veille restreinte. Du point de vue de cette dernière, reste la folle du logis, celle qui
peut nous entraîner à l'illusion et

is tout de même grand besoin pour mettre hides d'idées toutes faites, de soumission
aux idées

répétitions lancinantes. Comme tous les inventeur savent, c'est elle qui
dans la nuit de la confusion intelligence recommencée des êtres et des
choses. » (Rous

nt de vue de la veille généralisée, elle est le moyen de prélever liaisons inouïes


capables de rajeunir notre raison fatiguée de ses

Comme tous les inventeurs, créateurs ou artistes le ans la nuit de la confusion


passagère nous éveille à une ée des êtres et des choses. » (Roustang, 1994, p. 44-
49).

ans Il suffit d'un geste (2003), Roustang a également


sition

Plus récemment, dans Il suffit d'un geste (2003). Roustan posé le terme
« perceptude » pour renvoyer à ce mode de percentie

ticulier à l'état de veille généralisée, par contraste avec la perception


habituelle de la veille restreinte.

Tiensemble de ces éléments - processus d'interaction,


transformation des perceptions sous l'effet de suggestions,
modes de veille particuliers - constituent le socle de la pratique
de l'hypnose d'inspiration ericksonienne. dont je présente
maintenant les principaux aspects.

PRINCIPALES CARACTÉRISTIQUES DE
L'HYPNOSE D'INSPIRATION ERICKSONIENNE Un
phénomène naturel
Une contribution majeure d'Erickson à l'hypnose clinique est
liée à sa manière d'appréhender l'hypnose comme un
processus mental ordinaire, spontané et universel, dont tout
individu fait l'expérience plusieurs fois par jour, et qu'il a
nommé « transe banale » (everyday trance, souvent rendu
de façon inappropriée par « transe quotidienne »). Celle-ci
se manifeste par exemple dans des moments de
distraction, de rêverie ou d'absorption intense dans une
activité. Il est possible à un hypnopraticien d'induire, au
moyen de techniques appropriées, un état similaire à cette
transe spontanée, qui pourra être mobilisé à des fins
thérapeutiques. Cette conception de l'hypnose

e singulièrement avec celle qui prévalait en Europe dans


les siècles précédents, où la suggestibilité hypnotique
était conside peu enviable propre aux esprits faibles et la
capacite a nyper comme un don, tantôt comme un
pouvoir a acquen
estibilité hypnotique était considérée comme une
faculté
esprits faibles et la capacité à hypnotiser autrui, tantôt
162

Un art de la communication
cordent pour souligner ses
de communication,
ervice de ses interventions le son goût pour les anecdotes

manière aussi surprenante


proprié à chacun de ses
ickson attache une impor
de la communication .) ainsi qu'au registre
ons du débit, silences), st en observant la manière
Tous ceux qui ont côtoyé Milton Erickson s'accorden
compétences exceptionnelles en matière d'observa
compétences qu'il mettait inlassablement au service
de thérapeutiques. Son immense culture générale,
son gon et son sens de l'humour étaient mobilisés de
manière qu'inventive pour offrir un accompagnement
approprié à interlocuteurs.
Loin de se limiter à l'expression linguistique, Erickson
attach tance toute particulière aux modalités non
verbales de la com (mimiques, tonus musculaire,
postures, gestes, etc.) ainsi que paraverbal
(intonations, modulations de la voix, altérations du
débit qui sont également porteurs d'informations.
C'est en observant 1 dont il travaillait, mais aussi en
s'intéressant aux théories de la commun et à la
systémique, en plein essor dans les années 1950-
1960, que de ses étudiants ont entrepris de dégager
les éléments caractéristiques de son style
incomparable et de les expliciter de façon à ce qu'ils
puissent être intégrés par d'autres thérapeutes.
L'ajustement de la dynamique relationnelle est central
dans le processus : dès la première rencontre,
l'hypnopraticien porte son attention sur différentes
caractéristiques du patient - posture corporelle,
rythme respiratoire, fréquence des clignements
d'yeux, vitesse du débit verbal, niveau de langue – et
cherche dans la mesure du possible à s'en
rapprocher, à « se synchroniser ». Cette attitude
discrètement mimétique a pour effet de susciter chez
le patient un sentiment de confiance et de sécurité!.
La synchronisation ou « accordage psychocorporel »
favorise aussi chez le thérapeute l'entrée dans un
état de réceptivité, d'attention à l'autre, de «
résonance », d'empathie relationnelle, qui vont
faciliter l'adhésion du patient et l'alliance
thérapeutique.
En pratique, la synchronisation repose notamment,
outre l'accordage psychocorporel, sur l'identification
du ou des canaux sensoriels préférent du patient, à
l'aide de la technique du VAKOG (l'acronyme
combine
onyme combine visuel,
que le patient ne s'en rende
Cherc)

165

LES PARADIGMES PSYCHANALYTIQUES ET EXISTENCILS

auditif, kinesi contexte dei

srif kinesthésique, olfactif et gustatif) partit ntexte de la


Programmation neuro-lingu
individu appréhende le monde à te palement « visuelle de
s'exprimer porte la marque de cet des images que des sons
on cette préférence. Ce sont su d'identifier les canaux
expression à celui que fav. visuel « Quelle image bien ce
que vous voulez dire » ou
et gustatif) particulièrement exploité dans le
on neuro-linguistique : considérant que chaque monde à
travers un canal privilégié et que sa manière
que de cette préférence. Ainsi, une personne princi

ait à percevoir et à mémoriser plus spontanément des sons ou


des sensations et son style verbal refleterait sont surtout les
mouvements oculaires qui permettent

set il appartient au thérapeute d'adapter son


i que favorise le patient : il dira par exemple à un sujet selle
image vous vient lorsque vous évoquez cela ? », « Je vois
sus voulez dire » ou « J'imagine que vous avez dû voir
rouge !
essentez-vous en ce moment ? » ou «La moutarde a dû unter
au nez dans ces circonstances » à un kinesthésique, ou en

u encore vous par là ? » à un auditif (cf. Bioy et


Célestin-Lhopiteau.
CO

mais plutôt « Que ressentez-vous en ce mo vous monter au nez dans «


Qu'entendez-vous par là ? » à un 2014, p. 147-148),

Par ailleurs, la synchronisation peut être utilisée de manière


as tiquée pour faire émerger un état émotionnel plus
propice au travail sous
Innose. Par exemple, face à un patient volubile ou agité, le
thérapeute peut choisir d'adopter, le temps d'établir le
contact, un débit verbal et un omportement relativement
proches de ceux de son interlocuteur. Progressi vement, il
pourra « guider » ce dernier vers davantage de calme en
modifiant imperceptiblement sa conduite, par exemple son
rythme respiratoire, son débit ou son tonus musculaire en
prenant une position plus confortable, attitudes que le
patient imitera à son tour, le plus souvent sans même s'en
apercevoir (technique du pacing and leading, parfois rendue
en français pas ponctuer et conduire »).

Enfin, la communication est indissociable des questions


de la suggestion et de l'influence. Cette dernière est
considérée par François Roustang comme inséparable
de l'expérience de l'hypnose et, aussi paradoxal que
cela puisse sembler à première vue, comme la condition
même de la liberté humaine, ainsi qu'il s'en explique
dans un ouvrage qui porte précisément le titre Influence
(1990). Pour lui, « si l'on veut savoir ce qu'est l'hypnose,
il suffit d'étudier les signes émis par les humains en vue
de s'influencer les uns les autres (1990, p. 51). Cette
notion est proche de celle de « manipulation », souvent
negativement connotée et associée à l'idée d'influence
dissimulée visant à exercer une emprise sur autrui. C'est
bien de cela qu'il s'agit dans le contexte
"hypnose, mais c'est justement parce qu'Erickson a «
redéfini la transe "ypnotique en disant qu'elle concernait non
l'état d'une seule personne, man
type special d'échange mutuel entre deux individus que la
manipulation a laquelle il se livre ne lui fait pas p Entendue
ainsi, l'influence ou la manipulation qu'une provocation à la
liberte patient.
se livre ne lui fait pas problème >> (Roustang, 1990, p. 50-
51).
lluence ou la manipulation ericksonienne n'est autre
vocation à la liberté et un appel à la prise de responsabilité
dutionnelle

166

Du point de vue technique, la communication au cours


d'une séance d'hypnose prend notamment la forme de
suggestions, c'est-à-dire de propositions faites au patient,
qu'il est libre d'accepter ou de refuser. Rappelons qu'il n'est
pas possible d'hypnotiser un sujet contre son gré et que,
par conséquent, toute pratique de l'hypnose, même guidée,
est en réalité une forme d'auto-hypnose dans laquelle le
sujet garde l'initiative. Les suggestions sont principalement
de deux sortes : directes et indirectes. Les premières
consistent en une proposition ou une demande explicite (ex.
« Vous pouvez à présent prendre une position confortable
et observer le rythme de votre respiration »), tandis que les
suggestions indirectes reposent sur des propositions
ouvertes ou des métaphores, qui visent notamment à éviter
toute résistance de la part du sujet (ex. « Je me demande
s'il sera plus agréable pour vous de fermer les yeux dès
maintenant ou de fixer un point devant vous pour entrer
dans un état approprié au travail que vous souhaitez
effectuer »). Les suggestions post-hypnotiques, destinées à
prolonger le bénéfice d'une séance ou à installer
durablement un changement, sont parfois envisagées
comme une catégorie à part, mais elles peuvent prendre
aussi bien la forme de suggestions directes qu'indirectes'.

Un apport majeur d'Erickson réside dans la manière


habile dont il parvient à combiner suggestions directes et
indirectes. Une plus grande efficacité a parfois été
attribuée aux suggestions indirectes, mais il suffit de lire
une transcription de séance d'Erickson pour se rendre
compte qu'il maniait alternativement les unes et les
autres et il serait inexact d'affirmer qu'il avait une
préférence pour la communication indirecte (Yapko,
2001, p. 172).
Dans ses interventions, le thérapeute adopte le plus
souvent une posture qu'on peut appeler « position basse
» : il ne sait pas, ne comprend pas, pose des questions,
tandis que le patient est considéré comme le véritable «
expert >> de son propre cas et que la recherche de
solutions s'effectue en commun. La position basse est
un moteur puissant, qui facilite l'instauration d'une
collaboration confiante, responsabilise le patient et lui
permet de gagner en autonomie.
La relation ainsi nouée présente certaines
caractéristiques familières à tout praticien ayant intégré
les propositions de Carl Rogers, dont il a été question
plus haut - écoute active, questions ouvertes,
reformulation, congruence, etc. Il n'est donc guère
surprenant que certains des aspects de la dynamique
relationnelle qui viennent d'être évoqués se retrouvent
dans d'autres pratiques thérapeutiques, avec ou sans
référence explicite à Erickson. Il reste cependant à
examiner une dimension essentielle de l'hypnose
d'inspiration ericksonienne, qui en constitue
véritablement le noyau, à savoir le rôle fondamental des
processus inconscients dans le déroulement de la cure.
ha de présenter ici les différentes techniques de suggestion
ni les usages

167

CONCEPTIONS ET USAGES DE L'INCONSCIEN


definition que donne Erickson est simple : l'inconscient est «
tout ce qui est pas conscient, c'est le dépositaire des
apprentissages de vie du patient, c est une instance
positive et créatrice » (Salem et Bonvin, 2007, p. 15), ou
encore « une partie positive de la personne capable de faire
pour quantité de choses qu'elle n'arriverait pas à faire avec
sa volonté consciente ou capable de les faire plus
facilement » (Melchior, 1998, p. 408). Cette Vision est bien
éloignée de la conception freudienne de l'inconscient. Pour
autant, on ne saurait soupçonner Erickson d'avoir été
ignorant des théories psychanalytiques, car il n'a pas
manqué de les rencontrer au cours de sa formation
universitaire et dans sa pratique clinique, mais s'en est
écarté à dessein. Ainsi, l'inconscient n'est pas, pour
Erickson « la menace pulsionnelle qui vient perturber la vie
consciente et qui a donc contraint au refoulement. Bien au
contraire, il est la source des énergies nouvelles que le
patient ignore et auxquelles il devra apprendre à faire une
place de plus en plus grande. C'est lui qu'il va falloir
interroger afin de connaître les voies à suivre pour qu'un
changement soit effectué. » (Roustang, 1990, p. 52.)
L'inconscient peut aussi être envisagé comme « ce qui
endormi pour la veille restreinte de la conscience, et qui doit
rester endormi sous peine de la faire exploser » (Roustang,
1994, p. 46). On notera que dans la pratique de l'hypnose
l'usage du mot inconscient comme substantif est très
fréquent, mais il faut se souvenir que le terme ainsi employé
est à entendre dans un sens (Bioy et al., 2010, p. 76).
métaphorique, car l'existence d'une telle structure ne saurait
être démontrée
Voici un exemple de la façon dont Erickson lui-même
pouvait l'employer :
Vous n'avez même pas besoin de m'écouter parce que votre inconscient
est ici et peut entendre ce dont il a besoin pour répondre de la bonne
façon. Et ce que votre pensée consciente fait n'a pas vraiment
d'importance parce que votre inconscient va faire juste ce dont il a
besoin (...) Vous avez dit que votre pensée consciente était incertaine,
confuse. C'est parce que votre conscient oublie. Et pourtant, nous
savons que l'inconscient a accès à tous ces souvenirs et images et
expériences qu'il peut rendre disponibles à la conscience, de façon à ce
que vous puissiez résoudre ce problème (...). Mais votre conscience ne
va conserver tout cela qu'avec l'accord de votre inconscient (...)
Et votre désir de faire confiance à votre inconscient pour tout ce qui peut
être intéressant ou précieux pour vous est ce qu'il y a de plus important.
Il y a beaucoup de façons de fonctionner pour le cerveau dans lequel
l'inconscient peut rejoindre la conscience. Beaucoup de façons pour
l'inconscient d'éviter la conscience sans que celle-ci sache qu'elle vient
de recevoir un cadeau. (Erickson et al., 2006, p. 111-112)
Erickson présente donc l'inconscient comme s'il
s'agissait d'un agent doué d'intention et va jusqu'à
affirmer que la conscience et l'inconscien
168

En 1948, des problèmes de santé le conduisent à s'établir à


Phænix, dans l’Arizona, où il ouvre une consultation privée
et fonde la Société d'hypnose clinique et expérimentale en
compagnie du psychologue André Weitzenhoffer et de
l'obstétricien William Kroger. À partir de 1950, il est invité de
plus en plus souvent à participer à des séminaires et à des
conférences, aussi bien aux Etats-Unis qu'à l'étranger, et sa
renommée s'accroît. Malgré une seconde attaque de
poliomyélite en 1952, qui le laissera très affaibli et
handicapé, il demeure très actif, conduisant des
expériences sur les états de conscience avec l'écrivain
Aldous Huxley ou sur la distorsion du temps en hypnose
avec la psychiatre Linn F. Cooper pour le compte de la
future NASA (alors nommée NACA). Sa collaboration avec
Gregory Batson et l'équipe de Palo Alto s'intensifie
également jusque dans les années 1960, et l'ensemble de
ses expériences le conforte dans l'idée qu'une alternative
aux recherches expérimentales en laboratoire est possible.
À cette fin, il crée en 1957 - toujours avec W. Kroger - la
Société américaine d'hypnose clinique, ainsi que l’American
Journal of Clinical Hypnosis, qu'il dirige jusqu'en 1968.

Surnommé le Wizard (« magicien >>) par ses élèves, en


raison de l'efficacité exceptionnelle de ses interventions
thérapeutiques, Milton Erickson n'a pas théorisé sa
pratique : ce sont ses élèves et collègues (Jay Haley,
John Weakland, Ernest Rossi, Jeffrey Zeig, parmi
d'autres), ainsi que les fondateurs de la Programmation
neuro-linguistique (PNL) Richard Bandler et John
Grinder, qui ont cherché à dégager les structures de ses
interventions afin de favoriser leur transmission. C'est
notamment l'ouvrage de Jay Haley Uncommon Therapy
qui contribue à faire connaître Milton Erickson au grand
public à partir de 1973. Ce dernier met fin à son activité
de thérapeute en 1974 pour consacrer les six dernières
années de sa vie à l'enseignement, accueillant chez lui
des élèves du monde entier. Il décède en mars 1980,
peu de temps avant le First International Congress on
Ericksonian Approaches to Hypnosis and
Psychotherapy, qui s'est déroulé à Phænix en décembre
1980.
Plus qu'à l'action d'un magicien, son approche est
parfois comparée aujourd'hui à celle d'un « guérisseur »
doublé d'un médecin :
« Erickson, comme les grands chamans indigènes, les
praticiens de médecine chinoise et les yogis, était un être
humain extrêmement rigoureux, doué d'une sensibilité,
d'une conscience et d'une créativité fantastiques, ainsi que
d'un extraordinaire respect pour autrui (...) Erickson n'était
ni un magicien, ni un défenseur de la recherche de
techniques et de compréhension standardisées. C'était un
scientifique empirique, un naturaliste qui, avec attention,
patience et sagesse, observait la nature, l'humain et
d'autres choses'. >>
159

mot « inconscien

onscient » comme adjectif ne pose

UMES PSYCHANALYTIQUES ET EXISTENTIELS

processus ou d

ssus ou de contenus inconscient


La place limited intellectuels cons d'inspiration erickson
limitée accordée à la prise de co els constitue précisément l'une

ericksonienne, et peut-être l'une des

proches. C'est sans doute entre l'hyn


avec d'autres approches

que le con

e le contraste est le plus marque

fne pose pas de problème, l'existence de nconscients étant un


présupposé commun.

prise de conscience et aux processus l'une des particularités de la


thérapie

être l'une des principales différences

doute entre l'hypnose et la psychanalyse arqué, ainsi que


l'explique François Roustang

(1990, p. 53-54):
«La distance entre la ici plus extrême. Alors devenir
conscient est la clef utile mais souvent contre-ind
mécanismes inconscients et passe par ce processus. À
l'inve
Freud et celle d'Erickson ne peut être

remier, la prise de conscience ou le

we les forces d'ordre inconscient déterminent a

humaine, tire de ce fait des con y ait modification profonde e


inconscientes soit transformé.
istance entre la technique de Freud et celle die extrême. Alors que, pour
le premier, la prise de co

st la clef de la thérapie, elle est, pour le second, parfois

diquée. Freud est passionné par la découverte de onscients et il ne peut


pas ne pas penser que toute guérison ocessus. À l'inverse, Erickson,
persuadé, à la suite de Freud,
nconscient déterminent au premier chef l'existence de ce fait des
conclusions diametralement opposées. Pour qu'il ification profonde et
durable, il faut que le système de ces forces

ntes soit transformé. Mais il ne peut l'être que si l'on demeure au au de


celles-ci, c'est-à-dire que si le processus reste inconscient. D'où son de
souci pour l'interprétation, d'où au contraire son usage constant des

de la confusion, des métaphores ou des actes à poser : tout moyen qui

peu de souci pour l'int détours, de la confusion des

vise, non pas à comprendre, mais à faire fonctionner autrement. »

Drésenté ainsi, le contraste est effectivement saisissant.


Entre ces deux extrêmes se déploie cependant en pratique
tout un éventail de nuances possibles, qui varie selon les
thérapeutes et selon les besoins des sujets, car. si la prise
de conscience n'est pas recherchée au premier chef en
hypnose, elle n'en surgit pas moins parfois au détour d'une
séance pour le plus grand bénéfice du patient. Par ailleurs,
la pratique de l'hypnoanalyse, qui associe les deux
approches, vient également témoigner du fait que prise de
conscience et transformation inconsciente ne sont pas
toujours antinomiques.

CONCLUSION
L'hypnose : une pratique intégrative
d'un système théorique englobant, I puissante et
modulable, elle est sus méthode thérapeutique à part
entie
Ainsi qu'on vient de le voir, l'hypnose ne se présente pas
sous la forme
meorique englobant, mais plutôt comme une « boîte à outils
: lodulable, elle est susceptible d'être utilisée soit comme
une cutique à part entière, soit d'être intégrée à une autre
approche.
dans le cadre théorique de cette dernière et y ne trouvera
alors sa place dans le cadre théorique
associée à d'autres techniques. Selon l'orientation du ourra
être utilisée comme ingrédient principal ou à titre de

sera éventuellement associée à d'auu thérapeute,


elle pourra être utiliser complément. 170
Dans le cas de Joseph Barber, par exemple, l'hypnose vient
enrichir une approche à dominante comportementale et
cognitive : il préconise la plus grande rigueur dans
l'investigation clinique, la recherche d'éléments pouvant
contribuer à l'établissement d'un diagnostic, l'évaluation du
degré d'hypnotisabilité du patient et une réflexion sur
l'orientation à proposer (pour déterminer si l'hypnose est ou
non la meilleure démarche), ainsi qu'une estimation aussi
objective que possible de l'évolution de la symptomatologie
au cours de la cure (Barber, 2012, p. 459-465). Cette
posture contraste avec celle de François Thioly, qui articule
également ces deux approches, mais en soulignant les
limites du discours de la psychologie scientifique, et en
préférant à l'application de protocoles standardisés la prise
en compte des particularités individuelles, ce qui implique
de s'aventurer dans « un domaine beaucoup moins
explicite, plus subjectif, de l’être en relation avec lui-même,
son monde et les autres » (Thioly, 2007, p. 139). Dans la
mesure où les recherches sur l'efficacité des
psychothérapies montrent que la dimension technique et
théorique ne joue qu'un rôle limité dans le succès de la cure
(entre 8 % et 16 % selon les auteurs)' - voire aucun rôle
selon Kim, Wampold et Bolt (2007), il ne serait guère
pertinent de débattre des possibles avantages et
inconvénients de tel ou tel parti pris. Quelle que soit la
technique, l'élément déterminant du processus demeure,
pour tous les auteurs, la qualité de la relation entre
thérapeute et patient, qui s'accompagne inévitablement de
facteurs non spécifiques valables pour tous les individus
(événements de vie, facteurs relationnels, attentes du
patient).

Par ailleurs, la technique de l'hypnose vient tout


naturellement trouver sa place dans le courant des
thérapies dites « intégratives » ou « multimodales », où
différents aspects pratiques ou théoriques peuvent être
combinés comme les pièces d'un jeu de meccano de
façon à constituer un nouvel ensemble, harmonieux et
efficace, avec l'idée que « deux prises en charge qui ont
la même perspective épistémologique et la même vision
du monde mais sous deux angles différents peuvent
facilement s'accorder et potentialiser leur effet en
balayant plus largement les processus de
compréhension ou de changement » (Bachelart et al.,
2011, p. 486). L'importance croissante accordée à la
sensorialité et à la dimension psychocorporelle de la
technique hypnotique depuis quelques années offre une
illustration remarquable de cette évolution (voir par
exemple Bioy et Célestin-Lhopiteau, 2014).
L'observation de facteurs communs à différentes
orientations thérapeutiques depuis les années 1980 a
naturellement conduit à des emprunts mutuels et peut-être
à l'élaboration simultanée de nouveaux outils semblables
dans diverses écoles, indépendamment de toute
concertation. Citons, pour illustrer ce phénomène, deux
exemples de similarités notables entre l'hypnose
d'inspiration ericksonienne et la troisième vague des TCC :
la « thérapie des 171
schémas » de Jeffrey Young, par exemple, recourt à
différentes « techniques émotionnelles » d'imagerie
destinées d'une part à déclencher des émotions liées
aux schémas précoces inadaptés, d'autre part à re-
materner le patient de facon à guérir ses émotions et à
combler partiellement ses besoins infantiles insatisfaits
(Young, 2005, p. 155-194); certaines de ces techniques
rappellent singulièrement des pratiques hypnotiques
comme le recours à un endroit sécurisant (safe place)
ou d'autres procédures liées à l'enfance ou à des
personnages proches du patient dans son enfance
(régression en âge). Quant à la « thérapie d'acceptation
et d'engagement », elle fait une large place aux
métaphores, ainsi qu'à l'expérience sensorielle, dont on
a vu qu'elles constituent un outil incontournable pour
l'hypnopraticien. Enfin, la pratique de la méditation de
pleine conscience (mindfulness) présente de
nombreuses similarités avec l'hypnose.
L'hypnose d'inspiration ericksonienne, soucieuse de mettre
au service du patient tout ce qui peut lui permettre de
progresser indépendamment de toute considération
théorique, se prête à merveille à une démarche intégrative.
Elle n'en conserve pas moins sa spécificité, en accordant
une extrême importance au travail effectué à un niveau
inconscient, dans une psychique singulier de chaque
individu.

ptation inconditionnelle et dans le plus profond


respect de l'univers
172

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