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« Les fraternités estudiantines et leur contribution

au développement de la coopération non-


gouvernementale en Europe Centrale et
Orientale »
I. Résumé
Les fraternités estudiantines sont des petites associations universitaires qui fonctionnent, depuis le
XIXe siècle, dans plusieurs pays de l’Europe Centrale et Orientale. Bien qu’elles soient des
organisations d’inspiration patriotique (voire parfois nationaliste…), leur coopération peut
contribuer au règlement des nouveaux problèmes qui se posent au seuil du troisième millénaire et
au développement des liens entre les deux parties du continent.
Dans le cadre de cette communication, je voudrais présenter trois activités des fraternités
universitaires polonaises qui me semblent particulièrement importantes :
1. l’organisation des conférences sur les sujets d’actualité, tels que la coopération européenne
et les problèmes des pays de l’Est ;
2. les contacts avec les associations d’étudiants allemands, baltes et ukrainiens
3. les œuvres de bienfaisance, tels que la collecte des fonds et des livres pour les républiques
post-soviétiques ou l’organisation des « camps de vacance » à Kamenets-Podolski durant
lesquels les étudiants polonais aident à reconstruire les chefs-d’œuvre de l’architecture
ukrainienne.

II. Patriotisme
Les fraternités estudiantines existent depuis la création des premières universités, c’est-à-dire depuis
le Moyen Âge. Il y a quelques siècles, les étudiants originaires du même pays (ou de la même
province) formaient des organisations dites nationes : ils habitaient ensemble, ils s’entraidaient, ils
passaient ensemble leur temps libre et ils portaient parfois les insignes ou les habits spécifiques
pour se distinguer des membres des autres fraternités[1]. En 1409, les étudiants polonais créèrent,
par exemple, leur première natio à l’université de Leipzig[2].
Au début du XIXe siècle, les Allemands fondèrent les premières associations universitaires
d’inspiration libérale, dites les Corps (Studentenverbindungen, Burschenschaften). Celles-ci
dénonçaient vigoureusement l’absolutisme, exigeaient des réformes libérales et soutenaient
l’unification de l’Allemagne. Les gouvernements des pays germaniques s’opposèrent à ce nouveau
mouvement qui mettait en question l’ordre de Vienne : déjà en 1819, quatre ans après la création de
la première fraternité à Iéna, le congrès de Karlsbad décida d’abolir les Corps et institua le contrôle
des universités par l'État. Malgré cela, les fraternités estudiantines devenaient de plus en plus
populaires, et, au fil du temps, elles obtinrent même le monopole de représenter les étudiants auprès
des autorités universitaires et administratives. Ainsi, au début du XXe siècle, on comptait plus d’un
millier de ces camaraderies, qui furent créées dans tous les établissements d’enseignement supérieur
allemands – de Vienne à Dorpat (aujourd’hui Tartu) et de Cologne à Tchernivtsi (Ukraine) – non
seulement par des étudiants allemands, mais également par les Autrichiens, les Russes, les
Ukrainiens, les Baltes ou les Juifs.
Les Polonais ne faisaient pas exception à cette règle. En 1828, les anciens membres des
organisations secrètes de Filareci et de Filomaci fondèrent à Dorpat la fraternité Polonia. Dans les
années 1879-1883, les étudiants polonais de l’École Polytechnique de Riga
créèrent Arkonia et Welecja. Au début du siècle dernier, leurs collègues qui étudiaient à Saint-
Pétersbourg et à Vienne décidèrent à leur tour de s’organiser en fondant Sarmatia (1908)
et Jagiellonia (1910). Avec l’indépendance de la Pologne (1918), le mouvement des fraternités put
se développer sans entraves. Les camaraderies fondées avant la Première Guerre Mondiale à
l’étranger reprirent leurs activités en Pologne, alors que plusieurs autres organisations estudiantines
furent créées[3]. En 1921, les Corps polonais formèrent l’Union des Fraternités Universitaires
Polonaises (ZPKA) qui comptait en 1939 une centaine des membres[4].
Le régime imposé par les Soviétiques à la suite de la Seconde Guerre Mondiale interdit l’existence
des camaraderies estudiantines, car celles-ci s’opposaient à l’inféodation à Moscou et dénonçaient
les pratiques du nouveau pouvoir. Plusieurs membres des fraternités furent persécutés à cause de
leurs activités patriotiques. Malgré cela, ils n’oublièrent point ce qui avaient été les Corps durant
l’entre-deux-guerres. Pour cette raison, dès la chute du communisme, ils contactèrent leurs petits-
fils, leurs jeunes amis ou leurs étudiants en espérant que ceux-ci voudraient reprendre le flambeau.
Ainsi, dans les années 1990, le mouvement des camaraderies put renaître. En ce moment, il existe
en Pologne une quinzaine des fraternités estudiantines, principalement à Varsovie, mais également
à Poznań, à Wrocław, à Cracovie, à Gdańsk, à Toruń et à Lublin ; treize d’entre eux ont été fondées
avant la guerre, alors que quatre autres ont été créées après 1989[5].

III. Tradition
Si on devait définir les fraternités en quelques mots, il faudrait parler d’abord des deux notions qui
furent toujours au cœur de leurs actions : le patriotisme et l’amitié. D’une part, estime-t-on,
l’appartenance à un Corps doit favoriser le développement des liens durables entre ses membres et
ceux-ci ne peuvent pas se faire sans des valeurs communes, à savoir des valeurs nationales. Pour
cette raison, dans la plupart des cas, les fraternités ne recrutent leurs membres que parmi les
étudiants originaires de la même nation[6]. De l’autre, le travail au sein de la camaraderie, l’entraide
et l’autodidaxie doivent permettre d’améliorer le niveau culturel et intellectuel des étudiants, ce qui
semble indispensable pour mieux servir la patrie.
Les fraternités se distinguent des autres organisations universitaires également par quelques autres
traits caractéristiques.
1. Presque dont tous les cas, elles regroupent uniquement des hommes (ou des femmes),
car on estime généralement que la présence des femmes (ou des hommes) pourrait nuire à
la solidité des liens entre les membres de la camaraderie. Il n’y que très peu
d’organisations mixtes qui se considèrent comme des fraternités estudiantines ; de plus,
celles-ci ne sont généralement pas reconnues par les autres camaraderies[7].
2. Tous les Corps ont une structure hiérarchique. Après être admis dans une fraternité,
tout nouveau membre devient d’abord un « cadet » (giermek, Fux). Après une douzaine de
mois, à la suite d’un examen oral, il est reconnu comme un membre de plein droit
(barwiarz, Bursch) ce qui lui permet de participer pleinement dans les travaux de la
camaraderie. Enfin, après avoir fini ses études, tout Bursch devient un « ancien »
(weteran, Philister) et en tant que tel, il doit conseiller et soutenir ses plus jeunes
collègues. En effet, en entrant dans une fraternité, on en devient membre à vie. Par
conséquent, durant les grandes fêtes de chaque organisation, on y rencontre non seulement
les étudiants, mais aussi les « anciens » qui ont fini leurs études il vingt, quarante, voire
soixante ans. Ainsi, chaque camaraderie forme une vraie famille qui unit les étudiants, les
« anciens » et, dans une mesure, leurs conjoints et leurs enfants.
3. Les membres des camaraderies sont facilement reconnaissables à cause des insignes
qu’ils portent : l’emblème de l’organisation (cyrkiel, Zierkiel) formé par ses initiales et les
lettres V, C, F (du latin Vivat, crescat, floreat !), l’écharpe tricolore avec les « couleurs » de
la fraternité et la casquette sur laquelle figurent également l’emblème et les couleurs de
l’organisation[8].
4. Tous les Corps, qu’ils soient allemands, polonais ou ukrainiens, cultivent les mêmes
coutumes. Parmi celles-ci, il faut mentionner en particulier les traditionnelles réunions
durant lesquelles les étudiants boivent leur boisson préférée : la bière, et chantent les
chansons estudiantines du XIXesiècle, telles que Krambambuli ou le fameux Gaudeamus.
5. Aucune fraternité ne peut se passer de son foyer (kwatera, Corpshaus), qui est
l’élément central de la vie de tout Corps. C’est là qu’ont lieu toutes les réunions avec les
amis, les « anciens », les membres des autres camaraderies ou avec les invités qui viennent
y donner des conférences. C’est là que peut loger tout Bursch, s’il n’arrive pas à trouver de
logement ailleurs.
Malgré toutes ces similarités, les fraternités peuvent largement différer l’une de l’autre. Certaines
d’entre eux, en particulier en Allemagne, mettent l’accent sur le patriotisme, alors que d’autres
soulignent l’importance des questions religieuses (il existe en effet des fraternités dites
« chrétiennes »). Certaines cultivent leurs traditions, alors que d’autres se concentrent plutôt sur
l’éducation sportive de leurs membres. Le mouvement des Corps est en effet très décentralisé. Les
fraternités coopèrent entre eux et elles créent souvent des unions, telles que le ZPKA dont j’ai déjà
eu l’occasion de parler ; leurs membres se connaissent et ils considèrent, dans une mesure,
chaque Bursch, comme un ami. Il n’empêche que c’est d’abord et surtout la fraternité qui reste au
centre de leurs préoccupations, car on estime que ce n’est que dans le cadre d’une petite
organisation (les camaraderies comptent rarement plus d’une cinquantaine des membres) que l’on
peut nouer des liens fraternels entre les étudiants. Pour cette raison, l’indépendance de chaque
camaraderie vis-à-vis des autres organisations universitaires, ou encore plus des mouvements
politiques, paraît indispensable, car elle semble favoriser le mieux le développement de l’amitié et
l’éducation patriotique de ses membres.

IV. Éducation
L’éducation des membres, en particulier l’autodidaxie, joue un rôle important dans la vie de chaque
fraternité, car on estime qu’elle joue un rôle essentiel dans la formation des bons citoyens et des
bons patriotes. Cette éducation peut prendre quatre formes :
1. L’éducation des « cadets ». Après être admis dans une camaraderie, tout nouveau
membre doit non seulement apprendre les coutumes de son organisation, mais également
améliorer ses connaissances générales. Dans ce but, si besoin est, les Corps organisent, par
exemple, avec l’aide des « anciens », des cours d’histoire pour combler les lacunes dans
l’éducation de leurs plus jeunes membres. Cette activité semble particulièrement
importante dans les pays postcommunistes, où, pendant des années, l’histoire n’a pas été
enseignée d’une façon objective et jusqu’à nos jours certains douloureux problèmes sont
ignorés par les professeurs de l’enseignement secondaire.
2. La surveillance des études des membres. Les camaraderies regroupent, par
définition, des étudiants, et, de ce fait, elles ne peuvent pas se désintéresser de leurs
études. Dans la fraternité Arkonia, par exemple, une fois par an, les membres doivent
remettre au Service de l’Éducation un rapport sur le progrès de leurs études. Qui plus est,
il faut souligner qu’en théorie, dans chaque camaraderie, on ne peut devenir un « ancien »
qu’après avoir terminé avec succès ses études supérieures.
3. Les conférences données par les membres. Les membres de chaque Corps – les
« cadets », les membres de plein droit, aussi bien que les « anciens » – donnent
régulièrement des conférences pour leurs collègues. Les sujets de ses conférences peuvent
être proposés soit par le Service de l’Éducation de la camaraderie, soit par les intervenants
eux-mêmes, et ils sont très variés : en effet, les étudiants peuvent parler aussi bien de leurs
recherches universitaires ou de leur travail professionnel que de leurs voyages ou tout
simplement de leurs passe-temps favoris.
4. Les conférences données par les invités. Les étudiants et les « anciens » invitent
souvent leurs professeurs, leurs employeurs ou d’autres grands spécialistes pour qu’ils
donnent des conférences sur les sujets de l’actualité. Certaines d’entre eux ont lieu au
« foyer » de la fraternité ; d’autres sont organisées à l’université, ce qui permet d’y inviter
également les étudiants qui ne font pas partie de la camaraderie.

Les conférences données par les invités ou par les étudiants eux-mêmes peuvent traiter des sujets
très divers. Les fraternités estudiantines s’intéressent beaucoup à l’histoire, en particulier à l’histoire
contemporaine, dont la connaissance semble indispensable pour comprendre les problèmes
d’aujourd’hui. Pour cette raison, durant les dernières années, la fraternité Arkonia organisa, par
exemple, des conférences consacrées à l’importance du problème allemand durant la guerre froide
(décembre 2000) ou au plan Balcerowicz (novembre 1995). Elle s’intéressa également aux sujets
plus anciens, tels que la guerre de sécession (mai 2001), ou même la vie d’Alexandre le Grand (mai
1998).
Plusieurs de nos collègues donnèrent des conférences sur des sujets plus actuels, tels que la situation
en Israël (octobre 2001), la crise en Asie et en Russie (novembre 1998) ou les systèmes politiques et
économiques en Amérique Latine (janvier 2000). D’autres se sont concentrés sur des problèmes
plus théoriques, comme les systèmes autoritaires et totalitaires (mars 1998) ou le pouvoir des élites
et les élites du pouvoir (octobre 1999).
Plus d’une fois nous invitâmes des grands universitaires, fonctionnaires, écrivains ou artistes qui
nous donnèrent leur avis sur la situation en Pologne et dans le monde. Ainsi, en mars 1998, nous
accueillîmes professeur Stefan Swieżawski pour discuter avec lui de l’Église catholique après le
Concile Vatican II. L’année suivante, Adam Strzembosz, l’ancien premier président de la Cour
Suprême, vint nous parler de la justice en Pologne, alors que le professeur Jadwiga Staniszkis donna
une conférence sur le postcommunisme. Au début de 2000, nous organisâmes une rencontre avec le
peintreFranciszek Starowieyjski intitulée « Sur les voyants et les aveugles ». Enfin, en janvier 2001,
nous invitâmes l’écrivain Zygmunt Kubiak, l’un des plus grands spécialistes polonais du monde
gréco-romain, pour parler avec lui de l’universalité de l’art classique.
La construction européenne et les problèmes des pays de l’Est sont les deux grandes questions qui
intéressent particulièrement les membres d’Arkonia, car elles représentent des grands défis pour la
Pologne. Plusieurs étudiants et « anciens » de notre fraternité s’occupent de l’intégration
européenne soit dans le cadre de l’administration gouvernementale (la Chancellerie du Premier
ministre, le Comité de l’Intégration Européenne), soit dans le cadre des ONG (Office Catholique
d'Information et d'Initiative pour l'Europe). Un ou deux autres font des recherches sur la situation
dans les républiques post-soviétiques. Grâce à eux, durant l’année universitaire 1997/1998, nous
avons pu organiser une série des conférences consacrées à l’histoire et au fonctionnement des
institutions européennes (les « pères de l’Europe », l’histoire de la Communauté Européenne,
l’intégration de la Pologne avec l’OTAN et l’UE etc.).
Qui plus est, nous accueillions régulièrement des chercheurs qui travaillent sur la situation en
Europe Orientale. En février 1997, nous invitâmes professeur Wojciech Roszkowski, le directeur de
l’Institut des Études Politiques de l’Académie Polonaise des Sciences, qui nous présenta son point
de vue sur la politique de la Pologne face aux changements dans les pays de l’Est. Quelques mois
plus tard, Marek Karp, le directeur du Centre des Études Orientales (OSW) vint nous parler de la
situation en Biélorussie de Loukachenko. Quatre ans plus tard, durant la crise politique en
Ukraine, c’était son collègue, Tadeusz Olszański, qui donna dans notre « foyer » une conférence sur
la situation à Kiev.
Nous nous intéressons également aux problèmes religieux et ethniques de la Pologne et de ses
voisins. Pour cette raison, en novembre 2000, nous invitâmes Selim Chazbijewicz, le représentant
de l’Union des Tatars Polonais, qui nous parla des traditions et de la vie de sa communauté. Durant
les dernières années, nous avons organisé également deux conférences consacrées au christianisme
oriental et en particulier à l’église ukrainienne catholique du rite byzantin.

Nos intérêts ne se limitent cependant pas uniquement à l’histoire et à la situation politique en


Europe. Arkonia compte en effet parmi ses membres les étudiants et les diplômés de plusieurs
facultés et c’est cela qui fait en quelque sorte sa force. Notre fraternité regroupe les juristes, les
économistes, les politologues, les historiens, les polytechniciens, les médecins, les étudiants en
beaux-arts…, et chacun d’entre eux peut nous faire profiter de ses recherches ou de son expérience
professionnelle. Ainsi, en novembre 1999, nous avons pu assister à la conférence de notre philister,
professeur Jan Skotnicki, ancien recteur de l’Académie du Théâtre, qui nous parla de l’histoire de
l’art du spectacle. Un autre « ancien », analyste financier à Credit Anstalt, donna au « foyer » deux
conférences sur la préparation de la carrière professionnelle (mars 1997, octobre 2000). Encore
d’autres collègues, médecins et scientifiques, nous présentèrent la problématique de la drogue
(février 2001) ou encore… les principaux notions de la physique des particules élémentaires (mars
1998).
Il me semble que cette « pluridisciplinarité » des fraternités constitue l’un de leurs atouts majeurs.
En effet, la majorité des organisations estudiantines, telles les sociétés savantes, les mouvements
politiques ou encore les diverses organisations pro-européens, ont des buts bien définis qu’ils
veulent rarement dépasser. Durant leurs études, les jeunes se concentrent également de plus en plus
sur quelques domaines très spécifiques qui vont leur servir dans leur travail. Il est donc nécessaire
de remplir ce vide, afin que les étudiants puissent mieux comprendre le monde qui les entoure et les
enjeux qui se présentent devant l’Europe au seuil du nouveau millénaire ; c’est justement cet
objectif qu’Arkonia et les autres camaraderies s’efforcent de réaliser.

V. Amitié
Si les fraternités sont par excellence des organisations nationales, si leur travail se concentre avant
tout sur eux-mêmes, il est tout à fait légitimes de se demander pourquoi en parler dans le cadre de
ce colloque. La principale raison qui m’a poussé à le faire, c’est le fait que l’appartenance à
des Corpscrée des véritables liens entre les étudiants, non seulement aux niveau national, mais
également au niveau européen. En effet, l’existence des mêmes traditions et coutumes, aussi bien
qu’une certaine similarité des points de vue sur le monde, rapprochent d’une façon naturelle les
membres les différentes fraternités qu’ils soient Polonais, Allemands, Baltes ou Ukrainiens. Ainsi,
on peut parler de l’existence d’une véritable – si vous permettez le mot – « Internationale »
estudiantine.
Les fraternités des différents pays européens entretiennent des contacts très actifs. Ces contacts
peuvent prendre essentiellement deux formes. Premièrement, les différents évènements, tels les bals
ou les traditionnelles fêtes dites Kommers (komersz) organisés par chaque camaraderie donnent
l’occasion de se rencontrer, car les hôtes y invitent toujours les représentants des autres
organisations. Deuxièmement, les membres des différentes fraternités viennent souvent visiter leurs
collègues en tant que touristes ; il est en effet beaucoup plus facile de voyager, surtout lorsqu’on est
étudiant et qu’on n’a pas beaucoup d’argent, en sachant qu’on trouvera dans un pays étranger un
« foyer » où on sera chaleureusement accueilli. Pour confirmer mes dires, prenons encore l’exemple
d’Arkonia. Comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire, notre organisation fut créée à Riga. Pour cette
raison, lesCorps baltes nous sont les plus proches. Durant les dernières années, nos membres, dont
moi-même, ont visité à plusieurs reprises les camaraderies lettonnes et estoniennes. Une ou deux
fois, nous reçûmes également à Varsovie nos camarades de Vironia (Tartu) ou de Talavia (Riga).
Nous entretenons également des contacts avec les fraternités allemandes : Silingia-
Breslau (Cologne), Borussia (Bonn), Concordia Rigensis (Hambourg) et Rheno-
Nicaria (Mannheim, Heidelberg), ainsi qu’avec les organisations autrichiennes (Nibelungia de
Vienne) et ukrainiennes (Bukovina et Zaporijjiade Tchernivtsi).
Les Corps organisent également des grandes réunions qui servent à renforcer leur mouvement et qui
peuvent réunir jusqu’à quelques centaines d’étudiants de plusieurs pays d’Europe. De tels
évènements sont régulièrement organisés par les fraternités allemandes et leurs unions, telles que
leCartellverband (CV) qui compte environ 130 membres. En octobre 1996, les membres
d’Arkonia participèrent à l’assemblée des Corps européens organisée à Budapest par l’Europäische
Kartell Verband et l’union des fraternités hongroises KEDEX qui réunit notamment les
représentants des organisations allemandes, belges, hollandaises, suisses, autrichiennes, polonaises
et ukrainiennes[9]. Depuis plusieurs années ont lieu les Kommersen des fraternités baltiques :
allemandes, estoniennes et lettones. En juillet 2001, les camaraderies polonaises
– Arkonia, Sarmatia, Aquilonia, Respublica– ont, pour la première fois, pris part dans cet
événement qui eut lieu, cette année-là, à Riga. Le Kommers a été inauguré par le vice-recteur de
l’Université de Riga qui souligna l’importance du travail des fraternités lettones pour la
reconstruction de la jeune république en exprimant son espoir qu’elles allaient étroitement
collaborer avec les organisations estoniennes, allemandes et polonaises[10]. Les festivités durèrent
trois jours, pendant lesquels les participants purent visiter la capitale lettone qui fêtait alors le
800e anniversaire de sa fondation et faire plus ample connaissance avec les Burschen des autres
pays. Cette année, en avril, le Kommers baltique eut lieu à Munich. En 2003-2004, nous espérons
pouvoir organiser une telle réunion en Pologne.
L’appartenance à des fraternités estudiantines crée néanmoins des liens plus profonds. Comme vous
le savez peut-être, les étudiants allemands déménagent souvent durant leurs études pour pouvoir
suivre des cours à Göttingen, à Leipzig, à Heidelberg etc. Dans ce cas, s’ils sont membres
des Corps, ils quittent temporairement leurs organisations d’origine pour intégrer une nouvelle
fraternité dans l’établissement où ils poursuivent leurs études. Cette règle s’applique également aux
étudiants étrangers. Il y a trois ans, l’un des membres d’Arkonia, Tomasz Skajster, étudiant en
médicine, décida de continuer ses études à Cologne. Cette cité rhénane compte plus de quarante
fraternités : il pouvait donc être sûr qu’il trouverait un logement. En effet, deux jours après son
arrivée, il fut invité par les membres de la fraternité Hanzea-Berlin qui lui donnèrent une chambre
et les clés du « foyer » en déclarant que ses casquette et écharpe étaient pour eux une garantie
largement suffisante. Par la suite, notre collègue habita également dans les « foyers » des
camaraderies Franco-Guestfalia et Silingia-Breslau et il devint même le « membre-associé » de
cette dernière organisation. Sa vie ne fut pas toujours facile, car la vision de l’histoire des relations
germano-polonaises qu’avaient ses hôtes était quelque peu différente de la sienne[11]. Il n’empêche
qu’il passa plus de deux ans dans les « foyers » des différentes fraternités et qu’il noua des liens
d’amitié avec plusieurs étudiants allemands. Un autre Bursch polonais, Krzysztof Nowina-
Konopka de la camaraderie Corolla, eut des expériences assez similaires : durant son séjour à Bonn,
dans les années 1996-1997, il logea au « foyer » de la fraternité Borussia et, par la suite, celle-ci
l’admit même parmi ses membres[12]. Moi-même, en mai 2000, j’ai eu l’occasion de
visiter Tomasz à Cologne et je peux témoigner que j’y ai été très cordialement accueilli par
les Burschen rhénans. Il est vrai que dans un ou deux « foyers » j’ai vu les cartes de l’Allemagne de
1914 qui englobait alors 1/3 de la Pologne, ce qui pourrait paraître choquant pour certains de mes
compatriotes. Malgré cela, lors de mon séjour, j’ai pu ressentir l’existence d’une véritable
communauté étudiante qui dépasse aisément les frontières nationales.
En guise de conclusion, je voudrais faire deux remarques. Premièrement, en Europe d’aujourd’hui,
l’université n’est plus ce qu’elle était par le passé. Dans ma génération, de plus en plus de jeunes
veulent poursuivre des études supérieures. Cette évolution en soi est une chose très positive,
toutefois avec elle a également des conséquences un peu inattendues : puisque tout le monde fait
des études, le statut de l’étudiant ne donne plus accès à une communauté qui avait autrefois le
sentiment d’être une élite, mais aussi la conscience des responsabilités morales qui lui incombaient.
Dans ce contexte, les organisations estudiantines ont un rôle particulièrement important à jouer, car
elles servent à rapprocher de nouveau les étudiants des différents pays européens, ce qui semble
nécessaire pour mener à bien le travail de réunification du Vieux Continent. Deuxièmement, il ne
faut pas oublier que parmi ces organisations il existe ce « réseau » des fraternités estudiantines que
je viens de présenter. Comme nous l’avons vu, leur mouvement est assez spécifique ; qui plus est, il
ne fait pas de doute que certaines d’eux sont pour le moins peu favorables à l’intégration
européenne. Nonobstant, on ne peut pas négliger leur existence, car les Corps comptent des
centaines de membres en Allemagne, en Autriche, en Pologne, en Estonie, en Lettonie et des
dizaines en Lituanie, en Ukraine, en Belgique, en Suisse ou en France ; au contraire, il faudrait
plutôt envisager comment ils pourraient participer le mieux dans le rapprochement entre ces pays.

VI. Travail
Qu’avons-nous déjà fait en pratique pour favoriser le rapprochement entre les pays de l’Europe
Centre-Orientale et en particulier entre la Pologne et l’Ukraine ? La Déclaration idéologique de
notre fraternité stipule que Arkonia considère comme très important l’entretien des contacts avec les
milieux polonais à l’étranger, en particulier avec ceux qui sont restés sur les anciens territoires de la
Ie République Polonaise[13]. Pour cette raison, depuis quelques années, nous soutenons, voire nous
organisons nous-mêmes, les œuvres de bienfaisance qui ont pour but d’aider les habitants des pays
de l’Est. Deux fois, en novembre 1995 et en décembre 2001, nous organisâmes parmi nos amis et à
l’université de Varsovie la collecte des livres pour les écoles polonaises en Lettonie et en Lituanie.
En avril 1999, durant le traditionnel Bal de notre fraternité, nous organisâmes une tombola pour
soutenir financièrement la communauté polonaise au Kazakhstan. L’année suivante, nous
décidâmes de remettre l’argent collecté pendant le Bal à la congrégation greco-catholique des Sœurs
Servantes de Marie-Immaculée qui construisent une maison de retraite à Prałkowce, près
de Przemyśl, en estimant qu’il faut soutenir de telles initiatives. En effet, au niveau local, certains
problèmes polono-ukrainiens ne sont pas encore complètement résolus et des tensions persistent.
On peut donc espérer qu’une maison de retraite dirigée par les sœurs ukrainiennes, mais
« œcuménique », c’est-à-dire ouverte aussi bien aux catholiques des rites latin et byzantin qu’aux
incroyants, aussi bien aux Polonais qu’à leurs voisins de l’Est, favorisera le rapprochement entre les
deux peuples.
Ces activités ne nous satisfaisaient cependant pas. Arkonia n’est pas une très grande organisation et,
qui plus est, ses membres et ses amis sont en grande partie des étudiants : pour ces raisons, ses
moyens financiers sont assez limités. L’année dernière, nous décidâmes donc qu’il fallait trouver
quelque chose d’autre. Un de nos collègues inventa alors la formule des « camps de travail ». L’idée
était assez simple. Nous voulions trouver un monument historique en Ukraine ou en Lituanie où les
étudiants polonais pourraient travailler pendant les vacances en tant qu’ouvriers non qualifiés pour
aider à sa reconstruction. Après quelques mois, le choix était fait : nous allions passer nos vacances
à Kamenets-Podolski, en Ukraine Occidentale, au cœur de Podolie. Cette belle ville, connue de tous
les Polonais grâce à la Trilogie de Henryk Sienkiewicz, a été largement devastée durant la période
soviétiqueet il n’en fut pas autrement pour l’ancien monastère des pères dominicains qui appartient
maintenant à L’Ordre de Saint Paul Premier Ermite. Les nouveaux propriétaires du monastère
acceptèrent notre proposition : ainsi, nous partîmes pour l’Ukraine. En août 2001, une quinzaine
d’étudiants – les membres d’Arkonia, dont moi-même, aussi bien que les étudiants qui nous
contactèrent à la suite des affiches que nous avions placardées à l’université – passa deux semaines
à Kamenets. Ils travaillèrent dur, néanmoins, grâce à l’aide des moines, ils purent également faire
un peu du tourisme et visiter entre autres Lviv, Kiev et Tchernivtsi, ainsi que les environs de
Kamenets. Ils étaient logés au monastère, néanmoins il faut souligner que leur séjour ne coûta rien à
leurs hôtes : il était, en effet, entièrement financé par les participants et par notre fraternité,
notamment grâce à l’aide que nous avons obtenu de l’Église catholique américaine et à l’argent que
nous avons collecté pendant le Bal 2001[14]. Cet été, en août, nous allons de nouveau organiser
deux « camps de travail » en Ukraine[15], dont lesquels vont participer non seulement les membres
d’Arkonia, mais également ceux de Polonia Gedanensis et de Corolla.
Moi-même, je voyage souvent en Ukraine, néanmoins ce n’est pas le cas de la plupart de mes
compatriotes ou encore moins des Français ou des Allemands. Il est vrai qu’il y quelques années j’ai
rencontré dans le monastère studite à Univ un groupe d’étudiants français qui travaillaient – comme
nous à Kamenets – à sa reconstruction. Il n’empêche que la patrie de Tarass Chevtchenko reste,
pour la plupart des gens, méconnue. Les jeunes de l’Europe Occidentale viennent de plus en plus
souvent en Pologne, par contre ils traversent encore rarement la frontière de l’ex-U.R.S.S.
L’organisation des « camps de travail », tels que ceux d’Arkonia, semble un excellent moyen pour
changer cet état de choses. Premièrement, ces camps permettent aux étudiants de visiter l’Ukraine
et, qui plus est, de la connaître beaucoup mieux que ne le font certains touristes. Deux semaines
passées ensemble avec les moines et les ouvriers qui vivent sur place sont, en effet, parfois
beaucoup plus instructifs que quelques jours passés dans les hôtels d’Ivano-Frankivsk ou d’Odessa.
Deuxièmement, c’est un moyen peu cher de passer les vacances. Le logement est pratiquement
gratuit et, dans un grand monastère, il est assez facile de nourrir quelques hôtes supplémentaires. En
plus, comme je l’ai dit, il est possible de trouver de l’argent pour financer de tels camps, ce qui
facilite considérablement leur organisation. Troisièmement, on peut améliorer ainsi l’image des
Occidentaux parmi les populations des pays de l’Est en montrant à ces dernières qu’on veut
réellement les aider, qu’elles ne doivent pas craindre l’ouverture des frontières et que la coopération
européenne peut leur être profitable.

VII. Conclusions
1. Durant et après leurs études, les jeunes se spécialisent de plus en plus souvent dans
quelques domaines très particuliers dont ils auront besoin dans leur travail. Par
conséquent, il leur manque parfois des connaissances générales qui sont nécessaires pour
mieux comprendre le monde d’aujourd’hui. Les organisations étudiantes doivent s’efforcer
de combler ce vide.
2. L’appartenance à des diverses organisations étudiantes peut renforcer les liens entre
les jeunes Européens en contribuant ainsi au rapprochement entre les deux parties du
continent. Dans ce contexte, il ne faut pas sous-estimer l’importance du mouvement des
fraternités estudiantines qui regroupe des centaines d’étudiants dans plusieurs pays
d’Europe Centrale et Orientale.
3. Avec peu de moyens, il est possible d’organiser en Ukraine ou dans les autres
républiques post-soviétiques des camps de vacances durant lesquels les étudiants
travaillent au profit de leurs hôtes tout en découvrant le pays qui les accueille. De tels
camps pourraient permettre d’améliorer la connaissance des pays de l’Est par les jeunes
Européens et de diminuer la méfiance de leurs habitants envers l’Occident.

[1] Historia korporacji akademickich (http://capella.ae.poznan.pl/~lechia/histo.htm).


[2] Stanisław M. Komorowski « Vivat, crescat, floreat! », Biuletyn Informacyjny Pracowników
AGH, Cracovie, 22 février 1995.
[3] Cf. sur ce sujet Leon Ter-Oganjan Polskie korporacje akademickie, T. 4, Album Insygniów i
Hymnów Korporacyjnych, Varsovie 1994.
[4] Historia korporacji akademickich, art. cité.
[5] Cf. Annexe n° 1.
[6] Nous utilisons ici le terme « nation » non pas dans le sens français (nation citoyenne), mais dans
le sens « centre-européen » (nation ethnique).
[7] C’est notamment le cas de la « fraternité » Asklepiada de Katowice.
[8] Cf. Annexe n° 2.
[9] Entretien avec Bartłomiej Kachniarz, 23 juillet 2002.
[10] Elmārs Beķeris Fraternities, University, Education (academic speech), Baltic Kommers. Riga, 7 July 2001.
Latvian National Opera. Ceremony (texte polycopié).
[11] Tomasz Skajster « Listy kolońskie », Biuletyn Arkoński, n° 35, Varsovie, décembre 1998, pp.
18-20.
[12] Entretien avec Krzysztof Nowina-Konopka, 24 juillet 2002.
[13] Deklaracja ideowa Arkonii, Varsovie,
1995 (http://www.arkonia.uw.edu.pl/Teksty/dokum/d1995.htm).
[14] Bartłomiej Kachniarz « Kamieniec Arkoński », Biuletyn Arkoński, n° 39, Varsovie, décembre
2001, pp. 2-4.
[15] Cet article a été rédigé en juillet-août 2002.

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