Вы находитесь на странице: 1из 3

MÉTHODES ASYMPTOTIQUES

EN MÉCANIQUE DE LA RUPTURE
Jia LI & Naman RECHO

Notes de lecture
par Philippe PASQUET, GDTech France, groupe SAMTECH

On le sait depuis longtemps : la méthode des éléments finis, en particulier en déplacements, a


horreur des singularités (en mathématique, on dirait : solutions non polynomiales). Cela
commence par les problèmes les plus simples (i.e. que l'on résout analytiquement) comme le
tube cylindrique sous pression et se prolonge vers les applications industrielles pour lesquelles
les concepteurs sont obligés de multiplier les congés, les trous, les chanfreins, …, et autres
causes de singularités.

Heureusement, nous disposons d'un maillage que les logiciels actuels les plus performants
savent construire, raffiner, voire adapter en partant du principe que toute fonction peut être
approchée par une succession de droites (ou, encore mieux, de paraboles !).

La mécanique de la rupture offre un autre exemple, ô combien caractéristique, de singularité.


Elle propose des méthodes pour approcher plus ou moins précisément les contraintes en fond de
fissure (ce que le seul raffinement ne sait pas faire, la solution conduisant à une contrainte
infinie) et même évaluer l'angle de propagation. D'où les exercices de "jonglage" pour accéder
aux facteurs d'intensité de contraintes (FIC) : boîtes à fissures, éléments spéciaux, …

Dans son précédent ouvrage1, Naman Recho nous en proposait quelques-uns, directement
utilisables dans un code d'éléments finis. Aujourd'hui, en collaboration avec Jia Li2, il nous
propose, comme le dit H. D. Bui dans sa remarquable préface, une approche nouvelle : la
théorie hamiltonienne, sur un sujet classique : l'analyse asymptotique. Toutefois, Méthodes
asymptotiques en mécanique de la rupture, publié en 2002 chez Hermès Science Publications
/ Lavoisier, n'est pas seulement la description d'une nouvelle méthode et de ses résultats les plus
remarquables, mais aussi un excellent résumé des résultats théoriques et pratiques plus
traditionnels.

Reprenant certains résultats de la thèse de Jia Li mis en parallèle avec des développements plus
classiques, les auteurs proposent une théorie en introduisant le système hamiltonien, celui que
l'on utilise en mécanique rationnelle. Ils prétendent, avec cette méthode, retrouver toutes les
solutions existantes mais aussi aborder des problèmes insolubles traditionnellement. Alors,
entrons dans l'ouvrage organisé en onze chapitres (plus l'introduction) dont neuf sont consacrés
à la nouvelle méthode et deux forment ce que l'on a qualifié de résumé. Ces deux là sont
astucieusement alternés avec leur pendant utilisant le système hamiltonien et contiennent les
résultats essentiels de l'élasticité et de la mécanique de la rupture.

1
Rupture par fissuration des structures (analyse publiée dans le volume XX n°1 du Bulletin Φ²AS et
visible sur le site http://www.ipsi.asso.fr)
2
Professeur à Paris XIII, Laboratoire des Propriétés Mécaniques et Thermodynamiques des Matériaux
Le chapitre 2 est donc un rappel de mécanique des solides : on y retrouve les équations bien
connues de l'élasticité ainsi que quelques principes variationnels s'appuyant sur une base de
bilans énergétiques.

Le chapitre suivant reprend, selon le principe d'alternance, le même thème en l'inscrivant dans le
système hamiltonien. Cette présentation, peu connue, existe depuis une dizaine d'années et peut
modéliser les problèmes statiques et dynamiques. La méthode a pour principal avantage de
résoudre un système différentiel de premier ordre au lieu du deuxième ordre classiquement.
Malheureusement, rien n'est gratuit, le système comporte deux fois plus d'inconnues (variable et
dérivée). Le chapitre se termine par un exemple nous familiarisant avec la méthode à défaut de
mettre en avant ses avantages : évidemment, le cas (tube sous pression) est très simple et la
double intégration ne pose pas de problèmes particuliers.

Avec le quatrième chapitre, nous revenons à la formulation traditionnelle et abordons la


mécanique de la rupture. Il ne comporte que des rappels généraux sur le comportement à la
fissuration, les critères de propagation et de bifurcation. Les méthodes, locales ou énergétiques,
permettent d'accéder aux différents FIC. Du point de vue du calculateur, le problème – qui reste
entier – est de séparer les différents modes d'ouverture. Quelques pistes sont rappelées
(introduction d'un champ auxiliaire) mais, pour approfondir, mieux vaudra se reporter à la
bibliographie. Les critères prévoyant la bifurcation sont également décrits, même si les auteurs
signalent qu'aucun ne fait l'unanimité.

A partir du cinquième chapitre, nous resterons jusqu'à la fin avec le système hamiltonien en
mécanique de la rupture (SHR). Le chapitre 5 est évidemment le cœur de l'ouvrage : c'est dans
celui-ci que le système est appliqué pour retrouver les résultats du chapitre précédent. On est
aussi censé en découvrir les avantages. La base de la méthode SHR est donc une équation
homogène du premier ordre à laquelle il est facile d'ajouter les effets des forces volumiques, les
effets thermiques ou les contraintes résiduelles pour en faire un système non homogène. La
solution consiste à séparer les variables (radiales et angulaires) puis à rechercher les valeurs
propres de l'opérateur hamiltonien. La résolution mathématique de l'équation aux valeurs
propres est basée sur le développement en expansion. Quelques solutions analytiques peuvent
être explicitées mais, dans la plupart des cas, il faut avoir recours à des méthodes numériques.
On notera au passage que les méthodes classiques de la mécanique de la rupture permettent de
déterminer les FIC correspondant aux premiers vecteurs propres mais que les suivants, peu
considérés, ne sont "nullement négligeables dans certaines applications", en particulier les
vecteurs qui fournissent le "champ des contraintes T". Le chapitre se clôt sur un exemple bien
connu qui met en évidence l'influence des différents termes de l'expansion : dès que l'on
s'éloigne de la pointe de la fissure, il faut au moins trois termes pour retrouver la solution exacte
autour de la pointe.

Les cinq chapitres suivants (6 à 10) décrivent des cas particuliers en proposant des solutions
pour de nombreuses applications industrielles :

- les milieux isotropes formés de plusieurs matériaux englobant le cas de la fissure à l'interface
de deux matériaux : ce problème, très délicat à résoudre par les méthodes classiques, y compris
en utilisant la fonction d'Airy, trouve ici une solution aisée.

- les fissures dans les milieux anisotropes, dont les matériaux composites sont un cas
particulier : les exemples traités par les auteurs montrent une excellente concordance avec les
solutions existantes et, pour l'un d'entre eux, non encore résolu par les méthodes traditionnelles,
une solution nous est proposée.
- les fissures dans les plaques, dont les applications potentielles sont nombreuses : les
développements, qui incluent les plaques hétérogènes et anisotropes, se placent dans le cadre de
la théorie de Mindlin-Reissner apte à décrire les plaques multicouches composites.

- les fissures dans les milieux élastoplastiques isotropes ou orthotropes : d'après les auteurs,
l'approche hamiltonienne permet un traitement systématique de nombreux problèmes qui
pourraient paraître compliqués. L'anisotropie plastique qui se développe dans de nombreux
métaux est prise en compte pour le calcul des concentrations de contraintes en pointe de fissure.

Pour tous les cas étudiés, les développements sont strictement identiques : seul le contenu du
système à résoudre diffère même s'il faut une hypothèse supplémentaire de séparation des
variables dans le cas des matériaux élastoplastiques.

L'approche hamiltonienne se montre aussi très efficace quand on s'intéresse aux cycles
d'ouverture et de fermeture des fissures. Pour cela, il faut associer les lois de propagation et les
lois d'endommagement et supposer que le champ de déplacements se décompose en parties
plastique et élastique. Les développements proposés par les auteurs permettent d'aboutir fort
élégamment à une formule similaire à la loi empirique de Paris pour décrire l'avancement du
front en fonction du nombre de cycles.

Le dernier chapitre décrit de manière très honnête les limites de l'ouvrage déjà suffisamment
copieux. Comme le soulignent les auteurs (et avant d'industrialiser la méthode), il reste à
poursuivre des développements au moins dans trois directions :
- le traitement des problèmes tridimensionnels : comme bien souvent, le passage du 2D au 3D
s'avère plus qu'une simple ré-écriture. On est par exemple confronté au choix du repère lié à la
pointe de fissure.
- un traitement plus rigoureux des problèmes élastoplastiques, sans l'hypothèse de séparation qui
devient caduque dans le cas des modes mixtes.
- enfin, l'association avec la méthode des éléments finis pour – rêvons avec les auteurs –
construire des super-éléments en pointe de fissure.

Cet ouvrage (qui présente un formalisme quelque peu complexe, comme en témoigne le contenu
des chapitres 3 et 5) doit permettre, pour citer à nouveau H. D. Bui, de résoudre bien d'autres
problèmes de façon "aussi élégante et aussi simple". Ces perspectives apparaissent propres à
conforter notre optimisme. Le potentiel de la nouvelle formulation, dont les premiers résultats
sont tout à fait convaincants, allié à la puissance de la méthode des éléments finis, devrait
conduire rapidement à des résultats numériques plus précis tant en propagation qu'en bifurcation
ou en fatigue. Une bonne raison pour se précipiter sur ce livre.

Paru dans le bulletin XXVIII-3 de Φ2AS (distribué le 16 novembre 2004) IPSI