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Langage et société

"Sociolinguistique" ou "sociologie du langage" ? Toujours le même


vieux débat ? A propos de deux ouvrages récents intitulés
Sociolinguistique
Gabrielle Varro

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Varro Gabrielle. "Sociolinguistique" ou "sociologie du langage" ? Toujours le même vieux débat ? A propos de deux ouvrages
récents intitulés Sociolinguistique. In: Langage et société, n°88, 1999. pp. 91-97;

doi : 10.3406/lsoc.1999.2870

http://www.persee.fr/doc/lsoc_0181-4095_1999_num_88_1_2870

Document généré le 01/06/2016


DÉBATS 91

"Sociolinguistique" ou "sociologie du langage" ?


Toujours le même vieux débat 1
À propos de deux ouvrages intitulés Sociolinguistique

BOYER, Henri (dir.),


Sociolinguistique : territoire et objets
Lausanne, Delachaux et Niestlé (coll. "Textes de base en sciences sociales"), 1996

MOREAU, Marie-Louise (éd.),


Sociolinguistique. Les concepts de base
Bruxelles, Pierre Mardaga, 1997

De quel débat peut-il s'agir, étant donné que les deux ouvrages
portent le même titre ? Justement ! Du débat concernant l'appellation du
champ de recherche désigné par ce titre. Vieux débat, en effet,
puisque l'article de Boutet, Fiala et Simonin - « Sociolinguistique ou
sociologie du langage? » - remonte à 1976, et qu'ils se référaient eux-
mêmes déjà aux travaux de Balibar et Laporte de 1974. Cependant, à
nouveau, à l'occasion d'un compte rendu de lecture, c'est du choix
des désignations qu'il va être question. H. Boyer le fait remarquer :
- le discours sur les désignations : "linguistique" -
"sociolinguistique" - "sociologie du langage" est un passage obligé, semble-t-il,
pour tout ouvrage désirant faire un tour plus ou moins complet du
domaine (Boyer : 10-11).
- et de citer Calvet 1993, Achard 1993, Hudson 1980, Garmadi 1981,
Silva-Corvalan 1988, pour constater finalement que « les thèmes
traités [par tous ces auteurs] se recoupent pour une large part ». Ce n'est
pas pour autant la fin du débat. Certes, Boyer n'est pas d'accord avec
W. Labov, quand il dit, à propos de la sociolinguistique, « qu'il s'agit
[...] tout simplement de "linguistique" » (p. 10). Toutefois, Boyer finit
par s'en accommoder - ou par considérer que le moment n'est
toujours pas venu de trancher.
Il n'est guère possible d'effectuer un travail systématique pour
vérifier si, dans les deux ouvrages dont il est question ici (Boyer;
Moreau), à certaines occurrences de "sociolinguistique", une
substitution par "sociologie du langage" aurait été possible. Remarquons
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que dans le livre encyclopédique édité par Moreau, la question n'est


pas du tout posée; la discipline est donnée comme allant de soi et le
"vieux débat" ne semble repris par personne.
À l'inverse, dans le livre dirigé par Boyer, la différence entre les
deux dénominations est discutée d'entrée de jeu : c'est lui-même qui
l'aborde et qui nous donne une certaine réponse, dans le premier
chapitre, cosigné avec J.-M. Prieur. Boyer le dit tout net : « le territoire du
sociolinguiste [se situe] au sein de la "linguistique" » (p. 9, souligné par
moi). De manière un peu circulaire, il soutient donc que la "sociolin-
guistique"
n'est, au fond, qu'une linguistique, « perméable aux
ensembles disciplinaires connexes : anthropologie, psychologie,
philosophie, ethnologie, sociologie, histoire. . . [et] aux autres linguistiques »
(p. 9). Enfin, il précise que la sociologie du langage, « au sens strict du
terme », apparaît d'emblée comme « une discipline à part entière. . . »
(mais là, il y a un hic) «... voire comme une autre linguistique » (il ne dit
pas «comme une autre sociologie»). Il est tentant de voir dans ce
lapsus (?) un refus de lâcher prise, par rapport à une discipline qui
pourrait concurrencer la sienne.
Empressons-nous de souligner que ce n'est pas le contenu de la
discipline qui est visé ici mais sa désignation, qui ne semble solliciter que la
seule linguistique, ou plutôt les seuls linguistes, alors qu'il s'agirait
(encore et toujours) d'y intéresser la sociologie et les socwlogues. Si ce
que disait Achard il y a près de quinze ans est peut-être un peu moins
vrai aujourd'hui (« la position la plus courante de la sociologie à l'égard
du langage est l'indifférence », 1986, p. 6)1, il est néanmoins toujours
important de stimuler l'intérêt des chercheurs en sciences humaines et
sociales, et en premier lieu des sociologues, qui trop souvent encore
considèrent qu'ils n'ont pas à s'occuper de "la parole des gens" mais
seulement du "contenu des messages" et qui font de l'"analyse de
contenu" comme si l'on pouvait dissocier le "contenu" de la "forme".
Malheureusement pour les sociologues, le titre des ouvrages
édités par Boyer et Moreau enfonce le clou. D'emblée, sur leurs couver-

1. Voir, par exemple, D. Demazière & C. Dubar, Analyser les entretiens biographiques.
L'exemple de récits d'insertion. Paris, Nathan, 1997 (compte rendu dans Langage et
Société n° 86), qui ont fait de leur préoccupation avec les conditions de production
du langage un des pivots de leur réflexion sociologique.
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tures, s'inscrit une évidence : Sociolinguistique. D'un côté, on peut s'en


féliciter, sachant que la discipline a connu des difficultés pour
s'imposer sur le plan institutionnel (parmi les purs et durs de "la"
linguistique, discipline constituée). Mais de l'autre côté, on peut
regretter que le terme paraisse exclure l'autre discipline partenaire, qui par
ailleurs, n'a pas encore réussi à s'imposer au sein de "la" sociologie.
La désignation soàolinguistique semble s'être imposée 2 au fil des ans
et pas seulement en français. Sa prise en charge très majoritairement
par des linguistes a fini par établir une prédominance de plus en plus
marquée du linguistique dans ce "partenariat", comme en témoigne
un titre révélateur de J. Fishman (1991), « Putting the socio back into
sociolinguistics ».
La parution de ces deux volumes intitulés Sociolinguistique, dont
les contenus ignorent plus ou moins la sociologie (du langage}, nous
incite à insister à nouveau sur la nécessité de « réinjecter le socio dans
la sociolinguistique ». Alors que l'ouvrage dirigé par Moreau se
présente comme un dictionnaire ou une encyclopédie, ne peut-on
s'étonner de la quasi absence, dans son sommaire, à la fois de "sociologie"
et de "sociologie du langage" ? Tout se passe comme si, s'inscrivant
dans un projet de linguistes, la plupart des 38 rédacteurs de cette
encyclopédie s'étaient plies à une règle tacite, imposant l'appellation
"sociolinguistique" à l'exclusion de (ou perçue comme englobant) la
"sociologie du langage". Comme l'expression "sociologie du
langage" n'est même pas répertoriée dans l'index, vérifier sa réelle
présence ou absence à travers tout le livre est une tâche plus qu'ardue.
En cherchant bien, on la trouve ci et là, notamment à la rubrique
Analyse de discours et Sociolinguistique, rédigée par P. Achard, ou à
Choix de code, rédigée par P. Wald. Par contre, si l'on consulte d'autres
rubriques, où l'on aurait pu légitimement s'attendre à la voir
apparaître - à Classe sociale (F. Gadet), par exemple, à Classe sociale des élèves
(J.-M. Klinkenberg), à Ethnie (T. Y. Tchitchi), ou à Identité (S. Mufwene),
à Langue minorée et langue minoritaire (J.-M. Kasbarian), ou à Norme
(D. Baggioni et M.-L. Moreau), etc. - , force est de constater que ces

2. Une des raisons formelles étant peut-être que le terme peut servir à la fois de
substantif et d'adjectif. . .
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auteurs n'emploient pas le terme. Serait-ce que "sociolinguistique"


n'est qu'une autre façon de dire "sociologie du langage" et
réciproquement? Dans l'article consacré à la théorie de l'imaginaire
linguistique, A.-M. Houdebine écrit :

Elle [l'analyse de l'imaginaire linguistique] voisine avec des sciences


affines : psychologie cognitive (analyse des représentations mentales),
philosophie ou psychologie sociale (analyse des idéologies), sociologie,
psychosociologie - analyse des représentations collectives (Durkheim), des
représentations sociales (Moscovici) - de la sociologie du langage ou de la
sociolinguistique (p. 166).
Outre la rupture créée par l'irruption d'un partitif au milieu d'une
enumeration, il y a une ambiguïté; mais la conjonction "ou"
semblerait indiquer que les deux dernières appellations désignent une seule
et même discipline. Tel ne semble pas être toujours le cas, pourtant,
parce qu'à d'autres endroits où "sociologie du langage" figure, ce
n'est justement pas comme un synonyme de "sociolinguistique" mais
comme une discipline à part, ce qui aurait mérité un développement
editorial, voire même une rubrique entière, mais qui a de fait été peu
évoqué.
Contrairement à l'encyclopédie coordonnée par Moreau, axée sur
des termes ou notions (sous-titre : "concepts de base"), l'ouvrage
dirigé par Boyer (sous-titre : "territoires et objets") se présente comme
un petit manuel des grands domaines de la sociolinguistique.
Idéalement, les deux découpages, pris ensemble, permettraient de
faire enfin le tour de la discipline, de la distinguer aussi bien de la
sociologie que de la linguistique et éventuellement de la sociologie
du langage. Mais, au risque de me voir accuser de couper les
cheveux en quatre, il me semble nécessaire d'insister sur l'importance
des désignations. Voici les remarques que peuvent inspirer à un(e)
sociologue celles rencontrées au fil de ces pages.
Dès le titre du premier chapitre, je me suis sentie interpellée : « La
variation (socio)linguistique ». Pourquoi cette parenthèse? S'agirait-
il d'un aveu camouflé, donnant raison à Fishman? Le mot
"sociologie" est notablement absent, bien que le chapitre soit fortement
ancré dans les réalités sociales. Par exemple, Prieur choisit
d'illustrer les contributions de Labov à la linguistique variationniste, en
DÉBATS 95

citant (entre autres) une des conclusions de l'observation


participante que celui-ci avait effectuée à Harlem :

C'est d'un conflit de cultures que résulte l'échec scolaire, concluait Labov
en 1967, conflit que les différences linguistiques symbolisent et matérialisent
à la fois. Le constat aujourd'hui demeure. Ineffaçable. (Prieur, p. 56)

Par sa citation, Prieur, qui effectue lui-même des recherches sur les
scolarités difficiles, confirme l'observation sociologique de Labov.
Dans la deuxième partie du chapitre, Boyer se concentre sur « un
domaine de l'imaginaire collectif, celui des identités et plus
particulièrement des identités ethniques, régionales, sociales, génération-
nelles... françaises qui ont une base sociolinguistique »3 (Boyer,
p. 60). Il s'interroge sur les parlers ("français branché", etc.) des jeunes
et sur la manière dont ils sont contrôlés, soit par le stéréotypage des
médias, soit par la codification effectués par les groupes eux-mêmes
(régulation sociolinguistique) (p. 76). Rassembler toutes ces analyses
sous la seule appellation générale de "Linguistique variationniste" ne
rend pas suffisamment compte (sauf peut-être pour des initiés), de
l'ancrage social des pratiques langagières, mais ne rend pas compte
non plus de l'engagement du chercheur qui les étudie. Pour les
spécialistes de l'éducation et de la jeunesse - qu'une telle étude devrait
intéresser au plus haut point - la désignation risque d'avoir un effet
au contraire dissuasif .
L'emprise des pratiques langagières sur les objets du monde
ressort clairement du chapitre 2, « Les imaginaires des langues », où
S. Branca-Rosoff rappelle que la description et la désignation des
usages à la fois les créent et les entérinent. La perspective interactive
et l'attention aux catégorisations intéressent éminemment la
sociologie et les sociologues. Mais il est à craindre que peu nombreux seront
ceux qui penseront que cette Sociolinguistique leur soit destinée.
Dans le chapitre 3 (P. Cichon et G. Kremnitz), des « Situations de
plurilinguisme » sont mises en perspective à travers l'étude de la
notion de diglossie, dont les valeurs diffèrent selon qu'il s'agit du
contexte nord-américain ou du contexte européen (où elle est connue

3. En existe-t-il qui n'aient pas une "base sociolinguistique" ?


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plutôt sous le nom de "conflit linguistique"). L'analyse révèle les liens


entre pouvoir politique et pouvoir linguistique. Les auteurs se
demandent quelles sont les possibilités pour qu'un comportement
individuel s'exprime, c'est-à-dire quels sont les espaces de liberté
dont disposent des locuteurs qui se retrouvent à l'intérieur des cadres
de conflictualité. Approche fondamentale pour les spécialistes des
migrations, par exemple; mais combien d'entre eux liront ces pages ?
C'est au fil du chapitre 4, « Les politiques linguistiques » (H. Boyer
et X. Lamuela), que m'est venue l'idée que la clé du débat "sociolin-
guistique" / "sociologie du langage" ne tient pas tant à la place du
"socio" dans le paradigme, qu'à l'opposition entre "linguistique" et
"de langage". A la fin de leur présentation de ce qu'une politique
linguistique pourrait être, Boyer et Lamuela évoquent les causes «
évidemment non linguistiques de la dominance et donc du conflit, il n'est
pas difficile d'en énumérer quelques unes parmi les plus
fréquemment observées : démographique, migratoire, politique, économique,
militaire... » (p. 49, souligné par moi). Or si on peut effectivement
affirmer qu'il existe des causes "non linguistiques" de domination et
de conflit, en revanche il n'y a pas de cause "non langagière" :
l'emploi du terme "Sociologie du langage" permettrait précisément de
tenir compte de ce lien nécessaire.
Enfin, on ne peut pas ignorer, dans l'un comme dans l'autre
ouvrage, le point d'achoppement que représente la question des
désignations car, même lorsque la sociologie du langage est mentionnée, elle
est ramenée à la linguistique ou aux "sciences du langage" (qui
n'incluent pas, institutionnellement parlant ou en première analyse, la
sociologie) :
De nombreux chercheurs, travaillant à l'intersection de trois
disciplines - la linguistique, la sociologie et l'anthropologie - ont
apporté depuis les année soixante une riche contribution aux sciences du
langage (Salins in Boyer, p. 215, souligné par moi).
Mais quid de leur contribution aux sciences sociales? Silence.
Voilà donc deux livres pour lecteurs cultivés, chercheurs, étudiants,
universitaires, livres de référence qui, cependant, pour certains, soit
resteront inopérants (parce qu'ils ne les liront pas), soit apparaîtront
incomplets. Les deux ouvrages prétendent donner le "tout" d'une dis-
DÉBATS 97

cipline : Sociolinguistique : concepts de base; Sociolinguistique : territoires,


objets. Dans son chapitre consacré aux représentations des langues et
leur histoire (in Boyer, p. 93), Branca-Rosoff nous rappelle que «
l'existence d'une dénomination crée un effet d'évidence qui peut se révéler
décisif dans la construction d'une catégorie sociale ». Mêmes causes,
mêmes effets : en excluant de facto du champ décrit la dénomination
sociologie du langage, ses conditions d'existence sont niées, comme le
sont du coup ceux qui la pratique(raie)nt, à savoir les sociologues du
langage réels ou potentiels qui, s'ils ne veulent ou ne peuvent se faire
(soào)linguistes, risquent de se retrouver, invisibles ou égarés, dans
un territoire sans nom et sans objet.

Gabrielle VARRO
CNRS

Références bibliographiques

ACHARD Pierre (1986) - « Discours et sociologie du langage », Langage et société


n° 37 (septembre) : 5-60.

BALIBAR Renée & Dominique LAPORTE (1974) - Le français national. Politique


et pratiques de la langue nationale sous la Révolution française. Paris, Presses
universitaires de France.

BOUTET Josiane, Pierre FIALA, & Jenny SIMONIN-GRUMBACH (1976) -


« Sociolinguistique ou sociologie du langage ? », Critique 344 (janvier) : 68-85.

FISHMAN Joshua A. (1991) - « Putting the "socio" back into the sociolinguistic
enterprise », International Journal of the Sociology of Language 92 : 127-138.

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