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La Transversalité du sens - Le double conditionnement – tensif et r…mentaires de la signification - Presses universitaires de Vincennes 20/09/2020 21'43

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Le double conditionnement – tensi...

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Vincennes
La Transversalité du sens | Juan Alonso Aldama, Denis
Bertrand, Michel Costantini, et al.

Le double
conditionnement –
tensif et
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rhétorique – des
structures
élémentaires de la
signification
Claude Zilberberg
p. 35-45

Texte intégral

1. Préalables
1 Le discours scientifique ou, plus honnêtement, à visée
scientifique, n’échappe pas au partage ordinaire : ouverture
ou fermeture ? Ouverture, c’est-à-dire circulation, passage
d’un domaine à l’autre, transposition, transcodage dans les
termes de la préface de Du sens I d’A.J. Greimas ; ou bien
fermeture, cloisonnement, irréductibilité. Ici prévalence des
conditions, là des principes. Le sujet proposé évoque le
motif persistant qui consiste à déterminer si une bouteille
est à moitié pleine ou à moitié vide : si les structures
élémentaires de la signification étaient dûment établies et
validées, elles devraient se manifester comme universelles,
et le problème de la transversalité du sens ne serait plus
qu’une affaire de temps, ou ce qui revient au même : de
patience ; inversement, si la transversalité du sens demeure
une demande, c’est, selon une mesure à fixer, parce que les
structures élémentaires de la signification, sur lesquelles la
sémiotique a cru devoir s’appuyer, dissimulaient quelque
insuffisance, soit du côté des prémisses, soit du côté des

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conséquences.
2 La transversalité que nous considérons ici est, selon un mot
emprunté à Genette, une transversalité « restreinte » : elle
envisage d’un côté la sémiotique greimassienne des
années 1960-1970, puisque nous nous référons aux
structures élémentaires de la signification, d’un autre côté le
point de vue tensif qui, pour l’instant, n’est qu’un point de
vue, et en troisième lieu un volet de la rhétorique
tropologique qui détient deux avantages inappréciables dont
la doxa aujourd’hui ne comprend plus l’interdépendance :
l’ancienneté et l’efficacité. Clairvoyant, Valéry insiste, dans
un fragment, sur la fraîcheur, la jeunesse intacte de la
rhétorique : « L’ancienne rhétorique regardait comme des
ornements et des artifices ces figures et ces relations que les
raffinements successifs de la poésie ont fait enfin
reconnaître comme l’essentiel de son objet ; et que les
progrès de l’analyse trouveront un jour comme effets de
propriétés profondes, ou de ce qu’on pourrait nommer :
sensibilité formelle1. » Ce texte propose trois thèmes de
réflexion qui ne sont pas étrangers à la notion de
transversalité : (i) si certaines données s’avèrent à l’évidence
transhistoriques, elles le doivent manifestement à la lenteur
qui les porte ; (ii) en continuité avec le point précédent, la
poésie a « aussi » pour contenu la connaissance des
opérations sémantiques qui la rendent possible ; (iii) enfin,
ces opérations, qui ne sauraient nous être étrangères, font
signe à une complexité génératrice, « la sensibilité
formelle », laquelle dispense, selon le point de vue retenu,
des formes affectantes et des affects informés.
3 Le sort de la transversalité n’est pas dissociable de celui du
métalangage. Il semble que l’attention accordée aux deux
composantes de ce lexème imposant soit inégale : la
composante « méta- » est mieux traitée que la composante
« langage », ce qui est sûrement dommageable. Nous ferons
valoir tout d’abord que le métalangage est ou devrait être un

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co-langage, un langage commun qui permette de se parler


en se comprenant, ce qui est – comment le nier ? – loin
d’être le cas. La finalité déterminant le contenu, la forme du
métalangage doit tendre, s’il assume cette visée, vers celle
du dictionnaire, comme l’ont préconisé Hjelmslev et
Greimas, le premier avec « outrance2 », le second avec
modération. Or, ce qui est demandé à un dictionnaire n’est
en rien mystérieux : un dictionnaire doit formuler des
définitions, c’est-à-dire des analyses ; ces définitions
doivent être rigoureusement liées entre elles, former un
« système » clos pour Hjelmslev, un « parcours » pour
Greimas. Si cet objectif est atteint dans et par Sémiotique 13,
on ne saurait en dire autant dans le cas de Sémiotique 24.
L’expérience montre ensuite que les définitions sont
partagées en deux sous-classes distinctes : [morphologie vs
syntaxe] selon la tradition, [système vs procès] pour
Hjelmslev, [composante sémantique vs composante
syntaxique] pour Greimas, [état vs événement] du point de
vue tensif. Enfin, l’entreprise, si elle aboutit, prend la forme
d’une grammaire formulant sinon des règles intraitables, du
moins des régulations, comme dans l’ouvrage d’A. Riegl :
Grammaire historique des arts plastiques.

2. Regard en arrière
4 Sans que nous l’ayons prémédité, notre interrogation se
change en réflexion sur le temps, la nostalgie, la fatalité de
l’ingratitude : les structures élémentaires de la signification,
une des grandes percées des années 1960-1970, ont
pratiquement disparu des analyses et des recherches ; le
carré sémiotique, jadis péroraison attendue des exposés, a
subi un sort à peu près identique : ceux qui s’y risquent
encore donnent le sentiment de ne pas y croire, de ne plus y
croire. Dans les limites de cette étude, nous voudrions
essayer de comprendre ce qui s’est passé et, par égard pour
ce que nous avons aimé, tenter, ainsi que le recommande

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Hjelmslev5, de conférer à cet « acquis » une nouvelle


jeunesse.
5 À l’époque, dans notre souvenir, le défaut de la « cuirasse »
du carré résidait dans la fragilité des deux implications :
[non s1 > s2] et [non s2 > s1], ou, pour prendre un exemple
allégué par B. Pottier, l’impossibilité de passer de « non
riche » à « pauvre » ; pour certains corpus, le passage était
concevable, pour d’autres forcé, c’est-à-dire que
l’implication était actualisée, mais non réalisée. Le point
important se trouve peut-être ailleurs, à savoir dans
l’impossibilité de comprendre pourquoi à partir des
prémisses déclarées cette impossibilité se produisait,
pourquoi des opérations dites « logico-sémantiques »
demeuraient imperfectives ? Chacun sentait bien que
l’aspectualité n’était pas étrangère à ce qui se produisait,
mais il aurait fallu admettre que l’aspectualité, sans doute
une aspectualité figurale, prévalait sur le « logico-
sémantique » ou le « logico-phonologique », ce qui, compte
tenu de la hiérarchie explicite du parcours génératif, n’était
pas envisageable à l’époque.
6 Ce défaut n’est pas le seul. Emprunté à Brøndal, le terme
complexe était présent dans la sémantique fondamentale,
mais absent de la syntaxe fondamentale ; même « à froid »,
personne n’a songé à proposer un algorithme permettant au
train du sens de passer par les termes complexe ou neutre ;
sauf oubli ou ignorance de notre part, le terme complexe ne
jouait, ne joue aucun rôle dans les analyses concrètes. Bref,
une distorsion s’observait entre le contenu et l’usage.
7 Par ailleurs, à l’époque, les structures élémentaires de la
signification étaient, au nom d’un immanentisme sévère et
d’une lecture discutable de Saussure, dites « achroniques ».
En effet, pour ceux qui en ont pris connaissance, la
révolution saussurienne a consisté d’abord dans
l’affirmation de deux linguistiques résolument distinctes
l’une de l’autre : la linguistique synchronique et la

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linguistique diachronique6. Ceux qui se sont exprimés dans


ce sens ont négligé une atténuation formulée par Saussure
lui-même : « Mais n’y a-t-il que les sons qui se transforment
avec le temps ? Les mots changent de signification, les
catégories grammaticales évoluent ; on en voit qui
disparaissent avec les formes qui servaient à les exprimer
(par exemple le duel en latin). Et si tous les faits de
synchronie associative et syntagmatique ont leur histoire,
comment maintenir la distinction absolue entre la
diachronie et la synchronie ? Cela devient très difficile dès
que l’on sort de la phonétique pure7. » Et précisément le
structuralisme des années 1970 généralisait le modèle
phonologique qui admettait cette coupure, c’est-à-dire qu’il
étendait le modèle phonologique possiblement
« achronique » au-delà des limites en fonction desquelles il
avait été conçu.
8 Enfin, et par dérivation de l’affirmation précédente, le carré
sémiotique manquait à lui-même par incapacité où il était
d’opposer les termes à eux-mêmes : /a/ s’oppose à /b/, mais
ce que le moindre corpus montre à l’envi, c’est que dans
certaines conditions /a/ s’oppose à lui-même, /b/ s’oppose à
lui-même ! C’est la leçon chuchotée par l’aspect. Au lieu de
procéder au syncrétisme des concepts de différence et
d’opposition, il aurait fallu au contraire les distinguer.

3. Le conditionnement tensif des


structures élémentaires de la signification
9 Avec le recul du temps, le recours au modèle phonologique
apparaît deux fois blâmable. L’analogie entre le phonème et
le lexème est superficielle ; les contraintes structurales qui
s’exercent sur le phonème n’ont rien à voir avec celles qui
s’exercent sur le lexème. Il n’est demandé aux phonèmes
que de différer les uns des autres et, par exemple, de
prévenir en français la confusion de « vase » et de
« phase » ; pour ce qui regarde le lexème, la visée est plutôt
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de réunir les conditions sémantiques permettant de faire


rimer heureusement ensemble « vase » et « phase ». De ce
point de vue, le malentendu est entier, car pour Saussure et
Hjelmslev, mais selon des modalités différentes, ce qui doit
être emprunté à la phonologie, ce n’est pas le phonème,
mais le processus mystérieux qui l’intègre : la syllabation8.
10 De notre point de vue, les termes doivent satisfaire une
triple demande. En premier lieu, ils doivent être
déformables, à l’instar de ce que montrent en linguistique la
dérivation et la flexion, lesquelles proposent des séries ;
cette déformabilité explique que les termes deviennent
opposables à eux-mêmes. En second lieu, il convient de
réhabiliter la conditionnalité : les conditions participent de
la signification, comme le montre l’écart entre le lexème et le
sémème, ou comme l’indique Hjelmslev en généralisant :
« La grammaire générale est faite par la reconnaissance des
faits réalisables et des conditions immanentes de leur
réalisation9. » Si l’on pousse un peu plus loin la réflexion en
s’interrogeant sur la notion de style, c’est sans doute le
dualisme même des principes et des conditions qu’il
conviendrait de soupçonner. Enfin, eu égard à la question
directe : faut-il concevoir le terme complexe à partir du
terme simple ou le terme simple à partir du terme
complexe ? Nous optons pour le second terme de
l’alternative : tous les termes sont complexes, mais ils ne le
sont pas de la même façon. Nous avons mentionné que le
terme complexe est resté un intrus pour la sémiotique, mais
ce recours au terme complexe suppose une clarification
préalable, dans la mesure où la complexité fonctionne dans
la plupart des discours actuels comme un mot de passe
expédient. Sous bénéfice d’inventaire, nous recensons
quatre conceptions de la complexité que nous distinguons
ainsi : (i) la complexité discursive ou mythique qui, par
exemple, à partir de la classe des dieux et de celle des
humains, produit, sans que personne ne s’en offusque, des

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demi-dieux ; c’est celle qui a cours dans les dessins animés,


lesquels fabriquent couramment des « monstres », ou qui
est apparemment au principe de la condensation
freudienne ; (ii) la complexité de composition qui à partir
d’un tri préalable calcule un mélange ; elle surmonte une
hétérogénéité ; c’est le modèle naïf du phonème, de la
recette culinaire qui rapproche, comme l’image poétique
selon Reverdy, des « réalités plus ou moins éloignées » ;
c’est le modèle qui sous-tend les collages analysés par A.
Beyaert ici même ; cette complexité de composition
caractérise – et déprécie – le faire humain pour Valéry
quand on le compare à celui de la nature qui est sous le
signe d’une indivision ab quo ; elle est au principe de
l’épistémologie de Hjelmslev : « Les “objets” du réalisme
naïf se réduisent alors à des points d’intersection de ces
faisceaux de rapports [...]. Les rapports ou les dépendances
que le réalisme naïf tient pour secondaires et présupposant
les objets, deviennent pour nous essentiels : ils sont la
condition nécessaire pour qu’existent des points
d’intersection10. » ; (iii) la complexité de constitution qui
résout une contrariété ; elle est requise dans la perspective
greimassienne pour produire à partir des contraires [s1] et
[s2] le terme complexe [s1 + s2], à partir des sub-contraires
[non s1] et [non s2] le terme neutre [non s1 + non s2] ; fort
honnêtement, les auteurs de Sémiotique 1 le reconnaissent :
« Le problème de la génération de tels termes n’a pas
jusqu’à présent reçu de solution satisfaisante. » Pour
Hjelmslev, la structure élémentaire n’est pas dirigée par
l’opposition, mais par l’asymétrie entre un terme intensif
localisé : [s1], et un terme extensif étendu11 et donc
complexe : [s1 + s2]. La théorie hjelmslevienne est
explicitement conçue pour accueillir le « principe de
participation » cher à Lévy-Bruhl ; (iv) la complexité de
développement porte sur l’interaction des grandeurs en
contact ; le modèle pour Saussure est celui de la syllabe dans

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les Principes de phonologie et dans les Écrits de linguistique


générale récemment publiés ; cette quatrième forme de
complexité est celle qui, si l’expression est permise, a notre
préférence. Plusieurs raisons peuvent être invoquées : c’est
un fait bien établi en épistémologie que l’intrus, s’il s’avère
résistant, devient dans la phase suivante un centre
organisateur ; ce type de complexité s’accorde avec le jeu des
corrélations converse et inverse qui s’observe dans les styles
et les formes de vie ; il réduit la distance encore admise
entre la morphologie et la syntaxe. Mais surtout, cette forme
de complexité constitue le répondant en amont des
opérations capitales en aval que constituent pour la
sémiotique l’analyse et la définition : que peut-on analyser
sinon une complexité ? Que faisons-nous les uns et les
autres sinon de proposer des analyses ? Qu’est-ce qu’une
« bonne » définition sinon le procès-verbal d’une analyse ?
Le primat épistémique de la définition assumé par
Hjelmslev et Greimas désigne donc la complexité comme
résistance et donc comme objet et, de ce point de vue, si
Sémiotique 1 satisfait ces demandes, ce n’est pas le cas de
Sémiotique 2. Si nous revenons un instant au plan de
l’expression, la complexité du phonème est une complexité
de composition, celle de la syllabe une complexité de
développement.
11 À partir de ces rappels, nous sommes en mesure de revenir
sur les difficultés que la proposition des structures
élémentaires de la signification a rencontrées. D’un mot, on
a voulu faire cohabiter dans le même espace des grandeurs
qui hantent des espaces distincts. Nous gardons la
distinction hjelmslevienne [intensif vs extensif], mais en lui
demandant – ce à quoi Hjelmslev n’aurait jamais
consenti ! – de prendre en charge aussi la substance du
contenu, c’est-à-dire les tensions de nos vécus, la phorie
dans l’approche greimassienne. Soit naïvement :

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12 Ce diagramme résume nos propositions : (i) les termes


intensif et extensif sont complexes, mais de manière
symétrique et inverse : le terme intensif est disons tonique
et peu étendu, donc concentré, le terme extensif atone mais
étendu ; (ii) les valences [v1] et [v3] sont les aboutissantes
d’une analyse et constituent à ce titre la définition du terme
intensif ; autant vaut pour les valences [v2] et [v4] à l’égard
du terme extensif ; (iii) les couples de valences [v1] et [v3]
d’une part, [v2] et [v4] d’autre part, varient en raison inverse,
comme on est en droit de l’expecter d’une complexité de
développement consistante.
13 Le cas des termes complexe et neutre est bien différent
puisqu’il présuppose une relation converse :

14 Cette disposition explique en partie l’allergie de la


sémiotique pour les termes complexe et neutre, son
incapacité à proposer un algorithme plausible les visitant.

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Les structures élémentaires de la signification sont


partagées ; si elles doivent être maintenues, elles supposent
non pas un espace, mais deux, et le passage d’un espace à
l’autre a, s’il survient, valeur d’événement.

4. Le conditionnement rhétorique des


structures élémentaires de la signification
15 Ce second développement s’inscrit en continuité avec le
précédent. Si nous envisageons les termes intensif et
extensif, du premier on doit dire qu’il est plus concentré et
moins étendu que le second, caractéristiques qui doivent
être retournées pour le terme extensif. Ces données sont des
moments d’une dynamique accessible. C’est dire que la
relation entre morphologie et syntaxe est celle qui existe
entre une opération expliquée pour la syntaxe et une
opération impliquée pour la morphologie ; comme pour les
objets mathématiques courants, la définition chiffre une
règle de construction formulable. De ce point de vue, l’un
des buts déclarés de Hjelmslev est d’abolir la distinction
entre la morphologie et la syntaxe : « [...] on est forcé
d’introduire des considérations manifestement
“syntaxiques” en “morphologie” – en y introduisant par
exemple les catégories et de la conjonction dont la seule
raison d’être est dans le syntagmatique – et de caser dans la
“syntaxe” des faits pleinement “morphologiques” – en
réservant forcément à la “syntaxe” la définition de presque
toutes les formes que l’on prétend avoir reconnues en
“morphologie”12. » Dans ce cas, la distinction entre la
morphologie et la syntaxe n’est qu’une tradition
académique, une commodité. À l’inverse, à propos du
parcours génératif, Greimas, tout en prévoyant des
passerelles, maintient la distinction entre la sémantique et la
syntaxe.
16 Selon le point de vue qui est ici présenté, et sans prétendre
épuiser une problématique de cette envergure, nous
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réduisons la question à ceci : si la production d’une


grandeur est la réciproque d’une analyse et que cette
production entre dans la définition, alors la distinction entre
la sémantique et la syntaxe devient comparable au délai qui
sépare le libellé d’une opération de son effectuation. Si les
termes sont tantôt concentrés ou étendus, tantôt toniques
ou atones, nous faisons l’hypothèse qu’ils chiffrent des
opérations, qu’il existe un « chemin », un [ « from > to »]
(métaphores que nous empruntons au Valéry des Cahiers)
permettant de se rendre de l’un à l’autre ; de plus, en vertu
du « principe d’empirisme » qui fait l’objet du troisième
chapitre des Prolégomènes, ces opérations doivent « être les
plus simples possibles »13. Ces opérations tout élémentaires,
qui permettent à des termes de s’opposer à eux-mêmes au fil
d’un continuum orienté, sont l’augmentation et la
diminution. Or la moitié de la rhétorique tropologique, celle
qui est « utile » à tout un chacun, gravite autour de
l’intensification, de l’emphase, d’une quête du
14
retentissement. Tension et signification a mis en avant les
notions d’ascendance et de décadence, lesquelles s’opposent
l’une à l’autre, mais non à elles-mêmes. Soit un continuum
simple ayant pour termes extrêmes : [S1 ≈ 1] et [s4 ≈ 0], [s1]
étant pensé à la fois comme terme et intervalle, ce qui est
licite si le contenu est tributaire de l’étendue, l’intervalle
[s1 – s2] correspond à une atténuation qui éloigne de la
saturation et de la plénitude, l’intervalle [s3 – s4] à un
amenuisement qui achemine jusqu’à la nullité ;
inversement, si nous choisissons [s4] comme terme ab quo,
nous enchaînons le relèvement [s4 – s3], puis le
redoublement [s2 – s1] ; ces opérations sont donc à la fois
translatives et jonctives.
atténuation ≈ de s1 à s2
décadence [s1 > s4]
amenuisement ≈ de s3 à s4
relèvement ≈ de s. à s3
ascendance [s4 > s1]
redoublement ≈ de s2 à s1

17 Ce dispositif, qui rapproche la paradigmatique et la

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syntagmatique, présente encore un avantage notable : les


passages de [s1] à [s2], puis de [s2] à [s3], enfin de [s3] à [s4]
se laissent interpréter comme récursifs, comme une mise en
œuvre de la récursivité sur laquelle Greimas a souvent
insisté ; cette récursivité permet de concentrer le concentré,
d’étendre l’étendu, d’agrandir le grand, etc., elle devient le
répondant structural du superlatif-concessif, de l’hyperbole
et, bien entendu, du sublime, en quelque sens qu’on
l’entende.

5. Pour finir
18 Le sens est une proie que se disputent les sciences dites
humaines et les points de vue prévalents à telle date. Nous
assistons à une série de confiscations du sens par des
prédateurs, lesquels, à l’instar des conquérants d’autrefois,
dominent un laps, puis se retirent devant de nouveaux venus
plus jeunes et plus ardents. La sémiotique elle-même s’est
présentée successivement comme une « logicisation » du
sens, comme une « phonologisation » que Hjelmslev avait
prévue et dénoncée. Pour elle-même, elle s’est voulue une
narrativité généralisée, puis elle a fini par accorder aux
modalités, puis à l’aspect, une importance qui ne figurait pas
dans les prémisses. Par rapport aux sciences dites humaines,
le sens est réclamé tantôt par la psychanalyse, tantôt par la
sociologie d’inspiration durkheimienne, hier par le
marxisme. La prise en compte récente de l’esthésie conduit
parfois les sémioticiens à envisager une
« phénoménologisation » du sens et à passer par pertes et
profits la plupart des acquis patiemment atteints.
19 S’il n’apparaît guère possible pour la sémiotique de se
maintenir comme discipline autonome (Greimas), discipline
autarcique ou « superbe » (Hjelmslev), notre parti se veut
dans cette « ténébreuse affaire » le moindre et nous
préconisons, à la place qui est la nôtre, une rhétorisation de
la sémiotique et ultérieurement une sémiotisation de la

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rhétorique. En premier lieu, si les uns et les autres nous


produisons et consommons incessamment des discours et
occasionnellement des récits, la sémiotique est, quand elle
envisage la rhétorique, « chez elle », puisque la rhétorique
est un art du discours ; en second lieu, la rhétorique peut se
targuer d’une ancienneté, d’une « antiquité » tout à fait
respectable et pour certains et non des moindres (Valéry,
Jakobson, Lévi-Strauss, Barthes) d’une fraîcheur intacte.
Enfin, en raison de sa pérennité, de sa vitalité
immarcescible, peut-être aussi de sa finitude, la rhétorique a
une dimension transculturelle enviable que trahissent déjà
les dénominations des figures empruntées pour la plupart
d’entre elles à la langue grecque.

Notes
1. P. Valéry, Œuvres, tome 2, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade »,
Paris, 1960, p. 551.
2. Le mot appartient à Hjelmslev lui-même : « Cette manière de
procéder par définitions à outrance semble devoir contribuer à libérer
la théorie du langage d’axiomes spécifiques », dans Prolégomènes à une
théorie du langage, Minuit, Paris, 1971, p. 34.
3. A.J. Greimas et J. Courtés (dir.), Sémiotique. Dictionnaire raisonné
de la théorie du langage, Hachette, Paris, 1979.
4. A.J. Greimas et J. Courtés (dir.), Sémiotique. Dictionnaire raisonné
de la théorie du langage, 2. Compléments, débats, propositions,
Hachette, Paris, 1986.
5. Selon Hjelmslev : « Dans le domaine scientifique, on peut très bien
parler de résultats définitifs, mais guère de points de vue définitifs. La
linguistique classique du XIXe siècle a obtenu des résultats définitifs
concernant la parenté génétique des langues. Ils constituent un des
aspects essentiels de la linguistique. Mais nous les exposons ici en les
adaptant aux nouveaux points de vue et en les plaçant dans une
perspective un peu différente de celle dans laquelle ils furent
découverts ; [...] », Le Langage, Minuit, Paris, 1971, p. 27.
6. Le témoignage de Cassirer est sur ce point précieux. Le nom de
Saussure, absent de La philosophie des formes symboliques, figure
dans l’Essai sur l’homme, mais seulement comme le père de la

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distinction évoquée.
7. F. de Saussure, Cours de linguistique générale, Payot, Paris, 1962,
p. 194.
8. Selon Saussure, « [...] la syllabation est pour ainsi dire le seul fait
qu’elle [la phonologie] mette en jeu du commencement à la fin » (ibid.,
p. 79).
9. L. Hjelmslev, « La structure morphologique », dans Essais
linguistiques, Minuit, Paris, 1971, p. 140.
10. L. Hjelmslev, Prolégomènes a une théorie du langage, op. cit.,
p. 36.
11. Selon Hjelmslev : « Les termes du système (les cas en l’espèce) sont
ordonnés selon étendue respective des concepts exprimés et non selon
le contenu de ces concepts », dans La catégorie des cas, W. Fink,
Munich, 1972, p. 102.
12. L. Hjelmslev, « La notion de rection », dans Essais linguistiques, op.
cit., p. 153.
13. L. Hjelmslev, Prolégomènes à une théorie du langage, op. cit., p. 19.
14. J. Fontanille et Cl. Zilberberg, Tension et signification, Mardaga,
Sprimont-Belgique, 1998.

Auteur

Claude Zilberberg

Docteur d’État, spécialiste de


sémiotique poétique, a introduit
et développé la réflexion sur la
tensivité dans la théorie du sens.
Il est auteur d’un grand nombre
d’articles et de plusieurs
ouvrages, dont Raison et

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La Transversalité du sens - Le double conditionnement – tensif et r…mentaires de la signification - Presses universitaires de Vincennes 20/09/2020 21'43

poétique du sens (1988), Tension


et signification (1998) et
Éléments de grammaire tensive
(2006).
Du même auteur

La structure tensive, Presses


universitaires de Liège, 2012
12. Analytique de la décadence
et de l’ascendance tensives in
La structure tensive, Presses
universitaires de Liège, 2012
14. La question in La structure
tensive, Presses universitaires
de Liège, 2012
Tous les textes
© Presses universitaires de Vincennes, 2006

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Référence électronique du chapitre


ZILBERBERG, Claude. Le double conditionnement – tensif et
rhétorique – des structures élémentaires de la signification In : La
Transversalité du sens : Parcours sémiotiques [en ligne]. Saint-Denis :

https://books.openedition.org/puv/5713 Página 16 de 17
La Transversalité du sens - Le double conditionnement – tensif et r…mentaires de la signification - Presses universitaires de Vincennes 20/09/2020 21'43

Presses universitaires de Vincennes, 2006 (généré le 19 septembre


2020). Disponible sur Internet :
<http://books.openedition.org/puv/5713>. ISBN : 9782379241062.
DOI : https://doi.org/10.4000/books.puv.5713.

Référence électronique du livre


ALONSO ALDAMA, Juan (dir.) ; et al. La Transversalité du sens :
Parcours sémiotiques. Nouvelle édition [en ligne]. Saint-Denis : Presses
universitaires de Vincennes, 2006 (généré le 19 septembre 2020).
Disponible sur Internet : <http://books.openedition.org/puv/5643>.
ISBN : 9782379241062. DOI :
https://doi.org/10.4000/books.puv.5643.
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