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Bob Marley : le dernier prophète

By Vladimir Cagnolari on 11 décembre 2019 / Commentaires fermés sur Bob


Marley : le dernier prophète

Le journaliste Francis Dordor publie une nouvelle


biographie de l’icône du reggae, soigneusement
documentée et nourrie de ses rencontres avec le
« Tuff Gong ». Interview.
Francis Dordor n’en est pas à son coup d’essai. Autrefois rédacteur en chef
du magazine musical Best, puis grand reporter aux Inrockuptibles, il a déjà
consacré plusieurs ouvrages à l’homme qui fit entrer le reggae sur la
scène mondiale, et popularisa du même coup le message rasta. Cette
nouvelle biographie, chronologique, a le mérite d’être soigneusement
documentée et de remettre la trajectoire de Marley dans son contexte
social, politique et historique. De quoi lester, s’il en était besoin, le
personnage d’un poids plus grand poids encore, en l’enracinant
profondément dans l’histoire de la Jamaïque, hantée par les fantômes de
l’esclavage, et dans celle des pays du Tiers-monde, qui à la même époque
cherchent à s’extirper de l’emprise (post)coloniale. Son récit, scandé par
la discographie de l’artiste, permet aussi de comprendre combien les
paroles de ses chansons, fredonnées par tous, résonnent avec sa vie et la
situation chaotique de son pays.

Pour PAM, l’auteur revient sur ses rencontres avec Marley, et sur son
attachement « au dernier Prophète » de notre temps. Interview. 
Ouverture du reportage de Francis Dordor à Kingston, paru dans Best en
1980

À quand remonte ta première rencontre avec Bob Marley ? 

Elle date de juillet 1975 dans le salon d’un grand hôtel londonien au
lendemain du concert que les Wailers avaient donné au Lyceum (dont sera
tiré l’album Live). Marley donnait une conférence de presse à laquelle
assistait une importante délégation de journalistes venus des quatre coins
du monde, certains de Nouvelle-Zélande. J’étais alors jeune reporter pour
le mensuel Best. C’est le moment où tout a basculé pour lui, où de
marotte pour spécialistes il s’est subitement transformé en phénomène
planétaire. Je conserve deux souvenirs précis. Le fait qu’il se soit présenté
devant les journalistes dans la même tenue — un ensemble en jean délavé
— que celle portée la veille sur scène. À l’évidence, il n’avait pas dormi et
fait la bringue toute la nuit dans les clubs branchés de Londres. Le second
se rapporte au malaise dont je fus malencontreusement à l’origine en
posant une question un peu bête, quoiqu’innocente, à propos de
l’empereur Haïlé Sélassié qui venait d’être destitué et embastillé. Je lui ai
demandé s’il comptait « libérer le Negus ? » (« free the Negus »). Sauf que
tout le monde a compris « libérer les nègres ? » (« free the niggers »), ce
qui n’est pas exactement la même chose. Bob a essayé de répondre en
restant diplomate. Mais il y avait des membres de la branche londonienne
des Black Panthers dans la salle et là c’était moins cool. En fait je me suis
rendu compte du quiproquo en lisant le compte rendu du Melody Maker.
J’ai pris la peine d’écrire au journal pour dissiper le malentendu et ma
réponse fut publiée la semaine suivante. 
 

Bob Marley et Francis Dordor, Londres 1977 par Claude Gassian

Et ta dernière rencontre avec lui ?

J’ai eu la chance de rencontrer Bob Marley à plusieurs reprises, à Londres,


Paris, Kingston, de le suivre au cours des 5 dernières années de sa vie,
celles qui correspondent à sa fulgurante ascension. La dernière rencontre
date d’avril 1980 dans son quartier général du 56 Hope Road à Kingston.
Où j’ai dû attendre une semaine avant de pouvoir accéder au Saint des
Saints. Chaque matin j’arrivais dans la cour de cette ancienne résidence
coloniale qui avait appartenu à Chris Blackwell. Mais il n’était jamais là. À
la fenêtre flottait le drapeau du Zimbabwe. Bob l’avait ramené de son
récent voyage à Harare où il avait participé aux célébrations de la
naissance du nouvel état africain, anciennement Rhodésie, devenue
indépendant après des décennies d’apartheid et une sanglante guerre
civile. Sur le front, les combattants de la ZANU, l’armée de libération,
montaient à l’assaut au son de la chanson « Zimbabwe«  que Bob avait
composé pour l’album Survival. J’avais l’impression d’accompagner un
moment d’histoire. C’était le printemps. Le début de la saison des
mangues. Dans l’air régnait une douce euphorie. Le reggae était LA
musique du moment. Des Clash aux Rolling Stones, tout le monde faisait
du reggae. Les rastas ne se cachaient plus. Eux qui jusqu’à présent
représentaient la lie de la société, commençaient à trouver une certaine
légitimité sur l’île. Même si la situation politique restait très chaotique, le
succès que rencontraient Bob Marley et d’autres artistes semblait ouvrir
un nouvel horizon. Je passais mes journées à la plage, mes soirées dans
les sound systems. En attendant un hypothétique feu vert. Qui ne venait
pas. Chaque matin je passais par Hope Road pour voir si sa BMW (choisie
à cause de l’acronyme qui correspond à Bob Marley & The Wailers) était
garée ou non. Finalement, après une semaine, il m’a reçu dans son bureau
au premier étage. L’entretien fut bref. Et moi qui l’avais connu tantôt
méfiant, tantôt chaleureux, voire amical, je l’ai trouvé cassant et
empressé. C’était assez déstabilisant. À l’époque, j’ignorais — tout le
monde ignorait, hormis Rita sa femme et Blackwell — ses problèmes de
santé. Il y avait bien eu cette alerte suite à sa blessure au pied, mais
depuis tout semblait être rentré dans l’ordre. Il m’a quand même invité à
déjeuner avec ses brethrens (ses frères rastas, ndlr). Après le repas
(poisson cuit à l’huile de coco, callaloo et breadfruit) je lui ai demandé si
l’on pouvait reprendre l’interview. Il m’a répondu qu’il n’avait pas le
temps. Mais il est quand même descendu dans l’après-midi jouer au foot
dans la cour. J’ai tapé le ballon avec lui et ses brethrens. C’est là que je
me suis rendu compte de la crainte qu’il inspirait à tout son
entourage. Après quoi j’ai réussi à me glisser dans le petit studio situé à
l’arrière de la maison où Errol Brown, l’ingénieur du son, et Chris Blackwell
terminaient le mixage d’Uprising. C’est là où j’ai entendu pour la première
fois « Redemption Song ». Soudain Bob est rentré dans le studio. En me
voyant, il a froncé les sourcils du genre « qu’est-ce qu’il fait là ce blanc
bec ? » Puis il a fermé le poing, tendu l’index et le majeur dans ma
direction comme si c’était un flingue. Tout ce que j’ai trouvé à faire c’est
de lui sourire bêtement et de tendre une main. Il l’a regardé puis,
haussant les épaules, il a tapé dedans. C’est le dernier contact que j’ai eu
avec lui. Deux mois plus tard, je l’ai vu une dernière fois sur scène au
Bourget devant 50 000 personnes. Une scène qu’il allait devoir bientôt
quitter définitivement. 
 
Justement, comment t’es-tu retrouvé dans ce fameux match de
foot parisien où il s’est blessé au pied (et qui fut le point de
départ de sa maladie) ?

L’idée du match de foot, et je dis ça sans forfanterie, c’est moi qui l’ai eue.
Je savais l’amour de Bob pour le foot. À chacun de ses déplacements, il
s’efforçait de trouver un terrain juste pour le plaisir de taper dans la balle.
Un peu avant le premier concert des Wailers à Paris, au printemps 1977,
j’en ai parlé à Jacky Jakubowicz (celui du « Jacky show » qui à l’époque
était attaché de presse chez Phonogram). De fil en aiguille le truc a été
monté en opération promotionnelle. Des équipes télé ont été invitées pour
couvrir l’événement, à savoir un match sur un terrain situé près de la tour
Eiffel opposant les Wailers à l’équipe des « Polymusclés », constituée de
gens du showbiz parisien. Mais comme les Wailers n’étaient pas assez
nombreux, quelques journalistes, dont ma pomme, sont venus compléter
leur effectif. De toute façon les Wailers, même à 6, jouaient
essentiellement entre eux. C’était un plaisir de les voir évoluer tout en
grâce et finesse technique (surtout Bob) avec leurs dreadlocks
rassemblées dans un bonnet de laine, mi-gazelles, mi-aliens. Au cours de
la première mi-temps, Bob a essuyé le tacle appuyé d’un gros balourd de
l’équipe adverse. Il s’est mis à boiter bas et a fini par quitter le terrain.
Tout en continuant, sur la touche, à être à la manœuvre. C’est à partir de
là que ses ennuis de santé ont commencé.  

Ton morceau fétiche ?


Si je dois en choisir un seul parmi la liste de mes préférés, je citerais
« Slave Driver » qui figure sur l’album Catch A Fire avec lequel j’ai
découvert le reggae, les Wailers et toute une culture. Il y a de la folie dans
ce morceau. Une folie qui répond à une aliénation. Le trait de génie de
Marley c’est évidemment d’avoir su lier sa situation personnelle et celle de
ses congénères à celle endurée 400 ans plus tôt par les Africains
emmenés en esclavage dans les îles de ce que l’on appelait alors « le
Nouveau Monde ». C’est avec cette chanson que j’ai enfin compris, et
même ressenti, une histoire qui m’avait été délibérément cachée et dont
je n’avais jusqu’alors qu’une très vague connaissance. C’est ce qui me fait
dire que l’on devrait étudier des chansons comme celles-ci dans les écoles
et les universités afin de remettre tout à plat. 
 

Pourquoi une nouvelle bio ?

Bob Marley m’accompagne depuis plus de 40 ans. En fait c’est un sujet qui
n’a jamais cessé de me travailler, qui sans cesse sollicite ma réflexion.
Cette biographie résume un peu toutes ces années de recherches et de
réflexions. Je me permets dans ce livre certains concepts. L’idée que le
reggae, dont la caractéristique rythmique est le contre temps, soit en fait
une réappropriation d’un temps africain dont les Jamaïquains ont été
dépossédés, un temps qui vient en opposition à celui imposé par les
anciens maîtres. Autre idée, celle du « membre fantôme », envisagée à la
lumière de cette véritable obsession pour l’Afrique que cultivent les rastas,
ainsi que d’autres communautés caribéennes. Le rastafarisme en est un
des symptômes. Ça ressemble étrangement à ce que disent ressentir les
victimes d’amputations dont le bras ou la jambe manquants continuent de
les démanger. 

Pourquoi, d’après toi, Marley reste toujours aussi actuel ? 

Il suffit de regarder les récents événements pour se rendre compte


combien Bob Marley reste d’une actualité brûlante, combien son regard
sur le monde demeure à bien des égards prophétique. Un exemple parmi
d’autres : le dernier album paru de son vivant s’intitule Uprising qui
signifie « soulèvement ». Quand je vois ce qui se passe en Iran, en Irak, en
Égypte, au Liban, au Chili, à Hong Kong, en Algérie, en France, en Guinée
et ailleurs, le lien est vite établi. Lorsque les Tunisiens se sont soulevés
contre la dictature Ben Ali, j’avais noté que certains manifestants
brandissaient des pancartes avec certaines paroles tirées de la chanson
« Babylon System », notamment cette phrase « nous refusons d’être ce
que vous voulez que nous soyons. » J’ajoute que Bob Marley reste à mon
sens l’une des dernières figures universelles. « Au nom de quoi mène-t-on
des combats d’émancipation sinon au nom de l’universel ? » interroge le
philosophe Francis Wolff. Avant de répondre : « Quand vous relisez les
textes des peuples qui se sont libérés du joug colonial ou de
l’esclavage, Toussaint Louverture, Frantz Fanon, Nelson Mandela, etc., ils
n’ont pas lutté pour asservir leurs anciens maîtres, mais pour un monde
sans maître ni esclave. » Bob Marley est là aussi.
Survival de Bob Marley : l’album
du Zimbabwe !
By Elodie Maillot on 2 octobre 2019 / Commentaires fermés sur Survival de
Bob Marley : l’album du Zimbabwe !
Le 2 octobre 1979, paraissait l’album Survival de
Bob Marley & The Wailers. Panafricaniste comme
jamais, on y retrouve  le fameux « Zimbabwe ».
Bob Marley avait un peu la même vision qu’André Gide :
« le monde ne sera sauvé– s’il peut l’être– que par des insoumis ». Lorsque
le chanteur et compositeur jamaïcain se penche sur ce qu’il appelle « la
survie du monde » dans « Survival », il est toujours rebelle, bien que très
loin de ses années les plus difficiles, d’une jeunesse dans les bas-fonds de
la Jamaïque à lutter littéralement pour survivre et  manger. En 1979,
Marley est reconnu, et même installé. Depuis 5 albums, il reçoit le soutien
du puissant label Island et de Chris Blackwell qui lui a même offert une
immense maison sur 56 Hope Road (rue de l’Espoir) dans les beaux
quartiers de Kingston. Mais Marley a dû la quitter pendant plusieurs
années pour assurer sa survie, au sens propre. Le 3 décembre 1976, il
échappe miraculeusement à une tentative d’assassinat chez lui à Hope
Road, ce qui le pousse à l’exil vers Londres et les Bahamas.

Back to Kingston, live and alive


Trois ans et deux albums plus tard, il revient enregistrer en Jamaïque et
parle enfin de cet épisode marquant de sa vie dans «Ambush in The
Night», chanson qui clôture Survival, dans laquelle Marley raconte qu’il
doit sa survie au « Pouvoir du Tout Puissant et à la main de sa Majesté »
(Haïlé Selassié). Voilà pour la conclusion de cet album qui s’ouvre par un
murmure. « Un peu plus de de batterie !» ordonne doucement Marley au
début de « So Much Trouble in the World ». Un peu comme si le chanteur
avait été pris en flag’ de quête de perfection, dirigeant l’ingénieur du son
avant d’évoquer, en chantant,  le désordre et les imperfections du monde.
Ce genre de petites phrases spontanées sont rares sur un album studio,
tout simplement parce que ces commentaires sont généralement faits au
mixage, donc loin des micros. Mais dans ce disque Marley veut restituer la
« vibe live», l’ambiance très organique et festive de cet enregistrement
qui célèbre son retour « à la maison », dans son nouveau  studio Tuff
Gong. « Je garde un souvenir incroyable des sessions de Survival, raconte
Dean Fraser, saxophoniste toujours très demandé à Kingston. Il y avait
une entente totale entre nous tous. On débordait tous d’idées et
d’énergie ! On avait même composé une double intro pour le titre « Wake
Up And Live » ! » 
Le morceau sonne d’ailleurs presque comme un concert dans lequel
Marley lâche même le chant pour demander à la cantonade « comment ça
va?», et lancer le solo de sax improvisé par Fraser. Ce vent de liberté est
probablement dû au fait que Chris Blackwell – le producteur d’Island –
s’efface alors de plus en plus pour laisser Marley gérer ses affaires
musicales, mais aussi à l’énergie collective que le chanteur insuffle dans
ce projet qu’il voulait au départ appeler « Black Survival », avant de
décider finalement que sa musique était « pour tout le monde ! ». 
Marley est néanmoins persuadé que noir est synonyme de survie. Il évite
soigneusement de parler directement de sa Jamaïque, qui s’enfonce dans
la violence et les meurtres quotidiens, mais son « Survival » évoque le
monde de cette fin des années 70. Celles de l’apartheid qui n’en finit pas
de ternir l’image d’une Afrique qui commence à panser les blessures de la
décolonisation. Après l’Angola et le Mozambique, Marley soutient sans
relâche le Zimbabwe et l’Afrique du Sud dont la libération tarde à voir le
jour. En Juillet 1979, les Wailers sont d’ailleurs les têtes d’affiche de
l’Amandla Concert à l’Harvard University de Boston (avec Pattie LaBelle,
Eddie Palmieri et Babatunde Olatunji). Les fonds sont destinés à soutenir
la lutte anti-apartheid. Sur scène, il lance « un jour prochain l’Afrique
entière sera libre ! » Quelques mois plus tard, en octobre 1979,
l’album Survival est le premier disque à montrer des drapeaux de pays
fraichement indépendants encore inconnus du public américain, avec en
bonus un poster explicatif.

« Africans are liberated, Zimbabwe »


« C’était Bob qui trouvait les titres des albums, mais je lui suggérais
toujours de prendre un mot choc comme « Survival », « Uprising »,
« Confrontation », raconte Neville Garrick l’illustrateur de ses pochettes le
plus connues.  « Survival était un album très politique. J’ai tout de suite
été attiré par les nouveaux drapeaux africains et leurs couleurs vert-
jaune-rouge. Je ne connaissais pas tous les pays, alors j’avais pris contact
avec les Nations Unies pour être sûr que je n’en oublierais aucun ! Bien
sûr,  je n’ai pas mis celui de l’Afrique du Sud encore sous l’apartheid. Et
puis j’ai aussi inclus des plans des cales des bateaux négriers où étaient
entassés les esclaves. Ce dessin était censé représenter la diaspora noire
en dehors de l’Afrique, sinon j’aurais eu à me poser la question de savoir
si je devais y inclure un drapeau de la Jamaïque ou des Etats-Unis ! Mon
problème : le Zimbabwe, c’était encore la Rhodésie avec un drapeau
colonial. J’ai finalement inclus les drapeaux des deux partis qui
combattaient pour l’indépendance, le ZANU et le ZAPU » ». Sur le disque
figure aussi la fameuse chanson « Zimbabwe ».

Le 17 avril 1980, Marley la chante à Salisbury (aujourd’hui Harare) pour


fêter l’indépendance de l’ex-Rhodésie, et investit des dizaines de milliers
de dollars pour organiser un concert dans ce pays qui n’a jamais vécu un
événement d’une telle ampleur. Le morceau, sorti quelques mois plus tôt
sur Survival, a été composé quelques années plus tôt lors de son premier
voyage en Ethiopie. Quand Marley arrive, il est devenu l’hymne des
“freedom fighters”.
Le nouveau drapeau du Zimbabwe se hisse devant le premier ministre
Robert Mugabe (qui n’a pas encore eu le temps de semer la terreur),
Indira Gandhi et le Prince Charles. «Puis on a pas bien compris ce que se
passait, raconte le guitariste Junior Marvin. Très vite on sent des gaz
lacrymogènes, et la police intervient brutalement, on est obligés de quitter
la scène. Tout était très tendu. En fait, c’était juste les gens qui voulaient
entrer dans le stade pour nous entendre jouer Zimbabwe !… ». Après un
retour au calme, les Wailers reviennent sur scène. Le stade de Salisbury
devient alors aussi symbolique du combat du peuple noir que le stade
zaïrois qui aura rendu célèbre le pays en accueillant le combat Foreman-
Ali en 1974. Bob Marley voit son rêve se réaliser mais il est affecté par la
tournure que prend le concert. Le groupe va rejouer devant 100.000
personnes le lendemain. « J’avais entendu parler de l’Afrique, lu des livres
mais c’est grâce à la musique de Bob que j’ai réellement expérimenté ce
Survival, ce combat, raconte le guitariste américain Al Anderson. Au
Zimbabwe, nous sommes devenus les figures de l’indépendance. Je me
souviens du nouveau drapeau hissé, c’était très émouvant. Je n’avais
jamais vu autant de gens fêter une victoire du combat contre Babylone. »

« Dready got a job to do/And he’s got to fulfill that mission / « Le
rastaman a un boulot à faire, et il doit remplir sa mission » prophétise
aussi Bob Marley dans « Ride Natty Ride », autre titre de Survival,  comme
pour souligner qu’il se sait désormais investit d’un rôle qui dépasse les
frontières du showbiz. «Mais on va survivre dans ce monde de
compétition » poursuit-il dans cette chanson qui comme tout l’album
entremêle ses expériences personnelles récentes (la tentative
d’assassinat), la cosmogonie Rastafari (« Babylone System ») et les grands
combats de cette fin des 70’s et notamment ceux d’une Afrique et de sa
diaspora qui luttent pour plus de liberté à travers le monde
(« Zimbabwe », « Africa Unite », « One Drop »).Bob Marley s’appuie
toujours sur des références bibliques, il évoque la pierre angulaire, sans
cesse délaissée par le bâtisseur, ainsi que le feu divin vengeur du
prophète Ézéchiel comme l’expression d’une vision apocalyptique par
laquelle le Tout Puissant reprend ses droits et punit par la destruction.
Marley parle de l’Afrique mais il veut aussi toucher le public noir
américain : alors la sortie de l’album est fêtée à Harlem, au fameux club
Apollo sur la 125e rue, un symbole de la culture noire américaine qui a
consacré la carrière de Billie Holiday, James Brown, de Michael Jackson ou
Lauryn Hill. Et même si le New York Times de l’époque juge que le
chanteur se ramollit, ce public qui le fait rêver lui fait enfin un triomphe. Et
Marley de lui chanter : « We’re the survivors, yes, the black survivors ».
Le 17 avril 1980, le Zimbabwe
accédait à l’indépendance, Bob
Marley était de la partie
By Vladimir Cagnolari on 19 avril 2017 / Commentaires fermés sur Le 17 avril
1980, le Zimbabwe accédait à l’indépendance, Bob Marley était de la partie

Dans la nuit du 17 au 18 avril 1980, la Rhodésie du


Sud, ancienne colonie britannique accédait enfin à
l’indépendance, après quatorze années d’une
sanglante guerre de libération.
Article publié une première fois le 19 avril 2017.

Ce soir là, dans le Rufaro Stadium de Salisbury (la capitale ne s’appelle


pas encore Harare), est proclamée solennellement l’indépendance du
Zimbabwe. Un nom qui rappelle les grandes heures de l’empire du
Monomotapa (XIè-XVè siècles) et ses colossales forteresses, baptisées
Great Zimbabwe.

Devant les 35.000 spectateurs en liesse, et bien plus à l’extérieur, l’Union


Jack descendit lentement de sa hampe pour laisser place au drapeau du
pays enfin libre, sonnant le glas des empires coloniaux européens en
Afrique. Le clou du spectacle fut à n’en pas douter le concert de Bob
Marley, qui quelques mois auparavant avait sorti sa fameuse chanson
« Zimbabwe », hommage aux combattants du pays, et plus largement aux
peuples en quête d’autodétermination. Il avait été joint peu de
temps auparavant, et avait tout de suite accepté l’invitation du
gouvernement.

La cité médiévale du Grand Zimbabwe

Marley avait certes déjà joué sur le continent, mais jamais son message
n’avait à ce point rejoint l’histoire de manière aussi percutante.
Jamais sans doute le retour d’un fils d’Afrique sur la terre mère n’avait eu
autant de sens, et de portée. Marley s’éteignit un an plus tard. Il n’aurait
sans doute pas aimé la manière dont le pays allait, avec les années,
s’enfoncer dans une terrible crise. Ni l’autoritarisme de Robert Mugabe,
l’indétrônable président du pays.
C’est aussi ce que disait Tiken Jah Fakoly, qui se produisait en 2005 à
Harare, et qui tint absolument à se rendre au Rufaro Stadium où le roi du
reggae avait autrefois fait résonner « Zimbabwe ».