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SYNTHÈSE

médecine/sciences 1999 ; 15 : 1211-8

Odeurs
« Puissent jusque au ciel vos soupirs innocents
Monter comme l’odeur d’un agréable encens »

Racine, Esther

Une odeur est définie comme l’impression particulière que


Pierre-Marie Lledo certains corps produisent sur l’organe de l’odorat par leurs
Jean-Didier Vincent émanations volatiles. Celles-ci consistent en molécules diffu-
sibles dans l’air qui ont la propriété d’interagir avec le sys-
tème nerveux pour y produire une forme : l’odeur. Le
terme de forme est à retenir dans le sens employé par les
psychologues (Gestalt), c’est-à-dire une structure dont les
éléments ne peuvent être séparés sans compromettre l’iden-
tité de l’ensemble. Ainsi, l’odeur incomparable du freesia
est produite par un mélange d’une vingtaine de molécules
odorantes banales (linalol, anthranylate de méthyle, β-
ionone, etc.) dont un dosage précis est responsable de la
forme. Qu’un seul de ces composants soit, même légère-
ment, en excès ou en défaut, et le parfum de freesia devient
méconnaissable. Le sens de l’odorat n’est donc pas, contrai-
rement à l’opinion courante, vague et rudimentaire, mais
précis ; sa complexité correspond à celle de la forme qu’il
reconnaît. Cette revue suit son devenir aux différents étages
de l’organe de l’odorat, non seulement dans l’appareil sen-
soriel proprement dit, mais dans l’ensemble des structures
nerveuses impliquées dans le traitement de l’information
olfactive, conduisant ainsi des molécules odorantes aux sou-
venirs exquis ou déplaisants qui embaument notre mémoire.

ap avancé du visage, le nez un régime de l’air à la surface senso-

ADRESSE
C est aussi un admirable ins-
trument de chimie. Les
fosses nasales formeraient
en effet une sorte de chro-
matographe (pour une théorie chro-
matographique de l’olfaction, voir
[1]), grâce auquel les molécules vola-
rielle de type laminaire, or il est
impossible d’affirmer si tel est bien le
cas ou s’il existe un brassage de l’air
par les tourbillons formés par les cor-
nets. Chez les mammifères, l’organe
récepteur de l’olfaction est la
muqueuse olfactive située dans la
P.M. Lledo, J.D. Vincent : Cnrs, Institut
Alfred-Fessard, avenue de la Terrasse, 91198 tiles seraient échangées entre phases région dorsale postérieure des fosses
Gif-sur-Yvette Cedex, France. gazeuse et liquide. Cela impliquerait nasales. Cette muqueuse occupe chez
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l’homme une surface de 2 à 3 cm2 Les molécules odorantes que les odeurs piquantes correspon-
sur les parois latérale et médiane du dissent à une forme pointue de molé-
toit de la cavité nasale. Si l’accès à Aucun caractère physico-chimique cule (appelée alors « atome ») et les
cette région des molécules odorantes ne permet d’attribuer avec certitude odeurs douces et agréables à des
contenues dans l’air inspiré est opti- une nature odorante à une molécule. formes arrondies.
mal lors du flairage, il peut se faire Cette dernière ne « sent » que parce En l’absence de champs olfactifs défi-
aussi par voie rétro-nasale, sous qu’un récepteur existe pour la sentir. nis spatialement et de paramètres
l’impulsion d’un mouvement de Le stimulus n’est pas un paramètre physiques quantifiables, la spécificité
déglutition suivi d’une expiration. physique variant de façon continue de reconnaissance des vingt mille (et
Rappelons que la molécule odorante comme la longueur d’onde pour la plus) molécules odorantes repose
traverse d’abord la couche de mucus, vision ou l’audition, mais une combi- donc sur l’existence d’un grand
d’une épaisseur de quelques dizaines naison stérique particulière de grou- nombre de récepteurs. On connaît
de micromètres, avant de rencontrer pements atomiques qualifiée d’odo- aujourd’hui la nature de ces der-
les récepteurs situés dans la tope par analogie avec un épitope, niers.
muqueuse olfactive. Ce mucus capte déterminant immunologique.
et concentre les molécules odorantes Nous laisserons de côté les aspects Les récepteurs
dans la partie de l’air inspiré qui psychosensoriels de la perception des molécules odorantes
passe au voisinage de la muqueuse et olfactive – seuil, intensité et valeur
les transporte, leur permettant ainsi affective – qui par leur complexité L’étude des récepteurs des odeurs
d’avoir accès à un grand nombre de rendent bien compte de la difficulté connaît actuellement un développe-
récepteurs. Enfin, il remplit aussi un du classement des odeurs. Celui-ci ment considérable depuis que plu-
rôle de protection des cellules et de relève davantage d’arbitraires séman- sieurs équipes ont annoncé la décou-
nettoyage de la surface de la tiques que de propriétés structurales. verte, dans l’épithélium olfactif du
muqueuse après interaction des On parle d’odeurs herbacées, fleu- rat, d’une superfamille de gènes
molécules odorantes avec leurs ries, balsamiques, putrides, mus- codant pour des récepteurs à sept
récepteurs. quées, épicées, etc., sans en référer domaines transmembranaires et asso-
Le mucus se présente comme un pour autant à une série chimique ciés à des protéines G (pour revues
milieu aqueux hétérogène visqueux, particulière (Tableau I). Tantôt, par voir [2-6])(m/s 1998, n° 11, p. 1262).
de composition mal connue. On y exemple, une même molécule sent Après cette découverte initiée par le
trouve, entre autres, des ions sodium différemment selon sa concentra- groupe de Richard Axel [7], une
et potassium, des protéines et des tion ; tantôt les deux isomères situation paradoxale s’est installée.
mucopolysaccharides. Des protéines optiques d’une même molécule On dispose en effet d’un millier de
de liaison des odeurs (ou OBP pour offrent chacun une odeur différente : récepteurs différents sans pratique-
odorant binding proteins) sécrétées par la D-carvone sent la menthe et la L- ment connaître aucun de leurs
des glandes nasales sont capables de carvone, le cumin. Ainsi, la posses- ligands respectifs. Un défaut de loca-
se lier à un certain nombre de molé- sion en commun d’une fonction chi- lisation des récepteurs exprimés in
cules odorantes et pourraient facili- mique particulière ne détermine pas vitro à la membrane plasmique rend
ter le transport des moins hydroso- une parenté qualitative. Les para- inopérante la recherche de molé-
lubles d’entre elles dans le mucus. mètres liés à la forme de la molécule cules odorantes spécifiques à l’excep-
Leur absence compromet l’olfaction semblent au contraire jouer un rôle tion, peu convaincante, du gène OR5
sans que l’on puisse avec précision important même si cette association exprimé dans des cellules de la
déterminer leurs principales fonc- ne correspond plus à l’hypothèse for- lignée Sf9 d’insecte infectée par
tions : transport, filtrage, inactivation mulée par les « Atomistes » antiques baculovirus qui répond préférentiel-
ou protection. qui, comme Épicure, proposaient lement au Lyral et au Lilial [8]. Plus
récemment, le même groupe a
mesuré directement la liaison de ces
molécules odorantes au récepteur
Tableau I OR5 exprimé dans Escherichia coli [9].
Notons que le système olfactif a
CLASSIFICATION DES SENSATIONS OLFACTIVES FONDAMENTALES adopté une stratégie différente de
PAR LES PARFUMEURS celle suivie par les autres systèmes
sensoriels. Pour analyser les informa-
I – Hespéridée IX – Fleurie (Jasminée)
II – Agreste X – Fleurie (Fleur d’oranger)
tions visuelles, auditives ou tactiles,
III – Anisée XI – Fleurie (Fleurs blanches) les systèmes sensoriels correspon-
IV – Verdure XII – Fleurie (Violettes) dants utilisent un nombre limité de
V – Aldéhydée XIII – Boisée récepteurs qui sont répartis sur la
VI – Épicée XIV – Balsamique surface sensible de façon à ce qu’une
VII – Aqueuse/Marine XV – Animale et musquée partie du codage de l’information
VIII – Fleurie (Rosée) XVI – Fruitée afférente repose sur la localisation
des récepteurs activés par le stimulus
Cette classification a évidemment un caractère arbitraire et pratique et n’a aucune prétention à (codage spatial). Le système olfactif
l’universalité. opère différemment car non seule-
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ment le stimulus olfactif n’a pas de
dimension spatiale, mais ses para- Vision Audition
mètres sont trop nombreux pour
être correctement transposés, ou
Membrane tectoriale
codés, dans les deux dimensions
d’une surface sensorielle (figure 1). Cellule ciliée Cellule ciliée
La grande diversité moléculaire des interne externe
récepteurs conduit à l’hypothèse
selon laquelle un odorant serait
reconnu par un type particulier ou
prédominant de récepteur.
Au premier abord, cette sélectivité
semble assez remarquable si l’on se
fonde sur l’observation des anosmies
génétiques qui touchent, en règle Membrane basilaire
générale, une classe étroite de molé-
cules odorantes [10]. Elle reste tou-
tefois difficile à préciser en l’absence Gustation Sensibilités somesthésiques
de système adapté à l’expression des
gènes en cause. Zhao et al. ont Corpuscule de Meissner Récepteur de Merkel
récemment proposé une solution
possible à ce problème [11]. Un adé-
novirus recombinant exprimant un
ARNm qui code à la fois pour le
récepteur olfactif OR-17 et la pro- Amère
téine fluorescente GFP (green fluores-
cent protein) a été introduit dans la Acide
cavité nasale de rats. Un pourcen-
tage non négligeable des neurones Salée

Sucrée
Figure 1. Éléments fondamentaux
des organes sensoriels. Pour analy- Corpuscule de Ruffini Corpuscule de Pacini
Olfaction
ser les informations visuelles (1),
auditives (2), gustatives (3) et tactiles
(4), un nombre très faible de récep-
teurs répartis sur la surface sensible
permet un premier niveau de
codage. Pour l’olfaction, cette orga-
nisation est bien différente puisque Glomérules (1 000)
chaque molécule odorante est recon-
nue par un seul récepteur olfactif (il
existe environ 1 000 récepteurs). 1.
Pour la vision, la rétine comprend
des photorécepteurs sensibles à trois Cellules mitrales
couleurs (les cônes ici représentés
par des couleurs différentes : rose,
rouge clair et rouge foncé) et
d’autres insensibles à la couleur
mais très sensibles à l’obscurité (les
bâtonnets en gris). 2. L’organe de
Corti situé dans la cochlée assure la
fonction d’audition. Cet organe comporte un ensemble de cellules ciliées qui sont des récepteurs mécaniques. Selon
leurs localisations, ces cellules ciliées seront plus ou moins sensibles aux différentes fréquences qui caractérisent le
déplacement des oscillations le long de la membrane basilaire. 3. Le goût dépend de bourgeons spécialisés dans la
détection de quatre saveurs fondamentales localisées au niveau de territoires bien distincts. 4. La sensibilité somes-
thésique comprend les sens tactiles et positionnels (mécanorécepteurs), les sens thermoréceptifs (thermorécepteurs)
et le sens nociceptif (nocicepteurs). Seuls les mécanorécepteurs sont représentés ici. Leur répartition sur la surface
corporelle permet une première analyse du stimulus. 5. L’odorat fait intervenir de nombreux récepteurs exprimés par
des neurones sensoriels situés dans l’épithélium olfactif. Les projections de ces neurorécepteurs dans le bulbe olfac-
tif sont à la fois divergentes car des neurones sensoriels voisins se projettent sur différents territoires du bulbe olfac-
tif, et convergentes car un glomérule reçoit les terminaisons des neurorécepteurs provenant de toute l’étendue d’une
zone épithéliale. C’est donc une organisation qualifiée de régiono-régionale qui caractérise le système olfactif plutôt
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sensoriels a été infecté et exprimait le rones sensoriels (106 chez le rat) et dépolarisant local [23] qui permet la
récepteur et sa protéine fluorescente. celui de récepteurs disponibles (103), transformation du signal chimique
L’analyse de la réponse électrophy- on peut s’interroger sur ce qui déter- en signal électrique. La mutation
siologique à l’application d’une mine le choix du gène exprimé dans nulle du gène codant pour Golf chez
soixantaine de molécules odorantes un neurone donné. Notons que la souris qui entraîne la disparition
appartenant à différentes séries chi- l’étude du développement du système du signal olfactif [24] témoigne en
miques a montré que seuls l’octanal, olfactif montre que la connexion des faveur d’une voie unique (ou limi-
aldéhyde aliphatique à huit carbones neurones olfactifs avec le bulbe tante) de signalisation reliant le
et, à un degré moindre, les aldéhydes s’effectue avant l’expression des récepteur au canal cationique par
à chaîne carbonée de taille voisine, récepteurs [18]. Dans ce cas, ce serait l’intermédiaire de l’AMPc. De nom-
C7, C9 et C10 induisaient une plus donc le contact synaptique qui déter- breuses questions restent toutefois
grande réponse dans l’épithélium minerait la nature du récepteur sans réponse. Quel rôle la voie IP3
infecté exprimant le transgène OR- exprimé dans chaque neurone. joue-t-elle dans la transduction du
17. Par comparaison, les aldéhydes Des fragments génomiques portant message sensoriel ? La protéine OMP
en C6 ou C11 ou les molécules appar- plusieurs gènes de récepteurs olfac- (olfactory marker protein) dont la délé-
tenant à des séries très proches tifs apparentés ont été isolés. Cette tion du gène perturbe l’activité des
comme l’octanol ou l’acide octa- observation évoque la possibilité neurones sensoriels [25] intervient-
noïque étaient incapables d’induire d’un mécanisme stochastique de elle dans la modulation de la cascade
une réponse spécifique. Ainsi, on régulation en cis et soulève l’hypo- transductionnelle ? Quelles sont les
peut par extension de sens et analo- thèse d’un regroupement important propriétés adaptatives des récepteurs
gie avec d’autres systèmes sensoriels des gènes homologues dans le olfactifs (affinité, internalisation,
appeler «champs récepteurs», l’ensemble génome. Par ailleurs, l’inactivation désensibilisation, compartimentalisa-
des molécules apparentées recon- allélique, qui conduit à l’expression tion...) ? Les physiologistes ne man-
nues par un même récepteur. d’un seul allèle pour chacun de ces quent pas de travail en perspective.
L’hypothèse d’un type unique de gènes [19], suggère un parallèle avec Avec, à notre disposition, un million
récepteur présent par neurone senso- les gènes des immunoglobulines et de neurones sensoriels dispersés dans
riel implique que les champs récep- des récepteurs des cellules T égale- la muqueuse olfactive et équipés indi-
teurs soient identiques ou très sem- ment exprimés de façon monoallé- viduellement d’un seul des mille
blables pour les récepteurs lique. Alors que la diversité des types de récepteurs odorants, nous
protéiques et la cellule qui les récepteurs olfactifs est codée dans la ne sommes guère avancés pour com-
exprime [6, 12]. Un faisceau de lignée germinale, un réarrangement prendre le traitement subi par
preuves reposant sur la caractérisa- pourrait ensuite intervenir pour per- l’information olfactive avant de deve-
tion de gènes des récepteurs olfactifs mettre à un gène d’être choisi parmi nir une odeur perçue par le sujet.
et sur l’identification de leur produit les autres dans une région donnée C’est sans doute au niveau de la
d’expression confirme que chaque du génome [20]. structure de l’organe olfactif qu’il
neurone sensoriel n’exprime qu’un convient de chercher les clés de la
seul de ces gènes ([13, 14], pour Transduction mise en forme spatio-temporelle des
revue voir [15]). Ces récepteurs du message olfactif données chimiques contenues dans
appartiennent à la superfamille des les molécules odorantes.
récepteurs couplés aux protéines G La diversité des récepteurs et la
comprenant également les opsines et remarquable sélectivité de chacun Genèse et organisation
les récepteurs des amines biogènes. d’entre eux pour un nombre res- du message olfactif
Ils sont parmi les plus petits de cette treint de molécules odorantes sont à périphérique
classe (entre 310 et 333 résidus) avec mettre en parallèle avec le caractère
des boucles intra- et extracellulaires univoque de leur système de trans- Le message nerveux qui prend nais-
et des segments terminaux très duction. On a d’abord pensé que dif- sance dans l’organe sensoriel olfactif
courts. Étant donné le rôle relative- férentes molécules odorantes acti- pour être acheminé vers le cerveau,
ment modeste joué par le sens olfac- vaient deux voies de transduction met en jeu une seule catégorie de
tif chez l’homme, la pression évolu- distinctes (pour revue voir [21]), la cellules qui cumulent les fonctions
tive pour maintenir une gamme production de l’inositol l,4,5 triphos- de réception du stimulus, de trans-
complète de récepteurs fonctionnels phate (IP3) intracellulaire et l’aug- duction et de transmission du mes-
est vraisemblablement basse, une par- mentation des taux d’AMPc. Ce der- sage sensoriel périphérique. Ce sont
tie du répertoire génique pourrait nier signal serait en fait le seul qui des neurones dont le corps cellulaire
dès lors avoir été mutée en pseudo- joue un rôle nécessaire et suffisant est contenu dans l’épithélium olfac-
gènes non fonctionnels [16]. pour la transmission intracellulaire tif. Ils émettent en direction de la
La molécule odorante s’introduit des odeurs. Le récepteur olfactif lumière de la cavité nasale une
dans la poche limitée par les sept active une protéine G hétérotrimé- unique dendrite qui porte une touffe
hélices transmembranaires parmi les- rique, Golf homologue de Gαs, qui sti- de cils dont la membrane contient
quelles les hélices III, IV et V, moins mule une adénylate cyclase de type les récepteurs des molécules odo-
conservées, assurent la spécificité de III [22]. L’élévation du taux d’AMPc rantes. Ces neurones possèdent des
l’amarrage du ligand à son récepteur stimule l’ouverture d’un canal catio- dispositions anatomiques très parti-
[17]. Étant donné le nombre de neu- nique responsable d’un courant culières. Leur unique dendrite,
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encastrée dans les cellules de soutien, le remplacement des neurones dégé- – Dans l’épithélium, la question reste
se termine par un renflement d’un nérés. Ce renouvellement continu ouverte de savoir s’il existe une dispo-
diamètre d’environ 1,5 µm. Celui-ci pose le problème de la manière dont sition spatiale particulière des diffé-
porte des cils d’une longueur de 150 l’information sensorielle est mainte- rents types de récepteurs qui dessine-
à 200 µm qui baignent dans la nue ainsi que sa mémorisation [26]. raient une « carte odotopique » selon
couche inférieure de mucus et aug- Pour essayer de comprendre le fonc- l’expression de Shepherd (pour
mentent la surface utile de la cellule. tionnement complexe et encore assez revue voir [27]). Cela ne semble pas
C’est au niveau de leur membrane mystérieux du système olfactif, il est être tout à fait le cas, car les récep-
plasmique que se trouvent les récep- utile de distinguer deux niveaux teurs pour une même molécule odo-
teurs moléculaires. La concentration d’organisation. Le premier se situe à rante sont dispersés de manière aléa-
locale du complexe électrosensoriel, la périphérie du système olfactif dans toire sur la surface de la muqueuse
récepteurs-canaux cationiques, per- l’épithélium et comprend l’arrivée de [28] (figure 2). Certaines données ten-
met d’importantes variations de cou- la molécule odorante au voisinage du dent cependant à montrer qu’il existe
rant pour une faible concentration mucus jusqu’à l’émission du signal un regroupement des récepteurs
moléculaire du ligand. Mais ce qui correspondant par le neurone récep- selon leur nature dans de larges
fait l’originalité majeure de ces neu- teur. Le second se déroule au niveau zones de la cavité nasale [14, 29, 30].
rones est leur durée de vie limitée à du bulbe olfactif et dans les centres
quelques semaines et l’existence supérieurs et comprend le traitement – Les projections épithélio-bulbaires sem-
d’une neurogenèse permanente à du signal qui conduit à la perception blent en revanche se faire selon une
partir de cellules souches qui permet et à la reconnaissance des odeurs. organisation précise (voir figure 2).
Le bulbe olfactif, qui contient les
neurones de deuxième ordre (deuto-
neurones), est une structure corticale
Odeur 1 Odeur 2 Odeur 3 organisée en couches concentriques,
remarquablement conservée d’une
espèce à l’autre. Lieu du premier
(20-100 000) Ligand 1 Ligand 2 Ligand 3 relais de l’information olfactive, il se
présente chez les mammifères
comme une structure ovoïde placée
au-dessus de la lame criblée de l’eth-
moïde. La couche la plus externe est
formée par les axones des cellules
réceptrices. Ceux-ci se terminent
NSO
dans des sphérules d’un diamètre de
100 µm, les glomérules, qui forment
la deuxième couche du bulbe olfac-
tif. Les axones des neurones récep-
(1 000) GL teurs ne sont pas myélinisés indivi-
duellement (fibres de type C) et
PG s’associent en faisceaux, comprenant
A B C D E F
environ 100 terminaisons, envelop-
M pés par des cellules gliales nommées
cellules « engainantes ». Ces der-
nières, dont l’origine embryonnaire
GR
est la placode olfactive, présentent
des caractéristiques moléculaires et
TOL ultrastructurales qui les distinguent à
la fois de la glie du système nerveux
central et des cellules de Schwann du
Odeur 1 : A-B-C-E-F Odeur 2 : B-C-E Odeur 3 : B-C-D-E-F système périphérique. Cette macro-
glie particulière, qui continue de gui-
Figure 2. Organisation topographique des projections des cellules récep-
der les axones en croissance chez
trices olfactives. Les neurones sensoriels olfactifs (NSO) qui expriment le l’adulte, permettent la réinnervation
même récepteur olfactif (ici représenté par différentes couleurs), bien que du bulbe olfactif par les axones des
dispersés le long de l’épithélium olfactif, envoient leurs axones vers le même neurones néoformés.
site appelé glomérule (GL). Une odeur composée d’un seul ou de plusieurs Les glomérules olfactifs situés dans la
ligands est ainsi identifiée selon une combinatoire d’activation des cartes deuxième couche, plus interne, sont
glomérulaires indiquée au bas de la figure. Les cellules périglomérulaires constitués par le regroupement et les
(PG) et granulaires (GR) exercent un contrôle spatio-temporel sur ces mêmes synapses des prolongements de trois
cartes (TOL, tractus olfactif latéral) en formant des synapses réciproques types de neurones : les axones de cel-
dendro-dendritiques sur les cellules principales du bulbe olfactif, les cellules lules sensorielles qui se ramifient
mitrales (M). avant de former des synapses excita-
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trices avec les deux autres types cellu- de marquage rétrograde des neu- synaptiques avec ces neurones princi-
laires, les dendrites primaires des rones sensoriels ont révélé une pro- paux. Le concept de glomérule
neurones de deuxième ordre (cel- jection des afférences primaires dans comme unité fonctionnelle a été pro-
lules mitrales et cellules à panache), la couche glomérulaire, qualifiée de posé pour rendre compte des obser-
et, enfin, les dendrites des cellules régiono-régionale pour rendre compte vations réalisées en utilisant le 2-
périglomérulaires (interneurones à la fois de la dispersion des récep- désoxyglucose radioactif comme
locaux dont les corps cellulaires, en teurs signalée plus haut et de la marqueur de l’activité métabolique
bordure du glomérule, en soulignent convergence de ces projections du tissu nerveux [40]. Il a pu être
la forme sphérique). La convergence (figure 1). La description du bulbe ainsi démontré que les caractéris-
des informations olfactives, au niveau olfactif en couches concentriques tiques des motifs d’activation glomé-
des glomérules, est importante (envi- doit en effet être complétée par une rulaire (position, forme, dimension)
ron 25 000 neurones sensoriels pour vision qui prend en compte la struc- sont dépendants de la nature du sti-
1 glomérule – pour revues voir [27, turation de la couche glomérulaire mulus, sensiblement symétriques
31]). La troisième couche est la en quelques milliers de formations dans les bulbes olfactifs droit et
couche plexiforme externe, dans anatomiquement bien définies, les gauche, et reproductibles d’un ani-
laquelle s’étendent les dendrites glomérules. L’approche moléculaire mal à l’autre pour une même odeur
secondaires des cellules mitrales et a révélé récemment [36] que les neu- [41]. L’hypothèse de l’unité fonc-
celles d’une catégorie d’interneu- rones sensoriels exprimant un même tionnelle du glomérule et de la pro-
rones, les cellules granulaires, dont récepteur odorant projetaient sur tocolonne dont il constitue l’entrée,
les somas sont situés plus en profon- seulement deux glomérules parmi les a été renforcée par des études utili-
deur. La quatrième couche est prin- 4 000 que contient un bulbe olfactif sant des sondes fluorescentes sen-
cipalement formée par les corps cel- de rat [37]. La position anatomique sibles au potentiel membranaire
lulaires des cellules mitrales (figure 2). de ces glomérules est la même chez [42]. Enfin, l’anatomie des projec-
A cette organisation synaptique, à la tous les individus et la substitution de tions paléocorticales du bulbe olfactif
fois ordonnée et complexe, répond la partie codante du gène d’un souligne la validité de l’hypothèse
un jeu encore imparfaitement déchif- récepteur par celle d’un autre récep- des protocolonnes. Les axones de
fré de différents neurotransmetteurs. teur entraîne une modification de la cellules mitrales voisines restent en
A l’intérieur des glomérules, les den- projection des neurones sensoriels effet groupés lors de leur parcours
drites des cellules périglomérulaires, [38]. L’expression du récepteur dans en direction de leurs sites multiples
excitées directement par les affé- un neurone sensoriel jouerait donc de projection dans le cortex piri-
rences des neurones sensoriels et un rôle-clé dans la détermination de forme. Ainsi se trouve conservée, à la
indirectement par les cellules ses projections. Il est toutefois préma- sortie de la protocolonne bulbaire,
mitrales, exercent une inhibition turé de conclure que la présence du l’unité anatomique qui caractérise
dendro-dendritique en retour sur ces récepteur dans l’axone sert à guider son entrée.
mêmes cellules mitrales [32, 33]. Le celui-ci vers sa destination finale.
principal neurotransmetteur respon- Sachant que la spécificité d’un glo- Activité électrique
sable de cette inhibition est le GABA mérule qui occupe une position dans le bulbe olfactif
mais de nombreux peptides semblent déterminée dans le bulbe est
également jouer un rôle non négli- constante d’un individu à l’autre, La convergence de nombreuses affé-
geable (somatostatine et CCK par symétrique dans les deux bulbes, et rences simultanément actives sur un
exemple). Les cellules périgloméru- qu’elle ne varie pas malgré un renou- nombre beaucoup plus restreint de
laires envoient leurs axones en direc- vellement constant des neurones qui cellules mitrales facilite la détection
tion des glomérules voisins où ils s’y projettent, des mécanismes puis- des signaux de faible intensité
exercent une inhibition de voisinage sants de navigation axonale doivent (figure 2). L’inhibition des cellules
sur les neurones de deuxième ordre être à l’œuvre aussi bien pendant le mitrales par les cellules périgloméru-
(voir figure 2). En fait, la disposition développement qu’à l’état mature. laires limite ainsi la transmission des
particulière des contacts synaptiques Fait remarquable, un travail récent signaux plus intenses. Simultané-
entre deutoneurones et interneu- montre que des neurones pionniers ment, les cellules périglomérulaires
rones ainsi que leur distribution très se mettent en place dans la voie exercent sur les neurones de projec-
étendue dans les couches bulbaires olfactive chez le poisson-zèbre avant tion des glomérules voisins une inhi-
favorisent les processus d’inhibition même l’expression des récepteurs et bition latérale qui renforce le
latérale. Ceux-ci semblent jouer un pourraient servir de guide au déve- contraste entre les glomérules les
rôle important dans les processus de loppement ultérieur du nerf olfactif plus actifs et ceux qui le sont moins.
discrimination des odeurs [34, 35]. [39]. La dépolarisation des dendrites des
L’activité de ces interneurones est Il est possible de voir dans chaque cellules mitrales (qui sont isolées
modulée par de nombreuses projec- glomérule l’existence d’un micromo- dans une gaine de myéline) conduit
tions centrifuges provenant de dule, sorte de colonne primitive ou à l’activation du corps cellulaire et
grands systèmes centraux, noradré- protocolonne, constitué par l’ensemble des dendrites secondaires. Cette acti-
nergique, sérotoninergique et choli- des neurones, cellules mitrales et cel- vité met en jeu le second système
nergique. lules à panache, qui innervent ce glo- d’interneurones, les cellules granu-
Dans l’organisation des projections mérule, ainsi que par les interneu- laires. Elles exercent une inhibition
épithélio-bulbaires, les expériences rones qui réalisent des contacts de longue durée sur les neurones de
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projection. Cette inhibition peut-être ties mais résulte de l’interaction de spécifiquement, l’ensemble des gènes
surmontée par un haut niveau d’acti- ses parties. On peut dire de même du complexe majeur d’histocompati-
vité afférente pendant l’inhalation. que les attracteurs sont les seuls états bilité qui est aussi à l’origine de la dis-
L’inhibition qui perdure lors de la d’activité, y compris l’état initial tinction effectuée par le système
phase d’expiration contribue à ralen- directement imposé par le stimulus, immunitaire entre ses propres tissus
tir, voire à interrompre totalement, qui apparaissent comme la succession et ceux provenant d’organismes
l’activité des récepteurs. Lors de la d’étapes intermédiaires dans la dyna- étrangers. Les protéines chargées de
stimulation, l’activité de nombreuses mique du réseau. Ainsi, les interac- reconnaître les odeurs exerceraient à
cellules mitrales apparaît donc syn- tions des neurones, c’est-à-dire les la frontière de l’individu une fonc-
chronisée sur le rythme respiratoire. poids synaptiques qui quantifient la tion comparable de reconnaissance
L’activité olfacto-bulbaire est aussi le capacité des synapses à transmettre le de l’autre, partenaire ou adversaire,
siège d’un rythme assez rapide (40- signal, sont modifiées en fonction de et plus généralement, de tout ce qui,
80 Hz), qui se manifeste par des l’activité du réseau, au cours de la dans l’espace extracorporel du sujet,
bouffées d’ondes EEG de grande phase d’apprentissage. Cet apprentis- doit être retenu ou évité. L’homme
amplitude lors d’une stimulation sage conduit à la formation d’attrac- comme ses congénères animaux est
olfactive. Ces ondes induites sont teurs qui représentent les « objets » à mené par le bout du nez ■
engendrées par les interactions entre mémoriser. Qu’un état de mémoire
les cellules mitrales et granulaires. soit un attracteur du système explique
Les travaux expérimentaux et théo- pourquoi une activité spécifique per-
riques de Freeman sur le fonctionne- siste en réaction à un stimulus, bien Note ajoutée aux épreuves
ment du bulbe olfactif et, au-delà, sur après que celui-ci ait disparu. L’équipe de Randall Reed vient de décrire
pour la première fois et de façon convaincante
la perception olfactive, reposent lar- l’activation par des « odeurs » de récepteurs
gement sur la conception selon Rôle de la forme olfactifs exprimés par transfection dans des
laquelle la répartition spatiale de dans la perception du soi cellules hétérologues (Krautwurst et al. Cell
l’amplitude de ces ondes après un et du non-soi 1999 ; 95 : 917-26).
apprentissage olfactif associatif est la
représentation neuronale la plus per- L’importance des phéromones*
tinente de l’odeur (pour revue voir humaines au niveau des interactions Remerciements
[43]). L’information sensorielle por- sociales vient de nous être récem-
tée par le message nerveux olfacto- ment rappelée [45, 46]. Ces messa- Nous remercions très vivement Philippe Ver-
nier, Gilles Gheusi et Heather McLean pour
bulbaire est, comme celle véhiculée gers chimiques pourraient intervenir leurs commentaires critiques sur ce manuscrit.
par le message des neurones senso- notamment dans le choix des parte-
riels, une information distribuée. naires sexuels. Mais, pour que cette
théorie ait un sens, ces molécules
La forme et la fonction doivent, comme les gènes, varier
RÉFÉRENCES
d’un individu à l’autre. Les individus
Le réseau des neurones bulbaires ne pourraient, sans cela, établir de 1. Mozell MM. Evidence of a chromatogra-
constitue une assemblée de neurones différence et opérer un choix. Quel phic model of olfaction. J Gen Physiol 1970 ;
suffisamment interconnectés pour lien existe-t-il entre ce choix et les 56 : 46-63.
que l’activité de chaque neurone phéromones ? Potts et al. ont démon- 2. Holley A. Les récepteurs des odeurs et
dépende des activités des autres neu- tré que les souris choisissent des par- autres attraits du modèle olfactif. Med Sci
rones. Hopfield propose une analogie tenaires génétiquement différents 1994 ; 10 : 1077-8.
féconde entre un groupe de neurones [47]. Ces même auteurs ont égale- 3. Holley A, Sicard G. Les récepteurs olfac-
formels fortement interconnectés et ment remarqué que les souris préfè- tifs et le codage neuronal de l’odeur. Med
un ensemble de moments magné- rent partager leur nid avec leurs Sci 1994 ; 10 : 1091-8.
tiques (ou spin) en interaction [44]. apparentés, qui par définition sont 4. Hildebrand JG, Shepherd G. Mechanisms
Cette ressemblance permet non seule- génétiquement plus proches. Elles of olfactory discrimination : converging evi-
ment d’utiliser tout un savoir acquis perçoivent ces degrés de parenté, dence for common principles across phyla.
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en physique statistique comme la grâce à l’odeur de leur urine qui
conversion d’un système dynamique contient des marqueurs qui les ren- 5. Parmentier M, Vanderhaeghen P, Schur-
en attracteur mais aussi d’interpréter seignent à ce propos. mans S, Libert F, Vassart G. Génétique
moléculaire des récepteurs olfactifs. Med Sci
le rappel associatif tel qu’il se produit Le lien entre la diversité des odeurs et 1994 ; 10 : 1083-90.
dans la mémoire humaine. L’appren- la diversité génétique est donc établi
tissage consisterait donc à essayer de à la fois sur le plan moléculaire et 6. Buck LB. Information coding in the ver-
tebrate olfactory system. Annu Rev Neurosci
choisir les efficacités synaptiques en comportemental. Il concerne, plus 1996 ; 19 : 517-44.
fonction d’un ensemble « d’images »
que le réseau doit reconnaître. On * On appelle phéromone un signal chimique libéré 7. Buck L, Axel R. A novel multigene family
may encode odorant receptors : a molecular
retrouve dans ce modèle des élé- par l’animal qui procure aux autres individus de basis for odor recognition. Cell 1991 ; 65 :
ments déjà décrits par la psychologie l’espèce des informations sur son genre, son statut 175-87.
social ou reproducteur. Ce signal agit à distance de
de la forme : percevoir, c’est perce- son lieu d’origine et à très faible concentration, pour 8. Raming K, Krieger J, Strotmann J, et al.
voir un tout (une forme) qui n’est déclencher des comportements sexuels et sociaux sté- Cloning and expression of odorant recep-
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