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E X P R E S S I O N S

E X P R E S S I O N S
CANADIAN ABORIGINAL ARTISTS • ARTISTE S AUTOCHTONE S CANADIENS

Canada Council for the Arts / Conseil des Arts du Canada


www.canadacouncil.ca / www.conseildesarts.ca
E X P R E S S I O N S
CANADIAN ABORIGINAL ARTISTS • ARTISTE S AUTOCHTONE S CANADIENS
i n t ro d u c t i o n

The Canada Council for the Arts is pleased to present All of the artists in the publication have been awarded
Expressions: Canadian Aboriginal Artists. This publica­ Canada Council grants at some point in their careers. In
tion aims to honour the work of First Nations, Métis and the interviews conducted for this publication, they ex­
Inuit artists in each region of the country, and to give pressed their appreciation of this support and the en­
readers an overview of the impressive breadth and couragement that came from having their work validat­
range of this country’s Aboriginal art. A growing and ed by a jury of their peers. From the Canada Council’s
vibrant community of Aboriginal artists is sharing its perspective, it is an honour to have had the opportunity
work with audiences at home and abroad. The success to foster the unique and vital expressions of Canada’s
of these artists speaks to their creativity, innovation and Aboriginal artists.
strength as Aboriginal peoples.

The 27 artists featured in the publication were selected


to represent all art disciplines and emerging and estab­
lished artists of all ages. Their stories highlight the diver­
sity of Aboriginal art and the ways in which it is shaped
by tradition, land and community. Many of the artists for­
mulated their passion and commitment to art as young
people and are dedicated to passing on their practice
to others. As successful authors, musicians, filmmak­
ers, dancers, actors and visual artists, they are also role
models and mentors who strive to protect, nourish and
interpret Aboriginal cultures through a broad spectrum
of contemporary and traditional art practices.

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INTRODUCTION

Le Conseil des Arts du Canada est fier de présenter visuels réputés servent aussi de modèles et de mentors,
Expressions : artistes autochtones canadiens. Cette car ils s’efforcent de protéger, d’alimenter et d’interpréter
publication a pour but de rendre hommage aux artistes les cultures autochtones par une grande variété de pra­
des Premières Nations, aux artistes métis et aux artistes tiques artistiques contemporaines et traditionnelles.
inuits de partout au pays et de donner au grand public
un aperçu de l’envergure et de la diversité impression­ Tous les artistes qui figurent dans cette publication ont
nante de l’art autochtone. Au pays comme à l’étranger, reçu une aide du Conseil des Arts au cours de leur car­
une vibrante communauté d’artistes autochtones en rière. En entrevue, ils ont exprimé leur reconnaissance
plein essor partage ses créations avec un vaste public. pour ce soutien ainsi que pour l’encouragement qu’a
Le succès de ces artistes témoigne de leur créativité, de représenté l’appréciation de leur travail par un jury com­
leur inventivité et de leur force en tant qu’Autochtones. posé de leurs pairs. Pour sa part, le Conseil est très ho­­­
noré d’avoir eu l’occasion de soutenir l’expression unique
Les 27 artistes de cette publication ont été sélection­ et essentielle des artistes autochtones du Canada.
nés afin de donner un portrait représentatif de toutes
les disciplines artistiques et des différentes générations
d’artistes émergents ou établis. Leurs histoires font res­
sortir la diversité de l’art autochtone et les multiples
façons dont tradition, nature et collectivité donnent
forme à cet art. Plusieurs de ces artistes ont témoigné,
dès l’enfance, leur passion et leur engagement envers
les arts et ils sont aujourd’hui déterminés à transmettre
leurs pratiques artistiques à d’autres. Ces musiciens,
auteurs, cinéastes, danseurs, acteurs et artistes des arts

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singer/songwriter
chanteuse/auteur-compositeur

T a b l e o f CONTENT S
ta b l e d e s m at i è r e s

DANCE / Danse VISUAL ARTS / arts visuels

Gaétan Gingras 6 MUSIC / MUSIQUE Ursula Johnson 74


Margaret Grenier 10 Steven Loft 78
Santee Smith 14 John Arcand 42 Mary Longman 82
Tracee Smith 18 Leela Gilday 46 Edward Poitras 86
Art Napoleon 50 Jane Ash Poitras 90
Nathalie Picard 54
MEDIA ARTS /
ARTS Médiatiques WRITING / littérature
THEATRE / Théâtre
Dennis Allen 22 Joanne Arnott 94
Kevin Burton 26 Marie Clements 58 Marilyn Dumont 98
Zoe Hopkins 30 Monique Mojica 62 Taqralik Partridge 102
Zak Kunuk 34 Yvette Nolan 66 Ian Ross 106
Nadia Myre 38 Joe Osawabine 70 Greg Scofield 110

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singer/songwriter
dance / danse
chanteuse/auteur-compositeur

GaÉTAN
GINGRAS
Canada can thank the popularity of a tennis course at a La grande popularité d’un cours de tennis donné au
college in Drummondville, Quebec for Gaétan Gingras’s Cégep de Drummondville (Québec) est en quelque sorte
remarkable career in dance and choreography. ce qui a permis à Gaétan Gingras de se diriger vers une
When told that the tennis class he wanted to take was extraordinaire carrière de danseur et de chorégraphe.
full, Gaétan reluctantly signed up for his second choice. En apprenant que le cours affichait complet, Gaétan
“It was a dance class,” he recalls. “And I didn’t know any­ s’était tourné à contrecœur vers son second choix.
thing about dance.” « C’était un cours de danse, se rappelle-t-il. Et je ne con­
The college class led to studies in dance at Concordia naissais rien à la danse. »
University in Montreal, ballet school in Montreal, then Le cours suivi au collège allait l’amener à étudier la
modern dance with the Toronto Dance Theatre. danse à l’Université Concordia, puis le ballet dans une
Gaétan’s initial training was in classical ballet. His école de Montréal et la danse moderne au Toronto
mother had told him nothing about his Iroquois-Mohawk Dance Theatre.
heritage because of the negative connotations of be­ Gaétan a tout d’abord reçu une formation en bal­
ing “an Indian.” But Gaétan soon discovered that dance let classique. En raison des perceptions négatives
was an integral part of Aboriginal culture, ritual and qui s’attachaient au fait d’être « Indien », sa mère ne

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ceremony. “Dance became a way mance to choreography, and he the same energy that the trees will spoken history. His most recent work,
for me to connect with my roots began to create contemporary give you.” His dance company is Memoire de sang (Blood Memory),
and with my culture,” he says. Aboriginal productions. In 1998, he called Manitowapan Productions, honours his Aboriginal ancestors.
Though he won acclaim for his was recognized by the Clifford E. a Cree word that means “There, “The blood which runs through my
work with several well-known Lee Foundation for his outstand­ where the spirits are present.” His veins is the only souvenir that has
choreographers such as Robert ing creations and contributions to creation, also called Manitowapan, been left to me by my grandparents
Desrosiers, Ginette Laurin and Aboriginal culture, and named the interweaves storytelling, dance and great-grandparents,” Gaétan
Gilles Maheu, Gaétan’s first foray choreographer in residency at the and ritual; it reminds us of the need says. “This dance is my way of recon­
into contemporary Aboriginal Banff Center for the Arts. to restore balance and unity to our necting with them and of thanking
dance came when he toured nation­ Much of Gaétan’s work explores lives by reflecting on the spiritual them for what I am today.”
ally as a soloist in John Kim Bell’s how the spirit emerges and ex­ dimension of worldly affairs. For Gaétan, dancing is first and
ground-breaking 1992 production, presses itself in a contemporary set­ Gaétan also addresses questions foremost a way of expressing him­
In the Land of the Spirits. ting. “We’ve lost that [spiritual] con­ of identity in his work. My Father self. “You have to know your path
In his early thirties, Gaétan’s love nection today,” he says. “We don’t Told Me uses masks, ritual dance and and where you come from to pull for­
for dance broadened from perfor­ feel it anymore. In the cities, it’s not storytelling in its exploration of un­ ward and make peace with yourself.”

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lui avait rien révélé de son ascen­ a commencé à créer des spectacles tions où la danse est accompagnée Pour Gaétan, la danse est tout
dance iroquoise-mohawk. Toute­ de danse contemporaine autoch­ de narrations et de rituels. Ce spec­ d’abord et surtout un moyen de
fois, Gaétan découvrit bientôt que tone. En 1998, ses créations remar­ tacle rappelle qu’il est important s’exprimer : « Pour avancer et être
la danse se trouve au cœur de la quables et sa contribution à la cul­ de rétablir l’équilibre et l’unité dans en paix avec soi-même, on doit con­
culture autochtone, de ses rituels ture autochtone ont été saluées par nos vies en réfléchissant à la di­ naître sa voie et l’endroit d’où l’on
et de ses cérémonies. « La danse la Fondation Clifford-E.-Lee, qui l’a mension spirituelle des choses de vient. »
est devenue un moyen de prendre nommé chorégraphe en résidence ce monde.
contact avec mes racines et ma au Banff Centre for the Arts. Le travail de Gaétan traite égale­
culture », fait-il observer. La plupart des œuvres de Gaétan ment de questions relatives à
Après avoir reçu d’excellentes portent sur la façon dont l’esprit l’identité. Dans Mon père m’a ra-
critiques pour son travail avec des émerge et s’exprime dans un envi­ conté, des masques, des danses
chorégraphes bien connus tels que ronnement contemporain. L’artiste rituelles et des narrations per­
Robert Desrosiers, Ginette Laurin considère que « nous avons perdu, mettent l’exploration d’une histoire
ou Gilles Maheu, Gaétan fit une pre­ de nos jours, cette connexion [spi­ non dite. Son œuvre la plus récente,
mière incursion dans le domaine rituelle]. Nous ne la ressentons Mémoire de sang, est un hommage
de la danse contemporaine autoch­ plus. L’énergie des villes n’est pas à ses ancêtres autochtones. « Le
tone en 1992 : il se produisit comme celle que peuvent vous donner sang qui coule dans mes veines est
soliste dans la tournée nationale du les arbres. » Le nom de sa com­ le seul souvenir que m’ont légué
spectacle novateur de John Camp­ pagnie de danse, Manitowapan mes grands-parents et mes arrière-
bell, In the Land of the Spirits. Productions, provient d’un mot cri grands-parents, note l’artiste. Cette
Sa passion de la danse s’étant signifiant « là où les esprits sont danse est une façon de prendre
étendue à la chorégraphie lorsqu’il présents ». Manitowapan est égale­ contact avec eux et de les remercier
était dans la jeune trentaine, Gaétan ment le titre de l’une de ses créa­ pour ce que je suis aujourd’hui. »

This page/Sur cette page:


Mémoire de sang [Blood Memory], 2008.
Photo: Nicholas Minns

Previous page/Page précédente:


Sophie Lavigne and/et Robert Seven
Crows Bourdon, Manitowapan.
Photo: Rolline Laporte

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singer/songwriter
dance / danse
chanteuse/auteur-compositeur

MARGARET
GRENIER
When authorities banned the potlatch from 1884 to 1951, Lorsque les autorités ont interdit les potlatchs de 1884
Gitxsan culture went underground. Margaret Grenier’s à 1951, la culture gitxsane est entrée dans la clandes­
grandmother hid masks in the walls so they wouldn’t be tinité. La grand-mère de Margaret Grenier a dissimulé
stolen and desecrated. Her family had to hold tightly to des masques dans les murs de sa maison pour qu’ils ne
their traditions in the face of colonial forces. But today, soient ni volés ni profanés. Sa famille s’est fermement
when Margaret dances, her people are dancing again. accrochée à ses traditions devant les forces coloniales.
She is a carrier of ancestral stories, songs and dances Aujourd’hui cependant, lorsque Margaret danse, son
(an adaawk), and a proud witness to the richness and peuple danse de nouveau. Porteuse d’histoires, de chan­
resilience of tradition. sons et de danses (adaawk), elle témoigne fièrement de
Born into a matriarchal family, and the daughter of la richesse et de la résilience de la tradition gitxsane.
a hereditary chief, Margaret is determined to keep the Issue d’une culture matriarcale et fille d’un grand
traditions of the Gitxsan alive. For years, she and her chef héréditaire, Margaret a choisi de préserver les
family re-created regalia based on their knowledge traditions gitxsanes. En compagnie des membres de
of the family matriarch. In the 1960s, her parents vis­ sa famille, elle s’est appliquée des années durant à re­
ited museums and galleries, seeking out artefacts and constituer des costumes et des objets traditionnels en

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working to reclaim and relearn se fondant sur leurs connais­sances ci à la profondeur et à la richesse
dances and rituals. “Something of de la famille matriarcale. Dans les de la tradition. Le groupe a récem­
ours was nearly lost forever,” she années soixante, ses parents ont ment présenté une production
says, “I’m not going to let anyone visité des musées et des galeries à d’envergure dans un théâtre de
impose anything on me.” la recherche d’artefacts, et se sont Burnaby en Colombie-Britannique.
Based in Vancouver, Margaret is efforcés de réapprendre, pour se « Habituellement, les gens ne vont
the artistic director of the Dancers les réapproprier, des danses et des pas dans une salle pour voir un
of Damelahamid Society. Damela­ rituels. « Une partie de nous-mêmes spectacle de danse traditionnelle,
hamid is the name of the original a presque été perdue pour toujours, explique Margaret. Nous voulons
village where, according to Gitksan fait observer Margaret. Mais je ne repousser les limites, nous vou­
history, the first three ancestors laisserai personne m’imposer quoi lons que les gens pensent et voient
were placed on Earth. She leads que ce soit. » différemment. Je veux ébranler
several groups of culturally-trained, Installée à Vancouver, Margaret toutes ces barrières et tous ces
hereditary dancers in performances est la directrice artistique de la stéréotypes. »
across British Columbia. “In Van­ Dancers of Damelahamid Society. Toujours dans le but de faire con­
couver, the audience has no basic Above/Ci-dessus: Margaret Harris (artist’s Damelahamid est le nom d’origine naître la culture gitxsane au plus
knowledge,” she says. “I’m helping mother/mère de l’artiste). Photo: Dancers of du village où, suivant l’histoire gitx­ grand nombre, Margaret supervise
people understand First Nations cul­ Damelahamid sane, les trois premiers ancêtres le We yah hani nah Coastal First Na­
ture, and the richness and the depth sont arrivés sur Terre. Elle dirige, tions Dance Festival. Cette vibrante
of our history and our traditions.” Right/À droite: Margaret and/et Dancers partout en Colombie-Britannique, célébration de la culture s’avère
The Dancers of Damelahamid of Damelahamid, We yah hani nah Coastal les spectacles de plusieurs groupes tout particulièrement utile, car elle
have presented their work at fes­ First Nations Dance Festival. de danse traditionnelle ayant reçu amène les groupes de danse de la
tivals, workshops, international Photo: Dancers of Damelahamid une formation culturelle. « À Van­ côte à se soutenir les uns les au­
tours, and for students and general couver, le public n’a pas les connais­ tres en renforçant la tradition de
audiences. But there is more to the bringing Gitksan culture to an sances de base, dit-elle. J’aide les la danse autochtone en Colombie-
dance than performance. Margaret ever-widening audience, Margaret gens à comprendre la culture des Britannique.
teaches young dancers to care for oversees the We yah hani nah Coast­ Premières Nations, la richesse et la Le voyage de Margaret au cœur
and respect their adaawk; they are al First Nations Dance Festival. This profondeur de notre histoire et de de sa culture se poursuit rapide­
rigorously trained in the cultural joyful celebration of culture is also a nos traditions. » ment. « Plus j’apprends, confie-t-elle,
significance of the dance moves much-needed opportunity for coast­ Les danseurs de la Damelahamid mieux je comprends ce que les
and in the stories and history be­ al dance groups to support one an­ Society ont présenté leur travail dans chansons, les danses et notre his­
hind the dances. other in strengthening B.C.’s unique le cadre de festivals, d’ateliers ou de toire signifient. On ressent une
Margaret doesn’t just challenge First Nations dance tradition. tournées internationales devant des grande fierté en prenant conscience
the dancers. She constantly chal­ Margaret’s personal journey to étudiants et devant le grand public. que l’on a la chance d’être issus
lenges the audiences’ expectations, the heart of her culture continues La danse qu’ils pratiquent ne se ré­ d’une si belle culture. »
awakening them to the depth and apace. “The more I learn,” she says, sume pas à un spectacle. Margaret Les masques peuvent être volés,
richness of the tradition. The group “the more I begin to understand enseigne aux jeunes danseurs à les histoires perdues, mais le passé
recently presented a major produc­ what the lyrics are saying, what the prendre soin de leur adaawk et à le d’un peuple est indestructible. Mar­
tion in a theatre in Burnaby, B.C. “Tra­ dances mean, and what our history respecter; ils sont rigoureusement garet Grenier danse, et des milliers
ditional dance is not usually what means. It really instils pride when instruits de la signification culturelle d’années de tradition dansent en
people go into a theatre space to see,” you see the beauty of the culture des mouvements qu’ils exécutent elle et par elle, vers l’avenir.
says Margaret. “But we want to push you’ve been blessed with.” ainsi que des récits et de l’histoire
those boundaries, we want people to Masks can be stolen, stories lost. qui sous-tendent la danse.
think differently and see differently. I But a people’s past is indestructible. Margaret n’est pas exigeante
want to challenge all those barriers Margaret Grenier dances, and thou­ seulement envers les danseurs : elle
and stereotypes out there.” sands of years of tradition dance in bouscule constamment les attentes
As part of her commitment to and through her, and into the future. des spectateurs en éveillant ceux-

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singer/songwriter
dance / danse
chanteuse/auteur-compositeur

SANTEE
SMITH
Today Santee Smith manages her own dance theatre Santee Smith dirige aujourd’hui sa propre compagnie
company, has choreographed and performed in dozens de danse. Elle a été chorégraphe et danseuse dans le
of productions across Canada and around the world, cadre de dizaines de productions partout au Canada
and has taught and mentored countless young Aborigi­ et à l’étranger. Elle a enseigné et agi comme mentor
nal artists. But her family still recalls her first venues – auprès d’innombrables jeunes Autochtones. Sa fa­
dinner parties where, as a two-year-old, she entertained mille se rappelle aussi ses premiers spectacles : des
guests with her dancing. réceptions où, âgée de deux ans, Santee divertissait
Born in Hamilton, Ontario and raised on the Six Nations les invités en dansant.
reserve, Santee is a member of the Mohawk Nation, Turtle Née à Hamilton en Ontario, élevée sur la réserve des
Clan. She grew up surrounded by creativity. Her maternal Six Nations, Santee est membre de la Première Nation
grandmother reintroduced the ancient tradition of pot­ des Mohawks (clan de la Tortue). Elle a grandi entourée
tery to the community, many of her relatives are artists de créativité. Sa grand-mère maternelle a réintroduit
and teachers, and of course, there was dancing. l’ancienne tradition de la poterie dans sa communauté,
Because of her early interest in dance and as a way plusieurs membres de sa famille étaient artistes ou en­
to strengthen her legs after two accidents, her parents seignants et, bien sûr, on dansait.

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Above/Ci-dessus: Santee Smith and/et
Michael Greyeyes, The Threshing Floor,
2006. Photo: Cylla Von Tiedemann

Left/Ci-contre: Santee Smith.


Photo: Cylla Von Tiedemann

Below/Ci-dessous: Santee and/et Emily


Law, Here on Earth, 2007. Photo : Walter Lai.

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enrolled Santee in ballet at the age our life,” she explains. “It’s who we En raison de son goût marqué pour trise en danse à l’Université York, en
of three. At 11, she was accepted are. It’s how we relate to the world.” la danse, mais aussi pour qu’elle ethnologie de la danse.
into the National Ballet School in Santee sees her work as a natural puisse renforcer ses jambes après En 2005, Santee créait Here on
Toronto. extension of the traditions and deux accidents, Santee fut inscrite Earth, qui s’inspire des mythes de
“I had to move from Six Nations dance training she learned as a par ses parents à un cours de ballet la création pour décrire un par­
to Toronto, and my parents had youth. “Navigating and transforming alors qu’elle n’avait que trois ans. À cours jalonné de découvertes et de
to travel to see me,” she recalls. “I space, time and form and allowing 11 ans, elle était acceptée à l’École transformations. Il s’agit d’une célé­
spent the first two weeks crying… dreams to become manifest under­ nationale de ballet de Toronto. bration mystique de notre rapport
but my love for dance kept pushing lies my own creative process.” « J’ai dû quitter les Six Nations spirituel avec la Terre — un thème
me forward.” In 2005, Santee founded Kaha:wi pour m’installer à Toronto, et mes récurrent dans son travail. « C’est
She left the National Ballet School Dance Theatre, her own dance com­ parents ont dû voyager avec moi, se ainsi que nous célébrons notre vie,
after Grade 11, no longer certain that pany, named for her first major work remémore Santee. J’ai pleuré sans explique-t-elle. Voilà qui nous som­
ballet would be her future career. “I and the names of her grandmother arrêt pendant les deux premières mes. Voilà le lien qui nous rattache
returned home to my roots to dis­ and her daughter. The company semaines… Mais ma passion pour la au monde. »
cover who I was.” has won several awards, and the danse m’a soutenue. » Santee perçoit son travail comme
Santee completed a university de­ film version of her production Here Santee a quitté l’École nationale une continuation des traditions et
gree in kinesiology — another way on Earth was nominated for two après la 11e année. Elle n’était plus des notions de danse qui lui ont
of understanding human motion. Geminis. Another recent achieve­ certaine alors de vouloir faire car­ été inculquées lorsqu’elle était plus
Enriched by that new perspective, ment was Living Ritual, a three-day rière dans le ballet : « Je suis re­ jeune. « Naviguer et transformer
she returned to dance, connecting international indigenous dance fes­ tournée auprès des miens, pour l’espace, le temps et la forme, lais­
with other Aboriginal artists in To­ tival held in 2006 — one of the first retrouver mes racines et découvrir ser les rêves apparaître, voilà ce qui
ronto. A serendipitous opportunity events of its kind in Canada. qui j’étais. » sous-tend mon processus créatif. »
to create and perform sequences in But Santee doesn’t see this suc­ Santee a par la suite obtenu un En 2005, Santee a fondé sa
The Gift, a 1999 National Film Board cess as a huge personal achievement. diplôme universitaire en kinésiolo­ propre compagnie de danse, le
film directed by Gary Farmer, led “Dance is a gift from the Creator,” gie — une autre façon de compren­ Kaha:wi Dance Theatre, dont le nom
Santee to discover her new path — says Santee. “I do it,” she says simply, dre le corps humain en mouvement. rappelle, outre celui de son premier
choreography. “because that’s who I am.” Enrichie par cette nouvelle perspec­ grand projet, ceux de sa grand-
Her first major undertaking was tive, elle est revenue à la danse mère et de sa fille. La compagnie
four years in the making. Kaha:wi et s’est liée d’amitié avec d’autres a déjà reçu plusieurs prix, et la ver­
(“to carry”) explores the cycle of artistes autochtones à Toronto. Le sion cinématographique de Here on
birth, life, love and death. It was a hasard lui ayant fourni l’occasion Earth a été sélectionnée pour deux
major critical success, touring first de chorégraphier et de danser prix Gémeaux. En 2006, le Kaha:wi
across Canada, then internationally. quelques séquences pour The Gift, Dance Theatre a connu un autre
The Kaha:wi CD was nominated for un film de l’ONF réalisé par Gary grand succès en présentant Living
two Canadian Aboriginal Music Farmer en 1999, Santee a découvert Ritual, un festival international de
Awards. During this time Santee sa vocation : chorégraphe. danse autochtone de trois jours,
completed her MA in Dance at Son premier grand projet lui a l’un des premiers événements de ce
York University, focusing on dance demandé quatre années de travail. genre au Canada.
ethnology. Kaha:wi (« transporter ») traite du Santee ne voit pas ces succès
In 2005, she created Here on cycle de la naissance, de la vie, de comme des réussites personnelles.
Earth, which draws on creation l’amour et de la mort. Chaleureuse­ « La danse est un don du Créateur.
myths to trace a journey of dis­ ment saluée par la critique, l’œuvre Je m’y adonne, dit-elle simplement,
covery and transformation. It is a a été présentée partout au Canada parce que c’est ainsi que je suis. »
mystical celebration of our spiritual puis à l’étranger. Le CD de Kaha:wi a
connection to the Earth — an un­ été sélectionné pour deux Canadian
derlying theme in much of Santee’s Aboriginal Music Awards. Pendant
work. “This is the way we celebrate ce temps, Santee terminait une maî­

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singer/songwriter
dance / danse
chanteuse/auteur-compositeur

TRACEE
SMITH
The connection between hip hop and community eco­ A priori, les rapports qu’entretiennent le hip-hop et le
nomic development may not be obvious to everyone, développement économique d’une collectivité ne sont
but Tracee Smith sees them as two sides of the same pas flagrants. Pour Tracee Smith, néanmoins, l’un ne va
coin. “I love dancing and I love business,” she laughs. pas sans l’autre. « J’aime la danse et j’aime les affaires,
“In every community I’ve been to, economic and social déclare-t-elle en riant. Dans chaque collectivité où je
development support each other. Art, economies, cul­ suis passée, j’ai noté que l’économie et le développe­
ture… they’re intertwined.” ment social sont en corrélation. L’art, l’économie, la
Born in Southern Ontario and a member of the culture… tout cela s’entrecroise. »
Missanabie Cree First Nation, Tracee began dancing at Née dans le sud de l’Ontario et membre de la Pre­
age four. She went on to study dance at York University mière Nation des Cris Missanabies, Tracee danse depuis
and Ryerson, but was beginning to be bored with clas­ l’âge de quatre ans. Elle a suivi des cours de danse à
sical ballet and modern dance. Then she discovered her l’Université York ainsi qu’à l’Université Ryerson, mais
new love — hip hop. s’est peu à peu lassée du ballet classique et de la danse
“I fell in love with it,” she says. “I loved the athleticism, moderne. C’est alors qu’elle a découvert sa nouvelle
all that high energy.” passion : le hip-hop.

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So Tracee packed her bags and from Pikangikum First Nation in
moved to New York City, where hip Northwestern Ontario. Now in its
hop was transforming dance culture. third year, Outside Looking In is
She studied with various choreog­ evolving into a national organization,
raphers and performed at the Best bridging the cultural gap between
of Broadway Dance Centre. After re­ Canadians and Indigenous people,
covering from a serious knee injury, and providing training, inspiration
she traveled to Los Angeles to build and a potential career to young
upon her talents. It was there that people in remote settlements.
she was told she was too tall to be Tracee’s linked passions — culture,
a commercial hip hop dancer. She learning and economic develop­
decided to take her career into her ment — are creating a legacy of art
own hands and establish herself as and opportunity. And she’s bursting
a professional choreographer. with ideas for new work, new proj­
Tracee returned to Canada to ects, new directions — just the way
look for ways to link her interests she likes it.
and bring the joy she had found in “I get antsy,” Tracee says. “I have to This page/Sur cette page: Preparation for/ Préparation de Outside Looking In, St. Lawrence
dance to younger people. It was a go out and create something. That’s Centre for the Arts, Toronto, 2008. Photo (above/ci-dessus): Keesic Douglas
dance workshop she led for youth how I keep growing as a person.”
in Lac La Croix, a remote Northern
Ontario First Nation, that inspired
her current work. After seeing her
students’ self-esteem soar after
weeks of hard work and a success­
ful performance, she came up with
the idea to organize annual perfor­
mances that would give Canadians
an opportunity to look in on Aborig­
inal peoples, and give Aboriginal
youth a chance to see beyond their
own communities by performing in
a major city.
This idea would evolve into a pro­
gram called Outside Looking In. In
2007, Tracee began the project with
a group of 20 youths from Lac La
Croix. After nine months of training,
choreography and rehearsal, the
group performed to a sold-out audi­
ence, at the St. Lawrence Centre for
the Arts in Toronto.
“It was an amazing night,” she
recalls. “I’ve never seen these kids
smile so much. They were even
signing autographs!”
Tracee repeated that success in
2008 with a new group of youths

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« J’en suis tombée amoureuse, se et de répétitions, le groupe a donné
remémore-t-elle. J’ai aimé l’aspect une représentation à guichets fer­
athlétique, toute cette énergie. » més au St. Lawrence Centre for the
Tracee a donc fait ses valises et Arts de Toronto.
est partie s’installer à New York, où « C’était une soirée extraordinaire,
le hip-hop était en train de trans­ se rappelle Tracee. Je n’ai jamais
former la culture de la danse. Elle a vu ces enfants sourire autant. Ils
étudié auprès de différents choré­ signaient même des autographes ! »
graphes et s’est produite au Best L’expérience fut renouvelée avec
of Broadway Dance Center. Après succès en 2008, cette fois avec un
s’être remise d’une grave blessure groupe de jeunes de la Première
au genou, elle a gagné Los Angeles Nation de Pikangikum dans le nord-
pour développer ses talents. On ouest de l’Ontario. Outside Looking
lui a appris là-bas qu’elle était trop In a maintenant trois ans d’existence
grande pour aspirer à une carrière et prend peu à peu la forme d’un or­
de danseuse hip-hop; elle a donc ganisme national. Lieu de rencontre
pris la décision de s’établir en tant pour l’ensemble des Canadiens et
que chorégraphe professionnelle. les communautés des Premières
De retour au Canada, Tracee a Nations, le programme offre une
cherché le moyen d’interrelier ses formation inspirante et une carrière
divers intérêts tout en permettant potentielle aux jeunes autochtones
aux plus jeunes de vivre, par la des régions éloignées.
danse, le même bonheur qu’elle. La Les passions entrecroisées de
tenue d’un atelier de danse dans Tracee — la culture, l’apprentissage
la Première Nation de Lac La Croix, et le développement économique —
dans le Nord de l’Ontario, lui a per­ aboutissent ainsi à la création artis­
mis d’observer que ses étudiants tique et à la création de projets. La
jouissaient d’une bien meilleure es­ chorégraphe déborde par ailleurs
time de soi lorsque des semaines de d’idées pour de nouvelles créations,
dur travail étaient couronnées par de nouveaux projets et de nou­
un spectacle réussi. Aussi a-t-elle eu velles voies à explorer — tout à fait
l’idée d’organiser des représenta­ ce qu’elle aime.
tions annuelles qui fourniraient au « Lorsque je deviens fébrile, dit
public canadien l’occasion de pren­ Tracee, il faut que je sorte et que je
dre contact avec les communautés crée quelque chose. C’est ainsi que
des Premières Nations et qui, par je continue à me développer en tant
ailleurs, amèneraient les jeunes au­ qu’individu. »
tochtones à franchir les limites de
leur collectivité en présentant un
spectacle dans une grande ville.
Cette idée s’est traduit par le
programme intitulé Outside Look­
ing In. En 2007, au tout début du
projet, Tracee s’est entourée d’une
vingtaine de jeunes autochtones
de Lac La Croix. Après neuf mois
d’entraînement, de chorégraphie
Photo : Shin Sugino

21
22
media arts /singer/songwriter
arts dance/danse
médiatiques
chanteuse/auteur-compositeur

DENNIS
Leela
Gilday
ALLEN
Dennis Allen, Inuvialuit and Gwich’in, is a man with many Dennis Allen est inuvialuit et gwich’in. Le talent de cet
passions, and more talent than can be contained by any homme aux multiples passions ne se limite pas à une
one medium. The common thread that runs throughout seule pratique artistique. Le principe qui sous-tend
his work — in music, writing and film — is his fascination son œuvre — musicale, littéraire et cinématographique
with human experience. — est la fascination pour l’expérience humaine.
“Peoples’ stories inspire me,” he says. “The people « Les histoires des gens m’inspirent », déclare-t-il.
in the North have interesting stories of survival. We’re « Les gens qui vivent dans le Nord ont d’intéressantes
living in a Western civilization, but our own heritage histoires de survie. Nous vivons au sein de la civilisation
and culture is strong. Whenever those two forces come occidentale, mais notre propre héritage culturel est fort.
together, there’s conflict and drama. That’s what draws Lorsque ces deux réalités se rejoignent, le conflit et le
me and brings me back.” drame surviennent. C’est ce qui m’attire et me ramène. »
Ever the groundbreaker, Dennis was one of the first Décidément un pionnier, Dennis fut l’un des premiers
babies born in the hospital of the newly-built town of bébés à naître à l’hôpital d’Inuvik, dans les Territoires
Inuvik, Northwest Territories. His parents moved from du Nord-Ouest, alors que cette municipalité venait tout
their trapline into town, and immediately became juste d’être créée. Après avoir quitté leur secteur de

23
Above/Ci-dessus: Dennis Allen and/et Dave Stewart (cameraman/caméraman),
Suaangan, production of/de Inuvialuit Communications Society. Photo: Terry Halifax

Left/À gauche: Dennis Allen and his father / et son père, Victor. Photo : David Stewart

24
involved in the community and ‘the bottle let me down.’ My mom trappage pour s’établir à Inuvik, ses Réseau de télévision des peuples
Northern Aboriginal politics. High would tell me to stop singing that parents s’étaient immédia­tement autochtones. De plus, il s’est adonné
profile artists and politicians were stuff. I didn’t even know what they engagés dans les affaires de la col­ à une autre passion : la musique.
frequent guests at the Allen home, meant!” lectivité et dans la vie politique des La musique était omniprésente
and Dennis was raised with a strong He may not have understood the autochtones du Nord. Des artistes dans la maison des Allen. « J’avais un
sense of commitment to his com­ lyrics, but the sorrow in the songs et des hommes politiques bien en ami dont le frère était revenu de pri­
munity and people. struck a deep chord. He would order vue étaient fréquemment reçus son en jouant toutes ces chansons
After 13 years of trapping and old and obscure blues recordings chez les Allen. Aussi Dennis fut-il de Merle Haggard. Quand j’étais ado,
working on offshore oil rigs in the and listen to them over and over. convaincu très tôt de l’importance je m’assoyais dans ma chambre pour
Beaufort Sea, Dennis returned to “That music was real. It was about d’agir pour le bien de sa collectivité chanter ces chansons d’ivrogne
school at the age of 30. After he poverty, loneliness, having little et de son peuple. classiques — des chansons portant
graduated, he got his first film job education — really emotional stuff. I Après 13 années de trappage et sur comment la bouteille m’a laissé
on the set of the CBC drama, North couldn’t express myself verbally but de travail au large sur des plate­ tomber. Ma mère me disait de ne pas
of 60. “When I told the producer I did through music.” formes pétrolières de la mer de chanter de telles choses. Je ne savais
I was from Inuvik, he was blown In 2008, Dennis booked a re­ Beaufort, Dennis est retourné aux même pas de quoi il était question. »
away,” said Dennis. “He had never cording studio and made his first études : il avait 30 ans. Son diplôme Si Dennis ne comprenait pas les
spent any time there. So we chatted CD, Wayward Son. A unique and en poche, il obtint un premier emploi paroles, la tristesse contenue dans
about the North, and that got me a accomplished blend of country and dans le milieu du cinéma, sur le pla­ ces chansons le touchait profondé­
job working with the editors.” western, blues, folk and bluegrass, teau de tournage d’une dramatique ment. Il commandait d’anciens et
His first short film, Someplace the album evokes the purity and de la CBC, North of 60. « Quand j’ai obscurs enregistrements de blues
Better, was screened at the Sun­ power of an earlier era of country annoncé au producteur que j’étais pour les écouter en boucle. « Cette
dance Film Festival in 2001. It tells music, or “the brown man’s blues,” d’Inuvik, il était ravi, raconte Dennis. musique était vraie. Cela parlait de
the story of a tribal police officer’s as Dennis says. Il ne s’était jamais rendu là-bas. pauvreté, de solitude, du manque
daily confrontations with a small Dennis now divides his time be­ Nous avons donc discuté du Nord, d’éducation — des choses très émou­
community’s clash of cultures. tween production projects and live et cela m’a permis d’obtenir un em­ vantes. Je ne pouvais m’exprimer
Dennis revisited the theme in his performances. But whatever the ploi avec les monteurs. » par les mots, mais j’y parvenais par
next documentary, The Walk: A medium, his inspiration remains the Son premier court-métrage, la musique. »
Path to Healing, which chronicled same — the struggle of his people, Some­place Better, présenté au Sun­ En 2008, Dennis a réservé un stu­
his experience traveling with over his community and individuals, in­ dance Film Festival en 2001, raconte dio d’enregistrement et produit son
a dozen community members on a cluding himself. comment un officier du service de premier CD, Wayward Son. Unique
trek between two Northern commu­ “If you’re in tune with yourself police de la réserve est quotidien­ et heureux mélange de country et
nities. In the film, elders, youth and and other people,” he says, “inspira­ nement aux prises avec les conflits de western, de blues, de folk et de
community members learn from tion is everywhere.” culturels qui surviennent dans une bluegrass, l’album évoque la pureté
each other and rediscover the cul­ petite collectivité. Dennis a repris le et la puissance de la musique coun­
ture that unites them. même thème dans son documen­ try d’une autre époque : « le blues
Dennis has since produced sev­ taire The Walk : A Path to Healing. de l’homme brun », dirait Dennis.
eral documentaries and series for L’artiste y relate ce qu’il a lui-même Dennis se partage aujourd’hui
the Aboriginal Peoples Television vécu en compagnie d’une douzaine entre projets de production et spec­
Network. But he’s also pursuing his de membres de sa communauté au tacles. Quel que soit son moyen
second passion — music. cours d’une randonnée entre deux d’expression, sa source d’inspiration
There had always been music in municipalités du Nord. Dans ce film, demeure la même : le combat mené
the Allen household. “I had a friend les aînés, les jeunes et d’autres mem­ par son peuple, les membres de sa
whose brother came back from jail bres de la communauté apprennent communauté et lui-même.
playing all these Merle Haggard les uns des autres et redécouvrent « Si l’on est à l’écoute de soi-même
songs. When I was a teenager, I’d sit la culture qui les unit. et des autres, déclare-t-il, l’inspiration
in my room, singing these classic Dennis a ensuite produit plusieurs se trouve partout. »
drunkard songs — songs about how documentaires et séries pour le

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media arts /singer/songwriter
arts dance/danse
médiatiques
chanteuse/auteur-compositeur

Kevin
Leela
Gilday
burton
If one day you find yourself on a film shoot location and Si un jour vous vous trouvez sur les lieux de tournage
you notice that the entire cast and crew is communicat­ d’un film et remarquez que les acteurs et les membres
ing in Cree, odds are you’ll be on the set of a Kevin Lee de l’équipe communiquent en cri, il y a de fortes chances
Burton film. It’s a big dream, but it’s Kevin’s goal. que vous soyez sur le plateau d’un film de Kevin Lee Bur­
Born in Winnipeg and raised in God’s Lake Narrows, ton. Ce grand rêve est aussi le but que poursuit Kevin.
Manitoba, Kevin left the reserve in pursuit of education Natif de Winnipeg et élevé à God’s Lake Narrows, au
at the age of 15. His journey from a small reserve to city Manitoba, Kevin a quitté la réserve à l’âge de 15 ans
life in Vancouver was the subject of his first short film, afin de poursuivre ses études. Son déplacement, d’une
Meskanahk (My Path) (2005). The film chronicles this petite réserve vers la grande ville de Vancouver, a fait
period, when he picked up labels such as “white-looking l’objet de son premier court-métrage, Meskanahk (My
Indian” and “gay.” Kevin doesn’t mind those labels any Path) (2005). Le film retrace le cheminement difficile de
more. “They’re all just parts of who I am,” he says. l’artiste, cheminement au cours duquel lui furent acco­
Kevin’s interest in film was first kindled through the Ab­ lées les étiquettes d’« indien blanc » et de « gai ». Kevin
original Film and Television Production Training Program ne se soucie plus guère de ces étiquettes : « Ce sont des
at Capilano College in North Vancouver. In filmmaking composantes de mon identité. »

27
he found a way to express and work Musqueam elder Larry Grant’s promising new filmmakers.
out personal concerns, questions experience of rediscovering his A self-declared “urbanite,” Kevin,
and issues, and to share his tales. language and cultural traditions, in his late 20s, now lives in Winnipeg,
He began his career as a freelance juxtaposing images of nature and telling his stories and promoting
editor and went on to learn the other city to capture the power of mem­ recognition and use of Indigenous
technical skills associated with pro­ ory and perception. Nikamowin/ languages through his work, which
duction. Then the time came for him Song (2007), Kevin’s most recent includes short films and multimedia
to tell his own stories. work, is an experimental stream of installations related to language.
“I don’t do film for the sake of sound-sampled speech and visual He has created a work space where
doing film,” says Kevin. “For me, it’s textures that deconstruct Cree nar­ Cree can be spoken exclusively, and
a process of making sense of the rative, challenging viewers to think ultimately hopes to make a feature
world, interpreting the world. And about how languages exist, emerge film where the cast, crew and the
within this, my big focus is to at­ and survive. The film won the Best working language on set are Cree.
tempt to manifest Cree aesthetics Indigenous Language Production “If people keep telling us our lan­
within my work.” and Best Experimental Film at the guage and culture is dead or dying,
Since winning the emerging 2007 imagineNATIVE festival, pre­ then we start acting like we’re dead,”
filmmaker award at the 2005 miered in the U.S. at the Sundance he told Isuma TV. “Well, I’m not dead.
imagineNATIVE Film + Media Arts Film Festival, and was named one of And neither is my Cree.”
Festival, Kevin has produced and Canada’s Top 10 short films by the
directed two other films, both Toronto International Film Festival.
screened and critically acclaimed These films earned Kevin a spot on
at festivals across North America. Victoria Film Festival’s Springboard Below/Ci-dessous: Nikamowin, 2007. Photo: Helen Haig-Brown
Writing the Land (2007) recreates Program, which lists Canada’s most Right/À droite: Meskanahk, 2005 and/et Nikamowin, 2007

28
L’intérêt de Kevin pour le ci­ critique. Writing the Land (2007) Springboard Program du Victoria
néma fut tout d’abord éveillé par raconte ce qu’a vécu Larry Grant, Film Festival, qui dresse la liste des
l’Aboriginal Film and Television un aîné de la Première Nation des nouveaux cinéastes canadiens les
Production Training Program de Musqueams, en redécouvrant à plus prometteurs.
Capilano College, dans le nord de Vancouver sa langue et ses tradi­ Kevin, qui avoue être un « urbain »
Vancouver. Le cinéma lui offrait un tions culturelles. L’auteur y fait con­ dans la trentaine, vit actuellement à
moyen d’exprimer et de résoudre traster les pouvoirs de la mémoire Winnipeg, où il raconte ses histoires
des préoccupations personnelles, et ceux de la perception en juxtapo­ et défend, dans son travail, la recon­
ainsi que de partager ses histoires. Il sant des images de la nature et de naissance et l’usage des langues
a d’abord travaillé comme monteur la ville. Sa plus récente production, autochtones, notamment dans des
pigiste, puis a graduellement acquis Nikamowin/Song (2007), consiste courts-métrages et des installations
d’autres compétences techniques en une succession expérimentale multimédia. Il a créé un milieu de
associées à la production. Est en­ de « paroles échantillonnées » et travail où le cri est la seule langue
suite venu le temps de raconter ses de « textures visuelles » qui décons­ parlée. Il souhaite pouvoir un jour
propres histoires. truisent l’histoire crie et amènent faire un film avec des acteurs et
« Je ne fais pas des films dans le le spectateur à se questionner sur une équipe de tournage exclusive­
seul but de faire des films, dit Kevin. l’existence, l’origine et la survie des ment cris, sur un plateau où l’on ne
Pour moi, c’est un processus qui per­ langues. Nikamowin a remporté parlerait d’autre langue que le cri.
met de comprendre et d’interpréter deux prix au festival imagine­NATIVE « On nous répète constamment que
le monde. Dans cette perspective, en 2007 — celui de la meilleure notre langue et notre culture sont
je m’efforce tout particulièrement production en langue autochtone mortes ou mourantes, et nous com­
de conférer à mon travail une esthé­ (Best Indigenous Language Pro­ mençons à nous comporter comme
tique crie. » duction) et celui du meilleur film si nous étions morts, a-t-il déclaré
Depuis qu’il a remporté le prix expérimental (Best Experimental à Isuma TV. Eh bien, je ne suis pas
du cinéaste émergent au festival Film) —, a été présenté en première mort. Et ma langue non plus. »
des arts médiatiques et cinéma­ au Sundance Film Festival et a
tographiques imagineNATIVE en été sélectionné parmi les 10 meil­
2005, Kevin a produit et réalisé leurs courts-métrages canadiens
deux films, présentés dans le cadre au Festival international du film de
de festivals partout en Amérique Toronto. Ces deux films ont valu à
du Nord, et tous deux salués par la Kevin d’obtenir une place dans le

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media arts /singer/songwriter
arts dance/danse
médiatiques
chanteuse/auteur-compositeur

ZOE
Leela
Gilday
HOPKINS
Zoe Hopkins was 15 years old, and working as an extra Zoe Hopkins avait 15 ans et travaillait comme figurante
on the set of the movie, Black Robe, when she decided sur le plateau du film Robe noire lorsqu’elle comprit
that a career in film was the life for her. qu’elle était destinée à faire carrière au cinéma.
Her love of film was, in part, the legacy of parents Son amour du cinéma lui a été communiqué dans
who were dedicated movie buffs and enthusiastically une certaine mesure par ses parents, de véritables
dragged her to a succession of B-movie horroramas, « mordus » avec lesquels elle dut assister à une succes­
documentary screenings and animation festivals. “I sion de films d’horreur de série B, de documentaires et
used to wonder why they made me watch these movies,” de festivals d’animation. « Je me suis souvent demandé
she remembers. “But now I really appreciate the experi­ pourquoi ils m’emmenaient voir tous ces films, se
ence. It was like attending a junior film school.” souvient-elle. Mais à présent j’apprécie vraiment cette
Her experience in Black Robe confirmed her attrac­ expérience. C’était comme suivre des cours dans une
tion to the movies. “I loved being on set. I fell in love with école de cinéma pour jeunes. »
the whole process — the makeup, the trailers, seeing Robe noire est venu confirmer son goût du cinéma.
how the machines worked,” she recalls. « J’adorais être sur le plateau. Je suis tombée amoureuse
But while she loved being on set, she soon discovered de tout le processus — le maquillage, les chariots, la

31
Above and left/Ci-dessus et à gauche: One-Eyed Dogs are Free, 2006
Below/Ci-dessous: Prayer for a Good Day, 2003

32
that she didn’t want to be an actor. screen. I see them in a new light.” façon dont ces machines fonction­ de l’actrice « indienne », Zoe a ré­
After a few years of being typecast Born in Bella Bella, B.C. and cur­ naient », se rappelle Zoe. solu d’élargir une conception trop
in assorted “Hollywood Indian” rently based in Vancouver, Zoe is Malgré tous les plaisirs que lui ap­ étroite de ce qu’est un cinéaste
roles, Zoe, who is Mohawk/Heiltsuk, at an especially exciting stage in portait le plateau, elle s’est rapide­ autochtone.
chose another path. She enrolled her career, with several evolving ment aperçue qu’elle ne souhaitait « Chacun fabrique sa “carte
in a university program with a fo­ projects including feature films, pas être actrice. Ayant constaté en d’identité” en tant que cinéaste
cus on film arts, supplemented by dramatic screenplays, music videos l’espace de quelques années qu’on autochtone, et c’est essentiel de le
further study at the Sundance Insti­ and a documentary for the National lui proposait invariablement divers faire. Oui, nous devons tout d’abord
tute’s Feature Film Program. Film Board. rôles d’« Indienne d’Hollywood », Zoe, définir notre identité, reconnaît-elle.
Zoe’s first short film, Prayer for a Just as she refused to be type­ qui est Mohawk-Heiltsuk, a choisi Mais il est aussi possible de faire des
Good Day, received its 2004 pre­ cast as an “Indian” actress, Zoe is un autre chemin. Elle s’est inscrite films à propos de gens qui sont des
miere at the prestigious Sundance determined to expand the concept à un programme universitaire où autochtones tout en racontant des
Festival, where she also developed of what it means to be an Aboriginal l’accent était mis sur le septième histoires d’une plus vaste portée
the script for Cherry Blossoms, filmmaker. art et a complété cette formation culturelle… des films à propos de
which is currently in development. “Everyone makes their ‘identity au programme du long métrage du l’expérience humaine. »
In 2005, she wrote and directed the piece’ as Aboriginal filmmakers, and Sundance Institute.
award-winning One-Eyed Dogs are that’s essential. Yes, we need to find Le premier court-métrage de Zoe,
Free, in which a young man grieves our identity first,” she acknowledges. Prayer for a Good Day, fut projeté
for his father who is lost at sea. “But then we can make films about en 2004 au prestigieux Sundance
For Zoe, filmmaking is a way to people who happen to be Indian, Festival, où elle eut également
share a personal vision of the world. but telling stories with a broader l’occasion de travailler au script de
“I love seeing moments that I created set of cultural perspectives… films Cherry Blossoms, actuellement en
in my head suddenly appear on the about the human experience.” voie d’élaboration. En 2005, elle
a écrit et réalisé le film primé One-
Eyed Dogs Are Free, dans lequel un
jeune homme se désole pour son
père égaré en mer.
Pour Zoe, le cinéma est un moyen
de partager une vision personnelle
du monde. « J’aime voir apparaître
subitement à l’écran des moments
que j’ai imaginés. Je peux les voir
sous un nouveau jour. »
Zoe se trouve actuellement à une
étape particulièrement excitante de
sa carrière, avec plusieurs projets
en cours, dont des longs-métrages,
des scénarios de séries dramatiques,
des vidéoclips ainsi qu’un documen­
taire pour l’Office national du film.
Adoptant la même attitude qui
l’a conduite à refuser le stéréotype

Left/Ci-contre: Zoe Hopkins on the set of/


sur le plateau de tournage de The Garden.
Photo: Mary Lou Linklater

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media arts /singer/songwriter
arts dance/danse
médiatiques
chanteuse/auteur-compositeur

ZaK
Leela
Gilday
kunuk
For some, growing up on the land according to tradi­ Pour certains, le fait d’avoir grandi sur une terre en
tional Inuit ways is a giant step from being winner of the observant la tradition inuite s’accorde mal avec le fait
world’s most prestigious film award. Not for Zak Kunuk, d’être lauréat du prix cinématographique le plus pres­
trail-blazing director and chronicler of Inuit life and cul­ tigieux sur la planète. Pas pour Zak Kunuk, réalisateur
ture. Taking part in an Igloolik hunting trip and accepting avant-gardiste et chroniqueur de la vie et de la culture
an award at Cannes are just different facets of what he des Inuits. En voyage de chasse autour d’Igloolik ou
does as he uses film and television to share Inuit knowl­ recevant un prix à Cannes, Zak agit pour partager avec
edge and history with the rest of the world. le reste du monde, par l’intermédiaire du cinéma et de
Growing up with 12 siblings, Zak learned the Inuit val­ la télévision, le savoir et l’histoire des Inuits.
ue of respect. “It was important not to offend elders and En grandissant avec 12 frères et sœurs, Zak a appris
visitors. There’s no room for conflict when a family that les valeurs inuites de respect. « Il était important de ne
size lives in a small sod house!” he laughs. pas offenser les aînés ou les visiteurs. Il n’y a aucune
This respect for others extends to the land, the animals, place pour les conflits quand une famille si nombreuse
and the knowledge taught by Inuit elders. For years Zak loge dans une si petite maison ! » dit-il en riant.
saw and heard stories that he wanted to remember. The Le respect de l’autre s’étend à la terre, aux animaux et

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Inuit culture is an oral one, without In 2009 Zak also received other
a formal written tradition; so Zak prestigious honours, including be­
was drawn while still young to video coming an officer of the Order of
recording as a way to capture his Canada and receiving an honou­
people’s images and stories. rary doctorate of law from Trent
Fascinated by the new technology, University.
Zak raised enough money to buy But for all his success in filmmak­
a camera, TV and VCR by carving ing, Zak is not tempted to relocate
soapstone sculptures. In 1981 he be­ to Los Angeles — or to any urban
gan filming local events, and in 1984 setting.
was hired by the Inuit Broadcasting “The beautiful thing about Ig­
Corporation as a camera operator, loolik is that nothing essential
where his unique documentary changes. My hunting buddies are
style began to attract attention. still my hunting buddies. I’m the
Zak’s growing interest in drama same and people treat me the same.
led him to form his own company, I love that. But as soon as I go out of
Igloolik Isuma Productions. His goal town,” he laughs, “Well, then every­
was to produce historically-accurate body wants to shake my hand.”
films about Inuit people. Zak’s latest project, Isuma.tv,
“I want children to know where brings Aboriginal film and video
they came from. I want to bring content to a whole new interna­
them back to their roots,” says tional audience through the Inter­
Zak. “When I started doing drama, I net. He’s currently working on a
dressed them up in traditional cloth­ documentary on Inuit knowledge
ing and started calling them by their and climate change. These are all
traditional Inuktitut names.” more ways for Zak to share the
Igloolik Isuma’s first major pro­ stories of his ancestors, his culture,
duction was Qaggiq (1988). It and the land he loves.
exemplifies the unique style Zak
describes as “re-lived” drama —
near-documentary portrayals of
Inuit in a particular historical con­
text, brought to life with dramatic
elements and stories.
Zak and his company produced
and directed several other docu­ This page/Sur cette page: Atanarjuat
mentaries, as well as an interna­ (The Fast Runner)/Atanarjuat : la légende de
tional award-winning TV drama l’homme rapide, 2000.
series, Nunavut. He also produced Photos: Igloolik Isuma Productions
the first ever Aboriginal-language
Canadian feature film, Atanarjuat
(The Fast Runner). This astonishing
narrative and visual tour-de-force
captured the Camera d’Or for Best
First Feature Film at the Cannes film
festival, six Genie awards, and 19
other international honours.

36
aux enseignements des aînés inuits. primée sur le marché international.
Pendant des années, Zak a vu et en­ Ils ont également produit le tout
tendu des histoires dont il voulait se premier long-métrage en langue
“I saw the power that TV and souvenir. La culture inuite en est une autochtone au Canada, Atanarjuat :
orale, sans tradition écrite formelle. la légende de l’homme rapide, récit
film had on people, especially children…” Aussi a-t-il été entraîné très jeune à étonnant et tour de force visuel qui
utiliser l’enregistrement vidéo pour a remporté une Caméra d’or au
saisir et conserver les images et les Festival de Cannes, six prix Génie et
« J’ai saisi le pouvoir de la télévision histoires de sa collectivité. dix-neuf autres prix internationaux.
et du cinéma sur les gens et, surtout, Fasciné par les nouvelles techno­ Zak a reçu d’autres prestigieuses
logies, Zak, en vendant ses propres distinctions en 2009 : nommé offi­
sur les enfants... » sculptures de stéatite, a pu écono­ cier de l’Ordre du Canada, il a par ail­
miser assez d’argent pour acheter leurs reçu un doctorat honorifique
une caméra, une télévision et un en droit de l’Université Trent.
magnétoscope à cassettes. Ayant En dépit de tous ses succès
commencé à filmer des événements dans le domaine du cinéma, Zak
locaux en 1981, il fut engagé trois n’a aucune envie de s’établir à Los
ans plus tard par l’Inuit Broadcasting Angeles — ou dans quelque environ­
Corporation comme caméraman; nement urbain.
son style documentaire unique at­ « Ce qu’il y a de merveilleux à pro­
tirait déjà l’attention. pos d’Igloolik, c’est que les choses
Below/Ci-dessous: Zacharias Kunuk and the late/et le regretté Paul Apak, scriptwriter/­ Son intérêt grandissant pour les essentielles n’y changent pas. Mes
scénariste of/de Atanarjuat. Photo: Igloolik Isuma Productions dramatiques l’a conduit à former compagnons de chasse sont tou­
sa propre entreprise, Igloolik Isuma jours mes compagnons de chasse.
Productions. Son but était de pro­ Je suis demeuré la même personne,
duire des films historiquement et les gens me traitent comme ils
exacts à propos du peuple inuit. l’ont toujours fait. J’aime cela. Mais
« Je veux que les enfants sa­ dès que je sors d’Igloolik, rigole-t-il,
chent d’où ils viennent. Je tiens à eh bien, c’est alors que tout le
les rame­ner à leurs racines, déclare monde veut me serrer la main. »
Zak. Quand j’ai commencé à mon­ Son projet le plus récent, Isuma.tv,
ter des scènes, je les ai habillés en offre par Internet le contenu de films
costumes traditionnels et les ai et de vidéos autochtones à un
appelés par leurs noms inuktituts nouvel auditoire international. Zak
traditionnels. » travaille actuellement à un docu­
La première grande production mentaire portant sur le savoir inuit
d’Isuma fut Qaggiq, en 1988. Cette et les changements climatiques. Ce
œuvre exemplifie le style particu­ sont autant de nouveaux moyens
lier que Zak décrit comme étant de faire connaître les histoires de
du théâtre « revécu » — un portrait ses ancêtres, sa culture et la terre
quasi documentaire des Inuits dans qu’il adore.
un contexte historique donné, ar­
ticulé autour de récits et d’éléments
dramatiques.
Zak et sa compagnie ont produit
et dirigé plusieurs autres documen­
taires ainsi que la série Nunavut,

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38
media arts /singer/songwriter
arts dance/danse
médiatiques
chanteuse/auteur-compositeur

NADIA
Leela
Gilday
MYRE
For years the label “native artist” implied a cultural ghet­ Pendant des années, l’étiquette « artiste autochtone » a
to of specialized galleries and “native” art specialists that impliqué l’idée d’un ghetto culturel composé de galeries
defined and limited popular and critical expectations of spécialisées ou d’experts s’autorisant à délimiter les aspi­
Aboriginal artists. Nadia Myre is one of an exciting new rations critiques et populaires des artistes autochtones.
generation of young, multidisciplinary artists whose Nadia Myre appartient à une nouvelle et passionnante
work is inventing new paths and redefining Canada’s génération de jeunes artistes multidisciplinaires dont le
cultural landscape. travail ouvre de nouvelles voies et redéfinit le paysage
Nadia was born and raised in Montreal. Although her culturel canadien.
mother discovered her Algonquin roots, Nadia grew up Nadia est née et a grandi à Montréal. Bien que sa mère
without knowing her Aboriginal ancestry — a heritage ait connu ses origines algonquines, Nadia a longtemps
she would eventually explore and seek to define through tout ignoré de son ascendance autochtone — un héri­
her art. tage qu’elle a éventuellement exploré et tenté de mieux
As a student at an alternative school, Nadia was at­ saisir dans sa pratique artistique.
tracted to the visual arts. From the outset she was fas­ Élève dans une école innovatrice, Nadia a tout de
cinated by how she could use and integrate multiple suite été attirée par les arts visuels. Dès le départ, elle

39
materials and media to express her­ her art. Pieces often incorporate
self. Graphic, textual and sculptural natural and manufactured, and tra­
elements, light, space and time are ditional and modern materials “I
her materials. “I am very specific connect to my (Aboriginal) heritage
with the materials and processes I by using traditional materials,” says
choose and consider them valuable Nadia. Much of the power of her
elements in informing my work.” work arises from the juxtaposition
Her innovative approach has of seemingly disparate elements
created a unique and challenging that resonate upon contemplation.
body of work. To create one of her Her formal studies earned Nadia
earlier pieces, The Indian Act, Nadia two associate degrees in Fine Arts
worked with 234 beaders, between from Camosun College and the
2000 and 2002, to “bead over” 56 Emily Carr Institute, and a Master
pages of Canada’s Indian Act, cover­ of Fine Arts from Concordia Uni­
ing the text of the Act with red and versity in 2002. She has served on
white glass beads. many panels and art juries and is
Since 2005, Nadia has been host­ the recipient of numerous grants
ing The Scar Project, a participatory and awards. She recently attracted
work-in-progress that is currently praise from The New York Times for
touring and engaging audiences her work in Remix: New Modernities
across Canada. Contributors are in­ in a Post-Indian World, an exhibi­
vited to sew their own “scar” onto tion of experimental works by new
a canvas, then record their story. It Aboriginal artists, organized by the
is a powerful, emotional statement, Smithsonian’s National Museum of
capturing fragments of memory the American Indian.
and identity in material and narra­ But success will not blunt the rest­
tive, and breaking down the barrier less edge of her creativity; like her
between creator and spectator. works, Nadia Myre will continue to
“I wanted people to share their transcend familiar categories and
stories, to have a place where they shatter comfortable expectations
could anonymously express the for years to come.
events in their lives that marked
them,” says Nadia. “Our
stories are what bind and
separate us from one an­
other. Each individual has
an expression of how to
represent their physical,
emotional or psychologi­
cal scars. Some of them
Above/Ci-dessus: The Scar Project (detail/détail), thread on canvas/fil sur toile. Musée d’art represent abuse, fear, or
contemporain des Laurentides, Saint-Jérôme. Photo: Lucien Lisabelle joy. Many of them are
very touching.”
Right/À droite: From the series/De la série Journey of the Seventh Fire (Frontenac Venture). As a conceptual artist,
Photo: Guy L’Heureux. Nadia draws upon her
own search for identity
and belonging to create

40
a été fascinée par la façon dont elle effectue actuellement une tournée l’abus, la peur ou la joie. Plusieurs de nombre de jurys et de groupes
pouvait s’exprimer en utilisant et canadienne, requiert la participation d’entre elles sont très touchantes. » d’experts. Elle a également reçu
intégrant des techniques et des ma­ du grand public. Les contributeurs En tant qu’artiste conceptuelle, de nombreux prix et bourses, ainsi
tériaux variés. Éléments graphiques, sont invités à coudre chacun leur Nadia s’inspire de sa propre quête que les éloges du New York Times
textuels et sculpturaux, ainsi que propre « cicatrice » sur une toile d’identité et d’appartenance. Ses pour sa contribution à l’exposition
lumière, espace et temps sont ses puis à enregistrer leur histoire. C’est œuvres incorporent souvent des Remix: New Modernities in a Post-
matériaux de création. « Je choisis une déclaration forte et chargée matériaux artificiels et naturels, tra­ Indian World. Organisée par le
soigneusement les matériaux et d’émotions, qui recueille des frag­ ditionnels ou modernes. « Je me rat­ Smithsonian’s National Museum of
techniques que j’utilise, car ces élé­ ments de mémoire et d’identité dans tache à mon héritage (autochtone) the American Indian, l’exposition re­
ments influencent mes oeuvres. » le matériau et le récit, tout en brisant en me servant de matériaux tradi­ groupe les œuvres expérimentales
Son approche novatrice a donné le mur qui sépare habituellement tionnels », dit Nadia. La puissance d’artistes autochtones émergents.
lieu à un corpus d’œuvres unique et l’artiste du spectateur. de ses œuvres provient en grande Toutefois, le succès n’émoussera
stimulant. Afin de créer The Indian « Je voulais que les gens puissent partie de la juxtaposition d’éléments pas son inépuisable et unique
Act, l’une de ses premières œuvres, partager leurs histoires et trouver un apparemment disparates qui pour­ créativité. Tout comme ses œuvres,
Nadia a travaillé avec 234 artisans lieu où il pourrait, de façon anonyme, tant s’accordent et deviennent évo­ Nadia Myre continuera à transcen­
perliers. Entre 2000 et 2002, ils ont exprimer les événements qui les ont cateurs pour le spectateur. der les catégories et à bousculer les
brodé des perles de verre blanches marqués. Nos histoires nous lient Ses études ont permis à Nadia attentes du public pour des années
et rouges sur les 56 pages de la Loi tout autant qu’elles nous séparent, d’obtenir deux grades d’associé en à venir.
sur les Indiens du Canada, de façon affirme Nadia. Chacun a sa propre beaux-arts, l’un du Camosun College
à recouvrir l’entièreté du texte. façon de représenter ses cicatrices et l’autre de l’Emily Carr Institute of
Depuis 2005, Nadia « accompa­ personnelles, qu’elles soient phy­ Art and Design, ainsi qu’une maî­
gne » The Scar Project, une créa­ siques, émotives ou psychologiques. trise en beaux-arts de l’Université Below/Ci-dessous: Landscape of Sorrow
tion évolutive. Cette œuvre, qui Des cicatrices peuvent exprimer Concordia en 2002. Elle a fait partie (detail/détail). Photo: Guy L’Heureux

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42
singer/songwriter
music
dance/danse
/ musique
chanteuse/auteur-compositeur

John
Leela
Gilday
Arcand
Fiddler, composer, teacher, mentor, festival organizer — Violoneux, compositeur, enseignant, mentor, organi­
when people call John Arcand the “Master of the Métis sateur de festivals — lorsque les gens appellent John
fiddle,” they could be referring to any one of his many Arcand le « maître du violon métis », ils font allusion à
accomplishments. John has done much to raise the pro­ l’une ou l’autre de ses nombreuses réalisations. John a
file of Métis fiddle music, and the fiddle’s been good to grandement contribué à faire connaître la musique de
him in return. violoneux métisse, et le violon le lui a bien rendu.
Born in 1942 in a small community in Northern Sas­ John est issu d’une famille qui comptait avant lui neuf
katchewan, John traces his musical roots back through générations de musiciens. Il est né en 1942 dans une
nine generations. Even as a child he knew that he would petite collectivité du nord de la Saskatchewan et savait,
become a fiddler. Growing up poor with nine siblings, his tout enfant, qu’il serait violoneux. Pauvres au point de
family could not often afford the luxury of batteries for ne pouvoir acheter régulièrement de piles pour le poste
the radio, so they would get out their fiddles and spend de radio, ses parents passaient de longues heures à jouer
many hours playing music and dancing. Before he ever du violon et à danser en compagnie de leurs 10 enfants.
touched a bow, John watched the jiggers, absorbed by Avant d’avoir jamais touché un archet, John contemplait
the music and the way their feet moved to the music. les danseurs de gigue en se laissant absorber par la mu­

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Like most fiddlers of the day, John and the Canadian Traditional Red sique et les mouvements cadencés En 1998, il inaugurait le John
learned his vast repertoire of Métis River Jigging Championships; both de leurs pieds. Arcand Fiddle Fest, qui a lieu sur
songs by watching and figuring out contests draw competitors from Comme la plupart des violoneux sa propriété au sud de Saskatoon.
the music with the help of his dad across Canada. de sa génération, John a acquis Cet événement annuel comporte
and grandfather. By the age of 12, John is a recipient of numerous son vaste répertoire de chansons des ateliers de musique, des con­
John was playing fiddle for dances, awards including the National Ab­ métisses en famille, avec l’aide de certs, des soirées dansantes et
and began to develop the unique, original Achievement Award and son père et de son grand-père. À deux compétitions qui attirent des
flowing, rhythmic lilt that makes his the Order of Canada. Through it all, 12 ans, il jouait du violon dans les participants de partout au pays :
playing instantly recognizable by John remains, at his core, a fiddler soirées dansantes. Il développait les Canadian Traditional Red River
fiddlers everywhere and has earned — humble about his achievements, déjà le son unique, fluide et ryth­ Jigging Championships et le seul
him the reputation as a “dancer’s dedicated to his music and grate­ mique qui le distingue parmi les concours de violoneux dans l’ouest
choice.” ful for the opportunities life has violoneux du monde entier et qui lui du Canada qui inclut une catégorie
John has 15 recordings to his brought him. “Not many people are a valu la réputation d’être le « choix traditionnelle métisse.
credit, and has composed more able to make a living playing the des danseurs ». John a remporté de nom­
than 300 original fiddle tunes. Now fiddle,” he says. “Ever since I started John a produit 15 enregistrements breux prix, dont un Prix national
in his sixties, he remains an active playing, the fiddle’s been good to et composé plus de 300 airs origi­ d’excellence décerné aux autoch­
and popular performer, well-known me. By staying true to my roots, I’ve naux pour le violon. Aujourd’hui tones et il a reçu l’Ordre du Canada.
at festivals, jamborees and events gotten to play for dignitaries all over dans la soixantaine, il demeure un Mais à travers tout cela il demeure,
across the country. the world, and for my own people. interprète actif et populaire, bien au plus profond de lui-même, un
But John’s passion for the instru­ What else could a man ask for?” connu dans les festivals, les jambo­ violoneux — humble en ce qui a
ment doesn’t stop there. He’s also rees et toutes sortes d’autres événe­ trait à ses réalisations, dévoué à sa
a passionate collector, mender and ments partout au Canada. musique et reconnaissant pour les
maker of fiddles, an accomplished Mais la passion de John pour occasions qui lui ont été offertes.
luthier whose instruments are le violon prend encore d’autres « Peu de personnes ont la possi­
sought out by discerning musicians. formes. Il est également un collec­ bilité de gagner leur vie en jouant
Moreover, he is deeply committed tionneur, un réparateur et un fabri­ du violon, observe-t-il. Depuis que
to teaching and sharing his love of cant passionné de violons, un luthier j’ai commencé à jouer, le violon m’a
the fiddle to a younger generation accompli dont les instruments sont beaucoup apporté. En restant fidèle
of players. “Learning to play the fid­ recherchés par les connaisseurs. à mes origines, j’ai pu jouer pour
dle challenges the mind. You need De plus, John est très engagé des dignitaires partout au monde,
to focus on producing the sounds dans l’enseignement et déterminé mais également pour mon peuple.
you want,” says John. “That doesn’t à transmettre son amour du vio­ Qu’est-ce qu’un homme peut de­
leave much time for going out onto lon aux jeunes générations de mander de plus ! »
the streets and getting into trouble.” musiciens. « Apprendre à jouer du
He has taught and mentored many violon est un défi pour l’esprit. Il
young fiddlers across the country faut travailler en vue de produire
at fiddle camps, in private lessons, les sons désirés, explique-t-il. Cela
or through programs in schools. It’s ne vous laisse pas beaucoup de
one of the aspects of his career he temps pour traîner dans les rues
finds the most fulfilling. et avoir des ennuis. » Il est le pro­
In 1998, John inaugurated the fesseur et le mentor de plusieurs
John Arcand Fiddle Fest, held on his jeunes violoneux partout au pays,
property south of Saskatoon. The soit dans le cadre de camps de
annual event hosts music work­ violon, de cours privés ou de pro­
shops, concerts, dances, the only grammes scolaires. C’est là, selon
fiddle contest in Western Canada to lui, l’un des aspects les plus grati­
include a Traditional Métis category, fiants de sa carrière.

44
Above/Ci-dessus: From/De John Arcand and his Métis Fiddle, 2001.
Production: Gabriel Dumont Institute

Left/Ci-contre: Photo : Edna Manning

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singer/songwriter
music
dance/danse
/ musique
chanteuse/auteur-compositeur

Leela
Gilday
Leela Gilday has won more nominations and awards for La musique de Leela Gilday lui a valu de nombreuses
her music than most artists take home in a lifetime — all mises en candidature et plus de prix que la plupart des
before the age of 34. artistes n’en remportent dans une vie, et ce, même si
Leela was born and raised in Yellowknife, Northwest elle n’a pas encore atteint l’âge de 34 ans.
Territories. A deeply-rooted sense of belonging and Leela est née et a grandi à Yellowknife, dans les
pride in her Dene heritage infuses her music and lyrics. Territoires du Nord-Ouest. Sa musique et les paroles
Communicating that pride through music has been her de ses chansons traduisent un très fort sentiment
passion since she was a child. “My talent is a gift from d’appartenance et de fierté à l’endroit de son héritage
the Creator,” she says, “and it’s my duty to share it.” déné. Exprimer cette fierté par la musique est sa passion
Performing came naturally to Leela, who was raised depuis l’enfance : « Mon talent est un don du Créateur, et
in a musical family. She appeared at her first folk fes­ mon devoir est de le partager. »
tival at the age of eight and has gone on to perform Se produire en spectacle est une chose toute na­
across Canada. In addition to three Canadian Aboriginal turelle pour Leela, qui a grandi dans une famille où la
Music Awards, she has been nominated for several Ab­ musique occupait une grande place. Elle avait huit ans
original Peoples Choice Music awards; her 2007 album, lorsqu’elle est montée sur scène pour une première

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I am an Indian girl. Je suis une Indienne.
I hold my head up high, for the world. Je garde la tête haute, pour le monde.
I am the connection between past and future Je suis le lien entre le passé et l’avenir,
Spirit world and solid wood. Monde des esprits et monde matériel.

Traduction libre
Excerpt from “Indian Girl”
Extrait de la chanson « Indian Girl »
from the album spirit world, solid wood, 2002
de l’album spirit world, solid wood, 2002

Sedzé, won the Juno for Aborigi­ Touring and travel haven’t left fois dans le cadre d’un festival folk; dacte alors qu’elle avait 21 ans. Elle
nal Recording of the Year and the much time for an “ordinary life,” but elle sera par la suite appelée à se s’est ensuite produite dans de pe­
Western Canadian Music Award for Leela feels blessed by the opportu­ produire partout au Canada. Leela tites salles en chantant, pour la pre­
Aboriginal Recording. nity to share her stories and songs a été sélectionnée pour trois Ca­ mière fois, ses textes. Après y avoir
Leela’s songwriting springs from with the world. “I’ve played for mil­ nadian Aboriginal Music Awards et consacré ses fins de semaine et ses
her northern roots and her identity lions of people,” she says. “Now I pour plusieurs Aboriginal Peoples soirées pendant huit mois, elle put
as a Dene woman. But her training want to play for billions.” Choice Music Awards; son album enfin produire Spirit World, Solid
was originally in a much different Beyond the awards and recogni­ Sedzé, produit en 2007, a remporté Wood, en 2002. Ce premier album
genre — opera! While studying at tion, Leela’s greatest reward is hear­ le prix Juno de l’enregistrement de ayant été chaleureusement salué
the University of Alberta, she was ing from people who have been musique autochtone de l’année et par la critique, l’artiste a démis­
drawn to classical music by the moved or inspired by her music. “I le Western Canadian Music Award sionné de son emploi et n’a jamais,
richness of its tradition. Ultimately, hope that the songs people hear for Aboriginal Recording. depuis, regretté cette décision.
however, she realized much of that from me and what they take away Les textes de Leela reflètent ses Les voyages et les tournées ne lui
music “was written by white men in are things that uplift and enlighten racines nordiques et son identité ont guère permis de vivre « normale­
the 18th century. It does not repre­ them and make them identify with de femme dénée. Cependant sa ment », mais Leela est heureuse de
sent me. I wasn’t hearing my own their own experience so they learn première formation est d’un genre pouvoir offrir au monde ses his­
voice in what I was singing... It made something about the world or tout à fait différent : l’opéra ! Tan­ toires et ses chansons. « J’ai joué
me go back to songwriting and folk their life.” dis qu’elle étudiait à l’Université de pour des millions de personnes, dit-
music because it was important for l’Alberta, elle fut attirée par la riche elle. Je veux maintenant jouer pour
me to tell my stories from a Dene tradition de la musique classique. des milliards. »
woman’s perspective.” Elle finira cependant par se rendre Au-delà des prix et de la notoriété,
Leela taught herself to play guitar compte que cette musique « com­ sa plus grande récompense est de
when she was 21. She began perform­ posée par des hommes blancs du recevoir le témoignage de gens qui
ing at small venues, writing her own XVIIIe siècle » ne la représentait pas : ont été touchés ou inspirés par sa
songs for the first time. Over an eight « Je n’entendais pas ma propre voix musique : « J’espère que ce que les
month period, working on weekends dans ce que je chantais… Cela m’a gens retirent lorsqu’ils entendent
and evenings, she produced her first ramenée vers l’écriture et la mu­ mes chansons les transportent, les
album, spirit world, solid wood in sique folk parce qu’il m’importait édifient et les ramènent à leurs
2002. The album was released to de raconter mes propres histoires, propres expé­riences de sorte qu’ils
critical acclaim: Leela quit her day sous l’angle d’une femme dénée. » apprennent quelque chose sur le
job and never looked back. Leela apprit la guitare en autodi­ monde ou sur leur propre vie. »

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Above/Ci-dessus: Leela Gilday, first performance/premier
spectacle, Folk on the Rocks Music Festival, Yellowknife, NT.
Photo courtesy of the artist/Avec la permission de l’artiste

Left/À gauche: Photo: Jason Shafto

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singer/songwriter
music
dance/danse
/ musique
chanteuse/auteur-compositeur

art
Leela
Gilday
napoleOn
For Art Napoleon, it all started with Johnny Cash and an Pour Art Napoleon, tout a débuté avec Johnny Cash et
uncle’s bribe. un oncle désireux d’acheter son silence.
One day, when he was a child, Art was feeling “picked- Un jour, lorsqu’il était enfant, Art eut l’impression que
on” by his uncle. He announced his intention to take son oncle s’en prenait toujours à lui. Il lui fit savoir qu’il
the issue to a higher court — his grandmother. To fore­ porterait sa cause devant une instance supérieure — sa
stall this, Art’s uncle promised to teach him a Johnny grand-mère. Pour l’en dissuader, l’oncle promit de lui ap­
Cash song on the guitar. “He taught me the song and I prendre une chanson de Johnny Cash à la guitare. « Il
learned it instantly. He was really surprised. Seems like I m’a appris la chanson, et j’ai su la jouer sur-le-champ. Il
was a bit of a natural,” says Art. était vraiment étonné. Il semble que ce soit inné chez
Art Napoleon is a talented singer-songwriter of Dene moi », dit Art.
and Cree background, originally from Moberly Lake, B.C. Art Napoleon, des Premières Nations des Cris et des
Music was initially just a hobby to Art, not a livelihood. Dénés, est un chansonnier talentueux originaire de
He grew up in what he calls “…the old way, in the woods, Moberly Lake, en Colombie-Britannique. Au départ, la
learning about the land, animals and spirit-world.” Over musique n’était pour lui qu’un passe-temps, non un
the years Art worked as a hunting guide, a youth worker, moyen de subsistance. Il a grandi en suivant ce qu’il ap­

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a language teacher, a life-skills Art’s greatest sources of inspira­
coach, and was once elected chief tion is the way he’s able to connect
of his community. with audiences through his music,
But through it all, music held a raising awareness and bridging
special place in Art’s life. In the early cultures.
1990s, Art had the opportunity to “When someone walks up after a
record a demo with well-known Ca­ show and says something like ‘that
nadian folk artist, James Keelaghan. song you wrote helped me through
The session led to appearances on some hard times,’ it makes me
CBC Radio and performances at folk proud. Just knowing that my music
clubs and festivals across Canada. has touched lives… that makes it all
Art had found his audience. worthwhile.” Above/Ci-dessus: CD cover art/Couverture de CD: Art and Howard Short, short creative
Art has since released four ac­ Photo (below and opposite/ci-dessous et page suivante): Ben Fox-Pettit
claimed albums. His music has been
described as playful, nostalgic and
political. It has been labelled as roots,
country, blues and folk — a testa­
ment to the diversity and range of
Art’s songwriting. But perhaps the
best descriptor is Art’s own name for
his music — “Bush Country Blues.”
“I like this kind of music because
of the grittiness of it — the real life
stories, the pain and woe, frustra­
tion and celebration of life,” says Art.
“It’s soulful and honest, and people
relate to that.”
Having grown up with Cree-
speaking grandparents, Art feels
that language is integral to his work
and life, and an important part of
his performances and recordings.
“It’s central for me, part of my soul
and identity. It’s not an extracurric­
ular thing; it’s something that gives
me a different worldview.” His most
recent offering is a children’s CD,
created to assist in Cree-language
learning, which has been nominat­
ed for several awards.
His music may be blues-inspired,
but Art himself is full of humour.
His quick wit and onstage presence
have attracted a growing fan base
to his live performances at festivals,
conferences and schools across the
country.

52
pelle l’« ancienne manière, dans les âme et de mon identité. Cela n’a
bois, en apprenant à connaître la rien d’extrinsèque, c’est une chose
terre, les animaux et le monde des qui me donne une perspective dif­
esprits ». Au fil des ans, Art a travaillé férente sur le monde. » Sa plus ré­
comme guide de chasse, interve­ cente contribution est un CD conçu
nant auprès des jeunes, professeur pour aider les enfants à apprendre la
de langues et conseiller en adapta­ langue crie, CD qui a été en lice pour
tion au milieu. De plus, il a déjà été plusieurs prix.
élu chef de sa communauté. Quoique sa musique soit ins­
La musique n’a cependant ja­ pirée du blues, Art est lui-même
mais cessé d’occuper une place plein d’humour. Son esprit vif et
spéciale dans sa vie. Au début des sa présence sur scène attirent
années 1990, Art eut l’occasion un nombre sans cesse croissant
d’enregistrer une démo pour le d’admirateurs à ses prestations
chanteur folk cana­dien bien connu dans les festivals, les conférences et
James Keelaghan. Cette collabora­ les écoles partout au Canada.
tion lui a permis d’être entendu sur Sa plus grande source d’inspi­
les ondes de CBC et de se produire ­r­ation est la façon dont il peut, par
dans différentes salles de spectacle la musique, rejoindre les gens et
et différents festivals partout au les sensibiliser et rapprocher les
Canada. Art avait trouvé son public. cultures.
Depuis, Art a signé quatre albums, « Quand une personne vient me
tous très bien reçus. Ses chansons, voir après un spectacle et me dit
dont on a dit qu’elles sont ludiques, quelque chose comme “cette chan­
nostalgiques et politiques, ont été son que tu as écrite m’a aidé à tra­
diversement rattachées au roots, au verser une période difficile”, je suis
country, au blues ou au folk, ce qui fier. Le seul fait de savoir que ma
témoigne du registre étendu de son musique a touché des gens donne
écriture. Cependant l’expression qui un sens à ce que je fais. »
décrit le mieux cette musique est
sans doute celle que l’auteur utilise :
le bush country blues.
« J’aime ce genre de musique en
raison de son caractère direct — les
histoires véridiques, la souffrance et
la misère, la frustration et la célébra­
tion de la vie, dit Art. C’est une mu­
sique honnête et pleine d’émotions,
qui touche les gens. »
Ayant grandi auprès de grands-
parents qui parlaient cri, Art con­
sidère que cette langue est une
composante essentielle de son œu­
vre et de sa vie, qu’elle tient un rôle
important dans ses spectacles et
ses enregistrements. « C’est primor­
dial pour moi, cela fait partie de mon

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singer/songwriter
music
dance/danse
/ musique
chanteuse/auteur-compositeur

natHalie
Leela
Gilday
picard
Huron-Wendat flautist Nathalie Picard was already an La flûtiste huronne-wendat Nathalie Picard était déjà
accomplished musician with a strong technical back­ une musicienne accomplie, qui possédait de solides
ground of classical Cuban and Latin music when she connaissances techniques en musique classique cubaine
found her heart’s true voice in the rich musical heritage et latine, lorsqu’elle a découvert sa véritable passion dans
of her Iroquoian ancestors. le riche héritage musical de ses ancêtres iroquoiens.
Raised in Quebec City, Nathalie started playing the Nathalie a grandi à Québec et pratiqué la flûte dès
flute by ear when she was a child. She was accepted l’enfance en jouant à l’oreille. Reçue au Conservatoire
into the Music Conservatory of Quebec at the age of 14, de musique de Québec à l’âge de 14 ans, elle a poursuivi
and continued her musical journey at the University of son périple musical à l’Université de Montréal.
Montreal. Elle a par la suite étudié auprès du regretté maître
Later she studied with the late master flautist Richard flûtiste cubain Richard Egües ainsi qu’auprès du
Eguës of Cuba, and with Puerto Rican Grammy-winner Portoricain Nestor Torres, lauréat d’un Grammy. « J’ai
Nestor Torres. “I tried different kinds of music from essayé plusieurs styles de musique, de partout dans
around the world. I think I was looking for something,” le monde. Je crois que je cherchais quelque chose »,
she says. raconte Nathalie.

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Above/Ci-dessus: Nathalie Picard, performance, Québec, 2004. Photo: Brvtvs Corp.
Right/À droite: Burled wood flute/flûte de bois à fil enchevêtré. Photo: Brent Haines

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In 1996, Nathalie found the music Nathalie has found that music is En 1996, invitée à interpréter des de jazz de Montréal, à Ottawa avec
she was looking for when she was the key that opens doors to sharing pièces de musique autochtones l’Orchestre du Centre national des
invited to play some Aboriginal with other cultures. Her early pas­ dans le cadre d’un festival multi­ Arts à plusieurs autres endroits, à
songs at a multicultural festival in sion for Latin music and her love of culturel à Montréal, Nathalie trouva l’étranger comme au Canada.
Montreal. the traditional are giving form to an enfin la musique qu’elle cherchait. Nathalie a pris conscience que
“I have a strong connection with exciting new synthesis: “I want to « Je me sens très proche de cette la musique est une clé capable
this (music),” says Nathalie. “It’s a explore, with the help of Yoel Diaz, musique, dit-elle. C’est une façon d’ouvrir les portes du partage inter­
way of honouring my ancestors. It’s mixing Cuban music with Aborigi­ d’honorer mes ancêtres. C’est dif­ culturel. Sa première passion pour
hard to be Huron because there are nal music, blending the music and ficile d’être huron parce que notre la musique latine et son plus récent
so few in our nation. Maybe that’s trying out new styles.” nation compte très peu d’individus. amour de la musique traditionnelle
why my feelings are so strong.” She is also excited about perform­ Peut-être est-ce pour cette raison donnent lieu à une synthèse inédite
She began to explore traditional ing for young audiences, talking to que mes sentiments sont si forts. » et emballante : « Je veux explorer,
Aboriginal music, attending pow­ Aboriginal children about tradition­ Nathalie a donc entrepris d’ex­ avec l’aide de Yoël Díaz, le mariage
wows and ceremonies with her al music and encouraging them to plorer la musique autochtone tra­ des musiques cubaine et autoch­
father, learning about her people take pride in their heritage. ditionnelle : elle a pris part à des tone, faire des mélanges et essayer
and the music they played. She “Children want to learn and be pow-wow ou à d’autres cérémonies, de nouveaux styles. »
mastered ancient instruments — a respected,” says Nathalie. “Singing en compagnie de son père, et s’est Elle déborde aussi d’enthou­
deer bone transverse flute, a moose their traditional songs helps them documentée sur son peuple ainsi siasme à l’idée de se produire de­
whistle, and traditional wooden with their identity. Our grandpar­ que sur la musique qui lui est pro­ vant un jeune public, de parler aux
Native American Indian flutes. Many ents had that, but because of preju­ pre. Elle a appris à jouer de certains enfants autochtones de la musique
of these instruments imitate sounds dice, they tried to protect us from instruments anciens — une flûte tra­ traditionnelle et de les encourager
of nature — birds, animals, forest. our own tradition. We thought we’d versière en os de cerf, un sifflet en os à être fiers de leur héritage.
This connection with the elemen­ lost a lot. But it is still there for those d’orignal et des flûtes amérindiennes « Les enfants veulent apprendre
tal is one of the things that draws who want to listen.” traditionnelles en bois. Parmi ces ins­ et être respectés, croit Nathalie.
Nathalie to traditional music; it is a “We are children of the earth and truments s’en trouvent plusieurs qui Chanter les chansons traditionnelles
bridge to what she calls “the magic part of nature… I’m trying to express imitent les sons de la nature — les de leur culture les aide à construire
side of life.” this in my personal musical path. oiseaux, les animaux, la forêt. Cette leur identité. Nos grands-parents
Over the years Nathalie has con­ And as a musician, I feel privileged connexion avec l’« élémentaire » est avaient cela, mais ont voulu, à cause
tributed to recordings by other art­ to have the chance to share this notamment ce qui attire la flûtiste de préjugés, nous protéger de notre
ists, produced her own CD in 1999 with the world.” vers la musique traditionnelle; cela propre tradition. Nous pensions que
and provided music for film and constitue un pont vers ce qu’elle ap­ nous avions beaucoup perdu. Mais
television. She remains active on the pelle le « côté magique de la vie ». c’est toujours là, pour peu que l’on
festival circuit as a solo artist and Au fil des ans, Nathalie a con­ se donne la peine d’écouter. »
as a member of Cuban pianist and tribué aux enregistrements de bon « Nous sommes des enfants de la
composer Yoel Diaz’s ensembles, nombre d’artistes, lancé son propre Terre et faisons partie de la nature.
performing at the Montreal Interna­ CD (en 1999) et travaillé comme C’est ce que j’essaie d’exprimer dans
tional Jazz Festival, with the National musicienne pour le cinéma et la té­ mon cheminement musical person­
Arts Centre Orchestra in Ottawa, lévision. Elle demeure active dans nel. Et en tant que musicienne, je
and venues around the world. le circuit des festivals : en solo ou me sens privilégiée de pouvoir par­
dans les ensembles du pianiste et tager cela avec le monde. »
compositeur cubain Yoël Díaz, elle
se produit au Festival international

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58
singer/songwriter
theatre
dance/danse
/ théâtre
chanteuse/auteur-compositeur

marie
Leela
Gilday
clements
What’s an actress to do when she’s fed up with clichéd Que peut faire une actrice lorsqu’elle en a assez des
scripts that pigeonhole Aboriginal women into the scénarios qui cataloguent les femmes autochtones en
same, weary stereotypes? If you’re Marie Clements, you les cantonnant dans les mêmes stéréotypes éculés ?
start writing your own material. And with 10 plays, two Si vous êtes Marie Clements, vous décidez d’écrire vos
feature-length films, numerous awards and more than propres textes. Auteure de 10 pièces de théâtre et de
70 theatre and media productions to her credit, she 2 longs-métrages, gagnante de nombreux prix et comp­
seems to have found the right solution. tant à son actif 70 productions théâtrales ou média­
Raised in Vancouver, Marie fell in love with old black- tiques, il semble qu’elle a fait le bon choix.
and-white movies as a child. She trained as an actress Élevée à Vancouver, Marie est tombée amoureuse des
for several years, studied theatre in high school and uni­ vieux films en noir et blanc lorsqu’elle était enfant. Elle a
versity, then decided to pursue a career in broadcasting suivi une formation d’actrice pendant plusieurs années,
instead. “I loved the chaos of doing news,” she says. étudiant le théâtre à l’école secondaire puis à l’université,
But after seven years of chaos, Marie returned to pour finalement décider de faire carrière dans la télédif­
performing. She resumed her training and accepted fusion. « J’adorais le chaos du téléjournal », avoue-t-elle.
several film roles. The work was fun, but the typecasting Cependant, après sept ans de ce chaos, Marie est re­

59
became increasingly frustrating. “I which premiered at the National panies. So in 2001, Marie formed performance and production. In
was playing the same role over and Arts Centre in Ottawa in 2007, tells Urban Ink, a group that creates, 2007, Marie created a new film com­
over again,” she says. So she began the story of renowned artist Nor­ develops and produces Aborigi­ pany with Evan Adams, called frog
to write. val Morriseau, and was nominated nal and culturally diverse works girl films. The company produces
She started writing her first play for the 2007 Governor General’s in theatre and film. Over seven innovative works of film, television
in the early 1990s, while touring award. The Unnatural and Acciden- years, Urban Ink has grown from a and new media that “speak to con­
with a theatre company across On­ tal Women won the Jessie Award small experimental theatre group temporary Aboriginal realities while
tario. The play, Age of Iron, was pro­ for Outstanding Original Play in to an internationally-recognized pursuing and promoting the artistic
duced in Vancouver and nominated Development, was adapted into an organization, with a passionate excellence of our authentic form
for two Jessie Richardson Theatre award-winning feature-length film, commitment to develop new work and vision forward.”
awards (Jessies). and was nominated for a Leo Award. and emerging artists. Creating new work and embark­
Over the next decade Marie wrote The play explores the actual murder Marie’s passion for experimen­ ing on new artistic frontiers contin­
four more plays, including Burning of two Aboriginal women in Van­ tation and innovation has found ue to give Marie her greatest plea­
Vision, a moving story about the couver; its ironic title refers to the its most recent expression in two sure. “As a writer or creator, you’re
Dene who mined uranium in the dismissive cause of death assigned new projects. Fathom Labs High­ responsible for a story, and respon­
Northwest Territories for the atomic by indifferent police. way is a creative laboratory that sible to the story, to see it realized
bomb dropped on Hiroshima, Ja­ Early in her career, Marie dis­ invites Aboriginal and culturally with integrity,” says Marie. “That’s
pan. Burning Vision toured nation­ covered that it’s one thing to write diverse artists to create new work the best anyone can ask for. I can’t
ally, won the 2004 Canada Japan a play, but quite another to have it in all artistic disciplines. Part think- imagine doing anything else.”
Literary Award, and was nominated produced. Not many mainstream tank, part multimedia melting pot,
for six Jessies, the Governor Gener­ companies were interested in stag­ it’s a conceptual space that aims Below/Ci-dessous: Kevin Loring,
al’s Literary Award and the George ing Aboriginal work, and there were to focuse energy and creativity in Copper Thunderbird, 2007.
Ryga Award. Copper Thunderbird, very few Aboriginal theatre com­ order to realize new dreams for Photo: Oliver Domenchini

60
Left/Ci-contre:
Herbie Barnes,
Billy Merasty and/
et Kevin Loring,
Copper Thunder-
bird, 2007. Photo:
Andrée Lanthier

tournée aux arts de la scène. Sa for­ Prix littéraire George-Ryga. Copper crée, développe et produit des les nouveaux médias, qui « interpel­
mation terminée, elle obtint divers Thunderbird, présentée en première œuvres autochtones ou issues de lent les réalités autochtones contem­
rôles au cinéma. Ce travail lui plai­ mondiale au Centre national des cultures diverses en théâtre et en poraines et perpétuent, pour la faire
sait, mais la distribution stéréoty­ Arts d’Ottawa en 2007 et sélection­ cinéma. Du petit groupe de théâtre connaître, l’excellence artistique de
pée devint un problème de plus en née en même temps pour un Prix expérimental qu’il était à l’origine, nos conceptions et de notre vision ».
plus frustrant : « Je jouais toujours du Gouverneur général, raconte Urban Ink, en sept ans d’existence, Marie prend toujours un grand
le même rôle. » Elle s’est donc mise l’histoire du célèbre artiste Norval est devenu un organisme reconnu plaisir à créer de nouvelles œuvres et
à l’écriture. Morrisseau. The Unnatural and à l’échelle internationale et témoi­ à repousser les frontières artistiques.
L’écriture de sa première pièce Accidental Women a remporté un gne toujours d’un engagement pas­ « En tant qu’auteure et créatrice, je
remonte au début des années Jessie (catégorie Outstanding Origi­ sionné envers les nouvelles œuvres suis responsable d’une histoire, et
1990 alors qu’elle se produisait nal Play in Development), a été mise et les jeunes artistes. responsable devant cette histoire,
en tournée partout en Ontario. La en nomination pour les prix Leo et a La passion qu’éprouve Marie pour responsable de la voir se réaliser de
pièce en question, Age of Iron, a été donné lieu à un long-métrage primé. l’expérimentation et l’innovation façon intègre, dit Marie. C’est la meil­
présentée à Vancouver et sélection­ La pièce traite du meurtre (non fic­ a récemment trouvé à s’exprimer leure chose que quiconque puisse
née pour deux prix de théâtre Jessie- tif) de deux femmes autochtones à dans deux projets. Fathom Labs demander. Je ne peux m’imaginer
Richardson (Jessies). Vancouver; le titre ironique renvoie Highway est un laboratoire créatif faisant autre chose. »
Au cours des dix années qui ont à la négligence et au mépris dont où les artistes autochtones et issus
suivi, Marie a écrit quatre autres ont fait preuve les policiers chargés de cultures diverses sont invités
pièces. L’une d’entre elles, Burning de déterminer la cause des décès. à produire de nouvelles œuvres
Vision, est un récit poignant sur les Comme Marie s’en est rendu dans plusieurs disciplines. Groupe
Dénés employés dans les mines compte au tout début de sa ca­rrière de réflexion et creuset multimé­
d’uranium des Territoires du Nord- de dramaturge, c’est une chose que dia, ce laboratoire est un espace
Ouest et dont le travail a permis la d’écrire une pièce, mais c’en est une conceptuel qui vise à concentrer
fabrication de la bombe atomique tout autre que de la faire pro­du ­ ire. l’énergie et la créativité afin de
lancée sur Hiroshima. Burning Vi- Peu de compagnies de théâtre réaliser de nouveaux rêves pour
sion a été présentée partout au grand public étaient alors intéres­ l’interprétation et la production. En
pays et a remporté le Prix littéraire sées à mettre en scène une œuvre 2007, Marie a fondé une nouvelle
Canada-Japon en 2004; la pièce a autochtone, et les compagnies de société cinématographique avec
par ailleurs été sélectionnée pour théâtre autochtones étaient très Eve Adams : frog girl films. La so­
six Jessies, pour un Prix littéraire rares. Aussi Marie a-t-elle mis sur ciété produit des œuvres novatri­
du Gouverneur général et pour le pied Urban Ink en 2001 : le groupe ces pour le cinéma, la télévision et

61
62
singer/songwriter
theatre
dance/danse
/ théâtre
chanteuse/auteur-compositeur

monique
Leela
Gilday
mojica
For nearly four decades, Monique Mojica has chal­ Pendant près de quatre décennies, Monique Mojica a
lenged and delighted audiences as an acclaimed stage interpellé et ravi le public en tant qu’actrice de théâtre
and film actor, singer, TV host and playwright. Her in­ et de cinéma, chanteuse, animatrice à la télévision et
novative, collaborative work and her commitment to dramaturge. Son travail innovateur et axé sur la collabo­
promoting Aboriginal women’s voices, place Monique ration ainsi que son engagement à promouvoir la voix
at the forefront of Canada’s emerging Aboriginal theatre des femmes autochtones la placent au premier plan du
movement. nouveau théâtre autochtone au Canada.
Monique was born into an artistic family, the daugh­ Monique est née dans une famille d’artistes. Fille
ter of a Kuna/Rappahannock mother with Indigenous d’un père juif français et d’une mère Kuna/Rappahan­
roots in the southern United States and Central America nock ayant des racines autochtones dans le sud des
and a Jewish father from France. She was raised in the États-Unis et en Amérique centrale, elle a grandi dans le
bohemian Greenwich Village of the 1950s. Greenwich Village « bohémien » des années cinquante.
Given that three generations of her family have been Sa famille comptant trois générations d’artistes de la
involved in the performing arts (her mother and aunts scène (sa mère et ses tantes ont fondé l’avant-gardiste
founded New York City’s groundbreaking Spiderwoman Spiderwoman Theater à New York), il n’est pas étonnant

63
Theater), it’s not surprising that Mo­ gether multiple Indigenous cultures.
nique’s love for the theatre emerged “I work best getting people together,”
at an early age. At three, she began she says, “networking and honour­
drama, dance and music theory ing the different pieces and the
classes, and by age 10 was perform­ strengths that everyone can give
ing Shakespeare. into the whole.” Her current proj­
The political upheaval of the ect, Chocolate Woman Dreams
1960s drew Monique into the strug­ the Milky Way, seeks to move Ab­
gle for Aboriginal rights. But after original theatre beyond the “victim
her involvement with the American narrative” to explore connections
Indian Movement, she realized that between cultures, traditions and
her path to social justice lay in the artistic forms. It is the culmination
arts, and returned to her study of of a 20-year collaboration with Cree
dance and theatre. director Floyd Favel, researching
Monique became well-known to “Native Performance Culture.”
film and television audiences with Monique continues to explore
roles like Justine Osborne in the and weave connections between
CBC movie, Conspiracy of Silence peoples, traditions and artistic dis­
(1991), and Grandma-Builds-the-Fire ciplines, creating and expanding
in the award-winning movie Smoke a cultural space where Aboriginal
Signals (1998). On stage, she has women can find and refine their
performed the works of Tomson unique voice and stories. “The
Highway, Drew Hayden Taylor, work that I do is always about acts
Daniel David Moses and many other of healing and resistance. Personal
leading Aboriginal playwrights. healing, community healing and
But Monique also had her own cultural and historical reclamation.
stories to tell. In 1990, she wrote That’s what I am driven to do.”
Princess Pocahontas and the Blue
Spots, a play satirizing colonization
and celebrating Aboriginal women.
In 1999, along with Jani Lauzon
and Michelle St. John, she founded
Turtle Gals, a contemporary theatre
ensemble that tackled sensitive
and topical issues facing Aborigi­
nal people. The Scrubbing Project
(1999) addresses internalized rac­
ism, uncovering and exploring the
impulse to “scrub” or cleanse one­
self of one’s own skin colour. The
Above/Ci-dessus: Monique Mojica, Michelle St. John and/et Jani Lauzon, Triple Truth, nominated in 2005 for
The Scrubbing Project, 2002. Photo: Nir Bareket a Dora Mavor Moore Award, tells the
story of Aboriginal economies from
pre-contact to modern times in 60
minutes of song, story and music.
Monique enjoys the creative syn­
ergy that comes from bringing to­

64
que la passion du théâtre se soit l’histoire de l’économie autochtone
manifestée très tôt chez Monique. depuis la période préeuropéenne,
Elle suivait, à trois ans, des cours en 60 minutes de chansons, de
d’art dramatique, de danse et de récits et de musique.
théorie musicale, et, à dix ans, jouait Monique apprécie la synergie
du Shakespeare. créative qu’entraîne la rencontre de
Le bouleversement politique différentes cultures autochtones.
des années soixante a tout d’abord « Je travaille mieux lorsque je ras­
entraîné Monique dans la lutte semble les gens, dit-elle, en les
pour les droits des autochtones. interconnectant et en honorant
Toutefois, après avoir milité dans l’apport et les forces que chacun
l’American Indian Movement, elle peut apporter à l’ensemble. » Son
a pris conscience que les arts lui projet en cours, Chocolate Woman
permettraient de faire progresser la Dreams the Milky Way, vise à porter
justice sociale : elle s’est de nouveau le théâtre autochtone au-delà du
tournée vers l’étude de la danse et « récit de victime » pour explorer les
du théâtre. connexions entre cultures, traditions
Monique Mojica est bien connue et formes artistiques. Cette œuvre
du grand public pour avoir tenu sera le fruit de 20 ans de recherches
des rôles tels que celui de Julie en collaboration avec le metteur en
Osborne dans le film de la CBC scène cri Floyd Flavel sur la « culture
Conspiracy of Silence (1991) ou ce­ du spectacle autochtone ».
lui de « Grandma Builds-the-Fire » Monique continue d’explorer et
dans le film primé Smoke Signals de tisser des connexions entre les
(1998). Au théâtre, elle a joué les peuples, les traditions et les disci­
pièces de Tomson Highway, Drew plines artistiques, en créant et en
Hayden Taylor, Daniel David Moses élargissant un espace culturel où
et de plusieurs autres grands dra­ les femmes autochtones peuvent
maturges autochtones. trouver et parfaire leur voix et leurs
Monique avait par ailleurs ses pro­ histoires particulières : « Mon travail
pres histoires à raconter. En 1990, se rapporte toujours à des actes
elle a signé Princess Pocahontas de guérison et de résistance. La
and the Blue Spots, une pièce qui guérison personnelle, la guérison
fait la satire de la colonisation et cé­ communautaire, la reconquête his­
lèbre les femmes autochtones. En torique et culturelle, voici ce que je
1999, avec Jani Lauzon et Michelle m’efforce d’accomplir. »
St. John, elle a fondé Turtle Gals, une
troupe de théâtre contemporain qui
aborde des sujets difficiles et actuels
touchant les peuples autochtones.
The Scrubbing Project (1999) traite
du racisme intériorisé en dévoilant
et examinant le désir qu’éprouvent
certaines personnes de « nettoyer » Right/À droite: Monique Mojica as/inter-
la couleur de leur peau. The Triple prétant Coyote, The Witch Story, Toronto
Truth, sélectionnée en 2005 pour Island/île de Toronto, 1986. Courtesy of the
un prix Dora Mavor Moore, raconte artist/Avec l’aimable permission de l’artiste

65
66
singer/songwriter
theatre
dance/danse
/ théâtre
chanteuse/auteur-compositeur

yvette
Leela
Gilday
nolan
Her audacious Aboriginal adaptation of Shakespeare’s Son audacieuse « adaptation autochtone » du Jules
Julius Caesar at the National Arts Centre in Ottawa at­ César de Shakespeare, au Centre national des Arts
tracted national interest. But playwright Yvette Nolan d’Ottawa, a retenu l’attention à l’échelle nationale. La
has never backed away from theatrical innovation, dramaturge Yvette Nolan n’a jamais reculé devant
tough content or a challenge to the powers that be. l’innovation théâtrale ni craint d’aborder des sujets dif­
Born in Saskatchewan and raised in Manitoba, Yvette ficiles ou de confronter l’establishment.
has worked across Canada as a playwright, director, Née en Saskatchewan mais élevée au Manitoba,
editor and dramaturge, redefining and expanding the Yvette a travaillé partout au Canada comme drama­
boundaries of Aboriginal theatre. In her first play, Blade turge, metteure en scène ou éditrice, en s’appliquant à
(1995), a young woman recounts the story of a man who redéfinir et repousser les limites du théâtre autochtone.
targeted and killed Aboriginal women, and of society’s Sa première pièce, Blade (1995), rapporte par la voix
indifference to the murders. It is a painful story, but one d’une jeune femme les agissements d’un assassin qui
Yvette felt she had to tell. ciblait des femmes autochtones, et l’indifférence de la
“Writing plays is about making sense of things that société devant ces meurtres. Il s’agit d’une histoire af­
don’t make sense. We can write things better — better fligeante, mais Yvette sentait qu’elle devait la raconter.

67
Left/À gauche:
Monique Mojica
and/et Keith Barker,
Death of a Chief, 2007.
Photo: Oliver
Domenchini

68
endings, lies, people and reasons encouraged to work as “artists,” « Écrire des pièces revient à don­ du pouvoir et de l’ambition éveillent
for things when there aren’t any unconstrained by either “white ner un sens aux choses qui en sont des résonances parmi les publics
reasons.” ways” of doing theatre or hack­ dépourvues. On peut améliorer les autochtone et non autochtone.
Since then, Yvette has written neyed preconceptions of “native” choses en les écrivant — de meilleurs Death of a Chief a suscité un débat
more than a dozen works for the the­ performing arts. dénouements, de meilleures illu­ considérable sur la nature du théâtre
atre and edited several anthologies “We can’t just put a powwow on sions, de meilleures personnes et « autochtone ». Yvette croit depuis
of Aboriginal theatre. Annie Mae’s stage and call that theatre,” says de meilleures raisons lorsqu’il n’y a longtemps que ces artistes devraient
Movement (2007) tells the story of Yvette. “With Death of a Chief, we pas de raisons. » être encouragés à travailler en tant
Annie Mae Aquash, a Mi’kmaq wom­ insisted that we be seen. At least Depuis, Yvette a rédigé plus d’une qu’« artistes », en ne se laissant entra­
an who joined the American Indian for that moment, whether we’re ac­ douzaine d’ouvrages pour le théâtre ver ni par la « manière blanche » de
Movement. Her unsolved murder cepted or not, we insisted that we et édité plusieurs anthologies du faire du théâtre ni par les clichés ou
on the Pine Ridge reservation in be seen differently.” théâtre autochtone. Annie Mae’s les idées préconçues qui s’attachent
South Dakota became a symbol of Yvette has served as the presi­ Movement (2007) raconte l’histoire aux arts « autochtones ».
Native Americans’ fight for justice dent of the Playwrights Union of d’Annie Mae Aquash, une femme « On ne peut se contenter de
and suffering at the hands of white Canada and Playwrights Canada micmaque ayant joint les rangs de présenter un pow-wow sur une
society. Press. Currently the artistic direc­ l’American Indian Movement. Le scène et de dire qu’il s’agit de
With Death of a Chief (2007), tor of Toronto’s Native Earth Per­ meurtre non résolu de cette femme, théâtre, déclare l’artiste. Avec Death
Yvette adapted Shakespeare’s Julius forming Arts, her goal is to ensure sur la réserve de Pine Ridge dans le of a Chief, nous avons insisté pour
Caesar. Set in an Aboriginal context, Aboriginal people are seen and Dakota du Sud, est devenu emblé­ être vus. Au moins pendant ce mo­
with a cast comprised mainly of heard as widely as possible on the matique de la souffrance des au­ ment, que l’on nous accepte ou non,
female performers, the produc­ Canadian theatre scene. tochtones aux mains de la société nous avons insisté pour être vus
tion blended the original script and Much of Yvette’s inspiration is blanche des États-Unis, et de leur différemment. »
narrative with Native languages, drawn from young and emerging combat pour la justice. Yvette a été présidente de la Play­
dance, and imagery. Its themes theatre artists, and she encourages Avec Death of a Chief (2007), wrights Union of Canada et de la
of power and ambition resonated them to master their art, follow dont la distribution se compose es­ Playwrights Canada Press. Actuelle­
with Aboriginal and non-Aboriginal their passion, and make a difference. sentiellement d’actrices, Yvette a ment directrice artistique du Native
audiences. “Learn to speak publicly and be will­ transposé le Jules César de Shake­ Earth Performing Arts de Toronto,
It also sparked considerable de­ ing to listen. Learn to write,” she speare dans un contexte autoch­ elle souhaite garantir aux autoch­
bate about what constitutes “Na­ says. “But whatever you do, learn tone. La pièce incorpore au texte tones un maximum de visibilité dans
tive” theatre. She has long believed to work in a powerful way… in a way d’origine les langues, les danses et les milieux du théâtre canadien.
that Aboriginal artists should be that will change things.” l’imagerie autochtones. Les thèmes L’inspiration d’Yvette provient
en grande partie des artistes de
la relève qu’elle côtoie. Elle les
encourage à maîtriser leur art, à
suivre leur passion et à « changer
les choses ». « Apprenez à vous
exprimer en public et soyez dis­
posés à écouter. Apprenez à écrire,
dit-elle. Mais quoi que vous fassiez,
apprenez à travailler avec efficacité.
De façon à changer les choses. »

Left/À gauche: Falen Johnson and/et


Lisa C. Ravensbergen, The Ecstasy of Rita
Joe by/de George Ryga, 2009.
Photo: Barbara Zimonick

69
70
singer/songwriter
theatre
dance/danse
/ théâtre
chanteuse/auteur-compositeur

Joe
Leela
Gilday
Osawabine
You could see it as the closing of a circle, or a sign of the Cela peut être perçu comme l’aboutissement d’une
maturation of Aboriginal theatre in Canada. Years ago, trajectoire en boucle ou comme un signe de la matu­
as a young actor, Joe Osawabine stepped onstage with ration du théâtre autochtone au Canada. Il y a de cela
one of the country’s best-known First Nations theatre des années, un jeune acteur du nom de Joe Osawabine
companies. He is now that company’s artistic director, montait sur scène avec l’une des compagnies théâ­
and drawing a whole new generation into his art. trales des Premières Nations les plus connues au pays. Il
Theatre has always been in Joe’s blood. His mother, en est maintenant le directeur artistique et entraîne une
also a performer, took Joe to his first plays. He made his toute nouvelle génération vers la pratique théâtrale.
stage debut at age 12, with the De-ba-jeh-mu-jig Theatre Joe a toujours eu le théâtre dans le sang. Sa mère,
Group, the company he would eventually lead. également actrice, est celle qui l’a emmené voir ses pre­
De-ba-jeh-mu-jig (“storytellers” in Cree and Ojibway) mières pièces. Il fit ses débuts sur scène à 12 ans, au sein
is a unique troupe from the Wikwemikong Unceded In­ du De-ba-jeh-mu-jig Theatre Group, la compagnie qu’il
dian Reserve on Manitoulin Island in Northern Ontario, devait un jour diriger.
where Joe was born and raised. “Debaj” creates al­ La troupe De-ba-jeh-mu-jig (« conteurs » en cri et en
most all its productions, which are staged, modern ojibwé) a été fondée dans la réserve indienne non cédée

71
incarnations of the ancient art of performance space. Joe hopes to
storytelling, an approach that reso­ see it evolve into a focal point and
nates with Joe. “We tell the stories gathering place for Aboriginal art­
of the people from our community,” ists in many disciplines.
he says. “We’re creating within our Joe is inspired by working with
own cultural frame of reference. students and other Aboriginal youth.
That’s our starting point.” As a member of The Best Medicine
Joe has spent his artistic career Troupe, he travels with other per­
working with Debaj. As an actor formers who provide theatre train­
he toured extensively with several ing to Aboriginal people in remote
productions throughout Canada northern communities. When the
and the United States. In 2004, he troupe first arrives in these commu­
co-wrote, performed and directed nities, the youth are often reserved
The Gift, one of Debaj’s main stage and silent. By the end of the training,
productions. Joe says, “They’re on stage perform­
Since becoming artistic director ing for their communities. Seeing
in 2004, Joe has helped to focus the that growth and having them see
company’s Four Directions Creation the possibilities within themselves
Process. A culturally-centred and — that’s rewarding.”
holistic approach to art that “recog­
nizes the artist as the creation and
the performance as the celebration,”
the process encourages balance
between the physical, emotional,
intellectual and spiritual aspects of
being. “Debaj has stopped trying to
fit into the mainstream model of a
theatre company,” says Joe. The
troupe turns instead to cultural
knowledge as the basis for theatri­
cal invention.
Joe also helps administer the
National Aboriginal Arts Animator
Program, a two-year professional
course for Aboriginal students. Stu­
dents receive in-depth instruction
in the fundamentals of theatre, and
are taught to “animate” the creation
of work back in their home commu­
nities. Some remain and continue
Poster/Affiche: A Trickster’s Tale, 2003. Graphic design/Conception graphique: Josh Peltier working with the company.
Debaj is, by any measure, an ar­
tistic and commercial success. Five
of its plays are being published,
and the company recently opened
a 125-seat theatre on Manitoulin
Island, with a full sound studio and

72
de Wikwemikong, sur l’île Manitoulin profondie des principes du théâtre
dans le nord de l’Ontario, où Joe est ainsi que les compétences néces­
né et a grandi. Presque toutes les saires pour « animer » la création
productions de « Debaj » sont des d’œuvres lorsqu’ils seront de retour
créations originales qui transposent dans leur collectivité. Quelques-uns
dans le présent l’art ancien du conte. resteront pour continuer à travailler
Cette approche rejoint Joe. « Nous auprès de la compagnie.
racontons les histoires de gens de Debaj est, sous tous les angles,
notre communauté, explique-t-il. un succès artistique et commercial.
Nous créons à partir de notre pro­ Cinq de ses pièces ont été publiées,
pre cadre de référence culturel. C’est et la compagnie a récemment ou­
notre point de départ. » vert un théâtre de 125 places sur l’île
La carrière artistique de Joe s’est Manitoulin, doté d’un studio pour
déroulée au sein de Debaj. Comme la prise du son et d’un espace pour
acteur, il a effectué de nombreuses les représentations. Joe souhaite
tournées pour présenter différentes que ce théâtre devienne un endroit
productions partout au Canada et important et qu’il constitue un lieu Above/Ci-dessus: De-ba-jeh-mu-jig Theatre Group, The Gulch, 2007.
Photo: De-ba-jeh-mu-jig Theatre Group/Nadya Kwandibens
aux États-Unis. En 2004, il a coécrit, de rassemblement pour les artistes
dirigé et joué The Gift, l’une des plus autochtones de disciplines variées. Below/Ci-dessous: Joe Osawabine as/interprétant Iktomi, A Trickster’s Tale by/de Tomson
Highway, 2003. Photo: De-ba-jeh-mu-jig Theatre Group
importantes productions théâtrales Joe Osawabine trouve son ins­
de Debaj. piration dans son travail auprès
Nommé directeur artistique en d’étudiants et d’autres jeunes au­
2004, Joe a contribué à mettre au tochtones. Membre de la Best Medi­
point le « processus de création à cine Troupe, il voyage avec d’autres
quatre directions » de la compa­gnie. artistes de la scène pour offrir des
À la fois holistique et axée sur la cours d’art dramatique aux autoch­
culture, cette approche particulière tones des collectivités éloignées du
de l’art « reconnaît l’artiste en tant Nord. Il est fréquent que les jeunes
que création et la performance en rencontrés dans ces collectivités
tant que célébration ». Le proces­ se montrent tout d’abord réservés
sus favorise l’atteinte d’un équilibre et silencieux. Mais, à la fin de leur
entre les aspects physiques, émo­ formation, dit Joe, « ils jouent sur
tionnels, intellectuels et spirituels scène pour les autres membres
de l’existence. « Debaj ne tente plus de la communauté. Être témoin de
de se conformer au modèle domi­ cet épanouissement, les amener à
nant de ce qu’est une compagnie prendre conscience de leur poten­
de théâtre, note Joe. La troupe se tiel, c’est cela qui est gratifiant. »
tourne plutôt vers la connaissance
culturelle pour en faire la base de
l’invention théâtrale. »
Joe apporte également son aide
à la gestion du National Aboriginal
Arts Animator Program, une forma­
tion professionnelle de deux ans
destinée aux étudiants autochtones.
Les étudiants inscrits au programme
acquièrent une connaissance ap­

73
74
visualsinger/songwriter
arts dance/danse
/ arts visuels
chanteuse/auteur-compositeur

URSULA
Leela
JOHNSON
Gilday
Many people spend years seeking their path in life. Not Les gens mettent souvent bien des années à trouver
Ursula Johnson. She can’t remember a time when she leur voie. Pas Ursula Johnson. D’aussi loin qu’elle se sou­
didn’t want to be an artist. vienne, elle a toujours voulu être artiste.
“When I was little, my mom took a photo of a jour­ « Quand j’étais petite, ma mère a photographié un
nalist interviewing me about speaking Mi’kmaq,” says journaliste qui m’interviewait sur le fait de parler mic­
Ursula. “And in the photo, I’m sitting there drawing. I told mac, raconte Ursula. Sur cette photo, on me voit assise
that journalist that I wanted to be an artist.” en train de dessiner. J’ai dit au journaliste que je serais
When people first meet Ursula Johnson, they are of­ une artiste. »
ten surprised by her youth. Her work shows a maturity Vu la maturité et le degré de sophistication dont té­
and sophistication far beyond her years. For that, Ur­ moigne son œuvre, les gens qui rencontrent Ursula
sula credits two pillars in her life — the wisdom of her Johnson pour la première fois sont souvent étonnés
family, particularly her great-grandmother (Ursula lived qu’elle soit si jeune. Ursula attribue cette précocité aux
with her when she was a child), and her strong grasp of deux influences majeures de son existence : la sagesse
Mi’kmaq language and culture. de sa famille — plus particulièrement celle de sa grand-
Born in Sydney, Cape Breton in 1980 and raised in mère, avec qui elle a vécu pendant son enfance — et

75
nearby Eskasoni, Ursula was the the Kitpu Youth Centre in Halifax sa profonde compréhension de la son temps et son énergie à sou­
first female Mi’kmaq student from — the kind of space she wishes she langue et de la culture micmaques. tenir et à encourager la jeunesse
Eskasoni First Nation to graduate could have accessed as a struggling Née à Sydney, au Cap-Breton, autochtone. D’abord défenseur de
from the Nova Scotia College of Art teenager. en 1980, puis élevée du côté la jeunesse et représentante du
and Design. As a student, she experi­ Ursula’s most recent artistic d’Eskasoni, Ursula a été la première soutien aux initiatives autochtones
mented with photography, drawing works are typically innovative fu­ jeune femme micmaque de la Pre­ auprès des Nations Unies, elle tra­
and theatre, before concentrating sions of ancient and experimental mière Nation d’Eskasoni à recevoir vaille maintenant à la création d’un
on screen printing, a medium that art forms. She is currently rediscov­ un diplôme du Nova Scotia College espace confortable et sécuritaire
allows her to combine and juxta­ ering one of her culture’s most en­ of Art and Design. Ses études l’ont pour la jeunesse au Kitpu Youth
pose elements of several media. during traditions — Mi’kmaq basket amenée à pratiquer la photogra­ Centre de Halifax — le type d’espace
Her work has been exhibited in weaving. By interviewing elders, phie, le dessin et le théâtre avant de auquel elle aurait aimé avoir accès
several Halifax galleries. One of working with youth, and studying se concentrer sur la sérigraphie, une lorsqu’elle était une adolescente es­
her best-known pieces, The Urban the history, economics and logis­ technique lui permettant d’intégrer sayant de percer.
Aboriginal Guide to Halifax, was in­ tics of basketry, Ursula is returning et de juxtaposer des éléments de Les plus récents projets artis­
spired in part by Ursula’s reflection to her cultural roots. She is linking diverses formes artistiques. tiques d’Ursula présentent des
on the Innu guides of the 19th-cen­ timeless knowledge with contem­ Son travail a été exposé à maintes fusions novatrices d’éléments tra­
tury Hind expedition, during which porary creative arts, and stepping reprises dans des galeries d’Halifax. ditionnels et expérimentaux : elle
Europeans first “discovered” ances­ into the ageless cycle of her people. L’une de ses œuvres les plus con­ redécouvre actuellement l’une des
tral Innu lands. It is simultaneously “I’m happy with my work so far,” nues, The Urban Aboriginal Guide traditions les plus durables de sa
an ironic comment on colonization, she says with a gentle smile. “But I to Halifax, est inspirée en partie culture — le tressage de paniers
a practical guide for Aboriginal peo­ can’t wait to be a great-grandmother, par les guides innus de l’expédition micmacs. En interrogeant les aînés,
ple moving from the reserve to the making my own baskets.” Hind, qui permit aux Européens du en travaillant auprès des jeunes, en
city, and an accomplished work of XIXe siècle de « découvrir » les terres étudiant l’histoire, l’économie et la
graphic art. ancestrales des Innus. Il s’agit tout logistique de la vannerie, Ursula est
Like many younger artists, Ursula à la fois d’un commentaire ironique retournée à ses racines. Elle allie le
is as interested in the process of sur la colonisation, d’un guide pra­ savoir immémorial aux arts créatifs
creation as the final product. Her tique à l’intention des autochtones contemporains, s’inscrivant ainsi
conceptual pieces combine images qui quittent la réserve pour gagner dans le cycle éternel de son peuple.
and elements from multiple media la ville et d’une remarquable œuvre « Je suis contente du travail que
and sources to explore and chal­ d’art graphique. j’ai accompli jusqu’ici, avoue-t-elle
lenge ideas of culture, identity and Comme de nombreux jeunes ar­ avec un sourire discret. Mais j’ai
ancestry. In many ways, her work is tistes, Ursula s’intéresse tant au pro­ hâte d’être une arrière-grand-mère
an ongoing voyage of interior inves­ cessus créatif qu’au produit final. occupée à tresser mes paniers. »
tigation and discovery, reflecting Ses œuvres conceptuelles intègrent
her own passionate exploration of des images et des éléments tirés de
the questions that shape her work disciplines et de sources diverses
and identity. What does it mean to pour explorer et mettre à l’épreuve
be Aboriginal? What does it mean les notions de culture, d’identité
to be a Mi’kmaq woman? ou d’ascendance. Sous plusieurs
Outside the studio, Ursula com­ aspects, son œuvre se présente
mits time and energy to supporting comme un voyage introspectif, qui
and encouraging Aboriginal youth. se poursuit toujours et rend compte
Formerly a youth advocate and d’une exploration passionnée du tra­
delegate supporting Indigenous vail et de l’identité de l’artiste. Que
initiatives at the United Nations, she signifie être autochtone ? Que signi­
now helps to create a safe and com­ fie être une femme micmaque ?
fortable space for young people at Hors de l’atelier, Ursula consacre

76
Above/Ci-dessus: Untitled/Sans titre, from NSCAD University graduation exhibition installation/de l’exposition-installation de fin d’études de l’Université NSCAD, Anna Leonowens
Gallery, April/avril 2006. Photo: Courtesy of/Avec l’aimable permission de Anna Leonowens Gallery

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visualsinger/songwriter
arts dance/danse
/ arts visuels
chanteuse/auteur-compositeur

steveN
Leela
Gilday
loft
One day in 1993, two new lives began for Steven Loft. His L’existence de Steven Loft fut doublement bouleversée
son was born and he was hired for the job that set him un jour de 1993. Alors que, d’une part, son fils naissait,
on a path as a curator, media artist, writer and leading d’autre part, on l’engageait, lui, pour un travail qui
advocate of Aboriginal arts in Canada. l’amènerait à être conservateur, artiste des arts mé­
Born in Hamilton, Ontario to a Mohawk father and diatiques, écrivain et champion des arts autochtones
a Jewish mother, Steven spent much of his time in du Canada.
Montreal. He absorbed arts and culture from his earliest Né d’un père mohawk et d’une mère juive à Hamilton
years, attending galleries, concerts, films and the theatre en Ontario, Steven a longtemps habité à Montréal. Initié
with his grandmother. aux arts et à la culture dès ses jeunes années, il a visité
Steven’s first professional goal was to be a chef, but des galeries, assisté à des concerts, visionné des films et
when he contracted a disease that affected his hands, fréquenté les théâtres avec sa grand-mère.
he went back to university and studied the arts. His La première ambition de Steven était d’être chef cui­
watershed moment arrived in 1993, when he was hired sinier. Après qu’une maladie eut abîmé ses mains, il a
by the Native Indian and Inuit Photographers Associa­ plutôt choisi de retourner à l’université pour étudier les
tion (NIIPA) for its video production program. NIIPA, the arts. Sa vie professionnelle prit un tournant décisif en

79
first Aboriginal artist-run centre in critical writer.” showcasing new works by most of sional environment, and when art­
Canada, was created to promote a Steven moved from NIIPA to an the major contemporary Aboriginal ists say thank you.”
positive, realistic and contemporary internship at the Art Gallery of Ham­ artists in Canada. “There are very few days that
image of Aboriginal people. NIIPA’s ilton in 1997, where he rose to the Today Steven is the first Aborigi­ go by that I don’t feel rewarded by
influence on Aboriginal art in Can­ position of First Nations curator-in- nal curator-in-residence at the Na­ what I’m doing.”
ada was profound, and Loft would residence, working with many other tional Gallery of Canada. He finds
play a significant role as video pro­ curators, including the ground­ tremendous satisfaction in expand­
ducer and artistic director. breaking Shirley Madill. ing the boundaries of what Cana­
At NIIPA Steven began to search In 2002, Steven became the exec­ dian and international audiences
for information on Aboriginal art. utive director at Urban Shaman Gal­ define as Aboriginal art. “It’s reward­
To his surprise, he found very little. lery, an Aboriginal artist-run centre ing when the work you’re doing is Below/Ci-dessous: Steven Loft beside/
His solution: do it yourself. “I said in Winnipeg. Under his five years of acknowledged, when people come devant Daddy’s Got a New Ride/Papa a
to myself, well, I’m a writer. So I just leadership, Urban Shaman evolved to your gallery and say ‘that’s re­ une nouvelle voiture by/de Dana Claxton,
started writing about Aboriginal into an award-winning, cutting-edge ally good and needed,’ when artists’ National Gallery of Canada/Musée des
art. I became a bit of a self-taught venue with a growing reputation for works are being shown in a profes­ beaux-arts du Canada. Photo: NGC/MBAC

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1993 lorsqu’on lui offrit d’œuvrer au cherché à se documenter sur En 2002, Steven s’est vu confier satisfaction lorsqu’il repousse les li­
sein du programme de production l’art autochtone. Étonné du peu la direction de l’Urban Shaman Gal­ mites de ce que le public canadien ou
vidéo de la Native Indian and Inuit d’information disponible, il prit sur lery, un centre d’artistes autoch­ international perçoit comme étant
Photographers Association (NIIPA). lui de corriger la situation : « Je me tones autogéré établi à Winnipeg. représentatif de l’art autochtone : « Il
Premier centre d’artistes autoch­ suis dit : je suis écrivain. Et j’ai entre­ Sous sa gouverne, pendant cinq est gratifiant de constater que votre
tones autogéré du Canada, la NIIPA pris d’écrire sur l’art autochtone. Je ans, la galerie est devenue un or­ travail est reconnu, d’entendre les
a été créée en vue de diffuser une suis devenu une sorte de critique ganisme primé, à la fine pointe de la visiteurs du lieu d’exposition vous
image positive, réaliste et contem­ autodidacte. » création artistique et reconnu pour dire que “cela est une chose bonne
poraine des peuples autochtones. En 1977, Steven a quitté la NIIPA présenter les œuvres les plus ré­ et nécessaire”, de voir que les œu­
La NIIPA a eu une forte influence sur pour effectuer un stage à l’Art Gal­ centes de la plupart des artistes au­ vres sont exposées dans un con­
l’art autochtone canadien : Steven lery of Hamilton. Conservateur tochtones importants au Canada. texte professionnel et de recevoir
Loft y a joué un rôle significatif autochtone en résidence, il a été Steven est aujourd’hui le pre­ les remerciements des artistes. »
en tant que producteur vidéo et amené à travailler avec plusieurs mier conservateur autochtone en « Il est très rare qu’un jour passe
directeur artistique. autres conservateurs, dont la pion­ résidence au Musée des beaux-arts sans que je me sente gratifié par
À la NIIPA, Steven a tout d’abord nière Shirley Madill. du Canada. Il éprouve une grande mon travail. »

This page/Sur cette page:


Keeshechewan (detail/détail), 2004.
Photos: Courtesy of the artist/
Avec l’aimable permission de l’artiste

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visualsinger/songwriter
arts dance/danse
/ arts visuels
chanteuse/auteur-compositeur

mary
Leela
Gilday
longman
Visitors to the MacKenzie Art Gallery in Regina, Saskatch­ Les visiteurs de la MacKenzie Art Gallery de Regina,
ewan, are inevitably drawn to Ancestors Rising (2006), en Saskatchewan, sont inévitablement attirés par
a dramatic exploration of the profound and ancient Ancestors Rising (Le réveil des ancêtres, 2006), une ex­
relationship between First Nations and the bison. It is a ploration dramatique du lien profond et ancien qui rat­
striking work that invites the audience to bear witness tache les Premières Nations au bison. Cette sculpture
to the Aboriginal history of the region and honour the saisissante invite le spectateur à prendre connaissance
Aboriginal experience. de l’histoire autochtone de la région et lui transmet un
The sculpture is the work of Mary Longman, a Saul­ sentiment de respect pour l’expérience autochtone.
teaux artist from Gordon First Nation in Saskatchewan. Ancestors Rising est l’œuvre de Mary Longman, artiste
Over the years, Mary has produced book illustrations, saulteaux de la Première Nation de Gordon en Saskat­
paintings, sketches, sculptures and mixed media, on dis­ chewan. Au fil des ans, Mary a produit des illustrations,
play in venues such as the National Gallery of Canada, des peintures, des dessins, des sculptures et des œuvres
the Vancouver Art Gallery and the Canadian Museum of de techniques mixtes, exposés notamment au Musée
Civilization. des beaux-arts du Canada, au Musée des beaux-arts de
The drive to share and express Aboriginal history and Vancouver et au Musée canadien des civilisations.

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experience in various media has been called the “Sixties Scoop,” when er and family at the age of 16, and throughout high school and univer­
a hallmark of Mary’s work and life. thousands of Aboriginal children spent 11 more years relocating with sity, earning degrees in fine art from
“Being an artist is just one of those were removed from their homes her other six siblings. the Emily Carr Institute of Art and
things I was born with,” she says. and became wards of the state. She Mary first began painting and Design in Vancouver, the Nova Sco­
Initially raised by her mother, aunt spent much of her childhood and drawing in her room as a child. Her tia College of Art and Design, and
and grandmother, at age five, Mary youth in foster care. Mary and her talent was recognized when she was the University of Victoria.
was caught up in what came to be sister were reunited with her moth­ still very young. She pursued art A self-professed tomboy, Mary
discovered she enjoyed using tools
and physical materials to create art,
which drew her to sculpture.
“Every sculpture has its own tac­
tile quality. With sculpture, you’re
able to feel your form and to inter­
act with it with your body.”
Mary is passionate about educa­
tion and First Nations history, and
has taught elementary and post-
secondary students for over 20
years. She is currently an associate
professor at the University of Sas­
katchewan in Saskatoon.
As an artist, Mary continues to ex­
periment and grow. Her recent work
incorporates natural materials, such
as rocks, bones and trees, drawing
on their spiritual quality and the
energy they hold. “The metaphoric
forms that evolve from my themes
are usually inspired by nature. I see
poetics in nature’s forms that reveal
a connection to the human story. It
has been my observation that the
human story of life is what con­
nects hearts and people. I see my
exhibitions as an opportunity for
viewers to make a connection with
the Aboriginal experience, to bring
understanding and perhaps make
meaning in their own lives.”

Left/À gauche: Co-dependents, 1996,


wood, leather, copper/bois, cuir, cuivre.
152 x 139 x 104 cm. Photo: Courtesy of the
artist/Avec l’aimable permission de l’artiste.

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La vie et le travail de Mary sont à dessiner dans sa chambre alors agrégée à l’Université de la Saskat­
marqués par la volonté de parta­ qu’elle était enfant, et son talent a chewan à Saskatoon.
ger et d’exprimer l’histoire et été reconnu très tôt. Des études en Artiste, elle ne cesse d’ex­
l’expérience autochtone en utilisant arts l’ont ensuite menée du secon­ périmenter et d’évoluer. Son travail
différentes techniques. « Être une daire à l’université : elle est diplô­ récent incorpore des matériaux
artiste est simplement l’une de ces mée de l’Emily Carr Institute of Art naturels tels que des pierres, des
choses qui m’accompagnent depuis and Design de Vancouver, du Nova os ou des arbres, et s’attache à la
la naissance. » Scotia College of Art and Design et qualité spirituelle, à l’énergie qu’ils
Tout d’abord élevée par sa mère, de l’Université de Victoria. contiennent. « Les formes méta­
sa tante et sa grand-mère, Mary fut Celle qui se voit elle-même comme phoriques auxquelles mes thèmes
entraînée à l’âge de cinq ans dans ce un « garçon manqué » s’est intéres­ donnent lieu sont habituellement
qu’on appellera plus tard le Sixties sée à la sculpture après avoir décou­ inspirées par la nature, explique
Scoop, une opération dans le cadre vert qu’il lui est agréable de produire Mary. Je perçois dans les formes
de laquelle des milliers d’enfants des œuvres d’art à l’aide d’outils et de la nature une poésie révélatrice
autochtones ont été retirés de leur d’objets matériels : « Chaque sculp­ de liens avec l’histoire humaine. J’ai
foyer pour devenir pupilles de l’État. ture possède sa propre qualité tac­ pu constater que l’histoire humaine Above/Ci-dessus: Birth of Life, 2000, wood,
Elle a donc passé une grande partie tile. Avec la sculpture, il est possible de la vie est ce qui connecte les rocks, steel cable, metal base/bois, pierres,
de son enfance et de sa jeunesse en de sentir la forme, et d’interagir phy­ cœurs et les gens. Telles que je les câble d’acier, base de métal. 180 x 188 x
famille d’accueil. Mary avait 16 ans siquement avec elle. » vois, mes expositions sont pour le 107 cm. Photo: Courtesy of the artist/Avec
lorsqu’elle-même et sa sœur aînée Mary se passionne pour spectateur une occasion de se rat­ l’aimable permission de l’artiste.
ont retrouvé leur mère et leur fa­ l’enseignement et l’histoire des tacher à l’expérience autochtone,
mille. Il aura fallu encore 11 années Premières Nations. Elle a enseigné de mieux compren­dre et peut-être Top of page/En haut de la page: Ancestors
de recherche pour retracer ses aux niveaux élémentaire et post­ de mieux discerner le sens de sa Rising, 2005 – 2006, bronze, copper cable,
6 autres frères et sœurs. secondaire pendant plus de 20 ans. propre existence. » stone/bronze, cable en cuivre, pierre. 1,5 x
Mary a commencé à peindre et Elle est actuellement professeure 6 x 6 m. Collection: MacKenzie Art Gallery.

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visualsinger/songwriter
arts dance/danse
/ arts visuels
chanteuse/auteur-compositeur

EDWARD
Leela
Gilday
POITRAS
An artist at the forefront of contemporary Canadian art, Artiste à l’avant-plan de l’art contemporain canadien,
Edward Poitras deftly explores and integrates multiple Edward Poitras explore avec brio de nombreux thèmes
themes and traditional and contemporary media. en ayant recours à la fois de techniques traditionnelles
Born in Saskatchewan, a member of the Gordon et contemporaines.
First Nation, Edward was exposed to art and culture by Né en Saskatchewan et membre de la Première
“hanging around with artists” as a teenager. He enrolled Nation de Gordon, Edward a pris goût à l’art et à la
in the Indian Art program at the Saskatchewan Indian culture « en traînant avec des artistes » pendant son
Cultural College in the early 1970s, where he studied adolescence. Au début des années 1970, il s’est inscrit au
with Aboriginal artist and author Sarain Stump. He also programme d’art indien du Collège culturel des Indiens
studied at Manitou College in Quebec, and has taught at de la Saskatchewan, où il a étudié auprès de l’artiste et
colleges and universities across Canada. auteur autochtone Sarain Stump. Il a également étudié
Edward is keenly aware of the contradictions, tensions au Collège Manitou, au Québec, et enseigné dans dif­
and realities that shape Aboriginal life in Canada. Raised férents collèges et universités partout au Canada.
in the city of Regina and on reserve, he was influenced Edward est tout à fait conscient des contradic­
by both his Métis father and his Cree-Saulteaux mother, tions, des tensions et des réalités qui façonnent la vie

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and now refers to his parentage ennial, an experience captured in a des autochtones au Canada. Élevé périodes et traditions. Ces divers
wryly as “a curious mix.” Edward documentary, entitled The Trickster: dans la ville de Regina et sur une éléments sont liés et se répondent
draws on these tensions and contra­ Edward Poitras in Venice. Other réserve, il a subi la double influence par l’effet de la forte perspective au­
dictions to explore themes such as honours include the Saskatchewan de son père métis et de sa mère crie tochtone qui sous-tend son travail.
assimilation, identity, displacement Lieutenant Governor’s Award for (Saulteaux); non sans ironie, il consi­ Présenté depuis deux décennies
and, as Edward calls it, the “recovery Innovation and the Canada Council dère aujourd’hui qu’il est issu d’un dans presque toutes les grandes
of history.” for the Arts’ Joseph S. Stauffer « curieux mélange ». Edward s’inspire expositions nationales et interna­
The breadth of his themes is mir­ Prize. In 2002, he received a Gov­ de ces tensions et contradictions tionales d’art autochtone, l’œuvre
rored in the wide range of media ernor General’s Award in Visual and pour explorer des thèmes tels que imposant d’Edward lui a valu
and techniques Edward uses in his Media Arts. l’assimilation, l’identité, le déplace­ l’honneur d’être le premier artiste
installations. Natural and manufac­ Edward works collaboratively ment et, suivant l’expression qu’il uti­ autochtone appelé à représenter le
tured materials, visual and sculp­ with artists and organizations, par­ lise, le « rapatriement de l’histoire ». Canada à la prestigieuse Biennale de
tural elements, horsehair and a ticularly in Saskatchewan. One of his La diversité des thèmes qu’il Venise. Cette expérience a d’ailleurs
paper surgical mask become raw personal goals is to give all people, aborde trouve un écho dans la fait l’objet d’un documentaire inti­
material for his groundbreaking, particularly Aboriginal youth, ac­ quantité de médiums et de tech­ tulé The Trickster : Edward Poitras
slyly subversive vision. One of his cess to art and artistic creation. He niques qu’il emploie pour créer ses in Venice. Il a également reçu le Prix
best-known installations, Internal hopes his own work inspires other installations. Matériaux naturels ou du lieutenant-gouverneur de la Sas­
Recall, includes a group of bound artists and encourages everyone artificiels, éléments sculpturaux ou katchewan pour l’innovation dans
figures that challenges visitors with to question the world around them. visuels, crins de cheval ou masque les arts et le Prix Joseph-S.-Stauffer
its disturbing connotations of bind­ “I would like to think that [my art] chirurgical de papier, voilà les ma­ du Conseil des Arts du Canada. Un
ing treaties and broken promises. In brings about some kind of change. tières premières mises au service Prix du Gouverneur général en arts
another piece, Treaty Card, Edward I like to work on an idea and then de son imagination novatrice et visuels et en arts médiatiques lui a
paints his face as a clown and in­ hopefully something positive will ingénieusement subversive. L’une aussi été décerné en 2002.
serts it into his official, laminated come out of it.” de ses installations parmi les plus Edward travaille en collaboration
Indian Status card, mocking the no­ connues, Internal Recall, comporte avec d’autres artistes et organismes,
tions of government-granted status, un groupe de figures attachées particulièrement en Saskatchewan.
the Indian Act, and other vestiges of qui provoquent le spectateur en L’un de ses objectifs personnels
colonialism. rappelant l’idée de traités contrai­ est de mettre l’art et la création ar­
Edward’s pieces shatter the gnants et de promesses non tenues. tistique à la portée de tous, et tout
accept­ed narrative of Aboriginal Dans une autre œuvre, Edward a particulièrement à la portée de la
history, allowing for new and often peint son visage sous les traits d’un jeunesse autochtone. Il souhaite
controversial ways of seeing and clown puis a inséré l’image obtenue que son travail inspire d’autres ar­
exploring the modern world through dans son certificat officiel et laminé tistes et encourage toute personne
Aboriginal eyes. His art combines de statut d’Indien. Ceci pour tourner à se questionner sur le monde dans
contemporary approaches with en dérision la notion du statut at­ lequel nous vivons : « J’aimerais
elements from many times and tribué par le gouvernement, la Loi pouvoir penser que [mes œuvres]
traditions. A powerful underlying sur les Indiens et d’autres vestiges provoquent une sorte de change­
Aboriginal perspective unites and du colonialisme. ment. J’aime travailler sur une idée
gives resonance to these diverse Les œuvres d’Edward malmènent en espérant que cela aura un résul­
elements. le récit accepté de l’histoire autoch­ tat positif. »
Featured for two decades in tone et suscitent fréquemment la
nearly every major national and controverse en offrant au specta­
international Aboriginal art exhibit, teur de saisir et d’explorer le monde
Edward’s impressive body of work moderne du point de vue d’un
won him the distinction of being the autochtone. Son œuvre juxtapose
first Aboriginal artist to represent les approches contemporaines et
Canada at the prestigious Venice Bi­ des éléments issus de différentes

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Right/À droite:
From/Extrait de
The Trickster:
Edward Poitras in
Venice, 1995,
film by/de Gordon
McLennan.
Photo: Moving
Images Distribution

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visualsinger/songwriter
arts dance/danse
/ arts visuels
chanteuse/auteur-compositeur

Jane
Leela
Gilday
ash poitras
Science and spirituality. Image and word. Tradition and La science et la spiritualité. L’image et le mot. La tradi­
postmodernism. The art of Jane Poitras is the art of jux­ tion et le postmodernisme. L’art de Jane Poitras en est
taposition, and techniques and images that find their un de juxtaposition, où techniques et images trouvent
shape in the synthesis of apparent “opposites” — like leur forme dans la synthèse d’apparents « contraires »
Jane herself. — tout comme Jane.
Born in the remote Alberta town of Fort Chipewyan Née en Alberta dans la municipalité isolée de Fort
as a member of Mikisew Cree First Nation, Jane was Chipewyan et membre de la Première Nation des Cris
orphaned as a young girl. She grew up in Edmonton Mikisew, Jane a perdu ses parents à un très jeune âge.
— in isolation from her Aboriginal roots and culture — Elle a grandi à Edmonton, coupée de ses racines et de
in the care of an elderly German woman who became sa culture autochtone, sous la gouverne d’une vieille
her guardian. As a child, Jane loved to draw, colour, cut dame d’origine allemande devenue sa tutrice. Enfant,
and paste, but a career in the arts seemed an unlikely elle aimait déjà dessiner, colorier, faire des découpages
choice; so she completed a degree in Microbiology et des collages. Cependant le choix d’une carrière artis­
from the University of Alberta. She continued to take art tique ne paraissait pas souhaitable : elle poursuivit un
classes in the evening, and with the encouragement of cursus qui lui permit d’obtenir un diplôme en micro­

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her friends, submitted a portfolio to elements of Aboriginal reality and History is often reflected in Jane’s ed Medicine (2004), explores the
the Fine Arts program at the Univer­ contemporary, mainstream soci­ work, frequently in images chal­ relation­ship between plants and cer­
sity of Alberta. She was immediately ety. Her creations are on display in lenging Eurocentric and colonial emonies. “Everything has a spirit,”
accepted and received a Bachelor every major gallery in Canada, and perspectives. Potato Peeling 101 to she says. “There is a very powerful
of Fine Arts in printmaking in 1983. in private and public collections Ethnobotany 101 (2004) is a mas­ feeling when you work the medi­
In 1985, she received a master’s de­ around the world. sive diptych that juxtaposes visions cines, and understand this tradition­
gree in printmaking from Columbia Jane’s remarkable and diverse of a residential school — its class­ al knowledge that Aboriginal people
University in New York, and her pro­ body of work draws on many sources rooms, blackboards and alphabet have had since time immemorial.”
fessional life in the arts began. — her lifelong exploration of her own — with images reflecting the deep One of Jane’s most evocative
Jane’s style is unique and instant­ Aboriginal roots, her upbringing, her wellspring of traditional knowledge pieces is The Contrary (1999), an
ly recognizable — a post-modern education, and her contemplation of held by Aboriginal people. apt description of the energy that
blend of Aboriginal imagery and the spiritual. “I’m a generalist,” she Jane’s interest in shamanism and drives her creativity. Past and pres­
unconventional combinations of says. “I’m not a specialist in just one the spiritual elements of ethno­ ent, brush and pen, scientist and
media. Her layered strands of image field. I’m knowledgeable in many botany led to a touring exhibition artist — from the space where the
and text are sometimes provoca­ fields — from philosophy to religion to organized by the Thunder Bay Art contrary fuses and reconciles flows
tive, sometimes ironic, contrasting shamanism to medicine to plants.” Gallery. The exhibition, Consecrat- the vibrant art of Jane Ash Poitras.

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biologie de l’Université de l’Alberta. lections particulières partout dans tuels de l’ethnobotanique a donné Above/Ci-dessus: Potato Peeling 101 to
Jane acquit néanmoins une forma­ le monde. lieu à une exposition itinérante or­ Ethnobotany 101, 2004, mixed media on
tion artistique en suivant des cours Auteure d’un œuvre remarqua­ ganisée par la Thunder Bay Art Gal­ canvas/techniques mixtes sur toile.
du soir puis, encouragée par des ble par sa diversité, Jane a pour lery. Cette exposition, Consecrated Photo: Courtesy of the artist/Avec l’aimable
amis, soumit un portfolio en vue sources d’inspiration l’exploration Medicine (2004), traite des rapports permission de l’artiste.
d’intégrer le programme de beaux- permanente de ses racines autoch­ existant entre les plantes et les céré­
arts de l’Université de l’Alberta. Elle tones, son éducation, sa formation monies. « Tout a un esprit, dit Jane. Opposite/Page précédente:
fut aussitôt acceptée. Elle obtint et la contemplation du monde spi­ On éprouve un sentiment puissant Sundancer Don’t Cry for Me, 1997, mixed
en 1983 un baccalauréat en beaux- rituel. « Je suis une généraliste, dit- lorsqu’on emploie les produits mé­ media on canvas/ techniques mixtes sur
arts avec spécialisation en gravure. elle. Je ne me spécialise pas dans dicinaux en comprenant le savoir toile, 152 x 244 cm. Collection: Art Gallery of
Elle reçut en 1985 son diplôme de un domaine précis. J’ai des connais­ traditionnel qui est celui des peu­ Mississauga. Photo: Courtesy of the artist/
maîtrise, toujours en gravure, à sances dans plusieurs domaines, ples autochtones depuis des temps Avec l’aimable permission de l’artiste
l’Université Columbia (à New York) de la philosophie à la religion, du immémoriaux. »
et entama aussitôt une vie profes­ chama­nisme à la médecine et aux L’une de ses œuvres les plus
sionnelle dans le monde des arts. plantes. » évocatrices s’intitule The Contrary
On reconnaît immédiatement le Le travail de Jane se rattache sou­ (1999), une juste description de
style unique de Jane Poitras, un mé­ vent à l’histoire au moyen d’images l’énergie qui porte sa créativité. Le
lange postmoderne où l’imagerie qui dérogent aux perspectives passé et le présent, le pinceau et la
autochtone rencontre différentes eurocentriques et coloniales. Po- plume, la scientifique et l’artiste —
techniques associées de façon tato Peeling 101 to Ethnobotany 101 d’un espace où les contraires se ren­
non conventionnelle. Provocateurs (2004) est un diptyque massif où se contrent et se réconcilient provient
ou ironiques, des enchaînements répondent les images d’un pension­ l’œuvre éclatant de Jane Ash Poitras.
superposés d’images et de textes nat — ses classes, ses tableaux avec
opposent les éléments de la réalité l’alphabet — et des images évoquant
autochtone à la société ambiante la source profonde du savoir tradi­
contemporaine. Ses créations sont tionnel des peuples autochtones.
exposées dans tous les grands mu­ L’intérêt que l’artiste porte au
sées canadiens et font partie de col­ chamanisme et aux éléments spiri­

93
94
writing
singer/songwriter
dance/danse
/ littérature
chanteuse/auteur-compositeur

Joanne
Leela
arnott
Gilday
Joanne Arnott is a poet who truly understands family. Issue d’une fratrie de huit et mère de six enfants, la
With eight siblings and six children, it’s not surprising poète Joanne Arnott sait vraiment ce qu’est une famille.
that family and community — forces that define and Il n’est pas étonnant que les thèmes de la famille et de la
connect us — are the themes that inspire and shape communauté — ces forces qui nous définissent et nous
much of her work. lient — inspirent et déterminent grandement son travail.
Born in Winnipeg, this proud “prairie girl” is a Métis/ Poète et auteure de littérature jeunesse, née à Winni­
mixed-blood poet and children’s author whose love for peg, cette fière « fille des prairies » métisse se passionne
the arts has its roots in her girlhood. Her father played pour les arts depuis son jeune âge. Son père jouait de
guitar, her mother was a visual artist, and her family la guitare, sa mère était une artiste des arts visuels et
would often sing together. Joanne began writing as a les membres de sa famille chantaient fréquemment en­
child, her poetry influenced by the music that surround­ semble. Joanne s’est adonnée à l’écriture dès l’enfance,
ed her. In high school, she joined a writer’s group and et sa poésie a d’abord été marquée par la musique
began creating poetry in earnest. qui l’entourait. À l’école secondaire, elle a joint un
Joanne’s first book of poetry, Wiles of Girlhood (1991), groupe d’auteurs pour se consacrer sérieusement à la
won the Gerald Lampert Award. She has published three création poétique.

95
Excerpt from “ Healing Circle,”
Mother Time: Poems New and Selected, 2007
“Writing is not a trouble-free road.
But it’s a great path for nurturing
yourself, your community and
having a positive influence
on the world.”

further collections; her most recent, — people who have had common
Mother Time (2007), articulates, in experiences. This has been a huge
an intimate and personal way, the part of my development as a per­
challenges of pregnancy and moth­ son; it anchors me to the world.”
erhood from her unique perspec­ Working with other artists
tive — a woman at the juncture of and bringing women together to
cultures, lives and generations. share experiences continues to be
Of her struggles as a woman Joanne’s passion. She looks forward
of mixed ancestry, she says: “In a to the emergence of a new genera­ history is long, the world
lot of ways, who I am never really tion of Aboriginal writers, with their
matched the social stories I was liv­ own voices and stories. both fierce and tremendous,
ing in. My family presented as white “Writing is not a trouble-free
but I wasn’t accepted as white.” road,” says Joanne Arnott. “But it’s one person alone
This perspective shapes her a great path for nurturing yourself,
other writings too. Breasting the your community and having a posi­
Waves: On Writing and Healing tive influence on the world.”
(1995), weaves together essays and is so much easier and stronger
autobiographical reflections, often
painful, on race and sexuality, while when she joins within the circle
Ma MacDonald (1993), a children’s
book, captures the beauty of natu­ of her people
ral childbirth.
Currently based in Richmond,
B.C., Joanne is committed to ex­
panding the community of Aborigi­ in the presence of Great Spirit
nal authors in Canada by facilitating
workshops and organizing events
that bring writers together to share
their stories. “This has had a heal­ and recognizes, home
ing effect on me,” she says. “I am
strengthened by people like me

96
Son premier recueil de poèmes, Travailler avec d’autres artistes
Wiles of Girlhood (1991), a remporté et rassembler les femmes pour
le prix Gerald-Lampert. Elle a publié les ame­ner à partager leurs expé­
« [L’écriture] n’est pas un chemin trois autres recueils; le plus récent, riences sont toujours les passions
Mother Time (2007), expose de fa­ de Joanne. Elle attend avec impa­
sans embûches. Toutefois, c’est çon intime et personnelle les défis tience que de nouvelles générations
un excellent moyen de se développer, qui accompagnent la grossesse et d’auteurs autochtones émergent,
la maternité, du point de vue par­ avec leurs propres voix et leurs pro­
d’enrichir notre communauté ticulier d’une femme qui se trouve à pres histoires.
et d’exercer une influence la jonction de cultures, de vies et de « [L’écriture] n’est pas un chemin
générations différentes. sans embûches, souligne Joanne
positive sur le monde. » Au sujet des combats qu’elle Arnott. Toutefois, c’est un excellent
a menés en tant que femme moyen de se développer, d’enrichir
d’ascendance mixte, elle raconte : notre communauté et d’exercer une
« De bien des manières, je n’ai jamais influence positive sur le monde. »
été vraiment assortie aux contextes
sociaux dans lesquels j’ai évolué.
Notre famille avait l’apparence des
Traduction libre Blancs, mais je n’étais pas acceptée
Extrait de « Healing Circle » comme Blanche. »
du recueil Mother Time Poems New and Selected, 2007 Cette perspective façonne aussi
ses autres écrits. Breasting the
Waves : On Writing and Healing
(1995) se compose d’essais et de
l’histoire est longue, le monde réflexions autobiographiques par­
fois douloureuses sur l’ethnicité
à la fois féroce et fantastique, et la sexualité alors que Ma
MacDonald (1993), un livre pour
une personne seule enfants, traduit la beauté de
l’accouchement naturel.
Actuellement installée à Rich­
mond, en Colombie-Britannique,
a plus de facilité et de force Joanne se consacre au dévelo­p­
pement de la communauté des
si elle joint le cercle auteurs autochtones du Canada
par l’animation d’ateliers et
de son peuple l’organisation d’événements, dans
le cadre desquels les écrivains se
rencontrent et partagent leurs his­
toires. « Cela a eu un effet répara­
en présence du Grand esprit teur sur moi, dit-elle. Les personnes
qui me ressemblent, qui ont vécu
des expériences semblables, me
rendent plus forte. Cela a constitué
et se sent chez elle une partie énorme de mon dévelo­p­
pement en tant que personne — et
me rattache au monde. »

97
98
writing
singer/songwriter
dance/danse
/ littérature
chanteuse/auteur-compositeur

Marilyn
Leela
Gilday
dumont
Coleridge’s Ancient Mariner was compelled to wander Le vieux marin du poème de Coleridge était contraint
the earth in search of an audience. Unless he could tell de parcourir le monde en quête d’un public : « Jusqu’à
his sad tale, he said, “this heart within me burns.” Two ce que mon affreuse histoire soit dite, le cœur me brûle
centuries later, Marilyn Dumont also felt a deep need to intérieurement », se lamentait-il. Deux siècles plus tard,
tell her story, fuelling a lifelong love of the written word. Marilyn Dumont a ressenti à son tour le pressant besoin
Marilyn is an award-winning Métis poet who is a de raconter son histoire, besoin qui se trouve à la base
descendant of Gabriel Dumont Sr., uncle to Gabriel de sa passion pour la littérature.
Dumont Jr., Louis Riel’s general. Her work has been Poète métisse, Marilyn est lauréate de plusieurs prix
widely anthologized and broadcast on radio and tele­ et descendante de Gabriel Dumont, lui-même oncle du
vision. She grew up in what she calls “rough Alberta jeune Gabriel Dumont, général de Louis Riel. Son travail,
farming country,” small towns where racism, like wheat qui figure dans plusieurs anthologies, a été diffusé à la
fields, was simply part of the landscape. A quiet, intro­ télévision comme à la radio. Elle a grandi dans ce qu’elle
spective child, she loved to read, and as a preteen dis­ nomme « le dur milieu agricole de l’Alberta » : de petites
covered John Steinbeck’s The Grapes of Wrath. “I was villes où le racisme, au même titre que les champs de
surprised at how easily I could relate to the characters blé, fait partie intégrante du paysage. Enfant calme et

99
in the book,” she recalls. “They were ed the Aboriginal Poetry Book of
concerned with survival and mak­ the Year and the McNally Robinson
ing sure the family could make a Aboriginal Book of the Year.
living.” That was a reality Marilyn If her first book explored and ex­
understood. orcised internal racism and anger,
Marilyn kept a journal growing her subsequent books reflect with
up. But it wasn’t until she reached humour and passion on family,
university that she realized, with the home, and ceremony. “The last book
encouragement of a writing instruc­ is more celebratory, particularly to­
tor, that others might want to read wards Aboriginal women, and the
Excerpt from her writings. complexity and tenacity and colour­
“A Letter to John A. MacDonald,” “I always thought I would be an fulness of Aboriginal women.”
A Really Good Brown Girl, 1996 artist. The idea of producing some­ Marilyn has been the writer in
thing and making things… that was residence at a public library, three
just what you did. You did it for en­ universities and a college and con­
Dear John: I’m still here and halfbreed, joyment, for fun, and it felt great,” tinues to mentor younger writers.
she says. Although her poetry has been rec­
After all these years Inspired in part by a poetry-writ­ ognized by numerous awards, for
You’re dead, funny thing, ing course, Marilyn began to save Marilyn, reaching other Aboriginal
and focus her writing. In her early people through her work is the
That railway you wanted so badly, thirties she immersed herself in the greatest gift of all.
There was talk a year ago work of national and international “It’s very rewarding when people
poets from a wide range of styles understand what I’m expressing.
Of shutting it down and backgrounds. She was particu­ And when I get feedback from other
larly drawn to the work of poets Aboriginal people who have been
And part of it was shut down,
from other colonized nations. given permission to feel something,
The dayliner at least, Encouraged by an editor’s en­ to break the silence and shame of
thusiasm for her growing stack of internal racism – that’s the most re­
‘from sea to shining sea’ poems, Marilyn submitted her first warding thing of all.”
And you know, John manuscript, A Really Good Brown
Girl. It was published in 1996 to
After all that shuffling us around positive reviews, won the Gerald
to suit the settlers, Lampert Memorial Award and is
now in its twelfth printing.
We’re still here and Métis. “That first book was pure surviv­
al,” says Marilyn. “A way to exorcise
my internal racism and feelings of
inadequacy. Instead of keeping all
that inside, I directed it outward, and
that freed me up to write about oth­
er things.” Her growing mastery of
style and breadth of subject matter
are evident in her next two books of
poetry — Green Girl Dreams Moun-
tains (2001), awarded the Alberta
poetry book of the year, and that
tongued belonging (2007), award­

100
introspective, Marilyn a toujours intériorisé et les sentiments
aimé lire : préado­lescente, elle dé­ d’inaptitude dont je souffrais. Au
Traduction libre couvrit Les Raisins de la colère de lieu de garder cela en moi, je l’ai diri­
Extrait de « Lettre à Sir John A. MacDonald », John Steinbeck. « Je pouvais facile­ gé vers l’extérieur, ce qui m’a libérée
du recueil A Really Good Brown Girl, 1996 ment m’identifier aux personnages et m’a permis d’aborder d’autres su­
de ce livre, et cela m’a surprise, se jets. » Sa grandissante maîtrise sty­
souvient-elle. Ils étaient préoccu­ listique et la variété des thèmes qui
Cher John : pés par des questions de survie et motivent son écriture deviendront
par la nécessité de nourrir leur fa­ évidentes dans les deux recueils
Je suis toujours là et de sang-mêlé mille. » Cette réalité, elle la compre­ publiés par la suite : Green Girl
nait très bien. Dreams Mountains (2001), nommé
Après toutes ces années
Marilyn a grandi en tenant un Alberta Poetry Book of the Year, et
Tu es mort, ironique, journal. À l’université, où elle reçut that tongued belonging (2007),
les encouragements d’un maître nommé Aboriginal Poetry Book of
Le chemin de fer que tu voulais d’écriture, elle comprit pour une the Year ainsi que McNally Robin­
si farouchement, première fois que d’autres per­ son Aboriginal Book of the Year.
sonnes pourraient être intéressées Alors que son premier livre explo­
On parlait l’an dernier à lire ses écrits. rait — pour les exorciser — la colère
De le fermer « J’ai toujours pensé que je se­ et le racisme intériorisés, ceux qui
rais une artiste. L’idée de produire ont suivi traitent avec humour et
Et une partie a été fermée, quelque chose, de créer… c’était passion de sujets tels que la famille,
exac­tement ce que l’on faisait, dit- la maison ou les cérémonials. « Le
Du moins, le train quotidien, elle. On le faisait pour s’amuser, pour dernier livre s’apparente davantage
« d’un océan à l’autre miroitant » le plaisir, et c’était extraordinaire. » à une célébration, particulièrement
Inspirée en partie par un cours en ce qui concerne les femmes au­
Et vous savez, John d’écriture poétique, Marilyn a en­ tochtones, leur ténacité ainsi que leur
Après nous avoir déplacés trepris de travailler son écriture et caractère complexe et pittoresque. »
commencé à conserver ses textes. Marilyn a été écrivaine en
pour plaire aux colonisateurs, Dans la jeune trentaine, elle s’est résidence dans une bibliothèque
plongée dans l’œuvre de poètes publique, dans trois universités et
Nous sommes toujours là et Métis.
nationaux et internationaux de dans un collège. Elle agit toujours
styles et de milieux divers. Elle était en tant que mentor auprès de plus
tout particulièrement attirée par les jeunes écrivains. Alors que ses
travaux de poètes issus d’autres na­ poèmes lui ont valu de nombreux
tions colonisées. prix, elle ne conçoit pas de plus
Right/À droite: Un éditeur s’étant enthousiasmé grande distinction que celle d’avoir
Joanne Arnott and/ pour les textes qu’elle avait accu­ touché d’autres autochtones par
et Marilyn Dumont mulés, Marilyn a soumis un premier son travail.
signing books manuscrit pour publication : A Really « Il est très gratifiant de savoir
at an Edmonton Good Brown Girl. Fort bien accueilli que des gens comprennent ce que
bookstore/par- à sa parution en 1966, l’ouvrage a j’exprime. Et quand je reçois les
ticipant à une remporté le prix commémoratif commentaires d’autres autochtones
séance de signature Gerald-Lampert et en est actuelle­ qui se sont autorisés à ressentir
dans une librairie ment à sa douzième réimpression. quelque chose, à briser le silence et
d’Edmonton, 2007. « Ce premier livre, affirme-t-elle, la honte qui entourent le problème
Photo: Aaron était nécessaire à ma survie, c’était du racisme intériorisé, voilà ce qui
Paquette une façon d’exorciser le racisme est le plus gratifiant. »

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writing
singer/songwriter
dance/danse
/ littérature
chanteuse/auteur-compositeur

taqralik
Leela
partridge
Gilday
Every artist is unique. But it’s not every day that you Tout artiste est unique. Cependant, on ne voit pas tous
see a young Inuit woman from Nunavik searing a cool les jours une jeune femme inuite du Nunavik galvaniser
Ottawa audience with a red-hot blend of poetry and un auditoire réservé d’Ottawa en lui servant, sur des
storytelling — all in burning hip-hop rhythms and rap rythmes hip-hop, un rap enflammé où s’entremêlent
rhymes. That’s Taqralik Partridge. récits et poèmes. Pourtant, c’est Taqralik Partridge.
Taqralik grew up in small communities in British Taqralik a grandi au sein de petites collectivités en
Columbia, Nunavut and northern Quebec (Nunavik), Colombie-Britannique, au Nunavut et dans le Nord
where she considers Kuujjuaq her hometown. It was québécois (Nunavik). Elle considère Kuujjuaq comme
this environment that encouraged her creativity. Her son port d’attache. Ce sont ces milieux qui ont stimulé
mother encouraged Taqralik to choose books over tele­ sa créativité. Sa mère l’encourageait à se tourner vers
vision, although CBC Radio was always part of the home les livres plutôt que vers la télévision bien que la radio
environment, and she became a reader and writer from de CBC ait toujours fait partie de l’environnement fami­
a very early age. lial. Taqralik s’est donc adonnée à la lecture et à l’écriture
“I did some sewing, made some clothing. But I needed dès son plus jeune âge.
a creative outlet,” she says. “Then one day, I heard this « J’ai fait de la couture, confectionné des vêtements.

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Above/Ci-dessus: Taqralik Partridge and/et Digging Roots, Sweet Water Music Festival, Victoria Harbour, Ontario, 2007. Photo: Nadya Kwandibens

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we are thick in blood nous sommes étroitement liés
our family tree is really notre arbre généalogique est vraiment fait
rivers de rivières
branching out over s’enracinant
thousands of miles sur des milliers de miles

Traduction libre
Excerpt from “Auntie,” 2005
Extrait de « Auntie », 2005

album on the radio. And one of the — and whatever needs to come out, Mais j’avais besoin d’un exutoire caractère passionné de Taqralik. Elle
tracks really caught my attention.” will come out.” créatif, explique-t-elle. Puis, un jour, touche son auditoire en abordant
The track — Papercuts, by an art­ While Taqralik’s primary venue j’ai entendu cet album à la radio. Et honnêtement des sujets difficiles
ist named Ian Kamau — was Taqrilik’s is live performance, her work has l’une des pièces a vraiment retenu tels que l’abus ou la violence. « Je ne
first exposure to spoken word poet­ been featured on radio shows and mon attention. » cherche pas à juger. Je veux simple­
ry. She was living in Montreal at the compilations of contemporary spo­ La pièce en question — Papercuts, ment parler de certaines choses… et
time, and shortly afterward attend­ ken word artists. She hopes in the par un artiste nommé Ian Kamau — ce qui doit sortir, sortira. »
ed a book launch for an anthology future to produce a CD and publish fut le premier contact de Taqralik Bien que la pratique de Taqralik
of stories by black writers. Some of printed versions of her works. avec la poésie de la « création par­ soit principalement axée sur la per­
the writers in attendance performed Taqralik’s plans also include col­ lée ». Vivant alors à Montréal, elle se formance en direct, son travail a été
spoken word poetry. Taqralik was laboration with other artists, and a rendit peu après au lancement d’une présenté à la radio et inclus dans
captivated. bit more time to work on her art, fo­ anthologie de nouvelles écrites par des compilations de création parlée
“Written poetry can be very aus­ cusing on the things that mean the des écrivains noirs. Pour l’occasion, contemporaine. Elle souhaite main­
tere,” she says. “You can appreciate most to her. “Most of my inspiration quelques-uns d’entre eux prirent tenant produire un CD et publier des
it, you can enjoy it, but it just doesn’t comes from the North, especially part à une séance de création par­ versions imprimées de ses textes.
engage everybody. With spoken from my childhood, or from Inuit lée. Taqralik était fascinée. Taqralik prévoit également tra­
word, things are delivered right life in the South. I love being able to « La poésie écrite peut être vailler en collaboration avec d’autres
to you. It can have a much bigger share that.” très austère, dit-elle. Vous pouvez artistes et s’accorder plus de temps
impact.” l’apprécier, en tirer du plaisir, mais ça pour perfectionner son art en se
Taqralik’s performances are in­ ne rejoint pas tout le monde. Dans le concentrant sur les choses qui lui
spired by the rich, complex and cas de la création parlée, on s’adresse sont les plus chères. « Mon inspira­
rapidly evolving Inuit culture in directement à vous. Cela peut pro­ tion provient en grande partie du
Canada. They are a heady blend of duire un effet beaucoup plus fort. » Nord, et plus particulièrement de
urban sensibilities and traditional Les performances de Taqralik sont mon enfance, sinon de la vie des
Inuit life, Arctic realities and big city inspirées par la culture des Inuits du Inuits dans le Sud. J’aime pouvoir
style, driven by Taqralik’s humour Canada, riche, complexe et en rapide partager cela. »
and her passion. She challenges her évolution. Elles consistent en un mé­
audience with her honest approach lange grisant de sensibilités urbaines
to painful issues like abuse and vio­ et de traditions inuites, de réalités
lence. “I’m not trying to pass judge­ arctiques et d’attitudes de la grande
ment. I just want to talk about things ville, le tout porté par l’humour et le

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writing
singer/songwriter
dance/danse
/ littérature
chanteuse/auteur-compositeur

ian
Leela
ross
Gilday
Everyone had a plan for Ian Ross. His family and com­ Tout le monde avait un plan pour Ian Ross. Sa famille
munity felt he was meant to become a doctor. His career et les gens de sa collectivité le destinaient à la profes­
counsellor told him he was born to be a psychiatrist or sion médicale. Son conseiller en orientation lui a dit qu’il
a minister. Despite all that sensible advice, Ian chose a était né pour être psychiatre ou ministre. En dépit de
career in the arts. tous ces conseils judicieux, Ian a choisi de faire carrière
Born in Fort McCreary, Manitoba, to a First Nations dans les arts.
mother and Métis father, Ian grew up immersed in Cree, Né à Fort McCreary, au Manitoba, d’une mère mem­
Ojibway and Métis cultures. At age five he moved to bre des Premières Nations et d’un père métis, Ian a
Winnipeg, went to school, and earned a Bachelor of Arts grandi au sein des cultures crie, ojibwée et métisse.
degree with a major in film and a minor in theatre from Déménagé à Winnipeg à l’âge de cinq ans, Ian a par la
the University of Manitoba. suite étudié à l’Université du Manitoba pour obtenir un
“One of the blessings, or curses, in my life is that I baccalauréat en beaux-arts avec majeure en études
remember a lot,” says Ian. Voices, people, situations, cinématographiques et mineure en théâtre.
conflicts — all became raw material for the emerging « L’une des bénédictions — ou malédictions — de ma
writer. They found their first expression in fareWel, the vie est que je me souviens de beaucoup de choses », dit

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Above/Ci-dessus: Tracey McCorrister as/incarnant Rachel, fareWel, production of/du Prairie Theatre Exchange, 1998. Photo: Bruce Monk

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play that won the 1997 Governor of the mundane, who has definite Ian. Des voix, des gens, des situa­ XIXe siècle. Dans cette pièce comme
General’s Literary Award for Drama. and quirky opinions on matters as tions, des conflits — tout cela allait dans la plupart de celles que l’on
Ian wrote it in two days while audit­ diverse as nail-polish for dogs, the servir de matière première au jeune doit à l’auteur, le contexte spécifique
ing a writing class at the University federal budget, Christmas cake, land dramaturge, et en premier lieu dans est transcendé avec humour et élo­
of Manitoba with award-winning claims, and lemon meringue pie — fareWel, la pièce qui a remporté le quence pour donner lieu à des ob­
author Carol Shields. The play is an all punctuated with Joe’s plaintive Prix littéraire du Gouverneur gé­ servations universelles sur les forces
insightful and humorous chronicle catch phrase, “What’s up with that?” néral dans la catégorie théâtre en qui rapprochent et divisent les êtres
of what happens within a fictitious Two collections of Joe’s commen­ 1997. Ian l’a écrite en deux jours alors humains.
First Nation on the day the welfare tary have been published to date. qu’il assistait à un cours de création Il est toutefois possible qu’Ian soit
cheques go missing. For Ian, writing is his life. “I write littéraire donné par l’auteure pri­ mieux connu en tant qu’auteur des
“Good theatre is a mirror,” says because I’m compelled to. By who or mée Carol Shields à l’Université du chroniques « Joe from Winnipeg »,
Ian. “In fareWel I was hoping Aborig­ what I don’t know,” he says. “I am in­ Manitoba. La pièce rapporte avec diffusées sur les ondes de la radio
inal people would see themselves spired by the world around me and humour et perspicacité les événe­ et de la télévision de la CBC. « Joe »,
and recognize the value in their everyday life. Moments in time, ges­ ments qui surviennent dans une ainsi baptisé d’après le technicien de
own stories and communities. And tures, spoken words or phrases, can Première Nation fictive le jour où la CBC qui a enregistré la première
I wanted non-Aboriginal audiences all inspire ideas or lead me in new di­ les chèques d’aide sociale viennent audition de Ian, est un observateur
to see us as real people.” rections to write something down.” à manquer. qui se penche avec humour et fran­
fareWel was the first of many Selon Ian, « le bon théâtre est un chise sur le quotidien. Ce faisant, il
memorable works, including Don’t miroir. Avec fareWel, je souhaitais émet des opinions arrêtées et ex­
Eat Any Red Snow, Zombies and a que les autochtones puissent se centriques sur des questions aussi
play for children, called Baloney! reconnaître et reconnaître la valeur variées que le vernis à ongles pour
In 2000, Ian wrote The Gap, a de leurs propres histoires et de chiens, le budget fédéral, les gâteaux
play that explores the many divi­ leurs communautés. Je voulais que de Noël, les revendications territo­
sions that emerge over the course les non-autochtones nous voient riales ou la tarte au citron merin­
of a romance between Evan (a First comme des gens bien réels. » guée — opinions qu’invariablement
Nations man) and Dawn (a middle- fareWel a été la première de Joe ponctue par sa formule plaintive
class French woman), two lovers plusieurs œuvres mémorables au « What’s up with that? [Qu’est-ce
separated by culture, history, race nombre desquelles se retrouvent qu’il y a?] » Deux compi­lations des
and politics. Don’t Eat Any Red Snow, Zombies chroniques de Joe ont à ce jour
In 2004, his one-act history of et une pièce pour enfants intitulée été publiées.
racial oppression, Bereav’d of Light, Baloney ! Ian considère que l’écriture est sa
was produced at the Stratford Fes­ En 2000, avec The Gap, Ian signe vie. « J’écris parce que je m’y sens
tival. It recounts the linked stories une piece sur la relation amoureuse forcé. Par qui ou quoi, je l’ignore,
of an Afro-American slave and a qu’entretiennent Evan, un homme ajoute-t-il. Je m’inspire du monde
First Nations warrior who meet in des Premières Nations, et Dawn, autour de moi et de la vie de tous
the American wilderness during the Above/Ci-dessus: fareWel by/de Ian Ross une Française de classe moyenne, les jours. Des moments forts, des
19th century. Like most of Ian’s work, alors que des obstacles culturels, gestes, des phrases ou des mots pro­
it transcends its specific setting historiques, raciaux et politiques les noncés, tout cela peut m’apporter
with humour and eloquence, mak­ séparent. des idées ou conduire mon écriture
ing timeless points about the forces En 2004, Bereav’d of Light, qui dans de nouvelles directions. »
that link and divide humanity. porte sur l’oppression raciale, a été
But Ian may be best known for produite au Festival de Stratford.
his popular CBC radio and TV com­ Cette pièce en un acte relate les his­
mentaries as “Joe from Winnipeg.” toires respectives d’un esclave afro-
“Joe” (named for the CBC technician américain et d’un guerrier des Pre­
who recorded Ian’s first audition) is mières Nations, qui se rencontrent
a plain-spoken, humorous observer en pleine nature dans l’Amérique du

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writing
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dance/danse
/ littérature
chanteuse/auteur-compositeur

Leela
greg
Gilday
scofield
Greg Scofield is a poet in denial. He has read and taught Greg Scofield est un poète qui ne croit pas en être un. Il a
across Canada, won numerous awards, earned raptur­ enseigné et donné des conférences partout au Canada,
ous reviews and a wide readership — but he doesn’t gagné de nombreux prix, s’est attiré des critiques élo­
consider himself a writer. gieuses et un vaste lectorat — mais il ne se considère
“My spirit tells me that I am a community worker at toujours pas comme un écrivain.
heart,” he says. “I want to bring writing and poetry into « Mon esprit me dit que je suis, au fond, un travailleur
the community, visit communities, work with organiza­ communautaire, déclare-t-il. Je veux amener l’écriture
tions and connect with other writers and artists. I’m just et la poésie dans la communauté, visiter les collectivités,
someone from a particular community who uses words travailler avec les organismes et me lier avec des écri­
and songs to tell stories.” vains et des artistes. Je ne suis qu’un individu issu d’une
Greg is Métis, born in Maple Ridge, B.C. His childhood communauté, qui utilise des mots et des chansons pour
and adolescence, chronicled in his autobiography, Thun- raconter des histoires. »
der Through My Veins: Memories of a Métis Childhood Greg est un Métis né à Maple Ridge, en Colombie-
(1999), were marked by tragedy, poverty and violence. Britannique. Son enfance et son adolescence, ra­
With his father in jail and his mother distant and ill, Greg contées dans l’autobiographie Thunder through My

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spent his early years being shunted One of Greg’s goals is to bring
across Canada to different mem­ readers a sense of Aboriginal real­
bers of his extended family. ity, putting to rest stereotypes of
But in a chance encounter, a neigh­ vanishing Indians and noble sav­
bour — lovingly referred to as “Aunt ages entombed in museum display
Georgina” — shared her Cree pride cases. “Going into schools and col­
with Greg and encouraged him to leges is important because people
Excerpt from
seek out the path to his own identity. are beginning to see that Aboriginal
Love Medicine and One Song, 1997
For Greg, that path led to poetry. people are very much alive and do­
An avid reader and writer, Greg ing contemporary work in a very
found in poetry a way to make sense contemporary, but still traditional,
he is hungry, so hungry of his roots and his life, and a point context.” This is, in part, what Greg
turtle, he is of connection with others. “Poetry is refers to as his “community work.”
very much my way of communicat­ Meanwhile, a loyal and growing
ing with the world,” he says. And the readership continues to appreciate
slow, so slow world listened. His first book, The his “other” job — writing poetry.
Gathering: Stones for the Medicine
nuzzling and nipping Wheel (1993), was awarded the Dor­
othy Livesay Poetry Prize in 1994.
Greg’s six volumes of poetry
i crack beneath the weight of him, touch on themes that range from
the intensely personal to the uni­
versal, his Métis heritage, his Cree
he is mountain lion history and language, and explo­
rations of love and acceptance.
chewing bones, tasting marrow Native Canadiana: Songs from the
Urban Rez (2000) is a gritty look
at Aboriginal life in downtown Van­
rain water couver, while Love Medicine and
One Song (2000) is a lyrical, sen­
trickling down my spine, sual look at love and loss.
I Knew Two Métis Women: The
Lives of Dorothy Scofield and
he is spring bear Georgina Houle Young (2000), a
ample and lean moving tribute to his mother and
aunt, is filled with references to
Métis history, innocence, and the
old-time country music his family
his berry tongue quick, loved. The book has recently been
sweet from the feasting. reissued with a companion CD. In
his collection, Singing Home the
Bones (2006), Greg explores his
newly discovered Jewish heritage,
summoning his ancestors to life
with his words. In 2009 he released
his newest book, Kipocihkan: Po-
ems New & Selected.

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Veins : Memories of a Métis Child- références à l’histoire des Métis, à
hood (1999), ont été marquées par l’innocence et aux vieilles chansons
la tragédie, la pauvreté et la vio­ country que sa famille affectionnait.
lence. Son père étant en prison, sa Ce livre a récemment été publié à
mère lointaine et malade, le jeune nouveau sous le format de livre-
Greg a constamment été déplacé CD. Dans son recueil Singing Home
d’un point à l’autre du pays pour the Bones (2006), Greg, en invo­
Traduction libre
habiter avec différents membres quant ses ancêtres par les mots,
Extrait de Love Medicine and One Song, 1997
de sa famille éloignée. se penche sur son ascendance
Mais une voisine rencontrée par juive nouvellement découverte.
hasard — il l’appelle affectueuse­ En 2009 il a pu­blié son plus récent
il a faim, tellement faim ment « tante Georgina » — lui a livre, Kipocihkan : Poems New &
tortue, il est inculqué la fierté d’être Cri, puis l’a Selected.
encouragé à chercher le chemin L’un des buts de Greg est
de sa propre identité. Pour Greg, ce d’amener ses lecteurs à saisir la réa­
lent, tellement lent chemin conduisait à la poésie. lité autochtone en repoussant les
Dévoreur de livres et écrivain stéréotypes des Indiens en voie de
reniflant et mordillant prolifique, Greg a trouvé dans la disparition et des nobles sauvages
poésie le moyen de comprendre enterrés dans un musée, dans une
ses racines et sa vie, ainsi qu’un vitrine d’exposition. « Fréquenter les
je ploie sous son poids, point de rencontre avec les autres. écoles et les collèges est important
« La poésie est dans une grande parce que les gens commencent à
mesure ma façon de communiquer voir que les autochtones sont bien
il est cougar avec le monde », dit-il. Et le monde en vie, qu’ils effectuent un travail
l’a écouté. Son premier livre, The contemporain dans un contexte à le
mâchant des os, goûtant la moelle Gathering : Stones for the Medicine fois très contemporain et tradition­
Wheel (1993), a mérité, en 1994, le nel. » Voilà en partie ce que Greg a
prix Dorothy Livesay en poésie. en tête lorsqu’il parle de son « travail
eau de pluie Les six ouvrages de poésie que communautaire ». Et pendant ce
Greg a signés traitent de sujets qui temps un lectorat fidèle et toujours
s’égouttant sur mon dos, vont de l’intensément personnel à grandissant apprécie son autre « tra­
l’universel — son héritage métis, sa vail » — écrire de la poésie.
langue et son histoire en tant que
il est ourson Cri, mais aussi des réflexions sur
charnu et mince l’amour et l’acceptation. Native Ca-
nadiana : Songs from the Urban Rez
(2000) est une évocation sans dé­
tour de ce qu’est la vie autochtone
sa vive langue framboise, au centre-ville de Vancouver alors
douce d’avoir festoyé que Love Medicine and One Song
(2000) pose un regard lyrique et
sensuel sur l’amour et la perte.
I Knew Two Métis Women : The
Lives of Dorothy Scofield and
Georgina Houle Young (2000), un
tou­chant hommage à sa mère et à
sa tante, contient de nombreuses

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Artist profiles: Jennifer David, Stonecircle Consulting Rédaction: Jennifer David, Stonecircle Consulting
Creative direction: David Beyer, Academica Group Conception artistique: David Beyer / Academica Group
Design: Linda Philp Design: Linda Philp
Photographs of artists: Greg Staats Photos des artistes: Greg Staats
Translation: Services d’édition Guy Connolly Traduction: Services d’édition Guy Connolly

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