Вы находитесь на странице: 1из 9

Actu Kiné Kinesither Rev 2009;(85-86):4-18

Tribune
Kinésithérapie et dépression
G ILLES G UETEMME
U
NCO RS

CO

CLE
De nombreux patients font appel, de manière plus ou moins
2007

PRE
MOTS CLÉS
intentionnelle, à la kinésithérapie et à d’autres techniques de
M

TI
médecine physique pour lutter contre des troubles anxieux ou Dépression IE R A R
dépressifs. Qu’en est-il de l’efficacité de ces techniques et de Kinésithérapie
quelle reconnaissance bénéficient-elles auprès du milieu Médecine physique
médical ? Neurosciences
Troubles anxieux

Q uelle est aujourd’hui la place


de la kinésithérapie (soin par
le mouvement) dans la prise en
ger sur la reconnaissance dont peu-
vent bénéficier ces techniques dans
le milieu médical.
mation du niveau de gravité des
troubles [5], les préjugés véhiculés
dans l’opinion publique (« la dépres-
charge des troubles anxieux ou dé- sion n’est pas un trouble réel » ou
pressifs ? Pour éviter de restreindre « ayant seulement pour cause un échec
la vision que l’on peut avoir de la Médecine physique personnel ») et l’attitude des patients
profession, on parlera ici plus géné- et dépression eux-mêmes (désespoir, manque
ralement des techniques de méde- d’énergie à chercher de l’aide…). 50
cine physique. On entend par méde-
Les différents symptômes à 70 % des patients dépressifs ne se-
cine physique tout soin basé sur des
de la dépression raient pas traités. Ces malades ne
actions sur le corps : mobilisations Lors de l’apparition de troubles consultent que rarement et, lorsqu’il
spécifiques, massages adaptés (com- anxieux, voire d’une dépression, la y a consultation, la dépression n’est
prenant notamment les soins de ki- motivation amenant le patient à pas identifiée. Ceux qui consultent
nésithérapie, les techniques ostéo- consulter son médecin traitant sera le font avec beaucoup de retard.
pathiques, les exercices relaxants, soit directement liée aux signes clas-
etc.), travail respiratoire, rôle de siques : apathie, fatigue, irritabilité, Le circuit médical
l’environnement sensitif, etc. Alors troubles du sommeil, etc., soit liée à des patients dépressifs
que les traitements de la dépression des symptômes physiques : douleurs Quelle que soit l’expression de sa
sont basés, classiquement, sur une musculaires, lombalgies, cervical- dépression, si le patient consulte, il
prise en charge médicamenteuse ou gies, maux de têtes, vertiges, dou- ira en première intention, consulter
des techniques de psychothérapie, leurs abdominales, etc. son médecin généraliste.
de nombreux patients font appel à Dans une étude récente [1], 69 % Si les signes sont flagrants :
des techniques de médecine physi- des dépressifs présentent des symp- – prescription d’antidépresseurs ;
que. D’autres vont jusqu’à faire ap- tômes somatiques. 11 % seulement – consultation d’un médecin psy-
pel à des techniques ésotériques, des patients affectés de trouble dé- chiatre ;
voire même sectaires. On est en pressif majeur nient des symptômes, – démarrage d’une TCC ou autre
droit de se demander pourquoi des mais 50 % des malades déprimés psychothérapie.
patients s’orientent vers ce type de ont de multiples symptômes inexpli- Si l’expression est majoritairement al-
soins et quelle est leur efficacité qués [2-4]. gique, organique, la dépression ne sera
réelle. On peut également s’interro- « Bien que des traitements (antidépres- peut-être pas évoquée de prime abord:
seurs, psychothérapie) soient disponibles, – prescription d’antalgiques, anti-
seulement 10 % des patients déprimés inflammatoires, myorelaxants ;
Kinésithérapeute reçoivent des soins ». Les causes de ce – prescription d’un « remontant »,
688 Le Grand Chemin
sous-diagnostic et de ce manque de de vitamines, etc. ;
38121 Reventin Vaugris
E-mail : gguetemme@live.fr traitement des patients déprimés – prescription de séances de kinési-
s’expliquent par les déficiences au thérapie.
Article ayant participé au prix du meilleur niveau des soins primaires (exem- Le patient non soulagé cherche
premier document écrit
ple : un manque de connaissances d’autres solutions. En fonction de la
Article reçu le 26/04/2007 concernant le repérage et le traite- réponse au traitement, le patient va :
Article accepté le 26/05/2008 ment de la dépression, la sous-esti- – reconsulter ;

7
Actu Kiné Kinesither Rev 2009;(85-86):4-18

ANNEXE 1

« Des études d’imagerie, comme celles qui sont menées à également distinguer divers types de musique, ce qui explique-
Montréal, ont permis des découvertes spectaculaires au sujet rait pourquoi les plaisirs de la musique ne sont pas tous égaux,
de la réaction affective à la musique. » que ce soit chez une même personne ou entre les personnes.
L’une de ces études, menée par des chercheurs de l’Université Les neurotransmetteurs portent la musique et son plaisir. Des
McGill, a montré pour la première fois que la musique active, études scientifiques ont cerné ces centres de plaisir en utilisant
elle aussi dans le cerveau les centres de récompense ou de plai- des substances chimiques psychiquement actives et des stimu-
sir qui sont associés à la nourriture ou au sexe. L’étude est ré- lations électriques. Elles ont révélé que les voies nerveuses re-
vélatrice, car elle laisse entendre que la musique est aussi im- quièrent un neurotransmetteur appelé dopamine. L’action de la
portante pour nous que les stimuli reliés à la survie biologique. dopamine semble essentielle dans la médiation des réponses
« Bien que nous puissions en théorie vivre et nous reproduire que nous percevons comme gratifiantes et elle joue probable-
sans la capacité d’apprécier la musique, celle-ci semble impor- ment un rôle clé dans la production de sensations d’euphorie.
tante pour ce qui est de notre bonheur et de notre bien-être », Ainsi, une expérience musicale agréable a probablement une
conclut Anne Blood, co-auteur de l’étude, et qui travaille main- base chimique dans la molécule de dopamine.
tenant au Massachusetts General Hospital. L’étude a établi que La distinction entre les sons musicaux s’effectue dans une ré-
seule la musique, suffisamment belle pour susciter fois après gion du cerveau d’évolution récente, le cortex auditif, responsa-
fois l’euphorie et les frissons, activait les centres ou voies de ré- ble de l’intégration d’un morceau et de notre réaction à la mu-
compense communément appelés centres du plaisir du cerveau. sique et où se décide si le morceau, est inspirant ou non.
Ces centres de récompense font partie d’un système fort com- Toutefois, l’information musicale est traitée dans d’autres parties
plexe qui comprend des constellations de cellules organisées en du cerveau avant de se rendre au cortex auditif. Des régions du
districts fonctionnels. Ce système est responsable des plaisirs cerveau relativement primitives, qui règlent la motricité et la mé-
naturels associés au goût, à la sexualité et à la chaleur, par exem- moire, peuvent également contribuer à notre réaction affective à
ple. De telles récompenses naturelles mènent à un renforcement la musique. Après diverses consultations, le cerveau prend une
ou à la répétition du comportement. décision qui nous mène à danser, claquer des doigts, faire une
Bien que toutes les expériences agréables semblent se déver- grimace ou sourire. Assez curieusement, les recherches ont
ser dans une même voie de récompense, le système est en me- montré que pendant que nous écoutons de la musique, les cen-
sure de faire des distinctions et il ne réagit pas de façon iden- tres moteurs du cerveau sont activés même si nous ne bougeons
tique à tous les stimuli. Il se peut que le système puisse pas.

– s’orienter vers des techniques di- – des patients qui refusent de toute Les actions de la médecine
tes « alternatives », c’est à dire façon d’envisager, de parler de dé- physique sur les troubles
souvent des techniques de méde- pression et qui ne cherchent à leur anxieux et la dépression
cine physique. mal-être qu’une cause organique
La médecine physique peut appor-
(refus de la médication classique
Les patients qui arrivent ter un mieux être quantifiable et ré-
ou d’une psychothérapie) ;
chez le kiné ou l’ostéo duire les symptômes de la dépres-
– des patients peut-être insuffisam-
sion ou des troubles anxieux. Elle
Ces symptômes organiques qui ment écoutés et à qui on ne pro-
peut s’inscrire dans les traitements
amènent parfois les médecins à posera pour leurs douleurs que
proposés au même titre que la pres-
orienter les patients vers des soins des anti-inflammatoires ou des
cription d’antidépresseurs ou les
de kinésithérapie ou d’autres soins myorelaxants ;
psychothérapies, par l’établissement
de médecine physique, pour des – des patients, plus ou moins soula-
d’un protocole de soin précis, adapté
lombalgies, dorsalgies, cervicalgies, gés par les massages de leur kiné,
à chaque patient. De nombreuses
fibromyalgies, douleurs chroni- qui demandent au médecin de leur
études cliniques valident déjà plu-
ques, etc., ne sont quelquefois que prescrire des soins pour le dos ;
sieurs techniques de médecine phy-
l’expression d’un mal-être plus gé- – des patients qui restent peu réac-
sique concernant les troubles dé-
néral. tifs aux traitements habituels et
pressifs ou l’anxiété, mais aucun
En cas de dépression, qui sont ces que le médecin enverra chez le
document ne synthétise, à ma
patients orientés vers des soins de « kiné du coin ».
connaissance, les méthodes les plus
kinésithérapie ou qui s’orientent Il s’agit donc souvent, comme dans les
vers d’autres techniques physiques ? chiffres évoqués par l’EAAD1, de pa-
– des patients qui considèrent que le tients qui ne sont pas dépistés et qui 1 European Alliance against Depression, Prof.
traitement prescrit ne corrige pas trouveront dans les cabinets des kinés Dr. Ulrich Hegerl, Ludwig-Maximilians.
Universität München, Klinik und Poliklinik
suffisamment certains symptômes ou ostéo, une réponse inadaptée, mais für Psychiatrie und Psychotherapie,
de la dépression ; une « réponse » quand même.` Nussbaumstrasse. 7, D80336 München.

8
Actu Kiné Kinesither Rev 2009;(85-86):4-18

pertinentes et les hypothèses qués des phénomènes neurologi- Par ailleurs, une étude récente [14]
concernant leurs modes d’action. ques (périphériques et centraux) et confirme, avec l’aide de l’IRM fonc-
Une attitude pragmatique vis-à-vis endocrinologiques. tionnelle, l’action de stimulations
de ces traitements devra permettre Les massages utilisés seront quand sensorielles sur le cerveau. Elles en-
d’améliorer l’efficacité des traite- même différents en fonction du bi- traînent la baisse d’activité dans la
ments combinés, d’accélérer la dimi- lan et de certains « patients types » région du cortex cingulé, une aire
nution des symptômes et de rationa- que l’on retrouve. C’est pourquoi les associée aux expériences sensoriel-
liser les soins. soins (plus ou moins toniques, plus les désagréables et certaines zones
ou moins « agréables », etc.) et l’en- s’activent, notamment le cortex pré-
Bases physiologiques en faveur vironnement seront adaptés pour frontal et le cortex angulaire, impli-
d’une action de la médecine être optimisés. qués dans la récompense et les com-
physique sur la dépression : portements compulsifs…
relations peau (et autres organes Hypothèses d’actions
vecteurs potentiels d’action) Les stimulations sensorielles variées Les techniques (annexes 1-6)
cerveau (massages avec pressions et rythmes Les massages, les mobilisations, les
Plusieurs recherches ont mainte- différents, musique) stimulent certai- manipulations, la relaxation-sophro-
nant établi les liens entre la peau, le nes zones du cerveau. Elles permet- logie [15, 16], l’environnement audi-
tissu conjonctif, les muscles, riche- tent d’agir (via l’hypothalamus et la tif [17-20], la relation thérapeutique.
ment innervés et le système ner- glande pituitaire) sur le système en-
veux central. Plusieurs études ré- docrinien et neurovégétatif, mais Effets des techniques
centes [6, 7] ont établi le rôle joué agissent probablement selon d’autres Chaque patient a un ressenti diffé-
par la peau dans la réponse neuro- mécanismes qui restent à explorer rent pendant et après les séances.
immunologique et neuro-endocri- (augmentation du nombre de neuro- C’est pourquoi il faut être attentif
nologique. La peau met en place nes par des mécanismes comparables aux différentes réactions et savoir
une réponse équivalente à celle à l’action de la fluoxétine (Prozac®) être à l’écoute du corps. Les massa-
jouée par l’axe hypothalamus- [13] ou modification de mécanismes ges sont, probablement, les techni-
glande pituitaire - adrénaline et peut de pensées par modification de son ques les plus actives dans les effets
produire de la mélatonine, puissant rapport à l’environnement). évoqués ci-dessous.
neuro-antioxydant (la peau et le
système nerveux central provien-
nent du même feuillet histologique
AN N E X E 2. QU E LQU E S CH I F F R E S S U R LA DÉP R E S S ION.
dans le développement embryologi-
que). Que savons-nous de la dépression aujourd’hui ?
Une étude [8] confirme ce rôle du Cette apathie qui s’abat, ce manque d’énergie physique et intellectuelle sont-ils liés
massage (ici, massage de Shantala à un désordre psychologique (choc émotionnel, surmenage, etc.) ou déclenchés par
qui est un massage global indien un problème organique ? La dépression est probablement liée à des facteurs héré-
surtout utilisé chez les enfants) et ditaires, biochimiques et environnementaux. La prévalence annuelle des épisodes dé-
montre notamment la diminution pressifs majeurs dans la population générale est en France de 9 % (Rapport Credes
de la teneur en cortisol dans la sa- 1999). Ces chiffres augmentent et varient en fonction de la durée considérée et du
live (le lien entre massage et l’axe sexe. Ainsi, sur la vie entière, elle passe à plus de 10 % chez les hommes et plus de
hypothalamus-glande pituitaire- 20 % chez les femmes. On considère qu’en France plus d’un individu sur 7 est dé-
adrénaline est confirmé). Cet effet primé. On dénombre chaque année en France près de 12 000 décès par suicide sur
du massage est corroboré par plu- 150 000 tentatives, soit 1 tentative toutes les 4 minutes et 1 suicide toutes les 40 mi-
sieurs études [9-11] chez des adul- nutes. Le niveau de suicide est considéré comme un indicateur important des insuf-
tes qui confirment les effets du mas- fisances diagnostiques et thérapeutiques des patients dépressifs. Compte-tenu de
sage sur la diminution du cortisol et ces faits, il n’est pas étonnant qu’une récente étude de l’OMS (Murray & Lopez,
l’augmentation de la sérotonine et 2001) ait identifié la dépression au premier rang des causes d’années de vie per-
dopamine. Des effets sur l’améliora- dues et d’incapacité dans les pays développés. La dépression est une affection fré-
tion de la vigilance et de la concen- quente. Certains experts considèrent qu’elle toucherait le tiers de la population, au
tration sont également mis en évi- moins une fois dans sa vie, que les épisodes dépressifs majeurs auraient une préva-
dence lors de tests EEG [12]. lence supérieure à 15 %. En effet, la dépression est actuellement dans le monde la
Le massage n’est donc pas unique- quatrième cause mondiale de handicap, avant même les maladies cardiaques. Dans
ment un acte de bien-être anodin les pays développés, elle vient au deuxième rang, tout de suite après les maladies
mais bien un geste technique qui cardiaques ischémiques (infarctus et angor) et précède les atteintes cérébrales vas-
déclenche des réactions locales, ré- culaires.
gionales et générales où sont intri-

9
Actu Kiné Kinesither Rev 2009;(85-86):4-18

ANNEXE 3. DESCRIPTION DES TECHNIQUES.

Les techniques utilisées en Asie (massage traditionnel chinois, sur des groupes articulaires. Les mobilisations agissent de ma-
Shiatsu, massage thaïlandais, médecine traditionnelle indoné- nière locale sur le système musculo-tendineux et articulaire mais
sienne, etc.) sont souvent basées sur une philosophie à laquelle agissent également dans le schéma corporel du patient. Les ré-
notre culture est plus moins sensible. Il reste que ces techniques cepteurs au mouvement informent le cerveau de la position du
basées sur des pressions plus ou moins profondes, lentes (ou corps et agissent également par rétrocontrôle sur l’état, voire la
rapides) sur toutes les parties du corps (depuis la plante des physiologie, des éléments péri-articulaires. De la même manière,
pieds jusqu’au cuir chevelu) permettent un travail global et une les mises en tension de chaînes musculaires, souvent associées
action sur toutes les zones clés. Les massages sur certaines par- aux massages, auront une action locale mais également géné-
ties du corps (visage, crâne, pied, mains, abdomen, etc.) ont des rale par le ressenti des tensions, l’image corporelle et donc son
effets plus importants sur les sensations ressenties et sur « l’état rapport à l’environnement.
général » du patient. Ceci est peut-être lié au fait que ces zones
Relaxation, sophrologie
sont les plus représentés au niveau cortical (voir homonculus de
En complément à ces techniques corporelles, il pourra s’avérer
Penfield) et ont des effets sur le système sensitif et l’image cor-
intéressant, avec certains patients, d’utiliser des techniques de
porelle de la personne. Bien que la connaissance de la vision
relaxation. Celles-ci sont, avant tout, basées sur l’apprentissage
orientale du soin soit intéressante (vision globale de l’individu,
du relâchement musculaire, de prise de conscience du corps et
etc.), elle n’est peut-être pas indispensable et nombre de réfé-
des tensions, de contrôle respiratoire, d’images mentales aux-
rences orientales pourraient probablement être regardées avec
quels peut être associée toute une série d’exercices en fonction
un œil plus « neurologique (périphérique et central) et endocri-
des situations rencontrées. Certaines études ont montré l’inté-
nologique » et moins symbolique (tout au moins dans la termino-
rêt d’une prise en charge du stress et de la douleur par la re-
logie). Même si les visions orientales et scientifiques sont partiel-
laxation. Cependant, ces techniques ne sont pas utilisables ra-
lement amenées à se rejoindre. De nombreuses études montrent
pidement chez tous les patients.
l’intérêt des techniques orientales, mais les massages plus « clas-
siques » ont également prouvé leurs intérêts, c’est pourquoi au- Environnement
cune technique ne sera utilisée de manière exclusive. Les tech- En partant des expériences déjà acquises, notamment avec les
niques elles-mêmes, sans être compliquées, demandent une « chambres Snoezelen » (les chambres Snoezelen sont utilisées
écoute du corps, un échange avec le patient. Elles sont différen- pour la détente et la stimulation sensori-motrice. Elles stimulent
tes d’un patient à l’autre mais il s’agit avant tout, à la palpation, les 5 sens à partir de musiques douces, odeurs agréables, ma-
de repérer les points de tensions (contractures, points doulou- telas à eau, coussins vibrants, miroirs, images agréables, etc.)
reux, blocages de la mobilité, etc.) ou les points dont le tonus plusieurs études ont montré le bénéfice tant au niveau moteur
n’est pas suffisant, zones sur lesquelles il faudra intervenir. que psychologique pour les handicaps physiques et mentaux de-
La plupart des patients qui arrivent chez un soignant de méde- puis le bébé jusqu’à la personne âgée démente. Nous serons at-
cine physique (kiné, ostéopathe, etc.) avec des troubles soma- tentifs à plusieurs éléments dont trois en particulier :
tiques attendent du praticien qu’il puisse lui débloquer « le nerf – le confort du patient : en fonction de l’âge et de la mobilité du
ou la vertèbre qui est coincé ». patient, les séances sont faites sur un tapis confortable ou sur
La prise en charge, pour être efficace, devra être spécifique : une table de massage ;
– le soin est individuel ; – l’environnement auditif : un environnement calme avec une mu-
– le temps de la séance est d’au moins 45 minutes ; sique adaptée (en fonction de chaque patient) a un impact non
– les techniques sont adaptées à chaque patient ; négligeable sur la détente. De nombreuses études cliniques
– l’environnement est spécifique ; confirment les effets de la musique sur l’état émotionnel et la
– le comportement du thérapeute (voir relation thérapeutique) ; détente du patient. « La musique fait appel à deux types
– il est important de coordonner son soin avec le médecin trai- d’analyse au niveau du cerveau : l’une, se référant à l’hémis-
tant en charge du patient et avec les autres intervenants éven- phère droit, serait très globale, instinctive, et l’autre faisant
tuels (psychothérapeutes, psychiatre, etc.). appel à l’hémisphère gauche, correspondrait à des mécanis-
C’est pourquoi un patient anxieux qui souffre de douleurs cervi- mes (peut-être plus proches du langage) utilisant segmenta-
cales ou lombaires récurrentes ne trouvera sans doute pas tous tion, ordonnancement, reconnaissance et dénomination »,
les effets escomptés de la médecine physique dans un cabinet, G. Laverne, Neurologue. Selon une étude récente, la musique
comme il en existe encore où avec quatre autres patients déjà active également les « centres de récompense ou plaisir » qui
dans leur box il bénéficiera d’une compresse chaude et de 6 mi- sont responsables des plaisirs naturels associés au goût, à la
nutes de massage. sexualité et à la chaleur, par exemple ;
– l’environnement olfactif : c’est éventuellement par l’utilisation
Les autres voies d’huiles essentielles ajoutées à l’huile neutre de massage que
Les mobilisations, manipulations la stimulation olfactive se fait. Sans s’attarder sur les effets de
Les mobilisations sont faites sur des articulations spécifiques ou ces huiles par action transcutanée, l’odeur et la sensation tac-

10
Actu Kiné Kinesither Rev 2009;(85-86):4-18

ANNEXE 3. DESCRIPTION DES TECHNIQUES (SUITE).

tile modifient, comme plusieurs études l’attestent, l’état sensi- souffrance qui attend la guérison (ou le soulagement) et un
tif, voire émotionnel du patient ; thérapeute, actif, qui attend la reconnaissance de son pouvoir
– comportement (relation thérapeutique) : la relation thérapeuti- de guérison. Après les travaux de Balint, le soignant doit ap-
que qui s’établit est, comme dans tout soin, primordiale. Le prendre à prendre du recul sur son rôle et rester spécialiste
patient attend du soignant soutien, réassurance, sécurité et de ses techniques alors que le patient reste le spécialiste de
affection alors que le thérapeute a un devoir de neutralité. sa pathologie (diminuer le côté paternaliste du soignant pour
C’est une relation asymétrique entre le patient, passif et en favoriser un modèle d’autonomie).

Certains effets sur la détente du pa- notamment) non souhaités mais pas bénéficier des massages (utilisa-
tient sont mesurables : qui ne sont que passagers : tion de techniques de relaxation).
– diminution de la tension artérielle – fatigue ; Elle peut permettre une première
(un à trois points sur la systolique) – vertiges ; approche « rassurante » pour le pa-
(TA) ; – nausées ; tient (qui matérialise sa souffrance)
– diminution de la fréquence cardia- – accélération du transit ; et lui donne l’occasion d’aborder
que (FC). – frissons. d’autres thérapies.
Mais d’autres effets sont moins L’apprentissage de certaines techni- Inconvénients :
quantifiables et plus subjectifs. ques, notamment au niveau respira- – risque de dépendance vis-à-vis de
toire, permettent au patient de ce type de soin (apprendre à se
Effets à court terme (pendant ou mieux gérer son anxiété, d’éviter ou prendre en charge) ;
juste après le massage) de calmer les crises d’angoisse. – si la prise en charge est mal expli-
– sensation de bien être (confirmée Au fur et à mesure de la diminution quée, risque de voir le patient re-
par les tests de Luiselli) ; des symptômes, la mise en place fuser d’accepter son état dépressif
– sensation de lourdeur ou de légè- d’une gymnastique régulière permet (« c’était bien ma vertèbre coincée qui
reté ; non seulement d’obtenir les effets me fatiguait autant ! ») ;
– action sur les émotions, l’énergie propres à l’activité physique (Ser- – risque de transfert du patient
(pleurs pendant les soins, « je me van-Schreiber, Guérir) régulière (comme dans tous les autres types
sens plein d’énergie »). mais également de rendre plus auto- de prise en charge).
nome le patient qui se prend mieux
Effets dans les heures et les jours en charge et pourra plus facilement,
qui suivent le soin par la suite, se détacher des soins de Les problèmes
– amélioration du sommeil (« pen- massage. En effet, l’activité physique de reconnaissance
dant les jours suivant le massage, j’ai régulière apporte un mieux être aux des techniques
beaucoup mieux dormi ») ; personnes dépressives [21]. de médecine physique
– effets neurovégétatifs (modifica- et d’accessibilité aux soins
tion du transit, picotement dans Avantages et inconvénients
les extrémités, sensation de froid des soins de médecine Si les effets de certaines techniques
ou de chaud) ; physique de médecine physique sont validés
– disparitions (au moins provisoire) Ce type de soin présente divers par des études cliniques, aucune
de certains (ou tous) troubles so- avantages : technique n’est officiellement re-
matiques (vertiges, palpitations, – action rapide. En adaptant le soin commandée par le corps médical.
frissons ou bouffées de chaleur, au patient, on parvient presque Cette absence de reconnaissance
douleurs musculo-squelettiques, systématiquement à un mieux laisse la porte ouverte à certaines
etc.) ; être sensible dès la première dérives techniques et mercantiles
– amélioration de l’humeur (moins séance ; dont sont parfois victimes les pa-
irritable, plus de patience, plus – peut être proposé à tous types de tients.
« d’énergie ») ; patients ; La reconnaissance de cette prise en
– amélioration de l’appétit. – aucune compétence verbale ni in- charge présente d’autres intérêts :
tellectuelle n’est requise ; – elle peut permettre d’approfondir
Effets indésirables – les effets secondaires sont mineurs les recherches sur les effets de ces
Chez certains patients, notamment comparés à d’autres traitements. techniques ;
lors des premières séances, on note De rares personnes, qui ne suppor- – elle peut favoriser le développe-
parfois des effets (neuro-végétatifs tent pas d’être touchés, ne pourront ment de réflexions communes, de

11
Actu Kiné Kinesither Rev 2009;(85-86):4-18

collaboration entre les différents les cabinets sont inadaptés, les soins avant tout un contact physique en-
professionnels ; basés sur d’autres techniques (ostéo, tre deux personnes, une relation
– elle autorise l’accès aux soins, par acupuncture, etc.) sont souvent tactile et humaine. Dans une société
leur remboursement, à toutes les chers et pas toujours adaptés par des qui prône la performance, qui exa-
catégories sociales. praticiens, mal informés sur cette cerbe les individualismes, où l’on se
prise en charge spécifique. touche peu, où le corps doit être
Aspect dépistage L’objectif serait donc d’avoir des soi- jeune, beau et en bonne santé pour
et prise en charge gnants formés à cette prise en charge être reconnu, le massage vient sans
Parmi les patients dépressifs dépis- et conventionnés afin de permettre doute aussi combler un vide. Dans
tés, 3,5 % des patients dépressifs dé- aux personnes dépressives, défavori- certains pays d’Asie (Sud-Est no-
pistés font appel à ce type de soin sées socialement, d’en profiter. tamment), les massages sont prati-
(un pourcentage officiel semblable Il faudrait également aller vers da- qués de manière courante entre
pour les psychothérapies ou la psy- vantage de pluridisciplinarité pour membres d’une même famille.
chanalyse, [rapport Credes]). plus de complémentarité. Sortir des Le massage vient également huma-
Parmi les patients non dépistés, bien querelles d’écoles et engager entre niser une médecine qui se retranche
qu’il n’existe aucune donnée, chaque profession le dialogue, parta- souvent derrière beaucoup de tech-
l’écoute des patients permet de réa- ger l’information et les points de vue. nicité. Il vient redonner une dimen-
liser la part d’entre eux qui sont « en Le retard des recherches : on sait que sion relationnelle, empathique au
souffrance » (corrélés par les tests et la découverte d’une nouvelle molé- soin.
questionnaires). Dans les cabinets de cule agissant sur telle ou telle mala- Le temps du soin peut également
kinésithérapie, les douleurs mal éti- die sera synonyme, pour le labora- être l’occasion pour le patient de di-
quetées ou rattachées à la rhumato- toire qui l’exploite de retombées minuer son seuil de vigilance, de
logie (cervicalgies, dorsalgies, lom- économiques. Par contre, les pers- contrôle de soi et de s’autoriser la
balgies, etc.) représentent plus de pectives de découvertes intéressan- « détente ». L’Homme est un animal
70 % des prescriptions. Les prises en tes liées aux soins de médecine phy- social, que notre société de consom-
charge effectuées dans les cabinets sique ne seront pas corrélées avec mation pousse à devenir un compé-
d’ostéopathies sortent également des perspectives de profit. C’est sans titeur, un dominant, plus stressé.
souvent du cadre stricte d’un « blo- doute pourquoi les recherches sur En effet, la dépression est actuelle-
cage articulaire» et la patientelle est les effets des techniques sont si rares. ment dans le monde la quatrième
en attente d’un soin global. Il s’agit cause mondiale de handicap, mais
donc de poser plus clairement les ob- elle vient au deuxième rang, tout de
jectifs et les fonctions de ce type de Discussion suite après les maladies cardiaques
prise en charge. Et il faut avant tout ischémiques (infarctus et angor) et
proposer, pour ces patients algiques,
D’autres effets… précède les atteintes cérébrales vas-
un cadre de traitement adapté à Au-delà des constatations sur ces ef- culaires dans les pays développés
leurs besoins et en lien avec d’autres fets physiologiques, le massage est [22].
intervenants présents ou à venir.

Aspect financier AN N EXE 4. LE S AUTR E S MÉTHODE S DE PR I S E E N CHARG E DE


Il y a plus de personnes dépressives LA DÉPRESSION
dans les classes sociales défavorisées
Les psychothérapies (notamment les thérapies comportementales et cognitives) ont
(plus également de femmes que
largement démontré leur intérêt dans la prise en charge de la dépression. Le rapport
d’hommes et plus chez les plus de
INSERM est révélateur et ce type de prise en charge paraît intéressant pour agir sur
60 ans, [rapport Credes]).
les mécanismes de la pensée, sur l’estime de soi, sur les débordements émotionnels
Le traitement médicamenteux est
que la dépression peut provoquer.
accessible à tous.
Mais plusieurs freins existent :
Les psychothérapies sont moins ac-
– « si je vais voir le psy, c’est que je suis fou et je ne suis pas fou »… la croyance
cessibles (saturation des CMP), soins
populaire ;
dans le secteur privé non rembour-
– « je ne suis pas déprimé, j’ai VRAIMENT mal ; je dois avoir une vertèbre dépla-
sés, prise en charge psychanalytique
cée, ou un cancer ! » ;
onéreuse et rapport aux soins psys
– le niveau « intellectuel », l’expression verbale insuffisante, le prix de la prise en
plus difficile pour certains patients.
charge.
Et même si une personne dépressive
– la psychanalyse ;
sur deux s’oriente à un moment ou
– la pharmacopée sera, de toute façon, proposée et, si elle fonctionne, pourra per-
à un autre vers la médecine physi-
mettre au patient de « reprendre pied ».
que, les soins kinés dispensés dans

12
Actu Kiné Kinesither Rev 2009;(85-86):4-18

Dans nos sociétés industrialisées,


AN N EXE 5. RÉFLEXION : QU E LLE VI S ION DU COR PS ?
l’homme s’éloigne de son mode de
vie « initial » et pousse les individus Notre société imprégnée par la vision de Descartes de l’Homme : « Je pense, donc
dans une course au confort maté- je suis »… d’un côté l’esprit, de l’autre le corps, la dépression semble être encore
riel. Ce leurre du mieux être par les souvent considérée comme un « désordre » psychologique. Les patients eux-mêmes
objets, du bonheur par l’argent, ne font bien la différence : « mais j’ai vraiment mal au dos, alors je ne sais pas pour-
parvient pas à remplacer les besoins quoi mon médecin me parle d’aller voir un psychologue ? ». La chirurgie, les médi-
grégaires inhérents à notre espèce, caments pour soigner le corps, les psychologues, psychothérapeutes, psychiatres,
les aspirations spirituelles qui tarau- pour soigner le mal de vivre. Il existe bien sûr toute la pharmacopée qui va éviter « la
dent, d’une manière ou d’une autre, recapture de la sérotonine, agir sur la dopamine, la noradrénaline, etc. » mais tout
les hommes qui réalisent un jour ou ça reste « là-haut », au-dessus des épaules, comme dans une petite bulle isolée.
l’autre qu’eux-mêmes, et ceux qui Les conceptions psychanalytiques parlent d’un affaiblissement, d’une chute de la dy-
leur sont proches, vont mourir. namique vitale (la dépression « nerveuse » rappelée comme métaphore de la dépres-
Un soin plus humain, par le tou- sion économique ou de la dépression météorologique) avec l’image de la dépression
cher, l’écoute, le temps, vient peut- comme d’une « insuffisance » nerveuse. Dans la plupart des différents courants psy-
être panser, un peu, cette plaie pré- chanalytiques (Freud, Scott, Klein, etc.), elle se rapporte à la « dépression initiale »,
sente chez tous les Hommes. elle fait référence à la séparation, à l’abandon, aux carences affectives élémentaires.
Selon Winnicott, la dépression est vue comme seule manière de penser à son Moi.
Pour une autre vision des Certaines médecines traditionnelles (Tibétaines notamment) inversent le processus
soins de médecine physique de la dépression en la regardant comme l’expression psychologique d’une maladie
La vision des soins de médecine avant tout organique. Depuis quelques années, les neurosciences viennent un peu
physique est, schématiquement, di- bousculer ces visions. Et si Spinoza avait raison ? En tout cas, c’est ce que Dama-
visée en deux parties : sio et d’autres, défendent.
– une vision mécaniste : le soignant La conscience, notre rapport au monde n’est pas uniquement l’élaboration concep-
débloque le nerf ou la vertèbre, il tuelle de mécanismes de pensées dans le cerveau mais l’expression de sensations,
« fait travailler les muscles ou dé- internes et externes qui vont modeler notre représentation des choses et de ce que
rouille les articulations et fait nous sommes. « Le corps guide celui qui le comprend, traîne celui qui y résiste »,
faire des séries de mouvements, dit Spinoza.
etc. » ; Notre potentiel sensitif, moteur, serait le terreau, plus ou moins riche, sur lequel vien-
– une vision « magique » du soin : drait pousser notre vision de ce qui nous entoure. Notre conscience, comme un ar-
le soignant fait « circuler les éner- bre, prendra la forme induite par son capital génétique et qui, en fonction du vent,
gies », il réharmonise le squelette, de la pluie, de la terre sur laquelle il pousse (rapports affectifs, développement psy-
il « assèche » les douleurs, etc. chomoteur, stimulations physiques, intellectuelles et émotionnelles) aura une forme
Le rapport que le patient a, avec son qui lui est propre. Alors, la dépression est-elle déclenchée par un problème psycho-
soignant, est donc : logique ou un désordre organique ? L’un ne va pas sans l’autre et l’autre ne va pas
– soit mécaniste (comme la vision sans l’un, l’un et l’autre ne sont qu’un.
du kiné, mécanicien du corps qui
étire, mobilise, renforce, répare). sées de manière empirique et sépa- Il s’agit donc de :
C’est le côté compréhensible du rer les aspects efficaces de « la mise – valider les techniques préconisées
corps, de l’Homme ; en scène », voire de l’imposture. Il (et d’autres) sur la dépression et
– soit le patient voit le soignant faut sortir du dualisme corps/esprit d’autres troubles (douleurs chro-
comme quelqu’un qui sait, une et voir, notamment, le corps comme niques, dyspepsie, douleurs et
sorte de gourou qui utilise des un système global ajusté par des ré- cancer [23], diabète, fibromyal-
techniques accessibles aux seuls trocontrôles permanents. Un mas- gies, démences type Alzheimer,
initiés. Il joue un peu le rôle des sage classique, ou une mobilisation, etc.) ;
« sorciers, rebouteux, magnéti- aura une action locale, une action – explorer les mécanismes d’actions
seurs » présents autrefois dans les neurosensitive, endocrinienne, lo- qui ne sont pas encore connues.
villages. C’est le côté mystérieux cale et générale, une fonction affec- Les moyens d’exploration actuels
et inconnu du corps, de l’Homme. tive et symbolique. (dosages hormonaux, IRM fonc-
De la part du soignant, la déontolo- tionnels, etc.) permettent une lec-
gie doit pousser à regarder le rapport Propositions ture plus juste des actions sur l’or-
au soin différemment. Faire la part En concertation avec les autres in- ganisme, le système nerveux ;
des choses entre ce que l’on sait, ce tervenants, l’objectif serait de pou- – éduquer les étudiants des différen-
qui est validé, ce qui est efficace et voir proposer aux patients des soins tes professions médicales, paramé-
ce que l’on ne sait pas encore. Il de médecine physique adaptés dans dicales, psychologiques à ce type
s’agit d’explorer les techniques utili- un cadre conventionné. de prise en charge ;

13
Actu Kiné Kinesither Rev 2009;(85-86):4-18

– mettre en place des formations


A N N E X E 6 . D ’ A U T R E S T E C H N I Q U E S A LT E R N AT I V E S .
permettant de former des prati-
ciens déjà en activité ; Biokinergie, microkinesie, massages californiens, massages énergétiques, etc.
– faire reconnaître ce type de soins La liste des techniques n’est pas exhaustive et augmente régulièrement. Beaucoup
par le milieu médical pour l’inté- de ces techniques s’inspirent de principes que l’on retrouve dans certaines médeci-
grer dans la prise en charge glo- nes traditionnelles avec un regard global sur la personne. C’est le côté positif des
bale du patient ; ces techniques qui peuvent toutes, probablement, apporter un mieux être au patient
– mettre en place des moyens de même s’il n’y a, en fait, rien de vraiment novateur. Par contre, des éléments ou tech-
concertation entre professionnels niques particulières sont utilisés et censés dépister ou traiter les causes profondes
et encourager les « ponts » entre du mal être. Une terminologie spécifique est également ajoutée permettant de bien
les professions. identifier la technique et son protocole de soin. Chaque technique est enveloppée
dans un packaging marketing qui donnera envie aux thérapeutes de payer le prix fort
pour faire la formation. Les cursus sont très variables en fonction des « écoles » ;
Conclusion d’un WE à cinq ans de formation (formation continue) souvent validées par un « di-
plôme » qui légitime la formation. Les prix sont très élevés mais le thérapeute consi-
Bien qu’aucune technique vraiment dère qu’il investit dans une technique qu’il pourra proposer à ses patients. Quelle
novatrice ne soit proposée dans cet que soit la technique, le prix d’une séance varie de cinquante à plus de cent euros.
article, l’approche proposée ici Alors, effectivement, ces techniques apportent parfois un mieux être aux patients. Il
n’existe pas aujourd’hui. La combi- est probable également que le prix payé par le patient l’encourage à penser que la
naison des techniques proposées ap- technique est efficace (plus un produit est cher, meilleur il est), mais sommes-nous
porte un mieux-être quantifiable, dans une démarche commerciale qui peut soulager ou dans une démarche de soin ?
déjà validé par les études cliniques. Ces techniques, non accessibles à tous, peuvent placer les patients en situation de
Malheureusement, ces techniques dépendance (voir relation thérapeutique). De plus, ces écoles de soin encouragent
ne sont pas reconnues par le milieu souvent les corporatismes et ne facilitent pas les échanges entre thérapeutes.
médical. Les massages et les autres
soins de médecine physique sont
utilisés depuis des milliers d’années. doit sortir des clichés qu’elle véhi- symptoms. Psychother Psychosom
Une meilleure compréhension des cule. L’efficacité des techniques de 1987;47:160.
mécanismes d’action doit permettre médecine physique dans la dépres- [2] Simon GE, Von Korff M, Piccinelli M
de réhabiliter et de reconnaître ces sion et les troubles anxieux est sans et al. An international study of the
techniques dans d’autres domaines doute un marche-pied vers une vi- relation between somatic symptoms
que le traitement d’appoint des dou- sion différente de la médecine phy- and depression. N Engl J Med
leurs rhumatismales ou la rééduca- sique et l’amorce d’un autre regard 1999;341:1329.
tion de l’entorse de cheville. sur le soin du corps de manière gé- [3] Kroenke K, Spitzer RL, Williams JB
Le corps (et donc le cerveau) a pro- nérale. et al. Physical symptoms in primary
bablement a sa portée tous les élé- Quant à la dépression, faut-il, de care. Predictors of psychiatric
ments qui lui permettent de fonc- toutes façons, chercher à la faire dis- disorders and functional impairment.
tionner de manière adaptée. La paraître de la surface de la terre Arch Fam Med 1994;3:774.
pathologie, qu’elle soit d’origine en- comme on la fait de la peste ou d’au- [4] Keeley R, Smith M, Miller J. Somato-
dogène ou exogène, provoque un tres grands maux ? Pierre Fédida form symptoms and treatment non-
désordre qui entraîne un dysfonc- [24] soutient que la dépression n’est adherence in depressed family medi-
tionnement et des symptômes qui pas une maladie, mais « La maladie cine outpatients. Arch Fam Med
avertissent le cerveau que « quelque humaine de la modernité ». « Les avan- 2000;9:46.
chose ne va pas ». Symptômes qui cées de la biologie vont faire disparaître [5] Kessler D, Lloyd K, Lewis G, Pereira
vont eux-mêmes « modifier » le la notion de dépression et avec elle la di- D. Cross sectional study of symptom
fonctionnement du cerveau. Le thé- mension tragique de l’existence. Être dé- attribution and recognition of
rapeute devra aider le patient à se primé ou performant, telle sera la ques- depression and anxiety in primary
soigner ; il jouera donc aussi le rôle tion. Et l’on trouvera la réponse en care. Gray BMJ 1999;318:436-40.
d’un médiateur, d’un « révélateur » actionnant le bouton d’un distributeur [6] Arck PC, Slominski A, Theoharides
des tensions, par les psychothérapies automatique d’antidépresseurs ». TC, Peters EM, Paus R.
pour certains, par le feedback sur les Neuroimmunology of stress : skin
tensions musculaires pour d’autres. RÉFÉRENCES takes center stage. J Invest Dermatol
Alors que les neurosciences, en 2006;126:1697-704.
pleine expansion, apportent des in- [1] Lipowski ZJ. Somatisation: the [7] Paus R, Theoharides TC, Arck PC.
formations sur le fonctionnement experience and communication of Neuroimmunoendocrine circuitry of
du cerveau, la médecine physique psychological distress as somatic the ‘brain-skin connection’. Trends

14
Actu Kiné Kinesither Rev 2009;(85-86):4-18

Immunol. 2006;27:32-9. Child Adolescent Psychiatry fractures.Taehan Kanho Hakhoe Chi


[8] de Cassia Fogaca M, Carvalho WB, 1992;31:125-31. 2006;36:630-6.
de Araujo Peres C, Lora MI, Hayashi [12] Field T, lronson G, Scafjdi F, [18] Chou MH, Lin MF. Exploring the
LF, Verreschi IT. Salivary cortisol as Nawrocki T, Goncalves A, Burman I listening experiences during guided
an indicator of adrenocortical et al. Massage therapy reduces imagery and music therapy of
function in healthy infants, using anxiety and enhances EEG pattern outpatients with depression. J Nurs
massage therapy. Universidade of alertness and math computations. Res 2006;14:93-102.
Federal de Sao Paulo, Escola mi Neurosci Sep 1996;86:197-205. [19] Siedliecki SL, Good M. Effect of
Paulista de Medicina, Sao Paulo [13] Encinas J et al. Fluoxetine targets music on power, pain, depression
Med J 2005;123:215-8. early progenitor cells in adult brain, and disability. J Adv Nurs
[9] Field T, Hernandez-Reif M, Diego M, in proceedings of the national 2006;54:553-62.
Schanberg S, Kuhn C. Cortisol academy of sciences of the USA, [20] Kim KB, Lee MH, Sok SR. The effect
decreases and serotonin and Vol.103 :8233, 2006. of music therapy on anxiety and
dopamine increase following [14] Yosipovitch G, Ishiuji Y, Patel TS, depression in patients undergoing
massage therapy. Miami, Int J Hicks MI, Oshiro Y, Kraft RA et al. hemodialysis. Taehan Kanho Hakhoe
Neurosci 2005;115:1397-413. The Brain Processing of Scratching. Chi 2006;36:321-9.
[10] Field T, Diego MA, Hernandez-Reif Journal of Investigative Dermatology [21] The effect of exercise on clinical
M, Schanberg S, Kuhn C. Massage 2008;128:1806-11. depression: a meta-analysis. LL
therapy effects on depressed [15] Pia M, Romien H. Sophrology, a Craft, DM Landers. Abstract. Med
pregnant women. Department of method to cure stress? Rev Infirm Sci Sports Exerc 1998;5:S117.
Pediatrics, University of Miami 1992;42:44. [22] Barbier D. La dépression. O. Jacob,
School of Medicine, Miami, FL [16] Viale-Nahon E. The role of hypnosis, 2003.
33101, USA. relaxation and sophrology in the [23] Weinrich SP, Weinrich MC. Massage
[11] Field T, Morrow C, Valdeon C, treatment of pain. Soins 1988;27- & Pain in Cancer. Appl Nurs Res
Larson S, Kuhn C, Schanberg S. 34. 1990;3:140-5.
Massage reduces anxiety in child [17] Kwon IS, Kim J, Park KM. Effects of [24] Fedida P. Des bienfaits de la
and adolescent psychiatric patients. music therapy on pain, discomfort, dépression. O. Jacob, 2001.
Journal of the American Acadamy of and depression for patients with leg

Revue de presse

15