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Les fondateurs de la pensée sociologique :

Vilfredo PARETO.
Synthèse :

Ingénieur, économiste et enfin sociologue, Vilfredo Pareto


(1848-1923) est à l'origine d'une œuvre sociologique controversée. Ce « trouble-fête »
qui dérange et dont l'œuvre suscite le plus souvent des réactions passionnées, se
donne pour tâche de dévoiler derrières nos croyances les plus assurées la suprématie
du sentiment sur le raisonnement.

Cherchant à fonder sa vision de la société sur une théorie de l'action indivi-


duelle, Pareto décompose toute action concrète en éléments simples. Il distingue ainsi
analytiquement deux classes d'actions: dans la première - dite «logique» - il existe un
lien entre les moyens employés et le but fixé «non seulement par rapport au sujet qui
accomplit l'opération, mais encore pour ceux qui ont des connaissances plus éten-
dues», dans la seconde - dite «non logique» - ce lien entre les moyens et la fin, entre
l'objet et le sujet, n'existe pas. Selon Pareto, ces actions non-logiques - il distingue
quatre genres d'actions non-logiques - jouent un rôle fondamental dans la société; il
revient donc de droit au sociologue d'étudier ces actions ainsi que leurs conséquences
sociales. Ce faisant, Pareto en vient à rechercher leurs conditions d'intelligibilité;
observant, à travers l'histoire des doctrines, les formes et les expressions de ces actions
non-logiques, il dégage inductivement deux éléments : un élément c onstant - le «rési-
du» - et un élément variable, la «dérivation». Le premier est la manifestation de sen-
timents humains, alors que le second désigne les rationalisations a posteriori - les
interprétations, les croyances, les idéologies - qui manifestent la tendance «des
hommes à vouloir transformer les actions non logiques en actions logiques». A l'op-
posé des dérivations qui n'ont, nous dit Pareto, qu'une faible influence dans leurs
déterminations, le résidu forme la «racine» constante à partir de laquelle doit être
expliqué l'en semble des actions non-logiques. Pareto distingue six classes de résidus
qui se trouvent dans toute société mais réparties de facon inégale. Du fait de cette
hétérogénéité, la société ne peut constituer une entité stable et homogène mais, au
contraire, s'apparente à un système instable en «état d'équilibre». Procédant par
«approximations successives», Pareto élabore ainsi un modèle d'interdépendance sus-
ceptible d'expliquer l'émergence de cet état d'équilibre à partir de la prise en compte
de la «mutuelle dépendance» de quatre variables : les résidus, les intérêts, les dériva
tions, l'hétérogénéité et la circulation sociales.

Observateur de la société politique, Pareto élabore une théorie du pouvoir


envisagé dans son rapport à l'hétérogénéité sociale. Parti de l'observation selon
laquelle toute société peut être divisée en deux couches - une couche «inférieure» et
une couche «supérieure» qu'il désigne par le terme d'«élite» - il voit dans la circula-
tion sociale une condition fondamentale de l'équilibre de toute société politique.
Théoricien de la «circulation des élites», Pareto tente de rendre compte de la maniè-
re dont les divers groupes sociaux se mélangent et, plus précisément, du processus
dynamique qui permet à une classe dirigeante d'acquérir des ressources nouvelles -
«énergie et résidus» - en se séparant de ses éléments les plus inadaptés. Conseiller du
«Prince», il considère la «force» et la «ruse» comme deux moyens consubstantiels au
politique et l'art de gouverner comme une pratique de l'équilibre, «étant entendu
que sans la force, la ruse est finalement impuissante».
Les fondateurs de la pensée sociologique :

Max WEBER.
Synthèse :

Faite d'érudition et de pluralisme méthodologique, I'œuvre de


Max Weber (1864 1920) annonce l'accession de la sociologie à la maturité scientifique.
Le sociologue n'a plus à justifier sa pratique au nom d'une quelconque réforme sociale
à venir, mais, avec probité, il lui faut reconnaître la nécessité d'un savoir spécialisé,
fragmenté et surtout exempt de tout jugement de valeur.
Selon Weber, la sociologie - science de la «compréhension explicative» - a pour
objet de «comprendre par interprétation l'activité sociale» dans toute sa diversité, et
par là «d'expliquer causalement son déroulement et ses effets». Objet central de cette
sociologie, l'activité sociale est envisagée comme un comportement qui, suivant
le sens subjectif visé par l'acteur, est relatif au comportement d'autrui. L'individu
- unique porteur d'un comportement significatif - et ses motivations se trouvent
donc au fondement de toute démarche compréhensive; et de fait, l'individualisme
méthodologique de Weber l'amène à représenter - à l'encontre du holisme
p o s i t i v iste durkheimien - toute forme sociale supra-individuelle comme le produit
de la coopération humaine.
A l'oppose de tout réalisme, Weber considère la connaissance scientifique
comme le produit d'une abstraction constructiviste. Le sociologue, dans sa
recherche d'une «compréhension explicative» de son objet, ne doit nullement
tenter de procéder par «décalque» de la réalité, mais, afin d'établir l'existence
d'une relation de causalité significative régulière entre plusieurs phénomènes,
doit créer ce que Weber appelle un «type idéal». Rationaliste méthodologique,
ce dernier se montre également sensible aux effets involontaires, aux consé-
quences paradoxales de l'action individuelle; c'est notamment ce qu'il démontre
par son analyse des rapports entre protestantisme et capitalisme.
Av e c l'Ethique protestante et l'esprit du capitalisme (1905), Weber s'in-
t e rroge sur l'origine du capitalisme. A partir d'un fait statistique identifiant
l'existence d'une corrélation entre confession et profession, il s 'attache à
d é m o n t rer comment le comportement du puritain, par son activité rationnelle
en valeur, a contribué paradoxalement à légitimer des vertus séculières dans
lesquelles s'origine la modernité capitaliste. Il ne s'agit cependant nullement
pour Weber de substituer - par la prise en compte du protestantisme et de la
place qu' il accorde à la notion de «beruf» - une interprétation spiritualiste à
une interprétation matérialiste, mais de montrer comment certaines cro y a n c e s
religieuses peuvent, parmi d'autres, constituer des causes de changement social.
Au lendemain de la première guerre mondiale, Max Weber donne deux
conférences en 1919 - le métier et la vocation de savant, le métier et la vocation de
politique - dans lesquelles il s'interroge, tour à tour, sur l'activité du scientifique et
celle du politique, envisagées du point de vue de leurs significations propres en tant
que «vocation». Constitutive d'une stricte séparation entre l'ordre des valeurs et
celui de la connaissance - et donc du désenchantement du monde - , la première
trouve, à ses yeux, sa signification profonde dans la mise à jour du sens ultime des
actes individuels, alors que la seconde se réalise dans une tension entre deux
éthiques contradictoires mais complémentaires : I'éthique de la conviction et
l'éthique de la responsabilité.
Les fondateurs de la pensée sociologique :

Auguste COMTE.
Synthèse :

Penseur à la destinée assurément singulière, Auguste Comte


(1798-1857) s'affirme, par sa création du mot «sociologie» et d'une par-
tie de ses principes méthodologiques, comme l'un des princi paux «parrains »de la dis-
cipline sociologique. Cherchant à saisir le principe positif de l'ensemble des sciences
constituées à tra vers la «physique sociale» - terme à ses yeux équivalent à celui de
sociologie - ou science finale, il tente par sa philosophie positive de restituer dans
toute sa plénitude l'unité humaine et sociale.

Constitutive d'une certaine naturalisation de la sociabilité humaine, la


sociologie comtienne développe une représentation de la société comme totalité
«organique» spontanée, dont la spécificité se manifeste dans l'artificialité d'un
ordre intellectuel et moral qui vient se sur ajouter - par l'intervention continue de
ces ins titutions fondamentales que sont pour lui la «famille», la «propriété» et la
«religion» - à sa base naturelle. Scindant la sociologie en deux sciences majeures -
la statique sociale et la dynamique sociale - Comte fait du «consensus» I'idée mère de
la première et de la «loi des trois états» le principe dynamique inhérent à la seconde;
principe à partir duquel doit être appréhendé l'ensemble du développement de
l'Humanité. Selon lui, à la recherche des causes - recherche proprement «méta phy-
sique» - la sociologie doit substituer celle, positive et donc relative, des lois. Source
d'un savoir «utile», la sociologie - qui couronne l'édifice encyclopédique des sciences
positives - se réalise socialement par sa transmutation finale en un «pouvoir spirituel»,
en une «sociocratie» à travers l'instauration de la religion de l'Humanité.

Publié en 1822 - Comte est alors le jeune secrétaire de Saint-Simon - , le Plan


des travaux scientifiques nécessaires à la réorganisation de la société développe de
façon synthétique l'essentiel des thèses qui seront approfondies dans le Cours de
philosophie positive, puis dans le Système de politique positive. Dans cet «opuscule
fondamental», où il identifie la source de la crise sociale française dans l'antagonisme
des idées d'ordre et des idées de progrès, où il formule pour la première fois sa «loi
des trois états» et fait de la réorganisation de la société la conséquence nécessaire de
l'union des savants, des industriels et des artistes, Comte exprime non seulement la
nécessité d'une science nouvelle, mais également son objet, sa méthode et ses acteurs.

Après avoir publié les soixante leçons de son Cours de philosophie positive,
Comte rédige en 1844 le Discours sur l'esprit positif, préambule à son Traité philoso-
phie d'astronomie populaire. Dans ce véritable «discours de la méthode», il analyse et
développe la spécificité de l'esprit positif par comparaison successive à l'esprit «théo-
logique» et «métaphysique». Désignant le réel, l'utile et surtout le relatif par opposi-
tion au chimérique, à l'oiseux et à l'absolu, l'esprit positif s'affirme dans sa scientifici-
té comme une «extension méthodique» de la sagesse universelle. Selon lui, cette scien-
tificité se réalise essentiellement par le rejet systématique de toute proposition non
réductible à la «simple énonciation d'un fait, ou particulier ou général». Par ailleurs,
confronté à une spécialisation scientifique «aveugle et dispersive», l'esprit positif doit
trouver, de par sa «connexité spontanée au bon sens», son principal allié dans l'ac-
complissement de son avènement social, non chez les scientifiques mais, au contraire,
dans la masse active de la société.
Les fondateurs de la pensée sociologique :

Emile DURKHEIM.
Synthèse :

Emile Durkheim (1858-1917), sociologue à l'origine de la


professionnalisation et de l'institutionnalisation de la discipline en
France, est sans conteste l'une des figures marquantes de cette fin du XIX' siècle.
Universitaire brillant, profondément convaincu de l'importance de sa tâche, il fait
pour la sociologie une nécessité de se constituer sur le modèle des sciences positives.
Fortement influencé par le positivisme d'Auguste Comte - qu'il rejette par la suite
pour être resté un «métaphysicien» - , Durkheim engage le sociologue à considérer
son objet de recherche - le fait social comme «manière de penser, d'agir et de sentir»
qui, tout en lui demeurant extérieur, s'impose à l'individu - comme une «chose»; cette
chose devant être expliquée par des choses de même nature. Au centre de la pensée
durkheimienne se trouve la proposition selon laquelle la société est une réalité
distincte en nature des réalités individuelles qui la composent; c'est pourquoi tout fait
social doit être expliqué par un autre fait social et ce, sans faire la moindre référence
à la psychologie des individus.
Si le projet durkheimien est d'abord un projet scientifique, il est inséparable
d'une certaine dimension réformatrice : selon Durkheim, c'est à la sociologie qu'il
revient d'apporter une solution scientifique à la «question sociale», qui se pose avec
force dans une France Républicaine, en pleine réorganisation sociale, encore marquée
par sa défaite de 1870 contre l'Allemagne. Ainsi, les problèmes d'intégration sociale
et de solidarité sont au cœur de ses premiers ouvrages. Avec De la division du travail
social (1893), à l'image de Comte, Durkheim se met en quête de grandes lois évolu-
tives susceptibles d'expliquer l'état de crise dans lequel se trouvent les sociétés du XIXe
siècle. Il insiste sur la nécessité pour toute société moderne - dont il fait de la diffé-
renciation la caractéristique majeure à travers sa distinction entre «solidarité méca-
nique» et «solidarité organique» - de se fonder dans une certaine continuité à l'égard
des communautés traditionnelles, dans lesquelles la conscience collective occupe
une place encore prédominante. Si cette condition n'est pas remplie alors, nous
dit-il, l'intégration sociale issue de la division du travail ne pourra faire face à la
désintégration anomique de la société et à l'émergence de nouveaux phénomènes
pathologiques, tel que le suicide. Produit du sur-développement de l'individualisme,
ce phénomène - qu'il ana lyse dans son ouvrage, Le suicide. Etude de sociologie (1897)
- manifeste à ses yeux toute la pertinence de l'entreprise sociologique. Par l'analyse du
taux de suicide et de son évolution, Durkheim identifie, à partir des causes sociales qui
leur sont propres, trois grands types so ciaux du suicide (le suicide altruiste, le suicide
égoiste et le suicide anomique) dont l'importance relative se révèle fortement corré-
lée au degré de développe ment de la conscience collective dans la société.
Durkheim prolonge cette réflexion sur l'intégration sociale, cette fois envisa-
gée dans sa dimension symbolique, en 1912 avec Les formes élémentaires de la vie reli-
gieuse. Par l'étude des phénomènes religieux, il n'en tend pas uniquement démontrer
l'origine sociale des croyances religieuses - la divinité comme transfiguration de la
société - mais également, trouver un nouveau principe de cohésion à partir duquel
puissent être pensées les nouvelles formes d'intégration sociale. Et de fait, à ses yeux,
une religion n'est pas seulement un système solidaire de croyances et de pratiques
mais également et surtout une communauté morale, appelée Eglise. Consacrant l'es-
sentiel de ses analyses au système totémique enAustralie, il tente d'appréhender 0-
dans une perspective évolutionniste - I'essence universelle du phénomènereligieux.
Les fondateurs de la pensée sociologique :

Karl MARX.
Synthèse :

Homme de science et homme d'action, K.Marx (1818-1883) s'af-


firme, par une œuvre immense et multiforme, comme l'un des princi-
paux penseurs du fait industriel, du fait capitaliste. Critique de l'économie politique
classique, tour à tour journaliste, philosophe, historien, économiste, il analyse dans sa
profondeur historique le système économique et ses acteurs comme parties inté-
grantes de la vie sociale.
S 'opposant à toute conception idéaliste, il fait de la société - dans son fonc-
tionnement et son évolution - le produit «profane» des actions individuelles. Ce pen-
dant, s'il donne à la structure sociale - représentée par une symbolique architecturale
- pour. principe fondateur, l'action individuelle, Marx ne reconnaît pas à liindividu la
conscience de sa propre création. Manifestation des rapports sociaux de production,
«support d'intérêt et de rappons de classes déterminés», «aliéné», l'individu et son
intentionnalité sont subordonnés à l'étude de catégories économiques. Promoteur
d'un strict déterminisme écono mique, évolutionniste, Marx voit dans l'antagonisme
entre «forces productives» et «rapports sociaux de production» - antagonisme qui se
matérialise dans la so iété capitaliste par une bipolarisation sociale conflictuelle - le
moteur de l'Histoire.
Avec le 18 Brumaire de Louis Bonaparte (1852), Marx interprète «sur le vif»
l'histoire de la seconde République dans les termes d'une analyse sociologique. Se
refusant à réduire l'avènement du bonapartisme et le coup d'État du 2 décembre 1851
à n'être que le produit d'un complot mené par un seul homme - Louis Napoléon
Bonaparte - il tente de déceler dans les conflits politiques l'expression nécessaire d'une
situation socio-économique complexe, à l'origine des rapports de classe.
Contrairement à ses ouvrages plus théoriques, où il s'en tient à une vision bipolaire de
la société, Marx ne distingue, dans cet ouvrage, pas moins de huit groupes sociaux
dont le jeu complexe détermine l'histoire de la révolution française de 1848 et de sa
lente dégénérescence.
Quinze années après avoir publié le 18 Brumaire - quinze années pendant les
quelles il s'acharne à I 'étude malgré la misère de son exil londonien - Marx publie 1e
premier livre de sa grande œuvre, Le Capital (1867). Avec ce livre premier, consacré à
l'analyse du développement de la production sociale, Marx entend démontrer le carac-
tère inéluctable du trépas capitaliste. Par ses théories de la valeur-travail, du salaire et
de la plus-value, il décèle dans l'avènement historique et la reproduction sans limites
du capital, un principe tendanciel d'accroissement continu de la richesse sociale du
plus petit nombre, au prix du dénuement du plus grand nombre. Pour Marx, accumu-
lation du capital et accumulation de la misère sont des phénomènes corrélés imma-
nents au développement de la production sociale capitaliste. De par cette corrélation,
le système se reproduit en renforçant continuellement l'antagonisme entre forces
productives et rapports sociaux de production. Veilleur inlassable d'une société édi-
fiée sur ses propres contradictions, Marx voit dans le capital et son accumuladon plus
qu'un principe à partir duquel s'organise l'ensemble des rapports sociaux, celui par
lequel s'affirme la nécessité historique de sa propre destruction.
Les fondateurs de la pensée sociologique :

Pierre BOURDIEU.
Synthèse :

• La filiation théorique :

– Les emprunts à Karl Marx (1818-1883) font l'objet d'une redéflnition :

La sociologie de Marx est fondée sur quelques concepts centraux qu'il convient
de rappeler pour saisir la spécificité des formulations bourdieusiennes.
Pour Marx, le mode de production capitaliste est fondé sur des rapports de
production caractérisés par la lutte des classes opposant la bourgeoisie, pr o-
priétaire des moyens de produc tion, au prolétariat qui n'a que sa force de
travail à vendr e. La première exploite la seconde, extorquant la plus-value ou sur
travail . Elle exerce une réelle domination économique, politique, sociale mais aussi
idéologique sur le prolétariat.
L'idéologie, composante de la superstructur e, est conçue comme reflet inver-
sé, mutilé, déformé du réel, au service des intérêts de la bourgeoisie. Elle aboutit à une
“fausse conscience” : le prolétariat participe à sa propre exploitation en acceptant les
représentations erronées du monde que propose la bourgeoisie.
Cependant, à terme et inéluctablement, la prise de conscience de son exploi-
tation par la classe ouvrière provoquera une révolution prolétarienne destinée à ren-
verser la bourgeoisie. Cela implique le passage de la “classe en soi ”, regroupant les
individus occupant une position identique dans les rapports de production, à la “clas -
se pour so i”, mobilisée et consciente de ses intérêts.
Cette approche des classes sociales peut être définie comme réaliste par oppo-
sition à l'approche nominaliste. Dans le premier cadre d'analyse, la connaissance saisit
des réalités dont l'existence est indépendante de la pensée.
Ainsi, les groupes sociaux constituent une unité collective réelle et ont une
existence propre; leurs membres entretiennent des relations plus ou moins directes et
ont une certaine conscience d'appartenance à cet ensemble (conscience de dasse).
Cette approche s'oppose à la conception nominaliste selon laquelle les catégories uti-
lisées ne sont pas des reproductions du réel mais des créations contingentes de l'ob-
servateur. Dans le champ de la stratification sociale, une telle démarche signifie qu'un
observateur extérieur a procédé à un regroupement d'individus présentant des carac-
té ristiques communes. Les unités ainsi agrégées constituent une catégorie sociale, une
collection d'individus partageant certaines propriétés mais ne constituant pas une col-
lectivité.

P. Bourdieu amende les thèses de Marx.


Les relations entre Pierre Bourdieu et le marxisme se ne se lais sent pas décri-
re avec simplicité. L'auteur s'est toujours refusé à proclamer son allégeance à la pen-
sée de Marx, alors qu'il s'inscrit dairement dans le cadre durkheimien. Son œuvre s'est
édifiée hors des sentiers balisés par la réflexion marxiste, en prenant pour objet d'étu-
de des domaines considérés comme mineurs par le marxisme orthodoxe (telles les
études sur la culture).
Sa théorie de la domination symbolique, en survivant à la désagrégation du
prophétisme révolutionnaire, peut être interprétée comme un signe qui montre
que la sociologie de P. Bourdieu prospère sur une terre étrangère au sol marxiste
orthodoxe.
Bourdieu I
Pourtant, une familiarité forte existe entre la sociologie de P. Bourdieu et le
marxisme.
D'une part, I'une et l'autre pensent l'ordre social à travers le paradigme de la domi -
nation . Il n'est pas possible d'accéder à une intelligence claire de l'espace social sans
la mise en évidence des antagonismes de classe: la réalité sociale est un ensemble de
rapports de forces entre des classes historiquement en lutte les unes avec les autres.
D'autre part la sociologie de P. Bourdieu a une vocation critique et, partant, un usage
politique: critique de la culture, de l'école et, de façon plus générale, de la démocra-
tie libérale et de ses mythes.

Mais son analyse est marquée par de multiples remises en cause et de ruptures
vis à-vis de la tradition marxiste, qui portent sur la définition des classes sociales et sur
l'explication des mécanismes de la domination.
On peut souligner deux aspects de la critique de P. Bourdieu. D'abord, il
cherche à dépasser l'alternative nominalisme / réalisme en distinguant la classe
objective et la classe mobilisée. La première est un ensemble d'individus placés dans
des conditions d'existence homogènes leur imposant des conditionnements pro pres
à engendrer des pratiques semblables. Ces individus possèdent un ensemble de pro-
priétés communes: la possession de biens, de pouvoirs, des habitudes de classe, etc.
La seconde est la classe objective dont les individus se sont rassemblés, organisés
pour mener une lutte commune. Mais le passage de la classe objective, construite
“sur le papier” par le chercheur, à la classe mobilisée, “dans la rue” n'est pas un pro-
cessus automatique et inéluctable comme le laissait entendre l'anayse marxiste, au
contraire, il suppose, selon P. Bourdieu, un travail de mobilisation pour faire exister
le groupe.
Ensuite, le déplacement le plus net, et qui exclut de caractériser ces analyses comme
marxistes, réside dans l'importance accordée aux rapports de sens, aux biens symbo-
liques, à la domination symbolique dans les rapports de classe. La brève définition de
«toute formation sociale», «comme système de rapports de forces et de sens entre des
groupes ou des classes » désigne bien la rupture qui s'opère ici entre une définition
marxienne des dasses marquée par une conception socioéconomique et celle qui va
majorer les rapports et les dominations symboliques. La notion de lutte des classes sera
étendue aux luttes symboliques sous la forme de luttes de classement.

En ce sens, I'approche bourdieusienne intègre des éléments de l'appro c h e


wébérienne dans son analyse.

– Max Weber (1864-1920), P. Bourdieu a surtout retenu le rôle des représentations


dans l'analyse sociologique et le concept de légitimité.

En postulant que la connaissance de l'action sociale passe par le sens que l'in-
dividu lui confere, la démarche de Weber s'oppose ainsi à l'explication purement natu-
raliste, objectiviste; elle fonde la sociologie compréhensive .
Pour cet auteur, I'activité humaine s'oriente d'après un sens qu'il s'agit de com-
prendre pour la rendre intelligible. Les comportements humains ont ceci de spécifique
qu'ils se laissent interpréter de façon compréhensive. En découle ainsi la définition de
la sociologie:
“Nous appelons "sociologie" (...) une science qui se propose de comprendre
par interprétation l'activité sociale et par là d'expliquer causalement son dérou -
lement et ses effets. Nous entendons par "activité" un comportement humain
(...) quand et pour autant que l'agent ou les agents lui communiquent un sens
subjectif. Et par activité "sociale" I'activité qui, d'après son sens visé par l'agent
ou les agents, se rapporte au comportement d'autrui, par rapport auquel s'orien -
te son déroulement.”
Bourdieu II
Cette définition rappelle la nécessaire prise en compte de la dimension sym-
bolique dans l'explication des phénomènes sociaux, thème largement développé par
P. Bourdieu.

Dans la problématique de Weber, le concept de légitimité est essentiel. Il


permet de comprendre comment l'autorité politique se perpétue sans avoir nécessai-
rement recours à la contrainte. La réponse tient à la légitimité qui se définit, en un
sens général, comme la qualité de ce qui accepté et reconnu par les membres d'une
société. Ainsi Max Weber est-il amené à distinguer trois types de légitimité :
- traditionnelle,
- charismatique,
- légale-rationnelle
Quant à P. Bourdieu, il cherche à determiner par quels mécanismes les domi-
nés acceptent la domination, sous toutes ses formes, et pourquoi ils y adhèrent et se
sentent solidaires des dominants dans un même consensus sur l'ordre établi. Plus enco-
re que la légitimité, qui est une donnée, c'est le processus de légitimation qui a ali-
menté son questionnement; il s'agira de montrer comment les acteurs sociaux produi-
sent la légitimité pour faire reconnaître leur compétence, leur statut ou le pouvoir
qu'ils détiennent. La problématique des arbitraires culturels légitimés en découle.

– L'apport d'Émile Durkheim (1858-1917) est prépondérant

P. Bourdieu emprunte à la tradition durkheimienne non des problématiques


précises, telles que l'intégration ou l'ano mie, mais un état d'esprit et une conception
de la sociologie. Il retrouve l'ambition durkheimienne de constituer la sociologie
comme science, qui suppose une méthode et une démarche spé cifique. Pour saisir cet
apport, il convient de rappeler les principales caractéristiques de l'approche de
Durkheim.
Pour cet auteur, la sociologie se définit comme l'étude des faits sociaux .
Mais son originalité réside dans sa définition du fait social: toute manière de faire,
fixée ou non, qui exerce sur l'individu une contrainte extérieur e. L'objet de la
sociologie sera alors de mettre au jour ces contraintes pour expliquer les comporte
ments individuels; une telle démarche s'inscrit d'emblée dans une perspective holiste
(du grec holos, “entier qui forme un tout”).
De surcroît, la sociologie implique une méthode particulière, comme le sou-
ligne le titre de l'ouvrage de Durkheim, Les règles de la méthode sociologique, publié
en 1895. Parmi les principes énoncés, deux d'entre eux semblent essentiels.
D'une part, “il faut considérer les faits sociaux comme des choses ”, signifiant la
nécessité d'étudier les faits sociaux du dehors (comme un observateur extérieur) avec
la même distanciation qu'un physicien qui observe un phénomène physique. Pour
appliquer cette règle de l'objectivité, il faut donc écarter ce que Durkheim appelle les
“prénotions”, “les représentations” qu'ont les individus de leurs comportements, le
sens qu'ils confè rent à leurs actions. Cette approche est dénommée positiviste, parti-
pris méthodologique qui assigne aux sciences humaines la demarche scientifique
adoptée dans les sciences de la nature. Le positivisme repose sur l'analyse des seuls
faits percus par l'observation externe. Il implique une rupture entre le monde objectif
(domaine des faits) et le monde subjectif (domaine de la conscience, des jugements de
valeurs, de l'intuition).
D'autre part, Durkheim affirme qu'il faut expliquer les faits sociaux par les faits
sociaux : “la cause déterminante d'un fait social doit être cherchée parmi les faits
sociaux antécédents et non parmi les états de la conscience individuelle.” En d'autres
termes, pour expliquer un comportement il faut rechercher les contraintes extérieures
qui pèsent sur les individus, et non faire appel à des déterminants biologiques (les ins-
tincts, la génétique...) ou psychologiques (les complexes, les frustrations...).
Bourdieu III
Dans la pratique, Durkheim propose de recourir à la méthode comparative fondée sur
le principe que “les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets” et qui consis-
te à étudier les corrélations statistiques entre variables pour dégager des lois prédic-
tives relatives aux phénomènes observés.
Une telle démarche, appelée objectiviste , vise à rechercher les “lois objectives” qui
gouvernent la réalité sociale, c'est-à-dire qui révèlent un ordre sousjacent au désordre
apparent de la vie ou de la société. Cette volonté de dégager des régularités, plutôt
que des lois, est également une ambition partagée par P. Bourdieu, mais en évitant le
piège du positivisme absolu et de l'universalisme atemporel.

L’approche de P . Bourdieu a donné naissance à un “courant sociologique”.


Quatre pôles sociologiques concurrents en France aujourd'hui:
- l'individualisme méthodologique ou l'utilitarisme de Raymond Boudon qui
postule qu'un phénomène social quel qu'il soit est le produit de l'agrégation d'actions
individuelles. La logique de ces actions est à chercher dans la rationalité des acteurs,
dans un sens proche de celui des économistes néoclassiques;
- I'approche stratégique de Michel Crozier : elle a pour objet essentiel l'analyse des
relations de pouvoir dans des organisations (entreprises, administrations). L'auteur
montre que les acteurs, rationnels mais à rationalité limitée, y disposent d'une marge
de liberté qui est au fondement de leur pouvoir;
- la sociologie de l'action ou l'actionnalisme d'Alain T ouraine : elle repose sur
l'analyse des mouvements sociaux et leur rôle dans le changement social;
- le structuralisme génétique ou structuralisme critique de Pier re Bourdieu que
l'auteur définit de la manière suivante:
“Si j'aimais le jeu des étiquettes (...) je dirais que j'essaie d'élaborer un struc -
turalisme génétique: I'analyse des structures objectives - celles des différents
champs - est inséparable de l'analyse de la genèse au sein des individus biolo -
giques des structures mentales qui sont pour une part le produit de l'incorpora -
tion des structures sociales et de l'analyse de la genèse de ces structures sociales
elles mêmes.”

• La sociologie de P. Bourdieu

– L'espace social est hiérarchisé par l'inégale distribution des capitaux :

La description de la société en termes d'espace social permet de mettre l'accent


sur la dimension relationnelle des positions sociales
En accord avec le principe méthodologique selon lequel un fait social est
construit, le sociologue met en œuvre des critères de classification pour rendre comp-
te de la structure sociale. L'expression d'«espace social» marque une rupture avec les
représentations traditionnelles de la hierarcbie sociale, fondées sur une vision pyrami-
dale de la société. Celle-ci attribue à chaque classe une position dans l'échelle sociale
en fonction de ses conditions matérielles d'existence. Une telle approche est non seu-
lement réductrice sur le plan empirique, du fait de la prise en compte d'un principe
unique de hiérarchisation, mais aussi non pertinente sur le plan théorique, car elle
omet qu'une classe sociale ne peut se définir isolément mais seulement en relation
avec les autres classes.
“Dans un premier temps, la sociologie se présente comme une topologie
sociale. On peut ainsi représenter le monde social sous la forme d'un espace (à plu-
sieurs dimensions) construit sur la base de principes de différenciation ou de distribu-
tion constitués par l'en semble des propriétés agissantes dans l'univers social considé-
ré. (...) Les agents et les groupes d'agents sont ainsi définis par leurs posi tions relahves
dans cet espace.”
Bourdieu IiV
Différentes formes de capital permettent de structurer l'espace social.
La notion de capital relève, en première analyse, de l'approche économique.
L'analogie s'explique par les propriétés reconnues au capital: il s'accumule au travers
d'opérations d'investissement, il se transmet par le biais de l'héritage, il permet de
dégager des profits selon l'opportunité qu'a son détenteur d'opérer les placements les
plus rentables. Ces caractéristiques en font un concept heuristique si, comme le fait
Pierre Bourdieu, on ne restreint pas son usage au seul domaine écono mique. En effet,
il est possible d'en distinguer quatre types:
- le capital économique qui est constitué par les différents facteurs de production
(terres, usines, travail) et l'ensemble des biens économiques: revenu, patrimoine, biens
matériels;
- le capital culturel correspondant à l'ensemble des qualifications intellectuelles, soit
produites par le système scolaire, soit transmises par la famille. Ce capital peut exister
sous trois formes: à l'état incorporé comme disposition durable du corps (par exemple
l'aisance d'expression en public); à l'état objectif comme bien culturel (la possession de
tableaux, d'ouvrages); à l'état institutionnalisé, c'est-à-dire socialement sanctionné
par des institutions (comme les titres scolaires);
- le capital social se définit essentiellement comme l'ensemble des relations sociales
dont dispose un individu ou groupe; la détention de ce capital implique un travail
d'instauration et d'entretien des relations, c'est-à-dire un travail de sociabilité: invita-
tions réciproques, loisirs en communs, etc.;
- le capital symbolique : il correspond à l'ensemble des rituels (comme l'étiquette ou
le protocole) liés à l'honneur et à la reconnaissance. Il n'est finalement que le crédit et
l'autorité que confèrent à un agent la reconnaissance et la possession des trois autres
formes de capital. Il permet de comprendre que les multiples manifestations du code
de l'honneur et des règles de bonne conduite ne sont pas seulement des exigences du
contrôle social, mais qu'elles sont constitutives d'avan tages sociaux aux conséquences
effectives.
La position des agents dans l'espace des classes sociales dépend du volume et de la
structure de leur capital.
Parmi les différentes formes de capital, c'est le capital écono mique et le capital cul-
turel qui fournissent les critères de diffé renciation les plus pertinents pour construire
l'espace social des sociétés développées.

– A cette vision d'ensemble de la société, P. Bourdieu superpose une analyse en termes


de champs sociaux :

La société est un ensemble de champs sociaux, plus ou moins autonomes, tra-


versés par des luttes entre classes.
Au fondement de la théorie des champs , il y a le constat que le monde social est le
lieu d'un processus de différenciation progressive. L'évolution des sociétés tend à faire
apparaître des univers, des domaines, des champs dans le vocabulaire de Bourdieu,
produits par la division sociale du travail. Celle-ci, par opposition à la division tech-
nique qui a trait à la seule organisation de la production, recouvre toute la vie socia-
le puisque c'est le processus de différenciation par lequel se distinguent les unes des
autres les fonctions religieuses, économiques, juridiques, politiques, etc.
Un champ peut être considéré comme un marché ou les agents se comportent comme
des joueurs.

– L'homo sociologicus bourdieusien : un agent social

L'habitus est un concept œntral de la sociologie bourdieusienne. Il assure


la cohérence entre sa conception de la société et celle de l'agent social
Bourdieu V
individuel: il fournit l'articulation, la médiation, entre l'individuel et le collectif. A tra-
vers cette notion, se dégage une théorie spécifique de la production sociale des agents
et de leurs logiques d'action.
La socialisation , selon Bourdieu, en assurant l'incorporation des habitus de
classe, produit l'appartenance de classe des individus tout en reproduisant la classe en
tant que groupe partageant le même habitus. Le concept est donc au fondement de
la reproduction de l'ordre social. Pour autant, principe de conservation, il peut aussi
deve nir un mécanisme d'invention et donc de changement.

- Le concept d'habitus permet de comprendre de quelle menière l'homme devient un


etre social :
La vie en societé suppose que l'individu soit socialisé. La socialisation correspond à
l'ensemble des mécanismes par lesquels les individus font l'apprentissage des rapports
sociaux entre les hommes et assimilent les normes, les valeurs et les croyances d'une
société ou d'une collectivité. Les normes désignent les règles et usages socialement
prescrits caractérisant les pratiques d'uné collectivité ou d'un groupe particulier: lan-
gage, règles de politesse, comportements corporels, etc.
Les valeurs sont des choses ou manières d'être considérées comme estimables et dési-
rables, des idéaux plus ou moins formalisés orientant les actions et les comportements
d'une sociéte ou d'un groupe social, le sens de l'honneur, de la justice, le patriotisme,
I'amour d'autrui en sont quelques exemples. L'intensité des acquisitions varie selon
l'âge; ainsi, on distingue traditionnnellement la socia lisation primaire, ou socialisation
de l'enfant, et les socialisations secondaires , processus d'apprentissage et d'adap-
tation des individus tout au long de leur vie. Mais la conception traditionnelle de la
socialisation et la distinction entre norrnes et valeurs semblent peu pertinentes dans
l'approche bourdieusienne.
Pour P. Bourdieu, la sociahsation est caractérisée par la formation de l'babitus,
concept qu'il définit de la manière suivante:
“Les conditionnements associés a une classe particulière de conditions
d'existence produisent des habitus, systèmes de disposition durables et transpo -
sables, structures structurées disposees à fonctionner comme structures structu -
rantes, c'est-a-dire en tant que principes générateurs et organisateurs de pra -
tiques et de représenta tions qui peuvent être objectivement adaptées à leur but
sans sup poser la visée consciente de fins et la mâîtrise expresse des opéra tions
nécessaires pour les atteindre, objectivement "réglées" et "régulières" sans être
en rien le produit de l'obéissance à des rèyles, et, etant tout cela, collectivement
orchestrées sarls être le produit de l'action organisatrice d'un chef d'orchestre”.

Cette définition souligne que l’habitus est un système de dispositions durables acquis
par l'individu au cours du processus de socialisation. Les dispositions sont des attitudes,
des inclinations à perœvoir, sentir, faire et penser, intériorisées par les individus du fait
de leur conditions objectives d'existence, et qui fonctionnent alors comme des prin-
cipes inconscients d'action, de perception et de réflexion. L'intériorisation constitue un
mécanisme essentiel de la socialisation dans la mesure où les comportements et les
valeurs appris sont considérés comme allant de soi, comme étant naturels, quasi ins-
tinctifs; I'intériorisation permet d'agir sans être obligé de se souven* explicite ment
des règles qu'il faut observer pour agir.
Les schémas de perception et d'actions intériorisés par les individus sont aussi
appelés des schèmes .
Dès lors, on peut dis tinguer deux composantes de l'habitus. On parlera d'ethos pour
désigner les principes ou les valeurs à l'état pratique, la forme intériorisée et non
consciente de la morale qui règle la conduite quotidienne: ce sont les schèmes en
action, mais de manière inconsciente (I'ethos s'oppose ainsi à l'éthique, qui est la
forme théorique, argumentée, explicitée et codifiée de la morale).
Bourdieu VI
L'hexis corporelle correspond aux postures, dispositions du corps, rapports au corps,
intériorisés inconsciemment par l'in dividu au cours de son histoire.
L'habitus est donc simultanément la grille de lecture à travers laquelle nous
perœvons et jugeons la réalité et le produc teur de nos pratiques; œs deux volets sont
indissociables. Il est au fondement de ce qui, dans le sens courant, définit la person-
nalité d'un individu. Nous-mêmes avons l'impression d'être nés avec œs dispositions,
avec ce type de sensibilité, avec cette façon d'agir et de réagir, avec ces “manières” et
œ style. En fait, aimer la bière plutôt que le vin, les films d'action plutôt que les films
politiques, voter à droite plutôt qu'à gauche sont des produits de l'habitus. De même,
marcher le buste droit ou courbé, être gauche ou manifester de l'aisance dans les rela-
tions interpersonnelles sont des manifestations de l'hexis corporelle. Enfin, considérer
tel individu petit, mesquin ou, au contraire généreux, brillant, relèvent de l'ethos.
Enfin, l'habitus est le produit de la position et de la trajectoire sociale des
individus.

Bourdieu VII

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