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Revue des Maladies Respiratoires (2017) 34, 742—748

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www.sciencedirect.com

ARTICLE ORIGINAL

Les cellulites cervico-faciales nécrosantes


d’origine dentaire dans un pays en voie de
développement
Necrotizing cervico-facial cellulitis of dental origin in a developing country

S. Togo a,∗, M.A. Ouattara a, J. Saye a, I. Sangaré a,


M. Touré a, I. Maiga a, D.J. Dakouo a, L. Xing a, L. Guo a,
A.J. Zhou a, S. Koumaré b, A.K. Koita b, Z.Z. Sanogo b,
S. Yéna a

a
Service de chirurgie thoracique, centre hospitalo-universitaire du Point G, Bamako, Mali
b
Service de chirurgie A, centre hospitalo-universitaire du Point G, Bamako, Mali

Reçu le 22 juillet 2015 ; accepté le 19 mars 2016


Disponible sur Internet le 4 mai 2016

MOTS CLÉS Résumé


Cellulite ; Introduction. — La cellulite cervico-faciale nécrosante d’origine dentaire est une pathologie
Dentisterie ; grave qui impose une prise en charge rapide et efficace. Le but de ce travail est de décrire les
Cervicotomie ; difficultés diagnostiques et thérapeutiques rencontrées lors de la prise en charge.
Antibiothérapie Méthodes. — Il s’agissait d’une étude prospective réalisée dans le service de chirurgie thora-
cique de l’hôpital du Mali de janvier 2011 à février 2015. Nous avons colligé les dossiers de
19 patients qui ont présenté une cellulite cervico-faciale nécrosante d’origine dentaire. Les
aspects anatomo-cliniques, les modalités thérapeutiques et les difficultés rencontrées ont été
décrites.
Résultats. — La douleur dentaire et la fièvre étaient les maîtres symptômes suivis de l’œdème
cervical. La tomodensitométrie thoracique a permis de poser le diagnostic dans tous les cas. La
cervicotomie avec mise à plat des collections étaient le geste opératoire le plus fréquemment
réalisé. Le drainage pleural a été réalisé que dans 6 cas. La mortalité était de 15,8 %.
Conclusion. — Les cellulites cervico-faciales nécrosantes d’origine dentaire sont des patho-
logies graves avec une morbi-mortalité élevée. L’examen-clé est la tomodensitométrie. La

∗ Auteur correspondant.
Adresse e-mail : drseydoutg@yahoo.fr (S. Togo).

http://dx.doi.org/10.1016/j.rmr.2016.03.006
0761-8425/© 2016 SPLF. Publié par Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.
Médiastinites nécrosantes descendantes 743

prise en charge médico-chirurgicale précoce en urgence par les mesures de réanimation,


l’antibiothérapie adaptée, l’excision des tissus nécrotiques et le drainage des collections consti-
tuent les piliers du traitement.
© 2016 SPLF. Publié par Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.

KEYWORDS Summary
Cellulitis; Introduction. — Necrotizing cellulitis of dental origin is a serious disease and requires prompt
Dental care; and effective management to avoid adverse outcomes. The purpose of this work is to describe
Cervicotomy; the diagnostic and therapeutic difficulties encountered in this condition.
Antibiotic therapy Methods. — This was a prospective study in the thoracic surgery department of Mali Hospi-
tal from January 2011 to February 2015. We collected consecutively 19 cases of complicating
cervico-facial cellulitis of dental origin. The anatomical and clinical aspects, therapeutic moda-
lities and difficulties are described.
Results. — Dental pain and fever were the predominant symptoms followed by cervical edema.
Chest CT-scan was the basis for the diagnosis in all cases. Cervicotomy with debridement was the
most performed surgical procedure. Pleural drainage was performed in 6 cases. Three patients
(15.8%) died.
Conclusion. — Necrotizing cellulitis of dental origin is a serious disease with high morbidity
and mortality. The key radiological examination is the thoracic CT-scan. Early medico-surgical
management by emergency care, tailored antibiotic therapy, removal of necrotizing tissues and
drainage of collections are required to deliver a good outcome.
© 2016 SPLF. Published by Elsevier Masson SAS. All rights reserved.

Introduction 26 ± 10,2 ans (extrêmes 20—62). Tous les patients ont


eu un bilan clinique, une numération formule sanguine,
La cellulite cervico-faciale nécrosante d’origine dentaire un bilan infectieux (bactériologie des prélèvements de
est infection grave diffusant le long des espaces aponévro- pus, hémocultures) et un bilan radiologique (radiographie
tiques de la face et du cou. Elle met en jeu le pronostic conventionnelle et tomodensitométrie). La prise en charge
vital à la phase septicémique en l’absence d’une prise en a inclus les soins médicaux usuels, voire des mesures de
charge chirurgicale et réanimatoire rapide [1]. Les pre- réanimation et une triple antibiothérapie probabiliste par
miers signes sont parfois frustres et peuvent conduire à un voie parentérale (bêtalactamines, aminosides et métronida-
retard diagnostique, surtout en Afrique où le contexte socio- zole) réajustée lorsque les germes ont pu être isolés par un
économique est précaire [2]. Sa prise en charge consiste antibiogramme, puis secondairement le geste chirurgical.
à traiter l’infection médicalement et chirurgicalement en Des antalgiques et des bains de bouches ont été instaurés
urgence [3]. mais le traitement de l’origine dentaire de l’infection a été
Le but de cette étude était de décrire les difficultés diag- réalisé selon les cas par les stomatologues (soins locaux et
nostiques et thérapeutiques rencontrées lors de la prise en extractions dentaires).
charge de cette pathologie dans un pays en voie de déve- Les gestes chirurgicaux ont le plus souvent été associés
loppement et d’effectuer à cette occasion une revue de la et comprenaient le drainage de la collection, une nécro-
littérature. sectomie, voire une chirurgie lourde par thoracotomie. En
postopératoire, un système d’irrigation-lavage continu par
une solution diluée de polyvidone iodée (30 mL de polyvi-
done pour 500 mL de sérum salé à 0,9 %) a été installé au
Patients et méthodes niveau des drains des plèvres y compris ceux du médias-
tin, dès le premier jour postopératoire. L’irrigation-lavage
Il s’agissait d’une étude prospective réalisée dans le service
était arrêté après disparition des dépôts dans le bocal
de chirurgie thoracique de l’hôpital universitaire de Bamako
d’aspiration. Chez les patients ayant des pertes considé-
(Mali) de janvier 2011 à février 2015 qui a permis de colli-
rables tissulaires, lorsque la plaie était jugée satisfaisante
ger consécutivement 19 patients (7 hommes et 12 femmes).
après un certain temps de traitement médical, la chirurgie
Ces patients ont tous présenté une cellulite cervico-faciale
plastique de cicatrisation dirigée était réalisée. Une greffe
nécrosante d’origine dentaire grave (Fig. 1). Parmi eux, 3 cas
de peau était effectuée sur la paroi thoracique par un pré-
de médiastinite ont compliqué la cellulite cervico-faciale.
lèvement à l’aide d’un dermatome au niveau de la face
Le Tableau 1 résume les caractéristiques sociodémo-
antérieure de la cuisse ou du cuir chevelu ; au niveau cervical
graphiques des patients. La moyenne d’âge était de
744 S. Togo et al.

Figure 1. Cas graves de cellulite cervico-faciale nécrosante d’origine dentaire. A. Nécrose cervico-thoracique antérieure. B. Nécrose
cervico-thoracique étendue à la glande mammaire.

une transposition du lambeau musculaire pectoral pédiculé


était réalisée (Fig. 2).
Le résultat des examens paracliniques, les gestes opé-
Tableau 1 Caractéristiques sociodémographiques des
ratoires réalisés et la morbi-mortalité ont été analysés.
patients (n = 19).
L’analyse de Kaplan-Meier a été utilisée pour calculer la
Caractéristiques n (%) survie. La survie à 1 mois, 3 mois et 1 an a été déterminée.
Sexe
Hommes 7 (36,8 %)
Femmes 12 (63,2 %)
Âge
Résultats
20—30 13 (68,4 %) Tous les malades ont été hospitalisés. Chez 12 d’entre eux
31—40 4 (21,0 %) une sonde nasogastrique a été mise en place pour assu-
> 60 2 (10,5 %) rer l’alimentation. La fièvre, l’altération de l’état général
Profession et la douleur dentaire étaient les maîtres symptômes (pré-
Cultivateur 7 (36,8 %) sents chez 100 % des patients), suivis de l’œdème cervical,
Éleveur 6 (31,6 %) la tuméfaction sous-mandibulaire et l’odynophagie associée
Ménagère 4 (21,0 %) au trismus (présent dans 94,7 % des cas). La douleur thora-
Cordonnier 1 (5,3 %) cique était retrouvée chez 10 patients (52,6 %) et la dyspnée
Enfant 1 (5,3 %) chez 8 patients (42,1 %). Onze patients (52,6 %) avaient un
Facteurs de risques délai de prise en charge compris entre 15 et 21 jours suivi
Obésité 3 (15,8 %) d’un délai de 8 à 14 jours pour 6 patients (31,6 %), de 22 à
Immunodépression (VIH) 2 (10,5 %) 30 jours pour 2 patients (10,5 %) et de 4 jours pour 1 patient
Diabète 2 (10,5 %) (5,3 %).
Tabac 8 (42,1 %) La radiographie thoracique a montré une pleurésie chez
Grossesse 1 (5,3 %) 6 patients. La tomodensitométrie mettait en évidence une
Traitement antérieur collection médiastinale dans 3 cas. L’infiltration des parties
Moderne/automédication 17 (89,5 %) molles cervicales était le signe le plus représenté, suivi du
Anti-inflammmatoire 17 (89,5 %) pneumomédiastin et les épanchements pleuraux, tandis que
Antibiotiques 8 (42,1 %) l’examen biologique retrouvait une infection polymicro-
Traditionnel 13 (68,4 %) bienne dans 4 cas. Chez 13 patients, aucun germe n’a été
Associé 13 (68,4 %) isolé. L’hémoculture réalisée chez 4 patients s’est révélée
Résidence positive dans seulement un cas (Tableau 2). Pour 4 patients,
Ville urbaine 1 (5,3 %) l’antibiothérapie initiale a été réajustée en postopératoire
Milieu rural 18 (94,7 %) selon les données de l’antibiogramme. L’infection primitive
était d’origine dentaire chez l’ensemble des patients qui
Médiastinites nécrosantes descendantes 745

Figure 2. Chirurgie plastique de cicatrisation dirigée. A. Prélèvement cutané de la cuisse. B. Greffe cutanée de paroi en peropératoire.
C. Prélèvement de lambeau du muscle grand pectoral. D. Transposition du lambeau pectoral.

cellulite cervico-faciale ont bénéficié également d’un geste


Tableau 2 Résultats des examens de la tomo-
de cervicotomie pré-sterno-cléido-mastoïdienne avec mise
densitométrie thoracique et de la bactériologie chez les
à plat des logettes de pus associé au drainage.
19 patients de l’étude.
Au total, 11 patients ont présenté des complications pen-
Examens paracliniques n (%) dant leur prise en charge. Les complications postopératoires
étaient le plus souvent associées. La fièvre persistante après
Tomodensitométrie thoracique
le troisième jour était la complication dominante suivie de la
Collections médiastinales 3 (15,8 %)
détresse respiratoire. Tous les patients décédés ont présenté
Pneumomédiastin 8 (42,1 %)
un choc septique dans un tableau de détresse respiratoire,
Modification de la densité de la graisse 3 (15,8 %)
souvent associé à une insuffisance rénale (Tableau 4). Un
médiastinale
patient avec cellulite cervico-thoracique et deux patients
Épanchement cervico-thoracique 12 (63,1 %)
avec une médiastinite compliquant la cellulite cervico-
Pleural 6 (31,6 %)
faciale sont décédés. Le taux de mortalité total était de
Pariétal 4 (21,0 %)
15,8 %. Le staphylocoque doré et le Pseudomonas aeruginosa
Péricardique 2 (10,5 %)
étaient des germes multirésistants retrouvés dans les 3 cas.
Emphysème pariétal 4 (21,0 %)
Les patients décédés avaient des comorbidités telles que le
Lésions pleuro-parenchymateuses 2 (10,5 %)
diabète, immunodépression et obésité. Parmi les patients
Infiltration des parties molles cervicales 17 (89,5 %)
initialement traités par un anti-inflammatoire non stéroïdien
Bactériologie
(AINS), deux sont décédés. Les gestes chirurgicaux initiale-
Pus 15 (78,9 %)
ment réalisés chez les patients qui sont décédés ont été :
Morganella spp. 1
une thoracotomie antéro-latérale droite avec excision du
Staphyloccocus aureus 3
tissu médiastinal nécrosé (durée opératoire supérieure à
Streptoccocus pneumoniae 2
4 heures) chez le premier patient ; une fenestration pour
Germe non retrouvé 10
pyothorax sur paroi thoracique nécrosée (48 h après échec
Hémoculture 4 (21,0 %)
de la mise en place du système d’irrigation-lavage) chez le
Pseudomonas aeruginosa 1
second patient et une médiastinostomie droite associée à un
Stérile 3
effondrement des logettes de pus et un débridement du tissu
nécrosé avec lavage-drainage chez le troisième patient.
Au total, 7 patients ont eu recours à un séjour en réani-
ont reçu des soins bucco-dentaires par les stomatologues. La mation dont 4 en postopératoire. Six patients ont bénéficié
cervicotomie avec mise à plat des collections et des logettes de transfusion sanguine dont deux en préopératoire. Neuf
de pus étaient le geste opératoire le plus réalisé suivi de patients ont bénéficié d’une greffe cutanée : deux sur la
la nécrosectomie cervicale. Le drainage pleural associé à paroi thoracique réalisées au bout de 5 semaines de trai-
l’irrigation-lavage n’a été réalisé que dans 6 cas (Tableau 3). tement et 4 autres greffes de la paroi thoracique réalisées
Les patients ayant une médiastinite compliquant une après une durée de 7 mois de traitement. Trois patients
746 S. Togo et al.

Tableau 3 Gestes opératoires et complications chez les 19 patients inclus.


Gestes opératoires Patients (%) Complications (%) Décès (%)

n = 19 n = 11 n=3
Gestes thoraciques
Cellulites cervico-thoraciques
Méthode à thorax fermé
Drainage thoracique 9 (47,4 %) 3 (27,3 %) —
Drainage pleural + irrigation-lavage 6 (10,5 %) 2 (18,2 %) —
Drainage péricardique 2 (10,5 %) 1 (9,1 %) —
Drainage en position Trendelenburg 1 (5,3 %) — —
Nécrosectomie de paroi thoracique 4 (21,0 %) — —
Vidéothoracoscopie lavage-drainage 1 (5,3 %) — —
Méthode à thorax ouvert
Fenestration thoracique 1 (5,3 %) 1 (9,1 %) 1 (33,3 %)
Médiastinites compliquant une cellulite cervico-faciale
Méthode à thorax fermé
Médiastinotomie antérieure avec débridement du tissu 2 (10,5 %) 1 (9,1 %) 1 (33,3 %)
nécrosé, mise à plat des logettes de pus + lavage-drainage
Méthode à thorax ouvert
Thoracotomie avec excision du tissu nécrosé, mise à plat 1 (5,3 %) 1 (9,1 %) 1 (33,3 %)
des collections + lavage-drainage
Gestes cervico-faciales
Cervicotomie + mise à plat des collections et logettes de 17 (89,5 %) 4 (36,4 %) —
pus + drainage
Nécrosectomie cervicale 14 (73,7 %) 1 (9,1 %) —
Incision sous-mandibulaire + mise à plat de collection + drainage 2 (10,5 %) — —

érythème ou un œdème local souvent discret, accompagnés


Tableau 4 Répartition des patients en fonction des
de douleurs dentaires persistantes. S’en suit la sensation de
complications postopératoires (n = 11).
masse liée au développement d’un abcès oro-pharyngé qui
Complications postopératoires Patients Décès engendrera un syndrome de compression à type de dyspnée
et de dysphagie, souvent dans un tableau d’altération de
n n
l’état général. Le cou devient ensuite œdémateux, tendu et
Détresse respiratoire 5 3 douloureux. La présence de crépitations signe la production
Atélectasie pulmonaire gauche 1 — de gaz par des germes anaérobies. L’examen doit recher-
Saignement 1 — cher des signes d’extension. Une dysphagie et une dyspnée
Fièvre persistante après le 3e jour 7 3 laryngée témoignent un retentissement sur les voies aéro-
Bas débit cardiaque 1 — digestives. L’état général peut être longtemps conservé et
Ventilation mécanique prolongée 1 1 s’altérer brutalement [1,4]. En l’absence d’un traitement
(26 jours) médical ou chirurgical précoce et bien conduit, l’infection
Mauvais contrôle de la glycémie 1 — peut se propager vers le médiastin par diffusion suivant le
Pneumonie 2 — trajet des gaines du cou dans plus de 20 % des cas [4,5]. Les
Ostéite costale 1 — différentes voies de diffusion étant l’espace pré-trachéal,
Insuffisance rénale 1 1 l’espace rétro-pharyngé et l’espace péri-vasculaire [6]. Les
médiastinites compliquant une cellulite cervicale ont une
incidence de 1 à 2,5 % avec une mortalité hospitalière de 10 à
ont bénéficié d’une transposition du muscle grand pecto- 20 % [4]. L’origine dentaire de la cellulite est identifiée par la
ral au niveau cervical après 3 mois de traitement. La survie plupart des études comme un facteur favorisant l’extension
a été de 84,2 % à 1 mois, 81,1 % à 3 mois et 78,9 % à 12 mois. vers le médiastin notamment lorsque les deuxième ou
Les patients décédés lors du suivi avaient des comorbidités troisième molaires sont infectées. Les facteurs de risque
telles que le diabète et l’immunodépression liée au virus de classiques d’immunosuppression comme le diabète, les
l’immunodéficience humaine. néoplasies, la prise d’AINS ou de corticoïdes sont fréquem-
ment incriminés [1]. Le diabète, l’obésité, l’utilisation AINS
et la sérologie HIV ont été de fait les facteurs de risques
Discussion préopératoires retrouvés chez nos patients.
L’essentiel du bilan de localisation et d’extension est
Le diagnostic de cellulite cervico-faciale nécrosante fait par la tomodensitométrie cervico-thoracique injectée
d’origine dentaire est aisé quand le tableau clinique qui identifiera le point de départ de l’infection dentaire
est complet [2,3]. L’examen clinique peut retrouver un et les signes témoignant de l’atteinte des parties molles :
Médiastinites nécrosantes descendantes 747

infiltration des tissus, collections, présence de gaz [1,3]. L’intervention doit être la plus complète possible et la voie
La ponction diagnostique ramenant du pus a été réalisée d’abord large et extensible ; il s’agit de drainer mais aussi
chez nos patients lorsqu’il existait une tuméfaction sous- d’exciser la nécrose et de mettre à plat toutes les zones cel-
cutanée fluctuante ou un liquide pleural. Dans la prise lulitiques [7]. En cas de médiastinite associée, une excision
en charge de la cellulite cervico-faciale odontogénique, du tissu nécrotique associé à un drainage par voie de thora-
le retard diagnostique, l’attentisme sous antibiothérapie, cotomie au cours du même temps opératoire sera envisagée.
la prescription abusive d’anti-inflammatoire et une chirur- Une sternotomie ou une incision clamshell peuvent être réa-
gie retardée et/ou insuffisante sont les principaux facteurs lisées. En sectionnant l’appendice xiphoïde du sternum, une
expliquant de nombreux décès [3,7]. L’automédication et double thoracotomie antéro-latérale en bivalve permet de
la médecine traditionnelle reste de règle et de routine dans soulever le plastron antérieur du thorax pour avoir un accès
notre environnement très paupérisé et explique le retard de complet au médiastin antérieur, moyen et aux deux hiles
la prise en charge médicale chez l’ensemble de nos patients. pulmonaires. Cette procédure a révélé une bonne vue chi-
L’antibiothérapie par voie veineuse doit être synergique rurgicale de la structure du médiastin supérieur [12]. Ainsi le
et à visée bactéricide contre les anaérobies et aérobies. débridement médiastinal avec exérèse du tissu nécrotique
Administrée à fortes doses à intervalles rapprochés, elle est facilement réalisé. Un certain nombre d’inconvénients
doit s’adapter à la fonction rénale du patient. Dans un de cette incision ont été décrits, à savoir la ligature des
second temps, elle sera adaptée aux résultats des cultures deux artères thoraciques internes et la survenue poten-
des prélèvements peropératoires. Les prélèvements de pus tielle d’une insuffisance respiratoire [13]. Bien que cette
et l’hémoculture ont très rarement identifié des germes approche entraîne également plus de douleur que la sterno-
dans notre étude. Cela pourrait être lié aux conditions de tomie médiane, elle est mieux tolérée que la thoracotomie
prélèvement, d’acheminement, de traitement des échan- postéro-latérale. Cette méthode n’a cependant pas été réa-
tillons et à l’automédication abusive d’antibiotique en lisée chez nos patients à cause de l’insuffisance du plateau
amont. La pauvreté en ressources humaines qualifiée est technique. Les méthodes chirurgicales plus radicales à tho-
aussi en cause car souvent les prélèvements sont conservés rax ouvert sont de morbidité élevée mais sont efficaces
dans de mauvaises conditions et traités dans un délai trop contre l’infection [7,10]. Sa réalisation a fait l’objet de
long. De façon générale, 60 à 90 % des cellulites cervicales complication majeure, voire le décès à cause de la dissémi-
sont polymicrobiennes à flore mixte aéro-anaérobie [7]. On nation de germes souvent polymicrobiennes surtout lorsque
retrouve principalement des streptocoques du groupe Milleri l’antibiothérapie n’est pas adaptée. Selon certains auteurs,
(Anginosus, Constellatus, Intermedius), des streptocoques l’erreur à éviter est un traitement trop conservateur ne
pyogènes et quelques staphylocoques dorés ou à coagulase permettant pas d’éliminer tous les tissus nécrosés et infec-
négative et des Prevotella X1 [4,7]. Il convient surtout de tés [6,10,11]. Le drainage simple, l’irrigation-drainage et la
cibler les streptocoques, ceux du groupe A en particulier, et vidéothoracoscopie ont été utilisées dans notre expérience
les anaérobies (souvent sensibles aux bêtalactamines). En chez les patients pour évacuer les collections de pus mais
règle générale, les antibiotiques employés dans la sphère pas la ponction évacuatrice. Leur évolution est favorable.
odonto-stomatologique sont les bêtalactamines, les amino- Dans les cas de cellulites cervico-faciales sans collections
sides, les dérivés imidazolés et les macrolides. Parmi la objectivées à l’examen tomodensitométrique, nous avons
famille des bêtalactamines, la pénicilline G est la molé- privilégié le traitement médical par antibiothérapie à large
cule de choix, prescrite à la dose de 6 à 20 millions UI/24 h spectre et les résultats ont été encourageants. Cela pourrait
répartis toutes les 6 à 8 heures en intraveineuse lente. Les s’expliquer par le fait que les patients venus du milieu rural
aminosides possèdent un effet synergique efficace sur le semblaient avoir une bonne réponse aux antibiotiques que
staphylocoque et sur certaines souches de bacilles gram nous avons utilisés pour la plupart jamais administrés.
négatif en particulier le P. aeruginosa. La molécule utilisée Pour une efficacité du drainage la méthode de choix
est la gentamycine à la dose de 160 mg/24 h en intramus- reste l’irrigation-drainage [8,10]. Cette technique néces-
culaire. Les nitro-imidazolés sont réputés pour être actifs site une surveillance radiologique rapprochée. Elle a été
sur les anaérobies et possèdent une bonne diffusion gingi- réalisée dans notre étude et a permis d’obtenir de bons
vale, ce qui majore l’effet synergique aux pénicillines. Le résultats. Le problème est celui du choix de la solution
produit utilisé est le métronidazole à la dose de 1,5 g/24 h d’irrigation [10,14]. L’emploi d’antiseptiques tels que la
en perfusion. Les protocoles thérapeutiques en matière de polyvidone iodé ou l’acide acétique semblent donner de
prescription de l’antibiothérapie sont variables dans la lit- meilleurs résultats [14]. Dans notre étude la polyvidone
térature. Pour la plupart, l’association de référence est une iodé a été l’antiseptique utilisé. L’emploi d’antibiotique
trithérapie : bêtalactamines, aminosides et métronidazole pour le lavage tend à être abandonné à cause des résis-
[8]. Ce protocole thérapeutique a été observé chez tous nos tances qu’il peut engendrer. L’oxygénothérapie hyperbare
patients en première intention, puis réajusté plus tard selon est d’intérêt controversé et n’a pas été employée dans cette
l’antibiogramme. La durée de l’antibiothérapie varie selon étude car n’est pas associée à un haut niveau de preuve
les habitudes des équipes, la gravité de l’infection initiale et dans la littérature. Elle est souvent utilisée afin d’accélérer
surtout l’évolution du patient. Elle est maintenue au mini- la cicatrisation des plaies en traitement adjuvant mais sur
mum 15 jours et jusqu’à plusieurs semaines après disparition avis d’experts uniquement [15]. Une alternative intéres-
des signes infectieux locaux et généraux. Certains la préco- sante aux pansements classiques dont nos patients n’ont pas
nisent jusqu’à la fermeture complète des lésions cutanées pu bénéficier seraient les pansements occlusifs à pression
mais la littérature ne donne pas de réponse concrète [4,6,7]. négative type vacuum-assisted closure (VAC). Ceux-ci per-
Le traitement chirurgical des empyèmes cervico- mettent une meilleure cicatrisation du site opératoire dans
thoraciques présente des diversités énormes [9—11]. un délai plus court [16].
748 S. Togo et al.

Conclusion [4] Jarboui S, Jerraya H, Moussi A, et al. Descending necroti-


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