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20/5/2017 COGNITION INCARNÉE ­ Encyclopædia Universalis

COGNITION INCARNÉE
Pendant longtemps, les sciences de la cognition ont tenté de décrire les
mécanismes à la base des comportements en privilégiant une approche modulariste
décrivant le cerveau comme un ensemble de systèmes hautement spécialisés (des
modules), impliquant différents niveaux de représentations internes, et intervenant
avant tout selon un mode séquentiel. Au­delà de la modularité, que certains ont
limitée aux systèmes périphériques (perceptivo­moteurs), la deuxième
caractéristique de cette approche dite « cognitiviste » est de mettre en avant la
notion de représentation. C'est d'ailleurs l'introduction de cette notion qui a marqué
au milieu du XXe siècle la rupture avec le courant béhavioriste. La troisième spécificité
du cognitivisme est de s'intéresser quasi exclusivement à la cognition en tant que
production du cerveau, en n'évoquant que marginalement le rôle du corps et de
l'environnement (certains parlent de cognition autonome).

Une des publications majeures ayant favorisé le virage paradigmatique auquel on a
assisté à partir des années 1990 est sans aucun doute le livre de Varela, Thompson
et Rosch The Embodied Mind (1991). Les auteurs ont introduit la notion d'énaction
pour défendre l'idée que le monde tel que le ressent l'individu est issu des
interactions entre l'organisme et son environnement. Selon Varela, « le cerveau
existe dans un corps, le corps existe dans le monde, et l'organisme bouge, agit, se
reproduit, rêve, imagine. Et c'est de cette activité permanente qu'émerge le sens du
monde et des choses ». C'est en ce sens que la cognition est « située »
(situatedcognition), car elle ne peut être envisagée indépendamment des situations
dans lesquelles elle prend naissance, et « incarnée » (embodied cognition), car elle
est ancrée dans le corps et émerge de ses interactions (son incarnation) avec le
monde extérieur. C'est cette incarnation de l'organisme qui définit et limite
l'expression de la cognition. Elle n'est pas issue d'une succession de traitements
impliquant des modules spécialisés, périphériques ou centraux, elle est
fondamentalement dynamique. La cognition émerge de l'état global du système et
de ses modifications.

Dans sa conception extrême, la cognition incarnée va jusqu'à nier l'intérêt de la
notion de représentation en tant qu'état mental à la base des comportements. La
cognition n'est plus décrite en termes de computations sur un contenu mental (des
représentations symboliques détachées des systèmes sensori­moteurs qui ont
permis leur construction), elle traduit simplement l'état global du système individu­
environnement. Toutefois, dans la littérature, les choses ne sont pas toujours aussi

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claires. L'approche « cognition incarnée » est en effet bien souvent assimilée à
lagrounded cognition ou cognition « enracinée » (Barsalou, 1999), dans laquelle
l'existence des représentations mentales n'est pas remise en question ; celles­ci
restent indissociables des expériences sensori­motrices de l'individu (elles ne sont
plus amodales). Ces « représentations » (que Barsalou appelle des « symboles
perceptifs ») se construiraient à partir des enregistrements des patrons d’activations
des systèmes neuronaux associés à des expériences sensori­motrices. Ces
symboles perceptifs sont reliés entre eux et s’organisent autour de ce que l'on
appelle des « simulateurs » qui permettraient au système cognitif de reconstruire des
expériences antérieures, sensori­motrices mais aussi émotionnelles.

Ainsi, même si la grounded cognition ne remet pas en question l'existence d'une
certaine forme de représentations, celles­ci sont enracinées (grounded) ou
incarnées (embodied) dans les expériences sensori­motrices présentes et passées.

Les travaux de neurosciences cognitives vont dans le sens de la notion de
simulation et plus largement de l'approche incarnée. Le cerveau est ainsi souvent
décrit comme un système sélectif qui se construit progressivement selon l’activité du
sujet. Des échanges de signaux rentrants permettraient la sélection de circuits
fonctionnels par renforcement des interconnexions entre neurones, groupes
neuronaux et cartes cérébrales, et donc la mise en place des systèmes de
catégorisation (les symboles perceptifs de Barsalou). Les travaux de Damasio
soutiennent également, sur le plan neurofonctionnel, la notion de simulation de
Barsalou. Pour Damasio, toute expérience implique les aires sensori­motrices codant
les propriétés des situations, mais également des zones neuronales distinctes,
appelées « zones de convergence », stockant les relations (spatio­temporelles)
entre propriétés (constituant véritablement l'expérience). Ainsi, la simulation
impliquerait l’activation des zones de convergence et la réactivation synchronisée
des différents composants des expériences (zones sensori­motrices).

De nombreuses études en imagerie cérébrale ont confirmé l'implication systématique
des zones sensori­motrices dans la cognition. Elles ont par exemple montré que la
génération de mots de couleurs ou de mots désignant des actions activait des zones
cérébrales impliquées respectivement dans la perception des couleurs et dans la
perception des mouvements. Ainsi, les connaissances, même conceptuelles,
seraient stockées dans les systèmes neuronaux à la base de nos activités
perceptivo­motrices, ces mêmes zones neuronales étant également impliquées
dans des activités d'imagerie mentale. Sur le plan moteur, la notion de simulation a
été renforcée par la découverte des neurones miroirs. Ces neurones présentent une
activité aussi bien lorsque l'individu exécute une action que lorsqu'il observe un autre

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individu exécuter la même action, ou même lorsqu'il imagine une telle action, d'où le
terme « miroir ».

En donnant un rôle central à la dynamique des interactions individu­environnement,
l'approche « cognition incarnée » traduit en fait un véritable virage conceptuel, ceci à
double titre. D'une part, elle propose une conception intégrée du fonctionnement
dans laquelle il n'est plus possible de séparer les mécanismes perceptifs,
mnésiques, moteurs, émotionnels, etc. Il a ainsi été montré que la distance
apparente d'un objet dépend de la facilité avec laquelle on pourrait l'atteindre, et
donc augmente par exemple dès qu'un obstacle est placé entre nous et cet objet.
De la même manière, il a été montré que l'expérience phénoménologique
accompagnant une facilité (ou dextérité) d'un traitement (perceptif, moteur,
conceptuel, etc.), souvent appelée « fluence », peut être attribuée par l'individu au
caractère agréable de la situation (modification du ressenti émotionnel), mais aussi à
sa familiarité.

L'autre conséquence de ce virage conceptuel est que l'efficacité du fonctionnement
cognitif ne doit plus être envisagée selon un critère d'exactitude, mais selon un
critère d'adaptabilité. À titre d'illustration, la mémoire n’a plus pour fonction de
« récupérer » des connaissances, elle doit permettre plus largement l’adaptation de
l’individu à la situation présente et à l’activité engagée.

Rémy VERSACE

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