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Composition : Soft Office

© Dunod, 2018
11 rue Paul Bert, 92240 Malakoff
www.dunod.com
ISBN : 978-2-10-078726-5
Sommaire
Introduction
1. Monnaie et cryptographie
Qu’est ce que la monnaie ?
Qu’est ce qui donne de la valeur à la monnaie ?
Les évolutions récentes de la monnaie
La crise latente du système des monnaies fiduciaires
Qu’est-ce que la cryptographie ?
2. L’écosystème des cryptomonnaies
Qu’est-ce qu’une cryptomonnaie ?
Le bitcoin
Ethereum
Les stablecoins
La valeur des cryptomonnaies
Pourquoi y a-t-il autant de cryptomonnaies ?
Les familles de coins2
La blockchain
Les algorithmes Proof of
Les forks
Les contrats intelligents
3. Consensus et transactions
Le minage
Déroulement d’une transaction sous PoW
Gas et gas price
4. Le marché des cryptomonnaies
L’année 2017
Une bulle ?
Les exchanges
Les nouvelles pyramides de Ponzi
5. Investir dans les cryptomonnaies
Wallets
Public address/Private key
Trading bots
L’arbitrage
Nouvelles monnaies, nouveaux revenus
Les ICO
Devenez mineur !
S’informer
Les menaces qui pèsent sur les cryptomonnaies
6. Propositions de stratégies d’investissement
Le trading de cryptomonnaies
Stratégies d’investissement risquées
7. Les paiements de demain
Envoyer, recevoir et utiliser ses cryptomonnaies
L’avenir du bitcoin
Les nouveaux rôles de la monnaie
Quel impact sur les paiements ?
Constater et prédire
8. La nouvelle gestion de la valeur
Qu’est-ce que la valeur ?
La blockchain comme nouvel outil de gestion de la propriété
L’ubérisation bientôt dépassée
Le Web 3
Les nouveaux métiers
Passer à la blockchain
Schémas récapitulatifs
Conclusion
Annexes
Lexique
Tableaux de classification de 131 coins
Introduction

Il n’est pas facile d’écrire un livre sur les cryptomonnaies : cet univers, tel un
magma, change chaque jour, chaque heure, chaque minute, chaque seconde.
Mais c’est un sujet passionnant, pour trois raisons.
La première est que les cryptomonnaies sont encore assez méconnues, voire
mal vues du grand public. Il y a donc beaucoup à expliquer et le but de ce
livre est que vous, lecteur, compreniez ce nouvel écosystème pour pouvoir
y participer, en profiter ou briller en société.
La deuxième est que j’aimerais vous montrer que les cryptomonnaies ne se
limitent pas au bitcoin, à des transactions douteuses (qui n’ont pas attendu les
cryptomonnaies pour se produire…) et à des variations de cours erratiques :
derrière elles se cachent de vraies équipes avec de vrais projets et de
nouveaux modèles, comme vous le verrez dans les pages qui suivent.
La troisième est que nous sommes à l’aube d’une révolution qui va plus
loin que la redéfinition de la monnaie et l’avènement de la décentralisation et
qui se déroule sous nos yeux. L’écriture de ce livre est donc née d’une part de
ma passion et de mon implication dans cet univers relativement nouveau,
mouvementé et révolutionnaire, et d’autre part de mon désir d’expliquer, de
partager, de faire découvrir et de structurer, ce qui, je l’espère, fera de ce livre
un ouvrage utile et pratique.
Énée Bussac, Munich, 24 juillet 2018.
1
Monnaie et cryptographie
Qu’est ce que la monnaie ?
La monnaie est un instrument créé par l’homme ayant trois fonctions :
– une réserve de valeur : quand je possède une pièce ou un billet, je possède
de la valeur, je peux la vendre ou l’échanger ;
– une unité de compte permettant le calcul économique ou la comptabilité :
cet objet vaut deux euros, ce service mille yens ;
– un intermédiaire : la monnaie permet d’échanger des biens et services et de
payer des dettes et obligations (elle a un « pouvoir libératoire »).
La monnaie fiduciaire (euro, dollar, etc.) est une institution
constitutionnelle rattachée à un territoire marchand appelé « marché
national ». La monnaie est l’instrument de paiement en vigueur dans ce
territoire à une époque donnée, du fait de la loi et des usages.

Qu’est ce qui donne de la valeur à la monnaie ?


La monnaie en tant que telle n’a pas de valeur : elle se matérialise (de moins
en moins) par des pièces en métal et des bouts de papier et (de plus en plus)
par des 0 et des 1. Ce qui donne de la valeur à une monnaie et qui en est une
caractéristique indissociable, c’est la confiance. Je reconnais qu’une monnaie
a de la valeur car j’ai confiance dans cette monnaie, autrement dit, je sais que
je vais pouvoir l’échanger facilement contre un service, un bien ou une autre
monnaie car elle va être acceptée par le pourvoyeur de ce service, de ce bien
ou de cette autre monnaie. Autrefois adossée à des matières précieuses, la
monnaie tire sa valeur de la confiance que nous avons en l’autorité publique
qui l’émet et y appose son nom, sa signature et son sigle. Depuis la fin du
système de Bretton Woods, il ne reste que les États pour donner confiance et
conférer de la valeur aux monnaies.
Les évolutions récentes de la monnaie
La monnaie a connu trois évolutions majeures au XXe siècle : elle a cessé
d’être indexée sur des matières précieuses, sa masse a explosé et elle a connu
une importante vague de dématérialisation. Les espèces, même si elles sont
encore très présentes dans notre quotidien, ne représentent plus qu’une toute
petite partie de la masse monétaire et sont en voie de disparition dans
plusieurs pays (en Suède, pays précurseur dans le domaine monétaire).
L’arrivée d’Internet, puis des smartphones a accéléré ce mouvement de
dématérialisation et ouvert la voie à de nouveaux modes de paiement :
Paypal, Apple Pay, virements en ligne et autres solutions de paiement
dématérialisé ou avec portable. Le système actuel des monnaies fiduciaires,
avec le rattachement de chaque devise à un territoire donné, est de moins en
moins adapté à un monde globalisé et constamment en ligne. La fluidité des
échanges est un facteur clé du développement de l’humanité, et la monnaie
est un des outils fondamentaux qui rend celui-ci possible (avec les
communications et les transports).

La crise latente du système


des monnaies fiduciaires
Ce qui donne de la confiance et donc de la valeur dans les monnaies, à savoir
les États et, derrière eux, le système des banques centrales et commerciales,
a été mis à mal en 2008 avec la crise des subprimes et les quasi-faillites
d’États comme la Grèce, le Venezuela ou Chypre. Les banques centrales
injectent tellement d’argent dans le système et les États sont tellement
endettés que le système monétaire ressemble de plus en plus à une fuite en
avant, ce qui érode lentement mais sûrement la confiance et donc la valeur
des monnaies fiduciaires, également appelées fiat. On peut se demander à qui
profite cette injection d’argent dans le système, car la masse de la population
ne semble pas en profiter, pas plus que les États ne semblent économiser.
Sans système alternatif, nous ne pouvions nous en remettre qu’au système
des monnaies fiduciaires établi par les gouvernements et les banques.

Qu’est-ce que la cryptographie ?


La cryptographie
La cryptographie est une technique basée sur des caractères (chiffres,
lettres…) permettant de protéger des messages en les rendant inintelligibles
(en les chiffrant). Le mot « cryptographie » vient des mots en grec ancien
« kruptos » (caché) et « graphein » (écrire). En cryptographie classique, dite
symétrique, le chiffrement est la transformation, par le biais d’une clé, d’un
message compréhensible (un « texte clair ») en message incompréhensible
(un « texte chiffré ») pour celui qui ne possède pas la clé de
déchiffrement. Les algorithmes de chiffrement symétrique se fondent sur une
même clé pour chiffrer et déchiffrer un message. L’un des problèmes de cette
technique est que la clé, qui doit rester totalement confidentielle, doit être
transmise au correspondant de façon sûre.

La cryptographie asymétrique
C’est pour répondre à cette problématique que la cryptographie asymétrique
a vu le jour à la fin du XXe siècle. En cryptographie asymétrique, chacun a sa
clé, ce qui évite de devoir envoyer de manière confidentielle la clé de
déchiffrement à son correspondant. Cette cryptographie asymétrique est
utilisée par toutes les cryptomonnaies. Aller dans un sens est facile et dans
l’autre quasiment impossible.
Ces fonctions à sens unique sont des fonctions mathématiques.
La cryptographie asymétrique est basée sur la distinction données
publiques/privées et sur deux clés : la clé publique, qui permet de chiffrer
(rendre le message inintelligible) et qui peut être mise à disposition de tous, et
la clé privée, qui permet de déchiffrer et qui doit rester absolument secrète.
C’est exactement ce système de public key/private key qui est utilisé dans les
cryptomonnaies. Ce système a deux avantages majeurs. La confidentialité du
message est assurée par l’utilisation de la clé publique pour chiffrer et de la
clé privée pour déchiffrer celui-ci. Autre avantage : celui de l’authenticité de
l’expéditeur, qui utilise la clé publique du destinataire pour coder un message
que seul le destinataire pourra décoder, car lui seul possède la clé privée
correspondant à sa clé publique. La cryptographie asymétrique est déjà
utilisée depuis longtemps par les banques et Internet pour coder des données
et des messages, par exemple des mots de passe.
Source : Wikipedia
2
L’écosystème des cryptomonnaies
Qu’est-ce qu’une cryptomonnaie ?
Une cryptomonnaie, ou monnaie cryptographique, monnaie numérique ou
encore monnaie virtuelle (dénomination a priori péjorative), est une monnaie
dont le fonctionnement et la sécurité sont fondés sur la cryptographie.
Elle remplit les trois fonctions essentielles de la monnaie :
– une réserve de valeur : quand je possède un bitcoin, je possède de la valeur
car je peux la vendre ou l’échanger ;
– une unité de compte permettant le calcul économique ou la comptabilité :
on peut déjà acheter certains produits ou services avec des cryptomonnaies,
des bitcoins notamment ;
– un intermédiaire : les cryptomonnaies sont faites pour être échangées, pour
le moment essentiellement à des fins de spéculation, et sur des places de
marché particulières.
Le fonctionnement et la sécurité d’une cryptomonnaie s’appuient sur la
cryptographie asymétrique.
Les cryptomonnaies sont régies par un protocole qui définit des fonctions
cryptographiques permettant l’échange de la monnaie dans un réseau mondial
sécurisé et sans contrôle. Contrairement aux monnaies fiduciaires (euro,
dollar, won, etc.), une monnaie cryptographique n’est pas nécessairement
créée par une banque centrale à l’initiative d’un État ou d’un groupe d’États,
mais peut l’être par un ou des individus, une organisation ou une entreprise,
avec presque toujours la décentralisation comme principe de fonctionnement.
Une cryptomonnaie n’existe que sous forme électronique et n’est pas
rattachée à un territoire.
La plus connue des cryptomonnaies est le bitcoin, qui a lancé le mouvement
en 2009 en introduisant la technologie de la blockchain. Toutes les
cryptomonnaies se distinguent les unes des autres essentiellement par leur
valeur (déterminée par la loi de l’offre et de la demande et relativement
volatile), leur rythme de création (de nouvelles unités monétaires sont créées
à une fréquence prédéfinie), le fonctionnement de leur blockchain et leur
projet.
Chaque cryptomonnaie est utilisable sur un réseau informatique et est
caractérisée par un symbole (ticker) généralement de trois lettres majuscules
(BTC pour bitcoin). La cryptomonnaie est couplée à un système de paiement
qui permet de régler des transactions de pair à pair. Elle a un fonctionnement
décentralisé (sauf rares exceptions) et est régie par un protocole initial qui
stipule le rythme et les règles de création et d’attribution de nouveaux coins.
À noter que vous verrez apparaître de plus en plus le terme « cryptoactif »
(cryptoasset en anglais). Ce terme donne une dimension plus grande aux
cryptomonnaies. La plupart n’ont pas pour but d’être simplement une
monnaie. Elles constituent à la fois un actif financier reflétant la valeur de la
société émettrice et un outil permettant d’utiliser un service, comme un
réseau d’ordinateurs pour faire tourner des contrats intelligents. Je continuerai
à utiliser le terme « cryptomonnaie » par souci de simplification.

Résumé

• Les cryptomonnaies sont des monnaies dématérialisées dont le


fonctionnement est décentralisé et basé sur la cryptographie asymétrique.
• Elles n’ont pas besoin d’un État ou d’une quelconque autorité régalienne
pour être émises et ne sont pas encore reconnues par les grands États
comme des moyens de paiement légaux.
• Leur valeur est déterminée uniquement par la loi de l’offre et de la
demande.
• Elles remplissent les rôles d’une monnaie et sont toujours couplées à un
système de paiement.

Le bitcoin
Origines
Nous l’avons vu, les cryptomonnaies sont à la fois des monnaies et des
systèmes de paiement. Cependant, les deux n’ont pas forcément le même
nom. Avec le bitcoin, la différence est assez subtile : le bitcoin est une
cryptomonnaie et le Bitcoin un système de paiement. C’est la première
cryptomonnaie à avoir été créée (fin 2008) et la plus emblématique. C’est elle
qui a introduit le principe du paiement de pair à pair sans organe de contrôle
ni système centralisé (autrement dit sans banque ni compte en banque), mais
aussi la technologie de la blockchain et l’algorithme de consensus « Proof of
Work », repris par de nombreuses cryptomonnaies. Elle représente à elle
seule plus de 40 % de la capitalisation boursière des cryptomonnaies (en
avril 2018). Initialement, le bitcoin se voulait être LA monnaie numérique
(digital cash) et le Bitcoin un système de paiement rapide, peu onéreux,
efficace, anonyme, décentralisé et modulable, mais d’autres monnaies
remplissent ces fonctions mieux qu’elle, si bien qu’elle s’est trouvée une
autre vocation.
Le bitcoin a été créée par une personne, un groupe de personnes ou une
entité dénommée « Satoshi Nakamoto » fin 2008. Même s’il y a de
nombreuses rumeurs qui circulent sur la véritable identité de ce Satoshi
Nakamoto, personne (ou presque !) ne sait qui est ce mystérieux personnage,
qui pourrait être décédé ou être en fait un groupe de personnes. Le fait que
son nom soit typiquement japonais explique peut-être le succès du bitcoin et
des cryptomonnaies dans ce pays. Ce qu’on sait en revanche, c’est que ce
Satoshi Nakamoto a miné les premiers bitcoins pendant presque deux ans et
qu’il en détiendrait environ un million, ce qui fait de lui, au cours actuel, un
homme très riche. L’activité du wallet bitcoin de Satoshi Nakamoto est suivie
de près par plusieurs personnes ; il continuerait à être alimenté en bitcoins
mais aucune n’en sort…

Apports du bitcoin
Le succès du bitcoin tient au fait que c’est la première cryptomonnaie à avoir
vu le jour : elle a apporté la technologie de la blockchain et le concept même
de cryptomonnaie. Aujourd’hui, le bitcoin est la monnaie des
cryptomonnaies : toutes les autres cryptomonnaies sont cotées en bitcoin, et
vous finirez par avoir du bitcoin entre les mains à un moment ou un autre si
vous voulez acheter d’autres cryptomonnaies. Le bitcoin est la porte d’entrée
vers le trading de cryptomonnaies. Du fait de sa célébrité et de son poids
financier (plus de 40 % de la capitalisation boursière des cryptomonnaies
à elle seule en mai 2018), c’est la monnaie que regardent tous les
investisseurs, notamment professionnels, et c’est donc elle qui donne la
tendance du marché. Le « Quand le bâtiment va, tout va » de l’économie
traditionnelle devient, dans le monde des cryptomonnaies : « Quand le
bitcoin va, tout va ». Et inversement. Enfin, le bitcoin est la cryptomonnaie
aujourd’hui la plus acceptée par les commerces en ligne et hors ligne. C’est
celle qui compte le plus de distributeurs physiques (avec des billets de
banque ou carte bancaire), notamment en Asie et en Amérique du Nord.
Le système de paiement Bitcoin a apporté la blockchain et l’algorithme
« Proof of Work ». Le Proof of Work, qui permet de parvenir à un consensus
sur la blockchain du bitcoin (sur les transactions qui ont bien eu lieu),
nécessite des investissements en informatique et des consommations
d’électricité phénoménales, ce qui fait l’objet de critiques. En 2018,
l’équivalent de la consommation électrique de la Serbie (plus de sept millions
d’habitants) est nécessaire pour « miner » le bitcoin et cette consommation
a tendance à croître rapidement car, plus vous investissez en matériel
informatique et consommez d’électricité, plus vous avez de chances de
recevoir des bitcoins pour votre contribution au système.

Limites du bitcoin
Le bitcoin n’est cependant pas, et encore loin d’être, une monnaie utilisée
dans la vie de tous les jours pour plusieurs raisons :
– il n’a de cadre légal pour être utilisé comme moyen de paiement dans
aucun pays pour le moment ;
– son utilisation pose des problèmes de sécurité ;
– les transactions peuvent durer plusieurs minutes (plusieurs dizaines de
minutes fin 2017) ;
– son prix est hautement volatile ;
– ses frais de transaction sont relativement élevés ;
– les systèmes centralisés (banques, cartes de crédit, Paypal…) sont
aujourd’hui la norme. Ils proposent des systèmes de protection et de recours
relativement efficaces, ont des interfaces pratiques et agréables, des moyens
d’innover et de garder une longueur d’avance sur les systèmes décentralisés
tels Bitcoin ;
– les entreprises et les commerçants ont besoin de temps pour comprendre et
adopter le système.
En outre, comparé à ceux des autres cryptomonnaies, le système Bitcoin
est :
– relativement cher, ce qui empêche son utilisation pour des produits ou
services de la vie de tous les jours ;
– relativement lent, car le nombre de transactions est limité à environ 200 par
minute, insuffisant pour faire du Bitcoin un système de paiement mondial ;
– de moins en moins décentralisé, puisque les cinq plus grands pools de
miners représentent les trois quarts de la création de blocs ;
– peu modulable : le nombre de transactions et la taille des blocs sont
limités, et la communauté du bitcoin préfère laisser les mécontents faire des
hard forks plutôt que changer ces règles ;
– pas forcément anonyme, surtout si vous laissez vos bitcoins sur des
exchanges.
Les limitations du système Bitcoin sont en revanche une aubaine pour les
créateurs des autres monnaies, qui, chacune à sa manière, apportent des
solutions aux défauts de ce système. Litecoin ou Zcash, par exemple,
permettent de réaliser des transactions rapidement pour des coûts
raisonnables dans le but de détrôner le bitcoin comme monnaie numérique de
référence. Monero garantit un plus grand anonymat. Nous le verrons plus
tard, la plupart des autres monnaies cryptographiques ne cherchent pas
à remplacer le bitcoin. Plusieurs d’entre elles innovent dans leur projet, le
fonctionnement de leur blockchain et le degré de décentralisation.

Une monnaie anonyme ?


Contrairement à ce que l’on peut lire ici et là, le bitcoin n’est pas une
monnaie anonyme, bien au contraire, sans quoi il n’y aurait pas autant de
coins qui mettent l’accent sur l’anonymat. N’importe qui peut suivre
l’historique de n’importe quelle transaction en bitcoin (par exemple sur
blockchain.info) s’il possède une transaction ID (numéro de transaction) ou
une public address (numéro de compte). Il obtiendra des données comme le
montant de bitcoin échangé, la public address de la personne qui a reçu ou
émis ce montant, le moment où la transaction a eu lieu, etc.
Savoir quelle public address a échangé de l’argent avec une autre que vous
connaissez déjà ne vous servira à rien, si vous ne savez pas qui la contrôle. La
traçabilité des transactions en bitcoin passe donc par l’identification des
détenteurs de public addresses et les exchanges ont ici un rôle important
à jouer.

Le Lightning network
Le Lightning network est un protocole de paiement « deuxième couche » qui
fonctionne parallèlement à une blockchain (notamment celle de Bitcoin).
Il permet des transactions instantanées entre les participants, une solution au
problème de scalabilité de Bitcoin. Il propose un système peer-to-peer pour
effectuer des micropaiements en cryptomonnaie à travers un réseau de canaux
bilatéraux parallèle à la blockchain, tout en maintenant la confiance dans le
système afin que deux participants qui ne se connaissent pas puissent
s’échanger des fonds en toute sécurité. Il permet d’augmenter la capacité de
transactions d’une blockchain tout en maintenant la sécurité de celles-ci. Le
Lightning network est actuellement testé sur la blockchain de Bitcoin et
semble tenir ses promesses. Il y aurait un millier de participants et une
quinzaine de bitcoins sur ce réseau parallèle mi-mai 2018.

Résumé

• Le bitcoin est la première cryptomonnaie à avoir vu le jour en 2009 et le


Bitcoin est le système de paiement qui lui est associé.
• Le bitcoin a apporté la technologie de la blockchain et l’algorithme de
consensus « Proof of Work », très énergivore.
• Le bitcoin est, plus que toute monnaie fiduciaire, la monnaie de référence
pour les investisseurs et le trading de cryptomonnaies : c’est LA monnaie
des cryptomonnaies.
• Le bitcoin est largement critiqué car il nécessite des consommations
d’électricité phénoménales pour être « miné » et que son système est
menacé par la centralisation.
Ethereum
Description
Ethereum est un protocole d’échanges décentralisés de données créé en 2015,
ayant pour monnaie l’ether (symbole : ETH), la deuxième monnaie après le
bitcoin en terme de capitalisation. Ethereum est tellement différent de ce que
propose Bitcoin que ces deux entités illustrent à elles seules la diversité des
cryptomonnaies. Le projet d’Ethereum, comme celui de Stratis, Neo, Golem
ou EOS, est de créer un « super ordinateur » hyper puissant, toujours en ligne
et « invincible », fait de millions d’ordinateurs reliés entre eux grâce
à Internet et au protocole Ethereum. Il permet de tester et d’héberger des
applications appelées « dapps », basées sur des contrats intelligents et
d’effectuer des transactions.
Caractéristiques principales d’Ethereum :
– L’EVM (Ethereum Virtual Machine) est le réseau d’ordinateurs qui
constitue le réseau Ethereum en stockant ou transférant des données et en
effectuant des calculs.
– La première fonctionnalité principale offerte aux utilisateurs de l’EVM est
la création de contrats intelligents qui permettent d’automatiser, en grande
partie ou en totalité, des contrats et applications comme des paiements avec
contrepartie par exemple. Ces contrats sont écrits dans un langage propre
à Ethereum : Solidity.
– La seconde fonctionnalité principale est la mise à disposition de la capacité
de stockage et la puissance de calcul du réseau d’ordinateurs à des
développeurs de dapps (applications décentralisées). La promesse
d’Ethereum est que les applications que vous y hébergez sont invincibles
car disséminées sur des ordinateurs répartis sur toute la planète reliés entre
eux, et pas sur un serveur central contrôlé par une autorité centrale comme
Amazon ou Microsoft.
– La blockchain Ethereum fonctionne avec un algorithme de consensus
PoW, qui devrait changer prochainement.
– L’ether, avant d’être la deuxième cryptomonnaie en terme de capitalisation
et un vecteur de spéculation majeur dans le marché des cryptomonnaies, est
« le carburant » qui permet d’utiliser ce réseau pour faire tourner des
contrats intelligents (simple transfert d’ether ou base d’une application).
Donc, dès que j’utilise Ethereum pour faire tourner des contrats intelligents,
c’est-à-dire dès que je demande aux mineurs d’effectuer des changements
pour moi sur la blockchain Ethereum, je dois les payer en « gas » libellé en
ethers et qui évolue en fonction de la loi de l’offre et de la demande.
Ethereum a lancé la blockchain 2.0, une blockchain non seulement capable
d’effectuer des transactions, c’est-à-dire des transferts de valeurs entre public
addresses, mais aussi de gérer et stocker des contrats intelligents et des
données, et d’effectuer des calculs. Si la blockchain 1.0, inaugurée par le
bitcoin, est un registre distribué, la blockchain 2.0, initiée par Ethereum, est
un registre distribué programmable. C’est devenu un « lieu » incontournable
pour tout développeur qui s’intéresse à la blockchain, aux contrats intelligents
et aux dapps. Des tokens spécifiques sont inventés au fur et à mesure, comme
le ERC20 qui permet de créer de nouvelles monnaies basées sur la
blockchain Ethereum, ce que la majorité des monnaies créées via des ICO
utilisent, ou le ERC777 qui permet de mettre en place des votes ou
referendums.
La blockchain Ethereum est un « couteau suisse » très performant avec
18 000 mineurs et de nombreuses applications : elle devient un véritable
laboratoire pour les cryptomonnaies. La communauté Ethereum, très
internationale et active, se réunit régulièrement lors de conférences comme
celle qui a eu lieu au CNAM à Paris du 8 au 10 mars 2018 et à laquelle
Vitalik Buterin, créateur d’Ethereum, a assisté. Un des événements
importants de 2018 devrait être le passage de la blockchain Ethereum à PoS,
contribuant à la réduction des dépenses d’énergie et montrant peut-être la
voie à Bitcoin.

Analyse SWOT d’Ethereum


Les principaux avantages d’Ethereum sont :
– ses applications, très nombreuses grâce aux systèmes des contrats
intelligents et des tokens spécifiques ;
– la taille de son réseau avec ses 18 000 mineurs et ses centaines de milliers
d’ordinateurs ;
– le nombre important de bons développeurs qui créent des contrats
intelligents sur Ethereum.
Les principaux désavantages sont :
– la place de son créateur, le jeune Vitalik Buterin, qui fait la pluie et le beau
temps dans le développement d’Ethereum ;
– l’extensibilité de la blockchain Ethereum : elle peut gérer moins de
20 instances (transactions) quand Facebook gère près de 200 000 requêtes
par seconde. La blockchain Ethereum a déjà du mal à faire face à l’afflux
de projets et tokens utilisant son réseau et aura a fortiori encore plus de mal
à l’avenir étant donné l’engouement pour ce protocole ;
– les frais, qui ont tendance à augmenter au fur et à mesure de la hausse du
cours de l’ether (passé d’environ 8 $ début 2017 à plus de 1 000 $
fin 2017).
Ses opportunités principales sont :
– le renforcement de son rôle de laboratoire et de figure de proue des
applications de contrats intelligents dans le monde réel, avec un puissant
réseau ;
– la venue de mineurs et développeurs nombreux et capables, renforçant sa
capacité de développement et son rôle de pionnier ;
– le développement de la capacité de calcul du réseau, afin de mettre en
place des applications fiables au niveau mondial.
Ses principales menaces sont :
– l’ether est bien parti pour continuer à monter, et la blockchain Ethereum à
attirer de nombreux projets, pouvant en faire une plateforme de
développement et d’hébergement de contrats intelligents ;
– la caractérisation d’ether comme titre financier par des autorités de Bourse,
qui pourrait affecter le développement d’Ethereum, même si cette
caractérisation a été rejetée par l’autorité de la Bourse américaine (SEC) ;
– Ethereum a des concurrents (ex. : Neo et EOS) qui pourraient lui voler la
vedette en proposant des frais moins élevés ou de nouvelles fonctionnalités.

Résumé

• Ethereum est un protocole informatique visant à mettre à disposition un


« super ordinateur » nommé Ethereum Virtual Machine (EVM), formé de
millions d’ordinateurs reliés en réseau permettant de faire tourner des
applications basées sur des contrats intelligents, sans interruption et de
manière décentralisée.
• La monnaie d’Ethereum est l’ether, la deuxième plus grande
capitalisation après Bitcoin et la deuxième monnaie universelle du monde
des cryptomonnaies.
• La blockchain Ethereum est celle qui est la plus utilisée pour lancer de
nouvelles monnaies via des ICO.
• Bénéficiant d’une communauté très active et riche en talents et en
nombre de développeurs et de mineurs, Ethereum est le véritable
laboratoire des applications des cryptomonnaies.

Les stablecoins
Un stablecoin est un coin qui réplique la valeur d’un actif financier. C’est une
valeur refuge pour des investisseurs qui veulent se protéger contre la
volatilité du marché des cryptomonnaies sans en sortir. Le Tether (USDT),
token émis par Theter ltd qui réplique la valeur du dollar US, est très proche
de Bitfinex, un exchange basé à Hong Kong, le premier en date et en
capitalisation des stablecoins. Il figure systématiquement dans le top 20 des
capitalisations en cryptomonnaies. D’autres monnaies arrimées sur le dollar
US sont sorties en 2018 (TUSD, USDC, etc.), et des monnaies vont
également voir le jour, comme celle que Mitsubishi veut lancer, laquelle sera
arrimée au yen japonais.
Comment le cours de ces monnaies peut-il rester stable dans un marché si
volatil ? Pour maintenir leur cours proche d’une fois la monnaie dont elles
répliquent la valeur, les émetteurs rachètent leur coin. Voici le cours du
Tether depuis son lancement début 2015 (voir la ligne au centre).
Source : Coin market cap
Les stablecoins sont des actifs majeurs du marché des cryptomonnaies. Si
vous regardez les monnaies avec lesquelles sont achetées les cryptomonnaies
les plus importantes, vous verrez que le Tether (USDT) arrive toujours en très
bonne place1.

Source : Coin market cap


Le Tether (USDT) occupe les deux premières places (et les 7e et 9e) des
achats de bitcoins ! Les investisseurs vont et viennent entre le Tether
(d’autres stablecoins s’y ajouteront) et d’autres cryptomonnaies, achetant du
Tether lorsque le marché baisse et d’autres cryptomonnaies lorsqu’il est à la
hausse.
Les stablecoins vont se développer lorsque les entreprises et les États se
mettront à créer des cryptomonnaies, pour éviter que leur monnaie fasse du
yo-yo comme le font les cryptomonnaies actuelles. Le Tether est
probablement le chaînon manquant entre cryptomonnaies et acteurs
institutionnels.

Résumé

• Un stablecoin est un coin qui réplique la valeur d’un actif financier (par
exemple une monnaie fiduciaire).
• Un stablecoin est une valeur refuge dans un marché connaissant de
fortes variations, que les investisseurs vendent quand le marché monte et
achètent quand il baisse.
• Le stablecoin le plus important est le Tether (USDT), qui réplique la
valeur du dollar US. C’est un outil utilisé par les investisseurs pour se
protéger contre les variations du marché.
• Les stablecoins sont amenés à se multiplier lorsqu’États et entreprises se
mettront à créer leurs propres monnaies, car ils ne voudront pas que leur
cours subissent de trop fortes fluctuations.

La valeur des cryptomonnaies


L’essor de la valeur des cryptomonnaies
On compte aujourd’hui plus de 1 500 cryptomonnaies. Qu’est-ce qui explique
leur essor fulgurant, alors que la plupart n’existaient pas il y a deux ans ?
Pourquoi la valeur des cryptomonnaies a-t-elle explosé en 2017 ? Il faut se
demander ce qui donne de la valeur à la monnaie et si les moyens de
paiement actuels sont toujours adaptés au monde dans lequel nous vivons.
Le développement et la généralisation des smartphones et d’Internet d’une
part, l’érosion de la confiance dans les monnaies fiduciaires accélérée par la
crise de 2008, d’autre part, sont deux événements fondamentaux qui ont
ouvert la voie aux cryptomonnaies. 100 % dématérialisées, non rattachées
à un territoire, fonctionnant sur des systèmes décentralisés sans organe de
contrôle, offrant des faibles coûts de transaction et une grande rapidité
d’exécution, les cryptomonnaies remplissent les fonctions de la monnaie sans
être rattachées à un État, ce qui fait d’elles sur le papier des candidates
sérieuses pour succéder aux monnaies fiduciaires.
La valeur des cryptomonnaies a explosé en 2017 (facteurs multiplicateurs
allant de 10 à 1 000), avant de nettement retomber dans les premiers mois de
l’année 2018. Cette montée de valeur n’est pas seulement due à l’érosion de
la confiance dans le système des monnaies fiduciaires. Elle s’explique par
l’essor de la confiance placée dans ces cryptomonnaies et leur système de
fonctionnement, la blockchain.
Comme pour toutes les monnaies, confiance et valeur sont indissociables :
la valeur d’une cryptomonnaie reflète la confiance que le marché accorde non
seulement aux cryptomonnaies en général (légales dans aucun pays pour le
moment), mais aussi à cette cryptomonnaie en particulier, du fait de son
projet, son équipe, ses clients, ses perspectives, etc.

Avantages et désavantages des cryptomonnaies


par rapport aux monnaies fiat
Les cryptomonnaies ont des avantages par rapport aux monnaies
fiduciaires :
– elles sont décentralisées : elles ne sont pas créées par une autorité
hégémonique, à l’exception du cheval de Troie des cryptomonnaies, le
Ripple ;
– comme elles ne sont pas émises physiquement et ne recourent pas au
système des banques commerciales et centrales, elles ont des coûts et
proposent des frais de transaction très faibles ;
– elles permettent de réaliser des transactions en quelques secondes ou
minutes (quand l’envoi d’euros via Sepa prend au minimum 24 heures si
votre correspondant n’est pas dans la même banque que vous) ;
– elles sont faites pour être échangées uniquement électroniquement et
s’affranchissent des frontières ;
– elles apportent de nouveaux mécanismes de transparence et de sécurité
inhérents à la technologie de la blockchain ;
– elles offrent une traçabilité des transactions efficace et fiable ;
– elles représentent des produits de placement ou de diversification très
intéressants.
Leurs principaux désavantages viennent du fait que :
– elles n’ont de cadre légal dans aucun pays et ne sont pas régulées par un
État ou un organisme central, ce qui pose la question de leur légitimité et de
leur régulation ;
– elles révèlent de nouvelles failles de sécurité du fait même de l’absence de
régulation globale et d’un système de gestion centralisé (des particuliers se
sont fait voler leurs cryptomonnaies par des hackers en perdant leur private
key, sans aucun recours possible, puisqu’il n’y a aucun système central de
surveillance) ;
– elles peuvent être émises par tout un chacun, ce qui donne lieu à des
arnaques, notamment dans le domaine des ICO ;
– elles requièrent des investissements en matériel informatique et des
consommations d’énergie colossales pour être « minées » dans le cas des
monnaies fonctionnant sur l’algorithme de consensus Proof of Work
comme le bitcoin ;
– elles connaissent des variations de cours assez fortes (ce qui fait dire
à beaucoup d’observateurs et aux banques centrales que ces monnaies ne
sont pas encore prêtes à prendre la place des monnaies fiduciaires) ;
– elles sont acceptées par un nombre encore restreint de commerçants online
et offline, même si cela évolue, notamment en Asie.

Résumé

• La confiance est ce qui donne de la valeur à une monnaie : dans le cas


des cryptomonnaies (qui ne sont pas émises par une banque centrale),
elle repose sur leur technologie sous-jacente, la blockchain.
• La dématérialisation, l’essor d’Internet et des smartphones et la perte de
confiance dans les États et les banques suite à la crise de 2008 ont ouvert
la voie à une nouvelle forme de monnaie.
• L’avantage et la caractéristique la plus marquante des cryptomonnaies
sont qu’elles sont autonomes et décentralisées : elles n’ont pas besoin
d’organe central de fonctionnement et de contrôle.
• Les cryptomonnaies sont difficiles à manipuler pour le grand public,
subissent des variations de cours fortes, peuvent engendrer des
consommations phénoménales d’énergie, n’ont pas encore de cadre légal,
et peuvent donc facilement être utilisées à des fins détournées
(blanchiment d’argent, évasion fiscale, arnaques, etc.).

Pourquoi y a-t-il autant de cryptomonnaies ?


Il existe des centaines de cryptomonnaies en dehors du bitcoin (plus de 1 500
en mai 2018). Elles sont tout à la fois une monnaie et un système de
paiement, fonctionnent sur une blockchain, ont un projet et des modalités de
création et de détermination du consensus. Sachant que tout un chacun peut
théoriquement créer sa propre monnaie, que cela ne coûte rien et peut
rapporter gros, la création de cryptomonnaies va bon train et chacun y va de
son coin censé résoudre tel ou tel problème, améliorer tel ou tel processus, ou
comprendre les besoins spécifiques de telle ou telle industrie. Les nouvelles
cryptomonnaies voient le jour soit par une fork, qui peut-être hard ou soft,
soit par une ICO.
Derrière chaque monnaie se cache un projet. Chacune s’adresse à un public
particulier. Il y a bien sûr pas mal de marketing derrière certaines monnaies,
mais nombre de projets sont très pertinents, permettant aux monnaies autour
desquelles ils s’articulent de figurer parmi les cinquante, vingt ou dix plus
importantes.
Une différence fondamentale entre les monnaies fiduciaires et les crypto-
monnaies : les premières sont rattachées à un territoire et les secondes à un
usage. Comme il y a énormément d’usages et de publics potentiels, le nombre
des cryptomonnaies est appelé à exploser une fois que le grand public les
aura adoptées et qu’elles auront un cadre légal.

Résumé

• Il existe des centaines d’autres cryptomonnaies que le bitcoin (plus de


1 500), qui ont chacune leur valeur, leur projet, leur rythme et leurs
modalités d’émission.
• Il est facile de créer une nouvelle cryptomonnaie, surtout sans blockchain
propre, et cela peut être très lucratif, ce qui explique en grande partie leur
profusion.
• Les cryptomonnaies ne sont pas rattachées à un territoire mais sont
pensées en terme d’usage.
• Les cryptomonnaies ont actuellement toutes une visée mondiale : si cela
change, c’est-à-dire si des cryptomonnaies avec des projets à portée
nationale, régionale ou locale voient le jour, leur nombre sera amené
à exploser.

Les familles de coins2


Le bitcoin est tellement important dans le monde des cryptomonnaies qu’un
terme regroupe toutes les cryptomonnaies autres que le bitcoin : les altcoins
(alternative coins). Vous verrez aussi régulièrement le terme « token » pour
désigner un certain type de cryptomonnaies. J’explique la différence avec
« coin » dans le lexique en annexe, mais elle est suffisamment subtile pour
que vous puissiez intervertir les deux termes pour le moment. Quand on
regarde les coins de plus près et qu’on met de côté les arnaques (les shitcoins,
ou vaporware), on s’aperçoit que derrière chacun se cache un projet et que
seule une minorité veut remplacer l’argent. C’est pour cela que parler d’actif
cryptographique, ou cryptoactif, a souvent plus de sens que d’utiliser le terme
« cryptomonnaie ».
Pour la plupart, l’utilisation du coin comme outil de transaction entre deux
entités ne constitue pas le projet central de la société qui les émet. Le coin est
plutôt le carburant qui permet d’utiliser le service proposé, comme dans le
cas de l’ether, de Stratis ou de Neo. On peut aussi voir les coins comme une
action d’une entreprise qui a un projet. Si vous croyez dans un projet, achetez
le coin correspondant et attendez. Soit vous le revendrez (espérons-le) pour
plus cher plus tard, soit vous utiliserez effectivement le service proposé par la
société émettrice du coin pour un prix modique si vous avez acheté le coin il
y a longtemps et que son cours a monté. Ce que cherchent à faire la plupart
des créateurs de coins, c’est avoir soit une utilisation sur leur plateforme, soit
une application dans le monde réel.
Pour établir la liste des familles de coins, j’ai pris les 131 premiers coins en
capitalisation boursière (au 31 décembre 2017) et les ai regroupées dans 5
grandes familles et 25 sous-familles, sachant qu’un coin peut appartenir
à plusieurs sous-familles et parfois même à plusieurs familles. Vous
trouverez en annexe les tableaux de classification de ces 131 monnaies.
Certaines familles, comme les coins purs, sont amenées à perdurer, d’autres
disparaîtront peut-être et d’autres apparaîtront avec notamment l’arrivée de
coins émis par les États ou les entreprises. Les stablecoins, uniquement
représentés à l’heure où j’écris par Tether, qui réplique le dollar US, et DGX,
qui réplique l’or, sont amenés à devenir une famille de coins à part entière
dans un futur proche.
Les 5 grandes familles sont :
– les coins purs qui n’ont vocation qu’à être une monnaie ;
– les financières : celles qui ont vocation à assurer certaines fonctionnalités
des banques et des bourses ;
– les technologiques : celles qui mettent à disposition de leur communauté
un « super ordinateur » constitué de milliers ou millions d’ordinateurs en
réseau, permettant de développer et d’héberger des applications ou des
contrats intelligents par exemple ;
– les communautaires : celles qui permettent aux gens d’interagir ;
– les monde réel : celles qui permettent d’améliorer des processus du monde
réel, en se concentrant, ou pas, sur une industrie ou un secteur en
particulier.

Les coins purs


– Le cash numérique, qui remplace la monnaie fiduciaire pour acheter biens
et services online et offline.
– Les anonymes, pour effectuer des transactions de manière anonyme.
– Les sécuritaires, qui mettent l’accent sur l’aspect sécuritaire des
transactions.
– Les rapides, pour réaliser des transactions en quelques secondes.
– Les people coins laissent la communauté détentrice du coin décider de son
évolution.
– Les discount proposent des frais de transaction quasi nuls.
Les coins financiers
– Les places de marché permettent l’achat et la vente décentralisés de
monnaies ou autres actifs numériques.
– Les bancaires proposent des services traditionnellement assurés par les
banques, comme le transfert de monnaie entre entreprises ou filiales
d’entreprises.
– Les gestionnaires d’actifs permettent de gérer des actifs et documents
numériques de manière décentralisée.
– Les solutions de paiement proposent des solutions de paiement de
plusieurs cryptomonnaies avec possibilité de conversion en monnaies
fiduciaires.
– Les solutions de prêt utilisent les cryptomonnaies comme support de prêt.

Les coins technologiques


– Les blockchains apportent la technologie de la blockchain à des
entreprises du monde réel pour gérer ou créer des actifs financiers, des
processus, des supply chains, des documents ou des contrats.
– Les plateformes d’applications mettent des réseaux d’ordinateurs
à disposition pour développer, tester et faire tourner des applications
(application cloud décentralisé).
– Les smart contracts permettent à des entreprises ou développeurs de
mettre en place des contrats intelligents pour améliorer leur efficacité,
rendre moins chère leur exécution et servir de base à des dapps.
– Les storage clouds mettent des réseaux d’ordinateurs à disposition pour
stocker des données (storage cloud décentralisé).
– Les IOT servent de moyens de paiement et de communication entre
machines connectées.

Les coins communautaires


– Les plateformes de contenus permettent la mise à disposition et la vente
de contenus notamment artistiques.
– Les reward systems mettent en place des systèmes incitatifs pour
encourager certains comportements, comme l’évaluation de services ou la
lecture d’articles par exemple.
– Les joueurs proposent des plateformes de jeux et des casinos
décentralisés.
– Les réseaux sociaux proposent des réseaux décentralisés et une monnaie
que les membres peuvent s’échanger.
– Les crowdfunding permettent de récolter des fonds pour financer un
projet.

Les coins « monde réel »


– Les publicitaires inventent un nouveau modèle de publicité décentralisée
via la blockchain.
– Les sectoriels ciblent un secteur particulier, comme les dentistes ou la
défense, ou l’industrie en général.
– Les research permettent à la recherche d’avancer de manière plus efficace
et collaborative.
– Les prédictives prédisent le futur à partir de nombreuses informations.

Résumé

• Début 2018, on peut classer les coins suivant leur projet dans cinq
grandes catégories : les coins purs, les financiers, les technologiques, les
communautaires et les « monde réel ».
• Chaque coin sérieux a un projet, une application dans le monde réel et
des concurrents.
• La plupart des coins ont seulement quelques mois ou années.
• Le type de projets et donc de familles et sous-familles de coins va évoluer
rapidement.

La blockchain
Définition et principe de fonctionnement
La blockchain est une technologie de stockage et transmission d’informations
sans organe de contrôle. Comme son nom l’indique, la blockchain est une
suite informatique de blocs liés cryptographiquement les uns aux autres (d’où
le mot chaîne). Ils contiennent des informations et ont une structure ainsi
qu’un rythme de création définis par un protocole initial. Ces informations
sont vérifiées et groupées par des entités appelées mineurs à une fréquence et
avec des règles prédéfinies selon un algorithme de détermination du
consensus appelé « Proof of ». Les mineurs sont rétribués en coins de la
cryptomonnaie en question.
Une blockchain évolue sur un réseau informatique peer-to-peer (pair à pair)
décentralisé et mondial, composé de nœuds, d’utilisateurs et de mineurs : les
utilisateurs envoient des informations, les nœuds les transmettent et les
mineurs les regroupent en blocs, pérennisant ainsi le système. La blockchain
constitue donc un registre informatique d’informations accessible à tous et
constamment mis à jour par des mineurs selon des règles très précises.
Une blockchain est toujours unique et inaltérable : il ne peut y avoir
durablement deux blockchains pour le même système (une même
cryptomonnaie par exemple). On ne peut modifier les informations incluses
dans une blockchain, à moins qu’une majorité d’utilisateurs ne soit d’accord,
car tous les blocs sont liés cryptographiquement entre eux selon des règles
très précises et immuables. Il se peut qu’il y ait pendant un court laps de
temps deux blockchains pour diverses raisons : c’est toujours la blockchain la
plus longue (qui contient le plus de blocs) qui prévaudra ; l’autre sera
abandonnée.
On peut comparer une blockchain à une tour de Lego où chaque bloc a une
empreinte inférieure et une empreinte supérieure, ce qui fait que si je veux
poser un nouveau bloc, je dois tenir compte de l’empreinte supérieure du
précédent et la mienne aura un impact sur l’empreinte inférieure du bloc
suivant. Le système devient donc plus sûr à chaque bloc. En effet, pour
pirater une blockchain, il faudrait modifier les informations de chaque bloc,
puisqu’ils sont interdépendants, ce qui est impossible au vu de la puissance
de calcul phénoménale que cela demanderait (il faudrait modifier la
blockchain dans chaque ordinateur où elle se trouve, puisqu’elle est
disponible publiquement).
Il faut bien avoir conscience que quand nous parlons ici de bloc,
d’empreinte, de blockchain, de transaction, etc., il s’agit de suites
généralement assez longues et bien évidemment incompréhensibles de
caractères (chiffres et lettres) dont la constitution est régie par des règles
cryptographiques et effectuée par un logiciel de chiffrement propre à chaque
cryptomonnaie. Les programmes qui traitent ou effectuent des transactions de
cryptomonnaies manipulent et échangent des séries de chiffres et de lettres
qu’ils interprètent et rendent intelligibles pour nous selon des règles très
précises, tout comme votre navigateur Internet (Firefox, Safari, Opera…)
« traduit » le code d’une page Internet en langage HTML, CSS, Java, etc.,
pour l’afficher sur votre écran d’une manière esthétique et compréhensible
suivant des règles tout aussi précises (celles de chaque langage informatique).
Chacun peut consulter la blockchain de n’importe quelle monnaie, la
télécharger sur son ordinateur et même investir dans du matériel pour miner
et engranger quelques coins soi-même. Si vous téléchargez par exemple le
ledger (ensemble des transactions) du bitcoin, vous saurez quelles
transactions ont lieu dans le système Bitcoin depuis qu’il existe. Chouette,
non ? C’est public, chacun peut le faire. Personne ne contrôle cette création
de monnaie et chacun a intérêt à y participer car les mineurs, c’est-à-dire ceux
qui œuvrent assidûment à la pérennisation du système, sont rétribués pour
valider des blocs de transactions et résoudre des algorithmes mathématiques
complexes garants de la bonne continuation du système dans le cas du Proof
of Work.
La seule manière d’empêcher la création d’une blockchain et donc celle de
cryptomonnaies serait de supprimer Internet, car si on empêche tels mineurs
ou tel pays d’avoir accès au système, d’autres le feront à leur place. Le
système est fait de telle manière qu’une tentative de triche (par exemple
s’attribuer des coins ou essayer de dépenser deux fois le même coin) est
repérée et punie très rapidement, généralement par l’exclusion ad vitam
eternam de la communauté qui participe à la blockchain. On a bien plus vite
fait de s’enrichir en contribuant au consensus (c’est-à-dire au minage) qu’en
essayant de pirater le système.
Une blockchain permet in fine de déterminer la réalité d’un système donné
en offrant la capacité de répondre à tout moment de manière très précise et
fiable à deux questions fondamentales :
– directement : que s’est-il passé ?
– indirectement, dans le cas de blockchains qui répertorient des transactions :
qui possède quoi à un moment donné ? (Le « qui » se référant à des public
addresses et le « quoi » à des montants).
La blockchain appliquée aux cryptomonnaies
Dans le cas des cryptomonnaies, les utilisateurs sont des entités effectuant
des transactions. Chaque transaction valide est intégrée à un bloc qui contient
des centaines ou des milliers d’autres transactions et est ajouté à la
blockchain. Chaque cryptomonnaie dispose soit de sa propre blockchain, soit
utilise celle d’une autre cryptomonnaie, généralement ether.
Les mineurs sont ceux qui forment et valident des « blocs » de transactions
(généralement 1 000 à 2 000 et jusqu’à 4 200 dans le système Bitcoin) qu’ils
rendent compatibles avec les précédents en respectant certaines règles et
ajoutent à la blockchain. Chaque bloc reprend des informations des blocs
précédents et est enregistré dans la blockchain, qui est disponible
publiquement (blockchain.info pour le bitcoin).

La solution au « double spending »


Le grand problème qu’a réussi à résoudre le mystérieux Satoshi Nakamoto en
publiant son article sur le système de paiement Bitcoin en 2008 est le
« double spending » (la double dépense). Une des caractéristiques, et un atout
important de la blockchain, sont qu’elle permet de donner de la valeur à des
données numériques, donc virtuelles, en les rendant non copiables, ou
uniques, grâce aux algorithmes de consensus. La blockchain attribue le
contrôle de données numériques à une seule et unique public address. Seule
la personne y ayant accès (par sa private key, nous le verrons plus tard
chapitre 5) a le contrôle de ces données numériques et peut notamment les
consommer, les vendre ou les transférer à une autre public address. Quand
vous acquérez un fragment de bitcoin, vous ne le téléchargez pas sur votre
ordinateur ou votre wallet, car il n’existe pas vraiment. Vous acquérez en fait
le contrôle de ce fragment (via le minage, un transfert ou un achat avec une
autre monnaie), contrôle qui se manifeste par celui de la public address
à laquelle a été attribué ce fragment. La blockchain est utilisée aujourd’hui
essentiellement par les cryptomonnaies, mais elle peut s’appliquer à tout type
de données numériques (par exemple des droits d’écouter une certaine
chanson) ayant de la valeur.
Économiquement, cela fonctionne de la manière suivante : afin d’empêcher
Alice de dépenser deux fois la même fraction de coin, une incitation
économique est créée au sein du réseau pour que d’autres détectent
d’éventuelles tentatives de doubles dépenses, sans avoir besoin qu’une
autorité centrale ne soit nécessaire pour effectuer cette vérification. Dans la
blockchain Bitcoin, les nœuds du réseau sont en compétition pour combiner
les transactions envoyées à tous les nœuds et former des blocs, et reçoivent
des bitcoins lorsqu’ils réussissent à le faire. Si un mineur devait laisser passer
une double dépense, et que d’autres mineurs vérifiant la même transaction
s’en rendaient compte, le bloc ne serait pas accepté, le mineur aurait travaillé
pour rien et perdrait en réputation. Ainsi, chaque mineur est incité
financièrement à s’assurer qu’il n’y a pas une double dépense de bitcoins.

Pourquoi est-ce révolutionnaire ?


La blockchain est révolutionnaire avant tout car elle permet à des personnes
ou entités ne se connaissant pas, et n’ayant même pas à dévoiler leur identité,
de travailler ou échanger ensemble en toute confiance et efficacement, sans
organe de contrôle ou tiers de confiance, pourvu qu’elles aient accès au
réseau et en respectent les règles. Elle rend de ce fait superflus beaucoup
d’acteurs centralisés qui contrôlent, organisent et/ou garantissent des
processus.
La blockchain offre les avantages suivants :
– elle est inaltérable et unique par nature ;
– elle fonctionne de manière décentralisée, sans organe de contrôle, ce qui
ouvre la voie à de nouveaux modes de fonctionnement et de prise de
décisions, et la rend très économique et transparente ;
– elle est un formidable outil de traçabilité et de gestion des informations en
temps réel ;
– elle constitue un système très robuste, sûr et autonome d’échange, de
validation et de stockage de données numériques pour les cryptomonnaies
par exemple ;
– elle est collaborative et ouverte : chacun peut participer à son
fonctionnement, pour peu qu’il ait accès à Internet, dispose du matériel
adéquat et respecte les règles du protocole initial, avec généralement une
rémunération à la clé ;
– elle est quasiment impossible à stopper car décentralisée : seule une
interruption d’Internet pourrait y parvenir ;
– elle est quasiment impossible à pirater à partir d’une certaine taille, car
tous les blocs sont liés entre eux et que la blockchain est enregistrée sur des
millions d’ordinateurs ;
– elle donne de la valeur à des données numériques en les rendant uniques et
évite ainsi le « double spending », la double dépense.

Blockchain 1.0 et 2.0


Bitcoin est le premier système viable utilisant la technologie de la
blockchain. La blockchain 1.0 a vu le jour avec le système Bitcoin en janvier
2009. C’est un registre distribué permettant l’exécution et l’enregistrement de
transactions entre public addresses. Si vous téléchargez la blockchain Bitcoin,
vous verrez les transactions entre public addresses, donc tout ce qu’elle vous
dira in fine, c’est qu’à un instant t, la public address xyz détient (contrôle) 0,1
bitcoin, la public address xyy 0,9 bitcoin, etc.
Comme nous l’avons vu plus haut, la blockchain 2.0, inaugurée par
Ethereum en 2015, est un registre distribué programmable. Si vous la
téléchargez, vous verrez là aussi les transactions ayant eu lieu sur celle-ci,
sachant qu’une transaction chez Ethereum désigne toute action sur le réseau,
allant d’un échange d’argent à l’enregistrement ou l’exécution d’une
instruction de contrat intelligent. Dès qu’un contrat intelligent ou une
application sur la blockchain Ethereum « fait » quelque chose, il/elle entraîne
une transaction (et donc des faibles coûts) qui doit être enregistrée par les
mineurs dans un bloc.

Les attaques des 51 %


Une des plus grandes menaces auxquelles sont soumises toutes les
blockchains est ce que l’on appelle l’attaque des 51 %. Une blockchain
fonctionne et évolue par le consensus, et, nous le verrons, plusieurs
mécanismes permettent d’y arriver. Le consensus est indispensable car il ne
peut y avoir qu’une seule et unique blockchain et que des personnes ou
entités ne se connaissant pas sont amenées à travailler ensemble et doivent le
faire efficacement et rapidement. Mais que se passerait-il si des mineurs
représentant au moins 51 % (ou même un peu plus de 50 %) de la capacité de
minage (hashing power) se mettaient ensemble et décidaient de réécrire
l’histoire ou de s’attribuer des coins ? Ce serait possible, et c’est ce que l’on
appelle l’attaque des 51 %. L’attaque des 51 %, c’est le cauchemar absolu de
toute blockchain. C’est ce qui ne doit jamais arriver. Mais c’est bel et bien
arrivé, et pas seulement sur des petites monnaies. Verge et Bitcoin gold ont
ainsi été, par exemple, victimes d’attaques des 51 % en avril et mai 2018 avec
des modes opératoires assez différents, permettant à des mineurs malveillants
d’empocher des millions de dollars en quelques heures. Et les trois plus gros
mineurs de bitcoins détiennent de fait un peu plus de 50 % de la capacité de
minage, si bien qu’ils pourraient théoriquement s’allier et décider entre eux
de ce qui se passe sur la blockchain Bitcoin. Ces attaques sont dévastatrices
pour les monnaies en question, car c’est la confiance dans leur sécurité, et
donc leur valeur, qui est ébranlée.

Blockchains publiques et privées


Il y a une telle différence entre blockchains publiques et privées qu’il faudrait
trouver des noms différents. En anglais, on peut parler de public et private
blockchain, ou de permissioned et permissionless blockchain, ce qui est un
peu plus intéressant. Dans ce livre, lorsque je parle de blockchain, je parle de
blockchains publiques. Je n’utilise pas de traduction française pour ce terme,
mais on pourrait parler de registre distribué. Une blockchain publique est
donc un registre distribué de données telles que des transactions, auquel
chacun peut participer pourvu qu’il se plie à l’algorithme de consensus, le
Proof of. Le mot important dans la phrase précédente est « chacun ». Dans
une blockchain privée, un organe central détermine quelles sont les personnes
qui ont le droit de participer à celle qu’il a créée et/ou gère. Le but de la
blockchain privée est le même que celui de la publique, mais elle dévie
largement de l’idée de décentralisation initialement promue par le concept.
Parmi les entreprises qui développent des systèmes de gestion de valeur
fondés sur la blockchain, beaucoup mettent en place des blockchains privées,
avec ou sans assistance extérieure, ce qui leur assure une certaine sécurité
avant peut-être de l’ouvrir en la rendant publique. Les partisans de la
blockchain privée affirment que le terme « blockchain » peut être appliqué
à n’importe quelle structure qui compile les données en blocs horodatés. Ses
détracteurs considèrent que ce système ne devrait même pas s’appeler
blockchain tant il dévie du concept initial, et considèrent qu’il s’agit
simplement d’une nouvelle version de bases de données d’entreprises.
Les blockchains privées offrent des avantages non négligeables aux
entreprises : celles-ci encourent beaucoup moins de risques de piratage ou de
défaillance, car elles connaissent a priori les participants, elles ne s’exposent
pas non plus au risque que leurs données soient consultables par la Terre
entière, et elles gagnent en efficacité car la prise de décision et le traitement
des données sont dans les mains d’un nombre restreint d’acteurs. Les
blockchains publiques, celles de Bitcoin et Ethereum par exemple, ont
cependant démontré leur efficacité au cours des ans, et le nombre élevé de
participants permet d’avoir un nombre très élevé d’interactions de pair à pair
possibles.

Résumé

• Une blockchain est une technologie d’échange et de validation de


données, sans organe de contrôle, formée de blocs de données liés
cryptographiquement entre eux.
• Cette technologie est pour le moment utilisée uniquement par les
cryptomonnaies pour répertorier des transactions, mais aussi gérer des
contrats intelligents et d’autres types d’informations ou effectuer des
calculs.
• La blockchain est révolutionnaire car elle constitue à elle seule un
écosystème autonome, décentralisé, économique, collaboratif, efficace,
sûr et ouvert.
• La blockchain est quasiment impossible à pirater ou stopper et apporte
une solution au problème de la double dépense en rendant uniques des
données numériques.

Les algorithmes Proof of


Qu’est-ce qu’un consensus ?
Une blockchain doit être unique. Elle est basée sur un consensus, c’est-à-dire
une vérité, sur lequel s’accordent tous ou du moins une majorité des
participants au système. Par exemple, quelles transactions ont eu lieu ?
Quelles informations ont été échangées ? Quels résultats ont apporté les
calculs ? Quelles données sont stockées dans le réseau ?
Dans un système centralisé, c’est l’institution qui établit ce consensus, ce
qui a des avantages (la rapidité) et des inconvénients (la toute puissance).
Dans un système décentralisé comme celui des cryptomonnaies, il faut pallier
ce manque d’autorité centrale : c’est la communauté qui établit le consensus,
et cela doit se faire selon un processus et des critères très précis spécifiés
clairement et connus de tous. Le « mining », ou minage, est le processus qui
permet d’aboutir au consensus. On appelle « mineurs » les membres du
réseau qui rendent possible le consensus, et « Proof of » l’algorithme qui
définit la manière dont est déterminé ce consensus.

Quels sont les mécanismes permettant


d’aboutir à un consensus ?
L’impératif d’unicité de la blockchain, et le fait que plusieurs mineurs
travaillent simultanément sur des blocs constitués de transactions différentes,
font qu’un mécanisme doit exister pour qu’un seul et unique mineur puisse
ajouter, à la fréquence définie dans le protocole initial (par exemple une fois
toutes les 2 minutes 30), un bloc à la blockchain. Que se passerait-il si
j’envoyais une requête de transaction à un mineur et une autre requête de
transaction à un autre mineur quelques millisecondes plus tard avec le même
argent (par exemple j’ai une litecoin sur mon wallet, envoie au mineur A la
requête d’envoyer cette litecoin au wallet 1 et au mineur B d’envoyer cette
même litecoin au wallet 2), ce fameux double spending qui doit être évité
à tout prix ? Ces deux mineurs n’ont pas eu le temps de se concerter avant de
transmettre en même temps ces informations contradictoires au réseau. Quel
mineur aurait raison ?
Un système de vote purement démocratique ou un système de vérification
par un tiers seraient bien trop longs et aléatoires pour aboutir au sacro-saint
consensus. La solution est qu’un processus permet de déterminer quel mineur
« a raison » et donc qui établit le consensus à un moment donné. Ce
processus, c’est le « Proof of ». Le but est de parvenir de la manière la plus
efficace, rapide, et économique possible à un consensus, c’est-à-dire à une
blockchain unique acceptée par tous.
Les missions des algorithmes de consensus
Dans un système décentralisé, un algorithme de consensus doit permettre :
– d’éviter les informations contradictoires, c’est-à-dire qu’un mineur dit
qu’une transaction a été envoyée à l’adresse A et qu’un autre affirme que
cette même transaction a été envoyée à l’adresse B ;
– que le fait de miner requière une certaine implication, financière
notamment, pour que ce ne soit pas accessible à tout un chacun, sans quoi il
serait facile de créer gratuitement des myriades de mineurs fantômes pour
augmenter ses chances d’être choisi pour déterminer le consensus et
empocher la récompense ;
– que le fait de miner soit aussi rétribué financièrement pour contrebalancer
ces coûts, afin qu’il soit intéressant pour le plus grand nombre possible de
personnes ou d’entreprises de participer au minage et contribuer ainsi à la
rapidité, l’aspect décentralisé et l’efficacité du système.

Proof of…
L’algorithme « Proof of » est le procédé utilisé par la blockchain pour
parvenir au consensus. Chaque système de cryptomonnaies est basé sur un
programme (écrit en C++, Python, Solidity, etc.), qui détermine la fréquence
et les modalités de création de nouveaux coins et leur attribution. Pour
prétendre à l’attribution de coins, il faut apporter quelque chose au réseau et
le prouver (proof veut dire preuve en anglais) par divers moyens qui varient
suivant le « Proof of » et la monnaie. Vous pouvez obtenir des coins générés
automatiquement si vous contribuez à la bonne tenue du réseau en respectant
le protocole initial, qui est consultable par tous. Les algorithmes « Proof of »
sont donc au cœur du fonctionnement des cryptomonnaies et apportent deux
éléments fondamentaux : ils assurent la continuité et la bonne tenue du
système, et ils permettent de motiver et rémunérer le plus justement possible
les « bonnes » personnes, c’est-à-dire celles qui se chargent de créer des
blocs le plus rapidement et efficacement dans le respect du protocole.
Remplir les conditions du « Proof of » de chaque monnaie permet de
recevoir des coins, autrement dit de l’argent, ce qui est bien évidemment
motivant. Dans le cas du bitcoin, ce sont l’équivalent de plusieurs millions de
dollars qui sont distribués chaque jour aux mineurs sous forme de bitcoins,
sachant que, fin 2017, cinq pools de mineurs, essentiellement chinois,
représentaient les trois quarts du minage de bitcoins. Les blockchains de
toutes les cryptomonnaies sont de ce fait impeccables, car les participants au
système ont tout intérêt à respecter le protocole à la lettre et de le faire
rapidement pour toucher les primes. Le système de « Proof of » choisi par
chaque monnaie est un élément différenciateur fondamental, car il faut
effectuer des tâches assez différentes de l’une à l’autre pour prétendre aux
primes, si bien que chaque réseau de cryptomonnaies va avantager tel ou tel
comportement et tel ou tel type d’utilisateur en fonction du système de
« Proof of » en vigueur. Chaque système essaie d’être le plus juste et efficace
possible, et chacun a ses avantages et ses inconvénients.

Les deux grands types de Proof of


Il existe aujourd’hui deux types principaux de Proof of (Po) : le « Proof of
Work » (PoW) et le « Proof of Stake » (PoS). Il faut bien comprendre que
vérifier et regrouper des transactions dans des blocs en y incluant des
informations supplémentaires est à la portée de tout ordinateur connecté
à Internet, même le vôtre. Il faut donc un mécanisme qui permette de
départager les mineurs, d’une part pour déterminer à chaque bloc le
consensus (la vérité unique), d’autre part pour attribuer de la manière la plus
juste possible les primes associées à chaque bloc (qui varient là aussi suivant
les monnaies). Tous les algorithmes Po exigent des mineurs qu’ils
accomplissent ces opérations de base (rassembler, vérifier les informations et
former des blocs en respectant certaines règles) plus une ou plusieurs tâches
supplémentaires qui varient d’un Po à l’autre.

Proof of Work : bête et méchant


Le Proof of Work (PoW) est l’algorithme de consensus le plus ancien et le
plus utilisé par les blockchains de cryptomonnaies. Il a été initié par le
Bitcoin. Sa popularité tient au fait qu’il a été testé avec succès par beaucoup
de cryptomonnaies, notamment le bitcoin, et qu’il a amplement prouvé sa
solidité face aux piratages, pannes, forks, etc., au fil des ans.
Dans ce système, votre droit aux primes dépend de votre capacité
à résoudre un problème mathématique assez complexe et dépendant du
hasard, ce qui vous permet de prouver que vous avez suffisamment
« travaillé » pour toucher la récompense. Le travail en question s’appelle
« hachage » (hashing) et consiste à faire passer, dans la fonction de hachage
utilisée par la monnaie, une série de lettres et chiffres donnée par les
informations du bloc mises bout à bout, plus un nombre aléatoire appelé
nonce, jusqu’à trouver une empreinte, c’est-à-dire le résultat de la série de
lettres et chiffres et du nonce passée par la fonction de hachage, qui satisfasse
à une certaine condition appelée « niveau de difficulté ». Celui qui a accompli
en premier ce travail en respectant le niveau de difficulté obtient une
récompense déterminée à l’avance, constituée d’un certain nombre de coins
et des frais des transactions incluses dans le bloc miné, et peut ajouter son
bloc à la chaîne : ce bloc sera alors la vérité pour cette chaîne ; le consensus
aura été déterminé. Un autre bloc (constitué d’autres transactions) aurait aussi
pu faire l’affaire, mais c’est le bloc du premier mineur qui parvient
à « résoudre l’énigme » qui est retenu. Les autres sont instantanément
abandonnés et les mineurs se mettent immédiatement à constituer le prochain
bloc.
Le système PoW a deux inconvénients majeurs :
– il occasionne une dépense d’énergie astronomique pour trouver le nonce
qui permettra de satisfaire le niveau de difficulté du moment et donc de
pouvoir valider le prochain bloc. On estime déjà que la dépense d’électricité
pour le minage du seul bitcoin correspond à la consommation d’un pays
entier comme la Serbie (7 millions d’habitants).
– il encourage surtout ceux qui peuvent se permettre d’acquérir un matériel
informatique très performant et de régler des factures colossales
d’électricité, donc les plus riches, favorisant ainsi la centralisation pour des
raisons bien différentes du PoS. Début 2018, les cinq premiers groupes de
mineurs (minage pools) de bitcoins totalisaient 75 % des blocs minés.

Proof of Stake : Robin des bois à l’envers


Le principe du Proof of Stake (preuve de participation ou d’enjeu) est
simple : plus vous détenez de coins, plus vous êtes « important » et pouvez
donc prétendre à former et valider des blocs, et ainsi recevoir de nouveaux
coins. On devine assez vite que ce système ne fait pas l’unanimité, d’une part
car il favorise clairement les plus riches et les rend encore plus riches, d’autre
part car il risque de pousser le système vers la centralisation autour d’eux, qui
finissent par déterminer entre eux le consensus.
Le PoS semble cependant bien fonctionner chez les blockchains qui l’ont
adopté et a tendance à être adopté par de plus en plus de monnaies, car il
offre des avantages non négligeables :
– Il est facile de calculer son poids dans le système, puisqu’il dépend du
nombre de coins que je souhaite staker (investir, en l’occurrence laisser sur
le wallet fourni par l’émetteur de la monnaie et pas un autre) par rapport au
nombre de celles en circulation. Si j’ai par exemple 500 coins d’une
monnaie sur le wallet de la monnaie et qu’il y a 800 000 coins en
circulation, mon poids dans le système est de 1/1600, soit 0,0625 %. Je
recevrais donc 0,0625 % des nouveaux coins émis. Mais comme tous les
utilisateurs ne laissent pas les coins sur le wallet de la monnaie, il se peut
que je « pèse » plus que dans la théorie et reçoive donc plus de primes si je
laisse sagement mes coins au bon endroit.
– Il est en principe impossible de faire gonfler artificiellement son poids dans
le réseau puisqu’il dépend uniquement du nombre de coins que vous avez et
de l’« endroit » où vous les stockez.
– Il encourage à épargner pour « peser plus dans le réseau » et fait donc
monter le cours du coin, puisque ceux qui sont épargnés ne contribuent
donc pas à une baisse du cours.
– Les épargnants peuvent assez facilement déterminer quel sera le rendement
de leur investissement, puisqu’il est constamment calculé et mis à jour par
le wallet, comme dans le cas de Reddcoin ou Draftcoin par exemple.
– Enfin, le PoS n’entraîne pratiquement pas de dépenses d’énergie, ce qui est
un avantage majeur par rapport au PoW.

Quelques autres algorithmes Proof of


Dans le domaine des Po, il y a en gros PoW et le reste. Vous verrez, dans
Coin market cap, que tous les coins qui ont un astérisque après leur
circulating supply (nombre de coins actuellement en circulation) sont soit des
tokens, soit des coins dont l’algorithme de consensus n’est pas PoW. La
question des algorithmes de consensus est fondamentale chez les
cryptomonnaies ; c’est pour cela que des évolutions et expérimentations ont
constamment lieu afin de s’éloigner du très énergivore Proof of Work et de
trouver le Po ultime, s’il existe. Beaucoup des nouveaux Po sont des
variations de PoS et/ou PoI (Proof of Importance). En voici quelques-uns
succinctement décrits :
– Proof of Importance (PoI) : l’idée est d’attribuer une certaine importance
aux participants au système, en fonction de laquelle ils se verront attribuer
des créations de blocs et donc des coins. L’importance d’un participant est
établie suivant les monnaies qui utilisent ce système par des algorithmes, en
fonction de critères qui varient suivant chaque coin.
– Proof of Gaming (PoG) : être payé pour jouer. Vous êtes choisi pour créer
des blocs car vous jouez ou effectuez des prouesses dans un jeu.
– Proof of Hold (PoH) et Proof of Stake/Time (PoST) : être payé en
fonction du nombre de coins possédés et de leur ancienneté. Vous êtes
choisi pour créer des blocs car vous détenez des coins depuis un certain
temps. Le « poids » de vos coins dépend de leur durée de détention.
– Proof of Stake and Velocity (PoSV) : être payé en fonction de son
activité et de sa participation. Vous êtes choisi pour créer des blocs car vous
détenez un certain nombre de coins et les mettez à disposition du réseau
pour des tâches bien précises.
– Proof of Use (PoU) : plus je fais de transactions, plus je gagne. Vous êtes
choisi pour créer des blocs car vous effectuez régulièrement des
transactions.
– Proof of Minimum Aged Stake (PoMAS) : prendre en compte un
montant minimal et la durée de détention des coins. Vous êtes choisi pour
créer des blocs si vous détenez un montant de coins depuis une durée
définie tous les deux par l’émetteur.

Résumé

• Le Proof of est un algorithme de détermination du consensus,


fondamental pour le fonctionnement des blockchains.
• Comme il est facile (pour un ordinateur) d’agréger des blocs, il faut un
mécanisme permettant de déterminer un seul et unique mineur pour
valider chaque bloc afin d’aboutir efficacement au consensus.
• Il existe à ce jour deux types principaux de Proof of : Proof of Work (PoW)
et Proof of Stake (PoS).
• Pour pallier les défauts de ces deux types de Po, notamment le Proof of
Work, de nouveaux types sont régulièrement créés, qui s’inspirent
généralement de PoS et PoI.

Les forks
Un fork (bifurcation en français) est un événement qui se produit au sein
d’une cryptomonnaie lorsque le consensus de la communauté qui participe
à la blockchain associée (les mineurs notamment) est rompu car une partie de
cette communauté voudrait mettre en place des changements du protocole, et
que l’autre partie le refuse. Un fork est nécessaire dès lors qu’une partie non
négligeable de la communauté souhaite changer le code de la blockchain, par
exemple pour renforcer la sécurité, augmenter la taille des blocs ou changer
le nombre de coins émis par bloc ou au total.

Les soft forks


On distingue deux types de forks : les « soft forks » et les « hard forks ».
Un soft fork est une mise à jour acceptée par presque ou toute la communauté
qui participe à la blockchain. Ceci ne donne pas lieu à des luttes de pouvoir
ou à une nouvelle monnaie, comme dans le cas des hard forks. C’est un peu
comme la mise à jour de votre système d’exploitation : vous pouvez choisir
de rester avec l’ancien, mais vous n’aurez accès aux nouvelles fonctionnalités
et aux éventuelles nouvelles mesures de sécurité que si vous passez à la
nouvelle version. Ces soft forks sont transparents pour les utilisateurs, car
vous achetez généralement vos coins sur un exchange et, que vous les laissiez
sur cet exchange, les mettiez sur un desktop ou un hardware wallet, cela ne
vous concerne pas. Les soft forks ne concernent que les mineurs, qui mettent
simplement à jour l’algorithme de la blockchain et continuent à miner la
nouvelle version.

Les hard forks


Un hard fork est un événement d’une autre ampleur. Il a lieu quand une partie
non négligeable de la communauté qui participe à la blockchain veut mettre
en place des changements relativement importants et que l’autre les refuse.
Le résultat d’un hard fork est de ce fait la naissance d’une nouvelle monnaie
dont la blockchain « bifurque » à un bloc donné. En effet, les changements
mis en place rendraient la nouvelle blockchain incompatible avec celle qui
n’a pas intégré ces changements, rendant un soft fork impossible. Les hard
forks ont lieu relativement peu souvent mais sont généralement spectaculaires
et attendus par les investisseurs et les mineurs, notamment parce qu’ils
donnent naissance à une nouvelle monnaie avec de nouvelles fonctionnalités
et qui sera attribuée gratuitement aux investisseurs qui détenaient l’ancienne
monnaie au moment du hard fork.

ETH et ETC
Ce sont surtout les hard forks des monnaies connues qui attirent l’attention.
Par exemple celui de la blockchain de l’Ethereum qui s’est produit en
juillet 2016 et suite à laquelle l’ether (ETH) tel que nous le connaissons
aujourd’hui est né. Le hard fork a eu lieu suite à une attaque d’un hacker qui
a réussi à dérober autour de 60 millions de dollars en ether grâce à un smart
contract. Une partie de la communauté derrière Ethereum a voulu que cette
attaque soit « effacée » de la blockchain, comme si elle n’avait jamais eu lieu.
Ceci impliquait de la réécrire et contrevenait à son aspect inaltérable. Comme
le fondateur d’Ethereum Vitalik Buterin était en faveur de cette solution, le
nom (ether) et le ticker (ETH) qui prévalaient avant cette hard fork sont
revenus à cette blockchain « modifiée ». La blockchain initiale, non modifiée,
a donc pris le nom d’Ethereum classic et le symbole ETC. ETC vaut,
à l’heure où j’écris3, environ vingt fois moins qu’ETH mais reste dans le top
20 des cryptomonnaies.

Les hard forks du bitcoin


Le bitcoin, de par sa renommée et le fait que son algorithme est perfectible,
fait régulièrement l’objet de hard forks. N’importe qui sachant programmer et
communiquer peut effectuer un hard fork et reprendre une partie du nom de
l’ancienne monnaie en améliorant la blockchain ou faisant semblant de le
faire. C’est pour cela que sont nées en 2017 Bitcoin cash, Bitcoin cash plus,
Bitcoin Diamond, Bitcoin Gold, Bitcoin 2x… Et comme, lors d’un fork, la
nouvelle monnaie se base sur la blockchain de l’ancienne, elle commence
avec le même nombre de coins que celle-ci, soit plus de 16 millions dans le
cas du bitcoin fin 2017, ce qui a permis par exemple à Bitcoin Gold d’entrer
dans le top 10 des cryptomonnaies dès sa naissance fin 2017.
Vous pouvez voir avec les trois exemples ci-après que le nombre de
bitcoins, bitcoins cash et bitcoins gold en circulation est quasiment le même
et le nombre maximal de coins prévu identique (cf. à droite), car les hard
forks qui ont mené à la création des deux dernières ont eu lieu récemment.

Source : Coin market cap

Free money
Les hard forks sont parfois labellisés « free money » par les investisseurs car
vous recevez le même nombre de coins de la nouvelle monnaie que ceux que
vous déteniez de l’ancienne juste avant le hard fork. Pourquoi ? Parce que
quand un hard fork a lieu, on ne vous demande pas à vous, cher investisseur,
de choisir votre camp. On vous donne le même nombre de coins de chaque
monnaie au moment du fork. Techniquement parlant, l’ancienne blockchain
et donc les coins qu’elle renferme sont « copiés » au moment du hard fork
pour créer la nouvelle blockchain, ce qui fait que les coins que vous détenez
dans votre wallet au moment du hard fork sont elles aussi copiées. À partir du
moment où le hard fork a lieu, la blockchain se scinde en deux et vous
pouvez investir dans l’une et/ou l’autre, de même que les miners peuvent
miner l’une et/ou l’autre, qui sont à présent deux blockchains et deux
monnaies indépendantes. Théoriquement, si le coin que vous aviez avant le
hard fork valait 100, le coin historique après le hard fork vaudra 90 ou 95 et
le nouveau 10 ou 5, ce qui fait qu’il n’y a pas vraiment de « free money ».
Dans la pratique, vos coins se dédoublent bien et quand le hard fork réussit,
comme ce fut le cas pour Ethereum mi-2016, bitcoin cash le 1er août 2017 ou
bitcoin gold le 5 décembre 2017, les deux coins prennent de la valeur et
comme vous possédez les deux, vous êtes a priori content d’avoir pris part au
hard fork.

Résumé

• Un fork est une évolution de la blockchain qui donne lieu à une simple
mise à jour ou une scission, suivant que la communauté s’entend ou pas
sur les modalités de cette évolution.
• Un soft fork est une simple mise à jour de la blockchain et n’entraîne pas
de scission.
• Un hard fork est la mise en place de changements importants dans la
blockchain, non voulus par la totalité de la communauté, et donne lieu à la
scission de la blockchain en deux blockchains et donc deux monnaies
distinctes
• Lors d’un hard fork, les détenteurs de la monnaie à ce moment reçoivent
en plus la même quantité de la nouvelle monnaie.

Les contrats intelligents


Un contrat intelligent, ou smart contract, est un concept créé en 1993 par
Nick Szabo, précurseur du bitcoin et soupçonné d’être Satoshi Nakamoto ou
une des personnes derrière ce pseudonyme. Les contrats intelligents sont des
protocoles informatiques qui permettent de vérifier et d’exécuter en temps
réel un contrat juridique ou financier, ou tout type d’accord que plusieurs
contreparties peuvent codifier, avec peu ou pas du tout d’intervention
humaine. Ces contrats intelligents ont généralement une interface utilisateur
et imitent la logique des clauses contractuelles. Le développement des
technologies numériques et l’avènement de la blockchain permettent le
développement de ces contrats, qui ont besoin d’informations fiables et
actuelles pour fonctionner. S’ils sont promis à un bel avenir, ils sont tout de
même soumis à controverse et leur développement dépend étroitement de
l’avancée de la régulation. Ces contrats intelligents sont notamment au centre
du projet Ethereum.

Qu’est ce qu’un contrat ?


Un contrat est un accord entre deux parties, consenti librement et
juridiquement exécutoire, qui stipule ce que donne, reçoit et doit
éventuellement accomplir chaque partie immédiatement et à des instants
convenus, en fonction d’événements causés ou pas par elles, et stipulés dans
le contrat. Vous passez votre temps à conclure des contrats, et votre
comportement au quotidien est influencé en partie par ceux-ci, notamment
avec votre employeur, votre fournisseur de téléphonie, de gaz, d’électricité,
etc. Même un ticket de caisse est un contrat : vous achetez par exemple un
jouet et acceptez pour ceci de donner une certaine somme d’argent au
vendeur. Vous gardez le ticket de caisse ; le vendeur en garde une copie
physique ou numérique. Une des conditions du contrat entre vous et celui-ci
stipule que vous pouvez rendre le jouet jusqu’à tant de semaines après votre
achat si vous ne l’avez pas ouvert ou si vous l’avez ouvert et qu’il est
défectueux, auxquels cas vous récupérez votre argent et le contrat est rompu.
Dans l’expression « contrat intelligent », il faut prendre le terme « contrat »
dans un sens très large : s’il se passe telle chose, alors cela provoque tel
événement. Ou s’il ne se passe pas telle chose, alors tel événement n’a pas
lieu. Le contrat devient intelligent quand l’intervention humaine n’est plus
nécessaire ou presque : c’est déjà le cas par exemple lorsque vous achetez
une barre chocolatée d’un automate. Vous insérez une certaine somme et la
machine vous livre le produit.

Que viennent faire les technologies


numériques là-dedans ?
Les technologies numériques permettent d’automatiser à la fois la collecte
des données nécessaires et l’exécution du contrat, en vérifiant sans
intervention humaine que chaque partie remplit ses obligations ou pas, et
d’enclencher les actions correspondantes suivant que le contrat est respecté
ou pas. Elles permettent également de fournir à chacune des deux parties une
interface en ligne constamment actualisée qui leur permet de consulter l’état
du contrat et les prochaines échéances. L’exemple souvent cité pour décrire
un contrat intelligent est celui de l’achat d’une voiture à crédit : si vous payez
vos échéances en temps et en heure, vous gardez le contrôle de votre voiture
via votre clé électronique ou une reconnaissance de vos empreintes digitales
gérée électroniquement. Si vous interrompez votre paiement sans l’avoir
annoncé, vous recevez un ou plusieurs avertissements. Au bout de plusieurs
manquements à vos obligations de paiement, le programme qui gère votre
contrat intelligent vous enlève le contrôle de la voiture au profit de l’émetteur
du crédit, si bien que vous ne pouvez plus l’ouvrir. Si, à l’inverse, vous payez
l’intégralité de votre crédit, le programme vous donne le contrôle de la
voiture pour toujours et n’a plus lieu d’être. Tout cela est géré de manière
automatique et numérique.

La blockchain : un nouvel élan pour les contrats


intelligents
La blockchain étant un registre numérique d’informations constamment mis
à jour, elle permet d’actualiser de manière très efficace et systématique les
actifs de chaque partie en exécutant automatiquement le changement de
propriété selon les règles du contrat intelligent. Dans un réseau pair à pair axé
autour d’une blockchain, les nœuds peuvent surveiller les événements sur
lesquels les règles contractuelles intelligentes sont conditionnées, tout en
vérifiant et communiquant l’information à d’autres nœuds. Les contrats
intelligents sont au cœur du projet de plusieurs cryptomonnaies, Ethereum
notamment. Comme les contrats intelligents ne sont pas pourvus d’une
intelligence propre, mais sont simplement des protocoles de vérification en
temps réel qui enclenchent telle ou telle action suivant tel ou tel événement,
les nœuds peuvent avoir besoin de données externes pour pouvoir mettre
à jour la blockchain : l’objet a-t-il plu, a-t-il été livré, le paiement a-t-il été
fait, l’article a-t-il été écrit dans le style demandé, etc ? L’exécution d’un
contrat intelligent n’est efficace que si ses données d’entrée sont valables, et
il peut être difficile de trouver des entrées suffisantes pour le valider. Comme
un programme ne peut pas facilement et de manière fiable dire ce qui se passe
dans le monde physique, ou valider qui dit la vérité, un nouveau métier de
constatateur d’événements (oracle) dans le monde réel est en train de voir le
jour pour alimenter des fournisseurs de services en ligne qui alimentent eux-
mêmes les contrats intelligents en données d’entrée (input).

Domaines d’application des contrats intelligents


Les contrats intelligents peuvent s’appliquer à tout type de contrat gérant des
actifs entre plusieurs parties : services financiers, crédit, ventes aux enchères,
fichiers musicaux, cryptomonnaies, propriété intellectuelle, loterie… Plus les
données d’entrée sont simples et incontestables, plus le contrat intelligent
a du sens et peut s’exécuter de manière efficace. Dans les fichiers musicaux
par exemple, la technologie DRM applique le droit d’auteur en empêchant
à l’acheteur du fichier de copier celui-ci. Une vente aux enchères gérée par un
contrat intelligent et une cryptomonnaie pourrait se dérouler de la manière
suivante : les participants misent des coins qu’ils dépensent effectivement
pour tenter de remporter l’objet. Une fois la vente terminée, l’application du
contrat intelligent détermine immédiatement quel acheteur a misé la somme
la plus élevée et lui attribue l’objet. Elle rembourse en même temps tous les
autres participants.
La plupart des contrats intelligents ne feront cependant intervenir aucune
personne à partir du moment où ils ont été programmés et mis en route : des
« kill switchs » (interrupteurs internes de désactivation) construits dans des
appareils électriques et non accessibles à l’utilisateur pourraient permettre
à l’application du contrat intelligent de désactiver l’appareil si une condition
du contrat n’est pas remplie. Par exemple, si un aspirateur automatique ne
récupère plus assez de poussière ou de petits objets, il peut alors cesser de
fonctionner, si le contrat intelligent a été ainsi programmé. Ce nouveau type
de contrats pourrait modifier la façon dont les transactions sont effectuées,
éliminer les intermédiaires et réduire drastiquement les coûts.

Les risques inhérents aux contrats intelligents


Les contrats intelligents comportent aussi des risques. Déjà, un contrat
intelligent géré par une blockchain sur un réseau pair à pair ne peut pas être
interrompu si cela n’a pas été prévu au départ, car une fois qu’il est entré sur
le réseau, il ne peut plus être retiré, à moins de provoquer un hard fork en
obtenant l’accord de plus de 50 % des mineurs du réseau. C’est pour cela
qu’il doit être soigneusement paramétré, bien relu et audité par plusieurs
personnes avant d’être enclenché et mis sur le réseau. Ensuite, un hacker peut
pirater un contrat intelligent en changeant les règles du jeu et s’attribuer à lui-
même ou à la partie pour laquelle il travaille des clauses bien plus favorables
que ce qui avait été convenu au départ. Pour reprendre l’exemple de la
voiture, si je suis l’emprunteur, je pourrais payer un hacker pour qu’il enlève
un 0 au montant de mes échéances ou du nombre de mois qu’il me reste
à payer, pour que le contrôle de la voiture me revienne. Enfin, le contrat
intelligent consacre un peu plus le règne des machines, en leur laissant le soin
de vérifier ses clauses et de l’exécuter, avec le côté implacable que cela
suppose. Des appareils pourront brusquement cesser de fonctionner si une
condition simple, comme le paiement d’un crédit ou l’obtention d’un certain
résultat, n’est pas remplie et causer éventuellement des problèmes.

Résumé

• Un contrat intelligent est un contrat qui peut être exécuté


automatiquement grâce aux technologies numériques.
• Un système de gestion de l’information, la blockchain par exemple,
permet de surveiller en temps réel que chaque partie remplit ses devoirs
et obtient ses droits, et déclenche les événements adéquats.
• Pour bien fonctionner, un contrat intelligent a besoin d’un flux constant de
données fiables, qui peut être pourvu par une blockchain ou un oracle
(personne ou programme constatant des événements dans le monde réel
et les entrant dans la blockchain).
• Les contrats intelligents peuvent occasionner de lourds dégâts s’ils sont
mal conçus ou piratés, et consacrent un peu plus l’emprise des machines
sur notre monde.
1. Au 20 mai 2018.
2. Ces familles et sous-familles sont issues de ma réflexion uniquement et sont amenées à
changer avec l’évolution du marché, qui ira je pense vers des modèles plus locaux.
3. Mai 2018.
3
Consensus et transactions
Dans ce chapitre, qui est légèrement plus technique que les précédents, vous
allez comprendre ce qu’est le minage, ce que veut dire « consensus » dans le
monde des cryptomonnaies, comment celui-ci se forme, comment se
déroulent les transactions et pourquoi tant d’énergie est nécessaire pour faire
fonctionner le système PoW.

Le minage
Le minage (mining, ou fait de miner) est une activité qui permet de créer un
consensus dans un système décentralisé, mais qui ne consiste pas à créer des
bitcoins avec son ordinateur… Dans les blockchains Proof of Work des
cryptomonnaies, le minage est le fait de contribuer à la continuité du système
en créant et ajoutant à la blockchain des blocs de transactions selon des
conditions spécifiées dans le protocole de la cryptomonnaie (qui détermine
notamment de quoi doit être constitué un bloc, à quelle fréquence les blocs
doivent être créés, quel algorithme de consensus est utilisé et quelle
récompense est accordée au mineur qui détermine le consensus) et
l’algorithme de consensus (qui détermine qui « a raison », c’est-à-dire selon
quels critères un mineur est choisi pour ajouter son bloc à la chaîne et ainsi
déterminer le consensus).
On compte trois types de participants dans le réseau d’une blockchain
PoW :
– Les utilisateurs (users, aussi qualifiés de light nodes), qui forment la
grande majorité des participants. Ils veulent recevoir et envoyer des
paiements ou des données sans devoir s’occuper de la structure du système.
Ils ne détiennent généralement pas l’intégralité de la blockchain (autrement
dit, ils ne l’ont pas téléchargée), même s’ils le pourraient, puisqu’elle est
disponible pour tous. Quand ils veulent procéder à une transaction, ils
envoient l’information nécessaire de leur wallet à des nœuds, et les mineurs
du système la font suivre afin de la présenter pour vérification à d’autres
nœuds et mineurs afin d’aboutir à un consensus.
– Les nœuds, nodes ou full nodes, reçoivent des informations d’utilisateurs
et d’autres nœuds, les vérifient et les transmettent encore à d’autres. Ils
sauvegardent la blockchain entière afin de garantir la décentralité du
système : plus il y a de personnes qui partagent cette information, plus le
système est difficile à perturber ou éliminer, car il peut facilement renaître
de ses cendres en cas d’attaque ; c’est un des grands atouts apportés par la
décentralisation.
– Les mineurs contrôlent et vérifient les transactions que les utilisateurs
souhaitent effectuer en se pliant au protocole de la monnaie et
à l’algorithme de consensus. Ils perçoivent des frais sur chaque transaction
pour rémunérer leur travail, en plus de la récompense fixe attribuée
à chaque validation de bloc.
Dans le réseau d’une blockchain PoS, on compte aussi trois types de
participants :
– les utilisateurs ;
– les nœuds ;
– les masternodes (nœuds majeurs) qui possèdent et activent le wallet de la
cryptomonnaie sur leur ordinateur avec suffisamment de coins dessus pour
pouvoir jouer le rôle de mineur et toucher ainsi des primes.
Théoriquement, un participant peut jouer ces trois rôles : vérifier les
transactions (rôle du mineur/masternode), transmettre les informations au
réseau (rôle du nœud) et utiliser le système pour recevoir ou envoyer des
paiements (rôle de l’utilisateur). Dans la pratique, les participants au système
sont la plupart du temps spécialisés sur un voire deux des trois rôles.
Beaucoup de nœuds se contentent de contrôler et transmettre l’information
sans procéder eux-mêmes à des vérifications ou des paiements. Ils participent
bénévolement à la bonne tenue du réseau en mettant la puissance de calcul de
leur ordinateur à sa disposition, car ils croient dans le projet de la
cryptomonnaie, mais ne veulent ou ne peuvent pas investir suffisamment
pour devenir mineurs. La plupart des utilisateurs adoptent le système pour
échanger de la monnaie ou des données et ne cherchent pas à savoir ce qui se
passe en coulisses ou y contribuer : ce sont des consommateurs qui acceptent
de payer des frais pour le service rendu. Ils laissent le soin aux mineurs de
vérifier la véracité des transactions et de créer des blocs pour garantir la
perpétuation et l’unicité de la blockchain, assurée essentiellement par le
travail des mineurs qui sont rémunérés pour ce faire par les frais des
transactions du bloc miné et une récompense prédéterminée (par exemple
12,5 bitcoins par bloc).

Résumé

• Le minage est l’activité qui permet de créer un consensus dans un


système décentralisé.
• En formant des blocs de transactions et en respectant des règles très
précises, les mineurs sont les participants qui permettent d’assurer
l’unicité de la blockchain.
• Les mineurs sont nommés « masternodes » dans une blockchain PoS et
doivent détenir un certain nombre de coins sur le wallet de la monnaie
pour pouvoir prétendre à cette fonction.
• Le minage rapporte un nombre de coins comprenant une récompense
prédéterminée et des frais des transactions contenues dans le bloc,
faisant de celui-ci une activité très lucrative et concurrentielle.

Déroulement d’une transaction sous PoW


Voici comment se déroule concrètement (le mot est osé !) une transaction sur
une blockchain Proof of Work, comme celle du bitcoin, avec à chaque fois le
type de participant qui effectue l’action.

Envoi de la requête au réseau (utilisateurs)


Un utilisateur envoie par l’intermédiaire de son wallet une requête au réseau
via l’indication d’un coin, d’un montant et de la public address du récepteur,
et utilise sa private key pour confirmer l’envoi de la transaction de sa public
address (son « compte en banque ») au réseau. Cette requête est disséminée
à la vitesse de la lumière aux nœuds et mineurs actifs, et n’est pas encore
validée. La requête fait à présent partie du réseau et est marquée comme
unconfirmed (non confirmée) tant qu’un consensus n’a pas été établi. Elle n’a
entraîné jusque-là aucun changement dans mon compte ou celui du
destinataire. Elle ne sera confirmée que lorsqu’un mineur l’aura intégrée à un
bloc et (chez Bitcoin) qu’en moyenne quatre blocs contenant d’autres
transactions auront été ajoutés successivement à celui-ci. Pendant ce temps-
là, des milliers d’autres utilisateurs font de même, créant un pool de requêtes
attendant d’être validées par les mineurs.

Réception et vérification des requêtes de transaction


(mineurs)
La première chose que fait un mineur lorsqu’il reçoit une requête de
transaction est de vérifier si celle-ci est bien valide, à savoir :
– A-t-elle bien été signée par la private key de l’expéditeur (ce que fait le
wallet de celui-ci la plupart du temps) ?
– Y a-t-il assez de coins sur la public address à l’origine de la transaction
pour effectuer celle-ci ?
– L’adresse du destinataire est-elle bien valide ?
Ces vérifications, très faciles à effectuer, ne permettent cependant pas aux
nœuds et aux mineurs de récupérer les private keys des utilisateurs grâce au
processus de signature numérique issu de la cryptographie asymétrique. Un
seul « non » et la transaction est immédiatement annulée et exclue du réseau,
comme s’il ne s’était rien passé. Les requêtes valides envoyées au réseau par
les utilisateurs sont transformées par les mineurs en « Transaction ID » (Tx-
ID, numéro d’identification de la transaction), qui sont une série longue et
unique de caractères obtenue en fonction des informations suivantes : d’une
part le montant en coins, l’horodatage, les public addresses de l’expéditeur et
du destinataire, et d’autre part la signature numérique qui confirme que
l’émetteur était bien en possession de la private key correspondant à la public
address à partir de laquelle il a envoyé les fonds, sans devoir dévoiler cette
private key à toute la planète, sans quoi chacun pourrait se servir dans son
compte. C’est bien entendu un programme qui effectue toutes ces tâches
à très haute vitesse, pas les mineurs eux-mêmes. Il est impératif pour les
mineurs d’avoir un matériel informatique très performant, un accès au réseau
(Internet) très rapide pour que leur activité soit rentable. Je peux donner un
bonus au mineur pour qu’il traite ma transaction plus rapidement. Une fois
qu’une transaction est reconnue valide par un mineur, elle peut être
considérée dans la formation d’un nouveau bloc.

Formation des blocs (mineurs)


Les mineurs passent leur temps à scruter le réseau pour récolter les requêtes
de transactions afin de les valider et d’en faire des blocs. Dès qu’ils repèrent
une requête, ils l’agrègent dans un ensemble de transactions non confirmées.
Ils ont au préalable réuni les autres informations pour former le futur bloc : le
numéro de version de la fonction de hachage, l’empreinte de l’en-tête du bloc
précédent, l’horodatage (temps écoulé depuis le 1er janvier 1970 minuit, en
secondes) et la difficulté (qui est commune et connue de tous les mineurs).
Dès qu’ils ont accumulé quelques milliers de transactions non confirmées
(maximum 4 200 pour le Bitcoin), ils en prennent généralement entre 1 000
et 2 000 avec lesquelles ils vont former un bloc. Comme ils sont rémunérés
en partie par les frais de transaction des blocs qu’ils forment, et que ceux-ci
dépendent du montant de chaque transaction, ils auront tendance à prendre
les plus grosses transactions ou celles pour lesquelles l’expéditeur a choisi de
verser des frais de transaction plus élevés pour que sa requête soit traitée plus
rapidement. Le mineur combine la racine de l’arbre des Tx-ID qu’il met dans
ce bloc qui varie d’un mineur à l’autre car ils ne mettent pas les mêmes
transactions dans le bloc que leur voisin. On obtient ainsi une très longue
série de caractères : un bloc.

Création de l’empreinte/hashing (mineurs)


Le mineur fait passer dans la fonction de hachage (SHA-256 dans le cas du
Bitoin, Script pour d’autres cryptomonnaies), obtenant en retour un hash, ou
somme de contrôle, ou empreinte, qui est en l’occurrence un arbre de Merkle.
Cette empreinte doit remplir une condition difficilement atteignable pour être
reconnue comme valide, à savoir, satisfaire un niveau de difficulté réajusté
régulièrement (tous les 2 016 blocs dans le cas du Bitcoin). Le nonce étant la
seule variable que le mineur peut ajuster, il combinera les mêmes données et
y ajoutera des milliers, millions ou milliards de fois un nonce aléatoire pour
finir par obtenir une empreinte satisfaisant le niveau de difficulté du moment.
S’il est le premier à y parvenir, il pourra présenter son bloc à la communauté,
qui le vérifiera et le validera en quelques millisecondes, et il touchera alors sa
récompense.

Exemple dans le système Bitcoin


Dans le système Bitcoin, pour qu’un bloc soit accepté, il faut que son
empreinte commence par un certain nombre de zéros. Comprenez bien que
l’empreinte n’est pas un nombre mais une série de lettres et de chiffres, que
tous les mineurs utilisent la même fonction de hachage (SHA-256 dans le cas
du bitcoin), et que ce n’est pas important que ce soit des zéros ou des g ou
584gght26eres par exemple qui soient exigés ; l’important est qu’il y ait une
certaine condition difficile à remplir, identique pour tous les mineurs et que
l’on ne puisse satisfaire qu’en essayant encore et encore avec des nombres
aléatoires. La seule chose que peuvent faire les mineurs pour augmenter leurs
chances de trouver des blocs valides est d’augmenter leur hashing power,
c’est-à-dire le nombre de hashes, ou empreintes, qu’ils peuvent trouver par
seconde, en achetant toujours plus d’ordinateurs toujours plus puissants. Le
minage de bitcoins notamment représente un tel enjeu économique (des
millions d’euros par jour) que des entreprises, dont récemment Samsung,
conçoivent des processeurs qui ne savent faire que ça.
Prenons un exemple où une série de caractères constituée de « Enfin
arrivés ! » (données immuables) et d’un nombre qui le suit (nonce, en gras),
est passée dans une fonction imaginaire de hachage cryptographique, sachant
que le niveau de difficulté serait que l’empreinte commence par 19 zéros :
« Enfin arrivés !0 » ➔
fccf1e4301d96cb5e0b0e864d697fd758ce99229fcd81c12d4 ➔ perdu
« Enfin arrivés !1 » ➔
fbdf2992485b6b44ead19e46f844fdb2bfd18422231f07b9ab ➔ perdu
« Enfin arrivés !2 » ➔
032c6620c84fff9e8789301406618e976e16ebcd436fa441dc ➔ perdu
« Enfin arrivés !55789 » ➔
0f09989c6bc6998c34445005f54b3b499cbe04a285b2535d58 ➔ perdu
« Enfin arrivés !55790 » ➔
820445277906da97a0ef8c12c3ee9a1c064e443e671e6349ed ➔ perdu
« Enfin arrivés !55791 » ➔
a311eb52253875e767c97212a6f30bccc3c32f573387bdc62d ➔ perdu
« Enfin arrivés !55792 » ➔
000000000000000000089b4c2d399cc89654658a8fc3f420a2 ➔ gagné !
Le bloc peut être présenté à la communauté et validé.

Constitution de la blockchain
Le bloc sera ajouté à la blockchain et servira de référence au bloc suivant, qui
commencera immédiatement à être miné. Le mineur encaissera la
récompense en coins et des frais des transactions qu’il a incluses dans son
bloc, ce qui couvrira a priori ses frais de main-d’œuvre, son matériel
informatique, sa consommation électrique, son loyer, etc. Il y a donc une
grande part de hasard dans l’attribution de nouveaux blocs et une dépense
formidable d’énergie pour arriver à trouver une empreinte qui satisfasse le
niveau de difficulté du moment, car tout ce que les mineurs se contentent de
faire, c’est de rassembler des transactions, les transformer en blocs, qui ne
sont au final qu’une longue série de caractères, et passer cette série dans la
fonction de hachage en lui ajoutant des milliards de nonces jusqu’à trouver le
bon. Une fois le bloc validé, le consensus est établi, il est « vérité » et ne peut
plus être modifié. Il est lié irrémédiablement aux blocs précédents et fait
partie de la blockchain, qui est bien une chaîne de blocs. Les transactions qui
le composent sont confirmées. Dans le cas du bitcoin, elles le seront
définitivement quand en moyenne quatre blocs plus tard seront ajoutés, car
chaque bloc renforce les blocs précédents.

Blocs orphelins
Un orphan block (bloc orphelin) est un bloc qui est certes valide, mais n’est
pas accepté par la communauté car un autre mineur a trouvé à peu près en
même temps un autre bloc et que la majorité de la communauté a validé cet
autre. Deux blocs trouvés en même temps seront très probablement
différents, car les mineurs ne mettent pas les mêmes transactions dans les
blocs qu’ils forment. Ils peuvent néanmoins très bien être valides tous les
deux. Comment déterminer lequel est « le bon » ? Au moment où ces blocs
sont trouvés, il existe en quelque sorte deux blockchains de longueurs (c’est-
à-dire de nombre de blocs) égales, qui sont toutes les deux valides, ce qui
contrevient au principe d’unicité. Le système résout ce problème de la
manière suivante : les deux chaînes coexistent jusqu’à ce qu’un nouveau bloc
soit trouvé. La chaîne que vient compléter ce nouveau bloc sera, au moment
où le bloc est trouvé, la plus longue et, comme c’est la plus longue qui est
privilégiée, l’autre sera abandonnée. Le bloc abandonné devient un orphan
block, et les transactions qu’il contenait et qui n’ont pas été prises en compte
dans l’autre blockchain doivent être à nouveau confirmées. Les transactions
finissent toujours par être confirmées lorsqu’elles sont valides, même
lorsqu’elles sont petites.

Voici un schéma récapitulatif :

Source : Myetherwallet

Rétention de blocs
Le système Proof of Work encourage les mineurs à travailler le plus
efficacement et rapidement possible pour toucher les primes : c’est une
course contre la montre. Pourtant, il peut être tentant pour un mineur de ne
pas dévoiler immédiatement à la communauté un bloc valide. Une grande
part de hasard intervient dans le minage. Dans le système Bitcoin, un bloc
doit être trouvé toutes les 10 minutes, mais il peut se passer aussi bien
3 minutes que 17 entre deux blocs en raison de la nature même du minage. Si
un mineur a de la chance et trouve le bon nonce disons en 3 minutes, il peut
proposer son bloc à la communauté et empocher la récompense. Il peut aussi
prendre le risque de ne pas le faire tout de suite et commencer
immédiatement à chercher le bloc qui suit le sien pendant que le reste de la
communauté est encore à la recherche du bloc précédent. Imaginons que le
reste de la communauté a eu besoin de 10 minutes pour trouver le bloc qui
correspond à celui que notre mineur a trouvé 7 minutes plus tôt et qu’un
mineur de cette communauté le présente : ce bloc est validé. Cependant, notre
mineur rebelle est toujours à la recherche du bloc qui suit celui qu’il avait
trouvé au bout de 3 minutes. Admettons que la communauté a besoin
à nouveau de 10 minutes pour trouver le bloc suivant, soit 20 minutes après le
début de notre histoire, et que notre mineur a eu besoin de 11 minutes pour
trouver le bloc qui suit le sien, soit 14 minutes après le début de notre
histoire. Dans ce cas, le mineur rebelle présenterait les deux blocs, qui sont
valides et constitueraient ainsi la chaîne la plus longue (un bloc de plus que
l’autre chaîne). Le bloc trouvé au bout de 10 minutes par un autre mineur
serait immédiatement abandonné car les mineurs travaillent toujours sur la
chaîne la plus longue, et notre mineur rebelle toucherait les primes des deux
blocs qu’il présente à la communauté. Malin, non ?
Exemple de résumé de transaction Bitcoin :

Source : blockchain.info
Résumé

• Dans une blockchain PoW, une transaction commence par l’envoi d’une
requête par un utilisateur au réseau (svp envoyez × coins de ma public
address à l’adresse xyz).
• Les mineurs prennent connaissance et vérifient la validité de cette
transaction, qui se répand sur tout le réseau en quelques millisecondes.
• Une fois validée, ils la transforment en Tx-ID, une série de caractères, lui
adjoignent des milliers d’autres Tx-ID, ainsi que quelques données
obligatoires, obtenant une nouvelle série de caractères très longue.
• Ils ajoutent des milliards de fois un nombre aléatoire, un nonce, à cette
série de caractères jusqu’à trouver une empreinte (hash) qui satisfasse le
niveau de difficulté du moment, et ainsi former un bloc valide qui sera
ajouté aux autres, pour perpétuer la blockchain et toucher une prime en
coins.

Gas et gas price


Quand vous envoyez des coins depuis un wallet autre qu’un exchange wallet,
vous devez préciser le montant que vous êtes prêt à attribuer aux mineurs
pour qu’ils prennent votre transaction en charge. Ce montant est ridiculement
faible pour la plupart des coins, mais pas pour les grands, notamment ceux
qui servent à acheter des tokens. Et qui dit token, dit souvent ether.
Voici la table de correspondance des unités d’ether :
Source : Myetherwallet
1 wei = 10-15 ETH, 1 kwei = 10-12 ETH, 1 Gwei = 10-9 ETH, etc.

Pour l’ether par exemple, on parle de gas, gas limit et gas price. Les frais de
transaction que vous indiquez et êtes prêt à payer sont égaux à gas limit (ou
gas) × gas price :
– Gas limit est le nombre maximum d’unités de travail que vous êtes prêt
à payer aux mineurs pour qu’ils traitent votre transaction.
– Gas price est le prix d’une unité de ce gas, exprimé en Gwei (milliardièmes
d’ether).
Vous indiquez donc le prix maximal que vous êtes prêt à payer, sachant que
les mineurs privilégient les transactions ayant le gas price le plus élevé. En
temps normal, vous payerez autour de 21 000 × 20 Gwei, soit 0,00042 ETH,
mais cela varie (à la hausse), notamment en cas d’émission de token.
Si vous voulez passer devant tout le monde, vous pouvez offrir plus, mais
ne vous emballez pas, car seules très peu de personnes les mettent à un haut
niveau (50 Gwei ou plus) et qu’un bloc est miné de toute façon toutes les
quinze secondes. Si votre transaction est traitée, le mineur vous rendra une
partie des frais que vous étiez prêt à payer, mais vous perdrez l’intégralité de
ces frais si elle échoue.
Je m’explique : si votre transaction est réalisée avec succès, le mineur vous
facturera un certain montant de gas qui dépend du travail qu’il (ou plutôt son
ordinateur) a fourni, multiplié par le gas price que vous avez fixé. Si votre
transaction échoue, le mineur aura essayé de la faire passer jusqu’à épuiser la
gas limit que vous lui avez accordée et vous la facturera donc intégralement
en la multipliant par le gas price que vous avez fixé.
Dans l’exemple ci-après, je suis prêt à payer 259 197 × 10-9 = 0,000259197
ETH, soit autour de 0,22 $ pour envoyer mes trois ethers, ce qui est trop
faible d’ailleurs : il faut au moins mettre 2 Gwei comme gas price, la norme
étant à 20 et bien plus en cas d’ICO (voir chapitre 5).
En cas de création de tokens (ICO), les frais de transaction s’envolent, car
beaucoup de personnes veulent transférer en même temps leurs coins vers
l’émetteur des tokens. On atteint facilement des gas prices de 50 Gwei et des
gas limits de 300 000.

Voici un exemple de récapitulatif de transaction ETH.


Source : etherscan.io
La transaction s’est déroulée avec succès (3 ETH envoyés d’une public
address à une autre). J’ai fixé la limite à 300 000, mais le mineur n’a eu
besoin que de 172 770 unités de travail pour faire passer la transaction dans
un bloc, et il m’a pris ce nombre multiplié par le gas price que j’ai fixé (50
Gwei) comme frais de transaction, soit plus de 7 dollars ! Si ma transaction
avait échoué, le mineur aurait épuisé en vain les 300 000 unités de travail que
j’ai fixées et me les aurait facturées puisqu’il les aurait bien fournies. J’aurais
donc payé 300 000 × 50 Gwei, soit 0,015 ETH pour une transaction échouée.
C’est ainsi que se rémunèrent les mineurs, en plus des coins qui leur sont
attribués automatiquement à chaque bloc.
Les principaux avantages de ce système sont qu’il permet d’éviter de créer
des requêtes sans fin, car vous donnez aux mineurs une limite d’unités de
travail et que le gas price peut s’adapter très finement à l’évolution du cours
de l’ether.
Résumé

• Quand vous envoyez des coins à partir d’un wallet, vous payez toujours
des frais de transaction, déterminés par l’exchange dans le cas d’un
exchange wallet, et par vous dans les autres cas.
• Dans le cas d’ether, ces frais sont obtenus en multipliant le gas limit (le
nombre d’unités de travail maximum que vous demandez aux mineurs de
fournir pour traiter votre transaction) par le gas price (le prix par unité de
travail que vous êtes prêt à payer, en Gwei) déterminés par vous.
• Si votre transaction est effectuée avec succès, le mineur vous facturera le
nombre d’unités de travail dont il a effectivement eu besoin pour intégrer
votre transaction à un bloc, et qui est nécessairement inférieur au
maximum que vous avez fixé fois le gas price que vous avez fixé.
• Si votre transaction échoue, le mineur vous facturera toutes les unités de
travail (gas limit) fois le gas price que vous avez fixé, car il aura épuisé
toutes les unités de travail que vous lui avez accordées pour tenter de
faire passer votre transaction, en vain.
4
Le marché des cryptomonnaies
L’année 2017
L’essor fulgurant des cryptomonnaies a vraiment été pour beaucoup
l’événement financier majeur de l’année 2017. À de très rares exceptions
près, le cours des cryptomonnaies a explosé (à partir de mai), ce qui
a nettement enrichi des investisseurs avertis. Le tableau suivant, basé sur 131
cryptomonnaies (coins et tokens), montre le coefficient multiplicateur du
cours des coins par famille entre le 1er janvier et le 31 décembre 2017,
sachant que la progression du cours des monnaies qui sont apparues en 2017
a été extrapolée pour avoir une base de comparaison identique pour chaque
monnaie (d’où le mot « pondéré »). Je profite de ce tableau pour faire un peu
de prospective et envisager l’évolution possible de la place de chaque sous-
famille dans les années 2020.
Coefficient
Rang capitalisation Rang Évolution
132 cryptomonnaises (2017) multiplicateur
boursière progression possible
pondéré
Le cash numérique 1 90 14 Les universelles
Les anonymes 9 1026 1 Les criminelles
Les sécuritaires 7 370 4 Les officielles
Les rapides 6 65 17 Les retail
Les people coins 21 659 2 Le développement
Les discount 8 13 24 durable
Les welfare
Les places de marché 12 68 16 Les ecommerce
Les bancaires 5 296 5 Les Paypal
Les gestionnaires d'actifs 17 52 18 Les coffres forts
numériques 19 22 23 Les cartes de
Les solutions de paiement 24 45 20 crédit
Les solutions de prêt Les systèmes de
dettes
Les blockchains 2 132 10 Les systèmes
Les plateformes 3 91 13 d’organisation
d’applications 4 124 11 Les smartphones
Les smarts contracts 15 72 15 Les systèmes
Les storage cloud 10 149 7 d’automatisation
Les IOT Les data centers
Les machine
coins

Les plateformes de 13 216 6 Les Facebook


contenus 16 553 3 Les droits
Les reward systems 23 32 21 d’auteur
Les joueuses 20 112 12 Les gaming &
Les réseaux sociaux 22 133 9 gambling
Les crowdfunding Les Whatsapp
Les venture coins
Les sectorielles 14 51 19 Les supply chain
Les publicitaires 25 8 25 Les
Les research 11 137 8 communicantes
Les prédictives 18 26 22 Les collaboratives
Les pourvoyeuses
d'informations
Marché total 28 130 25
Source : Coin market cap.
Que nous apprend ce tableau ? Qu’en 2017 :
– le cours de toutes les cryptomonnaies a fortement augmenté ;
– les taux de progression des cryptomonnaies en 2017 sont effectivement
fulgurants, allant de 8 à plus de 1 000 fois sur l’année ;
– le marché a privilégié des familles de monnaies dont le projet est de
remplacer soit les monnaies fiduciaires (les coins purs + les reward
systems), soit les fonctions « de base » des banques (les bancaires) ;
– les coins anonymes, les people coins et les reward systems ont été
particulièrement plébiscités par le marché.

Sur quelles sous-familles de coins parier à moyen


terme ?
Difficile de répondre à cette question bien entendu, surtout tant qu’une vraie
régulation n’aura pas été mise en place, mais je vais vous livrer mes trois
sous-familles préférées avec une petite explication.

Les solutions de paiement


Il y a aujourd’hui plus de 1 500 cryptomonnaies et toutes ont une utilisation
ou prétendent en avoir une dans le monde réel. Plusieurs facteurs pourraient
conduire à une explosion du nombre de cryptomonnaies. Qui va vouloir en
gérer autant ? Même une dizaine serait trop. La population, même si elle
adopte les nouvelles solutions proposées par ces monnaies, ne voudra pas
constamment passer de l’une à l’autre et être soumise à leurs brutales
variations de cours. C’est pourquoi je crois beaucoup dans les solutions de
paiement qui regroupent cryptomonnaies et monnaies fiduciaires, car elles
sont à mon sens l’outil de simplification et le lien entre les deux types de
monnaies, pour que les cryptomonnaies conquièrent le grand public. Qui plus
est, le modèle de solution de paiement est très rentable, car c’est la société qui
gère vos monnaies qui détermine les cours d’échange. Elle peut donc
grappiller quelques centimes par-ci par-là et rapidement bâtir des profits. Les
sociétés spécialisées sur ce marché vont cependant être concurrencées par les
exchanges eux-mêmes, comme le fait actuellement Coinbase avec son e-
money. Quelques exemples de sociétés de cette sous-famille : TenX, Wirex,
Monaco, Centbee.

Les blockchains
Technologie révolutionnaire et au cœur des cryptomonnaies, la blockchain
permet de gérer bien plus que des monnaies, et nombreuses sont les
entreprises qui l’ont compris. La plupart ont des équipes qui étudient la
possibilité d’utiliser cette technologie à leur profit, sachant qu’elle est
accessible à tous (Satoshi Nakamoto ne demande pas de droits d’utilisation).
Appliquer la blockchain aux processus des entreprises requiert cependant des
adaptations et une certaine expertise qu’apportent les entreprises émettrices
de cryptomonnaies qui ont pour projet d’apporter cette technologie au monde
réel. Quelques exemples de sociétés de cette sous-famille : Ethereum,
Komodo, Waves, Factom, NEM.

Les plateformes de contenus


Déjà une réalité palpable avec Steemit et Dtube, les plateformes de contenus
basées sur des cryptomonnaies sont promises à mon sens à un bel avenir car
elles remplacent un modèle en lui enlevant ses deux principaux défauts,
à savoir la faible ou non rémunération des auteurs et la centralisation des
pouvoirs de censure et de publication. En incitant financièrement et de
manière transparente les participants à publier, corriger ou commenter des
vidéos, articles, etc., les plateformes de contenus des cryptomonnaies donnent
un nouveau souffle à la création. Quelques exemples de sociétés de cette
sous-famille : Steem, Po.et, Lunyr, Kin.

Résumé

• Parmi les monnaies, celles dont le projet se rapproche le plus de la


monnaie en tant que telle ou des services de base des banques ont été
les gagnantes de 2017.
• Certains projets sont novateurs, d’autres utilisent les avantages de la
blockchain pour améliorer ou relancer des processus existants.
• Parmi les sous-familles de coins, je pense que les solutions de paiement,
les blockchains et les plateformes de contenus sont promises à un bel
avenir.

Une bulle ?
Qu’est ce qu’une bulle ?
Le terme de bulle est souvent utilisé pour décrire le marché des
cryptomonnaies. Il est vrai que, pour qui suit de près ou de loin les marchés
financiers en général, et celui des cryptomonnaies depuis 2017 en particulier,
il est difficile de croire qu’on n’a pas affaire à une bulle.
Qu’est ce qu’une bulle dans le domaine financier au juste ? Une bulle est un
brusque mouvement de hausse d’un marché donné où le prix des actifs
échangés est largement ou totalement décorrélé d’un phénomène ou de
données du monde réel, et ne repose pratiquement que sur l’espérance de
chaque investisseur de pouvoir revendre ces actifs encore plus cher à un autre
investisseur. C’est une fuite en avant dans le domaine financier. Parmi les
bulles connues, il y a la bulle immobilière de la fin des années 1980 et du
début des années 1990 au Japon et aux États-Unis, et celle des entreprises de
l’Internet une décennie plus tard.
Si la bulle de l’immobilier a éclaté aux États-Unis et au Japon, c’est que les
prix étaient devenus trop élevés pour que suffisamment de personnes puissent
acheter ou même louer un logement et qu’il n’y avait plus suffisamment de
personnes qui pensaient que ces prix stratosphériques allaient encore
continuer à monter. C’est peut-être ce qui se passe aussi en ce moment même
dans beaucoup de grandes villes, notamment à l’ouest des États-Unis. Si la
bulle « dot com » a éclaté au début des années 2000, c’est que beaucoup des
entreprises sur ce marché n’avaient pas de vrais projets, équipes, clients et
notoriété, ou de qualité trop faible, ou bien que ce qu’elles proposaient était
techniquement trop ambitieux ou venait trop tôt.
Une bulle éclate quand un nombre significatif d’investisseurs se retire du
marché ou propose des prix bien inférieurs à ceux demandés par les vendeurs,
car ils considèrent que les actifs sont notoirement surévalués ou encore car ils
ne pensent pas pouvoir les revendre encore plus cher.

La nouvelle bulle
Qu’en est-il des cryptomonnaies ? Au sens financier du terme, le marché des
cryptomonnaies a tout eu d’une bulle au second semestre 2017 :
– Le cours de pratiquement toutes les cryptomonnaies a explosé ; le cours de
certaines a même été multiplié par plus de 1 000 (!).
– Presque personne n’achetait de cryptomonnaies en pensant à leur usage
dans le monde réel. C’était essentiellement un marché de spéculation.
– Peu d’investisseurs s’intéressaient vraiment au projet, à l’équipe, aux
éventuels clients et usages potentiels des monnaies qu’ils achetaient.
– Les barrières à l’entrée sur ce marché étaient relativement faibles.
– Les cryptomonnaies n’étaient soumises à aucune régulation et n’avaient de
cours légal dans aucun pays.
La bulle a continué à grandir tant que la demande suivait l’offre, c’est-à-
dire tant qu’il y avait suffisamment de personnes prêtes à acheter les actifs en
vente sur le marché. Les investisseurs étaient prêts à acheter car ils avaient
l’intime conviction qu’ils pourraient revendre avec une plus-value et ne se
préoccupaient généralement pas de savoir si le prix était réaliste par rapport
au « service » rendu par la monnaie qu’ils achetaient.
Une des propriétés du marché des cryptomonnaies étant son extrême
liquidité, tout va très vite, à la hausse comme à la baisse. Il y a environ un
rapport de 1 à 5 entre les marchés financiers classiques et ceux des
cryptomonnaies : quand un rebond est autour de +2 % chez les premiers,
c’est +10 % chez les cryptomonnaies. Pour une forte hausse, c’est +5 et
+25 %. Et une envolée +10 et +50 %. C’est pour cela qu’il est à la fois très
attirant (pour un certain type d’investisseurs) et très risqué d’investir sur ce
marché.
Si l’on s’accorde à dire que le marché des cryptomonnaies était une bulle
à la fin de 2017, alors on peut aussi considérer que cette bulle a éclaté en
partie et sans grand fracas. En trois mois, de début janvier à début avril 2018,
la capitalisation boursière du marché a été divisée par trois, revenant à ses
niveaux d’octobre 2017. Les prix de toutes les monnaies ont fortement chuté,
les PIHR ont quasiment disparu, le nombre d’investisseurs institutionnels
comme particuliers a très probablement baissé. L’intérêt, l’enthousiasme,
l’optimisme des intervenants ont été touchés, mais pas anéantis. Bitcoin,
ether, Dash et autres Neo sont toujours là et continuent à développer leurs
projets. Beaucoup croient en la fameuse reprise du printemps et guettent le
moindre signe allant dans ce sens, d’autant plus que la régulation tarde
à arriver… Cette forte baisse du marché du début de l’année 2018 est en fait
plutôt saine car le marché s’est vraiment emballé fin 2017 et que les arbres ne
montent pas au ciel. Mais elle n’a pas vraiment permis d’assainir le marché,
qui n’est toujours pas régulé et qui compte toujours autant de monnaies,
d’exchanges et d’ICO.

Quand la bulle éclatera…


Lorsque la bulle éclatera vraiment, la plupart des 1 500 cryptomonnaies en
circulation actuellement disparaîtra purement et simplement. Les monnaies
qui resteront verront leur cours s’effondrer de 50 à 80 %. Et alors ?
De même que les entreprises comme Amazon ou Ebay qui ont résisté
à l’éclatement de la bulle « dot com » du début des années 2000 font partie
des réussites les plus éclatantes de l’Internet, celui de la bulle du marché des
cryptomonnaies permettra de redonner à ces monnaies un cours réaliste par
rapport à leur valeur intrinsèque. Le marché doit être assaini s’il veut accéder
à un nouveau stade de maturité.

Le magma
Le monde des cryptomonnaies est un marché pur : c’est encore un magma où
se forme la valeur, donc le cours de chacune. La technologie de la
blockchain, d’autres méthodes de vérification des transactions comme le
tangle de IOTA, la décentralisation, la recherche du consensus, la possibilité
offerte à chacun de contribuer à l’essor de ces monnaies par le minage, etc.,
apportent de vrais avantages en termes de « démocratie » et d’économies de
coûts et de temps, mais nous ne sommes pas encore capables de fixer une
valeur à ces avantages et c’est précisément ce qui est en train de se passer sur
les marchés, avec beaucoup de mouvements et d’exagération. Est-ce que
EOS, le token d’un cryptoactif qui n’a même pas vu le jour (en mai 2018) et
se veut être un concurrent d’Ethereum, vaut plus que SpaceX, la société
d’Elon Musk de lancement de fusées et satellites ? Est-ce que le Ripple
apporte une solution qui vaut plus de cent milliards de dollars (son cours
fin 2017), sachant que les tokens qu’ils ont créés en 2012 et qu’ils vendent
depuis ne leur ont rien coûté et qu’aucun particulier ne les utilise pour autre
chose que la spéculation ? Nous ne le saurons qu’une fois que les solutions
proposées par Ripple seront utilisées dans le monde réel, si tant est que cela
arrive (Ripple a noué beaucoup d’alliances avec des banques, donc c’est bien
parti). Alors seules les meilleures survivront, c’est-à-dire celles qui ont un
vrai projet, une vraie équipe, des clients, des applications dans le monde réel,
etc.
Il y a beaucoup de vrais projets avec de la vraie valeur ajoutée derrière
plusieurs de ces monnaies comme Ethereum, Salt ou TenX par exemple. Pas
forcément les plus grandes ou les plus connues ; c’est pour cela que
l’investisseur avisé qui a une optique de long terme se doit de bien regarder
ce qu’il y a derrière chaque monnaie dans laquelle il souhaite investir, car une
fois la bulle passée, s’il a fait les bons choix, il sera hautement récompensé.
Dans le marché des cryptomonnaies comme ailleurs, c’est le job de
l’investisseur de procéder à une analyse fondamentale s’il souhaite investir
à moyen ou long terme.

Résumé

• Dans les marchés financiers, une bulle est un marché très haussier dont
la valeur des actifs est décorrélée de la réalité et où le comportement des
investisseurs est uniquement dicté par l’espérance de gains à court terme.
• Le marché des cryptomonnaies est une bulle qui s’est dégonflée durant
les premiers mois de 2018 mais n’a pas éclaté.
• L’éclatement de la bulle des cryptomonnaies est inévitable et nécessaire,
car il permettra de distinguer les monnaies qui apportent un vrai plus
à l’économie et d’assainir le marché.
• Il y a de vrais projets et de vraies valeurs ajoutées derrière certaines
monnaies, que l’investisseur se doit de mettre au jour en faisant sa propre
recherche (analyse fondamentale).

Les exchanges
Les exchanges sont des plateformes dédiées au trading de cryptomonnaies
proposant des fonctions de vente, achat et wallet (stockage, envoi et réception
de cryptomonnaies). Coin market cap en répertorie plus de 10 000 début
mai 2018. Absolument fondamentaux dans le monde des cryptomonnaies,
très rentables et autrefois surchargés, les exchanges sont les grands gagnants
et les pivots du marché des cryptomonnaies : qu’il pleuve ou qu’il vente, ils
encaissent des (petites) commissions sur les transactions, dont les volumes
ont augmenté exponentiellement en 2017. Le marché a atteint les
200 milliards de dollars tout début novembre, 300 fin novembre et 800 fin
décembre 2017 pour retomber en dessous des 300 début avril 2018. Le fait
que les plus grands exchanges étaient débordés et refusaient même les
nouveaux inscrits durant le rush de la fin 2017 a laissé la place à de nouveaux
types de plateformes plus « light » sur les procédures d’inscription type Yobit
ou Cryptopia qui ont beaucoup de succès.
Les 25 premières paires de cotation du bitcoin au 11 avril 2018 :
Bitcoin Markets
▲# Source Pair Volume (24h) Price Volume (%)
1 Bitfinex BTC/USD $197.130.000 $6.895,30 4,48%
2 OKEx BTC/USDT $173.493.000 $6.889,59 3,94%
3 Binance BTC/USDT $159.983.000 $6.893,79 3,63%
4 Huobi BTC/USDT $86.823.100 $6.886,79 1,97%
5 Upbit BTC/KRW $82.387.200 $6.914,77 1,87%
6 BTCBOX BTC/JPY $81.508.900 $6.892,96 1,85%
7 Binance Binance ONT/BTC $79.446.200 $6.963,31 1,80%
8 Binance XVG/BTC $79.098.500 $6.889,13 1,80%
9 Binance EOS/BTC $78.981.100 $6.880,90 1,79%
10 OKEx TRX/BTC $62.885.600 $6.914,98 1,43%
11 Binance ETH/BTC $61.264.900 $6.904,57 1,39%
12 Binance SNGLS/BTC $55.454.600 $6.873,13 1,26%
13 Bithumb BTC/KRW $55.196.200 $6.909,15 1,25%
14 GDAX BTC/USD $55.170.500 $6.898,99 1,25%
15 bitFlyer BTC/JPY $51.354.300 $6.889,75 1,17%
16 HitBTC BTC/USDT $49.867.600 $7.090,48 1,13%
17 BTCC BTC/USD $48.024.800 $6.929,99 1,09%
18 OKEx ETH/BTC $43.819.100 $6.919,51 1,00%
19 OKEx EOS/BTC $41.445.000 $6.885,82 0,94%
20 Bitstamp BTC/USD $39.199.900 $6.907,03 0,89%
21 Simex BTC/USD $39.010.500 $6.243,72 0,89%
22 Binance ICX/BTC $37.150.000 $6.753,42 0,84%
23 Huobi HT/BTC $37.055.700 $6.894,48 0,84%
24 Lbank VEN/BTC $36.842.400 $6.764,79 0,84%
25 Lbank QTUM/BTC $36.662.000 $6.870,88 0,83%
26 OKEx MITH/BTC $35.684.800 $6.884,35 0,81%
27 Binance TRX/BTC $35.074.300 $6.889,58 0,80%
28 HitBTC BCH/BTC $34.919.400 $6.919,65 0,79%
Source : Coin market cap

Les particularités du marché des cryptomonnaies


Le marché des cryptomonnaies diffère de celui des actifs financiers
classiques par les caractéristiques suivantes :
– la cotation a lieu 24 h/24 et 7j/7 ;
– il n’y a pour le moment aucune régulation globale, donc aucune sécurité
pour les investisseurs (ce qui va inévitablement changer) autre que celle
apportée par les exchanges ;
– les frais et délais sont généralement très réduits (entre 0,1 % et 1,5 % du
volume de la transaction suivant les exchanges) ;
– les variations de cours sont relativement grandes (+ ou – 5 % en 24 heures
n’a rien d’exceptionnel) ;
– on peut acheter une fraction d’une monnaie ; dans le cas du bitcoin on peut
théoriquement acheter un cent millionième de bitcoin (unité appelée
satoshi) ;
– la monnaie dominante sur ce marché est le bitcoin par sa capitalisation
boursière (plus de 40 % à elle seule) et le fait qu’elle peut être échangée
contre toutes les autres cryptomonnaies et les monnaies fiduciaires
majeures.

Coin market cap


Coin market cap (https://coinmarketcap.com) est un site incontournable pour
qui investit dans les cryptomonnaies. Sur ce site, vous pouvez voir le cours de
chaque monnaie, sa capitalisation boursière, la variation de son cours sur
24 heures, 7 jours ou d’autres durées, les marchés sur lesquels elle est cotée,
les données historiques de son cours, le site web de l’entité derrière la
monnaie, etc. Vous pouvez aussi voir quels coins ont été introduits
récemment et quels sont ceux qui ont le plus gagné et perdu sur 24 heures.
Notez que les variations de cours sont données par défaut sur 24 heures.
Voici l’exemple d’une page de Coin market cap, ici sur le token OmiseGO :

Source : Coin market cap

Devenir investisseur
Si vous souhaitez devenir investisseur en cryptomonnaies, vous allez devoir :
– Progressivement arrêter de raisonner en euros ou dollars, mais en bitcoin,
sauf bien sûr si vous investissez dans le bitcoin, car toutes les monnaies
sont cotées en bitcoin et pas forcément en euros ou même en dollars (mais
Coin market cap vous donne toujours un cours en dollars).
– Avoir le cœur bien accroché, car une variation de 10 % en quelques
dizaines de minutes n’a rien d’exceptionnel pour les cryptomonnaies.
– Être patient pour avoir un compte avec des limites suffisantes chez
plusieurs exchanges. Le processus d’enregistrement chez les exchanges
s’appelle « KYC » (know your customer, ou connaître votre client) et peut
être long et fastidieux.
– Trouver un « entry point », c’est-à-dire un exchange qui prenne les
monnaies fiduciaires pour pouvoir acheter avec de la BTC ou de l’ETH et
investir ensuite dans les autres monnaies.

Le sujet de l’investissement dans les cryptomonnaies sera abordé plus en


détail dans le chapitre suivant (chapitre 5).

Exemple d’une journée ordinaire chez Kraken


Voici un tableau représentant le volume d’activité de Kraken, un des grands
exchanges reconnus, le 24 décembre 2017, en différentes monnaies
fiduciaires et cryptomonnaies pour vous donner une idée des volumes que
cela représente sur 24 heures.
Chiffre
Volume Prix moyen Volume de
Paire d'affaires
(24h) (24h) transactions brut
de Kraken
BCH BTC 3 531 0,20114000 710,23 28 226 €
Dash BTC 1 357 0,08167000 110,83 4 405 €
EOS BTC 401 896 0,00058750 236,11 9 384 €
GNO BTC 3 936 0,01188000 46,76 1 858 €
ETC BTC 95 360 0,00202900 193,49 7 690 €
ETH BTC 13 359 0,04782000 638,83 25 389 €
ICN BTC 266 216 0,00012000 31,95 1 270 €
LTC BTC 14 326 0,01921200 275,23 10 938 €
MLN BTC 1 199 0,00895100 10,73 427 €
REP BTC 14 855 0,00496500 73,76 2 931 €
XDG BTC 206 506 465 0,00000048 99,12 3 939 €
XLM BTC 19 685 872 0,00001585 312,02 12 401 €
XMR BTC 6 890 0,02455100 169,16 6 723 €
XRP BTC 9 623 053 0,00007039 677,37 26 920 €
ZEC BTC 3 243 0,03710000 120,32 4 782 €
EOS ETH 237 407 0,01219100 2 894,23 5 520 €
GNO ETH 3 084 0,24750000 763,29 1 456 €
ETC ETH 26 606 0,04303900 1 145,10 2 184 €
ICN ETH 171 413 0,00299800 513,90 980 €
MLN ETH 366 0,17857000 65,36 125 €
REP ETH 6 321 0,10364000 655,11 1 250 €
BTC CAD 50 $18 255 $912 750 2 057 €
ETH CAD 560 $885 $495 600 1 117 €
BTC EUR 6 416 11 689 € 74 996 624 € 254 989 €
BCH EUR 7 062 2 360 € 16 666 320 € 56 665 €
Dash EUR 3 583 948 € 3 396 684 € 11 549 €
ETC EUR 127 852 24 € 3 068 448 € 10 433 €
ETH EUR 58 033 561 € 32 556 513 € 110 692 €
LTC EUR 30 535 225 € 6 870 375 € 23 359 €
REP EUR 22 976 58 € 1 332 608 € 4 531 €
XMR EUR 14 006 285 € 3 991 710 € 13 572 €
XRP EUR 22 333 013 1€ 18 259 025 € 62 081 €
ZEC EUR 5 884 428 € 2 518 352 € 8 562 €
BTC GBP 0,47 £9 913 £4 659 18 €
ETH GBP 4,64 £469 £2 174 8€
BTC JPY 10 ¥1 598 334 ¥15 983 340 404 €
ETH JPY 20 ¥77 349 ¥1 546 980 39 €
BTC USD 3 729 $13 885 $51 777 165 148 400 €
BCH USD 5 541 $2 808 $15 559 128 44 594 €
Dash USD 1 197 $1 113 $1 332 261 3 818 €
Tether USD 3 533 219 $1 $3 533 219 10 127 €
ETC USD 70 873 $29 $2 055 317 5 891 €
ETH USD 24 682 $660 $16 290 120 46 690 €
LTC USD 25 170 $269 $6 770 730 19 406 €
XMR USD 7 641 $334 $2 552 094 7 315 €
ZEC USD 4 842 $505 $2 445 210 7 008 €
Total EUR 1 012 121 €
Source : Kraken
Kraken a donc gagné plus d’un million d’euros le 24 décembre 2017 en
prenant 0,34 % de commission (pourcentage estimé) sur toutes les
transactions qui ont eu lieu ce jour-là.
Les exchanges sont les grands gagnants de l’essor des cryptomonnaies.
Binance a ainsi fait plus de bénéfices au premier trimestre 2018 avec
200 employés que la Deutsche Bank avec 100 000. Coinbase s’est auto-
valorisée à 8 milliards de dollars. Bithumb, le deuxième plus grand exchange
sud-coréen, a annoncé au cours de sa première présentation des comptes en
avril détenir l’équivalent de plus de 6 milliards de dollars en 12
cryptomonnaies et avoir enregistré l’équivalent de 501 millions de dollars de
profit net en 2017, contre 2,4 millions en 2016, soit une multiplication par
plus de 200. Quant à Coin market cap, qui a fêté ses cinq ans en mai 2018, il
se classe parmi les 200 sites les plus visités au monde.

Exchanges vs. solutions de paiement


Si le nombre de cryptomonnaies continue d’augmenter et que leur utilisation
dans le monde réel se généralise, le système proposé par les solutions de
paiement va rencontrer un franc succès car personne n’aura envie de jongler
au quotidien avec une dizaine de cryptomonnaies pour faire ses courses en
ligne et hors ligne. Des entreprises comme TenX se préparent à cette
tendance depuis des années, nouent des alliances avec des banques et
proposent déjà des cartes de paiement acceptant des monnaies fiduciaires et
des cryptomonnaies. Le plus grand concurrent de ces sociétés spécialisées sur
les solutions de paiement ne semble pas être les banques ou Paypal, comme
on aurait pu le penser, mais les exchanges, qui manipulent par nature au
quotidien des dizaines voire des centaines de monnaies et proposent tous un
service de wallet permettant de gérer ses coins. Coinbase a mis en place et
annoncé en mars 2018 son service e-Money, et sera probablement suivi par
d’autres. Les grands exchanges ont acquis une telle expérience dans la
gestion des monnaies et ont une place tellement centrale dans l’univers des
cryptomonnaies qu’elles risquent bien de voler la vedette aux sociétés de
solutions de paiement et de conforter ce rôle incontournable qui est le leur.

Résumé

• La cotation des cryptomonnaies se fait sur des plateformes spécialisées,


les exchanges, dont les noms ne vous disent probablement rien si vous ne
vous êtes pas encore intéressé au marché, qui fonctionnent 24/7, sont
très rentables et n’acceptent souvent pas les monnaies fiduciaires.
• En permettant la vente et l’achat de cryptomonnaies de manière très
fluide et efficace, les exchanges sont des acteurs fondamentaux de cet
écosystème.
• Encore soumis à aucune régulation globale pour le moment (sauf la
leur !), les exchanges sont les grands gagnants de la spéculation sur les
cryptomonnaies car ils encaissent de faibles commissions à chaque
transaction, quoi qu’il arrive.
• Les exchanges pourraient, dans un avenir proche, proposer à leurs
clients des solutions de paiement en cryptomonnaies et en monnaies
fiduciaires dans le monde réel, ravissant peut-être la vedette aux sociétés
qui se sont spécialisées sur ce créneau.

Les nouvelles pyramides de Ponzi


Dans les cryptomonnaies comme les marchés financiers classiques, on peut
distinguer deux types de placements : les actifs et les passifs.
Dans les placements actifs, vous gardez le contrôle et vous gérez vous-même
votre argent. Le placement actif le plus répandu et le plus accessible, c’est le
trading : vous achetez et revendez des monnaies en essayant le plus possible
de dégager un bénéfice. Parmi les autres placements actifs, vous avez
l’arbitrage, les ICO et les trading bots.
Dans les placements passifs, vous confiez une certaine somme d’argent à un
tiers qui va (vous l’espérez et il vous le promet) faire fructifier votre argent
pour vous. Chez les cryptomonnaies, investir dans un placement passif
revient à confier votre argent à de mystérieuses personnes qui vous
promettent monts et merveilles et n’ont aucune obligation légale de tenir
leurs engagements. Toutes les offres de placement passif dans les
cryptomonnaies, du fait de l’absence de régulation globale, sont au mieux des
pyramides de Ponzi qui vont tenir quelques mois, au pire des arnaques pures
et simples qui vont engloutir votre argent en une fraction de seconde et dont
les promoteurs ne se donneront même pas la peine de faire semblant de tenir
leurs promesses ou de vous envoyer un e-mail. Toute une économie de ces
montages appelés HYIP (high yield investment platform) a vu le jour avec
l’avènement des cryptomonnaies et s’est fortement développée au second
semestre de 2017 en même temps que le cours des cryptomonnaies,
engloutissant l’épargne de nombreux investisseurs néophytes et/ou naïfs.

Les pyramides de Ponzi


Est-ce que les pyramides de Ponzi vous disent quelque chose ? Charles Ponzi
était un escroc italien actif dans la première moitié du XXe siècle, qui a inventé
un système auquel il a laissé son nom et qui a retrouvé une nouvelle jeunesse
avec les cryptomonnaies. Les pyramides de Ponzi sont un système
d’investissement apparemment très rentable dans lequel les sommes investies
par les nouveaux arrivants paient les engagements versés aux anciens. Tant
que les sommes des nouveaux dépassent les paiements dus aux investisseurs
déjà en place, tout va bien et le système fonctionne (apparemment). Mais dès
que le rythme des souscriptions baisse et que le volume des investissements
des nouveaux arrivants ne suffit pas à payer les anciens, le système
s’effondre, comme ce fut le cas dans le très médiatique scandale Madoff
en 2008. Ce sont des fuites en avant financières.
Le développement des cryptomonnaies, fulgurant au second semestre
de 2017, a vu son public s’élargir brusquement et a offert des opportunités
d’investissement exceptionnelles. Ce développement a hélas également
représenté une opportunité inespérée pour les escrocs. Beaucoup d’arnaques
ont été mises en place à cette période ; je vais revenir sur l’une d’entre elles
en particulier, Hexabot, pour décrire ce que peut être une pyramide de Ponzi
dans le monde merveilleux des cryptomonnaies. Hexabot était un des
nombreux sites d’investissement dans les cryptomonnaies qui a volé des
millions de dollars à ceux qui sont tombés dans le panneau et qui a commis
ses méfaits à la fin de l’année 2017.

Le monde des PIHR


Hexabot était ce que l’on appelle en anglais une HYIP ou PIHR en français
(plateforme d’investissement à haut rendement). Le principe des PIHR est
simple : vous leur confiez vos bitcoins et autres cryptomonnaies (dash et
litecoin dans le cas d’Hexabot), elles font fructifier votre investissement et
vous reversent, suivant la plateforme, un certain rendement toutes les heures,
tous les jours, tous les trois jours ou toutes les semaines. En tout cas, c’est ce
qu’elles vous font croire. Ces PIHR sont basées soit sur du minage (les plus
aberrantes), soit sur du trading (ont tendance à disparaître), soit sur du
lending (épargne) et vous promettent des rendements allant de 1 à 15 % (!)
par jour suivant les plateformes et le montant que vous investissez.
En fait, toutes les PIHR sont des pyramides de Ponzi, des arnaques. L’idée
est de récolter le plus d’argent le plus rapidement possible, en payant au
départ les investisseurs et en leur offrant de généreuses commissions s’ils
embarquent leurs amis et leur famille. L’argent des nouveaux arrivants paie
ceux qui sont arrivés avant, jusqu’à ce que le système s’effondre car il n’y
a plus assez de nouveaux arrivants, ou que le propriétaire du site décide de
partir avec la caisse. Le mieux étant de le faire après une augmentation
brutale des sommes investies et avant la prochaine échéance de paiement.
C’est exactement ce qui s’est passé avec Hexabot ou Laser online. Les plus
sournois laissent le site en ligne même s’ils ont arrêté de payer au cas où des
ignorants voudraient encore leur léguer quelques bitcoins, comme ce fut le
cas de lifebit.io ou chain.group fin 2017 (regardez le nom de certains
membres ; ils essaient de passer un message…).
Exemple d’une PIHR basée sur du trading (disparue en novembre 2017) :
Laser online.

Exemple d’une PIHR basée sur du minage (disparue en décembre 2017) :


Blockminer.

En investissant sur ces plateformes, vous perdez le contrôle de votre


argent ; vous le confiez à un tiers pensant qu’il va honorer son contrat et vous
rendre ainsi riche. Mais rien ne l’y oblige, car il n’y a aucune régulation
globale dans le monde des cryptomonnaies, et les gestionnaires de ces sites
finissent toujours par partir avec la caisse avant que vous n’ayez ne serait-ce
que récupéré votre investissement. C’est pour les escrocs le nouvel eldorado :
impossible de les traquer ou de les retrouver, aucun cadre légal, aucun
contrat, fausse adresse, faux noms… Beaucoup sont immatriculés au
Royaume-Uni avec de fausses identités. Il leur suffit d’acheter un template
par exemple sur www.hyipmaker11.com (qui existe encore lui !), d’acheter
aussi le code, de faire un peu de publicité pour le site et d’attendre que les
pigeons arrivent.

Le phénomène des HYIP a quasiment disparu avec le ralentissement du


marché des cryptomonnaies du début de l’année 2018, mais ce qui s’est passé
fin 2017 pourrait se reproduire fin 2018 si le marché repart à la hausse et si
les investisseurs ne sont pas mieux protégés et informés par les autorités et la
régulation que l’an passé.

Hexabot, une PIHR très réussie


Hexabot est une très bonne illustration de ce phénomène : la plateforme a été
créée le 16 octobre 2017 par un certain Peter Shepherd, qui avait lui-même un
profil sur le site et qui intervenait parfois sur le chat. Le site permettait de
déposer ses bitcoins, dash et litecoins, et de les faire fructifier en choisissant
une modalité d’investissement (un Automated Trading Robot, ou simplement
bot). On avait le choix entre trois bots : scalping qui payait toutes les heures
et rapportait 2 à 2,3 % par jour, technical qui payait tous les trois jours et
rapportait 7,1 à 8,2 % sur cette période, et swing qui payait tous les lundis et
rapportait entre 22,1 et 24,1 % par semaine, ce qui est énorme. Un mystérieux
quatrième bot semblait être en cours de développement.

La croissance fulgurante d’Hexabot


Hexabot est arrivée exactement au bon moment : quand le marché des
cryptomonnaies était en passe de tripler de volume en quelques semaines. La
plateforme semblait se différencier des autres PIHR par plusieurs aspects : un
chat très vivant avec toujours au moins une soixantaine de membres en ligne,
des informations sur l’enregistrement de l’entreprise à la UK Companies
House et sur son fondateur, un certain Peter Shepherd, et une Google Map
montrant l’emplacement de l’entreprise au cœur de Londres (93 Wigmore
Street). Des YouTubeurs recommandaient même la plateforme, et le site
semblait sérieux et bien conçu. Entre-temps, il y avait de plus en plus de
monde dans le chat interne du site, et Peter a annoncé qu’il avait recruté un
certain Jerry pour l’aider à répondre aux questions des investisseurs, afin
qu’il puisse se concentrer sur le développement du site et des bots, ce qui
faisait sens.

Le piège se referme
Une fonction permettait de thésauriser ses gains automatiquement. Beaucoup
l’utilisèrent, ce qui fait qu’ils ne sortaient pas d’argent du site mais
réinvestissaient tout ce qu’ils gagnaient, alors même que la stratégie à suivre
quand on se hasarde à investir sur ce genre de sites est de récupérer d’abord
son investissement avec ses bénéfices et de prendre ensuite des risques si le
site est encore là. La plateforme a marché extrêmement bien jusqu’au
3 décembre. On pouvait récupérer son investissement à tout moment,
moyennant 7 % de frais. Et elle prenait juste quelques euros de frais quand on
retirait ses bénéfices. Beaucoup de gens avaient choisi l’investissement swing
(hebdomadaire) car c’était le plus rentable, du coup l’excitation et la tension
montaient le lundi à l’approche de l’heure du paiement du bot (19 h 11 heure
française).
Début décembre, la communauté avait clairement grandi. Au lieu des 100
personnes qui conversaient habituellement dans le chat, on était passé à 400.
Hexabot était devenu très populaire. Tout le monde était euphorique. Puis le
4 décembre est arrivé. Swing a bien livré ses profits à 19 h 11. Mais personne
n’a pu les retirer. Le chat était encore là ; Peter disait aux investisseurs de ne
pas s’affoler et donnait des explications à la panne. Il expliquait que le
Bitcoin core, et plus spécifiquement le fichier wallet.dat, avait été sursollicité
et ne pouvait plus répondre aux demandes. Peter expliqua sur le chat qu’il
allait redémarrer le Bitcoin core et demandait aux investisseurs de ne pas
essayer de retirer de coins pendant quelques minutes. Mais personne ne l’a
écouté. Une vraie vague de panique s’est emparée de la communauté
probablement consciente du risque d’investir dans un tel site et des autres
arnaques qui avaient déjà éclaté récemment.

La présence de Peter dans le chat a néanmoins rassuré tout le monde. Il a dû


mettre le site offline pour quelques minutes, puis le site est revenu, puis il est
reparti plus longtemps, puis il est revenu, mais on ne pouvait toujours pas
retirer ses bénéfices ou son investissement. Apparemment certaines
personnes avaient tout de même pu retirer leurs bénéfices et avaient même
reçu plus que ce qu’elles auraient dû. Peter devait tout bloquer pour éviter
que la situation dégénère. Le problème ne concernait d’après lui que le
bitcoin, pas litecoin et dash.

Le 5 décembre, le site était toujours en ligne, et tout le monde avait reçu


11,8591 bitcoins, mais tous les comptes étaient bloqués : personne ne pouvait
retirer le moindre satoshi. Le chat avait disparu, et la communauté paniquée
s’était retrouvée sur Discord et Telegram. La version officielle était que le
fichier qui gère les bitcoins du site avait été attaqué et endommagé, et que
Peter et sa bande étaient en train d’essayer de le réparer pour relancer le site.
Ils ne participaient du coup pas aux discussions sur Telegram et Discord afin
de se concentrer sur la réparation du site. D’après cette version officielle, seul
le wallet bitcoin avait été endommagé, les autres étaient intacts. Tous les
membres du site ont probablement essayé les 4 et 5 décembre de retirer leurs
bitcoins, litecoins et dash, en vain.
Le 6 décembre, le Titanic a coulé : le site avait disparu. Des milliers
d’utilisateurs se sont retrouvés sur Telegram et Discord pour tenter de trouver
une solution : ne rien faire, investir ailleurs ou aller à la police et la presse. Le
plus grand groupe sur Telegram était le Hexabot Community Supergroup ; de
plus petits groupes d’investisseurs prêts à passer à l’action se sont développés
aussi. Certains ont perdu plus de 100 000 $ dans l’affaire. La plupart ont cru
au départ à cette histoire d’attaque informatique qui aurait endommagé le
wallet bitcoin et aux efforts de Peter pour réparer le site et le faire revenir.
Mais Peter ne communiquait pas, même si on pouvait voir que le compte
« Hexabot support » de Telegram était consulté régulièrement lors des deux
semaines qui ont suivi le 6 décembre. Plusieurs personnes très optimistes ont
tenté, avec chaque jour plus de difficulté, de convaincre les membres
d’attendre et de laisser le temps à Peter de réparer le site. Il ne fallait selon
eux surtout pas aller à la police ou la presse, sans quoi on n’aurait plus
aucune chance de retrouver son argent. La rumeur qui courait sur les groupes
de discussions était que le site allait réapparaître le 20 décembre. Mais elle ne
se basait sur aucune information tangible, et rien ne s’est produit ce jour-là.

Une arnaque de grande ampleur


L’ampleur de l’arnaque d’Hexabot était au bas mot de 35 millions de dollars
au 4 décembre 2017, si on se fie aux 3 000 bitcoins évoqués par Peter dans le
chat le soir du crash. Comme les cours du bitcoin, du dash et de la litecoin
ont explosé juste après, on peut parler de 70 millions de dollars évaporés. Les
personnes derrière Hexabot ont surveillé les groupes de discussion Telegram
pendant quelques jours après le crash pour voir ce que les victimes faisaient
et savaient, et pour les encourager à continuer à espérer le retour du site et
perdre leur temps. Hexabot Support a posté un court message le 12 décembre
disant « just wait » suite au message d’un membre d’un groupe de discussion
sur Telegram qui menaçait d’aller voir la police et la presse. Il est certain que
Hexabot était une arnaque depuis le départ. Il n’y a pas de Peter et personne
n’a essayé de réparer le site, sinon ils l’auraient fait dans des délais
raisonnables et auraient pu rembourser les investisseurs même sans le site.

Comment fonctionnent les PIHR ? 1


Hexabot n’était qu’une PIHR parmi d’autres. Toutes fonctionnent suivant le
modèle de la pyramide de Ponzi.
– Le but du jeu de ces plateformes est d’amasser le plus rapidement possible
le plus d’argent possible et de fermer au moment opportun, c’est-à-dire
après une forte hausse des sommes investies et avant le prochain paiement.
Pour ce faire, elles promettent des rendements énormes (1 à 15 % par jour)
à quiconque accepte de leur confier ses coins. En contrepartie de ces
rendements énormes, divers mécanismes sont mis en place pour que vous
laissiez votre argent sur le site : blocage des sommes pendant une certaine
période ou fortes pénalités en cas de déblocage.
– Elles ont des programmes d’affiliation eux aussi très généreux, vous
encourageant à trouver des nouveaux clients à leur place pour faire gonfler
le nombre de clients le plus rapidement possible. Beaucoup de YouTubeurs
s’engouffrent dans la brèche et essaient d’amasser le plus vite possible des
commissions d’affiliation en disant du bien de ces sites le plus tôt possible.
– Elles sont souvent immatriculées au Royaume-Uni quand les escrocs se
donnent la peine de faire croire qu’elles sont immatriculées quelque part.
– Elles sont souvent d’une réalisation assez sommaire, avec des templates
peu chers et peu élaborés (que l’on peut acheter par exemple sur
www.hyipmaker11.com), des images de personnes et autres bâtiments
récoltés sur Google ou des banques d’images type Shutterstock ou Fotolia.
– Elles ne divulguent jamais le vrai nom et la vraie photo des personnes qui
sont derrière ces sites.
– Elles paient effectivement quelques semaines, faisant croire que c’est une
bonne affaire.
– Elles disparaissent subitement et il n’y a alors plus aucun moyen de les
contacter ou de récupérer son argent.

Pourquoi les cryptomonnaies pourraient devenir


le nouvel Eldorado des escrocs ?
Une menace de taille pèse sur les personnes souhaitant investir dans les
cryptomonnaies, car la majorité des placements à haut rendement sont en fait
des PIHR à durée de vie généralement courte (quelques mois tout au plus).
Les cryptomonnaies sont le nouvel Eldorado des escrocs car :
– elles ne sont actuellement pas régulées ;
– elles sont très liquides, c’est-à-dire faciles à acheter et vendre ;
– elles attirent l’attention d’un nombre de plus en plus grand de personnes,
généralement des hommes, qui ont parfois des sommes non négligeables
à investir ;
– la plupart des particuliers qui investissent dans les cryptomonnaies ne sont
pas des experts du trading ou de la finance, et sont donc des proies faciles ;
– les cryptomonnaies ne connaissent pas de frontières et sont quasiment
intraçables : elles peuvent procurer un anonymat qui a beaucoup de valeur
pour les escrocs.

La régulation : opportunité ou menace ?


2018 est l’année de la régulation des cryptomonnaies. À l’heure actuelle, la
plupart des gouvernements des pays développés sont en effet en train de
plancher sur la mise en place d’une régulation au moins fiscale sur les
cryptomonnaies avec peu ou pas de coordination entre eux, car il faut d’une
part qu’ils protègent les investisseurs, d’autre part qu’ils récoltent des impôts
sur les bénéfices réalisés par ceux-ci. Ils se gardent bien pour le moment de
leur accorder un cadre faisant d’elles des moyens de paiement légaux, ce qui
leur permettrait de concurrencer directement les monnaies fiduciaires
contrôlées par les États.
Dans certains pays comme les États-Unis ou la Corée du Sud, certaines
banques refusent de transférer de l’argent aux exchanges. Tout est allé très
vite, et banques et gouvernements ont été pris au dépourvu. Du coup, c’est le
far west : pas de protection des investisseurs, pas de règles claires, pas
d’impôts automatiquement collectés par les exchanges, pas d’encadrement
des ICO, pas de devoir d’informations légales, pas de divulgation de
l’identité des possesseurs de public addresses aux États, etc. Et cela fait le
bonheur de tous, sauf de ceux qui y laissent des plumes en se faisant
escroquer par des ICO et PIHR frauduleuses, et des États qui ne prélèvent pas
l’impôt… Mais des régulations se mettent rapidement en place notamment
autour de la fiscalité et des ICO, en France par exemple, où les bénéfices
réalisés sur les cryptomonnaies sont dorénavant soumis au même impôt que
ceux réalisés sur les actions (19 %+ CSG-CRDS, généralement 17,2 %) et où
un cadre réglementaire favorable aux ICO a été adopté.
Le marché a besoin d’une régulation pour passer à l’étape suivante de
l’institutionnalisation : beaucoup d’acteurs (les entreprises, l’État et les
banques elles-mêmes) ne mettront pas les pieds dedans tant que les
cryptomonnaies seront dans cette zone grise de semi-légalité. L’absence de
régulation bloque le développement de ce marché et l’empêche d’accéder à la
maturité. Si la régulation n’arrive pas avant une prochaine hausse du marché,
le phénomène des PIHR risque par ailleurs de se reproduire. L’arrivée de la
régulation aura probablement un effet négatif à court terme sur le cours des
cryptomonnaies et pourrait leur porter le coup de grâce si elle est trop stricte,
mais c’est une chose à mon sens bénéfique et nécessaire à moyen et long
terme.

Résumé

• Un placement passif est une opportunité d’investissement dans laquelle


vous confiez votre argent à une personne ou une entreprise qui va le faire
fructifier pour vous.
• Dans le monde des cryptomonnaies, il est extrêmement risqué de vous
engager dans un placement passif, car aucune régulation ne protège votre
investissement.
• Les HYIP, ou PIHR en français, sont toujours des pyramides de Ponzi
à durée de vie plus ou moins longue, basées soit sur du trading, soit sur
du minage, soit sur du lending.
• Les PIHR pourraient devenir le nouveau paradis des escrocs, mafias et
terroristes en tout genre, et représentent une menace de taille pour les
investisseurs dans les cryptomonnaies.
1. Plusieurs sites recensent les PIHR, dont www.bitcoinhyip.org.
5
Investir dans les cryptomonnaies
Vous avez acquis des connaissances sur ce que sont la monnaie, la
cryptographie et plus généralement l’écosystème des cryptomonnaies, vous
savez comment se déroulent les transactions et la détermination du consensus
dans une blockchain PoW, et vous vous êtes familiarisé avec le marché des
cryptomonnaies, vous songez peut-être alors à investir dans celui-ci.

Wallets
Définition
Un wallet est, comme son nom l’indique, un portefeuille où vous pouvez
stocker vos coins. Enfin, pas tout à fait. Les coins sont, comme vous le savez,
virtuels. Quand vous achetez un coin ou une partie de coin, vous acquérez en
fait le droit de l’utiliser et pour ce faire, il est attribué à une de vos public
addresses qui est communiquée au vendeur et à la blockchain. Une fois que
vous avez acheté votre coin, votre private key est ce qui vous donne le
contrôle de la public address à laquelle est rattaché ce coin et donc du coin.
C’est aussi ce que stocke un wallet : votre private key qui vous donne le
contrôle de vos public addresses. Si vous perdez votre private key, vous
perdez le contrôle de vos coins. Il n’y a aucun moyen de les retrouver car il
n’y a pas de système ou autorité centrale régulatrice : les coins sont perdus
pour toujours. Il est très fort probable que des millions de coins, y compris
des bitcoins, ne soient jamais utilisés car leurs propriétaires ont perdu l’accès
à celles-ci.
Chaque wallet peut générer des adresses (public addresses) qui ne
permettent que de recevoir des cryptomonnaies. Une adresse ne peut recevoir
qu’un certain type de cryptomonnaie, donc il vous faudra générer autant
d’adresses que de cryptomonnaies que vous voulez recevoir. Lorsque vous
utilisez un wallet, vous ne voyez la plupart du temps pas votre private key,
qui est une longue suite de caractères et qui est gérée par le wallet.

Les types de wallets


Il existe plusieurs types de wallets, autrement dit de manières de stocker
votre private key, de la plus sûre, qui est aussi la moins pratique, à la moins
sûre, qui est aussi la plus pratique.

À l’ancienne sur papier


C’est peut-être la manière la plus sûre, car complètement offline, mais cela
demande une bonne organisation.

Sur un hardware wallet


Un hardware wallet est un périphérique informatique qui ressemble à une
petite tablette ou une clé USB. Il stocke et encrypte votre private key, et offre
diverses fonctions comme le transfert de coins, la génération de public
addresses et l’affichage du solde des coins que vous contrôlez. Comme un
hardware wallet est un objet physique que vous pouvez débrancher de votre
ordinateur et qu’il est pratiquement inviolable par des hackers et inutilisable
sans le code d’accès, il reste une solution très sûre et relativement pratique,
car il vous suffit de le brancher sur votre ordinateur pour l’utiliser. Et si vous
le perdez ou le cassez, vous n’avez pas encore perdu vos coins si vous avez
stocké votre private key ailleurs, sur papier par exemple. Il faut compter au
moins 60 € pour un bon hardware wallet.

Sur un desktop wallet


Un desktop wallet est une application que vous installez sur votre ordinateur,
votre tablette ou votre smartphone et qui remplit les mêmes fonctions qu’un
hardware wallet. Comme le desktop wallet est installé sur un périphérique
a priori connecté à Internet, le risque est plus grand que celui-ci soit piraté,
même si cela reste très peu probable étant donné le niveau d’encryption des
données, mais il est plus pratique, car toujours sur votre
ordinateur/tablette/smartphone et il coûte a priori moins cher qu’un hardware
wallet. Il existe des desktop wallets proposés par des entreprises
indépendantes, comme Jaxx ou Exodus, et chaque coin PoS digne de ce nom
se doit de vous proposer son wallet dédié, qui ne sert à stocker que ce coin et
qui peut vous enrichir si vous laissez suffisamment de coins suffisamment
longtemps sur le wallet, comme Draftcoin ou Reddcoin.

Sur un exchange wallet


Vous pouvez laisser vos coins sur un exchange, qui propose toujours des
services de stockage, d’affichage des soldes, d’envoi et réception de coins,
etc. Dans ce cas, c’est l’exchange, et non vous, qui gère la private key (vous
n’en avez même pas ; les public addresses sont générées par l’exchange), ce
qui fait que vous êtes à la merci de cet exchange et que vous ne possédez pas
vraiment vos coins. Vous possédez le contrôle de coins qui sont contrôlés
eux-mêmes in fine par l’exchange car c’est lui qui détient la private key.
C’est très pratique puisque vos coins restent ainsi là où vous pouvez les
vendre, mais vous prenez le risque que l’exchange soit piraté, ce qui est
arrivé avec Mount Gox et plus récemment Bitfinex, ou qu’il disparaisse avec
vos coins.
Exemple d’un desktop wallet : My ether Wallet.
Source : www.myetherwallet.com

Résumé

• Un wallet est une méthode et un « lieu » pour stocker vos private keys
aussi indispensable qu’un compte en banque si vous voulez investir dans
les cryptomonnaies.
• Vous ne stockez pas des coins sur un wallet, mais des private keys qui
vous donnent le contrôle des public addresses auxquelles sont rattachées
des coins que vous avez achetés ou reçus.
• Si vous perdez vos private keys, rien ni personne ne pourra vous
redonner le contrôle sur les public addresses correspondantes et donc les
coins qui y sont rattachés, qui seront perdus pour tout le monde.
• Il existe le paper wallet, le desktop wallet, l’exchange wallet et le
hardware wallet qui ont chacun des avantages et des inconvénients en
termes de praticité, coût et sécurité et que vous combinerez
probablement, à moins que vous ne laissiez vos coins sur des exchange
wallets.

Public address/Private key


Le couple public key/private key est fondamental dans la cryptographie
asymétrique, qui est elle-même au centre des systèmes de cryptomonnaies, où
public key est nommée public address. Comme il n’y a pas de système
centralisé gérant les comptes de cryptomonnaies, la génération d’une private
key se fait de manière complètement aléatoire et d’ailleurs offline. Il y a 2
puissance 256 private keys possibles, soit environ 10 puissance 80, ce qui est
environ le nombre d’atomes de l’univers, soit un nombre tellement grand
qu’on ne peut pas se le représenter et qui permet au système d’accepter le
risque extrêmement faible que deux personnes aient la même private key. Le
système ne vérifie pas en effet si la private key générée par un nouvel
utilisateur existe déjà car elle est créée offline ; il y a tellement de possibilités
que l’on accepte le risque microscopique que deux personnes aient la même
private key.
Une private key est généralement exprimée sous la forme hexadécimale de
64 caractères constitués de chiffres (0 à 9) et de lettres entre A et F, par
exemple : E9873D79C6D87DC0FB6A5778633389F4453
213323DA61F20BD67CC233AA33262.
C’est un wallet qui crée et gère en général les private keys pour vous,
sachant que chaque monnaie a des types de public addresses qui lui sont
propres. La private key est ce qui vous donne le contrôle de vos fonds, un peu
comme un mot de passe, et doit toujours rester secrète (c’est très important).
Il est assez peu probable que vous puissiez voir votre private key si tant est
que vous en ayez une, car c’est votre wallet qui la gère et, si vous restez sur
des exchange wallets, vous n’avez même pas votre private key mais en
utilisez une appartenant à l’exchange.
Les public addresses, qui sont des adresses de réception de fonds, sont
générées mathématiquement à partir de votre private key. Dans le système
Bitcoin, une public address est une série de 34 lettres (majuscules ou
minuscules, sans accents ou caractères spéciaux tels ç) et chiffres (de 0 à 9)
qui commence par 1 (avant SegWit) ou 3 (après SegWit), qui sert à recevoir
des coins, un peu comme un IBAN. Elle peut être communiquée à quiconque
sans danger. Il est en effet facile de générer une public address à partir d’une
private key et pratiquement impossible de retrouver une private key à partir
d’une public address (principe de la cryptographie asymétrique).
Vous pourriez voir les private keys comme autant de coffres ouverts dont
une très petite partie contient des fonds : vous pourriez essayer quelques
private keys et tomberez peut-être sur une qui a des fonds que vous pourrez
utiliser, puisque la private key donne le contrôle de ceux-ci, mais il faudrait
vous armer de patience, étant donné le nombre astronomique de private keys
possibles. Concrètement, ce n’est pas rentable, mais pourrait le devenir dans
un avenir lointain à mesure que des private keys sont utilisées et que la
puissance des ordinateurs augmente. La faiblesse du système est que si vous
perdez votre private key ou l’accès au wallet qui la gère, vous n’avez plus
que vos yeux pour pleurer : rien ni personne ne pourra vous redonner le
contrôle de vos coins.
Si on se replace dans l’optique de la cryptographie, une public address est
une clé de chiffrement dont la clé de déchiffrement, la private key, est
possédée par la personne qui la gère. Quand vous envoyez de l’argent à une
public address, seule la personne qui possède la private key peut déchiffrer
votre requête, qui consiste à créditer son compte avec un certain nombre de
coins. Sans cette private key, qui est pratiquement impossible à trouver
à partir de la public address, vous ne pouvez pas vous attribuer les fonds en
prouvant au réseau que vous êtes la personne qui contrôle la public address
du destinataire de la transaction. L’alliance public address/private key permet
de créer la signature qui confirme la validité de la transaction et qui peut
facilement être vérifiée par les mineurs et autres participants au réseau.
Pour rappel, derrière chaque cryptomonnaie se cache un système de
paiement, et le couple public address/private key en est sa représentation
pratique. Cela vous permet également d’effectuer facilement des dons.
Comme on peut communiquer à quiconque sans danger ses public addresses,
des associations peuvent le faire pour récolter de l’argent nouvelle vague,
comme Wikipedia le fait déjà. Habituez-vous à ces suites de chiffres et
caractères ; vous allez les voir de plus en plus souvent. Coin market cap par
exemple, qui gagne déjà beaucoup d’argent grâce à la publicité, ne manque
pas de communiquer en bas à droite de chaque page ses public addresses au
cas où vous auriez un élan de générosité.

Résumé

• Dans le monde des cryptomonnaies, une public address est une adresse
de compte en banque, comme un IBAN, et une private key ce qui donne
accès à ce compte en banque, comme un mot de passe.
• Il est très facile de créer une public address à partir d’une private key et
pratiquement impossible de faire l’inverse : vous pouvez donc
communiquer vos public addresses à toute la planète pour recevoir des
fonds mais devez garder votre private key absolument secrète.
• La force du système réside dans le nombre de private keys possibles
(environ 1080).
• Les premières applications pratiques de ce système sont l’envoi de fonds
entre personnes se trouvant ou pas dans deux pays différents (par
exemple des personnes qui travaillent en Europe et envoient de l’argent
en Afrique) et les dons, qui sont grandement facilités.

Trading bots
Un trading bot est un programme qui fait du trading à votre place en utilisant
vos fonds, vos accès aux exchanges et la stratégie que vous lui avez
communiquée. Vous gardez donc le contrôle de vos fonds car vous pouvez
désactiver le bot à tout moment. La plupart des trading bots sont proposés
sous la forme d’un abonnement mensuel : ils sont donc payants. Vous avez
pour certains bots la possibilité d’acheter en une fois un abonnement à vie qui
est généralement relativement cher. Une fois que vous avez souscrit au
service, vous donnez vos codes d’accès (API keys) des exchanges qui vous
intéressent et vous devez définir une stratégie, avec l’aide du bot.
Définir votre stratégie est à l’évidence très important : de celle-ci dépendra
en grande partie votre succès ou votre échec. Le bot ne fait que l’appliquer.
Voici les critères que vous devez définir :
– le montant que vous souhaitez « trader » ;
– les monnaies que vous souhaitez « trader » (ce qui dépend des exchanges
sur lesquels vous appliquez votre trading bot) ;
– le nombre de positions que prendra votre trading bot ;
– le montant (en valeur ou pourcentage) que vous êtes prêt à perdre pour
chaque position et celui à partir duquel vous êtes prêt à prendre vos
bénéfices, autrement dit à partir duquel vous souhaitez vendre ;
– le cours à partir duquel vous êtes prêt à acheter ou vendre une monnaie.
L’interface du trading bot vous propose également de passer vous-même
des ordres, de désactiver la vente et/ou l’achat, de consulter des signaux, des
statistiques, des forums, etc., et vous donne un tableau récapitulatif de votre
investissement constamment mis à jour. Un « panic button » vous permettant
de vendre d’un coup toutes vos monnaies est aussi généralement inclus. C’est
en somme une plateforme de trading automatisée et personnalisée que vous
pouvez reconfigurer voire stopper à tout moment. Le trading bot ne fait bien
sûr pas disparaître tous les risques mais permet de réagir beaucoup plus vite
au marché et vous permet a priori de gérer plus efficacement votre
investissement… pourvu que vous ayez défini une bonne stratégie et suiviez
tout de même régulièrement ce qui se passe sur les marchés.
Quelques exemples de services de trading bot : Gunbot, Profit trailer,
Cryptohopper, trade.io.

Résumé

• Un trading bot est une interface payante et personnalisée de trading


automatisé.
• Le trading bot fait du trading de cryptomonnaies à votre place en fonction
de la stratégie que vous avez définie et des fonds que vous lui avez
confiés.
• Pour définir votre stratégie, vous devez déterminer notamment les
monnaies que vous souhaitez « trader », le montant à investir dans
chaque monnaie et les limites d’achat et de vente.
• En utilisant un trading bot, vous gardez le contrôle de vos fonds, gagnez
en temps et en efficacité.

L’arbitrage
Dans les marchés financiers, l’arbitrage est le fait d’acheter un actif sur une
place de marché et de vendre ce même actif immédiatement sur une autre
place de marché où son prix est plus élevé. Par exemple, supposons que l’or
vale 350 $ l’once à Johannesbourg et 375 $ à Londres. Vous achetez l’or
à Johannesbourg et le revendez immédiatement à Londres, empochant
facilement 25 $ de plus-value pour une mise de 350 $ hors frais de
transaction. Cet arbitrage requiert plusieurs conditions : des places de marché
très liquides, des actifs strictement identiques sur chaque place de marché,
des différences de cours entre places de marché, peu ou pas de frais de
transaction et de transfert d’actifs, une grande rapidité d’exécution et des
informations sur les cours facilement disponibles.
L’arbitrage permet aux places de marché d’accorder automatiquement leurs
violons. Reprenons l’exemple de l’or : si beaucoup de personnes
s’aperçoivent que l’or est moins cher à Johannesbourg qu’à Londres, elles
vont en acheter à Johannesbourg et essayer de le revendre à Londres. Le prix
va donc augmenter à Johannesbourg, car beaucoup de personnes vont vouloir
en acheter, et baisser à Londres puisque beaucoup de personnes vont vouloir
en vendre. Ce faisant, les prix vont se rapprocher et théoriquement finir par
être les mêmes à Londres et Johannesbourg.
Revenons aux cryptomonnaies. Il y a des milliers d’exchanges, comme
vous le savez à présent. Les plus grandes monnaies sont cotées sur au moins
une dizaine de plateformes. Les frais de transfert de cryptomonnaies sont
faibles, la rapidité d’exécution est grande, l’information largement
disponible, le marché hyper liquide et il y a de grandes différences de cours
entre plateformes, donc toutes les conditions sont réunies pour pouvoir faire
de l’arbitrage.

Source : Coin market cap


Il est donc possible et envisageable de gagner de l’argent en procédant à de
l’arbitrage sur les marchés des cryptomonnaies. Pour ce faire, il faut que :
– vous choisissiez un certain nombre de monnaies et d’exchanges sur
lesquels elles sont cotées ;
– vous vous enregistriez sur ces plateformes, idéalement une dizaine ;
– vous mettiez en place une organisation sans faille avec toutes vos adresses
de wallets par plateforme et par coin pour pouvoir dégainer rapidement ;
– vous suiviez les marchés attentivement sur chaque exchange où vous êtes
actifs ;
– vous passiez quelques heures par jour à vendre, acheter et transférer les
coins.

Résumé

• Dans le domaine financier, l’arbitrage est le fait d’acheter un actif sur une
place de marché et de le vendre plus cher sur une autre.
• Il requiert notamment une grande liquidité des marchés, des frais et
délais de transaction et transfert très faibles, des différences de cours
entre exchanges, des actifs strictement identiques et des informations en
temps réel.
• Ces conditions étant réunies dans le monde des cryptomonnaies, vous
pourriez envisager l’arbitrage comme stratégie d’investissement, sachant
qu’il comporte peu de risques.
• L’arbitrage requiert cependant beaucoup de temps car on ne peut pas
vraiment l’automatiser.

Nouvelles monnaies, nouveaux revenus


Vrai projet ou aspirateur à bitcoins ?
Les cryptomonnaies ont le vent en poupe. La presse en parle, des gens
s’enrichissent, tout est possible et tout va vite. Vous-même pouvez créer
votre propre monnaie. Demain, vous pouvez décréter que vous créez un
milliard de tokens (jetons) « BID », que vous lancez une ICO et que vous
exigez un cent de dollar par token, ce qui ferait 10 millions de dollars. Il faut
quand même créer un site et un whitepaper, recruter une équipe, programmer
un peu, faire de la publicité, et faire coter votre monnaie sur un exchange, ce
qui est un vrai parcours du combattant et coûte cher.
Tout cela explique qu’il y ait des projets bidon, des fraudes, des arnaques,
et un grand besoin de régulation, car il s’agit au final d’argent et que les gens
sont plus crédules qu’on veut bien le croire, surtout quand on leur promet
monts et merveilles. Surtout que le profil type de l’investisseur particulier en
cryptomonnaies est assez éloigné de l’investisseur en ETF ou même en
actions. On leur fait miroiter des gains immenses, mais tout commence
toujours par une perte de coins « sûrs » (bitcoin ou ether)… Même parmi les
vrais projets, beaucoup cherchent simplement à rendre plus efficaces et/ou
rentables des modèles déjà existants ou à retenter des expériences qui
n’avaient pas marché dans le monde pré-blockchain. Les projets des sociétés
émettrices de cryptomonnaies ont presque toujours une visée mondiale, ce
qui est logique puisque les cryptomonnaies s’affranchissent des frontières,
mais je pense que cela va changer.
Prenez Vechain par exemple : la société veut réintroduire la RFID pour
rendre la supply chain plus efficace. Cela a déjà été tenté dans le monde pré-
blockchain, et ne fonctionne pas très bien. Toutes les cryptomonnaies
cherchent à prouver que le service qu’elles proposent vaut la peine qu’on
investisse dans leur monnaie, car il va rendre plus efficace et/ou moins
onéreux un service déjà rendu par d’autres sociétés de cryptomonnaies. La
plupart cherchent aussi à mettre un pied dans le monde réel en mettant en
place des partenariats avec des sociétés pré-blockchain comme des sites de e-
commerce par exemple.

De nouvelles manières de gagner de l’argent


Parmi tous ces projets, il y en a qui vous permettent dès maintenant de gagner
de l’argent. Enfin, la cryptomonnaie de la société qui propose le service.
Voici sept exemples très concrets : Lunyr, Steem, Storm, Storj, Power ledger,
Po.et et Draftcoin.
• Draftcoin vous rémunère pour jouer ! Misez des DFT pour jouer, parier ou
participer à des ventes aux enchères, et repartez avec plusieurs fois votre mise
si vous vous en sortez bien. Vous pouvez jouer à des jeux où les participants
sont éliminés au fur et à mesure, comme dans un tournoi de tennis. Vous
pouvez relever des défis, comme atteindre un nouveau record. Et jouer plus
classiquement au poker ou à d’autres jeux de casino.
• Lunyr veut réinventer Wikipedia : vous recevez des tokens (CBN, LUN et
HNR) lorsque vous publiez ou même corrigez un article et que la publication
ou la correction est validée par d’autres participants. Lunyr veut être la
plateforme de connaissances du futur alimentant des applications
décentralisées, les réalités virtuelle et augmentée, l’intelligence artificielle…
• S’il y a bien une application des cryptomonnaies dans le monde réel qui est
aboutie, marche bien et a déjà un large public, c’est Steemit. Steemit est un
réseau social qui ressemble beaucoup à Reddit, où vous pouvez publier des
contenus (posts avec ou sans images ou vidéos) parfois très sérieux (analyses
techniques par exemple) et où vous êtes rémunéré en fonction de la
popularité de vos créations. Plus vous obtenez de views (vues) et de likes
(j’aime), plus vous engrangez de Steem dollars. Une autre plateforme gérée
par Steemit, Dtube (je vous laisse deviner sa vocation), a également beaucoup
de succès et le cours du Steem dollar se porte bien.
• Storm propose, à la manière d’Amazon mechanical turk, de vous payer pour
effectuer des micro-tâches qui se veulent ludiques comme essayer de
nouveaux produits et services, regarder des vidéos, faire du shopping, trier
des fichiers, vidéos, posts, photos, etc. L’idée étant que vous pouvez effectuer
ces tâches de n’importe où tant que vous avez un ordinateur et Internet, vous
permettant de mener votre vie tout en ayant des revenus. Les entreprises ou
même les personnes qui souhaitent recourir à vos services doivent acheter des
tokens Storm et vous rémunérer avec.
• Storj est un service de cloud storage décentralisé et mondial qui vous
permet soit de stocker vos données sur le réseau Storj (vous payez dans ce
cas en USD par Go et par mois), soit de mettre des Go de votre ordinateur
à disposition et d’être payé en Storjcoins, un token basé sur XCP. Si vous
souhaitez engranger ainsi des Storjcoins, il faut vous inscrire sur la
plateforme et mettre votre ordinateur à disposition 24 h/24.
• Power ledger est une plateforme de marché de courant électrique. Vous
avez un ou des panneaux solaires ? Vous avez une éolienne ? Vous produisez
de l’électricité en surplus par d’autres moyens ? Vendez-la à Power ledger !
La plateforme propose toute une série d’options (acheter uniquement de
l’électricité de sources renouvelables et/ou venant de producteurs proches de
chez vous par exemple) et permet de gérer sa propre consommation et
éventuellement sa propre production d’électricité. Elle promet des
transactions rapides et transparentes, avec des frais réduits.
• Po.et est une plateforme de création artistique sur laquelle les créateurs sont
rémunérés en fonction de leur popularité et qui a introduit l’algorithme de
Proof of Existence : je crée, donc j’existe… et je suis rémunéré. L’idée est
d’utiliser la blockchain pour gérer les droits d’auteur et rémunérer ces
derniers à mesure de la popularité de leurs œuvres. La plateforme vous
propose de publier vos œuvres, de gérer vos droits d’auteur en vous
rémunérant par des tokens POE.

Résumé

• Le monde des cryptomonnaies est un foisonnement de projets dont la


visée est presque toujours mondiale.
• Certains de ces projets sont bidon, certains font du neuf avec du vieux,
certains cherchent à remplacer et améliorer des modèles pré-blockchain
et certains proposent des idées complètement nouvelles.
• Vous pouvez dès aujourd’hui réellement gagner de l’argent en laissant
par exemple d’autres personnes stocker leurs données sur votre
ordinateur ou écrire ou corriger des articles.
• Vous serez payé avec la cryptomonnaie de la société émettrice, pas avec
des euros ou des dollars, mais vous pourrez facilement changer celle-ci
contre des bitcoins sur un exchange.

Les ICO
Définition
Une ICO (initial coin offering) est le mécanisme qui permet aux nouvelles
cryptomonnaies de voir le jour (hormis les cryptomonnaies bidons qui sont
créées sur certains exchanges). C’est une introduction en Bourse version
cryptomonnaies. Au lieu d’émettre des actions sur le marché primaire d’un
pays donné (en Bourse) et de satisfaire les lourds coûts et exigences
réglementaires d’une IPO (initial public offering), une entreprise émet une
nouvelle cryptomonnaie généralement basée sur ETH (mais cela peut aussi
être NEO, NEM ou XCP…), qu’elle vend elle-même, avec le but d’être cotée
sur des exchanges indépendants dans un futur proche, si tant est que l’ICO ne
soit pas une arnaque. L’idée est d’amasser des cryptomonnaies qui ont de la
valeur, le bitcoin et l’ether notamment, pour financer la start-up derrière
l’ICO en échange de la nouvelle monnaie qu’elle émet et propose dans ce
cadre.

Le nouveau mode de financement des start-up…


et des escrocs
Une ICO est une fantastique opportunité pour des start-up de récolter assez
facilement, sans tracas adminsitratif ou réglementaire (pour le moment) des
sommes d’argent qui peuvent être considérables en très peu de temps si l’ICO
réussit, car elles vendent concrètement une monnaie qu’elles ont créée elles-
mêmes et qui ne vaut a priori rien contre des cryptomonnaies établies et
qu’elles peuvent facilement convertir en monnaie fiduciaire ou utiliser
directement pour le développement de leur(s) projet(s). Par exemple TenX
a récolté l’équivalent de 70 millions de dollars en juin 2017 lors de son ICO
en moins de sept minutes et est une entreprise florissante qui emploie des
dizaines de personnes à Singapour. Elle a un projet, une équipe et des clients,
et a pu récolter une somme d’argent considérable pour financer son projet de
solution de paiement multi-cryptomonnaies et monnaies fiduciaires.
Cependant, quand vous participez à une ICO, vous prenez un grand risque.
Vous achetez une cryptomonnaie tout juste créée avec des cryptomonnaies
établies en espérant que le cours de cette nouvelle cryptomonnaie explose.
Vous prenez aussi le risque immense que les organisateurs de l’ICO s’en
aillent avec la caisse, ou que les coins ne valent rien, ce qui arrive dans plus
de la moitié des cas. Vous pouvez gagner beaucoup d’argent si vous prenez
bien le temps d’examiner le projet, l’équipe, notamment les dirigeants, les
clients, la notoriété et la communauté autour de l’entreprise qui organise
l’ICO. La plupart des ICO vous récompensent si vous y participez tôt en vous
offrant un bonus, mais il ne faut pas céder à ce genre de tentations avant
d’avoir fait votre travail d’analyse. Tant qu’il n’y aura pas de vraie régulation
dans le monde des cryptomonnaies, de telles opérations représenteront un
danger réel pour votre épargne, mais aussi un potentiel d’enrichissement
considérable.
Exemple de quelques ICO ayant eu lieu début février 2018.

1 February WePower
3 February Republic Protocol
3 February ArcBlock
5 February Metronome

7 February FintruX
7 February GBX
8 February Refereum

13 February REMME
14 February Insights Network
15 February RightMesh
16 February Coinvest

Source : Remme daily


La liste « Recently added » de Coin market cap s’enrichit tous les jours de
nouvelles venues.
Source : Coin market cap, 4 février 2018

Les étapes principales d’une ICO


Pour participer à une ICO, vous devez passer généralement par les étapes
suivantes :
– inscription sur le groupe Telegram et le site de la société émettrice ;
– création d’un desktop wallet ou acquisition d’un hardware wallet
compatible avec ETH (par exemple Metamask ou Jaxx), si vous n’en avez
pas déjà un ;
– inscription sur la whitelist et éventuellement le site de l’ICO créés par la
société émettrice, en renseignant notamment votre adresse e-mail, la public
address à partir de laquelle vous allez transférer les fonds et le montant que
vous prévoyez d’investir ;
– le jour J, transfert du montant souhaité vers la public address
communiquée par la société émettrice ;
– récupération des tokens sur votre wallet ETH, en attendant qu’ils soient
cotés sur un exchange où vous pourrez les envoyer pour éventuellement les
vendre.
Le nombre de mesures de sécurité varie suivant les ICO. Certaines peuvent
recourir à votre smartphone pour être sûr que vous êtes bien la personne qui
s’est inscrite sur la whitelist, ou envoyer des avertissements sur les personnes
qui essayent de profiter de l’ICO en vous donnant de fausses adresses de
transfert de fond par exemple. L’important est que vous ayez la bonne public
address pour transférer vos fonds le jour J et respectiez le timing à la lettre,
sans quoi votre argent disparaîtra dans la nature et vous ne le reverrez jamais.
La plupart des ICO se déroulent en deux phases (presale et public sale) et
distribuent des bonus aux investisseurs qui s’inscrivent tôt sur la whitelist
suivant le principe « plus vous vous inscrivez/achetez des tokens tôt, plus le
bonus est grand ».
À noter que la SEC américaine a mis en place une fausse ICO pour éduquer
et mettre en garde les investisseurs qui ne prennent pas assez de précautions
avant de participer à l’une d’entre elles. Voici la page d’accueil de
« Howeycoin » :

Source : US Securities and Exchange Commission (SEC)

Exemple d’une ICO : Remme (REM)


Bien plus qu’investir en achetant des cryptomonnaies déjà cotées, investir
dans une ICO n’est pas à la portée de tous. Cela requiert de suivre un
processus complexe et strict et d’accepter de prendre un grand risque
financier. L’ICO de Remme qui a eu lieu de décembre 2017 à février 2018 en
donne un bon exemple. Le projet de Remme, start-up créée début 2015 par
une équipe basée en Ukraine, est de proposer un procédé basé sur la
blockchain permettant de remplacer et rendre caducs les mots de passe tels
que nous les connaissons.

Source : https://remme.io/

Source : https://remme.io/
Une vraie équipe et un vrai projet se cachent derrière Remme.
Source : https://tokensale.remme.io/
Informations générales sur le processus de vente des tokens
Voici ce que nous apprend ce récapitulatif (source :
https://tokensale.remme.io/) ligne par ligne :
– REM est un token qui permet d’utiliser les applications Remme de gestion
des mots de passe. Comme pour beaucoup de cryptomonnaies, REM n’a
donc pas comme vocation d’être simplement une monnaie ; c’est un moyen
qui permet d’utiliser un certain nombre de services proposés par l’émetteur.
– Le ticker (symbole en anglais) du token est REM.
– Un milliard de tokens est émis au total.
– La prévente (pre-sale), qui a eu lieu en décembre, doit permettre de lever
au moins 480 000 dollars. Ce n’est pas écrit ici, mais un bonus de 20 %
sous forme de tokens est accordé aux investisseurs qui participent à la
prévente : si un investisseur achète 1 000 tokens lors de cette prévente au
prix officiel communiqué plus bas, il en reçoit 1 200.
– Le hard cap de la prévente, c’est-à-dire le montant maximum qu’il est
prévu de récolter lors de cette prévente et qui ne sera vraisemblablement
pas atteint est de 3 millions de dollars. Soft cap et hard cap sont des
données publiques communiquées par l’organisateur de l’ICO, donc la
société émettrice de la monnaie, qui permettent d’avoir une idée de
l’ampleur de l’opération et des espérances de montant d’argent récolté.
– La public sale (vente publique) est une seconde session de vente ouverte
à un plus large public et proposant un plus grand volume de tokens avec un
bonus moins important que celui de la prévente (5 à 10 % en l’occurrence
ici). Elle précède de peu de jours la mise sur le marché officielle de la
nouvelle monnaie. Il est prévu de récolter lors de cette vente publique
jusqu’à 17 millions de dollars, soit 20 millions si on y ajoute les 3 millions
espérés de la prévente. Là encore, c’est un montant qui ne sera
probablement pas atteint, mais qui donne une idée de l’ampleur de
l’opération.
– Le prix officiel d’un token REM est 4 cents d’USD.
– REM est un token basé sur ETH (ERC-20 token).
– ETH et BTC sont acceptées pour participer à l’ICO.
– La prévente a commencé le 4 décembre 2017. Elle s’est terminée à une
date non communiquée ici ; l’émetteur n’attend pas que le hard cap soit
atteint pour clôturer la vente.
– La vente publique a commencé le 13 février 2018. Idem : elle s’est
terminée à une date non communiquée ici ; l’émetteur n’attend pas que le
hard cap soit atteint pour clôturer la vente.

On peut voir notamment que seule la moitié des tokens sont vendus, l’autre
moitié est distribuée aux membres de l’équipe et à des partenaires et
conseillers, et 10 % des tokens sont mis dans un fonds de réserve. Le bonus
accordé aux participants à l’ICO baisse avec le temps, et on peut voir que
l’équipe prévoit d’affecter 35 % de l’argent amassé lors de l’ICO à la R&D,
25 % au développement commercial, 20 % à la partie opérationnelle, 15 % au
marketing et 5 % au juridique.
Voici quelques informations supplémentaires sur l’ICO publiées sur le site
dédié à celle-ci.
Source : https://tokensale.remme.io/

Les étapes à franchir pour participer à l’ICO de Remme


Que ce soit pour participer à la prévente ou à la vente publique de Remme, il
fallait franchir certaines étapes selon un calendrier très précis. Je vais
reprendre ici les étapes de la vente publique, sachant que Remme
communique qu’ils ont récolté 60 % de leur objectif (soit 1,8 million de
dollars) de la prévente :
– S’enregistrer sur le site de l’ICO https://tokensale.remme.io/ en donnant
son adresse e-mail.
– Rejoindre le groupe Telegram de Remme (voir ci-après).
– S’inscrire sur la « whitelist » (liste blanche) via un bot Telegram à partir du
27 janvier 2018 (voir ci-après).
– Compléter son inscription sur le site de l’ICO en renseignant notamment le
montant en USD que l’on va investir (voir ci-après).
– Aller sur le site https://tge.remme.io/setWallet, se logguer et entrer
l’adresse de son wallet Ethereum. C’est un point important : vous devez
avoir un desktop ou hardware wallet (un exchange wallet ne fonctionne
pas) de la monnaie exigée par l’émetteur de la nouvelle monnaie pour
participer à l’ICO.

On ne peut pas investir dans une ICO à partir d’un exchange wallet pour
une raison simple : un émetteur de monnaie ne peut pas envoyer sur un
exchange wallet un token qui n’est pas pris en charge par l’exchange en
question. Or aucun token fraîchement émis dans le cas d’une ICO n’est pris
en charge par un exchange. Il vous faut donc un desktop ou hardware wallet
qui prend en charge la coin dont le token se sert pour voir le jour, ether dans
le cas de Remme. L’émetteur du token vous le précisera et vous
recommandera des wallets.
Le 13 février 2018
Le 13 février, la vente a bien eu lieu avec succès. La communauté Telegram
était en pleine ébullition, les personnes qui s’étaient enregistrées sur la
whitelist ont pu acheter les tokens et bénéficier des 10 % de bonus. L’équipe
de Remme donna les instructions sur Telegram pour acheter les tokens ; on
pouvait aussi les trouver sur le site dédié à l’ICO tokensale.remme.io. Elle
publia également juste avant l’heure H une vidéo sur YouTube montrant la
public address où envoyer ses ETH pour montrer leur bonne foi et éviter
qu’on se retrouve sur une page créée par des escrocs souhaitant profiter de
l’engouement pour cette ICO.
Voici donc la marche qu’il fallait suivre pour participer à l’ICO à partir du
13 février 21 h, avec comme préalable l’inscription sur la whitelist et
l’enregistrement de la public address de son desktop ou hardware wallet.

Du 13 février 21 h (heure française) au 14 février 21 h :


– seule monnaie acceptée : ETH ;
– minimum : 0,1 ETH ;
– maximum : 15 ETH ;
– bonus : 10 % ;
– gas limit : 300 000 ;
– gas price : 50 Gwei.

Du 14 février 21 h 01 au 15 février 21 h :
– seule monnaie acceptée : ETH ;
– minimum : 0,1 ETH ;
– pas de maximum ;
– bonus : 10 % ;
– pas d’instructions sur le gas.
1 ETH = 850 $ = 21 250 REM sans le bonus, 23 375 REM avec le bonus.
Ensuite quelques instructions ont été transmises par Remme pour vérifier
que l’ICO n’est pas une arnaque et pour créer un compte REM dans son
desktop wallet.
Source : Telegram
Les instructions étaient aussi données sur le site tokensale.remme.io :
Source : tokensale.remme.io
En deux heures, la hard cap fut pratiquement atteinte (plus de 15 000 ETH
récoltées !)

Source : tokensale.remme.io
En suivant les instructions, j’ai bien pu transférer via mon desktop wallet et
la public address communiquée par l’équipe de Remme mes ETH, et j’ai reçu
en échange des tokens REM qui ne valaient encore rien. J’ai pu consulter
mon compte toujours en suivant les instructions de Remme.

Source : etherscan.io
Remme a donc pu lever plus de 16 millions de dollars en quelques heures
pour financer le lancement de son application permettant de gérer les mots de
passe et codes d’accès via la blockchain. C’est ça une ICO !
Le 25 février 2018
Le 25 février, le token REM a été coté sur deux premiers exchanges : Idex et
Tidex. Idex et Tidex sont spécialisés sur les nouveaux coins créés par ICO.
L’équipe de Remme nous a transmis l’information quelques jours plus tôt via
Telegram (et probablement d’autres canaux de communication), sans nous
dire encore de quels exchanges il allait s’agir.

Source : Telegram
Les premiers échanges se sont faits à 50 % au dessus du cours officiel de
vente des tokens lors de l’ICO (0,04 $), et le prix est rapidement retombé au
niveau de celui de l’ICO.

Résumé de l’ICO de Remme


Au-delà de ma volonté de vous montrer concrètement comment se déroule
une ICO, j’ai choisi d’investir dans celle de Remme car :
– elle a été recommandée par The right trader (canal YouTube) et le site ICO
watchlist ;
– le projet me semblait intéressant, viable et bien décrit dans le
whitepaper ;
– l’équipe semblait grande et solide, avec de vraies personnes ayant de vrais
profils Facebook/Linkedin/Telegram et de vraies fonctions ;
– il y avait beaucoup de membres (plus de 20 000) dans le groupe Telegram ;
– des membres de l’équipe intervenaient très régulièrement dans le groupe
Telegram ;
– la presale s’était déroulée avec succès (je n’y ai pas participé) ;
– les choses semblaient être menées avec professionnalisme, notamment le
jour J (le 13 février) ;
– l’équipe a constamment rappelé les mesures de sécurité qu’elle a mises en
place et nous a demandé de bien faire attention à l’adresse à laquelle nous
devions envoyer nos ETH le jour J.

Au final, l’ICO s’est très bien passée, l’équipe semble dérouler le projet
comme prévu et est toujours très présente dans le groupe Telegram, mais je
n’avais pas vraiment besoin d’y participer car les tokens ont été vendus au
prix de l’ICO et même un peu moins le premier jour de vente sur les
exchanges !

Résumé
• Une ICO (initial coin offering) est une introduction en Bourse dans le
monde des cryptomonnaies.
• Non encore régulées et quasi quotidiennes, les ICO permettent de lever
des millions de dollars assez facilement et peuvent de ce fait financer
aussi bien de vraies start-up que des escrocs.
• Pour participer à une ICO, vous devez suivre un calendrier et un
protocole très stricts dictés par l’émetteur du coin et avoir impérativement
un desktop ou hardware wallet (pas d’exchange wallet !) du coin exigé par
l’émetteur pour participer à l’ICO.
• Vous devez impérativement faire votre travail d’analyse avant d’investir
dans une ICO, qui peut se révéler être une arnaque ou une mine d’or.

Devenez mineur !
S’il y a bien un métier qui a de l’avenir, c’est celui de mineur. Il y a deux
manières de devenir mineur : soit investir dans du cloud mining soit dans du
matériel informatique pour miner chez soi. Je ne vais pas m’attarder sur le
cloud mining.

Le minage chez soi


Le fameux Satoshi Nakamoto a miné tout seul les premières bitcoins et en
posséderait environ 1 million. Ces bitcoins sont encore et toujours sur un
wallet auquel personne n’a touché depuis, mais qui est surveillé en
permanence par pas mal de personnes qui cherchent à savoir qui est ce
personnage ou ce groupe de gens. C’est un des mystères les plus épais du
monde des cryptomonnaies… Bref, pour revenir au minage, si vous souhaitez
devenir mineur et ainsi contribuer à une ou plusieurs blockchain par le travail
acharné de votre ordinateur, il faudra commencer par investir dans du
matériel informatique et de l’électricité. Techniquement, il existe trois types
de minage.

Le CPU mining
C’est le processeur central (CPU, central processing unit) de votre ordinateur
(fixe ou portable) qui est mis à contribution pour assembler les blocs et
surtout trouver le nonce qui vous fera remporter la mise. Le CPU de votre
ordinateur pourra vous faire atteindre des hash rates de 1 à 3 millions par
seconde suivant son nombre de MHz, soit le nombre de tentatives de nonce
par seconde dont il est capable. Cela paraît beaucoup ; c’est très peu en fait,
donc le CPU mining ne peut être envisagé tout au plus que pour de nouvelles
monnaies encore petites. Chez le bitcoin ou d’autres grandes monnaies, on
compte en milliards ou milliers de milliards de hashes par seconde…

Le GPU mining
Votre carte graphique peut faire du minage, car elle est équipée d’un
processeur (GPU, ou graphics processing unit) qui d’une part est relativement
puissant, d’autre part ne s’éparpille pas dans des dizaines ou centaines de
tâches comme le processeur central de votre ordinateur. On peut assez
facilement atteindre des hash rates de 30 à 60 millions par seconde, soit
nettement plus que dans le cas du CPU mining.

Le ASIC mining
Ce type de minage est dédié au bitcoin et, depuis début 2018, à l’ether. Il
repose sur des processeurs spécifiquement développés pour (alors que le CPU
est fait pour faire fonctionner l’ordinateur et le GPU la carte graphique).
ASIC veut dire application specific integrated unit. Les ordinateurs équipés
de ce processeur ne font et ne savent rien faire d’autre qu’assembler des blocs
de transactions et essayer des milliards de fois un nonce pour aboutir à un
résultat satisfaisant le niveau de difficulté du moment. Des entreprises
spécialisées développent et font produire de tels processeurs ou ordinateurs.
Même Samsung s’y est mis début 2018 (à la production de ces ordinateurs et
processeurs, pas au minage que je sache). Si le bitcoin s’écroule, elles
subiront le même sort. En attendant, elles profitent à plein du marché car les
mineurs font constamment la course à la performance. Le minage de bitcoins
se fait essentiellement avec de tels ordinateurs, qui sont très onéreux,
empêchant les particuliers de se lancer dans l’aventure. Mais il y a beaucoup
de monnaies à miner. Si vous voulez savoir quelles monnaies sont minables,
allez sur Coin market cap (https://coinmarketcap.com/) et regardez celles qui
n’ont pas d’astérisque dans la colonne « Circulating supply ».

Quelques chiffres
Pour vous donner une idée de ce que représente le minage du bitcoin, voici la
répartition des principaux pools de mineurs au 12 avril 2018.

source : blockchain.info
Vous voyez que les cinq premiers groupes de mineurs représentent
pratiquement 75 % des bitcoins minés (1 800 par jour). Pour rappel, vous
n’avez aucune chance de miner le bitcoin, à moins d’investir des millions
d’euros en matériel informatique et électricité. Le minage est, vous l’aurez
compris, une course au hash rate entre un nombre plus ou moins grand
(suivant la monnaie) de mineurs, qui ont intérêt à avoir le plus possible
d’ordinateurs équipés d’un matériel le plus performant possible et de les
laisser tourner 24 h/24. Voici maintenant la puissance des douze premiers
pools (groupes) de mineurs par PH/s sachant qu’un PH/s représente un
million de milliards de hashes par seconde, soit un million de milliards de
tentatives de trouver le bon nonce par seconde au 4 février 2018 :

source : btc.com
Et au 12 avril 2018.
source : btc.com
Vous voyez à quelle vitesse évolue le hash rate : +29,26 % en 2 mois et 8
jours dans un marché fortement baissier. Les douze premiers mining pools
(groupes de mineurs) du bitcoin sont capables d’effectuer, à l’heure où
j’écris, plus de 24 milliards de milliards d’essais d’empreinte par seconde
(exahashes/seconde), ce qui consomme une énergie phénoménale. Le réseau
de mineurs du bitcoin et du bitcoin cash (tous deux sous protocole SHA-256
Proof of Work) représente tout simplement l’un des réseaux d’ordinateurs
ayant la puissance de calcul la plus élevée au monde. Vous voyez maintenant
pourquoi vous n’avez aucune chance de miner des bitcoins (ou le BCH). La
course à la puissance est tellement forte, que le « crypto-jacking », le vol de
puissance informatique par des pirates ou des employés pour miner des
cryptomonnaies, est en train de devenir une des pirateries les plus en vogue.
Elle touche des particuliers et des entreprises comme Tesla, des ordinateurs et
tout ce qui a un processeur et est connecté, comme votre smartphone ou une
télévision connectée. Vous minez peut-être déjà des cryptomonnaies sans le
savoir pour le compte d’individus mal intentionnés. Des employés et
fonctionnaires sont régulièrement pris la main dans le sac aux quatre coins du
monde à détourner la puissance informatique de leur entreprise pour miner
discrètement du Monero, du Zcash ou du Dash.

Le minage est-il profitable ?


De plus en plus de personnes et d’entreprises se mettent au minage, si bien
qu’il est de moins en moins rentable. Vous devrez investir au départ plus de
mille euros dans du bon matériel et vos factures d’électricité vont exploser.
Vous devrez constamment vous fournir en nouveaux matériels. Et vous serez
soumis aux fluctuations des monnaies que vous minez et de la concurrence
des nouveaux mineurs qui arrivent sur le marché et veulent bien sûr eux aussi
leur part du gâteau. En investissant dans le minage, vous espérez que cela
vous rapporte quelque chose tous les mois, sans que vous n’investissiez trop
de temps ou d’argent, comme une rente. Mais la réalité est toute autre, et les
seules choses qui sont sûres, c’est l’investissement conséquent que vous
devrez mettre sur la table et la course féroce à la puissance qui se joue dans
ce domaine. C’est pour cela que des PIHR qui vous promettent 10 ou même
5 % de retour par jour (!) par du minage ne peuvent pas tenir leur engagement
et partiront tôt ou tard avec votre investissement. Les meilleures « fermes »
(mining farms), qui sont de grandes entreprises et investissent constamment
des sommes conséquentes, peuvent espérer des retours sur investissement de
15 à 20 % par an, ce qui est déjà appétissant pour un investisseur. Elles
s’installent généralement dans des contrées froides comme l’Islande, le
Canada ou le Nord de la Chine pour réduire leurs dépenses d’électricité. Tant
qu’il y aura l’algorithme Proof of Work et donc du minage, cette tendance
perdurera et s’aggravera.
Donc non, le minage des grandes monnaies n’est pas profitable et n’est
même plus à la portée du commun des mortels. Je vous encourage malgré
tout à vous intéresser au minage, si vous aimez l’informatique et avez du
temps et des moyens à y consacrer, car vous pouvez espérer réaliser un (petit)
profit en minant des monnaies moins connues et que si les blockchains
publiques ou privées (être désigné mineur d’une blockchain privée pourrait
être alors un privilège) se généralisent, le besoin de mineurs augmentera et le
minage sera une opportunité relativement accessible d’avoir un revenu.
Résumé

• Il existe trois types de minage : le CPU minage, quasiment disparu car


trop peu performant, le GPU minage, encore très répandu pour les
altcoins, et le ASIC minage, dédié au bitcoin et à l’ether.
• Pour savoir quelles monnaies sont minables, regardez sur Coin market
cap celles qui n’ont pas d’astérisque dans la colonne « Circulating
supply ».
• Le minage est une activité propre à l’algorithme de consensus Proof of
Work et est donc concurrencé par d’autres méthodes d’obtention du
consensus comme le minting (PoS) ou le Tangle d’IOTA.
• Le minage est assez peu, voire pas, rentable et gourmand en
investissement et en énergie, et vous pouvez vous y mettre dès
maintenant pour être prêt quand les blockchains se seront généralisées.

S’informer
Si vous décidez d’investir dans les cryptomonnaies, il est impératif que vous
vous informiez sur ce qui se passe sur ce marché, car il est très volatile et
particulier. Ce ne sont pas les possibilités qui manquent. Vous pouvez vous
informer via divers sites sur les cours et sur l’actualité, qui est riche, et vous
pouvez joindre des groupes de discussions, ou encore des clubs
d’investisseurs qui ont développé un trading bot ou investissent ensemble sur
plusieurs exchanges. Quand les grands médias en parlent, dans ce marché
plus que tout autre, il est trop tard pour investir (ou vendre). Quoi que vous
fassiez, téléchargez Telegram.
Pour vous informer sur les cours, vous pouvez simplement aller sur votre
exchange, ou sur l’incontournable Coin market cap
(https://coinmarketcap.com/) ou sur un site « classique » qui permet de
consulter le cours d’actions, ETF, devises, etc., comme Teletrader
(www.teletrader.com).
Pour vous informer sur les actualités et bruits de couloir, vous avez
plusieurs possibilités :
– Rejoindre un groupe de discussion sur Telegram, Whatsapp, Reddit,
Discord ou Facebook. Il y a aussi des groupes d’envois de signaux (d’achat
ou de vente) sur Telegram, ce qui est très pratique. Pour rejoindre un
groupe d’investisseurs, c’est a priori sur Telegram que ça se passe, mais il
faut montrer patte blanche et être invité.
– Vous abonner à une chaîne YouTube, par exemple en français
« Hasheur »1 ou « Le journal du coin »2. En anglais : « Crypto investor »3
ou « The right trader »4. En allemand : Dr. Julian Hosp5. Il réalise
également des vidéos en anglais.
– Consulter blogs et sites consacrés au sujet.

Source : Telegram
L’application Telegram est rapidement devenue un acteur majeur de la
scène des cryptomonnaies, car elle permet de participer à des groupes de
discussions gratuitement et anonymement. Elle offre par ailleurs de
nombreuses autres fonctions qui permettent même de faire du trading sans
quitter l’application. Il paraît qu’elle pense à lancer sa propre
cryptomonnaie…
À noter que vous verrez souvent Leonardo di Caprio sous toutes ses
coutures dans les groupes de discussion Telegram et Whatsapp pour son rôle
de golden boy sans scrupule, rebelle et subversif dans Le Loup de Wall street.
Il devient peu à peu malgré lui une icône, un symbole de réussite dans le
monde des cryptomonnaies.
Résumé

• Le marché des cryptomonnaies étant en mouvement constant, il est


impératif de vous informer régulièrement.
• Coin market cap est incontournable pour suivre le cours des monnaies et
obtenir d’autres informations fondamentales sur celles-ci.
• Telegram est elle aussi incontournable car elle est très efficace, gratuite
et anonyme.
• Participez à des groupes de discussion sur Telegram, Whatsapp, Reddit,
Discord ou Facebook, voire à un groupe d’investisseurs sur Telegram.

Les menaces qui pèsent sur les cryptomonnaies


Le développement fulgurant des cryptomonnaies en 2017 a pris tout le monde
de court, et constitue à mon sens le phénomène financier majeur de cette
année-là, même si le marché ne représentait « que » 270 milliards de dollars
de capitalisation boursière et 16,5 milliards de dollars de volume d’échanges
au 12 avril 2018, contre plus de 5 300 milliards de dollars de volume
d’échanges quotidien moyen pour le marché des changes (Forex) à lui seul,
soit plus de trois cents fois plus. Plusieurs menaces pèsent sur ce marché,
outre la régulation et la volatibilité évoquée plus haut.

La faible utilisation dans le monde réel


On reproche parfois aux cryptomonnaies de n’avoir pas, ou trop peu,
d’applications dans le monde réel, même le bitcoin. Un indicateur permet
d’appuyer cette constatation : le nombre de transactions journalières. Cette
courbe montre le nombre de transactions quotidiennes effectuées en bitcoin
sur un an :
Source : blockchain.info
On voit sur cette courbe que moins de transactions sont effectuées
aujourd’hui avec le bitcoin qu’il y a un an (environ 200 000/jour,
essentiellement dans le cadre d’une activité de spéculation).
Mais pourquoi voudrait-on utiliser aujourd’hui même le bitcoin dans le
monde réel ? Son cours varie constamment et elle n’est légale dans aucun
pays, donc les commerçants n’ont pas vraiment de raisons d’accepter le
bitcoin, même si beaucoup le font déjà au Japon et en Corée du Sud. Quant
aux consommateurs, pourquoi se sépareraient-ils de leurs bitcoins s’ils
pensent que leur cours va augmenter dans les mois qui viennent ? Il est peu
probable que les cryptomonnaies se fassent une place dans le monde réel sans
cadre légal ni relative stabilité des cours, surtout dans notre Europe
conservatrice.

Le manque de sécurité pour les utilisateurs


Le manque de sécurité est une des menaces majeures des cryptomonnaies qui
concerne surtout les investisseurs individuels et qui est étroitement liée
à l’absence de vraie régulation et de centralisation du marché. Je veux parler
avant tout de la sécurité liée à la gestion de votre private key et de celle de
vos investissements. Le système de création de comptes (private keys) est fait
de telle manière que rien ni personne ne peut vous rendre vos coins si vous
perdez la private key qui y est associée, et qu’une autre personne peut vous
voler vos coins si elle met la main sur celle-ci ou a accès à votre wallet
à votre place, en vous volant vos codes d’accès. Le cas d’un investisseur
particulier autrichien, qui a perdu autour de 100 000 $ fin 2017 car il a utilisé
un wifi public pour accéder à son wallet et s’est fait ainsi pirater ses codes
d’accès, est assez éloquent.
D’autre part, l’absence de régulation globale permet à toutes sortes d’offres
d’investissement très suspicieuses de voir le jour comme nous l’avons vu
dans le chapitre sur les nouvelles pyramides de Ponzi (voir chapitre 4). Même
si les PIHR et certaines ICO sont des arnaques, elles parviennent à attirer
quelques investisseurs, qui y laissent tout ou partie de leurs économies.

La mauvaise réputation
Les cryptomonnaies, surtout tant qu’elles ne seront pas régulées, font peser
une menace de taille sur les investisseurs particuliers, car la majorité des
PIHR et beaucoup d’ICO sont des arnaques. Cela contribue à la réputation de
monnaie des vendeurs d’armes et de drogue qui leur colle à la peau, comme
ce fut le cas pour Internet dans la première moitié des années 1990.
Il est en outre tellement facile de créer une cryptomonnaie qu’on en arrive
à des cas de figure que l’on peut trouver au mieux cocasses, sinon absurdes,
et qui contribuent à décrédibiliser les cryptomonnaies. Voici trois exemples :
– Fin 2013, un jeune Australien, Jackson Parker, décide qu’il veut lui aussi
participer à ce nouveau marché des cryptomonnaies et décide de créer la
sienne pour rire. Il utilise le logo d’un chien qu’il a trouvé sur Internet et
nomme son coin (logiquement) Dogecoin. Mais tout le monde l’a pris au
sérieux, et le cours de son coin, dont le projet est d’être la monnaie des
achats sur Internet, a explosé en décembre 2017, dépassant le milliard de
dollars de capitalisation boursière et se plaçant parmi les 50 premiers coins
du marché.
– Il y a aussi le Fuck Token, qui annonce la couleur par son nom même.
– Fin novembre 2017, le dimoncoin apparaît. Le projet du dimoncoin est
« FUD Decentralized » : le dimoncoin est lui-même FUD, donc il n’a rien
à craindre de FUD (fear, uncertainty and doubt), qui est une des causes
majeures de décrochage des cours.
Voici sa page d’accueil et sa « team » ; c’est assez parlant (et même drôle,
non ?).
L’achat à crédit
Cette menace concerne surtout les personnes habitant en Amérique du Nord
et en Asie. Il est relativement facile dans ces pays d’avoir un découvert
immense (plusieurs dizaines de milliers de dollars) via les cartes de crédit
sans que votre banque ne vous regarde de travers, et pas mal de particuliers se
sont servis de cette possibilité pour investir dans les cryptomonnaies des
sommes qu’ils ne pourraient pas rembourser s’ils venaient à les perdre.
Quand le marché montait en flèche comme fin 2017, tout allait bien, mais
2018 commence bien différemment, et il est à craindre que des particuliers
aient de sérieux problèmes financiers qui pourraient conduire à des
problèmes de logement par exemple, car ils auront perdu beaucoup d’argent.

La complexité
Il faut bien avouer que ce n’est pas simple d’investir dans des
cryptomonnaies, surtout via une ICO. Que vous vouliez transférer 10 ou
10 millions d’euros, la procédure est la même, et il faut avoir le cœur bien
accroché (du moins dans le deuxième cas) car tout est très virtuel et sans filet
de sécurité. Je n’ai jamais eu de problème lors de mon expérience car j’ai pris
beaucoup de précautions à chaque transfert de cryptomonnaies. Mais le
commun des mortels acceptera-t-il cette complexité et ce manque de
sécurité ? J’en doute. Les cryptomonnaies doivent être plus « user friendly »
si elles veulent avoir une chance de s’imposer comme moyen de paiement
auprès du grand public et des régulateurs.

Le Tether
Le Tether est toujours dans les vingt premières capitalisations des
cryptomonnaies comme nous l’avons vu en début d’ouvrage dans la partie sur
les stablecoins : c’est donc un poids lourd du marché. Il constitue la valeur
refuge, le havre de stabilité, le token que les investisseurs achètent quand le
marché baisse car sa valeur ne bouge pas. Pour que cela soit possible,
Bitfinex émet et vend des tokens lorsque beaucoup en achètent pour ne pas
que le cours explose, et en rachète lorsque beaucoup en vendent pour que son
cours soit toujours le plus proche possible de 1 USD.
La société est censée détenir 1 USD pour chaque Tether qu’elle a émis, ce
qu’elle n’a pas prouvé et dont certains aujourd’hui doutent, à tel point que
début 2018, au lieu de se replier sur le Tether en période de baisse, beaucoup
d’investisseurs sont retournés dans le monde des monnaies fiduciaires, faisant
chuter brusquement le marché. Le Tether a un rôle très important pour le
marché des cryptomonnaies, car il permet aux investisseurs d’y rester même
quand il baisse et qu’il est sa seule valeur théoriquement stable. Mais si des
doutes persistent autour de sa société émettrice, alors le marché n’a plus de
filet de sécurité et on ne sait pas jusqu’où il pourrait baisser en cas de
mauvaises nouvelles.
Le Tether est largement utilisé pour acheter des cryptomonnaies,
notamment bitcoin et ether. Autour de 30 % des ETH sont en effet achetés en
USDT (normal : dans Tether il y a ether). Si le Tether venait à s’effondrer car
on s’apercevrait que Bitfinex ne détient pas les milliards de dollars
correspondant au nombre de Tethers en circulation, il emporterait tout le
marché avec lui en l’espace de quelques heures. D’autres stablecoins sont
cependant en train de voir le jour et Tether ne sera bientôt plus la seule valeur
refuge du marché des cryptomonnaies.

La volatilité
La volatilité est un désavantage majeur des cryptomonnaies et représentera
une menace tant que le marché n’aura pas déterminé la « juste » valeur des
cryptomonnaies une par une. Que vaut un bitcoin ? Que vaut un ether ? Que
vaut un dash ? Le marché n’a toujours pas la réponse à ces questions, et cela
empêche les cryptomonnaies d’être de bonnes unités de compte et réserves de
valeur et de pouvoir de ce fait remplacer les monnaies fiduciaires, quand bien
même elles auraient l’aval des États. La valeur des cryptomonnaies est
d’autant plus difficile à déterminer que ce sont elles-mêmes des monnaies qui
pourraient remplacer celles dans lesquelles elles sont cotées (USD, EUR,
JPY, etc.) et qu’il y en a énormément.
Les stablecoins sont-ils la solution à ce problème ? Peut-être. Ils pourraient
permettre aux États d’émettre eux-mêmes des cryptomonnaies pour les
distribuer sous forme de revenu de base ou revenu universel, et de revoir
complètement leur fiscalité pour généraliser le prélèvement à la source et
tenir compte des nouveaux usages de la monnaie. Et les entreprises
pourraient utiliser leurs monnaies comme nouveaux moyens de fidélisation
de leurs clients et salariés et d’acquisition de nouveaux clients. Mais on n’en
est pas encore là.

L’avènement des machines


L’essor des cryptomonnaies va de pair avec la montée en puissance de
l’intelligence artificielle et des machines, qui vont remplacer progressivement
les postes peu qualifiés et rendre caduques certaines tâches, libérant ainsi du
temps pour des millions de personnes et les privant éventuellement de leur
emploi et leur revenu. Très bientôt, des machines nous livreront, conduiront
les véhicules, y compris des taxis, poids lourds et avions, remplaceront les
vendeurs, etc. Elles échangeront aussi des cryptomonnaies entre elles sans
intervention humaine.
Le développement des blockchains et des contrats intelligents va permettre
d’automatiser de plus en plus de tâches de surveillance, de gestion de droits
et propriété, de processus financiers, etc.

Les arnaques
Entre les PIHR, certaines ICO et l’absence de vrai projet derrière certaines
cryptomonnaies, le moins que l’on puisse dire est que vous faites prendre un
sacré risque à votre argent lorsque vous l’investissez dans ce marché. Pour
certains, les cryptomonnaies sont même l’arnaque du siècle, et la volatilité du
cours même des monnaies les plus établies est assez spectaculaire.
Le fait qu’il soit si facile de créer une nouvelle monnaie et de lancer
une ICO ou une « plateforme d’investissement » pour récolter quelques
milliers d’ETH pose en effet problème. L’investissement en temps et énergie
et le risque pris sont suffisamment faibles pour que cela vaille la peine, même
si quelques milliers de néophytes ou de rêveurs tombent dans le panneau pour
amasser pas mal d’argent, comme on l’a vu dans le chapitre sur les PIHR.
Tout cela n’aide pas à faire des cryptomonnaies une classe d’actif fiable et
mature. Le bénéfice de quelques voyous nuit au marché dans son ensemble,
et vu que celui-ci n’a pas d’organe représentatif et que la régulation globale
tarde à venir, cette situation pourrait perdurer encore quelque temps.

La menace pour l’environnement


La consommation phénoménale d’énergie requise pour faire tourner les
ordinateurs qui minent le bitcoin et d’autres représente un vrai problème qui
prend des proportions inquiétantes à mesure que les mining pools investissent
à coups de millions dans du matériel informatique et dans des fermes dans
des régions froides. Tout ça pour quoi ? Pour faire tourner une fonction de
hachage des milliards de milliards de fois par seconde pour obtenir une
empreinte qui commence par le bon nombre de zéros.
Il est important de comprendre que seules les monnaies fonctionnant sous
l’algorithme Proof of Work comme le bitcoin sont concernées par ce
problème. Les autres algorithmes de consensus comme PoS ou Tangle
n’occasionnent pratiquement pas de dépense d’énergie.
1. https://www.youtube.com/channel/UChlTcWDE8gd4tsl_L727NrQ
2. https://www.youtube.com/channel/UC7qnB0XxzOEwWWn9Q6HPmCw
3. https://www.youtube.com/channel/UCTKyJALgd09WxZBuWVbZzXQ
4. https://www.youtube.com/channel/UCkpMhY4N4ZjpqKMIjzLplKw
5. https://www.youtube.com/channel/UCseNUrq7mUUWqTspr4QJ9eg
6
Propositions de stratégies
d’investissement
Entrons à présent dans le vif du sujet. Vous avez accumulé assez de
connaissances et êtes prêt à investir. Gardez à l’esprit que le marché des
cryptomonnaies est risqué si vous investissez dans une ICO, de petits
exchanges ou actifs. Si vous restez sur les grandes monnaies et les grands
exchanges, vous serez tout de même soumis à la grande volatilité du marché,
si bien que vous ne devriez investir que de l’argent que vous pourriez vous
permettre de perdre.

Le trading de cryptomonnaies
Voici la marche à suivre si vous souhaitez investir dans les cryptomonnaies
en faisant du trading vous-même, c’est-à-dire en achetant et vendant des
cryptomonnaies sur des exchanges à plus ou moins long terme.
– Définissez votre stratégie : le terme, le wallet, le montant, le type de
monnaies et les limites de gain et de perte.
– Entrez sur le marché : inscrivez-vous sur les plateformes sur lesquelles
sont cotées les monnaies que vous avez choisies, idéalement 4 à 8
plateformes. Cela prend plus de temps qu’on ne le pense, car elles vous
soumettent à un processus de vérification (appelé parfois KYC, know your
customer) qui peut être long et fastidieux, mais une fois que vous êtes
dedans, vous y restez et pouvez augmenter progressivement vos plafonds de
retrait et de trading.
– Alimentez votre compte primaire : envoyez des euros (ou une autre
monnaie fiduciaire) vers une plateforme et changez ces euros en ethers et
dans les monnaies qui vous intéressent.
– Investissez dans des cryptomonnaies à partir de votre compte
primaire : envoyez des ethers de la plateforme où vous les avez achetées
vers les autres plateformes où vous vous êtes inscrit et achetez avec ces
ethers les autres monnaies qui vous intéressent.
– Revoyez régulièrement vos positions en fonction de la stratégie que vous
avez déterminée.

Définissez votre stratégie


Les caractéristiques à déterminer pour définir votre stratégie sont :
– le terme : souhaitez-vous faire du day trading, c’est-à-dire de la
spéculation au jour le jour, du trading moyen terme, où vous revoyez vos
positions entre une fois par semaine et une fois toutes les trois semaines, ou
du placement à long terme, où vous achetez régulièrement des monnaies et
constituez une épargne sans chercher à profiter des variations à court
terme ?
– le wallet : quel(s) type(s) de wallet utilisez-vous ? Paper, hardware,
desktop ou exchange ?
– le montant investi : quel pourcentage de votre épargne ou de votre revenu
disponible êtes-vous prêt à investir ?
– le type de monnaies : investissez-vous dans les grandes monnaies sûres ou
misez-vous sur des satcoins ? Avez-vous consulté une analyse
fondamentale (et technique, si vous faites du day trading) des monnaies
dans lesquelles vous souhaitez investir ?
– l’objectif de gain/la limite de perte : à partir de quel gain ou quelle perte
souhaitez-vous vendre vos coins ?
Voici mes recommandations en terme de stratégie.

Terme
Je vous recommande un mélange de long et moyen terme, c’est-à-dire une
épargne en cryptomonnaies évolutive. Vous achetez régulièrement des
cryptomonnaies, ne les vendez jamais contre de la monnaie fiduciaire (sauf si
vous avez besoin d’argent !), mais contre des bitcoins ou autres
cryptomonnaies, et faites évoluer votre portefeuille régulièrement en fonction
du marché. Vous restez à l’affût de ce qui se passe sur le marché, ne cherchez
pas à l’anticiper et ne changez pas vos positions plus d’une fois par semaine.
Je vous déconseille le day trading, qui est très chronophage et réservé aux
professionnels.

Wallet
Là aussi, utilisez plusieurs méthodes. Utilisez un hardware wallet pour les
monnaies que vous souhaitez garder à long terme et notez éventuellement
votre private key sur du papier que vous mettrez en lieu sûr ou confierez
à une personne très sûre. N’hésitez pas à utiliser les desktop wallets des coins
PoS pour gagner un peu d’argent, et laissez toujours quelques coins sur les
exchanges pour pouvoir réagir vite.

Montant
N’investissez que de l’argent que vous pouvez vous permettre de perdre et
n’allez pas au-delà de 20 % de votre épargne, car le marché peut se retourner
brutalement, et les premiers lésés sont généralement les investisseurs
particuliers qui ne sont pas informés et ne peuvent pas réagir aussi vite et
bien que les professionnels.

Type de monnaies
Diversifiez vos placements. Déterminez selon votre budget 2 à 20 coins dans
lesquelles investir en mélangeant les grands coins et les satcoins. Faites votre
recherche, prenez des décisions et allez-y. Une fois que vous avez décidé
dans quels coins investir et que vous vous êtes inscrit sur les plateformes
correspondantes, le reste est facile.

Limites de gain et de perte


Poussez-les assez loin, car le marché est très volatil. Par exemple –60 %
+300 %. Ce n’est pas parce qu’une monnaie perd 50 % en 24 heures qu’elle
est vouée à disparaître ; ce n’est pas parce qu’elle a pris 50 % en 24 heures
qu’elle s’arrêtera de le faire. Le marché des cryptomonnaies c’est vraiment
les montagnes russes ; tenez-le vous pour dit et accrochez-vous.
Quand vous faites du trading, faites votre travail de recherche, soyez patient
et pas trop cupide : réaliser 10 % quand le marché fait 40 c’est déjà très bien.
Vous n’avez pas de boule de crystal et vous faites de votre mieux. Si le projet
derrière une monnaie vous intéresse et que vous y croyez, investissez dedans
et gardez-la, même si elle vient de prendre ou perdre 40 %. Quand vous
vendez, essayez de garder une petite partie (5-10 %) de la monnaie en
question au cas où ; on ne sait jamais comment sera le marché dans un mois
et vous pourriez avoir de bonnes surprises, si bien que vous finirez par avoir
un peu de chaque monnaie et un montant plus conséquent des coins dans
lesquels vous souhaitez vraiment investir. Essayez le plus possible de passer
des ordres limit, pas market, car ces derniers peuvent vous rapporter bien
moins ou vous coûter bien plus que ce que vous pensez.

Entrez sur le marché


Une fois votre stratégie déterminée, il faut entrer sur le marché, et ce n’est
pas aussi facile que cela en a l’air, pour deux raisons : vous devrez trouver
une plateforme qui veut bien de vos euros ou CAD, et vous devrez vous
soumettre à leur long et fastidieux processus d’inscription (KYC). Mais
faites-le. Et pas que sur une seule plateforme. Une fois que c’est fait, vous
pouvez utiliser la plateforme pour investir.
Il vous faut donc un point d’entrée (entry point) pour débuter votre
exploration du marché des cryptomonnaies. Quand vous partez avec des
euros ou des CAD, vous n’avez pas l’embarras du choix. Beaucoup
commencent par Coinbase, car on peut alimenter son compte par carte de
crédit (très important en Amérique du Nord et en Asie et facteur clé de succès
pour Coinbase), que l’interface est agréable à regarder et utiliser, et qu’ils
font de la publicité pour attirer de nouveaux clients. Mais je déconseille
Coinbase, car ils prennent des frais bien trop élevés (au-dessus de 1 %) et que
seules cinq monnaies y sont cotées (BTC, BCH, ETH, ETC et LTC). Si vous
voulez tout de même passer par Coinbase, commencez par Coinbase pro (ex
Gdax), la maison mère de Coinbase, qui prend aussi les euros, a une interface
bien plus riche, propose bien plus de coins et a des frais bien plus réduits.
Ma recommandation, quelle que soit votre stratégie, est de faire de Kraken
votre point d’entrée et le pivot de votre plateforme de trading. Kraken est le
premier exchange en euros et CAD, il cote une trentaine de monnaies, dont
les plus grandes, son interface n’est pas attirante mais sobre, claire et
fonctionnelle, et ses frais sont réduits. Depuis Kraken, comme depuis
n’importe quelle plateforme, vous pouvez envoyer les bitcoins achetées avec
des euros ou des CAD vers d’autres plateformes. Les autres exchanges qui
prennent l’euro sont Bitfinex, Bitstamp, Bitinka, Bitonic, Coinsbank,
GetBTC, BL3P et Exmo. Ces noms ne vous disent rien ? Normal. It’s a brave
new world. Mais vous pouvez faire confiance aux exchanges ; ils n’ont aucun
intérêt à s’évanouir dans la nature.

Alimentez votre compte


Si vous passez par Coinbase, vous pourrez facilement alimenter votre compte
par carte de crédit. Si vous choisissez de le faire via SEPA, que ce soit chez
Kraken, Coinbase ou Coinbase pro, suivez à la lettre les instructions (le
numéro de compte où envoyez vos fonds et le texte accompagnant votre
virement), sans quoi, au mieux vous devrez vous battre avec le service client
pour que votre virement soit bien enregistré, au pire il ne le sera pas et vous
aurez perdu votre argent.
Une fois que l’argent est arrivé sur votre wallet exchange, ce qui prend
généralement quelques minutes par carte de crédit et un jour ouvré par SEPA,
vous recevez un e-mail de l’exchange où est arrivé l’argent, vous le voyez
dans votre wallet et vous pouvez acheter avec des cryptomonnaies. Pour ce
faire, vous devrez passer un ordre d’achat.
Voici l’interface simple de Kraken pour passer des ordres d’achat et de
vente.
Source : kraken.com
Quand on souhaite acheter un produit, on ne veut pas attendre, mais pour
les cryptomonnaies, comme les actions d’ailleurs, je vous conseille de passer
un ordre avec cours limite (limit order). Pourquoi ? Car si vous passez un
ordre market (au marché), l’exchange prendra tous les ordres limite de vente
ou d’achat suivant ce que vous souhaitez faire, et les exécutera jusqu’à
atteindre la quantité de coins que vous souhaitez acheter ou vendre. Prenons
un exemple. Vous souhaitez acheter 1 000 Ripple et le cours actuel du Ripple
est à 1 euro. Cela veut dire que la dernière transaction s’est faite à ce cours,
mais vous ne savez pas si elle a porté sur 300 ou 10 000 Ripple.
L’information est en principe disponible sur l’exchange où elle s’est faite. Si
vous souhaitez acheter 1 000 Ripple avec un ordre market et qu’il y a des
vendeurs qui en vendent 100 à 1 euro, vous allez les acquérir immédiatement.
Il vous restera donc 900 Ripple à acquérir. Comme vous avez passé un ordre
market, l’exchange va exécuter les ordres de vente jusqu’à obtenir les 1 000
Ripple que vous souhaitez acheter. Il n’y a plus de Ripple à vendre à 1 euro,
mais il y en a 300 à 1,05 €, 300 à 1,07 € et 300 à 1,09 €. L’exchange va tous
les acheter et ainsi vous donner satisfaction, car vous aurez vos 1 000 Ripple.
Mais vous ne les aurez pas eus à 1 euro pièce comme vous vous y attendiez
peut-être. Vous aurez dépensé en tout, hors commission de l’exchange, 100
× 1 + 300 × 1,05 + 300 × 1,07 + 300 × 1,09 = 1 063 €, soit 6,3 % de plus que
ce que vous souhaitiez dépenser.
Si vous passez un ordre limite, c’est-à-dire un ordre disant « je suis prêt
à acheter tant de coins à ce prix et pas plus » ou « je suis prêt à vendre tant de
coins à ce prix et pas moins », vous n’obtiendrez pas immédiatement
satisfaction, mais ce n’est pas grave : à moins que le marché soit très haussier
ou baissier, vos rêves se réaliseront en quelques heures et vous aurez dépensé
ce que vous vouliez vraiment dépenser ou obtenu ce que vous vouliez
vraiment obtenir. Vous pouvez passer des ordres plus complexes que
« limit » ou « market », mais tel n’est pas l’objet de ce livre. Une fois que
vous avez acheté les monnaies qui vous intéressent sur votre point d’entrée, il
est temps d’utiliser votre compte primaire (celui de votre point d’entrée) pour
alimenter les exchanges où se trouvent les autres monnaies dans lesquelles
vous souhaitez investir.
Voici l’interface du wallet de Kraken permettant d’envoyer et de recevoir
des coins.

Source : kraken.com

Investissez dans des cryptomonnaies à partir


de votre compte primaire
Pour les monnaies plus petites, beaucoup de plateformes sont
à recommander : Poloniex, Bittrex, Yobit, HitBTC, Cryptopia, Binance,
Cobinhood, Tidex, Idex, etc. Regardez sur Coin market cap les plateformes
qui sont pertinentes suivant votre choix de coins, et n’hésitez pas à ouvrir des
comptes sur toutes les plateformes citées ici, même si c’est fastidieux. Pour
transférer des bitcoins ou ethers vers ces autres plateformes, il faut
commencer par générer des public addresses sur les exchanges où vous
souhaitez transférer des coins, puis utiliser l’exchange wallet de votre point
d’entrée, Kraken dans mon exemple.

La chute de début 2018 fut quasiment aussi spectaculaire que l’explosion


des cours de la fin 2017.

Source : Coinbase, février 2018


En principe, une fois que vous avez fait partir un coin de votre compte
primaire, il met quelques minutes seulement à arriver sur le compte
destinataire. Prenons Binance comme exemple. Binance ne prend que les
cryptomonnaies, donc elle ne peut pas être un point d’entrée. Mais le fait
qu’elle cote plus de deux cents monnaies, qu’elle soit simple et agréable
d’utilisation, que son grand nombre d’utilisateurs rende ses marchés très
liquides et que ses commissions soient très réduites, en ont fait en quelques
mois un exchange majeur. Une fois donc que vos BTC ou ETH sont arrivées
sur Binance, vous pouvez y faire vos emplettes de TRX, ADA et autres NEO.
Habituez-vous à envoyer des coins d’une plateforme à l’autre pour être
réactif au bon moment. Enregistrez et nommez bien vos public addresses
dans chaque exchange. Vous ne prenez aucun risque à le faire ; on ne peut
que vous virer de l’argent avec une public address. Vous prenez en revanche
un risque dès que vous envoyez des coins sur une public address, car vous
pourriez les perdre si vous avez mal noté celle-ci.
Voici l’exchange wallet de Kraken.
Source : kraken.com

Quelques recommandations suivant votre budget


Quelques règles élémentaires sont à respecter si vous souhaitez investir
à moyen ou long terme dans les cryptomonnaies :
– ne soyez pas affolé par les mouvements du marché, quelle que soit leur
nature, et ne soyez pas rivé sur votre smartphone pour suivre les cours
toutes les dix minutes. Les exchanges et coins ne disparaissent pas sans
avertissement, mais le cours de ces derniers peut effectivement connaître de
sérieuses variations. Le cours des cryptomonnaies est un peu comme une
grande toile. Apprenez à prendre du recul pour les apprécier pleinement ;
– que vous investissiez 100 ou 100 000 €, diversifiez vos placements en
investissant dans plusieurs coins. Même si le marché a tendance à suivre le
bitcoin, cela pourrait changer, et vous aurez de bonnes ou mauvaises
surprises en regardant l’évolution de certains de vos placements. À long
terme, si vous tenez bon et croyez dans les cryptomonnaies, vous serez
récompensé ;
– si vous investissez moins de quelques milliers d’euros, restez sur votre
point d’entrée, Kraken par exemple. La gamme de cryptomonnaies
proposées est assez large pour que vous puissiez déjà diversifier
suffisamment vos placements, à moins que vous souhaitiez investir dans un
coin qu’on ne trouve que sur Tidex ou Poloniex par exemple ;
– ne vous embêtez pas à faire comme les professionnels qui passent par la
case Tether dès que le marché chute si vous investissez via des exchanges
qui acceptent les monnaies f iat. Contentez-vous de convertir vos
cryptomonnaies en euros ou même USD en cas de baisse des marchés et
laissez-les sur votre exchange favori pour ensuite racheter les mêmes
monnaies lorsque leur cours aura baissé ;
– ne laissez pas vos cryptomonnaies sur les échanges à long terme :
transférez-les sur un desktop ou, mieux, un hardware wallet pour gagner en
sécurité.
Voici enfin des recommandations purement indicatives en fonction de votre
budget :
– Si vous avez 200 €, vous pouvez faire de Kraken votre point d’entrée,
choisir deux coins, si possible un coin pur et un autre comme l’ether, et
investir 100 € dans chacun. Ne faites ensuite rien pendant des semaines,
voire des mois. Si vous avez à nouveau 200 €, vous pouvez faire de même.
Vous vous constituerez ainsi une épargne petit à petit.
– Si vous avez 2 000 €, vous pouvez faire de même en choisissant 5 à 10
coins, en alternant coins purs et autres, et en investissant 200 € à 400 € dans
chacun. Regardez l’évolution de votre portefeuille chaque semaine et
ajustez vos positions en fonction de l’évolution du marché. N’essayez pas
de précéder le marché, adaptez-vous à lui.
– Si vous avez 20 000€, vous pouvez vous inscrire sur votre point d’entrée et
y investir 30 à 40 % de ce que vous possédez dans 5 à 10 coins en alternant
coins purs et autres. Vous pouvez acheter des ethers avec l’argent restant
comme monnaie de transfert pour abonder quatre à six autres exchanges
depuis lesquels vous pourrez investir dans une douzaine d’autres coins que
vous ne trouvez pas sur votre point d’entrée. Regardez l’évolution de votre
portefeuille chaque semaine et ajustez vos positions en fonction de
l’évolution du marché.

Stratégies d’investissement risquées


Investir dans les satcoins
Des sites tels Trade satoshi, Idex, Tidex, Cryptopia ou Yobit, se sont
spécialisés sur les coins qui ne valent pas grand-chose et qui ont donc des
potentiels de hausse élevés. Quand on sait qu’un satoshi vaut un cent
millionième de bitcoin, soit moins d’un millième d’euro, et que certains coins
débutent leur vie sur les marchés à quelques dizaines de satoshis on peut être
tenté d’en acheter, car leur cours ne peut a priori que monter car il part de
très bas. Pourquoi ne pas essayer de placer une petite partie de votre
investissement dans ces coins ? Là comme ailleurs, faites votre recherche
avant de vous lancer. Condition sine qua non : n’investissez que dans des
coins listés sur Coin market cap, ayant été ou étant rattachés, à une vraie
blockchain, ayant un site, une communauté, etc., pas des pseudo-coins créés
par la plateforme à partir de rien. Yobit est un spécialiste des pseudo-coins,
qui ne valent rien en dehors de cet exchange. Bien sûr les satcoins sur
lesquels vous avez parié peuvent végéter pendant des mois à 1 ou 2 satoshis,
voire disparaître, pendant que d’autres s’envolent : c’est le risque que vous
prenez. Mais il est assez difficile d’entrer sur les exchanges, donc si un coin
qui n’a pas été créé par l’exchange lui-même est coté, il doit avoir quelque
chose de tangible à proposer.
Source : Yobit (au bon vieux temps)

Investir dans les nouvelles-nées


Sur Coin market cap, vous pouvez aller dans « Trending » et « Recently
added »1 pour voir les coins qui viennent de voir le jour suite à une ICO ou
l’introduction sur un exchange. Ces coins valent généralement quelques
centimes et peuvent avoir un grand potentiel qui ne se reflète pas encore dans
leur cours. Pour pouvoir appliquer cette stratégie, il faut là encore que vous
soyez déjà inscrit sur les plateformes qui listent beaucoup de altcoins comme
Poloniex, Bittrex, Yobit, HitBTC, Cryptopia, Binance, Cobinhood, Tidex,
Idex, etc. Parfois, vous pouvez acheter la monnaie directement sur le site de
celle-ci.
Investir dans les biggest losers
Toujours sur Coin market cap, vous pouvez aller dans « Trending » et
« Gainers and losers »2 pour voir les coins qui ont le plus gagné et ceux qui
ont le plus perdu les dernières 24 heures. Vous pourriez prendre le risque
d’investir dans ceux qui ont le plus perdu (les biggest losers) en espérant
qu’ils remontent, mais vous prenez un risque assez grand, puisque leur forte
perte a peut-être une bonne raison d’avoir lieu et que rien ne vous garantit
qu’ils s’en remettront. Il faut être là aussi inscrit sur des exchanges de
altcoins pour pouvoir appliquer cette stratégie, car les grands coins ne se
retrouvent en principe pas dans ce classement.

Source : Coin market cap

Investir dans les ICO


Comme expliqué dans le chapitre correspondant, investir dans une ICO est
très risqué, d’une part car beaucoup sont purement et simplement des
arnaques faites pour vous délester de vos ethers, d’autre part car, même si ce
ne sont pas des arnaques, rien ne vous garantit que le nouveau coin va
« percer ». Tant qu’il n’y aura pas de cadre légal encadrant les ICO, et aussi
attirants soient leurs sites et leurs offres de bienvenue, mettre les doigts
dedans est très risqué et nécessite un important travail de recherche préalable.
Pour rappel, votre recherche doit porter sur le projet, l’équipe, notamment les
dirigeants, les clients, la notoriété et la communauté autour de l’entreprise qui
organise l’ICO. Lisez bien le whitepaper, scrutez les forums de discussion et
autres blogs, et prenez votre décision. Si ça marche, ça peut rapporter gros.

Investir dans des CFD


Un CFD est un instrument financier (un produit dérivé) qui vous permet de
parier sur la hausse ou la baisse du cours d’un actif financier avec un effet de
levier, c’est-à-dire en amplifiant votre position. En achetant un CFD, vous
n’achetez pas l’actif sous-jacent ; vous passez un contrat avec l’émetteur qui
vaut beaucoup si vous avez raison, pas grand-chose si le prix de l’actif varie
peu et vous coûte de l’argent si vous avez tort. Pour prendre un exemple, si
vous achetez un CFD à la hausse (long) avec effet de levier 20 sur le bitcoin
alors qu’il vaut 10 000 $ et qu’il atteint 12 000 $, et que vous le vendez,
l’émetteur du CFD doit vous payer 20 fois la différence, soit dans le cas
présent 40 000 $. Le vendeur doit vous racheter le contrat quand vous le
souhaitez.
Intéressant, non ? Sauf que :
– Il vous facturera des frais de garde non négligeables, généralement
quotidiens, qui vous décourageront de garder longtemps le CFD.
– Si le cours de l’actif va dans le mauvais sens, c’est vous qui devez de
l’argent au vendeur : vous pouvez donc perdre bien plus que votre mise
initiale.
– C’est le vendeur qui fixe le cours de l’actif, et ce n’est pas toujours très
transparent.
– Des frais de transaction relativement élevés sont souvent exigés par les
vendeurs de CFD.
Si le sujet vous intéresse, allez voir Avatrade ou Plus500.

Nota bene
Voici pour conclure quelques remarques sur ce chapitre dédié aux stratégies
possibles d’investissement dans les cryptomonnaies :
– Les informations contenues dans ce chapitre sont le fruit de mes propres
réflexions et expériences et n’engagent donc que moi.
– Le mining (minage) n’est peut-être pas un investissement très attrayant,
mais il a de l’avenir je pense, comme nous le verrons dans les deux
chapitres suivants.
– Je pense que le trading court terme doit être réservé aux professionnels,
c’est pour cela que je ne le recommande pas.

Résumé
• Pour commencer votre incursion dans le monde des cryptomonnaies
hors ICO, il vous faudra définir une stratégie en fonction de plusieurs
critères : le terme, le wallet, le montant investi, le type de monnaies et les
limites de gain et de perte.
• Vous devrez ensuite trouver un point d’entrée, c’est-à-dire un exchange
qui voudra bien de vos euros ou CAD et où vous pourrez les convertir en
bitcoin, ethers et autres grands coins de votre choix.
• Une fois que vous vous êtes inscrit sur d’autres exchanges n’acceptant
que des coins et en proposant un large choix comme Binance, Bittrex ou
Poloniex, et que vous aurez généré des public addresses, vous pourrez
y envoyer des BTC ou ETH à partir de votre compte primaire et les
convertir en coins sur ces plateformes 100 % cryptographiques.
• Vous pouvez prendre des risques plus élevés en investissant dans des
satcoins, des coins qui viennent de perdre beaucoup de valeur ou
des ICO.
1. https://coinmarketcap.com/new/
2. https://coinmarketcap.com/gainers-losers/
7
Les paiements de demain
Maintenant que vous vous êtes familiarisé avec le monde des cryptomonnaies
et avez les moyens d’y pénétrer, nous allons traiter de l’influence que
pourraient avoir les cryptomonnaies et la technologie de la blockchain sur les
paiements dans le monde réel.

Envoyer, recevoir et utiliser ses cryptomonnaies


Pour recevoir et envoyer des cryptomonnaies, il vous faut d’abord un wallet
et l’application qui va avec et que l’on appelle en anglais « wallet app ». Si
vous avez des cryptomonnaies, vous avez un wallet, généralement un
exchange wallet, et donc une wallet app. Tous les wallets proposent les
mêmes fonctions ; seul le design de l’application change.

Recevoir des cryptomonnaies


Pour recevoir des coins, il faut donner à la personne qui souhaite ou doit vous
les envoyer une public address que votre wallet app pourra générer. Votre
wallet app peut générer autant de public addresses que vous le souhaitez, et
les public addresses sont spécifiques aux coins qui sont destinés à être versés
dessus. Par exemple, les adresses bitcoin pré-Segwit commencent par un 1,
celles post-Segwit par un 3, les adresses dash commencent par un X, litecoin
par un L, ether et tokens ERC-20 par un 0, Reddcoin par un R, etc. Une fois
que vous avez généré une adresse pour la monnaie que vous voulez recevoir,
vous pouvez la communiquer sans crainte au monde entier : on ne peut rien
faire d’autre que verser de l’argent dessus. Envoyez-la à la personne qui doit
vous transmettre de l’argent et c’est à elle de jouer. Vous recevrez les fonds
en quelques secondes ou minutes.
Exemple du wallet de Yobit. Pour chaque monnaie, vous pouvez utiliser les
fonctions « deposit » (recevoir, les +) et withdrawal (retirer, les –).
Source : Yobit.net
En appuyant sur le + de la monnaie dans laquelle vous souhaitez recevoir
des fonds, le wallet va générer une public address que vous pourrez
transmettre à votre généreux donateur ou à un autre wallet que vous
contrôlez, sachant que vous aurez en général une petite commission à payer.

Source : Yobit.net
L’adresse qui apparaît (0xb0e1d25c7878e6f910262116f3ff359c7f3f1742)
est une public address du coin que vous souhaitez recevoir, ici HKN, et
correspond à votre wallet.

Envoyer des cryptomonnaies


Pour envoyer des coins, vous l’aurez compris, il vous faut la public address
du destinataire ou d’un autre wallet que vous contrôlez. Si on vous
communique une address, c’est que c’est une public address, pas une private
key. Personne ne vous communiquera sa private key, et la plupart des gens
n’y ont jamais affaire de toute manière. Une fois que vous avez la public
address du destinataire, allez dans l’application de votre wallet, et vous
y verrez un bouton – ou « withdrawal ». Cliquez dessus. L’application vous
invitera alors à entrer l’adresse de votre destinataire et éventuellement un
libellé, uniquement pour vous, pour que vous puissiez mémoriser cette
adresse et lui attribuer un nom comme vous le feriez dans l’interface
utilisateur de votre compte en banque en ligne. Comme vous ne pouvez pas
envoyer de message avec vos coins, votre destinataire, si c’est une entreprise,
a créé l’adresse à laquelle vous envoyez vos coins rien que pour vous, donc
elle sait que l’argent viendra de vous. En revanche, si vous vous trompez
d’un seul caractère, votre argent ira au mieux chez une autre personne, sinon
dans les oubliettes si l’adresse erronée à laquelle vous envoyez vos coins n’a
pas encore été attribuée.
Contrairement au système SEPA par exemple, vous pouvez envoyer votre
argent à toute adresse tant qu’elle respecte la taxinomie de public address de
la coin en question ; le système ne vérifie pas si l’adresse que vous spécifiez
a déjà été attribuée et si elle correspond bien à la personne à qui vous voulez
envoyer l’argent. Si elle ne correspond pas à l’adresse à laquelle vous vouliez
envoyer vos coins, tant pis pour vous ; votre destinataire ne recevra rien mais
votre compte sera bien débité. Si votre application prend des frais sur votre
virement, elle vous l’indiquera et vous devrez bien faire attention au montant
final, car c’est celui que recevra le destinataire. C’est vous qui payez les frais
de transaction et ils sont déduits du montant qui est débité de votre compte.
Une fois les fonds envoyés, les mineurs se chargent rapidement du reste, et le
destinataire reçoit les coins au bout de quelques secondes ou minutes si vous
n’avez pas fait d’erreur.
Exemple dans la wallet app de Yobit. Lorsque vous cliquez sur le bouton –
(withdrawal), une fenêtre apparaît vous invitant à entrer une adresse de
réception et la quantité de coins que vous souhaitez envoyer. Les deux autres
fenêtres indiquent la commission perçue par le wallet pour l’opération ainsi
que le montant final (montant initial – commission) :
Source : Yobit.net

Où et comment utiliser ses cryptomonnaies ?


Nous l’avons vu, il y a globalement deux types de cryptomonnaies : celles
qui ont pour but de remplacer la monnaie, comme le bitcoin, et qui forment
une minorité, et celles qui permettent d’utiliser le service proposé par
l’émetteur de la monnaie en question.

Les coins purs


Le bitcoin n’étant pas parfait, il laisse la place à beaucoup d’autres monnaies
qui se veulent être aussi du cash numérique et qui apportent des améliorations
au bitcoin : elles promettent plus d’anonymat, de rapidité ou de sécurité, elles
ont des coûts de transaction plus bas ou nuls, ou elles laissent les utilisateurs
décider de leur avenir. Tous les coins de cette famille cherchent à être
acceptés par des commerces du monde réel, online et offline.
Le bitcoin étant de loin la plus connue et la plus importante des
cryptomonnaies, c’est elle qui est logiquement acceptée par le plus de
commerces et d’ONG (pour faire un don), par exemple :
– le site canadien overstock.com ;
– Microsoft pour certains produits et services ;
– Wikipedia pour faire des dons ;
– KFC Canada ;
– Reddit ;
– Virgin galactic (vols aériens et spaciaux) ;
– Expedia ;
– Pizza for coins ;
– Lieferando (en Allemagne) ;
– et beaucoup d’autres magasins et sites pas très connus.
Vous pouvez aussi utiliser le bitcoin ou n’importe quelle autre
cryptomonnaie pour vous transférer de l’argent à vous-même ou à une
personne que vous connaissez, si tant est qu’elle ait un wallet, comme nous
l’avons vu dans la partie précédente.
Globalement, peu d’entreprises acceptent le bitcoin comme moyen de
paiement, et c’est la cryptomonnaie la plus acceptée. Si on regarde le Dash,
c’est encore moins spectaculaire.

Source : dash.org
Une fois que les monnaies auront atteint une valeur à peu près stable, que la
régulation leur aura donné un cadre légal et que les entités derrière elles
auront noué plus d’alliances avec le monde réel, les cryptomonnaies se feront
vraiment une place dans nos économies.

Les coins permettant de payer un service proposé par l’émetteur


Vous pouvez dépenser les cryptomonnaies de ce deuxième groupe de coins
simplement en utilisant le service proposé par l’émetteur de la monnaie. Ces
services sont généralement destinés à des entreprises, c’est pourquoi les
particuliers ne sont pas vraiment concernés : cloud décentralisé, services
bancaires, gestion d’actifs numériques, utilisation des smart contracts,
utilisation de la technologie de la blockchain, etc. Vous pouvez en revanche
gagner de l’argent grâce à ces nouveaux services, comme nous l’avons vu
dans le chapitre « Nouveaux modèles, nouveaux revenus ».
Prenons le cas d’Ethereum : l’Ethereum Virtual Machine est comme nous
l’avons vu au début de cet ouvrage un super ordinateur qui permet de
développer, tester et héberger des applications et des contrats intelligents en
payant pour cela en ether (ETH) via le mécanisme interne à Ethereum de
fixation des prix gas. Ethereum promet que les applications que vous
hébergerez sur son réseau d’ordinateurs seront instoppables. Si vous voulez
développer, tester et/ou héberger votre application sur Ethereum, vous devez
payer Ethereum en ether, et recevez des ethers si vous les minez ou mettez
votre ordinateur à disposition du réseau.

Résumé

• Envoyer et recevoir des cryptomonnaies est une opération très simple et


rapide que tout wallet peut effectuer via sa wallet app.
• Faites très attention à la public address que vous entrez pour envoyer
des coins et à la commission prise par le wallet, qui réduit le montant que
reçoit le destinataire.
• Il y a deux types de cryptomonnaies : celles dont le projet est d’être
simplement une monnaie et celles qui permettent d’utiliser le service
proposé par l’émetteur.
• Dans le premier groupe, seul le bitcoin est utilisé par quelques grands
noms du commerce mondial et de plus petites entreprises, mais les
volumes de transaction restent assez confidentiels.

L’avenir du bitcoin
Quand on parle de cryptomonnaies, beaucoup de gens pensent « bitcoin » et
certains pensent même que c’est la seule et unique d’entre elles. Nous l’avons
vu, c’est effectivement celle qui a de loin la plus grande capitalisation
boursière et qui est la plus utilisée dans le trading, puisque toutes les
cryptomonnaies peuvent être échangées contre des bitcoins. Le bitcoin est
celle par laquelle tout a commencé : la blockchain, le Proof of Work, le
minage, la création décentralisée de monnaie de pair à pair non adossée à un
État ou un groupe d’États… Le bitcoin est le baromètre et la monnaie des
cryptomonnaies. Son cours est observé de près par tous les investisseurs
professionnels. Les autres cryptomonnaies lui doivent beaucoup.
Le projet initial du bitcoin était de devenir le « cash numérique » (digital
cash), à savoir remplacer toutes les devises et pouvoir être échangée
électroniquement dans le monde réel et sur Internet sans intermédiaire et sans
autorité régalienne pour superviser ces échanges. Avec le bitcoin, pas besoin
de banque ou de banque centrale pour assurer le transfert de monnaie, et les
frontières n’ont plus aucune importance. Elle devait pouvoir remplir cette
fonction rapidement, de manière très sûre et efficace et pour des coûts très
faibles. On pouvait en douter dès fin 2017, alors que les délais et les coûts de
transaction ont fortement augmenté en même temps que les cours de la BTC
et de la BCH, son éternelle rivale. Devenu lent et cher, le bitcoin était en train
de s’éloigner de son projet initial, malgré les améliorations que la baisse de
son cours a entraînées début 2018. Le Bitcoin parvient à gérer, quand il est
vraiment au top de sa forme, sept transactions par seconde. Pas sept mille,
sept. Chez Visa ou Mastercard, on parle en milliers par seconde. Les
personnes qui gèrent le Bitcoin ne veulent pas augmenter la taille des blocs,
qui sont limités à 1 méga octet, ce qui est une des raisons principales pour
lesquelles la BCH a été créée mi-2017. Il y a des raisons très pertinentes
derrière, mais cela a pour conséquence que le bitcoin ne réalisera pas son
projet initial, à moins que le Lightning network tienne toutes ses promesses.
Une autre conséquence est que le bitcoin laisse place à des dizaines d’autres
monnaies qui cherchent à être le cash numérique de demain, à commencer
par les clones du bitcoin qui portent son nom, comme le bitcoin cash. Les
monnaies classées dans la famille « coins purs » se sont engouffrées dans
cette brèche. Remplacer toutes les monnaies par une seule serait de toute
manière impensable, c’est pourquoi il est intéressant de regarder ce que
proposent Dash, Monero, Zcash, Litecoin et toutes ces nouvelles monnaies
qui ne cherchent pas à être autre chose qu’une monnaie et un système de
paiement. Il est non moins intéressant de voir ce que vont devenir les
monnaies fiduciaires, qui ont enfin trouvé un concurrent.
Résumé

• Trop lent et cher, pas assez malléable, le système Bitcoin semble


s’éloigner de sa vocation de devenir le cash numérique de demain.
• Au lieu de cela, le bitcoin est depuis toujours la cryptomonnaie de
référence pour les investisseurs comme le grand public ; c’est le
baromètre du marché et la monnaie des cryptomonnaies.
• La place laissée vacante par le bitcoin est occupée de longue date par
des dizaines d’autres cryptomonnaies, qui proposent chacune des
améliorations par rapport à celle-ci.
• Ce sont ces autres monnaies de la famille « coins purs » qui sont les
vraies concurrentes des monnaies fiduciaires.

Les nouveaux rôles de la monnaie


L’adaptation de la monnaie aux évolutions de la
société
Comme toute chose, les monnaies évoluent. Quand le concept de monnaie est
apparu, probablement au paléolithique, les hommes utilisaient des objets
naturels tels des coquillages, des dents d’animaux, des pierres polies, etc.
C’est au septième siècle avant J.-C. que serait apparue la monnaie sous forme
de pièces, et à la Renaissance celle sous forme de billets. À la fin
du XXe siècle, la monnaie s’est dématérialisée avec l’apparition et la
généralisation des comptes en banques, transferts et cartes de
crédit. L’explosion d’Internet et des smartphones, respectivement au début et
à la fin des années 2000, a accéléré ce mouvement de dématérialisation, si
bien que beaucoup de personnes n’utilisent quasiment plus d’argent liquide et
que des États comme la Suède pensent à l’abolir. La Suède, au passage,
a adopté très vite les cartes de crédit, puis les paiements par smartphone. Elle
pense aujourd’hui à créer sa propre cryptomonnaie : la e-Krona.
En même temps, nous sommes de plus en plus connectés et mobiles : la
plupart de nous avons un smartphone, on peut commander à peu près tout
depuis son ordinateur ou son smartphone, et les banques et autres Western
Union sont de moins en moins gourmandes en frais quand on utilise sa carte
de paiement ou envoie de l’argent à l’étranger. Dans les pays moins
développés, beaucoup de personnes n’ont pas de compte en banque. De
même que, dans ces pays, la population est passée directement du téléphone
classique chez soi au smartphone sans passer par la case ordinateur
personnel, elle va probablement passer du tout cash aux cryptomonnaies sans
passer par la case compte en banque.
La monnaie doit suivre ces évolutions, à savoir continuer à se
dématérialiser, être « moins chère », plus pratique et s’affranchir des
frontières : c’est exactement ce que proposent les cryptomonnaies. Plus
celles-ci vont être acceptées par le monde réel, plus leur usage va devenir
naturel et leurs avantages vont leur permettre de s’imposer comme le
nouveau standard monétaire. Elles ont besoin pour cela d’un cadre légal
qu’elles n’ont pas encore, faute de régulation globale. Il faut bien comprendre
que les cryptomonnaies, en tant que monnaie et donc réserve de valeur, unité
de compte et intermédiaire des échanges, ne sont que la première application
de la technologie de la blockchain, et que celle-ci peut s’appliquer
globalement à tout ce qui a de la valeur et qui peut être représenté et géré
numériquement, comme nous le verrons dans le chapitre suivant
(voir chapitre 8).

Le défi de la décentralisation
Les nouveaux systèmes apportés par les cryptomonnaies, en l’occurrence la
technologie de la blockchain qui se cache derrière, posent le défi de trouver
un juste milieu entre la centralisation de la gestion monétaire, qui était de
rigueur dans le monde pré-blockchain, et la décentralisation prônée par
quasiment toutes les cryptomonnaies, pour continuer à assurer sécurité et
fluidité aux marchés. Comme les États ne vont a priori pas disparaître, il
y aura toujours une certaine centralisation des pouvoirs. Mais ces pouvoirs
seront constamment mis à l’épreuve par les mécanismes décentralisés basés
sur la blockchain.
Les banques et États vont devoir accepter cette nouvelle exigence de
décentralisation. Comme avec Internet il y a vingt ans, les entreprises qui
intégreront ce mouvement de décentralisation seront les grandes gagnantes de
cette nouvelle ère qui s’annonce. Toutes les entreprises et administrations
publiques s’intéressent aujourd’hui de près ou de loin à la blockchain et ont
mis en place des groupes internes de travail et de réflexion et collaborent
avec des sociétés spécialisées comme Consensys, pour explorer les moyens
de tirer parti de cette technologie dans leur activité, sans toujours savoir
quelle forme cela pourra prendre.
Centralisation et décentralisation ont chacune leurs avantages et leurs
inconvénients : la centralisation permet d’être efficace mais pose la question
de l’ouverture et de la démocratie, la décentralisation permet à tout un chacun
de participer et de savoir ce qui se passe mais entraîne une certaine inertie
dans la prise de décision et un manque de moyens. Ce que beaucoup
d’entreprises derrière les cryptomonnaies essaient de trouver, c’est le juste
milieu entre centralisation et décentralisation. Il n’y a qu’à comparer les
modèles d’Ethereum et Neo pour voir qu’on peut essayer d’atteindre le même
but (constituer un « super ordinateur » mondial) en suivant des voies
radicalement différentes concernant le degré de centralisation (Ethereum est
très décentralisé et Neo très centralisé).

L’efficience des marchés


Les cryptomonnaies remplissent les trois fonctions d’une monnaie de manière
bien plus efficiente que les monnaies fiduciaires :
– elles sont de médiocres réserves de valeur à cause de leur volatilité ;
– elles sont des unités de compte elles aussi médiocres ;
– elles sont de « super intermédiaires des échanges » car elles
s’affranchissent des frontières, sont totalement dématérialisées, ont des
délais et des coûts de transaction très faibles, et comportent toutes des
systèmes de paiement très performants basés sur la cryptographie.
Une bonne monnaie rend les marchés efficients, c’est-à-dire qu’elle rend les
échanges très fluides et la fixation des prix des produits et services très
efficaces. Les cryptomonnaies, en remplissant les trois fonctions essentielles
d’une monnaie, vont propulser l’efficience des marchés vers de nouveaux
sommets et même acquérir une quatrième fonction.

La monnaie se dote d’une quatrième fonction


Il semble acquis que la vague de dématérialisation de la monnaie va se
poursuivre et que les cryptomonnaies vont y contribuer. De même que les
« millenials » (personnes nées autour de l’an 2000) sourient quand leurs
parents leur racontent qu’ils ont grandi sans Internet ni smartphone et qu’ils
devaient attendre une certaine date et une certaine heure pour regarder leur
programme préféré à la télévision (d’ailleurs, c’est quoi la « télévision » ?),
nos enfants se demanderont ce que faisaient ces bouts de métal et de papier
abîmés dans nos poches, alors même qu’on emmenait déjà notre smartphone
partout avec nous.
Je pense que les États cesseront d’émettre la monnaie telle que nous la
connaissons d’ici à la fin des années 2020. Les cryptomonnaies permettent de
dissocier États, banques et création de monnaie. Ce service sera assuré par
des entreprises, associations, ONG, administrations, etc., qui soit émettront
leur propre monnaie, soit proposeront ce service ou une monnaie dédiée à un
certain usage ou un certain secteur (les bars et restaurants lyonnais par
exemple). Nous paierons du coup nos achats sur Amazon en
« Amazoncoin », MacDonald’s en « MCDO » et notre électricité en « EDF »,
ou plutôt notre solution de paiement en cryptomonnaie le fera pour nous.
La monnaie, en plus de devenir une réserve de valeur, un intermédiaire des
échanges et une unité de compte plus efficients, va acquérir du coup une
quatrième fonction en devenant également un vecteur d’information, car
suivant l’unité monétaire, le montant de cryptomonnaies et le destinataire que
nous choisirons, le marché saura ce que nous souhaitons acquérir. Envoyer un
certain montant d’un certain coin à une certaine public address à un certain
moment équivaudra à un ordre qui enclenchera une action, par exemple la
fourniture d’un service ou d’un produit, l’ouverture d’une porte, la mise
à disposition d’une piste de décollage, etc.
En devenant un vecteur d’informations, la monnaie va faire augmenter le
volume de celles-ci car on pourra savoir, simplement en fonction des
monnaies que les gens et les entreprises dépensent, quels biens, services, etc.,
ils utilisent et éventuellement où ils le font, ce qui pourra être utile à des fins
d’analyses économiques et de traçabilité.

Le contrôle de la monnaie
La monnaie est un instrument économique fondamental. Les États, si un jour
n’en émettent plus telle que nous la connaissons, ou s’ils laissent des
entreprises en émettre, comme c’est le cas de facto avec les cryptomonnaies,
devront ou essayeront de contrôler son émission. Créer une monnaie va être
soumis à une stricte réglementation. Les États encadreront cette activité par
des organismes de surveillance, mais ne seront plus les seuls à assurer ce
service, économisant ainsi des sommes non négligeables et engrangeant
même des revenus fiscaux perçus sur les licences de création de monnaie et la
création de monnaie elle-même. Les « corporate coins », plus encore que les
actions, refléteront instantanément et directement la performance de
l’entreprise émettrice. Celles-ci devront aussi nouer des alliances avec les
émetteurs d’autres monnaies, les exchanges et les sociétés de solutions de
paiement pour que leur monnaie se répande dans l’économie.
Une cryptomonnaie est relativement facile à créer. Tout individu pourrait
émettre demain une monnaie et essayer de la « vendre ». Il aurait cependant
bien du mal, car ce qui donne de la valeur à une monnaie, c’est encore et
toujours la confiance en l’entité émettrice. Cette facilité potentielle de
création de la monnaie pose le problème du contrôle des ICO, et de celui de
l’émission de monnaie de demain. Les ICO devraient être le premier pan du
monde des cryptomonnaies à être régulé. Quant au contrôle de l’émission de
monnaie de demain, il peut être assuré de deux façons : sur les émetteurs et
sur les receveurs de la monnaie.
Si demain les États n’assurent plus la création de la monnaie comme nous
la connaissons aujourd’hui, des sociétés privées s’en chargeront pour elles-
mêmes ou pour d’autres sociétés. De grands groupes pourront émettre une ou
plusieurs monnaies avec chacune des usages et un public bien précis, internes
ou externes, et des sociétés pourront par exemple émettre une monnaie pour
les restaurateurs ou les vignerons bordelais. Les entreprises qui souhaitent
émettre de la monnaie acquerront pour ce faire une licence et devront payer
des taxes auprès d’une administration publique s’ils respectent certains
critères de solvabilité et de qualité, et qu’ils fournissent régulièrement des
comptes sur leur activité à l’instance régulatrice. Les États se doteront de
telles instances afin de ne pas laisser n’importe qui émettre de la monnaie sur
leur territoire, et collaboreront pour éviter les fraudes. On pourrait imaginer
par exemple un système de licences d’émission de monnaie à l’échelle
européenne dans le cas de l’UE. Mais des paradis fiscaux pour créateurs de
cryptomonnaies pourraient bien voir le jour.
On pourra cependant, par définition, acheter des monnaies émises hors de
nos frontières ; c’est pour cette raison que le contrôle des receveurs de la
monnaie est aussi indispensable que celui des émetteurs. Toute entreprise,
tout commerce devra déclarer à l’instance régulatrice les monnaies qu’elle
accepte de ses clients et ne pourra pas accepter d’autres monnaies que celles-
ci. Cette liste de monnaies acceptées sera intéressante pour les sociétés de
solutions de paiement de cryptomonnaies, car le client final ne saura la
plupart du temps pas dans quelle monnaie il paie vraiment. Un État pourra
ainsi bannir des monnaies au fonctionnement trop opaque ou émises par
exemple par des États ou organisations considérés comme terroristes ou
ennemis. Les États contrôleront aléatoirement les flux de monnaies reçus par
les commerçants et entreprises, et les sanctionneront s’ils acceptent une
monnaie qu’ils n’ont pas déclarée. La cryptomonnaie « TVA » pourra être
créée et incluse à chaque paiement, si bien que l’État pourrait recevoir
immédiatement la part qui lui revient, comme nous allons le voir dans
l’exemple du paquet de cigarettes.

Résumé

• Les cryptomonnaies s’inscrivent dans la droite ligne des évolutions


récentes de la monnaie : plus internationales, plus dématérialisées et
moins « chères » que les monnaies fiduciaires.
• Si elles sont de très bons intermédiaires des échanges, les
cryptomonnaies sont encore de piètres réserves de valeur et unités de
compte du fait de leur volatilité.
• La monnaie, en plus de rester une réserve de valeur, un intermédiaire
des échanges et une unité de compte, va devenir également grâce aux
cryptomonnaies un vecteur d’information.

Quel impact sur les paiements ?


Le rôle des public addresses
Pour rappel, les public addresses permettent de recevoir des coins, un peu
comme l’IBAN de votre compte en banque. Quand vous envoyez des coins
à une public address, vous ne pouvez pas y insérer de message comme dans
un virement SEPA. Pour pallier cela, vous pouvez générer via votre wallet un
nombre quasiment infini de public addresses dérivées de votre private key
pour recevoir des coins, ce qui a pour conséquence qu’une société ou un
exchange à qui vous souhaitez envoyer des coins va générer une public
address rien que pour vous, ce qui lui permettra de savoir que c’est vous qui
lui avez envoyé de l’argent et pas un autre, et donc de créditer votre compte
du montant correspondant.

Source : Kraken
Vous le voyez dans l’image ci-dessus, l’interface du wallet de Kraken me
donne plusieurs informations sur mon compte en Dash et me permet de
générer de nouvelles public addresses de Dash (bouton en bas à gauche). Si
quelqu’un envoie des Dash à l’adresse que vous voyez sur l’image, c’est mon
compte Kraken en Dash qui sera alimenté. Je pourrais ensuite convertir ces
Dash en d’autres cryptomonnaies ou en euros et virer ceux-ci vers mon
compte en banque.
Les public addresses permettent donc d’identifier expéditeurs et
destinataires de coins, pour peu que ceux-ci se soient fait connaître (c’est-à-
dire que l’utilisateur XYZ informe les personnes et sites pertinents que sa
public address est xyzxyz). L’accès à une blockchain, c’est-à-dire la
possibilité d’envoyer des fonds, des requêtes ou des informations sur son
réseau est a priori ouvert à tous. Cependant, si je veux restreindre l’accès
à une blockchain à certaines personnes ou machines, je peux demander
à celles-ci de s’identifier en me donnant leur public address, et je peux ne
donner de public addresses actives (c’est-à-dire qu’il se passe quelque chose
si vous envoyez de l’argent dessus) qu’à des personnes ou machines bien
précises (cf. « Les intrants de la blockchain » dans le chapitre suivant).

La simplification et l’amélioration des paiements


Nous l’avons vu, les cryptomonnaies donnent aux monnaies une quatrième
fonction, celle de vecteur d’information. Allons plus loin dans cette voie et
voyons en quoi les cryptomonnaies peuvent simplifier et améliorer les
paiements. Prenons un exemple volontairement complexe : l’achat d’un
paquet de cigarettes en France.
Aujourd’hui, le buraliste achète les paquets de cigarettes aux fabricants et
les vend au détail. Quand il fait sa comptabilité, il reverse environ 80 % de
son chiffre d’affaires à l’État, qui va lui-même affecter ces revenus à trois
recettes différentes : la TVA, l’accise proportionnelle et l’accise spécifique.
Demain, on pourrait imaginer le modèle suivant : le buraliste recevra les
paquets des fabricants sans les payer mais en accusant leur réception. Quand
le client paiera son paquet de cigarettes, il le fera avec sa solution de
paiement, qui reversera directement la somme en cinq parties dont les
proportions sont convenues à l’avance et dans le cas des cigarettes fixées par
décret : une partie au fabricant dans une monnaie universelle, par exemple
LTC, une partie au buraliste, dans une monnaie universelle ou locale, la TVA
en « TVA », l’accise proportionnelle en « ACCP » et l’accise spécifique en
« ACCS » à l’État. La somme payée par le client sera ainsi instantanément
reversée aux bonnes personnes dans les bonnes proportions et la bonne
monnaie. C’est transparent pour le client car c’est sa solution de paiement qui
gère les cinq monnaies. Le buraliste n’a plus à faire la comptabilité et l’État
est payé immédiatement dans trois monnaies qui correspondent aux trois
taxes qu’il prélève. Le prélèvement fiscal à la source peut dès lors se
généraliser à la consommation.
On peut représenter ces deux processus de paiement ainsi :

Quels sont les avantages de ce nouveau système pour chacun des acteurs ?
– L’État est payé lors de la vente d’un paquet, dans autant de monnaies qu’il
perçoit de taxes et dans les bonnes proportions, ce qui améliore
considérablement la gestion de ses recettes fiscales et lui permet d’être
réglé immédiatement.
– Le fabricant avance certes la marchandise dans le modèle que je propose,
mais étant payé en temps réel lorsque les paquets se vendent, il obtient des
informations quantitatives précises et précieuses sur les ventes de son
produit.
– Le client utilise comme aujourd’hui une seule monnaie pour payer son
paquet de cigarettes et ne se préoccupe pas de la conversion et la répartition
de la somme qu’il débourse à plusieurs destinataires en différentes
monnaies.
– Le buraliste obtient immédiatement la part qui lui revient et n’a plus à tenir
de comptabilité. L’État et le fabricant sont automatiquement payés ; il n’a
rien à faire.
– La solution de paiement prend une petite commission sur la conversion de
la monnaie du client dans celles payées au fabricant, au buraliste et à l’État.
Vous voyez là encore le rôle central joué par les solutions de paiement :
elles vont gérer des flux incessants de monnaies et permettre au système
d’être fluide, efficace et économique, sans que cela ne devienne complexe
pour les parties prenantes. En prenant de très faibles commissions sur
d’immenses volumes de transaction, elles deviendront non seulement
incontournables, mais aussi très rentables. L’explosion du nombre de
monnaies rend donc les paiements et plus généralement les économies
beaucoup plus fluides et efficaces qu’aujourd’hui.

La traçabilité des paiements


Revenons sur l’anonymat supposé que procurent les cryptomonnaies. Toutes
les cryptomonnaies non anonymes mettent à disposition de tout un chacun un
registre public en ligne affichant les transactions et les blocs minés de la
blockchain en question et permettant d’effectuer des recherches afin de
remonter dans le temps ou de connaître les actions liées à une certaine public
address par exemple. Sont affichées pour une transaction donnée les public
addresses d’émission et de réception, les montants échangés, les frais induits,
etc. Si vous vous intéressez à un bloc, vous pourrez connaître sa taille, le
nombre de transactions contenues dans celui-ci, le nom du mineur, la date et
l’heure de son ajout à la blockchain, etc. Voici par exemple les adresses de
registres publics des transactions bitcoin, ether et litecoin :
– Bitcoin : https://blockchain.info/
– Ether : https://etherscan.io/
– Litecoin : https://insight.litecore.io/
Les transactions sont donc consultables publiquement, ce qui vous permet
concrètement de savoir que telle somme de telle cryptomonnaie est passée de
telle public address à telle public address à telle date et telle heure. Mais tout
cela ne vous servira à rien si vous ne savez pas qui se cache derrière les
public addresses. Pour que ces paiements soient traçables et donc intéressants
notamment pour l’administration fiscale mais aussi des banques ou
entreprises, il faut pouvoir associer une public address à une personne
physique ou morale. Sachant que vous échangez rarement des coins avec des
personnes que vous connaissez mais utilisez presque toujours les services
d’exchanges ainsi que les public addresses de vos desktop et hardware
wallets, vous entrez en contact avec des entreprises (les exchanges, les
concepteurs et gestionnaires de hardware et desktop wallets) qui pourraient
vous demander de vous identifier (ou le font déjà, comme les exchanges les
plus connus) pour utiliser leurs services et seraient donc à même d’associer
votre identité ou celle de votre entreprise à un exchange wallet ou une public
address et de livrer cette information aux autorités.
C’est le chaînon manquant du système régulé qui pourrait être celui des
cryptomonnaies, comme le montre le schéma ci-après.
Il restera cependant toujours des cryptomonnaies anonymes. Mais les
grands pays pourraient aller vers ce modèle de régulation et demander aux
exchanges de cesser de proposer des monnaies anonymes, comme l’a fait
récemment le Japon.

Cryptomonnaies et impôts sur la consommation


Les cryptomonnaies pourraient plus généralement simplifier et faciliter la
collecte de la TVA, dont le tableau des taux applicables contient plus de cent
cases. Continuons à envisager l’utilisation de cryptomonnaies dans le cadre
de la collecte d’une taxe qui n’existe pas encore. Imaginons qu’un
gouvernement souhaite appliquer une taxe écologique sur la viande, que cette
taxe s’appuierait sur le prix HT et varierait en fonction des émissions de CO2
de chaque type de viande en fonction d’une clé de répartition simple (qui
pourrait augmenter par la suite), par exemple 1 kg de CO2 émis par kg de
viande produite = 1 % de taxe. Si on considère les types de viande suivants,
qu’on prend un prix de vente arbitraire de cinq euros par kg et qu’on applique
la TVA habituelle de 5,5 %, on aurait les montants de taxes correspondants.

Si on voulait appliquer cette taxation avec le système actuel, tout le monde


s’y perdrait, les commerçants peut-être autant que l’administration fiscale.
Avec les cryptomonnaies, ce serait un jeu d’enfant. Il faudrait répliquer le
modèle du paquet de cigarettes en créant des cryptomonnaies dédiées à la
collecte de l’impôt sur un produit donné, qui seraient payées par le
consommateur et transférées au moment de l’achat à leur destinataire, c’est-à-
dire l’administration fiscale. Les cryptomonnaies permettraient de rendre ce
système précis donc juste, flexible donc adaptable, et efficace donc peu
coûteux. Les taxes sur la consommation sont un outil très utile pour aller vers
une société plus écologique car elles permettent d’orienter celle-ci vers des
produits et services plus vertueux ou, vu d’une autre perspective, d’appliquer
le principe pollueur payeur, et les cryptomonnaies donnent aux
gouvernements les moyens d’utiliser facilement cet outil.

Les nouveaux programmes de fidélité


J’ai beaucoup parlé de monnaie dans ce chapitre, et c’est bien légitime, car
c’est la première fonction des cryptomonnaies. Il y a d’autres unités de valeur
qui ne sont pas de la monnaie mais de la quasi-monnaie : les miles de votre
carte Air France, les points de votre carte de fidélité Auchan, etc. Il faudra du
temps avant que les entreprises et leurs clients passent à l’utilisation de
cryptomonnaies à la place d’euros, de dollars, etc., quand bien même la
régulation donnerait un cadre légal à celles-ci. Commencer par les
programmes de fidélité serait une bonne manière pour les entreprises comme
pour les clients de se mettre à la page des cryptomonnaies en douceur.
Imaginez qu’au lieu d’obtenir des points Auchan vous obteniez des
« AUCH » ? Vous pourriez bien évidemment dépenser vos AUCH chez
Auchan et probablement bénéficier d’une certaine remise sur les produits
maison ou acheter des produits que vous ne pourriez pas acheter avec
d’autres monnaies. Vous pourriez aussi les revendre sur des exchanges contre
d’autres monnaies sans que cela ne coûte quoi que ce soit à Auchan.
Quelqu’un vous achètera des AUCH car il ou elle ne veut pas passer à côté
d’une promotion ou un produit qui ne vous intéresse pas. Auchan aura donc
intérêt à proposer régulièrement des promotions et produits intéressants
uniquement payables en « AUCH », et à nouer des accords avec des
exchanges pour propager sa monnaie et attirer des clients.

Résumé

• De par leur facilité de création et l’efficacité de leurs transactions, les


cryptomonnaies permettent d’améliorer grandement les paiements, faisant
de l’ombre aux systèmes utilisés par les banques et autres PayPal et
Western Union.
• Elles rendent également possible une traçabilité des paiements sans
égale, pour peu que l’association entre personne physique ou morale et
public address ou exchange wallet puisse être établie.
• Les cryptomonnaies pourraient permettre aux États d’affiner
considérablement les taxes et impôts afin d’appliquer le prélèvement à la
source également à la consommation et d’introduire de nouveaux modèles
de taxes comme des taxes écologiques très ciblées.
• Les entreprises pourraient également se servir des cryptomonnaies
comme outil de fidélisation de leurs salariés et clients.

Constater et prédire
Le rôle de l’oracle
Nous l’avons vu, le consensus est un élément clé du fonctionnement des
blockchains, et consiste en la détermination de la réalité pour une blockchain
donnée. Aujourd’hui, les algorithmes Proof of permettent d’aboutir à ce
consensus, mais d’autres systèmes ont dû voir le jour, car une (ou plusieurs)
machine ne peut pas constater tout événement de manière incontestable,
surtout si cet événement a lieu dans le monde réel. C’est la fonction de
l’oracle.
Prenons un exemple. Imaginons un contrat intelligent qui code un pari entre
plusieurs personnes sur la date de naissance d’un bébé. Imaginons que pour
participer au jeu, vous devez payer un ether au contrat intelligent et que les
gagnants, c’est-à-dire ceux qui ont prédit la bonne date, se partagent
équitablement les mises, moins les frais de fonctionnement du contrat (les
sommes reversées aux oracles et au créateur du contrat). Qui va constater que
le bébé est bien né (disons) le 15 mai ? Sûrement pas une machine. Pas
encore en tout cas. C’est le rôle de l’oracle. Ou plutôt des oracles.
Le contrat intelligent est ouvert à la candidature d’oracles qui seront
rémunérés par une partie des sommes misées. Une fois la période de mise
passée, le contrat intelligent sélectionne aléatoirement un certain nombre
d’oracles dont la tâche sera de renseigner les données de l’événement sur
lequel porte le contrat intelligent, ici la date de naissance du bébé. Le mot
important ici est « aléatoirement ». Il est primordial que ces personnes soient
sélectionnées aléatoirement, ne se connaissent pas et ne puissent se contacter,
pour que les données qu’elles entrent soient les plus fiables possible.
Le contrat intelligent choisira comme réalité la donnée entrée par la
majorité des oracles, et seuls les oracles ayant entré une donnée qui
correspond à la majorité seront rémunérés. Pourquoi ? Pour éviter que des
oracles ne s’entendent entre eux pour déformer la réalité et pour les inciter
à faire bien leur travail. Un oracle n’aura ainsi pas intérêt à entrer une donnée
fausse ou fantaisiste, car elle ne correspondrait pas à la donnée entrée par la
majorité et qu’il ne recevrait ainsi aucune rémunération.

Les marchés prédictifs


Définition
Comme les contrats intelligents, les marchés prédictifs ne sont pas un concept
réellement nouveau, mais leur application est grandement favorisée par
l’essor des cryptomonnaies. Les marchés prédictifs (prediction markets,
predictive markets, information markets, decision markets, idea futures, event
derivatives ou virtual markets) sont des marchés créés dans le but de parier
sur le résultat d’événements en dehors des domaines du sport ou du jeu, en
achetant des tokens correspondant au résultat que vous pensez être le plus
probable. Par exemple sur le résultat d’une élection, la date d’achèvement de
la construction d’un bâtiment, la date de sortie d’une nouvelle voiture, la date
d’arrivée d’une sonde sur une planète ou les résultats financiers d’une
entreprise.
Concrètement, quand un marché prédictif est créé par une plateforme
spécialisée, un utilisateur ou une entreprise, des tokens sont émis
correspondant aux différents résultats (outcomes) possibles de l’événement
en question. Résultats qui peuvent être des valeurs fixes (un nom, une date,
un prix, etc.) ou des fourchettes de valeurs. Quand vous entrez sur ce marché,
si vous investissez un dollar, vous obtenez tous les tokens du marché, qui
peuvent avoir des valeurs différentes ou être tous égaux. Au fur et à mesure
que l’heure de l’événement approche, certains tokens vont perdre de la
valeur, car le résultat associé paraît de plus en plus improbable, tandis qu’un
autre va se rapprocher des 1 $, car il semble correspondre au résultat le plus
probable. Le but des investisseurs est de garder les « bons » tokens, c’est-à-
dire ceux qui vaudront 1 $ lors de la réalisation de l’événement, et de vendre
le mieux et le plus tôt possible les autres à des investisseurs qui pensent que
les résultats associés se produiront.
Les marchés prédictifs sont un secteur émergent dans lequel il n’est pas
évident de naviguer car suivant les régulations en vigueur, ils peuvent être
pris pour des paris en ligne. L’autre problème que posent ces marchés est la
détermination du résultat final, qui doit être effectuée de la manière la plus
impartiale et incontestable possible. D’où le rôle important des oracles. Les
marchés prédictifs sont en tout cas un formidable outil pour permettre à «
ceux qui savent » de s’exprimer et de rendre ainsi publiques des informations
qu’ils auraient gardées pour eux faute d’incitation financière à les dévoiler.
C’est pour cela qu’ils sont appelés à devenir des fournisseurs d’informations
de grande qualité si leur développement se poursuit. Penchons-nous à présent
sur une des sociétés présentes sur ce marché.

Gnosis
Société basée à Gibraltar avec un pôle de développement à Berlin, Gnosis
(token : GNO) explore plus avant ce concept en mettant en place des marchés
prédictifs, dont les tokens sont basés sur Ethereum.
Le concept est le suivant :
– vous choisissez un événement qui pourrait se produire dans le futur et
posez une question (quel parti va gagner les élections législatives danoises
du 16 juin ? Quel cours maximal atteindra l’action AXA cotée à Paris
en 2018 ?) ;
– vous déterminez un nombre raisonnable (2-10) de réponses possibles
à cette question. Par exemple oui/non, des noms de personnalités politiques,
des (fourchettes de) dates, des (fourchettes de) prix, des (fourchettes de)
chiffres, etc. ;
– vous définissez la monnaie du contrat, qui doit être une devise ou une
cryptomonnaie de référence : ETH, BTC, USD, etc. ;
– vous définissez une méthode d’oracle : Gnosis est ouvert à toutes les
méthodes en vigueur, donc c’est à vous de choisir la vôtre ;
– vous déterminez la période de validité du contrat, c’est-à-dire la période
pendant laquelle on peut y participer en achetant des tokens ;
– vous créez le contrat et entrez ces données dans la plateforme de marchés
prédictifs de Gnosis, qui se charge du reste.
L’interface des marchés prédictifs de Gnosis va alors créer un contrat
intelligent (Event contract) qui court sur la période et porte sur l’événement
que vous avez défini, et stipule les éléments suivants :
– les outcome tokens : Gnosis va créer les tokens que vous avez définis
correspondant aux issues possibles à votre événement en cas d’événement
catégorique (ayant des issues simples, maximum 5 plus l’option « autre » :
le 16 janvier, Emmanuel Macron ou oui/non) ou deux tokens seulement en
cas d’événement scalaire (ayant des réponses sous forme de fourchette de
chiffres, par exemple 120-200 €) ;
– les collateral tokens : ce sont les tokens de la monnaie dans laquelle on
peut participer au contrat (ETH, BTC, USD, etc.) et qui seront convertis en
outcome tokens quand on souhaite participer au marché ;
– l’oracle, qui renseignera l’issue de l’événement le moment venu.
Source : https://blog.gnosis.pm/
Si quelqu’un souhaite participer à un marché prédictif, il doit miser une
certaine somme du collateral token, par exemple 10 ETH, et recevra en retour
autant de chaque outcome token. Prenons comme événement catégorique le
classement Forbes des personnes les plus riches de la planète à paraître
début 2019 et imaginons que la question est : qui sera le premier de ce
classement ? Disons que le créateur du contrat a enregistré les réponses
possibles suivantes : Bill Gates, Jeff Bezos, Mark Zuckerberg, Bernard
Arnault ou « autre », soit cinq réponses possibles qui incluent toutes les
possibilités (si on inclut l’option « autre »). Il est très important pour un
créateur de marché prédictif de prévoir toutes les issues possibles. Si 1 ETH
donne droit à un outcome token de chaque issue possible, et si je mise 10
ETH dans ce marché, j’aurai 10 outcome tokens de chaque option, donc 50
outcome tokens en tout.
Source : https://blog.gnosis.pm/
Ces outcome tokens sont cotés dès la création du contrat et leur cours
reflète la prédiction des participants au marché. Disons que le marché pense
que Bill Gates a 40 % d’être le premier, Jeff Bezos 35, Mark Zuckerberg 10,
Bernard Arnault 10 et « autre » 5, et que je pense que c’est Mark Zuckerberg
qui sera premier. De même que la somme des probabilités des issues
possibles doit être égale à 100 %, la somme de la valeur des tokens doit être
égale à 1. Je vais alors vendre les outcome tokens correspondant aux quatre
autres personnalités. Celui de Bill Gates vaut 40 % de 1 ETH, soit 0,4 ETH,
celui de Jeff Bezos 35 %, soit 0,35 ETH, etc. Si je vends ces 40 outcome
tokens, je récupère donc 10 × (40 + 35 + 10 + 5)/100 = 9 ETH, et il me reste
les 10 outcome tokens « Mark Zuckerberg va gagner ». Si ce n’est pas Mark
Zuckerberg qui figure en haut du classement, alors ces outcome tokens ne
vaudront rien le jour de la résolution du contrat et j’aurais perdu 1 ETH
puisque j’en aurais misé 10 et récupéré 9. Si c’est en revanche bien lui
l’homme le plus riche de 2019 d’après Forbes, alors son outcome token
vaudra 1 ETH et tous les autres 0. Comme j’en ai encore 10, je gagnerai 10
ETH, qui s’ajoutent aux 9 que j’avais récupérés en vendant les outcome
tokens des autres options. Mon gain est donc de 9 ETH.
Prenons maintenant un exemple d’événement scalaire : que vaudra l’action
AXA à la Bourse de Paris au fixing du 30 novembre 2018 ? Le créateur du
marché fixe une fourchette, par exemple 20 – 45 €. Le prix actuel est 25 € (le
créateur du marché est optimiste). Seuls 2 outcome tokens sont créés : long
(pour ceux qui pensent que le prix ira vers la fourchette haute) et short (pour
ceux qui pensent que le prix ira vers la fourchette basse). J’investis à nouveau
10 ETH et reçois 10 outcome tokens « long » et 10 outcome tokens « short ».
Disons que vous pensez que le prix sera plus proche de la fourchette haute
que de la fourchette basse et que le marché pense à un instant t, que le prix
sera proche des 35 €. Vous vendez alors vos outcome tokens « short » au prix
suivant : (fourchette haute – prédiction du marché)/(fourchette haute –
fourchette basse), soit (45 – 35)/(45 – 20) = 10/25 = 0,4 ETH. Vous récupérez
donc 4 ETH puisque vous aviez 10 outcome tokens.
Au 30 novembre 2018, si le prix de l’action AXA est à 20 € ou moins, les
outcome tokens « short » valent 1 ETH, les « long » 0. Et inversement si ce
prix est au-dessus des 45 €. Si ce prix est à 42 €, le prix des outcome tokens
est le suivant :
– long : (prix final – fourchette basse)/(fourchette haute – fourchette basse)
= (42 – 20)/(45 – 20) = 22/25 = 0,88 ETH
– short : (fourchette haute – prix final)/(fourchette haute – fourchette basse)
= (45 – 42)/(45 – 20) = 3/25 = 0,12 ETH
Vous voyez que la somme des prix de tous les outcome tokens est égale à 1.
Si j’ai gardé mes 10 outcome tokens « long » et que je les revends,
j’empocherai 8,8 ETH. Comme j’ai précédemment revendu mes outcome
tokens « short » pour 4 ETH, je récupère en tout 12,8 ETH, soit un gain de
28 %.
Ce système, qu’il ne faut pas du tout voir comme un système de pari en
ligne et encore moins comme un loto ou un jeu d’argent, incite donc bien les
personnes détentrices d’informations pertinentes à les livrer, car elles sont
fortement incités financièrement à le faire. En effet, si « je sais », j’achète le
« bon » token, c’est-à-dire celui dont la valeur va monter au fur et à mesure
que l’on se rapproche du jour J, et je revends les autres, empochant ce faisant
une plus-value plus ou moins conséquente. Les marchés prédictifs peuvent
porter sur le prix d’une action à la Bourse ou d’une sculpture lors d’une vente
aux enchères, ou encore sur la date d’achèvement d’un chantier ou de sortie
du nouveau SUV Ford. Ils peuvent également porter sur des événements
artistiques, économiques, industriels, géologiques, politiques, etc., publics
pour que le plus de monde possible puisse participer aux marchés. Ils peuvent
servir à des commanditaires de travaux, des industriels, des gouvernements,
des compagnies d’assurances, etc. Ils constituent une application concrète
d’une cryptomonnaie. Augur est une entreprise concurrente de Gnosis (voir
chapitre 2 « Les prédictives »).

Résumé

• Les contrats intelligents ont parfois besoin d’oracles pour fonctionner, car
ils ne peuvent pas toujours obtenir toutes les informations nécessaires en
ligne.
• La mission de l’oracle est de constater un événement très précis dans le
monde réel et d’entrer celui-ci dans l’interface du contrat intelligent à un
moment donné.
• Des modèles prédictifs utilisant oracles et cryptomonnaies comme ceux
de Gnosis ou Augur ont vu le jour et sont appelés à devenir des
pourvoyeurs d’informations très précieux.
8
La nouvelle gestion
de la valeur
Nous avons beaucoup évoqué des cours, des monnaies et des volumes dans
cet ouvrage. Toutes ces notions tournent autour d’un concept fondamental
à la création et la gestion duquel les cryptomonnaies et la blockchain donnent
un nouveau souffle : la valeur.

Qu’est-ce que la valeur ?


Définition
La valeur est une propriété que l’on peut mesurer, par exemple en économie,
par un prix, et qui est attribuée à un actif (objet, service, action, donnée, etc.),
en fonction de sa capacité à être échangé ou (re)vendu, de son utilité sociale,
de la quantité de travail nécessaire à sa fabrication et surtout du rapport entre
offre et demande. Nous attribuons de la valeur a priori à des objets et
services qui ont un prix élevé, ou alors qui sont importants pour nous pour
des raisons sentimentales par exemple. La valeur est une donnée
fondamentale de l’économie, dans laquelle entrent beaucoup de données qui
ne sont pas toujours objectives : les notions d’utilité, de travail nécessaire et
d’offre et de demande sont évidemment importantes, mais il a été prouvé que
les émotions jouent un grand rôle dans l’établissement de la valeur d’un
produit ou d’un service, y compris sur des marchés a priori gérés par des
professionnels comme ceux des actions et autres produits financiers
spéculatifs.

Qu’est ce qui a de la valeur ?


A de la valeur tout bien ou service qui peut répondre au(x) besoin(s) d’une ou
plusieurs personnes à un moment donné. Quand on parle de valeur, on peut
penser tout d’abord à la monnaie, qui est par essence une réserve de valeur :
chaque pièce, billet ou ligne de votre compte en banque vous indique au
centime près de combien vous disposez. La monnaie « stocke » ainsi de la
valeur pour passer d’un actif à l’autre. Vous vendez un actif (un produit,
votre travail, une action…), qui lui a de la valeur, pour en acheter un autre
avec de la monnaie qui stocke la valeur de l’actif que vous avez vendu, pour
la céder tout ou partie au vendeur de l’actif que vous voulez acheter. En
principe l’argent sert à être dépensé pour acheter biens et services. La valeur
est partout : actions, immobilier, or, créations artistiques, informations, droits,
produits, services, etc.

Qui crée de la valeur ?


Nous créons tous quotidiennement de la valeur par notre travail, les
événements que nous organisons, les produits ou œuvres artistiques que nous
créons, etc. Les entreprises aussi créent sans cesse de la valeur, en utilisant
des matières premières et du personnel pour fabriquer des produits et/ou
proposer des services. Si vous louez une chambre via Airbnb, vous créez de
la valeur car cette location répond au besoin d’une ou plusieurs personnes. Si
vous organisez des sorties via une association locale, vous créez de la valeur.
Si vous travaillez dans une entreprise ou comme indépendant, vous créez de
la valeur. Vous stockez aussi très probablement de la valeur : l’argent liquide,
l’argent sur votre compte en banque, les coins sur vos wallets, etc.

Comment est déterminée la valeur ?


La valeur est déterminée aujourd’hui essentiellement par le prix, qui résulte
lui-même d’un rapport entre offre et demande, mesuré sur des marchés plus
ou moins liquides et de plus ou moins grande taille. À noter que les choses
qui ont le plus de valeur (la nature, votre santé, etc.) n’ont pas de prix, car il
est éthiquement impossible à fixer. On attribue à pratiquement tout un prix
dans une monnaie, et le but des marchés est de fixer ce prix, avec
généralement un mécanisme naturel d’autorégulation : si le prix est trop bas,
beaucoup de personnes vont acheter le produit/service et le vendeur va vite
comprendre qu’il peut monter son prix. Si le prix est trop haut, le
produit/service ne se vendra pas ou se vendra peu, et le vendeur va baisser
son prix.
L’efficience des marchés est essentielle pour obtenir une fixation des prix la
plus pertinente possible, pour les vendeurs comme pour les acheteurs. Elle
dépend notamment :
– de la liquidité, c’est-à-dire de la rapidité ou de la facilité avec laquelle on
peut acheter ou vendre un produit/service sur un marché donné ;
– de la taille, qui dépend du nombre d’acheteurs et vendeurs et du montant
des sommes investies, et du niveau d’information et de professionnalisme
des intervenants (acheteurs et vendeurs). Un acheteur mal informé ou
intervenant sur un marché peu liquide peut acheter un produit/service trop
cher, un vendeur le vendre pas assez cher.
Plusieurs phénomènes ont amélioré l’efficience des marchés au cours
des siècles, notamment l’évolution spectaculaire du commerce et des
communications. Si on se penche sur l’histoire récente de la communication,
la diffusion des journaux, du téléphone, de la télévision, des téléphones
portables, d’Internet et des smartphones ont tous contribué à une amélioration
de l’efficience des marchés notamment dans la fixation du prix « juste » pour
tout bien ou service et la fluidité des transactions. Les cryptomonnaies
permettent, avec leur allié indispensable qu’est Internet, de fournir une telle
fluidité aux transactions et une telle transparence des prix au niveau mondial
qu’elles seront probablement la nouvelle étape de cette tendance de gain en
efficience des marchés.

Comment est gérée la valeur aujourd’hui ?


Dans les systèmes capitalistiques dans lesquels nous évoluons, tout ce qui
a de la valeur appartient à quelqu’un (qui peut être une personne physique (un
particulier) ou morale (une entreprise, une association, une administration,
etc.). Beaucoup d’objets que nous possédons ne sont pas répertoriés, si ce
n’est éventuellement par le ticket de caisse ou la facture que nous avons
gardés lors de l’achat. Pour l’argent et des objets de valeur plus
« importants », comme les actifs financiers, les véhicules, l’immobilier, les
diplômes, etc., nous utilisons divers registres qui permettent de dire à un
moment donné qui détient quoi, pour peu que ceux-ci soient bien gérés. Ils
ont tous pour particularité d’être gérés de manière centralisée par un système
bancaire, une entreprise ou une administration publique.

Résumé

• La valeur est la propriété, mesurée en économie par un prix, attribuée


à un actif en fonction de sa capacité à répondre à des besoins et des lois
de l’offre et de la demande.
• Tous les individus, entreprises, associations, administrations, etc., créent
(et consomment) a priori quotidiennement de la valeur par leur travail, les
biens et services qu’ils produisent, les événements qu’ils organisent, etc.
• La valeur est déterminée en économie par des marchés : l’efficience de
cette détermination dépend logiquement de celle des marchés sur
lesquels elle se fait.
• La valeur est aujourd’hui essentiellement gérée par des registres, gérés
eux-mêmes par des organismes centralisés, qui imputent les coûts de
gestion aux détenteurs des biens de valeur et imposent leurs propres
règles de gestion.

La blockchain comme nouvel outil de gestion de la


propriété
De la valeur à la propriété
Revenons maintenant à ce qu’est une blockchain : une blockchain est un
système décentralisé de stockage et de transmission d’informations qui
permet d’établir un consensus directement sur ce qui s’est passé. Elle permet
de fait de savoir indirectement et de manière très performante à chaque
instant « qui a quoi ». La blockchain pourrait-elle remplacer les registres que
les administrations et entreprises utilisent pour gérer non pas les biens de
valeur des personnes morales et physiques eux-mêmes, mais leur attribution,
c’est-à-dire la propriété ?
Reprenons dans l’ordre : en utilisant la cryptographie, en étant ouverte
à tous, en fonctionnant sur un réseau décentralisé et mondial, en ayant des
règles de fonctionnement très précises et accessibles à tous, et en incluant des
systèmes automatiques de rémunération des mineurs, c’est-à-dire des
personnes qui entretiennent le système, la blockchain est un système
autonome de gestion d’informations qui a fait ses preuves pour gérer des
données et des transactions et coûte peu cher, comme on peut le voir depuis
2009 avec les cryptomonnaies, tant qu’il ne tombe pas dans un système de
centralisation. Et si nous l’appliquions à la gestion de la propriété ?

L’exemple du cadastre
Prenons l’exemple du cadastre. Qu’est ce qu’un cadastre ? C’est un registre,
à présent informatique, tenu par une administration publique qui est censé
répertorier la propriété foncière d’un territoire donné parcelle par parcelle,
maison par maison. Ce registre doit donc être maintenu constamment à jour
et doit pouvoir dire à celui qui le consulte à chaque instant qui détient quoi
dans le domaine foncier. Un registre, constamment mis à jour, qui répertorie
des biens de valeur… À quoi pense-t-on ? À la blockchain bien sûr.
Imaginons qu’on utilise une blockchain pour gérer le cadastre, disons de la
France. L’administration en charge du cadastre (disons pour simplifier le
ministère de l’Économie et des finances) pourrait créer une blockchain
« CadastreFR » (si c’était l’administration japonaise, ce serait « CadastreJP »,
sachant que le mot « cadastre » est utilisé tel quel en anglais) et une monnaie
« CAFR ».
Pour mettre en place ce « crypto-cadastre », il faut commencer par
alimenter la blockchain avec les informations du cadastre actuel, attribuer
à chaque détenteur de propriété foncière en France une private key et
alimenter le solde de son compte avec ce qu’il possède, ce qui représenterait
déjà un travail assez conséquent (appelé « tokenisation »). Une fois ce travail
réalisé, il faudrait diffuser l’information que cette blockchain existe et que
des mineurs peuvent la mettre à jour. Qui est à la source des informations
venant enrichir le cadastre ? Les notaires. Les notaires enverraient les
informations sur les transactions foncières au réseau « CadastreFR » et des
mineurs se chargeraient de les vérifier, de les inclure dans des blocs en
respectant l’algorithme Po de la blockchain. Ils toucheraient, pour chaque
bloc miné, de faibles frais de transaction payés par les notaires et un montant
plus substantiel en CAFR automatiquement attribué qu’ils pourraient faire
valoir, comme toute monnaie émise par une administration française, auprès
de l’État français contre des euros (ou une autre monnaie officielle) ou une
déduction fiscale, ou qu’ils pourraient simplement vendre sur un exchange.
Voici ce à quoi pourrait ressembler l’écosystème de « CadastreFR » :

On pourrait appliquer la même formule à tous les registres tenus par les
entreprises, lieux d’enseignement, administrations, banques, etc. : les cartes
grises, les véhicules (cf. Carvertical), les diplômes, les pièces d’identité, les
actifs financiers, les comptes en banque, etc.

Les intrants de la blockchain


Trois conditions sont impératives au bon fonctionnement d’une blockchain :
– elle doit être programmée de manière impeccable : c’est le rôle des
développeurs ;
– elle doit toujours être disponible : c’est le rôle d’Internet ;
– les informations qui y sont entrées (les intrants) doivent être précises,
véridiques et respecter un certain format : c’est le rôle des mineurs.
Cette dernière condition peut être satisfaite de deux manières, qui peuvent
être combinées :
– Soit les intrants sont vérifiés par un processus informatique très fiable et
efficace, comme la signature numérique des transactions de
cryptomonnaies, permettant à toute personne satisfaisant ce processus
d’entrer des données dans le réseau de la blockchain : il s’agit alors d’une
blockchain publique.
– Soit la blockchain n’admet d’informations que de personnes ou de
machines bien spécifiques ayant un statut ou une licence particulière : il
s’agit alors d’une blockchain privée.
Dans ce dernier cas, il peut s’agir de machines qui sont susceptibles de
capter des informations pertinentes pour la blockchain (température
extérieure par exemple), de personnes spécifiques ayant intérêt à entrer une
information véridique (des clients, des professeurs, etc.), d’une personne ou
entité détenant de fait une certaine autorité (policier, notaire, huissier,
procureur de la République, etc.), de personnes susceptibles d’utiliser le
service proposé par la blockchain ou d’oracles (voir chapitre 7).
Vous pouvez sélectionner les personnes ou machines qui seront autorisées
à agir sur le réseau de votre blockchain en donnant à elles, et elles seules, des
public addresses actives et en leur demandant d’identifier les public addresses
qu’elles vont utiliser sur ce réseau (principe de la white list, ou liste blanche).
Cette sélection sera effectuée par un acteur appelé autorité, qui peut être une
société, ONG, association, administration publique, etc., qui exploite la
blockchain. Ce système de sélection des intrants est un des piliers du bon
fonctionnement d’une blockchain.

Résumé

• Étant un système décentralisé de stockage et de transmission


d’informations hyper efficace et peu coûteux, la blockchain est un outil
révolutionnaire qui permet de répondre à chaque instant à la question
« qui a quoi ? » dans un système donné, c’est-à-dire de gérer la propriété.
• La blockchain est potentiellement applicable à tous les registres tenus par
les entreprises, lieux d’enseignement, administrations, etc., qui gèrent la
propriété : cadastres, comptes en banque, etc.
• Le métier de mineur pourrait profiter du développement des blockchains
publiques, car chacune devra être constamment mise à jour et contiendra
des systèmes de rémunération automatique pour ceux qui voudront bien
assurer cette mission.
• Les intrants sont fondamentaux et doivent impérativement être
véridiques, précis, incontestables et respecter un certain format pour que
la blockchain fonctionne bien.

L’ubérisation bientôt dépassée


Qu’est-ce que l’ubérisation ?
Vous avez sans doute entendu parler de l’ubérisation de la société. Ce nom
vient de l’entreprise Uber, elle aussi née en 2009. L’idée de l’ubérisation,
c’est que vous, particulier, pouvez rendre un service habituellement rendu par
un professionnel, avec ce que vous possédez déjà, en le proposant sur une
plateforme gérée par une entreprise comme Uber, qui trouve des clients ou
plutôt des commandes pour vous et prend pour cela des commissions. Ces
entreprises gèrent la valeur que vous produisez et la vendent à un tiers,
permettant à de nombreux particuliers d’avoir de nouvelles sources de
revenus en transportant des personnes, des marchandises ou de la nourriture
avec leur voiture, leur scooter ou leur vélo, en louant leur machine à laver,
leur tondeuse à gazon ou une chambre (cf. Airbnb), etc. Ces entreprises ont
cependant deux grands désavantages pour leurs utilisateurs (clients et
prestataires de services) : elles prennent des commissions très importantes,
gardant parfois votre argent pendant des semaines avant de vous le reverser,
et elles fonctionnent selon un modèle centralisé et généralement non
transparent.

La blockchain comme outil de gestion de la valeur


L’ubérisation est ainsi un modèle récent de création et de gestion de la valeur,
plus ouvert, direct et flexible que le salariat classique par exemple, d’où son
succès. Mais la blockchain lui donne un sérieux coup de vieux. La
blockchain, nous l’avons vu, est un outil révolutionnaire qui permet de gérer
la propriété. Et si elle pouvait aussi gérer ce qui se cache derrière la propriété,
c’est-à-dire la valeur, à partir du moment où celle-ci peut être retranscrite et
gérée numériquement ? Vous avez probablement tous quelque(s) chose(s) de
valeur à apporter à d’autres personnes : garder des enfants, enseigner une
langue, faire le ménage, prêter, stocker ou livrer quelque chose, transporter
quelqu’un, préparer un repas, louer une chambre, etc. Et si demain la
blockchain rendaient Uber, Airbnb et compagnie caducs ? Et si l’ubérisation
était dans quelques années considérée comme une tendance des années 2010
qui n’a pas survécu à la blockchain ?

Un exemple : les locations de chambres


de courte durée à Paris
Prenons un autre exemple : imaginons que l’on crée demain la blockchain et
la place de marché des loueurs de chambres et appartements de courte durée
à Paris, et que les personnes désireuses de louer ne passaient plus par Airbnb
mais achetaient la monnaie de cette blockchain et payaient le loueur de leur
choix avec cette monnaie, éliminant ainsi les intermédiaires. Plus une
monnaie est achetée, plus elle coûte cher en autres monnaies. Si le cours de la
monnaie des loueurs de chambres et appartements de courte durée à Paris
s’apprécie, soit moins de personnes vont louer de chambres à Paris, car elles
sont devenues trop chères, soit les loueurs vont baisser le prix de leurs
chambres dans cette monnaie, soit (plus probable) l’un puis l’autre. La
monnaie va réguler automatiquement ce marché si les vendeurs ont la liberté
de fixer les prix eux-mêmes.
Comme dans l’exemple du cadastre, un premier travail assez conséquent de
regroupement des informations sur les chambres à louer à Paris, et
d’attribution de coins aux détenteurs de ces chambres, serait au préalable
nécessaire, et les loueurs pourront ensuite vendre cette monnaie aux clients
qui paieront leur location avec. Les mineurs se chargeront de mettre à jour la
blockchain et seront automatiquement rémunérés dans la monnaie de la
blockchain qu’ils pourront convertir en service (location de chambre à Paris)
auprès des loueurs ou une autre monnaie sur un exchange.
La blockchain appliquée à la location de chambres à Paris pourra rendre ce
marché hyper fluide, transparent et efficace : le cours de cette monnaie sera le
reflet direct de l’intérêt du public pour la location de chambres à Paris,
pourvu qu’elle ne soit pas majoritairement utilisée pour faire du trading pur et
simple. Les intervenants du système, informés en temps réel du cours de la
monnaie et du nombre de transactions par jour par exemple, vont
constamment ajuster leurs comportements d’achat et de vente de monnaie et
de locations. Les exchanges ou d’autres mécanismes permettront d’échanger
instantanément, et à très peu de frais, la monnaie des loueurs de chambre
à Paris contre celle des loueurs d’une autre ville, ou plus simplement des
monnaies fiduciaires suivant des cours déterminés par le marché et évoluant
constamment, permettant aux détenteurs de la monnaie de ne pas se retrouver
coincés avec celle-ci s’ils n’ont plus envie d’aller à Paris ou si les locations
sont devenues trop chères.
Voici ce à quoi pourrait ressembler cet écosystème axé autour d’une
blockchain et place de marché dénommée RoomParisS (S pour short, court
en anglais) et ayant « RPS » pour monnaie :

Je crois beaucoup, comme illustré dans les exemples du cadastre de la


France et des loueurs de chambres de courte durée à Paris, que la blockchain
aura rapidement des applications locales de gestion de valeur, se rapprochant
ainsi du monde réel, condition sine qua non de son succès, et rendant de plus
en plus superflus les systèmes centralisés de gestion de la valeur, et
s’appliquer progressivement à tout ce qui a de la valeur, qui va être
« tokenisé ». Elle permet en effet d’avoir un système autonome et hyper
efficace de gestion de la valeur, où chacun trouve son compte : les vendeurs
et acheteurs ne doivent plus payer de commissions immenses à un système
centralisé et savent toujours qui a quoi et ce qui peut être acheté ou loué
à quel prix. Les mineurs sont rémunérés par leur travail, les exchanges font le
lien entre les acheteurs et les vendeurs de la monnaie de la blockchain, et la
monnaie rend le marché hyper efficient, impactant constamment le
comportement des acheteurs et des vendeurs.

Un autre exemple : l’industrie musicale


Prenons un autre exemple de création et gestion de la valeur et de propriété
intellectuelle : l’industrie musicale. Aujourd’hui, je suis un artiste, je crée un
album et cherche à le diffuser et en tirer des revenus. Soit je vais voir une
maison de disques comme au bon vieux temps et espère qu’elle financera et
diffusera mon album dans les commerces et plateformes de streaming,
prenant au passage une commission confortable. Soit j’essaye de me faire
connaître via les réseaux sociaux, YouTube, Dtube, etc,. et d’aller voir les
plateformes de streaming en direct pour qu’elles me référencent et me
reversent quelques millionièmes de leurs revenus. Puisque je crée de la
valeur, pourquoi ne pas utiliser une blockchain pour la gérer ?
Comment cela fonctionnerait-il ? Imaginons que je suis le rappeur Telkel et
que je crée la blockchain qui va gérer les actifs de valeur que je crée : mes
chansons. On peut très bien imaginer que je mette aussi d’autres biens ou
œuvres sur ma plateforme (discussions privées, photographies avec
autographe, sessions d’enregistrement, albums physiques collector…). Je
crée aussi une place de marché où des utilisateurs pourront écouter et
télécharger mes chansons, et une monnaie, le « TLKL ». Les personnes qui
voudront écouter avec un son de très bonne qualité sur tous leurs appareils ou
télécharger mes chansons devront acheter des TLKL et payer sur ma
plateforme en fonction du nombre de chansons qui les intéressent, de la
possibilité de les télécharger ou non, de leur « valeur » (fixée par Telkel ou
selon l’ancienneté par exemple). Il y aura régulièrement des promotions et
des prix réduits à partir d’une certaine quantité, un album entier par exemple.
Les utilisateurs qui s’intéressent à Telkel auront intérêt à acheter des TLKL
pendant les périodes creuses (entre deux albums) pour pouvoir écouter mes
créations à moindres frais puisque le TLKL sera toujours valable sur la
plateforme pour acquérir mes créations, quel que soit le moment où il a été
acheté. Si le TLKL décroche lors de la sortie d’un album, cela veut dire qu’il
n’a pas plu. S’il le fait après une interview, cela veut dire que j’ai dit des
bêtises, offensé des gens ou était mal coiffé ou habillé ou accompagné. Et
inversement s’il monte. Les traders vont se spécialiser encore plus par
secteur, pays et même personnalité. Dès qu’une personnalité ayant sa propre
monnaie apparaîtra en public (dans le cadre d’un lancement d’album, d’une
apparition dans un film, d’une interview, d’une nouvelle sur sa vie privée,
etc.), le cours de sa monnaie variera. Le cours des TLKL, coté sur ma place
de marché et éventuellement des exchanges, reflétera donc en temps réel la
popularité de ma création artistique et même de Telkel en tant que personne
publique. Et il faudra bien réfléchir à cette décision (de créer sa propre
monnaie), car elle est a priori irréversible.
Vous le voyez, le modèle de gestion de la valeur apporté par la blockchain
pourrait être appliqué à un chanteur, un acteur, un club de foot, bref toute
personne ou entité qui crée… de la valeur. Tout créateur de valeur qui le
voudra pourra être « tokenisé » et coté tout comme le sont les entreprises
aujourd’hui via leurs actions.

L’histoire se répète-t-elle ?
Vous l’avez peut être lu ou entendu : on fait souvent le rapprochement entre
le stade de développement d’Internet du milieu des années 1990 et celui de la
blockchain aujourd’hui. Ce sont effectivement deux technologies a priori
décentralisées (ni Internet ni la blockchain n’appartiennent à une entité et
chacun peut y créer sans demander d’autorisation ou payer de royalties),
ayant des débuts un peu difficiles.
Nous l’avons vu, la blockchain est une technologie disruptive. Autant je
pense que l’histoire se répète 25 ans plus tard d’Internet à la blockchain,
autant je ne pense pas que nous soyons à l’aube d’une adoption de masse de
la première application viable de la blockchain, à savoir les cryptomonnaies,
et ce pour trois raisons essentielles : leur cours est trop volatil (problème que
les stablecoins ou le temps pourraient régler), la consommation d’énergie trop
élevée que leur minage entraîne (ce que la disparition ou du moins
l’évolution de l’algorithme PoW pourrait régler) et leur utilisation trop peu
conviviale et sûre pour les particuliers (ce que de nouvelles interfaces
pourraient changer).
On chante d’autre part régulièrement les louanges de la décentralisation, qui
est l’aspect clé des cryptomonnaies et de la blockchain, du moins jusqu’à
présent : elle permet de protéger plus efficacement les données personnelles
de chacun, elle engendre des coûts moins élevés, elle permet une plus grande
démocratie, elle apporte dans certains cas une plus grande sécurité par rapport
aux systèmes centralisés. La décentralisation a cependant aussi des
désavantages notoires, qui sont déjà perceptibles dans les cryptomonnaies :
– une plus grande difficulté à prendre des décisions et à investir pour faire
évoluer les modèles et les règles, comme on le voit notamment chez
Bitcoin ;
– un certain désordre qui entraîne une performance et une rapidité moindres,
car il faut plus de temps pour coordonner les participants et aller dans une
même direction ;
– une absence de garantie, de sécurité, de contrôle liée à l’absence d’organe
central, qui fait que ce que vous gagnez au niveau de la sécurité du système
dans son ensemble est largement minoré par ce que vous perdez dans
l’utilisation de celui-ci (concrètement, si vous envoyez des fonds à une
mauvaise adresse ou perdez votre private key, vous ne pourrez jamais
récupérer votre argent) ;
– un manque de convivialité dû encore une fois au fait qu’il n’y a pas
d’autorité centrale qui décide et investisse pour améliorer les processus et
interfaces.
Ces inconvénients de la décentralisation sont plus visibles que ses
avantages : le grand public n’est très probablement pas prêt à abandonner la
sécurité et la praticité de ses comptes en banque et comptes titres pour se
mettre à payer et investir en cryptomonnaies, quand bien même elles seraient
acceptées par plus de commerçants, et que cela lui permet de gagner en
protection des données personnelles et de faire des économies en termes de
frais de transactions.
Cela ne plaira pas aux tenants de la décentralisation, mais c’est l’arrivée
d’acteurs centralisés (Google et les navigateurs notamment) qui a permis
à Internet de se développer de manière fulgurante à partir de la deuxième
moitié des années 1990. Dans un système centralisé, vous pouvez vous
adresser à un organe unique (par exemple une administration publique ou une
entreprise) pour connaître les « règles du jeu » ou demander un
dédommagement en cas de dysfonctionnement du système ; cet organe
central peut prendre des décisions et investir parfois massivement (comme le
font les GAFA par exemple) pour améliorer le système. Un système
décentralisé doit impérativement être très bien paramétré dès le départ pour
qu’il puisse fonctionner le plus possible de manière autonome et n’a pas les
mêmes capacités d’investissement et de coordination.

Résumé

• La blockchain rend superflus les systèmes centralisés de gestion de la


valeur tels Uber et Airbnb.
• Une blockchain + une monnaie + une place de marché appliquées à un
actif peuvent servir de base à un système très efficient et autonome de
gestion de la valeur, avec pour acteurs les clients, fournisseurs, mineurs,
oracles, autorités, instances de contrôle, exchanges et le détenteur.
• La blockchain est appelée à avoir toujours plus d’applications locales de
gestion de la valeur, remplaçant progressivement les systèmes actuels,
avant que ceux-ci ne disparaissent.
• Tout ce qui a ou crée de la valeur pourra être « tokenisé » et coté, et
vous pourrez devenir mineur des blockchains des actifs qui vous
intéressent pour pouvoir les consommer en échange du travail de votre
ordinateur.

Le Web 3
Un des sujets sur lesquels planchent actuellement plusieurs équipes qui
s’intéressent à la blockchain est la connexion de celles-ci. Les exchanges et
les solutions de paiement s’y intéressent naturellement afin de pouvoir
faciliter l’échange de monnaies (cf. le Comit de TenX). Mais la connexion de
blockchains entre elles est ce qui pourrait faire naître le Web 3 dans les
années à venir. Dans le Web 3, le contenu du Web que des milliards de
personnes consultent chaque jour ne sera plus stocké sur des serveurs gérés
par des acteurs centralisés comme Microsoft, Google ou Amazon, mais
disséminé sur des ordinateurs qui recevront de petites sommes de
cryptomonnaies pour héberger ce contenu. Chaque blockchain a ses
avantages et désavantages, et propose telle ou telle fonction. Un Internet de
blockchains, le Web 3, permettrait aux utilisateurs de transférer de la valeur
entre blockchains pour profiter des caractéristiques et applications proposées
par chacune d’entre elles. Avec le Web 3, c’est véritablement l’ossature et la
manière de fonctionner d’Internet qui sont remises en question et orientées
vers la décentralisation.

Les origines du Web


Une grande partie du contenu que nous consultons en ligne a été déplacée sur
le cloud. Les données de la plupart des applications que nous utilisons au
quotidien sont en effet stockées dans des centres gérés par Amazon, Google,
Microsoft et d’autres. Avec l’avènement des applications décentralisées que
permet la technologie de la blockchain, les développeurs se tournent de plus
en plus vers des solutions de stockage décentralisé afin de ne pas subir la
censure, les interruptions de service et les piratages.
Peu à peu émerge ainsi le Web 3.
Depuis l’apparition du « World Wide Web » en 1994, Internet a pris petit à
petit une place primordiale dans notre vie quotidienne jusqu’à en englober
presque tous les aspects. L’infrastructure sous-jacente d’Internet, et les
services qui y sont proposés, sont interdépendants, formant un réseau en
perpétuelle évolution. Lorsqu’on parle d’Internet, on parle souvent du Web
1.0 et du Web 2.0. Le Web 1.0 c’était la naissance d’une nouvelle idée : si
nous pouvons connecter tous les ordinateurs du monde via un réseau
mondial, Internet, alors nous devrions être en mesure de rendre le contenu
présent sur chaque membre du réseau universellement accessible. C’est ce
qui a permis l’émergence de sites d’information comme Wikipedia et de e-
commerce comme Amazon. Pour que cette masse de données soit utilisable,
elle devait être indexée et consultable. Cette nécessité était derrière
l’innovation qui a conduit à la première génération du Web et la toute-
puissance de Google.
Le Web 2.0, en plus de garder les acquis du Web 1.0, a donné la possibilité
aux utilisateurs de créer eux-mêmes du contenu et de communiquer entre eux
en temps réel. Dans le Web 2.0, les programmes peuvent se connecter et
utiliser le Web comme un moyen de stocker des informations et de
communiquer les uns avec les autres. Les intermédiaires centraux, les
Google/YouTube et Facebook actuels, ont assumé les rôles de bases géantes
de données et de plateformes de communication, offrant des ressources
informatiques, une présence sur le Web et une convivialité aux créateurs de
contenu en échange de leurs données personnelles et de celles de leurs
interlocuteurs et spectateurs. Alors que ces nouvelles sociétés ont changé
notre façon de vivre et de fournir des services étonnants, elles tirent
également parti de leur position centralisée pour engranger des profits. Ainsi,
des millions de petits producteurs de contenu créent immensément de valeur
pour très peu d’entreprises, obtenant très peu de chose (un hébergement
gratuit ou de très petites sommes d’argent) en échange de leur travail. C’est le
modèle du Web 2.0.
Les millions de vidéos, messages, photos, etc., ajoutés chaque jour dans les
registres de ces grandes entreprises centralisées, doivent être stockés, indexés
et mis à disposition des internautes. Comme Google, Facebook et cie.
n’effacent quasiment rien, ils ont besoin de centres de données toujours plus
grands et gourmands en énergie qu’ils vont installer soit près d’une centrale
nucléaire, soit dans des pays du Nord de l’Europe ou de l’Amérique pour
économiser en énergie pour refroidir leurs serveurs. Indexer ce contenu et le
sécuriser coûte toujours plus cher, et cela continuera tant qu’il n’y aura pas de
limite au contenu que chacun peut stocker et de processus d’effacement de
certains contenus. Le modèle de fonctionnement de ces silos centralisés de
données est de plus en plus menacé par l’explosion des données créées par les
utilisateurs, laissant la place à un nouveau modèle d’organisation plus
décentralisé.

Le nouvel Internet se dessine


Le Web 3 propose un nouveau modèle d’interaction entre programmes et
contenus. Si les plateformes centrales disparaissent, ce contenu sera
disséminé sur une myriade d’ordinateurs. Les propriétaires de ces ordinateurs
seront incités financièrement à les mettre à disposition pour stocker ce
contenu. Des processus basés sur la cryptographie asymétrique remplaceront
le SSL et de puissants protocoles d’indexation le HTTP.
Ils sont actuellement développés pour organiser ce nouvel Internet et ont
pour noms IPFS, IPNS, Swarm, Filecoin, etc. Le contenu auquel vous
accéderez sera stocké sur plusieurs ordinateurs membres de blockchains qui
ont chacune une fonction bien précise (gérer des mots de passe, effectuer des
transactions financières, proposer des informations sur des produits, stocker
des vidéos, etc.). Votre navigateur fera appel à telle ou telle blockchain
suivant vos requêtes.
Comme le contenu sera dupliqué sur plusieurs ordinateurs et qu’il n’y aura
pas de serveur central qui organise le trafic, les connexions pourront trouver
dynamiquement le chemin le plus efficace dans ce nouveau Web et
contourner la congestion ou les ordinateurs défaillants. Les systèmes actuels
basés sur la blockchain n’ont cependant pas encore la capacité de gérer de
telles masses de données et de requêtes, mais l’architecture théorique du Web
3 prend forme à l’heure où j’écris. Le protocole d’indexation IPFS
(Interplanetary file system), développé par Viktor Trón et son équipe de
Protocol Labs, permet ainsi de stocker des données sur un grand nombre
d’ordinateurs connectés. Dans ce protocole, un réseau pair à pair remplace un
serveur central pour établir des connexions. Différents modèles sont par
ailleurs à l’étude pour stocker le contenu et rémunérer les nœuds en fonction
de la masse du contenu qu’ils stockent, de leur capacité à résoudre des
problèmes mathématiques ou du hasard.

Résumé

• Internet tel que nous le connaissons fonctionne selon un modèle qui s’est
beaucoup centralisé, que ce soit sur la gestion du trafic ou des contenus,
ou la captation des profits.
• Après le Web 1.0 qui a donné à tous la possibilité de se renseigner et
d’acheter en ligne, et le Web 2.0 qui a permis à chacun de créer, de
communiquer et d’avoir ainsi sa place sur le Web, un nouvel Internet se
fait jour.
• Ce nouvel Internet, le Web 3, fonctionne selon un modèle décentralisé de
stockage des données sur des ordinateurs membres de différentes
blockchains, remplissant chacune un rôle et que le terminal de l’utilisateur
va combiner pour répondre à ses requêtes.
• De nombreuses équipes mettent actuellement en place des systèmes
d’indexation et d’incitation financière comme IPFS ou Swarm afin de
construire ce nouveau Web décentralisé.

Les nouveaux métiers


L’avènement de la blockchain permettra à de nouveaux métiers de voir le
jour. En voici huit exemples.

Mineur
Déjà évoqué plusieurs fois dans cet ouvrage, et essentiel au fonctionnement
de la blockchain, le métier de mineur est appelé à changer rapidement avec
l’évolution des algorithmes Po et il demande un investissement assez
conséquent en argent (pour acquérir le matériel nécessaire) et en temps (pour
se former et paramétrer et surveiller ses programmes).
Avec l’évolution des capacités de calcul des processeurs, et la
généralisation des blockchains, nous deviendrons demain tous mineurs avec
notre smartphone, sans même nous en rendre compte, et les blockchains que
nous minons diront un peu qui nous sommes ou du moins ce que nous
consommons.

Créateur de système de gestion de valeur fondé


sur la blockchain
La blockchain, encensée même par ceux qui ne voient dans les
cryptomonnaies que des pyramides de Ponzi ou des bulles, est je pense la
technologie qui nous permettra d’atteindre un nouveau stade d’efficience
organisationnelle, en créant de nouveaux systèmes économiques et en
optimisant grandement tous les processus nécessitant une validation.
Il faudra des personnes et des entreprises pour adapter cette technologie
à chaque entreprise, administration, association, etc. Ces personnes et
entreprises existent déjà (Consensys par exemple) mais sont encore
relativement confidentielles.

Émetteur de cryptomonnaie
Quand toutes les entreprises, artisans, administrations, associations, petites ou
grandes, allemandes ou colombiennes, voudront avoir leur propre monnaie
parce que c’est intéressant pour elles ou parce que leur État cessera d’émettre
une monnaie nationale comme nous les connaissons aujourd’hui, elles auront
besoin de compétences pour créer et gérer cette monnaie.
Les plus petites auront peut-être recours à des sociétés spécialisées dans
l’émission de cryptomonnaies par secteur et/ou zone géographique.
Par exemple, un restaurant bordelais qui utilisera une monnaie destinée à la
restauration et aux lieux de sortie en Gironde. Les plus grandes émettront
elles mêmes une voire plusieurs monnaies : une pour leurs clients, une pour
leurs employés, etc.

Programmeur de blockchain
Techniquement, une blockchain est un algorithme informatique programmé
en C, C++, Javascript, Python, Haskell, Solidity, etc. Étant un code open
source, vous pouvez créer votre blockchain en copiant et adaptant une
blockchain déjà existante ou en créant la vôtre, ce qui est plus compliqué.
Les programmeurs de blockchains ont de beaux jours devant eux, car leurs
compétences vont être très prisées. Il est essentiel de programmer la
blockchain de manière impeccable, car une fois qu’elle est lancée, elle est
difficile à modifier ou stopper. L’architecture de la blockchain et son
fonctionnement, dictés notamment par l’algorithme de consensus Po, sont des
points essentiels qu’il faut mûrement réfléchir et correctement programmer
avant de lancer la machine. Protéger la blockchain contre les pirates est
également une tâche importante des programmeurs.

Programmeur de contrats intelligents


Comme pour la blockchain, il vaut mieux être sûr de soi quand on lance un
contrat intelligent, car une fois qu’il est lancé, rien ne l’arrête, et une petite
erreur de conception peut avoir de lourdes conséquences financières. Si vous
programmez mal les conditions, les montants ou les échéances par exemple,
une machine ou une personne peut se retrouver coincée ou se voir refuser
l’accès à un bien auquel elle a pourtant droit.
Votre contrat doit aussi être inviolable pour ne pas qu’une personne
s’arroge des droits. Comme un contrat intelligent fonctionne de manière quasi
autonome, il peut créer d’importants problèmes s’il est détourné et si les
parties ne s’en rendent pas compte suffisamment vite. Là aussi, des
compétences informatiques et juridiques seront essentielles pour arriver à de
bons résultats, et le métier de programmeur de contrats intelligents devrait
devenir important.

Oracle
Les contrats intelligents ont besoin de données qu’ils comparent aux clauses
du contrat pour fonctionner. L’idée est qu’ils soient le plus autonomes
possible, c’est-à-dire qu’ils puisent le plus possible ces données dans un
réseau type Internet ou blockchain en fonction du comportement des parties
du contrat et du temps. Mais ce n’est pas toujours possible.
C’est pourquoi un nouveau métier d’oracle, ou pourvoyeur d’informations
dans le monde réel, proche de celui d’huissier, est nécessaire au bon
fonctionnement de certains contrats intelligents. Un oracle ira constater ou
évaluer des événements du monde réel et fournira des informations au réseau
sur lequel fonctionne le contrat intelligent pour que celles-ci soient traitées
par les mineurs et que certaines actions soient enclenchées ou non,
conformément aux clauses du contrat.

Gestionnaire de blockchain(s)
La blockchain est un système autonome et décentralisé de stockage et
transmission d’informations ; il nécessite cependant d’être surveillé, alimenté
et mis à jour périodiquement, une fois qu’un programmeur l’a créé.
Le gestionnaire de blockchain doit veiller à ce que le système fonctionne
bien : vérifier que chaque acteur ait sa place et joue son rôle, laisser les
bonnes personnes, machines, entreprises, intervenir sur le réseau, créer le
nombre nécessaire de public addresses, les distribuer aux bonnes personnes et
tenir un registre, contrôler le cours de la monnaie, etc.
Spécialiste de la traçabilité des transactions sur
blockchain
Si les cryptomonnaies se généralisent et deviennent un moyen de paiement
répandu, et si les utilisateurs s’identifient systématiquement auprès des
exchanges et des pourvoyeurs de public addresses, alors il sera possible de
tracer très efficacement les transactions effectuées avec les monnaies non
anonymes, ce qui peut être utile pour l’administration fiscale ou juridique, les
banques, la police, les assurances, etc.
Savoir reconnaitre les public addresses en fonction de leurs premiers
caractères, savoir naviguer entre les blockchains, savoir retracer l’activité
d’une ou de plusieurs public addresses, savoir qui contacter pour obtenir les
informations manquantes seront des compétences précieuses pour ces entités.
À noter que la traçabilité ne s’applique pas qu’aux transactions mais que la
blockchain peut aussi être utilisée pour tracer des produits alimentaires ou
médicaux, comme le fait par exemple l’entreprise Clear Karma.

Résumé

• Tout comme la progression de l’intelligence artificielle, l’avènement de la


blockchain va rendre caducs certains modèles économiques et métiers, et
permettre à de nouveaux de voir le jour.
• La plupart de ces métiers existent déjà : mineur, programmeur de
contrats intelligents et oracle par exemple.
• L’essor de la blockchain va encore accroître le besoin de programmeurs
et de développeurs.
• Certains métiers comme mineur, gestionnaire de blockchain ou oracle
nécessitent moins de compétences informatiques pointues et sont de ce
fait ouverts à un plus large public.

Passer à la blockchain
Voici la marche organisationnelle à suivre si vous souhaitez passer
concrètement à un système de gestion de la valeur fondé sur la blockchain.
La « tokenisation »
Avant de passer à un système de gestion de valeur fondé sur la blockchain,
vous devez répondre à ces quatre questions :
– Quels sont les actifs à gérer ? (Quoi ?)
– Qui les produit ou les détient ? (Qui ?)
– Combien y en a-t-il ? (Quelle quantité ?)
– Combien valent-ils ? (Quelle clé d’attribution ?)
Reprenons nos trois exemples et répondons à ces questions pour chacun :
Blockchain/Projet CadastreFR RoomParisS Telkel
Quels sont les Propriété Chambres destinées Droits musicaux
actifs à gérer ? foncière en à la location courte durée à de la musique
France, en Paris en nombre de personnes de Telkel
m2 pouvant être hébergées sur un
an
Qui détient Propriétaires Propriétaires de chambres à Telkel
ces actifs ? fonciers Paris destinées à la location
en France courte durée
Combien 1 milliard 150 000 000 nuitées par an 5 000 000
y en a-t-il ? de m2 droits musicaux
uniques
à vendre
Combien valent- 1 m2 = 1 nuitée/personne = 1 RPS Droit pour
ils ? 1 CAFR 1 chanson pour
1 personne =
1 TLKL
Nombre de 1 000 000 000 150 000 000 5 000 000
tokens à créer
La réponse à la première question est en principe facile à trouver : il s’agit
des actifs que votre blockchain va permettre de gérer et éventuellement
vendre. Plus les actifs sont homogènes, mieux c’est. Il faut déterminer une
unité de compte de ces actifs (mètre carré par exemple).
Comme le système que vous souhaitez mettre en place remplace un autre
système pré-blockchain, vous avez en principe déjà un registre répertoriant
les actifs que vous souhaitez gérer via la blockchain et les détenteurs de ces
actifs, comme le cadastre actuel ou la liste des chambres destinées à la
location de courte durée que détient (peut-être) la Ville de Paris. Mais ce
changement de système de gestion peut justement être l’occasion de remettre
ces registres à jour, auquel cas il vous faudra contacter les personnes/entités
qui détiennent l’actif à gérer et leur demander de déclarer la « quantité » de
cet actif qui est en leur possession dans une unité et à un instant T bien
spécifiés par l’organisateur de la blockchain, exactement comme les cours
des monnaies qui ont été converties en euro ont tous été déterminés à la
même seconde. Les détenteurs d’actifs vont jouer le jeu, car ils vont recevoir
le nouveau token gratuitement et voudront faire partie du nouveau système.
Cela vous permet au passage de répondre à la troisième question.
La constitution du système de gestion de la valeur fondé sur la blockchain est
plus simple si une seule personne ou entité produit ou détient de la valeur
dans le système, comme dans le cas de Telkel, et si les actifs à gérer sont
homogènes.
Déterminer une clé d’attribution est plus complexe. Ceci doit être décidé
par les organisateurs de la blockchain et une partie au moins des détenteurs
d’actifs. Celle proposée pour CadastreFR est irréaliste, mais elle a été choisie
par souci pédagogique. Dans la vraie vie, on choisirait probablement 1 € = 1
CAFR. Une fois ce travail effectué, vous pouvez déterminer le nombre de
tokens qui doivent être créés à la naissance de votre blockchain et les
attribuer dans la bonne proportion aux bonnes personnes ou entités. Les
détenteurs d’actifs se voient donc attribuer de la monnaie qui sort de nulle
part, mais cela les motive pour participer à ce nouveau système et compense
leur contribution à la mise en place du système.
La tokenisation est donc le fait, dans la constitution d’un système de gestion
de la valeur fondé sur la blockchain, d’attribuer aux détenteurs de l’actif géré
un certain montant de la monnaie de la blockchain (des tokens) suivant la
quantité d’actifs qu’ils possèdent, dans une unité bien précise, en fonction
d’une clé de répartition décidée par les organisateurs du système, et identique
pour tous. La tokenisation a lieu en principe une seule fois, lors de la création
de la blockchain, mais peut se reproduire selon des conditions à bien définir
au préalable si des détenteurs de l’actif qui utilisaient un autre système de
gestion souhaitent rejoindre la blockchain.

Mise en service de la blockchain


Voilà, votre blockchain est prête, il faut maintenant que des transactions aient
lieu et que quelqu’un les vérifie et les intègre à la blockchain. Il faut
éventuellement qu’une entité contrôle les détenteurs d’actifs pour veiller
notamment à ce que ces derniers soient conformes à leur description initiale,
de bonne qualité et qu’on ne mette pas n’importe quoi dans la blockchain. Il
faut aussi signifier à un ou plusieurs exchanges que votre blockchain et votre
monnaie existent, et qu’il y aurait un avantage à ce que cette dernière soit
cotée chez eux. Il faudra donner les informations sur cette monnaie aux
exchanges où elle est cotée et à des sites d’informations comme Coin market
cap.
Pour que des transactions aient lieu, il faut que des acheteurs paient l’actif
dans la nouvelle monnaie, et l’achètent pour cela sur un exchange. On peut
imaginer une période de transition où on pourrait obtenir les actifs à la fois
contre des euros ou la nouvelle monnaie, et que seule cette dernière soit
acceptée à partir d’une certaine date. Il faudra aussi informer les mineurs
qu’ils peuvent mettre leur travail au service de cette nouvelle blockchain et
qu’ils obtiendront pour ce faire la nouvelle monnaie qu’ils pourront échanger
auprès des détenteurs, contre la jouissance de l’actif de la blockchain ou sur
un exchange contre une autre monnaie fiduciaire ou cryptographique.

Casting
Votre blockchain, si elle accepte tout type d’intervenant, doit proposer un
mécanisme de vérification de la conformité et de la véracité des informations
qui lui sont transmises, comme la signature numérique des cryptomonnaies.
Si votre blockchain ne doit être accessible qu’à un certain type de personnes
et/ou de machines, il faut communiquer à celles-ci des public addresses
actives et leur demander de s’identifier ou recruter une autorité pour contrôler
les informations envoyées au réseau.

Exemple d’une société qui met en œuvre la


blockchain dans le monde réel
Consensys est une entreprise fondée en 2015 par un des créateurs
d’Ethereum, le Canadien Joseph Lubin, et basée à New York. L’objectif de
l’entreprise est de développer la productivité de chacun et de permettre une
gouvernance décentralisée à travers le développement de solutions (logiciels,
applications, contrats intelligents, etc.) basés sur la blockchain d’Ethereum,
comme par exemple des solutions de paiement internes ou externes, de
collecte et de gestion de données personnelles, de gestion de la propriété
foncière, de sécurité informatique, de traçabilité d’actifs physiques ou
virtuels, etc.
Consensys est une des sociétés qui fait de la blockchain une réalité. Les
projets sur lesquels elle travaille ne sont pas connus du grand public, mais
l’intérêt de nombreuses organisations est là, et l’entreprise compte déjà plus
de 500 salariés. Elle est actuellement représentée par Ken Timsit en France.

Consensys est en fait un ensemble de sociétés toutes dédiées à la promotion


de projets blockchain portés par des start-up, des grandes entreprises ou des
administrations publiques. Citons notamment :
– Consensys ventures, Consensys Capital Asset Management et Token
foundry, des sociétés de capital-risque qui interviennent à divers stades de
développement de projets blockchain.
– Consensys solutions, qui accompagne des entreprises, ONG,
gouvernements, etc., pour mettre en place, tester et déployer des solutions
blockchain publiques et privées. On trouve parmi ses clients le WWF,
Microsoft, Procter and Gamble ou l’Union européenne.
– Consensys academy, qui forme des employés, des développeurs, des
étudiants à la blockchain et à celle d’Ethereum en particulier.
– Consensys labs, un incubateur de start-up dans le domaine de la
blockchain.
Résumé

• Un important travail préalable de répertoriage des actifs et des détenteurs


de ceux-ci est nécessaire si vous souhaitez constituer un système de
gestion de la valeur fondé sur la blockchain.
• Une fois ce travail effectué et une clé de répartition déterminée, vous
pouvez passer à la tokenisation, c’est-à-dire l’attribution de tokens aux
détenteurs d’actifs de la blockchain.
• Il vous faut maintenant « recruter » les acteurs qui participeront à la
bonne marche de la blockchain : clients, fournisseurs, mineurs, instances
de contrôle, fournisseurs d’informations et exchanges.
• Pour pérenniser le système, essayez d’intégrer tous les détenteurs de
l’actif géré par votre blockchain dans une zone donnée (une ville ou un
pays par exemple) et de n’accepter progressivement que la monnaie de la
blockchain pour acquérir cet actif via votre système.

Schémas récapitulatifs
Je vous propose, pour conclure cette partie, des schémas récapitulatifs des
nouveaux écosystèmes que la blockchain rend possibles.
Pour rappel, les acteurs participant à une blockchain sont :
– les clients : ils envoient des requêtes au réseau de la blockchain et paient
dans la monnaie de la blockchain pour obtenir un bien, un service, un
dédommagement, etc. ;
– les fournisseurs : ils proposent un bien ou un service sur le réseau de la
blockchain ;
– la place de marché : elle propose des actifs mis à disposition par les
fournisseurs aux prix qu’ils ont fixés dans la monnaie de la blockchain ;
– la monnaie : à chaque blockchain est associée une monnaie, qui peut porter
le même nom ou pas ;
– les mineurs : ils vérifient les requêtes émises par les clients et oracles sur le
réseau de la blockchain, les regroupent en blocs, les ajoutent aux blocs déjà
présents et perpétuent ainsi la chaîne de blocs ;
– les oracles : ils fournissent de manière neutre et structurée des informations
au réseau de la blockchain qui vont être captées par les mineurs ;
– les autorités : elles servent de filtre entre clients et réseau de la blockchain
pour contrôler au niveau juridique ou administratif la véracité des
informations transmises par des clients au réseau dans certains types de
blockchains. L’autorité peut être le détenteur de la blockchain lui-même, ou
une entité payée par celui-ci, un officier public par exemple ;
– les instances de contrôle : connexes à la blockchain, elles contrôlent les
biens et services que les fournisseurs mettent à disposition sur la place de
marché. Comme l’autorité, l’instance de contrôle peut être le détenteur de la
blockchain lui-même ;
– les exchanges : connexes à la blockchain, ils permettent d’acheter, de
stocker, d’envoyer, de recevoir et de revendre des monnaies.
La blockchain elle-même stocke et transmet les informations enregistrées
par les mineurs qui déclenchent des réactions dans le monde réel et sont
consultables par les acteurs de celle-ci.

Schémas généraux
Blockchain 1.0 : gestion de transactions

Blockchain 1.0 : gestion d’actifs


Blockchain 2.0 : gestion de contrats intelligents

Exemples de contrats intelligents sur blockchain


Voici pour terminer sept exemples d’applications de la blockchain pour
exécuter des contrats intelligents dans le monde réel.
Blockchain de contrat d’assurance
Blockchain de location
de voiture lors de la location

Blockchain de location
de voiture à la fin de la location
La blockchain testamentaire est paramétrée par la personne rédigeant le
testament et le notaire dans le respect de la loi en vigueur du pays où ils se
trouvent. Elle ne peut se mettre en œuvre que s’il n’y a pas de litige lors du
décès de la personne.
Blockchain testamentaire

Blockchain des Restos du cœur

Ce modèle des Restos du cœur pourrait être adapté au RSA ou au revenu


universel par exemple.
Blockchain de la vente aux enchères
Blockchain de loterie
Conclusion
Lorsque Larry Page et Sergueï Brin expliquaient leur ambition derrière
Google au milieu des années 1990, ils disaient qu’ils voulaient simplement
mettre de l’ordre dans « l’Internet ». On voit où cela les a menés. Et si la
blockchain était la technologie qui nous permettrait d’atteindre un nouveau
niveau d’efficience organisationelle, remplaçant au fur et à mesure tous les
systèmes centralisés de gestion de la valeur, permettant à de nouveaux
métiers de voir le jour ? Et si toutes les entreprises allaient vouloir très
prochainement avoir leur blockchain, comme elles ont voulu avoir leur site
web il y a vingt ans ?
Nous sommes entrés en 2009 dans « Blockchain chapitre I : les
cryptomonnaies ». Que sera le chapitre 2 ? « Blockchain chapitre II : les
systèmes décentralisés » ? Ce chapitre a-t-il déjà commencé ? Est-ce le bon
moment pour prendre le train en marche ? Est-ce le début de la fin des
systèmes centralisés ? Je pense que oui : les cryptomonnaies ne sont à mon
sens que la première application de la technologie de la blockchain. Elles
apportent de nouvelles idées et préfigurent les changements que pourraient
connaître nos économies et sociétés, mais ne sont pas encore prêtes à
remplacer les monnaies que nous connaissons à cause de leur manque de
convivialité, de la grande volatilité de leurs cours et de la consommation
astronomique d’énergie qu’elles entraînent.
De la futarchie au Web 3, des applications décentralisées aux marchés
prédictifs, la blockchain permet à de nouvelles idées et de nouveaux
décideurs de voir le jour. Si vous avez investi de l’argent dans les
cryptomonnaies ou voulez le faire et gagnez de l’argent, tant mieux pour
vous. Allez plus loin : intéressez-vous à la blockchain en tant que telle et à
ses applications. Intéressez-vous aux nouveaux modèles et idées basés sur la
blockchain qui voient le jour. Si ce livre vous a permis de commencer à le
faire, alors il a accompli sa mission.
Annexes
Lexique
Airdrop
Un airdrop est l’équivalent des dividendes dans le monde des cryptomonnaies. C’est la
procédure qui consiste à distribuer des coins à des détenteurs d’une cryptomonnaie
particulière à un instant t, essentiellement pour les cryptomonnaies qui ne sont pas PoS car
celles-ci ont par nature déjà des mécanismes d’allocation automatique de coins aux
détenteurs stables. Les sociétés derrière les coins les distribuent de deux manières : en
sélectionnant des détenteurs aléatoires ou en annonçant publiquement l’airdrop et les
conditions pour en bénéficier (suivre un projet sur un réseau social ou rejoindre le réseau
social du coin en question). Les airdrops sont très tendance dans le monde des
cryptomonnaies. Aujourd’hui (mars 2018) les largages les plus communs sont ceux qui
exigent des utilisateurs de remplir diverses tâches sociales afin de pouvoir y participer. Les
tâches sociales peuvent être de rejoindre le groupe Telegram, ou de suivre un projet
blockchain sur Twitter ou un autre réseau social.
Altcoin
Un altcoin est simplement un autre coin que le bitcoin. Le terme est abrégé régulièrement
en anglais en « alts ».
Bloc
Dans le monde de la blockchain, un bloc est un ensemble de transactions (plusieurs
milliers), ou pour être précis de transaction-IDs, qui sont regroupées avec d’autres
informations suivant des règles très précises et ajoutées aux blocs précédents, formant ainsi
une chaîne de blocs, ou blockchain.
Blockchain
La blockchain est une technologie de stockage et transmission d’informations sans organe
de contrôle. La blockchain est au cœur du fonctionnement des cryptomonnaies.
Techniquement, c’est une grande base de données qui se présente sous la forme d’un livre
de comptes numérique partagé et inaltérable appelé ledger en anglais qui contient des
informations et est mis à jour constamment en fonction d’un protocole initial propre
à chaque blockchain. Dans le cas d’une cryptomonnaie, toutes les transactions effectuées
avec celle-ci sont enregistrées dans sa blockchain, qui est disponible pour tous à tout
moment (sauf rares exceptions). Elle est en effet stockée sur des ordinateurs partout dans le
monde, ce qui évite qu’il y ait un serveur central qui puisse être piraté. Une blockchain peut
également stocker d’autres données comme des informations sur des événements qui se
seraient produits ou non, pour alimenter des contrats intelligents, ou des résultats de calculs
pour faire tourner des applications décentralisées (dapp) par exemple.
Burn
« Burn » est un verbe anglais qui signifie « brûler ». Dans le monde des cryptomonnaies, ce
terme est employé pour désigner le fait, pour un émetteur de coins, de détruire lui-même un
certain nombre de ceux-ci afin de faire baisser le nombre de coins en circulation, ce qui
augmente en principe mécaniquement la valeur de ceux qui restent.
Coin
Un coin (du terme anglais qui veut dire pièce de monnaie) est une monnaie
cryptographique, ou cryptomonnaie. On voit aussi parfois le terme « token », qui est
légèrement différent (voir plus bas). Dans ce livre, le terme « coin » désigne toutes les
cryptomonnaies, qu’elles soient des coins ou des tokens. Il est important de noter que toute
cryptomonnaie est toujours liée à une plateforme ou un système qui porte un nom parfois
différent, et où cette cryptomonnaie sert de moyen de paiement. Par exemple, le bitcoin est
une cryptomonnaie et le Bitcoin un système de paiement. L’Ethereum (ou EVM, Ethereum
Virtual Machine) est une plateforme de développement d’applications et de contrats
intelligents, l’ether (ETH) est sa monnaie. Idem avec Tron (plateforme) et Tronix
(monnaie).
Consensus
Le consensus est un élément fondamental du fonctionnement des cryptomonnaies. Le
consensus est un accord d’un groupe de personnes sur ce qui s’est passé, en d’autres termes
sur la réalité perçue. Dans les cryptomonnaies, la réalité ce sont les transactions (qu’est-ce
qui s’est passé ?), le solde des comptes (qui possède quoi ?) et éventuellement d’autres
types de données. À chaque seconde a lieu un certain nombre de transactions pour une
monnaie donnée, qui sont déversées dans le réseau et captées par les nodes et mineurs.
Chaque mineur regroupe et vérifie ces transactions pour former des blocs. Les transactions
en tant que telles sont les mêmes pour tous les mineurs, qui n’ont ni temps ni intérêt à les
déformer à leur avantage, sans quoi ils seraient exclus rapidement du réseau. Mais chaque
mineur regroupe des transactions différentes dans son bloc. Un algorithme propre à chaque
blockchain, baptisé Proof of (voir ci-après) permet de déterminer quel mineur aura
« raison », donc quel bloc sera ajouté à la blockchain et quel sera ainsi le consensus. Une
blockchain peut donc être vue comme un système décentralisé d’établissement d’un
consensus.
Contrat intelligent
Un contrat intelligent est un protocole informatique qui peut être exécuté automatiquement,
ou presque, via des outils numériques, notamment la blockchain. Les clauses du contrat
prévoient que certains événements se produisent à une date particulière si telle ou telle
condition est réunie. Les outils numériques permettent de vérifier en temps réel si les
conditions du contrat sont respectées et si l’heure est venue pour qu’un événement en
particulier se produise. Des personnes appelées oracles peuvent entrer en jeu pour fournir
des données au système que des machines ne peuvent pas constater dans le monde réel ou
évaluer convenablement.
Dapp
Une dapp est une application décentralisée (decentralized application) fonctionnant sur un
réseau lui-même décentralisé comme celui d’Ethereum par exemple. Elle est hébergée sur
plusieurs ordinateurs à la fois et peut fonctionner même si une partie du réseau est
endommagée ou inaccessible. La différence entre une dapp est une application classique est
donc la manière dont elle est hébergée et activée (décentralisée/centralisée) et dont les
serveurs back-end fonctionnent. Alors que les applications standards utilisent des langages
de programmation comme Node, Django ou Rails, les dapps utilisent la blockchain (2.0 en
l’occurrence) pour fonctionner. Cela permet d’une part de ne pas avoir à recourir à un
hébergeur centralisé, d’autre part de donner plus de pouvoir aux utilisateurs.
Les dapps ont quatre caractéristiques fondamentales :
– elles sont gérées en open-source et de manière autonome ;
– elles utilisent la blockchain pour stocker les données ;
– elles utilisent un token basé sur une blockchain 2.0 comme Ethereum pour stocker la
valeur (exemples : Augur, Gnosis, BAT, OmiseGo, etc.) ;
– la génération des tokens se fait par un algorithme basé sur la cryptographie.
Les dapps ont des coûts de fonctionnement très réduits, elles sont quasiment invulnérables
puisque non stockées sur un serveur unique, elles donnent plus de pouvoir à leurs
utilisateurs et elles permettent de tester de nouveaux modèles comme on peut le voir avec
Gnosis et Augur.
Difficulty target
Dans le système « Proof of Work », le difficulty target, ou niveau de difficulté, est une
condition imposée aux mineurs pour que le bloc qu’ils proposent soit accepté et qu’ils
touchent ainsi la récompense. Techniquement, c’est une condition imposée à l’empreinte
d’un bloc de transactions issue d’une fonction de hachage pour que celui-ci soit accepté. Ce
niveau de difficulté varie au cours du temps pour que la fréquence de création des blocs
soit conforme à celle indiquée dans le protocole de la cryptomonnaie (toutes les dix
minutes pour le bitcoin par exemple). Plus le niveau de difficulté est élevé, plus les mineurs
doivent « travailler » pour le satisfaire, valider un nouveau bloc et toucher la récompense
correspondante. Plus il y a de mineurs, plus la difficulté doit être réhaussée pour que la
fréquence de création de blocs reste constante, comme c’est le cas notamment du bitcoin où
le niveau de difficulté est ajusté (réhaussé) tous les 2 016 blocs, soit environ deux
semaines. Pour le bitcoin, le niveau de difficulté est le nombre de zéros par lequel doit
commencer l’empreinte du bloc après son passage dans la fonction de hachage. Il est
actuellement de 19 zéros, comme dans l’empreinte suivante :
0000000000000000000eb3f3245e0ad7fa2b6dacc3b6629e75a6d4f7d1020fa7.
Double spending
La double dépense est une faille potentielle dans un système monétaire numérique, dans
lequel le même coin peut être dépensé plus d’une fois. Ceci est possible si un coin est
constitué d’un fichier numérique qui peut être dupliqué ou falsifié. Comme avec de la
monnaie contrefaite, une telle double dépense conduit à l’inflation en créant une nouvelle
quantité de monnaie frauduleuse qui n’existait pas auparavant. Ceci dévalue la monnaie par
rapport aux autres monnaies, diminue la confiance des utilisateurs ainsi que la circulation et
la rétention de la monnaie. Des techniques cryptographiques comme la signature
numérique ont été inventées et mises en œuvre, dans le cadre notamment des
cryptomonnaies, pour éviter les doubles dépenses tout en préservant l’anonymat dans une
transaction. Un des grands avantages du bitcoin et de toutes les cryptomonnaies qui l’ont
suivi est d’éviter cette double dépense grâce à des techniques cryptographiques.
Dust
Le dust, poussière en anglais, ce sont tous ces très petits montants de cryptomonnaies qui
restent dans votre wallet après avoir fait vos transactions et qui sont trop faibles pour être
transférés ou convertis en quoi que ce soit car plus faibles que des frais de transaction ou de
transfert. Mis bout à bout, ils peuvent représenter quelques dizaines d’euros. Binance
a développé un moyen de les convertir en BNB, leur coin propre, et ainsi de les récupérer
ou de payer ses frais de transaction avec.
Exchange
Un exchange, ou place de marché, est un site permettant de vendre, acheter, envoyer,
recevoir et stocker des cryptomonnaies. Les trois dernières fonctions correspondent au
service de wallet (exchange wallet) proposé par tous les exchanges. Il existe actuellement
plus de 10 000 plateformes d’échanges de cryptomonnaies plus ou moins grandes,
sécurisées, et spécialisées sur certaines monnaies. Chaque plateforme se rémunère en
prélevant des frais, généralement peu élevés (presque toujours en dessous de 1 %), sur
chaque opération, sauf le stockage de monnaie, qui est gratuit.
Faucet
Un faucet, robinet en anglais, est un site ou une partie d’un site où vous pouvez, en
exécutant une fonction très simple (généralement cliquer sur un bouton), vous voir attribuer
gratuitement des parties infinitésimales de coins, généralement des satoshis.
Fiat
Le terme fiat a des origines latines. Une monnaie fiat, ou fiduciaire, est une monnaie émise
par un État (livre sterling, yen japonais, won coréen, etc.) ou un groupe d’État (dans le cas
de l’euro). C’est la monnaie que vous connaissez, appelée aussi devise lorsqu’elle a une
certaine envergure. Il existe par ailleurs des monnaies locales, comme l’Eusko du pays
basque, et les cryptomonnaies, soit trois grands types de monnaies.
Fork
Un fork (bifurcation en français) est un événement qui se produit au sein d’une
cryptomonnaie quand le consensus de la communauté qui participe à cette blockchain (les
mineurs notamment) est rompu. Ceci arrive souvent lorsqu’une partie non négligeable de
cette communauté veut mettre en place des changements du protocole qui régit ladite
blockchain et que l’autre partie refuse ces modifications. Un fork est alors nécessaire afin
que ces modifications puissent être appliquées, par exemple un renforcement de la sécurité,
une augmentation de la taille des blocs ou un changement du nombre de coins émis par
bloc ou au total.
Il existe deux types de forks :
– un soft fork est une simple mise à jour de la blockchain et n’entraîne pas de scission ;
– un hard fork est la mise en place de changements importants dans la blockchain, non
voulus par la totalité de la communauté, et qui donne lieu à la scission de la blockchain
en deux blockchains distinctes. Un hard fork donne lieu à la création d’une nouvelle
monnaie, comme ce fut plusieurs fois le cas pour le bitcoin en 2017 (bitcoin gold, bitcoin
diamond, etc.).
FUD
Fear, uncertainty and doubt (peur, incertitude et doute) : désigne toute annonce ou coin
dont la valeur ou la véracité est douteuse.
Futarch
Le terme désigne une forme de gouvernement dans laquelle les marchés prédictifs sont
utilisés pour déterminer quelles politiques auront l’effet le plus positif. Ce sont ces
politiques que les décideurs doivent mettre en place.
Hash
Le hash ou « somme de contrôles » ou « empreinte » est le résultat de l’application d’un
logiciel de chiffrement à un message donné. Par exemple, si j’applique un logiciel
imaginaire de chiffrement à la formule « Enfin arrivés ! » suivie de nombres aléatoires,
j’obtiens les hashes à droite de la flèche qui sont une série de lettres et chiffres
inintelligibles :
« Enfin arrivés !0 » ➔ fccf1e4301d96cb5e0b0e864d697fd758ce99229fcd81c1p79
« Enfin arrivés !1 » ➔ fbdf2992485b6b44ead19e46f844fdb2bfd18422231f07brt5
« Enfin arrivés !2 » ➔ 032c6620c84fff9e8789301406618e976e16ebcd436fa44gb8
« Enfin arrivés !55789 » ➔ 0f09989c6bc6998c34445005f54b3b499cbe04a
285b2535p7
« Enfin arrivés !55790 » ➔ 820445277906da97a0ef8c12c3ee9a1c064e443e671
e6349ed
« Enfin arrivés !55791 » ➔ a311eb52253875e767c97212a6f30bccc3c32f573387bdc62d
Hash rate
Le hash rate est le nombre de fois qu’un ordinateur ou une ferme (local renfermant des
dizaines, centaines ou milliers d’ordinateurs dédiés au minage de cryptomonnaies) donnés
peut faire tourner un logiciel de cryptographie et obtenir une empreinte par seconde.
L’unité de compte est le H/s (hashes/seconde) ; dans le cas du bitcoin, on en est au GH/s
(milliard de hashes par seconde). Un TH/s représente 1 000 milliards de hashes par
seconde, un PH/s mille fois plus.
ICO
Une ICO (initial coin offering) est une introduction en Bourse version cryptomonnaies. Au
lieu d’émettre des actions sur le marché primaire d’un pays donné, de s’acquitter des coûts,
et de satisfaire aux lourdes exigences réglementaires d’une IPO (initial public offering),
une entreprise émet une nouvelle cryptomonnaie généralement basée sur ETH (mais cela
peut aussi être NEO, NEM, XCP…), sur un exchange qu’elle crée elle-même, avec le but
d’être cotée sur des exchanges indépendants dans un futur proche, du moins si l’ICO n’est
pas une arnaque. L’idée est d’amasser des cryptomonnaies qui sont « sûres » et qui ont de
la valeur, le bitcoin et l’ether notamment, pour financer la start-up derrière l’ICO, en
échange de cette nouvelle monnaie qui semble promise à un si bel avenir mais ne vaut
a priori rien au départ… Une ICO peut être un formidable outil de financement pour les
start-up mais aussi les escrocs. Au moins la moitié des ICO seraient des arnaques, et si une
vraie régulation devait se mettre en place, elle s’appliquerait en premier lieu aux ICO. La
France essaie elle-même à l’heure actuelle de définir un cadre juridique pour les ICO.
Mineur
Un mineur est une personne ou une entreprise qui fait du minage ou « mine » des
cryptomonnaies.
Mining
Le minage, ou mining, est l’opération qui consiste à contribuer au consensus et ainsi à la
perpétuation d’une blockchain dont la participation est fondée sur un Proof of Work, en
y ajoutant des blocs de transactions selon des conditions spécifiées dans le protocole initial
de la cryptomonnaie. Le minage permet de s’assurer qu’il n’y a qu’une « vérité » et donc
qu’une blockchain, et que celle-ci se développe bien en respectant les règles de son
protocole initial.
Nœuds
Dans un système peer-to-peer, les nœuds sont simplement des ordinateurs reliés à d’autres,
qui font partie du réseau. Ce sont donc des unités de calcul actives qui reçoivent, traitent,
transmettent et envoient des données aux autres nœuds. Les architectures réseau des
cryptomonnaies sont basées sur de nombreux nœuds.
Dans le système « Proof of Stake », un masternode est un ordinateur appartenant à un
utilisateur qui détient un nombre significatif de coins (précisé par l’émetteur du coin), ce
qui lui permet de prétendre à la validation de blocs et donc à l’attribution de récompenses
numéraires.
Nonce
En cryptographie, un nonce est un nombre aléatoire, destiné à n’être utilisé qu’une seule
fois, adossé à une série de chiffres et de lettres non modifiables pour obtenir une nouvelle
empreinte dans les fonctions de hachage cryptographiques. Dans l’exemple ci-dessous, le
nonce est le nombre en gras ajouté à « Enfin arrivés ! » qui permet d’obtenir des
empreintes différentes à chaque fois :
« Enfin arrivés !0 » ➔ fccf1e4301d96cb5e0b0e864d697fd758ce99229fcd81c12d4
« Enfin arrivés !1 » ➔ fbdf2992485b6b44ead19e46f844fdb2bfd18422231f07b9ab
« Enfin arrivés !2 » ➔ 032c6620c84fff9e8789301406618e976e16ebcd436fa441dc
« Enfin arrivés !55789 » ➔ 0f09989c6bc6998c34445005f54b3b499cbe04a285b2535d58
« Enfin arrivés !55790 » ➔ 820445277906da97a0ef8c12c3ee9a1c064e443e
671e6349ed
Oracle
Les oracles sont des pourvoyeurs d’informations professionnels, neutres et certifiés, qui
récoltent dans le monde réel un type bien précis d’informations, les entrent dans les réseaux
de blockchains et sont payés pour ce faire par les détenteurs ou ayants droit des
blockchains. Les oracles interviennent quand une présence humaine est nécessaire, car une
machine ne peut pas constater et entrer dans le réseau un certain type de données,
notamment des données subjectives. Les oracles sont des acteurs indispensables de certains
contrats intelligents gérés par blockchain.
PIHR
Une PIHR est une plateforme d’investissement à haut rendement, HYIP en anglais (high
yield investment platform). Étant donné la forte augmentation de la valeur des monnaies
qui a eu lieu au second semestre de 2017, et l’absence de régulation globale dans ce
domaine, les PIHR de cryptomonnaies ont poussé comme des champignons et englouti
l’épargne de nombreux investisseurs. Les PIHR pourraient refaire surface au cours de
l’année 2018 si le marché des cryptomonnaies repart à la hausse et que la régulation n’a pas
suffisamment avancé.
Proof of… (Po)
Le Proof of… (Po, « preuve de » en anglais) est l’algorithme qui fixe les règles de
détermination du consensus d’une blockchain donnée. Comme une récompense sous forme
de coins est attribuée à celui qui détermine le consensus, l’algorithme Po d’une blockchain
est un élément très important de son fonctionnement et détermine le comportement des
mineurs. Comme il est par ailleurs techniquement facile de former des blocs de transaction,
mais qu’il ne peut y avoir qu’une vérité, donc qu’une seule blockchain, il faut un système
permettant de départager les mineurs et d’attribuer la validation de chaque bloc à l’un
d’entre eux suivant des critères très précis : c’est la fonction du Po.

Public address/Private key


En cryptographie asymétrique, la public key est ce qui vous permet de chiffrer un message,
et la private key ce qui vous permet de le déchiffrer. Les deux forment un couple : une
public key est générée à partir d’une private key facilement ; trouver une private key
à partir d’une public key est en revanche pratiquement impossible. La public key peut donc
être distribuée largement.
Ce principe public key/private key est au cœur du fonctionnement des cryptomonnaies. On
parle de public address (une suite de chiffres et de lettres qui correspond à un numéro de
compte en banque) qui peut être divulguée sans risque au monde entier, et de private key
(une autre suite plus longue de chiffres et de lettres) à garder bien secrète. Là aussi, il est
très facile de générer des public addresses à partir d’une private key et pratiquement
impossible de trouver une private key à partir d’une public address.

Satcoin
Les satcoins sont des coins qui valent quelques satoshis (moins de cent), ce qui est le cas de
beaucoup de nouveaux coins. C’est l’équivalent des penny stocks sur les marchés
financiers classiques. Certains sites tels Cryptopia ou Yobit se sont spécialisés dans ces
coins.

Satoshi
Le satoshi est l’unité de compte de bitcoin la plus petite, à savoir un cent millionième de
bitcoin, ou 0,00000001 BTC. Les fractions des autres monnaies portent également des
noms qui leur sont propres, comme le wei de l’ether, ou pas, comme la mRDD ou la
µRDD.
Segwit
Segwit est un update (soft fork) appliqué en août 2017 à la blockchain du bitcoin, et ensuite
à celles d’autres monnaies telles que Litecoin, Digibyte ou Vertcoin qui signifie
« segregated witness », « témoin ségrégué » en traduction littérale. Le but de Segwit est
d’augmenter la vitesse des transactions en diminuant la taille des transactions id (Tx-ID) et
en abandonnant une petite part de sécurité. Ce système contourne le fait que la taille des
blocs ne peut pas être augmentée en changeant la manière de comptabiliser l’espace
d’octets à unités, ce tour de passe-passe passe faisant gonfler la taille maximum d’un bloc
de 1 à 1,8 Mo.
Les données de chaque transaction sont séparées en deux parties : les informations sur le
donneur, le receveur et la transaction d’une part (public addresses et nombre de coins
transmis), qui ne sont pas modifiées par Segwit, et la nouvelle structure « witness »
(témoin) qui contient les scripts et signatures de validation, et prend quatre fois moins de
place que dans le système pré-Segwit. Les signatures sont séparées de leur transaction et
mises bout à bout ensemble à la fin des séries de chiffres et de lettres constituées par les
mineurs pour former des blocs. En sortant la signature de la Tx-ID, Segwit rend par ailleurs
cette dernière impossible à modifier.
Stablecoin
Un stablecoin est un coin qui réplique la valeur d’un actif financier, comme une monnaie
fiat, en faisant une valeur refuge pour les investisseurs qui veulent se protéger contre la
forte volatilité du marché des cryptomonnaies sans en sortir. Le Tether (USDT), qui
réplique la valeur du dollar US, est la premier en date et le plus important stablecoin ;
d’autres monnaies arrimées sur le dollar US sont sorties en 2018 (TUSD, USDC, etc.), et
des monnaies arrimées sur d’autres monnaies fiduciaires vont également voir le jour,
comme celle que Mitsubishi veut lancer et qui sera arrimée au yen japonais.
Les stablecoins sont des actifs majeurs du marché des cryptomonnaies amenés à se
multiplier.
Token
Vous verrez souvent les termes « coins » et « tokens » sur les sites traitant des
cryptomonnaies. Il y a une légère différence entre les termes, qui sont cependant assez
souvent intervertis et pour cause : il n’y a pas encore de consensus sur leur définition,
comme vous allez le voir. Un token est en quelque sorte un bon d’achat numérique, dont
l’unicité est prouvable mathématiquement et qui peut être échangé contre des biens ou des
services. Prenons l’exemple d’ether. Ether est aussi bien un coin qu’un token : c’est un coin
dans son rôle de monnaie comme unité de compte, réserve de valeur ou intermédiaire des
échanges. Ether est un coin quand j’envoie un ether à une personne pour lui verser de
l’argent ou lorsque je l’investis sur un marché. C’est aussi un token dans sa capacité à me
donner accès à un service. Ether est ainsi un token quand je m’en sers pour payer du gas et
ainsi avoir accès aux fonctionnalités de l’EVM. Du coup les coins purs (bitcoin, Monero,
Dash, Litecoin, etc.) ne peuvent être que des coins. Mais REM, DFT, LSK, EOS, GNT,
STRAT et bien d’autres peuvent être aussi bien coins que tokens.
Vaporware
Vaporware, néologisme anglais signifiant littéralement « marchandise faite de vapeur
(d’eau) », désigne des cryptomonnaies qui n’ont pas de vrai projet et devraient donc ne rien
valoir. Shitcoin et arnaque (scam en anglais) sont des termes équivalents. Exemples :
Veritaseum, Paccoin, Fucktoken, Dimoincoin…
Wallet
Wallet veut dire « portefeuille » en anglais. Un wallet est une application ou un
périphérique qui gère vos private keys et donc vos cryptomonnaies. Ils offrent plusieurs
fonctions : afficher le solde de vos coins, créer des public keys et private keys, envoyer et
recevoir des coins… On distingue quatre types de wallets :
• paper wallet : vous notez votre private key sur papier, à l’ancienne ;
• hardware wallet : un périphérique qui peut ressembler à une clé USB et qui gère votre
private key ;
• desktop wallet : une application sur votre PC, laptop, tablette, smartphone, etc., qui gère
votre private key ;
• exchange wallet : un wallet géré par un exchange, qui s’occupe de tout.
Whale
Un whale (baleine en anglais) est une personne ayant investi beaucoup d’argent (en
principe au-delà d’un bitcoin) dans un site type PIHR (lending, minage ou trading) ou une
ICO.
Whitelist
Une whitelist, « liste blanche » en anglais, est une liste de personnes habilitées à participer
à une ICO. Les organisateurs de l’ICO vous demandent de satisfaire certains critères assez
faciles à atteindre (avoir une adresse e-mail valide, prouver que vous avez un wallet ETH
hors exchange…), pour vous intégrer à leur whitelist, pour donner un côté exclusif
à leur ICO.

Tableaux de classification de 131 coins


Vous trouverez dans ces tableaux qui suivent la classification des 131
monnaies que j’ai établie ainsi que leur ticker, leur nature (coin ou token) et
leur algorithme de consensus.
Rang
Coefficient multiplicateur Rang
132 cryptomonnaies (2017) capitalisation Évolution possible
pondéré progression
boursière

Le cash numérique 1 90 14 Les universelles


Les anonymes 9 1026 1 Les criminelles
Les sécuritaires 7 370 4 Les officielles
Les rapides 6 65 17 Les retail
Les people coins 21 659 2 Les développement
Les discount 8 13 24 durable
Les welfare

Les places de marché 12 68 16 Les ecommerce


Les bancaires 5 296 5 Les Paypal
Les gestionnaires d’actifs 17 52 18 Les coffres forts
numériques 19 22 23 Les cartes de crédit
Les solutions de paiement 24 45 20 Les systèmes de dettes
Les solutions de prêt

Les blockchains 2 132 10 Les systèmes


Les plateformes d’applications 3 91 13 d’organisation
Les smart contracts 4 124 11 Les smartphones
Les storage cloud 15 72 15 Les systèmes
Les IOT 10 149 7 d’automatisation
Les data centers
Les machine coins

Les plateformes de contenus 13 216 6 Les Facebook


Les reward systems 16 553 3 Les droits d’auteur
Les joueuses 23 32 21 Les gaming & gambling
Les réseaux sociaux 20 112 12 Les Whatsapp
Les crowdfunding 22 133 9 Les venture coins

Les sectorielles 14 51 19 Les supply chain


Les publicitaires 25 8 25 Les communicantes
Les research 11 137 8 Les collaboratives
Les prédictives 18 26 22 Les pourvoyeuses
d’informations
Marché total 25 130 25

Les coins purs 159 3

Les financiers 250 1

Les 117 4
technologiques

Les 232 2
communautaires

Les monde réel 103 5