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Министерство образования Республики Беларусь

УЧРЕЖДЕНИЕ ОБРАЗОВАНИЯ

«ГРОДНЕНСКИЙ ГОСУДАРСТВЕННЫЙ УНИВЕРСИТЕТ имени ЯНКИ КУПАЛЫ»

Д. С. Вадюшина, И. Д. Матько

L’HISTOIRE DE LA LANGUE FRANÇAISE

ИСТОРИЯ ФРАНЦУЗСКОГО ЯЗЫКА

PRÉHISTOIRE. ANCIEN FRANÇAIS

Учебное пособие по курсу «История французского языка»


для студентов специальности
П. 02. 09. 00. – Французский язык

Гродно 2003
2
УДК 804.0-024
ББК 81.471.1
B12
Рецензенты:

кандидат филологических наук, доцент кафедры фонетики Минского государственного


лингвистического университета
С. Н. Панкратова;

кандидат филологических наук, доцент кафедры иностранных языков № 2 ГрГУ им. Я.


Купалы
И. А. Болдак.

Рекомендовано советом филологического факультета Гр ГУ им. Я. Купалы.

Вадюшина Д. С., Матько И. Д.

И89: L’histoire de la langue française. История француз-


ского языка: Учеб. пособие / Д. С. Вадюшина, И. Д.
Матько. – Гродно: ГрГУ, 2002. – 96 с.

ISBN 985-417-

В пособии представлены два первых этапа формирова-


ния и развития французского языка – народная латынь и ста-
рофранцузский период. Содержатся сведения об основных фо-
нетических, морфологических и синтаксических изменениях,
особое внимание уделяется их системному характеру.
Предназначено для студентов специальности П. О2.
09. 00. – Французский язык.

УДК 804.0-024
ББК 81.471.1

ISBN 985-417- © Вадюшина Д. С., Матько И. Д. 2003.


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SIGNES CONVENTIONNELS

< – derivé de : mère < matre, c’est-à- dire le français mère dérive du latin matre(m)
> – donne, aboutit à : matre > mère, c’est-à-dire le latin marte(m) aboutit au fran-
çais mère
* – l’astérisque indique une forme hypothétique : * werra
] – syllabe fermée
[ – syllabe ouverte
- – au-dessus de la voyelle indique la longueur [ a ]
(
˘ – au-dessus de la voyelle indique une voyelle brève [ a ]
· – au-dessous de la voyelle indique une voyelle fermée [ẹ]
¸ – au-dessous de la voyelle indique une voyelle ouverte [ę]
~ – la tilde au dessus de la voyelle marque la nasalité [ a~ ]
' – l’apostrophe après consonne indique la mouillure [l’]

ABRÉVIATIONS

AF – ancien français LCl – latin classique


Conj. – conjuguaison LP – latin populaire
Cons. – consonne LV – latin vulgaire
C. R. – cas régime Masc. – masculin
C. S. – cas sujet MF – moyen français
Décl. – déclinaison Pl. – pluriel
Fém. – féminin Sing. – singulier
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INTRODUCTION

1. Objet et tâches de l'histoire de la langue française.


Une langue exprime l’identité du peuple. Chargé d’exprimer l’identité de peuples très di-
vers, le français leur permet de communiquer au niveau planétaire. On sait que le français est
parlé de plus de 100 millions d’habitants.
La langue est un système qui varie dans le temps, dans l’espace et dans la société. Cha-
cun de ces aspects du fonctionnement de la langue est étudié dans le cadre d’une science lin-
guistique spéciale. L’aspect temporel représente l’objet d’étude de l’histoire de la langue,
l’aspect spatial est étudié par la dialectologie, l’aspect social – par la sociologie.
L’histoire du français est une science très compliquée et en même temps passionnante.
Elle permet de répondre à des questions globales: Une langue, change-t-elle ou reste-t-elle tou-
jours immobile, stable? La langue française était-elle toujours ainsi comme nous la parlons au-
jourd’hui? Quand était-elle née? Comment expliquer les difficultés de l’orthographe française:
on voit une chose, on entend une autre; plusieurs lettres dans les mots français ne sont pas pro-
noncées bien qu’elles soient écrites: beaucoup, draps, poids, temps et bien d’autres. Pourquoi
l'accent en français moderne est tonique et tombe toujours sur la dernière syllabe bien qu’il fût
musical en latin classique et pût marquer toute syllabe? Pourquoi les noms, les adjectifs, les pro-
noms ne se déclinent pas comme ils le furent en latin? D’où vient l’article? Pourquoi l’ordre des
mots en français est direct par excellence? Pourquoi on dit lecteur – lectrice, mais menteur –
menteuse; en été mais au printemps, la grand-route et non la grand(e)-route, la Franche-Comté
mais le comté, je dois mais nous devons, je vais mais nous allons, etc.
La langue française existe depuis plus de dix siècles et se développe progressivement. Il
est incontestable que le français parlé de nos jours n’est plus le même qu’il y a cinquante ans et
diffère de la langue parlée en France il y a cent ans.
Voici un extrait du poème du IX e s. «Séquence de Saint-Eulalie»:
Buona pulcella fut Eulalia voldrent la faire diaule servir.
bel auret corps, bellezour anima Elle non escoltet les mals conseilliers,
Voldrent la veintre li deo inimi, qu'elle deo raneiet qui maent sus en ciel.
On voit bien que dans cette poésie il y a des mots que l’on comprend facilement: buona,
pulcella, cors, anima, diaule, servir, ciel; d’autre part il n’existe plus auret, maent, bellezour.
Cette petite analyse permet de constater un fait paradoxal que la langue présentée est la
même langue française qui a bien servi le peuple français durant toute son histoire, et cependant
au XX e s. ce n’est plus la même langue française qu’au IX e s.
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Mais différentes langues évoluent avec une vitesse différente. A propos de la langue
italienne P.Guiraud, le linguiste français, remarque que si «les petits Italiens lisent Dante et Pe-
trarque, les écrivains du XIII e s., à l’école primaire, les Français sont obligés de faire deux ans
d’études universitaires et se servir d’un dictionnaire pour lire Joinville, leur contemporain».
Le but de l’histoire du français en tant que matière linguistique consiste à établir les
tendances essentielles qui régissent son évolution à partir du latin populaire jusqu’à nos
jours.
Les tâches qu’on prévoit de résoudre en étudiant l’histoire de la langue française sont
les suivantes:
– envisager les particularités du latin populaire et les causes de sa transformation en lan-
gues romanes;
– déterminer les facteurs extralinguistiques qui ont favorisé l’apparition et la formation du
français sur des étapes différentes de son évolution;
– établir les facteurs structuro-systématiques (les facteurs intralinguistiques) qui ont dé-
terminé les tendances essentielles de l’évolution du système phonétique, grammatical et lexical
du français;
– essayer de diagnostiquer l’évolution ultérieure du français en se basant sur les tendances
historiques connues et les tendances de l’évolution modernes de la langue.

2. Langue comme fait social. Langue et parole. Langue comme système.


La langue est parlée par les êtres humains, elle est produite par l’homme. Donc, la langue
est un fait humain. En même temps la seule raison de son existence est d’assurer la communi-
cation entre les membres de la société humaine. Cela permet de considérer la langue en tant
qu’un fait social.
L’évolution d’une langue est étroitement liée à l’histoire du peuple, le langage étant un
phénomène social qui n’existe pas en dehors de la communauté humaine. La langue se déve-
loppe dans la societé humaine. Le caractère social de la langue met en évidence les rapports qui
existent entre la vie d’un peuple et sa langue. En tant que moyen de communication entre les
gents, l’idiome parlé vit dans une société, tout en reflétant fidèlement la destinée du peuple, et
disparaît avec cette société: le latin, le dalmate deviennent langues mortes en l’absence d’un
peuple qui les parlent; les dialectes picard, normand, lorrain et d’autres tombent en rang des pa-
tois, tandis que le francien devient langue littéraire.
Il est difficile sinon impossible de concevoir l’existence d’un si grand nombre de dia-
lectes aux X e – VIII e ss., leur rivalité, leurs aspirations à la domination et leur déclin sans
prendre en considération le morcellement de la France à l’époque féodale et le rôle économique
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et politique, inégale et souvent changeante, de différentes seigneuries au Moyen Age. La
formation de la terminologie scientifique est due à l’épanouissement des sciences, des arts et des
métiers aux XVII e – XVIII e ss. Les emprunts révèlent d’autres moments de l’histoire française:
les campagnes militaires en Italie (1494-1558), aussi bien que la haute culture italienne de
l’epoque de la Rennaissance ont apporté au français beaucoup d’italianismes (termes de guerre:
attaquer, canon, soldat; termes de musique: sérénade; de peinture: pittoresque). Les emprunts à
l’allemand et à l’anglais témoignent aussi des relations entre le peuple français et ses voisins et
servent de document historique non seulement à l’historien mais au linguiste aussi.
La langue sert d’outil de communication dans la sociéte humaine. Et c'est notamment son
caractère social qui exclut toute possibilité d’un changement brusque brisant la compréhension
mutuelle. D’une part, la langue nous apparaît comme un phénomène stable et immuable, ce qui
permet aux générations qui se succèdent de se comprendre; d’autre part, la comparaison de la
langue à une époque avec la même langue d’une autre époque met en évidence son caractère
changeant et mobile. Mais les changements qui se produisent dans la langue sont si lents, pres-
que imperceptibles qu’il se succède plusieurs générations avant qu’on en prenne consience.
La stabilité et l’évolution, l’immobilité et le mouvement caractérisent une langue à
tout moment de son existence.
Les linguistes considèrent la langue comme un système de signes, une abstraction, un
code, la parole étant une réalisation concrète de ce système de signes. La parole est toujours au-
dible (discours) ou visible (texte), la langue n’existant que dans la pensée des êtres humains.
La langue se présente comme un système «où les éléments s’organisent selon leur posi-
tion et selon leurs oppositions avec d’autres éléments» (L. M. Skrélina. Histoire du français. –
М., 1972. – P. 14). Tous les constituants du système se trouvent dans les relations
d’interdépendence, c’est-à-dire, si un élément change, cela se répercute nécessairement sur tous
les autres éléments et sur le système entier, et vice-versa, étant donné que dans la langue «tout se
tient» (A. Meillet. Introduction à l’étude comparative des langues indoeuropéennes. – P., 1915. –
P. 463.)
En tant que système la langue est une unité relativement stable, à la différence de la pa-
role, qui, se réalisant dans des conditions communicatives bien concrètes et toujours variables,
peut se modifier plus facilement, étant plus susceptible aux déviations de la norme.
Donc, c’est dans la parole que les signes (mots) s’actualisent. Dans ce cas le mot se
charge des marques qui le déterminent grammaticalement (p. ex., genre, nombre, personne,
temps, etc.). Tenant compte des conditions d’actualisation toujours différentes il se peut que le
signe est employé avec les marques grammaticales dont il n’a jamais été accompagné, dans un
nouveau contexte grammatical. Si un tel emploi devient plus ou moins fréquent dans la parole, le
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signe change peu à peu sa nature grammaticale en acquiérant les nouvelles catégories
grammaticales. Cette transformation qui revêt le caractère régulier dans la parole se fixe peu à
peu dans la langue.
Les changements qui surviennent dans la parole portent au début le caractère de nuances
stylistiques – dans le domaine du lexique; parfois ils se présentent comme des fautes ou des in-
corrections grammaticales.
Dans une étude diachronique, la distinction entre la langue et la parole aide non seule-
ment à recueillir un certain nombre de changements, mais aussi à comprendre et à expliquer le
mécanisme de ces changements linguistiques.
En même temps la distinction entre la langue et la parole pose de gros problèmes aux lin-
guistes puisqu’il n’existe pas d’enregistrements de la parole des époques élognées. Or, les sa-
vants n’ont à leur disposition que des textes, des manuscrits qui peuvent être considérés – avec
certaines restrictions – des spécimens de la parole des temps reculés.

3. Histoire interne et ses parties. Sciences linguistiques historiques.


Les changements qui se produisent dans une langue sont influencés par deux causes
principales: internes et externes. Cela permet aux certains linguistes de distinguer l’histoire
externe du français dont l’objectif est d’établir les faits extralinguistiques de son développe-
ment (quels peuples, à la suite de quelles circonstances, sur quels territoires, ont parlé ou parlent
français? et quel français?) et son histoire interne qui étudie les phénomènes proprement lin-
guistiques (transformations phonétiques, morphologiques, syntaxiques et lexicales) parce que
l’évolution d’une langue et de ses éléments s’éffectue suivant ses propres lois déterminées par le
système même de l’idiome donné.
Ainsi, pour composer l’histoire d’une langue s’agit-il de tenir compte, d’une part, des cir-
contances économiques, sociales, politiques et intellectuelles qui varient au cours des siècles
(causes extralinguistiques), d’autre part, des faits proprement linguistiques (causes interlinguis-
tiques).
La langue se présente sous un triple aspect: phonétique, grammatical et lexical. Il est
tout à fait évident que chacun de ces aspects de la langue d’aujourd’hui a subi de nombreuses
tranformations au cours des siècles avant d’acquérir sa forme et ses catégories actuelles. Donc,
pour comprendre le système moderne et pour trouver l’explication aux phénomènes de la langue
de nos jours, il faut passer en revue toute cette évolution.
L’étude historique d’une langue comprend une phonétique historique, une morpholo-
gie et une syntaxe historiques et une lexicologie historique.
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La phonétique historique étudie l'évolution des sons et du système phonétique; on
y trouve l’explication du caractère oxytonique de l’accentuation française, de la tendance à la
syllabe ouverte (libre), les particularités des systèmes vocalique et consonantique du français:
boeuf - boeufs, journal - journaux, des particularités de l’orthographe française école - scolaire,
fête – festival.
La grammaire historique se pose comme l’objectif de démontrer l’évolution du latin –
langue synthétique par excellence – et sa transformation en français, langue analytique par excel-
lence. La grammaire historique est divisée en deux parties – la morphologie et la syntaxe histori-
ques. Chacune de ces parties a son propre objet d’étude.
La morphologie historique, par l’analyse du développement des catégories grammatica-
les, explique la déchéance des cas du nom; l’origine et l’évolution de l’article: à quoi est dû
l’emploi de l’article devenu forme du nom, d’où vient sa valeur démonstrative; pourquoi en
français moderne il existe deux types de démonstratifs et de possessifs; comment et quand ont
apparu les formes analytiques du verbe etc. L’étude de la syntaxe historique montre la genèse
de la structure des propositions et permet de saisir la valeur grammaticale de l’ordre des mots en
français. Il importe de connaître l’histoire de la langue française pour expliquer les achaïsmes et
les tournures anciennes (Dieu merci), les cas de l’inversion (p. ex., après certaines conjonctions:
sans doute, ainsi, peut-être), ainsi que la valeur stylistique de l’ordre des mots, etc.
La lexicologie historique s’occupe de la vie des mots, étudie les causes et les sources de
l’apparition ou de la disparition des mots, l’évolution du sens des unités lexicales, les sources
d’enrichissement ou d’appauvrissement du vocabulaire; explique la formation des doublets éty-
mologiques et leurs formes: droit - direct, chose – cause; l’épanouissement des dialectes en an-
cien français et leur rôle dans la formation de la langue nationale.
La typologie dont l’objet d’étude est le type de la langue peut s’enrichir de données lin-
guistiques historiques pour expliquer la structure typologique du français moderne et sa place
parmi les autres langues romanes.
La dialectologie n’est pas engagée immédiatement à l’étude des faits historiques, mais
c’est dans cette science que l’histoire du français puise ses données. Les phénomènes linguisti-
ques que la dialectologie enregistre sont des traces (des empreintes) des états linguistiques pré-
cédents qui ont survecu dans les dialectes. Cette science s’occupe de l’étude des dialectes sur le
terrain, d’une enquête dialectale sur place, de l’étude du parler d’un village, d’une famille, de la
langue d’une personne.
Les données historiques recueillies par les linguistes sont accumulées dans les diction-
naires étymologiques et les dictionnaires historiques. Les dictionnaires étymologiques étu-
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dient surtout la période de la naissance du mot (mais aussi son développement ultérieur),
tandis que les dictionnaires historiques ont pour but d’analyser le développement du sens du
mot.
La langue française est riche en dictionnaires historiques et étymologiques. Parmi les
dictionnaires édités en France les dictionnaires les plus connus sont ceux d’A. Dauzat, de A.-J.
Greimas et de O. Bloch et W. von Wartburg.

4. Méthodes d’étudier l’histoire du français.


Tout système peut être analysé sous deux aspects: statique et dynamique. La même ap-
proche appliquée à l’histoire du français permet d’analyser la langue sous son aspect synchro-
nique (statique) ou diachronique (dynamique).
L’étude synchronique d’une langue se propose de montrer les lois du fonctionnement de
la langue à une époque donnée (cf.: le français moderne que l’on apprend à l’école - ce n’est que
l’étude synchronique de l’état actuel de la langue française; l’étude du moyen français se fait
aussi dans son aspect synchronique). Dans le cas de l’étude synchronique le linguiste ne cherche
pas à comparer les formes existant à des époques différentes, il ne ne se pose pas la question
«pourquoi», mais se contente d'enregistrer les faits linguistiques tels qu’ils sont sans expliquer
leurs particularités et leurs raisons d’être dans la langue. La synchronie étudie un état de la
langue sans relater son état précédent.
A la différence de la méthode syncronique, l’étude diachronique d’une langue, tout en
comparant les étapes successives de son évolution, se propose de tirer au clair les causes
des changements. La confrontation ainsi faite permet de découvrir les lois qui régissent
l’évolution et répondre aux questions: pourquoi une telle mutation a eu lieu et comment elle
s’est produite, c’est-а-dire mettre en évidence les causes de ces changements. Il existe deux
voies pour effectuer l’analyse diachronique:
1) la confrontation (comparaison) de deux ou de plusieurs coupes synchroniques («la
diachronie des synchronies» selon G. Guillaume. Temps et verbe. Théorie des aspects, des mo-
des et des temps. P., 1970. M – P. 62). Suivant cette méthode les linguistes étudient toutes les
parties de la langue (phonétique, grammaire, lexique) à une époque donnée (appelée coupe syn-
chronique): le latin vulgaire, l’ancien français, le moyen français, le français classique. Après
avoir étudié chaque coupe successive les savants procèdent à les comparer pour établir les voies
du développement de la langue;
2) la description de tous les changements survenus dans une partie de la langue à travers
les siècles, par ex., dans le phonétisme (description purement diachronique). Ayant réuni les
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données obtenues on peut se faire l’idée de grandes lignes de l’évolution de chaque partie
de la langue.
Les savants russes sont les adeptes de la première méthode, les romanistes français préfè-
rent d’appliquer la deuxième.
Les manuels d’histoire de la langue française reflètent ces deux approches.
Dans le premier type de manuels toute l’histoire du français est répartie en périodes qui
correspondent aux étapes historiques passées par l’état français, chaque période présentant
l’évolution du système linguistique dans l’ensemble de ses trois aspects (phonétique, grammaire,
lexique). Tels sont les manuels de L. M. Skrélina et de L. A. Stanovaïa, de N. A. Katagochtchi-
na, M. S. Gourytschéva, K. A. Allendorf, de N. A. Chigarévskaïa, etc.
Les auteurs du deuxième type de manuels exposent l’histoire du français divisée en deux
parties dont la première décrit les conditions historiques, politiques, culturelles de l’évolution de
la langue («linguistique externe» selon la terminologie de F. de Saussure); la deuxième présente
l’analyse des changements du système linguistique («linguistique interne») réparti par aspects:
phonétique, grammaire, vocabulaire, etc. Tels sont les manuels de A. Darmesteter «Cours de
grammaire historique de la langue française», de K. Nyrop «Grammaire historique de la langue
française», de A. Dauzat «Histoire de la langue française».
Chacune de ces deux méthodes est loin d’être parfaite.
La première méthode permet d’examiner des changements linguistiques dans des condi-
tions historiques bien déterminées et d’étudier l’influence de ces dernières sur le développement
de la langue. Ainsi la langue se présente-t-elle en tant qu’unité structurale dont chaque élément
dépend des autres à chaque étape de son évolution. Mais le côté négatif de cette approche
consiste à ce que le développement des éléments du système linguistique ne coïncide pas forcé-
ment avec les périodes historiques, car il existe des modifications syntagmatiques qui durent
plusieurs siècles avant de devenir un changement paradigmatique.
La deuxième approche fait que l’évolution linguistique se trouve séparée des conditions
historiques dans lesquelles elle se produit. En plus, la langue se présente morcelée en diverses
parties indépendant l’une de l’autre: elle n’est plus une unité structurale. Mais grâce à l’étude
approfondie que l’on entreprend en cadre de cette méthode les linguistes peuvent se faire des
idées très précises de l’évolution de chaque partie de la langue.

5. Chronologie de l’histoire de la langue française.


Il est impossible d’étudier l’évolution du français qui a duré mil cinq cents ans sans la di-
viser en parties. Cette répartition en coupes synchroniques permet d’entreprendre une analyse
plus détaillée des changements de la langue à une époque donnée.
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Dans l’histoire de la langue française les linguistes dégagent les périodes de l'ancien
français (AF), du moyen français (MF) et du français moderne (FM). Mais la chronologie de
ces périodes est différente.
L’ancien français s’étend entre le IX e et le XVI e ss. (M. V. Serguievski) ou entre le IX
e et le XIII e ss. (N. A. Katagochtchina, M. S. Gourytschéva, K. A. Allendorf); par le moyen
français on désigne la période entre le XIV e et le XV e ss. (F. Brunot, N. A. Katagochtchina,
M. S. Gourytschéva, K. A. Allendorf) ou la période entre le XIV e et le XVI e ss. (A. Dauzat, P.
Guiraud, M. Cohen); le français moderne comprend le français classique (les XVII e – XVIII e
ss.), le français contemporain: les XIX e – XX e ss.
L. M. Skrelina est d’avis, que l’AF dure du IX e au XIII e ss., le MF – du XIV e au XVI
e ss.; elle estime que le français moderne et contemporain du XIX et du XX ss. font l’objet des
cours théoriques de la langue moderne (grammaire et phonétique théoriques, léxicologie et sty-
listique).
Certains linguistes (P.Guiraud, par ex.) considèrent la litterature du XVI e s. comme celle
de la Renaissance, la séparant de la litterature médiévale. Le XVI e s. est considéré comme le
siècle de transition; par rapport à la période du moyen français il marque l’achèvement de plu-
sieurs transformations linguistiques ayant eu lieu dans le courant des XIV e , XV e et XVI e ss.
Or, les périodes dans l’histoire de la langue française sont:
1) l’ancien français qui dure du IX e au XIII e s.; on comprend sous ce terme l’état dia-
lectal, quand la France n’est qu’une seigneurie parmi plusieurs autres et quand l’idiome parlé
dans le royaume de France, le francien, n’est qu’un dialecte parmi plusieurs autres;
2) le moyen français qui va du XIV e au XVI e s.; par ce terme on désigne la période, où
la consolidation sociale, politique et économique de la France met fin à la féodalité, et où le dia-
lecte de l’Ile-de-France devient langue de la nation française;
3) le français moderne qui va du XVII s. et qui dure encore; on subdivise cette période
en deux: le français classique (du XVII e au XVIII e s.) et le français moderne ou contempo-
rain (du XIX e au XX e ss.). La période des XVII e – XVIII e ss. est celle où s’achève la forma-
tion de l’Etat national français et s’établissent les normes de la langue française en tant que lan-
gue littéraire et écrite.
Mais entre les origines latines et l’ancien français il s’étend une longue période «intermé-
diaire» où se sont produits les changements linguistiques les plus importants qui ont jeté les ba-
ses à la formation de la langues française.
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I . PRÉHISTOIRE
1. Quelques grandes dates de l’histoire et de la civilisation françaises:
env. 20 000 ans av. J.-C.: Arrivée des Celtes (les Gaulois).
env. 600 ans av. J.-C.: Les Grecs fondent Marseille.
120 av. J.-C.: Les Romains en Provence.
De 58 à 50 av. J.-C.: Conquête de la Gaule par César.
Du I er au V e siècle de notre ère: La Gaule Romaine.
Vers 350: Premières migrations germaniques.
496: Clovis, roi des Francs, baptisé à Reims.
800: Charlemagne, empereur d’Occident.
843: Traité de Verdun.
987: Hugues Capet fonde la dynastie Capétienne.
1096 – 1099: Première Croisade
XI e – XII e ss.: Grandes abbayes romanes: Caen, Saint-Savin, Périgueux, Vézelay, Au-
tin, Poitiers, etc.
XII e – XIII e ss.: Grandes cathédrales gothiques: Notre-Dame de Paris, Chartres,
Reims, Amiens, Bourges, Strasbourg.
1337 – 1453: La guerre de Cent Ans.
1429: Jeanne d’Arc délivre Orléans.
1515 – 1547: François I er roi de France.
1643 – 1715: Louis XIV roi de France.
1789: Début de la Révolution.
1804 – 1815: Napoléon I er empereur.
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2. Romanisation et germanisation de la Gaule (la France actuelle).
Les premiers habitants de la France étaient des Celtes appelés par les Romains Gaulois
qui parlaient une langue celtique qui est en usage aujourd’hui en Grande-Bretagne (Ecosse et
Irlande) et en France (Bretagne). Les Gaulois s’occupaient de l’agriculture et de l’élevage.
La présence effective de l’homme en Gaule est attestée vers le milieu du premier millé-
naire avant J-C. Nous connaissons bien les noms de certains habitants qui peuplaient la Gaule
avant l’arrivée des Gaulois: Aquitains, Ibères, Ligures, mais leurs langues restent pratiquement
inconnues. Tout de même on atteste certains mots français aux langues préceltiques.
Le mot baraque, qui a été introduit en français par l’intermédiaire de l’espagnol, pourrait
se rattacher à une racine ibère à l’origine, bar «boue», la baraque étant d’abord une maison en
torchis.
Quant au ligure, il semble avoir laissé à la langue française avalanche, marron «châtai-
gne» et tomme (qui désigne fromage en savoyard).
Les linguistes s’accordent que les noms de la Loire, de la Sarthe, du Rhône, de la Gironde
et même de la Garonne sont préceltiques (mais le suffixe -onne dans Garonne est une forme cel-
tique désignant une étendue d’eau). Ils affirment en revanche que les noms du Rhin, de la Marne,
de l’Orne, de la Mayenne, du Doubs sont celtiques.
Au moment de la conquête romaine le niveau culturel des peuples celtiques était très dif-
férent: les uns conservaient l’organisation sociale primitive, tandis que les autres constituaient
déjà des états solides. La lutte qui se poursuivait entre tous ces peuples pour acquérir une posi-
tion dominante les empêchait de former un état uni. C’est une des raisons pour lesquelles la
Gaule fut rapidement conquise par les Romains.
En 52 av. J.-C., les Celtes s’unirent sous la direction d’un jeune chef celtique, Vercingé-
torix, dans la lutte acharnée contre les Romains, mais cette glorieuse insurrection fut étoufée, et
en 51 av. J.-C. la Gaule entière fut définitivement soumise par les Romains.
La romanisation commence par la conquête du Sud-Est (125 av. J.-C.) devenue par la
suite «Provincia Romana» (d’où le nom actuel de Provence).
Au Sud la romanisation se répandit beaucoup plus vite qu’au centre et au Nord de la
Gaule. Cela s’explique par le fait qu’une grande quantité des Romains avait émigré au Sud de la
Gaule où ils reçurent de vastes territoires; et ces territoires devinrent des foyers de romanisation.
Dans le Nord de la Gaule la langue celtique ne fut pas évincé totalement par le latin – ces
contrées ayant été colonisées les dernières et les Romains n’y ayant pas séjourné longtemps. Il
s’ensuit que la romanisation du Nord et du Sud de la Gaule a passé par deux voies différentes et
ce fait va occasionner les divergences dans le développement de l’idiome parlé en Gaule. Son
14
évolution ultérieure donnera naissance à deux parlers différents – langue d’oïl au Nord (fu-
ture langue française) et langue d’oc (future langue provençale) au Sud.
En conquérant la Gaule (les Gaulois subirent la domination de l’Empire romain du I er
siècle av. J.-C. jusqu’au IV e s. de notre ère.) les Romains y introduisent le latin. Il s’est créé une
atmosphère du bilinguisme, le latin s’implantant d’abord dans les hautes classes et dans les vil-
les et supplantant peu après le celtique du pays.
La romanisation gagna plus rapidement les villes que la campagnes. Mais peu à peu la
langue latine parlée fut assimilée non seulement par le peuple urbain, mais pénétra aussi dans la
population villageoise: d’immenses territoires appartenaient aux grands propriétaires romains et
gaulois; la terre était cultivée par des esclaves et des colons dont la plupart furent amenés de dif-
férentes provinces romaines. Pour se comprendre et pour comprendre la langue de leur maître, il
leur fallait assimiler la langue officielle de l’Etat romain. Ce latin des villageois, des colons, des
commerçants et des soldats romains n’avait jamais subi l’influence normative de la langue écrite,
dut avoir des traits différents et particiliers. Malheureusement, il ne reste pas de documents écrits
qui puissent nous renseigner sur ses traits.
Le latin était la langue de l’administration. Les écoles jouèrent un grand rôle dans la ro-
manisation surtout en Gaule, parce que dans aucune province romaine il n’y eut autant d’écoles
qu’en Gaule. Plusieurs villes devinrent de grands centres de la culture romaine (Lyon, Arles,
Toulouse, Bordeaux, etc.), le latin étant devenue la langue de la culture. La Gaule fut l’une des
provinces romaines où la romanisation a été totale. Dans le cas de la Gaule les barbares ont
assimilé la culture des Gallo-Romains et leur langue appelé le gallo-roman.
L’assimilation de la langue latine parlée ne signifie pas que le peule indigène ait oublié sa
langue maternelle tout d’un coup. Plusieurs documents historiques indiquent que la langue celti-
que s’est maintenue comme langue vivante jusqu’au VI e siècle de notre ère.
A partir du III e s. de notre ère l’Empire Romain subit des infiltrations barbares de plus
en plus intenses et vit une crise profonde qui amena vers le V e s. la ruine complète de
l’Empire de l’Occident.
Impuissant, l’Empire ne résiste plus aux invasions barbares, et en 476 de notre ère
Odoacre, chef des tribus germaniques, renversa le pouvoir du dernier empereur romain. Cette
date est considérée comme celle de la chute de l’Empire Romain d’Occident.
Les barbares qui ont fait échoué l’Empire Romain sur le territoire de la Gaule étaient en
majorité des Goths qui parlaient différents idiomes germaniques. La tribu la plus puissante qui a
conquis le Nord et le Nord-Est de la Gaule était celle des Francs. La langue qu’ils parlaient était
le francique, un idiome germanique.
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Les premiers rois des Francs appartenaient à la dynastie des Mérovingiens (du nom
de leur ancêtre, Mérovée). Le plus illustre représentant de cette dynastie fut Clovis dont le rei-
gne dura de 481 à 511. A la mort de Clovis (511) bien des traits manifestèrent le déclin de l’Etat
qu’il avait créé. Du fait que le royaume est considéré comme un bien de famille, les enfants se le
partagent et parfois se le disputent. A l’intérieur du pays naquirent deux royaumes: l’Austrasie
(pays de l’est) et la Neustrie (pays de l’ouest) qui se faisaient des guerres continues. Les derniers
Mérovingiens laissèrent le pouvoir aux mains des «maires du palais», fonctionnaires du roi. L’un
d’eux, Pépin d’Héristal battit les Neustriens et leurs alliés Alamans. Reprenant le rôle de défen-
seur du pays, son fils Charles, surnommé Martel, battit, à son tour, les Arabes dans la fameuse
bataille de Poitiers (732), il sauva son pays et la civilisation chrétienne.
A sa mort, son fils Pépin, dit le Bref, se faisant consacrer roi (751) donna naissance à une
nouvelle dynastie, celle des Carolingiens. Grâce à l’Eglise, les rois Carolingiens seront des rois
sacrés comme ceux de la Bible, et quand, la nuit de Noël de l’an 800, le pape Léon couronnera
Charlemagne «Empereur d’Occident» il semble que la paix et l’ordre disparus pourront renaître
grâce à l’appui du christianisme.
Les victoires et la sagesse de Charlemagne avaient fait de lui l’homme le lus admiré de
son temps. Dés qu’il fut le seul maître, en 771, Charlemagne se mit à l’oeuvre. Son but: conti-
nuer Rome, refaire l’Empire. En Italie il battit le roi de Lombards et lui prit la couronne de fer. Il
passa à l’Espagne: ce fut son seul échec. Mais le désastre de Roncevaux, le cor de Roland, servi-
rent sa gloire et sa légende: son épopée devint nationale. Surtout, sa grande idée fut d’en finir
avec la Germanie, de dominer et de civiliser ces barbares, de leur imposer la paix romaine. Sur
les cinquante-trois campagnes de son reigne, dix-huit eurent pour objet de soumettre les Saxons.
Charlemagne alla plus loin que les légions, les consuls et les légions de Rome n’étaient jamais
allés. Il atteignit jusqu’à l’Elbe. «Nous avons, disait-il fièrement, réduit le pays en province selon
l’antique coutume romaine». Il fut ainsi pour l’Allemagne ce que César avait été pour la Gaule.
Une des grandes préoccupations de Charlemagne fut de répandre l’instruction. Il attira et
réunit auprès de lui les hommes les plus instruits de son temps; on parle du réveil carolingien –
la renaissance de la culture antique. Dans son palais et dans ses villas, il créa des écoles pour les
enfants destinés à devenir prêtres ou administrateurs. C’est pourquoi Charlemagne est le patron
des écoliers. Le 28 janvier, jour de la Sainte-Charlemagne, on célèbre dans les lycées et les éco-
les de France une fête en l’honneur des meilleurs élèves.
A la mort de Charlemagne l’Empire est partagé, selon la coutume franque, entre les fils
de Louis (le seul survivant des fils de Charlemagne).
Le pays se fractionne en seigneuries donnant origine aux grandes maisons féodales, et
chaque seigneur cherche à vivre dans l’indépendance. L’insécurité favorise cet émiettement; les
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incursions des Sarrasins et les invasions des Normands obligent à chercher d’immédiates
précautions; la France se hérisse de châteaux, et les châteaux se font la guerre.
La chute de l’Empire Romain créa des conditions nouvelles pour le développement ulté-
rieur de la langue latine.
Les contacts entre les anciennes provinces de Rome étaient rompus; la culture romaine se
dégradait; les traditions de la langue latine littéraire s’oubliaient et la langue parlée ne se prêtait
plus à l’influence normative du latin classique. Les divergences ont eu libre cours à se dévelop-
per et s’accentuaient au sein même de la langue latine parlée dans les régions romaines éloignées
l’une de l’autre à des milliers de kilomètres.
L’infiltration des barbares au III e siècle suivie des invasions germaniques aux IV e – V e
ss. a apporté en Gaule romanisée la langue germanique que les vainqueurs conservent assez
longtemps, pendant que les vaincus parlent le gallo-roman. Cette période de bilinguisme dure au
moins quatre siècles (du IV e – V e ss. au VIII e s.) et s’achève, comme la première, par
l’élaboration d’un parler commun. Mais cette fois, ce fut le gallo-roman, le langage de la popu-
lation asservie, pénétrée dans sa partie lexicale par de nombreux éléments franciques, qui servit
de base à la nouvelle langue.
Ainsi durant dix siècles la formation de la langue française a passé par des périodes du bi-
linguisme celto-latin et franco-roman, pour s’achever la première fois, par la domination de la
langue des vainqueurs, et la seconde fois, par celle des vaincus.
Les différents aboutissements de ces deux périodes du bilinguisme peuvent être expliqués
par les faits suivants:
1) Parenté des langues. Le gaulois (langue celtique) et le latin (langue italique) entraient
dans le même groupe de langues indo-européennes. Ce fait facilitait l’assimilation du latin par
les Gaulois. Il est à noter que le latin apporté en Gaule fut adopté par la population celtique (gau-
loise) dans sa forme orale, cela veut dire que la langue française prend ses sources non pas au
latin classique, mais remonte au latin populaire.
2) Contact de deux langues qui s’exprime dans un contact humain de vainqueur à
vaincu. Après la résistance des Gaulois, la romanisation de la Gaule prend un caractère paisible,
en apportant en Gaule, grâce aux colons et commerçants romains, la civilisation latine; la créa-
tion de routes et la fondation d’écoles contribuaient à l’essor économique et culturel du pays et,
de ce fait, à l’assimilation du latin par la population. La période du bilinguisme celto-latin
s’achève par l’oubli complet de la langue maternelle. La population bilingue devient unilingue
en se servant du latin transformé.
3) Nombre d'intrus et d'indigènes. Les Francs comptaient à peu près 12 000 d’hommes sur 6
millions de Gallo-Romains. Les Francs se dissurent dans la population gallo-romaine.
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4) Formation sociale et économique des peuples en contact, institutions politi-
ques. La supériorite politique, économique et culturelle des Latins par rapport aux Gaulois et
celle des Gallo-Romains par rapport aux Francs est incontestable. C’est ce qui a aussi contribué
à la victoire du latin sur le celtique et à la défaite du francique face au gallo-roman.

3. Eléments substrat et superstrat dans la langue française.


Les Celtes et les Francs laissèrent les traces de leur langue dans le français. Le celtique
est considéré comme substrat, le francique constitue le superstrat du français.
Le substrat est l’ensemble de faits linguistiques remontant à un idiome précédant
celui en question dans le temps et dans l’espace.
Pour le français ce sont les vestiges du celtique qui sont considérés comme éléments de
substrat.
Les éléments phonétiques du substrat celtique.
Certains linguistes attribuent à l’influence du celtique l’apparition des voyelles nasales et la
transformation de u > ü dans le gallo-roman et par la suite en français.
La palatalisation des consonnes est due, selon certains linguistes (A. Dauzat), aux habitudes
articulatoires des Gaulois, dont la prononciation était très relâchée.
Les éléments grammaticaux du substrat celtique.
Le système vigécimal (calcul par vingtaines avec les multiples de dix et de vingt), incon-
nu du latin, est d’origine celtique.
Les éléments lexicaux du substrat celtique.
Il n’existe qu’un petit glossaire gaulois-latin, qui date probablement du V e s. de notre
ère, et qui ne compte que dix-huit mots glosés en latin tardif – le glossaire d’Endlicher, du nom
du savant qui l’a fait connaître en 1836.
Voici quelques mots de ce glossaire:
aremorici: antemarini, parce que are «ante», more «mare», morici «marini» = Armori-
cains «ceux qui sont devant la mer»;
onno: flumen «cours d’eau». On trouve onno dans Garonne et dans Divonne, qui est le
nom d’une divinité des eaux;
cambiare: rem pro re dare «donner une chose contre une autre, échanger»;
aballo: poma «pommier». On le reconnaît dans Avallon;
brio: ponte «pont». Il est à l’origine de Brive;
nanto: valle «vallée». Ce mot apparaît dans Nantes;
anam: paludem «marais»;
doro: osteo «entrée, porte»;
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C'est surtout dans le domaine de la vie rurale et des produits artisanaux que l’on
trouve des mots d’origine gauloise: cervoise, crème, lie, benne, tonneau, ruche, soc.
Les Gaulois ont donné au latin une partie de leur vocabulaire, en particulier dans le do-
maine des véhicules à roues, parce que les Gaulois étaient des charrons hors pair: char, carriole,
carrosse, charrue.
Les arbres et les arbustes sont particulièrement bien représentés, avec bouleau, bruyère,
chêne, coudrier, if, verne «aulne».
Signalons encore quelques poissons: alose, brochet, limande, lotte, tanche, ainsi que
quelques animaux terrestres: bièvre «castor», blaireau, bouc, chamois, alouette.
Le gaélique d’Irlande (langue celtique) a aussi donné whisky, qui vient de la forme celti-
que uisgebeatha, mot à mot «eau-de-vie».
Les apports anciens par le gaulois se sont propagés en France grâce à une autre langue
d’origine celtique, le breton: une langue proche du gaulois et du cornique, revivifiée à partir des
îles Britanniques aux V e et VI e ss. de notre ère, par des populations celtiques chassées
d’Angleterre par les invasions des Angles, des Saxons, des Jutes et des Frisons (menhir «pierre
longue», dolmen «table de pierre», bijou < bizou «anneau», formé sur biz «doigt»).
Les suffixes d’origine celtique.
ialo «clairière» > le suffixe -euil, -eil: Argenteuil, Créteil.
acos ( > acus) > le suffixe des noms géographiques -ay, -as, -at, -a, -acq, -é, -y: Blanzay,
Calviac, Aubiat, Mointagna, Donzacq, Aubigné, Charly (environ 40% des toponymes français se
sont formés à l’aide de ces suffixes).
Par le terme le superstrat sont désignés les vestiges (traces) de la langue des vainqueurs
dans la langue des vaincus, tel le francique pour le français.
Les anciennes populations germaniques sont les Wisigoths, les Burgondes, les Alamans,
les Francs. Il est par ailleurs significatif de constater que le nom même de la langue française est
un nom germanique, tout comme le nom de la France, pays des Francs qui veut dire «le pays
des gens libres, ouverts, sincères».
Les éléments phonétiques du superstrat germanique.
Les consonnes w et h ont pénétré dans le phonétisme du latin en Gaule sous l’influence
des parlers germaniques.
Les éléments grammaticaux du superstrat germanique.
L’évolution des démonstratifs aurait subit l’influence germanique.
Les éléments lexicaux du superstrat germanique.
Ce qui frappe dans le lexique français d’origine germanique, c’est la masse du vocabua-
lire relatif à la forêt en général, et en particulier aux arbres et aux productions qui en dérivent
19
(car les Francs appartenaient aux peuples germaniques appellés «Germains des bois»; il y
avait aussi des Germains de la mer - les Scandinaves, les Frisons et les Saxons, et des Germains
des steppes - les Goths (Wisi- et Ostro-): le houx, le gui, l’osier, le roseau; le troène, l’aulne, le
hêtre et le saule. Les innombrables produits dérivés de la forêt: le bois, la bille, la bûche, la
latte, la gaule, le mât, le scion - sont aussi d'origine germanique. Le bois servait aussi à fabriquer
des sièges - des bancs et des fauteuils.
Les couleurs d’origine germanique: blanc, gris, brun, bleu, fauve.
Les Germains avaient surtout à coeur de marquer leur territoire, comme on peut le consta-
ter par l’abondance du vocabulaire désignant des limites: la haie, lice, liste, hallier, marche. Le
mot jardin vient d’une forme germanique, que l’on retrouve dans l’allemand Garten et l’anglais
garden, et qui désignait à l’origine un enclos. La même racine indo-européenne a abouti au slave
gorod, avec le sens «ville» qui apparaît dans Novgorod, Grodno.
Alors que roi, duc et comte viennent du latin, la plupart des autres titres de la noblesse
sont d’origine germanique.
marquis: gouverneur d’une marche franque (région frontalière);
baron: au Moyen Age, ce terme désigne aussi bien le mari que le notable qui participe
aux conseils;
sénéchal: serviteur le plus âgé (du germanique skalk «valet» et du latin senex «vieux»);
maréchal: le serviteur chargé des chevaux (cf. anglais mare «jument»).
On trouve bon nombre de noms germaniques anciens dans les prénoms actuels: Armand <
Hariman, Charles < Karl, Henri < Haimrik, Louis < Hlodvig, Rolland < Hropland, France <
Francia et anciens : Hluparbig > Cloëvis.
Les suffuxes dans certains noms propres sont aussi d’origine germanique:
-bert «brillant»: Albert, Hubert, Robert.
-baud «audacieux»: Thibaud «peuple»+ «audacieux»
-ard «fort, puissant»: Bernard < Berinhard «ours»+ «puissant», Gérard < Gairhard
«lance» + «puissant» ainsi que Renart < Reginhard.
L’adjectif germanique signifiant «puissant, dur» (cf. ang. hard) a donné naissance au suf-
fixe français très productif -ard: chauffard, fêtard, gueulard, traînard, vantard, veinard, maqui-
sard, montagnard, ringard. Les suffixes -aud < -ald < -wald: ribalt; -eng < ing: tisserenc, paï-
senc sont d’origine germanique, ainsi que le préfixe for- : fortaire, forjugier, forconter.
Les emprunts au germanique concernent aussi la grammaire: l’adverbe guère dans le sens
de «beaucoup» et sa forme amalgamée naguère < il n’y a guère.
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Les noms des plats d’origine germanique: hareng saurs, soupe au cresson, escalopes
aux morilles, cailles garnis, gibier mijoté, gigot rôti, flan aux groseilles, gâteau aux framboises.
Les mots d’origine scandinave des premiers Normands (Vikings): blémir, cingler, dalle,
débiter, duvet, flâner, girouette, guichet, guinder, hanter, joli, marquer, mièvre, nantir, regret-
ter.
Les mots de la mer: vague, flotte, quille, étrave, carlingue, homard.
On estime qu’au total le germanique (le francique) a donné environ 1 000 vocables au
fonds commun du français.

4. Le latin en Gaule.
La langue latine comme toute autre langue avait deux formes: écrite, littéraire qui portait
le nom du latin classique (LCl) et parlée, orale ou le latin populaire (LP).
Le LCl a atteint sa plus grande expressivité avec une syntaxe recherchée dans la prose
(les oeuvres de Cicéron (106 - 43 ans av. J.-C.), de César (100 ans av. J.-C. - 44 de notre ère) et
dans la poésie de Vergile, Horace et Ovide, c’est-à-dire, dans les années 70 av. J.-C. – les pre-
mières decennies de notre ère.
Les I er - II e ss. de notre ère marquent le commencement de la ruine des traditions du
LCl: la syntaxe devient plus libre; le choix du vocabulaire est moins soigné – on emploie des
mots du LP. Cette période est appelée le latin postclassique.
L’idiome que l’on parlait aux III e – VI e ss. porte le nom du latin tardif. A cette époque
sont enregistrées des formes morphologiques et syntaxiques qui ont servi de base à la formation
des langues romanes. Cette période est la dernière étape de l’évolution du latin vivant.
Mais le latin ne disparut pas de l’usage, seulement les domaines de son emploi changè-
rent: il devint langue écrite par excellence.
Sous la dénomination du latin médieval il exista en tant que langue officielle de l’Etat
français jusqu’à l’an 1539 où François I er signa l’ordonnance de Villers-Cotterets qui prescrivit
l’emploi exclusif du français dans toutes les pièces judiciaires du royaume.
Or, la préhistoire du français se présente ainsi:
1) 51-53 an av. J.-C. le celtique
2) I s. av. J.-C. - IV s. de notre ère le celtique + le latin populaire
(bilinguisme)

le roman commun = le gallo-roman
3) IV e -V e - VIII e ss. le roman commun+le francique
(bilinguisme)
21
4) IX e s., 842 an l’ancien français

5. Sources des connaissances sur le latin populaire.


La forme essentiellement orale du latin vulgaire explique le fait qu’il n’existe aucun do-
cument qui soit rédigé en latin parlé. Donc, les linguistes s’appuient sur les sources écrites
contenant des formes «incorrectes», qui ne sont que les formes du latin populaire..
1) Avant tout ces «fautes» sont enregistrées par les grammairiens latins. Dans plusieurs
grammaires classiques on trouve des exemples de l’emploi incorrect des mots. Une longue liste
de ces mots est donnée dans la grammaire de Probus. Elle est connue sous le nom de Appen-
dix Probi et contient 227 mots. A côté des mots littéraires l’auteur donne les mots du latin parlé
en indiquant que ces derniers ne sont pas corrects. Par exemple: alida non aclda, angulus non
anglus.
Les vestiges épigraphiques, inscriptions tombales: épitaphes, tablettes avec des formules
magiques, recettes de cuisine, constituent eux aussi une source importante du latin de l’époque.
Tous ces renseignements furent recueillis par l’historien allemand Thomas Mommsen au
XIX e siècle sur le territoire romanisé. Ce savant a composé un livre de 16 volumes Corpus Ins-
criptionume latinarum (du III e s. av. J.-C. au IV e s. de notre ère). Le volume consacré à la
Gaule contient 12 000 inscriptions.
Il existe aussi des textes historiques: annals, chroniques, tracts sur la médecine,
l’architecture, textes épistolaires qui nous renseignent sur la transformation de la langue latine en
Gaule.
2) Quant à l’évolution du lexique ce sont des glossaires qui nous montrent les change-
ments sémantiques du mot latin.
Le glossaire de Reichenau (VIII e – IX e ss.) explique 821 mots de la Bible (Vulgata),
traduite en latin dans les années 309 – 405 de notre ère.
Le glossaire gaulois-latin d’Endlicher qui date probablement des V e s. – VI e ss.
contient 18 mots en latin tardif.
3) Faute de sources documentaires, les linguistes ont élaboré la méthode de la recons-
truction qui consiste à comparer les premiers textes du IX e s. avec les inscriptions du latin parlé
des Ve – VI e ss. L’hypothèse permet de poursuivre les changements qu’ils soient d’ordre
grammatical, phonétique ou lexical qui avaient eu lieu en latin vulgaire. Cette étude compara-
tive a permis de constater que vers le IX e s. la langue populaire s’est transformée en une nou-
velle langue, le français.

6. Evolution du système phonétique du latin populaire en Gaule.


22

a. Accentuation
En parlant de l’accent il faut tenir compte du c a r a c t è r e et de la p l a c e de l’accent.
1. Le changement du caractère d’accent. En LCl l’accent était déterminé par la hauteur du
ton. Il était mélodique, musical: chaque mot contenait une syllabe accentuée qui se prononçait
grâce au haussement ou à l’abaissement du ton. Toutes les syllabes se prononçaient distincte-
ment, c’est-à-dire sans réduction: ar-bo-rem. Il est encore à noter qu’en LCl chaque mot portait
son accent indépendant. L’accent musical du LCl est basé sur l’opposition «voyelle accentuée –
longue» ↔ «voyelle non-accentuée – brève».
Les particularités articulatoires des Gaulois changent l’accent mélodique (musical) du
LCl en accent tonique (accent de force, accent d'intensité). Cette transformation s’est achevée
vers le III e s. de notre ère. L’accent tonique met en valeur la syllabe accentuée au détriment des
autres syllabes ce qui provoque la réduction des voyelles et des consonnes dans les positions fai-
bles (inaccentuées).
Ce changement du type d’accent a influencé la structure phonétique du mot:
– les syllabes non accentuées s’affaiblissent (réduction partielle) et peuvent, plus tard,
s’effacer complètement (réduction complète). Ainsi le volume du mot du LP diminue par rapport
à celui du LCl – le mot devient plus court: as i num (latin classique, 3 syllabes) > âsne (ancien
français, 2 syllabes) > âne (français moderne, 1 syllabe);
S’il s’agit de la chute d’une voyelle ou même d’une syllabe à la fin du mot ce phénimène
porte le nom de l’ancope. Elle est propre surtout au langage parlé et concerne avant tout les
mots-outils: quomodo > comme .
– l’accent tonique a ébranlé la netteté des terminaisons ce qui a contribué à l’effacement
des distinctions flexionnelles entre les formes casuelles du mot latin.
2. Le changement de la place de l’accent. Dans la plupart des mots la place de l’accent
n’a pas changé, excepté quelques cas particuliers, par ex.:
càthedra > catèdra (chaire) càdere > cadère
fil i ′ olum > filiólu (filleul) sàpere > savère
par i ′ etem > pariète (paroi)
Il est à noter le déplacement de la place de l’accent dans les formes verbales de la 1ère et
de la 2 ème personne du pluriel:
(
pèrd i mus > perdèmos (par analogie avec laudàmos)
(
pèrd i tis > perdètes (par analogie avec laudàtes)
Ce changement de la place de l’accent aura comme conséquence l’existence d’un très
grand nombre de verbes à alternance en ancien français, qui, malgré les efforts des grammai-
23
riens, ne se sont pas nivélés et constituent en français moderne le groupe de verbes à conju-
guaison «irrégulière» (les verbes du III ème groupe).

b. Changements des voyelles et des consonnes

Notes préliminaires
1. Avant de procéder à l’étude des changements vocaliques et consonantiques du LP en
Gaule il faut tenir compte de la nature de ces changements.
On distingue aussi des changements d’ordre q u a l i t a t i f et des changements d’ordre q
u a n t i t a t i f.
Changements d’ordre qualitatif.
A) En LCl les voyelles étaient longues ou brèves. C’est la différenciation quantitative.
( ( ( ( (
LCl: a a ee ii oo uu ae oe au
Mais déjà en LCl (dans les premiers siècles de notre ère) les voyelles longues étaient pro-
noncées d’une façon plus fermée que les voyelles brèves dont la prononciation était plus ouverte.
Peu à peu la différence quantitative des voyelles de LCl s’éfface, d’abord dans les syllabes ato-
nes puis dans les syllabes accentuées. Toutes les voyelles reçoivent à peu près la même durée.
Ainsi en LP (les III e – IV e ss. de notre ère), dans le système vocalique l’opposition quantitative
«voyelle longue – voyelle courte» est remplacée par l’opposition qualitative «voyelle fermée –
(
voyelle ouverte»: p e dem > pęde: fl o rem > flọre, etc.
(
Les voyelles a , a ne se distinguaient plus quant à leur qualité, c’est pourquoi ces deux
voyelles se sont transformées en une seule voyelle a.
( (
Vers le III e s. i se confondait régulièrement avec ẹ, u – avec ọ.
La diphtongue ae est devenue une voyelle simple ę, la diphtongue oe s’est transformée en
ẹ: terrae > terrę, memoriae > memorię; caelum > cęlu; poene > pẹna.
Ainsi l’evolution des voyelles du LCl peut être présentée par le schéma suivant:
( ( ( ( (
LCl: a a e e i i o o u u ae oe au
\/ | \/ | | \/ | | | |
LP: a ę ẹ i o¸ ọ u ę ẹ au
Les dix voyelles du LCl sont réduites à sept en LP.
B) Le déplacement de l’articulation en avant.
En LP cette transformation a touché deux voyelles – u et a.
Tonique ou atone, libre ou entravé, u passe en y: n u du > nu, j u rare > jurer.
L’origine et la chronologie de cette altération sont très discutées, sans aboutir à une solu-
tion unique. A. Dauzat et M.Cohen l’attribuent à l’influence germanique, d’autres linguistes y
24
trouvent les effets de l’influence celtique. Les structuralistes (H. Lübke, A. G. Haudricourt,
A. G. Juillard) supposent que le passage de u > y est un fait interne régi par les lois propres à la
langue française (développement spontanné).
Dans la syllabe ouverte a tonique (accentuée) passe à e, c’est-à-dire, son articulation se
déplace en avant de la cavité buccale: màre > mer, fràtre > frère, pàtre > père, nàsu > nez, par-
làre > parler, parlàtis > parlez, parlàtu > parlé, parlàrunt > parlèrent etc.
Mais le développement de la voyelle a est plus compliqué parce qu’il est conditionné
par le caractère de la syllabe: a entravé reste sans changements arbore > arbre. Il faut aussi tenir
compte de l’entourage consonantique: devant une nasale a > ai: manu > main; après une pala-
tale a > ie: caput > chief (an. fr.) > chef (fr. mod.).
L’évolution de à[ > e est un des principaux critères pour différencier le français du pro-
vençal où a subsiste sans changement: chanter, porter (français) ↔ kanta, portar (provençal).
C) Nasalisation.
C’est surtout en ancien françias que les voyelles commencent à se nasaliser devant n et m.
Mais les débuts de ce phénomène remontent au VIII e s., où les voyelles a et e commencent à se
prononcer avec une légère nuance nasale : tantu > t a~ nt, plena > pl e~ in.
Changements d’ordre quantitatif.
Il s’agit de l’apparition (disparition) des sons accessoires (prothétiques et épenthétiques)
que l’étymon ne possède pas (c’est-à-dire des sons non-étymologiques).
Prothèse est une antéposition au mot des sons accessoires (non-étymologiques), épenthèse
est un procédé inverse qui consiste à intercaler des sons accessoires dans un groupe vocalique ou
consonantique.
1) Voyelles accessoires. Le plus souvent elles sont prothétiques.
La voyelle prothétique e se développe devant un groupe initial latin e+consonne (p, t, k):
sponsa > esponse ( > épouse), spiritum > espiritum ( > esprit), scribere > escrire ( > écrire),
sternutare > esternuer ( > éternuer).
L’apparition de cette voyelle dite d’appui est expliquée par la difficulté de prononcer les
groupes sp, st, sk. La voyelle prothétique apparaît dans les inscriptions latines à partir du II s. de
notre ère.
Dans les mots d’emprunt les groupes sc, sp, st restent sans changement: scarlatine,
spasme, ainsi que dans les doublets étymologiques: strict et étroit.
Parfois on observe le phénomène inverse à la prothèse et propre surtout au langage parlé
– la chute des voyelles i et e à l'initial du mot: aestimare > stimare, illac > là, illu (illa, illi,
illos) > lo (la, li, les). Il s’agit de l’aphérèse. Avec la disparition de cette voyelle le mot perd sa
syllabe initiale et devient plus court.
25
2) Consonnes accessoires. Le plus souvent elles sont épenthétiques (dites transitoi-
res) et apparaissent dans les groupes consonantiques secondaires (ceux qui se sont formés à la
suite des réductions vocaliques) pour faciliter la prononciation:
t transitoire: sr > str : cognos(ce)re > cognoistre ( > connaître), pares(ce)re > pareis-
tre ( > paraître), *ess(e)re > estre (> être) ;
b transitoire: ml > mbl, mr > mbr : insim(u)l > ensemble, cam(e)ra > chambre ;
d transitoire: lr > ldr, nr >ndr, sr > sdr : *vol(e)raio > voldrai ( > voudrai), ingen(e)rare
> engendrer, cinere > cendre.
2. La position du phonème dans le mot joue aussi un grand rôle dans l’évolution des sons.
Voyelles
Positions fortes Positions faibles
a. syllabes accentuées a. syllabes non accentuées
b. syllabes initiales b. syllabes finales
c. pénultièmes (posttoniques)
Consonnes
Positions fortes Positions faibles
a. au début de la syllabe accentuée a. dans les positions finales
b.dans les positions intervocaliques
b. au début de la syllabe initiale c. dans le groupe de consonnes

Dans les positions faibles les voyelles et les consonnes subissent une réduction. Elle
peut être partielle (transformation d’une voyelle ou d’une consonne à une autre: terra > terre,
cantat > cantet ) et complète (disparition, chute d’une voyelle ou d’une consonne: muru >
mur ). La réduction complète – la syncope – raccourcit le mot latin.
Les voyelles posttoniques et finales dans les proparoxytons et des voyelles protoniques
(qui précèdent la syllabe accentuée) non initiale disparaissent: : calida > calda, dorm(i)tórium.
Les voyelles identiques en hiatus diparaissent: suum > sum, cohortem > coorte(m) >
corte, prehendere > prendere.
Quand elles ne sont pas identiques, la première voyelle passe en une sonnante constric-
tive, dite semi-voyelle («yod»):
i > j : carea > caria>carje;
u > w ( > v): racua > raqua, januarius > janvier.
Il est à noter que la réduction des voyelles non accentuées est plus intense dans la langue
d’oïl que dans la langue d’oc:
làcrima > lar me (fr. mod.)
làcrima >làgrema >lagrèmo (provençal)
En position forte les consonnes subsistent.
26
Ceci est valable à quelques exceptions près. Ainsi k et g subissent des changements
considérables même dans les deux positions fortes: camera > chambre, manica > manche;
gamba > jambe, argentu > argent. Cette transformation porte le nom de palatalisation.

Vocalisme.
Le développement des voyelles dépend de leur a c c e n t u a t i o n et du t y p e d e s y
l l a b e dans laquelle elles se trouvent.
Les voyelles toniques (accentuées) subsistent toujours ou se modifient. Les voyelles ato-
nes (non accentuées) ont la tendance à s’affaiblir et à disparaître dans certaines positions.
Quant au caractère de syllabes on en distingue deux: syllabe ouverte dont la voyelle est
libre, et syllabe fermée dont la voyelle est entravée: sep-tem, per-d(e)re, mas-cu-lu, dic-tum,
ar-bo-rem.
La voyelle est libre quand elle se trouve:
– à la finale: ma-re, na-su;
– en hiatus (devant une autre voyelle): tu-us, de-us;
– suivie d'une consonne simple: ma-re, na-su;
– suivie d'un groupe de consonnes: ca-pra.
Les changements les plus actifs se sont produits dans le LP avant la germanisation. Dans
le système des voyelles il s’agit de l’apparition d’un grand nombre de diphtongues. Ce phéno-
mène est appelé la diphtongaison.
La transformation dite résulte de l’affaiblissement de la tension musculaire qui allonge les
voyelles. L’allongement des voyelles est suivi d’un dédoublement, puis d’une dissimilation, par
(
ex.: e > ę ę > ẹ ę > ie.
Les causes de la diphtongaison restent inconnues. Il existe plusieurs théories à ce sujet.
Ainsi, G. Ascoli l’attribue à l’influence du substrat celtique. W. von Wartburg, H. Brinkmann,
Th. Frigs, A. Dauzat expliquent la diphtongaison française par l’influence immédiate des parlers
germaniques (surtout francs). Selon eux c’est le très fort accent tonique des parlers francs qui
aurait provoqué l’allongement et puis la diphtogaison des voyelles.
Pourtant, on ne saurait nier que les premiers exemples de la diphtongaison datent de bien
avant l’invasion franque, comme le démontre, par exemple, G. Straka.
Les structuralistes A. G. Haudricourt et A. G. Juilland recherchent les causes de la diph-
tongaison dans les facteurs internes du développement du phonétisme français. Selon ces auteurs
dans les deux nouvelles séries des voyelles gallo-romanes ę ẹ et o¸ ọ les voyelles auraient été très
peu différenciées et la langue aurait réagi par une diphtongaison pour éviter la confusion possi-
ble des phonèmes.
27
Il est peut-être possible de faire remonter la diphtongaison aux faits de l’accentuation
latine (И. М. Тронский, P. Verrier).
On distingue 2 types de diphtongues: les diphtongues conditionnées ou dépendantes,
et les diphtongues spontanées ou indépendantes.
L’apparition des premières (conditionnées ou dépendantes) est due à l’entourage des pho-
nèmes voisins.
Les dernières (spontanées ou indépendantes) proviennent des mutations, des modifica-
tions brusques d’ordre physiologique ou même anatomique survenant dans les organes phona-
teurs. La diphtongaison spontanée n’a transformé que les voyelles accentuées libres.
La diphtongaison conditionnée s’est produite sous l’influence des sons voisins. Les
voyelles les plus fermées ī et u ne sont pas atteintes par la diphtongaison: lībra > livre, m u rum
> mur.
L’accentuation de la diphtongue peut être différente. Si le premier élément est frappé par
l’accent, il s’agit de la diphtongue descendante: éi - péire > poire. La diphtongue est ascendante,
si son dernier élément est accentué: ié - piét > pied.
La diphtongaison spontanée a passé par deux étapes:
1. III e – IV e ss. Elle a transformé les voyelles ę et o¸ libres accentuées, qui ont passé
respectivement aux diphtongues ascendantes dont le deuxième élément porte l’accent ié et uó ( >
ué):
ę [ > ęę > ẹę > ié : pédem > piét > pied, cathédra > chaière
o¸[ > o¸ o¸> ọ o¸ > uó > ué : nóve > nuóf > neuf
2. VI e – VIII e ss. La deuxième diphtongaison a touché les mêmes voyelles fermées qui
ont passé respectivement aux diphtongues descendantes dont le premier élément est porteur
d’accent éi( >oi ) et óu ( > eu):
ẹ [ > ẹ ẹ > ẹ i > éi : mé > méi > moi, habére > aveir > avoir
ọ [ > ọ ọ > ọu > óu: (h)óra > óure > heure, flóres > flóurs > fleur
Selon l’opinion de certains linguistes, le passage de a libre accentuée à e semble
s’effectuer par l’intermédiaire d’une forme dédoublée ou diphtonguée de a > ae :
á [ > ae : mare > maer > mer
Au VII e s. apparaissent les diphtongues dites conditionnées ou combinatoires.
Il y a deux sources qui ont fourni au français les diphtongues conditionnées:
1) la palatalisation des k et g en position intervocalique devant a, et aussi en position de-
vant une autre consonne: plaga > plaje > plaie, lactu > lait;
2) la palatalisation des k et g devenues affriquées à la suite de laquelle se dégage un j de-
vant e issu de a accentué libre: cáru > chiér, manducáre > manugare > mandgiér;
28
3) les consonnes nasales n et m transforment les voyelles qui les précèdent en diph-
tongues: a~ ~
e
~ ~ ~
a + n, m > a~ n, a~ m : manum > m a~ i n; pane > p a~ i n, fame > f a~ i m, amare
~
> a~ i mer;
e + n, m > i e~ n, i ~
e m : venit > vi e~ nt.
N. B. Les diphtongues ne se forment pas dans la syllabe fermée: dente > d ~
e nt, lentu >
l~
e nt.
4) la vocalisation de l en u devant une consonne, suivie de la fusion de u avec la voyelle
précédente:
l + consonne > u + consonne : alba > aube, calidu > chaud.

Consonantisme.
Quant aux consonnes, leur développement dépend avant tout de leur position dans le mot.
Le voisinage des consonnes et des voyelles est aussi important.
Parmi les changements d’ordre q u a l i t a t i f les plus importants sont la palatalisation
et la sonorisation / assourdissement des consonnes.
Parmi les changements d’ordre q u a n t i t a t i f les plus importants sont la réduction
des consonnes et la chute des consonnes finales.
I. Les changements d’ordre qualitatif.
1. La palatalisation est la modification principale de l’évolution des consonnes parce
qu’elle a abouti à la formation de nouveaux phonèmes appellés affriquées.
Les affriquées sont des consonnes complexes dont le premier élément est une occlusive et le
deuxième une constrictive.
Des quatre affriquées deux sont sonores [dz, dg] et deux sont sourdes [ts, tƒ].
Il est à noter que la palatalisation proprement dite de k, g s’effectue dans le latin parlé et
dans le gallo-roman (II e – VIII e ss.) tandis que les deux autres processus – l’affrication et la
spirantisation complète (la perte du premier élément occlusif par la consonne affriquée) – pré-
sentent le développement ultérieur de la consonne palatalisée et se rapportent à la période de
l’ancien français.

Palatalisation > Formation des affriquées


(mouillure des consonnes)
I s. – VIIIs. VIII s.
1. k+i, e > k' (mouillé) > t' > tj > [ts]
caelum [k'elu] ciel [tsiel]
centum [k’entu] cent [tsent]
29
2. k+a > k’ (mouillé) > t' > tj > [tƒ]
causa [k’oze] chose [tƒoze]
cantare [k’antare] chanter [tƒanter]
Karolus [k’arolus] Charles [tƒarle]
3. g+e, i, a > g’ (mouillé) > d' > dj > [dj]
gente [g'ente] gent [djent]
gardinu [g'ardin] jardin [djardin]
argilla [arg' illa] argille [ardjile]
4. d+e > d’ts > dtz > [dz]
(un)decim onze [ondze]
(duo)decim douze [d(o)udze]
5. dj, bj, nj > [dj]
diurnem jornu [djurnu]
rabia rage [radje]
somnium songe [sondje]
6. pj > [tƒ]
hapja hache [hatƒe]
7. lj > [l']
filia > filja > fil’a > fille [fil'e]
8. nj > [n']
vinea > vin- > vin’ > vigne [vin'e]
ja a

Notons que l’orthographe n’a pas toujours suivi le changement de la prononciation: les
lettres latines g et c qui en latin classique marquent respectivement les sons [g] et [k], en latin
populaire servent à marquer les sons affriqués [dj] et [ts].
Les causes de la palatalisation restent discutables. Certains savants cherchent à expliquer
la palatalisation par l’influence celtique (Ph. A. Becker), d’autres, par l’influence germanique (F.
Diez, A. Dauzat). Les recherches faites par K. Ringenson lui ont permis de venir à la conclusion
que la palatalisation serait propre à la langue française de toutes les époques et indépendante du
substrat germanique. A. G. Haudricourt et A. G. Juilland donnent une explication structurale de
la palatalisation, en se basant uniquement sur des faits internes du développement linguistique.
2. Sonorisation / assourdissement des consonnes.
S o n o r i s a t i o n.
Du point de vue de la vibration des cordes vocales, la sonorisation peut être envisagée
comme une assimilation partielle des consonnes aux voyelles – une vocalisation. Elle se produit
dans les positions faibles: intervocaliques, devant une autre consonne, à la fin du mot.
a) Vocalisation partielle:
p>b ripa > riba, duplum > double
t>d vita > vida
k>g pacare > pagare, *eclesia >église
30
s>z rosa > rose
b>v (h)abere > aveir
Cette dernière mutation b > v est connue dès le II e s. (le bétatisme): debere > devoir, ca-
ballum > cheval.
Il faut noter aussi que la vocalisation n’est qu’une étape dans l’évolution des sons. Pre-
nons l’exemple des consonnes t et d intervocaliques. Leur évolution passe par plusieus étapes:
– la consonne sourde passe à la consonne sonore (au IV e s.) : t > d;
– la consonne sonore, d primitif ou secondaire, passe à la consonne constrictive interden-
tale (au VIII e s.) : d > đ ;
– l’interdentale đ disparaît à la fin du XI e s.: vita > vida > viđa > via.
b) Le processus de sonorisation peut se poursuivre et les consonnes sonorisées se résolvent en
voyelles – la vocalisation partielle devient complète: plaga > plaja > plaie.
L’aboutissement de la consonne sonorisée en j (yod) est appelé la yotisation: fructu >
fruit, nigru > neir, voce > voix, nocte > nuit, facere > faire.
A s s o u r d i s s e m e n t.
Les consonnes sonores à la fin des mots deviennent sourdes: quod >quot, largu >larc,
grande > grant; et même clave > clef > clé (assourdissement > disparition de la consonne fi-
nale assourdie).
L’assourdissement d’une consonne peut se produire sous l’influence des sons voisins:
plebs non pleps (assimilation).
II. Les changements d’ordre quantitatif.
1. La réduction se produit à l’intérieur des mots et concerne les groupes consonantiques
et les consonnes doubles identiques (géminées): mensa >me sa, insula > i sla, sextus > ses-
tus, vellit >ve lit. Dans le groupe de trois consonnes la réduction se fait au détriment de la
consonne médiane: comp(u)tare > com ter, dormitorium >*dorm’torui >dor toir.
Cette simplification des groupes consonantiques représente la tendance essentielle de
l’époque: septem > se te > se t ( > sept reconstitué plus tard par les grammairiens).
Dans la position intervocalique les consonnes sont aussi sujets à la réduction complète:
focum >fuo u > feu, magistrum > *ma istru > maître, vita > vide > viđe > vi e, habeo
>*ai o >ai, pluvia > plu ie.
A la fin de mots les consonnes disparaissent: septem > septe (la syncope).
La réduction des groupes consonantiques représente une des tendances phonétiques les
plus stables dans l’histoire du français et joue un rôle considérable dans la constitution de la syl-
labe type du français, la syllabe ouverte. La tendance à la syllabe ouverte se manifeste donc de-
31
puis le LP et atteint son comble vers l’époque de la stabilisation du français en tant que lan-
gue nationale.
Notons encore quelques transformations consonantiques à l’intérieur du mot.
1. La dissimilation (processus qui de deux phonèmes identiques, se trouvant à distance
fait deux sons différents): flagellum non fragellum, terebra non telebra, cultellum non cuntellum.
L’assimilation: dorsum > *dossu > dos, cognosco > *connosco > conosco ( > connaître), femi-
na > *femne > femme, hominem > homne > homme. Une fausse dissimilation : Marseille <
Massilia.
2. La métathèse, le déplacement des sons ou même des syllabes: scintilla> stincilla>
étincelle, formaticu > fromage, basiare > baiser, cupreum > cuivre.
Le système phonologique du LP s’est enrichi à l’époque de deux consonnes d’origine
germanique : h et w.
Le h latin avait disparu depuis le II e s. av. J.-C.: on prononce prendo au lieu de prahen-
do, nil non nihil, omo non homo.
Un autre h, du superstrat germanique, a été adopté dans la prononciation des Gallo-
Romains vers le V e s.: hanka > hanche.
W germanique ne se rencontre qu’en position forte à l’initiale du mot: *werre > guerre,
Wilihelm > Guillelme > Guillaume, *want > gant.
L’evolution des consonnes latines depuis le LCl.
LCl: p t k b d g f s l r m n h
| /\ / |\ | / |\ /\ | /\ /\ | | /\ |
LP: p t θ k tƒ ts b d dz đ g dj f s z l l’ r m n n’ w
7. Evolution du système grammatical du latin populaire en Gaule.
La tendance essentielle de l’évolution du système grammatical du LP était le passage de
la structure synthétique du LCl à la structure analytique.
La flexion disparaît graduellement et les relations syntaxiques entre les mots dans la
phrase s’expriment à l'aide des outils plus souvent qu’en latin classique.
NOM
Le substantif en LP possédait les même catégories grammaticales qu’en LCl: les catégo-
ries d u g e n r e, d u n o m b r e et d u c a s. Mais le système grammatical du nom a subi
d’importantes modifications qui suivent la tendance principale de l’évolution du français: la
transformation du synthétisme latin en analytisme français.
1. Mutations dans la catégorie du genre.
Le LCl possédait trois genres: le masculin, le féminin et le neutre. Mais les terminaisons
du nom en LCl ne correspondaient pas forcément à un genre précis:
32
Masculin Féminin Neutre
lupus fraxinus
canis apis
frater mater
athleta tabula labra (pl.)

1) Le langage parlé tend à doter chaque valeur grammaticale d’une forme précise. Ainsi,
la flexion -us qui désigne le plus souvent le masculin, revêt en LP la valeur du masculin, tandis
que la terminaison -a devient la marque du féminin.
Il reste néanmoins une grande quantité de substantifs dont les terminaisons restent indif-
férentes au genre et qui font partie du 3 e type de déclinaison: mater, pater, soror, etc.
2) Déjà en LCl la catégorie du neutre devient imprécise et illogique (en LCl les trois gen-
res exprimaient l’opposition de l’inanimé – l’animé: le neutre ↔ le masculin / le féminin). Le
LP confond les formes du neutre et les formes du masculin: caseum / caseus, dorsum / dorsus,
nasum / nasus, ferum / ferus.
Le pluriel du neutre ayant la désinence -a, celle-ci se confond avec la forme du féminin
singulier: folia (pl. de folium) > feuille (fém.), arma (pl. de armum) > arme (fém.) , labra (pl. de
labrum) > levre (fém.).
3) L’évolution phonétique du LP a beaucoup contribué elle aussi à la ruine du neutre, et
notamment, l’amuïssement de -s et de -m à la fin des mots facilitait la confusion des masculins et
des neutres: collum > colu et hortus > hortu.
Ainsi, en LP le genre neutre a disparu, les substantifs anciennement neutres s’étant repar-
tis entre les substanfifs masculins et féminins.
2. Dégradation du système casuelle latine.
A) Réduction des types de déclinaisons.
Les cinq déclinaisons du nom en LCl sont reduites à trois en LP avec la perte de la IV dé-
clinaison des neutres et de la cinquième qui a passé à la première.
B) Réduction du nombre de cas.
Les causes de la réduction du nombre des cas.
– les formes de certains cas du latin classique coïncident, par ex., tous les datifs et les
ablatifs pluriels, le nominatif neutre et l’accusatif dans les deux nombres;
– les prépositions (par. ex., ad et de) servent à préciser les rapports casuels: au lieu de dire
domus patris on préférait domus de patre(m) (Acc.); Dico patri (Dat.) - dico ad patre(m) (Acc).
Le génitif commence à disparaître dès le I er s. de notre ère, concurrencé par les constructions
avec de et ex;
– les modifications phonétiques, et notamment, la chute des consonnes et des voyelles fi-
nales, y contribuent largement: terra(m) (Acc.) = terra (Abl.). Ainsi, plusieurs formes casuelles
33
sont devenues homonymiques. Pourtant, le rôle des modifications phonétiques n’est pas
déterminant mais secondaire.
Ainsi le nombre de cas du latin populaire s’est réduit à deux (à la différence du LCl qui
en possédait six).
I er type: les féminins en -a.
Singulier Pluriel
Cas Latin clas- Latin Cas Latin clas- Latin po-
sique populaire sique pulaire
(
Nom., stell a stella Nom. stellae stellae
Voc. Voc.
v
Gen. stellae Gen. stell a rum
Dat. stellae Dat. stell i s
v
Acc. stellam stella(m) Acc. stell a s stellas
v
Abl. stell a Abl. stell i s

II ème type – les masculins en –us, -er.


Singulier
Cas Latin classi- Latin popu-
que laire
( (
Nom., lup u s, lup e lupus
Voc.
Gen. lup i
Dat. lup o
Acc. lupum lupu(m)
Abl. lup o

Pluriel
Cas Latin classi- Latin popu-
que laire
Nom., lup i lupi
Voc.
Gen. lup o rum
Dat. lup i s
Acc. lup o s lupos

Abl. lup i s

III ème type – les masculins et les féminins parisyllabiques et imparisyllabiques.


Parisyllabiques
Singulier
Cas Latin classique Latin popu-
34
laire
Nom., Voc. ( nevis
nav i s
Gen. (
nav i s
Dat. nav i
Acc. navem neve(m)
(
Abl. nav e

Pluriel
Cas Latin classique Latin populaire
Nom., Voc. nav e s neves

Gen. navium
Dat. ( (
nav i b u s
Acc. nav e s neves

Abl. ( (
nav i b u s

Imparisyllabiques
Singulier
Cas Latin classique Latin populaire
Nom., Voc. homo omo
Gen. hominis
Dat. homini
Acc. hominem omne
Abl. homine

Pluriel
Cas Latin classique Latin populaire
Nom., Voc. homines omni
Gen. hominum
Dat. hominis
Acc. homines omnes
Abl. hominis

Des six formes casuelles flectives (Nom., Gen., Dat., Acc., Abl., Voc.) on n’emploie en
LP que deux: la forme du Nominatif qui exprime le sens propre au Nominatif et au Vocatif, et la
forme de l’Accusatif, qui accumule la valeur de tous les cas obliques.
Une forte tendance à l’analogie reconstruit le système casuel et le rend plus homo-
gène.
A) I er type (les féminins en –a).
Sing. Plur.
Nom. stella - stella stellae > stellas
35
Acc. stella(m) > stella stellas∨ - stellas

Grâce à l’unification des flexions au pluriel les noms féminins en LP ont perdu la catégo-
rie du cas depuis très tôt.
B) III ème type, imparisyllabiques. Ces noms avaient deux types de radicaux qui
s’opposaient – le radical du Nom. Sing. et ceux de tous les autres cas. La force d’analogie régu-
larise en premier lieu les féminins imparisyllabiques. Ainsi :
Sing. Plur.
Nom. flos > flore(s) flores – flores
Acc. flore(m) ∨ > flore flores – flores

Grâce à l’unification des radicaux les féminins du III type ne se déclinent plus dès le LP.
Ainsi, vers les VII e – VIII e ss. le système casuel comprenait trois types de déclinaison :
I ère déclinaison: les noms féminins en -a ( en voie de disparition).
Sing. Plur.
Nom. rose roses
Acc. rose roses

II ème déclinaison: les noms masculins en -us.


Sing. Plur.
Nom. mur(u)s mur(i)
Acc. mur(um) mur(o)s

III ème déclinaison: les noms masculins parisyllabiques.


Sing. Plur.
Nom. can(i)s can(e)s
Acc. can(em) can(e)s

les noms masculins imparisyllabiques


Sing. Plur.
Nom. bar baron(e)s
Acc. barone(m) baron(e)s

ADJECTIF
Les adjectifs ont subi les mêmes changements que les noms: perte des neutres et des for-
mes casuelles.
Dans la langue parlée il ne reste que 2 groupes d’adjectifs: les premiers expriment la ca-
tégorie du genre par les flexions -us (m) et -a (f). Les seconds n’avaient pas de différence de
genre:
1. Bonus (m) – bona (f); clarus (m) – clara (f); carus (m) – cara (f).
2. Fortis (m) – fortis (f); grandis (m) – grandis (f); felix (m) – felix (f).
36
Les adjectifs masculins se déclinaient comme les noms masculins du type de décli-
naison correspondant.
Masculins
Sing. Plur. Sing. Plur
Nom. bonus boni fortis forti
Acc. bonu(m) bonos forte(m) fortes

Féminins
Sing. Plur. Sing. Plur
Nom. bona bonas fort(is) fortes
Acc. bona(m) bonas forte(m) fortes

Degrés de comparaisons.
Les degrés de comparaison se forment en LP à l’aide des adverbes, c’est-à-dire, par la
voie analytique, à la différence du LCl, où les degrés de comparaison de l’adjectif présentent des
formes à flexion: le comparatif en -ior, le superlatif en -issimus.
Ainsi, les formes du LCl fortis – fortior – fortissimus ont été supplantées par les formes
fortis – plus (magis) fortis – valde (maxime) fortis.
Quelques adjectifs ont gardé les formes synthétiques: bonus – melior – potimus; parvus –
minor – miniurs.
PRONOM
En LCl le système des pronoms déterminant le nom est très riche. Ils se déclinaient, pos-
sédaient les catégories du genre et du nombre .
Le langage parlé – tel est le latin vulgaire – tend à réduire les formes casuelles en élimi-
nant certains cas et en recourant aux prépositons. Ayant réduit les formes casuelles, les pronoms
en ont gardé trois – à la différence des noms et des adjectifs ils ont conservé le Datif.
Pronoms personnels.
En LP ils gardent trois cas: le Nominativus, l’Accusativus et le Dativus:
Nom. ego > eo > eo > io > ie, je tu
Dat. mihi > mi tibi > ti
Acc. me > me te > te

En LCl il n’y avait pas de pronom pour désigner la 3 ème personne. Dès le LP les pro-
noms démonstratifs ille, illa marquent la 3 ème personne.
Notons par ailleurs que ces mêmes pronoms démonstratifs commencent à accompagner le
nom de plus en plus régulièrement en perdant peu à peu leur valeur démonstrative et en acquié-
rant celle de l’article défini.
37
Les savants enregistrent l’emploi plus fréquent des pronoms personnels accompa-
gnant les formes verbales.
Pronoms possessifs.
Ce groupe de pronoms a subi les mêmes changements que les adjectifs – la disparition du
genre neutre et la réduction des formes casuelles. Les transformations d’ordre morphologique
s’accompagnaient de celles d’ordre phonétique.
Pronoms démonstratifs.
En LCl il y avait 5 pronoms démonstratifs: ille, iste, ipse, is, hic qui étaient variables en
genre et en nomre et se déclinaient.
LP perd des séries des démonstratifs dont il n’en reste que trois: ille, iste, hoc. En plus,
le langage parlé tend toujours à rendre le discours plus expressif. Voilà pourquoi les pronoms
démonstratifs se voient renforcés dans leur fonction pronominale par la particule ecce:
ecce + ille > ecceli > celui, celle, ceux, celles;
ecce + iste > ecceist > ce, cet, cette, ces;
ecce + hoc > ecceoc > ce.
VERBE
Le système verbal du LP a connu beaucoup de pertes, surtout du côté des formes synthé-
tiques, mais aussi quelques acquisitions très importantes conformes à l’analytisme naissant.
P e r t e s.
1. Dans le système du verbe on observe la réduction des formes temporelles: des 10 for-
mes il n’en reste que cinq aujourd’hui qui sont considérées comme synthétiques = étymologi-
ques: le Présent, l’Imparfait et le Parfait (Passé Simple) de l’Indicatif et le Présent et l’Imparfait
du Subjonctif.
La disparition de formes verbales est due à la coïncidence de ces formes phonétiques.
Donc, les changements d’ordre phonétique (l’usure phonétique) entraînent des modifications
d’ordre morphologique:
Formes verbales Latin classique Latin populaire
Plusquamperfectum ind. Act. cantaveram > cantare
Futurum II ind. Act. cantavero > cantare
Imperfectum conj. Act. cantarem > cantare
Perfectum conj. Act. cantaverim > cantare

Toutes les autres formes temporelles verbales sont d’origine romane, formées par la voie
analytique.
2. En LCl la catégorie de la voix passive pouvait être exprimée par deux types de formes
– synthétiques et analytiques. Le LP tend à refaire ce système et le rendre plus simple, homo-
gène, unifié. Il prend comme modèle le type analytique de formation de la voix passive:
38
Temps Latin classique Latin populaire
3 pers. sing. 3 pers. sing.
Present ornatur > ornatus est
Imperf. ornabatur > ornatus erat
Fut. ornabitur > ornatus erit
Perf. ornatus est > ornatus fuit
Plusquam. ornatus erat > ornatus fuerat
Fut. II ornatus erit > ornatus fuerit

3. Plusieurs formes verbales non personnelles du LCl ne sont plus employées en LP.
Formes non
person-nelles Latin classique Latin populaire Latin populaire
du verbe exemples
Infinitivus Infinitivus praesentis act. Infinitif présent Laudàre, delère,
Inf. praesentis passivi lègere, audire
Inf. perfecti passivi
Inf. futuri activi
Inf. futuri passivi
Participium Participium praesentis act. Participe présent Làudans, dèlens,
Participium praesentis pas lègens, àudiens
Participium futuri activi Participe passé Laudàtus, delè-
Participium perfecti pas. tus, lèctus, auditus
Gerundium Gerundium Gérondif, Abl. Laudàndo, delèndo,
legèndo, audièndo
Supinum Supinum I, II – –

A c q u i s i t i o n s.
Conformément à la tendance analytique du système, la valeur des formes disparues est
traduite par le moyen des formes nouvelles analytiques:
1. Pour exprimer la valeur du futur le LP recourt aux constructions périphrastiques à la
base des verbes habere, debere ou velle (vouloir) et l’infinitif du verbe lexical: dicere aveo, di-
cere deveo, dicere voleo. Peu à peu le verbe aveo a pris le dessus: scribere aio, cantare aio.
Par analogie avec le Futur le Conditionnel Présent se forme vers le VIII e s. : je parlereie
(< parler (av)eie).
2. L’action passée s’exprime par la construction du verbe habere et du participe passé; en
roman commun habeo epistolam scriptam d’une construction syntaxique deviendra forme ver-
bale: j’ai une lettre écrite (valeur aspectuelle) (= le resultat de l’action) ⇒ j’ai écrit une lettre.
Nous retrouvons les vestiges des anciens liens syntaxiques au sein du groupe de complé-
ment d’objet direct dans l’accord du participe passé avec le COD en français moderne: habeo
epistolam scriptam : la lettre que j’ai écrite.
Restructuration du système verbal.
39
1. La plupart des verbes de la 4 ième conjugaison latine en -ire se mettent à se
conjuguer à l’Indicatif Présent avec le suffixe -sc- par analogie avec les verbes incohatifs de
cette même conjugaison: finio ⇒ finisco, ayant perdu la valeur incohative.
2. En LP les verbes changent souvent de conjugaison par analogie des formes. Seuls les
infinitifs en -are et -ire sont plus ou moins stables. Ainsi :
2 conj. ⇒ 3 ième conj. : ardère ⇒ àrdere, mordère ⇒ mòrdere
3 conj. ⇒ 2 ième conj. : sàpere ⇒ sapère, càdere ⇒ cadère
3 conj. ⇒ 4 ième conj. : fùgere ⇒ fugire
2 conj. ⇒ 4 ième conj. : florère ⇒ florire
3. Les formes les plus répandues et les plus régulières étant celles de la 1ière conjugaison,
les nouveaux verbes se forment sur le modèle de celle-ci : mandicare, carricare. Même plus, les
verbes existant dans la langue se reconstruisent sur ce modèle régulier : cantare < canere, salire
< saltare, audere < ausare. Les verbes esse, velle, posse reçoivent aussi la flexion -re : èssere,
volère, potère ( ayant pris le radical vol et pot par analogie avec les formes de parfait volui, po-
tui).
4. La diphtongaison des voyelles accentuées libres a eu comme conséquence l’alternance
(vocalique et consonantique) des radicaux verbaux à l’Indicatif et au Subjonctif :
làvo > lèf lavàmes > lavòns
làvas > lèves lavàtes > lavèz
làvat > lèvet làvant > lèvent

ADVERBE
La plupart des adverbes remontent aux mots latins de la même classe. Les uns ont changé
très peu leur aspect phonétique (bien < bene, mal < male, y < ibi), d’autres ont subi des trans-
formations phonétiques plus importantes, telle la fusion complète de deux adverbes latins: aussi
< aliud sic, assez < ad satis, derrière < de retro, ici < ecce hic.
En LP la classe des adverbes s’est enrichie de dérivés en -ment. On trouve les origines de
ce suffixe dans l’ablatif du substantif latin mens, -tis, mente qui désignait esprit, puis manière
d’être: bonnemente < bona mente – dans un bon esprit, d’une bonne manière.

SYNTAXE
La syntaxe du LP a subi des changements considérables. La phrase à coordination
s’emploie de préférence au détriment de la phrase à subordination. Le nombre de conjonctions
devient plus réstreint: par ex., la conjonction de coordination aut (ou) a évincé (вытеснил) trois
40
conjonctions synonymiques vel, sive, seu. En LP les conjonctions et et que sont les plus ré-
pandues.
Les constructions infinitives latines telles que accusativus cum infinitivo sont rempla-
cées en LP par les subordonnées: credo terra(m) esse rotunda(m) ⇒ credo, que terra est rotun-
da.
Dans les propositions négatives seule la particule non s’emploie. Très souvent elle est
renforcée par les mots tels que mica, passus et punctu(m) qui perdent peu à peu leur sens lexical
et passent dans la classe des particules.
La fonction du mot étant suffisamment marquée par sa forme (soit flexionnelle, soit pré-
positionnelle), l’ordre des mots reste celui du LCl, c’est-à-dire libre, avec le prédicat qui se place
à la fin de la proposition.
L’emploi des compléments prépositionnels au détriment des cas s’accentue en LP: dico
patri ⇒ dico ad patre, fortior leone ⇒ plus fortis de leone.
En LCl dans le groupe de mots le déterminant est placé devant le déterminé; en LP la
tendance à l’ordre inverse se manifeste: le déterminé précède le déterminant: fratris liber ⇒
liber fratris ( ⇒ liber de fratre). Un tel ordre dans le groupe de mots est propre à toutes les lan-
gues romanes étant analytiques par excellence.

8. Vocabulaire du latin populaire en Gaule.


Le fonds lexical du LP se compose de trois couches :
– la couche latine;
– la couche celtique appelée le substrat;
– la couche germanique appelée le superstrat.
Le lexique du latin populaire diffère de celui du latin classique bien que le fonds essentiel
soit le même:
– les noms désignant la parenté: pater, mater, frater, seror;
– les noms désignant les phénomènes de la nature: caelum, tampestas;
– les noms désignant les animaux: vacca, caballum, capra, canis;
– les notions abstraites: ajudha.
On sait que le vocabulaire est la partie la plus mobile de la langue. Les changements du
vocabulaire se produisent constamment. Le lexique du latin populaire reflète les péripéties de la
langue en Gaule romanisée et puis germanisée.
Le vocabulaire du LP évoluait sur deux plans: pertes et acquisitions.
P e r t e s.
1. Le LP a perdu surtout beaucoup de mots au sens abstrait.
41
L’inventaire de vocables du LP se trouve limité parce que la langue de tous les jours
parlée souvent par des gens très peu ou mal instruits – petits fonctionnaires, marchands, soldats –
a besoin d’un nombre restreint de mots qui sont indispensables pour assurer la communication
dans toutes les régions du grand Empire. C’est ainsi qu’en LP on n’emploie plus les mots tels
que eloquentia, disciplina, concordia, etc.
2. Le LCl était très riche en synonymes qui constituaient de longues séries synonymiques.
Le LP en a éliminé beaucoup ayant laissé les plus simples et les réguliers du point de vue de leur
morphologie: parmi pulcher, formosus, bellus le LP choisit le dernier – le plus court et dont la
déclinaison est la plus régulière. Les verbes concrets à conjuguaison régulière portare, plorare,
perdonare, etc. évincent respectivement les verbes irréguliers ferre, flere, ignoscere.
Acquisitions.
Le vocabulaire peut s’enrichir soit par les e m p r u n t s aux langues étrangères soit par
la f o r m a t i o n d e s m o t s n o u v e a u x – la dérivation propre et impropre. Les mots,
durant leur existance, peuvent aussi c h a n g e r l e u r s e n s.
Emprunts.
Les emprunts à l’époque du LP ne sont pas nombreux. Notons quelques mots d’origine
grecque qui ont passé en latin populaire par l’inremédiaire du latin classique: talentum > le ta-
lent, goubernare > gouverner, grupta > la grotte, hora > l’heure, saccus > le sac, schola >
l’école, petra > la pierre.
Le plus souvent les mots grecs sont du domaine religieux: propheta, lampada, baptidiare,
christianus, monachus, etc.
Parfois le mot emprunté a supplanté le mot latin: petra (grec) a supplanté le mot lapis
(latin); colaphus (le coup) a supplanté ictus.
Dérivation propre.
La formation des mots nouveaux par la dérivation propre en latin populaire a priviligié
deux voies: l’emploi plus fréquent de certains suffixes et préfixes; l’emprunt des éléments for-
matifs.
1. L’emploi plus fréquent de certains suffixes et préfixes.
Les suffixes diminutifs ont reçu une grande extension:
-ula: casa + ula = casula (une petite maisonnette);
-iculus : apis + icula = apicula > abeille
Très souvent ces suffixes perdent leur valeur diminutive et le mot dérivé évince le voca-
ble originel sans garder son sens diminutif originel:
sol (soleil)+ iculus = soliculus > soleil;
auris (oreille)+ icula = auricula > oreille;
42
genu (genou) + uculum = genuculum > genou.
L’emploi très large des termes affectifs paraissant plus imagés aux sujets parlants est pro-
pre de tout temps au langage populaire.
Très productifs étaient les suffixes du nom tels que:
-arius : argentarius > argentier;
-arium : panarium > panier, granarium > grenier;
-aticum : viaticum > voyage; coraticum > courage;
-antia : aperantia > espérance; apparentia > apparence.
Les nouveaux adjectifs se formaient le plus souvent à l’aide des suffixes suivants :
-bilis : culpa + bilis = culpabilis > coupable ;
-alis : vita + alis = vitalis, mort + alis = mortalem > mortel.
Dans la classe des verbes les suffixes les plus productifs sont -are et -iare, -icare. A
l’aide de ces suffixes il se créé le modèle de la conjuguaison régulière en LP.
Les préfixes les plus productifs de l’époque sont ad-, dis-, ex-, in-, re-, per-: adbattere >
abattre; disvertire > dévêtir; excadere > échoir; invitare > inviter; rewarder > regarder; persu-
bire.
La formation de mots nouveaux à l’aide de suffixes et de préfixes – la formation parasyn-
thétique – a été aussi fréquente en LP: ad-rive-are, dis-ram-are, ad-ration-are, ab-brev-iare, etc.
La composition en tant que moyen de formation de mots nouveaux est rare en LP, excep-
té les noms des jours de la semaine, ainsi que les adverbes et les prépositions qui ont préféré ce
procédé:
Lundi < Lunae + die(m)
Mardi < Marti(s) + die(m), etc.
clara + mente = clairement
ab + ante = avant
de + mane = demain
de + intus = dans
2. L’emprunt des éléments formatifs.
A côté des éléments formatifs latins le LP emploie ceux d’origine celtique et germanique.
Les suffixes d’origine celtiques : ialo > -euil, -eil; acos > -ay, -as, -at, -a, -acq, -é,
-y (voir le substrat celtique).
Les suffixes germaniques :
-hard > -ard : vieillard, coart (трус), gaaognart (пленный)
-wald > -aud : brifalt (обжора), ribalt (бродяга)
43
Les préfixes germaniques for- et miss- au sens négatif : forfaire.
Dérivation impropre.
1. La substantivation.
Les participes passés deviennent les noms: audita ( < audire) – l’ouie; pertita ( < perdere)
– la perte.
Les participes présents deviennent les noms: potens (< potere) – la puissance; credens (<
credo) – la croyance.
Les gérondifs passent à la classe des noms: viande < ( vivenda) – nourriture.
2. L’adjectivation.
Les participes présents deviennent les adjectifs :
potens (< potere) – puissant; credens (< credo) – croyant.
Changement de sens.
Le changement du sens des mots peut s’opérer par les voies suivantes: le changement ab-
solu du sens du mot; le développement d’un sens nouveau; l’élargissement du sens; la restriction
du sens.
1. Le changement absolu du sens du mot.
Le mot change complètement son sens primitif:
focus (le feu) – supplante ignis le foye; testa (le pot) – supplante caput la tête; causa (la
cause) – évince res; serum (l’heure avancée) prend place de vesper le soir.
2. Le développement d’un sens nouveau.
Le mot tout en conservant son sens primitif commence à exprimer un sens nouveau: papi-
lionem (le papillon) s’emploie en latin populaire avec le sens de pavillon ce qui a donné deux
mots: papillon et pavillon, et en espagnol reste le deuxième sens: pabellon.
3. L’élargissement de sens.
Au début le mot panarium = pane + arium a le sens très restreint parce qu’il désigne une
seule espèce de corbeille – celle qui est destinée pour le pain. Plus tard ce vocable élargit son
sens et s’emploie pour nommer toute corbeille. De même le verbe arrivare = ad + riva
«s’approcher de la rive» dans la langue parlée signifie «arriver n’importe où». Le mot infant a le
sens de nourrisson (< in for = je ne parle pas), et après reçoit le sens de l’enfant en général. Voici
encore quelques exemples du même processus sémantique : laxare (relâcher) > laisser, poena
(punition) > peine, stare (être debout) > être.
4. La restriction (rétrécissement) de sens.
44
Le mot tabula (une planche polie) a supplanté le mot du latin classique mansa et
s’emploie dans le sens de table. Notons que le vocable primitif latin s’est conservé en italien
mensa, en roumain masa et en espagnol mesa.
Les exemples suivants reflètent le rétrécissement du sens des mots: collocare (placer) >
coucher, fortuna (bonne ou mauvaise fortune) > bonne fortune, pomum (fruit) > une espèce de
fruit, tempestas (n’importe quel temps, bon et mauvais) > mauvais temps.

II. ANCIEN FRANÇAIS (IX e – XIII e ss.)


1. Aperçu historique.
Le fils de Charles Martel, Pépin dit le Bref, s’étant fait consacrer roi (751) donna nais-
sance à une nouvelle dynastie, celle des Carolingiens. Le roi de cette dynastie Charlemagne
(Karlus Magnus: 751–987) sera couronné en l’an 800 Empereur d’Occident.
La faiblesse de la monarchie franque entraîne la dissolution de l’état franc. Le pays se
fractionne en seigneuries donnant origine aux grandes maisons féodales, et chaque seigneur
cherche à vivre dans l’indépendance. L’insécurité favorise cet émiettement; les incursions des
Sarrasins et les invasions des Normands obligent à chercher d’immédiates précautions. Aux IX e
– XIII e ss. en France il existait une grande quantité de domaines féodaux dont la plupart étaient
très puissants et ne se soumettaient pas au pouvoir royal. A cette époque le roi de France n’était
qu’un des puissants féodaux.
A la mort de Charlemagne l’Empire est partagé, selon la coutume franque, entre les fils
de Louis (le seul survivant des fils de Charlemagne). Ce fut là la cause d’une guerre. Deux des
fils: Charles le Chauve et Louis le Germanique s’allient pour combattre leur frère Lothaire. En
842 Louis le Germanique et Charles le Chauve se réunissent à Strasbourg et devant leurs ar-
mées ils prononcent en deux idiomes – le roman et le tudesque leur Serment de fidélité à
l’alliance scellée.
Ce texte nommé Serments de Strasbourg est rédigé par l’historien (le scribe) Nithard en
latin avec les paroles prononcées par Louis le Germanique en roman et par Charles le Chauve, en
germanique: «Lodhuvicus romana Karolus vero theudesca lingua juraverunt». C’est le premier
texte officiel en français qui témoigne du fait que l’idiome parlé en Gaule romanisée et puis
francisée n’est plus ni latin, ni germanique, mais une nouvelle langue qui demande à être traduite
en latin et en germanique.
Un autre document qui date de 843, Traité de Verdun, marque la naissance de la natio-
nalité française. D’après ce Traité l’Empire de Charlemagne a été divisé en trois parties: la
France orientale ou germaine à l’est (la futur Allemagne), la France occidentale à l’ouest (la fu-
45
ture France) et un long corridor entre elles, la Lotharingie (du nom de Lothaire, le territoire
qui est beaucoup plus vaste que la Lorraine d’aujourd’hui). Et c’est la fin de la dynastie des Ca-
rolingiens (751 - 987). Avec le traité de Verdun, la France prend le visage qui lui est propre: elle
est Francia occidentalis.
Un danger venu du Nord de l’Europe menace le pays à l’époque, ce sont les Vikings.
C'est en 793, après leur premier raid sur le monastère de Lindisfarne, en Ecosse, que les
populations germaniques, connues sous le nom de Vikings, commencent à défrayer la chronique
hors de leur pays d’origine. Partis de Scandinavie sur leurs navires à tête de dragon – les drak-
kars, ces hommes du Nord, ces Normands, vont déferler en vagues successives et semer la ter-
reur dans toute l’Europe pendant plus de deux siècles.
Les Normands, pirates danois ou norvégiens, réussissent à s’installer dans la région qui,
de leur nom, s’appellera Normandie. De là ils partent pour piller et ravager les provinces. En 885
ils viennent même attaquer Paris, et les habitants, commandés par le compte Eudes, se défendent
violemment.
En France, leurs incursions étaient devenues régulières vers le milieu du IX s., contrai-
gnant les populations à leur verser une rançon, appelée Danegeld (la rançon des Danois), en
échange d’une trève momentanée, et cette situation inconfortable s’était prolongée jusqu’à la
création du duché de Normandie, en 911. Le roi de France Charles le Simple, en faisant du chef
des Vikings son vassal, parvenait ainsi à ramener la paix dans une vaste région très éprouvée.
Mais à l’époque le domaine occupé par les Vikings devait certainement dépasser de beaucoup
les limites de la Normandie d’aujoud’hui si l'on en croit la répartition des noms des lieux.
La région centrale de la France – l’Ile-de-France – s’enrichissait et se développait inten-
sivement grâce à une situation géographique favorable de la ville de Paris. C’est pourquoi le
pouvoir politique des comptes de Paris devenait de plus en plus grand. En 987 un des comptes
de Paris – Hugues Capet, petit neveu du compte Eudes, renversant le dernier roi carolingien,
fut nommé roi de France. Soutenu par l’Eglise, Hugues Capet devient le fondateur d’une nou-
velle dynastie, celle des Capétiens (987 – 1328). Avec l’arrivée au pouvoir des Capétiens com-
mence l’oeuvre de construction du pays. Sous les Capétiens la France devient un des états les
plus puissants de l’Europe. Dès le début du X e s. les noms anciens la Gaule, la France de
l’ouest sont remplacés par le nom France. La période des X e – XIII e ss. est caractérisée par
l’épanouissement du féodalisme. Au XIII e s. Paris devient le centre politique, économique et
culturel de l'Etat français et le centre de la lutte contre les féodaux.
Du IX e au XII e s., l’Europe du Nord et de l’Est (Danemark, Suède, Saxe, Hongrie, Po-
logne) se christianisant, fait appel à des missionnaires francs. Les pèlerinages mettent en
contact des gens de tous les pays. La France joue un rôle prépondérant dans les croisades qui
46
mettent en contact les Français et les Allemands. Des chevaliers français bataillent contre
les Maures de la péninsule ibérique ou contre les Mongols en Hongrie. Enfin, de grandes foires
s’organisent en France, attirant des foules cosmopolites. Même concurrencé par le latin parmi
les clercs, la langue d’oïl (la langue du Nord ) ne pouvait pas ne pas bénéficier de tant de
contacts.
Toutefois, l’événement linguistiquement le plus important fut la conquête de
l’Angleterre par les Normands. En 1066, profitant des difficultés, le duc Guillaume de Nor-
mandie, protégé par le pape, débarque avec une flotte et une armée, soumet l’Angleterre, met ses
compagnons à la tête des principaux fiefs. Les chevaliers de Guillaume ne sont pas tous nor-
mands, mais aussi angevins, picards, français. Ils n’apprennent pas les dialectes des autochtones,
extrêmement diversifiés, et parlent entre eux une variété composite de français appelé au-
jourd’hui anglo-normand.
A la fin du XII e s., tous les propriétaires fonciers obtiennent l’accès à la Cour royale
francophone, ce qui répand le français jusque dans les campagnes d’Angleterre. Cette époque
voit, en même temps que la quasi-extention de l’ancien anglais littéraire, la floraison d’une riche
littérature didactique, religieuse, historique, narrative et dramatique écrite en anglo-normand
qui, à cette époque-là, est considéré comme un des principaux dialectes occidentaux de la langue
d’oïl. Mais la reconquête de la Normandie, au début du XII e s., interrompt les relations de
l’Angleterre avec la France, et le déclin de l’anglo-normand s’amorce.
C’est de la seconde moitié du XII e s. jusqu’à la guerre de Cent Ans, que le français
continental d’oïl va atteindre son apogée d’un rayonnement, qui s’explique par une multiplicité
de facteurs.
Facteur géographique: la vaste étendue sur laquelle une langue commune pouvait être
comprise lui donnait un caractère véhiculaire.
Facteur économique: les foires de Champagne deviennent des centres de commerce in-
ternational, avec une jurisprudence propre aux négociens. Le français devient donc la langue
commune des marchands, et, dans le monde des affaires, occupe au XIII e s. la même place que
l’anglais de nos jours.
Facteur politique: le prestige des Capétiens est renforcé par une politique de mariages de
princesses françaises qui amènent avec elles les moeurs, la culture et le langage de leur pays
dans plusieurs états d’Europe.
Facteur démographique: le royaume de France (6 000 000 d’habitants vers l’an 1000)
devient le plus peuplé d’Europe au début du XVI e s. (env. 20 000 000 d’habitants).
Facteurs culturels: répartie en divers collèges, dont la Sorbonne (XIII e s.), l’université
de Paris est l’une des plus réputées. Citons «Speculum regale», un manuel d’éducation norvégien
47
(1240): «Si tu veux être parfait en sciences, apprends toutes les langues, mais avant tout le
latin et le français, car ce sont les plus répandues». Les étudiants parlent entre eux l’idiome du
quartier de la Montagne Sainte Geneviève, le latin, mais sont bien obligés d’apprendre un mini-
mum de langue vulgaire pour leurs relations avec les autochtones.
Le rayonnement du français doit beaucoup à la littérature profane qui, dès le XII e s. mais
surtout au XIII e s. connaît un très grand succès dans les pays germaniques. Les épopées françai-
ses traduites en norvégien inspirent la Karlamagnus Saga; chansons de geste, romans bretons
et poésie lyrique sont imités et adaptés en Allemagne. Des seigneurs de langue néerlandaise
composent des poèmes en français ou en provençal.
L’Italie, qui n’écrivait encore qu’en latin, se familiarisa vite, grâce aux jongleurs et aux
pélerins en route vers Rome, avec la geste de Charlemagne et la lyrique provençale. Les écri-
vains, surtout lombards et vénitiens, préfèrent longtemps à leur langue maternelle celle de la lit-
térature en vogue.

2. Premiers monuments de l’ancien français. Genres de la littérature médievale.


Il est tout à fait évident que le Haut Moyen Age nous laisse très peu de documents
écrits; ce n’est qu’à partir du XI e s. que le nombre de manuscrits augmente considérablement.
Les premiers monuments de la langue française, peu nombreux, présentant la langue
commune, reflètent l’état de morcellement politique, géografique et linguistique qui caractèrise
l’époque de l’ancien français.
Les manuscrits du glossaire de Cassel (VIII e – IX e ss.), du glossaire de Richenau
(IX s.) représentent les textes contenant des mots latins traduits dans le français d’alors – le ro-
man.
Le premier genre littéraire est la poésie. Les poètes restent anonymes. Les oeuvres poéti-
ques sont des histoires pieuses relatant la vie du Christ, de saints (la Cantilène de Sainte Eula-
lie, X e s.; la Passion de Christ, X e s.; la Vie de Saint Léger, X e – XI e ss.; la Vie de Saint
Alexis, X e s.), ou celles glorifiant les exploits de grands seigneurs.
Les dernières sont appélées les chansons de geste (geste = exploit). Ces poèmes épiques
chantent et illustrent la patrie et les gestes du roi et de ses vassaux. La Chanson de Roland est
le plus grand monument de la littérature française de l’époque, elle conte la bataille de Ronce-
veaux de 788. Sa langue est élaborée et choisie.
D’autres poèmes épiques de cette époque: les Lois de Guillaume le Conquérant, le Pè-
lerinage de Charlemagne, le Charroi de Nîmes présentent le français en usage comme langue
littéraire sous ses formes variées. Provenant de diverses régions du pays, ces textes sont témoins
de la différenciation linguistique due au régime féodal: le morcellement féodal correspond bien
48
au morcellement linguistique. Certaines particularités de ces poèmes sont dues à leur forme:
exécutés par les jongleurs et les poètes errants, les chansons épiques connaissent une longue tra-
dition orale avant d’être notées.
Aux XII e – XIII e ss. s’épanouit un nouveau genre de la poésie – le roman courtois dont
la naissance témoigne du changement de l’idéal littéraire: les qualités guerrières du chevalier,
batailleur et conquérant, cèdent place à la courtoisie, la grâce, la délicatesse et l’esprit. Les plus
illustres romans de ce genre sont Tristan et Yseut, XII e s.; Aucassin et Nicolette, XIII e s.,
etc. Ces oeuvres ne sont plus anonymes, nous connaissons le nom de Marie de France qui com-
posait des lais et des fables, ainsi que celui de Chrétien de Troyes qui a tiré le sujet de son roman
Yvain d’une légende celtique.
Un autre genre spécifique de la littérature médiévale, les chroniques, doivent leur nais-
sance aux Croisades. Parmi les chroniqueurs éminents de l’époque les noms de Geoffroi de Vil-
lehardouin et de Jean de Joinville méritent d’être mentionnés.
Le développement de l’économie et du commerce contribue à la formation d’une nouvelle
couche sociale – le tiers-état, la future bourgeoisie. La littérature bourgeoise privilégie les nou-
veaux genres poétiques tels que fabliaux (le Roman de Renart, le Roman de Rose et d’autres),
dits satiriques (Des Ordres ou La Chanson des Ordres et d’autres), drames (Le jeu d’Adam
et d’autres), miracles (Miracles Nostre Dame), comédies (Jeu de Robin et de Marion). Les
noms des auteurs les plus populaires de l’époque: Guillaume de Lorris, Jean Clopinel (Jean de
Meung), le trouvère bourguignon Rutebeuf, Adam de la Hale et autres sont connus de nos jours.
Les sphères d’emploi de l’ancien français sont assez restreintes, limitées essentiellement
par l’emploi oral, car le rôle de langue écrite appartenait, à cette époque-là, en France comme
partout en Europe occidentale, au latin. Ce dernier est, pendant tout le Moyen Age, langue de
culture, de sience, de correspondance officielle; c’est aussi langue de l’église et langue d’Etat.
Ce n’est qu’à partir de la fin du XII e – du début du XIII e siècle que l’emploi de la lan-
gue «vulgaire» est accepté dans des sphères administratives.

3. Dialectes de l’ancien français.


La langue française de la période féodale se caractérisait par un grand nombre de dialec-
tes. Une relative indépendance du sud de la Gaule aux VI e – VIII e ss., ainsi que la séparation
du royaume d’Arles du Nord de la France pendant trois siècles (X e – XIII e ss.) ont contribué à
l’évolution linguistique tout à fait différente du latin populaire au sud et au nord de la Gaule.
Le premier morcellement de l’espace unique linguistique – du latin vulgaire – se rap-
porte aux IX e –X e ss. où l’on distingue, suivant la forme de la particule affirmative, langue
d’oïl (oïl > oui) ou lingua Oytana (ойль) oïl < hoc ille (hoc illic), qui occupe la partie nord de
49
la France d’aujourd’hui, et langue d’oc (oc < hoc) ou lingua Occitana qui occupe la partie
sud, la Provence.
Les différences entre ces deux langues sont d’ordre phonétique et s’expliquent par
l’évolution différente des voyelles toniques libres, des consonnes intervocaliques et des conson-
nes c, g devant a:
Langue d’oc: sapére > saber; locare > logar; cantare > cantar.
Langue d’oïl: sapére > saveir; locare > lo er; cantare > chanter.
La zone intermédiaire entre la langue d’oïl et la langue d’oc à l’est porte le nom de fran-
co-provençale.
La langue d’oc – provençale – est la première langue littéraire en Europe, «la littérature
provençale a brillé, dès ses origines, d’un éclat exceprionnel» (A. Gourdin. Langue et littérature
d’oc. P., 1949, p. 31.).
Voilà le célèbre fable de la Fontaine traduit en provençal.
La cigale et la fourmi
La cigale ayant rôdé Elle alla crier sa dèche
Tout l’été Chez la soubrette, à l’auberge:
Capota dans la panade «Cessez vos balivernes
Quand la brume fut venue. Railla cette donzelle,
Pas la moindre bartavelle Vous gambadiez, au temps chaud?
A tarabuster J’en suis fort aise…
Jusqu’à la saison nouvelle… Eh bien, bisquez maintenent.
La langue d’oïl comprenait les dialectes suivants: le champenois, le bourguignon, le lor-
rain, le wallon, le picard, le normand, le poitevin, le saintongeois, au centre de la France – le
francien (le dialecte de l’Ile-de-France).
La langue d’oc comprenait les dialectes suivants: le gascon, le languedocien, le limousin,
l’auvergnant, le provençal, le savoyard, le dauphinois.
Voilà les traits particuliers propres aux dialectes de la langue d’oïl.
Dialectes du Nord-Est Dialectes de l’Ouest
1. La palatalisation des consonnes k, 1. Le maintien des consonnes k, g devant
g devant a: chastel, jambe. a: castel, gambe
2.L’absence des consonnes épenthé- 2. La présence des consonnes épenthéti-
tiques: tremler (trembler), vanra ques: trembler, viendra.
(vendra).
3. La chute de l devant consonne: 3. La vocalisation de l devant consonne:
atre. autre.
4. La conservation de w germanique: 4. La prothèse de g devant w germanique:
warder, wagnier. warder > guarder.
50
5 . Le maintien de la diphtongue ai: 5. La réduction précoce de la diphtongue
faire. ai > e: faire > fere.

Pour ce qui est de la grammaire, on note dans les dialectes du Nord-Est une seule forme
de l’article défini pour le masculin et le féminin: li om – li vie. En wallon l’imparfait de
l’indicatif se terminait en -eve, et en champenois en bourguignon en -iens: repeteve; cuidiens.
Dans les dialectes de l’est F. Brunot signale les constructions comme l’homme-ci (cet homme-
ci), un oreiller pour moi dormir, un saucisson pour moi manger qui se conservent dans des par-
lers jusqu’à nos jours.
Les dialectes étaient vivants – ils évoluaient et plusieurs d’entre eux possédaient leur
forme écrite qui s’appelle scipta (du latin scriptum - écrit). La notion de scripta comprend les
particularités de la tradition écrite régionale à la base de quelques dialectes et reflète un certain
conservatisme.
A l’époque de l’ancien français les scripta les plus connues sont les suivantes: scripta de
l’est, scriptae de l’ouest, scripta centrale, scriptae picarde et champenoise.
Par exemple, la chanson de Roland représente la scripta anglo-normande, la Séquence de
Saint-Eulalie – la scripta picardo-wallonaise.
Les linguistes ont créé une science linguistique, la dialectologie historique dont
l’objectif est de trouver les réponses aux questions: Quels dialectes, sur quels territoires, quelles
sont leurs caractéristiques principales?
En admettant que les manuscrits reflètent plus ou moins fidèlement le français parlé de
l’époque le savant français G. Fallot (1839) était le premier qui avait étudié trois dialectes de
l’ancien français: le picard, le normand et le bourguignon. Dès ce moment-là commencent à
paraître des travaux sur la dialectologie.
Malgré le grand nombre de recherches sur les dialectes le problème de leur classification:
nombre de dialectes, zones de leur extension, leurs caractéristiques; localisation: région de for-
mation de dialecte ou de sa base, des oeuvres de la période de l’ancien français; formation de la
langue française littéraire provoquent de nombreuses discussions même aujourd’hui. Les
groupes de dialectes sont différents chez des savants: chez G. Paris on en trouve 5, chez F. Bru-
not – 9, chez P. Bec – 12.

4. Problème de la formation du français littéraire.


Plusieurs savants: G. Paris, V. Meiller-Lubke, F. Brunot E. Bourcier voyaient dans le
parler de Paris (la langue de l’Ile-de-France – le francien) la base dialectale du français littéraire
grâce au renforcement du pouvoir royal des Capétiens.
51
D’autres savants tel N. A. Catagochtchina insiste que le rôle important dans la for-
mation du français littéraire appartenait au groupe de dialectes de l’Ouest, le normand à leur tête.
Donc, le rôle du francien toujours croissant s’expliquait par l’unification des terres autour de Pa-
ris (XII e – XIII e ss.). Au XII e s. on trouve plusieurs oeuvres dont les auteurs tâchent d’imiter
les normes du dialecte central – le francien.
Mais voilà une nouvelle hypothèse. Comme à cette époque il n’y avait pas encore de
norme linguistique, les scribes qui faisaient les copies des manuscrits suivaient les règles exis-
tant dans des centres (écoles) renommés au Moyen Age: Corbie, Saint-Denis, Cluny, Fleury,
Marmoutier, Mont Sanit-Michel. Les manuscrits analysés ont fait voir leur origine francien – le
modèle de la langue que les scribes trouvaient plus correcte et plus digne à l’échelle sociale. Les
documents écrits témoignent du fait que cette école unique du centre de France se trouvait dans
l’abbaye Saint-Denis près de Paris. Formée au V e s. Saint-Denis est devenue vite célèbre puis-
que déjà au VI e s. elle est connue comme centre religieux important du pays. Ici a été fondée
l’école historiographique du Moyen Age et de l’art de miniature faite à la main. Elle est restée le
centre le plus important de langue écrite durant les VII e – XIV e ss.

5. Evolution du système phonétique de l’ancien français.


Notes p r é l i m i n a i r e s.
On distingue des changements réguliers qui s’appellent des lois phonétiques et ont un ca-
ractère absolu. Ils n’ont pas d’exception pour un lieu déterminé et pour une période déterminée.
Par ex. le passage de [u] en [y] est caractéristique pour le dialecte francien mais non pour tout le
territoire de la Gaule.
Les changements irréguliers sont conditionnés par l’entourage, par ex. la diphtongaison
dans le provençal, ou bien par la morphologie ou les causes extralinguistiques.
Vocalisme.
Les changements phonétiques réguliers des voyelles sont les suivants: la diphtongaison,
la monophtongaison, la vocalisation, la nasalisation, la palatalisation. Mais leur ampleur, ainsi
que leurs orientations diffèrent parfois de celles de l’époque précedente.
1. Diphtongaison.
D’après la loi de Ten-Brinker les voyelles longues dans les syllabes fermées se rédui-
saient, tandis que les voyelles brèves dans les syllabes ouvertes accentuées devenaient longues.
A la suite de la première diphtonguaison, qui avait touché les voyelles accentuées libres ę
et o, se sont formées deux diphtongues dites ascendantes ié et uó ( > ué):
o¸[ > o¸ o¸> ọ o¸ > uó > ué ę [ > ęę > ẹę > ié
*faldistól > faldestuél bréve > briéf
52
(ger.) ( >fauteuil) fébre > fiévre
La deuxième diphtongaison forme les diphtongues dites descendantes éu, éi à partir des
voyelles fermées ọ, ẹ : éi( >oi ) et óu ( > eu) :
ọ [ > ọ ọ > ọu > óu > eu ẹ [ > ẹ ẹ > ẹ i > éi
nepóte > nevóut > neveut (ménse) > mése > méis
La voyelle a se diphtongue très tôt. Sous l’influence des sons voisins a forme des diph-
tongues conditionnées ie, ien, ain:
a) devant les nasales a [ > ae > ai: manu > main; pane > paine; amas > aimes.
b) après les palatales a [ > ie: capra (m) > chievre; caput > chief.
Pour comprendre mieux le processus de la diphtongaison à travers l’histoire observons
l’évolution de la voyelle initiale accentuée i, la première voyelle, celle qui est «l’âme du mot»
(d’après le grammairien latin Diomène) dans le mot latin digitus «doigt»:
de, det dei(t) doi dwe dwa
i e ei oi we wa
LP VI e s. XII e s. XIIIe s. XVIe s.
Il fait tenir compte que cette évolution phonétique à partir du mot latin jusqu’à sa forme
actuelle a duré presque quinze siècles – un millénaire et demi.
Donc, le système vocalique de l’ancien français comporte quatre diphtogues spontanées:
ue (ou), ie, eu (ou), ei.
A côté des diphtongues spontanées il existe en ancien français un certain nombre de diph-
tongues dites combinatoires ( = secondaires), qui se sont formées sous l’influence des sons voi-
sins:
– devant les consonnes nasales n, m: pane > pain, amas > aimes, bene > bien;
– à la suite de la palatalisation: mercatu > marchie > marchée;
– à la suite de la vocalisation: fructu > fruit.
La diphtongaison avait connu son essor en latin populaire. L’ancien français est riche en
voyelles complexes, mais déjà la pertinence des diphtongues baisse: les nouvelles diphtongues
ne se forment que rarement, et les voies de leur formation ne sont pas pareilles à celles du LP.
A la fin du XII e s. le développement des diphtongues prend le sens opposé – elles com-
mencent à se réduire en monophtongues.
2. Monophtongaison.
C’est l’analyse des graphies et des assonances qui permet de constater qu’en ancien fran-
çais commence le processus opposé à la diphtongaison: la réduction des diphtongues = la mo-
nophtongaison.
53
Par ex., on trouve faire écrit comme faire, feire, fere; ai assonne avec a ou avec e:
parastre - faire - repaire; tere - estre - fere (Rol.)
Toutes les diphtongues sauf au (on note ao encore au XVI e s.) passent aux monophton-
gues vers le XIII e s. Certaines se réduisent totalement et deviennent des sons simples. Dans
d’autres diphtongues le premier élément persiste en forme des semi-voyelles: i > j, u > w.
La réduction a touché les diphtongues spontanées aussi bien que les diphtongues combi-
natoires:
ou > [eu] > [ö]: floures >fleur [fleur] > fleur [flör];
ou > [u]: coup [koup] > coup [kup];
uo > [ue] > [ö]: bovem > buef [buef] > boeuf [böf];
ei > [oi] > [we]: aveir [aveir] > aveir [avoir] > avoir [avwer];
ie > [je]: mel > miel [miel] > miel [mjel].
Les phonèmes j, w, u n’ont pas été des phonèmes nouveaux, parce qu’elles sont connus
encore en latin. Le nouveau phonème est oe, formé à la suite de la réduction des diphtongues eu,
ue. Il possédait une valeur fonctionnelle importante parce qu’il s’employait souvent dans la
chaîne parlée.
Les causes de la monophtongaison ne sont pas claires. Certains savants expliquent cette
évolution des voyelles complexes par une tendance à la régularisation du système vocalique, très
riche et peut-être même surchargé dans la période ancienne, ce qui menaçait d’entraîner des
confusions phonématiques.
D’après F. Brunot et Ch. Bruneau, la monophtongaison est due à l’influence de l’accent
tonique ce qui fait que toute syllabe tend à être constituée par une voyelle unique, encadrée ou
non de phonèmes consonantiques (F. Brunot et Ch. Bruneau. Précis de grammaire historique de
la langue française. Paris, Masson, 1956. – P. 59).
3. Vocalisation.
Ce processus phonétique a commencé à l’époque du latin populaire et se poursuit en an-
cien français.
La vocalisation c’est un cas particulier où une consonne s’assimile à une voyelle. On dis-
tingue la vocalisation complète et la vocalisation partielle. La vocalisation complète c’est le pas-
sage d’une consonne (devant une autre consonne) en une voyelle. Elle a enrichi le vocalisme de
nouvelles diphtongues combinatoires. Par ex.:
b > u: tabula > tabla > taula ( > tôle );
g > u: smaragda > esmeragde > esmeraude ( > émeraude );
l > u: alba > aube ; malva > mauve;
v > u: *avicellu > aucellu ( > oisel > oiseau).
54
La vocalisation de k, g devant une autre consonne forme i (yod) non syllabique:
k > i: octo > oit ( > huit); factu (m) > fait ;
g > i: nigru > neir; magister > maitre.
La vocalisation partielle amène le changement de timbre ou d’articulation: la sonorisation
des consonnes intervocaliques:
b > p: riba > ripa
k > g: pacare > pagare
s > z: rosa > rosa
La consonne sonorisée parfois se conservait dans le mot (rosa), parfois subissait la spi-
rantisation et changeait de nouveau d’articulation:
ripa > riba > riue [riwe] > rive [ rivэ]
vita > vida > vidha > viđa > vie
pacare > pagare > pajar [paγ ar] > payer
Ainsi, la consonne vocalisée pouvait changer en voyelle (l’assimiliation complète). A.
Martinet explique ces changements par l’influence du substrat celtique.
La vocalisation de l mérite d’être étudiée plus en détails vu son importance phonologique
et grammaticale.
(
A) La vocalisation de l dans le groupe e + l + consonne a donné naissance à la triphton-
gue eau. Voici les étapes de cette évolution:
1) apparition d’un a transitoire entre deux sons dont les points d’articulation étaient très
distants: bellus > beals (cette transformation a eu lieu avant la vocalisation);
2) vocalisation de l: beals > beaus d’où est issue la triphtongue eau au début du XII e s.;
3) eàu > eò. La prononciation eo, générale au XVI e s., tombe en désuétude au XVII e s.;
4) monophtongaison de eo > o au XVII e s.
B) La vocalisation de l devant consonne a eu d’importantes répercussions morphologi-
ques.
La vocalisation se produit devant une consonne à l’intérieur du mot: saltare > sauter.
Donc, l final subsiste.
La déclinaison des mots en -al, -el en ancien français se présente comme suit:
Sing. Plur.
C. S. caball(o)s > chevaux caball(u) > cheval
C.R. caball(u) > cheval caball(o)s > chevaux

De même pour d’autres mots qui se terminent par -al, -el:


Sing. Plur.
consiliu >conseil consilios > conceus
castellu > chatel castellos >chateaux
55
Ces formes se sont infuencées réciproquement. Les formes doubles sont restées dans
presque tous les noms en -al: cheval – chevaux. Les formes comme conceus ont disparu, sup-
plantées par les formes du pluriel refaites sur le singulier conseils. Au contraire, tous les mots en
eau ont eu en français moderne un singulier tiré du pluriel – château.
4. Nasalisation.
La nasalisation est le changement d’articulation des voyelles sous l’influence des
consonnes nasales.
La première nasalisation a touché les voyelles antérieures a, e dans une syllabe fermée
~ n, ventum > v ~
sans tenir compte de l’accent: annu > a e nt, sanitatum > s a~ nte.
Dans les syllabes ouvertes la nasalisation a été suivie de la diphtongaison: manu >
~ ~
m a~ i n, plena > pl ~
e i n, cane > chi ~
e n, paganu > pay e~ n, bene> bi e~ n.
La formation de la diphtongue était influencée par le caractère de la consonne précédente
(les platales, surtout j (yod) aussi bien que la longueur ou la brièveté de la voyelle: voyelle ou-
verte / fermée).
La deuxième nasalisation a touche la voyelle o, ouverte ou fermée, qui s’est nasalisée en
toute position devant les consonnes nasales: poma > p o~ me, bonu > b o~ n, montanea > m o~ ntai-
gne, cumpanio> c o~ mpaign.
En combinaison avec j (yod) s’est formée la diphtongue o~ in [w ~
e ]: cotoneu > c o~ ing,
pugnu > p o~ ing.
Les diphtongues uo, ue se sont nasalisées en u o~ n, u ~
e n: bona >bu o~ na, homo > hu e~ m,
comes > cu ~
e ns.
Ces diphtongues nasalisées se conservent jusqu’à nos jours en picard et en lorrain.
La nasalisation de la voyelle o s’est produite à la fin du XII e s., selon M. A. Borodina
(M. A. Borodina. Phonètique historique du français. Léningrad, 1961. – P. 52).
Les voyelles i, u se sont nasalisées les dernières – c’est la troisième nasalisation: similu
~ ~
> s i nge, vinit > v i ng, unu> u~ n, impruntare > empr u~ nter.
Certains savants situent la troisième étape au XVI e s. (E. Bourciez, Ch. Bruneau, M. Co-
hen). Mais il y a d’autres qui supposent que cette transformation a eu lieu à la fin du XIII e s.
(Kr. Nyrop, G. Straka, K. A. Allendorf, M. A. Borodina).
Les voyelles et les diphtongues nasalisées se prononçaient avec les consonnes nasales:
b o~ .n, p o~ .me, f a~ .me. La même prononciation s’est conservée jusqu’à nos jours à la limite en-
tre les mots dans un syntagme: un. homme, mon. ami.
Les savants considèrent la nasalisation comme une force conservatrice qui a préservé les
~
prononciations anciennes. Par ex., dans le mot chien nous voyons la diphtongue i ~e qui a dis-
56
~ ~
paru dans chievre> chèvre, chief > chef; et aussi dans quoi, soie; mais c o~ i n, s o~ i n.
Dans certains cas les diphtongues nasalisées se sont conservées comme graphiques: main, pain
pendant que non nasalisées elles se sont réduites: mater > meire > mère, pater > peire > père.
La nasalisation a changé le timbre de la voyelle. L’abaissement du voile du palais qui se
produit pendant la nasalisation nécessite l’abaissement de la langue, et les voyelles, en se nasali-
~
e > a~ , u~ > o~ .
sant, deviennent plus ouvertes: i > e~ , ~
Donc, la nasalisation a enrichi le vocalisme de l’ancien français de voyelles et de diph-
tongues nasalisées.
Ainsi, on peut marquer les tendances essentielles dans l’évolution des voyelles en ancien
français:
– la tendance à la monophtongaison des anciennes diphtongues;
– la tendance à la formation de nouvelles diphtongues;
– la tendance à la réduction partielle ou complète des voyelles atones;
– la tendance à la nasalisation des voyelles devant les consonnes nasales.
Consonantisme.
Le consonnantisme de l’ancien français se distingue de celui du latin vulgaire car de nou-
velles consonnes apparaissent à la suite de la palatalisation et la spirantisation.
1. Palatalisation.
Grâce à la palatalisation il s’est créé en LP un groupe de consonnes affriquées ts, dz, tƒ,
dj. Ces consonnes existent durant toute la période de l’ancien français.
Les consonnes palatales l’ et n’ (mouillées) qui se sont formées à la suite de la mouillure
de l et n sous l’influence de j (yod), persistent en ancien français :
l + j : filia > fille n + j : montanea > montagne
j + l : vig(i)lare > veiller j+ n : agnellu > agneau
La palatalisation a eu une influence importante sur les faits morphologiques.
Les adjectifs latins à trois terminaisons dont le radical se termine par k, g subissent un dé-
veloppement différent au féminin et au masculin, qui dépend de la voyelle suivant k ou g:
Masculin Féminin
largu > larg > larc larga > large
longu >long > lonc longa > longe
siccu > sec sicca > sèche

2. Spirantisation.
La spirantisation, de même que la sonorisation peut être envisagée comme l’assimilation
partielle des consonnes aux voyelles ( = vocalisation).
57
La spirantisation a formé les sons interdentales dh [đ], th [ θ ], qui étaient des varian-
tes combinatoires de d, t. Elles sont marquées dans le dialecte anglo-normand par d, dh, th:
ajudha, cadhuna, fradre, espathe.
A la fin du XI e s. les consonnes interdentales tendent à disparaître dans la position inter-
vocalique et à la fin du mot : gaudia > joi e, *appodiare > apoi er ( > appuyer), viđa > vi e,
amat [ama θ ] > ame .

Réduction des groupes consonantiques.


La tendance à la réduction des groupes consonantiques porte le caractère global à
l’époque. Elle revêt plusieurs aspects.
1. La réduction atteint les groupes consonantiques primaires et les groupes consonanti-
ques dits secondaires, c’est-à-dire ceux qui se sont formés à la suite de la chute des voyelles non
accentuées: *deb(i)ta > debte > de te, dorsu > do s, advenire > a venir, patre > pè re,
galb(i)nu > *gal nu > jaune.
La disparition de la première consonne dans le groupe consonantique a amené certaines
mutations dans la déclinaison des substantifs:
Latin Français
Cas sujet Cas régime
bove buef > [boef]
bue(f ↓ )s = bues > [bø]
ovu uef > [oef]
ue(f ↓ )s = ues > [ø]

Les derniers à se réduire sont les groupes dont le premier élément est un s (le processus
commence au XI e s. et s’achève au XIV e s.e): isle >î le, teste > tê te.
N o t e s.
A) Il est intéressant de savoir comment les linguistes établissent des époques où s’effectue
tel ou tel changement.
L’une des méthodes qui aide à reconstituer les voies de l’évolution phonétique consiste à
étudier l’aspect phonétique des mots français empruntés par des langues étrangères, l’anglais en
particulier. Prenons l’exemple de l’amuïssement de s devant les consonnes.
Devant b, d, g, f, v, m, n, r, l, l’effacement de s a probablement eu lieu au milieu du XI e
s., c’est-à-dire, avant la conquête de l’Angleterre, comme le prouve nombre d’emprunts faits au
français par l’anglais à cette époque: efforce < a. fr. esforcier, hideous < a. fr. hisdos, defeat < a.
fr. desfait.
Devant t, p, k, l’amuïssement a été postérieur à la conquête de l’Angleterre, comme en
témoignent également certains mots anglais : beast < a. fr. beste, feast < a. fr. feste.
58
B) La réduction de s ne s’est pas produite d’un seul coup, comme d’ailleurs de toutes
les autres consonnes. Elle a passé par plusieurs étapes, ce que reflète l’orthographe de l’époque:
par. ex., l’amuïssement de s est noté par un h pour marquer le relâchement des mouvements arti-
culatoires et rendre un «souffle» qui se faisait entendre: foreht = forest, blahmer = blasmer. On
relève de telles graphies surtout dans les textes anglo-normands.
C) Quoique l’amuïssemnt de s se soit produit devant toutes les consonnes, à l’intérieur du
mot comme à l’initiale, la langue moderne possède beaucoup de mots avec le groupe s +
consonne. Dans ce cas il s’agit des mots savants: astronomie, bastion, ou des mots avec les suf-
fixes savants -iste, -isme: artiste, globaliste.
D) La chute de s a entraîné l’allongement de la voyelle précedente accentuée que
l’écriture moderne marque au moyen de l’accent circonflexe : bestia > bête, costa > côte. Dans
les cas suivants: testimoniu > témoin, respondere > répondre où l’amuïssement de s s’est pro-
duit en syllabe non-accentuée, l’allongement n’a pas eu lieu. On y observe la fermeture de la
voyelle.

2. La vocalisation de l (X e s.) a réduit aussi les groupes consonantiques: chalt >chaut,


val(e)t > vaut. Mais après i et y, la consonne l suivie d’une autre consonne s’amuït: fils >fis. Le
français moderne a gardé cette ancienne prononciation.
La vocalisation de l dans le groupe consonantique a amené certaines mutations dans la
déclinaison des substantifs:
Cas sujet Cas régime
colp
colps = cou(p ↓ )s = cous

3. Les affriquées étant des sons complexes, peuvent être elles aussi considérées comme
des groupes consonantiques: ts, dz, etc. Donc, elles sont sujets à la même tendance – la réduction
des groupes consonantiques:
[tƒ] > [ƒ]: vacca > vache [vatƒe] > vache [vaƒ]
[dj] > [j] : gamba > jamba [djamba] > jambe [jambe]
[ts] > [s] : caelu > ciel [tsiel] > ciel [siel]
[dz] > [z] : dans les noms de nombre:
undecim > onze quatuordecim > quatorze
duodecim > douze quindecim > quinze
tredicim> treize sedecim > seize.
Dans ces mots decim > -d’tse > -dze > -ze.
La simplification ( = réduction) des affriquées s’accentue surtout à la fin du XIII e s.
4. La chute des consonnes finales -s et -t et ses conséquences morphologiques.
59
En graphie s se conserve jusqu’à nos jours, tandis que dans la prononciation il com-
mence à disparaître dès le XIII e s. Cet effacement de -s est un phénomène gros de conséquences
parce que :
– il a contribué à l’écroulement de l’ancienne déclinaison: C. S. murs = C. R. mur ;
– il a amené l’effacement du pluriel des noms: Sing. garçon = Plur. garçons ;
– il a favorisé l’unification du présent au singulier: (tu) chantes = (il) chante.
La finale -t ne se prononce plus à partir du XII e s.: (il) chante(t).
5. Les consonnes labialisées [kw], [gw] perdent leur articulation labiale et passent à [k] et
[g] depuis la fin du XIII e s.: quant [qwant] > quant [kant], gwere [gwere] >guere [gere].
La consonne gu se rencontre seulement dans les mots germaniques: guarder, regarder,
guaret, guant, guerre.
La consonne qu est d’origine latine et ne se rencontre que devant a: quarel, quant etc.
Dans d’autres cas qu > k encore en latin populaire ce qui est dû à la palatalisation: quin-
que>cinq.
Changements conditionnés (cas particuliers).
Assimilation : cerchier > chercher, *persica >pess(i)che > pesche > pêche.
Dissimilation: huller > hurler, rossignol < lossignol ( <*lusciniolu).
Métathèse: beuvrage > breuvage, por >pro.
L’AF possède une expirée d’origine germanique [h]: helm, hache. Elle est même intro-
duite dans quelques mots d’origine latine: altu > alt > haut (une soi-disant fausse étymologie).
Les tendances essentielles de l’évolution des consonnes sont les suivantes:
– la simplification des groupes de consonnes et des affriquées;
– l’évolution des consonnes intervocaliques;
– l’évolution des consonnes finales.

6. Graphies de l’ancien français.


En ancien français dans la langue écrite on se servait de l’alphabet latin. Cet alphabet fut
emprunté au grec, et les Grecs l’avaient emprunté aux Phéniciens qui à leur tour l’avaient pris
aux Egyptiens. L’orthographe du latin fut phonétique: chaque lettre correspondait à un son. En
ancien français avec le changement de la prononciation la situation se complique. Les lettres la-
tines s’adaptaient aux nouveaux sons français. On estime que l’orthographe de l’ancien français
fut phonétique par excellence. Les graphies de l’ancien français sont plutôt tâtonnantes. Elles
diffèrent selon la région et l’école où les scribes furent formés, même dans des cas où les diffé-
rences graphiques ne peuvent pas avoir de raison phonique. C’est pour cette raison qu’il y a en
ancien français plusieurs variantes du même mot.
60
Chilpéric I, roi de 561 à 584, plus lettré que ses successeurs du VII e s., fut le pre-
mier réformateur de l’orthographe, à une époque où ceux qui écrivaient le latin le prononçaient
déjà d’une façon plus proche de la «lingua rustica» que de celle de Cicéron. L’édit par lequel il
prétendait imposer quatre caractères grecs, destinés à transcrire quelques spirantes et diphton-
gues, resta lettre morte. Lorsque les clercs commencèrent, après la réforme carolingienne, à
transcrire les textes en latin vulgaire, ils se contentèrent des vingt-deux caractères de l’alphabet
latin traditionnel, qu’ils traçaient dans une jolie écriture ronde, nette et bien lisible dite «caro-
line». Ils y ajoutèrent l’y et, une création w, soit, en tout 24 lettres: a b c d e f g h i k l m n o p
q r s t u w x y z, dont deux, l’i et l’s comportaient une variante courte et une variante longue. Les
mots étaient séparés, on recourait de façon significative aux majuscules (les lettrines ornées
marquant toujours des articulations importantes des textes). Les scribes n’utilisaient pas les ac-
cents, mais quelques signes de ponctuation hérités de l’antiquité (point en haut et virgule au-
dessous – ponctuation forte; le point – ponctuation moyenne, point en bas et et virgule au-dessus
– ponctuation faible) dont ils faisaient l’usage irrégulier et encore peu étudié, fort différent du
français moderne.
Leur alphabet ne permet pas une transcription univoque de la cinquantaine de «sons uti-
les» du début du XII e s., d’autant plus que k, w, au début, y sont exceptionnels, que deux carac-
tères sont des «ligatures»: x (= us) et z (= ts), et que plusieurs autres: c, k, qu pour [k], c, s, ss,
puis z pour [s] et i, j variante longue de i, y pour [i], font parfois double emploi.
Jusqu’au XVI e s. les lettres v et u s’employaient indiféremment de leur prononciation: v
au début du mot, u au milieu: viande, vtile; viure, rauir.
Les affriquées ts, tƒ, dz, dj étaient marquées par des lettres simples ou leurs combinai-
sons: ceo, czo, anz; gambe, jambe.
Les diphtongues et les triphtongues étaient marquées par des digraphes ou trigraphes:
cuens, beaus.
Les consonnes b, s, p ne se prononçaient pas devant les consonnes: psalme [saume], psau-
tier [sautier]; obstine [ostine]; debte [dete], etc.
Le graphème gn se prononçait comme [n’]. Cela se voit dans la rime: digne: disne: ra-
cine; consigne: piscine, etc.
La complexité de l’orthographe est liée aussi à la «polysémie» de certaines lettres et la
«synonymie» des autres. Ainsi, pour rendre le son [ks] on utilisait x, cs, ks; pour le son [k] – c, k,
q, qu; la lettre x marque non seulement [ks], mais aussi gz, s, ss, us; la lettre g correspond à g, z,
etc.
Donc, l’orthographe de l’ancien français fut basée sur celle du latin et au début se formait
sur les principes phonétique et étymologique, ensuite sur le principe historique (traditionnelle).
61
Il faut donc, dès les origines, recourir à des combinaisons de caractères («digram-
mes» et «trigrammes») pour transcrire des sons simples, ou conférer plusieurs valeurs à un ca-
ractère unique.
7. Evolution du système grammatical de l’ancien français.
L’ancien français est une langue synthétique comme la langue dont il est issu – le latin.
Mais les fortes tendances analytiques qui se sont manifestées en LP l’amènent à transformer
ses formes grammaticales d’après les modèles analytiques. Cette transformation formelle en-
traîne à son tour le développement de nouvelles catégories grammaticales et la perte des an-
ciennes valeurs grammaticales.
NOM
1. Forme flective du nom.
Le nom en ancien français possède trois catégories grammmaticales – la catégorie du
genre, du nombre et du cas (la plupart des noms masculins); la catégorie de la détermination et
de l’indétermination est encore au stade de sa formation.
Genre.
La catégorie du genre se manifeste généralement en opposition des formes du masculin
et du féminin. Parfois cette opposition est exprimée par la flexion -e: ami / amie, cousin / cou-
sine, Louis / Louise. Les noms communs (animés) possèdent des formes différentes: mère / père,
soeur / frère, vache / boeuf, femme / homme.
Nombre.
La catégorie du nombre est représentée dans l’opposition privative des formes du singu-
lier et du pluriel qui est marquée par la flexion -s: si le singulier est marquée par l’absence de -s,
le pluriel est marqué par la présence de -s.
N. B. En ancien français la flexion -s n’était pas encore une marque du pluriel, au moins,
pour les noms du masculin. Cela se voit sur la déclinaison des masculins du premier type:
Sing. Plur.
C. Sujet (Nominatif) chiens chien
C. Régime (Oblique) chien chiens

Dans la forme chiens la désinence -s peut marque le singulier aussi bien que le pluriel.
Cas.
Les variations du nom en nombre et en cas constituent la déclinaison du nom.
Il y avait deux formes casuelles: la forme du nominatif et celle du cas oblique. Les for-
mes du nominatif servaient à exprimer le sujet, l’attribut et les mots mis en apostrophe. Les for-
mes du cas oblique – pour exprimer complément d’objet direct (sans prépositions), compléments
d’objet indirect et compléments circonstantiels (avec les prépositions).
62
La flexion -s est chargée de deux fonctions: celle de marquer le cas et celle de mar-
quer le nombre. L’absence de -s peut indiquer le cas sujet pluriel ou le cas régime singulier. La
présence de -s peut indiquer le cas sujet singulier ou le cas régime pluriel.
Le paradigme de la déclinaison des noms en ancien français se réduit à trois types étymo-
logiques.
N o m s m a s c u l i n s.
1. Le type murs regroupe les noms correspondant à des noms latins en -s, (-us, -is, -x),
par ex.: murus > murs, caballus > cheval, canis > chien, rex > reis.
Sing. Plur.
C. S. (Nominatif) murs mur
C. R. (Oblique) mur murs

2. Le type pere est formé des noms qui proviennent de la deuxième déclinaison latine en -
er, par ex.: gener > gendre, liber > livre, magister > maistre ou de la troisième déclinaison, par.
ex. : arbor > arbre, frater > frere, etc.
Sing. Plur.
C. S. (Nominatif) arbre arbre
C. R. (Oblique) arbre arbres

3. Le type ber regroupe les noms dits i m p a r i s y l l a b i q u e s (неравносложные)


correspondant aux noms latins de la troisième déclinaison dont le nombre de syllabe change en
fonction du cas, par ex., baro > ber, baronem > baron; nepos > nies, nepotem > nevout.
Sing. Plur.
C. S. (Nominatif) sire segneur
C. R. (Oblique) segneur segneurs

On peut voir qu’au niveau du paradigme c’est seulement le premier type qui possède des
oppositions régulières du cas sujet et du cas régime. Tous les autres types présentent des para-
digmes variatives et leur déclinaison est formelle.
N o m s f é m i n i n s.
1. Le type rose regroupe les noms correspondant à des noms latins en -a, par ex.: rosa >
rose, arma > arme, etc.
Sing. Plur.
C. S. (Nominatif) rose roses
C. R. (Oblique) rose roses

2. Le type flour(s):
Sing. Plur.
C. S. (Nominatif) flour flours
C. R. (Oblique) flour flours

Les deux premiers types de déclinaison des féminins montrent que l’opposition entre le C.
S. rose, flour et le C. R. rose, flour n’existe plus. Or, si les formes ne s’opposent pas, les cas ne
63
s’opposent non plus. Donc, la déclinaison – au singulier aussi bien qu’au pluriel – cesse
d’exister pour les noms féminins en ancien français.
3. Le type suer:
Sing. Plur.
C. S. (Nominatif) suer serour
C. R. (Oblique) serour serours

A côté des noms masculins et féminins déclinables, il existait encore un petit groupe de
noms i n d é c l i n a b l e s. C’étaient les noms dont le thème se terminait par -s ou une palatale
en latin: nes < nas-um, vis < vis-um, voiz < voc-em; ou les noms neutres en latin devenus mas-
culins en français: cors < corpus, piz < pectum, tens < tempus. La consonne -s dans ces mots
fait partie du radical. De même chez les noms féminins: croiz < crux, voiz < vox, noiz < nux.
Par la force de l’analogie les indéclinables se sont aussi réglés sur le type murs (le -s du
thème est pris pour le -s de la flexion). On trouve ainsi ver, refu, abi pour vers (< versum), refus
(< refuser), abis (< abyssum). Et au contraire, on renconte les mots étymologiquement déclina-
bles pour les indéclinables: fils/z, danz, braz, dux.
N o t e s.
Les formes casuelles de l’ancien nom peuvent avoir des aspects phonétiques souvent particu-
liers dus aux phénomènes phonétiques résultant de l’évolution des groupes consonantiques. Ces
phénomènes donnent quelques variantes des radicaux des noms en ancien français.
A) La vocalisation de l devant la consonne flexionnelle -s change l’aspect phonétique des
formes casuelles:
Sing. Plur.
C. S. (Nominatif) genols ⇒ genous genol
C. R. (Oblique) genol genols ⇒ genous
Suivant la loi du moindre effort la langue tend à se débarrasser des formes excessives, à
diminuer leur nombre: de deux formes genol / genous la langue ne garde qu’une seule. Ainsi,
l’ancien français tend à régulariser les formes casuelles et plus tard – à les générasiser d’après
une forme.
Généralisation du s i n g u l i e r.
Ancien Sing. conseil seuil bal
Français Plur. conseus seus baus
Français Sing. conseil seuil bal
Moderne Plur. conseils seuils bals

Généralisation du p l u r i e l.
Ancien Sing. chevel drapel sol
Français Plur. cheveus drapeaus sous
Français Sing. cheveu drapeau sou
64
Moderne Plur. cheveux drapeaux sous

B) Les noms qui se terminent en -t forment avec la consonne flexionnelle -s l’affriquée ts


marquée dans la graphie par -z:
Sing. Plur.
C. S. (Nominatif) vents ⇒ venz vent
C. R. (Oblique) vent vents ⇒ venz

C) Devant le -s flexionnel la consonne du radical s’amuït, ce qui est conforme à la loi de


la réduction des groupes consonantiques:
Sing. Plur.
C. S. (Nominatif) nerf
ner(f ↓ )s ⇒ ners
C. R. (Oblique) nerf
ner(f ↓ )s ⇒ ners

Dégradation du système casuel en français.


Les manuscrits de l’époque témoignent d’une forte tendance à niveler, à régulariser les
formes casuelles. Ces textes font voir les «hésitations» de la langue à choisir un modèle de dé-
clinaison à suivre.
II type: pere
C.S. 1. pere pere 2. pere peres 3. peres pere
C.R. pere peres pere peres pere peres

III type: ber


C.S. 1. ber baron 2. bers ber 3. barons baron
C.R. baron barons ber bers baron barons

La loi d’analogie unifie dès le XII e s. tout le système de la déclinaison des masculins en
ancien français d’après le type murs: «Tout se passe donc comme si la langue travaillait obscu-
rément à créer un type unique de déclinaison où une -s ajoutée à la forme commune indiquerait
au singulier un sujet, au pluriel un complément avec cette seule exception que les mots fémi-
nins n’auraient souvent au singulier, toujours au pluriel, qu’une forme, celle du cas régime».
(Foulet, P. 7. L. Foulet. Petite syntaxe de l’ancien français. P., Champion, 1923. – 304p.)
Il y a deux points de vue sur l’évolution du système de déclinaison en ancien français.
La plupart des auteurs trouvent que c’est à la fin du XII e s. et au commencement du XIII
e s. que la déclinaison française montre la plus grande stabilité, et que le premier type murs, en
développant l’analogie, atteint son apogée. A partir de cette époque ce système commence à dis-
paraître – processus qui dure jusqu’à la fin du XIV e s.
Il y a aussi des linguistes qui estiment que la déclinaison de l’ancien français ne présente
que les débris du système casuel du latin et nullement de l’ancien français. « La déclinaison à
deux cas paraît correspondre à un usage encore vivant au début du XI e siècle, mais maintenue
artificiellement dans l’écriture pendant trois siècles par la tradition de la chancellerie capétienne,
65
des trouvères et des clercs; la belle régularité de la déclinaison au XIII e s. n’est qu’un
trompe-oeil» (Dauzat A. Tableau de la langue française. Origine, évolution, structure actuelle.
P., Payot, 1939. – P. 163).
C’est dans l’anglo-normand que la déclinaison disparaît d’abord.
A la fin du XI e s. et au début du XII e s. -s s’affaiblissait devant un mot commençant par
une consonne. Ce phénomène phonétique contribuera beaucoup à la ruine complète du système
casuel de l’ancien français, parce que, faute de marque casuel, la langue est forcée de recourir à
d’autres moyens linguistiques pour exprimer les raports syntaxiques désignés avant par la
flexion -s.
Causes de la dégradation du système casuel de l’ancien français.
1) Le nombre minimal de moyens flexionnels: en ancien français il n’y avait qu’une seule
opposition casuelle: flexion -s / flexion zéro.
2) L’imperfection du système casuel: il n’embrassait pas tous les noms; il était fort boî-
teux. Pendant un certain temps cette imperfection était équilibrée par la déclinaison des articles,
ainsi les noms masculins se déclinaient «de deux côtés»: mutation flexionnelle du nom et muta-
tion flexionnelle de l’article masculin.
Par exemple, la seule forme murs sert à exprimer deux séries de valeurs: 1. C. S. singulier
et 2. C. R. pluriel. Pour distinguer ces deux formes et ces deux séries de valeurs la langue recourt
aux formes casuelles de l’article:
Singulier Pluriel
C.S. li murs
C.R. les murs

3) Une double expression flexionnelle de la déclinaison devient superflue quand s’impose


une stabilité quoique relative dans l’ordre des mots «sujet – verbe – objet» et l’emploi régulier
des prépositions à et de.
4) La flexion -s a été surchargée de catégories grammaticales, parce qu’elle exprimait les
fonctions casuelles et la catégorie du nombre (le pluriel). Au surplus, comme expression ca-
suelle, -s possédait des valeurs opposées, indiquant au singulier le cas sujet, au pluriel – le cas
régime.
Des deux fonctions – expression du cas et expression du nombre – c’est la dernière que
choisit la langue pour la flexion -s, l’expression casuelle étant compensée déjà par l’ordre des
mots et par les prépositions, tandis que l’expression du pluriel n’avait aucun moyen d’expression
stable.
66
En abandonnant la déclinaison la langue a priviligié les formes du cas régime qui se
sont gardées jusqu’à nos jours. Cela est dû au fait que les formes du cas oblique, unifiées
s’employaient plus souvent que les formes du cas sujet dans le discours.
Une exception eut lieu, dès les origines, pour un nombre restreint de substantifs, dési-
gnant les personnes, qui se conservent sous la forme du cas sujet, parce qu’ils s’employaient
souvent au vocatif qui se confondait avec le nominatif. Ce sont les noms tels que Charles, Geor-
ges, Gilles, Jacques, Jules, Yves, Louis où l’-s casuel s’est fixé, de même que les noms com-
muns: fils, gars, soeur, sire, etc.
La déclinaison, éteinte dans la langue littéraire, vit encore de nos jours dans quelques pa-
tois franco-provençaux.
2. Forme analytique du nom.
La forme analytique du nom s’annonce en ancien français comme fait de la parole et non
de la langue. Elle est représentée par l’article et le nom.
ARTICLE
L’article et la préposition forment avec le nom des constructions analytiques, c’est-à-dire
des constructions grammaticalisées, dont la morphologisation en ancien français n’est pas encore
achevée. On distingue la g r a m m a t i c a l i s a t i o n et la m o r p h o l o g i s a t i o n comme
deux procédés de transformations grammaticales.
La grammaticalisation est une transformation de construction syntaxique libre en une
construction analytique quand l’élément déterminant perd en partie sa valeur lexicale et syntaxi-
que, mais reste en partie autonome par rapport au noeud de la construction (au déterminé).
La morphologisation est l’inclusion de la construction analytique dans le système de for-
mes.
Article, son origine et ses formes.
En ancien français on trouve dans les textes l’article défini et l’article indéfini. L’article
défini remonte au pronom démonstratif ille, et l’indéfini – au numéral unus. L’article indéfini
est de la création plus tardive que le défini, mais tous les deux conservent, pendant une très lon-
gue période, la signification lexicale primitive.
L’article défini garde longtemps le sens démonstratif et déterminatif, l’article indéfini
s’emploie le plus souvent dans sa valeur numérique. L’article joue un rôle considérable en
marquant le genre des substantifs, car l’opposition des formes flectives du féminin et du mascu-
lin est insuffisante; par contre, elle est bien nette, si le nom est précédé de l’article. Les formes
du masculin de l’article défini li, le s’opposent à la forme du féminin la; les formes du mascu-
lin de l’article indéfini uns, un s’opposent à la forme du féminin une.
67
Par ses formes casulles et numérales, l’article sert à préciser l’opposition entre le
sujet et le régime, entre le singulier et le pluriel des noms.
Formes des articles
L’article défini L’article indéfini
Sing. Plur. Sing. Plur.
Masculin Masculin
C.S. li li uns un
C.R. lo, le los, les un des (uns)
Féminin Féminin
la les une des (unes)

Les formes élidées: l’homme, l’almaçor, mais aussi le empereres Carles.


Les formes contractées sont formées de l’article défini avec les prépositions a, de, en: li
marquis al Cort Nes; dou cuer; el premier chef.
Sing. Plur.
a + le = al, au a + les = as, aus, aux
de + le = del, du, dou, du de + les = des (au lieu de dels)
en + le = enl, el, eu, ou, u en + les = es (au lieu de els)

Les formes contractées avec en disparaissent de la langue courante aux XV e – XVI e ss.
On en trouve les restes dans le type ès-lettres, ès-sciences.
L’article partitif en ancien français n’est pas encore en usage. Ses formes du, de la, des
seront employées à partir du XIII e s., mais avant la valeur de la partitivité est exprimée à l’aide
de la préposition de (mangier de pain) ou bien de de et le (mangier del pain), ou bien par
l’article zéro (mangier pain).
Fonctions de l’article.
L’article défini garde longtemps sa valeur primitive de d é m o n s t r a t i f, la valeur a
n a p h o r i q u e, la valeur p o s s e s s i v e, la valeur d é t e r m i n a t i v e.
L’article ne s’employait pas devant les noms abstraits, les noms propres de personnes, les
noms d’objets uniques, les noms d’un usage fréquent (les noms d’objets familiers) comme mai-
son, cour, messe.
L’article indéfini n’était pas fréquent en ancien français. Les linguistes ont enregistré les
cas de son emploi suivants: l’emploi n u m é r i q u e, l’emploi i n d i v i d u a l i s a n t,
l’emploi d é t e r m i n a t i f.
La flexion et l’article constituent, en ancien français, la double détermination du nom.
L’article occupe une place particulière en tant que déterminatif du nom. C’est à partir du XIII e
s. au plus tard qu’on peut parler de la morphologisation de l’article. Et ce n’est qu’à partir de ce
temps-là que la nouvelle catégorie grammaticale du nom, celle de la détermination / indétermina-
tion s’est formée.
68
ADJECTIF
La forme de l’adjectif exprime les catégories grammaticales du genre, du nombre, du cas
et des degrés de comparaison.
La catégorie du genre permet de répartir tous les adjectifs en deux grands groupes sui-
vant la formation du féminin:
1. Les adjectifs qui ont deux genres: bon / bone, cler / clere, etc.
Masculin Féminin
Sing. Plur. Sing. Plur.
C.S. bons bon bone bones
C.R. bon bons bone bones

2. Les adjectifs qui n’ont qu’une forme pour les deux genres: grant, tendre, etc.
Masculin Féminin
Sing. Plur. Sing. Plur.
C.S granz* grant grant granz
C.R. grant granz grant granz

*z=t+s
L’ancienne forme non analogique du féminin – grant, fort, subsiste dans quelques com-
posés et noms propres formés en AF: grand-route, grand-mère, Rochefort. Les survivances de
l’ancienne formation des adverbes à partir des adjectifs verbaux – constamment, prudemment.
Les adjectifs en ancien farnçais possèdent les formes du genre neutre qui ne s’emploient
qu’en fonction d’attribut.
Les radicaux de certains adjectifs subissent des alternances dues aux changements pho-
nétiques:
– à la réduction des groupes consonantiques:
Sing. Plur. Sing. Plur.
C.S. sec vif
se(c ↓ )s= ses vi(f ↓ )s= vis
C.R. sec vif
se(c↓)s = ses vi(f ↓ )s= vis

– à la vocalisation de l devant consonne:


Sing. Plur.
C.S. beaus bel
C.R. bel beaus

L’opposition différencielle de radicaux caractérise également la valeur grammaticale du


genre:
Masculin Féminin
blancu > blanc blanca > blanche
longu >long > lonc longa > longe
vivu > vif viva > vive

Degrés de comparaison des adjectifs.


69
Le comparatif et le superlatif se forment à l’aide des moyens analytiques – les ad-
verbes plus, moins, aussi. L’emploi de l’article défini au superlatif ne s’étant pas encore géné-
ralisé, les formes des deux degrés peuvent coïncider.
Il subsiste cependant quelques formes synthétiques du comparatif latin comportant le
suffixe -our: bellezour < bellatiore, forzour < fortiore, etc. Le comparatif masculin se décline
en ancien français.
La langue élimine peu à peu les formes synthétiques en faveur de la construction analy-
tique, exepté quelques rares formes supplétives: meillor > meilleur, meindre > moindre.
PRONOMS
Tous les pronoms français sont d’origine latine. Ces mots étant très fréquents dans le
discours se sont conservés dans leurs formes les plus archaïques.
Les caractéristiques propres à tous les pronoms sont les suivantes:
– tous les pronoms sont déclinables, même il y en a ceux qui possèdent trois cas;
– plusieurs pronoms ont gardé le genre neutre;
– la plupart des pronoms ont deux séries de formes: toniques et atones.
Pronoms personnels.
Ton. At. Ton. At. Ton. At. Ton. At.
Sing Nom. je je tu tu il il ele ele
Dat. --- --- --- --- lui li li li
Obl. mei me tei te lui le li la
Plur. Nom. nos nos vos vos il il eles eles
Dat. --- --- --- --- leur lor leur lor
Obl. nos nos vos vos eus les eles les

Les pronoms personnels proclitiques sont sujets à la soudure avec les pronoms toniques,
les conjonctions, la particule négative: jel < jo le, sel < si, se le, nel < ne le, etc.
Pronoms possessifs.
Masculin
Ton. At. Ton. At. Ton. At.
Sing. Nom. miens mes tuens¹ tes suens ses
Obl. mien mon tuen ton suen son
Plur. Nom. mien mi tuen ti suen si
Obl. miens mes tuens tes suens ses
Féminin
Ton. At. Ton. At. Ton. At.
Sing. Nom. meie ² ma toue ta soue sa
Obl. -″- -″- -″- -″- -″- -″-
Plur. Nom. meies mes toues tes soues ses
Obl. -″- -″- -″- -″- -″- -″-
70
¹ A la fin du XII e s. les formes tuen(s) et suen(s) sont refaites par analogie avec
mien(s): tuen(s) > tien(s), suen(s) > sien(s).
² A la fin du XIII s. la forme du féminin meie se conforme au même modèle: meie >
mien(s).
Masculin Féminin
Ton. At. Ton. At. Ton. At. Ton. At.
Sing Nom. nostre --- vostre --- nostre --- vostre ---
Obl. nostre --- vostre --- -″- --- -″- ---

Plur Nom nostre --- vostre --- nostres noz vostres voz
Obl. nostres noz vostres voz -″- -″- -″- -″-

Pour marquer la troisième personne du pluriel on emploie la forme invariable leur.


Le possessif du féminin singulier employé devant un nom commençant par une voyelle
fait sujet à l’élision: s’aventure, m’amie.
L’opposition fonctionnelle entre les formes toniques et atones n’est pas encore aussi
nette en ancien français qu’elle l’est en français moderne. Cependant les formes atones se sont
déjà spécialisées en emploi adjectival et se trouvent toujours en préposition au substantif, qui se
passe, en ces circonstances, d’article.
Les formes toniques, par contre, connaissent les deux fonctions, adjectivale et pronomi-
nale. A la différence des formes atones, les formes toniques s’emploient adjectivement avec un
nom pourvu d’un article ou d’un autre pronom: li toens parentez; par ceste meie barbe.
Pronoms démonstratifs.
En ancien français il existe trois groupes de démonstratifs:
cil, cele – тот, та;
cist, ceste – этот, тот;
ce – это.
Ces formes sont considérées atones par certains savants.
Une série des démonstratifs toniques est composée des formes avec i- initial: icil, icis.
Masc. Fém. Masc. Fém.
Sing. Nom. cil cele cist ceste
Dat. celui celi cestui cesti
Obl. cel cele cest ceste
Plur. Nom. cil celes cist cestes
Dat. --- --- --- ---
Obl. ceus celes cez cez

Le démonstratif ce neutre est invariable.


L’opposition entre cil et cist porte en ancien français un caractère sémantique, le pre-
mier désignant l’éloignement, le dernier désignant l’approximation. Mais la tendance à la diffé-
71
renciation fonctionnelle affaiblit peu à peu l’opposition sémantique qui, depuis la fin du
XII e s. se fait renforcer par une marque adverbiale ci / la.
Les deux formes fonctionnent à la fois comme pronom et comme adjectif: ceste foiz voi-
sine avec cele foiz. Cependant, la forme cist est beaucoup plus fréquente en fonction d’adjectif
qu’en celle de pronom, tandis que pour cil les deux fonctions sont également familières.
ADVERBE
D’après la formation, les adverbes de l’ancien français se répartissent en trois groupes:
1) les adverbes en -ment ; 2) les advebres en -s; 3) les adverbes sans terminaison spéciale.
1) Les adverbes en -ment qui se sont formés en latin populaire sont très nombreux en
ancien français.
Mens, -tis était du genre féminin, ce qui explique la forme féminine de l’adjectif auquel
s’adjoint le suffuxe -ment. Or, il existait en ancien français des adjectifs qui avaient la même
forme pour les deux genres, c’est pourquoi les adverbes correspondants se formaient à la base
du féminin sans -e: grant + ment = granment. Quand certains parmi eux sont devenus des ad-
jectifs à deux terminaisons (en moyen français), nombre des adjectifs ont été refaits d’après le
féminin: loyalment > loyalement, mais pas toujours. Exceptions font, par exemple, gentiment,
et les adverbes formés des adjectifs en -ant, -ent: abondamment, prudemment.
2) Les adverbes en -s sont très nombreux en ancien français. L’s adverbial s’ajoute, à
cette époque à quantité d’adverbes en -e qui étymologiquement n’en avaient pas: sans < sine +
s, tandis < tamdiu + s, guères < francique *waigaro + s. Les savants expliquent la provenance
de cet s par l’influence analogique des adverbes latins qui se terminaient en -s: minus > moins,
pejus > pis, etc.
3) Les adverbes sans terminaison spéciale sont en majorité d’origine française: amont,
desoremais, encor, touzjours, avant, etc.
Les locutions adverbiales du type a chevauchons, a genouillons, a tatons ont été très
nombreuses en ancien français.
Les degrés de comparaison des adverbes se formaient en ancien français à l’aide des
moyens synthétiques – adverbes plus, meins. Il en était autrement en latin où les adverbes for-
maient flexionnellement les degrés de comparaison: late – latius – latissime.
Les formes synthétiques sont rares: mielz, mieus; pis.
VERBE
Le verbe conserve mieux que le nom son caractère synthétique.
A la suite des modifications phonétiques, la structure morphologique du verbe perd sa
netteté et présente une grande variété de formes parfois vides de sens (par ex., l’alternance des
radicaux).
72
Formes non-personnelles du verbe.
Les formes non-personnelles du verbe en ancien français sont présentées par la forme
adjective (p a r t i c i p e), nominale (i n f i n i t i f) et adverbiale (g é r o n d i f).
Infinitif
Les infinitifs en ancien français se répartissent en trois groupes tout comme en français
moderne:
I er groupe – les verbes en -er, -ier: porter, mangier;
II ième groupe – les verbes en -ir: finir;
III ième groupe – les verbes en -eir (> oir), -re: deveir, rendre, venir.
L’infinitif passé a une forme analytique: aveir dit.
Tout infinitif en ancien français peut se substantiver, c’est-à-dire passer dans la classe des
noms. S’étant converti en substantif, l’infinitif possède les caractéristiques du nom: il se décline
et en plus il reçoit l’article du masculin.
Participe présent
En ancien français le participe présent est une forme variable du verbe, à la différence du
français moderne où il reste toujours invariable. Cette forme non-personnelle a les mêmes caté-
gories (le nombre et le cas) et les mêmes fonctions que les adjectifs du deuxième groupe (inva-
riables en genre):
Amant (Participe présent)
Masculin Féminin
Sing. Plur. Sing. Plur.
C.S. amanz amant amant amanz
C.R amant amanz amant amanz

En tant que forme verbale, il se construit avec le verbe estre et traduit la duréé: cette pé-
riphrase marque une action simultanée à une autre et qui dure (cf. en anglais Continuous).
Participe passé
En ancien français les participes passés se déclinent comme les adjectifs du premier type
(à deux genres):
Ame (Participe passé)
Masculin
Sing. Plur.
C.S. amez ame
C.R ame amez

Se combinant avec le verbe estre, il fait partie des formes analytiques de la voix passive,
et avec les verbes aveir et estre il forme les temps composés.
Gérondif
73
A la différence du participe passé qui possède la même désinence, le gérondif est une
forme verbale invariable.
Il se combine avec le verbe aler, et la construction ainsi faite traduit la durée et la pro-
gression de l’action.
Formes personnelles du verbe.
Le verbe possède, en ancien français, les formes s i m p l e s (synthétiques) étymologi-
ques et les formes c o m p o s é e s (analytiques) romanes qui expriment les catégories gramma-
ticales de la personne, du nombre, du temps, de la voix, du mode et de l’aspect.
Les catégories du nombre et de la personne sont exprimées par le système de flexions et
en partie par les pronoms sujets.
Le verbe connaît quatre modes dont chacun comporte plusieurs formes temporelles, ex-
cepté l’impératif: indicatif, subjonctif, impératif et conditionnel; il est à noter que le dernier
est un apport roman.
L’Indicatif possède huit temps dont quatre sont des formes simples (présent, imparfait,
passé simple, futur simple) et les autres – des formes composées (passé composé, plus-que-
parfait, passé antérieur, futur antérieur). Le Subjonctif a deux formes simples (présent, impar-
fait) et deux fromes composées (passé, plus-que-parfait). Le Conditionnel n’a que deux formes:
présent et passé dont le deuxième présente une forme analytique.
La voix comporte quatre séries: l’actif, le passif, le réfléchi et le factitif.
La catégorie de l’aspect ne présente pas d’oppositions nettes en ancien français. La plu-
part des savants estiment que cette catégorie est exprimée par des formes temporelles composées
et des tours périphrastiques.
Alternance des radicaux.
Le système verbal de l’ancien français est riche en formes alternées.
Les formes verbales simples de l’ancien français remontant directement à celles de la lan-
gue latine ont subi d’importants changements phonétiques. Cette évolution phonétique est à
l’origine d’une grande multiplicité de radicaux dans les verbes dont le radical forme une syllabe
ouverte comportant les voyelles a, o, e. Si l’accent frappe cette voyelle, elle se diphtongue, si
l’accent tombe sur la flexion, la voyelle du radical ne change pas.
Présent de l’Indicatif
Amer Tenir Deveir
aim tièn dèi
àim – es tièn - s dèi(v) - s
àim - e(t) tièn - t dèi(v) - t
am – òns ten - òns dev - òns
am – èz ten - èz dev - èz
74
àim – ent tièn - ent dèiv - ent

La particularité de l’ancien français consiste à ce que l’alternance frappe non seulement


les verbes du 3 e groupe, mais aussi ceux du 1 er groupe.
Dans les formes de l’imparfait, du futur simple et du conditionnel présent c’est la flexion
qui est toujours accentuée, donc, la voyelle du radical ne subit pas de modification phonétique.
N’ayant aucune valeur morphologique l’alternance sera bientôt éliminée dans les verbes
du 1 er groupe. Les verbes du 3 e groupe en ont gardé les vestiges jusqu’à nos jours.
Formes synthétiques du verbe
P r é s e n t d e l’I n d i c a t i f
Les formes du présent sont régulières, provenant des formes latines. L’origine de la
flexion -ons reste discutable.
1 er groupe 2 e groupe 3 e groupe
chant ¹ finis vei vent dorm
chantes finis veis venz (t+s) dor(m↓)s
chantet finist veit vent dor (m↓)t
chantons finissons veons vendons dormons
chantez² finissez veez vendez dormez
chantent finissent veient vendent dorment

¹ Les verbes du 1 er groupe dont le radical se termine par un groupe consonantique ont la
flexion -e appelé -e d’appui à la 1ière personne du singulier: entre, tremble, etc.
² La flexion -iez de la 2 ième personne du pluriel mangiez, lassiez est due aux modifica-
tions phonétiques: laxatis > lassiez.
I m p a r f a i t d e l’I n d i c a t i f
Amer Finir Deveir
am - o(u)e finiss – eie dev – eie
am - o(u)es finiss - eies dev - eies
am - o(u)t finiss - eit dev - eit
am – ions finiss - ions dev - ions
am – iez finiss - iez dev - iez
am - o(u)ent finiss - eient dev - eient

Depuis le XII e s. les verbes du 1 er groupe reçoivent les désinences en -eie par analogie
avec les verbes du 2 ème et du 3 ème groupes.
Passé simple
Ce temps en ancien français constitue un système de formes très complexe qui toutefois
peuvent être réparties en deux groupes: le premier groupe est constitué de verbes dont la flexion
est toujours accentuée (les parfaits faibles en latin); le deuxième groupe est constitué de verbes
accentués tantôt sur la flexion, tantôt sur le radical (les parfaits forts en latin).
Les verbes au radical faible n’ont pas connu d’alternance.
75
Chanter Dormir Valeir
chant - ài dorm – ì val - ùi
chant – às dorm – ìs val - ùs
chant - à(t) dorm - ì(t) val - ù(t)
chant - àmes dorm – ìmes val - ùmes
chant - àstes dorm – ìstes val - ùstes
chant - èrent dorm – ìrent val - ùrent

A la différence des parfaits faibles les radicaux des parfaits forts ont subi les modifica-
tions phonétiques qui ont causé l’alternance des thèmes.
Veeir Venir Metre
vì vìn mìs
ve - ìs ven – ìs mes - ìs
vì - t vìn – t mìs - t
ve - ìmes ven – ìmes mes - ìmes
ve - ìstes ven – ìstes mes - ìstes
vì - rent vìn - (d)rent mìs - (t)rent

Futur et futur dans le passé


(C o n d i t i o n n e l p r é s e n t)
La formation de ces deux temps est plutôt régulière, remontant aux costructions péri-
phrastiques du LP avec le verbe habere: cantare + ha(b)eo > cantaraio > chanterai. La forme
du futur dans le passé (Conditionnel présent): infinitif + flexion de l’imparfait.
Subjontif présent et imparfait
Le présent du subjontif remonte à praesens conjunctivi et l’imparfait du subjonctif - à
Plusquamperfectum conjunctivi.
Présent du subjonctif Imparfait du subjonctif

Chanter Dormir Deveir Chanter


chànt dòrm - e dèiv - e chant - àsse
chànz dòrm - es dèiv - es chant - àsses
chànt dòrm - et dèiv - et chant - àst
chant – òns dorm - òns dev - òns chant - issòns
chant – èz dorm - èz dev - èz chant – issièz
chànt – ent dòrm - ent dèiv - ent chant – àssent

Les radicaux de verbes au présent du subjonctif sont sujets à l’alternance. Ce n’est pas le
cas de l’imparfait du subjonctif, vu que toutes ses formes portent l’accent sur la flexion.
Formes analytiques du verbe.
La forme analytique du verbe en AF est composée de la forme non-personnelle du verbe
qui exprime l’action et des formes personnelles du verbe auxiliaire qui caractérisent grammatica-
lement l’action. A l’aide des auxiliaires aveir et estre sont formés le Passé Composé, le Passé
76
Antérieur, le Plus-que-Parfait, le Futur Antérieur de l’Indicatif, le Passé et le Plus-que-
parfait du Subjonctif et le Passé Conditionnel.
Les formes composées ont remplacé en ancien français la série du perfectum remontant
aux périphrases latines habeo epistolam scriptam (j’ai une lettre qui a été écrite). En AF ces for-
mes sont en voie de grammaticalisation, les éléments de ces formes se déplacent librement dans
la phrase. En plus, l’ancien français connaît maints flottements dans le choix des verbes auxiliai-
res: très souvent estre est employé au lieu de aveir.
L’AF connaît plusieurs constructions analytiques qui peuvent être divisées en quatre
groupes d’après le second terme de la construction.
1. Auxiliaire+Participe Passé: aveir ou estre + P. P.
Les verbes auxiliaires traduisent l’idée de l’état et non de l’action. Le Participe Passé ex-
prime l’achèvement de l’action.
2. Auxiliaire + Participe Présent.
Le verbe auxiliaire estre et le participe présent traduisent l’idée de l’état. La construc-
tion marque l’action qui est en train de s’accomplir.
3. Auxiliaire + Infinitif.
Avec l’infinitif s’emploient:
a) les verbes aveir et estre; la construction traduit l’idée de l’obligation ou du futur;
b) les verbes modaux deveir, pooir, voleir; la construction traduit l’idée de l’obligation;
c) les verbes factitifs faire, laisser; la signification essentielle de cette construction est
d’exprimer la valeur de la voix factitive.
4. Auxiliaire + Gérondif.
Dans cette construction est employé le verbe aler comme auxiliare; la valeur essentielle
de cette périphrase est d’exprimer l’action avec une certaine intensité. Cette tournure est très
fréquente en ancien français.
En AF et en MF les périphrases verbales sont nombreuses et servent à traduirent diverses
nuances aspectuelles. En moyen français leur emploi devient moins fréquent en comparaison
avec les époques précédentes.

Les temps de l’indicatif.


Comme temps du passé, le présent, l’imparfait et le passé simple de l’indicatif étaient
en ancien français employés tous les trois dans les textes narratifs et descriptifs. Dès les origi-
nes, le passé simple (ou parfait) est le plus utilisé dans le récit d’événements passés, l’imparfait
étant alors assez rare; «le présent historique», lui, est courant dès les chansons de geste les plus
77
anciennes, il y alterne avec le passé simple. Cette possibilité d’alternance dans la même
phrase persiste jusqu’au XVII e s.
Au Moyen Age, le passé simple est le temps normal des descriptions, là où le français
classique et moderne emploira l’imparfait.
Dans les subordonnées temporelles dès l’ancien français jusqu’au XVII e s. on trouve
couramment le passé simple ou le passé antérieur, après comme en particulier. Enfin, le passé
simple est tout à fait courant dans le dialogue, en discours direct jusqu’au XVII e s.
Dans les textes narratifs et descriptifs, à l’écrit, le passé simple domine de loin le français
moderne: le choix que fit A. Camus dans l’Étranger (1942) prenait son sens justement de cette
prédominence du passé simple. Mais c’est un paradigme désormais réservé à l’usage écrit, même
si parfois il se rencontre à l’oral, dans des récits enfantins dont les modèles sont de tradition
écrite: les manuels de conversation du début du XIX e s. montrent la désaffection du passé sim-
ple au profit du passé composé. C’est en outre un paradigme incomplet: certaines personnes ne
sont à peu près jamais employées (la deuxième personne: tu vins), les formes de certains verbes
non plus (nous vînmes, vous vîntes), seules les troisième et sixième personnes restent à l’usage
courant, à l’écrit. Enfin, la diversité des types, la complexité de l’ambiguïté de certaines désinen-
ces (il est difficile de maintenir la distinction je chantai / je chantais) en augmentent la difficulté
d’apprentissage et d’utilisation; dès le XVII e s. les grammairiens signalent des hésitations.
L’imparfait ainsi que le plus-que-parfait est rare dans les textes avant la fin du XII e s.
Au XIII e s. les valeurs des temps subissent des changements qui rapporochent leur
usage du français moderne.

SYNTAXE DE L’ANCIEN FRANÇAIS.


Syntagmes (syntagmes verbaux, syntagmes nominaux).
Un syntagme est composé d’un terme déterminé (Dé), d’un déterminant (Dt) et, parfois,
d’un terme de relation, préposition (prép.). Le Dé joue le rôle de noeud et dirige son Dt; le syn-
tagme se définit à partir du noeud comme nominal, verbal, adjectival ou adverbial.
Les problèmes théoriques qui se posent, dans une étude historique de syntagmes, touchent
aux constructions libres et figées, aux constructions de grammaticalisation et de lexicalisation
des groupes de mots, aux moyens de liaison, aux rapports syntaxiques et sémantiques entre les
membres de syntagmes, etc.
Les syntagmes verbaux se construisent avec ou sans préposition, selon le verbe. Les
rapports qui existent entre les termes d’un syntagme verbal sont les mêmes qu’aujourd’hui, en
français moderne; ce sont les rapports du verbe et de son complément (complément d’objet di-
78
rect ou indirect, circonstanciel de lieu, de temps, de manière, etc.). Les moyens d’expression
de ces rapports ont changé, depuis l’ancien français.
Les syntagmes nominaux présentent aussi deux types structuraux, avec ou sans préposi-
tion. Dans le premier, le Dé peut s’accorder ou ne pas s’accorder avec le Dt: Ceste meie grant
ire – la medre Damne Deu.
Le terme qui s’accorde est un déterminatif (démonstratif, possessif, indéfini) ou un adjec-
tif; le terme qui ne s’accorde pas est un nom. Les rapports qui existent entre les termes d’un syn-
tagme nominal sont les mêmes qu’aujourd’hui, en français moderne, c’est-à-dire les rapports
d’appartenance, de possession, de provenance, d’origine, d’agent, d’instrument, etc. Les rela-
tions entre les termes ont changé.
Proposition.
La proposition fonctionne, en ancien français, en tant que simple et indépendante ou bien
en tant que complexe (phrase de subordination). Sa structure peut être présentée, d’après ses
termes composants, comme constituée d’un sujet, d’un verbe (prédicat) et d’un complément
(complément d’objet direct, indirect ou circonstantiel). Chez L. Foulet, nous trouvons des com-
binaisons possibles de cette structure:
1) sujet – verbe – complément 4) verbe – sujet – complément
2) sujet – complément – verbe 5) verbe – complément – sujet
3) complément – sujet – verbe 6) complément – verbe – sujet

Phrase.
La phrase ou la proposition complexe s’oppose à la proposition indépendante par un cer-
tain nombre de caractéristiques. Ces caractéristiques sont établies, pour l’ancien français, par N.
M. Vassiliéva qui constate l’existence de deux unités syntaxiques à l’époque étudiée: de la pro-
position simple indépendante et de la proposition complexe ou phrase de subordination.
Les propositions ou phrases se rapportent au niveau supérieur de la langue. Deux unités
de ce niveau, proposition simple et proposition complexe, se trouvent en rapports hiérarchiques.
La phrase se forme à la base de propositions simples qui subissent des transformations structura-
les, lorsqu’elles deviennent principales ou subordonnées. En tant qu’unité syntaxique supérieure,
la phrase de subordination est bipartite, elle possède deux centres prédicatifs. En tant qu’unité
syntaxique inférieure, par rapport à la phrase, la proposition simple n’a qu’un centre prédicatif.
Les relations entre les propositions composant une phrase de subordination s’expriment
en ancien français à l’aide des conjonctions de subordination qui traduisent les valeurs de lieu,
de cause, de temps, etc. (subordonnées circonstancielles) et à l’aide de pronoms relatifs (subor-
données relatives ou interrogatives) ou de conjonctions (subordonnées complétives).
79
Les conjonctions de subordination sont, en ancien français: quant (quand), come
(comme), que, si et les composées avec que ou come: por que, por ce que, tant que, si que, puis
que, jusque, ainz que, com que, etc. Le premier élément de la conjonction composée est une
préposition ou un adverbe; la préposition se joint ordinairement à l’aide du démonstratif ce (por
ce que, etc.), l’adverbe se joint directement (ainz que). Les relatifs employés en ancien français
comme copulatifs des subordonnées sont: qui, quel, li quel, etc. En moyen français de nouvelles
formations apparaissent: afin que, alors que, attendu que, avec ce que, comment que, excepté
que, incontinent que, surtout que, vu ce que et autres, à partir de que; lequel, laquelle, à partir
de quel, et autres.

8. Vocabulaire de l’ancien français.


Le latin populaire et son successeur – le gallo-roman ont connu un certain appauvrisse-
ment du lexique par rapport au latin classique. L’ancien français par contre s’enrichit progressi-
vement.
Le fonds lexical de l’ancien français est constitué de trois couches essentielles: le fonds
latin – le plus important des trois, le substrat celitique et le superstrat germanique.
Il est tout à fait évident que la couche latine représente l’essentiel du vocabulaire français,
les mots d’origine latine désignant les objets, les actes et les notions indispensables à la vie quo-
tidienne: femme, ome, pere, mere, citet, mansion, soleil, vent, fier, bel, etc.
Les vocables celtiques et germanique sont peu nombreux, se rapportant à des domaines
restreints et spécialisés. Les mots d’origine celtique s’attachent à l’activité des paysans, à la
campagne: charrue, soc, etc. Les Francs ont fourni surtout le lexique militaire (guarder, hache,
fleche, etc.); quelques mots relatifs à l’esprit guerrier des peuplades germaniques (orgoil, honte
hardi, etc.).
En contraste avec les conquérants germaniques des V e – VIII e ss, les Vikings n’ont lais-
sé que peu de traces de leur idiome dans la langue française: la colonisation scandinave avait éte
strictement masculine, et la langue de la famille, née des couples mixtes, a très vite été la langue
de la mère, c’est-а-dire la langue romane de la région, surtout après la conversion des Normands
au christianisme.
A la différence du latin populaire et du gallo-roman qui ont éliminé la plus grande partie
du vocabulaire abstrait, le développement de la scolastique et surtout l’épanouissement de la
littérature courtoise en ancien français appellent la création d’un nouveau vocabulaire abstrait.
Notons aussi une synonymie exceptionnelle qui est propre au vocabulaire de l’ancien
français.
80
L’enrichissement lexical de l’époque s’effectue par dérivation propre (surtout à par-
tir du XII e siècle) et impropre, par composition, grâce aux emprunts et à l’évolution de sens des
vocables.
Outre les procédés synthétiques de la formation des mots nouveaux L. M. Skrélina distin-
gue les mots formés à la base des constructions analytiques. Ce sont en premier lieu les adverbes
nés d’une conjonction et d’un nom: a + menteresse «menteuse» > a menteresse «faussement»,
a + cop coup > a cop «tout de suite». Dans la classe des verbes il existe un nombre assez impor-
tant de verbes analytiques: avoir coer, avoir paour, faire esfors, prendre fin, etc.
Dérivation propre.
Cette voie d’enrichissement est la plus féconde en ancien français, surtout la suffixation.
Il existe plusieurs suffixes synonymiques qui s’ajoutent tous presque indifféremment à un
même radical: parlance, parlement, parlerie, parleuse, etc. Le lecteur contemporain n’arrive pas
à saisir toutes les nuances de sens de ces synonymes, qui sont incontestablement évidentes pour
le français de l’époque.
Les principaux suffixes pour former les substantifs sont les suivants: -age, -aison, -ance,
-ement, -eüre, -aille, -erie, -ise, -or, -our, -ier. Pour former le féminin des noms la langue re-
court aux suffixes -esse, -issa, -eresse: duchesse, grassesse, demanderesse. Les suffixes -eis, -
ois ajoutés au nom du pays ou de la ville forment les noms de leurs habitants: franceis, sarragu-
ceis, etc.
Les suffixes en ancien français sont polysémantiques, par ex., le suffixe -erie peut dési-
gner:
1) le métier: archerie; 5) le sens collectif: armurerie;
2) la couche sociale: chevalerie; 6) l’action: avoërie;
3) la qualité: legerie; 7) l’état: bachelerie.
4) le lieu: banquerie;
L’ancien français comme son prédécesseur le latin parlé marque une vive prédilection
pour les suffixes diminutifs -on, -el, -et: tronçon, chaton, fablel, chapel, oiselet, oisillon, flo-
ret(te), etc.
Les principaus suffixes verbaux sont ceux du premier groupe -er, -ier, etc.
L’affixe le plus productif pour former les adverbes reste le suffixe -ment: gran(d)ment,
doucement, etc.
La préfixation caractérise surtout le verbe. Il existe toute une variété de préfixes aux
nuances différentes: a-, es-, re-, for-, por-, sor-, sur-, mes-, en-, des-, etc.
Notons aussi la formation des dérivés parasynthétiques qui est propre surtout aux verbes:
anuitier, enorgueillir.
81
Dérivation impropre.
La dérivation impropre se présente comme la dérivation régressive et la conversion.
La dérivation régressive c’est la formation des mots nouveaux sans suffixes: arest < ares-
ter, acointe < acointier, regart < regarder, etc.
La conversion c’est le passage du mot d’une catégorie grammaticale à une autre. Ce sont
surtout les substantifs qui se forment par la conversion à partir des infinitifs correspondants: li
plorers, le dormir, le perdre, etc. Parfois les infinitifs se substantivisent définitivement et sont
supplantés par d’autres formes: plaisir > le plaisir – plaire, etc.
Composition.
Ce moyen de formation des mots nouveaux n’est pas très répandu en ancien français:
adieu, maleür, petit-fils, gentilhomme, chevrefeuille, etc. Les composés dont le deuxième élé-
ment est un nom propre survivent dans les noms de lieu: Bourg-Sainte-Marie, Bois-l’Evêque,
etc.
Emprunts.
Il est à noter que les emprunts aux autres langues sont très rares: «Au cours de l’époque
féodale, le français adolescent vit presque exclusivement sur son propre fonds et se renouvelle,
se développe avec ses prorpes ressources» (A. Dauzat. Histoire de la langue française. P., PUF,
1959. – P. 50).
A l’époque la source essentielle de l’emprunt devient le latin.
Le latin, étant la langue de l’administration et de l’enseignement, de la science et du culte,
la coéxistence du latin et du français rend l’emprunt plus facile. En plus, les scribes, les clercs
sont bilingues, ils se servent de deux idiomes, ce qui contribue aussi à la pénétration des voca-
bles latins en français. Les premières traductions du latin en français facilitent, elles aussi, le
contact de deux langues.
Les emprunts les plus archaïques sont des mots d’église, remontant à la langue grecque:
apostre, evesque, virginitet etc.
Le développemnt de la science fait apparaître les mots du langage de la médecine, du
droit, de la rhétorique: dilatation, excessif, opposition, spirituellement, spectacle, etc.
La forme phonique des emprunts latins fait voir le caractère savant de ces mots: ils n’ont
pas passé l’évolution phonétique qu’ont subie les mots du fonds primitif. Cela explique leur as-
pect phonétique qui est étranger à celui des vocables de l’ancien français. Par exemple, les
consonnes intervocaliques latines ont disparu au cours de l’évolution phonétique: vita > vi e,
tandis que dans les mots savants elles se maintiennent: vital. La consonne c est palatalisée dans
les vocables primitifs: caput > chief, mais dans les mots savants cette transformation phonétique
82
n’a pas eu lieu: cavalier. La seule assimilation que l’on observe dans les emprunts récents
au latin c’est le déplacement de l’accent sur la syllabe finale: càlicis > calìce.
A la suite de l’emprunt au latin, il se forme en ancien français deux séries parallèles de
vocables: les mots dits savants et les mots d’origine populaire. Ce phénomène s’explique par le
fait qu’un mot remontant au latin et faisant partie du fonds primitif du français reçoit en ancien
français et surtout en moyen français son doublet étymologique. Cela veut dire que le même vo-
cable pénètre une deuxième fois dans la langue, mais cette fois-ci sous sa forme latine, sans pas-
ser par l’évolution phonétique des V e – VIII e ss.
Ainsi, les mots chose [tƒoze] et cause [kauze] remontent au mot latin causa. Le mot
d’origine populaire chose [tƒoze] porte les traces de maintes mutations phonétiques, à savoir:
Примечание [I1]:
palatalisation de k devant a: k > tƒ; vocalisation de s dans la position intervocalique: s > z; mo-
Примечание [I2]:
nophtonguaison: au > o. Le même vocable latin causa réapparaît au XII e s. sous sa forme sa-
vante cause [kauze], s’adaptant aux lois phonétiques de l’époque: vocalisation de s dans la posi-
tion intervocalique s > z.
Ce n’est pas seulement la forme phonique qui diffère les doublets étymologiques de leurs
confrères populaires. La signification des mots d’origine populaire étant plus concrète, tandis
que le sens des mots dits savants est le plus souvent abstrait ou scientifique: (h)ostel – (h)ospital,
avoué – advocat, etc.
On trouve les doublets étymologiques même parmi les suffixes: -aison et -ation qui re-
montent au même suffixe latin -ationem. De même: -ale(m) a donné deux suffixes: -el
d’origine populaire et -al d’origine savante.
Les Croisades apportent un certain nombre de mots de nature toute étrangère; ce sont les
emprunts à l’arabe et au persan: algèbre, tasse, alchimie, caravane, échecs, etc.
L’épanouissement de la littérature courtoise en Provence fait pénétrer au nord de
l’ancienne Gaule les mots d’origine provençale: abeille, balade, cabane, cap, salade, etc.
Tous les emprunts adoptent la forme phonétique du français.
Evolution du sens des vocables.
Le sens du mot ne reste pas toujours le même, il évolue.
Le mot peut élargir son sens primitif: considérer (sens abstrait) < «observer des astres»
(sens concret) (lat.), talent < «une unité monétaire» (lat.). Il peut le rétrécir: sevrer «séparer» >
«séparer le bébé du sein».
En ancien français les cas du glissement du sens des mots sont très nombreux. Par ex., le
nom propre désignant le peuple – les Francs devient un nom commun, c’est l’adjectif franc qui
signifie «libre».
Apports français à l’anglais.
83
L’échange entre les deux langues n’a jamais cessé d’être déséquilibré: entre le milieu
du XI e s. et le XVII e s., le français a fourni à l’anglais des milliers de mots nés en son giron,
mais ce n’est qu’à partir du milieu du XVII e s. que le processus s’est inversé et que les mots an-
glais ont traversé la Manche pour nourrir la langue française. Depuis le milieu du XX e s., le
phénomène s’est considérablement accéléré – certains disent: dangereusement – tout en chan-
geant d’itinéraire, car c’est aujourd'hui d’outre-Atlantique que viennent les emprunts les plus
spectaculaires.
Les débuts des échanges remontent à la conquête de l’Angleterre par Guillaume de Nor-
mandie dit Conquérant avec, pour conséquence, du XIII e au XV e s., une présence constante de
la culture française et de la langue qui la véhiculait.
Les mots français les plus anciennement adoptés par l’anglais sont tower (du fr. tour),
table, lamp, gentle (d’abord «bien né», puis «généreux», enfin «de bonne famille», d’où gentle-
man), forest (fr.m. forêt); to wait a pour origine un verbe de l’ancien français, de même que
guaitier «guetter». Ces emprunts sont entrés dans le vocabulaire anglais avant le XIV e s.
C’est surtout pendant le XIV e s. que s’est produite une véritable invasion des mots fran-
çais. A cette époque se multiplient les emprunts de termes abstraits (influence, variation, virtue,
etc.) et de la vie quotidienne: library, army, ticket (du moyen français estiquet – une marque
fixée à un pieu); sauce, toast (de l’ancien français toster «rôtir»).
Ce qui est le plus remarquable lorsqu’on examine les milliers de mots passés au cours
des siècles du français à l’anglais, c’est qu’ils s’y sont si bien intégrés qu’ils ont la plupart du
temps l’allure de mots nés en Angleterre. Si bien que, lorsqu’ils sont revenus en français plu-
sieurs siècles plus tard sous leur nouvelle forme, on ne les reconnaissait plus (les soi-disant «al-
lers et retours»): flirter n’est autre que fleureter «conter fleurette»; tennis < «tenetz!», exclama-
tion entendue au jeu de paume au moment de lancer la balle. Voici encore quelques mots fran-
çais qui ont réapparus dans la langue maternelle après avoir fait le voyage d’outre la Manche:
very < véritable: «this very person» < vrai;
cash < caisse, ce qui suggère l’idée qu’à l’époque de l’emprunt la prononciation de la
consonne s en ancien français était assez proche de celle du s castillan;
interview < entrevue;
nurse < nourrice. Le mot a ensuite pris en anglais la sens de «infirmière», puis, revenu en
français, il a gardé le sens de «gouvernante d’enfants».
pedigree < fr. pied de grue, par allusion à la disposition des arbres généalogiques, en
forme d’empreinte de patte d’oiseau;
rosbif < rostir + buef (anc.fr.);
84
sport < deport (anc.fr.) «amusement». En anglais, ce terme a signifié «plaisanterie»,
puis «jeu en plein air».
test «essai» < test (anc.fr.) «pot servant à l’essai de l’or».

TERMINOLOGIE

Accent oxytonique – celui qui frappe la dernière syllabe du mot ou du


groupe de mots: par’ tir, il ’ dit.
Accent dynamique, accent d’intensité – celui qui se caractérise par la force.
Accent musical, accent tonique – celui qui se caractérise par les variations de la hauteur
du ton.
Accomodation – changement que subissent les consonnes sous l’influence des voyelles,
et inversement, par ex., t devant i est plus ou moins mouillé.
Affriquée, consonne affriquée – consonne complexe qui comprend deux éléments dont
le premier porte un caractère occlusif et le second est constrictif, par ex., [tz].
Alternance – substitution d’un phonème à un autre dans différentes formes d’une même
unité morphologique: mener – je mène.
S’amuïr (amuïssement) – devenir muet.
Articulation antérieure – celle qui s’effectue à l’avant de la bouche, alors que le bout et
la partie antérieure de la langue joue un rôle actif dans la formation des sons.
Articulation labiale – articulation avec les lèvres avancées et arrondies.
Articulation relâchée – articulation avec les muscles non tendus.
85
Mode d’articulation – mode de formation du bruit, par rétrécissement ou par occlu-
sion du canal buccal.
Point d’articulation – deux organes de la parole qui forment occlusion ou rétrécisse-
ment.
Assimilation – changement que subissent les sons sous l’influence des sons voisins; elle
se fait entre deux consonnes ou bien entre deux voyelles.
Assimilation progressive – celle qui se fait d’arrière en avant, par ex., susbister [syb-
zis’te].
Assimilation régressive – celle qui se fait d’avant en arrière; un son assimile un autre
qui le précède, par ex., absolu [ap’solu].
Assonance – répétition, à la fin de deux vers, d’une même voyelle accentuée, par ex.,
Carles ; marche ; message (Roland). L’assonance tient lieu de rime dans les premières chansons
de geste.
Atone (voyelle) – non accentuée, inaccentuée.
Base articulatoire, base d’articulation – ensemble des habitudes articulatoires contrac-
tées par un peuple parlant une même langue.
Caractéristique (caractère) différentielle, distinctive, pertinente, phonématique,
phonologique – caractère d’un élément de la parole, qui oppose cet élément à un autre, qui est
susceptible de différencier les unités linguistiques, par ex., la labialisation en est une dans [œ]
qui l’oppose à un [e].
Cas direct – cas sujet.
Cas oblique, cas régime – cas objet.
Consonne «fermante» – celle qui attribue à la voyelle précédente un caractère fermé, par
ex., z – oser [o’ze].
Consonne «ouvrante» – celle qui attribue à la voyelle précédente un caractère ouvert,
par ex., r – aurore [ ’ro:r].
Consonantisme – système de consonnes, système consonantique.
Délabialisation – perte du caractère labial.
Dénasalisation – perte du caractère nasalisé, par ex., mon [m o~ ] dans mon ami [mon’
ami].
Dérivation propre – se fait par addition des suffixes et des préfixes, par ex., dé-froiss-
able.
Dérivation impropre – formation d’un mot nouveau par passage d’une partie du discours
à une autre, par ex., rapide (adj.) – un rapide (nom).
Désinence – flexion, terminaison, par ex., nous parl-ons.
86
Diachronie – développement d’un élément ou de tout un système au cours de
l’histoire d’une langue.
Diphtongaison – dédoublement d’une voyelle en deux sons prononcés en une seule syl-
labe: é[ > ié.
Diphtongue ascendante – celle qui porte l’accent sur son dernier élément, par ex., ié –
piét.
Diphtongue descendante – celle qui porte l’accent sur son premier élément, par ex., éi –
péire.
Dissimilation – processus qui fait de deux phonèmes identiques, se trouvant à distance,
deux sons différents, par ex., fragrarer > flairer.
Élimination – action d’écarter.
Élision – suppression de la voyelle finale devant un mot commençant par une voyelle ou
par un h muet, par ex., la table, mais l’amie.
Enchaînement – il se fait d’une consonne finale prononcée à la voyelle initiale du mot
suivant, par ex., finir à temps. Par conséquent r final qui est une consonne décroissante dans finir
devient une consonne croissante.
Épenthèse – apparition d’un phonème non étymologique entre deux consonnes: ess(e)re
> estre.
Épenthétique (son) – qui est intercalé entre deux consonnes.
Hiatus – rencontre de deux voyelles non amuïes, par ex., océan.
Hypercorrection – correction d’une forme qu’on suppose erronée, par ex., formunsus,
herculens à la place de formosus, hercules.
Imparisyllabique (mot) – celui qui comporte un nombre inégal de syllabes dans ses dif-
férentes formes, par ex., báro – barónis.
Labialisation – articulation avec les lèvres avancées et arrondies, par ex., [y] est une
voyelle labialisée.
Laisse – couplet d’une chanson de geste.
Longueur, durée – quantité.
Métathèse – déplacement réciproque des sons ou des syllabes, par ex., formaticu > fro-
mage.
Modification conditionnée, combinatoire – celle qui dépend de la position de l’élément
ou des éléments voisins, par ex., l devant t se vocalise: fals > faut.
Modification spontanée – celle qui s’effectue dans toutes les conditions, par ex., [u] >
[y].
87
Modification ou, plutôt, changement paradigmatique – changement qui touche le
système des phonèmes, c.-à-d. celui qui conditionne l’apparition ou la disparition des phonèmes,
par ex., la constitution du phonème [y] en ancien français.
Modification syntagmatique – transformation qu’un son subit dans le mot isolé ou dans
la chaîne parlée, par ex., a > e à la finale: porta > porte. La modification syntagmatique
n’amène pas forcément de changement dans le système phonétique. Ainsi, la voyelle e a existé
dans la langue avant l’évolution a > e.
Monophtongaison – soudure d’une diphtongue en une seule voyelle, par ex., ai > [ε].
Monosyllabique (mot) – mot qui comporte une seule syllabe, par ex., sel.
Mouillure – palatalisation.
Mutation – modification.
Nasalisation – sous l’influence d’une consonne nasale une voyelle orale devient nasale:
ton > [t o~ ].
Nivellement – unification.
Oxyton – mot qui porte l’accent sur la dernière syllabe, par ex., maisón.
Parasyllabique (mot) – mot qui comporte un nombre égal de syllabes dans toutes ses
formes, par ex., pater, patris.
Paroxyton – mot qui porte l’accent sur l’avant-dernière syllabe, par ex., pórta.
Proparoxyton – mot qui porte l’accent sur la troisième syllabe à partir de la finale, par
ex., àrborem.
Phonétisme – système de phonèmes.
Polysyllabique (mot) – mot qui comporte plusieurs syllabes, par ex., administrer.
Polyvalent, -e (forme) – forme qui traduit plusieurs valeurs, par ex., le cas ablatif en la-
tin.
Position faible – celle où le son dans la chaîne parlée est susceptible de s’affaiblir et de
s’amuïr.
Position forte – celle où le son subsiste, quitte à modifier son caractère.
Position accentuée – celle où la syllabe porte l’accent.
Position non accentuée – position inaccentuée.
Position initiale – celle où le son est au début du mot .
Position intervocalique – celle où le son est entre deux voyelles.
Prothèse – adjonction à l’initiale d’un mot d’un élément non étymologique, sans modifi-
cation sémantique, par ex., in de manu > l’endemain > lendemain; spatha > espee > épée.
Prothétique (son) – son qui est ajouté à l’initiale d’un mot.
Rendement – emploi, usage.
88
Semi-consonne, semi-voyelle – noms donnés aux sonantes constrictives [j], [w].
Séquence – suite de mots dans un certain ordre.
Séquence progressive – ordre direct des mots.
Sonorisation – passage d’une sourde à une sonore, par ex., rosa [rosa] > rose [roze].
Strat – niveau, plan, aspect de la langue.
Substrat – vestige, dans une langue, d’un parler que cette langue a supplanté, telle la lan-
gue celtique; la langue elle-même (le celtique pour le français).
Superstrat – vestiges dans la langue d’autochtones d’un parler du peuple étranger venu
s’installer dans un nouveau pays dont il adopte finalement l’idiome, telle la langue francique par
rapport au latin parlé de la Gaule.
Syllabe antépénultième – troisième syllabe à partir de la finale, par ex., ár-bo-rem.
Syllabe pénultième – avant-dernière syllabe du mot: àr-bo-rem.
Syllabe protonique – qui précède la syllabe accentuée: dor-mi-tó-ri-um.
Syllabe posttonique – qui suit la syllabe accentuée: àr-bo-rem.
Syllabe fermée – syllabe ayant une consonne à la fin.
Syllabe ouverte – syllabe ayant une voyelle à la fin.
Synchronie – état d’une langue à un moment donné, à une période quelconque de son
évolution.
Syncope – chute.
Trait différenciel, distinctif, pertinent – caractère différenciel (v. caractéristique).
Transposition – phénomène syntaxique qui consiste à employer un mot dans la fonction
syntaxique qui est propre à une autre classe de vocables; par transposition, un substantif postposé
à un autre joue le rôle de l’épithète (lumière citron) sans devenir pour autant un adjectif. Le
transfert d’une classe grammaticale à une autre porte le nom de conversion (substantivation, ad-
jectivation, adverbialisation, etc.), par ex., participe présent – adjectif (amusant).
Vocable – mot.
Vocalisation – passage d’une consonne à une voyelle: l > u.
Vocalisme – système de voyelles, système vocalique.
89

TRAVAUX D’ENSEMBLE CITÉS

Аллендорф К. А. Очерк истории французского языка. – М.: Учпедгиз, 1959. – 178 с.


Borodina M. A. Phonétique historique du français. Л.: Учпедгиз, 1961 –158 с.
Borodina M. A. Morhologie historique du français. М. – Л.: Просвещение, 1965. – 230 с.
Borodina M. A., Skrélina L. M. L’histoire de la langue française et de ses dialectes. Cours
pratique. M. : Просвещение, 1985. – 102 c.
Brunot F. Histoire de la langue française. P., 1966, t. I.
Brunot F. et Bruneau Ch. Précis de grammaire historique de la langue française. Paris,
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Chaurand J. Histoire de la langue française. Deuxième édition. Paris, Presses universitaires
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Chigarevskaia N. A. Précis d’histoire de la langue française. Л.: Просвещение, 1974. –
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Skrélina L. M. Histoire de la langue française. – М.: Высш. шк., 1972. – 309 с.
Сергиевский М. В. История французского языка. – М., Изд-во иностр. лит.,
1947. – 274 с.
Скрелина Л. М. Хрестоматия по истории французского языка. – М.: Высш. шк., 1981.
– 277 с.
Скрелина Л. М., Становая Л. А. История французского языка: Учебник. – М.: Высш.
шк., 2001. – 463 с.
Cohen M. Histoire d’une langue: le français. – P., EFR, 1950. – 388 p.
Cтановая Л. А. Введение в скриптологию. СПб, 1996.
Darmesteter A. Cours de grammaire historique de la langue française. – Р., 1950
Dauzat A. Histoire de la langue française. P., PUF, 1959.
Guillaume G. Temps et verbe. Théorie des aspects, des modes et des temps. P., 1970.
Guiraud P. L’ancien français. – P., 1963.
Катагощина Н. А., Гурычева М. С., Аллендорф К. А. История французского языка. –
М., 1963.
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Nyrop K. Grammaire historique de la langue française.
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Walter H. L’aventure des mots français venus d’ailleurs. – P., Robert Laffont, 1997. – 344
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Dictionnaires étymologiques
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Dauzat A. Dictionnaire étymologique de la langue française. – P., 1938.
Godefroy P. Dictionnaire de l’ancienne langue française et de tous ses dialectes. – P.,
1938.
91

TABLE DES MATIÈRES

I. Introduction
1. Objet et tâches de l’histoire de la langue française …………………………..
2. Langue comme fait social. Langue et parole. Langue comme système. …….
3. Histoire interne et ses parties. Sciences linguistiques historiques. …………..
4. Méthodes d’étudier l’histoire du français ……………………………………
5. Chronologie de l’histoire de la langue française …………………………….
II. Préhistoire
1. Quelques grandes dates de l’histoire et de la civilisation françaises ………..
2. Romanisation et germanisation de la Gaule (la France actuelle) ………
3. Eléments substrat et superstrat dans la langue française ……………….
4. Le latin en Gaule ……………………………………………………………
5. Sources des connaissances sur le latin populaire ……………………………
6. Evolution du système phonétique du latin populaire en Gaule ……………..
7. Evolution du système grammatical du latin populaire en Gaule ……………
8. Vocabulaire du latin populaire en Gaule……………. ……………..………..
III. Ancien français (IX e – XIII e ss.)
1. Aperçu historique …………………………………………………………..
2. Premiers monuments de l’ancien français. Genres de la littéraure médiévale .
3.Dialectes de l’ancien français ………………………………………………..
4. Problème de la formation du français littéraire …………………………
5. Evolution du système phonétique de l’ancien français …………………
6. Graphies de l’ancien français ……………………………………………..
7. Evolution du système grammatical de l’ancien français …………………..
8. Vocabulaire de l’ancien français…………….……………………….
Terminologie …………………………………………………………………
Travaux d’ensemble cités …………………………………………………….
Cartes …………………………………………………………………………
92

Учебное издание

Вадюшина Дина Сергеевна


Матько Ирина Дмитриевна

L’histoire de la langue française

ИСТОРИЯ ФРАНЦУЗСКОГО ЯЗЫКА

Учебное пособие.
На французском языке.

Издается в авторской редакции.


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вания «Гродненский государственный университет имени Янки Купалы».
ЛВ № 111 от 29.12.2002. Ул. Пушкина, 39, 230012, Гродно.