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Journal de la Société des

Africanistes

Charmes magiques malgaches


Marcelle Urbain-Faublée, Jacques Faublée

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Urbain-Faublée Marcelle, Faublée Jacques. Charmes magiques malgaches. In: Journal de la Société des Africanistes, 1969,
tome 39, fascicule 1. pp. 139-149;

doi : https://doi.org/10.3406/jafr.1969.1445

https://www.persee.fr/doc/jafr_0037-9166_1969_num_39_1_1445

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J. de la Soc. des Africanistes
XXXIX, r, 196g, p. 139-149.

CHARMES MAGIQUES MALGACHES

PAR
M. URBAIX-FAUBLÉE et J. FAUBLÉE

A propos de : Lars vig. Charmes. Spécimens de magie malgache. Avec avant-propos,


notes, bibliographie et index de Otto Chr. dahl. Bergen-Oslo-Tromso, Universitets-
forlaget (Bulletin n° 13 du musée d'ethnographie de l'Université d'Oslo), 1969, grand
in-8°, 179 p., 4 pi. h. t. entre les pages 18-19.
L'ouvrage de Lars Vig (1845-1913), qui vient de paraître, présente une telle
importance que nous estimons devoir le signaler, non sous forme d'un simple compte rendu,
mais dans un article mettant au point l'état des recherches sur une partie importante
de la magie malgache. Cette tentative de synthèse correspond à un centenaire : en
1869, il y a un siècle, la reine Ranavalona II décida ou approuva l'interdiction des
charmes magiques et permit d'imposer la destruction par le feu des palladium
protecteurs de son royaume. C'est également en 1869 que la Société des Missions
norvégiennes à Madagascar établit un poste à Masinamlraina, village du Vakinankàratra l,
où Vig fut affecté en 1876.
En vingt ans de séjour en ce lieu de Masinandraina 2, Vig réalisa, en dehors de
son œuvre missionnaire étrangère à notre propos, d'importants travaux
d'ethnographie. Les recherches de Vig, publiées en norvégien, ou traduites dans des revues
missionnaires de diffusion restreinte 3 n'ont pas obtenu l'audience qu'elle méritent.
De même, la riche collection de charmes magiques, déposée d'abord au centre
missionnaire de Stavanger, puis transmise au Musée ethnographique de l'Université
d'Oslo, n'a guère attiré l'attention.
Ceci explique que les auteurs de synthèses, Alfred et Guillaume Grandidier ',
1. Ce village est bitué л l'ouest d'Anisirabv, ville indiquée sur les carte?, de Madagascar. Quand les cartes
mentionnent Bétajo (par exemple P. Gourou, Nouvel allas du monde, pi. 90), Maňnandraina se place entre Antsimbe
et Bélafr. Pour préciser sa situation, à l'ouest du lac Andraikibi, il faut avoir recours ù la carte au i/roooooe,
feuille N 49, Antsirabé. Le village avait plus d'importance à la fin du xixc siècle, car il figure sur la carte D. Koblft,
au 1/1 000000e, d'octobre Г885. Il se trouve dans le sud du massif montagneux de YAnMratra, d'où la région
tire son nom.
Au point de vue historique et ethnographique, le Vakinanh:'natra était encore, au xixe siècle, une région de
peuplement récent, intermédiaire entre le ПсЫко au sud et le domaine marina au nord.
2. Nous empruntons ces renseignements à l'avant-propos de О. С Dahl, p. 11 de l'ouvrage en question : arrivée
à Madagascar en 1875, 1876-1889 : séjour à Masinan imina, repris de 1893 à 1896, et poursuivi de 1898 à 1902.
3. Inventaire dressé par О. С Dahl, p. 171-172. G. Mondain, dans ses études sur le paganisme malgache a
utilisé des notes tirées de ces articles. О. С Dahl a porté mention de ces articles dans les divers passages de
l'édition de la traduction du texte de Vig, rédigé d'abord, en 1896, pour le centre missionnaire, repris, durant l'anuee
universitaire 1907-1908, à l'intention de l'administration du musée ethnographique de l'Université d'Oslo.
4. Alfred et Guillaume Grandidier. Histoire physique... de Madagascar, IV, ethnographie de Madagascar, 3,
Paris, 1917, p. 427-444, 605 ss., notes 237-239, p. 611.
I40 SOCIETE DES AFRICANISTES
С Renel 1, H. M. Dubois 2, comme ceux de travaux de détail 3 oublient l'œuvre de
Vig. C'est seulement en i960 que ce savant est mentionné dans un ouvrage
important, écrit en anglais, langue de grande diffusion, le volume de M. Ruud sur les
interdits *.
***

Les Européens, dès qu'ils ont pris contact avec les Malgaches, ont constaté
l'importance de la magie bénéfique ou maléfique, matérialisée dans des objets protecteurs
ou néfastes. Il n'y a pas lieu de reprendre, ici, les indications sommaires des auteurs
des xvne et xvnie siècles 5, et nous prendrons comme point de départ les débuts de
la christianisation du Centre de Madagascar e. Avant 1833, \V. Ellis rapporte en
Grande-Bretagne un charme destiné à écarter ou à détruire les missionnaires
protestants 7. Inutile de préciser qu'il ignore les éléments qui forment ce charme, comme
les rites et la consécration censés lui donner sa puissance. En 1867, il mentionne
toujours des charmes magiques, sans ajouter de précisions 8. J. Sibree et les missionnaires
publiant I' Antananarivo Annual 9 étudient attentivement le paganisme des Mérina
du Centre de l'île. Ils consacrent leurs recherches aux sampi protecteurs du royaume
plus qu'aux charmes familiaux ou individuels, faciles à dissimuler aux autorités
politiques et religieuses.
Durant la même période commence l'exploration des autres régions de
Madagascar. Dans les provinces et les terres basses, des voyageurs puis des fonctionnaires,
collectionnent des objets magiques. Travaillant en milieu difficile, sinon hostile, ces
hommes choisissent des spécimens typiques, spectaculaires, sans pouvoir réaliser de
véritables enquêtes ethnographiques 10.

1. Charles Renel. Les amulettes malgaches, Ody et Sampy. Bulletin de l'Académie malgache, nouv. série, II,
1915, p. 29-281.
2. H. M. Dubois. Monographie des Betsileo, Paris, Institut d'Ethnologie (Trav. et Mém., 34), 1938, p. 977-1019
particulièrement p. 992-1019. Malgré le titre, cet ouvrage traite de l'ensemble de Madagascar, et peut ainsi être
classé dans les synthèses.
3. Dans les travaux de détail, nous plaçons aussi bien des ouvrages d'ensemble, avec de brefs passages sur les
charmes magiques, et des monographies locales. Nous citons seulement quelques exemples : H. Rusillon.
Paganisme, Paris, 1929, p. 57-61, plus figure de la couverture ; Le Barbier. Note sur le pays des Bara-Imamono
Bull, de l'Acad. malg., nouv. série, III, 1916-1917, p. 88-89, le manuscrit de base donne quelques détails
supplémentaires ; Ralph Lintont. The Tanala. A hill tribe of Madagascar, Chicago, Field Museum of Natural History,
publication 317, Anthr. Ser., XX, 1933, sur les chaimes, p. 201 ss., fig. p. 205 ; Raymond Decary. L'Androy :
essai de monographie régionale, t. II, Paris, 1933, p. 163-170.
4. Jorgen Ruud. Taboo. A Study of Malagasy Customs and Beliefs. Oslo, New York, Oslo University Press.
Humanities Press, i960, in-8°, vin-326 p., carte et pi. hors texte, figures dans le texte, notes, index, bibliographie.
Que des Norvégiens ou des institutions Scandinaves publient maintenant des ouvrages en français ou en anglais
ne doit pas faire négliger les volumes en norvégien, particulièrement ceux de J. Ruud et de Lars Dahle.
5. L'ensemble des ouvrages anciens est réuni, sous forme de transcription ou de traduction, dans : A. et G. Gran d-
didier. Collection des ouvrages anciens concernant Madagascar, vol. I-IX, Paris, 1903-1920.
6. Sur cette période, on trouve des renseignements dans tous les volumes d'histoire de Madagascar, comme ceux
de Grandidier et H. Deschamps. Des ouvrages de détail permettent de compléter ces travaux d'ensemble :
Ludvig Munthe. Les origines des deux premières traductions du Nouveau Testament malgache. Création de
l'orthographe et textes de base. Thèse de Doctorat de 3e cycle soutenue devant l'Université de Paris en 1964 ; Otto Chr.
Dahl. Les Débuts de l'orthographe malgache, t. à p., Oslo, Universitetsforlaget, 1966, in-8°, 52 p., extrait de Norské
Videnskaps-Akademi I Oslo, II, Hist.-Filos. Klasse, nouv. série, n° 9.
7. VV. Ellis. History of Madagascar, 1833, II, texte et fig., p. 476-477.
8. VV. Ellis. Madagascar revisited, 1867, p. 271, cité dans G. Mondain. Des idées religieuses des Hovas...
9. J. Sibree. Madagascar, the great African Island, 1880, p. 292-295 ; J. Sibree. Madagascar et ses habitants,
traduction française, 1873, P< 388-394 ; une collection complète de Г Antananarivo Annual se trouve à la
bibliothèque du Musée de l'Homme, à Paris.
10. A. et G. Grandidier, ouvrage cité note 4, p. 139, pi. XV et XVI ; Louis Catat. Voyage à Madagascar, i8Sç-
i8ço, Paris, 1895. Ce volume montre bien les conditions de travail : passage rapide, dans un grand nombre de lieux ;
CHARMES MAGIQUES MALGACHES I4I
Alfred Grandidier, n'ignorant pas les limites imposées à ses travaux par les
difficultés signalées, complète la collecte d'objets par la réunion de manuscrits provenant
d'autochtones 1. Durant la même période, le R. P. François Callet recueille, lui aussi,
des documents écrits, qu'il complète par des enquêtes directes 2. Essayant de réunir
toutes les traditions du pays mérina, ce chercheur ne s'attache pas particulièrement
aux charmes magiques. Ses informateurs, comme ceux des missionnaires protestants,
le renseignent plutôt sur les sampi, symboles de la royauté, que sur les udi (ody), liés
à des pratiques privées 3. Nous reviendrons sur cette œuvre capitale qui semble avoir
été ignorée de Vig 4.
Aux recherches intensives, approfondies, de Vig, poursuivies pendant vingt ans
dans un village et ses environs, par un homme inspirant confiance, maniant aisément
la langue locale 6, il est bon de comparer les enquêtes extensives, étendues à toute
l'île, de C. Renel e. Au début de ce siècle, ce dernier, directeur de l'enseignement à
Madagascar, ayant reçu une formation classique d'historien des religions, est appelé

acquisition d'objets de transport facile pour exposition ou don à un musée. Le travail publié ne comporte pas
l'inventaire de la collection ethnographique donnée au Musée d'ethnographie du Trocadero, devenu depuis Musée
de l'Homme. Objets de cette collection, enregistrée sous le n° 91-45, dans Jacques Faublée, Ethnographie de
Madagascar, Paris, 1946, p. 110, 112, pi. face p. 152, p. 166. Des spécimens de la collection Bastard, enregistrée
au même musée sous le n° 99-59, figurent dans le même ouvrage, p. 106-107, 165, et dans Maurice Bessox. Le
totémisme, Paris, 1929, pi. XXXVIII. Les autres pièces reproduites sur la même planche, proviennent des collectes
de Le Barbier, également publiées dans J. Faublée, ouvrage cité, p. 107-108, 165-166. Dans le travail du
collecteur, signalé note 3 p. 140, il n'est pas fait mention de cette collection. Bastard a recueilli des charmes
magiques, parmi les prises de guerre suivant un combat contre un prince sakalave. Il n'était donc pas question
qu'il questionne fuyards, blessés, ou mourants.
1. Ces manuscrits ont été utilisés en partie par A. et G. Grandidier dans l'ouvrage cité, aux pages mentionnées.
L'un de nous a consulté l'exemplaire de cette collection appartenant à l'Académie malgache, à Tananarive. Un
autre exemplaire se trouve au Musée de l'Homme. Nous n'avons obtenu jusqu'ici (30-IV-1969) que la
communication de quelques photocopies, sans obtenir de voir ces documents.
2. Sur l'œuvre du R. P. François Callet l'ouvrage essentiel est : Alain Délivré. Interpretation d'une tradition
orale. L 'histoire des rois ďlmerina (Madagascar), thèse de Doctorat de 3e cycle présentée à la Faculté des Lettres
et Sciences humaines de l'Université de Paris en 1967.
3. Quand il n'y a qu'une différence légère entre l'écriture traditionnelle et une transcription adoptée dans les
milieux scientifiques, nous ne donnons qu'une transcription. Écrire sampi là où l'orthographe officielle du
malgache est sampy, conservant le -y en usage au xvne siècle, lors de l'installation de Français à Madagascar, ne devrait
pas créer de difficultés. Par contre, nous sommes tenus à éviter la lettre о pour transcrire и (ou du français) et 0.
Quand nous employons deux transcriptions, la première est normale, la seconde, entre parenthèses, est usuelle à
Madagascar.
4. Pour le détail des éditions de l'ouvrage de F. Callet, intitulé Tantara ny andriana eto Madagascar, nous
renvoyons à l'ouvrage de A. Délivré signalé note 2. La première édition du tome I, de 1S73, est très rare. La
seconde édition de ce volume a été tirée seulement à quarante exemplaires. La rareté des éditions anciennes explique
que L. Vig n'ait pas connu cette œuvre quand il rédigeait son catalogue de charmes. Nous renvoyons à la
réédition de 1908, moins rare.
Des traductions partielles ont été publiées, à diverses reprises, dans le Bulletin de V Académie malgache. Cette
institution a entrepris, en 1953, d'éditer une traduction intégrale signée G. S. Chapus et E. Ratsimba. Des erreurs
et même de graves contre-sens imposent d'avoir recours au texte malgache. Ainsi, à la p. 101 de l'édition de 1908,
sont notés les rapports de la calebasse sacrée avec le devin par les graines tnpisikidi, tandis que la « traduction »
est : « les sorciers emploient aussi une calebasse » (p. 186). Il y a donc confusion entre le personnage honorable,
honoré, qu'est le devin mpisikidi ou le magicien umbiasa (ombiasa ou ombiasy). et le sorcier mpamusavi ou mpa-
tnuriki (mpamosavy, mpamoriky), personnage dangereux, ciaint mais méprisé, exécuté sans jugement quand il est
découvert. Pour prendre un second exemple qui terminera cette note : à la page 113 de l'édition de 1908 on lit
« le devin créateur de remèdes ; les charmes contre les maladies provoquées par les esprits ancestraux ». Il s'agit
donc du devin qualifié par L. V13 de « théologien », par Weber, auteur d'un dictionnaire remarquable, de « docteur
en médecine et en théologie ». Les charmes qu'il compose amènent le bien ou la guérison. Pourquoi, puisqu'il est
question de guérison, avoir fait précéder ce chapitre, en 1953 (p. 209) de la mention, en titre « Les sorciers » ?
5. Les corrections proposées par О. С Dahl, généralement justifiées, toujours valables, ne mettent pas en doute
la connaissance du malgache par L. Vig.
6. C. Renel, ouvrage cité note 1, p. 140.
142 SOCIÉTÉ DES AFRICANISTES
à inspecter les instituteurs de tout Madagascar. En onze années de tournées, avec
la collaboration de son adjoint malgache Ramarohetra, il recueille des documents
nombreux, mais sommaires. Par exemple, il donne une enumeration de charmes
contre : les intempéries, les animaux, les ennemis, à nouveau les animaux et le feu 1.
Sa mention « ody valala — nom générique de ces ody » est incompréhensible pour
des non-malgachisants. Udi 2 signifie « charme magique », et valàla « criquet
migrateur ». Il est donc question de charmes qui écartent ces acridiens. Rien n'indique leur
composition, les rites de préparation et de consécration, les interdits à respecter
pour que chaque udi garde sa puissance. Il n'y a pas non plus de formule d'évocation.
Son ignorance de la langue malgache gênait C. Renel. Il cite, entre autres, un charme
« odi-fanony afo — pour empêcher le feu 'de détruire la maison ou le village », sans
se rendre compte qu'il répète « odi-fanony » et « odi-tony », car fannni est un dérivé
de la racine Utni ou tuhi 3 ; c'est le charme qui « calme » le feu, la foudre ou l'orage
comme les efforts des ennemis ou des voleurs. Ailleurs, Renel traduit ЫЫ par
« bête » tandis que ce mot désigne toute créature non humaine ou surhumaine, bête,
monstre, génie ou divinité 4. Nous avouons ne pas comprendre comment Renel ose
critiquer le malgache classique, peut-être incompris de son entourage malgache, des
écrits du père Callet 5.
Les informateurs de Renel, tenant à être bien notés, manifestent leur
connaissance des charmes bénéfiques, et craignent de montrer qu'ils connaissent des
sortilèges e. Il y a d'ailleurs une certaine ambiguïté : le charme favorable aux voleurs est
mauvais pour la victime. Celui qui fait gagner un procès intenté à tort peut être
considéré comme illicite. Ces remarques critiques ne doivent pas amener à sous-esti-
mer l'œuvre de Renel. Son travail porte, non seulement sur les udi, mais aussi sur
les sanipi et les sources mythiques des pouvoirs magiques, en utilisant les textes du
Père Callet.
Les enquêtes suivantes ont été perturbées par la confusion entre magicien
guérisseur et sorcier empoisonneur. L'un et l'autre, accusés, soit de sorcellerie ou
d'empoisonnement d'une part, soit, d'autre part, d'exercice illégal de la médecine, ont
souvent maille à partir avec la justice. Les charmes confisqués, après avoir servi de pièces
à conviction, sont détruits ou recueillis dans des collections. Il arrive cependant que
des fonctionnaires de formation scientifique se livrent à des recherches approfondies
sur les objets qu'ils trouvent 7. Durant la même période, des missionnaires, durant
leurs longs séjours, poursuivent les recherches de leurs prédécesseurs 8.

1. C. Renel, op. cit., p. 120-124.


2. Transcription : voir note 3, p. 141.
3. C. Renel, op. cit., p. 124 bas, 120, 123. Voir un tuhi protecteur d'un village, destiné à « calmer » toutes les
influences mauvaises, dans Marcelle Urbain-Facelže. Vart malgache, Paris, P. U. F., 1963, p. 92.
4. C. Renel, p. 108.
5. C. Renel, p. 134, note.
6. C. Renel. Charmes favorables, p. 111-130, soit une vingtaine de pages ; par contre, pour les mauvais sorts,
p. 130-134 et 128-129, soit 6 pages.
7. Le Barbier, R. Decary, ouvrages cités note 3, p. 140. J. Faublée. Ethnographie de Madagascar contient
quelques indications sur les charmes conservés au Musée de l'Homme, p. 105-115, pi. face p. 152, p. 166-167. Sur
les pièces données par M. R. Decary, les numéros de collection sont 29-1 et 32-6, même ouvrage, p. 109-110, 166.
Voir surtout : R. Decary. Deux amulettes malgaches. Revue d'ethn. et des trad, pop., 9e année, noe 34-35-36,
2e-4e trim. 1928, p. 176-178, avec deux planches hors texte. R. Decary. Mœurs et coutumes des Malgaches,
Paris, Payot, 1951, p. 218-219, figures sur la couverture.
8. H. M. Dubois, ouvrage cité note 2, p. 140 et surtout Jorgen Ruud. Taboo. A Study of Malagasy Customs and
Beliefs, cité note 4, p. 140, p. 187-218, notes p. 311, pi. hors texte.
CHARMES MAGIQUES MALGACHES I43

L'ouvrage de Lars Vig, qui vient de paraître x, se présente comme un simple


catalogue détaillé accompagnant une collection destinée à un musée. Nous pensons
pourtant, comme О. С Dahl 2 que « la collection est si riche et si variée que l'ouvrage
donne tout de même une introduction sans pareille à la magie malgache, à ses idées,
à sa fonction et à ses résultats ».
Vig a connu le Vakinankàratra en une période où les garnisons mérina, tout en
répandant des usages nouveaux, n'assuraient pas la sécurité, en dehors des postes
militaires. Les Sakalaves de l'Ouest faisaient fréquemment des incursions pour razzier
esclaves et troupeaux 3. Ces expéditions guerrières n'empêchaient pas les rapports
entre les deux groupes. Des hommes entraînés par les Sakalaves pouvaient revenir,
après paiement d'une rançon, dans leur village. Ils ramenaient des recettes de
charmes magiques, tel celui pour éviter la capture ou conserver ses propres esclaves 4.
C'était aussi l'époque où les chefs mérina envoyaient des recrues combattre contre
les Malgaches du Sud-Est et les Français \ Vig a même failli alors être la victime
d'un sacrifice humain.
Dans cette région, il ne pouvait être question ni de reliques royales, ni de sampi
protecteurs du royaume e. L'auteur ne limite pas strictement ses recherches aux
charmes nommés udi. La calebasse sacrée arivulahi, associée dans tout Madagascar
aux rites de circoncision et aux pratiques bénéfiques, dépasse le champ sémantique
du mot udi 7. Ce récipient sert à recueillir et à conserver l'eau vive des cascades sacrées,
utilisée comme philtre de fécondité et de vie 8. Ce que les ethnographes nomment
« rappel de l'âme », également étudié 9 est une pratique religieuse plus que magique.
Il y a bien emploi de certaines plantes — les végétaux sont bien déterminés — en
raison de la symbolique de leur nom : un fragment de ficus aviavi appelle l'âme
conçue comme une ombre, puisque aviavi est le redoublement du mot avi «arriver, venir».
En dehors de ce simple jeu de mots, les rites d'évocation emploient un vocabulaire
ancien. Un travail récent X) prouve que -manitra, qui figure dans le vocabulaire reli-
1. Rappelom, les dates données note 3, p. 139, d'après la p. 14 de l'avant-propos de Dahl : ire rédaction,
1896, seconde rédaction, 1907-1908.
2. Désormais, les simples renvois aux pages correspondant au volume de L. Vig. Avant-propos de О. С Dahl,
P- 15.
3. P. 21, 52-53, 67, 72, 76, 78, 124, 125-1:6.
4. P. 125-128.
5. P. 30-31, 32, 60, 168 note 79.
6. Les substituts des anciens rois ou sulu restaient dans la famille des princes. M. Urbain-Faublée. L'art
malgache, Paris, P. U. F., fig. 74-75, p. 95. Nous distinguons udi et sampi pour des raisons pratiques, bien qu'il y
ait identité de nature entre udi et sampi, comme l'écrit L. Vig, p. 158-160. F. Callet avait noté cette identité
dans son édition de 1873 ; édit. de 1908 du Tantara ny andriatia, p. 173, 176, où le sampi Rakelimalaza est nommé
udi. La distinction udi-sampi s'est développée ensuite. Voir, sur l'ensemble de auli (forme dialectale provinciale)
et udi, A. et G. Grandidier, ouvrage cité, notes 237-238, p. 610-61 1.
7. Sur cette calebasse, utilisée également dans les rites de circoncision, p. 19, 58, 139. Voir F. Callet, 1908,
p. 101. trad, de 1953, p. 186, avec un contresens, devin, mpisikidi, traduit par sorcier.
8. Sur l'eau vive des cascades, considérée comme « eau de vie », p. 98-102. Voir également sur les esprits des
eaux, J. Faublée. Les esprits de la vie à Madagascar, Paris, P. U. F., 1954, l'ensemble de l'ouvrage,
particulièrement p. 24 ss., fig. p. 32. ,
9. « Ame » ou « ombre » ne traduit pas exactement ambirua. Sur ce « rappel de l'âme », p. 20-21, 33, 37, 115, 124.
Consulter également F. Callet, 1908, p. 97 ss., 1953, p. 178 ss.
10. Il est impossible d'imaginer comment une essence végétale, ligneuse, porte le nom de sira-mànitra, traduit,
P- 33, 37» « sel odorant ». Il y a, en même temps, jeu de mots, sira étant un doublet de màsina voulant dire, selon
les cas « salé » ou « sacré, puissant, efficace » et survivance d'un vieux mot indonésien. Le -anitra malgache
représente un nom de divinités, largement répandu dans le monde indonésien, 'anitu. Sur ces divinités voir : Zeus A. Sa-
144 SOCIETE DES AFRICANISTES
gieux, ne signifie pas « odorant », mais vient d'un vieux mot indonésien 'anitu, qui
désigne des êtres sacrés.
Les charmes proprement dits sont des morceaux de bois brut, ou de forme
caractéristique, parfois assemblés en pendeloques, en colliers, en chapelets, ou sculptés,
ou encore des fragments variés mis dans des nouets, des cornes ou des récipients *.
Selon le but, le magicien qui confectionne un charme choisit les produits qui
conviennent, les prépare selon les rites, s'assure par la divination de l'accord des
puissances surhumaines, consacre le charme et signale à l'utilisateur les interdits à
respecter. Sans insister sur le détail de chacun des cent trente charmes décrits par
Vig, nous nous bornons à signaler les principaux faits nouveaux mis en valeur.
Les informateurs de Vig lui ont avoué prendre, pour des sortilèges
particulièrement dangereux, outre des symboles de mort, des ossements de sorcier redouté ou
de vazimba 2. Il est possible que le magicien se vante, car le cadavre d'un sorcier
inspire la crainte, et les prétendues « tombes de vazimba » viennent d'une erreur de
traduction. Fasana signifiait « lieu sacré » avant de prendre le sens de sépulture. Les
fasambazimba ne sont pas des tombeaux, mais des lieux hantés par les génies
vazimba 3. Comment, alors, y trouver des ossements ? De même, Vig émet des
doutes sur les dents de requin 4 qui ne peuvent se trouver facilement que sur les côtes.
Parmi les végétaux utilisés, citons seulement l'enveloppe de la graine et l'écorce
du tangéna, arbuste qui servait de poison d'épreuve lors des ordalies 5. D'autres
graines étaient jadis employées avec les charmes e. Des perles de verre les remplacent
depuis fort longtemps.
Ces perles ont chacune leur valeur propre, liée à leur forme, à leur dessin et à leur
couleur 7. Il y a là tout un système de symboles lié aux nombres 8, aux directions 9,
aux jours et aux destins astrologiques 10. Cette question des symboles, déjà traitée
dans les autres ouvrages de Vig, est particulièrement développée ici.
Il semble que Vig soit le premier à avoir noté les rapports entre les charmes
magiques et la divination par le sikidi11. Durant son séjour, les devins tiraient le sikidi
Lazar. Le concept austronésien commun + 'anitu' dans le monde austronésicn : vers l'étude comparative des religions
ethniques austronésiennes. Thèse pour le Doctorat de 3e cycle présentée à la Faculté des Lettres et Sciences humaines
de l'Université de Paris en 1968.
1. Les figures sont groupées en quatre planches entre les p. 18 et 19.
2. P. 114-115. Les vazimba, souvent jugés être les autochtones ne nous semblent pas des humains, mais des
divinités de la nature.
3. Sur cette question voir J. Faublée. Les esprits de la vie à Madagascar, ensemble de l'ouvrage (cf. note 8, p. 143).
4. P. 61.
5. P. 26, 143 par ex. ; voir aussi : R. Decary. Les ordalies et sacrifices rituels chez les anciens Malgaches, 1950.
6. P. 26 + note 14 p. 153.
7. Perles de verre : p. 28, 39, 47, 80, 99-100, 131-133, 143. Voir aussi R. Decary. Mœurs et coutumes des
Malgaches, 195 1, p. 218-219, sur les 80 sortes de perles associées à un udi. Le travail inédit de Pages au sujet des
perles, utilisé par divers auteurs, a été mentionné par H. M. Dubois. Monographie..., p. 982-989. Couleurs et
rapports avec les perles : rouge, p. 33, 36 ; noir, p. 93 ; blanc, p. 37.
8. Symbolisme des nombres : p. 41, 60, 80. Les rapports entre 6 et 7, bénéfiques, et 8, maléfique, sont connus
depuis longtemps. L'ouvrage de L. Vig apporte des précisions sur ces nombres et leurs combinaisons : 2, p. 131 ;
7, p. 43, 45, 49, note 27 p. 164, p. 56, 58, 69, 72, 99, 102, 103, 104, 131, 135, 147 ; voir également R. Decary,
idem, ibidem, et Deux amulettes malgaches, dans Rev. d'ethn. et des trad, pop., 1928, p. 176-178 ; 8, p. 57, 104-106 ;
10, p. 101, 144; ii, p. 55; 12, p. 37-38, 73-74-
9. L'expulsion du mal vers l'Ouest ne nous semble pas venir de faits matériels, mais de la symbolique des
directions, p. 59, 102-103.
10. Jours : p. 113 ; lundi, p. 93 ; mardi, p. 106 ; mercredi, p. 47 ; jeudi, p. 41, 112-113 ; dimanche, p. 112. Destins :
p. 43, 113 ; adalu, p. 113 ; adaoru, p. 21, note 11 p. 162 ; adidzadi, p. 141.
11. L'un de nous a bien noté les rapports, entre divination par le sikidi et charmes magiques, au cours d'une
enquête réalisée de 1938 à 1941, publiée en 1951 : J. Faublée. Techniques divinatoires et magiques chez les Bara
de Madagascar. Journ. de la Soc. des Africanistes, XXI, 195Г, p. 127-138, Mais L. Vig avait constaté ceci un demi-
CHARMES MAGIQUES MALGACHES 145
sur un plateau couvert de sable x. Aujourd'hui, ils emploient des graines, et mettent
sur les figures favorables du sable ou de la poussière qu'ils incorporent dans les udi.
Vig a également connu l'époque du transport des charges par des porteurs. Il a
étudié les charmes qui allègent le fléau ou le bâton de portage, évitant les plaies des
épaules, et les interdits correspondant à ces udi : une femme ne doit jamais enjamber
un bâton de portage 2.
Parmi les autres interdits attachés aux charmes, l'auteur signale, pour le fanidi qui
ferme la gueule des crocodiles, le tissu rouge, de la même couleur que celui
enveloppant l'udi, la viande cuite dans certaines conditions, et le fer 3. Un charme entraîne
les interdits suivants : « Tabous du charme : mentir, manger de la langue de mouton,
manger un morceau de viande cuit au dessus d'un autre ou manger de la viande
apportée, pendant la cuisson, sur le foyer d'un côté et retirée de l'autre * ». Dans les
nombreux charmes de guerre, imposés par l'insécurité générale et les campagnes
militaires de la fin du xixe siècle, notons celui qui amène les habitants du village attaqué
à violer les prohibitions des udi qui les protègent et à provoquer ainsi leur défaite 6.
La magie, liée aux interdits, sert à combattre d'autres prohibitions •. C'est peut-
être un fait récent, car les magiciens ont adopté des éléments nouveaux. Ce sont des
Arabes ou des arabisés qui ont apporté des noms de mois et de jours, l'astrologie, la
divination par le sikidi 7 et des perles de verre 8. Ce sont aussi des étrangers qui ont
introduit les armes à feu. Or, les magiciens intègrent dans les charmes de guerre des
produits attirant la pluie qui noie la poudre 8, ou tentent d'y inclure la puissance de
cette poudre 10. Vig accorde une grande importance au syncrétisme qu'il constate.
Ceci l'amène à se demander si le mot sampilahy, appliqué à des morceaux de bois
enfilés sur un cordon, ne vient pas des chapelets distribués par des missionnaires ".
Ces apports récents, attestés ou supposés, ne doivent pas dissimuler les traits
anciens maintenus par la tradition magique. Ce sont d'abord les interdits fadi. Le
mot atteste une souche océanienne ancienne 12. Dans un cas, les interdits sont

siècle plus tôt. Voir également J. Faublée. Présages et divination à Madagascar, dans La divination, études
recueil ies par A. Caquot et M. Leibovici, Paris, P. U. F., 1968, t. 2, p. 373-391, avec note bibliographique. Les planches,
entre les p. 384-385, figurent la confection d'un udi, avec introduction du sable mis en contact avec les graines
divinatoires, et un charme protecteur de village portant des figures divinatoires. Voir également, pour un exposé
sommaire de la divination : J. Faublée. Ethnographie de Madagascar, p. 109-113. Dans le même volume, charme
avec gravure de sikidi : fig. p. 107, n° 32-6-27, légende p. 166. Cet objet est un don Decary comme la planche n° 33-
1-2, p. 115, légende p. 167.
Un ouvrage de M. R. Decary, qui confirme les études de Vig, vient d'être publié par les soins du
C. U.L. O.V. : La divination malgache par le sikidy. Paris, Geuthner, 1970.
1. Ici encore, nous n'indiquons que les pages les plus importantes : p. 17-18, 95-96, 133-138.
2. P. 145-146.
3. P. 31, 50-51, fig. entre p. 18 et 19.
4. P. 68-70. La prohibition du mensonge est exceptionnelle.
5. P. 65. Sur la question des interdits, voir l'ensemble de l'ouvrage : J. Ruud. Taboo. A Study of Malagasy
Customs and Beliefs, Oslo, New York, i960, vin-326 p., avec carte, figures, planches et index.
6. Charme permettant de violer des interdits : p. 142-145.
7. P. 156-157. Le mot sikidi, appartenant aux parlers du centre de Madagascar, répond au mot dialectal sikili,
plus proche du modèle arabe. Normalement en malgache, c'est d qui évolue en /, mais le passage de l à d est
possible dans des emprunts.
8. P. 143, 156. En tenant compte de la mutation normale -mb- -v-, on retrouve dans vonimbazaha, nom d'une
perle, le mot vazaha, « étranger de teint clair »,
9. P. 69.
10. P. 82, 95.
11. P. 94-95 et note 74 de О. С Dahl, p. 167. La question n'est pas tranchée : pourquoi ajouter lahy à satnpi ?
12. Un spécimen traditionnel de charme est celui contre les attaques des crocodiles, p. 31, 50-51, fig. entre p. 18
et 19, déjà signalé note 3. L'efficience du charme vient du respect des interdits qui ont un aspect archaïque.
Pans toutes les langues dites « indonésiennes », il est facile de constater une tendance à l'évolution des consonnes
146 ' SOCIÉTÉ DES AFRICANISTES

«... arracher quoi que ce soit qui puisse ... gêner en chemin, tuer les animaux... ». Ce
respect des plantes qu'on ne doit pas arracher, des animaux qu'on ne doit ni frapper,
ni tourmenter, ni tuer 1, loin d'être étranger à la tradition malgache, se trouve dans
des contes anciens. Une meilleure connaissance des traditions magiques éclaire
d'ailleurs ces récits. Dans un cycle de contes, Imahakà est présenté comme un farceur,
escroc, bandit et meurtrier. Ici, Imahakà est un charme qui rend les femmes folles
d'amour 2. De même, des contes mentionnent l'usage divinatoire d'un bâton. Ici
encore, ce bâton sert à des prédictions, provoque la hantise et permet de réaliser de
véritables miracles 3. L'emploi de vanneries inachevées est également un trait
archaïque important 4.
Les informateurs de ceux qui étudient la magie malgache révèlent les sortilèges à
travers les charmes prétendus licites protégeant de ces sortilèges 5. Convertis au
christianisme, des habitants du Vakinankàratra ayant, en une certaine mesure,
changé de personnalité, avouent à Vig leur connaissance de maléfices, qui incluent,
outre les symboles de la mort et de l'enterrement, de véritables poisons e. La
préparation d'un sortilège puissant peut dicter jusqu'à un sacrifice humain. Avec des
documents précis, Vig confirme que la sorcellerie est pratiquée aussi bien par des
hommes que par des femmes, tandis que magie blanche et divination par le sikidi
sont l'apanage des hommes 7. Sorcier ou sorcière ont comme compagnons chat
sauvage et hibou 8. La confiance des informateurs envers Vig, leur pasteur, ne les
empêche pas d'affirmer que la magie noire leur vient des sorciers du Betsiriri à
l'Ouest 9.
En théorie, le magicien umbiasa, comme le devin mpisikidi, sont des personnages
honorables, bien connus, qui diffèrent du tout au tout du sorcier ou de la sorcière
mpamusavi ou mpamurik. Démasqué, sorcier ou sorcière est tué sans jugement, lyn-

occlubives vers leur correspondante continue. Ainsi, d devient /, tandis que p se transforme en /. Ceci nous amène
à considérer fadi « interdit », du malgache des hautes terres, comme mieux conservé que fali de l'ouest, qui a le
même sens. Le dayak de Bornéo conserve le p- ancien, tandis que le -d- a déjà évolué en -l- : pâli. Il en est de même
du malais p-em-ali (P. Favre. Dictionnaire tnalais-français, t. II, p. 111 a) avec maintien d'un infixe -eut-. Dans
The Maori- Polynesian Comparative Dictionary, Edward Trege ar a admis (p. 472 a-473 b) une parenté entre p-om-ali
indonésien et le tapu maori de Nouvelle-Zélande, proche du tabu des Fidji, qui a donné le français tabou. Pour
nous, cette parenté est évidente, en admettant des phénomènes de sonorisation et d'assourdissement et
déplacement des consonnes dans le mot : dans padi, forme ancienne de fadi malgache, on retrouve le p de tapu. Le -d-
est une sonorisation du t- de tapu, à moins que ce t ne soit l'assourdissement du d.
Nous nous demandons si les mots malais obat et hobat (diet, cité, I, p. 32-33, 181-182), comportant les consonnes
b et t, signifiant aussi bien médicament que charme magique, ne pourraient pas être rattachés à tabu, avec
inversion de consonnes. Si l'on admettait cette hypothèse, interdits et charmes seraient associés dès l'origine.
1. P. 73.
2. P. 30. Contes cités dans tous les recueils.
3. P. 52. Le conte bara figure dans J. Faublée. Récits bara. Paris, Institut d'ethnologie, 1947, p. 416-417, 436-
437.
4. P. 140. L. Vig traduit raritsiltefa par « vannerie inachevable ». L'un de nous a noté, chez les Bara, raritsiefa
« vannerie inachevée ». Le glissement de sens vient-il de la disparition du -h- marquant l'inaccompli ? ou bien le
symbolisme est-il différent ? J. Faublée. Les esprits de la vie à Madagascar, voir ce mot à l'index.
5. L. ViGj contre sorcellerie : p. 23-27, 33. Le nombre 7 combat les mauvais sorts : p. 21, 55-56.
6. P. 112-124. Le maléfice tandruk-usi (p. 112-116) «corne de chèvre» est associé au jeudi et au dimanche,
bemurik (p. 117, note 93 p. 169) signifie «beaucoup» : be, «de sortilèges» vurik, ou «au grand sortilège» (la
mutation v-m ou in-v est normale). Le mot tranu-vuruna (p. 119), s'il désigne bien le brancard couvert utilisé pour
transporter le cadavre, s'applique à toutes sortes de catafalques. Il est employé pour la maisonnette dominant
la tombe de certaines familles princières. Tranu-vuruna « la maison » ou « la demeure de l'oiseau » rappelle l'ancienne
conception de l'âme humaine sous l'image d'un oiseau.
7. P. 123-124.
8. P. 111-112.
9. P. 122.
CHARMES MAGIQUES MALGACHES 147
ché par les femmes à coups de pilons à riz. Seulement soupçonné, il est soumis à une
ordalie. Notons cependant le glissement fréquent, presque obligatoire, entre
magicien et sorcier. Pour combattre ce dernier, le magicien doit connaître les sortilèges.
Aborder cette question impose d'abandonner nos concepts et notre vocabulaire
d'Européens du xxe siècle. Nous distinguons le voleur du soldat, tandis qu'un
Malgache du xixe siècle ne faisait pas de différence entre une razzia et une guerre royale
qui lui donnait le même butin. Dans l'esprit des soldats et des brigands, les charmes
qui les rendent forts, ou endorment leurs adversaires, ou encore mettent le
désaccord entre les défenseurs du village, sont employés légitimement г. Pour les
victimes, ce sont des sortilèges.
L'emploi détermine le caractère licite ou non d'un charme. Les qualités d'orateur
assurent prestige ou considération 2, comme le gain des procès. La notion d'être « lié,
attaché, entravé » est exprimée par fatura{na), dérivé de la racine fàtutra. Sans tenir
compte de la finale instable ou fluctuante (na), les sons de ce dérivé sont identiques à
ceux de l'arbuste fatum. Des fragments de son bois servent à entraver la parole de
l'adversaire 3. La « calebasse muette » était bien bouchée comme le devait être la
bouche de l'accusateur ou du défenseur, selon la circonstance *. Il s'agissait d'agir et
de gagner à tout prix, que le possesseur du charme ait tort ou raison, soit coupable
ou innocent. Un discours du chef ou du délégué du souverain ne prend de valeur que
s'il est approuvé par le peuple. En France « qui ne dit mot consent ». A Madagascar,
qui ne dit mot manifeste ainsi son désaccord, ou même son opposition. Un charme
magique contraint les sujets à suivre l'avis du prince par une approbation unanime 5.
Ceux qui veulent échapper aux corvées et aux impôts supplémentaires estiment que
ce charme est un sortilège. Son emploi, même par un grand du royaume, dans l'intérêt
prétendu du pays, ne leur paraît pas licite.
Les charmes sont conçus pour des buts variés. Ceci se comprend. Le vocabulaire
malgache correspond à des concepts étendus. Par exemple, la signification de àdi
couvre « dispute, discussion, procès » comme « combat, bataille, guerre et meurtre » 6.
Le mot àdi comprend aussi bien les luttes humaines que les combats entre taureaux.
Les uài servent pour les taureaux qui mènent le troupeau comme aux hommes qui
se battent pour les femmes 7. Les malgachisants considéraient jusqu'ici la boxe
malgache, avec usage des pieds, comme une distraction, presque un sport. Vig
décrit des rivalités violentes, sanglantes, parfois même meurtrières, où les femmes
sont un simple enjeu à la merci du vainqueur.
Les auteurs qui ont décrit la vie à Madagascar parlent peu de l'activité sexuelle.
Vig montre son importance pour les Malgaches de jadis. Notons d'abord les ressem-

1. P. 77-78; 124-125; iyjb.


2. p. 26.
3. p. 22-23.
4. p. 133-138.
5. P. 38-39. Dans W. E. CouMNS. Malagasy kabary from the time of Andrianampoinimcriiia, Tananarive, 1873,
comme dans les rééditions faites avec ou sans nom de collecteur, publiées sous le titre de kabary malagasy, on trouve
des exemples frappants. Ainsi, à la fin du § 3, le roi dit : « N'est-ce pas ainsi ? ». Et les sujets répondent : « Izay ь
« C'est bien ainsi ». Il en est de même à la fin du § 4, etc. Xous renvoyons aux paragraphes, car les pages varient
selon les éditions.
6. Sur les champs sémantiques en malgache, consulter, outre les principaux dictionnaires, Jean Paulhan. La
mentalité primitive et l'illusion des explorateurs, dans Œuvres complètes, t. II, p. 143-153. Les joutes poétiques
(voir la notice de l'un de nous sur Jean Paulhan), correspondant h une discussion, appartiennent au champ
sémantique en question, celui de la racine àdi.
7. P. 24-26, 53-55, figure entre les p. 18 et 19.
148 SOCIÉTÉ " DES "AFRICANISTES

blances entre les charmes de combat, assurant le succès à propos des femmes, et des
udi qui provoquent l'amour, considéré comme une lutte avec des rivaux ou avec la
femme *. Ceci donne un caractère ambigu à la plupart des udi d'amour. Le même
charme peut servir à un mari qui tient à garder sa femme et au séducteur qui veut
l'attirer. L'opposition à la séduction domine en de rares cas 8, surtout quand il y a
souhait de fécondité 3. Ce désir d'avoir des enfants passe pour normal à Madagascar.
L'enquête de Vig montre, au contraire, le souci d'éviter les naissances, soit pour
des femmes indépendantes *, soit dans des familles nobles 5, en employant des
procédés qui dépassent souvent le cadre de la magie, basés sur la connaissance de la
conception •.
Ce n'est pas dire que la liberté sexuelle soit totale. Vig note la réserve absolue
qui existe entre père et fille, mère et fils, l'horreur de l'inceste 7, et l'obstacle
constitué par les limites entre classes sociales 8. Des charmes assurent l'inefficacité de ces
dernières prohibitions.
Provoquant la rupture des règles, ils sont assimilés aux sortilèges, comme les udi
qui mènent la femme à la folie amoureuse •. Cette technique magique semble liée aux
plus anciennes traditions, car elle se trouve associée au thème folklorique de la fille
orgueilleuse, refusant toutes les demandes des hommes, jusqu'à la chute finale 10.
Vig a étudié, il y a plus de cinq générations, la magie et la sorcellerie encore
vivantes, accompagnées de sacrifices humains u, et de luttes de devins 12. Des paysans
cultivaient encore le chanvre, non pour obtenir des fibres textiles, mais comme
stupéfiant conduisant à la hantise et aux phénomènes de possession 13. Comme nous
l'avons signalé, des magiciens gardaient souvenir des temps anciens durant lesquels
des graines complétaient les udi, avant l'importation de perles de verre.
L'ouvrage de Vig montre que la distinction habituelle entre magie bénéfique et
sorcellerie, loin d'être nette, est arbitraire. La vannerie raritsi{h)éfa, d'aspect
maléfique ici, est gage de vie chez les Bàra, tribu du sud de Madagascar ". De même,
l'opposition de la magie à la religion est, en général, trop poussée. Le magicien place
dans un charme de fécondité le lézard andrungu et le papillon lulu, proches des
puissances totémiques de vie 1S. Il utilise les charmes de vie qui viennent de divinités ",

1. p. 20, 68-70, 84-88.


2. P. IIO-III.
3. P. 27, 97-102.
4. P. 106.
5. P. 108-109.
6. P. 98, 104-109.
7. P. 22. Il y aurait lieu de préciser le concept d'inces>te par rapport à une parenté classificatoire ■: ray désigne
aussi bien les oncles paternels que le père qui a engendré ; réni s'applique à des tantes et pas seulement à la mère
qui a enfanté. Cette parenté clasaificatoire classe les être humains par générations et non par âge. Un neveu, une
nièce, sont souvent plus âgés que leurs oncles et tantes.
8. P. 34, 45-43.
9. P. 88-93.
10. P. 30-31, note 17 p. 163. Dans les contes Imahaka n'est plus qu'un malfaiteur, mais il faut penser que ces
textes, recueillis souvent par des missionnaires, sont souvent expurgés,
ir. P. 31-32, 118.
12. P. 45. On trouve de telles luttes de devins dans l'ouvrage de F". Callet. Tantara ny atidriana
13. P. 150-155.
14. P. 140. Voir note 4, p. 146.
15. P. 101. Nous nous écartons des opinions reçues, même admises par L. Vig. Pour nous, lulu. n'est pas
seulement l'esprit des morts, mais l'esprit vivant, en général, forme bien conservée d'un totémisme très ancien. Après
avoir désigné tous les esprits de la vie dans la nature, lulu est passé à « esprit d'un défunt ». Voir J. Faublée,
J^es esprits de la vie à Мааацачсаг,
16. P. 157-158,
Planche VIL

Illustration non autorisée à la diffusion


CHARMES MAGIQUES MALGACHES 149
comme l'eau qui remonte dans les tourbillons, recueillie pour les circoncisions \
comme le mouton, victime destinée aux génies de la nature vivante 2. Vig qualifie
le magicien umbiasa de théologien, comme Weber écrivait dans son dictionnaire
« Docteur en sciences médicale et divine 3 ». En effet, Y umbiasa tient une partie de
ses pouvoirs et sa connaissance de la divination des esprits qui hantent la terre et les
arbres, que ce soient les angala{m)pu{na), les « Petits-aux-longs-cheveux », ou les
vazimba 4.
Ce rappel à des puissances sacrées semble indiquer une origine religieuse de la
magie. Son développement dans la région et à l'époque des recherches de Vig 6
tend à mener à une conclusion : le développement de la magie, particulièrement
sous sa forme maléfique, correspond à des périodes d'insécurité et de troubles sociaux.

Paris, le 12 mai 1969.

1. P. 106. Sur l'eau « qui remonte », nous utilisons les notes de nos missions de 1956, 1958 et 1965.
2. P. 117. Voir référence, note 15, p. 148.
3. Le dictionnaire Weber, publié sans nom d'auteur, porte le titre : Dictionnaire malgache-français rédigé selon
l'ordre des racines par les missionnaires catholiques de Madagascar et adapté aux dialectes de toutes les provinces.
Ile Bourbon (La Réunion), 1853.
4. P. 35-42, note 23 p. 163, 102-104, 157-158. Voir référence de la note 15, p. 148.
5. P. 160-161.