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LE PARDOXE DES ACCIDENTS DE LA CIRCULATION CORPORELSAU

MAROC: AUGMENTATION DU NOMBRES D'ACCIDENTS ET DIMINUTION DE LA

VALEUR REELLE DES INDEMNITES.

Beaucoup d'eau a coulé depuis la publication du dahir du 2 octobre 1984 relatif à l'indemnisation des victimes d'accidents causés par des véhicules terrestres à moteur qui était venu pour renforcer le processus de modernisation des règles de droit et surtout pour mettre fin à la fixation arbitraire du montant des indemnités allouées par les tribunaux et les compagnies d'assurances aux accidentés et aux ayants droit. Avec la loi sur les loyers de 1980, connue par ses effets pervers sur le fonctionnement de la justice de l'époque, ce dahir a marqué l'histoire du droit au Maroc. Plus d'un quart de siècle après sa publication, il est devenu nécessaire de placer ce texte de loi dans son contexte historique et économique afin d'en évaluer la portée et d'en tracer les limites. Tout laisse

à penser que ce système d'indemnisation est devenu caduc pour certains mais juteux pour d'autres.

De 1968 à 1970, le nombre de sociétés d'assurances opérant au Maroc était passé de 54

à 40 (1). L'arrêté du Ministre des Finances du 15 avril 1968 avait en effet imposé aux sociétés d'assurances le chiffre d'affaires minimum de 4 millions de dirhams et avait ainsi accéléré leur concentration. Ce mouvement a été accentué par la marocanisation de 1973, qui a ramené en 1978, le nombre de compagnies à 20. Étant devenues marocaines, il fallait leur déblayer le terrain. C'est ainsi qu'on va essayer de leur offrir un cadre réglementaire leur permettant d'augmenter leur chiffre d'affaires et de réduire le coût des sinistres. En 1978 a été mis en place le nouveau tarif automobile connu par sa complexité. Il tenait compte des données personnalisées de l'assuré, du conducteur, des caractéristiques techniques ainsi que de la valeur du véhicule assuré et surtout de la sinistralité. La même année le Ministère de la Justice a publié la circulaire N°829 à laquelle fut annexé un barème indicatif permettant aux juges de fixer l'indemnisation des victimes des accidents de la circulation. Auparavant les juges avaient confectionné « (au niveau de chaque cour d'appel) un véritable barème dont les taux augmentent chaque année pour compenser l'accroissement du coût de la vie. » (2) Alors qu'on criait haut et fort aux dangers du déficit chronique de la branche automobile, à la surprise générale, deux nouvelles compagnies ont vu le jour entre 1980 et 1981. Avec la création de la Victoire et de la Renaissance, ont pris naissance dans le marché des pratiques commerciales nouvelles: large réseau de distribution et pratiques non réglementaires en matière d'assurance automobile. Ces compagnies en plus de l'Arabia, de la Remar et de

le calcul de la prime automobile en la

rendant attractive pour les clients, ce qui constituait une remise en cause du tarif

réglementaire de l'assurance automobile de 1978. Elles avaient certes perturbé le marché mais avaient le mérite de populariser l'offre de l'assurance en général et de

l'assurance automobile en particulier en s'installant dans des villes et régions boycottées par les compagnies classiques. La sélection des risques et le refus de l'assurance automobile étaient légion à l'époque. En 1995, ces sociétés ont été liquidées. Elles ne devaient pas l'être en même temps et n'étaient pas les seules à devoir subir une telle mesure. Les indemnités allouées par la justice aux victimes de ces compagnies ont été

de moitié (3). En janvier 1993 , un événement majeur marqua l'histoire de

l'assurance automobile; c'est la création de la Compagnie d'Assurance Transport (CAT) qui a réussi bon an mal an à prendre en charge un des segments les plus déficitaires et le plus rejeté par les entreprises d'assurance à savoir le transport public des voyageurs. Pour cette catégorie d'assurance l'ère du duopole CAT-MATU (4) a été ainsi inaugurée. Actuellement, à l'heure de la libéralisation rampante, la multiplication des offres commerciales en automobile semble surcharger les clients de garanties multiples et

la Cada ont eu le privilège de simplifier de facto

réduites

complexes à tel point qu'on peut comparer le client à un petit écolier succombant au

poids de son cartable

d'assistance exigés pour le visa Schengen offrent des prestations qui se cumulent en faisant double emploi avec celles de l'assistance offerte par les assureurs en automobile.

dont

il ne connaît

pas le contenu

(5).

Certains contrats

En octobre 1984, a été publié le dahir relatif à l'indemnisation des victimes d'accidents de la circulation. Bien qu'elle se soit voulue moderne, cette législation avait marqué tout de même un recul par rapport aux textes qui étaient en vigueur et surtout par rapport à celle portant sur les accidents du travail.

Pour répondre aux doléances des assureurs, le législateur avait fait joindre au dahir de 1984 un barème obligatoire que les compagnies et le juge doivent suivre pour déterminer les bases des indemnités revenant aux victimes ou aux ayants droit. Ce barème fixe les seuils minimums et maximums des salaires ou gains professionnels ainsi que ceux des capitaux de référence y afférents et donne pour chaque niveau de revenu annuel le capital de référence en fonction de l'âge de la victime au moment de l'accident.

L'indemnité quant à elle est une équation dont les principales

annuel, le revenu minimum correspondant à l'âge de la victime, le degré de responsabilité de cette dernière dans la survenance de l'accident et son état de santé à la suite de l'accident. Certaines dépenses, comme les frais médicaux ou chirurgicaux, sont remboursées suivant les justificatifs présentés par les demandeurs. Le salaire ou gains professionnels annuels servent à la fixation de l'indemnité journalière due à la suite de l'arrêt temporaire de travail connu dans le langage médical sous l'expression d'incapacité temporaire de travail (ITT). Les autres préjudices sont indemnisés sur la base soit du revenu minimum soit du capital de référence. Une liberté plus ou moins relative est laissée aux différents intervenants pour construire les derniers fragments du puzzle. Les juges et en cas de transaction amiable les compagnies ont le pouvoir de déterminer le degré de responsabilité de la victime dans la survenance de l'accident, les médecins le niveau du préjudice corporel et les experts financiers lorsqu'on leur fait appel le montant du revenu. L'indemnité est donc réglementée.

inconnues sont: Le revenu

On ne peut qu'être étonné de constater que ce texte a utilisé l'expression vague de :

«salaire ou gains professionnels» au lieu de recourir à la notion de revenu qui était évoquée de manière claire dans la circulaire n? 829 du Ministère de la Justice du 22 décembre 1978. Le revenu est un flux de ressources perçues par un agent économique

) et représentant la rémunération soit d'un travail (salaire ou

(ménage, entreprise etc

traitement), soit d'une activité (profit), soit d'un capital (intérêts ou loyer). Le revenu comprend deux composantes: les revenus produits et les revenus de transfert. Les revenus produits sont ceux qui sont distribués en contrepartie de la participation à la production, contrairement aux revenus de transfert qui sont perçus sans contrepartie:

indemnités, bourses d'étudiants, allocations diverses (6). C'est dans cette optique que le dahir du 25 juin 1927 relatif à la réparation des accidents du travail avait exclu les allocations familiales du salaire servant de base au calcul des indemnités, et c'est en partant de ce principe économique que les juges estiment que la pension de retraite, qui est un revenu de transfert par excellence, ne peut pas faire partie du revenu sur la base duquel peut être calculée l'indemnité en cas d'accident causés par des véhicules terrestres à moteur (7).

De surcroît le dahir de 1984 semble avoir été fait à la hâte. Il ne précise pas si les gains professionnels et les salaires pris en considération sont bruts ou nets, occasionnels ou permanents (répétitifs). Cette négligence est d'autant plus fâcheuse que les revenus et

a

réalisé exceptionnellement une grande transaction spéculative et qui a payé un impôt y afférent sera-t-elle indemnisée sur ce revenu exceptionnel ou sur ses revenus réguliers? Cette transaction exceptionnelle doit-elle être prise en compte pour le calcul des revenus perdus à cause de l'accident survenu postérieurement à cette opération? Un accidenté qui vit grâce aux dividendes, intérêts, loyers des immeubles ou rentes de ses terres (revenus du capital) doit être indemnisé sur la base de quel montant de pertes de revenus sachant que le capital produit ses fruits même après le décès de son propriétaire et que seuls les revenus du travail et les profits liés aux efforts de l'entrepreneur connaissent une baisse après l'accident? Force est de constater que la

2

les différentes retenues qui les frappent sont multiples et variés. Une victime qui

rigueur et le souci de precrsion de la législation sur les accidents du travail sont exemplaires à ce niveau. Celle-ci consacre les articles 59 à 82 exclusivement aux

principes de la fixation de l'indemnité journalière, de la définition et de la délimitation du

salaire qui doit servir de base pour le

en dehors des frais de déplacement, de transport et des

calcul de cette indemnité. Ce salaire est brut, il

inclut tous les avantages

allocations familiales et est calculé avant déduction des prélèvements fiscaux et autres.

Pour certaines catégories sociales non soumises à l'impôt

et à

un système

de

comptabilité régulière, la fixation du revenu est une véritable aventure truffée

d'incertitudes. Les agriculteurs qui sont exonérés

déclarent riches que quand ils sont victimes d'accidents de la circulation; leurs terres

deviennent fertiles, leurs cheptels rentables et leurs revenus stables et élevés.

d'impôt jusqu'en 2013,

ne se

En traitant de la preuve que doit fournir la victime pour justifier ses revenus le législateur s'est attardé quelque peu (article 7) sur le cas de l'accidenté non salarié et dont la part correspondant à son travail ne peut être distinguée de celle lui revenant de ses biens et stipule que «le salaire ou les gains professionnels servant de base à la détermination de son capital de référence seront évalués par assimilation au salaire ou aux gains professionnels d'une personne exerçant les mêmes activités» ce qui est vague. Deux personnes exerçant la même activité peuvent réaliser des profits très différents. Pour une même personne des facteurs environnementaux peuvent faire varier considérablement ses profits dans le temps: chaleur trop forte pour le vendeur de glaces. Pour les gérants ou exploitants de leurs propres biens une autre confusion peut surgir. Les évaluateurs des revenus peuvent confondre le revenu et le chiffre d'affaires qui comprend le salaire du personnel et les autres charges qui sont des flux revenant aux autres agents économiques. Certains «tribunaux au lieu d'exiger des documents irrévocables, se contentent parfois de certaines pièces telles les attestations délivrées par les employeurs, ou par les autorités locales voire par des adoules » (8).

Le caractère anachronique du dahir de 1984 est flagrant. Le calcul du capital de référence se fait sur la base du tableau qui lui est annexé. Ce dernier a été confectionné à partir du décret du 14 novembre 1959 portant le tarif de la rente viagère applicable aux victimes d'accidents du travail et calculé selon la table de mortalité dite CRl taux 4.75% (9). Ces barèmes ont été établis sous le protectorat. Ils étaient copiés sur des tables de mortalité antérieures de la métropole de l'époque ou dans le meilleur des cas confectionnés sur la base de données démographiques de l'Empire Chérifien de l'entre deux guerres. La population concernée était surtout française, les marocains n'avaient pas d'état civil et n'utilisaient que des événements historiques pour situer leurs dates de naissance: guerres, famines, épidémies, période des bons de rationnement. De plus, la population de Tanger et celle de la zone du protectorat espagnol étaient évidemment exclues de ces statistiques. Ces tables qui présentent des montants avec trois chiffres

après la virgule donnent l'illusion de refléter une réalité qui n'en est pas une. Ne définit- on pas les statistiques comme étant «l'art de mentir avec précision » ? Ni la formation de milliers de cadres économistes, statisticiens, démographes et mathématiciens ni les différents recensements de la population n'ont permis d'aboutir à la mise en place d'une simple table de mortalité marocaine. Celle-ci pourrait servir au calcul des indemnités, à l'évaluation scientifique des provisions et réserves mais aussi à la fixation des primes de certains contrats d'assurances. Le tableau n? 1 ci-après montre que le la valeur de un (1) dirham de rente du tarif applicable aux victimes d'accidents du travail (Table de mortalité CRl taux 4.75%, décret du 14/11/1959) est parfois largement supérieure à celle de un (1) dirham du capital de référence servant de base d'indemnisation du dahir de 1984 et que cet écart s'accentue avec le temps. Cette parité est faible pour les revenus bas et est très élevés pour les revenus hauts. Dans le temps elle varie pour une même

catégorie d'âge. Si en 1984, pour une victime ayant 55 ans, un dirham de valait: 10.89 dirhams actuellement il en vaut: 12.21 dirhams!

rente 1959

3

Tableau n° 1 :

ETAT COMPARTATIF

DE LA VALAUR DU CAPITAL DE REFRENCE PAR RAPPORT A LA RENTE ACCIDENTS DU

TRAVAIL

âge A

REVENU CAPITAL B

D

REVENU CAPITAL B

D

REVENU 1CAPITAL B

D

 

1984

1986

1998

21

17,432 7238

123050

17,001 1,03

7980

135663

17,000 1,03

9270

1140913

15,201 1,15

22

17,361 7238

121840

16,833 1,03

7980

1134329

16,833 1,03

9270

1139532

15,052 1,15

55

11,330 7238

76000

10,500 1,08

7980

83790

10,500 1,08

9270

187035

9,389

1,21

21

17,432 500000

839375

1,679

10,38 551250

882946

1,602 10,88 640000 1958398

1,497 11,64

22

17,361 500000

830515

1,661

10,45 551250

873626

1,585 10,95 640000 1948282

1,482 11,72

55

11,330 500000

520125

1,040

10,89 551250

547124

0,993 11,42 640000 1593878

0,928 12,21

Légende:

A=prix de 1 dirham de rente fixé par le décret du 14/11/1959 pour les victimes d'accidents du travail ayant entreîné une incapacité permanente partielle. Revenu: salaire ou gains professionnel tels que publiés dans le tableau annexé au dahir de 1984 Capital= capital de référence du tableau annexé au dahir de 1984. B=Capital/Revenu ou le montant du capital qui correspond à 1 dirham de revenu selon le tableau annexé au dahir de 1984 ou par quel nombre faut il multiplier un revenu pour trouver le capital qui lui correspond. 0= A/B Ce quotient permet le calcul de la parité entre un (1) de rente 1959 et le montant du capital de référence du dahir de 1984.

Concernant le barème annexé au dahir de 1984, il convient de signaler que depuis le 11 novembre 1998, le revenu plancher s'élève à 9 270.00 MAD et le revenu plafond est fixé à 640 000.00 MAD

et ce après avoir subi auparavant

deux revalorisation

: en 1986, et en 1998. Les autres revenus

et

capitaux intermédiaires entre les seuils minimum et maximum sont restés inchangés.

En gros les principales augmentions

qui ont touché le revenu minimum

et le revenu maximum

du

tableau annexé au dahir de 1984 ont été les suivantes:

Tableau n02 :

Évolution en % des revenus et capitaux pour une personne âgée de 21 ans au plus

 

Variation en

Variation en

Année du barème

1984

1986

%

1998

%

Revenu minimum en MAD

7238.00

7980.00

10.25

9270.00

16.17

Capital de référence en MAD 123050.00

135663.00

10.25

140913.00

3.86

Capital maximum en MAD

839375.00

882946.00

5.19

958398.00

8.55

Ce tableau montre que l'augmentation des capitaux minimums et maximums

proportionnelle à celle du revenu minimum, ce qui se traduit inéluctablement par la baisse de la

valeur réelle de l'indemnité 14 du dahir stipule que

variation « de la rémunération correspondant à la valeur des

grille de rémunération des fonctionnaires

ou à un rythme inférieur. est en effet passé de

8 137,00 MAD en 1985 à 26 557,44 MAD en 2010 (+226.38%).11

et ce au bout de quinze revalorisations.

dégradé passant de 88.95% en 1985 à 34.95% en 2010.

est moins

déjà entamée par la non indexation

au coût de la vie. En effet, l'article

« suivre»

la

d'indice de la

les revenus et capitaux

minimums et maximums doivent

150 premiers points

de l'État. ». On peut

suivre quelqu'un au même rythme

La loi est respectée vive la loi. Le SMIG quant à lui, a plus que triplé. Il

donc a été multiplié

par 3.26 fois

L'écart entre le revenu minium et le SMIG s'est largement

Tableau n03 :

Evolution du rapport entre le revenu minimum du dahir et le SMIG

Année

1985

2010

Revenu minimum en MAD (A)

7238.00

9270.00

SMIG (B)

8137.00

26557,44

Rapport AlB

88.95%

34.95%

La manière

hâtive

dont

a été

fait

le dahir

de

1984

, apparaît

dès l'article

2 relatif

au

remboursement des frais et dépenses engagés (transport, frais médicaux, pharmaceutiques).

Ce

texte s'est tu sur l'application

de la part de responsabilité

imputable à l'auteur de l'accident.

Il est

en est de même pour la réparation

du préjudice

moral.

Cet oubli a donné

naissance à une

jurisprudence contradictoire et instable. Certains préjudices ne sont pas réparables par ce système,

c'est le cas

notamment

du préjudice d'agrément qui compense«

à la législation

la pertes

de qualité

le veuf survivant

de la

ne

vie» (10). Enfin contrairement

sur les accidents du travail,

touche pas d'indemnité

accident même s'il ne travaille pas.

pour baisse de revenu

familial

si son épouse décède à la suite d'un

4

D'autres critiques ont été formulées à l'encontre de ce dahir lors des multiples séminaires organisés dans les facultés de droit de Casablanca, de Marrakech et de Rabat. Elles ont trait aux preuves apportées pour les justificatifs du revenu, aux problèmes des expertises, aux jugements et à la faiblesse de certaines indemnités: indemnités des parents à la suite de la perte à cause d'un accident de la circulation d'un enfant.

Au niveau des entreprises d'assurances le retard dans le traitement des dossiers dits corporels nuit beaucoup à la réputation de la profession. Ces entreprises doivent normalement privilégier les règlements amiables et rapides en considérant les victimes et les ayants droit comme de futurs clients ou comme d'éventuels agents qui véhiculent une bonne image sur le secteur. La baisse des rendements des placements financiers (bons de trésors, actions, obligations, intérêts créditeurs) en deçà du taux de 6% qui représente les intérêts de droit auxquels sont assortis les jugements, n'a pas abouti à une réduction des dossiers litigieux. Une réforme du service chargé du traitement des dossiers corporels est une nécessité impérieuse même s'il a la réputation d'être animé par de bons juristes. En effet ce dernier a toujours fait pale figure devant les autres entités chargées au sein des compagnies d'assurance des règlements des autres catégories de sinistres et qui œuvrent pour des liquidations rapides des dossiers: services sinistres accidents du travail, accidents matériels, risques divers, vie, maladie et sinistres maritimes. Le recours presque systématique des entreprises d'assurance à des propositions d'arrangement qui mettent une part de responsabilité (25% ou 33%) à la charge des victimes non responsables est devenue une pratique presque courante (11). L'instauration d'un barème de responsabilité préétabli - respecté spontanément par les compagnies - comparable à celui de la convention d'indemnisation directe provoquerait un retournement de situation favorable aux victimes et mettra fin à l'un des rouages d'un système qui en l'état actuel des choses contribue à certains égards à développer la pauvreté. La publication périodique par le Ministère de la justice des états exhaustifs d'avancement des procédures d'exécution des jugements concernant les accidents de la circulation permet certainement de réduire le nombre de dossiers corporels non liquidés. Ces statistiques qui sont ventilées par compagnie d'assurances seraient plus pertinentes si elles indiquaient le montant des indemnités non encore réglées. Pour éviter les abus de certaines victimes il serait souhaitable que les compagnies d'assurances instaurent une base de donnée unique accessible aux assureurs et au juges et enregistrant tous les règlements effectués aux bénéficiaires d'indemnités et tous les actes des prestataires de service. Certaines victimes ayant compris les rouages du système se déclarent comme blessés dans tous les accidents dans lesquels ils sont impliqués. A ce niveau il convient de revoir de fond en comble le système de délivrance des certificats médicaux des blessés des accidents de la circulation surtout après l'entrée en vigueur du nouveau code de la route pour réduire le nombre des personnes susceptible de séjourner en prison pour blessures involontaires. Enfin une prise en charge médicochirurgicale immédiate, sans intervention extra sectorielle, par les assureurs de tous les passagers et piétons blessés en cours d'accidents de la circulation doit voir le jour. La réglementation permet à presque tous les passagers d'être couverts complètement par l'assurance de celui qui les transporte même s'il n'est pas assuré (12).

Dans un pays qui se veut libéral, le fait de fixer d'une manière réglementaire les revenus et capitaux servant de base au calcul des indemnités (13) et d'indexer leur variation sur des données qui varient peu ou prou peut constituer une atteinte au développement de l'initiative privée et à la liberté d'entreprendre. Normalement la réparation du préjudice doit pouvoir permettre à l'individu correctement indemnisé après un accident dont il n'est pas l'auteur. Le système actuel semble vouloir faire retourner les riches à l'état de dénouement auxquels certains d'entre eux venaient d'échapper et accentuer la précarité chez les pauvres. Ce système joue le jeu de la socialisation des pertes et de la privatisation des profits ce qui va à l'encontre de l'amélioration de l'indice de développement humain mis en œuvre en 1990 par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et adopté par le Maroc. Hormis l'extension de la garantie responsabilité civile aux membres de la famille transportés, le code des assurances du 3 octobre 2002 n'a apporté que quelques modifications mineures à ce texte de loi.

5

(1) Zoulikha NASRI,

(2) Zoulikha NASRI, Op.cit, p.318.

Le droit de l'assurance au Maroc, édition

la porte, Rabat, 1984, p. 397.

(3) 205 ua ëLa»1 y.;::t:

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~1.9-" ~

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ëLJLa.iJI'pl5.>~1-45W uJil9TLJ-,I))~I

Lo->I.)

In revue «Séminaires et colloques nOlO » ,1998, Faculté des sciences juridiques économiques et sociales, Université Cadi Ayyad , p205&ss. (4) La mutuelle des transporteurs unis (MATU) a été crée en 1984.

(5) L'assurance automobile de base est déjà mal comprise par les clients. Le fait de dire que:

« je vais assurer ma voiture» montre que beaucoup de personnes pensent à tort avoir assuré leur voiture alors qu'il n'ont

assuré que la responsabilité civile du

grand effort de communication reste à faire pour que cette situation soit clarifiée par les entreprises d'assurances, par la presse

causer aux tiers par son utilisation. Un

ou que

« J'ai assuré ma voiture»

fait de ce véhicule

pour les dommages qu'il peut

et surtout parles auto-écoles lors des leçons sur le code de la route. (6)Michel MORET, Economie politique générale, Editions ISIS, Casablanca, 1992, pp.145 & ss.

(7) .87ua.2001d.a~1 )

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Mohamed OUGHRIS, Jurisprudence de la cour suprême en matière de réparation et d'assurance (en arabe), deuxième édition, Casablanca, 2001, p.87. (8) Azzeddine OUTALEB SERARFI, «Analyse de certaines difficultés qui se dégagent de l'application du dahir du 2 octobre 1984» in Actes du colloque intitulé «Séminaires et colloques nOlO » ,1998, Faculté des sciences juridiques économiques et sociales, Université Cadi Ayyad, pAS & ss. Cet auteur a précisé la liste des seuls documents qui doivent être exigés comme justificatifs des revenus. La loi doit normalement fixer la liste des justificatifs possibles et exclure expressément les attestations de revenus délivrées par les autorités locales! ou les témoignages devant les adouls.

(9) ~.~~1J1

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.b~)I.)W: .~1991 519ua. Cette table des rentes viagères a été modifiée et utilisée

de La Caisse Nationale de Retraites et d'Assurances (CNRA). Même ouvrage p.611 & ss. Voir aussi: Abdallah KHIAL,

« L'indemnisation de l'incapacité physique permanente et des préjudices ayant aggravé la perte économique ou le préjudice

physiologique de la victime d'un accident causé par un véhicule terrestre à moteur », Revue marocaine de droit et d'économie du développement n018-1988, Faculté des sciences juridiques économiques et sociales, Université Hassan II, Casablanca.

P108.

en 1959 pour fixer le calcul des rentes

(10) Yvonne LAMBERT-FAIVRE, Droit des assurances, Dalloz Delta, 10 éme édition, Paris, 1998, p.609. (11) Azzeddine OUTALEB SERARFI, Op.cit, pAS. (12) Le Fonds de garantie des accidents de la circulation est « chargé d'assurer la réparation totale ou partielle des dommages corporels causés par un véhicule terrestre à moteur non lié à une voie ferrée, ou par ses remorques ou semi-remorques, dans le cas où les personnes responsables de ces accidents sont inconnues ou non assurées et incapables d'en dédommager les victimes en raison de leur insolvabilité »(art134 du code des assurances). Pour chaque prime d'assurance responsabilité civile émise l'assuré verse pour ce fonds 1.5 % de la prime nette comme taxe. (13) Pour les économistes libéraux, toute intervention de l'Etat dans les mécanismes économiques notamment par la fixation des planchers et plafonds des tarifs est anormale et ne peut se justifier qu'en cas de nécessité c'est-à-dire pendant la période de crise aiguës. « Si de telles mesures de circonstance peuvent donner des résultats valables dans les crises de courte durée, elles créent de plus en plus de distorsions au fur et à mesure que leur action se prolonge. ».Fixés au nom de la justice et de l'équité ces planchers et plafonds sont faits pour « aider tel ou tel groupe considéré comme étant méritant aux dépens de tel ou tel autre groupe considéré comme étant déjà favorisé et largement pourvu» Paul A. SAMUELSON, L'économique, t.2, Armand Colin, Paris, 1969, pp.606 & ss.

Jaouad A55EM

A Berrechid le : 23/09/2010

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Publié dans: libération samedi/dimanche 25-26 septembre 2010 voir http://www.libe.ma

http://www.libe.ma/Augmentation-du-nombre-d-accidents-et-diminution-de-la-valeur-reelle-des-

indemnites-Le-paradoxe-des-accidents-de-la

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El texto fue publicado el sâbado, domingo , 25/26 de septiembre de 2010 en la pagina web de libération, Marruecos :

http://www.libe.ma/Augmentation-du-nombre-d-accidents-et-diminution-de-la-valeur-reelle-des-

indemnites-Le-paradoxe-des-accidents-de-la

_ a14154.html

voir aussi du même auteur / a ver tambien

http://le-constat-amiable.

ifrance. com/l' article. html

fr.allafrica .com/stories/200502140235 .html

Libération du 14 févr. 2005

uniforme. Jaouad Assem. 13 Février 2005.

Politique économique: les paradoxes d'une vision

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