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De toutes les conquêtes que les hommes ont réalisées au cours des deux

derniers millénaires, celles des Arabes au Proche et au Moyen-Orient ont sans


doute le plus étonné par leur rapidité et plus encore peut-être par le petit nombre
de ceux qui les accomplirent.
5 Moins d’un an après la mort de Mahomet, en 632, son successeur, le calife
Abou Bakr, s’était emparé de presque toute la péninsule Arabique et avait
converti sa population à l’islam. En 637, le puissant empire perse sassanide était
vaincu à la bataille de Kadisiyya puis, quelques années plus tard, définitivement
écrasé. Presque en même temps, la Syrie, l’Irak, la Mésopotamie tombaient sous
10 l’autorité du calife. En 639, le général Amr, au nom du calife Omar, entrait en
Égypte avec 3 000 hommes seulement et marchait sur la forteresse de Babylone,
près du Caire actuel. Un an après, Alexandrie était évacuée par les troupes
byzantines, qui tentèrent de la reprendre par la mer, sans succès. En 646, la ville
était définitivement abandonnée par les Byzantins. Moins de vingt ans après la
15 mort du prophète, les Arabes avaient conquis la quasi-totalité des pays du
Croissant fertile et du plateau iranien avec le Khorasan, et une partie des
provinces byzantines d’Afrique du Nord. Les conquêtes qui vont venir ne seront
pas toutes aussi faciles mais un fait d’importance capitale était là : presque
inconnus jusque-là, les Arabes brusquement sortis de leurs déserts étaient
20 apparus sur la scène orientale et internationale, dont ils ne sortiront plus jamais.
Les conséquences politiques et économiques seront immenses.
Avant de poursuivre le récit de l’avance des Arabes vers l’Ouest, à certaines
époques stupéfiantes, une question se pose, à laquelle les historiens ont
diversement répondu : pour quelles raisons, ces foudroyantes conquêtes ? À quels
25 idéaux obéissaient ces cavaliers du désert devenus en quelques brèves années les
maîtres de quelques-uns des plus grands pays et des plus grands centres du
Moyen-Orient ? Les mobiles de ces foudroyantes chevauchées ont été longtemps
recherchées dans le fanatisme religieux que l’islam aurait tout de suite inspiré aux
Arabes. Il est exact que la religion du Prophète reçut rapidement l’adhésion, non
30 quelquefois sans difficultés, de ceux qui l’entouraient. Mais leur nombre était
limité et le gros des « combattants pour la foi » étaient des hommes qui ne
connaissaient rien, ou presque rien, de l’islam. Ce qu’ils recherchaient, c’étaient
avant tout le butin que procure le pillage des villes, les jouissances que leur
donnait la conquête des riches agglomérations d’hommes et de femmes. Les
35 Arabes qui se lançaient à la conquête des villes persanes ou byzantines étaient le
plus souvent des bédouins polythéistes auxquels l’islam était entièrement
étranger. Mises à part quelques déviations au cours des siècles, l’islam est une
religion tolérante qui ne recherche pas les conversions par la force. Les califes ont
surtout su mettre habilement à leur service le goût des bédouins pour les
40 fructueux combats.
Les conquêtes ont été aussi grandement facilitées par l’état de faiblesse dans
lequel se trouvaient alors les empires voisins. Les provinces de Byzance – la Syrie,
la Palestine, l’Égypte – étaient profondément irritées par l’intolérance religieuse
des empereurs de Constantinople. Monophysites et nestoriens, qui étaient alors la
majorité, étaient prêts à se détacher de Constantinople tant leur mécontentement
était vif. Ils avaient la conviction d’être gouvernés par des ennemis de leur foi
5 alors que les Arabes étaient indifférents aux convictions religieuses de leurs sujets.
Ils leur demandaient de se tenir en paix et de payer des impôts, avant tout
la djiziyya, que devait verser tout non-musulman. De plus, les troupes byzantines
cantonnées dans les provinces étaient, pour la plupart, dans un mauvais état, mal
organisées, mal commandées, mal entraînées et irrégulièrement payées. Leurs
10 chefs se déchiraient entre eux. Les gouverneurs des provinces, incompétents et
indifférents au sort des populations, en faisaient autant. Les grands propriétaires
terriens s’étaient rendus indépendants de fait du gouvernement. « La conquête de
l’Égypte », dit l’historien anglais N.J. Bell, ne fut « ni un miracle, ni un exemple de
la vengeance divine sur la chrétienté dans l’erreur ; ce fut seulement
15 l’affaissement inéluctable d’un édifice pourri jusqu’à la moelle ». L’autre
adversaire des Arabes, l’empire perse sassanide, n’était pas dans une meilleure
situation. Au début du viie siècle, Chosroès II s’était emparé de la Syrie et de
l’Égypte, au moment même où les Avars, des Mongols venus de l’Asie centrale et
orientale, campaient devant Constantinople et menaçaient de s’emparer du mur
20 de Théodose, l’une des trois murailles qui protégeaient la ville. Héraclius, un
empereur énergique, parvient à acheter la retraite des Avars, prend l’offensive
contre les Perses, qu’il repousse. Comme les Byzantins, les Sassanides sont à bout
de forces. Les uns et les autres sont exsangues quand les Arabes fondent sur eux.
Presque chaque année, les cavaliers du désert parcourent l’Asie Mineure, qui est
25 pour eux comme un immense champ de pillage. Ils ravagent les côtes de Chypre,
razzient Rhodes et en 654, déjà familiers avec les choses de la mer, ils
anéantissent la flotte byzantine commandée par l’empereur Constant II en
personne. Quelques années plus tard, les troupes du calife sont à Chalcédoine, en
face de Constantinople, sur la côte d’Asie. La ville est attaquée par terre et par
30 mer, elle est sur le point de se rendre lorsque le feu grégeois décime la flotte
arabe.
L’empire sassanide, lui, n’avait pas le feu grégeois, « cette arme de Satan », et
il disposait de moins bonnes défenses naturelles que Byzance. Il s’effondra
rapidement. À Nakihavand, en 642, l’armée de Yazdigird, le dernier roi sassanide,
35 fut battue. L’occupation du pays par les Arabes se fit sans difficulté. Une partie de
l’armée se rallia aux occupants. La pression se poursuivit dans la direction de l’Est
jusque dans les premières années du viiiesiècle. Le Belouchistan et le Sind sont
occupés en 707-710, l’Indus est atteint en 712-714.
ANDRÉ CLOT, L’ESPAGNE MUSULMANE VIIIe-XVe, Éditions Perrin, 1999 et 2004.

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